Sommaire:
A) - Le mensonge des soixante-quatre ans
B) - Passer de la retraite par répartition à la retraite par capitalisation
C) - POURQUOI LA CAPITALISATION
D) - Retraite
E) - Divers liens sur ce thème... Dossier complet
A) - Le mensonge des soixante-quatre ans
Deux
mille trois cent quarante-sept euros : c'est ce que la France emprunte
chaque seconde pour payer ses seuls intérêts. Sur cent euros de dépense
publique, cinquante-sept partent en protection sociale, dont
vingt-quatre en pensions. Et pendant que l'on s'écharpe sur la
désindexation de quelques euros par mois, personne n'ose dire la seule
chose qui compte : notre système de retraites, tel qu'il est, est mort.
Il ne mourra pas dans dix ans, il est déjà infinançable. Alors mettons
les chiffres sur la table, et posons ensuite la question que les
candidats esquiveront jusqu'au printemps prochain.
Accessoirement, on vous ment depuis quinze ans sur l'âge de départ à la retraite. Il n'est ni de 62, ni de 64 ans. Il est de 67.
I — Sur cent euros de dépense publique
Commençons par le prétexte de l'été, puisqu'il occupe l'espace, avant de regarder la structure.
Rappelons
la chronologie, parce qu'elle est instructive. À l'automne 2025,
l'article 44 du budget de la Sécurité sociale prévoyait un gel de
l'ensemble des pensions de base pour 2026, puis une sous-indexation de
0,4 point de 2027 à 2030 — la mesure d'économie la plus importante du
texte, chiffrée à 3,6 milliards d'euros. La lettre rectificative du 23
octobre y ajoutait 0,5 point en 2027, portant la minoration à 0,9 point,
pour financer la suspension de la réforme des retraites.
L'Assemblée
nationale a supprimé l'article. Le Sénat l'a réintroduit — mais amputé,
en gelant les seules pensions supérieures à 1 400 euros bruts par mois,
et en abandonnant la sous-indexation 2027-2030. Voilà d'où vient le
seuil de 1 400 euros : d'un amendement sénatorial pour 2026, non d'un
projet gouvernemental pour 2027. Car pour 2027, la conversation a déjà
changé de braquet : Bercy planche sur un gel visant les pensions au-delà
de 3 000 euros, et le ministre de l'Économie a lui-même ouvert la porte
à une sous-indexation des seules pensions élevées.
Le
glissement mérite une seconde d'attention. En dix mois, le curseur est
passé de « tout le monde » à « au-dessus de 1 400 euros », puis à «
au-dessus de 3 000 euros ». Chaque cran vers le haut protège davantage
d'électeurs. Chaque cran vers le haut réduit le rendement : là où un gel
général rapporterait 3,6 milliards, un gel calibré au-delà de 3 000
euros ne toucherait guère plus d'un retraité sur dix et pourrait ne
rapporter que l'ordre du milliard. Cela ne se fera pas, ou si peu que
cela ne changera rien. Dix-sept millions de retraités votent, votent
beaucoup, et votent tôt.
Maintenant, la structure. Regardons où va l'argent public, parce que c'est là que tout se joue et que personne ne veut y aller.
En
2024, la dépense publique française atteint 1 672 milliards d'euros,
soit 57 % du PIB. La protection sociale, hors santé, en est le premier
poste avec 693 milliards, soit 41 % du total ; la santé en ajoute 261
milliards, soit 16 %. Additionnez : sur cent euros de dépense publique,
environ cinquante-sept partent en protection sociale au sens large —
contre 26,5 % du PIB en moyenne dans l'Union européenne, quand la France
est à 32,3 %.
Et les retraites,
dans ces cent euros ? Le Conseil d'orientation des retraites est formel :
en 2025, les dépenses brutes du système de retraite s'élèvent à 422,2
milliards d'euros, soit 14,1 % du PIB et 24,3 % de l'ensemble des
dépenses publiques. Un euro public sur quatre part en pensions. Plus que
la santé. Près de trois fois l'enseignement.
Ce
n'est pas un scandale en soi : c'est un choix de société, et un choix
dont je ne rougis pas. La France a fait reculer la pauvreté des
personnes âgées comme peu de pays au monde. Mais un choix de cette
taille ne peut pas être le seul sujet dont il soit interdit de parler.
Car sur ces mêmes cent euros, il y a aussi une ligne dont personne ne débat jamais, et c'est celle qui nous étrangle.
II — Ce que coûtent les intérêts, et ce que nous produisons
Ce
que nous payons. En 2025, l'ensemble des administrations publiques a
versé 64,7 milliards d'euros d'intérêts, soit 2,2 % du PIB, après +13,9 %
en 2024 et +11,2 % en 2025. Pour 2026, la Cour des comptes attend
environ 74 milliards. Sur le premier semestre 2026, la charge de l'État
seul a bondi de 18,3 % en un an, alourdissant le budget de plus de 5
milliards. À taux constants, la barre des 100 milliards annuels tombera
vers 2029, soit 3,2 points de PIB.
Ramenons
cela à l'échelle humaine. Soixante-quatorze milliards, c'est 203
millions d'euros par jour. C'est 2 347 euros par seconde. C'est 1 082
euros par habitant, nourrissons compris. Et c'est 71 % de tout ce que
l'impôt sur le revenu rapportera cette année à l'État — 104 milliards
nets prévus. De janvier à fin septembre, l'intégralité de votre impôt
sur le revenu ne paie que des intérêts. Pas une école, pas un lit
d'hôpital, pas un gendarme.
Ce
que nous produisons. Fin 2025, la dette Maastricht atteignait 3 460,5
milliards, soit 115,6 % du PIB — ce qui situe le PIB autour de 2 994
milliards. Fin mars 2026, elle avait déjà bondi de 75,6 milliards en un
trimestre, à 3 536,1 milliards et 117,5 % du PIB. Côté croissance, le
gouvernement a révisé sa prévision de 0,9 % à 0,7 %, rejoignant l'Insee,
le FMI et l'OCDE ; la Banque de France ne table que sur 0,5 %. Le
premier trimestre s'est soldé par une contraction de 0,1 %.
Le
calcul. Appliquez 0,7 % à 2 994 milliards : la richesse nouvelle
produite cette année, en volume, s'élève à 21 milliards d'euros. Vingt
et un milliards créés. Soixante-quatorze milliards d'intérêts versés.
Nos intérêts représentent trois fois et demie tout ce que notre économie
aura produit de nouveau cette année. Avec l'hypothèse de la Banque de
France, près de cinq fois.
Je
connais l'objection, et elle est légitime : cette comparaison confronte
une charge et un flux de croissance en volume, alors que la dette se
rembourse en euros courants. Faisons-le en nominal. Avec 0,7 % de volume
et un déflateur autour de 2 %, le PIB progresse d'environ 81 milliards
en valeur : les intérêts en absorbent 92 %. Avec un déflateur plus
modeste, on dépasse les 100 %. Selon la lecture retenue, les intérêts de
notre dette absorbent donc entre la quasi-totalité et trois fois et
demie la richesse nouvelle d'une année. Il n'existe aucune lecture,
aucune, dans laquelle cela soit soutenable.
Et
souvenez-vous de l'asymétrie fondamentale : le capital, on le roule, on
le refinance, on le repousse indéfiniment. Les intérêts, jamais. Ils
tombent avec la régularité d'un huissier. C'est la seule ligne du budget
français sur laquelle aucun ministre ne négocie, aucun Parlement ne
vote, aucune manifestation ne pèse. Le reste est arbitrage politique.
Cela, c'est une servitude.
Un
dernier chiffre : en 2026, l'Agence France Trésor doit emprunter 310
milliards d'euros à moyen et long terme. Un record absolu. Et la charge
de la dette pèse désormais plus lourd que n'importe quelle mission
régalienne : plus que la Défense hors pensions, presque autant que la
recherche, l'enseignement supérieur, la police, la gendarmerie et la
justice réunis.
Voilà l'état réel
de la maison. Le gel des pensions, dans sa version la plus dure, c'est
dix-huit jours d'intérêts. Dix-huit jours. On s'apprête à passer six
mois à s'écharper sur trois semaines de facture bancaire.
III — Quand aurons-nous le courage de dire que le système est mort ?
Maintenant,
la vraie question. Celle que ni la gauche ni la droite ne posera avant
l'élection, chacune pour des raisons opposées et également médiocres.
Le
constat, d'abord, chiffres officiels en main. Le système de retraites
est en déficit et y restera. Le COR le dit sans détour : 5,1 milliards
d'euros de déficit en 2025, environ 5 milliards en 2026, 6,8 milliards
en 2030, puis une dégradation continue jusqu'à −0,9 % du PIB en 2045 et
−2,4 % en 2070. La Cour des comptes est plus brutale encore : environ 15
milliards de déficit hors inflation en 2035, autour de 30 milliards en
2045.
Regardez surtout où se
logent ces déficits, car c'est là que tout devient politiquement
exploitable. Le régime le plus déficitaire, et de loin, est le régime
général : 0,4 point de PIB en 2030, 0,9 point en 2045. Viennent ensuite
les régimes des agents des fonctions publiques locale et hospitalière.
Pendant que les régimes complémentaires, eux, gérés par les partenaires
sociaux, dégagent un excédent tendanciel. Ajoutez les subventions
d'équilibre versées par l'État aux régimes spéciaux — 6 milliards en
2026, dont 3,2 milliards pour la SNCF et 886 millions pour la RATP.
Traduction
en français : ce ne sont pas « les retraites » qui sont infinançables.
Ce sont certains régimes, précisément identifiés, chiffrés, documentés
depuis vingt ans, et que nous refusons de toucher parce que chaque
tentative se heurte à une coalition de statuts.
Le
mensonge, ensuite. On raconte aux Français que l'âge de départ est de
62 ans, puis 64, et l'on organise chaque décennie une bataille rangée
sur ce chiffre. Depuis la loi de financement de la Sécurité sociale pour
2026, le relèvement est d'ailleurs suspendu pour cinq générations,
celles nées de 1964 à 1968 : les 64 ans ne concernent plus que les
générations nées à partir de 1969. Coût de la suspension : 1,4 milliard
dès 2027.
Or l'âge légal n'est
qu'une porte d'entrée. Ce qui détermine réellement votre pension, ce
sont deux choses : le nombre d'annuités validées, et l'âge auquel la
décote s'annule. Ce second âge, celui du taux plein automatique, celui à
partir duquel votre retraite est calculée sans minoration quel que soit
votre nombre de trimestres, est fixé à 67 ans — pour les salariés du
privé, les indépendants, les sédentaires de la fonction publique, et
pour la retraite complémentaire.
