Affichage des articles dont le libellé est Jacques Garello. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Jacques Garello. Afficher tous les articles

octobre 14, 2026

Dossier complet David Lisnard en évolution......

Présidentielle 2027: derrière le phénomène des réseaux sociaux, qui est David Lisnard?
Le maire de Cannes (Alpes-Maritimes), David Lisnard, candidat à l'élection présidentielle sous la bannière "Nouvelle Énergie", rencontre une campagne dynamique en ligne. Réseaux sociaux, site de paris financiers, institut de sondage… Le président de l'Association des maires de France (AMF) parvient à se faire une place dans les conversations, mais doit encore convaincre de sa capacité à traduire cette notoriété virtuelle dans les urnes.
 
"Quelque chose se passe". Le hashtag, désormais populaire sur TikTok et sur Instagram, aurait pu relever de la méthode Coué pour le maire de Cannes, parti en position d'outsider dans la course à l'Elysée. Mais des centaines de contenus dépeignant David Lisnard en sauveur du pays (parfois au second degré) l'ont inscrit sur la liste des prétendants identifiés à l'élection présidentielle, ces dernières semaines.
 
Pour alimenter sa campagne, engagée en mars 2026, David Lisnard peut compter non seulement sur des relais locaux actifs, mais aussi sur des formats moins orthodoxes. Sur TikTok, des dizaines de vidéos façonnent sa stature d'homme providentiel, sur des musiques entêtantes, soulignant qu'il a pleinement adopté les codes de la plateforme.
 
Cette visibilité se traduit par une forte hausse de ses abonnés et de l'engagement qu'il suscite en ligne. David Lisnard compte environ 400 000 abonnés sur Instagram, soit quatre fois plus que Bruno Retailleau, pourtant patron des Républicains. En quelques semaines, la communauté du maire de Cannes a doublé sur ce réseau social. Sur TikTok, il atteint près de 80 000 abonnés, soit quatre fois plus qu'à la fin de l'été. Une progression qui mesure l’intérêt suscité par ses contenus, sans pour autant préjuger d’une adhésion à son projet.
Star des marchés prédictifs
Autre manifestation de sa visibilité : les marchés prédictifs. Sur Polymarket par exemple, plateforme de paris dont l’offre n’est pas autorisée en France, les anticipations des parieurs ont placé David Lisnard devant Jean-Luc Mélenchon pour une victoire à la présidentielle. Ces hypothèses, sur lesquelles les participants engagent de l’argent sous forme de cryptomonnaie, ne constituent toutefois pas un sondage d’opinion, ni une mesure du soutien électoral assuré au maire de Cannes.
 
Or, ces événements trouvent un écho puissant dans le paysage médiatique : Le Figaro, Le Point, BFMTV, La Dépêche… Plusieurs rédactions se sont penchées sur l'ascension de l'ex-LR sur les réseaux sociaux. Peu testé dans les sondages aux côtés des candidats pour 2027, David Lisnard a trouvé une place dans le dernier baromètre Ifop-Fiducial. Selon l'enquête, il collecterait 3,5% des intentions de vote.
 
Thierry Devars, docteur en sciences de l'information et de la communication au Celsa, s'étonne : "On pense à la pièce En attendant Godot : quelque chose se passe, mais quoi ?". Le chercheur rappelle que les campagnes en ligne ont occupé une place croissante en politique, à partir de 2007, avec la candidature de Nicolas Sarkozy. Progressivement, le numérique a acquis une position "de centralité dans la communication politique", consacrant "une porosité entre les pratiques politiques et les industries culturelles". S'il est difficile de déterminer si David Lisnard pourra capitaliser sur ce moment, il est placé de facto sur la liste "des premiers de cordée" - une trajectoire encore légitimée par sa reprise dans les médias traditionnels, qui "labellisent" sa candidature.
La question d'une alliance
Pour Sophie Mouysset, directrice-adjointe de cabinet du maire de Cannes, cette viralité salue d'abord un "travail de fond" engagé depuis vingt ans. La campagne en ligne ? "Pour nous, c'est tout benef' !", assume-t-elle. L'opportunité pour des internautes de découvrir le candidat et son engagement.
 
La notion de "bulle informationnelle", ou la dimension artificielle de la viralité en ligne, seraient contredites matériellement. Nouvelle Energie, le parti de David Lisnard, serait passé "de 30 000 à 55 000 adhérants payants" depuis un mois. Par ailleurs, ses nombreuses apparitions médiatiques du moment auraient été programmées "il y a plusieurs mois", en particulier l'entretien fleuve donné au Crayon, le 11 octobre. 
 
Fort de cette notoriété, le maire de Cannes se fait l'avocat toujours plus pressant d'une primaire de la droite et du centre, qui réunirait "tous les candidats qui se reconnaissent dans cette dénomination" - jusqu'à Eric Zemmour, si tel était son cas. "Mathématiquement, personne ne plie le match sans primaire", défend encore Sophie Mouysset. L'union derrière un candidat unique permettrait d'éviter "ce que propose le Rassemblement national [...] et ce que propose l'extrême gauche", a martelé David Lisnard le 10 octobre, sur BFMTV.
Partisan d'un libéralisme "illibéral"
Sur le plan politique, le président de l'AMF se revendique d'une ligne "libérale", qui vise à lutter contre la bureaucratie française. En ce sens, il s'inscrit dans l'idéologie du président argentin, Javier Milei. En janvier, il avait rédigé une tribune au JDNews saluant les résultats économiques enregistrés à Buenos Aires. La recette du succès, pour le pays sud-américain ? "Une vision cohérente à travers la condamnation du wokisme, de l’étatisme, du collectivisme et de l’égalitarisme qui sont intrinsèquement liés et partagent une matrice commune." Le candidat se revendique encore de Margaret Thatcher, de Charles de Gaulle ou encore Georges Pompidou, auquel il a consacré un livre.
 
Raphaël Morisset, docteur en science politique, chercheur à la George Washington University, détaille : "On peut adopter une certaine réserve vis-à-vis de l’emploi de [l']étiquette 'libérale' concernant David Lisnard, puisqu’il s’agit d’un 'libéralisme' qui est très illibéral sur le plan politique et sociétal". Pour l'universitaire, le maire de Cannes "s’inscrit dans la continuité d’un courant du libéral qu’on qualifie de 'conservateur' qui fait de la lutte contre l’Etat-providence un impératif politique voire une nécessité existentielle pour la survie de la 'nation'". Le recours au terme "libéral" le distingue néanmoins de ses opposants à droite, qui se qualifient plus volontiers de conservateurs ou d'illibéraux.
 
En parallèle de la course à l'Elysée, le président de l'Association des maires de France (AMF) se présente à sa succession, fin novembre. Il a pour concurrent le maire UDI de Sceaux (Hauts-de-Seine), Philippe Laurent. Reste à savoir si David Lisnard pourra transformer cette visibilité numérique en soutiens électoraux et s’imposer dans une droite où il plaide pour une candidature commune. 
par Pierre Levrel, le Mardi 13 octobre 2026 à 13:35 - LCP 
 

 

Lisnard : une offre politique nouvelle 

Dans une interview à LCI, le maire de Cannes David Lisnard présente des réformes libérales. Retour sur celles-ci.

Un article de la Nouvelle Lettre

  1. Suppression de la carte scolaire, et libre choix de l’école par les parents
  2. Liberté de choisir une retraite par capitalisation
  3. Suppression de la loi Gayssot (logements sociaux imposés aux municipalités)

Voici trois réformes qui sont prioritaires dans les projets libéraux. Il faut avoir le courage de les proposer. C’est ce qu’a fait la semaine passée David Lisnard interviewé par Adrien Gindre sur la chaîne d’information LCI. Le journaliste a d’ailleurs présenté David Lisnard comme maire de Cannes, président de l’Association des Maires de France, et… libéral.

