"Or en hausse et risque géopolitique : la « police d’assurance » qui en dit plus long que les communiqués Il existe une manière simple de comprendre quand une puissance se prépare à un monde plus dur : on ne regarde pas les discours, on regarde le portefeuille. La Chine réduit de façon régulière ses réserves de bons du Trésor des États-Unis, tombées à leur niveau le plus bas depuis dix-huit ans, autour de 680 milliards de dollars. Dans le même temps, les réserves d’or officielles ont atteint un record, déclarées à 2 306 tonnes. L’image qui se dessine est nette : moins d’exposition directe à Washington, davantage de couverture sur un actif qui ne dépend pas d’une signature politique. Ce n’est pas une fuite spectaculaire « anti-américaine ». C’est une réduction du risque, lente, méthodique, intentionnelle"
Quand Pékin réduit les bons du Trésor américain
Or en hausse et risque géopolitique : la « police d’assurance » qui en dit plus long que les communiqués
Il existe une manière simple de comprendre quand une puissance se
prépare à un monde plus dur : on ne regarde pas les discours, on regarde
le portefeuille. La Chine réduit de façon régulière ses réserves de
bons du Trésor des États-Unis, tombées à leur niveau le plus bas depuis
dix-huit ans, autour de 680 milliards de dollars. Dans le même temps,
les réserves d’or officielles ont atteint un record, déclarées à 2 306
tonnes. L’image qui se dessine est nette : moins d’exposition directe à
Washington, davantage de couverture sur un actif qui ne dépend pas d’une
signature politique. Ce n’est pas une fuite spectaculaire «
anti-américaine ». C’est une réduction du risque, lente, méthodique,
intentionnelle.
Scénarios économiques
Le sujet n’est pas seulement de « vendre des titres et acheter de
l’or ». Le sujet, c’est la fragilité du lien entre réserves de change et
géopolitique. Pendant des décennies, les bons du Trésor américains ont
été le dépôt naturel de la richesse étrangère : liquides, profonds,
réputés neutres. Mais lorsque les sanctions deviennent un instrument
ordinaire de politique étrangère et que les paiements peuvent être
bloqués ou conditionnés, la neutralité se rétrécit.
L’or, lui, ne promet pas un rendement : il promet une indépendance
vis-à-vis de l’autorisation d’autrui. C’est un choix qui produit trois
effets économiques.
Premier effet : réduire la vulnérabilité aux chocs politiques, comme
les gels, les restrictions sur les circuits financiers, ou les pressions
réglementaires.
Deuxième effet : accroître la résilience d’une banque centrale. En
cas de crise, l’or reste mobilisable, négociable, transférable, même si
cela implique d’autres coûts et d’autres délais.
Troisième effet : renchérir, sur le plan symbolique, la gestion de
l’endettement américain. Non pas parce que la Chine ferait s’effondrer
le marché, mais parce qu’elle signale que la confiance n’est plus
automatique.
Le paradoxe est que Washington, à court terme, ne souffre pas
réellement : d’autres acteurs absorbent, le marché reste profond, la
demande demeure solide. Mais Pékin ne raisonne pas à court terme. Pékin
raisonne en termes de marge de manœuvre.
Le nœud de l’or « non déclaré »
Ici, il faut être précis. Nous savons ce que la Chine déclare : 2 306
tonnes à la fin de 2025. Nous savons aussi que, selon certaines
estimations de marché, les achats réels pourraient être nettement
supérieurs à ceux communiqués. Des analyses attribuées à Goldman Sachs
suggèrent que, sur certains mois de 2025, les achats effectifs auraient
pu être de plusieurs fois supérieurs aux chiffres officiels. D’autres
lectures, fondées sur des écarts entre importations, flux et données
publiées, vont jusqu’à évoquer des ordres de grandeur bien plus élevés.
Traduction : il ne s’agit pas seulement d’accumuler, il s’agit aussi
de garder une part d’opacité. Et l’opacité, lorsqu’elle concerne des
réserves stratégiques, est déjà un message.
Évaluation stratégique et militaire
L’or n’est pas une arme, mais c’est ce qui permet de tenir une crise
longue. C’est une garantie pour financer des importations critiques, un
filet de sécurité si l’accès à certains paiements se resserre, une
réserve qui soutient des chaînes d’approvisionnement sensibles. Dans un
monde où les affrontements se jouent aussi sur les semi-conducteurs,
l’énergie, les composants et les transports, la capacité de payer même
quand quelqu’un tente « d’éteindre l’interrupteur » fait partie de la
dissuasion.
Réduire les bons du Trésor, c’est aussi réduire la part de la
richesse chinoise exposée à des décisions juridiques et politiques
américaines. C’est une manière d’abaisser le coût potentiel d’un
affrontement prolongé.
Géopolitique et géoéconomie
Le mot clé est simple : préparation. Pékin ne dit pas « le dollar
s’effondre demain ». Pékin dit : si le monde se durcit, je veux moins de
points faibles. C’est un élément d’une stratégie plus large de
diversification des réserves et de réduction de la dépendance à un seul
centre financier.
Pour les États-Unis, le signal est double. Techniquement, le marché
tient. Politiquement, l’idée s’installe que la finance mondiale est de
moins en moins un terrain neutre et de plus en plus un terrain de
confrontation.
Le point final
Cette histoire n’est pas le récit d’une vente. C’est le récit d’une
époque qui change : lorsqu’une grande puissance déplace lentement sa
richesse d’une promesse de paiement vers un actif physique, elle dit
qu’elle craint moins l’inflation que la politique. Et lorsqu’elle le
fait sans tout raconter, elle dit aussi autre chose : dans le prochain
tour, la surprise comptera autant que la force.
Giuseppe Gagliano a
fondé en 2011 le réseau international Cestudec (Centre d’études
stratégiques Carlo de Cristoforis), basé à Côme (Italie), dans le but
d’étudier, dans une perspective réaliste, les dynamiques conflictuelles
des relations internationales. Ce réseau met l’accent sur la dimension
de l’intelligence et de la géopolitique, en s’inspirant des réflexions
de Christian Harbulot, fondateur et directeur de l’École de Guerre
Économique (EGE) Il collabore avec le Centre Français de Recherche sur le Renseignement (CF2R) (Lien),https://cf2r.org/le-cf2r/gouvernance-du-cf2r/ avec l’Université de Calabre dans le cadre du Master en Intelligence, et avec l’Iassp de Milan (Lien).https://www.iassp.org/team_master/giuseppe-gagliano/
Russie-Afrique : L’or de Wagner, nerf de la guerre
Sous le soleil brûlant du Sahel et de l’Afrique centrale, une
bataille invisible se joue autour des mines d’or. Dans l’ombre, des
mercenaires du groupe Wagner creusent bien plus que des galeries : ils
extraient des milliards qui alimentent l’ambition géopolitique de
Moscou, au prix de l’avenir des nations africaines.
Mali : L’alliance du pouvoir et des mercenaires
Un pays sous emprise étrangère
À Bamako, le colonel Assimi Goïta règne en maître depuis le coup
d’État de 2021. Mais derrière son pouvoir, une autre force agit dans
l’ombre : Wagner. Les mercenaires russes ne se contentent pas
d’entraîner l’armée malienne ; ils façonnent également le récit
politique. Une propagande bien huilée, orchestrée avec le Kremlin, cible
la France et ses anciens alliés, tout en peignant Moscou comme le
sauveur d’un Mali « trahi » par l’Occident.
Cette rhétorique séduit, mais le bilan est lourd :
Près de 5 750 morts dans des violences impliquant les forces armées et Wagner.
Plus de 412 000 déplacés, fuyant les exactions et l’insécurité croissante.
Une démocratie mise en suspens, avec des élections repoussées sine die.
L’or, la véritable monnaie d’échange
Dans cette alliance, Wagner ne fait rien gratuitement. Les mercenaires reçoivent 10,8 millions de dollars par mois, des fonds issus des richesses minières du pays. Sur les sites de Fékola, Sadiola ou Loulo, Wagner
supervise discrètement une extraction massive, financée en partie par
des entreprises occidentales. Cet or, vital pour le Mali, alimente en
réalité les coffres russes.
Centrafrique : Une nation à genoux
Touadéra sous perfusion russe
En République centrafricaine, Wagner est devenu l’ange gardien du
président Faustin-Archange Touadéra. Depuis 2018, les mercenaires russes
jouent un rôle clé dans la survie de son régime. Mais leur aide a un
prix : un contrôle sans partage sur les ressources naturelles du pays, à
commencer par la mine d’or de Ndassima, la plus grande du pays.
Pour beaucoup, cette dépendance ressemble à une nouvelle forme de colonisation. La situation humanitaire est dramatique :
3,4 millions de personnes – plus de la moitié de la population – ont besoin d’aide humanitaire.
20 % des Centrafricains sont déplacés ou réfugiés.
La violence comme méthode
Wagner n’est pas qu’un partenaire économique. En 2020, les
mercenaires ont écrasé une rébellion menée par François Bozizé, l’ancien
président. Aujourd’hui, ils sont responsables de 37 % des violences politiques dans le pays. Parmi leurs cibles, des villages entiers, comme les communautés musulmanes Boyo, qui ont subi des attaques brutales
Soudan : L’or et la guerre
Un chaos orchestré
Au Soudan, le rôle de Wagner remonte à l’époque d’Omar
al-Bashir, qui avait troqué l’or de son pays contre un soutien militaire
russe. Après sa chute, Wagner a su rebondir en s’alliant avec la junte
militaire dirigée par Abdel al-Burhan.
Depuis 2019, les mercenaires agissent comme des courtiers de l’or soudanais, tout en étouffant les espoirs de démocratie.
Un empire bâti sur l’or
Wagner a établi sa domination sur l’une des plus grandes raffineries
du pays, à Al-Ibaidiya. De là, ils contrôlent l’achat, la transformation
et la contrebande de l’or soudanais, un commerce lucratif qui échappe
aux autorités locales.
Pendant ce temps, des villages entiers proches des mines subissent
des attaques meurtrières. Wagner ne se contente pas de l’or : il
s’assure que personne ne conteste son emprise.
