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juillet 21, 2026

Une liberté en déroute, un antisémitisme comme une histoire qui se veut répétitive...Danger !

Sommaire:

A) - Nous sommes tout seuls.

B) -  Antisémitisme : un peu ? Beaucoup ? À la folie !

C) -  La promesse rompue : Antisémitisme contemporain et crise de l’ordre westphalien

D) - Divers liens sur le sujet

 


A) - Nous sommes tout seuls.

Nous sommes tout seuls. Interrogé il y a quelques jours sur France Culture par le journaliste Guillaume Erner au sujet de la résurgence contemporaine de l’antisémitisme — au moment même où Marc Bloch, historien juif français exécuté par les nazis pour ses activités de résistance, faisait son entrée au Panthéon —, l’historien médiéviste Patrick Boucheron a refusé de répondre, se bornant à cette déclaration péremptoire : « On vous laisse parler tout seul. » 

On pourrait penser que cette phrase, d’un cynisme glaçant, est sans conséquence ; qu’il ne s’agissait que d’un bref instant au cours d’une interview parmi tant d’autres, dans le flot des émissions matinales aussitôt entendues qu’oubliées.  

Après tout, ce professeur au Collège de France (titulaire de la chaire « Histoire des pouvoirs en Europe occidentale, XIIIe-XVIe siècle »), éminent spécialiste de l’histoire des cités italiennes, a pu être simplement agacé par un interlocuteur insistant ; et peut-être ne voulait-il pas répondre — alors qu’il était question de son confrère assassiné par les nazis — à une question d’actualité qu’il jugeait peut-être étrangère à son domaine de compétence. Pourtant, cette hypothèse ne tient pas : un historien de la stature de Patrick Boucheron — qui ne manque jamais une occasion de s’exprimer publiquement dans les cercles les plus divers et qui est l’auteur salué d’une « Histoire mondiale de la France » — ne pouvait ignorer que, pour comprendre le passé, il faut aussi réfléchir au présent. Et que le présent, tout comme le passé, est nourri d’une violence que tout historien, professeur, intellectuel ou journaliste a le devoir d’analyser, de dénoncer et de combattre. 

C’est à cet égard que le silence délibéré de cet historien peut être considéré comme un acte de lâcheté d’une portée considérable, révélant l’un des traits les plus fondamentaux des sociétés humaines à travers l’histoire : les victimes — ou ceux qui sont sur le point de le devenir — sont abandonnées à leur solitude. Nous nous lavons les mains de leurs malheurs. Nous les laissons se plaindre, appeler au secours, sans répondre. Nous les laissons, pour reprendre les mots du professeur Boucheron, « parler tout seuls ». C’est même à cette solitude qu’on les reconnaît.  

À toute époque et dans toute culture, une personne ordinaire ne devient une cible — et bientôt une victime — que parce que, bien avant qu'elle ne le devienne, d'autres se sont distancés d'elle, l'ont désignée — implicitement ou explicitement — comme une étrangère, et ont créé les conditions permettant qu'elle soit insultée et menacée sans que quiconque se sente tenu de lui porter secours, ne serait-ce que par la parole. La personne ainsi livrée aux insultes et à la calomnie, sans soutien, réduite à parler seule, devient particulièrement vulnérable ; et son entourage peut alors trouver une bonne raison de répéter les calomnies entendues à son sujet, de se joindre à la meute ou, à tout le moins, de garder le silence et de détourner le regard lorsque d'autres insultent, diffament, expulsent ou massacrent. 

C'est ainsi que l'antisémitisme s'est toujours développé : lorsque les Juifs, pour mille raisons, ont appelé à l'aide, lorsqu'ils ont crié, supplié, lorsqu'ils se sont battus pour leur survie, trop de gens les ont « laissés parler seuls » ; ils les ont abandonnés à la haine, à la violence et aux massacres, et ont détourné le regard. 

Et aujourd'hui encore, tant de personnes utilisent le comportement scandaleux du gouvernement israélien actuel comme prétexte — non pas pour exiger la démission de ces dirigeants criminels, corrompus et incompétents, ni pour réclamer la création d'un État palestinien aux côtés de l'État d'Israël, mais pour exiger, toujours plus ouvertement, au Moyen-Orient, aux États-Unis, en Europe et ailleurs, la destruction de l'État d'Israël, voire pour exiger que les Juifs, où qu'ils vivent, cessent d'exister en tant que groupe distinct ; pour insister sur leur disparition en tant que peuple, culture et religion distincte : ces souhaits de plus en plus explicites ne sont pas loin d'un génocide en gestation — symbolique, mémoriel, culturel, géopolitique et matériel. 

 Tout cela se déroule dans une indifférence croissante de la part de tous ceux qui devraient s'indigner de cette résurgence d'une haine vieille de deux millénaires à l'encontre de ceux à qui les autres monothéistes doivent tant. 

 Les Juifs ne sont pas les seules victimes de cette indifférence systématique. Le monde entier laisse également les femmes afghanes, iraniennes et soudanaises « parler pour elles-mêmes ». Partout, nous laissons aussi toutes les femmes, tous les enfants martyrs et toutes les victimes de violences domestiques et ethniques affronter seuls leur sort. Parce que nous avons déjà fort à faire dans nos propres vies et parce que nous sommes submergés par des flux algorithmiques qui nous dictent quoi penser, quoi aimer, quoi consommer — mais jamais à qui parler. 

 Nul n’est à l’abri de cet anathème. Et chacun de nous doit se préparer à entendre un jour ce sombre verdict : « Nous te laisserons parler seul. » 

Nul n’est à l’abri de cet abandon : ni les gens d’aujourd’hui, ni ceux de demain — totalement oubliés —, ni la nature, qui crie chaque jour plus violemment : c’est parce que nous laissons la nature parler seule qu’elle se venge ainsi.

C’est sans doute la meilleure définition de la barbarie : lorsque personne ne fait sien le combat d’autrui. 

À l’inverse, la meilleure définition de la civilisation consisterait précisément à ne jamais laisser les autres « parler seuls ». À reconnaître leurs préoccupations et à comprendre qu’elles sont aussi les nôtres. 

À comprendre qu’aider les autres, c’est s’aider soi-même. Ne serait-ce que parce que l’économie et l’échange se définissent, par essence, comme la volonté de comprendre les besoins d’autrui et de tout mettre en œuvre pour les satisfaire — dans son propre intérêt.

