Comment faire remonter le taux de natalité en France ?
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La crise de
la natalité revêt un caractère très concret aujourd’hui en France : le
pays n'enregistre plus que 645 000 naissances en 2025, soit le niveau le
plus faible constaté depuis la Seconde Guerre mondiale, alors que ce
nombre se situait encore à environ 830 000 en 2010. En 2025, pour la
première fois depuis 1945, le nombre de décès a surpassé le nombre de
naissances.
L’indicateur
conjoncturel de fécondité est tombé à 1,53 enfant par femme en France
métropolitaine en 2025, contre 2,9 en 1901, s'éloignant
significativement du seuil de remplacement des générations fixé à 2,05.
On observe un creux chez les classes moyennes : la fécondité dessine une
courbe en « U » selon les revenus. Si les 10 % les plus modestes (2,27)
et les 10 % les plus aisées (1,98) font le plus d'enfants, les classes
moyennes (4e et 5e déciles, entre 1 362 € et 1 532 €/mois) chutent à
1,65 enfant par femme en raison d'un arbitrage travail-famille
particulièrement lourd.
Cette
transformation a de profondes conséquences économiques sur notre pays,
comme l’a documenté la Cour des comptes qui alerte sur un effet de
ciseau :
Une
hausse des dépenses publiques sensibles au vieillissement (santé,
dépendance, retraites), qui représentent déjà plus de 40 % des dépenses
globales en 2023. Sans ajustement, le ratio des dépenses publiques
atteindrait 60,8 % du PIB en 2070.
Une
contraction des recettes fiscales, car le financement de la protection
sociale repose majoritairement sur les cotisations prélevées sur les
revenus des actifs en emploi. La Commission européenne estime que ce
vieillissement amputera la croissance potentielle de la France de 0,2
point par an entre 2022 et 2070.
La
Fondation IFRAP montre que les politiques purement financières ne
suffisent pas à inverser la tendance (comme le prouvent plusieurs
exemples européens). Toutefois, pour relancer la natalité à long terme,
l'État doit bâtir un environnement globalement propice, axé sur la garde
d'enfants, l'accès au logement et le pouvoir d'achat des familles.
Refondre les modes de garde (petite enfance)
Changer l’organisation de la gestion des crèches et confier cette compétence aux communes/intercommunalités.
Accélérer la formation pour travailler en crèche afin de lutter contre la pénurie de personnel.
Prioriser les enfants dont les parents ont un emploi pour obtenir une place en crèche.
Faciliter l'accès au logement des familles
Redonner du pouvoir d'achat aux parents (fiscalité et prestations)
Au
total, les mesures proposées par la Fondation IFRAP représentent 9 Md€
de dépenses supplémentaires. Ainsi, les dépenses afférentes aux familles
en % de PIB représenteraient près de 3,73 %, soit le niveau de 2014,
contre 3,38 % aujourd'hui (OCDE).
Chute de la natalité : les politiques natalistes peuvent-elles répondre à la crise démographique ?
Depuis les années 1970, la France connaît un effondrement du nombre annuel de naissances (645 000 en 2025) et de son indicateur conjoncturel de fécondité (1,53) en France métropolitaine, aujourd’hui inférieur au seuil de remplacement des générations
de 2,05 enfants par femme. En 2025, pour la première fois depuis 1945,
le nombre de décès a même surpassé le nombre de naissances ! Cette chute
de la natalité n’est pas une exception française mais une tendance dans
l’ensemble des pays développés, et même, (contre-intuitivement mais
moins fortement), dans le monde.
La France dispose d’une politique familiale historique et ambitieuse,
ce qui lui permet de contenir légèrement le ralentissement
démographique, mais pas de l’inverser. Il est très difficile d’affirmer
que les politiques familiales et natalistes purement financières
permettent de relancer la natalité à long terme tant les contre-exemples
sont nombreux(Japon, Italie, Hongrie, Allemagne…) , mais elles peuvent
limiter l’ampleur du déclin démographique.
Des
variations, même très faibles, de l’indicateur conjoncturel de
fécondité peuvent avoir des conséquences décuplées sur le nombre de
naissances à long terme. Une baisse de l’indicateur de fécondité de 0,2,
(à 1,4 au lieu de 1,6), entraînerait une baisse de la population des 0-19 ans de quasiment 3,2 millions de personnes, soit une baisse de 20 %. Les réformes de la politique familiale dans les années 2010 ont probablement eu des effets négatifs importants sur la natalité et ont accéléré la chute de la natalité. L’État pourrait ralentir la tendance plus efficacement en créant un environnement plus propice au désir de procréer, en investissant davantage dans la garde d’enfants et l’accès au logement, et en redonnant du pouvoir d’achat aux parents.