Le « Triangle d’or » de la Russie en Afrique
Une stratégie bien huilée
Le Mali, la Centrafrique et le Soudan ne sont pas des cas isolés. Ils
forment un véritable « triangle d’or », au cœur de la stratégie
africaine de Moscou. À travers Wagner, la Russie ne se contente pas
d’extraire des ressources : elle assoit son influence en soutenant des
régimes autoritaires et en sapant les institutions démocratiques.
Financer la guerre en Ukraine
L’objectif ultime ? Alimenter la machine de guerre russe. Avec plus de 2,5 milliards de dollars générés par l’exploitation de l’or africain, Wagner offre au Kremlin une manne financière inestimable, notamment pour financer son invasion en Ukraine.
Olivier
d’Auzon est consultant juriste auprès des Nations unies, de l’Union
européenne et de la Banque mondiale. Il a notamment publié : Piraterie
maritime d’aujourd’hui (VA Éditions), Et si l’Eurasie représentait « la
nouvelle frontière » ? (VA Éditions), L’Inde face à son destin
(Lavauzelle), ou encore La Revanche de Poutine (Erick Bonnier).
A) - Pourquoi la France devrait quitter l’UE : l’analyse percutante de Philippe de Villiers
B) - La fin programmée des zones à faibles émissions ?
C) - La France cède encore du terrain : vers une Europe sans frontières ni horizons ultramarins ?
D) - Vers une détente russo-américaine ?
E) - La réponse ironique de Vladimir Poutine au « conseil de paix » de Donald Trump
F) - L’Europe, vassale des États-Unis : une dépendance géopolitique inéluctable ?
A) - Pourquoi la France devrait quitter l’UE : l’analyse percutante de Philippe de Villiers
Dans une chronique publiée ce matin dans Le Journal du Dimanche, Philippe de Villiers, fondateur du Puy du Fou et ancien ministre, lance un cri d’alarme sans ambiguïté : il est temps pour la France de quitter l’Union européenne (UE).
Selon
lui, ce qui était autrefois présenté comme un rêve de paix, de
prospérité et de civilisation s’est mué en un cauchemar de dépendance,
de contrôle et de perte de souveraineté.
Inspiré par ses arguments, explorons les raisons profondes qui, d’après Philippe de Villiers, rendent ce départ inévitable.
Les promesses trahies de l’UE
L’UE
est née avec de grandes ambitions, portées par les Pères fondateurs
comme Robert Schuman, Alcide De Gasperi et Konrad Adenauer. Elle se
voulait un bastion de civilisation européenne, ancré dans des racines
chrétiennes symbolisées par son emblème – douze étoiles sur fond bleu,
évoquant la Vierge Marie du vitrail de la cathédrale de Strasbourg. Mais
aujourd’hui, argue de Villiers, l’UE a renié cette promesse. Ursula von
der Leyen, présidente de la Commission européenne, a récemment déclaré
le 10 décembre 2025 : « Nous devons ouvrir davantage de voies sûres vers l’Europe pour faire face à nos besoins économiques. » Cette politique d’immigration massive, selon lui, favorise un « chassé-croisé démographique » entre l’Europe et l’Afrique, préparant le terrain à un « califat européen » imposé par des groupes comme les Frères musulmans. Le patron du renseignement territorial français a d’ailleurs alerté sur leur infiltration, visant à imposer la charia. L’identité européenne, autrefois célébrée, est en train de s’effacer.
La
deuxième promesse brisée est celle de la paix. L’UE, fille de l’OTAN,
risque de mourir par elle, prévient de Villiers. Les erreurs cumulées :
L’intégration de l’Ukraine dans l’OTAN, le sabotage des accords de Minsk (voirici et ici) et l’envoi annoncé de soldats ont transformé l’Europe en belligérante.
Ignorant les avertissements d’Henry Kissinger, l’UE nous entraîne dans une guerre hors de ses frontières, comme en Ukraine ou potentiellement au Groenland. Au lieu de pacifier, elle militarise et intervient, contrôlant même les exportations d’armement françaises.
Le mirage de la prospérité et de la liberté
La prospérité promise s’est évaporée. Le choc tarifaire douanier imposé par
les États-Unis le 27 juillet 2025 a révélé que l’Europe n’est plus un
allié protégé, mais un marché consommable. Pendant ce temps, la
concurrence chinoise dévore l’industrie européenne, tandis que le
continent décroche dans la « Silicium Economy » du Pacifique. Nos
semi-conducteurs dépendent désormais des États-Unis et de l’UE
elle-même, signant une perte d’autonomie économique. Philippe De
Villiers pointe aussi les nouveaux accords de libre-échange avec l’Inde,
la Malaisie, l’Australie et les Émirats arabes unis, qui resserrent le «
nœud coulant » autour des nations membres. L’agriculture
européenne, berceau de l’UE, est sacrifiée : les protestations des
agriculteurs contre le Mercosur en témoignent, avec des mairies retirant
le drapeau européen en solidarité.
Enfin, la liberté tant vantée cède la place à une servitude numérique. L’UE prépare un système de notation sociale à la chinoise, transformant les citoyens en « QR codes
» fichés, scannés et géolocalisés. Ce virage totalitaire punit déjà les
délits d’opinion et impose une censure croissante. De Villiers évoque
une « pieuvre » super-étatique qui étouffe les nations.
Retrouver la souveraineté : un impératif vital
Pour
de Villiers, le bilan est clair : l’UE est atteinte de « fièvre
mortelle ». Née de promesses, elle s’effondre sous le poids de ses
fruits amers. Il est temps de partir pour reconquérir les quatre
attributs de la souveraineté : faire la loi (au lieu de transposer des
normes), rendre justice (sans ingérence des cours suprêmes), battre
monnaie (l’euro étouffant les alarmes économiques) et déclarer la guerre
(sans marché unique de défense imposé). Comme le disaient les Anciens :
« Le pouvoir, c’est quand on l’a. »
Cette sortie de l’UE, ou « Frexit », n’est pas un saut dans l’inconnu, mais un retour aux fondamentaux de la nation.
Elle
permettrait à la France de négocier ses propres accords, de protéger
son agriculture et son industrie, et de préserver son identité. Dans un
monde où les États-puissances reviennent en force – comme le montre la
capture de Nicolás Maduro marquant la fin de l’ordre post-Guerre froide
–, seule la souveraineté peut nous armer contre la prédation.
Philippe
de Villiers, avec son franc-parler habituel, nous invite à méditer : le
rêve européen est devenu cauchemar. Il est temps d’agir.
B) - La fin programmée des zones à faibles émissions ?
Les Zones à Faibles Émissions (ZFE), ces périmètres urbains
destinés à bannir les véhicules les plus polluants des centres-villes,
sont sur le point de connaître une fin abrupte.
Le 20 janvier 2026, une commission mixte paritaire du Parlement français a validé un compromis actant leur disparition progressive, marquant un tournant majeur dans les politiques écologiques du pays.
Cette décision, issue d’un projet de loi initialement axé sur la
simplification administrative, répond à une vague de contestations
populaires et politiques qui dénoncent ces zones comme un symbole d’écologie déconnectée des réalités sociales. Au cœur des critiques : l’idée que les ZFE orchestrent une véritable « chasse aux pauvres » dans les grandes agglomérations françaises, excluant les classes modestes des cœurs urbains au profit d’une élite plus aisée.
Les ZFE : un outil écologique aux objectifs louables mais contestés
Instaurées par la loi d’orientation des mobilités de 2019 et renforcées par la loi Climat et Résilience de 2021, les ZFE visent à améliorer la qualité de l’air en interdisant progressivement les véhicules classés Crit’Air 3, 4 et 5 dans
les métropoles de plus de 150.000 habitants. À l’origine, 43
agglomérations étaient concernées, avec des villes comme Paris, Lyon,
Marseille ou Toulouse en tête de file. Les bénéfices environnementaux
sont réels : des études montrent une baisse des concentrations de
dioxyde d’azote et de particules fines (même si de nombreuses autres
sources sont aussi responsables), suceptibles de causer des milliers de
décès prématurés annuels en France. Par exemple, à Paris et Lyon, les
niveaux de pollution ont diminué de manière notable depuis leur mise en
place.
Pourtant, ces mesures ont rapidement suscité un tollé. Les
opposants soulignent que les ZFE exacerbent les inégalités sociales en
pénalisant les ménages modestes, contraints de choisir entre l’achat
coûteux d’un véhicule propre ou l’abandon de leurs déplacements
essentiels. Avec 11,4 millions de véhicules impactés – soit près de 29 %
du parc automobile français – ces zones touchent particulièrement
les résidents des périphéries et des zones rurales, où les transports en
commun sont souvent insuffisants ou inexistants. Les aides publiques, jugées inégales et insuffisantes, n’ont pas suffi à atténuer l’impact sur les budgets serrés.
La « chasse aux pauvres » : une exclusion géographique et sociale
Au-delà des arguments environnementaux, les ZFE sont accusées de créer une ségrégation urbaine flagrante.
Dans les grandes agglomérations, ces
zones transforment les centres-villes en enclaves réservées aux plus
fortunés, capables d’investir dans des véhicules électriques ou récents.
Les classes populaires, artisans, forains, travailleurs de nuit et
ruraux se retrouvent relégués à la périphérie, privés d’accès aux
emplois, services publics, commerces et lieux culturels essentiels.
Cette dynamique évoque une « chasse aux pauvres », où l’écologie punitive sert de prétexte à une marginalisation accrue, assignant les modestes à des zones délaissées comme un « bracelet électronique » invisible.
Cette fracture sociale s’inscrit dans une vision plus large de la « France périphérique », où les élites métropolitaines imposent des normes déconnectées des réalités quotidiennes.
Les véhicules anciens, souvent indispensables pour les ménages aux
revenus limités, deviennent des symboles d’exclusion : une vieille
Twingo est bannie tandis qu’une Ferrari récente passe sans encombre.