Jacques Attali

Jacques Attali est docteur en économie, polytechnicien et conseiller d’État. Conseiller spécial du Président de la République François Mitterrand pendant 10 ans, il est le fondateur de 4 institutions internationales : Action contre la faim, Eureka, BERD, Positive Planet.

Jacques Attali est l’auteur de 86 livres (dont plus de 30 consacrés à l’analyse de l’avenir), vendus à 10 millions d’exemplaires et traduits en 22 langues. Il est éditorialiste pour les quotidiens économiques Les Échos et Nikkei après l’avoir été pour L’Express. 

Il dirige régulièrement des orchestres à travers le monde.

https://www.attali.com/en/society/we-are-all-alone/ 

 



B) -  Antisémitisme : un peu ? Beaucoup ? À la folie !

Nous voilà donc, en France, à nous demander quel degré d’antisémitisme est acceptable. 

Un peu sur les bords, à la sournoise ? 

Modérément ? 

Beaucoup ? 

Électoralement ? 

Continuellement ? 

Épisodiquement, pour racoler le temps d’un scrutin ? 

Humoristiquement ? 

L’antisémitisme de gauche est-il plus acceptable que celui de droite ? 

Quand il se veut drôle ? 

Ça pue, ces questions.

Ah non ! Pas antisémitisme : antisionisme. Nuance…

Se taire devant l’extraordinaire multiplication de paroles et d’actes antisémites contre des Juifs français depuis le 7 octobre 2023, ce n’est pas antisémite. C’est antisioniste.

Savoir que le Hamas est le seul groupe terroriste (qui puise à la même source que Daech) à ne pas être unanimement et fermement condamné, ce n’est pas antisémite non plus. C’est antisioniste.

Vouloir une « Palestine libérée » du Jourdain à la mer, c’est-à-dire condamner une solution à deux États, et en faire un territoire sans Juifs (“purifié” des Juifs, Judenrein, comme on disait en 41), ce n’est pas antisémite. C’est antisioniste.

Mettre les synagogues françaises sous protection policière, ce n’est pas à cause de l’antisémitisme non plus.

Les équilibristes qui discourent en choisissant leurs mots avec prudence (euphémisme pour hypocrisie) pour ne pas se faire taper sur les doigts, ont beau se tortiller et se retenir : ils pondent des obscénités bien fumantes. Mais bien sûr, ce n’est pas de l’antisémitisme… Pas davantage que les obsessions pathologiques d’Aymeric Caron, de Rima Hassan et des autres.

Il y a en France, nous a dit un rapport sénatorial en 2024, un « antisémitisme d’atmosphère ». On imagine les sénateurs se gratter la barbe pour trouver la bonne expression, la bonne définition. Mais voilà à quoi ressemble la sale gueule de « l’antisémitisme d’atmosphère » depuis quelques années : des enfants mitraillés dans une école, des vieilles dames assassinées chez elles, des clients massacrés dans une supérette casher, des Juifs insultés et cognés dans la rue, le métro et le bus, des amphis « interdits aux sionistes », une jeune fille, encore une enfant, violée parce que juive, l’incendie d’une synagogue en espérant l’immolation des fidèles, des Français qui ont peur d’être juifs… Ilan Halimi, Jonathan Sandler et ses enfants, Arié (6 ans) et Gabriel (3 ans), Sarah Halimi, Mireille Knoll… Les autres.

Atmosphère, atmosphère ! Antoine Leaument, sur Sud Radio, le 20 mars dernier :

« Vous pensez vraiment que si la France insoumise arrivait au pouvoir, nous menacerions les personnes juives ? Nous augmenterions le SMIC aussi pour les personnes juives ! ». 

Mine sérieuse et verbe appliqué, Léaument, champion de LFI et élu de la République, parle tranquillement de « personnes juives ». Il leur veut du bien, aux « personnes juives », puisqu’il est même question de leur augmenter le smic à elles aussi. Aux « personnes juives ». Il a dû se dire que c’était neutre et élégant, « personnes juives ». Que ça sonnait respectueux. Raté. C’est comme peindre une vieille porte vermoulue sans vérifier ce qu’il y a de l’autre côté : l’odeur passe en dessous. Ça ne sent pas très bon. « Personnes juives » : il y a dans cette expression une distance glaciale, comme si on parlait d’un échantillon sociologique. Une catégorie administrative, un onglet dans un tableur. Une manière de contourner le mot « Juif » sans oser le prononcer, de peur de se brûler les lèvres, et ça sent furieusement le renfermé. Leaument prétend représenter la République. Il devrait écouter ce que ses mots racontent, surtout quand ils parlent plus fort que lui. Ça n’est pas très républicain.

Atmosphère : 

L’humour de Blanche Gardin, de Radio Nova et de Dieudonné, les saillies de Mélenchon ; l’affiche imaginée et diffusée par LFI qui, pour représenter Hanouna, reprend le pire des caricatures antisémites des années 40 ; et la déformation, par le même Mélenchon, d’un nom – grand classique de l’antisémitisme des bas-fonds – : « Alors maintenant vous direz Epstein au lieu d’Epstein, Frankenstine au lieu de Frankenstein ! » En insistant bien sur la dernière syllabe. Et la salle qui ricane de l’humour de son chef. Ce qui a fait dire à Bernard Cazeneuve que « Mélenchon se rêvait Mitterrand », mais qu’« il finit comme Soral ».

Atmosphère encore, lorsque les journalistes Noémie Halioua, Nora Bussigny, Jean Quatremer, sont couverts d’insultes et menacés dans de véritables campagnes de haine et de harcèlement numérique, l’une parce que juive, les autres pour avoir enquêté sur les nouvelles formes d’antisémitisme ou dénoncé cette lèpre. Lorsque Emmanuel Razavi et moi, après avoir publié « La Pieuvre de Téhéran » et « Paris-Téhéran : le grand dévoilement » (aux éditions du Cerf), subissons le même genre de campagne où nous sommes accusés d’être des « agents du Mossad » ou d’être à la solde de la « secte juive », de la « secte sioniste » ou de la « secte diabolique ». Ça relève de la psychiatrie !