À ceux qui douteraient de la foi libérale de David Lisnard, voici encore quelques thèmes abordés lors de cette interview :

  • Les partis politiques (que Macron réunit alors qu’il les a fustigés, méprisés) ont besoin de principes, au lieu de rechercher des arrangements électoraux.
  • « L’enfant malade de la République c’est l’État. »
  • Il faut reconnaître le mérite de « ceux qui bossent », voilà la justice sociale.
  • La liberté et l’égalité ne font actuellement pas bon ménage ; il faut rompre avec l’égalitarisme qui détruit les libertés.
  • La destruction de la liberté a deux origines : « les dépenses publiques qui détruisent le pouvoir d’achat, la règlementation qui détruit le pouvoir d’agir ».
  • La liberté permet à chacun de progresser, elle exige la personnalité et la responsabilité.

 

David Lisnard ne mâche pas ses mots : l’islamisme a envahi beaucoup d’écoles, les impôts continuent à croître, et les taxes foncières mettent les villes sous la dépendance de l’État (augmentation obligatoire du taux de 7,1 %), les préfets ont une autorité générale sur les élus locaux, c’est la réglementation qui crée la pénurie foncière. Tout le monde souffre de « l’inflation bureaucratique », les hauts fonctionnaires en sont responsables, ils créent les blocages et oublient les fondamentaux.

Interrogé sur le paysage politique actuel, David Lisnard observe que le président cherche une alliance des partis (au demeurant utopique).

Mais pour qu’il y ait alliance, il faut avoir un projet. Or, après la lecture des sept pages du récent article paru dans Le Point dans lequel s’exprime Emmanuel Macron, aucun projet n’émerge.

Pourtant, la France est à bout dans tous les domaines.

Et quid de Darmanin ? La criminalité a augmenté de 15 % en six ans. Ce serait bien que le ministre fasse son travail pour contenter la « classe populaire ».

Et quid de la gauche ? Beaucoup d’électeurs de gauche sont désorientés par l’extrémisme qui règne dans ce camp, il n’y a aucune raison pour qu’ils ne soient pas sensibles aux principes que défend David Lisnard.

Et quid du parti des Républicains ? Éric Ciotti est un ami, et contrairement à ce qu’on pense, les membres et les élus du parti travaillent sur un programme de qualité.

Et l’élection présidentielle ? Il est trop tôt pour en parler, mais il est certain qu’il faudra des primaires pour éclairer les électeurs, et « je suis pour la compétition ». David Lisnard confirme ainsi ses déclarations du samedi soir 26 août (rapportées dans Le Figaro de lundi matin).

Je n’ai pas parlé de la forme : aucun papier préparé, une élocution simple et directe, des réponses simples mais explicites. Il parle comme on le fait dans le monde de l’entreprise, car même si sa formation l’a porté d’abord vers la fonction publique, lui au moins a travaillé avant d’entrer dans l’arène politique.

Je laisse mes lecteurs, libéraux ou autres, réfléchir aux perspectives ouvertes par une personnalité politique à mes yeux hors du commun, puisque David Lisnard a choisi « les idées avant tout ». Je pense que la mission du parti Nouvelle énergie sera de diffuser avec succès les idées de David Lisnard, les libéraux pourront sans doute l’accompagner. 

Jacques Garello

Jacques Garello, est Professeur Émérite à l’Université Aix Marseille, Président d’honneur de l’ALEPS, directeur de la publication de la Nouvelle Lettre (www.Libres.org). Dernier ouvrage paru : « Le Vote Libéral », Libréchange éd., septembre 2016.

A lire aussi : David Lisnard est-il libéral ?

 


 
 Énième confirmation d’un constat que je m’époumone à faire depuis des années, désormais audible : les moyens du terrain sont détournés par les retraites (qui représentent 35% du budget de la sécurité et 32% de celui de l’éducation) et l’hyper bureaucratie. Tout cela à cause des irresponsables politiques qui, « en responsabilité », ont maintenu, malgré la décroissance démographique, donc du financement, le système par répartition intégrale. Seule une part de capitalisation, qui fait désormais consensus, pourra sauver à la fois les services et les finances publiques. La transition vers ce nouveau régime sera longue et difficile, et je la détaillerai bientôt, mais il est possible de stopper l’hémorragie pour retrouver des marges de manœuvre dès maintenant : désindexation des pensions les plus élevées de l’inflation, convergence des régimes publics et privés, fin des régimes spéciaux. Nous commencerons dès mai 2027.
  





 

David Lisnard : «Redresser la France ne se résume pas à un slogan»
Candidat à la présidentielle, le maire de Cannes souhaite porter un projet libéral pour 2027 qui repose sur trois principes fondamentaux : un État recentré sur ses missions régaliennes, une débureaucratisation radicale ainsi qu’une école d’excellence.