Soixante-sept
ans. Depuis 2010. Voté, promulgué, appliqué, jamais remis en cause par
personne — pas plus par ceux qui défilaient contre les 64 ans que par
ceux qui les ont votés. Celui qui a une carrière hachée, celui qui a
commencé tard, celle qui s'est arrêtée pour élever ses enfants : ceux-là
partent à 67 ans, ou partent amputés de 1,25 % par trimestre manquant.
Voilà la réalité que quinze ans de débat public ont soigneusement
recouverte. On a hurlé sur un chiffre symbolique en laissant intact
celui qui frappe les plus fragiles.
Alors
reprenons les travaux sur la retraite par points. Ils ont été engagés
en 2019 sur la base du rapport Delevoye et enterrés le 16 mars 2020 par
le Covid, jamais par un vote. Le dossier n'est pas mort : il est au
congélateur. Et il ne demande qu'à être rouvert, à trois conditions que
je crois décisives.
Premièrement,
ne la faisons pas universelle tout de suite.
C'est l'erreur de 2019 :
vouloir fondre quarante-deux régimes en un seul d'un coup a soudé contre
la réforme tout le monde et son contraire. Commençons par les régimes
déficitaires — ceux que le COR et la Cour des comptes désignent
nommément. Ils sont le problème, ils seront le laboratoire. Les régimes à
l'équilibre attendront, et adhéreront quand ils constateront que le
système fonctionne. L'universalité doit être un point d'arrivée, pas un
préalable.
Deuxièmement, laissons
les partenaires sociaux fixer la valeur du point.
Ce n'est pas une
concession, c'est la preuve que ça marche : l'AGIRC-ARRCO pilote depuis
des décennies un régime par points, il est excédentaire, et il a
lui-même décidé une sous-indexation de 0,4 point pour 2024-2026. Sans
loi, sans 49.3, sans manifestation. Le paritarisme, quand on lui confie
un paramètre et qu'on lui laisse la responsabilité, est infiniment plus
courageux que le Parlement.
Troisièmement,
laissons le COR s'occuper de l'âge.
Avec un système par points, l'âge
légal perd d'ailleurs presque tout son intérêt : on ouvre une fenêtre de
départ, et chacun arbitre entre la date et le montant. C'est exactement
ce que dit Marylise Léon, qui juge « profondément injuste » un système
bâti autour d'un âge légal et demande le retour de ce débat dans la
présidentielle de 2027.
Et c'est
avec la CFDT qu'il faut travailler. Non par tactique, par cohérence :
depuis son congrès de Tours en 2010, elle défend un système universel,
et elle accepte le principe du point comme elle accepterait tout régime
contributif. C'est le premier syndicat de France, il est réformiste, il
est resté par répartition et il tend la main. Ne pas la saisir serait
une faute politique majeure.
Reste
l'honnêteté finale, et elle est rude. Oui, un système par points bien
calibré peut produire des pensions plus faibles pour certains. Il rend
visible ce que le système actuel dissimule : quand la démographie se
dégrade — et le taux d'emploi des 60-64 ans plafonne à 44,4 % en France
contre 55 % dans l'Union européenne —, quelque chose doit céder.
Aujourd'hui, ce qui cède, c'est la dette. C'est-à-dire les enfants de
ceux qui partent.
Alors
choisissons. Soit on baisse un peu les pensions et on le dit. Soit on
travaille un peu plus longtemps et on le dit. Soit on cotise davantage
et on le dit. Soit on continue d'emprunter, et on ne le dit surtout pas —
c'est l'option en vigueur, celle qui coûte 2 347 euros par seconde.
Mais qu'on cesse de prétendre que ces quatre chemins n'existent pas.
IV En sortant
Une image, pour finir, puisque les chiffres finissent par ne plus rien dire.
Imaginez
un ménage dont les revenus augmentent de mille euros dans l'année.
Bonne nouvelle. Sauf que la même année, ses seuls intérêts d'emprunt lui
coûtent trois mille cinq cents euros, et que 57 % de son budget est
déjà engagé par des promesses qu'il a faites à lui-même et aux siens. Le
capital n'est pas remboursé : il est refinancé chaque mois, un peu plus
cher. Ce ménage n'est pas en difficulté passagère. Il est en cessation
de paiement différée, et il tient uniquement parce que son banquier lui
fait encore confiance.
Ce ménage, c'est nous. Le banquier, ce sont les marchés. Et la confiance ne se retire jamais progressivement.
Je
ne prêche ni l'austérité aveugle, qui étoufferait une croissance déjà
réduite à 0,7 %, ni la fuite en avant, qui nous mène droit aux 100
milliards d'intérêts de 2029. Je demande une chose simple : qu'on arrête
de mentir sur les proportions et sur les mots. Qu'on cesse d'agiter
huit euros de désindexation en guise de politique. Qu'on dise que le
départ sans décote, c'est 67 ans. Qu'on admette que le système actuel,
avec quarante-deux régimes, des subventions d'équilibre et un déficit
programmé jusqu'en 2070, n'est plus réparable à coups de rabot — il est à
refonder.
J'ai siégé dans cet
hémicycle. La mécanique n'y fonctionne pas à la malveillance, elle
fonctionne au report. Reporter, c'est toujours transférer la charge vers
ceux qui ne votent pas encore. La dette est la plus injuste des
politiques sociales : elle a tous les charmes de la gauche généreuse et
tous les effets de la droite la plus dure.
Le
respect que l'on doit aux Français, ce n'est pas de leur épargner les
mauvaises nouvelles jusqu'au lendemain de l'élection. C'est de les
traiter en adultes.
Soixante-sept ans. Deux mille trois cent quarante-sept euros par seconde. Bonne semaine quand même.
Bruno Millienne
Député Mouvement Démocrate, à Assemblée nationale
«
Libres Pensées » paraît chaque semaine. Sources : Insee (comptes
nationaux 2025, dépenses publiques par fonction, dette trimestrielle T1
2026), COR (rapport annuel 2026), Comité de suivi des retraites (avis
2026), Cour des comptes (finances publiques 2025 et système de
retraites), DREES et Service des retraites de l'État (règles de décote),
Dares (emploi des seniors), rapports du Sénat sur le PLF et le PLFSS
2026. Les ratios intérêts/création de richesse et l'équivalence « gel
des pensions = dix-huit jours d'intérêts » sont des calculs de l'auteur,
détaillés dans le texte.
B) - Passer de la retraite par répartition à la retraite par capitalisation
Maintenir le système de retraite par répartition tel qu'il est, veut dire :
Imposer des transferts forcés de plus en plus lourds sur les générations futures, c'est-à-dire prendre le risque politique de voir ces générations ne pas payer. Notre génération sera alors brutalement appauvrie au moment de sa retraite.
Allonger la période de cotisation et ne plus payer les retraites à taux plein pour la génération actuelle de futurs retraités, c'est rompre les promesses et spolier notre génération. On prend le risque de voir la génération actuelle de futurs retraités brandir "ses droits acquis".
Payer les retraites en monnaie de singe.
L'inflation a toujours été le moyen sournois privilégié par l'État pour ne pas payer ses dettes.
Mais cela veut dire quitter le marché unique et renoncer aux disciplines monétaires.
Ce que l'État propose en ce moment même à notre génération c'est de continuer à payer les
retraites des anciens et ne pas lui payer les retraites qu'elle était "en droit" d'attendre
compte tenu du poids des cotisations sociales qu'elle supporte !
Pourquoi faire perdurer un modèle qui coûte cher et qui est socialement risqué, alors qu'il
existe un système plus simple et plus sûr : le système par capitalisation ? C'est tout le
problème de la transition d'un système à l'autre…
Existe-t-il un moyen simple de réaliser cet exploit ? Oui.
Donnons d'abord le choix à notre génération de
quitter l'ancien système en lui restituant son salaire plein (celui correspondant à ce que paye
l'employeur) ; Ou d'y rester .
Puis laissons la nouvelle génération d'actifs, celle de nos enfants, passer à la
capitalisation.
Reste à payer les retraites du moment jusqu'en 2010. En 1991, d'après le Livre blanc sur les retraites, notre génération a payé 705 milliards de francs aux retraités du moment. Comment dégager, maintenant et jusqu'à 2010, 700 milliards de francs chaque année pour libérer nos enfants du système par répartition et en même temps assurer à notre génération une retraite supérieure à celle anticipée ? Il faut constituer dans un temps très court un capital qui rapporte chaque année au moins ce chiffre de 700 milliards de francs. Il faut générer un capital de 14 000 milliards de francs en supposant un taux d'intérêt de 5% l'an. Il faudrait donc créer un fonds de pension doté d'un capital de 14 000 milliards de francs. Soit près de deux fois le produit intérieur brut annuel !
Pour le constituer plusieurs moyens existent :
Vendre le patrimoine de l'État. La valeur nette du patrimoine des administrations publiques était de 2 000 milliards de francs en 1992. Ce patrimoine comprend les bâtiments publics, les routes et matériels de bureaux. Mais on pourrait vendre les autoroutes, les rues et monuments historiques, les œuvres d'art volées au cours de l'histoire à des étrangers par nos armées ou volées aux collectionneurs privés par l'État lui-même via les préemptions, les dations ou interdictions à l'exportation. On pourrait aussi vendre les rivages et voies maritimes ou aériennes dont la valeur nette n'est pas à l'heure actuelle estimée. En revanche, vendre la banque de France rapporterait 210 milliards de francs, valeur nette de ses actifs. Les entreprises publiques peuvent subir le même sort. On estime ainsi la valeur en bourse des Télécommunications à 200 ou 300 milliards de francs. Ce vaste programme de privatisation des services publics permettrait de constituer et démarrer un fonds de pensions capitalisable.
