Affichage des articles dont le libellé est UE. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est UE. Afficher tous les articles

août 25, 2026

Dans la mesure où les États-Unis s'affaiblissent, le monde sera apaisé - Peter SCHIFF ! End the FED

Si les États-Unis s'affaiblissent, le monde sera soulagé

Je n'investis pas dans les actions tchèques ; le patron de la banque centrale américaine ment ; et le tout dernier lauréat du prix Nobel d'économie ne comprend rien à l'économie.  

Tout cela a été dit par Peter Schiff, qui avait prédit dans le détail la crise actuelle.


Vous avez été l'un des rares à prédire avec une grande précision la crise actuelle ; les événements se sont déroulés presque exactement comme vous l'aviez annoncé.  

Comment évaluez-vous vos chances d'obtenir un siège au Sénat américain, une candidature que vous envisagez depuis peu ? 

J'y réfléchis encore. Je n'ai pas encore officiellement annoncé ma candidature. La situation sera claire d'ici la fin du mois, ou au plus tard en septembre. Quant à mes chances ? Je l'ignore. Elles sont probablement inférieures à 50 %. Je pense toutefois que ma victoire n'est pas impossible. L'histoire montre que des personnes comme moi peuvent être élues, même si, d'ordinaire, ce genre de profil ne brigue pas ce type de mandat. 

 À qui pensez-vous en particulier ? 

Par exemple à Ron Paul, représentant du Texas. Nous partageons une philosophie économique similaire. Nos positions ne sont pas strictement identiques, mais très proches. 

Êtes-vous favorable à la suppression de la banque centrale américaine ? Ron Paul, lui, l'est... 

 Abolir la Fed du jour au lendemain serait très difficile. 

Par quoi la remplacerions-nous ?  

Certes, sa suppression pourrait être une bonne chose, j'en conviens, mais comment procéder concrètement ?  

Ce serait sans doute très ardu. Il est plus simple de la réformer. 

Comment ? 

En la transformant. En modifiant sa mission. En changeant son mode de fonctionnement pour la rendre moins politique et plus indépendante. Je souhaiterais une Fed qui n'achète pas d'obligations d'État et qui n'imprime pas de monnaie simplement pour colmater les brèches de la dette publique. Je ne veux pas que la banque centrale devienne une machine à générer de l'inflation. Je souhaite également que les taux d'intérêt soient fixés différemment. Il ne devrait pas s'agir d'une décision — ou d'une simple estimation — prise par quelques personnes, mais d'un prix déterminé par le marché. Car les estimations de taux sont souvent mauvaises et réalisées sous pression politique. Cette pression conduit à des taux artificiellement bas, ce qui alimente la formation de bulles spéculatives et déforme l'économie tout entière, comme nous le constatons aujourd'hui. À mon sens, réformer la Fed serait préférable à sa suppression pure et simple. Comme nous disons aux États-Unis, mieux vaut le diable que l'on connaît. Si l'on confiait le pouvoir d'émettre de la monnaie directement au Congrès, la situation économique pourrait finalement s'avérer encore pire. 

Le pire de la crise est-il derrière nous ?  

Les derniers chiffres semblent quelque peu optimistes. L'indice boursier de référence Standard & Poor’s 500 a franchi la barre des mille points, pour la première fois depuis un certain temps. 

Pas du tout, en ce qui concerne l'Amérique : tout ne fait que commencer. Il faut bien comprendre que la Bourse a chuté d'environ 50 % en très peu de temps ; la hausse actuelle était donc, en réalité, prévisible. Pourtant, beaucoup se sont laissé aller à croire à tort que la hausse des marchés boursiers signifiait la fin de la crise. Le marché est à nouveau aveugle. 

À nouveau ? 

N'oublions pas que la récession a débuté en décembre 2007. À peine deux mois auparavant, les indices Standard & Poor’s 500 et Dow Jones avaient atteint des sommets historiques. Le marché donnait l'impression que tout allait pour le mieux, alors même que nous étions au bord de la pire crise depuis la Grande Dépression des années 1930. Les marchés boursiers n'ont donc aucune idée de ce qui se passe réellement. Par conséquent, la hausse actuelle des marchés ne signifie pas que la crise est terminée. La progression de la Bourse ne traduit pas nécessairement une croissance de l'économie.

Le secteur financier (banques, compagnies d'assurance et autres institutions) a-t-il au moins surmonté le pire ? 

Les problèmes de la sphère financière ont peut-être été temporairement écartés, mais au prix de conséquences à long terme bien pires. Les pertes subies par le secteur financier – qui ont conduit plusieurs institutions au bord de la faillite – sont toujours là ; elles ont simplement été socialisées par un transfert vers le bilan de la Réserve fédérale (Fed). En outre, nous avons pris un certain nombre de mesures qui continuent d'affaiblir l'économie. Nous avons tenté d'atténuer la douleur liée à l'impact de la crise, mais, à mon avis, nous avons davantage aggravé la situation que si nous n'étions pas intervenus du tout. Nous avons encore plus éloigné le système économique mondial de son équilibre. Or, c'est ce déséquilibre mondial qui est la cause même de la crise. La crise financière n'était que la manifestation d'une crise économique plus profonde, et celle-ci est loin d'être terminée. Au contraire, elle ne cesse de s'aggraver. 

Que pensez-vous des interventions des responsables politiques ? 

En voulant résoudre la situation, ils ont plongé le pays dans des problèmes encore plus graves. L'argent qui nous a endettés davantage a été utilisé de manière improductive : pour stimuler la consommation et pour accroître les dépenses publiques. Nous ne nous sommes pas endettés pour réaliser des investissements en capital ou pour améliorer les infrastructures. Tout ce que les responsables politiques ont fait au cours de l'année écoulée pour répondre à la crise s'est résumé à creuser davantage la dette. Nous avons fait exactement la même chose avec l'argent emprunté qu'avant la crise : nous l'avons dépensé. Il a servi à financer la consommation, l'appareil d'État et la prime à la casse. Nous continuons donc de sombrer, par notre propre faute malheureusement. Notre situation est pire qu'il y a six mois ou qu'il y a un an, et elle va encore se dégrader. 

Que pensez-vous de la prime à la casse américaine (« Cash for Clunkers ») ? 

C'est encore un exemple de la façon dont nous faisons tout de travers. La dernière chose dont ce pays ait besoin, c'est d'encourager les gens à s'endetter davantage. Or, c'est précisément ce à quoi conduit la prime à la casse. Elle incite des personnes qui ne sont pas endettées à contracter une dette. Le principe est le suivant : vous possédez une voiture, elle est à vous, vous n'avez plus de crédit dessus, vous l'avez déjà « gratuitement » ; on vous paie pour la mettre à la casse, afin que plus personne ne puisse l'utiliser. Ensuite, vous devrez contracter un emprunt pour en acheter une neuve : vous vous endetterez. C'est tout simplement la chose la plus stupide que nous puissions faire. 

En Europe, de nombreux pays mettent également en place des primes à la casse – comme l'Allemagne et le Royaume-Uni, par exemple – et cette mesure sera probablement introduite en République tchèque aussi. 

Eh bien, évidemment. L'Amérique n'a pas le monopole de la stupidité ! Mais pour nous, les conséquences seront plus graves, car l'Allemagne, par exemple, jouit d'une meilleure santé financière. C'est une chose qu'une personne relativement riche agisse de manière insensée, et c'en est une autre qu'un pauvre criblé de dettes perde la raison. L'Allemagne peut tout simplement se permettre de faire des bêtises, car sa situation est meilleure que celle de l'Amérique. Mais cela ne signifie pas pour autant qu'il faille le faire. 

Quelle région sera, au bout du compte, la plus durement touchée par la crise : les États-Unis, l'Union européenne ou l'Asie – la Chine, par exemple ? 

Sans aucun doute, les États-Unis. 

Et comment s'en sortiront les marchés émergents, notamment ceux d'Europe centrale et orientale, et plus particulièrement la République tchèque ? 

Je pense qu'ils s'en sortiront bien mieux ; ils s'en tireront relativement facilement.

Recommandez-vous d'investir en Europe centrale et orientale, notamment en République tchèque et en Pologne ? 

Je n'investis pas beaucoup dans cette région ; je ne la suis pas de très près. Je ne détiens aucune action tchèque. 

Et qu'en est-il des autres régions ? 