Le JDNews. Les sondages commencent à vous sourire : vous êtes passé de 2 à 3,5 %. Un certain « monsieur 3 % », François Hollande, a d’ailleurs fini à l’Élysée en 2012… Qu’est-ce que tout cela vous inspire ?
David Lisnard. Je reste concentré sur ma démarche. Elle ne relève ni de la superstition ni de la langue de bois : en politique comme dans le sport ou l’entreprise, j’ai toujours suivi la même ligne. Je défends des propositions politiques qui sont celles de mes convictions et du terrain. Ce qui se passe en ce moment, je l’annonce depuis deux ans. Les candidatures à droite se dispersent et une alternative puissante doit s’imposer face à tous ceux qui nous ont gouvernés. Si les sondages montent, je m’en réjouirai – je ne vais pas être hypocrite –, mais je veux avant tout mener cette épopée, née au fil des années, et porter le projet que je nourris depuis toujours, inspiré par mon expérience de commerçant, de père de famille et de maire. Je ne viens pas du système, les sondeurs ne me testent pas toujours. Mais il se passe quelque chose…
Vous parcourez la France depuis plusieurs mois. Quel accueil les Français vous réservent-ils ?
Nos déplacements suscitent un excellent accueil et un véritable engouement. Notre pays manque d’oxygène, et je veux lui en apporter. Les échanges sont positifs. Beaucoup de personnes qui veulent s’en sortir viennent à ma rencontre. Hier, Nouvelle Énergie a enregistré 2 000 adhésions en une seule journée. Au départ, nous avons surtout attiré une droite orpheline. Depuis le début de l’année, beaucoup de libéraux déçus par leur vote Macron nous rejoignent.
« Réduire les dépenses, mieux organiser les services et investir, cette méthode fonctionne »
Pour la première fois, je commence aussi à élargir mon audience, notamment auprès d’électeurs du RN qui doutent de sa capacité à vraiment changer les choses. Cela suppose aussi de sortir du pouvoir ceux qui nous dirigent depuis dix ans, et même depuis bien plus longtemps. Tous les partis et mouvements en place sont imprégnés de collectivisme. Je propose une alternative claire et structurée : un changement radical, mais rationnel, pour retrouver l’espoir.
Les dernières décennies ont montré l’écart entre les promesses électorales et les résultats des présidents. En quoi serait-ce différent avec vous ?
Quand je me suis présenté à Cannes, ma ville, certains doutaient. C’est une ville complexe, marquée depuis le XIXe siècle par une immigration pauvre, mais aussi avec des quartiers prestigieux. Le taux de pauvreté atteint 22 %. J’avais présenté un programme ambitieux. Beaucoup me disaient que je ne parviendrais ni à réduire la dette, ni à baisser les impôts, ni à investir. Douze ans plus tard : 85 millions d’euros de dette en moins, une fiscalité réduite de 3,6 %, une capacité d’autofinancement multipliée par dix et 20 % d’agents en moins, mieux payés et mieux encadrés. Réduire les dépenses, mieux organiser les services, pour baisser la dette et les impôts tout en investissant davantage : cette méthode fonctionne partout. Elle a fait ses preuves en France à l’époque de Pompidou, de Gaulle, Debré ou avant, de Poincaré. Elle a aussi permis de redresser de nombreux pays.
Imaginons que vous entriez demain à l’Élysée. Quelles seraient vos premières décisions ?
Une réforme profonde de l’appareil public – mère de toutes les réformes – s’impose. Aucun trésor caché n’existe, rien ne peut dispenser l’État de se réformer et de se moderniser. Ma première décision consisterait à nommer un DRH de l’État et à envoyer, à la tête des administrations centrales, un commando que je constitue actuellement. Sa mission : repérer les talents et les agents motivés, puis mettre en œuvre le projet sur lequel j’aurai été élu. Ce changement ne sera pas seulement générationnel. Il supposera un nouvel état d’esprit. La France compte de très bons fonctionnaires, qui s’inscriront dans cette dynamique. Nous ferons aussi entrer, dans une juste proportion, des personnes issues de l’entreprise dans les ministères. Nous développerons un management participatif sur le terrain et valoriserons les fonctionnaires de proximité. Dès le lendemain de l’élection, le peuple reprendra sa place dans la décision publique. Nous resserrerons aussi le gouvernement : il comptera entre neuf et quatorze membres. Je ne cherche pas forcément des personnalités connues : Raymond Barre et Pompidou n’en faisaient pas partie.
Nous nous attaquerons au Code du travail, qui compte 4 000 pages en France, contre 70 en Suisse, où les salariés sont mieux protégés. Trop de règles finissent par affaiblir la protection. Nous porterons une grande loi régalienne sur le Code pénal des mineurs et la création de places de prison, dans l’attente d’un accord avec les pays limitrophes. Pour maîtriser les flux migratoires, un bras de fer avec les hautes cours européennes et françaises, dont le Conseil constitutionnel, par le recours au référendum, s’imposera. Je veux aussi mettre en place une vraie politique de la jeunesse par le sport, la culture, la formation et une école de haut niveau. Les élèves qui perturbent les classes seront placés dans des établissements disciplinaires avec internat et travaux d’intérêt général. Nous protégerons ainsi la société et l’immense majorité des jeunes qui veulent progresser, mais que l’idéologie égalitariste et gauchiste et les voyous tirent vers le bas. Nous mènerons également une politique d’éducation artistique et culturelle. Les grandes œuvres de l’esprit deviendront accessibles à chaque Français grâce à un socle commun de références et de partage, pour créer de l’unité nationale.
Emmanuel Macron avait promis aux Français une « révolution » économique. Près de dix ans plus tard, le chômage atteint 8,3 %. Comment comptez-vous redonner aux Français le goût de travailler ?
La priorité consiste à encourager ceux qui travaillent. À une époque de forte croissance, de natalité dynamique et de références culturelles communes, l’État-providence rendait de grands services. Aujourd’hui, ce modèle ne tient plus : il enferme nos enfants et nos petits-enfants dans la pauvreté et les surendette. Nous devons lui substituer un État performant, recentré sur ses missions régaliennes et débarrassé d’une grande partie de la bureaucratie. La France compte 800 000 fonctionnaires de plus que si elle disposait d’une administration d’un niveau comparable à celui des pays scandinaves. Ce changement créera de l’espoir. Je présenterai une grande loi économique et sociale. Nous irons plus loin pour mettre en place un État performant : rapprocher notre niveau de dépense publique d’un pays comme les Pays-Bas. Sur ces économies, je veux restituer immédiatement 60 % aux actifs sous forme de salaire net, grâce à une baisse des cotisations et à l’alignement de leur CSG sur celle des inactifs. Nous ferons converger les systèmes de retraite public et privé. Nous mettrons en place une retraite par capitalisation et créerons une retraite individualisée, mêlant capitalisation et répartition. Nous engagerons immédiatement un vaste chantier contre la bureaucratie, avec un moratoire réglementaire. Nous gérerons les départs à la retraite dans la fonction publique, formerons les fonctionnaires, faciliterons les mutations et supprimerons des agences et des organismes. L’objectif étant d’en supprimer la moitié. Dans la santé, j’ai recensé quatorze agences en France… En Allemagne ou en Italie, un médicament innovant arrive sur le marché 120 jours après son autorisation européenne. En France, le délai grimpe à 700 jours, soit 580 jours de plus, ce qui dissuade les industriels. Les Français sont ainsi privés de 40 % des nouveaux traitements !
Comment entendez-vous remettre de l’ordre dans les comptes publics ?
En relançant la croissance et supprimant les excès de dépense, ce qui est lié, et en libérant l’État et les entreprises des surcharges fiscales, sociales et bureaucratiques. Si les impôts manquaient, nous pourrions les augmenter. Or la fiscalité, les charges et les prélèvements obligatoires ne cessent de croître. La dette augmente, tandis que les services publics perdent en efficacité. Nous devons sortir du débat technocratique qui nous conduit dans le mur de la dette. Les dépenses excessives s’expliquent par une bureaucratie trop lourde et une désorganisation totale des pouvoirs publics.
« Il faut libérer l’école : de l’idéologie de la déconstruction et de la sectorisation »
La réforme prioritaire consiste à réorganiser l’État, à transférer le pouvoir réglementaire aux collectivités, à supprimer un échelon et à améliorer la performance. Aux Pays-Bas, le revenu par habitant et le salaire minimum dépassent les nôtres ; la pauvreté et le chômage y reculent. La dépense publique y représente 45 % de la richesse produite, contre 57 % en France. Douze points d’écart, soit 350 milliards d’euros. Mon objectif, sur dix ans, consiste à ramener notre dépense publique au niveau actuel des Pays-Bas.
Si vous étiez élu, rompriez-vous avec la ligne diplomatique actuelle de la France ?
J’aimerais que quelqu’un m’explique quelle est cette ligne. Quelle ligne au Maghreb ? En Asie du Sud-Est ? Au Proche-Orient ? En Europe ? Je veux une diplomatie fondée sur nos intérêts et les moyens de les défendre. Les impasses des projets franco-allemands d’avion de combat et de char du futur imposent de partir des besoins militaires et des intérêts industriels pour bâtir des coopérations solides. Nous devons rester alliés des États-Unis sans nous aligner sur toutes leurs positions et réduire nos dépendances stratégiques envers la Chine. Notre influence doit s’appuyer sur nos atouts économiques et culturels. En Afrique et au Levant, notre agriculture de production doit renforcer la sécurité alimentaire, nos partenariats, notre influence. Les lycées français à l’étranger doivent transmettre notre langue, notre culture, et former les générations avec lesquelles nous bâtirons ces relations. Face à Moscou, recherchons la paix et évitons l’escalade comme les rodomontades, sans être naïfs et sans céder à l’intimidation ni abandonner l’Ukraine. La Russie ne respectera que notre force. Enfin, prenons au sérieux les ambitions de la Turquie d’Erdogan au Levant, en Afrique et dans le Caucase. Défendons nos intérêts et soutenons nos partenaires. Il y va de notre crédibilité, de nos principes comme de nos intérêts.
Emmanuel Macron avait promis « l’école de la confiance », le « choc des savoirs », un prof devant chaque classe. Là encore, le compte n’y est pas. Que faudrait-il faire, selon vous, pour que l’école française tienne sa promesse et que ses élèves retrouvent le goût d’apprendre ?
La décision d’affecter 3 000 professeurs en quelques heures à des classes qui manquaient d’enseignants révèle tragiquement la désorganisation de l’État et l’échec d’un système centralisé et bureaucratique. L’école doit redevenir un lieu d’instruction. L’éducation relève d’abord des parents, même si le respect des règles en classe y contribue. Remettons les priorités dans le bon ordre : l’école permet avant tout aux enfants de s’élever et d’acquérir des savoirs. Nous établirons un tronc commun d’enseignement, quel que soit le type d’établissement, avec des fondamentaux renforcés, notamment en mathématiques et en français le matin. L’après-midi, nous développerons les compétences douces, le sport, les humanités et l’éducation artistique et culturelle. Celle-ci ne doit pas relever d’une approche idéologique. Elle doit faire découvrir les grandes œuvres architecturales, musicales et littéraires françaises, pour rassembler des jeunes venus d’horizons sociaux et ethniques différents. L’école doit jouer ce rôle dès le plus jeune âge. J’ai mis cette politique en place à Cannes, première ville à proposer une éducation artistique et culturelle à 100 % sur le temps scolaire. Je veux aussi développer la philosophie et la raison critique dès le plus jeune âge.
Dans le monde de l’IA, du quantique et de la robotique, nous devons sanctuariser ces apprentissages, à un âge où les connexions neuronales se construisent, pour que les jeunes apprennent à penser par eux-mêmes plutôt que de s’en remettre aux algorithmes. Je créerai aussi un réseau d’établissements publics d’excellence à l’échelle des anciens cantons, avec des internats d’excellence, ainsi que des établissements disciplinaires pour les élèves récalcitrants. Il s’agira de véritables internats de redressement, encadrés par des enseignants et éducateurs solides. Avant tout, il faut libérer l’école : de l’idéologie de la déconstruction et de la sectorisation qui a créé des écoles ghettos et de l’échec. Les parents choisiront où ils inscriront leur enfant et le financement public suivra ce choix, que l’établissement soit privé ou public. Les chefs d’établissement auront la liberté d’organisation, de recrutement et de management, les enseignants pourront choisir leur statut. Tous les pays qui ont procédé ainsi ont créé de l’émulation entre établissements, ont relevé le niveau, ont amélioré la justice du système.
On nous répète que la France s’est déchristianisée, que les églises se vident. Pourtant, le pape Léon XIV a attiré les foules. Sa visite ne s’adresse-t-elle pas, au fond, à tous les Français, qu’ils soient croyants ou non ?
Le christianisme concerne tous les Français, croyants ou non. Croyant, athée, agnostique, juif ou musulman, chaque Français vit dans un système façonné notamment par le christianisme. N’en déplaise aux bouffeurs de curés, aux islamistes et aux laïcards extrémistes, notamment ceux de la Ligue des droits de l’homme – d’extrême gauche, bien sûr –, tous héritent de ces valeurs et doivent les défendre. La venue du pape a oxygéné le pays et ouvert une formidable parenthèse. Elle révèle une France discrète, humble et pudique, dotée de belles vertus, qui existe et veut exister. Nous devons veiller à ce qu’elle puisse vivre et, pourquoi pas, prospérer. Mais restons réalistes. Catholique pratiquant, j’ai vécu la formidable venue de Jean-Paul II, qui avait suscité un engouement exceptionnel et lancé cette phrase : « France, fille aînée de l’Église, qu’as-tu fait des promesses de ton baptême ? » Pourtant, la déchristianisation s’est poursuivie les années suivantes. La nouveauté, aujourd’hui, tient à la résurgence d’une affirmation chrétienne. Le grand mystère du christianisme, c’est l’Incarnation : « Dieu s’est fait homme et l’homme est à l’image de Dieu. » L’Incarnation ne cesse de nous interroger. La venue du pape a donné chair à ce mystère, notamment par la bonté qui se dégage de lui. Il en résulte une réjouissante espérance
Propos recueillis par Lara Tchekov 14/10/2026 à 06:24- Le JDD 

