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juillet 21, 2026

Une liberté en déroute, un antisémitisme comme une histoire qui se veut répétitive...Danger !

Sommaire:

A) - Nous sommes tout seuls.

B) -  Antisémitisme : un peu ? Beaucoup ? À la folie !

C) -  La promesse rompue : Antisémitisme contemporain et crise de l’ordre westphalien

D) - Divers liens sur le sujet

 


A) - Nous sommes tout seuls.

Nous sommes tout seuls. Interrogé il y a quelques jours sur France Culture par le journaliste Guillaume Erner au sujet de la résurgence contemporaine de l’antisémitisme — au moment même où Marc Bloch, historien juif français exécuté par les nazis pour ses activités de résistance, faisait son entrée au Panthéon —, l’historien médiéviste Patrick Boucheron a refusé de répondre, se bornant à cette déclaration péremptoire : « On vous laisse parler tout seul. » 

On pourrait penser que cette phrase, d’un cynisme glaçant, est sans conséquence ; qu’il ne s’agissait que d’un bref instant au cours d’une interview parmi tant d’autres, dans le flot des émissions matinales aussitôt entendues qu’oubliées.  

Après tout, ce professeur au Collège de France (titulaire de la chaire « Histoire des pouvoirs en Europe occidentale, XIIIe-XVIe siècle »), éminent spécialiste de l’histoire des cités italiennes, a pu être simplement agacé par un interlocuteur insistant ; et peut-être ne voulait-il pas répondre — alors qu’il était question de son confrère assassiné par les nazis — à une question d’actualité qu’il jugeait peut-être étrangère à son domaine de compétence. Pourtant, cette hypothèse ne tient pas : un historien de la stature de Patrick Boucheron — qui ne manque jamais une occasion de s’exprimer publiquement dans les cercles les plus divers et qui est l’auteur salué d’une « Histoire mondiale de la France » — ne pouvait ignorer que, pour comprendre le passé, il faut aussi réfléchir au présent. Et que le présent, tout comme le passé, est nourri d’une violence que tout historien, professeur, intellectuel ou journaliste a le devoir d’analyser, de dénoncer et de combattre. 

C’est à cet égard que le silence délibéré de cet historien peut être considéré comme un acte de lâcheté d’une portée considérable, révélant l’un des traits les plus fondamentaux des sociétés humaines à travers l’histoire : les victimes — ou ceux qui sont sur le point de le devenir — sont abandonnées à leur solitude. Nous nous lavons les mains de leurs malheurs. Nous les laissons se plaindre, appeler au secours, sans répondre. Nous les laissons, pour reprendre les mots du professeur Boucheron, « parler tout seuls ». C’est même à cette solitude qu’on les reconnaît.  

À toute époque et dans toute culture, une personne ordinaire ne devient une cible — et bientôt une victime — que parce que, bien avant qu'elle ne le devienne, d'autres se sont distancés d'elle, l'ont désignée — implicitement ou explicitement — comme une étrangère, et ont créé les conditions permettant qu'elle soit insultée et menacée sans que quiconque se sente tenu de lui porter secours, ne serait-ce que par la parole. La personne ainsi livrée aux insultes et à la calomnie, sans soutien, réduite à parler seule, devient particulièrement vulnérable ; et son entourage peut alors trouver une bonne raison de répéter les calomnies entendues à son sujet, de se joindre à la meute ou, à tout le moins, de garder le silence et de détourner le regard lorsque d'autres insultent, diffament, expulsent ou massacrent. 

C'est ainsi que l'antisémitisme s'est toujours développé : lorsque les Juifs, pour mille raisons, ont appelé à l'aide, lorsqu'ils ont crié, supplié, lorsqu'ils se sont battus pour leur survie, trop de gens les ont « laissés parler seuls » ; ils les ont abandonnés à la haine, à la violence et aux massacres, et ont détourné le regard. 

Et aujourd'hui encore, tant de personnes utilisent le comportement scandaleux du gouvernement israélien actuel comme prétexte — non pas pour exiger la démission de ces dirigeants criminels, corrompus et incompétents, ni pour réclamer la création d'un État palestinien aux côtés de l'État d'Israël, mais pour exiger, toujours plus ouvertement, au Moyen-Orient, aux États-Unis, en Europe et ailleurs, la destruction de l'État d'Israël, voire pour exiger que les Juifs, où qu'ils vivent, cessent d'exister en tant que groupe distinct ; pour insister sur leur disparition en tant que peuple, culture et religion distincte : ces souhaits de plus en plus explicites ne sont pas loin d'un génocide en gestation — symbolique, mémoriel, culturel, géopolitique et matériel. 

 Tout cela se déroule dans une indifférence croissante de la part de tous ceux qui devraient s'indigner de cette résurgence d'une haine vieille de deux millénaires à l'encontre de ceux à qui les autres monothéistes doivent tant. 

 Les Juifs ne sont pas les seules victimes de cette indifférence systématique. Le monde entier laisse également les femmes afghanes, iraniennes et soudanaises « parler pour elles-mêmes ». Partout, nous laissons aussi toutes les femmes, tous les enfants martyrs et toutes les victimes de violences domestiques et ethniques affronter seuls leur sort. Parce que nous avons déjà fort à faire dans nos propres vies et parce que nous sommes submergés par des flux algorithmiques qui nous dictent quoi penser, quoi aimer, quoi consommer — mais jamais à qui parler. 

 Nul n’est à l’abri de cet anathème. Et chacun de nous doit se préparer à entendre un jour ce sombre verdict : « Nous te laisserons parler seul. » 

Nul n’est à l’abri de cet abandon : ni les gens d’aujourd’hui, ni ceux de demain — totalement oubliés —, ni la nature, qui crie chaque jour plus violemment : c’est parce que nous laissons la nature parler seule qu’elle se venge ainsi.

C’est sans doute la meilleure définition de la barbarie : lorsque personne ne fait sien le combat d’autrui. 

À l’inverse, la meilleure définition de la civilisation consisterait précisément à ne jamais laisser les autres « parler seuls ». À reconnaître leurs préoccupations et à comprendre qu’elles sont aussi les nôtres. 

À comprendre qu’aider les autres, c’est s’aider soi-même. Ne serait-ce que parce que l’économie et l’échange se définissent, par essence, comme la volonté de comprendre les besoins d’autrui et de tout mettre en œuvre pour les satisfaire — dans son propre intérêt.

Jacques Attali

Jacques Attali est docteur en économie, polytechnicien et conseiller d’État. Conseiller spécial du Président de la République François Mitterrand pendant 10 ans, il est le fondateur de 4 institutions internationales : Action contre la faim, Eureka, BERD, Positive Planet.

Jacques Attali est l’auteur de 86 livres (dont plus de 30 consacrés à l’analyse de l’avenir), vendus à 10 millions d’exemplaires et traduits en 22 langues. Il est éditorialiste pour les quotidiens économiques Les Échos et Nikkei après l’avoir été pour L’Express. 

Il dirige régulièrement des orchestres à travers le monde.

https://www.attali.com/en/society/we-are-all-alone/ 

 



B) -  Antisémitisme : un peu ? Beaucoup ? À la folie !

Nous voilà donc, en France, à nous demander quel degré d’antisémitisme est acceptable. 

Un peu sur les bords, à la sournoise ? 

Modérément ? 

Beaucoup ? 

Électoralement ? 

Continuellement ? 

Épisodiquement, pour racoler le temps d’un scrutin ? 

Humoristiquement ? 

L’antisémitisme de gauche est-il plus acceptable que celui de droite ? 

Quand il se veut drôle ? 

Ça pue, ces questions.

Ah non ! Pas antisémitisme : antisionisme. Nuance…

Se taire devant l’extraordinaire multiplication de paroles et d’actes antisémites contre des Juifs français depuis le 7 octobre 2023, ce n’est pas antisémite. C’est antisioniste.

Savoir que le Hamas est le seul groupe terroriste (qui puise à la même source que Daech) à ne pas être unanimement et fermement condamné, ce n’est pas antisémite non plus. C’est antisioniste.

Vouloir une « Palestine libérée » du Jourdain à la mer, c’est-à-dire condamner une solution à deux États, et en faire un territoire sans Juifs (“purifié” des Juifs, Judenrein, comme on disait en 41), ce n’est pas antisémite. C’est antisioniste.

Mettre les synagogues françaises sous protection policière, ce n’est pas à cause de l’antisémitisme non plus.