Je pense que la vitesse de reprise de l'économie mondiale dépendra avant tout de la rapidité avec laquelle l'économie américaine s'effondrera. Je suis convaincu que le reste du monde croule sous les problèmes principalement parce qu'il soutient l'économie américaine. À long terme, ce soutien étranger constitue le problème majeur, y compris pour les États-Unis eux-mêmes. Les capitaux étrangers permettent à notre situation de continuer à se dégrader. Les investisseurs étrangers continuent d'acheter des obligations du Trésor américain et de soutenir le dollar, permettant ainsi à notre gouvernement de nuire davantage à l'économie. Ils permettent à l'Amérique de s'endetter encore plus et de s'enfoncer dans une insolvabilité potentiellement plus grave, ce qui entraînerait des pertes encore plus lourdes pour le reste du monde. Ils fragilisent notre économie en élargissant la marge de manœuvre de l'administration américaine. 

 Comment inverser la tendance ? 

 Il faudrait affaiblir le gouvernement pour permettre aux entités privées, aux entrepreneurs et aux entreprises de se renforcer. Toutefois, une telle démarche se heurterait actuellement au soutien étranger croissant dont bénéficient les États-Unis. Il faut que les investisseurs étrangers cessent d'acheter des obligations américaines ; malheureusement, il est également nécessaire que le dollar baisse pour refléter la baisse de productivité des travailleurs américains. L'Amérique doit adopter une politique économique capable d'enrayer ce déclin. Le dollar va baisser, mais pas jusqu'à zéro ; l'enjeu est de fixer un plancher. Pour y parvenir, nous devons relever les taux d'intérêt et réduire la taille de l'État, c'est-à-dire faire exactement l'inverse de ce que nous faisons actuellement.

Vous êtes un partisan de ce que l'on appelle l'école autrichienne d'économie. 

Comment en êtes-vous arrivé là ? 

Mon père m'y a initié avant même que j'entre au lycée. Je n'ai donc jamais été endoctriné par le keynésianisme, pas même à l'université de Berkeley, où il était pourtant très enseigné. Le keynésianisme n'a jamais obscurci mon jugement. J'ai compris dès le départ de quoi il s'agissait, ce qui m'a permis d'anticiper bien des choses. Avant la crise, j'analysais tout à travers le prisme de l'école autrichienne ; c'est pourquoi j'ai fait preuve d'une plus grande clairvoyance que les autres. Je disposais de meilleurs outils pour comprendre l'ensemble des événements. Les keynésiens font fausse route sur toute la ligne. 

Quel économiste de l'école autrichienne préférez-vous ? Friedrich von Hayek ou Ludwig von Mises ? 

Oui, ce sont deux grandes figures. Mais il y en a d'autres, comme Murray Rothbard et Henry Hazlitt, ainsi que des partisans de l'école autrichienne issus du monde de l'investissement, tels que Marc Faber ou Jim Rogers (des spécialistes de l'investissement très présents ces derniers temps dans les médias financiers internationaux, note de L.K.). 

Observez-vous un regain d'intérêt pour ce courant économique en raison de la crise ? 

 Oui, beaucoup plus de gens s'y intéressent aujourd'hui. Il suffit de voir la demande pour le livre d'Ayn Rand, *La Grève* (*Atlas Shrugged*) ; bien qu'elle soit objectiviste, elle est proche de l'école autrichienne. L'intérêt grandit à mesure que l'économie décline. Internet offre un excellent moyen de diffuser des idées ; on trouve aussi beaucoup de contenu sur YouTube, où l'on peut voir nombre de mes prédictions. Les gens peuvent ainsi revenir en arrière, voir ce que je disais et comparer avec ce qui s'est réellement passé. Ils se demandent alors : « Pourquoi Schiff avait-il raison alors que les autres avaient tort ? » En cherchant des informations à mon sujet, ils en découvrent beaucoup sur l'école autrichienne. Et ils se disent : « Ce type défend l'école autrichienne et a prédit la crise ; il doit bien y avoir du vrai là-dedans... » 

Le keynésianisme est-il dépassé ? 

Avec le recul, les keynésiens passent pour des imbéciles. Tout le monde voit désormais à quel point ils avaient tort. Récemment, un groupe d'économistes a adressé une lettre à la reine d'Angleterre pour s'excuser de ne pas avoir prédit la crise. Mais s'ils ne l'ont pas prédit, c'est tout simplement parce qu'ils n'y connaissent rien en économie ! Les hypothèses sur lesquelles reposent leurs théories sont erronées : le keynésianisme ne fonctionne tout simplement pas. Et ce n'est pas seulement parce que les théories de Keynes ont été mal appliquées : elles sont, en elles-mêmes, une absurdité totale. 

 Cela me rappelle qu'au début du millénaire, Paul Krugman (figure de proue du keynésianisme et lauréat du prix Nobel l'année dernière, note de L.K.) préconisait de fait de gonfler davantage la bulle immobilière, la présentant comme l'un des meilleurs moyens de sortir du ralentissement économique survenu après l'éclatement de la bulle technologique... 

 À lire ses écrits, Krugman encourageait presque la Fed à gonfler délibérément la bulle immobilière. Krugman ne comprend tout simplement pas l'économie, bien qu'il ait reçu un prix Nobel dans ce domaine. Cela prouve simplement que ceux qui décident de l'attribution de ce prix n'y comprennent rien non plus. Il y a tout simplement beaucoup de fous en économie.

Craignez-vous davantage la déflation ou l'inflation à l'heure actuelle ? 

De nombreux keynésiens mettent en garde contre la déflation. 

C'est parce qu'ils ne comprennent pas ce que sont la déflation et l'inflation. En réalité, il s'agit d'une baisse du volume de la masse monétaire dans le cas de la déflation, et d'une augmentation lorsqu'on parle d'inflation. Nous nous dirigeons vers une inflation véritablement massive. Les prix des biens et services augmenteront encore plus vite que ceux des actions et de l'immobilier. La valeur des actifs baissera donc par rapport aux prix à la consommation. Un environnement inflationniste est principalement dû à la nature de la monnaie actuelle, qui n'est adossée à rien et que les banques centrales peuvent créer littéralement à partir de rien. Comme l'a déclaré Ben Bernanke dans l'un de ses discours, la Fed peut générer de l'inflation à tout moment en imprimant de la monnaie. Toutefois, en termes réels (par exemple, en considérant la quantité d'or que l'on peut acheter avec une somme donnée), je pense que les prix baisseront. Le prix des actifs tels que les actions et l'immobilier diminuera également en termes réels, tout comme celui des biens et services. Ainsi, si vous disposiez actuellement d'une épargne hypothétique en or, les actions, les logements, les biens et les services seraient moins chers pour vous dans deux ou trois ans. En revanche, si vous épargnez en dollars, les biens et services seront nettement plus chers pour vous à cette même échéance. 

Pourquoi ? 

 Parce que la masse monétaire en dollars va augmenter. La quantité d'or croît très lentement, alors que celle de dollars augmente de façon exponentielle. 

Cela peut-il mener à une hyperinflation ?  

C'est une hypothèse qui est même évoquée... 

 C'est absolument le pire scénario possible. Personnellement, je ne m'attends pas à une hyperinflation. 

 Quel taux d'inflation prévoyez-vous alors ? 

Je ne sais pas exactement quel sera ce taux ; aux États-Unis, il se situera autour de vingt ou trente pour cent. Mais l'hyperinflation correspond à une hausse bien plus importante du niveau des prix, comme ce fut le cas sous la République de Weimar ou, actuellement, au Zimbabwe. Cela pourrait également arriver aux États-Unis ; cette possibilité existe toujours. Et cela deviendra une certitude si nous poursuivons la politique actuelle. Mais je crois que nous changerons de cap avant qu'il ne soit trop tard. 

 La Fed dispose-t-elle d'une stratégie potentiellement efficace pour retirer de la circulation, le moment venu, toute la monnaie qui y a été injectée ?  

Non, une telle stratégie n'existe pas. 

Pourtant, Bernanke a récemment affirmé avec conviction (le 21 juillet 2009, note de L.K.), dans un article du *Wall Street Journal*, qu'il disposait d'une stratégie. 