David Lisnard 

David Lisnard, né le 2 février 1969 à Limoges, est un homme politique français, maire de Cannes depuis 2014 (réélu très confortablement en 2020 et en 2026) et président de l'Association des maires de France (AMF).

Avec son parti Nouvelle Énergie, de sensibilité libérale (mais dont les prises de position sont parfois critiquées par certains libéraux), il annonce, en 2026, sa candidature à l'élection présidentielle de 2027, rompant avec Les Républicains. 

 

Biographie

Il est originaire d'une famille cannoise et passe quelques années après sa naissance à Limoges, où son père, footballeur professionnel, a fait déménager sa famille suite à un changement de club. Sa famille, de commerçants et d'entrepreneurs, tient différents commerces à Limoges et Cannes. David Lisnard étudie à Limoges puis à Cannes, et intègre l'Institut d'études politiques de Bordeaux (promotion 1992).

Engagé en politique de longue date, il milite pour Jacques Chirac aux élections présidentielles de 1988 (et 1995) alors qu'il a 19 ans. Élu localement, il a commencé par occuper diverses fonctions politiques et administratives, notamment en tant que conseiller municipal de Cannes et conseiller général. En 2014, il est élu maire de la ville de Cannes, puis en 2015 vice-président du conseil départemental des Alpes-Maritimes. Il est également président de l'Association des maires de France depuis 2021.

À la tête de la ville de Cannes, il hérite d'une des dettes les plus élevées de toute la France, à 3437 euros par habitant[1]. Il poursuit la baisse de la dette entamée sous la fin de mandat de son prédécesseur, Bernard Brochand, pour la ramener en 2021 à 2606 euros par habitant[1].

Il est membre du parti politique Les Républicains (LR). Pour la présidentielle de 2017, il ne soutient aucun candidat à la primaire LR mais devient porte-parole de François Fillon. Il défend en particulier l’idée de « coupes franches dans la fonction publique »[2].

En 2023, il affiche une présence nationale de plus en plus marquée, et structure ses réseaux autour de Nouvelle Énergie pour la France, un parti politique, ce qui génère de nombreuses rumeurs sur des ambitions présidentielles. Lors des législatives anticipées de 2024, son mouvement présente de nombreux candidats à travers la France.

S'inspirant entre autres de la victoire franche d'un Javier Milei en Argentine, il radicalise son discours réformateur, et se fait de plus en plus présent dans les médias, portant une voix se rapprochant du libéralisme. En 2026, après avoir été réélu maire de Cannes dès le premier tour avec 88 % des voix, il quitte Les Républicains et prend son indépendance pour porter une voie libérale-conservatrice, et se déclare candidat à l'élection présidentielle de 2027[3].

David Lisnard est-il libéral ?

Searchtool-80%.png Article détaillé : Libéralisme.

David Lisnard peut dans son discours utiliser des marqueurs idéologiques libéraux, comme le fait de se référer parfois à Friedrich Hayek ou Margaret Thatcher, suscitant un intérêt dans l'électorat libéral français. En août 2023, à l'université d'été du Medef, il se prononce contre les aides aux entreprises et pour la réduction d'autant de leur fiscalité et de la fiscalité du travail, ou plaide pour une réduction massive du déficit public, parlant de la dépense publique comme une drogue. Lors de la réforme des retraites il défend un recours à la retraite par capitalisation, ou considère que l’État doit se recentrer sur le cœur de son rôle, en particulier ses fonctions régaliennes : « Plus l’État a élargi son champ d’action, plus il déresponsabilise, moins il est capable d’assumer sa mission »[4]. Son bilan fiscal local semble positif, avec une (petite) baisse des dépenses de la ville[5], et une dette en baisse régulière[1]. Lors des législatives anticipées de 2024, il se positionne avec les candidats de son parti (Nouvelle Énergie) sur un discours de responsabilité fiscale et de modération de la dépense publique.

Il se positionne par ailleurs sur certaines mesures sociétales en ligne avec les idées libérales : suppression totale de la carte scolaire et promotion de la liberté scolaire, moindre intervention de l’État dans le logement, en particulier en supprimant la loi Gayssot sur le logement social, etc.

Néanmoins, son éloge de la modération de la dépense publique semble fortement variable selon l'intérêt politique de la dépense : maire de la ville du Festival de Cannes, il est ainsi le défenseur de la politique étatiste de soutien massif au cinéma, qualifiée de « politique publique habile »[6].

