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octobre 26, 2026

Les origines et le destin de la souveraineté numérique ! Tôt ou tard, l’Europe devra choisir entre ouverture et dépendance, ou se laisser faire ce choix

Les origines et le destin de la souveraineté numérique 

Tôt ou tard, l’Europe devra choisir entre ouverture et dépendance, ou bien ce choix sera fait pour elle.

 En juin 2023, Sam Altman, PDG d'OpenAI, s'est rendu à New Delhi pour s'adresser aux entrepreneurs et aux investisseurs. Lorsqu’on lui a demandé si trois ingénieurs indiens dotés de 10 millions de dollars pourraient construire quelque chose de comparable à OpenAI, sa réponse a été sans détour : il était « totalement désespéré » pour des start-ups disposant de ressources limitées de rivaliser avec des acteurs établis dans le développement de modèles de fondation. Dix-neuf mois plus tard, la start-up chinoise DeepSeek démontrait qu’un modèle leader pouvait être formé à une fraction du coût que beaucoup dans la Silicon Valley considéraient comme essentiel.

  

De toute évidence, Altman avait tort d’universaliser la structure des coûts de la Silicon Valley, mais son argument plus général reste valable : bâtir une industrie numérique indépendante est extrêmement difficile. 

 Cette asymétrie reste une caractéristique déterminante du paysage technologique mondial. Parmi les principales économies mondiales, seules deux – la Chine et la Russie – ont réussi à créer des écosystèmes numériques considérablement isolés des plateformes américaines. D’autres économies, comme l’Inde et le Brésil, disposent de vastes réserves de talents, de capitaux abondants et de vastes marchés, mais rien n’approche le même degré d’autonomie technologique. 

 Cet écart reflète l’économie des marchés numériques, où servir un utilisateur supplémentaire d’un moteur de recherche, d’un réseau social ou d’un vaste modèle linguistique ne coûte presque rien. Renforcés par les effets de réseau, les coûts marginaux proches de zéro ont tendance à produire des monopoles naturels dans la mesure où les premiers arrivants accumulent les utilisateurs, les données, la distribution et les talents en ingénierie plus rapidement que leurs concurrents ne peuvent rattraper leur retard. À mesure que les rendements s’accumulent, l’écart se creuse. 

 Sur la plupart des marchés numériques, le premier entrant vient des États-Unis. Une fois qu’une telle plateforme atteint une masse critique, la concurrence locale devient structurellement improbable, non pas en raison d’un manque de talents, mais parce que les coûts marginaux proches de zéro laissent peu de place à des alternatives viables. Lorsqu’un produit est déjà gratuit, formé sur beaucoup plus de données et profondément ancré dans les habitudes des utilisateurs, une concurrence significative est effectivement exclue. Dans ces conditions, le seul moyen fiable de soutenir la concurrence nationale est d’empêcher les entrants étrangers d’établir une position dominante avant que les entreprises locales ne puissent se développer. 

 C’est exactement ce que la Chine a fait, même si sa souveraineté numérique n’a pas été initialement conçue dans le cadre d’une stratégie industrielle. Au début des années 2000, le gouvernement chinois s’est concentré principalement sur le contrôle des flux d’informations plutôt que sur la formation de champions nationaux de la technologie. En 2009 encore, Google détenait 40 % du marché chinois de la recherche.

 À l’époque, la préoccupation première des autorités chinoises était de limiter la contestation politique, et non de réduire la dépendance économique ; les entreprises étrangères pouvaient donc détenir des parts importantes dans des sociétés technologiques locales. Yahoo, par exemple, a investi un milliard de dollars dans Alibaba en 2005, acquérant ainsi une participation de 40 % dans ce qui était déjà l’une des entreprises les plus prometteuses de Chine. 

C’est précisément ce qui rend la trajectoire numérique de la Chine si instructive. Il n’existait aucun plan directeur prévoyant que des entreprises comme Tencent ou ByteDance deviendraient des géants de la technologie, ni aucune feuille de route claire pour bâtir un Internet grand public autonome. Le « Grand Pare-feu » a été érigé à des fins politiques ; ses répercussions économiques n’étaient, au départ, qu’accessoires. 

À la suite des émeutes d’Urumqi, dans le Xinjiang, en juillet 2009, la Chine a considérablement durci le contrôle de son Internet. Facebook et Twitter ont été bloqués, tandis que YouTube — déjà soumis à des restrictions intermittentes — est devenu définitivement inaccessible. Refusant de se plier aux exigences de censure du gouvernement, Google s’est, de fait, retiré du marché chinois. 

 Le vide ainsi créé dans la sphère numérique chinoise ne s’est pas comblé du jour au lendemain. Il a été progressivement occupé par des plateformes locales, portées par l’écosystème de réseaux sociaux en pleine expansion de Tencent et par l’infrastructure numérique plus vaste d’Alibaba. WeChat, lancé en 2011, a permis de consolider ce paysage fragmenté en une plateforme unique et intégrée. 

 Les entreprises américaines se sont retrouvées exclues. À ce jour, la participation de 40 % de Yahoo dans Alibaba — qui a atteint une valeur bien supérieure à 100 milliards de dollars à son apogée et a fini par générer environ 40 milliards de dollars de gains — demeure l’une des erreurs de calcul géopolitique les plus coûteuses de l’histoire des entreprises, laissant Yahoo en marge d’un marché qu’il avait pourtant contribué à bâtir. 

Une fois qu’elles ont atteint une envergure nationale, les entreprises chinoises ont entrepris une démarche à laquelle les plateformes américaines avaient rarement été contraintes : reconstruire elles-mêmes des pans entiers de leur infrastructure technologique. Ce projet, baptisé « de-IOE », visait à remplacer les ordinateurs centraux (mainframes) d’IBM, les bases de données d’Oracle et les systèmes de stockage d’EMC au sein des secteurs bancaire et manufacturier. 

 Cette transition, motivée par des impératifs de sécurité nationale, a été renforcée par des mesures politiques. En 2014, une directive du gouvernement chinois a fixé pour objectif de placer, d’ici 2019, 75 % des technologies utilisées par le secteur bancaire sous contrôle national. Il en a résulté un écosystème conçu localement — d’AliSQL à OceanBase, entre autres — qui a conféré à la Chine une autonomie bien plus grande sur l’ensemble de la chaîne technologique, des applications et de l’infrastructure cloud aux logiciels d’entreprise fondamentaux. En d’autres termes, le passage à l’échelle a précédé la souveraineté. 

La Russie est parvenue à un résultat similaire par des voies différentes. Tout comme en Chine, l’implication initiale de l’État dans ce secteur ne relevait pas principalement d’une politique industrielle. Le moteur de recherche Yandex a vu le jour à la fin des années 1990 et a été constitué en société indépendante en 2000, tandis que le réseau social VKontakte a été lancé en 2006, bien avant l’adoption de lois sur la souveraineté numérique. 

 La survie de ces entreprises ne découle pas uniquement d’une planification étatique. Les barrières linguistiques ont conféré aux services locaux un avantage précoce sur les plateformes américaines, les fondateurs russes ciblant des utilisateurs dont l’expérience numérique était déjà façonnée par leurs propres sensibilités culturelles, leurs habitudes et leurs modes de recherche. 