Il n'a rien. Il ment. Le mensonge, voilà sa stratégie. Il a toujours menti sur quelque chose. Souvenez-vous : lorsque les problèmes liés aux prêts hypothécaires à risque ont fait surface, il assurait qu'il n'y avait aucune raison de s'inquiéter et que tout était sous contrôle. Soit c'est un parfait imbécile, soit c'est un menteur. Je ne pense pas qu'il soit un imbécile. C'est un homme intelligent ; il a enseigné à Princeton. C'est donc un menteur. Ces prêts hypothécaires à risque... il était évident, même pour moi, qu'il s'agissait d'un problème majeur et que nous courions à la catastrophe, alors que je ne disposais pas de toutes les informations détaillées auxquelles Bernanke avait accès. Il devait le savoir, lui aussi. Par conséquent, il a menti au public.

Pourquoi ? 

Peut-être pense-t-il que mentir est acceptable, que c'est normal. Qu'il est de son devoir de présenter les choses sous un jour favorable. Il sait que la psychologie joue un rôle important sur les marchés. Que s'il déclare aux médias que tout ira pour le mieux, cela finira par se réaliser. Il ne dira donc jamais : « Nous avons mal agi sur ce point. » S'il ment, ce n'est probablement pas par malhonnêteté, mais parce qu'il a conscience de l'importance cruciale de la psychologie des marchés. Il cherche simplement à gagner du temps grâce à ses déclarations rassurantes. Il en va de même pour la politique du dollar fort : elle repose sur le simple fait d'affirmer que nous menons une telle politique. Quant à la stratégie d'injection massive de liquidités, c'est la même chose : elle consiste à dire que nous avons une stratégie. 

Bernanke devrait-il être reconduit à la tête de la Fed ? 

Non, absolument pas. 

Qui devrait alors lui succéder ? 

Moi, bien sûr ! (Rires.) Mais plus sérieusement : je ne sais pas qui ils vont nommer. Peut-être que Paul Volcker (président de la Fed de 1979 à 1987, note de L.K.) pourrait revenir ; il fait actuellement partie de l'administration Obama. 

Vous aviez remarquablement prédit la crise actuelle. Toutefois, certains commentateurs, comme Mike Shedlock, soulignent que depuis lors, vous avez formulé une douzaine de prédictions majeures qui ne se sont pas réalisées. De plus, les clients de votre société d'investissement ont dû essuyer des pertes allant jusqu'à 70 % l'année dernière. 

Eh bien, Mike Shedlock cherchait simplement à se faire de la publicité pour sa petite société d'investissement. Oui, Euro Pacific Capital compte de nombreux clients – environ quinze mille comptes clients. Certains ont-ils enregistré une baisse de 70 % l'année dernière ?  

Oui, c'est exact. Regardez la Bourse chinoise : elle a également chuté de 70 % l'an dernier. Quiconque y a investi massivement a subi des pertes similaires. Mais cette année est à nouveau exceptionnelle. La plupart de nos clients ont déjà vu leur capital doubler, ou s'en rapprochent ; certains ont même triplé leur mise, voire plus. Nous investissons beaucoup en Chine. 

Pour quelle raison ? 

Prenons l'exemple de Hong Kong. Au cours des six dernières années, la bourse locale a enregistré une croissance annuelle moyenne de 30 %, même en tenant compte de la chute de 70 % survenue l'an dernier. Sur la même période, les marchés américains ont affiché un rendement annuel d'environ 3 %. Ainsi, sur ces six années, le rendement des investissements en Asie a été dix fois supérieur à celui des investissements aux États-Unis. Pourtant, des observateurs comme Shedlock se focalisent uniquement sur cette année-là et insistent sur les pertes subies. Que recommandait Shedlock à ses propres clients ? D'acheter des obligations d'État. Or, c'est précisément la pire année pour ce type d'actifs ! 

Que conseillez-vous à vos clients ? 

De diversifier leurs placements : surtout, ne pas tout miser sur une seule carte, ne pas se cantonner au dollar, mais acheter des devises et des actions étrangères ainsi que des métaux précieux. Quiconque a suivi une telle recommandation — qu'elle vienne de moi ou d'un autre — a connu une période très fructueuse entre 2000 et 2007 ; certes, ces investisseurs ont aussi traversé une année 2008 difficile — je ne le nie pas — mais ils connaissent aujourd'hui une nouvelle période exceptionnelle. Ceux qui ont suivi mes conseils et investi à l'étranger cette année s'en sortent bien mieux que ceux qui ont investi aux États-Unis. Il n'y a qu'en 2008 qu'il valait mieux rester sur son « marché intérieur », mais ce fut la seule année de ce genre au cours de la dernière décennie.

D'accord, mais vous avez forcément eu tort à un moment donné. 

 L'année dernière, je me suis surtout trompé concernant la forte appréciation du dollar. C'est l'une des principales raisons pour lesquelles mes clients ont enregistré des pertes en 2008. Mais le dollar a depuis reperdu la moitié de ce qu'il avait gagné à l'époque. Je pense que d'ici la fin de l'année, le dollar sera encore plus bas que son plus bas niveau de l'an dernier. Les pertes liées aux investissements en devises étrangères, constatées par certains de mes clients, se transformeront ainsi en bénéfices. J'estime que 90 % de mes clients ayant obtenu de mauvais résultats l'année dernière s'en sortiront mieux cette année. Et pour beaucoup d'entre eux, de manière significative. 

Comme vous l'avez dit, vous misez beaucoup sur l'Asie. Certains soutiennent que le boom asiatique, en particulier en Chine, est alimenté par l'inflation de la masse monétaire et du crédit plutôt que par la productivité croissante des entreprises. 

 Oui, la masse monétaire en Chine augmente, en raison de l'arrimage imprudent de la monnaie chinoise au dollar ; les Chinois importent notre politique financière à contrecœur. Mais le fait est que, malgré les manœuvres insensées du gouvernement chinois, les Chinois travaillent dur, sont productifs et épargnent ; autrement dit, ils agissent correctement. Le dynamisme du marché local l'emportera sur les excès commis par Pékin. 

 Et les « camarades » finiront-ils par voir clair ? 

Je pense qu'en fin de compte, le gouvernement s'en rendra compte et abandonnera sa politique monétaire peu judicieuse, notamment cet arrimage au dollar. L'environnement économique de toute la région Asie du Sud-Est deviendra alors très favorable. Comme au Japon. Les entreprises fournissant des matières premières, les sociétés d'extraction, etc., s'en sortiront bien. 

Cela semble presque exagérément optimiste. 

On dit de moi que je ne présente que des visions sombres, mais je suis un grand optimiste quant à l'amélioration de la qualité de vie et du niveau de vie de ces milliards de personnes vivant en dehors des États-Unis. Je suis très pessimiste lorsque je pense à ce qui attend les trois cents millions d'Américains. Mais si nous prenons les bonnes mesures en tant que pays, si nous acceptons de faire des sacrifices dès maintenant, si le gouvernement et la banque centrale font preuve de raison, alors je suis très optimiste, même pour l'avenir de l'Amérique. Si nous répétons nos erreurs, alors je vois les choses en noir.  

Peter Schiff

Peter Schiff (46 ans) Il suffit de taper, par exemple, « Peter Schiff avait raison » sur YouTube pour comprendre immédiatement pourquoi le président de la société d'investissement Euro Pacific Capital est devenu une telle vedette : il a prédit la crise actuelle de manière plus convaincante que quiconque. Mais hors du monde de la finance, c'est comme si sa détermination s'évanouissait : si on l'interroge sur sa musique de prédilection, son restaurant new-yorkais favori ou simplement sur la couleur qui lui tient le plus à cœur, ce père divorcé d'un garçon de bientôt sept ans peine à donner une réponse satisfaisante… 

CANDIDAT AU CONGRÈS. « Mes chances ? Un peu moins de cinquante pour cent », estime Peter Schiff.

 

Une version abrégée de cet entretien, réalisé à New York, a été publiée dans le numéro 33 de *Týden* le 17 septembre 2009.

https://www.lukaskovanda.cz/en/interviews-with-nobelists/peter-schiff/ 

# 

Peter Schiff

Peter Schiff, né le 23 mars 1964, est un économiste américain, disciple de l'école autrichienne d'économie. Ancien conseiller économique auprès du candidat libertarien à l'investiture républicaine, Ron Paul, il est célèbre pour avoir annoncé la crise actuelle en s'appuyant sur la théorie autrichienne du cycle économique.  

Présentation

Il est diplômé en économie de l'université de Berkeley en 1987, puis travaille pour un broker, Shearson Lehman. Il rachète avec un associé une affaire de broker-dealer et la renomme Euro Pacific Capital. Il continue à conseiller à ses clients de fuir le dollar pour des monnaies plus sures comme le franc suisse, le dollar de Singapour, l'or et l'argent.