Les équilibristes qui discourent en choisissant leurs mots avec prudence (euphémisme pour hypocrisie) pour ne pas se faire taper sur les doigts, ont beau se tortiller et se retenir : ils pondent des obscénités bien fumantes. Mais bien sûr, ce n’est pas de l’antisémitisme… Pas davantage que les obsessions pathologiques d’Aymeric Caron, de Rima Hassan et des autres.

Il y a en France, nous a dit un rapport sénatorial en 2024, un « antisémitisme d’atmosphère ». On imagine les sénateurs se gratter la barbe pour trouver la bonne expression, la bonne définition. Mais voilà à quoi ressemble la sale gueule de « l’antisémitisme d’atmosphère » depuis quelques années : des enfants mitraillés dans une école, des vieilles dames assassinées chez elles, des clients massacrés dans une supérette casher, des Juifs insultés et cognés dans la rue, le métro et le bus, des amphis « interdits aux sionistes », une jeune fille, encore une enfant, violée parce que juive, l’incendie d’une synagogue en espérant l’immolation des fidèles, des Français qui ont peur d’être juifs… Ilan Halimi, Jonathan Sandler et ses enfants, Arié (6 ans) et Gabriel (3 ans), Sarah Halimi, Mireille Knoll… Les autres.

Atmosphère, atmosphère ! Antoine Leaument, sur Sud Radio, le 20 mars dernier :

« Vous pensez vraiment que si la France insoumise arrivait au pouvoir, nous menacerions les personnes juives ? Nous augmenterions le SMIC aussi pour les personnes juives ! ». 

Mine sérieuse et verbe appliqué, Léaument, champion de LFI et élu de la République, parle tranquillement de « personnes juives ». Il leur veut du bien, aux « personnes juives », puisqu’il est même question de leur augmenter le smic à elles aussi. Aux « personnes juives ». Il a dû se dire que c’était neutre et élégant, « personnes juives ». Que ça sonnait respectueux. Raté. C’est comme peindre une vieille porte vermoulue sans vérifier ce qu’il y a de l’autre côté : l’odeur passe en dessous. Ça ne sent pas très bon. « Personnes juives » : il y a dans cette expression une distance glaciale, comme si on parlait d’un échantillon sociologique. Une catégorie administrative, un onglet dans un tableur. Une manière de contourner le mot « Juif » sans oser le prononcer, de peur de se brûler les lèvres, et ça sent furieusement le renfermé. Leaument prétend représenter la République. Il devrait écouter ce que ses mots racontent, surtout quand ils parlent plus fort que lui. Ça n’est pas très républicain.

Atmosphère : 

L’humour de Blanche Gardin, de Radio Nova et de Dieudonné, les saillies de Mélenchon ; l’affiche imaginée et diffusée par LFI qui, pour représenter Hanouna, reprend le pire des caricatures antisémites des années 40 ; et la déformation, par le même Mélenchon, d’un nom – grand classique de l’antisémitisme des bas-fonds – : « Alors maintenant vous direz Epstein au lieu d’Epstein, Frankenstine au lieu de Frankenstein ! » En insistant bien sur la dernière syllabe. Et la salle qui ricane de l’humour de son chef. Ce qui a fait dire à Bernard Cazeneuve que « Mélenchon se rêvait Mitterrand », mais qu’« il finit comme Soral ».

Atmosphère encore, lorsque les journalistes Noémie Halioua, Nora Bussigny, Jean Quatremer, sont couverts d’insultes et menacés dans de véritables campagnes de haine et de harcèlement numérique, l’une parce que juive, les autres pour avoir enquêté sur les nouvelles formes d’antisémitisme ou dénoncé cette lèpre. Lorsque Emmanuel Razavi et moi, après avoir publié « La Pieuvre de Téhéran » et « Paris-Téhéran : le grand dévoilement » (aux éditions du Cerf), subissons le même genre de campagne où nous sommes accusés d’être des « agents du Mossad » ou d’être à la solde de la « secte juive », de la « secte sioniste » ou de la « secte diabolique ». Ça relève de la psychiatrie !

Peu importe qu’ils soient français ou de n’importe quelle autre nationalité : les Juifs, tous les Juifs, sont rendus coupables de la guerre à des milliers de kilomètres d’ici. Collectivement coupables. Les Juifs qui condamnent Netanyahou ? Coupables aussi ! D’être Juifs, et rien d’autre.


Coupable : Liraz, chanteuse de pop-électro d’origine israélo-iranienne dont le concert avait été annulé à Paris (décision prise deux ans, jour pour jour, après les attaques terroristes du 7 octobre 2023 contre Israël par les islamistes du Hamas) Tout un symbole !) ;

Coupable le réalisateur israélien Nadav Lapid, réputé très à gauche, exilé en France, qui dénonce la politique de son gouvernement, contraint d’annuler sa venue au FID, Festival international du cinéma de Marseille ;

Coupable : Lahav Shani, chef de l’orchestre philharmonique de Munich qui a le tort d’être aussi le directeur musical de l’orchestre philharmonique d’Israël ;

Coupable : Joann Sfar, le dessinateur français, dont la venue au festival « Oh, les beaux jours » à Marseille était accueillie par le « collectif culture en lutte 13 » par ce bon vieux slogan de « Sionistes, hors de nos villes ».

Coupables, coupables, coupables : la liste est longue.

Finalement, les Juifs forment la seule « communauté » à qui on n’applique pas, jamais ou si peu, le « pas d’amalgame. Quelle autre « communauté », quel peuple, quelle « race », quelle religion, rend-on collectivement responsable des agissements de quelques-uns ? Quelle autre « communauté », quel peuple, quelle « race », quelle religion, à part les Juifs, n’a pas le droit au « pas d’amalgame » ?

Carré de tête de la marche parisienne contre l’antisémitisme, en présence de nombreux politiques, le 12 novembre 2023. (©AFP/Thomas SAMSON)

Jean-Marie Montali

https://nouvellerevuepolitique.fr/jean-marie-montali-antisemitisme-un-peu-beaucoup-a-la-folie/

 


C) -  La promesse rompue : Antisémitisme contemporain et crise de l’ordre westphalien

Golders Green, fin avril 2026. Au cœur de ce quartier du nord-ouest de Londres où la communauté juive prie, étudie et habite depuis plus d’un siècle, deux hommes sont poignardés en pleine rue. L’agresseur est neutralisé par deux policiers et un passant ; l’unité antiterroriste britannique se saisit immédiatement de l’enquête. L’attentat est revendiqué, en ligne, par un groupe jusqu’alors inconnu — le Harakat Ashab al-Yamin al-Islamiya — dont les premières apparitions avaient accompagné, six semaines plus tôt, l’explosion qui éventra la façade de la synagogue de Liège. Entre ces deux dates, un incendie criminel dans le quartier juif d’Anvers, des attentats déjoués aux Pays-Bas, des incendies visant des lieux juifs du nord de Londres, et — toujours en arrière-plan — le souvenir de la synagogue de Manchester frappée le 2 octobre 2025. La plateforme belge antisemitisme.be a enregistré, pour la seule année 2025, une hausse de près de quatre-vingts pour cent des actes antisémites, soit le record absolu depuis sa création – un phénomène qui n’a rien d’une singularité nationale.

Devant ce paysage, la tentation est forte de raisonner par accumulation. Une attaque s’ajoute à une autre, une statistique commente la précédente, et l’on conclut, comme de coutume, à une « montée de l’antisémitisme » que l’État promet de combattre par davantage de policiers, davantage de caméras, davantage de campagnes mémorielles. Cette grammaire de la réponse n’est pas illégitime. Elle est simplement périmée. Les caméras filmeront, les patrouilles passeront, les ministres se succéderont aux pupitres — et le phénomène poursuivra sa course, parce qu’il n’est plus tout à fait ce que les institutions croient combattre.

Ce que révèlent en réalité Golders Green, Liège, Anvers, Heemstede et leurs prolongements numériques, ce n’est pas seulement la réactivation d’une vieille haine. C’est l’irruption, dans nos rues, d’une menace dont la structure même échappe à l’ordre politique sur lequel nous comptons depuis quatre siècles. Un groupuscule revendique sur Telegram des attentats commis dans cinq pays ; ses logos miment ceux du Hezbollah libanais et du Corps des gardiens de la révolution iraniens ; les services de renseignement le soupçonnent d’être l’instrument d’une guerre hybride pilotée depuis Téhéran. Les exécutants matériels, eux, sont recrutés sur des messageries ; jeunes, locaux, sans liens organiques antérieurs avec le commanditaire. Le citoyen attaqué est belge, français, britannique, néerlandais ; l’agresseur agit sur le territoire mais la chaîne d’autorité, de financement, d’idéologie et de revendication court à travers une dizaine de juridictions et autant de plateformes. L’État national, dépositaire historique de la sécurité de ses citoyens, se trouve confronté à un péril qui ne reconnaît plus la frontière comme principe d’organisation parce qu’il a été conçu, précisément, pour la déborder.