 Cet écosystème numérique national a par la suite été institutionnalisé par la loi sur « l’Internet souverain » de 2019, puis davantage consolidé par les sanctions économiques imposées à la suite de l’invasion de l’Ukraine par la Russie en 2022. Toutefois, cette protection n’a pas pris, au départ, la forme d’une politique industrielle explicite. Les barrières linguistiques et réglementaires ont suffi à offrir aux entreprises locales l’espace nécessaire pour se développer. 

 Certes, la trajectoire de la Russie vers la souveraineté numérique a été moins délibérée que celle de la Chine, et elle est allée moins loin. Il n’en demeure pas moins que la leçon structurelle est comparable : lorsqu’un marché est, ne serait-ce que partiellement, protégé de l’emprise des plateformes américaines dominantes, des capacités nationales peuvent émerger.

 Avec une population de 1,4 milliard d’habitants, l’une des plus grandes communautés de développeurs anglophones au monde et une culture entrepreneuriale bien établie, l’Inde aurait dû produire ses propres champions numériques dominants à l’échelle mondiale. Comme la Chine, elle a connu un boom mobile induit par les smartphones, qui lui a permis de dépasser l’ère du PC. 

 Pourtant, si l’Inde a produit des ingénieurs exceptionnels – dont beaucoup, comme Sundar Pichai, PDG d’Alphabet, et Satya Nadella, PDG de Microsoft, dirigent désormais de grandes entreprises technologiques américaines – elle n’a pas produit de plate-forme numérique dominante à l’échelle mondiale. Flipkart, la société de commerce électronique la plus prospère d'Inde, a vendu une participation majoritaire à Walmart en 2018 pour 16 milliards de dollars. La plateforme de covoiturage Ola n’a jamais établi une suprématie décisive sur son plus grand concurrent américain, Uber, et a ensuite subi une forte révision de sa valorisation. Paytm, bien qu’il soit devenu l’une des applications financières les plus téléchargées au monde à son apogée, n’est jamais devenu aussi intégré à l’économie qu’Alipay en Chine. 

 Le seul véritable succès est venu en dehors du marché privé. L’interface de paiement unifiée de l’Inde est une véritable réussite en matière d’infrastructure, mais en tant que système géré par le gouvernement, elle ne rivalise pas directement avec les opérateurs historiques américains. Essentiellement, l’État a réussi là où les entrepreneurs privés ne le pouvaient pas, en créant un système de paiement public que les plateformes étrangères ne pouvaient pas facilement remplacer. 

 En revanche, chaque tentative des fondateurs indiens de rivaliser directement sur des marchés de consommation ouverts se heurtait à la même contrainte : les plateformes américaines sont arrivées avant que les alternatives locales n’aient mûri et les effets de réseau ont fait le reste. Même si la fragmentation, les défis de monétisation, la gouvernance et les niveaux de revenus ont également joué un rôle, l’ouverture a privé les entreprises locales de la demande protégée qui permet à des plateformes privées dominantes d’émerger. 

Le Brésil offre un autre exemple révélateur. Même s’il a donné naissance à de véritables champions du numérique, ceux-ci ont souvent été acquis par des entreprises étrangères avant de pouvoir atteindre une échelle régionale ou mondiale. Buscape, la principale plateforme de comparaison de prix du pays, a été rachetée par le conglomérat sud-africain Naspers en 2009. iFood, développé au sein du studio de start-up mobile Movile, est devenu le premier service de livraison de nourriture d'Amérique latine, mais a finalement été absorbé par Prosus, la branche d'investissement cotée aux Pays-Bas de Naspers, qui détient désormais une participation majoritaire. 

Toutes les entreprises n’ont pas suivi cette voie. Totvs est resté l’un des principaux éditeurs de logiciels d’entreprise, mais n’a jamais atteint l’échelle d’une plateforme grand public. Pendant ce temps, MercadoLibre – la plateforme de commerce électronique la plus performante de la région – a été fondée en Argentine et est entrée sur le marché brésilien en tant que concurrent étranger. 

 Les entrepreneurs brésiliens ont identifié des opportunités, créé des produits compétitifs et atteint une échelle significative. Pourtant, ils n’ont pas pu empêcher les capitaux étrangers, qu’ils soient américains ou sud-africains, de prendre le contrôle au moment même où leurs entreprises prenaient de la valeur. Plutôt que de produire des champions nationaux, l’ouverture des marchés financiers et numériques a laissé les entreprises brésiliennes sous contrôle étranger, avec une grande partie de la valeur réalisée à l’étranger. 

 Comme en Inde, lorsque l’État a construit une infrastructure numérique plutôt que d’attendre l’émergence de champions privés, les résultats ont été sensiblement différents. Pix, lancé par la banque centrale du Brésil en 2020, est rapidement devenu le système de paiement instantané le plus utilisé du pays, démontrant que la souveraineté numérique est possible lorsqu'un pays contrôle une couche fondamentale de l'économie numérique que les opérateurs historiques étrangers ne peuvent pas simplement submerger de capitaux ou d'échelle.

 Toutefois, la protection du marché ne suffit pas. Sans un contrôle national sur les entreprises qui émergent au sein de cet espace protégé, les bénéfices seraient captés ailleurs. 

La même dynamique est aujourd’hui à l’œuvre dans le domaine de l’intelligence artificielle (IA). Par exemple, DeepSeek a été fondée à Hangzhou, en Chine, en 2023. La même année, la Chine a instauré une réglementation sur l’IA générative, imposant aux services destinés au grand public de s’enregistrer auprès de l’Administration du cyberespace chinoise ; cette mesure a conduit au retrait des applications non conformes des plateformes de téléchargement locales. 

En juillet 2024, OpenAI a coupé l’accès à son API aux développeurs basés en Chine. Cette restriction d’accès aux principaux modèles américains a offert aux entreprises chinoises davantage de marge de manœuvre pour expérimenter et perfectionner leurs propres systèmes. La protection nationale n’étant plus seulement défensive, des sociétés comme Alibaba, Moonshot, MiniMax et ByteDance ont pu passer rapidement de l’imitation au déploiement, avant même que les acteurs étrangers déjà bien établis ne puissent asseoir leur domination. 

L’Union européenne a adopté une approche diamétralement opposée. Les produits d’IA américains ont pénétré rapidement les marchés européens et, malgré quelques frictions réglementaires, n’ont rencontré aucun obstacle structurel comparable. Par conséquent, les start-ups européennes se disputent aujourd’hui des utilisateurs qui ont déjà accès à des produits soutenus par des entreprises ayant investi des milliards de dollars dans les infrastructures de calcul et le développement de modèles. Même Mistral AI, le laboratoire européen de premier plan, cherche à gagner en envergure par le biais de partenariats, plutôt qu’en rivalisant directement avec les géants américains du secteur. 

Ce fait, en soi, est révélateur. Ce que Mistral propose souvent à ses clients européens ne se limite pas à une innovation de pointe ; cela englobe également la souveraineté, l’ouverture et le contrôle. Or, dès lors que cette proposition elle-même dépend de partenariats avec des fabricants de puces américains, le fossé entre le discours de l’UE et sa réalité industrielle devient difficile à ignorer. 