Peu importe qu’ils soient français ou de n’importe quelle autre nationalité : les Juifs, tous les Juifs, sont rendus coupables de la guerre à des milliers de kilomètres d’ici. Collectivement coupables. Les Juifs qui condamnent Netanyahou ? Coupables aussi ! D’être Juifs, et rien d’autre.


Coupable : Liraz, chanteuse de pop-électro d’origine israélo-iranienne dont le concert avait été annulé à Paris (décision prise deux ans, jour pour jour, après les attaques terroristes du 7 octobre 2023 contre Israël par les islamistes du Hamas) Tout un symbole !) ;

Coupable le réalisateur israélien Nadav Lapid, réputé très à gauche, exilé en France, qui dénonce la politique de son gouvernement, contraint d’annuler sa venue au FID, Festival international du cinéma de Marseille ;

Coupable : Lahav Shani, chef de l’orchestre philharmonique de Munich qui a le tort d’être aussi le directeur musical de l’orchestre philharmonique d’Israël ;

Coupable : Joann Sfar, le dessinateur français, dont la venue au festival « Oh, les beaux jours » à Marseille était accueillie par le « collectif culture en lutte 13 » par ce bon vieux slogan de « Sionistes, hors de nos villes ».

Coupables, coupables, coupables : la liste est longue.

Finalement, les Juifs forment la seule « communauté » à qui on n’applique pas, jamais ou si peu, le « pas d’amalgame. Quelle autre « communauté », quel peuple, quelle « race », quelle religion, rend-on collectivement responsable des agissements de quelques-uns ? Quelle autre « communauté », quel peuple, quelle « race », quelle religion, à part les Juifs, n’a pas le droit au « pas d’amalgame » ?

Carré de tête de la marche parisienne contre l’antisémitisme, en présence de nombreux politiques, le 12 novembre 2023. (©AFP/Thomas SAMSON)

Jean-Marie Montali

https://nouvellerevuepolitique.fr/jean-marie-montali-antisemitisme-un-peu-beaucoup-a-la-folie/

 


C) -  La promesse rompue : Antisémitisme contemporain et crise de l’ordre westphalien

Golders Green, fin avril 2026. Au cœur de ce quartier du nord-ouest de Londres où la communauté juive prie, étudie et habite depuis plus d’un siècle, deux hommes sont poignardés en pleine rue. L’agresseur est neutralisé par deux policiers et un passant ; l’unité antiterroriste britannique se saisit immédiatement de l’enquête. L’attentat est revendiqué, en ligne, par un groupe jusqu’alors inconnu — le Harakat Ashab al-Yamin al-Islamiya — dont les premières apparitions avaient accompagné, six semaines plus tôt, l’explosion qui éventra la façade de la synagogue de Liège. Entre ces deux dates, un incendie criminel dans le quartier juif d’Anvers, des attentats déjoués aux Pays-Bas, des incendies visant des lieux juifs du nord de Londres, et — toujours en arrière-plan — le souvenir de la synagogue de Manchester frappée le 2 octobre 2025. La plateforme belge antisemitisme.be a enregistré, pour la seule année 2025, une hausse de près de quatre-vingts pour cent des actes antisémites, soit le record absolu depuis sa création – un phénomène qui n’a rien d’une singularité nationale.

Devant ce paysage, la tentation est forte de raisonner par accumulation. Une attaque s’ajoute à une autre, une statistique commente la précédente, et l’on conclut, comme de coutume, à une « montée de l’antisémitisme » que l’État promet de combattre par davantage de policiers, davantage de caméras, davantage de campagnes mémorielles. Cette grammaire de la réponse n’est pas illégitime. Elle est simplement périmée. Les caméras filmeront, les patrouilles passeront, les ministres se succéderont aux pupitres — et le phénomène poursuivra sa course, parce qu’il n’est plus tout à fait ce que les institutions croient combattre.

Ce que révèlent en réalité Golders Green, Liège, Anvers, Heemstede et leurs prolongements numériques, ce n’est pas seulement la réactivation d’une vieille haine. C’est l’irruption, dans nos rues, d’une menace dont la structure même échappe à l’ordre politique sur lequel nous comptons depuis quatre siècles. Un groupuscule revendique sur Telegram des attentats commis dans cinq pays ; ses logos miment ceux du Hezbollah libanais et du Corps des gardiens de la révolution iraniens ; les services de renseignement le soupçonnent d’être l’instrument d’une guerre hybride pilotée depuis Téhéran. Les exécutants matériels, eux, sont recrutés sur des messageries ; jeunes, locaux, sans liens organiques antérieurs avec le commanditaire. Le citoyen attaqué est belge, français, britannique, néerlandais ; l’agresseur agit sur le territoire mais la chaîne d’autorité, de financement, d’idéologie et de revendication court à travers une dizaine de juridictions et autant de plateformes. L’État national, dépositaire historique de la sécurité de ses citoyens, se trouve confronté à un péril qui ne reconnaît plus la frontière comme principe d’organisation parce qu’il a été conçu, précisément, pour la déborder.

Nous sommes entrés dans l’un de ces moments où une crise apparemment politique révèle, à qui veut l’examiner, une transformation plus profonde de l’architecture du monde. La convergence formée depuis une dizaine d’années entre une partie de la gauche radicale occidentale et plusieurs courants de l’islam politique n’est pas une anomalie conjoncturelle ; les étiquettes commodes de wokisme ou d’islamo-gauchisme en masquent la portée réelle. Ce que nous observons n’est pas seulement une coalition idéologique. C’est l’un des symptômes les plus lisibles d’une rupture d’époque : l’affaiblissement accéléré de l’ordre westphalien, et ce que cette mutation signifie pour les Juifs d’Occident.

Pour le comprendre, il faut d’abord se rappeler ce qui avait été construit. En 1648, après trois décennies de guerres de religion qui avaient ravagé l’Europe centrale, les puissances européennes conclurent à Münster et à Osnabrück les traités qui allaient fournir l’une des matrices de la modernité politique. La paix de Westphalie ne fut pas seulement un règlement diplomatique : elle institua une grammaire politique. À l’intérieur d’un territoire donné, l’État devenait l’autorité ultime ; à l’extérieur, nul empire religieux, nulle puissance idéologique, nul universalisme concurrent n’était censé pouvoir se substituer à lui. De cette ordonnance naquit le pacte moderne : le citoyen donnait sa loyauté, son impôt, parfois sa vie ; l’État, en retour, garantissait sa sécurité, ses droits civiques et son égalité devant la loi. Ce contrat rendit possible une grande partie de la modernité qui suivit : l’émancipation des Juifs en 1791, la construction des États-nations, la Charte des Nations unies en 1945, la Déclaration universelle des droits de l’homme — et jusqu’à l’Union européenne elle-même, qui n’abolit pas l’État mais l’inscrit dans un cadre supranational.

