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mars 30, 2026

Trumpisme et Trumpénisation !!

 Sommaire:

A) - Trump et la guerre en Iran : Erreur fatale ou coup de génie ?

B) - Trump : Quand les patrons américains vont-ils réagir ?

C) - Trump tord le bras de l’Europe : ratifiez ou perdez votre gaz américain !

 


 

Trump et la guerre en Iran : Erreur fatale ou coup de génie ?

Depuis plus de dix ans, une partie de la presse occidentale et les soi-disant « experts » expliquent avec une remarquable constance que Donald Trump est un imbécile, un clown, un fou dangereux. Le problème, c’est que cette grille de lecture est surtout révélatrice de biais idéologiques, de la paresse intellectuelle ou pire, de la bêtise même, de ceux qui l’emploient. En géopolitique, sous-estimer son adversaire est toujours une erreur. Et dans le cas de Trump, c’en est même une double.

Car depuis longtemps j’avance une autre hypothèse : Donald Trump n’est pas l’anomalie du système américain, il en est le symptôme. Celui d’un Empire qui vieillit, doute, mais qui refuse encore de disparaître.

L’Amérique reste certes aujourd’hui la première puissance militaire, technologique et financière du monde. Mais elle est aussi un empire fatigué : une dette colossale, une industrie moribonde et depuis longtemps délocalisée, une société fracturée, voire décadente (wokisme) et surtout avec un rival systémique – la Chine – qui monte en puissance à une vitesse historique et qui la dépasse à présent (hormis dans le domaine militaire mais pour combien de temps ?) dans tous les secteurs. 

Dans ce contexte, l’élection puis la réélection de Donald Trump ne doivent rien au hasard. Elles traduisent le réflexe de survie d’une partie de l’Amérique. Celle que les castes globalisées regardent souvent avec mépris : l’Amérique périphérique, industrielle (ou ce qu’il en reste !), rurale, celle qui a payé la mondialisation de plein fouet et qui refuse d’être sacrifiée sur l’autel du libre-échange sauvage et des guerres idéologiques.

Trump n’est donc pas une parenthèse. Dans ce nouvel épisode du concept du « Piège de Thucydide », il représente donc le sursaut d’un empire dont le déclin fut notamment accéléré par quatre années catastrophiques d’une administration Biden inconséquente et incompétente.

Or l’Histoire est cruelle avec les sursauts.

J’écrivais en novembre 2024 : « Donald Trump sera-t-il le Justinien de l’Empire américain… et de l’Occident ? »

La comparaison n’avait rien d’un compliment facile. Justinien, Napoléon ou Churchill incarnent tous le même phénomène historique : celui du dirigeant qui tente de redresser une puissance vieillissante et en fin de vie.

Justinien, l’empereur romain d’Orient du VIsiècle, restaure quelque peu l’empire romain d’Occident et ralentit son déclin pendant seulement quarante ans. Napoléon prolongea quinze années la suprématie française et le Siècle français, puis ce fut l’Espagne, la Russie et Waterloo. Churchill offrit au Royaume-Uni un dernier moment, quelques années, de grandeur impériale avant l’avènement finalement du Siècle américain.

De fait, ces sursauts durent donc rarement.

La question est donc simple : le sursaut Trump n’aura-t-il duré que quinze mois ?

À lire aussi : ANALYSE – Détroit d’Ormuz : Comment l’Iran parvient à maintenir ses exportations de pétrole malgré la guerre

Un début de second mandat fulgurant

Car depuis janvier, que cela nous plaise ou non, Donald Trump avait accumulé les succès.

D’abord en politique étrangère. Contrairement à l’image belliciste que lui prêtent ses adversaires, Trump s’est toujours méfié des guerres coûteuses et inutiles. Il considère – à juste titre – que les États-Unis ont dilapidé leur puissance (et leur argent) dans des conflits périphériques sans intérêt stratégique réel.

Son objectif était donc clair : fermer les robinets impériaux.

Il a tout d’abord contribué à mettre fin ou à désamorcer huit conflits majeurs ou crises ouvertes à travers le monde. 

La fin du conflit ukrainien devait en faire partie. Pour Washington, cette guerre était devenue un gouffre financier sans retour stratégique évident. Son retrait progressif et la laisser aux Européens était une manière élégante de rappeler que l’OTAN n’est pas une mutuelle gratuite. 

Et, n’oublions pas que si le conflit perdure aujourd’hui, c’est aussi parce que le puissant complexe militaro-industriel américain, largement hostile à Trump, n’a cessé de court-circuiter sa stratégie en s’appuyant sur certains dirigeants européens – on se souvient du rôle trouble joué par Boris Johnson en 2022 pour torpiller les négociations en échange de grosses commissions – afin de maintenir ce conflit profitable à l’industrie de défense américaine.

Dans le même temps, Trump lançait une politique commerciale agressive pour relancer l’industrie américaine. Les tarifs douaniers n’étaient pas une folie ou un caprice protectionniste mais un outil de réindustrialisation forcée.

À cela s’ajoutaient plusieurs mouvements stratégiques importants : sécurisation de l’arrière-cour américaine, pression sur le Panama et le coup au Venezuela pour réduire l’influence chinoise, rapprochement discret avec la Russie et tout récemment, un accord économique majeur et historique avec l’Inde.

Sans oublier le Groenland, cible de moqueries médiatiques mais enjeu stratégique majeur : terres rares (comme au Venezuela d’ailleurs), routes arctiques, contrôle des ressources du futur.

De même, avec Trump, les États-Unis attiraient d’importants investissements venus du Golfe : près de 45 milliards de dollars annoncés par le Qatar dans différents projets industriels et énergétiques, plus de 600 milliards promis par l’Arabie saoudite sur plusieurs années et plus de 200 milliards de dollars d’investissements et de partenariats stratégiques des Émirats arabes unis dans les technologies et l’intelligence artificielle américaines (notons que ces flux pourraient évidemment être remis en question par la nouvelle guerre dans le Golfe et ses conséquences, d’autant plus que Riyad et Abou Dhabi avaient rejoint les BRICS sous le mandat de Biden).

Trump poursuivait aussi une idée stratégique peu commentée : faire “exploser” les BRICS+ de l’intérieur afin d’affaiblir la Chine en rapprochant plusieurs membres clés – Arabie saoudite, Émirats arabes unis, Inde et même Russie – de l’économie américaine plutôt que de les laisser glisser durablement dans l’orbite de Pékin.

La logique était limpide : réduire les engagements périphériques pour concentrer la puissance américaine sur le véritable défi du XXIe siècle – la rivalité avec la Chine.

En clair, comme je l’indiquais dans un édito précédent, sortir des guerres pour préparer la grande compétition.

Et puis survient l’Iran.

La politique de Trump face à Téhéran

Pour comprendre ce qui se joue aujourd’hui, il faut revenir au premier mandat Trump.

En 2018, la sortie du JCPOA marquait un changement profond de stratégie. Washington abandonnait la logique d’endiguement diplomatique pour revenir à la pression maximale.

Mais la véritable nouveauté était ailleurs : dans l’acceptation également d’une stratégie de décapitation ciblée.

Le message américain devenait simple : les États-Unis ne se contenteraient plus d’user la périphérie du système iranien. Ils pourraient viser directement les cerveaux du dispositif.

L’élimination du général Qassem Soleimani en fut l’exemple le plus spectaculaire.

Cette approche repose sur un triptyque très clair : pression économique maximale, renseignement offensif et menace militaire crédible. L’objectif n’est pas forcément la guerre totale mais la désorganisation progressive de l’adversaire.

Depuis le début du second mandat Trump, cette stratégie a été renforcée.

Washington a accru sa présence militaire dans la région. Et surtout, la CIA, à l’instar du Mossad déjà bien implanté sur le territoire iranien, a relancé des opérations de recrutement en persan visant directement les élites iraniennes.

Ce n’est pas un détail. Quand une puissance prépare une opération majeure, elle cherche d’abord à comprendre le système qu’elle veut frapper. Logique.

Mais Trump, contrairement aux caricatures médiatiques, ne voulait absolument pas d’une guerre, d’où son hésitation et ses réticences manifestes pendant plusieurs semaines… 

Il voulait un rapport de force suffisant pour imposer une négociation ou provoquer une fracture interne du régime.

À lire aussi : ANALYSE – Gouvernance internationale de la concurrence, géopolitique et convergence normative

Le pari iranien

Trump ne le sait probablement pas, mais Churchill a écrit un jour : « Ne croyez jamais, jamais, jamais qu’une guerre sera simple et facile, ni que quiconque s’engage dans cet étrange voyage puisse en mesurer les marées et les ouragans qu’il rencontrera. L’homme d’État qui cède à la fièvre guerrière doit comprendre que, dès que le signal est donné, il n’est plus le maître de la politique, mais l’esclave d’événements imprévisibles et incontrôlables ».

Alors pourquoi cette intervention ?

Les théories complotistes circulent déjà : manipulation de Netanyahou, chantages et pressions diverses, diversion politique afin d’occulter les retombées de l’affaire Epstein, conversion soudaine de Trump au néoconservatisme…

Soyons sérieux.

Comme le rappelait si justement Michel Rocard : « En matière de grande catastrophe publique, toujours privilégier la connerie au complot. La connerie est à la portée de tous, c’est donc assez largement répandu. Le complot nécessite beaucoup d’intelligence et d’organisation, c’est très rare ».

Or Trump n’est pas idiot et n’est pas devenu un faucon idéologique du jour au lendemain.

Ma lecture est différente : j’opterais plutôt pour le grain de sable qui a, au dernier moment, fait gripper un plan qui devait se dérouler sans accroc. Trump ne croyait pas réellement à un nouveau regime change ou un renversement du régime par un soulèvement populaire massif. Depuis janvier, et en dépit d’émeutes sans précédent, rien ne laissait toutefois présager un mouvement révolutionnaire capable d’abattre la République islamique. Les oppositions iraniennes se haïssent entre elles et restent donc profondément divisées, sans figure fédératrice et charismatique faisant l’unanimité dans le peuple iranien capable d’incarner une alternative crédible et sérieuse – et Trump lui-même a refusé de recevoir et d’adouber Reza Pahlavi par exemple. Dans cette perspective, c’est plutôt le spectre d’une guerre civile en Iran qui se profilerait dans le cas d’une chute brutale du régime et avec des conséquences pour la région dévastatrices.

Par ailleurs, Trump ne croyait pas (surtout pas !) non plus à un scénario d’intervention directe américaine (et encore moins terrestre !) ou à une insurrection militaire interne menée par des groupes comme les Kurdes. Son plan semblait beaucoup plus classique dans la tradition de la Realpolitik : pression maximale, négociations serrées… et éventuellement un coup de palais.

