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mars 04, 2026

Analyses & Bellicisme Trumpiste comme les intérêts israéliens

Sommaire:

A1) - « Le régime cherche à transformer l'attaque en réflexe patriotique »

A2) - Le démenti du Pentagone sur l’Iran : Trump renoue avec le bellicisme américain et les intérêts israéliens 

B) -  L’escalade américaine en Iran : Trump face à un isolement croissant sur la scène internationale

C) - Trump menace de couper les échanges commerciaux avec l'Espagne à cause des bases aériennes espagnoles.

D) - Guerre USA-Israël-Iran : Entre rumeurs sur des pertes françaises et justifications controversées de l’administration Trump

E) - Le siège invisible : comment les compagnies d’assurance ont fermé le détroit d’Ormuz

F) - Analyse des frappes israélo-américaines sur l’Iran

Ali Khamenei et Maduro, ou la fin de l’incantation. D’ores et déjà un événement d’une portée identique à ce que fut en son temps la chute du mur de Berlin et l’effondrement de l’URSS.

 


A1) - « Le régime cherche à transformer l'attaque en réflexe patriotique »

Pouvons-nous considérer que les jours du régime iranien sont comptés ou existe-t-il un risque d’enlisement réel ?

La réponse tient en une idée centrale : tout dépend si les choses vont à ce rythme, c’est-à-dire si les bombardements ciblés et les éliminations de responsables se poursuivent avec la même intensité. La disparition de la figure suprême fragilise l’architecture idéologique du système. La République islamique repose sur une autorité religieuse et politique concentrée. Toucher cette clé de voûte crée un vide symbolique considérable. Toutefois, un régime ne repose pas uniquement sur un homme. Il repose sur des réseaux, des structures, des hommes armés, des circuits financiers et un appareil administratif. En Iran, les Gardiens de la Révolution, les milices Bassidji, les services de renseignement et une partie de l’armée régulière constituent encore un socle solide. Même affaibli, ce socle peut maintenir l’ordre par la force.

Si les frappes continuent à désorganiser la chaîne de commandement, à neutraliser les centres névralgiques et à couper les capacités de coordination, alors l’effondrement peut s’accélérer. Les défections pourraient apparaître, notamment si des responsables locaux estiment que le pouvoir central ne peut plus les protéger. En revanche, si l’intensité des frappes diminue ou si l’appareil sécuritaire réussit à se reconstituer autour d’une direction provisoire, le risque d’enlisement devient réel. Le régime pourrait se transformer en structure plus militaire que religieuse, recentrée sur la survie et la répression. Dans ce cas, il ne tomberait pas immédiatement ; il s’endurcirait.

L’offensive américano-israélienne va-t-elle réactiver la mobilisation populaire sur le terrain ? Ou la répression risque-t-elle de s’intensifier ?

Pour le moment, la réponse est claire : non, pas pour le moment, c’est trop tôt encore. La population est prise dans un double étau. D’un côté, les frappes et l’incertitude. De l’autre, un appareil sécuritaire qui reste capable d’arrêter, d’intimider et de contrôler les grandes villes. Dans un contexte de guerre, beaucoup hésitent à descendre dans la rue. Il existe une peur réelle du chaos, mais aussi la crainte d’être accusé de trahison en pleine confrontation extérieure.

Le régime, de son côté, cherche à transformer l’attaque en réflexe patriotique. Il peut tenter de présenter le conflit comme une agression contre la nation plutôt que contre le pouvoir. Dans ce type de situation, la répression ne diminue pas ; elle a tendance à s’intensifier. Coupures des communications, contrôles accrus, arrestations ciblées. Une mobilisation massive ne pourrait émerger que si deux conditions sont réunies : d’une part, une perception claire que le régime vacille réellement ; d’autre part, une désorganisation visible de la chaîne de commandement locale. Tant qu’un gouverneur, un chef de police ou un commandant régional peut encore donner des ordres cohérents, la rue restera prudente. Cinq jours après le début de l’offensive, il est trop tôt pour parler d’un soulèvement généralisé.

Dans l’hypothèse d’une chute plus ou moins rapide du régime, d’aucuns pointent un risque d’irakisation ? Qu’en pensez-vous ?

Pour l’instant, il ne se passe pas ce que certains imaginaient. On ne voit pas des foules immenses descendre dans les rues dès les premiers bombardements. C’est compréhensible. Quand un pays est frappé de l’extérieur, la première réaction n’est pas forcément la révolte. C’est le choc, l’inquiétude pour sa famille, la peur de ce qui peut arriver dans les heures suivantes.

Il faut se mettre à la place des gens. Sortir manifester alors que des frappes ont lieu et que les forces de sécurité sont en alerte maximale, c’est prendre un risque énorme. Les autorités n’ont pas disparu. Les arrestations restent possibles. Les contrôles aussi. Beaucoup peuvent penser que ce n’est pas le moment, que la priorité est d’attendre, de voir comment la situation évolue.

En parallèle, le pouvoir essaie de reprendre la main sur le récit. Il peut présenter les attaques comme une agression contre l’Iran en tant que nation, et non seulement contre le régime. Dans ces moments-là, certains hésitent à critiquer ouvertement le pouvoir, de peur d’être perçus comme soutenant l’ennemi. Cela ne veut pas dire que le mécontentement a disparu. Mais il ne se transforme pas automatiquement en mobilisation visible.

Dans l’hypothèse d’une chute plus ou moins rapide du régime, certains parlent d’un risque d’“irakisation”. Je comprends la comparaison, mais je reste prudent avec ce terme.

L’Iran n’est pas l’Irak de l’époque de Saddam Hussein. L’État iranien a une histoire plus longue, une administration enracinée et une identité nationale forte. Même ceux qui contestent le régime ne contestent pas nécessairement l’existence de l’État iranien. Cela compte énormément. On ne peut donc pas affirmer qu’une chute du pouvoir central conduirait automatiquement au chaos généralisé.

Cela dit, il existe des risques réels si l’effondrement est rapide et mal préparé.

L’Iran est un pays multiethnique. Les Perses sont majoritaires, mais il y a des minorités importantes : les Kurdes au nord-ouest, les Baloutches au sud-est, les Arabes du Khuzestan au sud-ouest, les Azerbaïdjanais au nord. Tant que le pouvoir central est solide, ces équilibres tiennent, parfois par l’intégration, parfois par la pression sécuritaire. Si le centre s’affaiblit brutalement, ces équilibres peuvent être remis en cause.

Dans les régions kurdes, il existe une tradition politique forte et des revendications anciennes d’autonomie culturelle et politique. Une chute du régime pourrait relancer ces demandes. La Turquie suivrait cela de très près, tout comme l’Irak, car la question kurde dépasse largement les frontières iraniennes.

Au sud-est, dans le Sistan-Baloutchistan, région pauvre et marginalisée, les Baloutches ont déjà connu des tensions avec le pouvoir central. Une vacance du pouvoir pourrait ouvrir la voie à des revendications plus fortes ou à l’émergence de groupes armés locaux. Le Pakistan, pays frontalier, serait directement concerné par toute déstabilisation prolongée.

Au Khuzestan, région stratégique pour ses ressources énergétiques et peuplée en partie d’Arabes iraniens, toute instabilité aurait des conséquences économiques et politiques majeures. L’Irak, voisin immédiat, ne pourrait pas rester indifférent à une évolution dans cette zone sensible.

À cela s’ajoute la question des Moudjahidines du Peuple, organisation d’opposition en exil. Si, dans le vide politique, ce mouvement tentait de s’imposer sans consensus national, cela pourrait créer des tensions supplémentaires à l’intérieur du pays.

Le risque, donc, ne serait pas forcément une guerre confessionnelle comme en Irak après 2003, mais plutôt une fragmentation progressive : centres de pouvoir locaux, rivalités régionales, tentations d’ingérences extérieures. Si la transition est mal organisée, le vide peut être exploité par différents acteurs, internes et voisins.

En résumé, je n’aime pas comparer mécaniquement l’Iran et l’Irak, et je souhaite le meilleur pour tous les peuples de la région. Mais si le régime s’effondre brutalement sans transition claire et inclusive telle que voulue par le prince Reza Pahlavi, il existe effectivement un risque de désordre, de tensions ethniques et d’implication des pays voisins. Rien n’est inévitable, mais le danger serait réel dans un scénario précipité.

Michel Fayad


 

A2) - Le démenti du Pentagone sur l’Iran : Trump renoue avec le bellicisme américain et les intérêts israéliens  

Dans un revirement spectaculaire qui ébranle l’administration Trump, le Pentagone a informé le Congrès qu’il n’existait aucun signe indiquant que l’Iran prévoyait d’attaquer les États-Unis en premier.