Son bilan sur les libertés individuelles est médiocre, et témoigne de réflexes à l'opposé des valeurs libérales. C'est l'un des politiques qui s'est montré le plus liberticide dans la gestion de la crise du covid, ayant recours à des mesures comme l'utilisation de caméras de surveillance en avril 2020 pour surveiller les habitants ne portant pas le masque. Dans une logique « sanitaire mais aussi psychologique », il fait réaliser en mai 2020 une « désinfection » des plages de la ville avec de l'eau oxygénée[7]. Loin de revenir sur ses choix, il défend un an plus tard en avril 2021 un durcissement des politiques sur le covid, allant jusqu'à défendre une politique zéro covid aux conséquences hautement liberticides[8] et dont le bilan s'est révélé catastrophique.

En 2014, il fait partie des maires « en pointe » sur l'interdiction du burkini par un arrêté municipal. Après décision de justice condamnant une violation des « libertés fondamentales que sont la liberté d'aller et venir et la liberté de conscience », il doit rapidement revenir sur son arrêté[9]. Au global, il semble en 2024 incarner le créneau du conservatisme classique en France, s'inspirant du libéralisme économique, au moins sur certains aspects, et avec des mesures sociétales conservatrices, sur l'immigration en particulier. Un positionnement classique de droite, plus que libéral.

Prises de position

En politique étrangère, il estime que la France doit être une alliée d'Israël, en particulier contre le terrorisme, expliquant : « d’un point de vue historique, a-t-il déclaré, depuis 1948, la France et Israël ont été des alliés très liés. Nous sommes encore des alliés et la France a intérêt à ce que l’État d’Israël soit fort avec une démocratie forte au sein du Proche-Orient et doit le soutenir dans sa guerre contre l’islam radical »[10].

Il considère que « l'immigration est devenu un problème majeur… La France a accueilli un record de 500 000 personnes l’année dernière. Il faut couper le robinet dans l’intérêt de l’équilibre de la société française ».

Face à un Éric Zemmour qui demandait à être exonéré de la condition de parrainages d'élus pour la présidentielle, David Lisnard, comme président de l'Association des Maires de France, avait déclaré que ce sujet n'était pas de sa compétence mais avait indiqué être favorable à une réforme du système[11]. Alors que le Front de gauche cherchait à interdire le meeting d'Éric Zemmour à Cannes en 2022, David Lisnard s'y était opposé au nom de la liberté d'expression. Au final en 2022, le maire de Cannes avait donné son parrainage au candidat d'extrême gauche Jean-Luc Mélenchon[12] quand celui-ci était menacé de ne pas pouvoir se présenter.

Notes et références

Liens externes

 
 
 

novembre 21, 2025

La démocratie directe ?

Pour en finir avec la démocratie directe

Emmanuel Macron réfléchit à changer la Constitution afin d'élargir les possibilités de référendum. À cette occasion, Contrepoints republie trois articles qui proposent différentes réflexions libérales sur la thématique de la démocratie directe. Ici, une vision plutôt critique de la démocratie directe sous la plume de José Lopez-Martinez.

Il n’y a pas lieu de chercher à substituer à la démocratie représentative une forme de démocratie supposée supérieure que serait la démocratie directe. Il suffit de voir comment votent généralement la Suisse francophone ou la Californie pour comprendre que la démocratie directe en France se traduirait par un recul significatif de la liberté.

 


 

En contrepoint de l’article de Jacques Legrand : Français, savez-vous ce que vivre en démocratie directe voudrait dire ?

Régulièrement, aussi bien du côté de l’extrême gauche que de l’extrême droite qui s’imaginent toujours représenter le pays réel, et récemment de manière curieuse chez quelques libéraux, on voit resurgir ce serpent de mer qu’est la demande de l’instauration de la démocratie directe ou semi-directe dans le système politique français. Une manière de Graal électoral qui devrait permettre d’exaucer le vœu de Lincoln d’un gouvernement du peuple par le peuple pour le peuple.

Dans des articles parus dans Contrepoints, Jacques Legrand ainsi que Jacques Garello revenaient sur cette antienne et rompaient donc une lance en faveur de cette option qui rendrait au citoyen son pouvoir de décision et sa souveraineté. L’argumentaire est bien connu. Fondamentalement, il s’agit d’une critique frontale du système représentatif où le peuple délègue sa souveraineté au parlement, au gouvernement et à l’autorité judiciaire.

En décrivant l’expérience historique, nos zélotes montrent que les représentants élus ont tendance à s’émanciper de l’intérêt général pour ne servir que le leur. Une oligarchie détiendrait dès lors l’essentiel du pouvoir, en cheville avec différents groupes d’intérêts et de pression. Le tout au détriment du pouvoir législatif et même du pouvoir judiciaire. Car dans les faits, l’exécutif devient le seul auteur principal des lois et la séparation des pouvoirs n’existe plus guère.

Au final, le citoyen est cantonné au rang de spectateur de la vie politique, confisquée par les partis.

Dans son article, Jacques Legrand, à la suite d’Yvan Blot, d’Étienne Chouard, d’Antoine Chollet, d’Alain Cotta et bien d’autres en France, appelle donc à l’avènement d’une nouvelle société qui passerait par une réforme des institutions fondées sur une subsidiarité ascendante. Une société qui ferait appel à l’engagement des citoyens là où ils peuvent agir, et qui les doterait de droits supplémentaires afin d’augmenter leur participation politique, et de les mettre au même niveau décisionnel que les représentants élus. À l’instar de ce qui existe en Suisse et, dans une moindre mesure, dans les États qui ont introduit dans leur système politique des outils de la démocratie directe (référendum, plébiscite, initiative populaire, pétition, destitution de mandataires, etc.).

En temps de crise, le sujet revient à la mode.

Comme aujourd’hui en France, avec la gestion calamiteuse du gouvernement Hollande, un président « mal élu », choisi par une minorité de la population si l’on tient compte du nombre des abstentions. La question de l’introduction d’une simili initiative populaire est d’ailleurs à l’étude au Parlement.

C’est donc une bonne occasion de tordre le cou une fois pour toutes à cette vraie fausse bonne idée qu’est la démocratie directe. Même si certains libéraux, comme Pierre Chappaz, croient y trouver une voie d’avenir en faisant, par exemple, référence au scrutin du 24 novembre en Suisse.

 


 

Les failles de la démocratie directe

Commençons donc par l’expérience historique.

Généralement, les thuriféraires de la démocratie directe aiment s’étendre sur les cas qui fonctionnent ou semblent fonctionner relativement bien. Comme la Suisse. Cas emblématique, il est vrai. Ou les New England Town Meetings aux États-Unis, déjà vantés en son temps par Tocqueville. Ou quelques référendums en Italie, etc.

Malheureusement, l’expérience historique de la démocratie directe, c’est surtout l’histoire d’échecs répétés et souvent sanglants. À commencer par la Grèce antique où la démocratie directe, la seule forme démocratique connue alors, se solda plusieurs fois par des guerres sociales dans plusieurs cités. Ce qui donna matière à réflexion aux philosophes d’alors, qui forgèrent à ce propos le concept d’ochlocratie.

Plus près de nous, plusieurs autres expériences de démocratie directe furent tentées : la Commune de Paris en 1871, les soviets russes après la chute du régime tsariste, les conseils ouvriers en Allemagne et en Italie après la Première Guerre mondiale, les communautés anarchistes en Espagne durant la guerre civile, le Chiapas, au Mexique, contrôlé un temps par l’Armée zapatiste de libération nationale.

Certes, des événements extérieurs y mirent fin, mais la manière dont elles s’étaient déroulées laisse peu de place au regret. Et si l’on voulait faire preuve d’un peu de mauvaise foi, on citerait, comme autre exemple peu reluisant de la démocratie directe, la Jamahiriya, cet « État des masses » instauré par Kadhafi en Libye à partir de 1977.