Dans ce scénario, les services américains et israéliens sont parvenus à convaincre Trump, peut-être en lui “vendant” l’idée d’une opération courte et ciblée : décapitation du sommet du régime, destruction totale du programme nucléaire et accélération d’une recomposition interne du pouvoir.

Autrement dit : provoquer un coup d’État interne mené par un homme – ou un groupe – au sein de l’appareil militaire ou même des Pasdarans.

La CIA et le Mossad pouvaient sincèrement croire à ce scénario. Mais plusieurs hypothèses existent : leur homme a peut-être été tué accidentellement dans les frappes ciblées qui ont décimé, en 24h et dans une redoutable efficacité, plus d’une cinquantaine de dirigeants iraniens – y compris le Guide suprême Khamenei – ou bien, il a été découvert et éliminé par ses propres pairs dans les purges actuelles et toujours en cours au cœur du régime.

Car un élément est largement sous-estimé : les infiltrations du Mossad au sein même de l’appareil iranien sont nombreuses, et les purges internes et les règlements de compte qui en découlent sont aujourd’hui massifs mais peu évoqués publiquement.

Dans ce contexte, les factions les plus dures et radicales du régime semblent donc avoir repris la main.

Ou encore, et ce serait le scénario le plus intéressant pour les Israéliens et surtout le président américain, leur fameux « homme idoine », leur carte maîtresse, est bel et bien encore en vie mais n’a simplement pas eu l’opportunité de passer à l’action. Nous y reviendrons plus loin…

En attendant, l’Iran n’est ni l’Irak de Saddam Hussein ni la Libye de Kadhafi.

C’est un régime profondément enraciné dans son appareil sécuritaire.

Les Pasdarans représentent environ 150 000 hommes. Les milices basijis en mobilisent près de 800 000. Avec leurs familles et leurs réseaux économiques, ce sont plus de vingt millions d’Iraniens qui ont un intérêt direct à la survie du régime, qui au passage s’y connaît très bien en révolution, en « brouillard de guerre », en guerre asymétrique et d’attrition !

Dans ces conditions, la chute rapide du système était toujours une hypothèse optimiste.

Aujourd’hui, le conflit semble s’installer. Et avec lui les dangers classiques de toute guerre périphérique qui peut se traduire par un fiasco fatal pour Trump et pire, dégénérer en véritable séisme international. 

Rappelons-nous que Napoléon pensait régler un problème dynastique en Espagne. Il y inventa la guérilla moderne… et commença à y perdre son empire !

Le piège des puissances fatiguées

La véritable question n’est donc pas militaire. Les États-Unis peuvent frapper l’Iran autant de fois qu’ils le souhaitent. Même si le complexe militaro-industriel américain est aux anges, les stocks de l’Oncle Sam s’épuisent et du matériel doit être rapatrié d’autres théâtres stratégiques comme en Asie, à la grande joie aussi des Chinois… 

Le problème est donc politique et géostratégique.

Une guerre prolongée et, pire, une intervention terrestre, même limitée, en Iran, on l’a dit, pourrait ruiner la grande stratégie trumpienne : concentrer l’Amérique contre la Chine. 

Pour l’heure et en paraphrasant Audiard : quand une puissance (USA) qui dépense 1 000 milliards de dollars par an pour sa défense décide d’agir, celles qui en dépensent 150 (Russie) ou 250 (Chine) regardent… et s’adaptent.

Certes les Chinois sont très inquiets pour leur approvisionnement en hydrocarbures qui est vital pour eux, surtout si le détroit d’Ormuz venait à être totalement fermé. Mais Pékin, après ce premier niveau de lecture de la crise, en a une seconde plus favorable. Xi Jinping peut observer au final la situation avec une certaine satisfaction (tout en aidant discrètement d’une manière ou d’une autre l’Iran). Car si Washington s’enlise une nouvelle fois au Moyen-Orient pendant que l’Europe se ruine de plus en plus en Ukraine, contre ses propres intérêts, dans une guerre qui ne la concerne pas et que la Russie entame sa cinquième année dans ce même conflit, le XXIe siècle devient soudain beaucoup plus confortable pour la Chine. Il suffirait alors d’une reprise des combats entre l’Inde et le Pakistan, et ce serait alors le jackpot pour l’Empire du milieu !  

Je l’ai déjà écrit : si vous êtes un stratège chinois et que vous voyez vos trois principaux concurrents s’épuiser simultanément, vous avez toutes les raisons de sourire et de vous frotter les mains. « Le meilleur général est celui qui gagne la guerre avant même d’avoir commencé la bataille », écrivait Sun Tzu…

Quant à Moscou, dans ce contexte, et au-delà des (fausses) rumeurs de la presse occidentale évoquant la fourniture d’informations aux Iraniens (et oui, il faut toujours mettre les Russes dans le camp des « méchants » mais même le Pentagone n’y croit pas, la Russie ayant d’autres chats à fouetter en Ukraine et au cas où, ne souhaite pas compromettre ses futures relations avec les Israéliens et Trump), elle adopte une posture classique : attendre, profiter de la hausse du pétrole et proposer surtout ses services comme médiateur.

En somme, au risque de décevoir les soutiens (agents d’influence ?) inconditionnels du « Sud global » de nos contrées et qui défendent mordicus le régime des mollahs pourtant toujours ennemi de l’Occident et de la France depuis 1979 (il a d’ailleurs récemment attaqué notre base aux Émirats arabes unis puis a causé en Irak la mort d’un soldat français et blessé cinq autres), personne ne se précipite ouvertement pour sauver Téhéran. Mais tout le monde observe attentivement la suite.

À lire aussi : DÉCRYPTAGE – Syrie, le laboratoire de la destruction régionale ?

Trump peut-il encore gagner ?

Je l’ai dit à plusieurs reprises : c’est peut-être le pari le plus risqué de la carrière – voire de la vie politique – de Donald Trump.

Car l’enjeu dépasse largement l’Iran.

Si la guerre s’enlise, Trump pourrait compromettre les élections de mi-mandat mais surtout perdre une grande partie de sa popularité – jusqu’ici remarquablement solide – au sein de son électorat MAGA, traditionnellement hostile aux aventures extérieures. Or cet électorat commence déjà à manifester des signes de doute et de déception face à cette nouvelle guerre et à ce qui pourrait apparaître, pour certains, comme la première promesse majeure non tenue par leur champion : celle de sortir l’Amérique des conflits coûteux et inutiles.

Le temps joue donc clairement contre Trump. Il en est très bien conscient, d’où certainement son impatience et son irritation. 

Et, à ce stade, malgré la puissance de feu des États-Unis ainsi que l’efficacité et la précision chirurgicale des frappes israéliennes, les mauvaises nouvelles – les Européens et l’OTAN refusent de participer à l’opération, le porte-avions Ford, endommagé, fait demi-tour et Joseph Kent, directeur du Centre national de lutte contre le terrorisme (NCTC), proche de Trump et pilier du mouvement MAGA, vient de démissionner – continuent de s’accumuler pour Washington. Les bases, les intérêts et les ambassades américains au Moyen-Orient, tout comme Israël et les États alliés du Golfe, demeurent toujours exposés aux représailles iraniennes, aux drones et aux missiles de Téhéran, même si ces attaques semblent avoir ralenti — peut-être en raison d’une gestion plus contrainte des stocks — après déjà dix-sept jours de conflit…

Or l’Histoire nous apprend aussi qu’en géopolitique, les situations apparemment bloquées peuvent basculer très vite. Ou pas…

Si Trump parvient finalement à provoquer, sous la pression militaire, cette fameuse recomposition interne du régime iranien – ou même sa chute contrôlée –, il pourrait transformer une opération risquée en succès stratégique majeur.

Pour l’instant, reconnaissons-le : c’est loin d’être gagné, tant la « défense mosaïque » (structure du commandement militaire décentralisée), comme la résilience du pouvoir de Téhéran, est réelle. Les Israéliens ont beau éliminer les chefs un par un, ainsi que leurs remplaçants, « couper toutes les têtes », or celles du régime, comme celles d’une Hydre, repoussent à chaque fois. Pour combien de temps ?

Il ne faut pas oublier que les Pasdarans, force d’élite, pilier du régime, sont à la fois des combattants idéologiquement fanatisés et des acteurs économiques puissants. « Joueurs d’échecs, malins et très intelligents »(dixit Trump lui-même !), leur culture politique mêle professionnalisme, culte du martyr, loyauté révolutionnaire… et sens aigu des affaires.

Autrement dit, ils peuvent se montrer redoutablement déterminés. Mais ils restent aussi des hommes de pouvoir… et d’argent.

Comme le disait Charles Quint :

« Les incorruptibles n’existent pas. Ils sont simplement un peu plus chers que les autres. »

Dans ce contexte, l’« homme idoine », la fameuse taupe, évoqué plus haut pourrait apparaître – ou réapparaître – à un moment critique.

D’autre part, l’histoire regorge d’exemples où, au crépuscule des régimes les plus durs, certains responsables cherchent avant tout à sauver leur peau, leurs intérêts ou une partie de l’appareil de pouvoir.

En avril 1945, même Heinrich Himmler – pourtant le maître absolu de la SS et l’un des piliers les plus fanatiques du IIIᵉ Reich – tenta d’ouvrir des négociations secrètes avec les Occidentaux par l’intermédiaire du comte Folke Bernadotte, dans l’espoir de conclure une paix séparée sur le front occidental. L’objectif n’était évidemment pas une paix sincère, mais une manœuvre de survie personnelle et politique : préserver ce qui pouvait l’être du régime et tenter d’empêcher l’effondrement total face aux Soviétiques.

Ce type de calcul cynique est une constante dans les fins de régime, même les plus idéologiques.

Si un tel scénario devait émerger à Téhéran – fracture interne, coup de palais ou recomposition du pouvoir – le Moyen-Orient pourrait être profondément transformé.

L’un des principaux foyers de déstabilisation régionale disparaîtrait ou serait durablement affaibli. Et les États-Unis retrouveraient alors une marge d’initiative stratégique considérable, tout en portant, une nouvelle fois, un mauvais coup à Pékin…

Il sera intéressant de voir comment Trump, « l’homme qui ne perd jamais » (ou du moins, ne l’avoue jamais) va se sortir de cette aventure…

Mais ce serait mal le connaître que de le croire déjà piégé : Trump, l’imprévisible, a déjà montré à plusieurs reprises qu’il savait transformer des situations apparemment bloquées en coup de théâtre ou pirouettes géopolitiques inattendues, comme en juin dernier lors de la guerre des 12 jours par exemple…

La question reste donc entière.

