On ne peut ni comprendre cette victoire de Javier Milei ni la
radicalité des idées qui l’ont porté au pouvoir, si l’on ne se souvient
pas que l’Argentine est un pays dont l’histoire politique est tout à
fait singulière, avec un passé populiste qui n’est pas sans importance,
s’agissant notamment de la question centrale du rôle de l’État dans
l’économie. De fait, la victoire surprise de Javier Milei ne peut
s’entendre si l’on ne tient pas compte du contexte économique et
politique particulier dans lequel elle a eu lieu. Le contexte immédiat
d’abord, avec une situation économique désastreuse marquée par un taux
de pauvreté dépassant les 40%, une inflation galopante – une plaie très
ancienne en Argentine, mais que le pays n’avait plus connue à un tel
degré de gravité depuis les années 1990 –, ainsi qu’une dette publique
abyssale. Le contexte politique ensuite, qui suppose de prendre un peu
de recul historique. Milei succède au président Alberto Fernández en
battant au second tour Sergio Massa, soit deux hommes qui incarnent un
courant politique protéiforme mais essentiel dans l’histoire politique
argentine : le péronisme.
Il ne saurait être question d’en retracer l’histoire, fût-ce de
manière succincte, mais quelques rappels sont néanmoins nécessaires tant
nous avons affaire ici à une spécificité argentine décisive pour
comprendre la rupture que représente la victoire de Milei. Incarnation
la plus fameuse du populisme latino-américain, le péronisme renvoie
d’abord à une figure historique, Juan Domingo Perón (1895-1974), un
militaire devenu Président à trois reprises53
en s’appuyant sur les masses populaires face à une armée encline en
Amérique latine à soutenir les intérêts des classes possédantes au nom
de l’ordre social. Entre 1946 et 1949, Juan Perón organisa une
redistribution sociale massive en faveur des classes populaires, et
gagna ainsi rapidement le soutien des plus modestes, et notamment des
ouvriers. La revendication de justice sociale fut donc un puissant
moteur du péronisme qui a toujours cherché à s’appuyer directement sur
le peuple, instaurant une forme de pouvoir charismatique, au point
d’incarner comme nul autre le paradigme populiste latino-américain. Mais
si Juan Perón a privilégié sa relation avec les masses, il a été
puissamment aidé dans cette entreprise par sa seconde épouse, Eva.
Décédée d’une leucémie en 1952, cette dernière (surnommée « Evita ») fut
adulée par une partie de la population, de son vivant et après sa mort,
au point qu’il n’est pas exagéré de parler à son propos d’un véritable
culte de la personnalité. Reste que la doctrine péroniste a aussi été
une modalité de la modernisation de l’Argentine, avec la promotion de
l’industrie face aux intérêts des grands propriétaires terriens,
l’affirmation d’un État fort et centralisé, et la revendication d’une
neutralité internationale, puisque le péronisme entendait représenter
une troisième voie entre capitalisme et socialisme. Renversé par un
putsch militaire en 1955, Perón fut condamné à l’exil mais parvint à se
faire réélire en 1973, avant de mourir un an plus tard. Sa troisième
épouse, Isabel, lui succéda alors en tant que vice-présidente, et
poursuivit son œuvre politique en s’appuyant sur le parti qu’il avait
créé en 1947 et qui prit le nom de « parti justicialiste » en 1971.
L’expérience fut interrompue par la dictature militaire qui dura de 1976
à 1983, faisant plus de 30.000 « disparus », sans oublier la
désastreuse guerre des Malouines qui provoqua sa chute. Après le retour
de la démocratie, le péronisme connut une profonde transformation
puisqu’il s’incarna aussi bien dans des expériences économiquement
libérales (comme entre 1989 et 1999 sous la présidence de Carlos Menem)
que dans des expériences de gauche (comme entre 2003 et 2015 avec les
gouvernements de Nestor et Cristina Kirchner). On le voit, le péronisme
est un phénomène politique relativement complexe qu’il est assez
difficile de situer sur l’échiquier politique54.
Reste que son héritage populiste (qui est un phénomène plus large
propre à toute une partie de l’Amérique latine) et économique (avec des
problèmes endémiques comme l’inflation) est essentiel pour comprendre le
sens de l’élection de Milei.