 Les décideurs politiques européens ont consacré des années à tenter de remédier à la dépendance numérique par la voie réglementaire, notamment via le Règlement général sur la protection des données (RGPD), le Règlement sur les marchés numériques (Digital Markets Act) et le Règlement sur l’IA (AI Act). Si le Règlement sur les marchés numériques peut permettre de limiter certains abus de position dominante, aucune de ces législations ne crée les conditions d’une demande protégée, indispensables à l’émergence de champions nationaux. Les coûts de conformité peuvent certes freiner les acteurs en place, mais ils ne permettent pas d’inverser la dynamique du « premier arrivant » (first-mover advantage) qui a consolidé leur position sur le marché. 

La fenêtre temporelle propice à l’émergence de champions numériques s’ouvre tôt et se referme rapidement ; elle nécessite, en règle générale, une forme d’espace de marché protégé pour permettre aux capacités nationales de se développer. La Chine a restreint la concurrence étrangère, intégrant par la suite cette approche à sa stratégie industrielle ; l’Inde disposait des talents, mais pas de la protection nécessaire ; le Brésil, quant à lui, possédait les talents, mais pas les mécanismes de contrôle des capitaux. L’Europe, pour sa part, consacre bien plus d’énergie à débattre de l’éthique de l’intelligence artificielle qu’à créer les conditions industrielles indispensables pour être compétitive.

 Cela ne veut pas dire que l’Europe devrait imiter la Chine ou la Russie. Cela signifie simplement que la souveraineté requiert un certain degré de préférence. L’UE peut choisir de protéger des couches spécifiques de son marché – données, secteurs réglementés, marchés publics et infrastructures critiques – et accepter les coûts à court terme d’une ouverture réduite comme le prix d’une capacité à long terme. Alternativement, il peut rester ouvert et accepter un certain niveau de dépendance structurelle à l’égard de la technologie américaine. 

 Ce que l’UE ne peut pas faire, malgré une décennie d’efforts, c’est réguler sa voie vers la souveraineté numérique tout en laissant inchangées les conditions d’accès au marché. Cette tension n’est pas nouvelle. Dans son arrêt Schrems II de 2020, la Cour de justice de l’UE a invalidé le Privacy Shield, le principal cadre de transfert de données entre l’UE et les États-Unis, au motif que la loi américaine en matière de surveillance et l’absence de recours judiciaires efficaces ne répondaient pas aux normes de l’UE, en particulier celles fixées par le RGPD et la Charte des droits fondamentaux. 

 Malheureusement, au lieu de tirer la conclusion qui s’impose, l’UE a négocié un nouveau cadre en 2023, en s’appuyant sur les engagements exécutifs de l’administration de l’ancien président américain Joe Biden, dont le sort sous la présidence américaine de Donald Trump reste incertain. Pour un bloc disposé à abolir son propre cadre de transfert de données pour des raisons de souveraineté, sous-traiter la politique numérique à un autre gouvernement n’est pas une approche durable. Tôt ou tard, l’Europe devra choisir entre ouverture et dépendance, ou se laisser faire.

 Robin Rivaton

 

 Robin Rivaton est directeur général de Stonal, une entreprise technologique européenne, conseiller auprès de la confédération française des entreprises, le Mouvement des Entreprises de France et affilié au groupe de réflexion Fondapol, basé à Paris. Il est l'auteur de huit livres.

 https://www.fondapol.org/decryptage/the-origins-and-fate-of-digital-sovereignty/

octobre 21, 2026

Crise d'adolescence chez les interventionnistes US, impérialistes comme démocococrates, racket légal !

Beaucoup d'ado sur la Russie

Les interventionnistes de droite et de gauche et les commentateurs interventionnistes de la presse traditionnelle sont en haut d’armes sur la décision du président Trump d’assouplir les sanctions économiques contre la Russie dans le cadre de l’accord du gouvernement russe visant à fournir du carburant diesel aux États-Unis. La notion est que rien – pas même les midterms – ne doit être autorisé à interférer avec le racket de la Seconde Guerre froide qui soutient que la Russie est une nation agresseur qui est déterminée à conquérir le monde et, par conséquent, qu’il est nécessaire de cibler la population russe avec un appauvrissement sévère et même la mort par la famine ou la maladie avec des sanctions toujours plus économiques.

 


 

Au centre de ce racket, bien sûr, se trouve l’invasion de l’Ukraine par la Russie. L’idée était que la Russie était en marche. Dès qu'il a conquis l'Ukraine, les responsables américains ont maintenu, il reconquérait l'Europe de l'Est, puis l'Europe occidentale et l'Angleterre, puis se rendrait en Amérique du Sud, en Amérique centrale, au Mexique, et enfin aux États-Unis, tous ceux que la Russie reconstituerait en une nouvelle Union soviétique du monde. En d'autres termes, la Russie vient nous chercher à nouveau.

Le racket de la Première Guerre froide a été utilisé pour justifier la conversion du gouvernement fédéral en un État de sécurité nationale, un type de structure gouvernementale qui est venue avec des pouvoirs omnipotents, y compris le pouvoir d'orchestrer et de commettre des assassinats parrainés par l'État. Le racket a permis à la branche de la sécurité nationale du gouvernement de devenir rapidement la branche la plus puissante du gouvernement fédéral, à laquelle le président, le Congrès et la Cour suprême ont décidé de différer.

Le racket de la Première Guerre froide a également été utilisé pour justifier une croisade anticommuniste, au cours de laquelle l’establishment de la sécurité nationale américain a ciblé des communistes présumés, ici et dans des pays étrangers, avec destruction de réputation ou même avec assassinat.

À partir de 1989, le racket de la guerre froide a pris fin soudainement et de manière inattendue. Le mur de Berlin a été démoli, l'Allemagne a été réunifiée, le Pacte de Varsovie a été dissous, l'Union soviétique s'est désintégrée et les troupes russes se sont retirées d'Europe de l'Est.

Les responsables de la branche de la sécurité nationale américaine – c’est-à-dire le Pentagone, la CIA et la NSA – étaient naturellement extrêmement préoccupés. Soudain, ils avaient perdu la justification de leur existence et pour la raquette qu'ils étaient certains qu'ils allaient continuer pour toujours. Les gens parlaient d’un « dividende de la paix », qui impliquerait une réduction profonde des dépenses de l’État de sécurité nationale et peut-être même une restauration du système gouvernemental fondateur de l’Amérique d’une république à gouvernement limité.

Pour remplacer l’ancienne raquette par une nouvelle raquette, de nouveaux ennemis officiels ont été développés, tels que « les terroristes », « les musulmans », « les trafiquants de drogue » et « les illégaux ». Ils venaient tous nous chercher, ou alors ils ont dit. Tout le monde est resté mortel effrayé.

Mais le Pentagone, la CIA et la NSA n’étaient pas sur le point de lâcher leur ancienne raquette de la guerre froide si facilement. Après avoir fourni aux responsables soviétiques l’assurance, au cours des négociations sur la réunification allemande, que l’OTAN ne s’étendrait pas vers l’est, les responsables américains ont procédé à cela précisément. L’OTAN a commencé à marcher vers l’est, absorbant les anciens membres du Pacte de Varsovie et se dirigeant inexorablement vers les frontières de la Russie, sachant parfaitement quelle serait la réaction de la Russie.