Sommes-nous face à l’erreur fatale d’un empire fatigué, d’un empereur trop pressé et dépassé… ou au coup de génie d’un joueur qui mène une partie de poker mondiale où personne ne sait vraiment quelles cartes il détient ?

Les semaines à venir nous apporteront sans doute un début de réponse.

À lire aussi : DÉCRYPTAGE – Pékin face à la guerre hybride : L’Iran comme terrain d’apprentissage stratégique

Roland Lombardi est docteur en Histoire, géopolitologue, spécialiste du Moyen-Orient et des questions de sécurité et de défense. Fondateur et directeur de la publication du Diplomate.

Il est chargé de cours au DEMO – Département des Études du Moyen-Orient – d’Aix Marseille Université et enseigne la géopolitique à Excelia Business School de La Rochelle.

Il est régulièrement sollicité par les médias du monde arabe. Il est également chroniqueur international pour Al Ain. Il est l’auteur de nombreux articles académiques de référence notamment : « Israël et la nouvelle donne géopolitique au Moyen-Orient : quelles nouvelles menaces et quelles perspectives ? » in Enjeux géostratégiques au Moyen-Orient, Études Internationales, HEI – Université de Laval (Canada), VOLUME XLVII, Nos 2-3, Avril 2017, « Crise du Qatar : et si les véritables raisons étaient ailleurs ? », Les Cahiers de l’Orient, vol. 128, no. 4, 2017, « L’Égypte de Sissi : recul ou reconquête régionale ? » (p.158), in La Méditerranée stratégique – Laboratoire de la mondialisation, Revue de la Défense Nationale, Été 2019, n°822 sous la direction de Pascal Ausseur et Pierre Razoux, « Ambitions égyptiennes et israéliennes en Méditerranée orientale », Revue Conflits, N° 31, janvier-février 2021 et « Les errances de la politique de la France en Libye », Confluences Méditerranée, vol. 118, no. 3, 2021, pp. 89-104. Il est l’auteur d’Israël au secours de l’Algérie française, l’État hébreu et la guerre d’Algérie : 1954-1962 (Éditions Prolégomènes, 2009, réédité en 2015, 146 p.). Co-auteur de La guerre d’Algérie revisitée. Nouvelles générations, nouveaux regards. Sous la direction d’Aïssa Kadri, Moula Bouaziz et Tramor Quemeneur, aux éditions Karthala, Février 2015, Gaz naturel, la nouvelle donne, Frédéric Encel (dir.), Paris, PUF, Février 2016, Grands reporters, au cœur des conflits, avec Emmanuel Razavi, Bold, 2021 et La géopolitique au défi de l’islamisme, Éric Denécé et Alexandre Del Valle (dir.), Ellipses, Février 2022. Il a dirigé, pour la revue Orients Stratégiques, l’ouvrage collectif : Le Golfe persique, Nœud gordien d’une zone en conflictualité permanente, aux éditions L’Harmattan, janvier 2020.

Ses derniers ouvrages : Les Trente Honteuses, la fin de l’influence française dans le monde arabo-musulman (VA Éditions, Janvier 2020) – Préface d’Alain Chouet, ancien chef du service de renseignement et de sécurité de la DGSE, Poutine d’Arabie (VA Éditions, 2020), Sommes-nous arrivés à la fin de l’histoire ? (VA Éditions, 2021), Abdel Fattah al-Sissi, le Bonaparte égyptien ? (VA Éditions, 2023).

https://lediplomate.media/edito-trump-guerre-iran-erreur-fatale-coup-genie/ 



 

B) - Trump : Quand les patrons américains vont-ils réagir ?

Il est rare de voir un président saper les fondements de son pays en prétendant œuvrer pour son développement. C'est pourtant précisément ce que fait le président Trump ; et l'on peut se demander combien de temps les patrons et les syndicats américains toléreront une telle politique. 
 
 En apparence, le président américain fait tout son possible pour aider les entreprises américaines : il réforme le système fiscal en leur faveur ; il consacre toujours plus de fonds publics aux industries de la défense et de l'intelligence artificielle ; par une déréglementation sans limites, il exonère les dirigeants américains de toute poursuite pénale pour corruption d'agents publics étrangers ou violation des règles et traités environnementaux internationaux, qu'il dénonce pourtant quotidiennement ; il oblige les partenaires des États-Unis à acheter du pétrole et du gaz américains plutôt que russes ; il conditionne tout accord commercial avec un pays à un engagement d'investissement de centaines de milliards de dollars aux États-Unis. Il se montre aussi exigeant et brutal envers les Européens qu'envers les Indiens, les Canadiens, les Australiens, les Indonésiens et les Africains, qui sont tous des partenaires et des marchés naturels pour les entreprises américaines. En Europe, il ne soutient que deux petits pays, la Hongrie et la Slovaquie, dont la seule particularité est d'être des alliés déclarés du président russe. 
 
 

 
 
En réalité, malgré les apparences, cette politique détruit les fondements mêmes du système économique américain : en cherchant à imposer des règles autoritaires aux autres, et aux Européens en particulier, en ne garantissant plus leur défense et en s'alliant avec leurs pires ennemis, elle les pousse à commercer davantage entre eux, à cesser d'acheter des avions, du matériel militaire et des systèmes numériques américains, et à développer des centres de données indépendants. Elle incite également les Européens et d'autres populations à ne plus étudier, vivre ou visiter les États-Unis ; elle les encourage à nouer de nouvelles alliances géopolitiques, entre Européens, ou avec des Latino-Américains et des Canadiens ; et à diversifier leurs partenariats industriels, notamment avec des entreprises chinoises, jusqu'alors considérées comme ennemies.
 
En réalité, les Européens commencent à envisager sérieusement l'acquisition de cartes de crédit et de systèmes numériques européens, et plus généralement à se désengager des services des entreprises numériques américaines. Les banques européennes s'attellent enfin à intégrer leurs marchés de capitaux afin de se libérer de l'emprise américaine. Les pays européens et asiatiques, ainsi que des fonds privés, commencent à vendre leurs bons du Trésor américain. Et même si, pour l'instant, personne en Europe ni ailleurs, pas même la Chine, ne peut se passer de gaz naturel américain, la tentation grandit de tout faire pour s'en affranchir. Il en va de même pour le dollar. Ces choix, que font de plus en plus d'Européens, d'Indiens et de Latino-Américains, les éloignent durablement des États-Unis et continueront de le faire, quel que soit le successeur de Trump à la présidence. 
 
 Les entreprises américaines commencent à en payer le prix : d'énormes contrats, quasiment signés, sont annulés ; les investissements promis sont remis en question. 
 
Tout cela aura des conséquences sur le niveau de vie américain, tant en termes d'inflation que de chômage, comme nous pouvons déjà le constater. 
 
Combien de temps encore les patrons américains, de la Silicon Valley au Texas en passant par New York, jusqu'ici fascinés, voire terrifiés par Trump, continueront-ils à le soutenir ?  
 Combien de temps encore les banques américaines le laisseront-elles poursuivre cette politique insensée qui discrédite leur système financier et accélère la chute du dollar, l'inflation et la crise de la dette ? 
 
Combien de temps encore les GAFAM le laisseront-elles compromettre l'immense potentiel du marché mondial qu'elles étaient en train de conquérir ? 
 
Si ces patrons américains persistent à soutenir leur président, si objectivement contraire à leurs intérêts à long terme, ils devront soit se résigner à se replier sur leur marché intérieur, soit pousser leur président à une confrontation brutale avec ses anciens alliés, afin de reconquérir par la force ce qu'ils ont perdu par leur résistance. Le président n'aura alors d'autre choix que de se montrer de plus en plus agressif envers le reste du monde, notamment les Européens, pour tenter d'obtenir par la force ce qu'il ne peut plus espérer obtenir d'eux par la négociation, aussi brutale soit-elle. Il déclarera ouvertement : « Achetez des armes américaines, sinon vous n’aurez plus accès à Internet ni à vos cartes de crédit ; nous ne vous protégerons plus, et vos logiciels et avions de fabrication américaine deviendront inutilisables.» Comme les Européens et les Indiens ne pourront céder à un tel chantage, une confrontation stratégique, voire militaire, entre les États-Unis et le reste du monde, y compris l’Union européenne, aussi impensable soit-elle aujourd’hui, deviendra inévitable.
 
En revanche, si le monde des affaires américain prend conscience de la gravité de la situation et comprend que tout cela lui est fatal, il s'alliera aux syndicats et aux forces modérées des partis républicain et démocrate pour mettre fin à cette expérience désastreuse et tenter de renouer avec l'ancien monde où les États-Unis bénéficiaient de la confiance de leurs alliés. Il imposera à la Maison-Blanche un président raisonnable, un président qui, au moins, défende ses intérêts. Si ce coup d'État échoue, il cherchera alors à délocaliser ses centres de commandement, à ne plus apparaître comme des entreprises américaines, ce qui ne fera qu'accélérer le déclin de l'empire actuellement dominant. 
 
Dans la sphère publique comme dans la sphère privée, la confiance est la condition de la paix ; or, dans les deux cas, il est très difficile de rétablir la confiance perdue, et le conflit ou la séparation deviennent alors presque toujours inévitables. En perdant la confiance du monde et du monde des affaires américain, le président Trump conduit inévitablement à une confrontation entre les États-Unis et le reste du monde, y compris l'Union européenne, confrontation dont seule une révolte des forces vives américaines contre leur président pourrait nous préserver.
 
 Jacques Attali 
Jacques Attali est docteur en sciences économiques, diplômé de l'École Polytechnique et conseiller d'État. Conseiller spécial du président français François Mitterrand pendant dix ans, il est le fondateur de quatre institutions internationales : Action contre la Faim, Eureka, la BERD et Positive Planet. Jacques Attali est l'auteur de 86 ouvrages (dont plus de 30 consacrés à la prospective), vendus à plus de 10 millions d'exemplaires et traduits en 22 langues. Il est chroniqueur pour les quotidiens économiques Les Echos et Nikkei, après avoir également collaboré avec L'Express. Jacques Attali dirige régulièrement des orchestres à travers le monde.

https://www.attali.com/en/geopolitics/trump-when-will-american-bosses-react/ 


 

C) - Trump tord le bras de l’Europe : ratifiez ou perdez votre gaz américain ! 

Une nouvelle démonstration de la realpolitik made in USA

Bruxelles, 24 mars 2026 – L’information, révélée hier soir par le Financial Times et reprise ce matin par BFM Business, est sans ambiguïté : Donald Trump met l’Union européenne face au mur.