De ce point de vue, il serait insuffisant de dire que ce dernier est
simplement « anti-péroniste ». En effet, Milei admet volontiers être un
admirateur du premier mandat de Carlos Menem, lorsque celui-ci a engagé
au début des années 1990 une politique « néo-libérale » destinée à
lutter drastiquement contre l’inflation en imposant une parité fixe
entre le peso argentin et le dollar55.
Reste que cette cure libérale a provoqué une très vive réaction
populaire, conduisant une partie de la gauche argentine à adopter le
slogan dégagiste « qu’ils s’en aillent tous ! », montrant par là-même
que la dénonciation virulente de la caste politique au pouvoir n’est, en
Argentine, ni une invention de Milei, ni l’apanage de l’extrême droite.
Il est un dernier point, qui mérite d’être signalé. C’est le fait que
Javier Milei a adopté une vision décadentiste de l’Argentine, invoquant
fréquemment l’âge d’or du pays, pour le situer avant… 1916.
C’est-à-dire durant la période dite de la « République conservatrice »
(1880-1916), pendant laquelle l’économie du pays se développa fortement,
au point de figurer alors parmi les dix premières puissances mondiales
en termes de PIB. Cette prospérité était fondée sur la conquête de
vastes terres agricoles encore vierges, mais aussi sur la modernisation
de l’économie à la faveur d’une intégration poussée dans l’économie
mondiale (c’est l’époque de ce que les historiens appellent la «
première mondialisation »), avec un développement substantiel des
investissements étrangers et des exportations (surtout agricoles). Sans
oublier l’arrivée massive d’immigrants européens. On comprend que cette
période puisse susciter la nostalgie d’un Javier Milei, qui juge que
cette prospérité était d’abord le résultat d’un État modeste, sachant se
cantonner à ses missions régaliennes, laissant les acteurs privés
libres d’engager la modernisation du pays. Au risque de fortes
inégalités sociales, et même si l’économie échouait à prendre le chemin
de l’industrialisation, s’orientant vers l’exportation quasi exclusive
de matières premières, notamment agricoles. Définir l’Argentine d’avant
1916 comme un âge d’or, c’est enfin oublier que cette date est aussi
celle de l’instauration du suffrage universel. Comme si la démocratie
était une partie du problème56.
« Bonjour à tous. Combien de choses ont changé en si peu de temps ! Il y
a un an, je me tenais ici, devant vous, dans la solitude, et j’ai dit
quelques vérités sur l’état du monde occidental qui ont été accueillies
avec surprise et étonnement par une grande partie de l’establishment
politique, économique et médiatique occidental. Et je dois admettre
que, dans un sens, je comprends. Un président d’un pays qui, en raison
d’un échec économique systématique pendant plus de 100 ans, de positions
pusillanimes dans les principaux conflits mondiaux et d’une fermeture
au commerce, a perdu pratiquement toute pertinence internationale au fil
des ans… Un président de ce pays monte à cette tribune et dit au monde
entier qu’ils ont tort, qu’ils vont à l’échec, que l’Occident s’est
égaré et qu’il faut le remettre sur la bonne voie. Un président de ce
pays, l’Argentine, qui n’était pas un homme politique, qui n’avait aucun
soutien législatif, qui n’avait aucun soutien de la part des
gouverneurs, des hommes d’affaires ou des groupes de médias. Dans ce
discours, ici, devant vous, je vous ai dit que c’était le début d’une
nouvelle Argentine, que l’Argentine avait été infectée par le socialisme
pendant trop longtemps et qu’avec nous, elle allait embrasser à nouveau
les idées de la liberté, un modèle que nous résumons dans la défense de
la vie, de la liberté et de la propriété privée. Je vous ai également
dit qu’en un sens, l’Argentine était le spectre du futur Noël de
l’Occident, car nous avions déjà vécu tout ce que vous viviez et nous
savions déjà comment cela se terminerait. Un an plus tard, je dois dire
que je ne me sens plus si seul, je ne me sens plus si seul parce que le
monde a embrassé l’Argentine. L’Argentine est devenue un exemple mondial
de responsabilité fiscale, de respect de nos obligations, de la façon
de mettre fin au problème de l’inflation et aussi d’une nouvelle façon
de faire de la politique, qui consiste à dire la vérité en face des gens
et à faire confiance aux gens pour qu’ils comprennent.