Son père, Irwin Schiff (1928-2015), est considéré par les libertariens comme un prisonnier politique : il a été condamné à 13 ans de prison, sans avoir pu se défendre correctement, pour avoir refusé de payer ses impôts.

Vues sur l'économie américaine

Reprenant les théories autrichiennes, il a souligné que l'économie américaine actuelle, en s'appuyant sur un mécanisme d'endettement vis-à-vis du reste du monde, ne pouvait connaître qu'une croissance économique éphémère, l'emmenant tout droit à la crise. Il qualifie ainsi le mécanisme d'endettement pour consommer un « schéma de Ponzi », sur le modèle des systèmes pyramidaux. Ne s'appuyant pas sur la constitution de capital, cet état ne pouvait durer.

Cependant, c'est la réaction du gouvernement américain à la crise qui est la pire des catastrophes, ce dernier cherchant à prolonger la bulle par l'injection de centaines de milliards plutôt que de restaurer des fondamentaux sains.

A cette fin, il n'existe qu'une solution : réduire drastiquement l'intervention étatique dans l'économie et mettre un terme aux énormes subventions accordées au système bancaire. C'est uniquement avec un tel remède douloureux que l'économie américaine pourrait repartir, alors que l'administration Obama l'entraine dans une récession longue selon Schiff.

Popularité

La justesse de ses analyses ont fait de lui l'un des analystes les plus écoutés aux États-Unis : invité sur les principaux plateaux de télévision, deux de ses derniers livres sont également dans les cinq ouvrages les plus vendus en matière d'investissement.

Il est candidat à l'investiture républicaine pour le poste de sénateur du Connecticut.

Citation

  • « Nous avons une économie fondée sur les mêmes principes que les investissements de Bernie Madoff. C'est une économie de Ponzi. Elle n'est pas réelle. Nous n'épargnons plus et nous ne produisons plus rien. »[1]

Notes et références

  1. "He Saw It Coming", Fortune, 2 février 2009, p.19

Ouvrages

  • 2007, Crash Proof: How to profit From the Coming Economic Collapse, ISBN 0470043601
  • 2008, The Little Book of Bull Moves in Bear Market, ISBN 047038378X
  • 2009, Crash Proof 2.0: How to Profit From the Economic Collapse, 2e édition, ISBN 047047453X
  • 2010, The Little Book of Bull Moves, Updated and Expanded: How to Keep Your Portfolio Up When the Market Is Up, Down, Or Sideways, ISBN 0470643994
  • 2010, How an Economy Grows and Why it Crashes, John Wiley & Sons, ISBN 047052670X

Liens externes

https://www.wikiberal.org/wiki/Peter_Schiff


Les banquiers vivent de l'inflation

 Sommaire:

A) - Les banquiers vivent de l'inflation

B) -  Jesús Huerta de Soto

C) - Inflation

D) - Déflation


 La Réserve fédérale a ouvert ses portes en novembre 1914 et le dollar ne s’est pas redressé depuis. 

 En 1914, un dollar achetait ce qu'on achète aujourd'hui à environ 30 dollars. Ce chiffre provient directement du calculateur d’inflation du Bureau of Labor Statistics. La banque centrale que votre gouvernement vous avait promis de « stabiliser les prix » a présidé à une destruction de 99 % du pouvoir d’achat. En un peu plus d'un siècle. Tout un palmarès. Cela compte pour vous personnellement car les salaires sont payés en dollars, les économies sont stockées en dollars et les comptes de retraite sont libellés en dollars. 


 

Chaque fois que la Fed augmente la masse monétaire (ce qu’elle a fait de manière agressive en 2020, augmentant M2 de plus de 25 % en une seule année), elle dilue chaque dollar que vous détenez déjà. Vous n'avez pas voté sur ce transfert. Personne ne vous l'a demandé. Ludwig von Mises a publié « La théorie de la monnaie et du crédit » en 1912, un an avant l'adoption de la loi sur la Réserve fédérale. La création monétaire profite à ceux qui la reçoivent en premier : les banques, le Trésor, les emprunteurs politiquement connectés. Au moment où cet argent atteint votre salaire ou votre compte d’épargne, les prix se sont déjà ajustés à la hausse.  

Richard Cantillon a décrit ce processus dans les années 1730 : l'effet Cantillon. L’or a conservé son pouvoir d’achat pendant des siècles. Le dollar, géré par des technocrates experts dotés d’un pouvoir illimité en matière d’impression monétaire, a perdu presque toute sa valeur en 112 ans. Tirez vos propres conclusions.
@Handre

 

 

mai 29, 2026

Nouvelles d'un Monde de Paix à un Monde de Puissances....de totalitarisme !

Sommaire:

A) - Quand les protagonistes d’un conflit ne veulent pas céder, le pire est à craindre pour les autres.

B) - Mathias Desmet : la psychologie du totalitarisme technocratique qui étouffe l’Occident

C) - Facturation électronique obligatoire : la mafia euro-bruxelloise impose le contrôle fiscal total et la fin de la liberté de commercer

D) - Prédation chronopolitique : l’Iran, Israël et le mensonge diplomatique du temps

E) - Le Grand Entretien avec Peer de Jong – Guerres, puissances et chaos mondial : Où va le monde ?

 


 

 

A) - Quand les protagonistes d’un conflit ne veulent pas céder, le pire est à craindre pour les autres.

En Ukraine et au Moyen-Orient, aucun protagoniste des deux conflits en cours ne peut reculer sans mettre en jeu sa survie. Malgré tous les discours sur une paix imminente, il faut s’attendre à la prolongation de ces guerres, avec des conséquences économiques et sociales désastreuses pour le monde. Les électeurs israéliens et américains, et les dirigeants européens et chinois peuvent encore agir pour éviter le pire.

Ma nouvelle chronique pour @lesechos est en ligne. 

 


 

Les conflits d’aujourd’hui ont une caractéristique qu’on n’a pas vue depuis la Seconde Guerre Mondiale : aucun belligérant ne peut céder sans disparaître. Après 1945, ce sont les fascistes et les nazis qui ont disparu. Dans les conflits qui ont suivi, la survie des grandes puissances n’était pas en jeu ; elles pouvaient céder, ce qu’elles firent à de nombreuses reprises : les Russes ont reculé en Afghanistan, en Europe centrale et Orientale, en Irak et ailleurs. Les Américains au Vietnam, en Afghanistan et dans bien d’autres contrées.  Les Français ont cédé partout.

Ce n’est pas le cas dans les deux conflits majeurs aujourd’hui :

En Europe, ni l’Ukraine ni la Russie ne peuvent reculer :  Pour l’Ukraine, ce serait renoncer à son existence même. Pour le régime de Vladimir Poutine, ce serait un coup majeur qui mettrait fin à sa toute-puissance au Kremlin.

Au Moyen-Orient, Israël ne peut reculer ni contre le Hamas, ni contre le Hezbollah, ni contre l’Iran, qui tous les trois proclament leur volonté de détruire l’État hébreu. Et réciproquement, le Hamas, le Hezbollah et l’Iran des mollahs savent que capituler face à Israël serait pour eux comme recevoir un coup de grâce. De même, les mollahs et les pasdarans ne peuvent pas accepter les conditions posées par les États-Unis sans accélérer leur chute, tandis que, pour Trump, accepter les conditions posées par les dictateurs de Téhéran serait ouvrir la porte à la nucléarisation de l’Iran et augmenterait les perspectives d’une victoire démocrate en novembre et de la paralysie de l’administration républicaine.

En conséquence, tous les discours qu’on entend sur des négociations en cours en vue d’un cessez-le-feu, qui seraient, dans les deux cas, à la veille d’aboutir à un accord, ne sont que des balivernes, qui ne visent qu’à retarder la prise de conscience, en particulier par les marchés financiers, de la réalité de la situation : celui qui acceptera un cessez-le-feu à son désavantage perdra, à échéance plus ou moins brève, le pouvoir dans son pays. On peut faire confiance à Zelinsky, Netanyahou, à Trump, à Poutine et aux mollahs pour tout faire pour l’éviter.

Il faut vraiment être aveugle pour ne pas le voir. Comme nous sommes aveugles sur le dérèglement climatique et sur tant d’autres choses.

Le plus vraisemblable n’est donc pas l’imminence, dans un aucun de ces deux théâtres d’opérations, d’un cesser-le- feu réel et durable, même si on va encore nous amuser beaucoup avec cela. Et que les chaînes d’informations continuent en feront leur miel.