Ajoutez à cela la hausse des taxes sur l’essence (représentant 60 % du
prix à la pompe), les contrôles techniques sévères et l’obsolescence
programmée des modèles modernes, et l’automobile – pilier de mobilité
pour 80 % des Français – se mue en fardeau insurmontable. Les ZFE
amplifient ce sentiment d’abandon, rappelant les origines des Gilets jaunes en 2018, où une taxe carbone avait déjà cristallisé la colère contre une fiscalité écrasante.
Des sondages révèlent un rejet massif : jusqu’à 80 % des Français souhaitent leur disparition, transcendant les clivages politiques. Les
populations les plus vulnérables, souvent exposées aux pollutions
environnementales dans leurs quartiers populaires, subissent
paradoxalement les effets indirects des politiques de transition, qui
pèsent plus lourd sur leurs budgets. Sans alternatives viables comme des
transports publics renforcés ou des aides substantielles, ces mesures
risquent de transformer les villes en « zones à forte exclusion », creusant les inégalités et alimentant un ras-le-bol généralisé face à un État perçu comme défaillant.
Une mobilisation populaire et parlementaire triomphante
La contestation n’est pas restée lettre morte. Des mouvements citoyens, fédérés par des collectifs comme Stop ZFE,
ont orchestré des manifestations massives, des pétitions et des
alliances transpartisanes impliquant motards, commerçants, artisans et
élus locaux. Des maires de communes périphériques ont refusé d’appliquer
les restrictions, tandis que des sondages commandés par ces groupes ont
mis en lumière un consensus populaire contre ces zones. Cette
mobilisation exemplaire, amplifiée par les réseaux sociaux et des
figures publiques dénonçant le mépris envers les « gueux » de la République, a créé un rapport de force inédit.
Au Parlement, la pression a payé. Dès mars 2025, des amendements
portés par la droite et le Rassemblement national ont été adoptés en
commission, malgré l’opposition du gouvernement. Le 28 mai 2025,
l’Assemblée nationale a voté la suppression des ZFE, une mesure
confirmée en juin malgré des craintes de cavalier législatif. Le
compromis de janvier 2026 supprime le cadre national obligatoire,
laissant aux élus locaux le choix de maintenir ou non ces zones. Cette
victoire, saluée comme une résilience républicaine, défie même les
directives européennes sur la qualité de l’air, risquant des sanctions
de Bruxelles mais affirmant une souveraineté nationale sur les priorités
sociales.
Des enjeux persistants : équilibre entre climat et pouvoir d’achat
Si les ZFE ont permis de considérer sérieusement les problèmes de
polution urbaine, leur suppression soulève des questions sur l’avenir de
la transition écologique. Des voix, comme celle de l’ancienne ministre
Agnès Pannier-Runacher, dénoncent exagérément un recul qui pourrait
coûter des mois d’espérance de vie aux citadins exposés à la pollution.
Cependant, des études soulignent que les bénéfices des ZFE seraient
socialement répartis, y compris pour les plus modestes, surexposés aux
pollutions. Le défi reste donc de concilier impératifs environnementaux
et justice sociale, via des aides élargies, des alternatives de mobilité
et une écologie plus humaniste.
Cette décision parlementaire pourrait marquer le début d’une ère où les politiques vertes intègrent enfin les angoisses sociales,
évitant que l’écologie ne devienne un outil de division. Mais avec des
votes finaux prévus fin janvier 2026 et un possible recours au Conseil
constitutionnel, l’avenir des ZFE reste suspendu à un fil – tout comme
la mobilité des millions de Français modestes.
C) - La France cède encore du terrain : vers une Europe sans frontières ni horizons ultramarins ?
Dans un contexte où
l’intégration européenne semble primer sur les intérêts nationaux, la
France apparaît de plus en plus comme un État en retrait, prêt à diluer
sa souveraineté pour s’aligner sur une vision continentale étriquée.
L’idée
d’une Europe sans frontières, promue comme un idéal de fluidité et
d’unité, masque en réalité une amputation progressive des attributs qui
font la grandeur d’une nation : ses territoires éloignés, ses zones
économiques exclusives et son rayonnement mondial. Les récents développements concernant
Saint-Pierre-et-Miquelon et la Nouvelle-Calédonie illustrent cette
tendance alarmante, où Paris, sous la présidence d’Emmanuel Macron,
semble favoriser des arrangements qui érodent l’autorité française au
profit d’une Europe recentrée sur son cœur continental, expurgée de ses
extensions ultramarines. Cette critique examine ces cas, en
soulignant comment ils contribuent à une perte d’identité et de
puissance, loin des promesses d’une souveraineté partagée.
Saint-Pierre-et-Miquelon : un abandon aérien sous couvert technique
L’archipel
de Saint-Pierre-et-Miquelon, petit joyau français au large des côtes
canadiennes, symbolise parfaitement cette érosion sournoise.
Annick
Girardin, sénatrice de l’archipel et ancienne ministre des Outre-mer, a
récemment alerté le président Macron sur un projet qui vise à
transférer le contrôle d’une partie de l’espace aérien français à
Ottawa.
Plus précisément, il s’agit de la zone
d’approche en dessous de 6.000 pieds (environ 1.800 mètres), justifiée
par des motifs administratifs et techniques. Girardin qualifie cela d’« abandon de souveraineté », affirmant qu’« on ne sous-traite pas sa souveraineté ».
Découvert par hasard mi-décembre, ce plan risque d’être perçu
localement comme un renoncement manifeste, envoyant un signal
d’abdication incompréhensible de la part de la France.
Historiquement,
la souveraineté française dans ce bassin nord-américain n’a jamais été
remise en question. Saint-Pierre-et-Miquelon, en tant que territoire
d’outre-mer (PTOM) lié à l’Union européenne via la France, partage des
similarités avec le Groenland sous souveraineté danoise. Pourtant, ce
transfert aérien ouvre la porte à une dépendance accrue vis-à-vis du
Canada, potentiellement influencée par des accords commerciaux comme le CETA (Accord
économique et commercial global entre l’UE et le Canada). Critiquement,
cela affaiblit la crédibilité diplomatique de Paris, surtout dans un
contexte de tensions croissantes avec les États-Unis sur le Groenland.
Comment la France peut-elle défendre son influence stratégique si elle
ne protège pas ses propres confins ? La sénatrice Girardin propose une
coopération internationale avec le Danemark et le Groenland pour contrer
le « retour assumé des impérialismes », mais l’Élysée semble
sourd à ces appels. Ce cas n’est pas anodin : il préfigure une Europe
qui, pour fluidifier ses relations transatlantiques, sacrifie les marges
françaises, rendant l’Hexagone plus vulnérable et moins global.
Nouvelle-Calédonie : Des accords qui masquent une capitulation progressive
Plus au sud, en Nouvelle-Calédonie,
les accords récents accélèrent cette dynamique de recul souverain.
L’accord Élysée-Oudinot, signé le 19 janvier 2026 sous l’égide de Macron
et de la ministre des Outre-mer Naïma Moutchou, complète celui de
Bougival de juillet 2025. Il instaure un « État calédonien » associé à
la France, avec une citoyenneté locale, des compétences élargies en
fiscalité, immigration et relations internationales (bien que limitées),
un droit à l’autodétermination futur, et des transferts conditionnels
en sécurité, justice et défense. Des investissements massifs de l’État
pour les comptes sociaux, une double nationalité, et la capacité de
signer des traités internationaux tout en maintenant des liens avec la
France pour l’euro et la diplomatie : sur le papier, cela semble
équilibré. Mais en réalité, cela contourne les résultats des référendums
d’autodétermination de 2018 (53,3 % pour le maintien dans la France),
2020 (56,7 %) et 2021 (96,5 %, boycotté par les indépendantistes).
Les
critiques fusent : cet accord dilue le poids des Kanaks autochtones en
ouvrant le corps électoral aux résidents récents, modifiant les
équilibres démographiques. Des voix comme Nicolas Dupont-Aignan y voient
une capitulation préparant une indépendance de facto, un déni de
démocratie. Les loyalistes évoquent un parallèle avec l’exode des
pieds-noirs d’Algérie en 1962, avec perte de propriétés et trahison par
la métropole. Géopolitiquement, la Nouvelle-Calédonie représente 25 %
des réserves mondiales de nickel, essentiel pour les technologies
vertes, et renforce la position maritime française dans l’Indo-Pacifique
via sa zone économique exclusive. Perdre le contrôle expose l’archipel à
l’influence chinoise, américaine ou australienne, affaiblissant Paris
dans un contexte de tensions régionales.
L’accord de juillet 2025, dit « Le Pari de la confiance »,
né des émeutes de mai 2024 (14 morts), crée déjà un « État de
Nouvelle-Calédonie » au sein de la République avec autonomie accrue et
transferts de compétences régaliennes. Macron le salue comme un « chemin d’avenir partagé »,
mais il est perçu comme un renoncement, contredisant la République
indivisible et ouvrant à une fragmentation. Les indépendantistes y
voient une étape vers la souveraineté pleine, les loyalistes un
compromis précaire risquant de nouvelles violences. Cet effet domino
pourrait toucher la Polynésie ou la Réunion, amplifiant la perte
territoriale.
Vers une Europe expurgée : Implications pour l’UE et la souveraineté française
Ces
cas s’inscrivent dans une tendance plus large : une Europe sans
frontières qui, pour se consolider, expurge les territoires ultramarins
ne s’intégrant pas parfaitement à son modèle. Les PTOM comme
Saint-Pierre-et-Miquelon ou la Nouvelle-Calédonie sont des OCT sous
droit UE, hors marché intérieur mais bénéficiant de liens préférentiels.
Pourtant, leur statut hybride – citoyens UE mais territoires éloignés –
pose problème dans une Union obsédée par l’harmonisation. La stratégie
indo-pacifique de Macron, lancée depuis la Nouvelle-Calédonie en 2018,
vante la souveraineté française comme atout européen, mais les
transferts d’autonomie contredisent cela.
Critiquement, ces
abandons affaiblissent la France : perte de 350.000 km² de ZEE dans des
disputes comme celles avec Vanuatu sur des îlots calédoniens, exposition
à des puissances rivales, et repli sur un espace continental amoindri.