Soit Bruxelles ratifie sans délai ni modification l’accord commercial de Turnberry (signé en juillet 2025), qui impose 15 % de droits de douane sur une grande partie des exportations européennes vers les États-Unis, soit l’Europe perd son accès « privilégié » au GNL américain.


 

Message clair : vous voulez de l’énergie ? Vous signez. Sinon, d’autres clients attendent.

Cette menace n’est pas une surprise. Elle illustre à la perfection la méthode Trump : tordre le bras de ses « partenaires » jusqu’à ce qu’ils cèdent. On l’a vu avec le Canada et le Mexique (renégociation forcée de l’ALENA), avec la Chine (guerre tarifaire massive), avec l’Inde, le Brésil… et maintenant avec l’Europe. Le levier est toujours le même : la puissance américaine, qu’elle soit commerciale, monétaire ou énergétique. Aujourd’hui, c’est le GNL qui sert d’arme.

L’Europe, qui importe jusqu’à 60 % de son gaz naturel liquéfié des États-Unis depuis qu’elle a sacrifié le gaz russe sur l’autel des sanctions, se retrouve piégée.

Le blocage du détroit d’Ormuz et la concurrence asiatique rendent le chantage encore plus efficace.

Une dépendance énergétique auto-infligée

Cette situation est le résultat direct des choix suicidaires de l’UE.

En se lançant dans une politique de sanctions tous azimuts contre la Russie, Bruxelles a volontairement détruit sa propre sécurité énergétique. Le gaz bon marché et fiable venu de Sibérie a été remplacé par du GNL américain, plus cher, plus polluant (transport par méthaniers) et surtout soumis au bon vouloir de Washington. Ursula von der Leyen, toujours prompte à signer des accords sans consulter les peuples, a entériné cette dépendance. Résultat : l’Europe n’est plus maîtresse de son destin énergétique. Elle mendie du gaz auprès d’un « allié » qui n’hésite pas à utiliser ce besoin vital comme moyen de pression.

Et ce n’est pas un accident. C’est la logique permanente de la politique américaine : les alliés sont des vassaux utiles, pas des partenaires égaux. Henry Kissinger l’avait résumé il y a des décennies avec une lucidité glaçante :

« Être un ennemi des États-Unis est dangereux, mais être leur ami est fatal. »

La phrase, souvent paraphrasée sous la forme « il vaut mieux être un ennemi des Américains plutôt qu’un ami », n’a jamais été aussi d’actualité. Les exemples abondent : les Kurdes abandonnés, les Afghans laissés aux talibans, les Européens sommés d’acheter du gaz cher et des armes made in USA pendant que Washington impose ses tarifs.

Pour la France, un risque supplémentaire sur la souveraineté

La France, qui importe déjà une part croissante de son GNL américain, paiera cher cette nouvelle humiliation. Nos industries (chimie, acier, agroalimentaire) et nos ménages, déjà confrontés à des factures énergétiques explosives, risquent de voir les prix flamber encore si Washington décide de privilégier d’autres clients. Pendant ce temps, l’UE continue à imposer aux États membres des normes environnementales draconiennes tout en acceptant une dépendance totale vis-à-vis d’un pays qui n’a que faire des « valeurs » européennes quand ses intérêts sont en jeu.

Trump ne cache même plus son jeu. Il utilise ouvertement l’énergie comme arme de négociation, exactement comme il l’a fait avec l’Opep ou avec ses propres alliés du Golfe.

L’Europe, affaiblie par des années de soumission atlantiste, n’a plus les moyens de résister.

Le Parlement européen doit voter jeudi 26 mars sur la ratification de l’accord de Turnberry. On imagine déjà la pression exercée en coulisses par les lobbies américains et par la Commission von der Leyen, toujours prête à plier pour éviter une crise.

Cette affaire est une leçon brutale : dans le monde de Trump 2.0, il n’y a plus d’amis, seulement des intérêts. Et quand Washington dit « signez ou souffrez », l’Europe, comme tant d’autres avant elle, finit par courber l’échine. La souveraineté énergétique française, comme la souveraineté alimentaire, est en train d’être sacrifiée sur l’autel d’un « partenariat » qui n’est en réalité qu’une relation de domination. Il est temps que Paris cesse de se comporter en vassal et commence à reconstruire une véritable indépendance énergétique, avant que le prochain coup de pression américain ne devienne une catastrophe nationale.

https://multipol360.com/trump-tord-le-bras-de-leurope-ratifiez-ou-perdez-votre-gaz-americain/

 

 

mars 27, 2026

Ne pas attaquer celui qui peut, en retour, vous détruire; les États, pas que, aussi nos vies !

Ne jamais attaquer sans être préparé au pire. 

Il est des règles simples que l’Histoire ne cesse de répéter, sans que jamais nous ne les écoutions vraiment. Parmi elles : ne jamais attaquer sans être préparé au pire.

Nous vivons dans un monde où les rapports de force ne sont plus là où on les croit. Les puissances ne se mesurent plus seulement en divisions blindées, en budgets militaires ou en nombre de porte-avions. Elles se cachent dans les interstices des chaînes de valeur, dans les détroits maritimes, dans les dépendances invisibles que nous avons nous-mêmes construites. Le pouvoir n’est plus frontal ; il est oblique. Il ne frappe pas là où l’on regarde, mais là où l’on dépend.

 

 

La Chine l’a compris mieux que quiconque. Attaquée commercialement par les États-Unis, sommée de plier sous le poids des droits de douane, des restrictions technologiques, des sanctions visant ses entreprises les plus emblématiques, elle aurait pu répondre symétriquement. Elle ne l’a pas fait. Elle a choisi un autre terrain. Celui où elle est indispensable. Celui où, silencieusement, elle tient en laisse le reste du monde. Car la Chine ne produit pas seulement des biens ; elle contrôle les conditions mêmes de leur production. Elle raffine l’essentiel des terres rares, ces matériaux sans lesquels aucune transition énergétique n’est possible, aucun avion moderne ne peut voler, aucun missile ne peut être guidé. Elle domine les chaînes de fabrication des batteries, détient des positions clé dans l’accès aux minerais stratégiques, du cobalt congolais au lithium sud-américain. Elle peut ralentir, orienter, suspendre. Elle peut, sans tirer un seul coup de feu, désorganiser des économies entières. Aussi, lorsqu’elle évoque, face aux droits de douane du président américain, la possibilité de restreindre ses exportations de gallium, de germanium ou de graphite, elle rappelle que la riposte la plus efficace n’est pas celle qui répond coup pour coup, mais celle qui frappe là où l’adversaire ne peut pas se défendre.

Face à cela, les États-Unis ont hésité, reculé, contourné. Ils n’étaient pas préparés au pire. Ils n’imaginaient pas que la Chine pouvait ruiner en quelques mois l’essentiel de leurs entreprises. Ils tentent maintenant de reconstruire une souveraineté industrielle et technologique qu’ils ont, par excès d’orgueil, laissé se déliter. Mais cette reconstruction prendra des décennies. La dépendance, elle, est immédiate. Pourtant, la Chine, conscience de cette force absolue, n’a pas cherché à exploiter jusqu’au bout cette arme fatale ; Parce qu’elle sait que sa puissance repose aussi sur la stabilité du système. Parce qu’elle pense le temps long.

L’Iran, lui, joue une autre partition. Plus brutale, plus risquée, mais fondée sur la même logique. Attaqué militairement, menacé dans son existence même, le régime des mollahs et des pasdarans ne cherche pas seulement à rivaliser frontalement avec une puissance infiniment supérieure. Il déplace le conflit pour survivre. Il choisit son terrain. Le détroit d’Ormuz, dont le président américain semblait ignorer l’existence : un passage étroit, à peine une cicatrice dans la géographie du monde, qui voit transiter près d’un cinquième du pétrole mondial et tout ce qui alimente les pays qui le bordent. Le fermer, même sélectivement, suffit à faire trembler, et s’il se prolonge, à provoquer une récession et une inflation pouvant abattre l’économie planétaire. Pour cela, il suffit au régime iranien de disposer de quelques mines marines, quelques vedettes rapides, quelques missiles côtiers et drones, et le relais de quelques groupes, tels les Houtis. Et là où la Chine retient sa main parce qu’elle se sait forte, l’Iran des mollahs, menacé de disparaître, pourrait être tenté de s’en servir pleinement pour obtenir le départ des Américains de la région. Et plus encore.

Cela rappelle une évidence, que rappelait récemment Niall Ferguson dans une conversation privée :  la puissance n’est jamais symétrique. Elle est faite de dépendances croisées, d’équilibres instables, de vulnérabilités cachées. Le Vietnam l’avait montré face aux États-Unis. La Russie l’avait montré face à l’Europe en utilisant le gaz comme levier politique. Tant d’autres exemples, à travers les siècles, disent la même chose : le point faible du fort est toujours là où il ne regarde pas.

À cela s’ajoute une autre évidence, tout aussi souvent oubliée : l’adversaire est presque toujours un partenaire. La Chine est le premier partenaire commercial des États-Unis. L’Iran, malgré l’horreur du régime, et sa volonté de détruire son peuple plutôt que de disparaître, est un acteur énergétique majeur, une grande puissance en devenir. Et on ne peut l’attaquer sérieusement qu’en connaissance des risques qu’on prend en le faisant.

De ces deux situations, si différentes en apparence, émerge une même loi. Une loi que la guerre froide avait déjà élevée au rang de doctrine : la dissuasion. Ne pas attaquer celui qui peut, en retour, vous détruire sans peser ce risque. Même s’il est plus faible. Surtout, s’il est plus faible.

Cette logique n’est pas seulement celle des États. Elle est aussi celle de nos vies :

Avant penser à attaquer un concurrent, de quelque nature qu’il soit, sur un marché ou dans la vie privée, il faut commencer par identifier ce qui, chez soi, peut être atteint. Comprendre ce que l’autre peut détruire sans se détruire lui-même. Évaluer non pas sa force apparente, mais sa capacité réelle de nuisance. Être préparé à subir les conséquences des risques pris. Et ne se lancer dans la bataille que lorsque que celle-ci en vaut la peine, surtout pour la défense de valeurs.

Dans la littérature comme au cinéma, les tragédies naissent souvent de cette erreur originelle : attaquer celui dont on ignore la puissance cachée sans disposer des moyens de contre-attaque. Macbeth, en voulant sécuriser son pouvoir, déclenche les forces qui le condamneront. Dans Le Parrain, ceux qui pensent affaiblir les Corleone provoquent une guerre qu’ils ne maîtrisent plus et qui conduit à leur destruction.