Cette révélation, rapportée par Reuters le 1er mars 2026, jette une ombre sur les justifications des frappes israélo-américaines lancées le 28 février contre Téhéran. Baptisées « Roaring Lion » par Israël et « Epic Fury » par les États-Unis, ces opérations ont visé un changement de régime, tuant le guide suprême Ali Khamenei et des dizaines de responsables iraniens.

Mais au-delà des faits militaires, cette affaire soulève des questions profondes sur le bellicisme renouvelé de Donald Trump, ses liens étroits avec Israël, et la priorisation des intérêts étrangers au détriment de ceux des Américains.

Des publications sur les réseaux sociaux relayant cette information, qualifient la situation d’ « extrêmement grave », soulignant un possible « lâchage » de Donald Trump par le Pentagone.

 


 

Le démenti du pentagone : une justification fragile pour les frappes

Selon des sources anonymes citées par Reuters, des responsables du Pentagone ont briefé des membres du Congrès à huis clos, affirmant qu’aucune information ne suggérait une attaque imminente de l’Iran contre les forces américaines. Ces briefings mettaient l’accent sur les capacités balistiques iraniennes et les menaces potentielles des proxies, mais sans preuve d’une initiative offensive de Téhéran. Ce démenti contredit directement les arguments de l’administration Trump, qui présentait les frappes comme préventives pour contrer une agression supposée.

Les négociations à Genève, interrompues brutalement par ces attaques, ajoutent à la controverse. Des pourparlers indirects sur le programme nucléaire iranien, médiatisés par Oman, se déroulaient encore le 26 février, avec des signes de progrès selon des sources diplomatiques. Des critiques démocrates, comme le sénateur Mark Warner, ont déclaré n’avoir vu aucune preuve d’une frappe préemptive iranienne, qualifiant le conflit de « guerre de choix ». Un sondage Reuters / Ipsos révèle que seulement 27 % des Américains approuvent ces frappes, contre 43 % qui les désapprouvent, reflétant un scepticisme croissant face à cette escalade.

 


 

Trump et le retour du « gendarme du monde »

Ce démenti met en lumière le comportement belliciste de Donald Trump, qui renoue avec la tradition américaine de se poser en « gendarme du monde ». Depuis son retour à la Maison-Blanche, Trump a multiplié les interventions unilatérales, invoquant souvent des menaces exagérées pour justifier des actions militaires. Son discours sur l’état de l’Union du 25 février, truffé d’accusations contre l’Iran – qualifié de « principal sponsor du terrorisme » – préparait déjà le terrain pour une confrontation. Trump y affirmait vouloir empêcher l’Iran d’acquérir l’arme nucléaire, malgré des rapports du renseignement américain confirmant que Téhéran avait stoppé son programme en 2003 et n’en construisait pas actuellement.

Cette posture interventionniste n’est pas isolée. En janvier 2026, Trump a ordonné une opération militaire au Venezuela, qualifiée de « kidnapping » par de nombreux observateurs. Des forces spéciales américaines ont capturé le président Nicolás Maduro et sa femme Cilia Flores lors d’un raid nocturne à Caracas, les extradant vers New York pour des accusations de trafic de drogue. L’opération, impliquant environ 150 appareils, a causé au moins 40 morts selon des sources vénézuéliennes, et a été dénoncée comme une violation flagrante de la souveraineté. Donald Trump a justifié l’action par des motifs de lutte contre le narcoterrorisme, mais des critiques, comme la membre du Congré Bonnie Watson Coleman, l’ont accusée d’être motivée par des intérêts pétroliers, avec des consultations auprès d’exécutifs du secteur plutôt que du Congrès. Maduro, plaidant non coupable, a affirmé avoir été « kidnappé », et l’opération a provoqué des protestations mondiales, y compris en Amérique latine.

Ces actions illustrent un retour à une diplomatie de la canonnière, où les États-Unis imposent leur vision du monde par la force, au risque d’instabilité régionale et de pertes humaines inutiles.

Les liens étroit avec Israël : des intérêts américains sacrifiés ?

Les frappes sur l’Iran soulignent également les liens étroits entre Trump et Israël. La décision d’attaquer semble avoir été scellée lors de la visite de Benjamin Netanyahu à Washington le 11 février 2026, où des discussions sur des « dates possibles d’attaque » ont eu lieu, selon des rapports du New York Times. Benyamin Netanyahu, déterminé à torpiller les négociations avec l’Iran, a influencé Trump à abandonner la diplomatie au profit d’une offensive conjointe.

Cette alliance pose une question cruciale : les intérêts d’Israël priment-ils sur ceux des Américains ? Israël perçoit l’Iran comme une menace existentielle, justifiant des frappes pour neutraliser son influence régionale. Mais pour les États-Unis, les bénéfices sont moins clairs. Les frappes risquent d’escalader en un conflit prolongé, épuisant les ressources américaines et exposant les troupes à des ripostes iraniennes. Des sondages, comme celui de Quinnipiac en janvier 2026, montrent que 70 % des Américains s’opposent à une guerre avec l’Iran, particulièrement chez les démocrates (79 %). Pourquoi Trump engage-t-il les États-Unis dans une aventure qui pourrait gonfler les prix de l’énergie – via une fermeture potentielle du détroit d’Ormuz – et affaiblir sa position avant les midterms ?

Certains analystes suggèrent que l’influence d’Israël, via des lobbies puissants et des alliances personnelles (comme avec Netanyahu), oriente la politique étrangère américaine. L’opération au Venezuela, bien que distincte, renforce cette perception : Trump a admis des consultations avec des exécutifs pétroliers, priorisant des gains économiques à court terme au détriment de la stabilité internationale.

Conséquences et perspectives

Le démenti du Pentagone pourrait marquer un tournant, avec des appels à une enquête congressionnelle sur les justifications des frappes. Une publication sur X, réagissant à cette nouvelle, évoque un « lâchage » de Trump par le Pentagone, soulignant la gravité d’une fracture potentielle au sein de l’exécutif. À l’échelle globale, ces actions risquent d’isoler les États-Unis, renforçant des alliances alternatives comme les BRICS et accélérant le déclin de l’hégémonie américaine.

En conclusion, le bellicisme de Trump, illustré par les interventions récentes en Iran et au Venezuela (nous pourrions également y ajouter ses vues sur le Groenland), interroge la viabilité d’une Amérique qui se pose en justicier mondial. Prioriser les intérêts d’alliés comme Israël au détriment des Américains pourrait coûter cher politiquement et stratégiquement. Comme l’a noté un expert en géopolitique, « ce n’est pas un western : tuer le chef ne met pas fin à la guerre ». L’avenir dira si cette escalade mènera à une désescalade forcée ou à un conflit plus large.

https://multipol360.com/le-dementi-du-pentagone-sur-liran-trump-renoue-avec-le-bellicisme-americain-et-les-interets-israeliens/ 

 


 

B) -  L’escalade américaine en Iran : Trump face à un isolement croissant sur la scène internationale

Le 28 février 2026, les États-Unis et Israël ont lancé une opération militaire conjointe contre l’Iran, baptisée « Epic Fury » du côté américain et « Roaring Lion » pour les Israéliens. Cette attaque, qui a visé directement le cœur du régime iranien en éliminant le guide suprême Ali Khamenei et une quarantaine de hauts responsables, marque un tournant dans la politique étrangère de Donald Trump. Justifiée comme une mesure préemptive contre une prétendue menace imminente, elle s’inscrit dans une reprise du bellicisme américain, aligné sur les intérêts stratégiques israéliens. Pourtant, derrière cette démonstration de force, se dessine un tableau plus sombre :

Trump est de plus en plus abandonné par une coalition internationale, y compris par des alliés occidentaux et membres de l’OTAN, qui refusent de suivre Washington dans cette aventure risquée.

Le contexte d’une agression controversée

Les frappes interviennent dans un climat de tensions exacerbées, alors que des négociations nucléaires étaient en cours à Genève sous auspices suisses. Trump, influencé par une visite de Benjamin Netanyahu à Washington le 11 février, a opté pour une approche offensive, accusant l’Iran d’être le « principal sponsor du terrorisme » et de menacer la sécurité mondiale avec son programme nucléaire – bien que des rapports de renseignement américains confirment que Téhéran a suspendu ses activités en 2003. Le Pentagone a même démenti publiquement, lors d’un briefing au Congrès le 1er mars, toute indication d’une attaque iranienne imminente, soulignant l’absence de preuves pour justifier une action préemptive. Cette contradiction interne met en lumière une stratégie impulsive, où la diplomatie semble n’être qu’un écran pour masquer des préparatifs militaires.