La natalité en chute libre en France
En
France, la natalité n’a de cesse de baisser depuis la fin du baby-boom
dans les années 1970. En 2025, en France, on enregistrait seulement 645 000 naissances,
soit le nombre le plus faible depuis la Seconde Guerre mondiale. Le
nombre de naissances se situait pourtant encore à environ 830 000
naissances en 2010. L’indicateur conjoncturel de fécondité, soit le
nombre moyen d’enfants qu’une femme aurait au cours de sa vie si le taux
de natalité restait constant, a chuté de 2,9 en 1901 à 1,53 en 2025, soit un niveau plus bas que pendant la Seconde Guerre mondiale
! Cet indicateur est passé sous le seuil de remplacement des
générations fixé à 2,05 enfants par femme. Cela signifie que sans
immigration, la population française tendrait à diminuer à long terme,
car chaque génération ne serait pas remplacée par une nouvelle
génération de taille équivalente. Plus inquiétant encore, en 2025, le nombre de décès a dépassé le nombre de naissances, une première depuis 1945 !
Dans
son scénario central, en 2021, l'Insee projetait 710 000 naissances en
2025, et 660 000 en 2070. Ce chiffre est déjà dépassé en 2025, avec 645
000 naissances. Même le scénario « extrême » de population basse qui
projetait environ 680 000 naissances en 2025 n'était pas assez
pessimiste. Les 468 500 naissances attendues en 2070 pourraient donc ne
pas être atteintes.
On constate également de fortes inégalités territoriales en termes de fécondité,
ce qui pourrait transformer certaines régions en espaces de vide
démographique. En 2023, par exemple, la Meurthe-et-Moselle n’a compté
que 1,31 enfant par femme, et la Haute-Garonne que 1,39. Paris est le
département de France avec le plus faible indicateur conjoncturel de
fécondité, ex aequo avec la Haute-Corse, avec 1,25 enfant par femme.
Seuls quatre départements se trouvent au-dessus du seuil de reproduction
des générations : Mayotte (4,49), Guyane (3,32), La Réunion (2,28) et
le Val-d’Oise (2,11). Les territoires d’outre-mer sont bien moins
touchés par le ralentissement démographique que traverse le reste de la
France.
Pourquoi les Français ont-ils moins d’enfants ?
Dans
une étude réalisée en 2025, l’UNAF montre que les Français voulaient en
moyenne 2,27 enfants en 2023. Pourtant, en 2023, l’indicateur
conjoncturel de fécondité n’était que de 1,65 en France, soit 0,62 de
moins que le nombre d’enfants désiré. En d’autres termes, les Français
voudraient plus d’enfants qu’ils n’en font. Mais alors quels sont les
obstacles qui les empêchent d’avoir le nombre d’enfants qu’ils
souhaitent ?
Certains
considèrent qu’avoir des enfants participe au réchauffement climatique
par la hausse de la population. Cette vision est probablement influencée
par le débat public qui crée une grande inquiétude, notamment chez les
plus jeunes. Pourtant, il serait peut-être plus utile d’expliquer aux
Français que la décroissance de la population entraînera des difficultés
budgétaires majeures et limitera la capacité de l’État à investir dans
la transition écologique…
D’autres
Français sont plus pragmatiques et considèrent que le coût que
représente le fait d’élever un enfant est trop important. Ce coût n’est
effectivement pas négligeable : le ministère de la Santé l’évalue à 180 000 € pour un enfant jusqu’à ses 20 ans. Certains prennent également en compte le coût d’opportunité, surtout pour les femmes qui, bien souvent, arrêtent ou réduisent leur activité pour s’occuper de leur enfant. La fécondité varie énormément selon le niveau de vie
: les femmes aux niveaux de vie les plus faibles et les plus élevés
sont plus enclines à avoir des enfants. Dans les conditions de fécondité
de la période 2012-2017, l’indicateur conjoncturel de fécondité des 10 %
des femmes les plus modestes (niveau de vie moyen de 623 € par mois)
était de 2,27 enfants par femme et celui des 10 % les plus aisées (en
moyenne 4 290 € par mois), de 1,98. À l’inverse, les femmes des 4e et 5e
déciles de niveau de vie (entre 1 362 € et 1 532 € par mois) ont la
fécondité la plus basse, avec environ 1,65 enfant par femme. Ces
variations s’expliquent en grande partie par l’arbitrage travail-famille et les coûts d’opportunité
associés au fait d’avoir un enfant. En effet, les femmes aux revenus
les plus modestes participent généralement moins au marché du travail
formel, et les coûts d’opportunité sont donc relativement faibles. Les
femmes les plus aisées, elles, disposent de ressources économiques et
sociales qui permettent généralement de mieux concilier vie
professionnelle et vie familiale, garde d’enfants plus accessible, plus
grande flexibilité au travail, etc. Cependant, les femmes des déciles de
niveau de vie moyens ont à la fois des contraintes économiques
importantes et une participation au marché du travail active. Ainsi, la
conciliation entre vie familiale et carrière professionnelle est plus
difficile.
Outre
les préoccupations personnelles, la natalité baisse également en France
et dans les autres pays développés en raison de la hausse de l’âge
moyen pour avoir un premier enfant. Alors que les femmes avaient leur
premier enfant à 24 ans en moyenne en 1974, cette moyenne a grimpé à
29,1 ans en 2023. Ceci est la conséquence de plusieurs évolutions :
l'allongement de la durée des études, les difficultés à trouver un
emploi stable, l'allongement de l’espérance de vie, le recours à la
contraception, etc.
L’infertilité est aussi un problème plus important aujourd’hui qu’avant. En France, 3,3 millions de personnes sont touchées par l’infertilité.