La sagesse ne consiste pas à éviter tout conflit. Elle consiste à savoir lesquels méritent d’être engagés et à évaluer lucidement les risques qu’on est prêt à courir.

https://www.attali.com/geopolitique/ne-jamais-attaquer-sans-etre-prepare-au-pire/ 


 

Qui sera le vainqueur de cette guerre ?

Les États-Unis, Israël et leurs alliés vont-ils gagner contre le régime terroriste iranien ou devront-ils se résigner à un statu quo permettant à ce régime de reconstituer ses forces ? Poser ainsi la question du sort des armes, c’est confondre le bruit et l’Histoire, la scène et les coulisses. Car le vrai vainqueur de cette guerre ne sera ni les États-Unis ni l’Iran. Ce sera la Chine.
Il suffit, pour le comprendre, de se souvenir d’une constante de l’histoire géopolitique : quand une superpuissance est attaquée par un rival, c’est presque toujours une troisième puissance, qui s’est tenue à l’écart du conflit, qui finit par l’emporter. Ainsi, quand la France de Louis XIV, puis celle de Louis XV, s’épuisa à tenter d’écraser les Provinces-Unies, alors première puissance occidentale, à guerroyer pour des successions espagnoles et à dilapider ses finances, c’est la Grande-Bretagne, prudemment à l’écart, tout occupée à commercer, qui ramassa l’héritage et bâtit le premier empire mondial. Un siècle plus tard, quand l’Allemagne wilhelmienne défia la domination maritime et coloniale de la Grande-Bretagne, ce sont les États-Unis, délibérément isolationnistes, qui en profitèrent pour s’industrialiser à marche forcée et prendre le relais de la superpuissance. La logique est implacable : La puissance qui combat use ses ressources, sa jeunesse, sa créativité, ses finances. Celle qui observe accumule capital, technologie, brevets et influence.
Et aujourd’hui ? La guerre en Iran pourrait achever de ruiner l’Amérique. La seule première semaine du conflit avec l’Iran aurait coûté environ 7 milliards de dollars au budget fédéral dont 4 milliards en munitions seules, sans que l’industrie d’armement américaine ne soit capable d’en produire autant que nécessaire ; et arrêter la guerre aujourd’hui n’est plus possible sans l’accord des Iraniens qui tiennent le détroit d’Ormuz, menacent de détruire les usines de désalinisation de la région et peuvent bloquer, au moins provisoirement, l’économie mondiale. Par ailleurs, l’essentiel des ressources financières privées et publiques des États-Unis est monopolisé pour construire des centres de données géants, dont la Maison-Blanche affirme, sans preuve, qu’ils vont garantir « la domination américaine dans l’intelligence artificielle ».
Quand les Etats-Unis se lancent ainsi dans des dépenses folles sans plan cohérent et dans le seul intérêt de quelques milliardaires, et quand ils gaspillent , dans une guerre aux buts incertains et aux résultats plus qu’aléatoires, , des ressources financières et des matériaux critiques dont ils auraient cruellement besoin, par ailleurs, la Chine , elle, (qui va souffrir provisoirement de la rupture de ses approvisionnements venant du Golfe Persique) forme des ingénieurs, construit des robots, installe des parcs solaires, noue des accords commerciaux sur tous les continents et attend que l’Histoire, une nouvelle fois, donne raison à la patience et en fasse la première puissance mondiale.
De cela, elle, ne s’en cache pas : Elle vient d’annoncer dans son 15e Plan quinquennal (2026–2030), sept priorités, formant un vrai projet civilisationnel, effaçant la frontière entre technologies civile et militaire : Intelligence artificielle appliquée à l’industrie ; robotique humanoïde ; interfaces cerveau-machine ; informatique quantique ; semi-conducteurs avancés ; la 6 G ; et enfin la fusion nucléaire et transition énergétique. Derrière chacun de ces piliers se cachent des applications militaires directes : par exemple, la robotique humanoïde permettra de produire des drones de combat, des systèmes autonomes terrestres, des robots de déminage, et des robots sentinelles. L’informatique quantique sera déterminante pour la cryptographie militaire et la détection des sous-marins. Et l’interface cerveau-machine, qui permet déjà à des paralytiques de contrôler des bras robotiques, permettra bientôt à un être humain de commander une machine, un avion de combat, ou un drone par la seule pensée, sans langage, sans clavier, sans écran, en utilisant le fantastique potentiel du cerveau humain qui traite en parallèle des milliards d’informations, ce qu’aucun ordinateur actuel ne peut simuler, et qui lui permettra de vaincre dans la fantastique bataille qui commence pour contrôler l’attention des gens.
De tout cela, les États-Unis, pris dans leurs fantasmes de LLM et de data centers, sont très éloignés.
L’Europe a encore les moyens de ne pas se laisser entraîner dans la débâcle américaine : Étant proche de la ligne de front ukrainienne, elle peut développer bien mieux que les États-Unis les armements nécessaires aux guerres modernes, dont manquent cruellement les Américains face à l’Iran. Elle devrait pour cela développer des drones intelligents plutôt qu’une prochaine génération d’avions de combat, des systèmes de contrôle de l’attention plutôt que des armes nucléaires déjà en surnombre. Elle a aussi tous les moyens de se lancer, d’une façon sérieuse et continue dans les domaines dont la Chine vient de faire ses priorités, tels la robotique et ses interfaces avec le cerveau humain. Elle devra développer des sources d’énergie nucléaire et renouvelables. Pour prendre conscience de tout cela, il faudrait que le nouveau plan quinquennal chinois soit étudié dans toutes les universités, entreprises et administrations européennes. Non pour imiter la Chine (son modèle politique n’est ni exportable ni désirable) mais pour comprendre ce qu’est une stratégie de civilisation, et avoir le courage d’en construire une.
L’Europe peut aussi mieux que personne développer des domaines stratégiques essentiels, que la Chine et les États-Unis négligent : la sécurité écologique, l’alimentation saine, l’eau potable. Car la souveraineté et la puissance au XXIe siècle ne se mesureront pas seulement en missiles, en microprocesseurs et en robots. Elle se mesurera en litres d’eau potable disponible par habitant, en rendements agricoles sans dépendance aux engrais azotés, et en biodiversité des sols. Pour gagner la guerre d’après-demain, il faut se préoccuper de la santé, de l’alimentation, de l’eau, de la biodiversité, de la vie. Si elle s’en préoccupe, l’Europe pourrait transformer ces défis écologiques en emplois et en industries d’avenir telle que la gestion intelligente de l’eau et des déchets, la régénération des sols, les semences adaptées au changement climatique et les systèmes alimentaires circulaires.
Encore faudrait-il avoir un projet de civilisation et une vraie mobilisation pour le défendre.

https://www.attali.com/geopolitique/qui-sera-le-vainqueur-de-cette-guerre/

Peut-on encore éviter la troisième guerre mondiale ?

Depuis 1945, l’humanité vit sous l’ombre portée d’un troisième embrasement. On l’a redouté dans la confrontation entre capitalisme et communisme, frôlant l’apocalypse nucléaire à au moins deux reprises, jusqu’à ce que l’implosion de l’Union soviétique referme provisoirement ce cycle. On osa alors espérer une paix perpétuelle, illusion qui occultait la tectonique profonde des ressentiments des peuples.

C’est dans ces profondeurs que se forge aujourd’hui le prochain cataclysme ; dans les soubassements idéologiques, religieux et nationalistes de toutes les sociétés, dans les amphithéâtres universitaires comme dans les remugles des réseaux sociaux. Il n’opposera plus le marxisme-léninisme au libéralisme judéo-chrétien, mais l’Occident tout entier aux multitudes qui se vivent comme les sujets de son impitoyable empire.

En apparence, pourtant, pour le moment, rien de tel ; on ne voit que des conflits soigneusement cloisonnés : la guerre de tranchée russo-ukrainienne, les déflagrations entre Israël et l’Iran, les turbulences afghano-pakistanaises, les insurrections sahéliennes, la tension létale autour du détroit de Taïwan. Les belligérants de chacun de ces conflits n’ont, à première vue, aucun intérêt opérationnel à s’immiscer dans les guerres des autres : Moscou et Pékin n’ont pas vocation à croiser le fer avec Tel-Aviv, Riyad n’a aucun contentieux avec Pékin, Islamabad ne nourrit aucune ambition au Sahel.

La fragmentation des théâtres interdirait donc toute agrégation en un conflit systémique. Nous serions, en apparence, à bonne distance du précipice.

Et pourtant, un observateur averti perçoit sous cette surface fragmentée la présence impitoyable des empires, la lente convergence des haines à la recherche d’une grammaire commune. Comme si tous ces foyers d’insurrection régionale n’attendaient qu’une étincelle pour se fondre en une guerre de civilisation ; le Grand Sud contre son adversaire vilipendé universellement, et jusqu’en ses propres entrailles : l’Occident.

La bascule vers un conflit planétaire exigerait d’abord que les belligérants des foyers locaux tissent entre eux des alliances de revers : on peut imaginer que l’Iran attaque un pays membre de l’OTAN ce qui pourrait entraîner l’entrée dans le conflit de tous les autres ; on peut concevoir que la Russie, la Chine et le Pakistan soutiennent la théocratie iranienne (Moscou pour sécuriser une profondeur stratégique industrielle et s’approvisionner en matériel et en personnels pour le front ukrainien ; Pékin pour verrouiller l’accès aux hydrocarbures et protéger ses lignes d’approvisionnement et Islamabad pour disposer de parrains crédibles face à la puissance indienne).

L’étape suivante verrait ces États projeter leurs forces au service de leurs nouveaux partenaires : des contingents pakistanais seraient intégrés aux troupes russes en Ukraine, des unités russes seraient engagées dans l’offensive chinoise sur Taïwan, des forces iraniennes déployées sur ces deux fronts simultanément.

L’ensemble s’ordonnerait sans peine sous la bannière du grand récit antioccidental, dénonçant la mondialisation prédatrice, le rationalisme désenchanteur, la modernité colonisatrice.

Une fois cette dynamique enclenchée, aucun arbitre ne disposerait des instruments pour l’endiguer : nulle hégémonie, pas même celle de Washington, ne commande plus à la paix ; nulle institution multilatérale n’est en mesure d’imposer un cessez-le-feu ; le droit international gît en ruines sous les coups des révisionnismes les plus effrontés.