En Ukraine, le plus probable est une aggravation du conflit, avec une entrée en guerre de la Biélorussie, l’utilisation par les Russes d’armes d’une puissance immense, le bombardement des centres-villes et des lieux de pouvoir, avec des représailles ukrainiennes de même ampleur. Au Moyen-Orient, le plus vraisemblable est un blocage durable du détroit d’Ormuz et une prolongation des batailles à Gaza et au Liban.

Avec des conséquences désastreuses pour l’économie mondiale. Car, même si on voit se mettre en place des mécanismes de substitution, même si le pétrole de la région passe en partie par d’autres chemins que le détroit d’Ormuz et les bateaux de commerce par d’autres passages que le canal de Suez, ces deux guerres entraînent des pénuries qui vont bientôt peser très lourd sur tous les pays du monde, en particulier sur les plus pauvres, qui n’ont rien à voir avec ce conflit :

Les stocks de pétrole de l’OCDE atteindront des niveaux critiques d’ici juin ; 120 milliards de mètres cubes de GNL seront perdus ; l’agriculture devrait enregistrer des pertes de récoltes à partir du second semestre 2026, (le détroit d’Ormuz gérant environ 30% du commerce mondial d’engrais) ; la période de semis dans l’hémisphère nord étant déjà passée, les perturbations entraîneront des dégâts irréversibles. Les polymères clés manqueront, avec des répercussions considérables pour les industries de l’emballage, des peintures, des produits pharmaceutiques et des cosmétiques. L’aviation et le tourisme souffriront de pénuries de kérosène, qui cloueront au sol des avions de plus en plus nombreux d’ici fin juin. Les industries de l’automobile (et en particulier des véhicules électriques) seront confrontées à une aggravation des pénuries d’aluminium, de plastiques et d’acide sulfurique, qui perturberont le traitement des métaux destinés aux batteries pendant au moins un an. Enfin, un tiers de l’approvisionnement mondial en hélium étant  interrompu, la fabrication de semi-conducteurs sera gravement perturbée, pendant au moins trois ans, indépendamment de tout cessez-le-feu.

La Chine, les Européens, l’Inde, l’Afrique, les pays du Golfe et une grande partie de l’industrie américaine, feront de plus en plus pression sur les belligérants pour éviter ce désastre que les marchés n’anticipent pas encore. Nul ne peut savoir s’ils auront suffisamment d’influence pour faire reculer des pouvoirs qui jouent leur survie.

La solution viendra donc plutôt soit de l’effondrement d’un dictateur, soit de la défaite électorale d’un dirigeant d’un pays démocratique. On peut plus aisément tabler, et espérer, en la défaite de Netanyahou et celle de Trump, tous les deux très menacés en novembre, qu’en un coup d’état à Moscou ou à Téhéran.

Rien, donc, de sérieux, ne devrait changer avant novembre. Il faut en tout cas s’y préparer. Et ne pas oublier que d’autres conflits à venir sont de même nature : Par exemple, celui qui pourrait opposer Pékin à Taïwan, avec les mêmes conséquences.

Le moment est venu pour l’Europe de faire entendre la voix de la raison.

Jacques Attali

Jacques Attali est docteur en économie, polytechnicien et conseiller d’État. Conseiller spécial du Président de la République François Mitterrand pendant 10 ans, il est le fondateur de 4 institutions internationales : Action contre la faim, Eureka, BERD, Positive Planet.

Jacques Attali est l’auteur de 86 livres (dont plus de 30 consacrés à l’analyse de l’avenir), vendus à 10 millions d’exemplaires et traduits en 22 langues. Il est éditorialiste pour les quotidiens économiques Les Échos et Nikkei après l’avoir été pour L’Express. 

Il dirige régulièrement des orchestres à travers le monde.

https://www.attali.com/geopolitique/quand-les-protagonistes-dun-conflit-ne-veulent-pas-ceder-le-pire-est-a-craindre-pour-les-autres/

 

 


B) - Mathias Desmet : la psychologie du totalitarisme technocratique qui étouffe l’Occident  

Une nouvelle forme de totalitarisme s’installe sous nos yeux

Le professeur Mathias Desmet, psychologue et statisticien à l’université de Gand, a parfaitement décrypté le mécanisme qui broie nos sociétés occidentales depuis une décennie. Dans une interview décisive,

il explique que nous ne sommes plus face à de simples dictatures classiques, mais à l’émergence d’un totalitarisme technocratique inédit, froid, bureaucratique et sans visage.

Ce n’est ni le fascisme ni le communisme du XXe siècle : c’est le totalitarisme du XXIe siècle, piloté par des élites ternes, des experts autoproclamés et des médias aux ordres.

RussiaGate, Covid, Ukraine : la même psychose collective qui se répète

Desmet le montre avec une clarté glaçante : depuis 2016, la société occidentale est prise dans une succession de formations de masse. 

  • RussiaGate : un récit absurde, sans preuve, imposé pendant des années.
  • Covid : un vaccin « miraculeux » mis au point en quelques mois, présenté comme la seule solution, avec interdiction de tout débat.
  • Guerre en Ukraine : soudain, la guerre est « non provoquée », l’OTAN n’y est pour rien, et toute nuance devient une trahison. 

À chaque fois, le même schéma : une adhésion fanatique à un récit unique, une intolérance totale envers la dissidence, et une volonté de détruire ceux qui osent poser des questions. C’est la marque du totalitarisme moderne.

La formation de masse : le cœur psychologique du totalitarisme

Desmet explique que le totalitarisme ne naît pas d’abord de la force brute, mais d’un processus psychologique et social : la formation de masse. 

Entre 20 et 30 % de la population adhèrent de manière fanatique à un récit collectif. Ils deviennent aveugles à la réalité, prêts à tout sacrifier (santé, richesse, avenir de leurs enfants) et surtout profondément intolérants envers ceux qui pensent autrement. C’est ainsi que des mères dénoncent leurs propres enfants, que des voisins se dénoncent entre eux. 

Ce phénomène n’est pas nouveau, mais il a pris une ampleur inédite avec la modernité : solitude massive, atomisation des individus, perte de sens (jusqu’à 60 % des gens considèrent leur travail comme un « bullshit job »). Résultat : une anxiété flottante, une frustration et une agressivité sans objet précis. Dès qu’un récit simple (le virus, Poutine, le « complot ») est diffusé par les médias, les gens y accrochent toute leur angoisse et retrouvent un semblant de lien social… au prix de leur liberté.

Dictature classique ou totalitarisme ? La différence est capitale

Dans une dictature classique, la population a peur du pouvoir et se soumet. Si le dictateur tombe, le régime s’effondre. 

Dans le totalitarisme, c’est la population elle-même (ou une partie fanatisée) qui devient le bras armé du système.

La police secrète, ce sont les 20-30 % qui croient dur comme fer au récit officiel et qui traquent les dissidents.

Le pouvoir n’a plus besoin d’être charismatique : il est technocratique, bureaucratique, porté par des experts sans éclat, comme l’avait prédit Hannah Arendt dès 1953.

Le totalitarisme technocratique : le nouveau visage du système

Aujourd’hui, ce ne sont plus Hitler ou Staline qui dirigent, mais des bureaucrates de Bruxelles, des experts payés par les think tanks, des médias et des GAFAM. Ils transforment l’être humain en machine biologique (cf. Yuval Noah Harari) qu’il faut optimiser, pucer, contrôler. La science elle-même est devenue une nouvelle religion : « Faites confiance à la science », « Faites confiance aux experts ». 

La propagande n’a plus besoin de la force : elle utilise la solitude, l’angoisse et la répétition. Et surtout, elle transforme la démocratie en son contraire : une majorité qui piétine les droits des minorités.

La seule résistance efficace : la parole sincère

Face à cela, Desmet est clair : la seule arme qui marche, c’est la parole sincère. Pas la violence, pas les complots, mais le courage de continuer à dire la vérité, calmement, même quand la masse ne veut pas entendre. C’est ce qui empêche le totalitarisme d’atteindre sa phase ultime : la destruction morale de l’adversaire.


 

Français, réveillez-vous : ce totalitarisme est déjà là

Ce que décrit Mathias Desmet, c’est exactement ce que vit la France et l’Europe depuis des années : conformisme imposé, censure, diabolisation de la dissidence, récit unique sur l’Ukraine, sur l’UE, sur le « progrès » technocratique. 