Le second point mis en avant en faveur de la démocratie directe est sa représentativité, qui serait supérieure au système de la démocratie représentative et, partant, plus légitime. Ainsi, par exemple, face à un président comme Hollande choisi par moins de 40 % des électeurs inscrits, par défaut, pour faire sortir son rival politique, on oppose la légitimité du peuple qui voterait directement, donnant en masse son avis sur une question précise.

Sauf que, encore une fois, l’expérience montre que cette supposée représentativité supérieure est loin d’être acquise.

On sait déjà en effet qu’aux États-Unis, les taux de participations aux scrutins sont extrêmement faibles, comparés aux scores européens, là où règne la démocratie représentative. Mais également en Suisse – l’exemple canonique de la démocratie semi-directe – la participation des citoyens aux consultations populaires est des plus réduites : de près de 70 % au début du XXe siècle, elle est tombée à moins de 30 % à la fin du siècle.

Alors qu’est-ce qui serait le plus légitime d’un point de vue démocratique : l’élection d’un représentant avec 40 % des suffrages ou l’adoption d’une initiative populaire par 15 % du corps électoral ?

Autre exemple récent et médiatisé : quelles sont la représentativité et la légitimité démocratique du nouveau projet de constitution islandaise rédigé par 25 citoyens choisis au hasard, en collaboration avec la population via Internet, et approuvé en octobre 2012 par 66 % des suffrages exprimés, mais avec un taux d’abstention supérieur à 50 % et l’opposition de toute une partie du spectre politique ?

Il y a peu, les différentes « assemblées populaires » apparues au sein de mouvements « Occupy » qui ont vu le jour à travers le monde (New York, Madrid, etc.) nous ont également montré que la démocratie directe n’offre absolument aucune garantie de représentativité supérieure par rapport à la classique démocratie représentative et qu’elle est tout autant, sinon plus, sujette à la démagogie, au dérapage populiste et à la tyrannique confiscation du pouvoir par une minorité active et bruyante selon l’effet Olson.

Mais le grand argument avancé par les partisans de la démocratie directe, à tout le moins par ceux qui veulent vendre ce programme aux libéraux, c’est, comme le font Legrand ou Garello, de nous assurer que ce système politique permettrait de limiter la taille de l’État, et de mieux préserver nos droits et libertés. Et dans la foulée, de nous décrire comment la Suisse est le cinquième pays le plus libre économiquement au monde. Et comment, en 1980, le référendum initié par le major Jarvis, la célèbre Proposition 13, limita la croissance des dépenses publiques en Californie et conduisit Reagan à la Maison blanche.

Mais une fois de plus, une étude plus approfondie doit nous faire déchanter.

Alors, s’il est bien vrai que la Proposition 13 permit, très momentanément, de réduire un peu le train de vie de l’État de Californie, il ne faut pas oublier que la plupart du temps la démocratie directe a servi aux États-Unis à alourdir le poids et à renforcer l’interventionnisme de l’État (législation sur le travail dans l’Oregon, le Colorado, l’Arkansas, système public de retraites dans l’Arizona, prohibition de l’alcool dans plusieurs État avant le Volstead Act, instauration de mesures de discriminations positives, protection de l’environnement en Californie, etc.).

Et actuellement, malgré le fait que la Californie soit sans doute l’État américain où est le plus appliqué la démocratie directe, on a pu observer depuis des années un envahissement sans précédent de l’État dans tous les domaines de la vie et une multiplication des atteintes aux libertés individuelles.

Quant à la Suisse, s’il est vrai qu’elle se trouve, en compagnie des États-Unis, dans le top 10 des pays les plus libres économiquement, cela ne doit pas occulter le fait que les huit autres pays premiers du classement ne pratiquent pas ou de manière parfaitement anecdotique la démocratie directe. Le lien de causalité non seulement n’est pas prouvé, mais fortement contredit par la pratique référendaire suisse qui, comme aux États-Unis, a surtout été un facteur d’étatisation et d’interventionnisme plutôt que de protection des droits et libertés.

Ainsi, quand on passe en revue la liste des près de 200 initiatives populaires fédérales qui furent soumises à l’approbation des Suisses depuis 1891, on constate que deux tiers des propositions visaient à augmenter l’intervention de l’État ou à réduire la liberté (« droit au travail », impôt sur la fortune, « mesures contre la spéculation », protection des locataires, temps de travail, lutte contre l’alcoolisme, contre le tabagisme, lutte « contre l’emprise étrangère », expulsion d’étrangers, construction de logements sociaux, système de pension publique, limitation du secret bancaire, politique de transports publics, limitation de la vitesse, diminution du trafic routier, contrôle des prix, santé publique, etc.) Chose qui ne doit pas étonner outre mesure quand on sait que le champion toutes catégories des promoteurs d’initiatives populaires est le Parti socialiste suisse, qui devance de très loin tous les autres partis ou groupes d’intérêt ou ad hoc constitués à cet effet.

Et même si, au final, l’écrasante majorité de ces propositions fut rejetée par la population suisse, il n’en demeure pas moins vrai que sur les 20 initiatives populaires qui furent approuvées, douze se sont bien traduites par un accroissement du poids de l’État, et une diminution des droits et libertés suisses (prohibition de l’absinthe, interdiction des maisons de jeu, contrôle des prix, protection de l’environnement, interdiction des OGM, restriction dans la construction immobilière, limitation des « rémunérations abusives », violations de la liberté de culte et atteintes aux pratiques religieuses inspirées par l’antisémitisme et l’islamophobie, etc.)

Bref, si la Suisse est un pays bien plus libre que la moyenne, c’est plutôt malgré la démocratie directe que grâce à elle. Et l’explication de ce degré de liberté doit être recherché ailleurs, à commencer par son système de strict fédéralisme et de décentralisation extrêmement avancé.

Non, la démocratie directe n’est pas la panacée, même pas une amélioration, juste un dangereux pis-aller.

Non seulement elle n’apporte aucune solution plus satisfaisante que la classique démocratie représentative, mais elle peut se révéler plus redoutable encore.

Car fondée sur le même vice : la règle majoritaire.

Comme prévenait Ludwig von Mises :

« La résurgence moderne de l’idée de collectivisme, cause principale de tous les tourments et désastres de notre temps, a eu un succès si complet qu’elle a relégué dans l’oubli les idées essentielles de la philosophie sociale libérale. Aujourd’hui, même parmi les partisans des institutions démocratiques, nombreux sont ceux qui ignorent ces idées. Les arguments qu’ils invoquent pour justifier la liberté et la démocratie sont teintés d’erreurs collectivistes ; leurs doctrines sont plutôt une distorsion du libéralisme véritable qu’une adhésion. À leurs yeux les majorités ont toujours raison simplement parce qu’elles ont le pouvoir d’écraser toute opposition ; la règle majoritaire est le pouvoir dictatorial du parti le plus nombreux, et la majorité au pouvoir n’est pas tenue de se modérer elle-même dans l’exercice de sa puissance ni dans la conduite des affaires publiques. Dès qu’une faction est parvenue à s’assurer l’appui de la majorité des citoyens et ainsi la disposition de la machine gouvernementale, elle est libre de refuser à la minorité ces mêmes droits démocratiques à l’aide desquels elle-même a précédemment mené sa lutte pour accéder à la suprématie. »

 

La tyrannie de la majorité

Une analyse déjà faite il y a bien longtemps par les Pères Fondateurs américains qui s’opposaient autant à la monarchie qu’à la démocratie directe.

Comme John Adams :

« L’idée que le peuple est le meilleur gardien de sa liberté n’est pas vraie. Il est le pire envisageable, il n’est pas un gardien du tout. »

Ou James Madison :

« Une pure démocratie ne peut céder à aucune revendication de l’opposition. Lorsqu’une orientation ou un intérêt commun est ressenti par la majorité, il n’y a plus qu’à sacrifier la partie la plus faible. De là vient que les démocraties ont toujours été jugées incompatibles avec la sécurité des personnes ou avec le droit de propriété… »

De bien noires prédictions qui se sont révélées globalement exactes au regard de l’expérience historique.