Je ne me sens pas non plus seul, car tout au long de cette année,
j’ai pu trouver des camarades dans cette lutte pour les idées de la
liberté aux quatre coins de la planète. Du merveilleux Elon Musk à la
féroce dame italienne, ma chère amie, Giorgia Meloni ; de Bukele au
Salvador à Victor Orbán en Hongrie ; de Benjamin Netanyahou en Israël à
Donald Trump aux États-Unis. Lentement, une alliance internationale de
toutes les nations qui veulent être libres et qui croient aux idées de
liberté s’est formée.
Et lentement, ce qui semblait être une hégémonie mondiale absolue de
la gauche en politique, dans les institutions éducatives, dans les
médias, dans les organismes supranationaux ou dans des forums tels que
Davos, s’est fissuré et l’espoir pour les idées de la liberté commence à
émerger. Je suis ici aujourd’hui pour vous dire que notre bataille
n’est pas gagnée, que si l’espoir renaît, il est de notre devoir moral
et de notre responsabilité historique de démanteler l’édifice
idéologique du wokisme maladif. Tant que nous n’aurons pas réussi à
reconstruire notre cathédrale historique, tant que nous n’aurons pas
réussi à faire en sorte que la majorité des pays occidentaux embrasse à
nouveau les idées de liberté, tant que nos idées ne seront pas devenues
la monnaie courante dans les couloirs d’événements comme celui-ci, nous
ne pouvons pas abandonner car, je dois le dire, des forums comme
celui-ci ont été les protagonistes et les promoteurs du sinistre agenda
du wokisme qui fait tant de mal à l’Occident. Si nous voulons changer,
si nous voulons vraiment défendre les droits des citoyens, nous devons
commencer par leur dire la vérité.
Et la vérité, c’est qu’il y a quelque chose de profondément erroné
dans les idées qui ont été promues dans des forums comme celui-ci. Je
voudrais prendre quelques minutes, aujourd’hui, pour en discuter. Peu de
gens aujourd’hui nient que le vent du changement souffle sur
l’Occident. Il y a ceux qui résistent au changement, ceux qui
l’acceptent à contrecœur mais qui finissent par l’accepter, les nouveaux
convertis qui apparaissent lorsqu’ils le considèrent comme inévitable
et, enfin, ceux d’entre nous qui se sont battus toute leur vie pour son
avènement. Chacun d’entre vous saura dans quel groupe il se reconnaît,
il y a sûrement un peu de chaque dans cette assemblée, mais tous
reconnaîtront certainement que le temps du changement frappe à la porte.
Les moments de changement historique ont une particularité : ce sont
des moments où les formules en place depuis des décennies sont épuisées,
où les façons de faire qui étaient considérées comme uniques cessent
d’avoir un sens et où ce qui, pour beaucoup, était des vérités
incontestables est finalement remis en question. C’est une époque où les
règles sont réécrites et où l’on récompense ceux qui ont le courage de
prendre des risques. Mais une grande partie du monde libre préfère
encore le confort du connu, même si c’est la mauvaise voie, et s’obstine
à appliquer les recettes de l’échec. Et la grande enclume qui apparaît
comme un dénominateur commun dans les pays et les institutions qui
échouent, c’est le virus mental de l’idéologie woke. C’est la grande
épidémie de notre époque qu’il faut soigner, c’est le cancer qu’il faut
éliminer.
Cette idéologie a colonisé les institutions les plus importantes du
monde, depuis les partis et les États des pays libres de l’Occident
jusqu’aux organisations de gouvernance mondiale, en passant par les
institutions non gouvernementales, les universités et les médias, et a
façonné le cours de la conversation mondiale au cours des dernières
décennies. Tant que nous n’aurons pas éliminé cette idéologie aberrante
de notre culture, de nos institutions et de nos lois, la civilisation
occidentale et même l’espèce humaine ne pourront pas retrouver la voie
du progrès qu’exige notre esprit pionnier.
Il est indispensable de briser ces chaînes idéologiques si nous
voulons entrer dans un nouvel âge d’or. C’est pourquoi je souhaite
consacrer quelques minutes aujourd’hui à briser ces chaînes, mais
parlons d’abord de ce pour quoi nous nous battons. L’Occident représente
le sommet de l’espèce humaine, le terreau fertile de son héritage
gréco-romain et de ses valeurs judéo-chrétiennes a planté les graines de
quelque chose d’inédit dans l’histoire. En s’imposant définitivement
face à l’absolutisme, une nouvelle ère de l’existence humaine s’est
ouverte. Dans ce nouveau cadre moral et philosophique qui plaçait la
liberté individuelle au-dessus des caprices du tyran, l’Occident a pu
libérer la capacité créatrice de l’humanité, lançant un processus de
création de richesses jamais vu auparavant.