Lever directement un capital par la vente d'une exemption au contribuable : le droit de ne plus payer d'impôt sur le revenu jusqu'à son décès. Quelqu'un qui est taxé chaque année de 30 000 F d'impôt sur le revenu et qui escompte vivre 20 ans, paiera finalement la coquette somme de 600 000 F d'impôt au bout de vingt ans. A un taux d'intérêt de 5% l'an, si l'individu ou une entreprise avait pu disposer de cette somme et la placer sur le marché financier il aurait généré au bout de 20 ans un revenu égal à 1 600 000 F. Le contribuable, individu ou entreprise, peut être prêt à payer plus de 600 000 F le droit de disposer des 30 000 F qu'il paie à son inspecteur des impôts pour les placer sur le marché financier. Il peut même emprunter cette somme pour acheter le droit de ne plus être imposé. Tout le monde y gagne : l'État et le contribuable. S'il y a 10 000 000 de contribuables prêts à acheter ce privilège pour 600 000 F, on lève ainsi 6 000 milliards de francs.
Payer pour avoir le droit de passer à la "capitalisation". La génération à qui on permet de quitter le système de répartition pour assurer sa propre retraite profite du passage à la capitalisation. Une façon de constituer ce fonds de pension est alors d'exiger de ceux qui veulent le quitter d'acheter ce droit d'être libre. C'est immoral, mais cela permet la transition. 20 millions d'actifs qui achètent le droit une fois pour toute de passer à la capitalisation pour 100 000 F génère 20 000 milliards de francs !
En utilisant une combinaison quelconque de ces trois moyens, on lève un fonds de pension extraordinaire. L'épargne ainsi dégagée permet d'investir et de générer des revenus futurs exceptionnels et nos enfants seront beaucoup, beaucoup plus riches que nous. En même temps les hommes politiques font l'économie d'une révolution ce qui n'est pas négligeable pour ceux qui ont entamé une carrière dans ce métier peu recommandable. Plus nous tardons à faire la transition, plus nous nous rapprochons d'une révolution et d'une explosion sociale. Mais après tout pourquoi pas ? Une bonne révolution de temps en temps c'est une façon simple de redistribuer les cartes...
Bertrand Lemennicier
C) - POURQUOI LA CAPITALISATION
Le problème des retraites, et plus précisément celui du passage à la capitalisation est un des problèmes majeurs de notre époque. Il est donc important que nous prenions conscience du changement formidable qui est en train de se produire dans le monde à ce sujet. Or, nous sommes en France terriblement en retard.
Nous sommes, en effet, les victimes des hommes politiques, car c'est le processus politique qui a conduit à la situation sans issue des retraites à laquelle nous sommes confrontés. Mais aujourd'hui les esclaves relèvent la tête ! C'est vrai, c'est facile d'instaurer un système par répartition. On prend par la force à ceux qui travaillent, on donne aux autres, et on semble être généreux. Il est également facile de prolonger la survie de ce système par des modifications marginales. On peut augmenter un petit peu les cotisations, changer un petit peu l'âge de la retraite, modifier quelques règles complexes et on arrive ainsi à transmettre le système au gouvernement suivant qui se lancera à son tour dans des bricolages à court terme. Mais nous ne sommes plus maintenant à un moment où nous pouvons nous contenter de ces replâtrages. On vous l'a déjà dit, il y a non seulement des changements démographiques très importants, mais aussi des problèmes économiques fondamentaux.
Démographie et "collectivisation"
En ce qui concerne les problèmes démographiques, citons un seul chiffre : le rapport des actifs aux retraités qui était, dans les années cinquante, de l'ordre de deux à un passera à 1,4 en 2010. Ce n'est pas si lointain, et cela implique une augmentation considérable de la charge qui pèsera sur les actifs dans un système de répartition.
Il y a par ailleurs le problème économique, à savoir le blocage de long terme de la croissance, explicable par le cercle vicieux de la collectivisation, c'est-à-dire ce système dans lequel le sort des individus dépend de moins en moins de leurs propres efforts de travail ou d'épargne, et dépend de plus en plus de ce qu'on veut bien leur donner au titre d'allocations de retraite, d'allocation chômage, de sécurité sociale, etc. On a ainsi détruit les incitations à produire, les incitations à se développer. Nous sommes, de ce fait, dans un processus de déclin continuel. Il faut en sortir, il faut briser ce cercle vicieux, et nous pouvons commencer par briser le cercle vicieux des retraites, car il faut extraire des retraites de plus en plus abondantes d'une économie qui produit de moins en moins, ou qui, tout au moins, stagne. L'expérience montre que c'est possible, et le cas du Chili est, de ce point de vue, particulièrement précieux.
Le vrai moteur de la croissance
Lorsqu'on passe d'un système de répartition à un système de capitalisation, on stimule le seul véritable moteur de la croissance, à savoir l'épargne. Les individus ont alors intérêt à épargner, c'est-à-dire à accumuler du capital et à créer de la richesse. On ne compte plus sur la générosité obligatoire des autres dans le futur pour subvenir à ses besoins lorsqu'on sera retraité. On compte sur soi-même, et c'est en ce sens que cette révolution à venir - même si on ne la voit pas encore en France, contrairement à d'autres pays - est une révolution morale. Elle représente, en effet, le retour à la responsabilité individuelle, et j'ai été heureux de voir avec quel enthousiasme vous avez tous réagi aux propos de José Piñera, parce qu'il a su donner à son propos cette dimension morale dont nous avons tellement besoin et qui manque tellement aux décisions politiques.
Bien sûr, toutes sortes d'objections sont habituellement soulevées au sujet du passage à la capitalisation, et je ne veux évidemment pas prendre le temps d'en faire la liste. Je me contenterai donc d'évoquer un argument fréquemment exprimé. On dit, en effet, que le passage à la capitalisation ne sert à rien, parce que, de toute façon, il faut bien tirer des ressources quelque part pour payer les retraites. Il importerait alors peu que ces prélèvements soient effectués par un régime de répartition ou par un système de capitalisation.
Ceux qui font ce raisonnement - que l'on trouve évidemment dans la bouche des leaders syndicaux - oublient précisément une chose fondamentale, à savoir que moins une société est collectivisée, plus on fait appel à la responsabilité individuelle, plus on est incité à créer des richesses. On ne prélève donc pas les retraites sur une quantité de ressources identiques, mais sur une quantité de ressources qui s'accroît lorsqu'on est dans un système de capitalisation.
On évoque aussi, bien entendu, les incertitudes qui viennent du fait, que dans un système de capitalisation, les rendements sont incertains, qu'il y a des cracks boursiers, etc. Bien sûr, rien n'est certain dans la vie, mais nous avons pourtant une certitude : le régime actuel a fait faillite et notre sort à tous est donc menacé.
Si le passage de la répartition à la capitalisation n'est pas plus généralement réclamé, il faut s'interroger sur les raisons de ces réticences. Dans le cas français, il y a deux types de raisons. Il y a d'abord le corporatisme. La France est, en effet, un pays extrêmement corporatiste, ce qui se traduit par exemple dans le fait que les systèmes de retraite - comme les systèmes d'assurance maladie sont des systèmes dits de cogestion, dont les syndicats patronaux et les syndicats de salariés sont les gérants. Ils ne veulent pas perdre leur pouvoir, et comme par ailleurs le monde politique a peur de la puissance syndicale, a peur des grèves dures à répétition, il préfère " s'écraser " et accepter que la démocratie cède sous la force brutale.
La foi et la peur
L'ancien premier ministre tchèque Vaclav Klaus a déclaré un jour: " Si les régimes communistes se sont effondrés, c'est parce qu'ils ont perdu leurs deux piliers: la foi et la peur. " Il avait certainement raison: le communisme a longtemps survécu parce qu'on avait foi en lui, mais aussi parce qu'on avait peur du pouvoir. Quand ces deux piliers se sont effondrés, le retour à la liberté est devenu possible. Nous sommes dans une situation semblable, à savoir une situation où ceux qui décident pour nous ont la foi dans des fausses solutions et la peur à l'égard de ceux qui exercent la force pour maintenir de manière conservatrice des systèmes qui pourtant ont fait faillite.
La peur, je l'ai déjà évoquée. La foi, pour sa part, est bien souvent en France l'attachement aux solutions erronées. Les erreurs intellectuelles y sont fréquentes, par exemple l'idée qu'il y a un nombre d'emplois limité dans l'économie, de telle sorte qu'il faudrait partager ces emplois. Il en résulte la fameuse loi des 35 heures, mais aussi tous ces systèmes de préretraites consistant à inciter les gens à ne plus travailler. On diminue donc l'âge de la retraite, alors qu'il faudrait l'augmenter ou tout au moins laisser la liberté à chacun de décider de l'âge de sa retraite. Pourquoi ne peut-on pas admettre à notre époque que les êtres humains sont assez "grands " pour décider par eux-mêmes de ce qui est préférable pour eux et donc pour les laisser librement négocier avec leur employeur s'ils veulent prendre leur retraite à 55, 60, 65, 70, 80, ou à 90 ans. Cette liberté de décision constitue une liberté fondamentale à laquelle tout le monde devrait avoir droit et que chacun doit revendiquer. Un certain nombre de gens seraient certainement heureux de pouvoir prolonger leur vie active, s'ils pouvaient en retirer un bénéfice. C'est un aspect du problème qui a été remarquablement bien souligné tout à l'heure par José Piñera.
Réhabilitation de l'épargne
Une autre erreur intellectuelle grave - qui permet de justifier le maintien du système de la répartition - est l'idée selon laquelle, pour " relancer l'économie " (cette économie qui stagne depuis plus de vingt ans précisément à cause de la collectivisation que je dénonçais tout à l'heure) il faudrait diminuer l'épargne et augmenter la consommation. L'épargne est ainsi conçue comme une " fuite du système économique " à laquelle correspondrait une diminution de la demande globale et donc de la production. Or, la thèse habituelle de la relance par la consommation constitue une erreur intellectuelle majeure: l'épargne, en effet, ne disparaît pas du circuit économique, bien au contraire elle est investie, elle permet la croissance future. Par conséquent la seule relance valable est la relance par l'épargne. Nous avons d'ailleurs de ce point de vue des exemples frappants, en particulier, bien sûr, celui du Chili. Vous pouvez regarder à travers le monde, là où la croissance est élevée, c'est évidemment parce qu'il y a des gens qui épargnent et qui investissent. Et c'est pourquoi le passage à la capitalisation a transformé le visage du Chili.
Cela me paraît quelque peu ironique que nous devions maintenant, nous " pays des Lumières ", si fier de l'intelligence supposée de ses élites, recevoir des leçons de ces lointains pays d'Amérique latine souvent considérés comme sous développés. Mais les vraies solutions viennent de là-bas et il faut avoir conscience du fait que l'imagination est souvent au pouvoir en Amérique latine et ne l'est plus dans la vieille Europe. Cette situation est également ironique parce qu'on a brocardé le Chili pendant longtemps pour des raisons que nous connaissons bien, à savoir que les Chiliens avaient un dictateur non élu, alors que nous, nous avons des dictateurs élus, ce qui est une grande différence...