Cependant, même si la démocratie directe n’est pas le remède souhaitable, le diagnostic n’en reste pas moins correct et la maladie, bien réelle : érosion grandissante des libertés, étouffement sous le poids de l’État ventripotent, hommes politiques déconnectés de la population, corruption généralisée du système, désaffection des gens de la chose publique, etc.

Mais si l’on veut résoudre ce problème du point de vue libéral, il faut bien se souvenir de ce qu’est le libéralisme : ce n’est pas un système de production de lois ou de normes de comportement ; non, il vise à la protection des droits naturels des individus. Et, comme Albert Camus, il faut se rappeler que la démocratie libérale, ce n’est pas la loi de la majorité, mais la protection de la minorité. Or, la démocratie directe n’offre aucune garantie à ce sujet.

Quelles solutions, donc ? Pour protéger les droits naturels des individus et pour limiter la taille et l’action de l’État, on peut évoquer rapidement plusieurs pistes, qui demanderaient, bien sûr, de plus longs développements.

Tout d’abord, ne jetons pas le bébé avec l’eau du bain, et conservons une modalité de la démocratie directe, la négative.

C’est-à-dire non pas celle qui permet aux électeurs de participer à la confection et/ou l’approbation de normes d’application obligatoire à l’ensemble de la population puisque cette voie conduit à plus d’étatisme et moins de liberté, mais celle qui leur permet de rejeter une législation ; historiquement, c’est d’ailleurs la première forme de la démocratie directe suisse, apparue dans le canton de Saint-Gall en 1831, et qui consistait seulement en une possibilité offerte à la population de rejeter une loi votée par le Parlement. On conserverait ainsi de la démocratie directe uniquement le veto de la population et la destitution de mandataires politiques (comme, par exemple, le recall aux États-Unis).

Ensuite, pour protéger plus efficacement les droits de la minorité et limiter l’invasion de l’État, on pourrait concevoir que si une loi, pour être adoptée par le Parlement, pourrait se contenter d’être approuvée par une majorité simple, ou même relative selon les cas, cette même loi pourrait être abrogée si une minorité significative (un tiers, par exemple) des parlementaires ou même de la population la rejetait. De fait, une norme repoussée par une minorité importante de la population ne peut être ni bonne ni légitime.

On pourrait également prendre le problème sous un autre angle, sans rapport aucun avec le vote démocratique.

Ainsi, afin d’éviter les collusions incestueuses des représentants du peuple avec l’État, les lobbys, etc. et pour favoriser leur zèle à contrôler de manière critique le gouvernement, on pourrait supprimer la rémunération publique des mandataires politiques (comme c’était inscrit dans la très libérale constitution belge de 1831).

Sans attache pécuniaire liant les représentants du peuple à l’État, on peut espérer de leur part un travail de contrôle plus rigoureux de l’action gouvernementale et une écoute plus attentive de leurs électeurs à qui ils devront leur salaire (via les cotisations des membres des partis politiques, de syndicats, de dons, etc.). Parallèlement, on peut miser sur une véritable décentralisation avancée et une réelle subsidiarité établie au niveau local le plus bas possible, afin de placer le centre de décision du pouvoir au plus près de la population et de ses préoccupations. Et si l’on opte pour la voie judiciaire, on pourrait instaurer une exception de contrôle de constitutionnalité des lois que pourrait soulever n’importe quel tribunal.

D’autres voies sont certainement possibles qui pourraient être envisagées dès lors qu’elles visent bien à la protection des droits et des libertés des individus et non pas à donner la possibilité à une partie de la population d’imposer ses vues à la minorité.

 

En conclusion

Comme le rappelait Raymond Boudon, il n’y a pas lieu de chercher à substituer à la démocratie représentative une forme de démocratie supposée supérieure que serait la démocratie directe.

Il suffit de voir comment votent généralement la Suisse francophone ou la Californie pour comprendre que la démocratie directe en France se traduirait par un recul significatif de la liberté (un avant-goût :  « 77 % des Français veulent une loi interdisant les retraites chapeau »).

Par contre, il faut bien toujours chercher à améliorer la démocratie représentative et à lutter contre la tyrannie des groupes d’influence et la confiscation du pouvoir. Et ce travail consistera à appliquer de manière rigoureuse les principes fondamentaux du libéralisme politique, à commencer par le principe de la séparation des pouvoirs. Et non pas donner libre cours aux gens pour s’immiscer dans la vie de leurs voisins, même au travers d’un vote démocratique.


Article publié initialement le 2 décembre 2013.

Lire l’article de Hadrien Gournay : La démocratie représentative aujourd’hui

Lire l’article de Jacques Garello : Les bienfaits de la démocratie directe

José Lopez-Martinez

Ancien secrétaire de l'association Libéraux.org, José Lopez-Martinez a été tour à tour gestionnaire de contentieux dans une compagnie d'assurance, comptable d'une société métallurgique, statisticien, bibliothécaire, couteau suisse... Il est actuellement webmaster. 
 
 


Démocratie directe

Définition

En démocratie directe, le pouvoir provient également de tous et s'exerce également sur tous, on dit que le peuple est souverain, c'est-à-dire qu'il détient tous les pouvoirs (exécutif, législatif, judiciaire).
Il n'y a donc pas ou presque pas de représentants politiques (ministres, maires, parlementaires, etc).

On peut concevoir l'organisation des pouvoirs dans une hypothétique démocratie directe ainsi :

La nation est le pouvoir législatif :
En effet elle détient l’initiative législative par le droit de pétition et toutes les lois doivent être votées par un suffrage direct véritablement universel, c'est-à-dire qui nécessite l’existence d’un vote obligatoire.

La nation est le pouvoir judiciaire dans la limite de la raison et de l’instruction que possède chaque individu :
La justice doit être populaire dans le plus de domaines où cela est possible et obligatoirement dans les affaires de droit commun.
C'est-à-dire rendue par des gens choisis aléatoirement parmi les citoyens n’ayant jamais été reconnus coupables de crimes ou de délits. Ce système n’est garant de l’impartialité que si l’instruction du peuple, notamment en matière de droit, est la mission première de la communauté. Cependant cette mission de service public peut pour partie ou pour tout être déléguée à d’autres organismes dès lors que ceux-ci sont soumis à un strict contrôle par des commissions populaires.

La nation a un contrôle absolu sur le pouvoir exécutif :
D’une part pour que le gouvernement représente toujours la volonté du peuple tous les mandats doivent être courts et conférés au suffrage universel direct, ainsi à tout moment une motion de censure contre le gouvernement doit pouvoir être engagée. Il est impératif que si une large majorité du peuple considère qu’une faute grave (non-respect des principes fondateurs de la république, alliances diplomatiques inacceptables) a été commise, le gouvernement soit destitué dans les plus brefs délais.
D’autre part, pour empêcher tout abus de pouvoir, le cumul des mandats doit être impossible et l’initiative législative dont dispose le pouvoir exécutif ne peut se traduire que par des référendums. Pour permettre le bon déroulement de la vie des citoyens, le nombre de lois pouvant être instituées sur une certaine période de temps doit être limité (ex : maximum un référendum par semaine). Une telle mesure permet d’empêcher l’inflation législative, un des grands maux des « démocraties représentatives », par l’usage de décrets gouvernementaux (mesure de faible importance non soumis au vote populaire). Évidemment ces décrets peuvent être abrogés par pétition comme toutes les autres lois.

La démocratie directe est un processus collectif de décision qui se fonde sur une organisation horizontale, plutôt que hiérarchique, de la société humaine. Elle est, tout comme le régime représentatif, un concept. Théoriquement, elle peut-être appliquée au niveau du régime politique d'un pays comme au niveau des processus collectifs de décision de tous types d'associations locales ou virtuelles (via Internet).