Pour les Juifs d’Europe, cet ordre fut bien davantage qu’une abstraction juridique. Il fournit l’architecture politique qui rendit possible leur transformation en citoyens égaux. L’émancipation juive n’a pu fonctionner que parce que l’État moderne disposait d’une autorité suffisante pour imposer l’égalité civile contre les résistances de l’Église, des corporations, des aristocraties locales et de la rue. Le consistoire napoléonien, le Board of Deputies britannique, les communautés juives allemandes et belges furent édifiés sur ce présupposé : l’État, en dernière instance, honorerait sa part du pacte. Lorsque l’Allemagne nazie rompit catastrophiquement ce contrat entre 1933 et 1945, la reconstruction d’après-guerre tenta de le restaurer sur des bases renforcées : institutionnalisation de la mémoire de la Shoah, législation antidiscriminatoire, protection policière des synagogues, dispositifs administratifs de lutte contre l’antisémitisme. Toutes ces réponses obéissaient à une logique westphalienne : l’État identifiait la menace, mobilisait ses instruments et protégeait ses citoyens. Or c’est ce pacte qui entre aujourd’hui en crise. Non sous les coups d’une armée étrangère, mais sous la pression d’un ordre politique diffus, qui agit au-dessus de l’État, en dessous de l’État et parfois à travers lui, selon des modalités étrangères à la logique westphalienne.

C’est ici que la question juive redevient le sismographe de l’ordre politique. La convergence opérationnelle entre la gauche radicale anti-impérialiste et plusieurs courants de l’islam politique ne révèle pas seulement un problème politique à l’intérieur du système westphalien. Elle est l’une des formes visibles de sa décomposition. Cette alliance ne prend pas l’État territorial pour unité politique première. Elle organise l’identité, la loyauté, le financement, la mobilisation et l’action à travers les frontières — non par accident, mais par conception. Et elle le fait avec une vitesse, une plasticité et une infrastructure militante que les États nationaux comme les institutions juives traditionnelles peinent à égaler.

L’autorité religieuse s’affranchit désormais des frontières. Un imam établi à Bruxelles peut être financé depuis le Golfe, formé au Caire, influencé par des réseaux transnationaux, et s’adresser à une communauté dont les imaginaires politiques gravitent autour de la umma plutôt que de l’État belge. Ce qui est en cause n’est pas l’autorité de l’État sur la foi, mais son incapacité à contrôler les infrastructures étrangères qui structurent l’espace religieux sur son territoire. À cette captation de l’autorité spirituelle s’ajoute une recomposition de l’identité elle-même : l’appartenance civique cède du terrain à des affiliations transnationales — la umma, le Sud global, les colonisés. Un jeune Bruxellois, un étudiant de Detroit et un activiste de Sydney peuvent se percevoir comme membres d’une même communauté politique imaginaire ; un militant de Sciences Po et un manifestant de Columbia, comme les segments d’un même mouvement décolonial. Cette dissolution symbolique de la frontière a son pendant matériel dans les flux de financement : capitaux qataris, turcs, iraniens ont irrigué mosquées, programmes universitaires et médias, tandis que des flux venus d’Europe ont pu bénéficier, directement ou indirectement, à des organisations liées au Hamas ou à l’écosystème BDS. L’État régule ce qui est juridiquement visible sur son territoire ; la menace, elle, se loge souvent dans les interstices entre juridictions.

Plus radicalement encore, l’État a perdu toute prise sur la formation politique de ses citoyens. Des contenus produits à Doha, Téhéran ou Istanbul, distribués par des algorithmes conçus à Pékin ou en Californie, façonnent la conscience politique de jeunes Bruxellois, Berlinois ou Londoniens — sans que leurs États aient voix au chapitre. Le règlement européen sur les services numériques est une tentative de reprise partielle du contrôle — non un rétablissement de la souveraineté. L’environnement dans lequel se radicalisent certaines jeunesses européennes a été conçu, structurellement, pour ignorer les frontières.

Le droit lui-même, naguère expression la plus pure de la souveraineté, s’est déterritorialisé. La Cour pénale internationale a émis, en novembre 2024, des mandats d’arrêt contre Benjamin Netanyahu et Yoav Gallant — décision juridiquement contestable et politiquement lourde de conséquences — sur la base d’un dispositif juridictionnel qui dépasse la logique classique de la souveraineté territoriale. Des procédures fondées sur la compétence universelle, notamment en Europe, ont visé ou pourraient viser des responsables israéliens pour des actes allégués commis hors du territoire des États concernés. L’affaire introduite par l’Afrique du Sud contre Israël devant la Cour internationale de Justice au titre de la Convention sur le génocide suit, elle aussi, une logique de judiciarisation supranationale du conflit. Ces mécanismes ne sont pas illégitimes en eux-mêmes ; ils appartiennent même à l’ordre juridique né après 1945. Mais lorsqu’ils sont mobilisés de manière sélective contre Israël, ils deviennent l’un des terrains privilégiés de la guerre politique contre l’État juif. L’édifice juridique conçu pour limiter la barbarie peut ainsi être retourné, politiquement et symboliquement, contre ceux qu’il prétendait protéger.

Tout converge vers un même constat : la diaspora est désormais le théâtre central du conflit. Les guerres westphaliennes opposaient des États sur des territoires identifiables ; les diasporas n’en étaient que l’enjeu secondaire. La guerre contemporaine contre les Juifs se déroule d’abord là : sur les campus, dans les institutions culturelles, dans les médias, sur les plateformes. Israël demeure le foyer stratégique du conflit ; mais le Juif de diaspora en est devenu l’une des cibles opérationnelles les plus accessibles. C’est une guerre transnationale — et elle se gagne ou se perd dans des espaces que nos institutions n’ont pas été conçues pour occuper.