La mafia euro-atlantiste a trouvé la formule parfaite : un totalitarisme sans dictateur visible, porté par des bureaucrates et des experts, qui détruit la liberté au nom de la « solidarité », de la « science » et de la « démocratie ». 

La seule issue reste la même : le Frexit. Sortir de cette prison européenne, reprendre notre souveraineté, restaurer le débat véritable et la liberté de penser. 

Tant que nous resterons dans l’Union européenne, dans l’euro et dans l’OTAN, ce totalitarisme technocratique continuera à progresser. Il est temps de dire NON. Il est temps de reprendre notre destin en main. 

La parole sincère, c’est déjà la résistance. Et la France souveraine, c’est la seule solution.

https://multipol360.com/mathias-desmet-la-psychologie-du-totalitarisme-technocratique-qui-etouffe-loccident/



 

C) - Facturation électronique obligatoire : la mafia euro-bruxelloise impose le contrôle fiscal total et la fin de la liberté de commercer  

Sous couvert de « simplification », Big Brother s’installe dans vos factures

À partir du 1er septembre 2026, la France bascule dans l’horreur administrative et numérique. Toutes les entreprises, TPE, PME, auto-entrepreneurs, professions libérales, médecins, agriculteurs, artisans, auteurs… seront obligés de passer à la facturation électronique (e-invoicing) et à l’e-reporting.

Plus de facture papier, plus de PDF par mail : tout doit transiter par des plateformes privées agréées par l’État et par le réseau européen Peppol. 

Tatiana Ventôse l’a parfaitement démontré dans son intervention chez Nicolas Vidal : ce n’est pas une simple modernisation. C’est la surveillance généralisée et permanente de toutes nos transactions économiques. 

Tout le monde est concerné : même les plus petits

On vous ment déjà en vous disant « ce n’est que pour les grosses boîtes ». Faux. Dès septembre 2026, toutes les entreprises assujetties à la TVA (même celles sous franchise en base) devront pouvoir recevoir des factures électroniques. L’émission devient obligatoire en septembre 2027 pour les petites structures. 

Auto-entrepreneurs, libéraux, commerçants, agriculteurs : vous êtes tous dans le viseur. Seuls les purs salariés et fonctionnaires échappent (pour l’instant). Mais toutes vos données – nom, adresse, ce que vous achetez, à qui vous vendez, à quel prix, en quelle quantité – seront transmises en quasi temps réel à la DGFiP… et au réseau européen. 

Peppol : le lobby privé créé par Bruxelles qui va tout centraliser

Derrière ce système se cache Peppol (OpenPeppol), une organisation de droit belge créée par la Commission européenne. Présentée comme un « réseau démocratique », c’est en réalité un lobby privé qui compte parmi ses membres : 

  • les grands cabinets de conseil (PwC, EY, etc) qui vont vous facturer des formations et audits ;

  • les fournisseurs de logiciels qui vont vous vendre leurs solutions payantes ;

  • et, selon Tatiana Ventos dans son intervention du 26 mai 2026, s’appuyant sur les recherches de Frédéric Baldan (ancien lobbyiste européen et activiste belge), des entreprises étrangères, dont des filiales liées au Parti communiste chinois (via une entreprise aérospatiale) et à Alibaba, présenté comme service de renseignement fiscal de Pékin.

On va donc confier toutes nos données économiques à un réseau international contrôlé en partie par des puissances étrangères. C’est du délire absolu. 

Un racket mafieux en bonne et due forme

Vous n’aurez pas le choix : il faudra obligatoirement passer par une Plateforme de Dématérialisation Partenaire (PDP) privée qui va vous facturer un abonnement. L’État crée ainsi un nouveau marché juteux pour des boîtes privées qui vont s’enrichir sur votre dos en transmettant vos données à l’administration. 

C’est exactement le fonctionnement de la mafia : on vous oblige à payer pour « protéger » votre activité… sauf qu’ici, c’est l’État et l’Union européenne qui vous rackettent et vous espionnent. 

La fin de la liberté de commercer et de la vie privée économique

Comme l’a très bien résumé Frédéric Baldan : « Si on refuse la facturation électronique, on ne peut plus faire commerce aujourd’hui. » 

La facture papier sera illégale. Le PDF par mail sera illégal.

Sans inscription dans ce réseau, votre entreprise n’existera plus légalement. C’est la mort programmée de la liberté d’entreprendre. 

Ajoutez à cela les risques de cyberattaques massives (comme celle de l’ANTS en 2026) et la centralisation de toutes ces données chez des acteurs privés exposés au Cloud Act américain ou aux intérêts chinois : c’est la fin de tout secret commercial, de toute confidentialité. 

Le paquet ViDA voté par TOUS les eurodéputés français

Cette horreur vient directement du projet européen ViDA (VAT in the Digital Age). Et devinez quoi ? 100 % des députés européens français ont voté pour, y compris ceux du RN, de LFI, de Renaissance et des autres. Manon Aubry, Jordan Bardella, tous complices (voir ici et ici). 

Même ceux qui se disent « souverainistes » laissent passer l’étranglement numérique de la France. 


 

La seule issue : le Frexit

Français, producteurs de richesse, entrepreneurs, indépendants : on vous transforme en agents de renseignement du fisc et en vaches à lait d’un cartel euro-bruxellois. 

Ce n’est pas une réforme technique. C’est une brique supplémentaire dans l’édifice totalitaire que construit l’Union européenne : contrôle total, disparition du cash avec l’euro numérique, passeports pour objets d’occasion, identité numérique obligatoire… 

La France ne se relèvera pas en acceptant ce carcan. Elle se relèvera en reprenant sa souveraineté. 

Le Frexit est la seule solution. Sortie de l’Union européenne, de l’euro et de l’OTAN. Reprise en main de notre destin. 

Il est temps de dire NON. Signez la pétition contre cette folie (même si elle passe par l’identité numérique, c’est déjà un scandale). Et surtout, réveillez-vous : la liberté de commercer est en train de mourir sous nos yeux. 

Tant que nous resterons dans cette prison européenne, la France sera détruite de l’intérieur. Il est temps que les Français reprennent leur pays.

https://multipol360.com/facturation-electronique-obligatoire-la-mafia-euro-bruxelloise-impose-le-controle-fiscal-total-et-la-fin-de-la-liberte-de-commercer/ 

 


 

D) - Prédation chronopolitique : l’Iran, Israël et le mensonge diplomatique du temps

Tout accord diplomatique contient un mensonge sur le temps. On signe au présent des engagements que les parties n’habitent pas dans la même durée. L’une cherche une respiration tactique tandis que l’autre travaille déjà l’après, si bien que l’accord, tout en prétendant rapprocher des volontés, ne fait souvent que juxtaposer des temporalités irréconciliables. Le Memorandum of Understanding (MOU) discuté entre Washington et Téhéran le montre avec une netteté particulière : dès lors qu’à Washington on parle de désescalade, de garanties et de calendrier, à Téhéran le raisonnement relève d’un autre registre, fait de survie du régime, de continuité de l’État et d’usure méthodique de l’adversaire. Le malentendu ne tient pas seulement aux clauses mais au temps lui-même.


C’est en ce sens qu’il faut parler de prédation chronopolitique : une situation où l’un des acteurs transforme la durée en ressource tandis que l’autre en supporte le coût, l’asymétrie ne relevant plus de la seule patience stratégique, mais d’un échange inégal où un acteur consomme du temps pendant que l’autre l’accumule. En stratégie, cela suffit déjà à établir un avantage décisif. François Hartog a montré que les sociétés n’articulent pas toutes le passé, le présent et l’avenir de la même manière, mais, en politique étrangère, ces régimes de temps ne sont pas de simples catégories d’analyse puisque certains acteurs savent s’en servir comme d’instruments. La République islamique l’a compris depuis 1979.

Téhéran superpose en effet plusieurs régimes de temps : mémoire impériale persane, horizon chiite et calcul tactique de l’usure, pariant sur l’épuisement des adversaires, sur la lenteur des démocraties et sur la succession des administrations. Le régime islamique n’a pas besoin de gagner. Il lui suffit de durer plus longtemps que ses adversaires. C’est là que se révèle la vulnérabilité occidentale : les démocraties gèrent l’urgence électorale et l’instant médiatique ; l’Iran investit la durée.