L’opération fait écho à une intervention récente au Venezuela en janvier 2026, où les forces américaines ont capturé le président Maduro sous prétexte de trafic de drogue, causant une quarantaine de morts et provoquant des protestations mondiales. Ces actions unilatérales, qualifiées de « guerre de choix » par des critiques démocrates comme le sénateur Mark Warner, visent un changement de régime mais ignorent les leçons du passé : tuer un leader ne garantit pas la stabilité, comme l’a démontré la résilience du système iranien, qui a rapidement annoncé une succession et riposté avec des missiles sur des bases américaines dans sept pays du Moyen-Orient. L’Iran, anticipant l’assaut grâce à la montée visible des forces US dans le Golfe, a fermé le détroit d’Ormuz, bloquant 20 % du pétrole mondial et faisant grimper les prix de l’énergie – un coup dur pour l’économie américaine à l’approche des midterms.

Un isolement international qui s’accentue

Si Trump espérait rallier le monde derrière sa vision musclée, la réalité est tout autre. Les réactions internationales révèlent un abandon progressif, particulièrement chez des partenaires traditionnels.

Les alliés européens, piliers de l’OTAN, ont rapidement pris leurs distances, soulignant qu’ils n’ont pas participé aux frappes et appelant à la retenue pour éviter une escalade régionale.

Le Royaume-Uni, la France et l’Allemagne, dans une déclaration conjointe, ont évité de condamner directement les actions américaines mais ont insisté sur la nécessité de reprendre les négociations, condamnant plutôt les ripostes iraniennes sur des pays de la région. Cette formulation prudente masque une critique implicite : ces nations, engagées depuis des décennies dans le respect du droit international, voient dans les frappes une violation flagrante de l’article 2(4) de la Charte des Nations Unies, qui interdit l’usage de la force sans autorisation du Conseil de sécurité.

L’Espagne, membre de l’OTAN, va plus loin en condamnant ouvertement l’intervention, émergent comme une voix dissidente au sein de l’Alliance atlantique.

Madrid a refusé d’autoriser l’utilisation de ses bases militaires pour les opérations contre l’Iran, invoquant des préoccupations humanitaires et une opposition à l’escalade.

Donald Trump a réagi avec virulence, menaçant de couper les liens commerciaux et critiquant l’Espagne pour son refus d’augmenter ses dépenses de défense à 5 % du PIB, comme exigé par Washington. De même, le Royaume-Uni a initialement bloqué l’accès à sa base de Diego Garcia, provoquant l’ire de Trump qui a qualifié le Premier ministre Keir Starmer de « pas un Churchill« .

Ces refus soulignent une fracture au sein de l’OTAN : les alliés européens, las d’une Amérique imprévisible, craignent d’être entraînés dans un conflit coûteux qui expose leurs intérêts sans gain clair.

Au-delà de l’Europe, l’isolement s’étend. Des pays comme l’Australie et le Canada soutiennent verbalement les États-Unis, mais la majorité des nations, y compris dans le Moyen-Orient, condamnent les ripostes iraniennes tout en restant silencieuses sur les frappes initiales – un signe de prudence face à un Trump perçu comme imprévisible. La Russie et la Chine, quant à elles, dénoncent ouvertement l’agression, renforçant leurs liens avec l’Iran et accélérant le déclin de l’hégémonie américaine via les BRICS. Même au sein des États-Unis, l’opposition est massive : des sondages indiquent que 70 % des Américains s’opposent à une guerre avec l’Iran, particulièrement chez les démocrates, et des experts avertissent que ces actions pourraient pousser Téhéran vers l’arme nucléaire pour se défendre.

Les implications pour Trump et l’Amérique

Cette offensive, loin de consolider la position des États-Unis, expose les limites de la diplomatie trumpienne, marquée par la « perfidie » – l’utilisation de pourparlers comme couverture pour des assauts militaires. En contournant l’ONU et le Congrès, Trump risque non seulement une escalade prolongée, mais aussi une remise en question des alliances : être allié de Washington devient synonyme de vulnérabilité, comme le montrent les ripostes iraniennes sur des bases dans des pays hôtes. Les alliés occidentaux, confrontés à un Trump qui rompt avec la tradition de respect apparent du droit international, optent pour la distance plutôt que la loyauté aveugle.

À l’heure où le monde observe une ONU paralysée et un Conseil de sécurité muet, ces frappes pourraient marquer le début d’un conflit existentiel pour l’Iran, mais aussi pour l’influence américaine. Trump, en renouant avec un interventionnisme unilatéral, se retrouve isolé, lâché par ceux qui, hier encore, suivaient Washington.

Cette dynamique, amplifiée par les critiques internes et internationales, pourrait bien transformer « Epic Fury » en un boomerang politique pour le président républicain.

 https://multipol360.com/lescalade-americaine-en-iran-trump-face-a-un-isolement-croissant-sur-la-scene-internationale/

 


 

 C) - Trump menace de couper les échanges commerciaux avec l'Espagne à cause des bases aériennes espagnoles.

L'Espagne est membre de l'Union européenne, un bloc de 27 pays appliquant une politique commerciale commune. Toute tentative de cibler spécifiquement Madrid risque donc de créer des tensions avec d'autres États membres, comme l'Allemagne, la France et l'Italie.

Le président Donald Trump a menacé mardi de suspendre les échanges commerciaux avec l'Espagne et a déclaré avoir donné instruction au secrétaire au Trésor, Scott Bessent, de « rompre tout lien commercial » avec le pays, sur fond de différend concernant l'utilisation de bases militaires exploitées conjointement sur le territoire espagnol. « Nous allons couper tout commerce avec l'Espagne », a déclaré M. Trump lors d'un entretien avec le chancelier allemand Friedrich Merz dans le Bureau ovale. « Nous ne voulons plus rien avoir à faire avec l'Espagne. » 
 
 
 
 L'Espagne est membre de l'Union européenne, un bloc de 27 pays appliquant une politique commerciale commune. Toute tentative de cibler spécifiquement Madrid risque donc de créer des tensions avec d'autres États membres, comme l'Allemagne, la France et l'Italie. Bien que la Cour suprême ait invalidé l'utilisation par M. Trump d'une loi d'urgence de 1977 lui permettant d'imposer des droits de douane arbitrairement, des responsables de son administration affirment que cette décision « a réaffirmé » sa capacité à utiliser cette loi pour prendre d'autres mesures, comme l'imposition d'un embargo économique contre un pays. 
 
 Lors de la rencontre dans le Bureau ovale avec Merz, Trump a interrogé le représentant américain au Commerce, Jamieson Greer, et Bessent sur la possibilité d'imposer un embargo à l'Espagne. « Monsieur le Président, je pense que nous allons en discuter avec vous », a déclaré Greer. « Je sais que vous disposez de pouvoirs importants, confirmés par la Cour suprême. Nous savons que vous pouvez les utiliser et, si nécessaire pour garantir la sécurité nationale et économique, nous le ferons. » « Je suis d'accord », a rapidement ajouté Bessent. « La Cour suprême a réaffirmé votre capacité à mettre en œuvre un embargo. » Le président américain avait déjà proféré des menaces commerciales similaires contre l'Espagne en octobre dernier, en raison des faibles dépenses de défense de Madrid, mais sans jamais les mettre à exécution. « L'Espagne est un membre clé de l'OTAN, qui remplit ses engagements et contribue de manière significative à la défense du territoire européen. 
 
Elle est également un acteur majeur de l'exportation au sein de l'UE et un partenaire commercial fiable pour 195 pays dans le monde, dont les États-Unis, avec lesquels nous entretenons des relations commerciales anciennes et mutuellement avantageuses », a déclaré le gouvernement espagnol dans un communiqué. « Si l’administration américaine souhaite revoir cette relation, elle doit le faire dans le respect de l’autonomie des entreprises privées, du droit international et des accords bilatéraux entre l’Union européenne et les États-Unis. » 
 
S’adressant à la presse mardi, Trump a également déclaré que son administration avait « instauré un droit de douane de 15 % pour tous », au lieu du droit de douane global de 10 % mis en place par la Maison Blanche en vertu d’une loi commerciale distincte après la défaite devant la Cour suprême le mois dernier. Le président avait précédemment annoncé une nouvelle hausse de ce droit de douane de 5 %, mais n’a pas donné suite à cette annonce officielle. 
 
 
 
Ce week-end, Madrid a empêché les États-Unis d’utiliser des bases exploitées conjointement pour attaquer l’Iran dans le cadre de la guerre lancée par les États-Unis, qui entre dans son quatrième jour. La ministre espagnole de la Défense, Margarita Robles, a expliqué lundi que les troupes américaines stationnées à Morón de la Frontera et sur la base aérienne de Rota devaient « opérer dans le cadre du droit international » et que ces installations militaires n’étaient pas autorisées à « fournir un soutien, sauf si cela s’avère nécessaire d’un point de vue humanitaire ».
 