C’est ce que la menace d’absorber l’Ukraine dans l’OTAN a finalement accompli – provoquant la Russie à envahir l’Ukraine dans un effort pour empêcher l’Ukraine de rejoindre l’OTAN. Les responsables américains avaient été avertis pendant des années que l'expansion de l'OTAN, en particulier en Ukraine, pourrait produire précisément une telle confrontation. Pourtant, ils ont procédé de toute façon.

Voila ! La branche de la sécurité nationale avait son ancienne raquette de la guerre froide, bien que dans un format révisé. Les Russes viennent nous chercher ... encore une fois (avec les terroristes, les musulmans, les trafiquants de drogue et les illégaux). La grande mouche dans la pommade, cependant, est que la Russie a été incapable de conquérir l'Ukraine. C’est, bien sûr, un problème. Si la Russie ne peut même pas conquérir l’Ukraine, comment va-t-elle pouvoir conquérir l’Europe de l’Est, l’Europe occidentale, l’Angleterre, l’Amérique du Sud, l’Amérique centrale, le Mexique, puis les États-Unis ? Oups !

Peu importe ce problème gênant. Aux yeux des étatistes de la sécurité nationale, il est impératif que nous continuions à nous pencher sur le récit officiel. La Russie vient nous chercher, comme avant. Nous avons besoin de budgets toujours plus nombreux pour l’establishment de la sécurité nationale et son armée toujours croissante d’entrepreneurs voraces de « défense » des chats gras. Qui se soucie si les États-Unis font faillite dans le processus? Nous devons à nouveau être «sûrs» des Rouges – je veux dire, les Russes (et des terroristes, des musulmans, des trafiquants de drogue et des illégaux).

Oh, et n’oubliez pas les Rouges Cubains ! Ils viennent aussi nous chercher. Il ne fait aucun doute que les interventionnistes de droite et de gauche et la presse traditionnelle interventionniste, qui restent tous des acolytes inébranlables de l’establishment de la sécurité nationale, ont peur à mort que le président Trump puisse lever l’ancien embargo de la guerre froide et le nouveau blocus de la guerre froide contre le peuple cubain. Bien sûr, la grosse chance de cela se produit étant donné l’état d’esprit interventionniste de Trump.

 

Jacob George Hornberger est un avocat, auteur et homme politique américain qui a été candidat libertaire à la présidence en 2000 et 2020. Il est le fondateur et le président de la Fondation Future of Freedom. 

 https://ronpaulinstitute.org/much-ado-about-russia/

Jacob G. Hornberger est le fondateur et président du think tank américain The Future of Freedom Foundation. Il est né et a vécu à Laredo, au Texas. Il est diplômé en économie (B.A. à Virginia Military Institute) et en droit (université du Texas). Il fut avocat durant 12 années au Texas, professseur adjoint à l'université de Dallas, où il enseigna le droit et l'économie. En 1987, Jacob Hornberger change de profession pour devenir directeur des programmes de la Foundation for Economic Education à Irvington-on-Hudson, New York, éditeur de la revue The Freeman. En 1989, il fonde The Future of Freedom Foundation.

Publications

Plusieurs de ses écrits ne sont pas datés comme "Gun control, patriotism, and civil disobedience", San Francisco: ISIL, pamphlet n°9, écrit après novembre 1993

  • 1995, avec Richard M. Ebeling, dir., "Free Trade and Open Borders", Fairfax, Va.: Future of Freedom Foundation
  • 1996, avec Richard M. Ebeling, dir., "The Failure of America’s Foreign Wars", Fairfax, VA: Future of Freedom Foundation
  • 2003, avec Richard M. Ebeling, dir., "Liberty, Security, and the War on Terrorism", Fairfax, Va.: Future of Freedom Foundation

Littérature secondaire

  • 2001, William & Karen Minto, Full Context Interview avec Jacob G. Hornberger, Full Context, janvier-février

Liens externes

Textes externes

Archives Video

https://www.wikiberal.org/wiki/Jacob_G._Hornberger


août 20, 2026

Une France déjà "foutue", la voilà piratée en son sein, l'État !

Sommaire:

A) - « Un scandale » : les vols de données à Bercy inquiètent les entreprises à l’approche de la facturation électronique

B) -  Bercy : comment se faire pirater deux fois en un mois

C) - « Il y a urgence » : Sébastien Lecornu souhaite la création d’une nouvelle unité cyber pour lutter plus efficacement contre les attaques informatiques

D) - Divers secteurs piratés en image 

E) - Berlin envisage l’attaque préventive : La guerre invisible pénètre dans les usines russes

 


A) - « Un scandale » : les vols de données à Bercy inquiètent les entreprises à l’approche de la facturation électronique

Les récents vols de données au sein de la DGFIP inquiètent syndicat et entreprises à quelques jours de la mise en place de la facturation électronique.

Le timing pouvait difficilement moins bien tomber pour le fisc. A quelques jours de la révolution de la facturation électronique, la direction générale des finances publiques (DGFIP) a confirmé mardi 18 août au moins trois intrusions malveillantes sur ses serveurs depuis le mois de juin dernier.

Au total, 678 000 personnes, dont 250 000 entreprises, sont concernées par ces attaques. Elles seront informées par mail à partir de la semaine prochaine. L’ampleur de ces intrusions reste toutefois à relativiser, selon l’administration fiscale. « Pour les professionnels, les données auxquelles l’attaquant a accédé étaient des données publiques ou quasi publiques », a souligné Amélie Verdier, à la tête de la DGFiP. « Il y a eu potentiellement des données fiscales pour certains messages qui auraient été divulguées, et ce point est en cours de vérification. » Suffisant pour rassurer les entreprises à l’approche de la facturation électronique dont le déploiement est prévu le 1er septembre ?

« Aucun lien avec la facturation électronique », selon Bercy

A compter de cette date, toutes les entreprises, associations ou autoentrepreneurs doivent être en mesure de recevoir une facture électronique via l’une des 137 plateformes agréées par la DGFIP et d’effectuer un e-reporting à l’administration fiscale. Des données potentiellement sensibles pour les entreprises — numéro SIREN, numéro de facture, montants, nature des opérations — transiteront alors par ces plateformes.

« Nous nous en sommes assurés dès le 14 août (après la découverte du vol de données), ce vol n’a aucun lien, aucun, avec la réforme de la facturation électronique », a assuré par ailleurs Amélie Verdier. Pour autant, des doutes demeurent. « C’est pour moi un scandale. Je n’ai aucune confiance dans les structures de l’Etat, peste Jean-Marc Barki PDG de la PME industrielle Stikoïa et conseiller municipal LR du 15e arrondissement de Paris. Je suis inquiet concernant la facturation électronique car je me demande comment je peux avoir confiance dans une administration qui reconnaît autant de fuites », s’interroge-t-il.