Les données parlent d’elles-mêmes : jusqu’en 1800, le PIB mondial par
habitant est resté pratiquement constant. Toutefois, à partir du xIxe
siècle et grâce à la révolution industrielle, le PIB par habitant a été
multiplié par 20, ce qui a permis à 90% de la population mondiale de
sortir de la pauvreté alors que la population avait été multipliée par
huit. Cela n’a été possible que grâce à une convergence de valeurs
fondamentales, le respect de la vie, de la liberté et de la propriété,
qui a rendu possible le libre-échange, la liberté d’expression, la
liberté de religion et les autres piliers de la civilisation
occidentale.
À cela s’ajoute notre esprit faustien, inventif, explorateur,
pionnier, qui teste sans cesse les limites du possible. Un esprit
pionnier qui est aujourd’hui représenté, entre autres, par mon cher ami
Elon Musk, qui a été injustement vilipendé par le wokisme, ces dernières
heures, pour un geste innocent qui ne fait que signifier sa gratitude
envers le peuple. En résumé, nous avons inventé le capitalisme sur la
base de l’épargne, de l’investissement, du travail, du réinvestissement
et du travail acharné. Nous avons permis à chaque travailleur de
multiplier sa productivité par 10, 100 ou même 1000, déjouant ainsi le
piège malthusien. Cependant, à un moment donné du xxe siècle, nous nous sommes égarés et les principes libéraux qui nous avaient rendus libres et prospères ont été trahis.
Une nouvelle classe politique, sous des idéologies collectivistes, et
profitant des moments de crise, a vu une occasion parfaite d’accumuler
du pouvoir. Toute la richesse créée par le capitalisme jusqu’alors et à
l’avenir serait redistribuée dans le cadre d’un plan centralisé, donnant
ainsi le coup d’envoi d’un processus dont nous subissons aujourd’hui
les conséquences désastreuses. Poussant un programme socialiste, mais
opérant insidieusement au sein du paradigme libéral, cette nouvelle
classe politique a déformé les valeurs du libéralisme. Elle a remplacé
la liberté par la libération, en utilisant le pouvoir coercitif de
l’État pour distribuer la richesse créée par le capitalisme. Leur
justification était l’idée sinistre, injuste et aberrante de justice
sociale, complétée par des cadres théoriques marxistes visant à libérer
l’individu de ses besoins. Et au cœur de ce nouveau système de valeurs,
le postulat fondamental selon lequel l’égalité devant la loi ne suffit
pas, car il existe des injustices de base cachées qui doivent être
corrigées, représente une mine d’or pour les bureaucrates qui aspirent à
la toute-puissance. Voilà ce qu’est fondamentalement le wokisme, le
résultat de l’inversion des valeurs occidentales. Chacun des piliers de
notre civilisation a été transformé en une version déformée de lui-même
par l’introduction de divers mécanismes de sa version culturelle. Des
droits négatifs à la vie, à la liberté et à la propriété, nous sommes
passés à un nombre artificiellement infini de droits positifs. Ce fut
d’abord l’éducation, puis le logement, et de là, des choses dérisoires
comme l’accès à Internet, au football télévisé, au théâtre, aux soins
esthétiques et à une foule d’autres désirs ont été transformés en droits
humains fondamentaux, des droits que, bien sûr, quelqu’un doit payer.
Et qui ne peuvent être garantis que par l’expansion infinie de l’État
aberrant. En d’autres termes, du concept de liberté comme protection
fondamentale de l’individu contre l’intervention du tyran, nous sommes
passés au concept de libération par l’intervention de l’État. C’est sur
cette base que s’est construit le wokisme, un régime de pensée unique,
soutenu par différentes institutions dont le but est de criminaliser la
dissidence. Le féminisme, la diversité, l’inclusion, l’égalité,
l’immigration, l’avortement, l’environnementalisme, l’idéologie du
genre, entre autres, sont autant de têtes d’une même créature dont le
but est de justifier l’avancée de l’État par l’appropriation et la
déformation de nobles causes.
Examinons-en quelques-unes. Le féminisme radical est une distorsion
du concept d’égalité et, même dans sa version la plus bienveillante, il
est redondant, puisque l’égalité devant la loi existe déjà en Occident.