Les fonds de pension à la française
Mais un étonnant hasard historique a fait que, de manière souterraine et bien rarement perçue, il y avait en fait une transformation formidable des institutions et des modes de fonctionnement de l'économie. Un homme comme José Piñera, parce qu'il avait la clairvoyance, mais aussi le courage, et aussi peut-être un peu de chance, a transformé son pays. Maintenant l'exemple du Chili fait tache d'huile. Huit pays en Amérique latine ont adopté des systèmes de retraites par capitalisation et José Piñera passe son temps à parcourir le monde pour expliquer les raisons de cette transformation et les raisons pour lesquelles un tel changement doit être réalisé.
En France, un timide pas a été fait l'an dernier vers la capitalisation et je dois rendre hommage pour cela à Jean-Pierre Thomas. La loi Thomas sur les fonds de pension est en effet un début d'application de la capitalisation. Mais qu'il me permette cependant de critiquer cette loi, non pas du fait de ses propres conceptions, mais à cause des obstacles significatifs qu'il a rencontrés et qui ont finalement considérablement réduit la portée et l'intérêt de la loi. Caractéristique également est le fait qu'au cours de la campagne électorale de 1997, les socialistes avaient affirmé qu'ils allaient supprimer les fonds de pension, c'est-à-dire la seule mesure d'ordre économique satisfaisante prise par le précédent gouvernement. Et même si la loi Thomas survit, totalement ou partiellement, ces faits apportent la preuve d'une méfiance ou d'une hostilité généralisées à l'égard de la retraite par capitalisation.
Si les fonds de pension à la française peuvent être critiqués, c'est pour toute une série de raisons qu'il serait trop long d'explorer en détail. Il y a d'abord le fait qu'il s'agit d'un système complémentaire et pas d'un système de remplacement de la retraite par répartition. C'est une différence essentielle avec le système chilien où l'on a donné le choix aux individus de quitter la répartition définitivement pour aller à la capitalisation. C'est aussi un système de portée très limité et il était d'ailleurs censé apporter seulement vingt à trente milliards. En effet, il était bordé par toute une série de dispositions complexes, avec des exemptions ou des plafonds précisément conçus de manière à limiter le développement du système, car la grande obsession du corps politique c'est de ne pas déplaire aux syndicats et de ne pas porter atteinte à leur chère retraite par répartition.
C'est aussi une réforme typiquement française, parce que, au lieu de laisser tout simplement les salariés décider eux-mêmes et individuellement du montant des ressources qu'ils souhaiteraient capitaliser à partir des sommes qui leur sont versées, on a conçu un système mixte où les fonds de pension ne pouvaient voir le jour qu'au sein de l'entreprise, après négociation avec les syndicats, ce qui limite évidemment la possibilité pour les salariés de passer d'un fond de pension a un autre.
La solution chilienne, pour sa part, avait consisté à rendre le pouvoir aux individus, en leur disant : "c'est votre argent qui est en cause, c'est à vous de le gérer, vous êtes des êtres responsables, et par conséquent vous n'avez pas à négocier avec un chef d'entreprise ou un syndicat de l'utilisation de votre argent". Mais, bien évidemment, cette conception des choses est mal vue en France. Ainsi, dans la discussion qui a eu lieu au Sénat à propos des fonds de pension, un ministre de l'époque, M. Lamassoure, a déclaré qu'il fallait empêcher que les individus puissent librement adhérer à un fonds de pension, parce que - figurez-vous - les institutions financières risquaient de démarcher leurs clients! C'est effectivement l'horreur absolue en France, alors que justement le démarchage est ce qui permet d'apporter aux clients un produit satisfaisant.
Un passage obligé: la transition
Je n'en dirai pas plus sur les fonds de pension français. Ils constituent une timide avancée, mais c'est tout de même une avancée. Je voudrais pour terminer évoquer le problème de la transition parce qu'il est vrai que ce problème existe et nous ne devons donc pas être irréalistes en cherchant à le nier. Ce problème existe pour une raison bien simple, c'est qu'on ne peut pas revenir sur le passé. Comme le dit mon ami François Guillaumat, lorsqu'un camion écrase une vieille dame, il ne peut pas la " désécraser " en reculant. Le passé est le passé et lorsqu'on a fait des erreurs il faut en supporter le poids. Nous pouvons malheureusement trouver beaucoup d'exemples de cette proposition évidente selon laquelle il y a toujours des coûts de transition. Ainsi, quand la démagogie conduit un gouvernement à faire une politique de contrôle des loyers pour plaire aux locataires, parce qu'ils sont électoralement plus nombreux que les propriétaires, qu'en résulte-t-il ? Une pénurie de logements. Un institut de recherche américain montrait il y a quelques années dans une de ses publications la photo d'une ville dévastée. On avait l'impression qu'une bombe était tombée dessus, mais il s'agissait plus simplement d'une ville où il y avait un contrôle des loyers. Le contrôle étatique fait souvent plus de destruction qu'une guerre. Lorsqu'il y a un contrôle des loyers il y a pénurie, et lorsqu'on le supprime ultérieurement, les loyers montent parce qu'il y a une offre insuffisante. Mais, au bout d'un certain temps, on recueillera les fruits de la transition sous forme de loyers moins élevés et de locaux plus abondants.
Il en va de même pour les pensions: il y a un coût de transition. Le problème est de savoir si nous voulons accepter ce coût de transition, assimilable à un investissement capable de transformer un système mauvais en un bon système et d'en apporter les fruits à toutes les générations à venir, ou si nous préférons conserver un système qui doit faire faillite de toutes façons, et donc être amenés à le changer plus tard dans des conditions encore plus hasardeuses. Il faut supporter ce coût et le faire le plus rapidement possible.
Mais il ne faut pas oublier non plus que ce coût diminue rapidement pour les raisons que nous avons déjà vues, àsavoir que l'impulsion donnée à l'activité économique par le supplément d'épargne dû aux fonds de pension allège le poids relatif du financement qu'il représente. Si nous avons une croissance à peu près nulle ou faible, comme la croissance française, et que l'on doit payer pour la transition, c'est plus difficile que si l'on a un taux de croissance de 7 %~ comme au Chili, où cette croissance forte est en grande partie due précisément au passage à la capitalisation. Ainsi, au bout d'un petit nombre d'années, la transition est effectuée.
La transition pose un autre problème important, à savoir qu'il y a des intérêts divergents parmi les citoyens. Ceux qui sont près de la retraite ont évidemment intérêt à maintenir le système par répartition, parce qu'ils n'auraient pas le temps d'accumuler beaucoup dans un système de capitalisation. En revanche, ceux qui sont loin de la retraite ont intérêt à passer au système par capitalisation, mais ils sont peut-être réticents pour payer les sommes nécessaires pour réussir la transition.
Il me semble qu'il faudrait accepter l'idée que ceux qui sont proches de la retraite courent un risque important, le risque que leur pension ne leur soit pas payée au taux qu'ils attendent dans le système actuel. Par conséquent, en acceptant pendant quelques années de payer le coût de la transition, ils font comme s'ils achetaient une assurance contre le risque. Quant aux plus jeunes, il me semble que le discours qu'il convient de tenir consiste à leur dire qu'ils doivent acheter un ticket d'entrée dans le système de capitalisation. Ils ont tout intérêt à passer à la capitalisation, mais nous ne sommes pas dans un monde idéal et nous devons tenir compte du passé. Ils doivent donc accepter pendant cinq ou six ans de financer la transition.
Le cas des médecins
Je voudrais enfin évoquer un point précis qui intéresse plus directement un certain nombre de ceux qui sont ici. Je salue l'effort fait par le Dr Maudrux pour essayer de faire passer à la capitalisation une catégorie spécifique de cotisants, à savoir celle des médecins, mais c'est une tâche particulièrement difficile. Je connais peu d'exemples d'une catégorie qui soit passée ainsi à la capitalisation, en dehors probablement des exemples historiques qui ont été cités par Georges Lane et du cas des fonctionnaires et des députés français qui ont depuis longtemps leur système de capitalisation, mais ces cas restent relativement rares.
Il n'en reste pas moins que le passage à la capitalisation est justifié, tout simplement parce que le système des retraites des médecins est menacé et qu'il convient de sauver ce qui peut l'être. Mais c'est plus difficile à réaliser qu'un changement général, parce que l'effet global que j'ai évoqué, à savoir la relance de l'économie du fait d'une plus grande épargne, ne peut être ici que marginal. Il faut alors être bien conscient de cette difficulté supplémentaire. Ceci implique peut-être que le travail de pionnier actuellement effectué pour les médecins soit éventuellement relayé par d'autres.
Or, nous avons des exemples de telles situations. Quand un système est prêt à faire faillite, il n'est pas si difficile de trouver des alliés pour le pousser vraiment à la faillite. Ainsi, les premiers qui se sont exprimés sur les ondes en écornant le monopole public de la radio par la création de radios libres ont pris quelques risques, ils ont même parfois été lourdement sanctionnés par le pouvoir... Mais en quelques mois ou quelques années tout le monopole s'est effondré et le système de la liberté - même si elle reste une liberté encadrée - a pu s'imposer. Nous pouvons donc espérer qu'une brèche est faite maintenant dans le domaine des retraites et que l'exemple donné par une catégorie particulière pourra s'étendre rapidement.
Comment éviter le naufrage
J'ajouterai enfin que nous ne pouvons pas agir en ignorant l'environnement politique, particulièrement hostile, que j'ai évoqué. Le succès du passage à la capitalisation serait mieux assuré si les sommes capitalisées n'étaient pas taxées à l'entrée. C'est le cas chilien et cela est logique. Les revenus futurs de l'épargne seront en effet taxés. Or, lorsque l'on sait que les taux de taxation si l'on tient compte des cotisations sociales et de tous les impôts - sont de l'ordre de 50 à 80 %, il est évident que l'incitation à entrer dans un système de capitalisation est considérablement réduite par l'existence d'une telle spoliation fiscale. C'est un élément qu'il ne nous appartient malheureusement pas aux uns et aux autres de décider. Mais il nous appartient peut-être d'essayer de faire comprendre que, contrairement au leitmotiv qui nous est assené chaque jour, l'épargne est surtaxée en France d'une manière absolument scandaleuse et que l'épargne est la clé de l'avenir. Si nous n'arrivons pas à le faire comprendre, il y a fort à parier que nous serons, notre pays et nous tous par conséquent, définitivement sur la voie du déclin.