L’Europe sans frontières devient une Europe sans ambitions globales, où
la France, jadis impériale, se mue en simple province. Macron, accusé de
faiblesse, ignore les référendums et cède aux pressions, motivé par des
intérêts obscurs. Cette politique contredit le « non » français au traité constitutionnel européen de 2005 et risque un effet domino sur la Corse ou la Guyane.
En
conclusion, ces renoncements ne sont pas des évolutions naturelles mais
des choix politiques qui érodent l’essence de la France. Pour retrouver
sa souveraineté, Paris doit rejeter cette Europe expurgée et réaffirmer
son ancrage ultramarin, sous peine de devenir une nation diminuée dans
un monde multipolaire.
La rencontre Poutine-Witkoff ouvre la voie à des négociations sur l’Ukraine
Dans un contexte géopolitique marqué par des tensions persistantes autour de l’Ukraine, une rencontre significative s’est tenue ce
vendredi au Kremlin entre le président russe Vladimir Poutine et une
délégation américaine menée par Steve Witkoff, envoyé spécial du
président des États-Unis Donald Trump.
Accompagné
de Jared Kushner et de Joshua Grunbaum, conseiller principal à la
Maison Blanche spécialisé dans les questions économiques, Witkoff a
transmis des messages directs de Washington, soulignant une volonté
commune de paix entre Moscou et la Maison Blanche.
Cette entrevue, qualifiée de « substantielle et constructive »
par le conseiller présidentiel russe Iouri Ouchakov, marque un pas
supplémentaire vers un dialogue diplomatique, écho des efforts déployés
depuis la rencontre au sommet d’Anchorage en août dernier.
Un échange franc et confiant au kremlin
La discussion, qui a duré environ quatre heures, s’est déroulée dans une atmosphère de « franchise et de confiance maximales »,
selon Ouchakov. Les représentants américains, tout juste arrivés de
Davos où ils ont participé à des événements aux côtés de Donald Trump – y compris une rencontre avec le président ukrainien Volodymyr Zelensky
–, ont partagé des impressions de première main sur ces échanges. Cette
proximité avec les événements récents a permis d’aborder en profondeur
la crise ukrainienne, avec un accent mis sur la nécessité d’une
résolution politique et diplomatique.
Comme l’a rappelé Ouchakov, Vladimir Poutine a réaffirmé la position russe : une
aspiration sincère à un règlement pacifique, tout en maintenant que la
Russie poursuivra ses objectifs militaires tant qu’une solution
diplomatique n’est pas trouvée. « Nous souhaitons sincèrement un règlement de la crise ukrainienne par des méthodes politiques et diplomatiques », a insisté le président russe, tout en soulignant que les forces armées russes conservent l’initiative stratégique sur le terrain.
Cette déclaration fait écho au discours de Vladimir Poutine lors de la
conférence de presse conjointe avec Trump à Anchorage le 15 août, où il
avait exprimé l’espoir que les ententes russo-américaines ouvrent « la voie vers la paix en Ukraine », en appelant Kiev et les capitales européennes à éviter toute provocation.
Du côté américain, la volonté de paix est tout aussi évidente. L’administration Trump,
par l’intermédiaire de ses émissaires, démontre un désir de comprendre
les racines du conflit et de contribuer activement à sa résolution. Comme l’avait noté Poutine à Anchorage, « nous
voyons l’aspiration de l’Administration américaine et personnellement
du Président Trump à contribuer à la résolution du conflit ukrainien ».
Cette convergence d’intérêts – loin des confrontations de l’ère
précédente – illustre une volonté partagée de passer de la confrontation
au dialogue, bénéfique non seulement pour les deux superpuissances mais
pour la stabilité mondiale.
Des accords concrets pour avancer vers la paix
Les
négociations ont abouti à des avancées tangibles. Dès ce vendredi 23
janvier, une première réunion d’un groupe de travail trilatéral sur la
sécurité – impliquant la Russie, les États-Unis et l’Ukraine – se tiendra à Abu Dhabi. Parallèlement,
un groupe bilatéral russo-américain sur les questions économiques,
dirigé par Kirill Dmitriev (côté russe) et Steve Witkoff (côté
américain), se réunira au même endroit. La délégation russe, déjà
formée et en route pour les Émirats arabes unis, est conduite par
l’amiral Igor Kostioukov, chef de la Direction générale de l’État-major
des forces armées russes. Poutine a personnellement donné des
instructions détaillées à cette équipe, intégrant les éléments discutés
avec les Américains.
Un point central des échanges a été la
question territoriale, indispensable à un règlement durable. Ouchakov a
insisté sur le fait qu’aucune paix ne sera possible sans une résolution
conforme à la « formule convenue à Anchorage », un cadre bilatéral établi lors du sommet d’août qui vise à équilibrer les intérêts des parties.
Cette
approche pragmatique reflète la détermination de Moscou et Washington à
prioriser la diplomatie, tout en reconnaissant les réalités sur le
terrain.
Initiatives économiques et le « conseil de la paix »
Au-delà de l’Ukraine, la rencontre a porté sur des initiatives plus larges. Notamment, l’idée de Donald Trump de créer un « Conseil de la paix » a été discutée, avec une contribution russe proposée à hauteur de 1 milliard de dollars, financée par les actifs russes bloqués sous l’administration précédente.Le
reste de ces réserves pourrait être alloué à la reconstruction des
territoires affectés par les hostilités, une fois un traité de paix
signé entre Moscou et Kiev. Cette proposition symbolise une volonté de transformer les sanctions passées en outils de réconciliation.
Les
discussions ont également effleuré des questions régionales, comme la
situation au Groenland, et le potentiel de coopération bilatérale dans
divers domaines. Ouchakov a souligné que « nos pays ont un énorme potentiel de coopération », marquant un virage conceptuel vers une relation plus constructive.
Les
deux parties se sont engagées à maintenir des contacts étroits, non
seulement sur l’Ukraine mais sur d’autres dossiers internationaux.
Une étape prometteuse dans un contexte fragile
Cette
rencontre au Kremlin, la première impliquant Joshua Grunbaum dans
l’équipe américaine, intervient après une période de gel des relations
bilatérales, qualifiée par Poutine à Anchorage comme la plus basse
depuis la Guerre froide. Elle confirme l’actualité d’un redémarrage du dialogue, préparé minutieusement, et alimente l’espoir d’un règlement en Ukraine. Cependant, comme l’avait averti le président russe, tout progrès dépendra de la coopération de Kiev et de l’Europe, sans « provocations ou intrigues en coulisses ».
En
somme, cette entrevue illustre une volonté de paix affirmée tant par
Washington que par Moscou. L’administration Trump, avec son approche
pragmatique, et le Kremlin, avec son insistance sur des solutions
diplomatiques, semblent alignés pour dénouer la crise. Reste à voir si
les réunions d’Abu Dhabi transformeront ces intentions en actions
concrètes, ouvrant une nouvelle ère de stabilité en Europe de l’Est.
E) - La réponse ironique de Vladimir Poutine au « conseil de paix » de Donald Trump
Dans un monde où les institutions internationales comme
l’ONU peinent à imposer la paix, Donald Trump, fidèle à son style
disruptif, propose un « Conseil de la Paix » comme alternative. Annoncé lors du sommet de Davos le
21 janvier 2026, ce conseil vise à résoudre des conflits majeurs,
notamment à Gaza et en Ukraine, avec un ticket d’entrée d’un milliard de
dollars pour un siège permanent.
Mais lorsque Trump invite Vladimir
Poutine à rejoindre cette initiative, la réponse russe n’est pas une
adhésion enthousiaste : c’est une riposte conditionnelle, teintée
d’ironie, qui met en lumière les limites des négociations américaines.
Comme le soulignent certains observateurs, Vladimir Poutine,
connaissant bien les Américains et Trump en particulier – ce maître des
deals qui négocie tout et n’importe quoi –, ne s’engage pas vraiment.
Cette réponse semble plus une pirouette diplomatique qu’une proposition
économique sérieuse, exposant les faiblesses d’un projet perçu comme une
« ONU version MAGA ».
Le contexte : un conseil de paix à l’américaine
Le « Conseil de la Paix », présidé par Donald Trump lui-même (potentiellement à vie, selon des fuites), est conçu pour contourner l’ONU, jugée inefficace par Washington.
Les membres permanents doivent verser un milliard de dollars, une
somme qui financerait des opérations de paix, à commencer par la
reconstruction de Gaza après des mois de conflit. Trump a envoyé des
invitations à des alliés traditionnels comme la France, l’Allemagne ou
le Canada, mais aussi à des figures jugées controversées par
l’establishment : Vladimir Poutine, Javier Milei (Argentine), Viktor
Orban (Hongrie), Recep Tayyip Erdogan (Turquie), et même Luiz Inacio
Lula da Silva (Brésil). Le Kremlin a confirmé le 19 janvier que Vladimir
Poutine avait reçu cette invitation via des canaux diplomatiques, et
qu’il demandait à son ministère des Affaires étrangères d’étudier la
proposition. Donald Trump, de son côté, a rapidement affirmé à Davos que
Vladimir Poutine avait « accepté », mais cela semble une déclaration hâtive qui ignore les nuances russes.
Cette initiative s’inscrit dans une phase deux du plan Trump pour
Gaza, après un cessez-le-feu fragile obtenu sous pression américaine.
Mais au-delà du Moyen-Orient, elle touche l’Ukraine : Trump voit ce
conseil comme un levier pour négocier avec Moscou, potentiellement en
reliant les avoirs russes gelés (environ 300 milliards de dollars
bloqués depuis 2022) à des accords de paix.
La riposte russe : conditions et ironie sous-jacente
La réponse de Vladimir Poutine, diffusée lors d’une réunion du Conseil de sécurité russe le 21 janvier, est tout sauf une capitulation.
Il accepte en principe d’étudier
l’invitation et de payer le milliard requis, mais avec une condition
astucieuse : prélever cette somme sur les avoirs russes gelés aux
États-Unis.