Les deux principales raisons de l’infertilité sont la hausse de l’âge
de la première grossesse citée précédemment, et les perturbateurs
endocriniens. Entre 1973 et 2011, la concentration de spermatozoïdes
dans le sperme a chuté de 52,4 % au niveau mondial, selon une
méta-analyse publiée en 2017. Le principal facteur de cette baisse est
l’exposition aux perturbateurs endocriniens.
Les situations conjugales des femmes ont aussi évolué.
Les femmes en âge d’avoir des enfants sont aujourd’hui moins souvent en
couple qu’il y a une trentaine d’années. En 1990, environ 70 à 80 % des
femmes âgées de 27 à 45 ans étaient en couple, contre environ 57 à 68 %
en 2020. Cette baisse de la part des femmes étant en relation stable
agit négativement et directement sur la natalité.
Les modèles familiaux ont été profondément transformés et le nombre de familles monoparentales est également en forte hausse.
En 2021, la part des familles monoparentales sur les familles avec enfants a atteint 27 %, soit plus d’un quart.
Les familles monoparentales ne représentaient pourtant que 9 % des
familles en 1975. Cette augmentation de la monoparentalité est la
conséquence de la hausse des ruptures. Si la facilité des séparations et
le droit au divorce accordé aux femmes sont évidemment un progrès et
reflètent la libération des femmes, la hausse de la monoparentalité
qu’ils entraînent a logiquement un effet sur la natalité.

En effet, les
familles monoparentales sont celles qui hébergent le moins d’enfants en
moyenne. 48 % des familles monoparentales ne sont composées que d’un
enfant, contre 36 % de l’ensemble des familles. Les recherches
académiques insistent sur le fait que la diminution de la natalité et la
hausse des parents isolés sont corrélées, mais qu’il n’y a pas de lien
de causalité. Il n’en reste pas moins que ce changement de paradigme se
traduit par une baisse de la natalité. De plus, il existe bien un lien de causalité indirect
entre la monoparentalité et la baisse de la natalité, puisque les
familles monoparentales sont en moyenne plus modestes que les autres, et
que ces contraintes économiques freinent les naissances suivantes.
Enfin, bien qu’il n’ait pas été mesuré, l’effet négatif du numérique,
des réseaux sociaux et de l’intelligence artificielle pourrait être une
cause de la baisse de la natalité. C’est en tout cas ce dont s’inquiète
l’économiste David Duhamel. Les jeunes femmes de la génération Z
veulent en moyenne moins d’enfants que les femmes des générations
précédentes. La sociabilité via le numérique pourrait en être une cause
dans le sens où elle fragilise le lien social et retire certains jeunes
du réel.
Les conséquences économiques et sociales du déclin démographique
La Cour des comptes a publié un rapport sur les liens entre démographie et finances publiques en décembre 2025[1]. Ce rapport alerte la France sur « l’effet ciseau » qui
l’attend avec la hausse des dépenses sensibles au vieillissement d’un
côté et la réduction de la population active qui limite les capacités de
financement de l’autre.
La population en âge de travailler pourrait reculer de 5 points pour atteindre 50 % en 2070, quand dans le même temps celle des 65 ans et plus pourrait augmenter jusqu’à 30 % contre 21,8 % en 2024. Ces évolutions pèsent fortement sur la croissance,
d’autant plus que notre taux d’emploi (68,8 %) est inférieur à celui de
nos voisins européens comme l’Allemagne (77,4 %), les Pays-Bas (82,3 %)
et le Danemark (77,2 %). Le vieillissement de la population menace
aussi l’investissement étant donné le comportement d’épargne des
personnes âgées. Les Français de 65 ans et plus ont contribué pour
environ deux tiers de la hausse du taux d’épargne entre 2023 et 2024.
Cela s’ajoute à la modification de la composition du patrimoine des
retraités qui se détourne des actifs professionnels et risqués au profit
de l’immobilier et de placements financiers moins productifs. La
Commission européenne estime que le vieillissement démographique réduira
la croissance potentielle en France de 0,2 point par an entre 2022 et
2070, malgré la hausse du taux d’emploi (due à la baisse de la
population en âge de travailler).
La
baisse de la population en emploi ne dégrade pas seulement la
croissance, mais également les recettes fiscales, car la structure des
prélèvements obligatoires repose largement sur les actifs. Les plus de
60 ans sont ceux qui reçoivent le plus de transferts sociaux, mais
déséquilibrent le régime de Sécurité sociale puisque son financement
passe majoritairement par les cotisations, qui reposent sur les revenus
du travail.
La
Cour des comptes analyse également l’effet du vieillissement sur les
dépenses publiques. Les dépenses sensibles au vieillissement
représentent déjà plus de 40 % des dépenses publiques en 2023,
(en hausse de 11 points depuis 1998), et augmenteront inévitablement
dans les prochaines années, au détriment des dépenses consacrées à
l’éducation et à la politique familiale. Le rapport estime qu’à dépenses
par tête et par tranche d’âge inchangée par rapport à 2023, le ratio de
dépense publique sur PIB atteindrait 60,8 % en 2070, (contre 57 % en
2023). Pour conserver le ratio de 2023, il faudrait baisser la dépense
publique par habitant de 6,1 % d’ici 2070.