La DGFIP désormais pointée du doigt

Cédric Dumas, à la tête d’une TPE de trois salariés spécialisée dans les équipements industriels souhaite de son côté avoir des réponses concrètes. « Je me demande ce que la DGFIP va mettre en place pour ne pas que ça se reproduise. Dans nos entreprises, nous nous protégeons au maximum et j’ai aujourd’hui davantage confiance en notre solution de cybersécurité qu’en celle de l’Etat », tranche-t-il.

En matière de cybersécurité, Amélie Verdier a assuré que le risque zéro n’existe pas. Pour autant, la directrice du fisc a rappelé que, pour être agréées dans le cadre de la réforme, les 137 plateformes « ont toutes fait l’objet d’un audit de sécurité » qui sera régulièrement renouvelé. « Il y a aussi un problème de concentrateur de données puisque l’administration fiscale va collecter toutes ces données, ce qui constitue une autre possibilité d’attaque », pointe Loïc Valverde, syndicaliste au sein de Solidaires Finances Publiques.

En effet, l’e-reporting en temps réel des factures électroniques auprès de la DGFIP inquiète depuis plusieurs mois le syndicat majoritaire du fisc. En février, des alertes ont été effectuées sur la cyberdéfense après les vols de données des serveurs de Bercy. « Lorsque nous avons posé la question de la sécurité informatique des données, la direction nous a répondu que tout était sous contrôle », affirme Loïc Valverde. En juin dernier, un courrier avait également été adressé à la direction de l’administration fiscale sur le sujet. Il est resté sans réponse concrète.

« Nous comprenons parfaitement les interrogations », mais « on est techniquement prêts pour cette réforme, on l’est depuis avant l’été », a assuré Amélie Verdier devant les journalistes. Enthousiastes ou non, les entreprises n’ont d’autre choix que de s’y plier. La réforme doit permettre à terme de faire rentrer quelque trois milliards d’euros de TVA supplémentaires chaque année dans les caisses de l’État.

https://www.challenges.fr/entreprise/un-scandale-les-vols-de-donnees-a-bercy-inquietent-les-entreprises-a-lapproche-de-la-facturation-electronique_645275 

Facturation électronique obligatoire : combien les entreprises vont-elles devoir payer ?

 


B) -  Bercy : comment se faire pirater deux fois en un mois

Aujourd’hui, revoyons nos conjugaisons et notamment le Futur Simple, avec par exemple le communiqué publié par Bercy le 13 août. On y lit ainsi que la Direction générale des Finances publiques « notifiera » l’incident à la CNIL, « déposera » plainte et « communiquera » de nouveaux éléments à mesure de l’avancée des investigations.

Voilà un bien beau triplet de futurs simples alignés dans la même phrase, pour un accès illégitime survenu fin juin !

Au fait, le RGPD, ce texte appliqué sans flexibilité dès qu’il s’agit du fichier client d’un garagiste de Vierzon, prévoit normalement une réaction en 72 heures. Le compteur pour Bercy est à 7 semaines et la Direction n’use encore que du futur : pas de doute, ils sont assez détendus de la fuite souveraine.

Notons que ce qui a déclenché cette soudaine bouffée de transparence n’est ni un scrupule, ni un audit mais ce message sur un forum, le 12 août, déposé par un individu opérant sous le pseudonyme de ZeroBytes, qui revendique l’extraction de 678 438 lignes de données fiscales et met la base en vente.

Bercy, vaguement gêné, confirme le lendemain, sans préciser du tout ni la nature des données, ni le nombre de personnes concernées. Les chiffres, ce sont les bénévoles du site FrenchBreaches qui les fournissent (392.867 particuliers, 285.570 professionnels) et que l’AFP reprend faute de mieux. L’administration fiscale, qui sait à l’euro près ce que vous avez déclaré en 2019, s’est révélée incapable de chiffrer sa propre fuite. Il a fallu attendre qu’un site amateur le fasse à sa place.

Puisqu’on parle conjugaisons, le communiqué comporte tout de même une affirmation au passé (plus-que-parfait ici) : l’accès, écrit Bercy, « avait été coupé fin juin dans le cadre du contrôle opéré ». Ah, ouf. 

Bon, n’empêche que le 14 août, le même ZeroBytes revendique une seconde intrusion, sur le Serveur Professionnel de Données Cadastrales de la DGFiP, datée du 29 juillet, soit un mois entier après cette fameuse coupure, et 2 semaines donc avant que le public n’apprenne quoi que ce soit. Il dit avoir contourné le mécanisme d’authentification multifacteur et extrait 252.149 lignes, correspondant à 2.041.778 personnes.

Ah zut, Bercy a fermé une porte en laissant la fenêtre ouverte et s’est contenté de vaguement serrer les fesses.

On pourrait se rassurer en notant que le pirate s’est arrêté à quelques centaines de milliers de lignes et n’a pas exfiltré l’intégralité de la base. Malheureusement, le pirate n’a pas été détecté, ni bloqué, ni arrêté mais s’est lassé : pour lui, l’extraction était trop lente, une récupération complète lui aurait demandé plusieurs mois et il a alors cessé de son propre chef.

Accessoirement, il estime que le service auquel il avait accès permet de retrouver les informations d’environ 20 millions de citoyens. En somme, en 2026, la seule protection réellement efficace du fichier fiscal français est sa latence.

Un décor déjà bien planté

On pourrait, à la rigueur, plaider l’imprévisible mais ça risque d’être compliqué : Solidaires Finances Publiques indique avoir interpellé la directrice générale dès juin (voire mai) sur les risques « à très court terme » de « piratage, d’usurpation d’identité ou d’hameçonnage ciblé ».

Bref, sans la revendication publique du pirate, les usagers auraient-ils été informés du vol de leurs données ?

Les mois passés offraient pourtant quelques indices.

En décembre 2025, le ministère de l’Intérieur se fait pénétrer par sa messagerie, avec consultation du traitement d’antécédents judiciaires et du fichier des personnes recherchées ; le ministre évoque « des imprudences », les identifiants circulant en clair dans des courriels.

En février, Bercy annonce un accès illégitime au FICOBA, le fichier national des comptes bancaires, après usurpation des identifiants d’un fonctionnaire : 1,2 million de comptes, avec RIB, identité, adresse et parfois identifiant fiscal.

En avril, l’ANTS expose 11,7 millions de comptes par une faille consistant à modifier un chiffre dans une requête.

En juin, c’est Tchap, la messagerie chiffrée de l’État, qui se fait visiter.

En août, Bloctel se fait siphonner trois millions de numéros via un compte professionnel dépourvu de double authentification, offrant aux démarcheurs la liste exacte des gens qui demandaient qu’on leur fiche la paix.

La DGFiP en est, pour la seule année 2026, à sa troisième violation.

Le calendrier ne lasse pas de surprendren : le 29 janvier 2026, la ministre déléguée au Numérique dévoile en grande pompe la Stratégie nationale de cybersécurité 2026-2030, plaçant la cybersécurité « au rang de priorité stratégique pour la souveraineté, la sécurité nationale et la protection de la démocratie ». L’encre de cette Stratégie nationale bidule-truc n’a même pas eu le temps de sécher puisque c’est « à compter de la fin janvier 2026 » que débute l’intrusion dans le FICOBA.