Les fonds restants pourraient servir à reconstruire les territoires
ukrainiens endommagés et à aider la Palestine, en soulignant les « relations particulières » entre Moscou et le peuple palestinien. Cette proposition force Washington à « rendre » indirectement de l’argent perçu comme « détourné » par les sanctions, tout en liant l’Ukraine et Gaza – deux fronts où les intérêts russes et américains s’opposent.
Ici réside l’ironie profonde : Vladimir Poutine ne négocie pas
vraiment. Connaissant Donald Trump, cet homme d’affaires qui transforme
toute discussion en deal opportuniste, le leader russe sait que les
Américains excellent dans les promesses non tenues. Depuis leur amitié
affichée lors du premier mandat de Trump (marquée par des sommets comme
Helsinki en 2018), Poutine a vu les volte-face : sanctions persistantes,
soutien à l’Ukraine sous Biden, et maintenant une invitation qui sent
le piège. En posant des conditions impossibles sans concessions majeures
de Washington (comme lever les gels d’avoirs), Vladimir Poutine
transforme l’offre en une « moquerie ». Ce n’est pas une
négociation économique sérieuse – après tout, un milliard est une goutte
d’eau pour la Russie – mais une façon de « ridiculiser » l’arrogance
américaine. Comme le note Dmitri Peskov, porte-parole du Kremlin, Moscou
veut « clarifier toutes les nuances » avec les États-Unis, une formule diplomatique pour dire : « Nous ne nous précipitons pas dans votre piège. »
Réactions internationales : scepticisme et rejets
Les réactions ne se font pas attendre. La France, invitée mais dubitative, n’entend pas donner suite, estimant que le projet « soulève des questions majeures ».
L’Allemagne et d’autres alliés européens partagent ce scepticisme,
craignant une marginalisation de l’ONU et une légitimation de figures
comme Poutine ou Loukachenko (Biélorussie). En Russie, les médias d’État
présentent cela comme une ouverture, mais les analystes y voient une
stratégie pour regagner des actifs perdus. Sur les réseaux, comme sur X,
des voix comme celle de François Asselineau qualifient cela de « réponse du berger à la bergère », soulignant l’humour piquant de Vladimir Poutine.
Géopolitiquement, ce épisode illustre un
monde multipolaire où les puissances comme la Russie ou la Chine
(potentiellement invitée via les BRICS) ne se soumettent plus aux
diktats américains.
Donald Trump, en invitant Vladimir Poutine, espère diviser pour
régner, mais risque d’exposer les faiblesses de son conseil : sans
consensus large, il pourrait devenir une farce impériale.
L’ironie comme arme diplomatique
En fin de compte, la réponse de Vladimir Poutine n’est pas une
négociation authentique, mais une ironie calculée. Connaissant les
Américains et Donald Trump – ce négociateur en série qui voit le monde comme un casino
–, le président russe utilise cette invitation pour retourner la
situation à son avantage, sans céder un pouce. Ce n’est pas économique,
c’est stratégique : une façon de rappeler que la paix ne s’achète pas à un milliard. Dans ce contexte, le « Conseil de la Paix » risque de rester une chimère trumpienne, tandis que la multipolarité s’affirme, ironie du sort.
F) - L’Europe, vassale des États-Unis : une dépendance géopolitique inéluctable ?
En 2026, l’Europe se trouve à un carrefour historique,
marquée par une dépendance croissante vis-à-vis des États-Unis. Ce qui
était autrefois une alliance transatlantique équilibrée s’est muée en
une relation asymétrique, où l’Union européenne (UE) agit souvent comme
un simple prolongement des intérêts américains. Cette « vassalisation »
– un terme de plus en plus employé par les analystes – s’illustre par
des accords commerciaux imposés, une subordination militaire via l’OTAN
et une rupture forcée avec la Russie, accélérée par la guerre en
Ukraine. Basé sur des analyses récentes, cet article explore comment
l’Europe est devenue un « jouet » des États-Unis, selon l’expression de Günther Burbach, et les voies possibles pour retrouver une souveraineté stratégique.
Les racines historiques de la dépendance : du plan Marshall à la fin de la guerre froide
La vassalisation de l’Europe n’est pas un phénomène récent, mais le fruit d’une évolution post-Seconde Guerre mondiale.
Le
Plan Marshall, lancé en 1947 par les États-Unis, a fourni une aide
massive à l’Europe dévastée, mais en échange d’une intégration
économique centrée sur le dollar.
Avec seulement 1
milliard de dollars en prêts initiaux, les États-Unis ont forcé la
moitié du continent à adopter le billet vert pour rembourser,
établissant ainsi une suprématie monétaire qui perdure. L’OTAN, créée en 1949, a scellé cette dépendance militaire :
comme l’a dit Lord Ismay, son premier secrétaire général, l’alliance visait à « garder les Américains dedans, les Allemands en bas et les Russes dehors ».
La fin de la Guerre froide en 1991 aurait pu marquer l’émancipation de l’Europe. Au lieu de cela, l’élargissement de l’OTAN et de l’UE a approfondi la dépendance. Les États-Unis ont promu l’ « élargissement »
des démocraties de marché sous leur parapluie sécuritaire, transformant
l’Europe en une sphère d’influence américaine. Depuis les années 1990,
les pays européens ont démilitarisé, profitant d’un « dividende de la paix » qui a réduit leurs budgets défense, les rendant encore plus tributaires de Washington. Aujourd’hui, l’Europe représente 5 % de la population mondiale, mais sa voix géopolitique est étouffée par cette subordination.
La guerre en Ukraine : accélérateur de la vassalisation
La
crise ukrainienne, déclenchée en 2014 par le Maïdan et exacerbée par
l’invasion russe de 2022, a servi de catalyseur. Les États-Unis ont
investi plus de 5 milliards de dollars en « promotion de la démocratie »
en Ukraine avant 2014, selon Victoria Nuland, alors sous-secrétaire
d’État. Armes, formations militaires et intégration d’ONG américaines
ont aligné Kiev sur l’Occident, sans adhésion formelle à l’OTAN, isolant
ainsi la Russie de l’Europe. Le sabotage des pipelines Nord Stream
en 2022 a forcé l’UE à se détourner du gaz russe bon marché, optant pour
du gaz naturel liquéfié (GNL) américain, vendu à prix premium.
Cette
rupture énergétique n’a pas accru l’autonomie européenne ; elle l’a
remplacée par une nouvelle dépendance. Des terminaux GNL en Allemagne
(Wilhelmshaven, Brunsbüttel) illustrent cette bascule, au détriment de
l’industrie européenne, qui souffre de coûts énergétiques élevés et
d’une déindustrialisation accélérée. Le rapport RAND de 2019, « Extending Russia », révèle une stratégie américaine pour affaiblir Moscou en exploitant les divisions européennes. Résultat : l’Europe paie le prix économique, tandis que les États-Unis renforcent leur hégémonie.
L’accord commercial de 2025 : symbole d’une capitulation économique
L’accord commercial signé en juillet 2025 entre Donald Trump et Ursula von der Leyen marque un point d’inflexion. Présenté comme un « compromis »,
il impose à l’UE d’importer 750 milliards de dollars de gaz de schiste
américain et d’investir 600 milliards aux États-Unis, tout en subissant
des tarifs douaniers de 15 % sur ses exportations clés (voitures,
machines, semi-conducteurs). Les produits américains entrent quasi
duty-free, transformant l’Europe en un marché captif. Trump a exploité la dépendance militaire : l’OTAN, avec son « parapluie nucléaire » et ses systèmes cyber, logistiques et satellitaires, est devenu un levier pour exiger des paiements.
Les élites européennes, comme von der Leyen (vue comme « ambassadrice de Washington« )
et Friedrich Merz (ex-BlackRock), gèrent cette impuissance sans
résistance réelle. Macron critique timidement, mais reste silencieux sur
les sanctions américaines ou la déindustrialisation. Cette dépendance
s’étend aux logiciels (Microsoft, AWS, Palantir), à la finance (dollar
dominant, SWIFT) et à la défense (F-35, systèmes antimissiles). Un
scénario hypothétique – Trump exigeant 2.000 milliards d’euros annuels
pour la protection – expose l’absence de « plan B » européen.
Vers une autonomie stratégique ? les défis et les perspectives
Malgré les appels à l’« autonomie stratégique » –
un concept cher à Emmanuel Macron et Josep Borrell – l’Europe peine à
s’affirmer. Le Conseil européen des relations étrangères (ECFR) avertit que l’UE devient un « vassal »
des États-Unis, perdant son indépendance en suivant la stratégie
anti-Chine de Washington. Des accords bilatéraux hors OTAN émergent
(comme entre le Royaume-Uni et l’Allemagne), et l’UE accélère ses
capacités de défense communes, mais ces efforts sont surpassés par
l’expansion de l’OTAN et la doctrine américaine.
Pour inverser la
tendance, l’Europe doit construire une défense souveraine (avec la
France, l’Italie, les pays scandinaves), un commandement cyber
indépendant, des partenariats énergétiques diversifiés (Afrique, Asie,
Amérique latine) et une souveraineté numérique (nuages propres, puces,
normes). Restaurer des canaux diplomatiques avec la Russie, sans
œillères idéologiques, est crucial. Sinon, l’Europe risque de se replier
en une « coquille géopolitique vide ».
Trump n’est pas le
problème, mais un miroir de l’oubli européen de l’indépendance. Face à
des empires comme la Chine, la Russie et les États-Unis, l’UE doit
choisir : fédération et autodétermination, ou déclin en vassal divisé.
L’enjeu n’est pas seulement économique, mais civilisationnel : l’Europe
doit-elle rester un centre de pouvoir, ou un simple théâtre des grandes
puissances ?
Il y a quelque chose de révélateur dans le fait qu'une vaste bureaucratie politique décide de sanctionner un simple analyste suisse pour avoir contredit le discours officiel sur l'Ukraine.Si vos arguments sont solides, vous débattez avec lui.Si votre légitimité est incontestable, vous l'ignorez.Recourir à une liste de sanctions, c'est signaler autre chose : que le récit que Bruxelles fait de cette guerre – et de son propre rôle – n'est peut-être pas assez solide pour résister à un examen ouvert et sans filtre.