Tout le reste n’est que recherche de privilèges, et c’est ce que le
féminisme radical vise en réalité, en opposant une moitié de la
population à l’autre alors qu’elles devraient être du même côté. Nous
allons même jusqu’à normaliser le fait que, dans de nombreux pays
prétendument civilisés, si vous tuez une femme, cela s’appelle un
féminicide, et que cela entraîne une peine plus lourde que si vous tuez
un homme, simplement en raison du sexe de la victime. Inscrire de fait
dans la loi que la vie d’une femme vaut plus que celle d’un homme,
brandir l’étendard de l’écart de rémunération entre les hommes et les
femmes…
Lorsque l’on examine les données, il est clair qu’il n’y a pas
d’inégalité pour une même tâche, mais que la plupart des hommes ont
tendance à avoir des métiers qui payent mieux que la plupart des femmes.
Pourtant, ils ne se plaignent pas que la majorité des prisonniers
soient des hommes, ni que la majorité des plombiers soient des hommes,
ni que la majorité des victimes de vols ou de meurtres soient des
hommes, et encore moins que la majorité des personnes tuées dans les
guerres soient des hommes. Mais si l’on soulève ces questions, nous
sommes traités de misogynes dans les médias ou même dans ce forum,
simplement pour avoir défendu un principe élémentaire de la démocratie
moderne et de l’État de droit, à savoir l’égalité devant la loi et les
données. Le wokisme se manifeste en outre dans le sinistre écologisme
radical et la bannière du changement climatique. Préserver notre planète
pour les générations futures est une question de bon sens – personne ne
veut vivre dans une poubelle. Mais là encore, le wokisme a réussi à
pervertir cette idée élémentaire de préservation de l’environnement pour
le plaisir des êtres humains, et nous sommes passés à un
environnementalisme fanatique où l’homme est un cancer qu’il faut
éliminer, et où le développement économique n’est rien de moins qu’un
crime contre la nature.
Cependant, lorsque l’on affirme que la Terre a déjà connu cinq cycles
de changements brusques de température et que, dans quatre d’entre eux,
l’homme n’existait même pas, on nous traite de complotiste afin de
discréditer nos idées, sans tenir compte du fait que la science et les
données sont de notre côté. Ce n’est pas une coïncidence si ces mêmes
personnes sont les principaux promoteurs de l’agenda sanguinaire et
meurtrier de l’avortement, un agenda conçu sur la base du postulat
malthusien selon lequel la surpopulation détruira la terre et que nous
devons donc mettre en œuvre un mécanisme de contrôle de la population.
En réalité, ce principe a déjà été adopté, à tel point que le taux de
croissance de la population sur la planète commence aujourd’hui à poser
un problème.
Quelle tâche ils se sont assignée avec ces aberrations de
l’avortement ! Depuis ces forums est promu l’agenda LGBT, voulant nous
imposer que les femmes sont des hommes et que les hommes ne sont des
femmes que si c’est ainsi qu’ils s’autoperçoivent, et ils ne disent rien
lorsqu’un homme se déguise en femme et tue son rival sur un ring de
boxe ou lorsqu’un prisonnier prétend être une femme et finit par violer
toutes les femmes qui croisent son chemin en prison.
Sans aller plus loin, il y a quelques semaines, le cas de deux
homosexuels américains qui, en arborant le drapeau de la diversité
sexuelle, ont été condamnés à 100 ans de prison pour avoir abusé et
filmé leurs enfants adoptifs pendant plus de deux ans, a fait la une des
journaux du monde entier. Je tiens à préciser que lorsque je parle
d’abus, il ne s’agit pas d’un euphémisme, car dans ses versions les plus
extrêmes, l’idéologie du genre constitue une véritable maltraitance des
enfants. Ce sont des pédophiles, je veux donc savoir qui ose cautionner
ces comportements. Ils causent des dommages irréversibles à des enfants
en bonne santé par des traitements hormonaux et des mutilations, comme
si un enfant de moins de cinq ans pouvait consentir à une telle chose.
Et s’il arrivait que leur famille ne soit pas d’accord, il y aurait
toujours des agents de l’État prêts à intervenir au nom de ce qu’ils
appellent l’intérêt du mineur. Croyez-moi, les expériences scandaleuses
menées aujourd’hui au nom de cette idéologie criminelle seront
condamnées et comparées à celles qui ont eu lieu pendant les périodes
les plus sombres de notre histoire. Et pour couvrir cette multitude de
pratiques abjectes, il y a l’éternelle victimisation toujours prête à
lancer des accusations d’homophobie ou de transphobie et autres
inventions dont le seul but est de tenter de faire taire ceux qui
dénoncent ce scandale duquel les autorités nationales et internationales
sont complices.