Un accord de 1953 avec les États-Unis confère à Madrid un droit de regard sur l'utilisation des forces américaines stationnées sur son territoire. Robles a déclaré que les bases n'avaient pas participé à l'attaque de samedi dernier contre l'Iran et ne seraient pas utilisées pour des « opérations de maintenance et de soutien ». 
 
Selon le site de suivi des vols FlightRadar24, plus d'une douzaine d'avions américains, dont plusieurs ravitailleurs Boeing KC-135, ont quitté les bases de Morón et de Rota ce week-end, sept d'entre eux étant déployés sur la base aérienne de Rammstein en Allemagne. Robles a indiqué que les États-Unis avaient « probablement effectué ces mouvements car ils savaient que les avions ne pouvaient pas opérer » depuis l'Espagne. Cette décision a été relevée par des alliés de Trump, comme le sénateur Lindsey Graham (R-Caroline du Sud), qui a fustigé le gouvernement du Premier ministre espagnol Pedro Sánchez, le qualifiant d'« aberration » représentative d'un « leadership européen pitoyablement faible et dévoyé moralement ». 
 
Lors de la conférence de presse avec Merz, Trump a ajouté que « l'Espagne a été terrible » et « hostile ». Le président a de nouveau évoqué le refus de l'Espagne de se conformer à son exigence que les membres de l'OTAN consacrent 5 % de leur PIB aux dépenses militaires – une position qui avait incité Trump à suggérer d'« exclure » l'Espagne de l'alliance et à menacer Madrid de droits de douane plus élevés l'année dernière. Regarder : The Conversation 25:44 La sénatrice Slotkin explique pourquoi les démocrates ont besoin de leur propre « Projet 2029 » | The Conversation Il a ajouté que les États-Unis n'avaient pas besoin de l'autorisation de l'Espagne pour utiliser les bases situées sur son territoire. « Nous pouvons utiliser leurs bases si nous le voulons, nous pouvons simplement atterrir et les utiliser », a-t-il déclaré. « Personne ne va nous interdire de les utiliser. » 
 
Ces remarques sont le dernier signe en date que Trump entend continuer à brandir la menace de sanctions commerciales pour faire pression sur ses alliés sur des questions sans lien avec le commerce, notamment les engagements de défense au sein de l'OTAN. Et cela montre bien qu'il n'a pas l'intention de ralentir le rythme effréné des menaces de droits de douane contre certains pays, malgré la décision de la Cour suprême invalidant les droits de douane qu'il avait imposés en vertu de la loi de 1977 sur les pouvoirs économiques d'urgence internationaux (IEEPA). 
 
L'administration Trump dispose certes de plusieurs autres pouvoirs pour imposer des droits de douane, mais ils sont moins flexibles. Parmi eux figure l'article 122 de la loi de 1974 sur le commerce, que le président a utilisé pour imposer un droit de douane de 10 % à certains pays après la décision de la Cour. Cependant, cette disposition n'autorise le président à imposer ce droit de douane que pendant 150 jours, après quoi l'approbation du Congrès est requise. 
 
Doug Palmer a contribué à cet article.

 


D) - Guerre USA-Israël-Iran : Entre rumeurs sur des pertes françaises et justifications controversées de l’administration Trump 

Un conflit qui s’étend au Moyen-Orient

Le 28 février 2026, les États-Unis et Israël ont lancé une série de frappes aériennes coordonnées contre l’Iran, baptisée opération « Fureur épique », visant à neutraliser les capacités nucléaires et balistiques de Téhéran, ainsi qu’à décapiter son leadership. Ces attaques ont entraîné la mort du Guide suprême Ali Khamenei et de plusieurs hauts responsables iraniens, marquant le début d’un conflit ouvert qui entre dans son quatrième jour au 3 mars 2026.

L’Iran a riposté par des salves de missiles et de drones contre Israël, les Émirats arabes unis (EAU), l’Arabie saoudite et d’autres alliés américains dans la région, causant des dommages relativement limités mais exacerbant les tensions régionales.

Le président Donald Trump a indiqué que les opérations pourraient durer « quatre ou cinq semaines », tout en excluant des pourparlers immédiats avec Téhéran. Ce conflit, qui s’étend désormais au Liban avec des affrontements impliquant le Hezbollah, a provoqué la fermeture d’ambassades américaines et des perturbations massives dans les transports aériens et le commerce pétrolier.

La rumeur des 70 militaires français tués aux EAU : Une désinformation démentie

Parmi les nombreuses informations circulant sur ce conflit, une rumeur particulièrement alarmante a émergé : l’annonce supposée par l’Institute for the Study of War (ISW) de la mort de 70 soldats français aux EAU suite à une attaque iranienne. Cette allégation s’est propagée sur les réseaux sociaux, évoquant une frappe massive sur la base française de « Camp de la Paix » à Abou Dhabi. Cependant, aucune source officielle et médiatique ne confirme cette affirmation pour le moment.

Les faits confirmés indiquent que des drones iraniens ont bien visé la base navale d’Al Salam (ou Camp de la Paix) les 28 février et 1er mars 2026, provoquant un incendie dans un hangar et des dommages matériels mineurs. Le ministère de la Défense émirati et français ont tous deux affirmé qu’il n’y a eu aucune victime parmi les forces françaises, qui comptent environ 700 personnels stationnés aux EAU dans le cadre d’un partenariat stratégique datant de 2009. La ministre française des Armées, Catherine Vautrin, a confirmé que « les dommages sont uniquement matériels et limités », sans blessés.

En réponse, la France a déployé des avions Rafale pour sécuriser l’espace aérien au-dessus de ses installations, démontrant une posture défensive sans engagement offensif direct dans le conflit.

L’ISW, un think tank américain, n’a publié aucune déclaration sur des pertes françaises ; ses rapports se concentrent sur la dégradation des défenses aériennes iraniennes et les frappes alliées, sans mention d’incidents aux EAU impliquant des victimes étrangères. Les bilans officiels des attaques iraniennes sur les EAU font état de 3 civils tués (des travailleurs étrangers) et 58 blessés légers, principalement dus à des débris, mais aucun militaire français ne serait concerné. 

Les justifications américaines : Le témoignage controversé de Marco Rubio

Au cœur des débats sur la légitimité de cette guerre, le secrétaire d’État américain Marco Rubio a témoigné devant le Congrès le 2 mars 2026, défendant les frappes comme une action « préventive et défensive ».

Selon Rubio, les États-Unis ont agi en sachant qu’une attaque israélienne imminente déclencherait une riposte iranienne contre les intérêts américains, et que ne pas intervenir aurait entraîné des pertes plus lourdes.

Il a souligné les objectifs : détruire les capacités balistiques iraniennes, anéantir sa marine, mettre fin à son supposé programme nucléaire et stopper son soutien aux groupes armés proxies. Rubio a également exprimé l’espoir que le peuple iranien renverse son régime, sans viser explicitement un changement de régime par la force.

Cette justification a suscité de vives critiques au Congrès. Les démocrates, comme le sénateur Marc Warner, ont dénoncé l’absence de menace imminente contre les États-Unis – la cible principale étant Israël – et l’absence de consultation préalable du Congrès, violant potentiellement la Constitution. Rubio s’est appuyé sur une loi post-11 septembre autorisant des actions antiterroristes sans vote, affirmant que l’information a été fournie dans les 48 heures requises. 

Des sondages montrent une opposition majoritaire de l’opinion publique américaine à cette intervention, craignant un enlisement similaire à l’Irak.

Sur les réseaux sociaux comme X, les réactions sont polarisées : certains saluent l’action contre l’Iran, d’autres la qualifient de « logique absurde » et d’escalade illégale.

 


 

Conséquences régionales et perspectives

Le conflit a déjà des répercussions économiques : les prix du pétrole ont grimpé, et le tourisme au Moyen-Orient pourrait chuter de 25 % en 2026. Des milliers de civils sont affectés, avec des évacuations en cours pour les expatriés, y compris environ 25.000 Français aux EAU. L’ONU et l’AIEA surveillent de près les sites nucléaires iraniens, confirmant des dommages mais sans escalade radiologique pour l’instant.

Les justifications de Rubio mettent en lumière les divisions internes aux États-Unis et les risques d’une escalade prolongée. Ce conflit, motivé par des craintes nucléaires et des alliances stratégiques, pourrait redessiner la géopolitique du Moyen-Orient, mais à quel prix humain et économique ? 

https://multipol360.com/guerre-usa-israel-iran-entre-rumeurs-sur-des-pertes-francaises-et-justifications-controversees-de-ladministration-trump/



 

E) - Le siège invisible : comment les compagnies d’assurance ont fermé le détroit d’Ormuz

Au milieu du conflit armé opposant les États-Unis et Israël à l’Iran en mars 2026, un phénomène inattendu paralyse l’une des artères vitales du commerce mondial : le détroit d’Ormuz. 