Cette crise n’est pas strictement européenne : elle est déjà transatlantique. Dans l’université d’abord — Columbia, Harvard, Berkeley : campements, effondrements disciplinaires, démissions de présidents. Des structures comme Students for Justice in Palestine, alimentées par des financements étrangers dont l’ampleur est désormais documentée, ont su transformer le conflit israélo-palestinien en matrice de mobilisation intérieure. Dans le champ électoral ensuite : le mouvement des électeurs « non engagés », la rupture de l’électorat arabo-musulman dans le Michigan, la montée de figures comme Zohran Mamdani — autant de signaux que cette dynamique a basculé du campus à l’urne. À droite enfin, une partie du courant America First recycle les figures classiques de l’antisémitisme — double loyauté, contrôle supposé d’AIPAC — non par alliance avec la gauche islamo-progressiste, mais par production d’effets politiques convergents. La théorie du fer à cheval cesse d’être une métaphore et devient un mécanisme observable.

Voilà le cœur du problème. L’Antisemitismusbeauftragter allemand, la délégation interministérielle française, le coordinateur fédéral belge, le Holocaust Memorial Trust britannique, l’ADL et l’AIPAC américains relèvent tous d’une même logique westphalienne — face à un péril qui l’a déjà dépassée. Le problème n’est pas l’insuffisance des moyens. C’est l’obsolescence du logiciel. Face à une menace transnationale, numérique, juridique, diasporique, les réponses strictement nationales produisent une inadéquation structurelle. La mémoire de la Shoah demeure indispensable, mais elle est conceptuellement calibrée sur la guerre précédente : celle de l’État totalitaire, de l’antisémitisme racial et de l’extermination bureaucratique. Le nouvel antisémitisme procède autrement. Il parle le langage des droits, de l’antiracisme, de la décolonisation, de la justice globale. Ces institutions n’échouent pas par incompétence. Elles échouent parce qu’elles ont été conçues pour un monde qui n’existe plus.

Le diagnostic commande sa conséquence : on ne combat pas une menace transnationale avec une défense strictement nationale. Une constellation de communautés nationales, chacune enfermée dans son propre État, ne peut pas vaincre une alliance qui circule entre les frontières, les plateformes et les juridictions. La structure défensive doit refléter la structure offensive. Il faut une logique d’OTAN plutôt qu’une logique d’Union européenne : fédérée mais opérationnelle, transnationale mais disciplinée, organisée par fonctions plutôt que par territoires, capable d’agir dans les interstices mêmes que l’adversaire exploite. Contentieux stratégique, renseignement ouvert, riposte médiatique, coordination politique : c’est cette architecture qu’il faut construire.

Les Juifs furent parmi les premiers bénéficiaires de l’État moderne. Leur émancipation n’a pas été le fruit d’une bienveillance abstraite de l’histoire, mais d’un fait politique précis : l’État souverain devint assez fort pour arracher l’individu aux corporations, aux Églises, aux aristocraties locales, et pour le reconnaître comme citoyen. C’est cette puissance-là qui fit du Juif européen un sujet de droit. Deux siècles plus tard, les Juifs sont peut-être les premiers à mesurer ce qui advient lorsque cette puissance protectrice se laisse contourner. L’antisémitisme contemporain ne revient pas simplement sous les vieux uniformes de l’Europe des années 1930. Il avance sous des formes nouvelles : langage des droits, rhétorique décoloniale, contentieux international, intimidation diasporique. Il n’abolit pas l’État ; il le déborde. Il ne nie pas toujours la loi ; il l’instrumentalise.

C’est pourquoi la question juive demeure l’épreuve de vérité de l’ordre politique. Non parce que les Juifs seraient seuls menacés, mais parce que leur sécurité dépend de la capacité des démocraties à distinguer la protection des minorités de la capitulation devant les entrepreneurs de haine. Si l’État n’est plus capable de protéger ses citoyens juifs, ce n’est pas seulement la sécurité juive qui est en cause : c’est la promesse même de la citoyenneté moderne. La tâche n’est pas de restaurer un monde déjà fissuré. C’est de construire, pour l’âge qui vient, les institutions capables de tenir la promesse que l’État ne tient plus.

Le danger n’est pas que l’histoire se répète. C’est que les Juifs soient, une fois encore, les premiers à comprendre ce qui arrive — et les derniers à être entendus.

Fundji Benedict

https://nouvellerevuepolitique.fr/fundji-benedict-la-promesse-rompue-antisemitisme-contemporain-et-crise-de-lordre-westphalien/

 

D) - Divers liens sur le sujet  

Les gauches antisémites (Étude 2) La détermination totalitaire 

Sur les gauches antisémites, étude 4 de Fondapol : Le basculement antisémite des extrêmes gauches et ses conséquences

Le Mélenchonisme LFIste: Une France champ de bataille idéologique où, déjà, se joue l’avenir du libéralisme occidental.

Histoire - Shoah - Babi Yar - Nazisme - Conflit en Ukraine - Stalinisme !!

Islamo-fascisme ??

 

juillet 08, 2026

GÉOPOLITIQUE NEWS: IRAN-OTAN-TRUMPISME-G7-diverses réactions !

Sommaire:

A) - Iran et démocraties : le brasier et la petite lampe

B) - Iran : les sceptiques de l’Amérique devraient maintenant s’expliquer

C) - Réunion de l'OTAN, quels réactions ?

D) - Leçons post-occidentales du G7

E) - Washington, Téhéran et la paix sous surveillance : L’accord qui divise le sommet américain

F) - La guerre transparente qui voit tout et ne parvient plus à gagner

 


A) - Iran et démocraties : le brasier et la petite lampe

Entre nos démocraties imparfaites et la République islamique d’Iran, le décalage n’est pas seulement politique : il est aussi celui du temps et de ses conséquences humaines. Face au totalitarisme des mollahs, les hésitations, la naïveté et la lenteur des prises de position internationales contrastent avec la rapidité de la répression. Ce déséquilibre pose une question dérangeante : les hésitations diplomatiques et ce protocole d’accord entre Washington et Téhéran peuvent-ils avoir un coût acceptable en vies innocentes et en opposants sacrifiés ?