Pascal SALIN
D) - Retraite
La retraite est la situation d'une personne qui se caractérise par :
- l'arrêt de toute activité professionnelle et le retrait du marché du travail,
- des revenus basés sur le produit d'un capital accumulé, le versement d'une rente viagère et/ou le bénéfice d'une pension de vieillesse (ou pension de retraite) obtenue, généralement sous certaines conditions (âge minimal, durée passée en emploi, etc.), à titre gratuit ou contre cotisations préalables. Ces cotisations ont pu être versées en partie par un tiers (un employeur, l'État...) à une caisse de retraite. Par ailleurs la pension de retraite peut, elle aussi, être complétée par un tiers.
La retraite, historiquement rare et courte, a été créée par Bismarck au XIXe siècle (l'anecdote veut qu'il ait demandé à fixer l'âge de la retraite de façon à n'avoir presque jamais à la verser). La retraite se généralise au XXe siècle avec l'allongement de la durée de vie et l'augmentation sans précédent des richesses.
Devenue perspective probable, elle pose des problèmes aigus de financement lorsqu'elle est gérée par l'État-providence, du fait de l'horizon temporel inhabituellement lointain du départ à la retraite (décalage de plusieurs dizaines d'années) et donc de l'incertitude sur les conditions dans lesquelles elle pourra s'exercer ; les hommes politiques peuvent profiter de cette incertitude pour spolier les jeunes actifs, en augmentant les cotisations sans que les citoyens réagissent, ainsi que les générations futures. A contrario, une gestion libre et responsable d'une épargne-retraite aboutit à des rendements élevés dans un cadre pérenne. Des revers de capitaux ponctuels (hedge-funds, ENRON) ne remettent pas en cause cet état de choses dans son ensemble.
Types de retraites
Plusieurs grands types de fonctionnement, qui peuvent être combinés, existent :
- la solidarité familiale : chaque groupe (famille, famille élargie, clan, etc.) prend en charge ses retraités et leur assure l'existence. C'est ce mécanisme qui était généralement appliqué historiquement, lorsque les marchés financiers n'existaient pas encore et que le bien moindre respect de l'État de droit empêchait la préservation de l'épargne.
C'est d'ailleurs le cas dans les pays du Moyen-Orient. Le cas le plus intéressant est celui de la Turquie. En effet, le taux des prélèvements obligatoires (en y incluant les charges sociales) n'est que de 25 %. Ce qui signifie que chaque famille habitant Smyrne a une résidence secondaire à Kusadaci. Cet exemple n'est pas le seul en Turquie. Ce qui a pour effet d'héberger les personnes âgées de la famille de façon confortable.
- la retraite par capitalisation : de l'épargne est accumulée par les actifs (futurs retraités), soit individuellement soit collectivement, constituant ainsi un capital. Les intérêts produits par ce capital, et le capital lui-même, sont dépensés lors de la retraite. Dans le cas d'un régime privé de retraite par capitalisation, le retraité peut gérer lui-même ce capital ou bien le confier à un ou plusieurs professionnels de gestion de patrimoine. Cela suppose des gestionnaires efficaces et un contexte économique et réglementaire qui permette de mettre en œuvre sereinement une stratégie de placement diversifiée et durable. Dans certains pays comme la France, ce type de retraite est limité par les pouvoirs publics, qui ont introduit dès les années 1940, puis maintenu, la retraite par répartition comme régime obligatoire. Il convient de signaler que durant les années 1930 et 1940, les organismes de retraite par capitalisation ont subi les effets de la Grande Dépression et de la Seconde Guerre mondiale, en particulier les vagues d'inflation qui ont spolié les épargnants de la majorité de leur capital. Le capital accumulé peut être placé dans des produits plus ou moins risqués (pour une durée de placement suffisamment longue, les produits risqués génèrent un rendement plus élevé que les produits sans risque, mais peuvent se réduire à peau de chagrin). Généralement, l'épargne des jeunes actifs est placée dans des produits risqués, et au fur et à mesure que la date de retraite approche, l'épargne est transférée vers des produits à faible risque (obligations d'entreprise ou obligations d'État par exemple).
- la rente viagère : le détenteur d'un capital provenant d'une capitalisation ou d'une autre source ne connaît pas son espérance de vie et il sait que ses capacités de travail vont s'amoindrir, ce qui limite les possibilités de bonne gestion d'un capital. Il peut donc préférer convertir son capital en rente viagère qui sera versée par un organisme de placement ; celui-ci, gérant un grand nombre de ces rentes viagères, peut, en moyennant les espérances de vie de ses clients, prévoir les futurs flux financiers et leur garantir individuellement un montant versé jusqu'à leur décès.
- la retraite par répartition :
ce sont les cotisations des travailleurs et employeurs actuels qui
payent les retraités actuels. Deux présentations existent de ce
système :
- La doctrine officielle est celle d'une « solidarité » élargie, collective et intergénérationnelle, où chaque (futur) retraité prend en charge les retraités du moment (et sera pris en charge lui-même par les cotisants futurs). Dans ce système, le cotisant d'aujourd'hui n'acquiert aucun actif réel, sa retraite sera fonction de la cotisation donc de son salaire d'actif, en exacte proportion et le montant total des cotisations est partagé entre les retraités selon des clefs complexes et souvent injustes (pourcentage du salaire selon le nombre de trimestres cotisés, validés, plus proche de 50 % que de 100 %).
- Dans l'imaginaire collectif et dans la présentation publicitaire, ce système est plutôt perçu comme une épargne collective (ce qu'il n'est pas, c'est une acquisition de points multipliés par les trimestres cotisés), un système de capitalisation mutuel, où le futur retraité acquiert des droits réels sur les futurs cotisants ; même si elles sont fixées par des règles complexes illisibles, les pensions peuvent être financées par une recherche de ressources financières.
- Ces deux doctrines cohabitent plus ou moins bien selon la souplesse laissée aux inévitables variations de population et la gestion politique des intérêts contradictoires des pensionnés et des cotisants. Dans la réalité, la retraite par répartition présente des caractéristiques similaires à la vente pyramidale (ou au schéma d'escroquerie de Bernard Madoff, le plus grand escroc du XXIe siècle)[1]avec ses défauts, et le système génère son propre type de scandale, conduisant par contrecoup à réhabiliter les autres systèmes, y compris la capitalisation.
Position libérale
Les systèmes de capitalisation et de répartition sont très différents : la capitalisation est un système individuel ou collectif de placement, alors que la répartition est forcément un système collectif, sinon collectiviste, de « protection sociale » que ses promoteurs font passer pour une assurance vieillesse (alors que les techniques de l'assurance ne sont en fait jamais employées) ce qui est d'autant plus surprenant que la vieillesse n'est plus un « risque » peu probable, mais un événement à très forte probabilité.
Lorsque la croissance démographique est modérée, le rendement d'un système de retraite par capitalisation est largement supérieur à celui d'un système par répartition. Dans le système par répartition, les cotisations sont en fait analogues à un impôt (proportionnel au revenu) dont les fonds recueillis ne sont pas investis, mais immédiatement redistribués par les organismes de retraite publics ou parapublics (privés avec mission de « service public »).
Le système par répartition est proche de ce qu'on appelle la vente pyramidale, où le revenu est basé sur le « recrutement » de nouvelles personnes, et non sur la constitution de droits réels : on vend à prix coûtant un produit futur (la future pension de retraite), qui n'est en fait qu'une simple promesse de ce produit. Ce revenu futur n'est pas officiellement garanti et est constamment révisable. Ce système sacrifie l'avenir au nom de l'immédiat, au nom d'une soi-disant solidarité intergénérationnelle (alors que la « solidarité » est par définition une action volontaire, qui n'existe plus lorsqu'elle est rendue obligatoire). Il ne peut fonctionner que si la coercition étatique s'applique et oblige tout le monde à cotiser (c'est la fonction, dans un certain nombre de pays, des institutions de « sécurité sociale »).
Ce que Michel Godet appelle le « théorème de Sauvy » régit le fonctionnement de la retraite par répartition : les retraites futures ne se préparent pas en s’occupant des personnes âgées, mais en mettant au monde des enfants et en les élevant correctement. Une retraite par répartition doit tenir compte, non des cotisations versées par le passé (qui n'existent plus) mais de la démographie, puisque les pensions des moins jeunes sont prélevées sur les revenus des plus jeunes.
Les « solutions » étatiques au phénomène de transition démographique et de vieillissement de la population consistent à diminuer le montant des retraites, augmenter les cotisations ou obliger les salariés à travailler toujours plus longtemps : les victimes sont tantôt les actifs, tantôt les retraités, souvent les deux. De plus, la gestion des retraites tend à être discriminatoire en France, les bénéficiaires des régimes spéciaux de retraite et les fonctionnaires étant avantagés par rapport aux actifs du secteur privé. Une autre injustice tient au fait qu'avec la répartition, celui qui décède avant sa retraite a cotisé pour rien, ses héritiers n'obtenant rien[2].
La retraite comme instrument de spoliation
L'injustice fondamentale, qui remonte à la mise en place du système par répartition, est que la première génération de retraités qui a bénéficié du système n'a jamais cotisé ; cette dette cachée, perpétuée par le système, empêche aujourd'hui un passage brutal de la répartition à la capitalisation (dans le sens inverse, le passage de la capitalisation à la répartition est très facile, et les gouvernements ne se sont jamais privés de mettre en œuvre cette action confiscatoire et de détruire les systèmes individuels qui existaient déjà). On pourrait dire que la spoliation des générations suivantes a été installée dès le début, permettant alors aux politiciens promoteurs du système d'empocher leurs profits sur le marché politique. Afin de corriger ou d'atténuer ce passage « brutal » de la répartition à la capitalisation, il convient de dire qu'il peut être réalisé et qu'une méthodologie traduisant cette évolution existe et a été appliquée. En effet, des procédures et des élargissements progressifs à toute la population ont été menées, non en France, mais au Chili, dans le cadre de la libéralisation et de la Privatisation de l'économie, lorsque, entre 1978 et 1980, José Piñera était ministre du Travail et des Retraites.