D’autre part, dans nos entreprises, dans nos institutions publiques
et dans nos universités, le mérite a été écarté par la doctrine de la
diversité, ce qui implique une régression vers les systèmes nobiliaires
d’antan. On invente des quotas pour toutes les minorités que les
politiciens peuvent imaginer, ce qui ne fait que nuire à l’excellence de
ces institutions. Le wokisme a également dénaturé la cause de
l’immigration. La libre circulation des biens et des personnes étant à
la base du libéralisme, nous le savons bien, l’Argentine, les États-Unis
et bien d’autres pays ont été rendus grands par ces immigrants qui ont
quitté leur patrie à la recherche de nouvelles opportunités.
Cependant, de la tentative d’attirer des talents étrangers pour
promouvoir le développement, nous sommes passés à une immigration de
masse motivée non pas par l’intérêt national mais par la culpabilité.
L’Occident étant la cause supposée de tous les maux de l’histoire, il
devrait se racheter en ouvrant ses frontières au monde entier, ce qui
aboutirait nécessairement à une colonisation inversée, qui s’apparente à
un suicide collectif.
C’est ce que l’on voit aujourd’hui à travers les images de hordes
d’immigrés abusant, violant ou tuant des citoyens européens qui n’ont
commis que le péché de ne pas avoir adhéré à une religion particulière.
Mais quand on s’interroge sur ces situations, on est taxé de raciste, de
xénophobe ou de nazi. Le wokisme a imprégné nos sociétés si
profondément, promu par des institutions telles que celle-ci, que l’idée
même de sexe a été remise en question par l’infâme idéologie du genre.
Cela a conduit à une intervention encore plus importante de l’État
par le biais d’une législation absurde, l’État devant par exemple
financer des hormones et des opérations chirurgicales d’un million de
dollars pour se conformer à la perception que certains individus ont
d’eux-mêmes. Nous ne voyons que maintenant les effets d’une génération
entière qui a mutilé son corps, encouragée par une culture de la
relativité sexuelle, et qui devra passer toute sa vie en traitement
psychiatrique pour faire face à ce qu’elle s’est infligée, mais personne
ne dit rien sur ces questions. Non seulement cela, mais ils ont
également soumis la grande majorité à l’esclavage des perceptions
erronées d’une infime majorité et, en plus, le wokisme cherche à prendre
en otage notre avenir.
En occupant les chaires des universités les plus prestigieuses du
monde, il forme les élites de nos pays à remettre en question et à nier
la culture, les idées et les valeurs qui ont fait notre grandeur,
endommageant ainsi davantage notre tissu social. Que reste-t-il pour
l’avenir si nous apprenons à nos jeunes à avoir honte de notre passé ?
Tout cela a été incubé et s’est développé de manière de plus en plus
notoire au cours des dernières décennies, après la chute du mur de
Berlin, curieusement les pays libres ont commencé à s’autodétruire
lorsqu’ils n’ont plus eu d’adversaires à vaincre. La paix nous a rendus
faibles, nous avons été vaincus par notre propre complaisance. Toutes
ces aberrations et d’autres encore, que nous ne pouvons énumérer pour
des raisons de temps, sont ce qui menace l’Occident aujourd’hui et sont,
malheureusement, les croyances que des institutions comme celle-ci ont
promues pendant quarante ans. Personne ici ne peut prétendre être
innocent. Vous avez vénéré pendant des décennies une idéologie sinistre
et meurtrière comme s’il s’agissait d’un veau d’or et avez remué ciel et
terre pour l’imposer à l’humanité. Cette même organisation, ainsi que
les organismes supranationaux les plus influents, ont été les idéologues
de cette barbarie. Les agences multilatérales de prêt ont été un bras
extorqueur et de nombreux États nationaux, en particulier l’Union
européenne, en ont été et en sont un bras armé.
Des citoyens au Royaume-Uni d’aujourd’hui ne sont-ils pas emprisonnés
pour avoir révélé des crimes aberrants, véritablement épouvantables,
commis par des migrants musulmans et que le gouvernement veut étouffer ?