Pourtant, la Cour des comptes déplore à juste titre le manque de prise en compte des enjeux démographiques
dans la programmation budgétaire pluriannuelle, qui fait courir le
risque de retenir des projections bien trop optimistes et déconnectées
de la réalité. Le rapport appelle donc à mieux intégrer cette dynamique
dans les projections financières et à actualiser plus régulièrement les
projections démographiques pour s’adapter avant qu’il ne soit trop tard.
La Cour des comptes invite aussi à diversifier le financement de la
protection sociale, pour qu’il pèse moins sur les actifs, et à rehausser
le taux d’emploi et allonger la vie active, notamment pour la tranche
des 60-70 ans qui sera amenée à avoir une « place croissante » dans la
population active.
Un autre effet du vieillissement de la population est la hausse du besoin de main-d’œuvre
dans les métiers d’aide aux personnes âgées, qui risque de réduire la
main-d’œuvre disponible pour des activités plus productives et
innovantes dans l’industrie ou les nouvelles technologies par exemple.
Le passage à la silver économie au Japon est un exemple précurseur de ce
qui pourrait se produire en France dans quelques années. En 2018, 28 %
de la population japonaise avait plus de 65 ans, un chiffre qui devrait
augmenter à 40 % d’ici 2060. Selon le New Robot strategy du METI de
2015, le besoin en aide-soignant est passé de 1,7 million en 2012 à 2,5
millions en 2025. Les Japonais ont misé sur la robotisation pour contrer
ce phénomène.
Enfin,
le système éducatif sera bouleversé par le déclin démographique
français et devra être transformé en profondeur. Selon les projections
du ministère de l’Éducation nationale, la France pourrait perdre 1,7 million d’élèves (-15
%) d’ici 2035. Cette transformation amènera à repenser l’offre
scolaire, notamment au niveau de la répartition des enseignants sur le
territoire. Étant donné les disparités des naissances sur le territoire,
le nombre de classes et de professeurs par zone géographique devra
nécessairement être adapté.
L’efficacité des politiques natalistes est loin d’être avérée
La
France, malgré le ralentissement démographique qu’elle traverse, fait
partie des pays européens avec les taux de fécondité les plus hauts du
continent. Notre modèle de politique familiale historique et ambitieuse
est mis en avant. Mais notre politique ne semble pas suffisamment efficace pour inverser la tendance. Notre déclin démographique est retardé et moins rapide par rapport aux autres pays européens, mais il n’en reste pas moins une réalité.
La famille dans les comptes de la protection sociale
Les
comptes de la protection sociale regroupent les prestations des régimes
de sécurité sociale ainsi que les dépenses d’autres administrations
publiques, collectivités locales, hôpitaux, institutions privées sans
but lucratif et certains employeurs.
Les
dépenses associées au « risque famille » de la protection sociale se
sont élevées, tous financeurs confondus, à 65,8 Md€ en 2024, soit 2,25 %
du PIB, après 62,9 Md€ et 2,23 % du PIB en 2023. La part des «
administrations publiques » s’est élevée à 56,6 Md€ en 2024, soit 1,94 %
du PIB.
Eurostat distingue les dépenses en faveur des
familles et des enfants des pays européens dans sa classification des
dépenses publiques par fonction. Le graphique suivant montre que les
dépenses sont un peu plus élevées en France que dans la moyenne de la
zone euro (1,9 % du PIB) ou de l’Union européenne (2,0 %) en 2024.

La politique
familiale est généreuse en France, mais le système est complexe. Le
montant global des prestations familiales financées par la Caisse
nationale d’allocations familiales (CNAF) s’est élevé à 40,86 Md€ en
2024, et devrait atteindre environ 41,86 Md€ en 2025.
La part la plus importante revient aux prestations d’entretien en faveur
de la famille (allocations familiales). Viennent ensuite les
prestations d’accueil du jeune enfant (Paje). Elles comprennent le
complément de mode de garde et les primes à la naissance. Si on ajoute
les transferts nets, les charges de gestion courante et les autres
charges, les charges nettes de la CNAF s’élèvent à 57,85 Md€ en 2024 et 59,35 Md€ en 2025, représentant l'essentiel des dépenses en faveur des familles.
La
branche famille est excédentaire, avec un résultat net d’environ +1,1
Md€ en 2024, estimé à +843 M€ en 2025, et prévu à près de +1,4 Md€ en
2026. Mais cet excédent est pourtant fortement réduit par les transferts nets vers les branches maladie et vieillesse, qui servent à combler en partie les déficits élevés de ces branches.
Les excédents de la branche famille sont en partie utilisés pour financer... les retraites
La
branche famille contribue au financement des branches maladie et
vieillesse, dont elle réduit ainsi le déficit. En 2024, les transferts
nets s’élevaient à environ 13,8 Md€ et représentaient 23,8 % des dépenses de la branche.
Quasiment un quart des charges de la branche famille ne sont donc pas
des dépenses affectées aux familles. Ces transferts nets n’existaient
pas avant 1972, et ont augmenté fortement entre 2001 et 2011, et à
nouveau depuis 2023. Aucune recette supplémentaire n’a été affectée à la
branche famille pour compenser, ce qui signifie que les transferts nets
empêchent la CNAF d’affecter les ressources à d’autres usages pour la
politique familiale.