De la ligne de tableur au palier d’immeuble

Ces aventures numériques ont potentiellement des conséquences très graves dans le monde réel, et il n’est même pas nécessaire de spéculer : une agente des impôts de Bobigny a été mise en examen et écrouée pour avoir tripatouillé dans le logiciel fiscal Mira pour localiser un surveillant de la maison d’arrêt de la Santé, aboutissant, le 26 septembre 2024, à son agression à son domicile de Montreuil. L’instruction a révélé qu’elle avait également effectué des recherches sur un juge d’application des peines, sur des investisseurs en cryptomonnaie et sur Vincent Bolloré. Elle était rétribuée par Western Union et les exécutants avaient été recrutés pour 800 euros.

Bref, ce qu’une fonctionnaire vendait au détail circule désormais en gros sur un forum.

Les autorités recensaient déjà, à la mi-avril 2026, plus d’une quarantaine de séquestrations et d’enlèvements liés aux cryptomonnaies pour la seule année en cours, et le mois de juillet a vu 18 665 logements cambriolés, en hausse de 7,1 % sur un an.

Vive l’égalité : grâce aux dernières fuites, le sort jusqu’à présent réservé aux détenteurs de cryptomonnaies est étendu à tous les Français. Bercy transforme le prélèvement à source en prélèvement à l’open-source…

Et la sanction, donc ?

Ah ah ah.

Dans un cadre normal, rappelons que le 22 janvier 2026, la CNIL infligeait 5 millions d’euros d’amende à France Travail pour la fuite touchant 36,8 millions de personnes. En septembre 2025, Google écopait de 325 millions d’euros pour des traceurs de pub non sollicités.

Mais voilà, la DGFiP ne paiera rien car c’est juridiquement impossible : l’article 20 de la loi Informatique et Libertés réserve ces amendes administratives à tout le monde « à l’exception des cas où le traitement est mis en œuvre par l’État ». Quant au défaut de notification d’une violation de données, il est puni de 5 ans d’emprisonnement et de 300.000 euros d’amende, qui ne seront jamais appliqués.

Le contribuable, lui, notifiera, déclarera, et paiera. 


 


 

 


 C) - « Il y a urgence » : Sébastien Lecornu souhaite la création d’une nouvelle unité cyber pour lutter plus efficacement contre les attaques informatiques

Sous pression après une série de cyberattaques visant le site des impôts, le gouvernement veut passer à la vitesse supérieure. Sébastien Lecornu demande à l’Anssi de créer une unité capable d’intervenir en première ligne et de riposter plus rapidement. Un aveu implicite des lacunes de la France qui figure parmi les pays les plus visés d’Europe.

Trouver une porte de sortie le plus rapidement possible. Alors que le gouvernement est pointé du doigt depuis plusieurs jours pour son incapacité à faire face aux cyberattaques, le Premier ministre prend les choses en main. Sébastien Lecornu a demandé ce mercredi à l’Agence nationale de la sécurité des systèmes d’information (Anssi) de constituer une « nouvelle unité cyber » pour offrir une « réponse opérationnelle plus réactive » aux cyberattaques qui visent la France, comme le récent vol des données du Fisc.

« Il y a urgence à concevoir et conduire sans délai une réponse opérationnelle plus réactive et plus forte aux cyberattaques que l’Etat rencontre actuellement. Il faut reprendre l’initiative sur le terrain », écrit le Premier ministre dans un courrier adressé au secrétaire général de la Défense et de la Sécurité nationale, dont les services chapeautent l’Anssi. « Je vous demande de constituer une équipe de contact composée d’agents de l’Anssi et chargée d’intervenir en première ligne en cas de suspicion d’atteinte grave à l’intégrité du système d’information de l’Etat », appuie Sébastien Lecornu dans ce courrier dont l’AFP a obtenu copie.

Le chef du gouvernement demande également au secrétaire général de la défense et de la sécurité nationale, Nicolas Roche, qu’une « proposition d’organisation et de règle d’engagement de cette nouvelle unité », qui vise à accélérer le travail d’investigation, lui soit présentée d’ici vendredi.

Le Premier ministre reconnaît et déplore qu’en termes de cybersécurité, « peu de ministères sont au niveau requis » en France. « Ce n’est pas acceptable », ajoute-t-il. « La cybersécurité n’est pas qu’une affaire de crédits. C’est aussi une discipline », a insisté M. Lecornu sur X, en appelant à la bonne « hygiène numérique de chacun ».


Lundi, le Premier ministre avait déjà demandé à cette agence, créée en 2009 et chargée de coordonner le champ de la défense et de la protection des systèmes d’information français, de réaliser un « audit approfondi » sur le vol de données ayant affecté la Direction générale des finances publiques (DGFiP). La DGFiP a confirmé le 14 août deux intrusions, survenues fin juin et fin juillet, ainsi que le vol de données concernant au moins 678 000 particuliers et professionnels et environ 200 000 comptes présents dans ses fichiers cadastraux. Parmi les informations fiscales des particuliers dérobées figurent les noms et prénoms, le revenu fiscal de référence, le quotient familial ou encore le taux de prélèvement à la source. ZeroBytes a également affirmé sur un forum avoir mis la main sur des données personnelles de plusieurs millions d’élèves français et des dizaines de milliers d’enseignants. Ils revendiquent avoir des numéros de téléphones, des adresses mails et des adresses de domicile notamment, remontant parfois jusqu’aux années 2000. Une enquête judiciaire est en cours, selon le ministère de l’Education nationale.

Commission d’enquête parlementaire

Face à ces attaques informatiques, les réactions politiques ne se sont pas fait attendre. Les sénateurs socialistes ont réclamé la création d’une commission d’enquête parlementaire, pointant du doigt la répétition des failles de sécurité au sein du ministère de l’Économie. La présidente du groupe La France insoumise à l’Assemblée nationale Mathilde Panot a abondé en ce sens ce mercredi matin sur France Inter pour qui il faut désormais « donner des moyens à la fois à l’Agence nationale de sécurité des systèmes informatiques (Anssi) et à la Cnil (Commission nationale de l’informatique et des libertés) ».

Lors d’une conférence de presse lundi et en réponse à ces trois cyberattaques, Amélie Verdier, la directrice générale des finances publiques, a tenu à préciser que « plus de 100 emplois » étaient dédiés à la cybersécurité sur les « plus de 5 300 informaticiens de la DGFiP ». David Amiel, le ministre de l’Action et des Comptes publics, a reconnu de son côté : « Nos systèmes d’information comportent des faiblesses. » Le ministre a évoqué un plan d’action en plusieurs phases, dont « la lutte contre la compromission des comptes des agents » et un renforcement « de la formation cyber des agents ».

La France particulièrement visée

Un renforcement nécessaire puisque la France figure ainsi parmi les pays les plus ciblés par des cyberattaques, en raison de l’attractivité de ses données mais aussi de certaines faiblesses de ses défenses. Une étude de l’entreprise de cybersécurité Surfshark publiée en juillet place la France en tête des pays les plus touchés par des violations de données en Europe, avec 43,4 millions de comptes compromis au premier semestre 2026 - en hausse de plus de 62 % par rapport à la deuxième moitié de 2025. Selon le bilan annuel publié par l’autorité nationale de protection des données (Cnil), le pays a connu plus de 6 100 violations de données en 2025, touchant pour certaines des millions d’usagers, un record. « C’est 50 % de plus sur ces trois dernières années », avait déploré en mai auprès de l’AFP Marie-Laure Denis, la présidente de la Cnil, regrettant que certains organismes, institutions et entreprises ne soient toujours « pas assez » protégés.