La République islamique d’Iran est une dictature, la pire sans doute de l’histoire contemporaine et, comme toutes les dictatures, elle aime les apparences de la force. Elle est paranoïaque, elle aime les discours martiaux, les défilés hystériques, les portraits géants suspendus aux façades, les slogans haineux et le sang des opposants. Elle parle fort. Elle promet l’ordre, l’unité, la grandeur retrouvée. Elle parle au nom de l’Histoire, du Coran et donc de Dieu plutôt que de la race. C’est Téhéran contre le monde, la loi d’Allah contre le désordre des hommes. Un Guide suprême, un seul ordre, un empire, et la sainte supériorité de l’Islam sur les infidèles, les Chrétiens, et les Juifs, ces êtres décadents et insignifiants. La République islamique se donne des allures de forteresse.

Les démocraties, elles, c’est vrai, offrent un spectacle un peu moins flatteur. Quand les dictatures marchent au pas, les démocraties semblent avancer en boitillant. Elles discutent, disputent, hésitent, se contredisent. Elles exposent leurs querelles sur la place publique. Leurs gouvernements tombent. Leurs journaux critiquent. Leurs citoyens manifestent, râlent, veulent que tout change mais que rien ne bouge. C’est d’ailleurs pour ces raisons qu’une démocratie, même imparfaite, même avec un Macron, un Trump ou un Netanyahou à sa tête, même lorsqu’elle cherche à limiter certaines oppositions, ressemble davantage à un chantier qu’à un palais. Penser que c’est une faiblesse est une erreur : c’est au contraire sa force. Une démocratie accepte d’être contredite. Elle peut mal le vivre, mais elle reconnaît en principe la légitimité du désaccord. La contestation y est intégrée au système. Et c’est peut-être là même la condition de son maintien, de sa durabilité et de sa survie : un gouvernement démocratique accepte sa faillibilité et la remise en cause.

Ainsi, ce qui paraît fragile dure, ce qui semble solide s’effondre immanquablement, souvent d’un coup, comme un château de sable.

Les démocraties changent leurs gouvernements, parfois dans la douleur. Les dictatures changent leurs prisons, leurs bourreaux et les cordes des pendus. Les peuples, eux, finissent toujours par demander des comptes aux uns comme aux autres. La différence est que, dans une démocratie, cette demande passe par les urnes ; dans une dictature, elle passe souvent par la rue. Pour l’une, c’est une alternance, pour les autres, une révolution. C’est le cas aujourd’hui en Iran, où les sbires du régime, en janvier dernier, ont fusillé, à bout portant et par dizaines de milliers, les opposants dans la rue et jusque sur les lits d’hôpitaux. Depuis, elle les pend quotidiennement ou les enferme. La République islamique d’Iran survit dans le sang de sa population.

Ça ne durera pas : lorsqu’un régime doit sans cesse employer la force contre sa propre jeunesse, ce n’est pas un signe de puissance, c’est un aveu de faiblesse. Les poubelles de l’Histoire sont pleines des certitudes des tyrans qui paraissent d’abord indestructibles avant de s’effondrer, parfois sans presque combattre, lorsque plus personne ne croit à la fiction de leur invincibilité, ou lorsque les démocraties prennent conscience de leur propre force et cessent enfin d’avoir peur. Hitler, Staline, Pol Pot, Ceaușescu, et d’autres, jusqu’à récemment Ben Ali et Moubarak : dans les poubelles de l’Histoire.

La dictature iranienne, comme toutes les autres avant elle, repose sur une fiction : celle de l’infaillibilité. Le Guide suprême ne doute pas, et on ne peut douter de lui sans douter de Dieu. Le dogme ne doit pas et ne peut pas être contesté. Cette prétention extraordinairement blasphématoire de parler au nom de Dieu lui donne une puissance particulière. Le pouvoir ne se contente plus de gouverner les corps ; il cherche à gouverner les âmes et les esprits. Désobéir ne devient plus seulement une faute politique. Cela devient un péché.

Dès lors, la vérité est un danger. On la censure, on la maquille, on la traque, on l’enferme, et on croit la tuer. Mais elle ne meurt jamais. Le régime de Téhéran ne gouverne plus le peuple ni même le réel ; il gouverne son propre récit. C’est là la folie de toutes les tyrannies, qu’elles se réclament de la race, de la révolution, de la nation ou de Dieu. Depuis 1979, cette théocratie gouverne par la peur et vit dans la peur. Peur des hommes, des femmes, des poètes, peur de la liberté et peur de la vie. Mais bouffi de prétention, il croit qu’en contrôlant la rue, il peut encore gouverner les consciences.

La démocratie, elle, ne promet pas le paradis. Elle ne supprime ni l’injustice ni l’erreur. Elle tolère même parfois la médiocrité. Elle ne parle pas au nom de Dieu, mais au nom des hommes. Elle se donne le droit à l’erreur et permet la correction. Quand une dictature se trompe, elle réprime. Quand une démocratie se trompe, elle débat, parce qu’elle pense que la grandeur d’un régime ne se mesure pas à sa capacité de faire taire les critiques ou au nombre de cadavres allongés sur les trottoirs, mais à sa capacité d’écouter l’opposition sans trembler, et même de l’institutionnaliser. Ça fait une immense différence. Les découvertes, les réformes sociales, les conquêtes des droits civiques, l’émancipation des femmes, la liberté de conscience : toutes ces avancées ont commencé par une voix dissidente. Une démocratie peut supporter un journal hostile, une manifestation, une alternance électorale. Une théocratie reste pétrifiée dans ses certitudes d’un autre âge. Les démocraties débattent quand les dictatures ordonnent. Elles consultent quand les dictatures imposent. Elles respectent la vie quand les dictatures vénèrent la mort. Un décalage qui laisse parfois penser que les peuples libres sont condamnés à perdre. Mais non : l’Histoire démontre le contraire, même s’il est malheureusement vrai que les démocraties paraissent souvent lentes lorsqu’elles affrontent les régimes autoritaires.

Ce protocole d’accord entre Washington et Téhéran est un symptôme de cette lenteur. Peu importe qu’il soit signé par naïveté ou pour on ne sait quels intérêts inavouables, politiques ou économiques, ou qu’il s’inscrive dans on ne sait quel calendrier électoral. Pour les Iraniens, ça ne fait pas la différence. Ils continuent de mourir. Le nombre des exécutions quotidiennes est en hausse, comme si ce protocole était un permis de tuer les opposants.