Les
transferts liés à la prise en charge des cotisations vieillesse ont
augmenté progressivement depuis 1973, pour atteindre 5,1 Md€ en 2024,
soit 8,8 % des dépenses de la CNAF. À partir de 2001, la CNAF prend
également en charge une partie des majorations de pensions de retraite
pour les retraités ayant eu des enfants. Depuis 2011, la branche famille
prend même en charge l’intégralité de ces dépenses de majorations. Cela
représente des transferts de près de 5,8 Md€ en 2024, soit 10 % des
dépenses nettes de la branche.
Concrètement, 18,8 % des dépenses de la branche famille sont utilisées pour financer les retraites et
combler une partie du déficit de la branche vieillesse. On finance donc
les retraites avec des ressources censées être destinées aux parents
pour supporter le coût de leurs enfants. La France a donc fait le choix
d’entretenir le niveau de vie des inactifs en faisant peser une nouvelle
fois le coût sur les actifs et futurs actifs.
Quels effets pour les politiques natalistes ?
Il
est très compliqué d’établir un lien de causalité entre politique
nataliste généreuse et hausse de l’indicateur de fécondité. Comme dit
précédemment, la baisse de l’indice de fécondité est un phénomène
mondial, qui touche tous les pays développés, quelle que soit leur
politique familiale. Certains pays comme la Suède offrent des avantages
importants aux parents, avec 68 semaines de congés parentaux, partagés
entre le père et la mère selon les besoins, et des dépenses en
prestations familiales similaires à la France en part du PIB, (plus de 3
% du PIB).
Mais
ces pays ne sont pas épargnés par le déclin démographique :
l’indicateur de fécondité est de 1,45 en Suède en 2023. L’Allemagne, qui
dépense encore davantage, est un des pays européens qui souffrent le
plus du vieillissement de la population, avec un taux de fécondité de
1,39 enfant par femme en 2023. À l’inverse, les États-Unis, qui
dépensent environ 1 % de leur PIB dans les politiques familiales, un des
plus faibles taux des pays de l’OCDE, ont un indicateur de fécondité
supérieur à la majorité des pays européens.
L’échec
de la politique nataliste lancée par Giorgia Meloni en Italie dès son
arrivée au pouvoir montre que la politique nataliste ne permet pas
forcément de contrer efficacement le déclin démographique.
L'échec des politiques natalistes : le cas italien
Depuis
son arrivée au pouvoir en 2022, Giorgia Meloni a fait de la lutte
contre le déclin démographique une priorité. En effet, l’Italie est l’un
des pays européens les plus touchés par la chute de la natalité. La
présidente du Conseil des ministres italienne a mis en place des mesures
telles que des exonérations totales de cotisations IVS, vieillesse,
invalidité et survivants, pour les mères de trois enfants ou plus,
salariées, plafond à 3 000 € annuels, un mois de congé parental
supplémentaire rémunéré à 80 % du salaire, un bonus de 3 600 € pour la
garde d'enfants pour les familles à revenus modestes, une majoration de
50 % de l’allocation pour le premier enfant, la réduction de la TVA sur
certains produits de première enfance, (limitée en 2024).
Cependant,
les résultats sont loin d’être au rendez-vous. Le déclin démographique
italien se poursuit : le taux de natalité est tombé au plus bas en 2024,
le nombre de naissances a continué de chuter, et le taux de fécondité a
atteint son plus bas historique, avec 1,18 enfant par femme.
Il faut rendre l’environnement social et économique plus propice à l’envie d’avoir des enfants
L’échec
relatif des politiques familiales ne doit pas décourager complètement
l’État. Même si les politiques familiales ne permettent pas d’inverser
la tendance à la baisse du nombre de naissances, certaines peuvent
participer à la création d’un environnement plus propice à fonder une famille.
Les aides financières à elles seules ne constituent pas des motivations
suffisantes pour avoir des enfants puisqu’elles sont loin de couvrir le
coût total que représente le fait d’élever un enfant.
Pour créer un environnement plus favorable aux familles, il faudrait déjà développer le service public de la petite enfance.
Malgré une augmentation de 0,4 % par rapport à 2021, le taux de
couverture n’est que de 60,3 places théoriques pour 100 enfants de moins
de 3 ans. Pour pallier le manque de places, augmenter le nombre
d’établissements n’est pas suffisant : le véritable problème est le
manque de personnel. Selon la CNAF, au 1er avril 2022, 8 908 postes
auprès d’enfants sont déclarés durablement vacants ou non remplacés. Le
nombre de places en crèches a progressé bien moins vite en France
qu’ailleurs en Europe. Le nombre de places pour 1 000 naissances est
désormais plus faible que dans les pays d’Europe du Nord, notamment en
Allemagne. Cette tendance ne risque pas de s’inverser si rien n’est
fait, puisque les prochaines années devraient être marquées par des
départs à la retraite massifs des membres du personnel des crèches.
Seules les microcrèches,
créées par des acteurs privés et où les parents sont financés, et non
les crèches directement subventionnées, semblent efficaces. Ce secteur a
représenté l’essentiel de la création de places alors qu’il est
minoritaire. Pourtant, la CNAF souhaite supprimer ce régime pour le
faire entrer dans le régime commun, qui dysfonctionne.