Contrairement à ce que l’on pourrait imaginer, ce n’est pas une flotte de missiles ou un blocus militaire qui a fermé cette voie maritime stratégique, par où transitent environ 20 millions de barils de pétrole par jour, soit un cinquième de la consommation mondiale.

C’est plutôt le retrait soudain de couvertures d’assurance contre les risques de guerre par plusieurs grands assureurs qui a créé un « blocus actuariel », rendant impossible le passage des navires. Cette situation, qualifiée de « siège invisible » par l’analyste indépendant Shanaka Anslem Perera dans son article publié sur Substack, met en lumière la vulnérabilité du commerce mondial face aux mécanismes financiers privés, bien au-delà des tensions géopolitiques. La Chine, principal acheteur de pétrole iranien, exerce des pressions sur Téhéran pour rouvrir le détroit, mais comme le souligne une publication virale sur X, Pékin n’a aucun levier sur les assureurs londoniens qui ont provoqué cette fermeture.


 

Le mécanisme du retrait des assurances

Le 1er et 2 mars 2026, sept clubs d’assurance mutuelle de protection et d’indemnisation (P&I), qui couvrent collectivement 90 % du tonnage maritime mondial, ont émis des avis de résiliation de 72 heures pour les couvertures contre les risques de guerre dans le golfe Persique, le golfe d’Oman et les eaux iraniennes (voir ici et ici). Parmi eux : Gard ASNorthStandardSteamship MutualAssuranceforeningen Skuld, l’American Club, le Swedish Club et le London P&I Club. Ces résiliations, effectives à partir du 5 mars, ont été motivées par une réduction de l’appétit au risque des réassureurs, confrontés à une escalade rapide du conflit, incluant des menaces de l’IRGC (Gardiens de la Révolution islamique), des interférences GPS et des décès parmi les marins.

Sans cette couverture, les armateurs ne peuvent pas naviguer légalement, car les financiers et les régulateurs l’exigent.

Résultat : les transits dans le détroit ont chuté de 80 %, passant de 138 navires par jour à seulement 28, avec plus de 40 très grands transporteurs de brut (VLCC) immobilisés et 13 méthaniers déviés. Des sources comme Bloomberg et Captive International confirment que, bien que l’Iran n’ait pas officiellement fermé le détroit, les avertissements radiophoniques prétendument émis par sa marine et le retrait des assurances ont créé une fermeture de facto.

Ce retrait s’explique par des facteurs structurels : les régulations Solvency II exigent un capital de valeur à risque (VaR) à 99,5 %, rendant impossible la modélisation des risques dans un environnement chaotique. Contrairement aux crises passées, comme les attaques houthistes en mer Rouge (où les primes ont augmenté de 20 fois sans retrait total), ou la guerre des tankers des années 1980 (où des garanties gouvernementales ont maintenu la couverture), il n’existe ici aucun filet de sécurité étatique pour le fret maritime mondial.

Les Impacts économiques globaux

Cette fermeture amplifie les chocs systémiques à travers huit fractures interconnectées, selon l’analyse de Perera : réassurance, pétrodollars, engrais, gaz européen, exposition chinoise, inflation, munitions et convergence des risques.

  • Énergie et Pétrole : Le Brent a grimpé à 79-82 dollars le baril, intégrant une interruption de 4-8 semaines, mais les experts estiment une durée de 6-18 mois pour la réinstauration des assurances. Les pipelines alternatifs (comme l’East-West saoudien ou Habshan-Fujairah émirati) ne couvrent que 25 % des flux normaux, laissant un déficit de 13-16 millions de barils par jour.
  • Engrais et Gaz : L’arrêt des usines iraniennes d’urée affecte 33 % du commerce mondial d’engrais, coïncidant avec la saison de plantation dans l’hémisphère Nord. L’Europe, avec des stocks de gaz à 30 %, risque une chute à 12 % en cas de froid, Qatar fournissant 10-14 % de ses importations de GNL.
  • Finance et Inflation : Les fonds souverains du Golfe (4,9-6 trillions de dollars) pourraient liquider 240-360 milliards en Treasuries US, élargissant les rendements de 25-75 points de base. L’inflation pourrait atteindre 3,5-4,7 % d’ici fin 2026, avec des hausses de fret et des primes d’assurance répercutées.
  • Militaire : Les stocks américains d’intercepteurs (856 SM-6, 800 THAAD) s’épuisent rapidement, sans production suffisante pour une guerre prolongée.

Des publications sur X soulignent que les tankers et cargos forment des files d’attente de plusieurs kilomètres, poussant les prix du pétrole et du gaz à la hausse.

Le rôle de la Chine et les limites du pouvoir géopolitique

La Chine, qui achète 80 % du pétrole exporté par l’Iran via un accord de coopération de 400 milliards de dollars sur 25 ans, presse Téhéran de rouvrir le détroit. Pékin perd 4-5 millions de barils par jour, bien que ses réserves couvrent 96-121 jours. Cependant, comme l’explique Perera, la Chine a un levier sur l’Iran mais aucun sur Lloyd’s of London, où se concentrent les assureurs. Même une capitulation iranienne ne rétablirait pas les couvertures du jour au lendemain ; cela nécessite des mois pour reconstruire les modèles de risque, surtout avec 440,9 kg d’uranium enrichi non comptabilisé.

Des analystes sur X notent que des garanties souveraines ou des escortes navales pourraient accélérer le processus, mais construire une alternative chinoise prendrait des mois.

Ce « siège invisible » révèle que le commerce mondial repose sur une confiance privée fragile, vulnérable à des retraits comme en 2008 lors de la crise financière. Les marchés sous-estiment la durée (4-8 semaines vs. 6-18 mois), créant des opportunités d’arbitrage, mais aussi des risques systémiques : Brent à 100-120 dollars, gaz européen à plus de 60 €/MWh, et une inflation triple choc. Sans filet de sécurité gouvernementaux pour l’assurance maritime, cette crise pourrait s’étendre à d’autres domaines comme le cyber ou le climat. Pour les investisseurs, privilégier les options d’achat à long-terme, l’or (à 5.400 $/once, projeté à 6 300 $) et le GNL américain. La réouverture dépendra non seulement de la fin des hostilités, mais d’une reconstruction institutionnelle – un rappel que la puissance militaire n’est pas tout.

https://multipol360.com/le-siege-invisible-comment-les-compagnies-dassurance-ont-ferme-le-detroit-dormuz/

 


F) - Analyse des frappes israélo-américaines sur l’Iran 

Une stratégie de « perfide » ou un calcul raté ?

Dans un contexte de tensions croissantes au Moyen-Orient, les frappes israélo-américaines sur l’Iran, survenues le 28 février 2026, marquent une escalade significative. Baptisée « Roaring Lion » (Lion rugissant) par Israël et « Epic Fury » par les États-Unis, cette opération conjointe vise un changement de régime à Téhéran.

Selon l’analyse de Jacques Baud, ancien officier de renseignement suisse et auteur spécialisé dans les conflits israélo-iraniens, ces attaques ne sont pas seulement prévisibles, mais s’inscrivent dans une stratégie de « perfide » – un terme juridique international désignant l’utilisation trompeuse de négociations pour masquer des préparatifs militaires.

Contexte des attaques : la quatrième agression

L’Iran n’a jamais attaqué Israël ou les États-Unis, pourtant, c’est la quatrième fois que le duo israélo-américain frappe le pays perse. Jacques Baud rappelle les précédents en 2024 et 2025, soulignant l’absence de condamnations occidentales, ce qui a encouragé cette impunité. L’opération iranienne de riposte, nommée « True Promise 4″, est perçue par Téhéran comme une continuation des défenses antérieures.

La décision d’attaquer semble avoir été prise lors de la visite de Benjamin Netanyahou à Washington le 11 février 2026, comme révélé par le Council on Foreign Relations.

Cette action n’a été approuvée ni par le Congrès américain ni par le Conseil de sécurité des Nations Unies, violant les normes internationales.

Plus choquant encore : ces frappes interviennent alors que des négociations se déroulaient à Genève entre Américains et Iraniens, sous les auspices de la Suisse.