Ou encore, les bureaucrates de Bruxelles n’ont-ils pas suspendu les
élections roumaines simplement parce qu’ils n’aimaient pas le parti qui
avait gagné ? Face à chacune de ces discussions, le wokisme tente de
discréditer ceux qui remettent ces choses en question en nous étiquetant
d’abord, puis en nous censurant : si vous êtes blanc, vous devez être
raciste, si vous êtes un homme, vous devez être misogyne ou membre du
patriarcat, si vous êtes riche, vous devez être un capitaliste cruel, si
vous êtes hétérosexuel, vous devez être hétéronormatif, homophobe ou
transphobe. Pour chaque questionnement, ils ont une étiquette, qu’ils
essaient ensuite de censurer par des moyens de facto ou de jure.
Car sous le discours de la diversité, de la démocratie et de la
tolérance qu’ils prétendent tenir, se cache en réalité la volonté
manifeste de détruire la dissonance, la critique et, par essence, la
liberté, afin de continuer à faire vivre un modèle dont ils sont les
principaux bénéficiaires. N’avons- nous pas entendu ces jours-ci que
certaines autorités européennes importantes, plutôt rouges, pour ainsi
dire, appellent ouvertement à la censure ; ou qu’en réalité, il n’y a
pas de censure, mais que ceux qui pensent différemment de l’idéologie
woke doivent être réduits au silence. Et quel type de société peut
résulter du wokisme ? Une société qui a remplacé le libre-échange des
biens et des services par une distribution arbitraire des richesses sous
la menace d’une arme, qui a remplacé les communautés libres par une
collectivisation forcée, qui a remplacé le chaos créatif du marché par
l’ordre stérile et sclérosé du socialisme. Une société pleine de
ressentiment, où il n’y a que deux sortes de personnes, celles qui
paient des impôts nets d’une part et celles qui sont les bénéficiaires
de l’État, de l’autre. Et je ne parle pas de ceux qui reçoivent une aide
sociale parce qu’ils n’ont pas assez à manger, je parle des entreprises
privilégiées, des banquiers qui ont été renfloués lors des crises des
subprimes, de la plupart des médias, des centres d’endoctrinement
déguisés en universités, de la bureaucratie d’État, des syndicats, des
organisations sociales, des entreprises publiques et de tous les
secteurs qui vivent des impôts payés par ceux qui travaillent.
Je parle du monde décrit par Ayn Rand dans La Grève, qui
s’est malheureusement concrétisé. Un schéma dans lequel le grand gagnant
est la classe politique, qui devient à son tour l’arbitre et la partie
de cette répartition. Je le répète : la classe politique est à la fois
l’arbitre et la partie intéressée dans cette répartition. Et comme
toujours, c’est celui qui distribue qui obtient la meilleure part. Là
où, sous les différences cosmétiques entre les différents partis se
cachent des intérêts communs, des partenaires, des arrangements et un
engagement inaltérable que rien ne changera, c’est pourquoi il les a
tous appelés le Parti de l’État. Un système qui se cache derrière un
discours bienveillant où, selon eux, le marché échoue et ce sont eux qui
sont chargés de résoudre ces échecs par la réglementation, la force et
la bureaucratie.
Mais la défaillance du marché n’existe pas.
Je vais le répéter encore une fois : la défaillance du marché n’existe pas.
Parce que le marché est un mécanisme de coopération sociale où les
droits de propriété sont échangés volontairement. Les prétendues
défaillances du marché sont une contradiction dans les termes, la seule
chose qu’une telle intervention génère, ce sont de nouvelles distorsions
du système des prix, qui à leur tour entravent le calcul économique,
l’épargne et l’investissement et finissent donc par générer plus de
pauvreté ou un enchevêtrement de réglementations, comme celui qui existe
en Europe par exemple et qui tue la croissance économique. Comme je le
dis souvent dans mes conférences : « si vous pensez qu’il y a une
défaillance du marché, allez vérifier si l’État n’est pas au milieu, et
si vous le trouvez, ne refaites pas l’analyse — parce qu’elle est fausse
».
Pour cette même raison, puisque le wokisme n’est ni plus ni moins
qu’un plan systématique de l’État-parti pour justifier l’intervention de
l’État et l’augmentation des dépenses publiques, cela signifie que
notre première croisade, la plus importante si nous voulons retrouver
l’Occident du progrès, si nous voulons construire un nouvel âge d’or,
doit être la réduction drastique de la taille de l’État. Non seulement
dans chacun de nos pays, mais aussi dans tous les organismes
supranationaux. Car c’est la seule façon de couper ce système pervers,
de le vider de ses ressources, de rendre au contribuable ce qui lui
appartient et de mettre fin à la vente de faveurs. Il n’y a pas de
meilleure méthode que d’éliminer la bureaucratie de l’État pour qu’il
n’y ait pas de possibilité de vendre de telles faveurs.