La
question du service à la petite enfance est centrale, puisque les
Français sont de plus en plus éduqués, et de moins en moins enclins à sacrifier leur vie professionnelle
pour leur vie familiale. Selon une étude de la Drees de 2021, dans plus
de la moitié des cas, dans un couple hétéroparental dans un foyer avec
au moins un enfant de moins de 6 ans, un des deux parents, ou les deux,
s’éloigne de l’emploi pour s’occuper de leurs enfants. Dans 41,7 % des
cas, c’est la femme qui s’éloigne de son travail, contre 8,4 % des cas
pour les hommes. Cette tendance des femmes à s’éloigner du monde du travail pour s’occuper de leur enfant peut être un frein à l’envie de fonder une famille.
Les
situations varient énormément selon la catégorie sociale du couple. Les
mères ouvrières ou employées sont bien plus souvent éloignées de
l’emploi que les femmes cadres ou de profession intellectuelle
supérieure. D’un côté, les femmes ouvrières et employées manquent
souvent de moyens pour trouver une solution de garde pour leurs enfants,
tandis que les femmes cadres ou de profession intellectuelle sont moins
nombreuses à avoir des enfants, et les ont plus tardivement, pour avoir
une situation stable qui leur permette de mieux concilier vie familiale
et vie professionnelle. C’est une des explications de la fécondité plus
faible chez les femmes des classes moyennes.

Aujourd’hui, la gestion des crèches n’est pas satisfaisante. Elle souffre d’abord de la bureaucratie
: CAF, régions, départements, communes, ministère de la Solidarité,
tout le monde s’occupe des crèches. Les règles et contraintes imposées
au personnel des crèches sont aussi trop lourdes. Tous les
professionnels dans une crèche doivent avoir une qualification « petite
enfance » et 40 % d’entre eux doivent être des auxiliaires de
puériculture, des infirmiers, des infirmiers puériculteurs, des
éducateurs de jeunes enfants ou des psychomotriciens diplômés. Les
autres doivent avoir un CAP « Accompagnant éducatif petite enfance », un
BEP sanitaire et social ou une autre qualification requise. La France
demande beaucoup plus de diplômes que ses voisins européens. Au
Royaume-Uni, par exemple, une crèche doit seulement compter un membre du
personnel qui détient une qualification de niveau bac technologique. En
France, on n’autorise même pas les crèches à former leurs salariés ou à
recourir davantage à l’apprentissage. Tout est fait pour provoquer la pénurie de personnel.
Un
autre problème du système actuel est qu’il s’est détourné de son
objectif d’origine : permettre aux parents de jeunes enfants de
continuer à travailler. Alors que certains parents qui ont un travail à
temps plein ne trouvent pas de place en crèche, 7 % des enfants qui ont
une mère inactive ont un mode d’accueil à temps complet et 18 % de ceux qui ont une mère au chômage. Un rapport de la CNAF montre que 34 % des enfants gardés en crèche ont au moins un parent qui ne travaille pas.
Certaines communes incluent le fait d’être en activité dans leur grille
d’attribution de places en crèche, mais ce n’est pas une condition
nécessaire, et cela ne concerne pas toutes les communes de France.
Outre
le problème de l’accueil et la garde des enfants, certains, face au
constat d’efficacité limitée des politiques familiales, proposent de
supprimer le quotient familial et d’individualiser la fiscalité. Or
cette mesure menace le principe de solidarité familiale. En effet, le
quotient familial est en quelque sorte une prise en compte fiscale du
fait que les parents doivent subvenir aux besoins de leurs enfants tant
qu’ils dépendent d’eux. Cela permet de ne pas voir l’enfant uniquement
comme un coût, mais comme un membre du foyer familial dont les parents ont la responsabilité.
Enfin, la crise du logement a
des conséquences directes importantes sur la natalité. Selon une étude
de l’université de Toronto réalisée par le chercheur Benjamin Couillard,
la hausse du coût du logement aux États-Unis depuis 1990 aurait fait baisser les naissances de 11 % et le taux de fécondité de 51 %
entre les années 2000 et 2010. Treize millions d’enfants
supplémentaires seraient nés entre 1990 et 2020 sans hausse des loyers.
L’économiste Maxime Sbaihi a commenté cette étude et affirme que, sur
les vingt dernières années, un jeune actif français de moins de 30 ans
au revenu médian a perdu en moyenne une vingtaine de mètres carrés de
pouvoir d'achat immobilier dans les grandes métropoles françaises. Il
ajoute que cette perte de pouvoir d’achat est une des raisons majeures
de la baisse de la natalité.
Les
classes moyennes sont encore une fois celles qui souffrent le plus de
la crise du logement. La politique du logement social n’y est pas pour
rien. Dans les zones tendues comme Paris, la politique du logement
social, faute de création de logements neufs, s’est faite au détriment
du logement privé. À Paris, en 25 ans, le parc locatif privé a été
divisé par presque 2 quand dans le même temps le parc locatif social a
été multiplié par 1,8. La conséquence de cette politique est la
difficulté pour les classes moyennes de se loger à cause de la réduction
de l’offre locative privée.