Nous sommes entrés dans l’un de ces moments où une crise apparemment politique révèle, à qui veut l’examiner, une transformation plus profonde de l’architecture du monde. La convergence formée depuis une dizaine d’années entre une partie de la gauche radicale occidentale et plusieurs courants de l’islam politique n’est pas une anomalie conjoncturelle ; les étiquettes commodes de wokisme ou d’islamo-gauchisme en masquent la portée réelle. Ce que nous observons n’est pas seulement une coalition idéologique. C’est l’un des symptômes les plus lisibles d’une rupture d’époque : l’affaiblissement accéléré de l’ordre westphalien, et ce que cette mutation signifie pour les Juifs d’Occident.

Pour le comprendre, il faut d’abord se rappeler ce qui avait été construit. En 1648, après trois décennies de guerres de religion qui avaient ravagé l’Europe centrale, les puissances européennes conclurent à Münster et à Osnabrück les traités qui allaient fournir l’une des matrices de la modernité politique. La paix de Westphalie ne fut pas seulement un règlement diplomatique : elle institua une grammaire politique. À l’intérieur d’un territoire donné, l’État devenait l’autorité ultime ; à l’extérieur, nul empire religieux, nulle puissance idéologique, nul universalisme concurrent n’était censé pouvoir se substituer à lui. De cette ordonnance naquit le pacte moderne : le citoyen donnait sa loyauté, son impôt, parfois sa vie ; l’État, en retour, garantissait sa sécurité, ses droits civiques et son égalité devant la loi. Ce contrat rendit possible une grande partie de la modernité qui suivit : l’émancipation des Juifs en 1791, la construction des États-nations, la Charte des Nations unies en 1945, la Déclaration universelle des droits de l’homme — et jusqu’à l’Union européenne elle-même, qui n’abolit pas l’État mais l’inscrit dans un cadre supranational.

Pour les Juifs d’Europe, cet ordre fut bien davantage qu’une abstraction juridique. Il fournit l’architecture politique qui rendit possible leur transformation en citoyens égaux. L’émancipation juive n’a pu fonctionner que parce que l’État moderne disposait d’une autorité suffisante pour imposer l’égalité civile contre les résistances de l’Église, des corporations, des aristocraties locales et de la rue. Le consistoire napoléonien, le Board of Deputies britannique, les communautés juives allemandes et belges furent édifiés sur ce présupposé : l’État, en dernière instance, honorerait sa part du pacte. Lorsque l’Allemagne nazie rompit catastrophiquement ce contrat entre 1933 et 1945, la reconstruction d’après-guerre tenta de le restaurer sur des bases renforcées : institutionnalisation de la mémoire de la Shoah, législation antidiscriminatoire, protection policière des synagogues, dispositifs administratifs de lutte contre l’antisémitisme. Toutes ces réponses obéissaient à une logique westphalienne : l’État identifiait la menace, mobilisait ses instruments et protégeait ses citoyens. Or c’est ce pacte qui entre aujourd’hui en crise. Non sous les coups d’une armée étrangère, mais sous la pression d’un ordre politique diffus, qui agit au-dessus de l’État, en dessous de l’État et parfois à travers lui, selon des modalités étrangères à la logique westphalienne.

C’est ici que la question juive redevient le sismographe de l’ordre politique. La convergence opérationnelle entre la gauche radicale anti-impérialiste et plusieurs courants de l’islam politique ne révèle pas seulement un problème politique à l’intérieur du système westphalien. Elle est l’une des formes visibles de sa décomposition. Cette alliance ne prend pas l’État territorial pour unité politique première. Elle organise l’identité, la loyauté, le financement, la mobilisation et l’action à travers les frontières — non par accident, mais par conception. Et elle le fait avec une vitesse, une plasticité et une infrastructure militante que les États nationaux comme les institutions juives traditionnelles peinent à égaler.

L’autorité religieuse s’affranchit désormais des frontières. Un imam établi à Bruxelles peut être financé depuis le Golfe, formé au Caire, influencé par des réseaux transnationaux, et s’adresser à une communauté dont les imaginaires politiques gravitent autour de la umma plutôt que de l’État belge. Ce qui est en cause n’est pas l’autorité de l’État sur la foi, mais son incapacité à contrôler les infrastructures étrangères qui structurent l’espace religieux sur son territoire. À cette captation de l’autorité spirituelle s’ajoute une recomposition de l’identité elle-même : l’appartenance civique cède du terrain à des affiliations transnationales — la umma, le Sud global, les colonisés. Un jeune Bruxellois, un étudiant de Detroit et un activiste de Sydney peuvent se percevoir comme membres d’une même communauté politique imaginaire ; un militant de Sciences Po et un manifestant de Columbia, comme les segments d’un même mouvement décolonial. Cette dissolution symbolique de la frontière a son pendant matériel dans les flux de financement : capitaux qataris, turcs, iraniens ont irrigué mosquées, programmes universitaires et médias, tandis que des flux venus d’Europe ont pu bénéficier, directement ou indirectement, à des organisations liées au Hamas ou à l’écosystème BDS. L’État régule ce qui est juridiquement visible sur son territoire ; la menace, elle, se loge souvent dans les interstices entre juridictions.

Plus radicalement encore, l’État a perdu toute prise sur la formation politique de ses citoyens. Des contenus produits à Doha, Téhéran ou Istanbul, distribués par des algorithmes conçus à Pékin ou en Californie, façonnent la conscience politique de jeunes Bruxellois, Berlinois ou Londoniens — sans que leurs États aient voix au chapitre. Le règlement européen sur les services numériques est une tentative de reprise partielle du contrôle — non un rétablissement de la souveraineté. L’environnement dans lequel se radicalisent certaines jeunesses européennes a été conçu, structurellement, pour ignorer les frontières.

Le droit lui-même, naguère expression la plus pure de la souveraineté, s’est déterritorialisé. La Cour pénale internationale a émis, en novembre 2024, des mandats d’arrêt contre Benjamin Netanyahu et Yoav Gallant — décision juridiquement contestable et politiquement lourde de conséquences — sur la base d’un dispositif juridictionnel qui dépasse la logique classique de la souveraineté territoriale. Des procédures fondées sur la compétence universelle, notamment en Europe, ont visé ou pourraient viser des responsables israéliens pour des actes allégués commis hors du territoire des États concernés. L’affaire introduite par l’Afrique du Sud contre Israël devant la Cour internationale de Justice au titre de la Convention sur le génocide suit, elle aussi, une logique de judiciarisation supranationale du conflit. Ces mécanismes ne sont pas illégitimes en eux-mêmes ; ils appartiennent même à l’ordre juridique né après 1945. Mais lorsqu’ils sont mobilisés de manière sélective contre Israël, ils deviennent l’un des terrains privilégiés de la guerre politique contre l’État juif. L’édifice juridique conçu pour limiter la barbarie peut ainsi être retourné, politiquement et symboliquement, contre ceux qu’il prétendait protéger.

Tout converge vers un même constat : la diaspora est désormais le théâtre central du conflit. Les guerres westphaliennes opposaient des États sur des territoires identifiables ; les diasporas n’en étaient que l’enjeu secondaire. La guerre contemporaine contre les Juifs se déroule d’abord là : sur les campus, dans les institutions culturelles, dans les médias, sur les plateformes. Israël demeure le foyer stratégique du conflit ; mais le Juif de diaspora en est devenu l’une des cibles opérationnelles les plus accessibles. C’est une guerre transnationale — et elle se gagne ou se perd dans des espaces que nos institutions n’ont pas été conçues pour occuper.