Les négociations comme couverture militaire

Jacques Baud accuse les États-Unis, sous Donald Trump, d’instrumentaliser les pourparlers diplomatiques. « Les Américains utilisent les négociations non pas pour la paix, mais comme une couverture pour préparer une attaque », explique-t-il. Ce modus operandi s’est répété avec l’Iran en 2024-2025, avec le Hamas en Palestine, et même avec le Venezuela. Techniquement, cela constitue une « perfide » : leurrer l’adversaire en feignant la bonne foi.

Le discours de Trump sur l’état de l’Union le 25 février, truffé d’accusations fantaisistes contre l’Iran, préparait le terrain narratif pour justifier l’assaut. Les experts sérieux anticipaient cette escalade, d’autant que les négociations à Genève paraissaient sincères du côté iranien.

Objectifs des frappes : décapitation et changement de régime

Les Israéliens ont ciblé le guide suprême, l’ayatollah Ali Khamenei, détruisant sa résidence et tuant sa famille, y compris un petit-enfant. Jacques Baud note que Khamenei s’y attendait, ayant déclaré être prêt à mourir et ayant préparé sa succession. Environ 40 responsables iraniens auraient été éliminés, mais des remplaçants ont été annoncés immédiatement, démontrant la résilience du système iranien.

Critiquant la stratégie occidentale, Baud argue que l’Occident est passé de stratèges à tacticiens : « Attaquer la tête du serpent sans exploiter la surprise est inefficace. » L’Iran avait dupliqué ses structures de commandement, anticipant l’assaut grâce à la montée en puissance visible des forces américaines dans le Golfe Persique. Sans forces au sol pour exploiter la décapitation – comme des troupes parachutistes ou un gouvernement alternatif – les Américains et Israéliens n’ont pas pu capitaliser sur leur succès initial.


 

Riposte iranienne : une stratégie graduée et résiliente

L’Iran a répliqué avec des missiles sur des bases américaines dans sept pays du Moyen-Orient, franchissant les défenses Patriot et Dôme de Fer. Jacques Baud prédit une escalade graduelle : épuisement des défenses adverses, puis frappes sur des cibles économiques américaines.

Les Iraniens, attaqués quatre fois, voient désormais le conflit comme existentiel et visent un « succès décisif » pour dissuader de futures agressions.

Contrairement à 2025, où Téhéran limita sa réponse, l’Iran pourrait fermer le détroit d’Ormuz (désormais fermé), bloquant 20 % du pétrole mondial (20 millions de barils par jour). Cela pourrait être physique ou via des refus d’assurance pour les pétroliers, impactant les prix de l’énergie et affaiblissant Trump avant les midterms de 2026. Des sondages (Politico, janvier 2026 ; YouGov) montrent que 70 % des Américains s’opposent à une guerre avec l’Iran, particulièrement chez les démocrates.

Rôle des alliés et conséquences régionales

La France, impliquée dans la déstabilisation de l’Iran via des groupes d’opposition (retirés des listes terroristes américaines en 2012), pourrait être ciblée. Jacques Baud note que les ripostes iraniennes sur des bases américaines dans des pays alliés remettent en question ces alliances : « Être allié des États-Unis expose à des risques inutiles. » Contrairement aux Israéliens, qui tirent « sur tout et n’importe quoi », les Iraniens sont stratégiques, légitimant leurs actions aux yeux des Arabes.

Économiquement, Israël risque des destructions massives, pires que la « guerre des 12 jours » de 2025. Baud avertit que la logique pousse l’Iran à « raser Israël » pour survivre, bien que ce ne soit pas leur intention initiale.

Le Mythe du programme nucléaire iranien

Les motifs invoqués – brutalité contre l’opposition ou programme nucléaire – sont démontés par Jacques Baud. Les manifestations de décembre-janvier 2026 (30.000 morts allégués, probablement exagérés) furent provoquées par les américains via l’effondrement du rial. L’opposition est militarisée, non pacifique.

Sur le nucléaire : des rapports américains (CIA 2007DNI 2024-2025 – voir ici et ici) confirment que l’Iran stoppa son programme en 2003 et n’en construit pas. La fatwa de Khamenei l’interdisait, mais sa mort pourrait changer cela.

Ironiquement, les attaques répétées pourraient pousser l’Iran vers l’arme nucléaire pour se défendre, créant un nouvel « équilibre de la terreur ».

Implications globales : vers une troisième guerre mondiale ?

L’ONU est contournée, le Conseil de sécurité muet sauf Russie et Chine, qui condamnent. Les négociations avec la Russie (sur l’Ukraine) sont impactées : les Russes voient les américains comme perfides, militarisation des pourparlers. La Suisse, hôte des pourparlers, n’a rien compris, selon Jacques Baud.

(Quels sont les faits qui permettent d’affirmer que l’État islamique cherche à créer une guerre civile en France ; que le président syrien Bachar al-Assad a utilisé des armes chimiques ; que Vladimir Poutine tente de déstabiliser nos démocraties ; que le terrorisme a frappé la France, non pas pour ce qu’elle fait, mais pour ce qu’elle est ; que le génocide au Darfour a fait 400 000 victimes ?… Littéralement aucun, mais ces affirmations suffisent à asseoir la politique étrangère des pays occidentaux. L’auteur, ex-agent du service de renseignement stratégique suisse, passe ainsi en revue les principaux conflits contemporains, que les pays occidentaux ont géré à coups de fake news, ces trente dernières années. https://maxmilo.com/products/operatio... Pourquoi l’opération “Déluge d’Al-Aqsa” a eu lieu et quels étaient les objectifs du Hamas ? Que s’est-il réellement passé sur le terrain, le 7 octobre ? Quelles sont les leçons à retenir des opérations menées par les deux camps depuis cinq mois ? Pour répondre à ces trois questions et à bien d’autres, Jacques Baud revisite le conflit israélo-palestinien depuis son origine. Pourquoi n’a-t-il toujours pas trouvé d’issue ? Quelles ont été les stratégies israéliennes et palestiniennes depuis 75 ans ? Quels sont les impacts de ce conflit sur notre sécurité ? Quelles sont les options pour Israël et la Palestine dans les prochaines années ? Dans ce livre d’une rare clairvoyance, Jacques Baud déplore que les décisions occidentales entrent en collision avec le droit international. La question n’est pas de savoir pour qui nous sommes, mais comment l’ordre international créé après 1945 doit être appliqué. Le non-respect de ce droit par Israël est en train de provoquer sa perte. Comme pour n’importe quel conflit, ce n’est pas de l’émotion que viendra la solution, mais d’une analyse objective et dépassionnée, accompagnée d’une médiation honnête. )
 

Les BRICS ne sont pas une alliance militaire, mais cet événement pourrait accélérer le désengagement du dollar américains. Jacques Baud craint une escalade mondiale via les alliances, mais note la retenue rationnelle de Russie, Chine et Iran, contrastant avec l’impulsivité occidentale.

L’Iran a renforcé ses liens avec Moscou et Pékin récemment, refusant auparavant leur aide par fierté. Netanyahou a fui Israël, tandis que les Iraniens montrent confiance en leur résilience.

Succession et perspectives

Un conseil provisoire dirige l’Iran post-Khamenei ; un successeur devrait être annoncé. Baud est optimiste pour l’Iran : sa capacité de durée dépasse celle d’Israël et des américains, limités par des stocks d’armes épuisés (fournis à l’Ukraine et Israël).

En conclusion, ces frappes révèlent une diplomatie occidentale viciée, risquant un conflit prolongé coûteux pour Trump et déstabilisant la région. Comme l’écrit Jacques Baud dans ses ouvrages, les fake news et la perfidie gouvernent, mais la résilience iranienne pourrait inverser la donne. »

https://multipol360.com/analyse-des-frappes-israelo-americaines-sur-liran/ 

janvier 07, 2026

La "Trumpénisation" aura t-elle une issue favorable du régime présent au Venezuela ? En était-ce le,but ?

Un dossier complet ici, toutes pensées, toutes visions en ce début de "Trumpénisation" en ce nouvel an !

https://universite-liberte.blogspot.com/2026/01/interets-strategiques-usvenezuela-iran.html

 



La dernière tentative de Trump pour renverser le régime au Venezuela n'aura aucune issue favorable

L'échec de la dernière tentative de Trump pour un changement de régime au Venezuela 
 
Tôt samedi matin, après des mois de préparation militaire, de frappes navales et de menaces verbales, les forces américaines sont entrées au Venezuela sur ordre du président Trump et ont capturé le président Nicolás Maduro. 
 
Quelques dizaines de soldats et de civils vénézuéliens auraient été tués dans les bombardements menés pour couvrir l'opération des soldats américains venus appréhender le dirigeant vénézuélien. 
 
 Maduro a depuis été transféré à New York, où il sera jugé pour violation de nombreuses lois américaines sur la possession d'armes à feu et pour sa participation présumée à un trafic de cocaïne. 
 