Pour le régime de Téhéran, ce n’est qu’un sursis. La République islamique d’Iran est condamnée par son peuple et par l’Histoire . Dieu est peut-être éternel. Les hommes qui prétendent parler, piller et tuer en son nom ne le sont pas. Jamais. À cet instant, les mollahs et les Gardiens de la révolution ont beau se pavaner, crier victoire en brandissant ce protocole d’accord illusoire, ils portent déjà l’odeur de leur propre fin : celle des charniers.

Comme n’importe quelle autre dictature, la République islamique d’Iran n’est qu’un brasier : elle impressionne, elle brûle tout et elle semble invincible. Mais elle consomme son propre combustible. Les dictatures ne durent jamais. Une démocratie, c’est une petite lampe. Sa flamme est fragile, vacillante, sa lumière parfois incertaine. Elle demande beaucoup d’attention. Pourtant, génération après génération, c’est elle qui continue de brûler.

L’Histoire moderne n’est pas celle de l’éternité des dictatures. Elle est celle de leur disparition. Il nous faudrait le courage de ne pas l’oublier pour sauver des milliers de vies iraniennes innocentes.

 Jean-Marie Montali

 

Jean-Marie Montali est coauteur avec Emmanuel Razavi de « La pieuvre de Téhéran » (2025) et de « Paris-Téhéran : le grand dévoilement » (2026) aux Éditions du Cerf.


https://nouvellerevuepolitique.fr/jean-marie-montali-iran-et-democraties-le-brasier-et-la-petite-lampe/

 

 

B) - Iran : les sceptiques de l’Amérique devraient maintenant s’expliquer

L’annonce par Donald Trump ( @POTUS ) que le mémorandum d’entente avec l’Iran est désormais caduc devrait provoquer un moment de silence chez ceux qui, depuis des semaines, accusaient l’Amérique d’abandonner l’Occident, de trahir le peuple iranien et de chercher une paix honteuse avec le régime des mollahs.
 
Ils avaient tout compris, disaient-ils. Washington “lâchait” ses alliés. Trump voulait “apaiser” Téhéran. L’Amérique se retirait de l’histoire. L’Occident était vendu pour un arrangement cynique.
 

Mais où étaient-ils, alors, lorsque l’armée américaine faisait respecter le blocus ? Où étaient-ils lorsque la pression militaire américaine rappelait que le détroit d’Hormuz n’appartient pas aux Gardiens de la révolution ? Où étaient-ils lorsque l’objectif réel, derrière les gestes diplomatiques et les canaux provisoires, demeurait parfaitement clair : mettre fin au programme nucléaire iranien et réduire les capacités létales par lesquelles la République islamique tient la région en otage ?
 
Nos élites n’ont cessé de confondre, depuis leurs salons parisiens et leurs écrans tactiles, une stratégie de négociation destinée à accélérer les divisions internes d’un régime en voie d’effondrement avec une capitulation devant ce même régime. Toute discussion avec un ennemi leur paraît être une trahison dès lors qu’elle ne correspond pas au théâtre moral européen — celui qui a attendu 2026 pour suspendre ses liens avec les Pasdaran ? Nos stratèges de plateau étaient, de fait, incapables de comprendre le message codé de Lucerne : offrir au régime iranien une dernière chance de mesurer l’impasse dans laquelle il se trouvait, notamment en voyant ses agents extérieurs encerclés en Irak et au Liban, tout en préparant le moment où il faudrait imposer le réel.
 
Lorsque Ronald Reagan parlait à Mikhaïl Gorbatchev, il ne se faisait pourtant aucune illusion sur la nature du système soviétique. Il savait que l’URSS était moralement morte, économiquement épuisée, stratégiquement mise sous pression par la supériorité technologique américaine, notamment par l’Initiative de défense stratégique. Il engageait Moscou, mais il ne s’agenouillait pas devant Moscou.
 
Et lorsqu’il se rendit à Berlin, en juin 1987, Reagan ne choisit pas le langage de l’ambiguïté prudente. Il ne dit pas : “améliorons le dialogue”. Il ne dit pas : “préservons les équilibres”. Il dit :
 
“Mr. Gorbachev, tear down this wall.”
 
Une partie des élites européennes jugea la formule excessive, théâtrale, dangereuse. En Allemagne de l’Ouest même, beaucoup préféraient la prudence, le réalisme supposé, la gestion du statu quo. Reagan, lui, comprenait que le statu quo était déjà condamné. Il savait que la fonction de l’Amérique n’était pas d’accompagner indéfiniment la décomposition de l’empire soviétique, mais de donner à cette décomposition une issue politique : la liberté.
 
Deux ans et demi plus tard, le Mur tombait.
 
L’Iran n’est pas l’URSS. Mais la leçon demeure. Lorsqu’un régime idéologique est affaibli, il ne faut pas le sauver au nom de la stabilité. Il faut le contenir, le démasquer, l’isoler, l’épuiser, et surtout le priver des moyens par lesquels il transforme sa faiblesse intérieure en chantage extérieur.
 
C’est précisément ce que les Européens ont tant de mal à admettre. Ils aiment les peuples opprimés lorsqu’ils manifestent. Ils les citent dans des discours. Ils les honorent dans des résolutions. Mais dès qu’il faut affronter les instruments militaires de leur oppression, dès qu’il faut toucher aux missiles, aux milices, aux routes maritimes, aux installations nucléaires, aux capacités de nuisance régionales, le courage se dissout dans le vocabulaire diplomatique.
 
Les membres de l’OTAN vont-ils enfin s’unir derrière les États-Unis pour envisager sérieusement le démantèlement coercitif, vérifiable et durable des capacités iraniennes qui menacent Hormuz, Israël, les États du Golfe et l’Europe elle-même ? Ou bien allons-nous continuer à publier des communiqués inquiets pendant que le Charles de Gaulle passe l’été à Toulon, symbole magnifique mais immobile d’une puissance qui parle encore comme une grande nation et agit trop souvent comme une préfecture maritime ?
 
L’Amérique n’a pas abandonné l’Occident. Elle lui a rappelé ce qu’est une stratégie. Elle a parlé quand parler permettait de tester l’adversaire. Elle a maintenu la pression quand la pression était nécessaire. Elle a montré que l’accord n’était pas une fin en soi, mais un instrument. Et lorsque cet instrument ne servait plus le but essentiel — empêcher la République islamique de sanctuariser son programme nucléaire et son pouvoir de nuisance — elle l’a jeté.
 