La seule issue est un passage progressif de la répartition à la capitalisation, avec à terme la suppression de l'obligation de cotiser à un organisme de retraite étatique ou pseudo-étatique :
« Passer d'un système de répartition à un système de capitalisation, c'est stimuler le seul véritable moteur de la croissance, à savoir l’épargne. Dans ce système, les individus ont en effet intérêt à épargner, c'est-à-dire à accumuler du capital et à créer de la richesse, de manière à subvenir à leurs propres besoins une fois qu'ils ne seront plus en âge de travailler. Dans un système de capitalisation, on ne compte plus sur la générosité obligatoire des autres dans le futur pour subvenir à ses besoins lorsqu'on sera retraité. On compte sur soi-même, et c'est en ce sens que le passage à la capitalisation constitue une véritable révolution morale. Elle représente en effet le retour à la responsabilité individuelle. »
— Pascal Salin, Libéralisme (2000)
Pour certains libéraux, une obligation d'épargner pour sa propre retraite devrait être maintenue, tout en permettant aux actifs de choisir leur mode d'épargne ou de cotisation. En France, avec l'abrogation du monopole de la Sécurité sociale, des organismes de retraite concurrents proposeraient différentes solutions, permettant un choix libre et responsable des individus.
Pour d'autres libéraux et pour les libertariens, au même titre que les cotisations d'assurance maladie ou d'assurance chômage, les cotisations retraite obligatoires constituent tant une spoliation qu'une déresponsabilisation des individus, qui relève d'un paternalisme méprisant[3] (« si on les laisse faire ce qu'ils veulent, ils vont dépenser tout leur revenu et n'épargneront pas pour leurs vieux jours »), les mêmes individus étant cependant jugés assez responsables pour pouvoir voter et influer ainsi sur l'évolution de leur pays.
Par conséquent, les personnes doivent retrouver une liberté de choix totale, ce qui signifie qu'elles sont libres de préparer leur retraite comme elles l'entendent. Une mauvaise solution serait de décréter que la gestion des retraites soit confiée à l'entreprise dans laquelle travaillent les salariés, celle-ci pouvant alors avoir tendance à placer le fonds de retraite des personnels dans ses propres actions, engendrant ainsi un risque énorme pour les salariés concernés (perte à la fois de son emploi et de son épargne en cas de faillite : voir le scandale du fonds de retraite Enron en 2001 aux États-Unis). Les moyens éprouvés d'investir à long terme, en diversifiant son risque, ne manquent pas[4] et permettent de se passer avantageusement des "services" de l'État, ou, si on est salarié, des services très intéressés de son propre employeur.
Les opposants à la capitalisation soulignent le risque plus élevé de ce type de système puisque l'argent a vocation à être investi dans le système productif via des actions, supposées risquées. C'est oublier que la sécurité des placements s'obtient par la diversification, et qu'une gestion financière simple permet historiquement des rendements de 5 à 7 % par an en bourse, avec un risque faible sur le long terme. L'offre de placements possible peut être très large, qu'elle soit à but lucratif ou non : assurances, organismes financiers, mutuelles, associations, etc., sans compter la solidarité familiale, qui a toujours été historiquement la vraie solidarité intergénérationnelle (par le don, l'héritage, la mise en commun).
À l'inverse, la retraite par répartition consiste à mettre tous ses œufs dans un seul panier, celui de l’État, sans aucune diversification ni même garantie. Les travaux économiques montrent que la retraite par répartition rapporte environ deux fois moins aux cotisants qu'un système de retraite par capitalisation[5]
Exemples de calculs pour comparer répartition et capitalisation
Le Rapport de la Révolution bleue sur les freins à la croissance présente un exemple d'estimation des rendements comparés des systèmes : « Prenons l’exemple d’un jeune âgé de 25 ans qui perçoit 1200 euros net par mois, ce qui correspond à 1900 euros pour l’entreprise en tenant compte des cotisations salariales et patronales afférentes à la santé et la retraite. On lui prélève 700 euros par mois soit 8400 euros par an. Si ces 8400 euros lui étaient reversés, il pourrait souscrire une assurance maladie (1400 euros par an) et placer chaque année 7000 euros pendant 40 ans au taux de 4 %. À l’age de 65 ans, il aurait un capital de 725 000 euros qui lui rapporterait 29 000 euros par an, soit une retraite mensuelle de 2417 euros, sans entamer le capital transmissible à ses héritiers. Avec le régime de répartition actuel, il percevra au mieux 750 euros, et ne laissera rien à ses enfants. »
Un calcul purement mathématique permet de comparer répartition et capitalisation[6]. Les hypothèses sont les suivantes :
- deux salariés commencent leur carrière en même temps, à l'âge de 20 ans ;
- leur carrière dure 40 ans, après quoi ils bénéficient de 20 ans de retraite ;
- leurs conditions sont identiques d’un point de vue salarial : leur salaire de départ est de 2000 euros, chaque année il est augmenté de 2 % ;
- le premier salarié a un régime de retraite entièrement par répartition : il cotise pour sa retraite à hauteur de 25 % de son salaire ;
- le second a un régime de retraite entièrement par capitalisation : il cotise pour sa retraite à hauteur de 25 % de son salaire, et cet argent est investi dans un fonds d’épargne étatique qui garantit des intérêts composés annuels de 3 % par an (les intérêts sont incorporés au capital chaque année).
Le calcul donne les résultats suivants au moment de la retraite :
- le salaire du premier passera de 4329 euros à 1500 euros (taux de remplacement de 34 %, dans l'hypothèse très optimiste où il récupère en allocations retraite l'équivalent des montants cotisés) ;
- le salaire du second passera de 4329 euros à 2635 euros (taux de remplacement de 60 % pour la capitalisation).
La répartition équivaut en réalité à un placement à taux zéro ! Même avec un taux d'intérêt des placements qui serait de 1 % par an la capitalisation est supérieure.
L'origine pétainiste des retraites par répartition en France
C'est un décret-loi de l'État français (régime de Vichy) du 14 mars 1941 qui réforme l'assurance vieillesse pour imposer le système de la répartition à la place du système de la capitalisation, en créant une allocation aux vieux travailleurs salariés (AVTS), indépendante des cotisations versées. Les fonds des caisses vieillesse privées (20 milliards de francs de l'époque) sont confisqués (ils deviennent inutiles dans le cadre de la répartition, et permettent de financer immédiatement l'allocation).
Les prétextes n'ont pas manqué à l'époque : les fonds des systèmes par capitalisation auraient été laminés par l'inflation et la crise économique des années 1930, les redistribuer tout de suite était donc affaire de « justice » ; la retraite des vieux avec interdiction pour eux de travailler permettait prétendument de lutter contre le chômage des jeunes et des adultes d'âge moyen.
À la fin de la Seconde Guerre mondiale, le général de Gaulle entérine les choix de Vichy, et ce seront Francis Netter et Pierre Laroque, deux anciens conseillers de René Belin (le syndicaliste CGT rallié au pétainisme, ministre de 1940 à 1942, auteur de la loi du 14 mars 1941), qui mettront en place la Sécurité sociale à la Libération.
Ce « dépouillement des générations futures », comme le dira Alfred Fabre-Luce, a depuis été avalisé par tous les hommes politiques français au pouvoir depuis sa mise en place en 1941. Il faut dire qu'il présente de nombreux avantages pour les politiciens, notamment celui de mettre la population sous la dépendance de l'État, seul capable de financer les déficits des régimes, seul décideur du montant des retraites versées (par fixation de la valeur du point de retraite) et seul garant des retraites futures, puisque seule la coercition étatique oblige les jeunes à cotiser pour les moins jeunes (se révolter contre l'État serait donc mettre en péril le versement des retraites « qui nous sont dues »[7]).
L'État ne prend d'ailleurs aucun risque : il dirige les systèmes de retraites du secteur privé (comme ceux du secteur public) mais ne s'est jamais engagé à leur paiement (les organismes de retraite sont par nature privés). La faillite de ces systèmes ne saurait en rien le concerner et le temps venu, il trouvera toujours le moyen de se défausser de sa responsabilité sur le marché, la conjoncture, les délocalisations, le dumping fiscal, etc., et venir comme le chevalier blanc « sauver les retraites » (au prix de nouvelles ponctions et potions amères). Une étude relative à l'origine pétainiste de la retraite par répartition, en France, a été réalisée en 2010 par Philippe Simonnot. Il fait état, effectivement, de la crise des retraites : le cadavre de Pétain bouge encore !
Erreurs courantes
- "Le passage de la répartition à la capitalisation ne sert à rien, parce que, de toute façon, il faut bien tirer des ressources quelque part pour payer les retraites ; peu importe que ces prélèvements soient effectués par un régime de répartition ou par un système de capitalisation" : ceux qui font ce raisonnement oublient que l'épargne, à la différence de la redistribution, aboutit in fine à une création de richesses. On ne prélève donc pas les retraites sur une quantité de ressources identiques, mais sur une quantité de ressources qui s'accroît lorsqu'on est dans un système de capitalisation[8]. Il suffit de comparer le revenu fourni par un régime de répartition avec celui qu'offre la capitalisation, même avec un taux de rendement modeste : la capitalisation rapporte davantage.
- Une variante plus élaborée de cet argument est la suivante : la retraite par capitalisation est indexée sur le revenu du capital, tandis que la retraite par répartition l’est sur les salaires (sur lesquels elle est prélevée) ; or, l’équilibre économique à long terme exige que revenu du capital et revenu salarié progressent au même rythme, celui de la croissance économique (« règle d'or» de l'économiste britannique Nicholas Kaldor) ; le rendement des deux types de retraites doit donc être équivalent. Or (en laissant de côté l’aspect éthique qui ne permet pas de mettre sur le même plan prélèvement forcé et épargne volontaire) il n’y a pas de raison pour que ces revenus progressent de la même façon, les gestionnaires de fonds pouvant, par exemple, dans une économie mondialisée, investir là où les perspectives de profit sont élevées (économies émergentes à croissance rapide).
- "Dans un système de capitalisation, les rendements sont incertains, il y a des cracks boursiers, etc. ; il y a donc davantage de risques" : rien n'est certain dans la vie (on peut aussi mourir avant d'arriver à la retraite), mais ce qui est sûr est que les régimes actuels de répartition sont en faillite, et que le sort de tous les futurs retraités est menacé si rien ne change. Le contre-exemple du système privé de retraite chilien montre que le rendement du système privé est supérieur à celui des régimes gérés par l’État, même à proximité d'une crise, en l'occurrence en 2009. De plus, le système de retraite par capitalisation chilien propose différents niveaux de risque, permettant aux individus de se prémunir totalement contre le risque boursier, s'ils le souhaitent[9]. D'après Jacques Garello, du fait que les fonds de pension font des placements à long terme, la certitude d'avoir 6 à 7 % de rendement annuel est acquise à 100 % au bout de quarante ans de placement.