Cette crise n’est pas strictement européenne : elle est déjà transatlantique. Dans l’université d’abord — Columbia, Harvard, Berkeley : campements, effondrements disciplinaires, démissions de présidents. Des structures comme Students for Justice in Palestine, alimentées par des financements étrangers dont l’ampleur est désormais documentée, ont su transformer le conflit israélo-palestinien en matrice de mobilisation intérieure. Dans le champ électoral ensuite : le mouvement des électeurs « non engagés », la rupture de l’électorat arabo-musulman dans le Michigan, la montée de figures comme Zohran Mamdani — autant de signaux que cette dynamique a basculé du campus à l’urne. À droite enfin, une partie du courant America First recycle les figures classiques de l’antisémitisme — double loyauté, contrôle supposé d’AIPAC — non par alliance avec la gauche islamo-progressiste, mais par production d’effets politiques convergents. La théorie du fer à cheval cesse d’être une métaphore et devient un mécanisme observable.

Voilà le cœur du problème. L’Antisemitismusbeauftragter allemand, la délégation interministérielle française, le coordinateur fédéral belge, le Holocaust Memorial Trust britannique, l’ADL et l’AIPAC américains relèvent tous d’une même logique westphalienne — face à un péril qui l’a déjà dépassée. Le problème n’est pas l’insuffisance des moyens. C’est l’obsolescence du logiciel. Face à une menace transnationale, numérique, juridique, diasporique, les réponses strictement nationales produisent une inadéquation structurelle. La mémoire de la Shoah demeure indispensable, mais elle est conceptuellement calibrée sur la guerre précédente : celle de l’État totalitaire, de l’antisémitisme racial et de l’extermination bureaucratique. Le nouvel antisémitisme procède autrement. Il parle le langage des droits, de l’antiracisme, de la décolonisation, de la justice globale. Ces institutions n’échouent pas par incompétence. Elles échouent parce qu’elles ont été conçues pour un monde qui n’existe plus.

Le diagnostic commande sa conséquence : on ne combat pas une menace transnationale avec une défense strictement nationale. Une constellation de communautés nationales, chacune enfermée dans son propre État, ne peut pas vaincre une alliance qui circule entre les frontières, les plateformes et les juridictions. La structure défensive doit refléter la structure offensive. Il faut une logique d’OTAN plutôt qu’une logique d’Union européenne : fédérée mais opérationnelle, transnationale mais disciplinée, organisée par fonctions plutôt que par territoires, capable d’agir dans les interstices mêmes que l’adversaire exploite. Contentieux stratégique, renseignement ouvert, riposte médiatique, coordination politique : c’est cette architecture qu’il faut construire.

Les Juifs furent parmi les premiers bénéficiaires de l’État moderne. Leur émancipation n’a pas été le fruit d’une bienveillance abstraite de l’histoire, mais d’un fait politique précis : l’État souverain devint assez fort pour arracher l’individu aux corporations, aux Églises, aux aristocraties locales, et pour le reconnaître comme citoyen. C’est cette puissance-là qui fit du Juif européen un sujet de droit. Deux siècles plus tard, les Juifs sont peut-être les premiers à mesurer ce qui advient lorsque cette puissance protectrice se laisse contourner. L’antisémitisme contemporain ne revient pas simplement sous les vieux uniformes de l’Europe des années 1930. Il avance sous des formes nouvelles : langage des droits, rhétorique décoloniale, contentieux international, intimidation diasporique. Il n’abolit pas l’État ; il le déborde. Il ne nie pas toujours la loi ; il l’instrumentalise.

C’est pourquoi la question juive demeure l’épreuve de vérité de l’ordre politique. Non parce que les Juifs seraient seuls menacés, mais parce que leur sécurité dépend de la capacité des démocraties à distinguer la protection des minorités de la capitulation devant les entrepreneurs de haine. Si l’État n’est plus capable de protéger ses citoyens juifs, ce n’est pas seulement la sécurité juive qui est en cause : c’est la promesse même de la citoyenneté moderne. La tâche n’est pas de restaurer un monde déjà fissuré. C’est de construire, pour l’âge qui vient, les institutions capables de tenir la promesse que l’État ne tient plus.

Le danger n’est pas que l’histoire se répète. C’est que les Juifs soient, une fois encore, les premiers à comprendre ce qui arrive — et les derniers à être entendus.

Fundji Benedict

https://nouvellerevuepolitique.fr/fundji-benedict-la-promesse-rompue-antisemitisme-contemporain-et-crise-de-lordre-westphalien/

 

D) - Divers liens sur le sujet  

Les gauches antisémites (Étude 2) La détermination totalitaire 

Sur les gauches antisémites, étude 4 de Fondapol : Le basculement antisémite des extrêmes gauches et ses conséquences

Le Mélenchonisme LFIste: Une France champ de bataille idéologique où, déjà, se joue l’avenir du libéralisme occidental.

Histoire - Shoah - Babi Yar - Nazisme - Conflit en Ukraine - Stalinisme !!

Islamo-fascisme ??

 

mai 29, 2026

Nouvelles d'un Monde de Paix à un Monde de Puissances....de totalitarisme !

Sommaire:

A) - Quand les protagonistes d’un conflit ne veulent pas céder, le pire est à craindre pour les autres.

B) - Mathias Desmet : la psychologie du totalitarisme technocratique qui étouffe l’Occident

C) - Facturation électronique obligatoire : la mafia euro-bruxelloise impose le contrôle fiscal total et la fin de la liberté de commercer

D) - Prédation chronopolitique : l’Iran, Israël et le mensonge diplomatique du temps

E) - Le Grand Entretien avec Peer de Jong – Guerres, puissances et chaos mondial : Où va le monde ?

 


 

 

A) - Quand les protagonistes d’un conflit ne veulent pas céder, le pire est à craindre pour les autres.

En Ukraine et au Moyen-Orient, aucun protagoniste des deux conflits en cours ne peut reculer sans mettre en jeu sa survie. Malgré tous les discours sur une paix imminente, il faut s’attendre à la prolongation de ces guerres, avec des conséquences économiques et sociales désastreuses pour le monde. Les électeurs israéliens et américains, et les dirigeants européens et chinois peuvent encore agir pour éviter le pire.

Ma nouvelle chronique pour @lesechos est en ligne. 

 


 

Les conflits d’aujourd’hui ont une caractéristique qu’on n’a pas vue depuis la Seconde Guerre Mondiale : aucun belligérant ne peut céder sans disparaître. Après 1945, ce sont les fascistes et les nazis qui ont disparu. Dans les conflits qui ont suivi, la survie des grandes puissances n’était pas en jeu ; elles pouvaient céder, ce qu’elles firent à de nombreuses reprises : les Russes ont reculé en Afghanistan, en Europe centrale et Orientale, en Irak et ailleurs. Les Américains au Vietnam, en Afghanistan et dans bien d’autres contrées.  Les Français ont cédé partout.

Ce n’est pas le cas dans les deux conflits majeurs aujourd’hui :

En Europe, ni l’Ukraine ni la Russie ne peuvent reculer :  Pour l’Ukraine, ce serait renoncer à son existence même. Pour le régime de Vladimir Poutine, ce serait un coup majeur qui mettrait fin à sa toute-puissance au Kremlin.

Au Moyen-Orient, Israël ne peut reculer ni contre le Hamas, ni contre le Hezbollah, ni contre l’Iran, qui tous les trois proclament leur volonté de détruire l’État hébreu. Et réciproquement, le Hamas, le Hezbollah et l’Iran des mollahs savent que capituler face à Israël serait pour eux comme recevoir un coup de grâce. De même, les mollahs et les pasdarans ne peuvent pas accepter les conditions posées par les États-Unis sans accélérer leur chute, tandis que, pour Trump, accepter les conditions posées par les dictateurs de Téhéran serait ouvrir la porte à la nucléarisation de l’Iran et augmenterait les perspectives d’une victoire démocrate en novembre et de la paralysie de l’administration républicaine.

En conséquence, tous les discours qu’on entend sur des négociations en cours en vue d’un cessez-le-feu, qui seraient, dans les deux cas, à la veille d’aboutir à un accord, ne sont que des balivernes, qui ne visent qu’à retarder la prise de conscience, en particulier par les marchés financiers, de la réalité de la situation : celui qui acceptera un cessez-le-feu à son désavantage perdra, à échéance plus ou moins brève, le pouvoir dans son pays. On peut faire confiance à Zelinsky, Netanyahou, à Trump, à Poutine et aux mollahs pour tout faire pour l’éviter.

Il faut vraiment être aveugle pour ne pas le voir. Comme nous sommes aveugles sur le dérèglement climatique et sur tant d’autres choses.