Les fonctions de l’État devraient à nouveau être limitées à la
défense du droit à la vie, à la liberté et à la propriété. Toute autre
fonction que l’État s’arrogerait se ferait au détriment de sa mission
fondamentale et aboutirait inexorablement au Léviathan omniprésent dont
nous souffrons tous aujourd’hui. Nous assistons aujourd’hui à
l’épuisement global de ce système qui nous a dominés au cours des
dernières décennies. Tout comme en Argentine, dans le reste du monde, le
seul conflit pertinent de ce siècle et de tous ceux qui l’ont précédé
devient plus aigu : le conflit entre les citoyens libres et la caste
politique qui s’accroche à l’ordre établi, redoublant d’efforts en
matière de censure, de persécution et de destruction.
Heureusement, dans le monde libre, une majorité silencieuse
s’organise et, dans tous les coins de notre hémisphère, l’écho de ce cri
pour la liberté résonne. Nous sommes confrontés à un changement
d’époque, à un tournant copernicien, à la destruction d’un paradigme et à
la construction d’un autre, et si les institutions d’influence
mondiale, telles que cette assemblée, veulent tourner la page et
participer de bonne foi à ce nouveau paradigme, elles devront assumer la
responsabilité du rôle qu’elles ont joué au cours de ces dernières
décennies et reconnaître devant la société le mea culpa qui est exigé
d’elles.
En conclusion, je voudrais m’adresser directement aux dirigeants du
monde, à tous ceux qui dirigent aussi bien les États nationaux que les
grands groupes économiques et les organisations internationales, qu’ils
soient présents ici ou qu’ils nous écoutent depuis chez eux. Les
formules politiques des dernières décennies que j’ai décrites dans ce
discours ont échoué et s’effondrent sur elles-mêmes. Cela signifie que
penser comme tout le monde pense, lire comme tout le monde lit, dire
comme tout le monde dit ne peut que conduire à l’erreur, même si
nombreux sont ceux qui persistent à marcher vers le précipice.
Le scénario des 40 dernières années est épuisé et quand un système
s’essouffle, l’histoire s’ouvre. C’est pourquoi je dis à tous les
dirigeants mondiaux : il est temps de sortir de ce scénario, il est
temps de sortir de ce scénario, il est temps d’être audacieux, il est
temps d’oser penser et d’oser écrire nos propres vers parce que lorsque
les idées et les textes du présent disent tous les mêmes choses et
disent les mauvaises choses, être courageux consiste précisément à être
extemporané, à aller à rebours, à ne pas se laisser éblouir par les
passagers, en perdant de vue l’universel ; il consiste à retrouver des
vérités qui étaient évidentes pour nos prédécesseurs et qui sont à la
base du succès civilisationnel qu’a été l’Occident, mais que le régime
de la pensée unique des dernières décennies a perçu comme une hérésie.
Comme l’a dit un jour Churchill, « plus nous regardons en arrière,
plus nous pouvons voir loin ». En d’autres termes, nous devons retrouver
les vérités oubliées de notre passé afin de dénouer le nœud du présent
et de faire un nouveau pas en avant en tant que civilisation vers
l’avenir. Et qu’est-ce que je vois quand je regarde en arrière ? Que
nous devons adopter, une fois de plus, les dernières thèses qui ont fait
leurs preuves en matière de réussite économique et sociale.
C’est-à-dire le modèle de la liberté, la réappropriation des idées de
liberté, le retour au libéralisme. C’est ce que nous faisons en
Argentine, c’est ce que je suis sûr que le président Trump fera dans
cette nouvelle Amérique, et c’est ce que nous invitons toutes les
grandes nations libres du monde à faire pour arrêter à temps ce qui est
clairement une voie menant à la catastrophe.
En définitive, ce que je vous propose, c’est de rendre à l’Occident
sa grandeur. Aujourd’hui, comme il y a 215 ans, l’Argentine a brisé ses
chaînes et vous invite — comme le dit notre hymne — tous les mortels du
monde à entendre le cri sacré : liberté, liberté, liberté, liberté. Que
les forces du ciel soient avec nous. Merci beaucoup à tous et… vive la
liberté, putain ! »