Après quelques doutes initiaux de la part des élus républicains quant à la constitutionnalité de l'opération, le secrétaire d'État Marco Rubio a précisé que l'administration ne considérait pas cela comme un acte de guerre ou une opération militaire, mais plutôt comme une opération de maintien de l'ordre sous couverture militaire. Les inquiétudes concernant le pouvoir du président de déclarer la guerre unilatéralement étaient donc sans objet. 
 
Mais, indépendamment de la validité de cette distinction juridique, lors d'une conférence de presse le lendemain de l'opération, Trump a déclaré qu'après la capture de Maduro, le gouvernement américain allait désormais « diriger le Venezuela », laissant entendre des motivations géopolitiques qui dépassent largement la simple exécution d'un mandat d'arrêt. 
 
En effet, malgré la tentative de l'administration de présenter cet épisode comme une solution à la crise des surdoses de drogue aux États-Unis, cette opération est en réalité l'aboutissement d'une longue campagne de pression menée par une coalition de groupes d'intérêts industriels et idéologiques qui souhaitaient que Washington opère un changement de régime au Venezuela pour des raisons différentes. 
 
Cette coalition comprend des compagnies énergétiques qui veulent protéger, voire étendre, leur accès aux gisements pétroliers de la région et obtenir l'aide des contribuables pour compenser les pertes subies lors de la nationalisation de l'approvisionnement pétrolier du Venezuela. Il y a aussi de nombreux émigrants latino-américains qui souhaitent que le gouvernement américain renverse les régimes qu'ils ont fui, des entreprises d'armement et des responsables de la « sécurité nationale » qui veulent protéger leurs revenus et leurs emplois alors que Trump tente de mettre fin à la guerre en Ukraine, et des stratèges républicains qui veulent afficher une image de fermeté avant les élections de mi-mandat, entre autres. 
 
Des progrès ont été réalisés pour tous ces groupes lorsque Trump a lancé cette opération le week-end dernier. Mais l'avenir reste incertain. 
 
Trump et ses partisans se sont empressés de balayer les inquiétudes quant à la possibilité que cela se transforme en une nouvelle opération de reconstruction nationale sans fin, en faisant comme si le changement de régime avait déjà été mené à bien. Or, le régime n'a pas changé. 
 
Après la capture de Maduro, son bras droit et ministre de l'Intérieur, Diosdado Cabello, a appelé les Vénézuéliens à résister à l'agression américaine à la télévision d'État. Le ministre de la Défense, Vladimir Padrino López, a annoncé avoir activé et mobilisé toutes les capacités militaires du Venezuela. La vice-présidente de Maduro, Delcy Rodriguez, qui a prêté serment comme présidente par intérim lundi, a fait une apparition remarquée à la télévision d'État quelques heures après l'opération américaine, déclarant que le Venezuela ne serait « jamais la colonie d'aucun empire » et que Maduro restait le président légitime du pays. 
 
 L'administration Trump, quant à elle, a minimisé l'importance de ces déclarations, semblant les considérer, notamment celles de Rodriguez, comme un signal politique intérieur nécessaire pour maintenir le régime sous contrôle. Trump a également douché les espoirs de la cheffe de l'opposition, Maria Corina Machado, dont l'accession à la présidence était largement pressentie si les États-Unis poursuivaient une opération de changement de régime au Venezuela, affirmant qu'elle ne bénéficiait pas du soutien ni du respect nécessaires au sein de la population pour accéder au pouvoir. 
 
Certains spéculent que ce camouflet est une conséquence de l'acceptation par Machado du prix Nobel de la paix, que Trump convoite depuis longtemps. Bien que cela puisse être un facteur, il semble de plus en plus probable qu'un accord ait été conclu entre Rodriguez et son frère – qui préside l'Assemblée nationale – et l'administration Trump.
 
Les frères et sœurs Rodriguez font partie des nombreux groupes qui se partagent et se disputent le pouvoir au sein du régime vénézuélien. Bien qu'enracinés dans l'establishment chaviste, ils se sont montrés plus flexibles et moins idéologiques que nombre de leurs compatriotes. Il est encore trop tôt pour tirer des conclusions définitives, mais il semblerait que les frères et sœurs aient consenti à la capture de Maduro – allant potentiellement jusqu'à ordonner à l'armée de ne pas intervenir – afin de se maintenir au pouvoir. 
 
Si cela s'avère exact, Trump aurait ainsi pu savourer l'image d'une prise de position embarrassante contre un rival géopolitique, tout en obtenant un important levier d'influence sur le régime vénézuélien restant. Cela pourrait passer pour une victoire politique majeure. Mais même si cela est vrai et que des efforts ont été déployés en coulisses par les deux camps pour maintenir la stabilité, la situation demeure très risquée. L'éviction de Maduro était, en définitive, la partie la plus facile. 
 
 Car n'oublions pas que de nombreux groupes, de part et d'autre, poursuivent des objectifs différents. S'il apparaît clairement que Trump est prêt à collaborer avec le régime vénézuélien actuel en échange d'un accès au pétrole et de quelques concessions diverses, cela provoquera la colère des communautés d'émigrés déplacés qui souhaitent la chute de régimes socialistes comme le Venezuela et Cuba, et que les États-Unis contribuent au rétablissement du système politique antérieur. 
 
 Mais si Trump intensifie la pression pour tenter de contraindre le régime à rompre radicalement avec l'ère Maduro – comme il le clame haut et fort actuellement –, cela risque de fracturer le régime vénézuélien. La coalition au pouvoir s'est, dans une large mesure, unie autour de l'opposition aux « impérialistes » de Washington. Si quelques hauts responsables du gouvernement se mettent soudainement à agir comme de facto les marionnettes de ces mêmes « impérialistes », il est loin d'être certain que tout le monde suivra. 
 
Même si cela ne se traduit pas par un coup d'État qui renverserait les partis dociles et transformerait le régime vénézuélien en un ennemi uni des États-Unis, une scission importante au sein de l'armée, des milices ou des « collectifs » vénézuéliens – des bandes armées pro-régime – pourrait rapidement dégénérer en une insurrection de grande ampleur, décentralisée et bien armée, bien plus difficile à réprimer qu'une force conventionnelle centralisée. 
 
Le Venezuela ne connaît pas les divisions sectaires, tribales ou religieuses qui ont transformé les tentatives de reconstruction nationale de Washington au Moyen-Orient en un cauchemar qui a duré des décennies. Cependant, comme l'a souligné Joseph Addington dans The American Conservative, toute tentative sincère de restructurer le Venezuela selon les souhaits de l'administration américaine pourrait rapidement se heurter aux puissants cartels de la drogue, qui disposent d'importantes bases dans la région et d'une infiltration significative au sein du gouvernement et de l'armée vénézuéliens. Ces groupes ont les moyens financiers, l'armement et les filières d'approvisionnement nécessaires pour entretenir une insurrection au Venezuela pendant longtemps, et ils y sont fortement incités.
 
L'hypothèse de Trump semble être que s'il continue de menacer les dirigeants vénézuéliens d'une nouvelle intervention militaire, il pourra les contraindre à retourner leurs forces de répression contre les groupes de résistance ou les insurrections. Or, même sous la menace d'une arme, ce type d'action de la part du gouvernement américain est précisément ce qui risque d'alimenter la résistance. On se retrouve face à un dilemme insoluble. 
 
Et si le régime docile échoue ou se retourne contre les États-Unis, Trump devra choisir entre faire marche arrière et perdre la face, ou mettre ses menaces à exécution et ordonner l'intervention de troupes pour mener à bien un projet de reconstruction nationale déjà impopulaire auprès du peuple américain. 
 
Et encore une fois, tout cela suppose que le président ait réussi à conclure un accord secret de stabilité avec des membres du régime vénézuélien et qu'il n'ait pas à envoyer de troupes pour faire respecter ses exigences. 
 
En résumé, le fait que l'administration Trump ait orchestré la capture de Maduro ne signifie pas qu'elle a réussi à instaurer un changement de régime. S’ils tentent réellement de provoquer un changement de régime – ou s’ils tentent de menacer le régime actuel pour l’obliger à opérer les changements qu’entraînerait un renversement de régime – le risque est réel de voir la situation dégénérer en une guerre sans fin, comme Trump et son cabinet l’ont si facilement minimisée ces derniers jours. Dans le meilleur des cas, une somme considérable d’argent public est dépensée pour financer une contre-insurrection menée par les Vénézuéliens et, dans le pire des cas, des troupes américaines doivent aller se battre et mourir dans une énième guerre de reconstruction nationale inutile. 
 