Le plus vraisemblable n’est donc pas l’imminence, dans un aucun de ces deux théâtres d’opérations, d’un cesser-le- feu réel et durable, même si on va encore nous amuser beaucoup avec cela. Et que les chaînes d’informations continuent en feront leur miel.

En Ukraine, le plus probable est une aggravation du conflit, avec une entrée en guerre de la Biélorussie, l’utilisation par les Russes d’armes d’une puissance immense, le bombardement des centres-villes et des lieux de pouvoir, avec des représailles ukrainiennes de même ampleur. Au Moyen-Orient, le plus vraisemblable est un blocage durable du détroit d’Ormuz et une prolongation des batailles à Gaza et au Liban.

Avec des conséquences désastreuses pour l’économie mondiale. Car, même si on voit se mettre en place des mécanismes de substitution, même si le pétrole de la région passe en partie par d’autres chemins que le détroit d’Ormuz et les bateaux de commerce par d’autres passages que le canal de Suez, ces deux guerres entraînent des pénuries qui vont bientôt peser très lourd sur tous les pays du monde, en particulier sur les plus pauvres, qui n’ont rien à voir avec ce conflit :

Les stocks de pétrole de l’OCDE atteindront des niveaux critiques d’ici juin ; 120 milliards de mètres cubes de GNL seront perdus ; l’agriculture devrait enregistrer des pertes de récoltes à partir du second semestre 2026, (le détroit d’Ormuz gérant environ 30% du commerce mondial d’engrais) ; la période de semis dans l’hémisphère nord étant déjà passée, les perturbations entraîneront des dégâts irréversibles. Les polymères clés manqueront, avec des répercussions considérables pour les industries de l’emballage, des peintures, des produits pharmaceutiques et des cosmétiques. L’aviation et le tourisme souffriront de pénuries de kérosène, qui cloueront au sol des avions de plus en plus nombreux d’ici fin juin. Les industries de l’automobile (et en particulier des véhicules électriques) seront confrontées à une aggravation des pénuries d’aluminium, de plastiques et d’acide sulfurique, qui perturberont le traitement des métaux destinés aux batteries pendant au moins un an. Enfin, un tiers de l’approvisionnement mondial en hélium étant  interrompu, la fabrication de semi-conducteurs sera gravement perturbée, pendant au moins trois ans, indépendamment de tout cessez-le-feu.

La Chine, les Européens, l’Inde, l’Afrique, les pays du Golfe et une grande partie de l’industrie américaine, feront de plus en plus pression sur les belligérants pour éviter ce désastre que les marchés n’anticipent pas encore. Nul ne peut savoir s’ils auront suffisamment d’influence pour faire reculer des pouvoirs qui jouent leur survie.

La solution viendra donc plutôt soit de l’effondrement d’un dictateur, soit de la défaite électorale d’un dirigeant d’un pays démocratique. On peut plus aisément tabler, et espérer, en la défaite de Netanyahou et celle de Trump, tous les deux très menacés en novembre, qu’en un coup d’état à Moscou ou à Téhéran.

Rien, donc, de sérieux, ne devrait changer avant novembre. Il faut en tout cas s’y préparer. Et ne pas oublier que d’autres conflits à venir sont de même nature : Par exemple, celui qui pourrait opposer Pékin à Taïwan, avec les mêmes conséquences.

Le moment est venu pour l’Europe de faire entendre la voix de la raison.

Jacques Attali

Jacques Attali est docteur en économie, polytechnicien et conseiller d’État. Conseiller spécial du Président de la République François Mitterrand pendant 10 ans, il est le fondateur de 4 institutions internationales : Action contre la faim, Eureka, BERD, Positive Planet.

Jacques Attali est l’auteur de 86 livres (dont plus de 30 consacrés à l’analyse de l’avenir), vendus à 10 millions d’exemplaires et traduits en 22 langues. Il est éditorialiste pour les quotidiens économiques Les Échos et Nikkei après l’avoir été pour L’Express. 

Il dirige régulièrement des orchestres à travers le monde.

https://www.attali.com/geopolitique/quand-les-protagonistes-dun-conflit-ne-veulent-pas-ceder-le-pire-est-a-craindre-pour-les-autres/

 

 


B) - Mathias Desmet : la psychologie du totalitarisme technocratique qui étouffe l’Occident  

Une nouvelle forme de totalitarisme s’installe sous nos yeux

Le professeur Mathias Desmet, psychologue et statisticien à l’université de Gand, a parfaitement décrypté le mécanisme qui broie nos sociétés occidentales depuis une décennie. Dans une interview décisive,

il explique que nous ne sommes plus face à de simples dictatures classiques, mais à l’émergence d’un totalitarisme technocratique inédit, froid, bureaucratique et sans visage.

Ce n’est ni le fascisme ni le communisme du XXe siècle : c’est le totalitarisme du XXIe siècle, piloté par des élites ternes, des experts autoproclamés et des médias aux ordres.

RussiaGate, Covid, Ukraine : la même psychose collective qui se répète

Desmet le montre avec une clarté glaçante : depuis 2016, la société occidentale est prise dans une succession de formations de masse. 

  • RussiaGate : un récit absurde, sans preuve, imposé pendant des années.
  • Covid : un vaccin « miraculeux » mis au point en quelques mois, présenté comme la seule solution, avec interdiction de tout débat.
  • Guerre en Ukraine : soudain, la guerre est « non provoquée », l’OTAN n’y est pour rien, et toute nuance devient une trahison. 

À chaque fois, le même schéma : une adhésion fanatique à un récit unique, une intolérance totale envers la dissidence, et une volonté de détruire ceux qui osent poser des questions. C’est la marque du totalitarisme moderne.

La formation de masse : le cœur psychologique du totalitarisme

Desmet explique que le totalitarisme ne naît pas d’abord de la force brute, mais d’un processus psychologique et social : la formation de masse. 

Entre 20 et 30 % de la population adhèrent de manière fanatique à un récit collectif. Ils deviennent aveugles à la réalité, prêts à tout sacrifier (santé, richesse, avenir de leurs enfants) et surtout profondément intolérants envers ceux qui pensent autrement. C’est ainsi que des mères dénoncent leurs propres enfants, que des voisins se dénoncent entre eux. 

Ce phénomène n’est pas nouveau, mais il a pris une ampleur inédite avec la modernité : solitude massive, atomisation des individus, perte de sens (jusqu’à 60 % des gens considèrent leur travail comme un « bullshit job »). Résultat : une anxiété flottante, une frustration et une agressivité sans objet précis. Dès qu’un récit simple (le virus, Poutine, le « complot ») est diffusé par les médias, les gens y accrochent toute leur angoisse et retrouvent un semblant de lien social… au prix de leur liberté.

Dictature classique ou totalitarisme ? La différence est capitale

Dans une dictature classique, la population a peur du pouvoir et se soumet. Si le dictateur tombe, le régime s’effondre. 

Dans le totalitarisme, c’est la population elle-même (ou une partie fanatisée) qui devient le bras armé du système.

La police secrète, ce sont les 20-30 % qui croient dur comme fer au récit officiel et qui traquent les dissidents.

Le pouvoir n’a plus besoin d’être charismatique : il est technocratique, bureaucratique, porté par des experts sans éclat, comme l’avait prédit Hannah Arendt dès 1953.

Le totalitarisme technocratique : le nouveau visage du système

Aujourd’hui, ce ne sont plus Hitler ou Staline qui dirigent, mais des bureaucrates de Bruxelles, des experts payés par les think tanks, des médias et des GAFAM. Ils transforment l’être humain en machine biologique (cf. Yuval Noah Harari) qu’il faut optimiser, pucer, contrôler. La science elle-même est devenue une nouvelle religion : « Faites confiance à la science », « Faites confiance aux experts ». 

La propagande n’a plus besoin de la force : elle utilise la solitude, l’angoisse et la répétition. Et surtout, elle transforme la démocratie en son contraire : une majorité qui piétine les droits des minorités.

La seule résistance efficace : la parole sincère

Face à cela, Desmet est clair : la seule arme qui marche, c’est la parole sincère. Pas la violence, pas les complots, mais le courage de continuer à dire la vérité, calmement, même quand la masse ne veut pas entendre. C’est ce qui empêche le totalitarisme d’atteindre sa phase ultime : la destruction morale de l’adversaire.