L'UE a commencé à utiliser son régime de sanctions contre la Russie non seulement contre les oligarques et les responsables, mais aussi contre les analystes occidentaux.
En décembre, Bruxelles a inscrit Jacques Baud – un citoyen suisse résidant en Belgique – sur sa liste de sanctions.Non pas pour avoir financé la guerre ou dirigé des unités cybernétiques, mais pour ses commentaires sur l'Ukraine et l'OTAN, qualifiés de « propagande pro-russe » et de « désinformation ».Gel des avoirs, interdiction de voyager dans toute l'UE, aucune condamnation pénale, aucun procès.
Il n'est pas nécessaire d'être d'accord avec Baud pour constater le problème.Lorsqu'un organe politique peut sanctionner la liberté d'expression par décret de politique étrangère, la frontière entre défense de la démocratie et gestion de l'orthodoxie s'estompe.
Mon nouvel article analyse les conséquences de ce précédent pour les citoyens européens ordinaires, qui subissent déjà le coût financier de la guerre et qui voient désormais se restreindre progressivement ce qu'ils peuvent dire sans risque sur les événements qui nous ont menés à cette situation.
L'affaire Jacques Baud : la liberté d'expression est-elle en train de mourir en Europe ?
Les
sanctions, quasi saluées par les médias romands, témoignent du mépris
croissant pour la liberté d'expression des élites continentales. Et me
rappellent une autre affaire, vieille de presque 50 ans
“Un individu controversé, apprécié des médias complotistes”
Jacques Baud, ancien colonel de l’Armée suisse, analyste en stratégie et ancien membre du renseignement stratégique suisse, vient donc d’être sanctionné, par le Conseil de l’Union Européenne. Vous en aurez peut-être entendu parler à la RTS, dans l’émission Forum,
où il était décrit comme “un individu controversé”, qui se voit
sanctionner “après la propagandiste suisso-camerounaise Nathalie Yamb”.
“Apprécié
des sites complotistes, (…) l’ancien fonctionnaire est aussi apparu
dans un congrès antivaccins et conspirationniste à Winterthour”
Le ton y était donné très rapidement :
“L’UE
le qualifie de “porte-parole de la propagande pro-russe” et l’accuse de
diffuser des théories du complot, comme l’idée que Kiev aurait
orchestré sa propre invasion pour rejoindre l’OTAN. Présent dans des
médias complotistes ou pro-russes…”
Le tout présenté
avec une photo du Kremlin à l’arrière-plan, du meilleur goût, comme
vous le verrez dans cet extrait, dans lequel on précise que Jacques Baud
a refusé de répondre aux questions de la rédaction :
On notera que Jacques Baud conteste avoir “refusé de répondre”.
Il était simplement indisponible quand ils lui ont demandé de
commenter, et ils ne l’ont jamais rappelé, ce qui est tout de même,
comment le dire poliment, très différent de ce qui était affirmé ci-dessus.
Mais peut-être préférez-vous lire la presse ? Le quotidien 24 Heures, par exemple?
Vous y aurez lu la même information, et surtout trouvé le même vocabulaire. Morceaux choisis :
“Apprécié
des sites complotistes, (…) l’ancien fonctionnaire est aussi apparu
dans un congrès antivaccins et conspirationniste à Winterthour”
Le
ton est donné : si la décision de sanctionner Jacques Baud est
présentée de façon plutôt objective et neutre, le vocabulaire choisi
pour qualifier l’analyste, lui, ne l’est pas du tout.
On ne sent guère de sympathie pour Jacques Baud.
De la sympathie, il en aurait pourtant besoin. Ce qui l’attend risque d’être difficile.
“Impossible de payer mon loyer, mes assurances, mes impôts…”
Les
sanctions européennes, qui incluent blocage de l’accès aux comptes
bancaires et interdiction de voyage ou de survol au sein de l’UE, sont
très loin d’être symboliques. Pour s’en faire une idée, le mieux est
sans doute de lire ou d’écouter le témoignage de Nathalie Yamb, la
“propagandiste suisso-camerounaise” (on appréciera une fois de plus le
vocabulaire choisi) dont il était question plus haut, sanctionnée, elle,
depuis juin 2025 :
Il est techniquement
interdit à quiconque de l’aider financièrement, même pour un café ou un
cadeau, sous peine de risquer la prison pour « contournement des
sanctions », une infraction pénale. L’État allemand ne lui accorde
l’accès qu’à environ 56 euros par mois
“L'une
après l'autre, mes cartes de crédit sur des comptes en Suisse, en
Afrique et dans des banques en ligne ont été bloquées. Mes comptes
eux-mêmes ? Bloqués. Mes cryptos, inaccessibles.
Mes comptes PayPal et GoFundMe, fermés. Tout comme mes comptes Amazon, Airbnb, Booking, eBay. (…)
Impossible
de payer mon loyer, mes assurances. mes impôts, mes avocats, mes
médicaments. Impossible d'acheter un billet d'avion, d'écouter de la
musique, de regarder Netflix, de prendre un Uber, de passer une commande en ligne, de régler une note d'hôtel.
Mais
il y a mieux : impossible de retourner en Suisse pour gérer les
urgences puisque les sanctions comprennent une interdiction de survol du
territoire de l'Union européenne alors que la Suisse y est complètement
enclavée, entourée par la France, l'Autriche, l'Allemagne et l'Italie.
une dinguerie.”
C’est cette “dinguerie” qui est promise à Jacques Baud : être
prisonnier d’un seul pays, celui où il réside actuellement, la Belgique,
sans possibilité de revenir en Suisse (qui “étudie” la possibilité de
reprendre les sanctions), et connaître une détresse économique à peu
près inévitable.
Hüseyin Doğru,
citoyen allemand résidant à Berlin, sanctionné, lui, en mai de cette
année, décrit une situation où lui et sa famille (dont les avoirs ont
aussi été gelés) sont complètement privés de revenus. Il explique qu’il
est techniquement interdit à quiconque de l’aider financièrement, même
pour un café ou un cadeau, sous peine de risquer la prison pour «
contournement des sanctions », une infraction pénale. L’État allemand ne
lui accorde l’accès qu’à environ 56 euros par mois de ses propres
fonds, une somme évidemment incompatible avec une vie normale pour un
père de famille à Berlin.
Pire, chaque paiement (comme des
frais médicaux ou un loyer) nécessite une permission spéciale des
banques centrales ou des ministères, qui peuvent arbitrairement refuser
des demandes légales, comme le paiement pour le remplacement d’une carte
d’identité.
C’est d’une violence inouïe.
Existe-t-il des voies de recours ?
Pas
vraiment. Puisqu’il n’existe aucune loi interdisant d’être
“propagandiste”, aucune infraction n’a été commise, aucun procès n’a eu
lieu, aucun jugement n’a été rendu. Il s’agit d’une décision politique
et administrative, basée sur une conception de la “guerre hybride” qui
permet d’assimiler la parole à une arme.
Saisir la Cour de
Justice de l’UE n’entraînera aucun effet suspensif. Pire encore, les
sanctions, même si elles étaient levées, pourraient être rétablies
immédiatement après (c’est déjà arrivé). Ces sanctions sont conçues pour
conduire à la mort sociale et économique de la personne qu’elles
visent, et pour un citoyen suisse résidant en Belgique, leur efficacité
risque d’être redoutable.
“Un porte-parole de la propagande pro-russe” ?
Qu’a fait Jacques Baud pour mériter restriction de ses mouvements et pauvreté ?
Il sert de porte-parole à la propagande pro-russe et élabore des
théories du complot, accusant par exemple l’Ukraine d’avoir orchestré sa
propre invasion afin de rejoindre l’OTAN.
Très bien, prenons ces accusations l’une après l’autre.
Est-il un “porte-parole de la propagande russe” ?
On
voit mal comment cette accusation pourrait être défendue face à un juge
ou un jury. Heureusement pour le Conseil de l’UE, il n’aura pas à se
justifier devant quelque instance juridique que ce soit.
Dans plusieurs interviews récentes (1, 2),
Jacques Baud s’en défend. Il affirme n’avoir aucune connexion avec la
Russie, aucun bien en Russie, n’avoir jamais reçu d’argent de la Russie.
Il évite soigneusement d’apparaître dans des médias russes, refusant
toutes les invitations, pourtant nombreuses. Finalement, Il utilise
exclusivement, dans ses analyses, des sources occidentales ou
ukrainiennes. Si le Conseil de l’Union Européenne devait défendre cette
accusation devant un tribunal, gageons que la tâche serait impossible,
parce que c’est tout simplement faux.
A-t-il au moins “accusé l’Ukraine d’avoir orchestré sa propre invasion afin de rejoindre l’OTAN ?”
Il
s’en défend aussi. Il se serait contenté, comme beaucoup d’autres
d’ailleurs, d’attirer l’attention sur une déclaration d’un conseiller de
Zelenski, Oleksiy Arestovych, datant de 2019 et largement partagée sur les réseaux sociaux.
C’est Arestovytch lui-même qui avait, donc, déclaré :
“Avec une probabilité de 99,9%, le prix à payer pour rejoindre l’OTAN est une guerre totale avec la Russie.”
Jacques
Baud n’accuse pas, il présente seulement un témoignage, venant d’une
source crédible. Ici aussi, on voit mal comment cette accusation
pourrait être défendue face à un juge ou un jury.
Heureusement pour le Conseil de l’UE, il n’aura pas à se justifier devant quelque instance juridique que ce soit.
Un coupable manque d’enthousiasme pour la stratégie européenne
S’il n’est pas “porte-parole de la propagande pro-russe”, que reproche-t-on vraiment
à Jacques Baud ? Excellente question. L’explication la plus plausible,
c’est que Jacques Baud est avant tout condamné pour son rejet, argumenté
et, surtout, persuasif, de la stratégie occidentale, en particulier
européenne, face à la guerre entre l’Ukraine et la Russie, qu’il voit
comme une aventure sans issue favorable possible pour la population
ukrainienne.