La Chine, la Russie, l’Iran, le Pakistan et bien d’autres s’uniront alors dans la volonté d’en finir avec cinq siècles de primauté et d’arrogance occidentale. La troisième guerre mondiale aura alors cessé d’être un scénario prospectif ou même une juxtaposition de sanglantes escarmouches.

L’Occident conserve les moyens de conjurer ce dénouement. Il peut d’abord mobiliser sa supériorité militaire et déployer toutes les ressources de sa diplomatie pour tenter de convaincre Moscou et Pékin que soutenir Téhéran les conduit à leur propre ruine.

Mais cela ne suffira pas : L’Histoire a invariablement fini par donner raison aux peuples contre leurs oppresseurs ; l’Occident ne triomphera pas, à terme, sur les seuls champs de bataille ni par des rencontres diplomatiques ; mais seulement si sa proposition civilisationnelle l’emporte sur celle de ses adversaires. Or, proclamer les vertus de la démocratie libérale, du marché régulé et de l’État de droit ne suffira pas, pas plus qu’affirmer la primauté du droit des hommes sur la loi divine, ni jurer que la modernité occidentale constitue un horizon universel. En particulier, ces arguments sonnent creux lorsqu’ils sont portés par une oligarchie américaine cynique, piétinant ses propres valeurs fondatrices et nourrissant la haine qu’elle prétend désarmer.

C’est ici que l’Europe est appelée à jouer un rôle irremplaçable. Elle demeure le seul espace politique au monde où l’État de droit s’impose effectivement ; celui où la violence institutionnelle est la plus contenue, la liberté la plus étendue, la justice sociale la plus substantielle. Le seul, aussi, à reconnaître en principe l’égalité absolue en droits de tous les êtres humains.

Les pays qui la constituent doivent s’unir pour projeter cette singularité dans l’arène mondiale et défendre un universalisme assumé, assumant leurs forfaits historiques, tels que la colonisation, dont ils ne furent ni les premiers ni les seuls coupables.

Si l’Europe parvient à faire entendre ce discours, cette glorification sans complexe des valeurs de l’Occident, devenues universelles à revitaliser des institutions multilatérales moribondes, à forger des alliances avec ce que les États-Unis, le Japon, Israël et tant d’autres nations recèlent de meilleur, un scénario de sortie de crise devient concevable : l’effondrement de la théocratie iranienne, la déroute du discours islamiste radical, l’enlisement définitif des armées et de la dictature poutinienne en Ukraine, la chute du gouvernement Netanyahu, la défaite électorale de Trump, la renonciation de Pékin à toute conquête militaire de Taïwan. Devient alors possible la construction patiente d’un ordre mondial fondé sur la raison et la liberté, c’est-à-dire sur ce que l’Occident a apporté de meilleur au monde, en se nourrissant de sources venues d’ailleurs.

https://www.attali.com/geopolitique/peut-on-encore-eviter-la-troisieme-guerre-mondiale/  

Ce que la guerre au Moyen-Orient nous dit des réformes nécessaires dans nos communes.

Le monde, malgré les apparences, est d’une cohérence redoutable. L’extraordinaire interdépendance des processus de production, des enjeux climatiques et des équilibres géopolitiques se manifeste à chaque instant ; et nulle part avec plus de clarté que dans la relation entre les crises du pétrole et l’organisation de nos villes. Comprendre cela, c’est comprendre à la fois ce qui nous rend vulnérables et ce qui pourrait nous sauver.

La crise iranienne, qui a déjà conduit à une augmentation sensible du prix du pétrole, (et ce n’est pas fini), n’est que la reproduction d’un mécanisme d’une régularité décourageante : on l’a connu en 1973, en 1979, en 1990, en 2003 et en 2011. À chaque fois, une crise géopolitique conduit à une hausse du prix du pétrole ; à chaque fois, dans les pays consommateurs, on se plaint, on s’indigne, on obtient des aides de l’État (c’est-à-dire des contribuables) pour amortir le choc. Et puis on oublie jusqu’à la prochaine fois.

Pourtant, rien n’a été fait sérieusement pour se débarrasser de ces énergies fossiles : Malgré la croissance spectaculaire des renouvelables (la part du solaire a été multipliée par 2,5 en cinq ans) les combustibles fossiles représentent aujourd’hui encore 86,6 % de la consommation primaire mondiale d’énergie et ils couvrent encore les deux tiers de la croissance de la demande mondiale, portant les émissions de CO2 à un nouveau record historique. Tout a été fait pour que les consommateurs n’en souffrent pas. Et même pour encourager ces productions : Les subventions mondiales directes et indirectes aux énergies fossiles atteignent 7 000 milliards de dollars (dont plus de 1000 milliards de subventions directes), soit 7 % du PIB mondial, et plus que les dépenses mondiales annuelles d’éducation. On subventionne donc massivement, à l’échelle planétaire, ce qui nous tue.

Si, pour une partie significative de la population rurale, aux revenus modestes, une aide publique ciblée et temporaire doit accompagner la transition vers les pompes à chaleur, les véhicules électriques et les transports en commun décarbonés, on peut et on doit aller beaucoup plus vite dans les villes : elles  concentrent plus de la moitié de la population mondiale, génèrent environ 80 % du PIB global, sont responsables de près de 70 % des émissions mondiales de CO2, essentiellement pour le chauffage et la mobilité, et pourraient toutes se passer entièrement d’énergies fossiles.

Donc, si on veut cesser d’avoir à souffrir de l’augmentation inéluctable des prix du pétrole et du gaz, il faut en sortir. Et admettre que, comme la hausse du prix du tabac a contribué à réduire sa consommation, la hausse du prix du pétrole est une bonne nouvelle, car elle devrait pousser les consommateurs vers les alternatives électriques, et obliger les pays producteurs les plus lucides, suivant l’exemple de l’Arabie Saoudite, à diversifier leurs sources de revenus.

Ce n’est pas une utopie ; céder à la démagogie pétrolière n’est pas inévitable. Et certaines villes montrent que ce basculement radical est non seulement possible, mais économiquement rentable : Copenhague en particulier est le cas d’école dont chaque candidat à une élection municipale devrait s’inspirer : son réseau de chauffage urbain, considéré comme le plus efficace du monde, fournit aujourd’hui à 98 % des habitations de la ville la chaleur résiduelle des centrales de cogénération et des usines d’incinération de déchets ; de plus, la moitié de ses habitants et de ceux de ses banlieues se déplacent quotidiennement à bicyclette, grâce à des autoroutes cyclables reliant les banlieues au centre-ville et à des ponts exclusivement dédiés aux cycles ; et les bus électriques et le taxi électrique y sont devenus la norme.  D’autres villes méritent d’être citées en exemple : Oslo est devenue la capitale mondiale de la voiture électrique par habitant et les voitures à moteur thermique y sont interdites au centre-ville ; Amsterdam développe massivement les pompes à chaleur et les réseaux de chaleur géothermiques ; enfin, Shenzhen qui, dès 2017, a converti l’intégralité de sa flotte de bus en véhicules électriques.

Plus encore, ne pas dépendre des conséquences aux ramifications infinies de la prochaine crise pétrolière, c’est promouvoir l’économie de la vie, c’est-à-dire les énergies durables, l’alimentation locale, les produits non transformés, particulier dans les villes.

Aussi, tout candidat sérieux à une élection municipale devrait prendre dès aujourd’hui les sept engagements suivants :

  1. Développer massivement des réseaux de chaleur urbains alimentés en énergies renouvelables.
  2. Construire, avec l’ensemble de son agglomération, les infrastructures nécessaires au vélo et aux transports en commun électriques.
  3. Réserver les centres-villes aux seuls véhicules zéro émission.
  4. Reconvertir les subventions aux énergies fossiles en incitations à la transition énergétique et en accompagnement des ménages les plus vulnérables
  5. Développer l’usage de matériaux biosourcés dans la construction
  6. Adopter un urbanisme climatique intégrant dès la conception l’efficacité énergétique des bâtiments, les toitures végétalisées, les îlots de fraîcheur et la gestion des eaux pluviales
  7. Exercer une pression démocratique constante pour que les gouvernements nationaux cessent de subventionner ce qui nous détruit et financent ce qui peut nous sauver.

Et si le pire se produit, c’est-à-dire si cette guerre locale débouche un jour sur un conflit planétaire, il sera plus que sage d’avoir réduit notre dépendance à ce qui nous tue et d’avoir mis en place ce qui peut nous mettre à l’abri de la folie des autres.

https://www.attali.com/geopolitique/ce-que-la-guerre-au-moyen-orient-nous-dit-des-reformes-necessaires-dans-nos-communes/  

Jacques Attali,

Jacques Attali est docteur en économie, polytechnicien et conseiller d’État. Conseiller spécial du Président de la République François Mitterrand pendant 10 ans, il est le fondateur de 4 institutions internationales : Action contre la faim, Eureka, BERD, Positive Planet.

Jacques Attali est l’auteur de 86 livres (dont plus de 30 consacrés à l’analyse de l’avenir), vendus à 10 millions d’exemplaires et traduits en 22 langues. Il est éditorialiste pour les quotidiens économiques Les Échos et Nikkei après l’avoir été pour L’Express. 

Il dirige régulièrement des orchestres à travers le monde.

 

 

janvier 11, 2026

Iran "libéré" et puis après ?

Le gouvernement iranien adresse un avertissement direct au président Trump et aux États-Unis, déclarant qu'il est prêt à frapper les bases militaires américaines, les navires américains et même Israël si les États-Unis attaquent l'Iran. 
L'Iran affirme également que les frappes préventives ne sont pas exclues, laissant entendre qu'il pourrait être prêt à frapper le premier. Téhéran dénonce une manipulation violente des troubles 
 
Le secrétaire du Conseil suprême de sécurité nationale iranien, Ali Larijani, tranche sans ambiguïté : 
👉 Les événements récents en Iran ne relèvent plus de la contestation sociale. 
👉 Une organisation violente et structurée a détourné des tensions économiques réelles pour semer la terreur. Selon lui, ces groupes ont mené des actes extrêmes — assassinats, incendies, décapitations — avec des méthodes comparables à celles de État islamique. 
 
📌 Conclusion officielle : assimiler ces crimes à des manifestations légitimes est une faute d’analyse grave. Ce qui est à l’œuvre ici n’est pas une protestation populaire, mais une stratégie de chaos organisé depuis l’extérieur. 
 
Les miliciens de Khamenei ont pris le contrôle de tous les hôpitaux de Téhéran pour arrêter tous les blessés par balles sans même leur laisser le temps d’être soignés ! 
 