 

Français, réveillez-vous : ce totalitarisme est déjà là

Ce que décrit Mathias Desmet, c’est exactement ce que vit la France et l’Europe depuis des années : conformisme imposé, censure, diabolisation de la dissidence, récit unique sur l’Ukraine, sur l’UE, sur le « progrès » technocratique. 

La mafia euro-atlantiste a trouvé la formule parfaite : un totalitarisme sans dictateur visible, porté par des bureaucrates et des experts, qui détruit la liberté au nom de la « solidarité », de la « science » et de la « démocratie ». 

La seule issue reste la même : le Frexit. Sortir de cette prison européenne, reprendre notre souveraineté, restaurer le débat véritable et la liberté de penser. 

Tant que nous resterons dans l’Union européenne, dans l’euro et dans l’OTAN, ce totalitarisme technocratique continuera à progresser. Il est temps de dire NON. Il est temps de reprendre notre destin en main. 

La parole sincère, c’est déjà la résistance. Et la France souveraine, c’est la seule solution.

https://multipol360.com/mathias-desmet-la-psychologie-du-totalitarisme-technocratique-qui-etouffe-loccident/



 

C) - Facturation électronique obligatoire : la mafia euro-bruxelloise impose le contrôle fiscal total et la fin de la liberté de commercer  

Sous couvert de « simplification », Big Brother s’installe dans vos factures

À partir du 1er septembre 2026, la France bascule dans l’horreur administrative et numérique. Toutes les entreprises, TPE, PME, auto-entrepreneurs, professions libérales, médecins, agriculteurs, artisans, auteurs… seront obligés de passer à la facturation électronique (e-invoicing) et à l’e-reporting.

Plus de facture papier, plus de PDF par mail : tout doit transiter par des plateformes privées agréées par l’État et par le réseau européen Peppol. 

Tatiana Ventôse l’a parfaitement démontré dans son intervention chez Nicolas Vidal : ce n’est pas une simple modernisation. C’est la surveillance généralisée et permanente de toutes nos transactions économiques. 

Tout le monde est concerné : même les plus petits

On vous ment déjà en vous disant « ce n’est que pour les grosses boîtes ». Faux. Dès septembre 2026, toutes les entreprises assujetties à la TVA (même celles sous franchise en base) devront pouvoir recevoir des factures électroniques. L’émission devient obligatoire en septembre 2027 pour les petites structures. 

Auto-entrepreneurs, libéraux, commerçants, agriculteurs : vous êtes tous dans le viseur. Seuls les purs salariés et fonctionnaires échappent (pour l’instant). Mais toutes vos données – nom, adresse, ce que vous achetez, à qui vous vendez, à quel prix, en quelle quantité – seront transmises en quasi temps réel à la DGFiP… et au réseau européen. 

Peppol : le lobby privé créé par Bruxelles qui va tout centraliser

Derrière ce système se cache Peppol (OpenPeppol), une organisation de droit belge créée par la Commission européenne. Présentée comme un « réseau démocratique », c’est en réalité un lobby privé qui compte parmi ses membres : 

  • les grands cabinets de conseil (PwC, EY, etc) qui vont vous facturer des formations et audits ;

  • les fournisseurs de logiciels qui vont vous vendre leurs solutions payantes ;

  • et, selon Tatiana Ventos dans son intervention du 26 mai 2026, s’appuyant sur les recherches de Frédéric Baldan (ancien lobbyiste européen et activiste belge), des entreprises étrangères, dont des filiales liées au Parti communiste chinois (via une entreprise aérospatiale) et à Alibaba, présenté comme service de renseignement fiscal de Pékin.

On va donc confier toutes nos données économiques à un réseau international contrôlé en partie par des puissances étrangères. C’est du délire absolu. 

Un racket mafieux en bonne et due forme

Vous n’aurez pas le choix : il faudra obligatoirement passer par une Plateforme de Dématérialisation Partenaire (PDP) privée qui va vous facturer un abonnement. L’État crée ainsi un nouveau marché juteux pour des boîtes privées qui vont s’enrichir sur votre dos en transmettant vos données à l’administration. 

C’est exactement le fonctionnement de la mafia : on vous oblige à payer pour « protéger » votre activité… sauf qu’ici, c’est l’État et l’Union européenne qui vous rackettent et vous espionnent. 

La fin de la liberté de commercer et de la vie privée économique

Comme l’a très bien résumé Frédéric Baldan : « Si on refuse la facturation électronique, on ne peut plus faire commerce aujourd’hui. » 

La facture papier sera illégale. Le PDF par mail sera illégal.

Sans inscription dans ce réseau, votre entreprise n’existera plus légalement. C’est la mort programmée de la liberté d’entreprendre. 

Ajoutez à cela les risques de cyberattaques massives (comme celle de l’ANTS en 2026) et la centralisation de toutes ces données chez des acteurs privés exposés au Cloud Act américain ou aux intérêts chinois : c’est la fin de tout secret commercial, de toute confidentialité. 

Le paquet ViDA voté par TOUS les eurodéputés français

Cette horreur vient directement du projet européen ViDA (VAT in the Digital Age). Et devinez quoi ? 100 % des députés européens français ont voté pour, y compris ceux du RN, de LFI, de Renaissance et des autres. Manon Aubry, Jordan Bardella, tous complices (voir ici et ici). 

Même ceux qui se disent « souverainistes » laissent passer l’étranglement numérique de la France. 


 

La seule issue : le Frexit

Français, producteurs de richesse, entrepreneurs, indépendants : on vous transforme en agents de renseignement du fisc et en vaches à lait d’un cartel euro-bruxellois. 

Ce n’est pas une réforme technique. C’est une brique supplémentaire dans l’édifice totalitaire que construit l’Union européenne : contrôle total, disparition du cash avec l’euro numérique, passeports pour objets d’occasion, identité numérique obligatoire… 

La France ne se relèvera pas en acceptant ce carcan. Elle se relèvera en reprenant sa souveraineté. 

Le Frexit est la seule solution. Sortie de l’Union européenne, de l’euro et de l’OTAN. Reprise en main de notre destin. 

Il est temps de dire NON. Signez la pétition contre cette folie (même si elle passe par l’identité numérique, c’est déjà un scandale). Et surtout, réveillez-vous : la liberté de commercer est en train de mourir sous nos yeux. 

Tant que nous resterons dans cette prison européenne, la France sera détruite de l’intérieur. Il est temps que les Français reprennent leur pays.

https://multipol360.com/facturation-electronique-obligatoire-la-mafia-euro-bruxelloise-impose-le-controle-fiscal-total-et-la-fin-de-la-liberte-de-commercer/ 

 


 

D) - Prédation chronopolitique : l’Iran, Israël et le mensonge diplomatique du temps

Tout accord diplomatique contient un mensonge sur le temps. On signe au présent des engagements que les parties n’habitent pas dans la même durée. L’une cherche une respiration tactique tandis que l’autre travaille déjà l’après, si bien que l’accord, tout en prétendant rapprocher des volontés, ne fait souvent que juxtaposer des temporalités irréconciliables. Le Memorandum of Understanding (MOU) discuté entre Washington et Téhéran le montre avec une netteté particulière : dès lors qu’à Washington on parle de désescalade, de garanties et de calendrier, à Téhéran le raisonnement relève d’un autre registre, fait de survie du régime, de continuité de l’État et d’usure méthodique de l’adversaire. Le malentendu ne tient pas seulement aux clauses mais au temps lui-même.


C’est en ce sens qu’il faut parler de prédation chronopolitique : une situation où l’un des acteurs transforme la durée en ressource tandis que l’autre en supporte le coût, l’asymétrie ne relevant plus de la seule patience stratégique, mais d’un échange inégal où un acteur consomme du temps pendant que l’autre l’accumule. En stratégie, cela suffit déjà à établir un avantage décisif. François Hartog a montré que les sociétés n’articulent pas toutes le passé, le présent et l’avenir de la même manière, mais, en politique étrangère, ces régimes de temps ne sont pas de simples catégories d’analyse puisque certains acteurs savent s’en servir comme d’instruments. La République islamique l’a compris depuis 1979.

Téhéran superpose en effet plusieurs régimes de temps : mémoire impériale persane, horizon chiite et calcul tactique de l’usure, pariant sur l’épuisement des adversaires, sur la lenteur des démocraties et sur la succession des administrations. Le régime islamique n’a pas besoin de gagner. Il lui suffit de durer plus longtemps que ses adversaires. C’est là que se révèle la vulnérabilité occidentale : les démocraties gèrent l’urgence électorale et l’instant médiatique ; l’Iran investit la durée.