Aspect historique et sémantique

La démocratie, au sens étymologique de pouvoir (kratos) du peuple (demos) ne peut être que directe. L'expression de « démocratie représentative » peut être considérée comme un leurre car c'est seulement dans une démocratie directe que le pouvoir est le reflet exact des aspirations du peuple. C'est à partir de la naissance de régimes représentatifs parlementaires à la fin du XVIIIe siècle que la classe politique, constituée presque exclusivement de personnes appartenant aux classes sociales aisées, a, pour justifier moralement sa fonction, détourné la définition sémantique du terme démocratie en l'assimilant au régime représentatif/parlementaire.

La démocratie directe, au sens d'un régime dans lequel la nation est souveraine, n'a réellement existé que dans l'Athènes du VIe siècle avant JC avec les réformes successives de Solon (-594) et Clisthène (-508) :
La nation était effectivement souveraine avec un vote des lois par tous les citoyens réunis, et le tirage au sort des magistrats (pouvoir exécutif) ainsi que des juges qui recevaient des mandats d'un an. Des indemnités journalières de présence étaient même octroyées aux plus pauvres pour leur permettre d'assurer leurs fonctions civiques.
Cependant les femmes étant considérées comme d'éternelles mineures et les esclaves comme des biens ils étaient exclus de la communauté civique. Le système athénien comportait donc des défauts inhérents à son époque et qui vont à l'encontre de notre conception moderne de la démocratie : religion officielle, avilissement de la femme, économie fondée sur l’esclavage.

Bien que la démocratie directe ne se concrétisa jamais par un système plus égalitaire dans l'histoire, si ce n'est dans l'esprit de Jean-Jacques Rousseau qui justifia sa nécessité dans Du Contrat Social (1762) et entama même une ébauche d'une Constitution de démocratie directe pour la Corse en 1764, l'utopie de l'instauration d'une démocratie directe moderne existe toujours.

Démocratie directe et services publics

La démocratie directe n'implique pas nécessairement la suppression de l'État on ne peut donc pas l'assimiler à une forme d'anarchisme. Les missions des services publics et leur fonctionnement sont collectivement décidés par la communauté civique.

Allocation du budget public

Des sondages ont montré que si le budget alloué aux services publics était déterminé collectivement, l'allocation de ce budget serait très différente de ce qu'elle est en régime représentatif. Par exemple, le budget de l'armée et des services secrets serait réduit au profit des budgets alloués à des services tels que les pensions ou les transports en commun.

Contrôle des services publics

Par exemple les attributions de contrats publics à des entreprises privées (source importante de détournements de fonds publics au profit d'intérêts privés, via des représentants politiques corrompus) pourraient être collectives, de la conception à l'octroi jusqu'au suivi de réalisation. La publication, entres autres sur Internet, de tous les documents relatifs aux contrats publics, permettrait théoriquement à chacun de procéder aux vérifications qui dans un régime représentatif sont opérées par des représentants politiques ou des agents de l'administration publique. Ce principe de contrôle de la corruption se retrouve dans la démocratie participative.

Justice

Comme dit plus haut, le principe de démocratie directe appliqué dans le domaine judiciaire correspond à l'instauration de tirages au sort pour former des jurys populaires. Un tel système suppose un encadrement strict pour empêcher un manque d'objectivité du jury du à une influence extérieure : médias, parcours personnel des jurés, etc. Il paraît difficilement concevable de déléguer intégralement le pouvoir judiciaire aux citoyens ordinaires à cause de la complexité de certaines affaires nécessitant des connaissances dans des domaines très précis : droit international, droit commercial, scandales médicaux et bioéthique.

Condition à l’application effective de la démocratie directe

Pour des considérations techniques évidentes un régime de démocratie directe ne peut être instauré dans des États tels que nous les connaissons. En effet leur trop grande taille empêche l’existence d’un débat réel entre chaque citoyen, et la mobilisation fréquente d’une importante population pour des votes générerait certainement des problèmes d’organisation en apparence insoluble. Certains considèrent aujourd’hui que le vote électronique à domicile pourrait supprimer cet empêchement. Cependant d'autres pensent qu’un tel système en banalisant le vote pourrait amener à l’instauration de lois liberticides, voire de dictatures sous l’influence de médias de propagande et de démagogues. C’est pourquoi la solution classique imaginée par de partisans de la démocratie directe, dont Rousseau, est toujours avancée :

Tout d’abord pour des considérations techniques un vote de toute la nation ne semble possible que dans un État à faible population, pourtant le modèle de la démocratie directe se veut universel.

Le problème n’est donc soluble que si l’on postule l’instauration de communautés démocratiques comprenant au maximum 500 000 habitants, mais pouvant être de taille beaucoup plus réduite (minimum 30 selon certains sociologues). De telles entités étatiques auraient l’avantage supplémentaire d’être au plus près des besoins du citoyen, notamment en termes d’aménagement du territoire et d’infrastructures.

Toutefois la naissance de ces communautés démocratiques semble impossible du fait qu’elle sous-entend la dissolution des États existants et va ainsi à l’encontre du droit fondamental des peuples à disposer d’eux-mêmes. Cette condamnation hâtive provient d'une incompréhension de l’objectif de ces communautés, qui n’est pas de se substituer à l’identité nationale pour leurs théoriciens. La culture et la langue propre à chaque peuple n’est pas remise en cause dans cette nouvelle organisation, puisque rien n’empêche des coopérations renforcées entre différentes communautés démocratiques, dès lors que ces coopérations respectent les principes de la démocratie directe, c'est-à-dire ont été soumises à l’approbation des citoyens et sont — comme tout dispositif législatif — abrogeables par pétition.

La seconde attaque que subit ce modèle vise sa supposée faiblesse militaire auquel les partisans de la démocratie directe répondent par la création d’un fédéralisme souple entre les démocraties « classiques » et directes régi par les principes démocratiques les plus stricts (vote à la majorité simple requérant la représentation de toutes les nations membres). Cette structure se doit d’être à géométrie variable, fonction seulement de la volonté de chaque nation.

Limites

Le concept de démocratie a ses propres limites en matière morale puisqu'il revient aussi à l'oppression d'une partie de la population par une autre partie, la démocratie reconnaissant implicitement à une majorité de la population le droit d'imposer sa volonté à la minorité. Cette dictature démocratique fut notamment dénoncée par Emmanuel Kant (partisan du despotisme éclairé) et Jean-Jacques Rousseau (partisan de la démocratie directe) puis Alexis de Tocqueville (grand penseur libéral).

C'est parce que la démocratie repose sur le principe implicite d'oppression de la minorité par la majorité certains revendiquent moralement le droit à la désobéissance civile. Cependant d'autres considèrent qu'une liberté de circulation absolue des personnes permet à la minorité non représentée par le gouvernement démocratique en place de ne pas subir la dictature de la majorité en lui laissant la possibilité de quitter son pays.

La démocratie directe n'offre aucune garantie de sauvegarder les libertés, ni de protéger les minorités, car elle peut entraîner un accroissement du poids de l’État et une diminution des droits individuels. Elle offre seulement les avantages suivants :

  • possibilité de rejeter une loi votée par le parlement (droit de veto) ;
  • possibilité de destituer des mandataires politiques.

Voir aussi

Citations

  • La démocratie directe, qui amène l’électeur à se prononcer sur des thèmes économiques, conduit à des décisions très critiquables sous l’angle économique. Les économistes l’expliquent par ce qu’ils nomment « la recherche de rentes de la part des groupes d’intérêts ». (Emmanuel Garessus)
  • En tant que libéral, la démocratie directe comporte quantité d’avantages, mais elle ne protège pas l’individu. Il ne sert à rien d’en faire le critère ultime. A l’extrême, elle peut mener à une dictature de la majorité. (Emmanuel Garessus)
https://www.wikiberal.org/wiki/D%C3%A9mocratie_directe

 

 

Powered By Blogger