Si le monde continue son silence des dizaines de milliers d’iraniens seront massacrés !! 
On est déjà à plus de 2000 jeunes tués en 48h ! 
Des milliers ont déjà perdu un œil ou les deux parce que les miliciens visent les visages avec du plomb. 
 

 
Les États-Unis surveillent de près les signes indiquant que les manifestations en Iran pourraient faire tomber le régime. 
 
Jeudi, des manifestants iraniens ont envahi les rues de Téhéran et d'autres villes. Des images de bâtiments gouvernementaux en flammes et de coupures d'internet par les autorités ont circulé, sans toutefois parvenir, pour l'instant, à rétablir l'ordre. Le point crucial : en début de semaine, les services de renseignement américains estimaient que les manifestations manquaient d'ampleur pour menacer la stabilité du régime, ont déclaré des responsables américains à Axios. Mais cette analyse est en cours de révision au vu des événements récents. « Les manifestations sont sérieuses et nous continuons de les surveiller », a déclaré un haut responsable américain. Contexte : les manifestations ont pris de l'ampleur et se sont étendues au cours des douze dernières nuits, celle de jeudi soir étant la plus importante à ce jour. 
 
Elles sont principalement alimentées par la crise économique que traverse le pays, qui s'est aggravée suite à la volonté du président Trump de renforcer les sanctions et aux dégâts causés par la guerre de douze jours en juin. Selon plusieurs médias, certains manifestants scandaient ouvertement jeudi des slogans réclamant la chute du régime. Le président iranien, Massoud Pezeshkian, réformateur au sein du régime théocratique, a admis ces derniers jours que le gouvernement iranien n'avait pas de solution à la crise. Jeudi, il a ordonné aux forces de sécurité de ne pas s'en prendre aux manifestants pacifiques, mais a fait une distinction pour les émeutiers armés ou violents. Les médias d'État iraniens minimisent l'ampleur des manifestations. 
 

 
 
Par ailleurs, l'accès à Internet a été quasi totalement coupé dans tout le pays jeudi, selon NetBlocks. Trump a averti à plusieurs reprises que les États-Unis pourraient recourir à la force militaire si l'Iran tuait des manifestants. Cependant, il s'est montré relativement mesuré lors d'une interview jeudi dans l'émission « The Hugh Hewitt Show ». Trump a affirmé que certains des plus de 30 manifestants tués jusqu'à présent étaient morts à cause de « problèmes de gestion des foules ». Il a également refusé d'apporter son soutien à Reza Pahlavi, fils du Shah, destitué lors de la révolution islamique de 1979. Pahlavi a tenté de s'emparer du devant de la scène politique et a appelé à de nouvelles manifestations vendredi à 20h, heure locale. « Je pense que nous devrions laisser tout le monde descendre dans la rue et nous verrons qui en sortira vainqueur », a déclaré Trump, ajoutant qu'il ne serait pas forcément « approprié » pour lui de soutenir Pahlavi. 
 
À suivre : D'importantes manifestations ont eu lieu en Iran en 2022, affaiblissant le régime sans toutefois le faire tomber. Certaines personnalités intransigeantes à Washington espèrent que, cette fois-ci, le régime s'effondrera véritablement. Le sénateur Lindsey Graham (R-Caroline du Sud) a appelé les Iraniens à intensifier les manifestations et a souligné que Trump les soutiendrait. « Les voyous, les dictateurs, les brutes et les assassins qui défient le président Trump ne font pas long feu. Rendons sa grandeur à l'Iran », a-t-il écrit sur X.
 
 

 
Les visions d'après avec  Cédric Labrousse:

 "Rare intervention de cadres israéliens qui, s'ils notent une mobilisation dans la rue iranienne en augmentation, ne voient pas le régime des mollahs être déstabilisé ou en phase d'effondrement pour le moment. On ne pourra pas les accuser d'être des paillassons de Khamenei. 
 
Notons que cela converge avec le postulat du renseignement américain, confirmé hier par des révélations de l'agence Axios. Et, parce que j'ai quelques oreilles qui traînent, du renseignement français. Notons que le renseignement turc a également, via Fidan, fait ce constat. 
 
Rappelons que les Israéliens ont un des meilleurs réseaux d'espionnage et d'infiltration au sein de la société iranienne, y compris dans des strates du régime. Ils l'ont encore prouvé en juin 2025. Ils peuvent donc jauger au mieux de la réalité d'une chute du régime. 
 
Il faut vraiment que l'on garde à l'esprit, oui pas simple car il y a l'enthousiasme de voir disparaître l'un des pires régimes installés au siècle dernier, que les réseaux sociaux sont des miroirs déformants. Ce n'est pas casser l'ambiance. C'est revenir aux faits. 
 
L'effondrement du régime en Iran serait plus que bienvenu. Les mieux préparés à cela sont les kurdes qui disposent déjà de partis, d'une plateforme commune et de groupes armés prêts à organiser l'autonomie de facto de leur région. Faisons un point précis. A force de ne braquer le projecteur que sur la transition au pouvoir à Téhéran, que l'on ne peut qu'espérer au demeurant, nous oublions que l'Iran est un pays qui dispose déjà, sur son sol, de plusieurs forces armées et politiques, très investies et organisées, localement. 
 
Quatre minorités disposent d'outils prêts à s'auto-gouverner, et encore loin de partager un agenda avec l'opposition nationale. 
1) Les baloutches (groupes armés et politiques). 
2) Les azéris (politiquement). 
3) Les arabes de l'Ahwaz (groupes armés et politiques). 
 

Les kurdes d'Iran. 
Ce sont probablement ceux qui disposent des outils les plus complets pour pallier à l'effondrement du régime iranien. Avec plusieurs partis politiques, capables de s'entendre via une plateforme commune, et de nombreux combattants actifs. 
 
Tout d'abord, il faut noter le sérieux de l'opposition kurde. Qui dispose d'une plateforme commune réunissant la majorité des partis kurdes iraniens. Le Centre de Coopération des Partis Politiques du Kurdistan Iranien est actif depuis plusieurs années. Gage de sérieux. Le contraste est terriblement saisissant entre l'amateurisme des oppositions nationales, qui n'ont jamais réussi à planifier une seule plateforme commune depuis des décennies, et encore moins depuis le soulèvement de 2022. Et cette plateforme réunissant le spectre kurde. Cet avantage est crucial pour les kurdes d'Iran : ils pourront, certes avec des rivalités qui pourraient éclater très rapidement entre eux (ne soyons pas naïfs), établir un panorama clairement identifiable par les chancelleries. Mais également peser sur le nouveau pouvoir. De plus, avec le Kurdistan autonome irakien, les forces kurdes iraniennes ont toujours disposé, historiquement, et encore maintenant, d'une puissante base arrière leur permettant d'agir mais également de sécuriser leur survie politique et armée. 
Excellente stratégie. 
 
Maintenant, regardons factuellement ce qu'il en est ces derniers jours.
Et bien les forces kurdes sont déjà engagées dans des combats avec les forces du régime des mollahs. Comme cette attaque du PAK à Nurabad, dans le Lorestan. 

 
 
 
Le PAK est, par ailleurs, le parti le plus investi politiquement et militairement depuis le début des récents évènements. Quand bien même il n'est pas le plus important, ni celui disposant du plus d'hommes via sa branche armée, la SMK (Armée nationale du Kurdistan). 
 

L'acteur pour lequel il faudra être très attentif est le PJAK. C'est la branche iranienne du PKK. Il dispose d'une branche armée, les YRK (dont l'iconographie rappelle très clairement celle des YPG en Syrie, pour le PYD). C'est le groupe disposant d'un arsenal militaire conséquent et de troupes très bien formées, ayant disposé des enseignements des engagements du PKK en Turquie et en Irak, ou encore des YPG en Syrie.
 
Le groupe est souvent la cible des forces du régime iranien. Récemment encore, le PJAK et ses bases furent bombardés par l'aviation iranienne fin novembre 2025. Et près de 11 combattants du groupe furent tués dans cette opération. Le PJAK est souvent vu comme un adversaire des plus déterminés par les mollahs de Téhéran. 
 
 
 
 
Le PDKI est également un parti d'importance. Un des plus anciens partis d'autodétermination kurde présents en Iran, fondé en 1945 peu de temps avant l'éphémère République de Mahabad que ce parti participation à établir). Il dispose également d'une branche armée. 
 

 
 
Notons que le PDKI, quinacvepte un principe d'Etat fédéral autant que d'autonomie ou d'indépendance, est membre d'une plateforme commune avec d'autres minorités présentes en Iran. Le Congrès pour les Nationalités d'un Iran fédéral a été créé à Londres en 2005. "
 
 

 
 

 
 
 
"  Vous avez apprécié le point sur les kurdes iraniens, à même de prendre rapidement le contrôle de leurs régions en cas de chute du régime, grâce à leur organisation préalable.
 
Parlons donc des forces d'une autre communauté qui pourraient sauter sur l'occasion : les baloutches. 
 

Cette minorité ethnique, linguistique et religieuse est présente dans le sud-est de l'Iran. Elle est également (et plus massivement) implantée dans au Pakistan et, dans une moindre mesure, en Afghanistan).
La résistance baloutche à des pouvoirs remonte à plusieurs siècles...
Cependant, le nationalisme baloutche, qui peut être autonomiste ou indépendantiste, est plus récent. Remontant à la seconde moitié du XXème siècle. Mais dès les années 1930, l'apparition de la Société pour l'unité baloutche et le Baloutchistan annonçait un regain. Depuis, de nombreuses factions politiques et / ou armées ont fait leur apparition. Allant de revendications d'autonomie régionale (en Iran dans le cas qui nous intéresse) jusqu'au principe d'une scission nette avec Téhéran pour entamer une construction nationale. 
 

 
En 2026, plusieurs de ces forces sont toujours actives en Iran et / ou au Pakistan. À l'instar des kurdes, profitant d'une zone montagneuse mal contrôlée entre la Turquie et l'Irak pour leurs bases arrières, les forces baloutches d'Iran profitent du Pakistan comme appui. J'oublie de dire en quoi c'est une minorité religieuse en Iran. Près de 90 % de la population iranienne est, grosso modo, considérée comme chiite (s'ils ne sont pas religieux, au moins de culture). Les baloutches, comme de nombreux kurdes, sont... sunnites. Bref, continuons. Plusieurs forces armées également politiques composées de baloutches ou revendiquant une identité baloutches sont actives en Iran. A l'instar des kurdes disposant déjà de groupes armés, d'armes et de représentations politiques depuis des décennies. 
 