Le MOU doit être lu dans cette perspective, parce que le débat public se concentre sur les seuils d’enrichissement, les mécanismes de contrôle et le rythme des sanctions, ce qui n’est pas inutile en soi mais devient secondaire si l’on n’interroge pas la structure temporelle du problème. L’accord intervenu ne brise pas la logique d’attente du régime iranien ; il lui offre précisément ce qu’il recherche le plus : du temps, et le temps, pour Téhéran, n’est pas un contexte mais une arme. Israël le perçoit avec une netteté particulière parce qu’il vit dans une autre épaisseur historique, portant une mémoire longue et la conscience permanente que l’histoire peut recommencer, ce qui rend son rapport au temps plus grave, plus chargé et plus tragique que celui des démocraties ordinaires.

C’est une des raisons pour lesquelles Israël se retrouve souvent seul au moment décisif, cette solitude ne relevant pas toujours d’un abandon explicite mais d’une incompatibilité de temporalités. On ne négocie pas un siècle avec un mandat de quatre ans et on ne bâtit pas une architecture durable avec des partenaires qui vivent sous la tyrannie de l’instant. Le problème n’est donc pas seulement iranien, il est aussi occidental. La question palestinienne occupe, dans cet ensemble, une place plus complexe qu’on ne le dit souvent, car elle n’est pas seulement un conflit territorial ou national, mais elle est aussi une temporalité suspendue, fragmentée et reconduite par la répétition du conflit et par l’attente politique qu’elle produit. Sans cesse reprise, instrumentalisée et traduite dans d’autres stratégies, au premier rang desquelles celle de Téhéran.

Le vrai clivage n’oppose ni modérés ni idéologues, ni Israéliens et Palestiniens. Il oppose des régimes du temps, des manières inégales de convertir ce temps en puissance, et c’est là que se situe la ligne de fracture décisive. La mémoire israélienne ne procède d’ailleurs pas d’une seule catastrophe historique. Elle articule des mémoires européennes et orientales, religieuses et politiques, ce qui explique aussi son rapport singulier à la vulnérabilité et à la durée.

Cette pluralité des mémoires confirme l’enjeu central : les conflits les plus durables ne se résolvent pas au rythme du commentaire, mais exigent une politique étrangère capable de penser au-delà des cycles courts. La France gaullienne avait compris, avec l’arme nucléaire, qu’une souveraineté sérieuse se pense à l’échelle des générations. Aujourd’hui, cette capacité s’est affaiblie, les démocraties occidentales demeurant enfermées dans la simultanéité médiatique et dans l’obsession de la réaction immédiate, où l’on confond souvent mouvement et stratégie ; l’Iran, lui, ne confond rien, car il attend, il observe, il use, il recommence, et ce rapport au temps explique une part essentielle de sa résilience.

C’est pourquoi le MOU ne doit pas être lu seulement comme un arrangement diplomatique de plus, mais comme un test de capacité stratégique. Il pose une question simple et dure : les démocraties occidentales peuvent-elles encore produire une politique étrangère qui ne soit pas structurellement perdante face à des régimes installés dans la durée ? Jusqu’ici, la réponse demeure incertaine. Téhéran a déjà intégré ce que les démocraties refusent encore d’admettre : dans certains rapports de force, le temps est la première des conquêtes. Il ne se signe pas. Il habite les puissances — ou les détruit.

Fundji Benedict


 

https://nouvellerevuepolitique.fr/fundji-benedict-predation-chronopolitique-liran-israel-et-le-mensonge-diplomatique-du-temps/

 


E) - Le Grand Entretien avec Peer de Jong – Guerres, puissances et chaos mondial : Où va le monde ?

Le système international traverse une phase de recomposition brutale marquée par le retour des conflits de haute intensité, la fragmentation des équilibres géopolitiques et l’affaiblissement progressif des cadres de sécurité hérités de l’après-Guerre froide. Entre la confrontation entre Israël, les États-Unis et l’Iran, la guerre russo-ukrainienne qui s’enlise, les tensions stratégiques entre Washington et Pékin et la déstabilisation persistante du Sahel, les rapports de force mondiaux semblent entrer dans une nouvelle ère de confrontation durable.

Dans ce contexte, la rencontre prévue ce 15 mai 2026 entre Donald Trump et Xi Jinping à Pékin apparaît comme un moment diplomatique majeur. Rivalités commerciales, compétition technologique, guerre énergétique, crise ukrainienne et tensions indo-pacifiques structurent désormais la relation entre les deux principales puissances mondiales. 

Parallèlement, l’Afrique et particulièrement le Sahel demeurent des zones de forte instabilité stratégique, où se croisent terrorisme jihadiste, effondrement étatique, rivalités d’influence et recul progressif de la présence française.

Pour analyser ces bouleversements géopolitiques majeurs et leurs implications militaires et stratégiques, Le Diplomate Média a une nouvelle fois rencontré Peer de Jong. Ancien colonel des Troupes de marine, expert des dynamiques de conflictualité et cofondateur de l’Institut Themiis.

Propos recueillis par Roland Lombardi

Le Diplomate : Depuis plusieurs années, les conflits de haute intensité et les rapports de force entre grandes puissances semblent redevenir centraux dans les relations internationales. Sommes-nous selon vous entrés dans une nouvelle phase historique de confrontation globale durable ?

Peer de Jong : L’irruption de la Russie en Ukraine en 2022 a été fortement déstabilisatrice dans les rapports entre États. C’est la première fois qu’un pays du P5 envahit son voisin…. C’est déstabilisant pour l’Ukraine évidemment mais aussi pour l’Europe qui voit un conflit conventionnel s’incruster sur le continent. La menace n’est plus virtuelle. Facteur aggravant, cette invasion produit des effets induits. Donald Trump nouvellement élu en janvier 2025 s’est d’emblée retracté sur l’aide à apporter à l’Ukraine tout en préconisant une nouvelle logique géopolitique centrée sur le continent américain ; une forme de doctrine de Monroe revisitée appelée la « doctrine de Donroe » en référence au prénom du président américain. En matérialisant son espace d’intérêt et d’influence sur le Groenland, le Canada, Panama et le Mexique (et accessoirement sur le Venezuela et Cuba…) lors de son discours d’intronisation en janvier 2025, Donald Trump reconnait aux autres grandes puissances que sont la Russie et la Chine, la possibilité d’exercer leur influence sur leurs zones géographiques respectives. Presque un « droit de tirage » qui met en exergue, avec le véto quasi permanent de la Russie et de la Chine au Conseil de sécurité des Nations unies, une sorte de fin du droit international.   

La guerre entre Israël, les États-Unis et l’Iran a profondément déstabilisé le Moyen-Orient et ravivé les tensions énergétiques mondiales. Comment analysez-vous aujourd’hui les objectifs stratégiques réels de Washington dans cette confrontation ?

La guerre déclenchée par les États-Unis et Israël le 28 février 2026 contre l’Iran présente plusieurs caractéristiques. On remarque en préalable, l’influence du premier ministre Netanyahou sur l’exécutif américain alors que ce dernier semblait après les bombardements de juin 2025, plutôt enclin à laisser « pourrir la situation ». Les émeutes de janvier 2026 en Iran allaient d’ailleurs dans le sens de la logique américaine. A l’évidence, poussés par les Israéliens qui ont évidemment leur propre agenda, les forces américaines ont lancé le 28 février 2026, une opération militaire qui a présenté deux caractéristiques négatives. En effet, l’impréparation sans prévenir les alliés de l’OTAN et le défaut de planification (cadre espace-temps et effet final recherché ?) ont caractérisé l’assaut initial sur l’Iran. La doctrine américaine « choc et effroi » (shock and awe), fondé sur l’écrasement de l’ennemi et son incapacité à réagir, n’a pas été efficiente. Ces errements initiaux pourraient être corrigés par la redéfinition d’un objectif clair : celui d’interdire à l’Iran un accès au nucléaire militaire. Cet objectif est en phase avec ceux de la Chine. Les discussions sont en cours…     

À lire aussi :  EXCLUSIF – Le Grand Entretien avec Reza Pirzadeh –  Entre guerre classique et guerre hybride : les ressorts de la résilience iranienne

Malgré les frappes occidentales, l’Iran paraît avoir démontré une forte capacité de résilience politique, militaire et régionale. Cette séquence constitue-t-elle selon vous un succès limité pour les États-Unis ou révèle-t-elle les limites actuelles de la puissance américaine ?