“sur l’Ukraine, avoir eu raison quand tant d’autres se sont plantés, c’est être dans le camp de Poutine. “
Depuis
2022, l’ancien officier n’a cessé d’argumenter, au travers
d’interviews, d’articles et de livres, que l’impasse sanglante actuelle
est le fruit d’un aveuglement stratégique occidental. Il soutient que le
conflit était évitable si les accords de Minsk n’avaient pas été
instrumentalisés pour préparer la confrontation, et accuse Washington et
ses alliés d’avoir sciemment bloqué les opportunités de paix au
printemps 2022 dans le seul but d’affaiblir le Kremlin. Il dénonce aussi
une arrogance occidentale qui, en sous-estimant la résilience
économique et militaire russe et en gommant la réalité complexe du
Donbass, a fini par sacrifier l’Ukraine dans une guerre par procuration
inefficace.
Comme le soulignait, dans un article antérieur aux sanctions, le Journal du Dimanche, Jacques
Baud a, souvent, eu raison contre et surtout avant tout le monde, se
montrant beaucoup plus réaliste que des médias occidentaux qui
présentaient constamment l’armée russe comme étant au bord de
l’effondrement.
Le JDD concluait :
En d’autres termes, sur l’Ukraine, avoir eu raison quand tant d’autres se sont plantés, c’est être dans le camp de Poutine.
C’est plutôt bien résumé.
Jacques
Baud est donc puni pour avoir rejeté une guerre dont la poursuite à
tout prix est voulue par des dirigeants européens qui ne semblent guère
se préoccuper des morts ukrainiens. “J’ai de la peine avec les gens qui
font la guerre avec le sang des autres”, a-t-il notamment déclaré.
Il
est absurde d’affirmer qu’un homme sans aucun lien financier avec la
Russie soit un porte-parole de la propagande russe. Et comme nous
l’avons vu, il n’a pas non plus “accusé l’Ukraine d’avoir orchestré sa
propre invasion”. Tout est faux. Jacques Baud est en réalité sanctionné
pour avoir exercé sa liberté d’expression, pour avoir dénoncé sans
relâche l’absurdité de la stratégie occidentale en Ukraine, et pour
l’avoir fait d’une façon sourcée, argumentée, et, malheureusement pour
lui, persuasive.
Dans l’indifférence complète des médias
traditionnels, la RTS se permettant même d’être mollement hostile à cet
“individu controversé” “présent dans les médias complotistes”, les
autorités européennes viennent en somme, tout simplement, de punir un
citoyen suisse pour ses opinions.
Il n’a pas été averti à
l’avance des sanctions, n’a pas pu défendre son point de vue. Il n’a pas
non plus de réelle possibilité de recours. L’Etat veut, et va,
peut-être, détruire la vie d’un homme, limitant ses déplacements,
bloquant ses sources de revenus, simplement parce qu’il dénonce une
stratégie guerrière qu’il juge insensée.
Cela ne vous rappelle rien ?
Moi, si.
Un très vieux souvenir venu d’une autre époque.
Andrei Sakharov, des différences importantes, et… des similitudes inquiétantes
Nous sommes en 1980, début janvier. En pleine guerre froide. Un autre
homme, Andrei Sakharov, est sur le point, lui aussi, de commettre le
crime de s’opposer au récit officiel concernant une autre guerre,
l’invasion de l’Afghanistan par l’URSS.
Ce jour-là, bravant la
doctrine officielle du Kremlin, le physicien dissident et prix Nobel
soviétique appelle publiquement l'ONU et le gouvernement soviétique à
organiser le retrait des troupes d'Afghanistan. Il avertit que cette
rupture de l'équilibre des forces en Asie centrale risque de provoquer
une escalade incontrôlable menant à une troisième guerre mondiale
nucléaire.
Il faut toutefois souligner
évidemment un point fondamental : si la logique de la sanction est
comparable (neutraliser une voix dissidente par des moyens
administratifs), l’intensité de la coercition est incomparablement plus
brutale dans le cas soviétique (comme on s’y attend).
Sakharov,
comme Jacques Baud, dispose d’une expertise reconnue. Il est le père de
la bombe H, et à ce titre comprend mieux que quiconque les risques
d’une escalade militaire. Comme Baud également, il conteste la vision
proposée par son gouvernement de la guerre (une aide fraternelle à un
régime allié). Selon lui, c’est évidemment une guerre d’agression.
Enfin, comme Baud toujours, il ne cherche pas la polémique, mais
conteste posément le calcul cynique de ses dirigeants, qui misent sur un
gain géopolitique permanent au prix de dommages diplomatiques jugés
temporaires. Il propose une désescalade pour restaurer la stabilité
stratégique régionale.
Les réactions ne se font pas attendre, et,
comme prévu, elles sont très différentes selon de quel côté du rideau de
fer on se place. Pour les médias publics soviétiques, Sakharov est un
traître. Pour une majorité des médias occidentaux, il devient “la
conscience morale de l’URSS”.
Le récit alternatif
de la guerre qu’il propose est naturellement rejeté par les autorités
soviétiques, tout comme l’est, aujourd’hui, celui de Baud par les
autorités européennes. Et il se voit, comme Baud, sanctionné. Il faut
toutefois souligner immédiatement un point fondamental : si la logique de la sanction est comparable (neutraliser une voix dissidente par des moyens administratifs), l'intensité
de la coercition est incomparablement plus brutale dans le cas
soviétique (comme on s’y attend de la part d’un régime totalitaire
avéré), même si la comparaison de la sévérité des mesures, révèle, comme
on le verra, quelques surprises.
Assigné à résidence à Gorki, Sakharov n’est pas seulement limité dans ses mouvements, comme Baud, mais prisonnier
de son propre domicile. Son accès à l’information se voit strictement
limité. Et il sera à plusieurs reprises, notamment lors de ses grèves de
la faim, maltraité physiquement. Son intégrité physique n’était pas
respectée par les autorités soviétiques, ce qui n’est pas le cas de
Jacques Baud et de ses compagnons suspendus.
Sur le
plan financier, en revanche, on pourrait argumenter qu’Andrei Sakharov a
été mieux traité que Jacques Baud. Certes, on lui retire par décret ses
titres de «Héros du travail socialiste», lui donnant accès à des primes
mensuelles substantielles, une retraite dorée, l’accès aux magasins Beryozka
(produits occidentaux), une datcha et une voiture avec chauffeur. Il
perd aussi l’accès à ses économies en devises étrangères (les droits
d’auteur de ses livres à l’Ouest et son prix Nobel), bloquées par la
Vneshtorgbank, la banque du commerce extérieur. En revanche, resté
membre de l’Académie des sciences, il continuera à toucher son salaire
d’académicien (400 roubles) et ne sera jamais exclu du système
monétaire. Il pouvait payer en liquide n’importe où et accéder à son
salaire librement.
Il faudra attendre plus de 6 ans pour qu’Andrei Sakharov soit finalement réhabilité par Mikhaïl Gorbatchev.
Autre époque, même intolérance à la critique
Je
suppose qu’il ne se trouve pas beaucoup de journalistes à la RTS parmi
mes lecteurs. S’il y en avait, il est probable qu’ils glousseraient et
poufferaient en découvrant ma comparaison entre Jacques Baud et Andrei
Sakharov.
Qu’on en arrive à trouver, sans
trop d’effort de notre imagination, des similitudes entre l’URSS de 1980
et l’Union Européenne de 2025 devrait, dans un monde normal, suffire à
nous alarmer.
Quoi, comparer une “conscience morale” à un
“individu controversé” ? Comparer un homme brutalisé et assigné à
résidence à un homme dont l’intégrité physique n’a jamais été menacée,
et qui peut se déplacer librement en Belgique, où il réside?
Je
n’affirme pas que les deux situations soient semblables. Elles ne le
sont pas. Je me borne à signaler que le motif des sanctions, lui, est
exactement le même : ces deux hommes sont punis pour avoir eu le culot
d’exercer leur liberté d’expression en contestant la stratégie guerrière
de leurs autorités politiques respectives.
Qu’on en arrive à
trouver, sans trop d’effort, des similitudes entre l’URSS de 1980 et
l’Union Européenne de 2025 devrait, dans un monde normal, suffire à nous
alarmer. D’autant que ce régime de sanctions administratives n’est, et
de loin, pas la seule menace qui pèse sur la liberté d’expression en
Europe.
La liberté d’expression est en danger en Europe
Il y a aussi le Digital Services Act,
ou DSA, qui impose aux plateformes des obligations de suppression de
contenus jugés “nocifs” (désinformation, discours de haine), avec des
amendes massives (jusqu’à 6% du chiffre d’affaires mondial). Les
contenus à censurer sont signalés en priorité par des ONG, désignées de
façon très orwellienne comme “signaleurs de confiance” (évidemment)
triées sur le volet.
Lucy Connolly, une femme d’une quarantaine d’années, a ainsi été condamnée à 31 mois de prison pour un tweet
Il y a enfin le projet Chat Control,
qui menaçait de rendre obligatoire le scan systématique de tous les
messages, y compris sur des messageries encryptées, mettant un terme
définitif à la protection de la sphère privée en ligne en Europe.
Fortement contesté, le texte est en voie de révision, mais il n’a pas
été retiré.
On observe plus généralement, sur tout le
continent, une désacralisation de la liberté d’expression, qui se
manifeste aussi bien dans les discours que dans les actes. La France
arrête Pavel Durov, le fondateur de la messagerie cryptée Telegram. En
Allemagne, le rédacteur en chef du média conservateur
Deutschland-Kurier est condamné à sept mois de prison avec sursis pour
un tweet satirique visant la ministre de l’Intérieur qu’il accusait de…
détester la liberté d’expression !