Le MOU doit être lu dans cette perspective, parce que le débat public se concentre sur les seuils d’enrichissement, les mécanismes de contrôle et le rythme des sanctions, ce qui n’est pas inutile en soi mais devient secondaire si l’on n’interroge pas la structure temporelle du problème. L’accord intervenu ne brise pas la logique d’attente du régime iranien ; il lui offre précisément ce qu’il recherche le plus : du temps, et le temps, pour Téhéran, n’est pas un contexte mais une arme. Israël le perçoit avec une netteté particulière parce qu’il vit dans une autre épaisseur historique, portant une mémoire longue et la conscience permanente que l’histoire peut recommencer, ce qui rend son rapport au temps plus grave, plus chargé et plus tragique que celui des démocraties ordinaires.

C’est une des raisons pour lesquelles Israël se retrouve souvent seul au moment décisif, cette solitude ne relevant pas toujours d’un abandon explicite mais d’une incompatibilité de temporalités. On ne négocie pas un siècle avec un mandat de quatre ans et on ne bâtit pas une architecture durable avec des partenaires qui vivent sous la tyrannie de l’instant. Le problème n’est donc pas seulement iranien, il est aussi occidental. La question palestinienne occupe, dans cet ensemble, une place plus complexe qu’on ne le dit souvent, car elle n’est pas seulement un conflit territorial ou national, mais elle est aussi une temporalité suspendue, fragmentée et reconduite par la répétition du conflit et par l’attente politique qu’elle produit. Sans cesse reprise, instrumentalisée et traduite dans d’autres stratégies, au premier rang desquelles celle de Téhéran.

Le vrai clivage n’oppose ni modérés ni idéologues, ni Israéliens et Palestiniens. Il oppose des régimes du temps, des manières inégales de convertir ce temps en puissance, et c’est là que se situe la ligne de fracture décisive. La mémoire israélienne ne procède d’ailleurs pas d’une seule catastrophe historique. Elle articule des mémoires européennes et orientales, religieuses et politiques, ce qui explique aussi son rapport singulier à la vulnérabilité et à la durée.

Cette pluralité des mémoires confirme l’enjeu central : les conflits les plus durables ne se résolvent pas au rythme du commentaire, mais exigent une politique étrangère capable de penser au-delà des cycles courts. La France gaullienne avait compris, avec l’arme nucléaire, qu’une souveraineté sérieuse se pense à l’échelle des générations. Aujourd’hui, cette capacité s’est affaiblie, les démocraties occidentales demeurant enfermées dans la simultanéité médiatique et dans l’obsession de la réaction immédiate, où l’on confond souvent mouvement et stratégie ; l’Iran, lui, ne confond rien, car il attend, il observe, il use, il recommence, et ce rapport au temps explique une part essentielle de sa résilience.

C’est pourquoi le MOU ne doit pas être lu seulement comme un arrangement diplomatique de plus, mais comme un test de capacité stratégique. Il pose une question simple et dure : les démocraties occidentales peuvent-elles encore produire une politique étrangère qui ne soit pas structurellement perdante face à des régimes installés dans la durée ? Jusqu’ici, la réponse demeure incertaine. Téhéran a déjà intégré ce que les démocraties refusent encore d’admettre : dans certains rapports de force, le temps est la première des conquêtes. Il ne se signe pas. Il habite les puissances — ou les détruit.

Fundji Benedict


 

https://nouvellerevuepolitique.fr/fundji-benedict-predation-chronopolitique-liran-israel-et-le-mensonge-diplomatique-du-temps/

 


E) - Le Grand Entretien avec Peer de Jong – Guerres, puissances et chaos mondial : Où va le monde ?

Le système international traverse une phase de recomposition brutale marquée par le retour des conflits de haute intensité, la fragmentation des équilibres géopolitiques et l’affaiblissement progressif des cadres de sécurité hérités de l’après-Guerre froide. Entre la confrontation entre Israël, les États-Unis et l’Iran, la guerre russo-ukrainienne qui s’enlise, les tensions stratégiques entre Washington et Pékin et la déstabilisation persistante du Sahel, les rapports de force mondiaux semblent entrer dans une nouvelle ère de confrontation durable.

Dans ce contexte, la rencontre prévue ce 15 mai 2026 entre Donald Trump et Xi Jinping à Pékin apparaît comme un moment diplomatique majeur. Rivalités commerciales, compétition technologique, guerre énergétique, crise ukrainienne et tensions indo-pacifiques structurent désormais la relation entre les deux principales puissances mondiales. 

Parallèlement, l’Afrique et particulièrement le Sahel demeurent des zones de forte instabilité stratégique, où se croisent terrorisme jihadiste, effondrement étatique, rivalités d’influence et recul progressif de la présence française.

Pour analyser ces bouleversements géopolitiques majeurs et leurs implications militaires et stratégiques, Le Diplomate Média a une nouvelle fois rencontré Peer de Jong. Ancien colonel des Troupes de marine, expert des dynamiques de conflictualité et cofondateur de l’Institut Themiis.

Propos recueillis par Roland Lombardi

Le Diplomate : Depuis plusieurs années, les conflits de haute intensité et les rapports de force entre grandes puissances semblent redevenir centraux dans les relations internationales. Sommes-nous selon vous entrés dans une nouvelle phase historique de confrontation globale durable ?

Peer de Jong : L’irruption de la Russie en Ukraine en 2022 a été fortement déstabilisatrice dans les rapports entre États. C’est la première fois qu’un pays du P5 envahit son voisin…. C’est déstabilisant pour l’Ukraine évidemment mais aussi pour l’Europe qui voit un conflit conventionnel s’incruster sur le continent. La menace n’est plus virtuelle. Facteur aggravant, cette invasion produit des effets induits. Donald Trump nouvellement élu en janvier 2025 s’est d’emblée retracté sur l’aide à apporter à l’Ukraine tout en préconisant une nouvelle logique géopolitique centrée sur le continent américain ; une forme de doctrine de Monroe revisitée appelée la « doctrine de Donroe » en référence au prénom du président américain. En matérialisant son espace d’intérêt et d’influence sur le Groenland, le Canada, Panama et le Mexique (et accessoirement sur le Venezuela et Cuba…) lors de son discours d’intronisation en janvier 2025, Donald Trump reconnait aux autres grandes puissances que sont la Russie et la Chine, la possibilité d’exercer leur influence sur leurs zones géographiques respectives. Presque un « droit de tirage » qui met en exergue, avec le véto quasi permanent de la Russie et de la Chine au Conseil de sécurité des Nations unies, une sorte de fin du droit international.   

La guerre entre Israël, les États-Unis et l’Iran a profondément déstabilisé le Moyen-Orient et ravivé les tensions énergétiques mondiales. Comment analysez-vous aujourd’hui les objectifs stratégiques réels de Washington dans cette confrontation ?

La guerre déclenchée par les États-Unis et Israël le 28 février 2026 contre l’Iran présente plusieurs caractéristiques. On remarque en préalable, l’influence du premier ministre Netanyahou sur l’exécutif américain alors que ce dernier semblait après les bombardements de juin 2025, plutôt enclin à laisser « pourrir la situation ». Les émeutes de janvier 2026 en Iran allaient d’ailleurs dans le sens de la logique américaine. A l’évidence, poussés par les Israéliens qui ont évidemment leur propre agenda, les forces américaines ont lancé le 28 février 2026, une opération militaire qui a présenté deux caractéristiques négatives. En effet, l’impréparation sans prévenir les alliés de l’OTAN et le défaut de planification (cadre espace-temps et effet final recherché ?) ont caractérisé l’assaut initial sur l’Iran. La doctrine américaine « choc et effroi » (shock and awe), fondé sur l’écrasement de l’ennemi et son incapacité à réagir, n’a pas été efficiente. Ces errements initiaux pourraient être corrigés par la redéfinition d’un objectif clair : celui d’interdire à l’Iran un accès au nucléaire militaire. Cet objectif est en phase avec ceux de la Chine. Les discussions sont en cours…     

À lire aussi :  EXCLUSIF – Le Grand Entretien avec Reza Pirzadeh –  Entre guerre classique et guerre hybride : les ressorts de la résilience iranienne

Malgré les frappes occidentales, l’Iran paraît avoir démontré une forte capacité de résilience politique, militaire et régionale. Cette séquence constitue-t-elle selon vous un succès limité pour les États-Unis ou révèle-t-elle les limites actuelles de la puissance américaine ?