Cette résilience iranienne démontre d’abord la très bonne capacité d’anticipation de l’Iran qui s’était visiblement préparé à un conflit de ce niveau (tunnels, installations enterrées, etc…). De plus, l’Iran avait clairement dissimulé les progrès réalisés dans le domaine de la balistique. Ces deux points forts se conjuguant dans l’emploi des moyens. De l’autre côté, les États-Unis, malgré le très haut niveau de l’armée américaine, démontrent plusieurs faiblesses : tout d’abord le défaut d’appréciation des forces de l’Iran (lié en grande partie au « mépris » des Américains sur les capacités iraniennes/discours de Trump). Cet état d’esprit a engendré un défaut d’appréciation des capacités iraniennes. Les États-Unis ont ainsi semblé durant les premières semaines du conflit comme totalement décalé par rapport à une réalité. Enfin les États-Unis ont subi la double manœuvre iranienne : celle du blocage du détroit d’Ormuz et celle des tirs massifs dit de saturation de missiles et de drones sur les pays du Golfe Persique. Les forces américaines ont subi le tempo de Téhéran révélant les limites de l’emploi de la force militaire.   

Concernant la guerre russo-ukrainienne, le conflit semble désormais installé dans une logique d’usure prolongée. Comment évaluez-vous aujourd’hui l’état réel des forces militaires russes et ukrainiennes après plus de quatre années de guerre ?

Après 4,5 ans de guerre, nous sommes clairement entrés dans une phase de cristallisation du conflit. Sur le terrain, on note un essoufflement du mouvement vers l’ouest des forces russes tandis que les Ukrainiens résistent et arrivent même à reprendre du terrain. Ainsi les forces ukrainiennes ont repris plus de 100 Km2 en avril 2026. Cette stabilisation du front dénote une usure des belligérants malgré les déclarations des uns et des autres. Par contre, la guerre s’est déplacée sur un autre plan. Les Russes et les Ukrainiens se mènent à présent une guerre dans la profondeur qui s’apparente à une guerre d’attrition. Drones et missiles s’échangent à un rythme particulièrement élevé et provoquent des destructions importantes, des installations énergétiques entre autres. Ces tirs dans la profondeur provoquent de fait des dégâts collatéraux très importants. 

Donald Trump avait promis de mettre rapidement fin aux grands conflits internationaux après son retour à la Maison-Blanche. Pourquoi les États-Unis semblent-ils aujourd’hui incapables d’imposer une stabilisation durable aussi bien en Ukraine qu’au Moyen-Orient ?

Sur l’Ukraine, deux visions s’affrontent aux États-Unis. La première prône une forme de partage objectif du monde et la stabilisation du conflit aux conditions russes. Donald Trump a ouvert la voie en exprimant son désintérêt pour l’Ukraine. Pour lui, les États-Unis doivent se concentrer sur le continent américain qui est leur zone d’intérêt. Il donne ainsi un blanc-seing à la Chine pour agir en Asie, comme il attribue un rôle dominant à Poutine sur le fuseau central, c’est-à-dire sur l’Europe et l’Afrique. C’est la vision « real politique » de partage du monde. 

La motivation des Européens pour s’engager collectivement en faveur de l’Ukraine a ouvert la voie à une vision mercantile aux États-Unis. Comme l’Europe n’a plus les industries de défense capables de répondre aux demandes de Kiev, les Etats-Unis se placent en position de pourvoyeurs d’armes pour les Ukrainiens mais achetées par les États européens. C’est un modèle économique qui se veut vertueux à Washington mais qui enfonce progressivement l’Europe dans une politique d’assujettissement aux conditions américaines. Le sommet de l’OTAN des 7 et 8 juillet 2026 en Turquie promet d’être compliqué.  

La guerre au Moyen-Orient révèle quant à elle, des failles importantes au sein de l’armée américaine mais sans préjuger de sa capacité à mener un conflit. L’armée des États-Unis reste le modèle le plus puissant… mais altéré par les atermoiements de l’exécutif américain.

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La rencontre entre Donald Trump et Xi Jinping à Pékin pourrait-elle ouvrir une phase de stabilisation stratégique entre Washington et Pékin ou faut-il plutôt y voir une simple gestion tactique d’une rivalité systémique appelée à durer ? 

La Chine devient progressivement la « tour de contrôle » mondiale de la paix et de la guerre. Et si la Chine partage avec la Russie et les États-Unis, le statut de grande puissance, elle n’est pas engagée dans un conflit chaud. Elle ne commet pas l’erreur américaine et russe d’être mise en échec par des pays plus faibles comme l’Iran et l’Ukraine. La Chine a compris, probablement avant tout le monde, que le nucléaire militaire ne dissuade que le nucléaire militaire. Mais se frotter à un pays déterminé comme l’Iran ou l’Ukraine, donc mener un combat asymétrique, donne un avantage systémique aux plus faibles dès lors qu’ils utilisent des armements « rudimentaires » et en grand nombre. La capacité à durer fait le reste.  

Vous connaissez particulièrement bien les questions africaines et sahéliennes. Après le recul de l’influence française au Mali, au Niger ou encore au Burkina Faso, la France peut-elle encore redevenir un acteur crédible en Afrique face à la montée en puissance de la Russie, de la Chine ou de la Turquie ? Et comment analysez-vous le retour en force des jihadistes au Mali notamment ?

La France a perdu l’ensemble de ses « positions » territoriales entre 2022 et 2025. Le dispositif français s’est évaporé en 3 ans à l’exception de Djibouti qui est louée. Cette perte d’influence majeure s’apparente à une perte de crédibilité. Cet état de fait a ouvert grandes les portes de l’Afrique à tous nos compétiteurs qu’ils soient Américains, Russes, Turcs, Israéliens, Chinois et bien sûr Européens. Ce constat d’échec ne vient pas seulement de l’impossibilité pour l’opération Barkhane de traiter la question du djihadisme dans le Sahel. Il vient d’un flux récurrent d’erreurs commises depuis 1994 – de la guerre au Rwanda, à la dévaluation du franc CFA sans en informer les États, à la suppression du ministère de la coopération mais aussi de maladresses comme l’humiliant discours de Dakar en 2007 ou d’erreurs comme la guerre en Libye en 2011, etc…. La France s’est embourgeoisée dans sa relation à l’Afrique dans un contexte de montée en puissance de l’Union européenne depuis le traité de Lisbonne qui lui donne de larges prérogatives en même temps que des budgets conséquents. L’Afrique est devenue attractive. Elle s’ouvre à tous. Mais elle doit trouver à présent les solutions à la montée du terrorisme islamiste qui gangrène le Sahel, l’Afrique centrale et à terme les pays du Golfe de Guinée. La porte s’est ainsi également ouverte pour les djihadistes internationaux qui peuvent entrevoir à présent la création d’un califat au cœur du continent.   

Enfin, dans un monde marqué par la montée des blocs, le retour des guerres et les tensions économiques mondiales, la France dispose-t-elle encore selon vous des moyens militaires, diplomatiques et industriels lui permettant de préserver une véritable autonomie stratégique ?

La France a évidemment les moyens militaires, diplomatiques et industriels pour préserver voire amplifier son autonomie stratégique. Malheureusement la France aborde la période avec une situation budgétaire catastrophique qui limite de fait ses capacités tout en divisant l’opinion publique française. Enfin, l’Europe a compris qu’il ne fallait pas compter sur les Américains et sur Trump, pour les protéger. L’OTAN n’est plus l’alliance espérée par les Européens à l’issue de la deuxième guerre mondiale. Trump a sonné la fin de l’idée selon laquelle les Européens pouvaient consommer sereinement sans faire les efforts indispensables à sa protection. C’est un peu l’histoire des « trois petits cochons » et la prise de conscience de la nécessité d’investir massivement dans les questions de défense. Cette prise de conscience provoque de fait une exacerbation de la compétition intra européenne. Les Allemands affirment à présent leur volonté d’être « leader » de la défense du continent en se dotant de la plus grande armée conventionnelle européenne, tandis que la Pologne semble avoir des prétentions identiques. Il nous faut donc entretenir le très haut niveau technologique de notre modèle nucléaire militaire tout en affermissant les forces conventionnelles mises à mal depuis la réforme Armée 2000 et la RGPP, la réforme générale des politiques publiques chère au président Nicolas Sarkozy. Mais avec quel budget ?  


 


 

 

 

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