« On a un système d’information de l’État qui est tellement complexe, qui représente des milliers et des milliers d’applications dont le pilotage n’est pas uniformisé, dont les choix technologiques sont d’une très grande hétérogénéité », avait détaillé en mai le directeur général de l’Anssi, Vincent Strubel, lors d’une audition à l’Assemblée nationale par la commission de la Défense nationale et des Forces armées. « C’est là-dessus qu’il faut agir en priorité pour mieux sécuriser l’État, reprendre la maîtrise », avait-il ajouté. Dans cette optique, Sébastien Lecornu avait annoncé en mai la création d’une nouvelle Autorité du numérique et de l’intelligence artificielle de l’Etat et une enveloppe de 200 millions d’euros pour muscler et unifier la stratégie de cybersécurité de l’Etat. Ce qui a semblé malgré tout insuffisant.

(avec AFP)

https://www.challenges.fr/la-verticale-cyber/il-y-a-urgence-sebastien-lecornu-souhaite-la-creation-dune-nouvelle-unite-cyber-pour-lutter-plus-efficacement-contre-les-attaques-informatiques_645274

DGFIP piratée : revenu fiscal, prélèvement à la source… L’hémorragie des données personnelles des Français se poursuit à grande échelle

Piratage du fisc : les 678 000 particuliers et entreprises concernés informés à partir de ce lundi

Être particulièrement méfiant » : ce qui guette les 350 000 particuliers touchés par la vaste cyberattaque contre la DGFiP 

 

D) - Divers secteurs piratés en image  




 


 


Mathieu Bock-Côté : « Piratage du fisc ou le Léviathan mis à terre » 

«Piratage du fisc ou le Léviathan mis à terre.» → https://l.lefigaro.fr/J8Of
On dit du fisc qu’il s’agit de la seule administration toujours compétente. La cyberattaque dont il a été victime montre que, comme le reste de l’État, il sait ponctionner les ressources de ceux qui vivent sous sa férule, mais ne livre qu’imparfaitement les services publics promis.


À la mi-août, on apprenait que la Direction générale des finances publiques avait été victime d’un piratage massif. Les données fiscales de centaines de milliers de Français ont été volées par des hackeurs habiles. Détail de plus : la DGFiP ne s’est pas rendu compte immédiatement qu’on l’avait braquée. À la manière d’un Rantanplan administratif, elle sentait qu’il se passait quelque chose de pas net, mais quoi ? Après que les pirates ont revendiqué leur coup, pour mieux mettre à la vente les données recueillies, on l’a su : ils ont mis la patte, parmi d’autres choses, sur les coordonnées civiles et le revenu fiscal de référence. Même la correspondance fiscale entre l’État et quelques centaines d’individus a pu être consultée. Chic ! Rien de mieux que de savoir ses échanges avec Bercy exposés !


On dit du fisc qu’il s’agit de la seule administration toujours compétente - c’est même une de ces banalités qu’on aime répéter pour avoir l’air d’un esprit pénétré. Les fins limiers de l’administration fiscale savent trouver l’argent partout et traquent avec acharnement le moindre centime. Ils savent renifler les piécettes qu’on voudrait leur cacher, ou même qu’on a sincèrement oublié de leur déclarer. L’homme ordinaire qui voudrait ruser avec lui perdra toujours. L’argent qu’il gagne ne lui appartient pas. Il travaille pour la collectivité, comme un forçat. Le Seigneur de Bercy prend d’abord la part qu’il désire, et laisse ensuite les miettes aux gueux, en leur disant qu’ils sont chanceux d’avoir un maître si généreux. Mais, quand vient le temps de protéger l’identité des gens qu’il détrousse, il fait plutôt penser au Gendarme de Saint-Tropez. L’État taxeur fonctionne avec un gourdin fiscal, l’État protecteur des données des uns et des autres ressemble à une passoire numérique.


Si cela agace particulièrement, c’est notamment parce que, au même moment, l’État pilote une généralisation de la facturation électronique entre les entreprises. Ce qui est recueilli par la numérisation intégrale de l’existence sera hacké demain. Mais cela va encore plus loin et nous conduit à une autre polémique, présente ces dernières semaines. L’État s’est mis en tête de ficher numériquement les citoyens qui entendent participer, d’une manière ou d’une autre, aux réseaux sociaux. Il a d’abord prétendu le faire pour défendre les mineurs, mais ils sont de plus en plus nombreux à reconnaître qu’il s’agit aussi de resserrer l’accès aux différentes plateformes numériques, à la veille de la présidentielle : on craint que les individus qui s’y aventurent attrapent de vilaines idées à la manière de vilains virus. Il faut donc les contenir dans le système médiatique traditionnel, moins perméable aux idéologies indésirables.


On promet toutefois, chaque fois, que les informations qu’ils confieraient aux différents systèmes de vérification pour obtenir leur passe numérique seraient absolument protégées. Pas d’inquiétude, citoyen, ce que l’État pourra voir, personne d’autre ne le verra. La blague ! Léviathan s’est fait prendre les culottes à terre et semble un peu imbécile. Il est difficile de ne pas généraliser cette réflexion. Chez les modernes, l’État n’a pas d’abord pour fonction de permettre à l’homme de vivre en tant qu’animal politique, dans une communauté tournée vers la poursuite du bien commun. Aristote, à partir du XVIIe siècle, fut congédié, et remplacé par Hobbes, plus terre à terre : l’État devait assurer la sécurité de l’individu et lui éviter la mort violente. C’était d’abord à cela qu’il servait. Il échangeait la protection contre la soumission. Hobbes ajoutait, en publiant sa théorie, que, si l’État ne parvenait plus à assurer sa mission, l’individu pouvait s’en dissocier - s’en délivrer.


L’État devait protéger et punir - il rançonne et punit désormais sans protéger. Plus méchamment, on dira qu’il s’agit d’un racket de protection qui a fait faillite. S’il sait toujours ponctionner les ressources de ceux qui vivent sous sa férule, il ne livre plus qu’imparfaitement les fameux services publics promis. Il ne protège plus des bandits, n’assure plus la libre circulation sur le territoire, n’instruit plus à l’école, ne soigne plus vraiment à l’hôpital, et garde encore moins les frontières. Mais le bougre est toujours aussi vorace. C’est un obèse morbide qui se nourrit de taxes et d’impôts, réfractaire à toute forme de diète. S’il s’arrête un jour de se goinfrer du bien de l’homme ordinaire, c’est pour le dévorer deux fois plus le lendemain.
Cette faillite, à l’heure numérique, revient à exposer ceux qu’il prétend protéger aux nouveaux prédateurs, qui pourront ensuite braquer les victimes de la bêtise étatique un par un, les faire chanter. Mais on continuera de croire que, sans lui, nos vies seraient fades, inégalitaires, soumises à la loi du plus fort, alors que c’est lui, trop souvent, qui nous rend faibles et mous.»