Enfin,
on entend souvent à juste titre que les incitations financières ne sont
pas des motivations suffisantes pour inciter les Français à avoir plus
d’enfants. La grande majorité des études sur le sujet concluent que
l’effet des politiques natalistes financières ou fiscales est très
faible, voire nul, seulement un effet de calendrier. Cependant, comme le
souligne le rapport d’information sur les causes et les conséquences de
la baisse de la natalité en France de l’Assemblée nationale[2], une faible variation de la fécondité peut avoir des effets extrêmement importants sur la natalité au niveau national. Entre
2026 et 2045, une augmentation de l’indicateur de fécondité de 0,2, à
1,8 au lieu de 1,6, toutes choses égales par ailleurs, permettrait d’augmenter la population française âgée de 0 à 19 ans de 1,59 million de personnes. À l’inverse, un indicateur de fécondité plus faible à 1,4 diminuerait cette même population de quasiment 3,2 millions de personnes,
soit une baisse de 20 % ! La faible variation de la fécondité décrite
dans les études est donc loin d’être négligeable. Cela est d’autant plus
vrai qu’une telle chute de la population de 0 à 19 ans rendrait encore
plus difficile le soutien à la natalité sur le long terme. Les effets de
calendrier ne sont pas non plus à négliger : avoir des enfants plus tôt
dans la vie pourrait augmenter le nombre d’enfants par femme, puisque
le recul de l’âge de la première grossesse est un des facteurs
expliquant la baisse de la natalité.
La politique familiale financière est aussi un signal positif envoyé aux familles et aux futurs parents.
La stabilité de la politique familiale est un gage de confiance pour
les Français. L’instabilité connue dans les années 2010, avec la réduction du plafond du quotient familial et la fin de l’universalité des allocations familiales,
a très probablement accéléré la baisse de la natalité. On le voit
clairement lorsqu’on compare l’évolution de l’indicateur conjoncturel de
fécondité selon les niveaux de vie. Tandis que les classes modestes,
qui n’ont pas été concernées par les réformes des années 2010, ont connu
une baisse assez faible de leur indicateur de fécondité, celui des
classes moyennes et aisées a chuté. Selon l'IGAS, l'indicateur des
classes les plus modestes est passé d’environ 2,0 à 1,95 entre 2011 et
2017 (-2,5 %), tandis que celui des classes moyennes a baissé d’environ 18 à 20 %, et celui des classes aisées de presque 13 %.
Si les réformes n’ont pas été le seul et unique facteur de baisse de la
natalité, elles y ont certainement participé. Dans sa revue des
dépenses socio-fiscales en faveur de la politique familiale[3],
l’Inspection générale des affaires sociales le reconnaît clairement : «
l’instabilité de la politique familiale sous l’effet de la succession
de réformes au cours des années 2010 pourrait être de nature à peser sur
la confiance des ménages dans la pérennité et la capacité de la
politique de la famille à les accompagner dans la parentalité ».
D’ailleurs, l’indicateur conjoncturel de fécondité a baissé bien plus
rapidement en France que dans la plupart des pays européens depuis 2013,
probablement en partie à cause des réformes des années 2010 puisque les
autres facteurs, dégradation des perspectives économiques mondiales et
éléments structurels et culturels de la démographie, ont touché
également nos voisins européens. Ainsi, même si l’indicateur de
fécondité reste élevé en France relativement aux autres pays européens,
celui-ci chute plus rapidement depuis une dizaine d’années et on
constate un effet de rattrapage inquiétant.

Les conséquences des réformes de la politique familiale des années 2010
L’indice
conjoncturel de fécondité n’a donc baissé que de 2,5 % entre 2011 et
2017 pour les classes très modestes qui n’ont pas été touchées par les
réformes des années 2010. Sur la même période, pour l’ensemble de la
population, l’ICF a baissé de 6 % et le nombre de
naissances a chuté de 53 841 en 2017 par rapport à 2011. Nous pouvons
donc estimer grossièrement le nombre de naissances perdues du fait de la
baisse plus forte de la natalité chez les classes moyennes et
supérieures. Si l’ensemble de la population avait vu son ICF baisser de
2,5 % comme pour les classes modestes, on peut estimer que le nombre de
naissances aurait baissé de 22 546, soit un écart de plus de 30 000 naissances pour l'année 2017 seulement.
Ainsi, si on estime que le nombre de naissances « perdues » par an est
au moins égal à celui de 2017, alors la France aurait pu connaître 270
000 naissances supplémentaires de 2017 à 2025 inclus. Ces naissances
perdues ne sont pas le fait des réformes uniquement, mais celles-ci ont
participé à la baisse des naissances pour les classes moyennes et
supérieures. L’estimation de 30 000 naissances perdues repose sur un
calcul imparfait puisque l’ICF est un indice synthétique des taux de
fécondité par âge agrégés et non une mesure du nombre réel d’enfants par
femme, mais ce résultat permet d’avoir une idée globale des effets sur
la natalité des réformes de 2010.