Commençons par l'Armée de Libération du Baloutchistan.
Ce groupe armé, désigné terroriste par les Etats-Unis par ailleurs, est principalement actif au Pakistan mais dispose de base et d'hommes en Iran, dans la région du Sistan-Baloutchistan. Ce groupe dispose de plusieurs milliers d'hommes (et de femmes) combattant(e)s dans une zone à cheval sur la frontière irano-pakistanaise.
Il est l'héritier du Front de Libération du Peuple Baloutche qui fut écrasé en 1973 par une alliance irano-pakistanaise. Comme vous venez de le lire, la lutte des pouvoirs centraux iraniens contre les ambitions d'autodétermination baloutche est ancienne. Et pas uniquement liée au régime des mollahs. Ici, on remonte à l'époque du Shah (père du si médiatique @PahlaviReza). Cependant, ce n'est pas l'Armée de Libération Nationale qui pourrait être la plus active à profiter de l'effondrement du dispositif militaire et sécuritaire si le régime venait à s'écrouler.
Mais un autre groupe, bien plus actif et engagé sur le terrain iranien...
 
 
En effet, un groupe armé s'est constitué en 2012 sur les cendres d'une précédente organisation islamiste sunnite baloutche : Jund Allah.
La Jaysh al-Adl défend un calendrier radical : indépendance du baloutchistan et établissement d'une gouvernance islamique. Vous vous en doutez : le groupe est bien évidemment classé terroriste. Aussi bien en Iran qu'aux États-Unis ou encore en Chine et en Russie.
Il dispose d'au moins plusieurs centaines de combattants, avec une capacité de recrutement pouvant évoluer en cas de crise du régime. Jaysh al-Adl est un véritable problème pour tous les pouvoirs centraux iraniens. Actuels comme à venir. Pour vous donner un exemple, le groupe a été visé dans des opérations de bombardements massifs en 2024 de la part de l'Iran et du Pakistan. 
 

L'éventuelle faillite du système sécuritaire et militaire du régime iranien, dans la perspective de sa chute / dislocation dans le chaos, ouvrirait en grand les portes de nombreuses structures militaires (dépôts d'armes, munitions, véhicules...) pour Jaysh al-Adl et d'autres. Pourquoi d'autres ? Car oui, plusieurs groupes sont également actifs dans la zone baloutche.
Je n'en citerai qu'un seul supplémentaire : Ansar al-Furqan.
Il est bien plus radical (jihadistes ouvertement) que Jaysh al-Adl. Et il a mené plusieurs attentats (ex : 2018). Bref. Je pourrais continuer.
 


Mais cela de vous donner à voir, de nouveau, que l'effondrement, souhaitable, du régime des mollahs posera bien des difficultés. Notamment en cas d'effondrement du système sécuritaire et militaire du pays. C'est tout l'enjeu de sortir de l'amateurisme terrible de l'opposition iranienne en exil que de s'emparer également de ces sujets déterminants. La chute du régime des mollahs est une chose. Gérer cette chute en est une autre, bien plus complexe.
Il est évident que l'Azerbaïdjan va jouer des coudes en cas d'effondrement. Notons que les deux pays entretiennent des relations très tendues, notamment depuis le conflit avec l'Arménie. L'Iran des mollahs ayant soutenu l'Arménie tandis qu'Israël soutenait l'Azerbaïdjan."
 
 
"La dernière déclaration de Reza Pahlavi est désastreuse. Si le propos de base est intéressant (il comprend que le régime sordide des mollahs tient grâce à l'industrie pétrolière), la fin est catastrophique : j'arriverai quand vous aurez fait le travail... C'est terrible...
 
"Mes chers compatriotes, Votre courage et votre détermination ont suscité l'admiration du monde entier. Votre présence, une fois de plus glorieuse, dans les rues d'Iran vendredi soir a été une réponse cinglante aux menaces du chef traître et criminel de la République islamique. Je suis certain qu'il a vu ces images depuis sa cachette et qu'il a tremblé de peur. Maintenant, grâce à votre réponse décisive au premier appel, je suis certain qu'en ciblant davantage notre présence dans la rue et, simultanément, en coupant les circuits financiers, nous mettrons complètement à genoux la République islamique et son appareil de répression usé et fragile. À cet égard, j'appelle les travailleurs et les employés des secteurs clés de l'économie, notamment des transports, du pétrole, du gaz et de l'énergie, à entamer un processus de grève nationale. Je vous invite également tous à descendre dans la rue aujourd'hui et demain, samedi et dimanche (10 et 11 janvier), dès 18h, munis de drapeaux, d'images et de symboles nationaux, afin d'occuper l'espace public. Notre objectif n'est plus seulement de manifester dans la rue ; il s'agit de nous préparer à conquérir et à défendre les centres-villes. Pour atteindre cet objectif, déplacez autant de voies de circulation que possible vers les centres-villes et reliez les populations dispersées. Parallèlement, préparez-vous dès maintenant à rester sur le terrain et à assurer l'approvisionnement nécessaire. Aux jeunes de la Garde éternelle iranienne, et à toutes les forces armées et de sécurité qui ont rejoint la Plateforme de coopération nationale, je dis : Ralentissez et perturbez encore davantage la machine de répression afin que, le jour promis, nous puissions la désactiver complètement. Je me prépare également à rentrer dans ma patrie pour être avec vous, grande nation iranienne, lorsque notre révolution nationale aura triomphé. Je crois que ce jour est très proche. L'Iran qui perdure !"
 

 
Il pourrait déjà s'installer dans un pays voisin pour y superviser, tout en réunissant des opposants de tout bord, près de la frontière de son pays, la situation. Et non pas rester dans le confort des luxueux appartements américains. La Turquie pourrait l'accueillir. Il gagnerait en crédibilité en étant à quelques kilomètres des frontières du pays. C'est ainsi que, même si elle a échoué lamentablement, la Coalition Nationale Syrienne était tout de même crédible un tant soit peu : elle était de l'autre côté de la frontière, en Turquie.  
Mais l'opposition iranienne, dans sa globalité, bien au delà de la base de Pahlavi (donc 'es autonomistes arabes, kurdes, les indépendantistes baloutches, les réformistes religieux, les radjavistes, etc...), ne va pas attendre d'un potentiel dirigeant en... télétravail. Au bout d'un moment, il doit aussi montrer des gages. Et pas seulement aux iraniens. 
Mais aussi aux Occidentaux dont il cherche désespérément le soutien. Donc, première étape : abandonner son confort bâti depuis des décennies sur la fortune familiale et se rendre en Turquie." 
 
"Les services US sont bel et bien les mieux informés au monde, avec les services israéliens, de la situation en Iran. Et, pour le moment, même s'ils mettent à jour leurs évaluations, ils ne voient pas de perspectives claires. Quand Reza Pahlavi, comme d'autres, appelle Donald Trump à frapper le régime iranien ce jour, il oublie que ce n'est pas si simple. Comme lors de la guerre des douze jours. Israël, ennemi intime des mollahs, n'a jamais été jusqu'à viser les plus hauts cadres du régime. Pourquoi ? On va s'entendre dire que Trump et Netanyahou sont des agents iraniens eux aussi parce qu'ils n'agissent pas encore davantage que ce qu'ils ont fait jusque là ? (certains opposants iraniens en ligne seraient capables de le dire...) Bien des réponses...La première, c'est que l'opposition iranienne en exil n'est pas prête à gouverner. Et c'est dramatique car elle est terriblement amatrice. Elle a eu des décennies pour s'organiser, dialoguer entre différentes forces, créer une coalition unique, mais elle n'a rien fait. Pahlavi, par exemple, visage le plus connu en Occident comme candidat à gouverner, clame qu'il est rallié par des milliers de déserteurs potentiels. Dans les faits, jamais un seul cadre n'a déserté pour le rallier. Pas même un obscure ambassadeur iranien au Vanuatu. Donald Trump l'a ainsi rappelé : c'est un "nice guy" mais il n'est pas apte à gouverner dans les faits actuellement. Et pourtant, depuis des années de manifestations où il a parlé des heures, jamais il n'a participé à une vaste entreprise d'union de l'opposition. Pour les manifestants, en Iran, c'est la même chose. Ils manquent d'organisation. L'effet de masse est une chose, mais il n'y a pas de leadership (et, oui, le régime fait tout pour l'éviter). En Syrie, il y avait eu la Coordination nationale Syrienne et les Comités locaux. L'avantage de telles organisations claires, c'est qu'elles sont identifiables et permettent à terme d'obtenir des relais dans cette opposition. In fine, on a un paysage d'oppositions complètement éclaté et disparate. Et cela effraie les US, Israël et bien des pays. Pour gagner en sérieux politique, l'opposition en exil devrait déjà fournir une plateforme claire et diversifiée pour être l'interlocutrice future : incluant Pahlavi, Radjavi, les réformistes religieux issus du régime, des autonomistes des minorités, etc...En Egypte, nous savions que les Frères Musulmans étaient organisés depuis des décennies malgré leur répression. Et la chute du régime de Moubarak fut ainsi accompagnée sans difficulté par les occidentaux. Et nous savions que l'armée resterait (elle fit un coup d'Etat après). 
 
Ce n'est qu'un exemple mais c'est la démonstration que, pour l'Occident, avant de s'engager dans une posture (le soutien à Maïdan en Ukraine fut logique mais également lié au fait que l'opposition étaient prête), il faut d'abord voir qui sont les acteurs à même de suivre. Or, pour le moment, en Iran, nous ne disposons d'aucun panorama clairement établi, et surtout en capacité réelle, de prendre la suite. Et nos services de renseignement et de diplomatie, en Israël, aux US ou encore en Europe, ont besoin de ce panorama pour évoluer davantage. Donc, puisque Pahlavi veut jouer des coudes politiquement, qu'il prenne l'initiative d'inviter, à un évènement public, des représentants de toute l'opposition iranienne : religieuse comme laïque, de gauche comme de droite, Radjavi comme réformistes, autonomistes kurdes, etc. Et, oui, alors, il aura probablement une bien meilleure assise pour demander davantage d'attention de la part de Washington ou de Paris et Londres. L'opposition doit gagner, très rapidement, en maturité politique et en maîtrise politique, pour qu'elle ait davantage de poids. Certes, sortir d'une révolution après une dictature est toujours un moment compliqué (la France a mis 80 ans, entre 1789 et 1870, pour stabiliser la république) et de manière générale les gouvernements craignent les conséquences des déstabilisations. " 

Cédric Labrousse
 


@CdricLabrousse
Fils de marin-pêcheur. Doctorant sur la Syrie. Régionalisme, libéralisme, a bossé dès 16 ans. Opinions personnelles. Fondateur : http://votreprofesseur.fr




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