 

E) - Berlin envisage l’attaque préventive : La guerre invisible pénètre dans les usines russes

De la collecte des renseignements au sabotage

L’Allemagne envisage une évolution qui dépasse largement une simple réforme des services de renseignement. Marc Henrichmann, président de la commission parlementaire de contrôle et membre de l’Union chrétienne-démocrate, propose d’autoriser le Service fédéral de renseignement et l’Office fédéral de protection de la Constitution à mener des attaques informatiques préventives contre les usines russes produisant des aéronefs sans pilote.

La formule employée par le responsable allemand est efficace : le meilleur aéronef d’attaque serait celui qui ne parvient jamais à décoller. Derrière cette apparente évidence se cache cependant une transformation profonde. Un service chargé de recueillir des renseignements deviendrait également un instrument offensif, autorisé à endommager des installations industrielles situées sur le territoire d’une autre puissance.

La distinction entre espionnage, sabotage et opération militaire deviendrait ainsi toujours plus ténue. Désactiver à distance les systèmes de conception d’une usine, corrompre les programmes qui commandent les machines ou compromettre les composants électroniques ne signifie pas seulement prévenir une menace : cela revient à intervenir directement sur les capacités productives du pays adverse.

L’incident de Leipzig et le problème de l’attribution

La proposition intervient après le grave incident survenu le 4 août à l’aéroport de Leipzig. Un appareil télécommandé, équipé d’un explosif Semtex et d’un détonateur, aurait frappé l’aile d’un avion de transport ukrainien Antonov An-124, à proximité des réservoirs de carburant. L’engin n’a pas explosé et est resté au sol pendant quatre heures avant d’être découvert par hasard par le conducteur d’un autocar.

Selon les enquêteurs allemands, il se serait agi d’une attaque intentionnelle, tandis que les services américains auraient identifié un lien avec des structures russes. Moscou rejette l’accusation et dénonce une provocation artificiellement fabriquée.

C’est précisément ici qu’apparaît la première difficulté stratégique. Dans le domaine informatique, l’attribution est rarement immédiate et incontestable. Les codes, les connexions et les infrastructures peuvent être copiés, dissimulés ou faire transiter leurs opérations par des pays tiers. Une opération préventive fondée sur des preuves incomplètes pourrait frapper la mauvaise cible ou être interprétée comme une agression délibérée.

L’Allemagne devrait donc déterminer qui peut autoriser l’attaque, quel niveau de preuve doit être exigé et comment doit s’exercer le contrôle parlementaire. Dans le cas contraire, le principe de prévention risquerait de se transformer en autorisation permanente pour des opérations clandestines.

Efficacité militaire et limites techniques

D’un point de vue militaire, le sabotage d’une usine russe pourrait retarder la production, altérer les systèmes de contrôle de la qualité ou compromettre une série précise de composants. L’avantage de l’attaque informatique réside dans la possibilité d’obtenir des résultats sans traverser physiquement les défenses antiaériennes russes et sans exposer directement des soldats allemands.

Son efficacité n’est toutefois pas garantie. Les installations militaires les plus importantes peuvent utiliser des réseaux isolés, des procédures manuelles et des systèmes de réserve. La production d’aéronefs sans pilote est en outre répartie entre de grands complexes industriels, des entreprises civiles, des laboratoires et des ateliers décentralisés. La paralysie d’un seul établissement n’éliminerait donc pas l’ensemble des capacités russes.

Moscou pourrait remplacer les programmes compromis, transférer la production ou recourir davantage à des composants provenant de Chine, d’Iran et d’autres fournisseurs. L’attaque aurait probablement un effet temporaire, tout en révélant à l’adversaire les capacités techniques et les méthodes opérationnelles allemandes.

La riposte russe

Le risque principal concerne la réponse de Moscou. Si Berlin revendiquait son intervention ou laissait clairement comprendre sa responsabilité, la Russie pourrait considérer comme légitime de frapper les industries, les réseaux électriques, les chemins de fer, les ports, les banques et les aéroports allemands.

L’Allemagne présente de nombreux points vulnérables : des infrastructures fortement interconnectées, une industrie automatisée, une dépendance à l’égard des communications numériques et un vaste réseau logistique utilisé pour soutenir l’Ukraine. Une interruption prolongée des transports ou de la production automobile pourrait provoquer des dommages économiques bien supérieurs à ceux infligés à une usine russe.

La dissuasion informatique est particulièrement instable, car il n’existe aucune proportion communément admise entre une attaque et sa riposte. Le sabotage d’un programme industriel pourrait recevoir pour réponse le blocage d’un hôpital, d’une centrale électrique ou du système de paiement. L’escalade pourrait se développer sans déclaration de guerre et sans que l’opinion publique comprenne immédiatement qui l’a déclenchée.

Les coûts économiques de la guerre numérique

Pour l’industrie allemande, déjà confrontée au coût de l’énergie, à la concurrence asiatique et à la diminution des échanges avec la Russie, l’ouverture d’un affrontement informatique permanent entraînerait de nouvelles dépenses en matière de sécurité, d’assurance et de protection des chaînes de production.

Les entreprises devraient séparer leurs réseaux, multiplier les systèmes de réserve et renforcer la surveillance de leurs fournisseurs. Les risques pesant sur les investissements et sur le commerce avec les pays soupçonnés de collaborer avec Moscou augmenteraient également. Une guerre apparemment immatérielle aurait donc des conséquences très concrètes sur les prix, les finances publiques et la compétitivité européenne.

Dans le même temps, cette évolution favoriserait le secteur allemand de la sécurité informatique, les entreprises électroniques et les programmes militaires européens. La menace russe deviendrait un moteur supplémentaire de la transformation industrielle de l’Allemagne, qui passerait d’une puissance essentiellement commerciale à une puissance stratégique.

Une nouvelle Allemagne au sein de l’Alliance atlantique

Sur le plan géopolitique, cette proposition indique que Berlin ne se considère plus seulement comme la base logistique arrière de l’Alliance atlantique. L’Allemagne souhaite acquérir la capacité d’intervenir directement contre les structures militaires et industrielles russes avant qu’une menace n’atteigne son territoire.

Cette évolution pourrait encourager d’autres pays européens à adopter la même doctrine, multipliant ainsi les opérations non coordonnées et difficiles à contrôler. Il reste également à déterminer si une attaque préventive allemande engagerait politiquement les alliés et si une riposte russe consécutive devrait être considérée comme une agression contre l’ensemble de l’Alliance.

La réforme présente donc une ambiguïté fondamentale : elle cherche à renforcer la sécurité allemande, mais pourrait abaisser le seuil d’un affrontement direct avec Moscou. Empêcher le décollage d’un aéronef hostile est certainement souhaitable. Déterminer qui possède le droit d’attaquer une usine étrangère, sur la base de quelles preuves et avec quelles conséquences, constitue en revanche la question dont pourrait dépendre la paix européenne.

Giuseppe Gagliano a fondé en 2011 le réseau international Cestudec

Président du Centro Studi Strategici Carlo De Cristoforis (Côme, Italie) 

 


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