Si
l’on compare les démographies française et allemande et les politiques
familiales des deux pays, on peut constater les effets de deux
orientations opposées. Pendant qu’en France, dans les années 2010, la
politique familiale est réformée pour supprimer l’universalité des
allocations familiales et réduire le plafond du quotient familial, les
Allemands font le choix inverse, soutiennent leur politique familiale et
offrent des déductions fiscales ou des allocations familiales
généreuses pour les parents, (plus généreuses qu’en France dans la
grande majorité des cas[4]). Entre 2011 et 2017, le nombre de naissances en France baisse d’environ 6,5 %, pendant que les naissances allemandes augmentent de 18 %.
Si le nombre de naissances avait suivi, chaque année entre 2011 et
2017, l’évolution des naissances allemandes, la France aurait compté
environ 645 000 naissances supplémentaires sur la période, soit le nombre de naissances en France en 2025
! Certes, l’Allemagne est un pays à la démographie très différente de
la démographie française, qui a un indicateur conjoncturel de fécondité
largement inférieur à la France, 1,39 en 2023, mais cette comparaison
illustre bien l’autosabotage de la natalité française à cause des réformeshostiles aux familles de classes moyennes et aisées.
On
peut élargir la comparaison au reste de l’Europe en prenant la même
méthodologie qu’avec l’Allemagne. Si le nombre de naissances en France
avait suivi l’évolution du nombre moyen de naissances dans les 27 pays
de l’actuelle Union européenne, hors France, alors la France aurait
enregistré quasiment 140 000 naissances supplémentaires sur la période 2013-2017.
Conclusion et propositions
Le
déclin démographique n’est donc pas une particularité française, mais
un phénomène mondial particulièrement fort dans les pays développés.
L’indice de fécondité a diminué de plus de moitié en moyenne dans
l'OCDE, passant de 3,3 enfants par femme en 1960 à 1,5 en 2022. Les
politiques familiales peuvent permettre de ralentir la baisse de la
natalité, mais probablement pas d’inverser la tendance. L’OCDE alerte : «
l’infléchissement des courbes de fécondité ne saurait neutraliser les
effets du vieillissement démographique, en particulier à court terme ».
Il faut donc impérativement repenser notre modèle économique et social
pour s’adapter au vieillissement de la population.
Cependant,
ce constat ne doit pas inciter à l’inaction et à l’abandon. Il est
encore possible de soutenir les familles et la natalité en créant un
environnement plus propice au désir d’avoir des enfants qui permette aux
Français de projeter un avenir prometteur pour leurs enfants. Le
constat de l’efficacité limitée des politiques natalistes financières ne
doit pas pousser l’État à abandonner complètement la politique
familiale au risque de détruire l’idée même de la famille et de la
solidarité.
Pour créer des conditions propices au fait de fonder une famille, plusieurs mesures sont proposées :
Changer l’organisation de la gestion des crèches et confier cette compétence aux communes/intercommunalités.
Accélérer
la formation, y compris dans les entreprises spécialisées de garde
d'enfants, pour travailler en crèche afin de lutter contre la pénurie de
personnel.
Prioriser les enfants dont les parents ont un emploi pour obtenir une place en crèche.
Réduire
la fiscalité immobilière. Par exemple, baisser les DMTO pour les
primo-accédants avec enfants pour faciliter la première installation. La
Fondation IFRAP a estimé entre 1 et 1,5 Md€ le coût de cette mesure.
Ouvrir
la part fiscale entière dès le premier enfant. Grâce à cette mesure,
deux parents mariés percevant chacun le salaire médian, (2 190 €/mois),
diminueraient leur impôt sur le revenu de 632 € s’ils ont un enfant, 1
265 € s’ils ont deux enfants par rapport à l’abattement en vigueur
aujourd’hui. Les parents de trois enfants et plus, (toujours percevant
le salaire médian), seraient même exonérés d’impôt sur le revenu. Le
premier enfant d’un parent isolé compte déjà comme une part fiscale
entière, cela devrait être le cas pour les parents mariés également. Le
coût de cette mesure serait de 4,4 Md€ si on attribue désormais une 1/2
part supplémentaire au premier enfant.
Ouvrir les allocations familiales dès le premier enfant. Le coût de cette mesure serait de 3,6 Md€.
Au
total, l'ensemble de ces mesures représenterait un effort de 9 Md€ dont
il est possible de financer une partie en réduisant les transferts
versés par la CNAF au système de retraite, 10,7 Md€, selon la logique
que les cotisations famille doivent d'abord financer le redressement de
la natalité. On peut aussi envisager de plafonner le nombre d'enfants
pris en compte dans le calcul des aides sociales, par exemple le RSA.
Avec ces 9 Md€ supplémentaires, la part de PIB consacrée à la famille
reviendrait ainsi au niveau de 2014, 3,74 % du PIB, contre 3,38 % du PIB
selon les chiffres 2021 de l'OCDE.
IFRAP
[1] Démographie et finances publiques, rapport public thématique, Cour des comptes, décembre 2025
[2]
Rapport d'information du 11 février 2026 sur les causes et les
conséquences de la baisse de la natalité en France, Assemblée nationale,
Constance PELICHY et Jérémie PATRIER-LEITUS
[3] Revue des dépenses socio-fiscales en faveur de la politique familiale, rapport d'inspection IGF-IGAS, juillet 2021
[4] France/Allemagne : qui a la politique fi scale la plus généreuse pour les familles, site IFRAP, 17 mars 2026
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