C’est
probablement au Royaume-Uni que la répression est la plus massive. Des
dizaines de milliers de personnes y sont arrêtées pour des tweets chaque
année. Lucy Connolly, une femme d’une quarantaine d’années, a ainsi été
condamnée à 31 mois de prison pour un tweet impulsif, raciste et
violent, pourtant vite regretté et effacé. Isabel Vaughan-Spruce,
militante pro-life, a été arrêtée et inculpée pour
avoir simplement prié silencieusement, à distance d’un centre qui
pratique des IVG, sans tenir aucune pancarte ni avoir adressé la parole à
qui que ce soit. Quant à Graham Linehan, célèbre scénariste irlandais
il a été arrêté à son arrivée à l’aéroport d’Heathrow à Londres par cinq
policiers armés et placé en détention pendant plus de 12 heures ,
interrogé et menotté, pour… trois tweets critiquant l’idéologie
transgenre.
Andreï Sakharov, père de la bombe H soviétique, est passé de savant du régime à dissident emblématique de l’URSS. Après avoir contribué à l’arme la plus destructrice de l’histoire, il a risqué sa vie pour dénoncer les dérives du pouvoir soviétique et défendre les droits humains.
Une résistance inattendue venue des Etats-Unis
On
attendra en vain une prise de conscience des élites européennes, qui,
depuis des années, sont tout autant acquises que les journalistes de la
RTS à l’idée que la liberté d’expression doit être strictement contrôlée
pour éviter désinformation (notamment antivax), propagande (notamment russe), et discours de haine (dont la définition ne cesse de s’élargir pour inclure un nombre croissant de groupes protégés).
Ironie
suprême, cette toute petite sanction a transformé les plus fervents
disciples européens de la censure et du contrôle en ardents défenseurs
des libertés
Le salut viendra-t-il, alors, des
Etats-Unis ? L’administration Trump, qui est elle-même loin d’être
exemplaire dans son respect de la liberté d’expression, se montre
pourtant de plus en plus critique à l’encontre des velléités européennes
de censure des plateformes numériques , et vient tout juste de sanctionner plusieurs de ses principaux architectes, dont le français Thierry Breton, qui, loin de voir, lui, sa vie détruite par des sanctions, se fait simplement interdire d’entrer sur le sol américain.
Ironie
suprême, cette toute petite sanction, qui aura été, elle, rapportée
avec la plus digne des sobriétés par la RTS, a soudain transformé les
plus fervents disciples européens de la censure et du contrôle en
ardents défenseurs des libertés ! Thierry Breton dénonce ainsi un “vent de McCarthysme”, tandis qu’Ursula Von der Leyen fait la leçon aux Etats-Unis, leur rappelant fermement que “la liberté d’expression est le fondement de notre forte et vive démocratie européenne” (il fallait oser).
J’ai d’abord beaucoup ri.
(On me jure que c’est encore permis. Pour l’instant.)
Mais
ensuite, j’ai pensé à Jacques Baud et à toutes les personnes
suspendues, privées de leur liberté de mouvement et de leurs moyens de
subsistance parce que la détestation par l’Etat de la liberté de dire et
de penser est exactement la même en 2025 qu’en 1980.
Pensée
pour eux. Je vous laisse avec une petite biographie de Sakharov, qui,
surtout si vous êtes moins vieux que moi, vous apprendra sûrement
quelque chose :
Jacques Baud, ancien colonel suisse, affirme être ciblé par l'Union européenne pour ses analyses controversées sur le conflit en Ukraine. Sanctionné depuis le 15 décembre 2025, il est bloqué à Bruxelles et dénonce une atteinte à sa liberté d'expression.
L'ex-colonel Jacques Baud sanctionné par l'UE
A quel point ce retraité suisse est-il dangereux?
Jacques
Baud, ancien colonel suisse, affirme être ciblé par l'Union européenne
pour ses analyses controversées sur le conflit en Ukraine. Sanctionné
depuis le 15 décembre 2025, il est bloqué à Bruxelles et dénonce une
atteinte à sa liberté d'expression.
Jacques Baud, ancien colonel de l'armée suisse et ex-collaborateur du
Service de renseignement stratégique, affirme que l'on cherche à le
faire taire parce que ses analyses seraient politiquement indésirables.
Lors d'un entretien avec un vidéoblogueur français, il s'est comparé à
Julian Assange, le fondateur de Wikileaks, poursuivi et détenu durant
des années par les autorités américaines après la publication de
documents secrets.
Mais,
dans le cas de Jacques Baud, le «persécuteur» ne serait pas les
Etats-Unis, mais l'Union européenne. Et au lieu d'être emprisonné, il se
retrouve bloqué à Bruxelles. Le 15 décembre, l'UE a inscrit le
ressortissant suisse sur sa liste de sanctions liées à la Russie.
Bruxelles lui reproche de servir de relais à la propagande russe,
d'apparaître régulièrement dans des médias prorusses et de diffuser des
récits émanant de Moscou.
Les Russes présentés comme des libérateurs
Depuis
le début de la guerre en Ukraine, en février 2022, de nombreuses
interviews et prises de position de Jacques Baud circulent sur les
réseaux sociaux, les forums et les canaux Telegram. Il a notamment
affirmé que l'invasion russe n'était «certainement pas dirigée contre la
population ukrainienne» et qu'elle aurait été provoquée par de
prétendues attaques ukrainiennes dans les régions de Lougansk et de
Donetsk. Il a également remis en question publiquement le massacre de
Boutcha.
L'Union européenne lui reproche en outre de diffuser des théories du
complot, par exemple l'idée selon laquelle l'Ukraine aurait elle-même
mis en scène la guerre afin d'obtenir son adhésion à l'OTAN. Jacques Baud conteste ces accusations et affirme n'avoir fait que citer une source ukrainienne.
Les
sanctions prises à son encontre sont lourdes: ses comptes ont été
gelés, toute aide financière dans l'UE est interdite, et une
interdiction d'entrée et de transit est en vigueur. Se trouvant
actuellement en Belgique, il n'est pas certain qu'il puisse rentrer en
Suisse. Ses avocats ont déposé des recours auprès du Conseil européen et
de la Cour de justice de l'Union européenne. Dans la «Weltwoche»,
Jacques Baud qualifie sa situation de «pire que la prison».
«Comme un roi au Moyen Age»
Pour
les détracteurs de l'Union européenne, en Suisse comme à l'étranger,
l'affaire est une aubaine. Jacques Baud est présenté comme un symbole du
prétendu recul de la liberté d'expression en Europe. Lui-même soigne sa
mise en scène: dans les «médias alternatifs», sur YouTube et sur les
réseaux sociaux, il met en garde contre des dérives autoritaires et
multiplie les comparaisons radicales. Comme au Moyen Age, affirme-t-il,
un «roi» déciderait seul de qui est coupable. Dans son cas, ce «roi»
serait le Conseil européen.
Jacques Baud déplore l'absence du
droit d'être entendu et parle d'une condamnation sans procès. Il omet
toutefois de préciser que l'efficacité des sanctions repose précisément
sur leur mise en oeuvre sans avertissement préalable, notamment
lorsqu'elles concernent des avoirs financiers.
Il s'est également
exprimé dans une longue interview de 90 minutes accordée à Roger Köppel,
son soutien médiatique et rédacteur en chef de la «Weltwoche». Il y a
dénoncé le manque de soutien de la Suisse, affirmant bénéficier d'appuis
dans tous les pays, sauf le sien. Selon lui, son cas ferait l'objet de
discussions ministérielles à l'étranger et serait même suivi aux
Etats-Unis par la directrice des services de renseignement. Aucun
élément ne vient étayer ces affirmations. Le Département fédéral des
affaires étrangères indique par ailleurs que Jacques Baud n'a,
jusqu'ici, pas sollicité la protection consulaire suisse.
Des reproches peu détaillés
Face
aux autres rédactions suisses, Jacques Baud se montre nettement plus
discret. Il n'a notamment pas répondu à une sollicitation de Blick. Les
accusations précises formulées par l'Union européenne restent floues.
Les informations communiquées depuis Bruxelles sont succinctes et aucun
détail n'est fourni sur d'éventuels flux financiers ou des contacts
directs avec Moscou. Selon la «NZZ am Sonntag», les reproches détaillés
figureraient dans un document classifié.
De son côté, Jacques Baud
nie avoir diffusé de la propagande. Il affirme d'ailleurs ne jamais
être apparu dans les médias russes afin d'éviter toute
instrumentalisation. Cette affirmation est toutefois incomplète. La
chaîne internationale Russia Today ne s'est pas contentée de reprendre
ses déclarations: Jacques Baud a également été invité à deux reprises
dans l'émission «Going Underground», intégrée aux plateformes de Russia
Today.
Durant l'été 2024, il a par ailleurs déclaré que la Russie
ne cherchait pas à conquérir de nouveaux territoires en Ukraine. Selon
lui, l'unique objectif de l'«intervention» serait de protéger la
population du Donbass contre les forces armées ukrainiennes. Il
reprenait ainsi des arguments centraux avancés par Vladimir Poutine pour
justifier l'invasion de l'Ukraine en février 2022.
L'UE entend poursuivre sa politique de sanctions
Jacques
Baud n'est pas le seul en Europe à relayer ce type de récits. Reste à
savoir ce que signifie l'élargissement de la politique de sanctions de
l'UE aux présumés propagandistes. Le gouvernement allemand a en tout cas
annoncé vouloir poursuivre sa lutte contre la désinformation. «Toute
personne qui s'engage sur ce terrain doit s'attendre à ce que ce qui est
arrivé à Jacques Baud puisse lui arriver également», a déclaré un
porte-parole du ministère allemand des Affaires étrangères lors d'une
conférence de presse.
Cette position alimente les spéculations. Le
rédacteur en chef de la «Weltwoche», Roger Köppel, pourrait lui aussi
être concerné. Depuis le début de la guerre, il s'est rendu à plusieurs
reprises en Russie et a rencontré des propagandistes d'Etat. Certains
médias allemands évoquent une «connexion suisse à Moscou».
Reste
enfin la question de la réaction de la Suisse face à une éventuelle
nouvelle intervention de ce type de la part de l'Union européenne. Dans
le cas de Jacques Baud, les autorités fédérales se sont jusqu'ici
abstenues de tout commentaire public.