Cette résilience iranienne démontre d’abord la très bonne capacité d’anticipation de l’Iran qui s’était visiblement préparé à un conflit de ce niveau (tunnels, installations enterrées, etc…). De plus, l’Iran avait clairement dissimulé les progrès réalisés dans le domaine de la balistique. Ces deux points forts se conjuguant dans l’emploi des moyens. De l’autre côté, les États-Unis, malgré le très haut niveau de l’armée américaine, démontrent plusieurs faiblesses : tout d’abord le défaut d’appréciation des forces de l’Iran (lié en grande partie au « mépris » des Américains sur les capacités iraniennes/discours de Trump). Cet état d’esprit a engendré un défaut d’appréciation des capacités iraniennes. Les États-Unis ont ainsi semblé durant les premières semaines du conflit comme totalement décalé par rapport à une réalité. Enfin les États-Unis ont subi la double manœuvre iranienne : celle du blocage du détroit d’Ormuz et celle des tirs massifs dit de saturation de missiles et de drones sur les pays du Golfe Persique. Les forces américaines ont subi le tempo de Téhéran révélant les limites de l’emploi de la force militaire.   

Concernant la guerre russo-ukrainienne, le conflit semble désormais installé dans une logique d’usure prolongée. Comment évaluez-vous aujourd’hui l’état réel des forces militaires russes et ukrainiennes après plus de quatre années de guerre ?

Après 4,5 ans de guerre, nous sommes clairement entrés dans une phase de cristallisation du conflit. Sur le terrain, on note un essoufflement du mouvement vers l’ouest des forces russes tandis que les Ukrainiens résistent et arrivent même à reprendre du terrain. Ainsi les forces ukrainiennes ont repris plus de 100 Km2 en avril 2026. Cette stabilisation du front dénote une usure des belligérants malgré les déclarations des uns et des autres. Par contre, la guerre s’est déplacée sur un autre plan. Les Russes et les Ukrainiens se mènent à présent une guerre dans la profondeur qui s’apparente à une guerre d’attrition. Drones et missiles s’échangent à un rythme particulièrement élevé et provoquent des destructions importantes, des installations énergétiques entre autres. Ces tirs dans la profondeur provoquent de fait des dégâts collatéraux très importants. 

Donald Trump avait promis de mettre rapidement fin aux grands conflits internationaux après son retour à la Maison-Blanche. Pourquoi les États-Unis semblent-ils aujourd’hui incapables d’imposer une stabilisation durable aussi bien en Ukraine qu’au Moyen-Orient ?

Sur l’Ukraine, deux visions s’affrontent aux États-Unis. La première prône une forme de partage objectif du monde et la stabilisation du conflit aux conditions russes. Donald Trump a ouvert la voie en exprimant son désintérêt pour l’Ukraine. Pour lui, les États-Unis doivent se concentrer sur le continent américain qui est leur zone d’intérêt. Il donne ainsi un blanc-seing à la Chine pour agir en Asie, comme il attribue un rôle dominant à Poutine sur le fuseau central, c’est-à-dire sur l’Europe et l’Afrique. C’est la vision « real politique » de partage du monde. 

La motivation des Européens pour s’engager collectivement en faveur de l’Ukraine a ouvert la voie à une vision mercantile aux États-Unis. Comme l’Europe n’a plus les industries de défense capables de répondre aux demandes de Kiev, les Etats-Unis se placent en position de pourvoyeurs d’armes pour les Ukrainiens mais achetées par les États européens. C’est un modèle économique qui se veut vertueux à Washington mais qui enfonce progressivement l’Europe dans une politique d’assujettissement aux conditions américaines. Le sommet de l’OTAN des 7 et 8 juillet 2026 en Turquie promet d’être compliqué.  

La guerre au Moyen-Orient révèle quant à elle, des failles importantes au sein de l’armée américaine mais sans préjuger de sa capacité à mener un conflit. L’armée des États-Unis reste le modèle le plus puissant… mais altéré par les atermoiements de l’exécutif américain.

À lire aussi :  DÉCRYPTAGE – Poutine reçoit Araghchi : L’Iran cherche Moscou, le Golfe devient le centre de la crise mondiale

La rencontre entre Donald Trump et Xi Jinping à Pékin pourrait-elle ouvrir une phase de stabilisation stratégique entre Washington et Pékin ou faut-il plutôt y voir une simple gestion tactique d’une rivalité systémique appelée à durer ? 

La Chine devient progressivement la « tour de contrôle » mondiale de la paix et de la guerre. Et si la Chine partage avec la Russie et les États-Unis, le statut de grande puissance, elle n’est pas engagée dans un conflit chaud. Elle ne commet pas l’erreur américaine et russe d’être mise en échec par des pays plus faibles comme l’Iran et l’Ukraine. La Chine a compris, probablement avant tout le monde, que le nucléaire militaire ne dissuade que le nucléaire militaire. Mais se frotter à un pays déterminé comme l’Iran ou l’Ukraine, donc mener un combat asymétrique, donne un avantage systémique aux plus faibles dès lors qu’ils utilisent des armements « rudimentaires » et en grand nombre. La capacité à durer fait le reste.  

Vous connaissez particulièrement bien les questions africaines et sahéliennes. Après le recul de l’influence française au Mali, au Niger ou encore au Burkina Faso, la France peut-elle encore redevenir un acteur crédible en Afrique face à la montée en puissance de la Russie, de la Chine ou de la Turquie ? Et comment analysez-vous le retour en force des jihadistes au Mali notamment ?

La France a perdu l’ensemble de ses « positions » territoriales entre 2022 et 2025. Le dispositif français s’est évaporé en 3 ans à l’exception de Djibouti qui est louée. Cette perte d’influence majeure s’apparente à une perte de crédibilité. Cet état de fait a ouvert grandes les portes de l’Afrique à tous nos compétiteurs qu’ils soient Américains, Russes, Turcs, Israéliens, Chinois et bien sûr Européens. Ce constat d’échec ne vient pas seulement de l’impossibilité pour l’opération Barkhane de traiter la question du djihadisme dans le Sahel. Il vient d’un flux récurrent d’erreurs commises depuis 1994 – de la guerre au Rwanda, à la dévaluation du franc CFA sans en informer les États, à la suppression du ministère de la coopération mais aussi de maladresses comme l’humiliant discours de Dakar en 2007 ou d’erreurs comme la guerre en Libye en 2011, etc…. La France s’est embourgeoisée dans sa relation à l’Afrique dans un contexte de montée en puissance de l’Union européenne depuis le traité de Lisbonne qui lui donne de larges prérogatives en même temps que des budgets conséquents. L’Afrique est devenue attractive. Elle s’ouvre à tous. Mais elle doit trouver à présent les solutions à la montée du terrorisme islamiste qui gangrène le Sahel, l’Afrique centrale et à terme les pays du Golfe de Guinée. La porte s’est ainsi également ouverte pour les djihadistes internationaux qui peuvent entrevoir à présent la création d’un califat au cœur du continent.   

Enfin, dans un monde marqué par la montée des blocs, le retour des guerres et les tensions économiques mondiales, la France dispose-t-elle encore selon vous des moyens militaires, diplomatiques et industriels lui permettant de préserver une véritable autonomie stratégique ?

La France a évidemment les moyens militaires, diplomatiques et industriels pour préserver voire amplifier son autonomie stratégique. Malheureusement la France aborde la période avec une situation budgétaire catastrophique qui limite de fait ses capacités tout en divisant l’opinion publique française. Enfin, l’Europe a compris qu’il ne fallait pas compter sur les Américains et sur Trump, pour les protéger. L’OTAN n’est plus l’alliance espérée par les Européens à l’issue de la deuxième guerre mondiale. Trump a sonné la fin de l’idée selon laquelle les Européens pouvaient consommer sereinement sans faire les efforts indispensables à sa protection. C’est un peu l’histoire des « trois petits cochons » et la prise de conscience de la nécessité d’investir massivement dans les questions de défense. Cette prise de conscience provoque de fait une exacerbation de la compétition intra européenne. Les Allemands affirment à présent leur volonté d’être « leader » de la défense du continent en se dotant de la plus grande armée conventionnelle européenne, tandis que la Pologne semble avoir des prétentions identiques. Il nous faut donc entretenir le très haut niveau technologique de notre modèle nucléaire militaire tout en affermissant les forces conventionnelles mises à mal depuis la réforme Armée 2000 et la RGPP, la réforme générale des politiques publiques chère au président Nicolas Sarkozy. Mais avec quel budget ?  


 


 

 

 

Powered By Blogger