- "On ne peut laisser les retraites subir les aléas du marché, la répartition est donc plus sûre" : c'est oublier un autre risque (outre le risque démographique inhérent à la répartition), qui est le risque politique (hyperinflation, faillite de l'État, dette publique excessive), car rien ne garantit aujourd'hui que l'État parviendra dans le futur à obliger les jeunes générations à cotiser pour payer les retraites des moins jeunes (une des premières mesures prises par les États en faillite, comme l'Argentine en 2002, est de diminuer le montant des retraites). Le risque politique existe également, dans une bien moindre mesure, pour la capitalisation (cas où les avoirs sont majoritairement constitués de titres publics ; confiscation des fonds de placement privés par un État en manque de ressources).
- "Il est normal que ceux qui exercent des travaux pénibles ou dangereux aient le droit de partir à la retraite plus tôt que les autres" : Si un emploi est pénible, les candidats seront rares et donc, pour attirer des candidats, le salaire versé par l'employeur devra être plus élevé que pour un emploi non pénible ; dans un marché libre, la pénibilité est donc déjà prise en compte par un salaire plus élevé (sauf blocage autoritaire des salaires par l'État), ce qui permet au travailleur d'épargner davantage pour sa retraite et donc, de toucher une pension de retraite plus élevée et/ou de partir plus tôt, selon son choix. Travail pénible ou non, tout le monde devrait pouvoir partir en retraite quand il le veut (ce qui en France est actuellement impossible).
- "Partir tôt à la retraite permet de donner du travail aux jeunes" : vieille erreur malthusienne. Les jeunes n’ont pas besoin qu’on leur libère une place : ils sont capables d’occuper un poste nouvellement créé. Une main-d'œuvre supplémentaire ne signifie pas moins de travail pour les autres : elle signifie des bras (ou des cerveaux) supplémentaires. Un départ précoce à la retraite ne profite en rien à la société.
Citations
- « Le cerveau dûment lavé - et même lessivé - les Français s'imaginent pour la plupart que l'argent de leur retraite existe quelque part. Ils sont persuadés d'avoir, leur vie durant, cotisé pour eux-mêmes. Profonde erreur. Ils ont cotisé pour les autres, et leur argent a disparu. Ils ne sont riches que de l'espoir de voir l'État parvenir à contraindre les générations suivantes à cotiser pour eux. Pour la contrainte l'État s'y entend. Mais si les générations suivantes ont disparu, c'est-à-dire ne sont plus assez nombreuses, comme c'est le cas en France, que peut l'État ? Rien, strictement rien. Sauf mettre le système en faillite. C'est exactement ce qu'il se prépare à faire en s'abstenant d'agir aujourd'hui. » (Claude Reichman)
- « Un spectre hante le monde : celui de la faillite du système de retraite de l'État. Le système de retraite par répartition qui règne en suprématie à travers la plus grande partie de ce siècle a un défaut fondamental enraciné dans une fausse conception sur le comportement de l'être humain : il détruit à un niveau individuel le lien essentiel entre l'effort et la récompense. En d'autres termes, entre les responsabilités personnelles et les droits individuels. Chaque fois que cela se produit à grande échelle et sur une longue période, le résultat est désastreux. » (José Piñera)
- « Je suis allé à la rencontre des travailleurs, à la télévision, à la radio, et je leur ai dit : voulez-vous confier les prélèvements sociaux à un programme gouvernemental semblable à un trou noir dans l'univers, puisqu'on ne sait pas exactement comment l'argent est utilisé et où il va, ou préfèreriez-vous avoir cet argent dans un livret d'épargne, un livret de retraite qui resterait votre propriété, que personne ne pourrait s'approprier ? » (José Piñera)
- « L'assurance et le marché financier, c’est la gestion de la durée. Le plan de Sécurité sociale (de 1945) va consister à faire vivre les gens dans un monde où la durée n’existe pas. On veut vous convaincre de faire abstraction du temps dans quoi que vous fassiez. On vous fait vivre au jour le jour, et on vous dit : faites-nous confiance, on s’occupe de vous. » (Georges Lane, 23 août 2011)
- « La répartition est un mode de couverture qui n'est ni technique, ni nouveau, mais suppose et fait en sorte que le temps n'existe pas, c'est-à-dire soit retiré du calcul économique ; la répartition est un mode de couverture qui, pour pouvoir fonctionner, doit reposer sur l'obligation et la spoliation légales. » (Georges Lane, 2011)
- « Ce dépouillement des générations futures [...] tend à préparer pour les enfants en bas âge une politique de privations. Mais ceux-ci, devenus adultes, rejetteront le fardeau. Tout le monde le sait déjà, et c'est pourquoi la défiance règne [...]. La contradiction est si bien entrée dans nos mœurs que nul ne s'étonne de voir coexister dans les projets des réformateurs un système d'assurance fondé sur la répartition et un système financier fondé sur l'appel à l'épargne. [...] Le rentier et l'ouvrier finiront par comprendre qu'ils sont également dupes dans cette affaire. Coupons dépréciés pour l'un, cotisations doublées pour l'autre, tel sera le bilan — alors que le fonctionnement normal de la capitalisation en régime de monnaie stable eût pu les satisfaire tous deux… Peut-être verra-t-on alors ces victimes faire cause commune contre l'État qui les exploite ? En travaillant à l'institution d'un système d'assurances sociales, les théoriciens de la lutte des classes n'avaient sans doute pas vu qu'ils vouaient l'ouvrier à découvrir, par l'expérience, leur solidarité. » (Alfred Fabre-Luce, 1938, Le Secret de la République)
- « A démographie non constante et diminuant, la répartition est peut être maintenant une escroquerie. Nous faisons financer les points que nous décidons de nous attribuer par la génération suivante qui, elle, n'aura pas l'aide d'une bonne démographie, et nous osons appeler cela la solidarité intergénérationnelle ! Le nom de solidarité cache des montages immoraux. Aller à la banque, se servir en créant un découvert sur le compte du voisin sous prétexte qu'il est plus jeune, n'est pas ma conception de la solidarité entre les générations. » (docteur Gérard Maudrux, président de la Caisse Autonome de Retraite des Médecins de France, juin 2007)
- « Il faut trouver un moyen de préserver les générations à venir de la cupidité des générations présentes pour ne pas recourir à la banqueroute. » (Napoléon Bonaparte)
- « Il faut dépenser pendant qu'on est jeune l'argent qu'on gagnera quand on sera vieux. » (Sacha Guitry)
- « Dès lors que la solidarité est obligatoire, elle n’a plus de valeur morale. Et pour ce qui est des retraites, elle ne désigne en fait que le vol d’une génération par une autre. » (Pascal Salin)
- « La retraite par répartition est un système de Ponzi qui a réussi à se maintenir grâce à l’intervention des pouvoirs publics. Ceux-ci ont remplacé la crédulité des épargnants par la contrainte légale. » (Jacques Bichot[10])
- « Ce système par répartition selon lequel une génération prétend vivre aux crochets d’une autre est tout simplement indigne et immoral. La dignité du bipède consiste à subvenir lui-même à ses besoins. La démographie se chargera de tuer ce système honteux inadapté à une population vieillissante. » (Simone Wapler[11])
- « Charles Ponzi est ce fameux escroc américain qui en moins de 8 mois en 1928 avait réussi à ruiner 40,000 épargnants. Il leur promettait des rendements spectaculaires, qui bien sûr étaient versés aux premiers déposants par l’apport des suivants. Ponzi a fait des émules (au début des années 90 en Russie, notamment), mais seuls les États européens ont osé mettre en place une carambouille de plus grande ampleur encore avec les « retraites par répartition ». » (Christian Michel, Le Crépuscule des guerriers[12])
Notes et références
Bibliographie
- 1979, Carolyn L. Weaver, "Social Security: Has the Crisis Passed?", Cato Policy Report, January
- Repris en 2002, "Social Security: Has the Crisis Passed?", In: David Boaz, dir., "Toward liberty. The idea that is changing the world: 25 years of public policy", Washington DC: Cato Institute, pp95-104
- 1993, A. Haeworth Robertson, "Social security's uncertain future", In: David Boaz, Edward H. Crane, dir., "Market Liberalism: A Paradigm for the 21st Century", Washington, D.C.: Cato Institute, pp149-158
- 1997, Tadd Wilson, "Government-Mandated Insecurity", The Freeman, April, Vol 47, n°4, pp220-222 (L'auteur considère que la privatisation de la retraite est la seule réforme moralement et économiquement saine.)
- 2007, Oskari Juurikkala, Pensions, Fertility and Families, Economic Affairs, Institute of Economic Affairs (IEA), Vol. 27, n°4, December, pp52-57
- 2008,
- Mitchell Orenstein, Privatizing Pensions: The Transnational Campaign for Social Security Reform, Princeton, NJ: Princeton University Press
- Brink Lindsey, "Social security", In: Ronald Hamowy, dir., "The Encyclopedia of Libertarianism", Cato Institute - Sage Publications, pp479-480
- 2012, Jacques Garello, "Retraite", In: Mathieu Laine, dir., "Dictionnaire du libéralisme", Paris: Larousse, pp529-531
Voir aussi
Liens externes
- (fr)Retraites : le cadavre de Pétain bouge encore (Philippe Simonnot, 24/09/2010)
- (fr)Comment financer les retraites ? par Pascal Salin
- (fr)Pourquoi la capitalisation par Pascal Salin
- (fr)Passer de la retraite par répartition à la retraite par capitalisation par Bertrand Lemennicier
- (fr)La solidarité entre les générations a-t-elle un avenir? par Bertrand Lemennicier
- (fr)Le contrôle des travailleurs : la privatisation de la Sécurité Sociale au Chili par José Piñera
- (fr)Explications sur le déséquilibre des retraites
- (fr)
[video]L'avenir des retraites, par Serge Schweitzer (vidéo Liberté Chérie)
Retraite par répartition
Dans sa définition usuelle, la retraite par répartition est un système de retraite où les cotisations des travailleurs et employeurs actuels payent les retraités actuels. Il n'y a donc pas de réserves ou d'épargne mise de côté, mais une utilisaton immédiate des cotisations de la période pour payer les retraités actuels, sans garantie que les travailleurs actuels puissent toucher une retraite (ou la même retraite) demain.