Mais, pour les besoins de la discussion, supposons que rien de tout cela ne se produise. Supposons que le régime vénézuélien cède à la volonté de Trump, accède à toutes ses exigences et que le gouvernement tout entier se soumette et réprime toute résistance sans même avoir besoin du soutien des États-Unis. Même si, par un miracle, les choses se déroulaient ainsi, c’est une voie que le peuple américain devrait s’opposer. 
 
Car, une fois de plus, tout cela est mis en œuvre pour servir les intérêts de quelques groupes influents qui ont beaucoup de pouvoir sur le président – ​​et non ceux du peuple américain dans son ensemble. 
 
L'affirmation selon laquelle le renversement du régime vénézuélien contribuerait à résoudre la crise des surdoses de drogue était un mensonge dès le départ – un prétexte fallacieux servant à justifier l'escalade du conflit, et non une véritable motivation. Les compagnies pétrolières ont raison d'être mécontentes des pertes subies après la nationalisation de leur approvisionnement en pétrole par le gouvernement vénézuélien dans les années 1970. Cela ne leur donne pas pour autant le droit d'obliger les contribuables américains, déjà en difficulté, à les aider à compenser ces pertes des décennies plus tard. 
 
Il en va de même pour les opposants aux régimes latino-américains. Bien sûr, chacun est en droit de s'opposer aux aspects tyranniques de son gouvernement. Le monde serait meilleur si davantage de personnes le faisaient. Mais aucun groupe de dissidents politiques n'a le droit de contraindre une autre population à financer le renversement de ses adversaires politiques et l'instauration du gouvernement qu'il souhaite. 
 
 Tout cela aurait pu être acceptable si les Américains étaient prospères et disposaient tous d'un revenu disponible suffisant. Mais le pays est en proie à une crise du pouvoir d'achat qui ne cesse de s'aggraver. Nous ne pouvons pas nous permettre de continuer à dépenser toujours plus d'argent au profit de groupes bien connectés simplement parce qu'ils sont doués pour le lobbying.
 
Il convient également de noter que la présence d'autres puissances comme la Chine en Amérique latine ne constitue pas une menace imminente pour la sécurité nationale ou économique des Américains. De plus, l'hostilité entre le gouvernement américain et des puissances « rivales » comme la Chine et la Russie est grandement exacerbée par l'obsession de Washington de dominer son voisinage immédiat, et non par l'obsession irrationnelle de nuire aux Américains sans raison apparente que nos dirigeants aiment leur attribuer. La sécurité des Américains serait bien meilleure à cet égard si Washington cessait d'attiser inutilement ces hostilités en mer de Chine méridionale et en Europe de l'Est. 
 
Et cela nous amène à un point plus général qu'il est essentiel de garder à l'esprit face à tous ces nouveaux développements avec le Venezuela : le facteur principal à l'origine de nombre de nos problèmes de société – y compris la plupart des thèmes de campagne de Trump – est la tentative de la classe politique américaine de maintenir un empire mondial, avec tout le déclin économique, moral, sécuritaire et culturel que cela implique. 
 
 

 
 
Ce pays est sur une mauvaise pente économique, en grande partie à cause de l'économie de guerre permanente et inflationniste à laquelle nous sommes contraints de nous soumettre pour rendre financièrement possible un projet aussi absurdement coûteux qu'un empire mondial. Comme l'ont souligné des économistes tels que Guido Hülsmann et Jeff Degner, ce système économique est extrêmement néfaste pour la santé culturelle du pays. 
 
Mais il en va de même pour la course effrénée à la guerre, l'abandon des normes morales fondamentales pour renforcer la domination militaire, et la tendance quasi inhumaine à considérer la violence de masse non pas comme une horreur à n'envisager qu'en dernier recours, mais comme un moyen lucratif d'enrichir les industries connexes, d'exercer un contrôle toujours plus grand sur les populations nationales et étrangères, et de soutenir tout groupe ou pays étranger prêt à payer le prix fort. 
 
Heureusement, il semble que de nombreux Américains commencent enfin à prendre conscience de cela, surtout après les guerres désastreuses en Irak et en Afghanistan. C'est une bonne chose. La sensibilisation du public est une première étape indispensable pour s'engager véritablement sur la voie d'un avenir meilleur. C'est pourquoi ceux qui profitent de ce système déploient tant d'efforts pour influencer la population et la faire accepter. 
 
Mais si ceux d'entre nous qui s'opposent à cet horrible projet impérial se concentrent souvent sur les guerres désastreuses, longues, sanglantes et coûteuses comme celles du Vietnam, d'Irak et d'Afghanistan, il est important de se rappeler que les guerres et interventions militaires courtes, même « réussies », contribuent également à ce chaos. Elles permettent en effet de faire croire à la population que cet empire mondial en expansion constante, insoutenable et source de déclin social est en réalité bénéfique et viable. 
 
Autrement dit, à la suite d’une guerre aussi horrible que celle du Vietnam, on n’assiste pas à l’invasion de l’Irak en 2003 ni à l’enlisement de vingt ans en Afghanistan sans des « victoires rapides » comme l’invasion de la Grenade par Reagan, le changement de régime de Bush père au Panama ou la « victoire écrasante » sur l’Irak en 1991 – que Bush a célébrée comme ayant « vaincu le syndrome du Vietnam une fois pour toutes ».
 
Voilà un autre risque de l’intervention de Trump au Venezuela. Même si tout se déroule « bien » et que la région se stabilise d’une manière qui convienne à Washington, sans nécessiter un investissement fiscal excessif, ce résultat apparemment positif pourrait servir à induire en erreur davantage d’électeurs, de commentateurs et de politiciens, leur faisant croire que le changement de régime et la reconstruction nationale sont finalement des politiques sûres et justifiées. 
 
Ce n’est en aucun cas une raison pour souhaiter une guerre désastreuse. Personne, d’aucun côté, ne devrait la souhaiter, et chacun devrait tout faire pour l’éviter. 
 
Mais si nous parvenons tant bien que mal à traverser cette période délicate sans qu’une nouvelle guerre sans fin n’éclate, il est impératif d’empêcher qu’un résultat positif ne soit utilisé pour nous enfoncer davantage sur cette voie terrible dont nous devons absolument nous éloigner.
 
Connor O’Keeffe 
Connor O’Keeffe (@ConnorMOKeeffe) produit des contenus multimédias au Mises Institute. Il est titulaire d’une maîtrise en économie  
 
 
Toutes les ressources impliquent des conflits potentiels car elles sont rares par nature. En clair, un même bien physique ne peut pas être utilisé simultanément par plusieurs individus pour réaliser des fins différentes sans provoquer un choc d'intérêts. Il nous faut donc des règles d'attribution et de démarcation pour savoir qui a tel droit sur telle ressource. C'est à cela que sert le Droit, technologie sociale de résolution des conflits. Le problème survient lorsque les États outrepassent le Droit et décrètent que tel territoire (et ses ressources) doit être sous leur contrôle. On ne sortira donc jamais des conflits mondiaux sans basculement total de paradigme. Les États continueront de se disputer des ressources qu'ils n'ont ni appropriées proprement ni transformées. Alors repartez des besoins vitaux de l'État et réalisez qu'ils ne sont rien sans nous. Un État sans ressources à confisquer est un État obsolète. Il devient faible dès l'instant où nous cesserons de valider son existence. La reconquête de nos droits de propriété signera le passage de la Barbarie à la Civilisation, là où le Droit est la règle et définit l'usage de la Force.
 



 
Ce pays jadis prospère, à la tête des plus vastes réserves de pétrole au monde, a vu sa richesse se contracter de 75 % entre 2014 et 2020.
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RÉCIT - Ce pays jadis prospère, à la tête des plus vastes réserves de pétrole au monde, a vu sa richesse se contracter de 75 % entre 2014 et 2020.

Un État ruiné, une population exsangue, des infrastructures déliquescentes et une démocratie à l’agonie. Vingt-six ans après l’avènement de la « révolution » chaviste, la retentissante capture de Nicolas Maduro et son remplacement par une apparatchik issue de la même matrice ne suffiront probablement pas à enrayer la descente aux enfers du Venezuela. Ce pays jadis prospère, à la tête des plus vastes réserves de pétrole au monde, a vu sa richesse se contracter de 75 % entre 2014 et 2020. Près d’un tiers de sa population a pris le chemin de l’exil sous l’effet conjugué des pénuries, du recul des libertés et de l’absence d’horizon politique. « Lorsque Hugo Chavez est arrivé au pouvoir, le Venezuela était un pays riche confronté à de graves problèmes de pauvreté. Un quart de siècle plus tard, il s’est transformé en pays pauvre avec des poches de richesse indécente », résume Milos Alcalay, ancien ambassadeur auprès des Nations unies.

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