La retraite par répartition en France
Historiquement, la retraite en France était une retraite par capitalisation, où chacun cotise pour sa propre retraite, en se constituant une épargne. C'est le Maréchal Pétain qui est à l'origine de cette retraite par répartition, à travers un décret-loi de l'État français (régime de Vichy) du 14 mars 1941 qui imposer le système de la répartition et crée une « allocation aux vieux travailleurs salariés » (AVTS), indépendante des cotisations versées. Vichy confisque à cette occasion les fonds des caisses vieillesse privées (20 milliards de francs de l'époque).
Les gaullistes, au sein du Commissariat aux Affaires sociales du gouvernement provisoire d’Alger, fustigent alors ce vidage en règle des caisses : « Cette innovation qui a été présentée par Vichy comme une amélioration importante n’a été en réalité qu’un expédient adopté pour permettre d’utiliser les réserves de l’assurance sociale au financement des retraites des vieux travailleurs instituées par l’acte dit loi du 14 mars 1941. »[1] Forcé à l'alliance avec les communistes, le général de Gaulle entérine pourtant les choix de Vichy et ne revient pas sur ce choix dévastateur.
C'est aujourd'hui encore en 2023 la principale composante de la retraite obligatoire en France, malgré des cotisations en hausse constante et des prestations versées en diminution tout aussi constante.
Cette impossibilité de la répartition à fonctionner face à une démographie dans laquelle le ratio retraités / cotisants est connue de longue date, redite dans de nombreux rapports mais les différents gouvernements français ont tous été incapables de réformer efficacement ce système. A cet égard, ce sujet représente un exemple classique de « défaillance de l'État ». Alors que les retraités sont ceux qui votent le plus, les politiques s'interdisent de toucher au niveau des retraites des retraités actuels en France, alors que ces derniers ont, en 2022, un niveau de vie supérieur aux actifs[2]. Loin d'agir pour le « bien commun », l’État sert de manière concrète à protéger des rentes.
La retraite par répartition est devenue aujourd'hui une source de division dans la société, avec des jeunes convaincus qu'ils n'auront pas de retraite, et se font « voler » le fruit de leur travail pour financer les retraites d'autres : « Je [suis] partie du principe que je cotise pour les vieux mais que, quand viendra mon tour, je ne toucherai rien »[3] peut-on ainsi entendre fréquemment. De la même manière, les sondages montrent, logiquement, des salariés proches de la retraite refuser tout changement au système (« après moi le déluge »), et à l'inverse des salariés jeunes demandant un minimum d'équité avec un recul rapide et important de l'âge de la retraite. Ainsi, « les jeunes actifs sont moins réfractaires que leurs aînés à un recul de l'âge de départ. 44 % des 18-27 ans et 46 % des 27-43 ans approuvent un passage à 64 ans, contre seulement 23 % des 43-62 ans »[4].
Face à ces constats, les différents gouvernements ont commencé à initier une dose, très insuffisante, de retraite par capitalisation. D'abord réservée exclusivement au profit des fonctionnaires avec la Préfon, elle s'est élargie aux indépendants (contrats Madelin) et aux salariés, avec les PERP puis PER.
Avantages et inconvénients de la retraite par répartition
Le principal avantage de la retraite par répartition est pour l’État, qui tient sous sa coupe une large partie de la population, le tout sans aucune obligation d'avoir un jour à verser des retraites aux cotisants actuels. Cette absence d'obligation est gravée dans le marbre : selon le Conseil de normalisation des comptes publics (CNOCP), « le système par répartition entraîne l'absence d'obligation relative aux prestations de retraite au-delà de l'exercice annuel pour les caisses de retraite gestionnaires des régimes, qu'ils soient de base ou complémentaires. Ces entités ne doivent donc pas comptabiliser de passif au titre des engagements futurs des régimes de retraite »[5].
À l'inverse, ce système présente des inconvénients concentrés sur les travailleurs et les retraités :
- Absence de garantie de percevoir une retraite, là où la retraite par capitalisation permet la constitution d'une épargne personnelle
- Possibilité permanente d'un changement des règles toujours au détriment des travailleurs et des retraités (hausse de taux, changements de paramètres techniques, désindexation sur l'inflation, etc.)
Pour ces différentes raisons, les libéraux plaident pour des solutions individuelles de retraite par capitalisation, seules à même de protéger réellement les individus, et d'ôter un pouvoir dangereux et clientéliste aux élus. Il est à noter que cela ne peut supprimer totalement les impacts négatifs d'une démographie décroissante, mais toutes choses égales par ailleurs, la retraite par capitalisation est nettement plus protectrice des salariés et retraités.
Notes et références
- Retraites : le système par répartition, c'est à la faute à Pétain, Le Monde, 2 janvier 2020
- La Finance pour Tous
- Les Echos
[pdf]Rapport annuel du CNOCP, 2016Retraite par capitalisation
La retraite par capitalisation est un système de financement de la retraite dans lequel les individus épargnent ou investissent de l'argent pendant leur vie active afin de constituer un capital qu'ils pourront utiliser pour financer leur retraite. Contrairement à la retraite par répartition, où les travailleurs actifs financent les prestations de retraite des retraités actuels sans aucune garantie d'avoir quelque chose pour leur retraite, de facto une pyramide de Ponzi[1], la retraite par capitalisation repose sur l'accumulation d'une épargne personnelle qui sera utilisée pour générer des revenus pendant la retraite.
Définition et fonctionnement de la retraite par capitalisation en France
En France, la retraite était historiquement par capitalisation. C'est le maréchal Pétain qui l'a supprimée pour la remplacer par une retraite par répartition. Contrairement aux idées reçues, la retraite par capitalisation existe néanmoins pour partie en France aujourd'hui. Historiquement, seuls les fonctionnaires pouvaient en bénéficier, avec le système dit Préfon. Elle a été ensuite encouragée pour les professions libérales, avec le système dit Madelin. Plus récemment, pour tous les travailleurs, ont été créé le PERP puis le PER, offrant des mécanismes d'incitation fiscale afin de pallier la baisse inéluctable des prestations servies par les systèmes publics de retraite par répartition.
Alors que les Français réalisent que la retraite par répartition n'a pas d'avenir, la capitalisation prend une ampleur importante, tant en termes d'épargne que de soutien :
- Les Français épargnent de plus en plus sur les supports dévolus à l'épargne retraite, comme le PER, créé par Emmanuel Macron en mai 2019. En 2022, 1,3 million de nouveaux épargnants ont choisi d'ouvrir ces produits, avec une collecte sur l'année de 18,7 milliards d'euros[2].
- Selon un sondage mené en août 2023, « 84 % des Français sont favorables à la capitalisation pour financer leur retraite »[3]. Ce sont en particulier les plus jeunes qui soutiennent la retraite par capitalisation.
Avantages de la retraite par capitalisation
La retraite par capitalisation a de nombreux avantages :
- Propriété et contrôle : ceux qui cotisent à un plan de retraite par capitalisation ont la propriété et le contrôle de leur épargne. Ils peuvent prendre des décisions sur la manière dont leur argent est investi, ce qui leur permet de personnaliser leur portefeuille en fonction de leurs objectifs et de leur tolérance au risque. Surtout, ils ont la garantie que leur épargne leur bénéficiera à eux, là où la répartition n'est qu'une promesse, soumise à des changements de règles permanents, de réforme en réforme.
- Flexibilité : les systèmes de retraite par capitalisation offrent généralement plus de flexibilité en termes de cotisation et de retraits. Les travailleurs peuvent choisir d'épargner plus ou moins selon leur situation personnelle du moment. De la même manière, les retraités peuvent choisir quand et comment retirer leur argent, ce qui peut être avantageux pour répondre à des besoins spécifiques.
- Potentiel de rendement : les fonds investis dans des comptes de retraite par capitalisation ont le potentiel de générer des rendements plus élevés que les systèmes de retraite par répartition car ils sont investis sur les marchés financiers. Les experts de l'Institut Économique Molinari ont pu ainsi calculer que la retraite par répartition était 50 à 70 % moins intéressante que la retraite par capitalisation pour le cotisant[4]
- Héritage : en cas de décès prématuré, les actifs accumulés dans un plan de retraite par capitalisation peuvent être transmis aux bénéficiaires ou aux héritiers, là où les héritiers ne perçoivent rien avec la retraite par répartition.
Notes et références
- Bernard Madoff et ses cousines : les retraites par répartition, Contrepoints
- Après une année 2021 de rattrapage, l’assurance vie a retrouvé en 2022 son niveau d’avant la crise sanitaire avec 144,4 milliards d’euros de cotisations, France Assureurs
- 84% des Français sont favorables à la capitalisation pour financer leur retraite, BFM, 31 août 2023
- Retraites par répartition, une taxe « implicite » de 50 à 70 %, Nicolas Marques, 12 février 2023
Bibliographie
- 2008 :
- Jacques Garello et Georges Lane, Futur des Retraites et Retraites du Futur Tome 1 : le futur de la répartition, Acheter sur Amazon
- Jacques Garello et Georges Lane, Futur des Retraites et Retraites du Futur Tome 2 : les Retraites du Futur: Capitalisation, Acheter sur Amazon
- 2009, Jacques Garello et Georges Lane, Futur des retraites et retraites du futur : Volume 3, La transition, Acheter sur Amazon
- 2014, Jacques Garello, Comment sauver vos retraites, Éditions du libre-échange, Acheter sur Amazon
E) - Divers liens sur ce thème... Dossier complet !
Dossier "Retraite" avec Lemennicier, Salin, Contrepoints, Wikiberal, Libertarian TV
Organisation et gouvernance du régime par capitalisation des retraites !
Question retraite, une question de vérité comme de réactivité ! Liberté
Sécurité Sociale 80ème anniversaire d'un système PONZI !
Rapport qui concerne le compte personnel de prévention de la "pénibilité" - Dossier complet (en cours)
Comme un scandale de plus !! Les réserves des retraites, où sont-elles passées ?
Vincent BENARD: Crise des retraites publiques aux USA: une bombe à retardement, et les leçons pour la France
Les comptes Trump remplaceront-ils la Sécurité sociale ou créeront-ils une économie de la propriété ?
Actualité retraites et synthèse de l'étude Inst.Molinari

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