Ceux qui criaient à la trahison devraient donc s’expliquer. Veulent-ils vraiment la liberté du peuple iranien et la sécurité de l’Occident ? Ou veulent-ils seulement la perpétuation confortable d’un processus diplomatique, cette comédie grave où l’Europe se donne le beau rôle parce qu’elle n’assume jamais le dernier risque ?
 
L’histoire est cruelle avec les sceptiques professionnels et leurs histrions de tribune. Elle se souvient de ceux qui prenaient Reagan pour un acteur dépassé, jusqu’au jour où le Mur est tombé. Elle pourrait bientôt se souvenir de ceux qui, face à l’Iran, auront confondu une manœuvre américaine délicate mais solide avec une capitulation — et leur propre impuissance avec de la sagesse.
 

 

C) - Réunion de l'OTAN, quels réactions ?  

1) Le président Trump vient de stupéfier le monde entier en coupant tout commerce avec l'Espagne et son dirigeant socialiste, fustigeant les traîtres pour avoir abandonné l'Amérique. *Regardant son équipe* : « Je ne veux plus faire de commerce avec eux. IMMÉDIATEMENT. Ne leur parlez même pas ! Ce sont des gens désespérants et MAUVAIS. » « Voyons voir s'ils restent hostiles. Ils vont appeler et dire : "S'il vous plaît, s'il vous plaît, nous voulons commercer avec vous, monsieur !" » 🔥 « Ils gagnent tellement d'argent avec nous. On va faire en sorte qu'ils en gagnent beaucoup moins. Je ne veux AUCUNE AFFAIRE AVEC eux. » L'Espagne est dirigée par un socialiste ! FAFO !

https://x.com/EricLDaugh/status/2074815636614611365

2)  TEXTE RICHE : BRIGITTE MACRON À ANKARA, L’ARGENT DU CONTRIBUABLE VOYAGE EN CLASSE AFFAIRES


7 JUILLET 2026. DAMAS, 9H30. DEUX EXPLOSIONS.
Panique. Alertes. Pushs. « Emmanuel Macron visé ? »
Fausse alerte. Le président est au palais, sain et sauf. Mais Brigitte, restée à Paris, a eu « une grosse frayeur ».
 
SOLUTION DE L’ÉLYSÉE : ON LUI AFFRÈTE UN AVION.
Quelques heures plus tard, Brigitte Macron atterrit à Ankara. Pas pour une crise. Pas pour une urgence.
Pour « retrouver le bras d’Emmanuel » au dîner de gala d’Erdogan.
Coût de l’opération ? A320 présidentiel, équipage, sécurité, personnel, nuit au Four Seasons Ankara.
Facture : Toi, chef. Moi. Les Français.
 

LE SOMMET DE L’OTAN OU LE DÉFILÉ BALMAIN ?
Robe longue noire. Petits escarpins. Pochette très rock.
Le service presse de la présidence turque mitraille. Photo officielle : Erdogan, Emine, Emmanuel, Brigitte.
Sourires. Poignées de main. « Dialogue et compromis » dit Emine Erdoğan dans le jardin d’hiver du complexe présidentiel.
Pendant ce temps, à 2500 km, Damas respire encore la poudre.
Pendant ce temps, en France, l’inflation tape, les urgences ferment, les agriculteurs crèvent.
Mais l’important, chef, c’est la photo. Toujours la photo.
 
JUPITER ET SON OMBRE : DEUX AVIONS POUR UN DÎNER
Retenez bien le séquençage :
Macron va en Syrie. Seul. « Visite historique ».
Brigitte reste à Paris. « Agenda chargé ».
Explosions à Damas. « Grosse frayeur ».
Hop, un avion. Direction Ankara. « Pour le sommet de l’OTAN ».
Sauf que le sommet, c’est mardi. Le dîner, c’est mardi soir. Et Brigitte ne sert à rien militairement.
Elle sert à quoi ? À la photo. À faire joli à côté d’Emine Erdogan pendant que Zelensky réclame des Patriot et que Von der Leyen parle de « culture du dialogue ».
 
LÀ OÙ MELANIA DIT NON, BRIGITTE DIT OUI À TES IMPÔTS
« Melania Trump n’a pas fait le déplacement avec son époux ».
Normal. Les Américains comptent. Un Air Force One, ça douille.
Nous ? On a le sens de la fête. Et le chéquier du contribuable.
Deux avions. Deux délégations. Deux suites. Pour un dîner.
 
LE BLABLA DE L’OTAN, VERSION 2026
32 pays. Erdogan qui reçoit. Zelensky qui mendie. Von der Leyen qui pontifie. Costa qui acquiesce.
Et au milieu, les Macron. « Unis face aux défis ».
Quels défis, chef ? Le prix du gaz ? Les retraites ? Les OQTF non exécutées ?
Non. Le défi, c’est de placer Brigitte au premier rang sur la photo de famille. Mission accomplie.
 
CONCLUSION : L’ARGENT N’A PAS D’ODEUR, MAIS IL A UNE DESTINATION
L’Élysée ne regarde pas à la dépense quand il s’agit de rassurer Brigitte.
L’Élysée ne regarde pas à la dépense quand il s’agit de faire « de belles images » pour le 20H.
L’Élysée regarde à la dépense quand il s’agit de l’hôpital, de l’école, du régalien.
Alors oui, chef : encore des dépenses pour rien.
Rien pour la France. Tout pour l’ego. Tout pour le storytelling. Tout pour le « couple présidentiel uni dans l’adversité ».
Problème : l’adversité, c’est nous qui la payons.
Et l’adversité, elle est à Villeneuve-Saint-Georges, pas dans le jardin d’hiver d’Erdogan.
Brigitte a retrouvé le bras d’Emmanuel.
Les Français ont perdu leur portefeuille.
 
POTIER CHRISTIAN
 
3)  🇩🇰🇺🇸 Un journaliste danois a critiqué le secrétaire général de l'OTAN, 
Un journaliste danois s'entretient avec Mark Rutte. « Vous êtes assis à côté de Donald Trump lorsque celui-ci parle de conquérir le Groenland, ou de s'en prendre à des alliés comme l'Espagne – des choses que l'ancien Mark Rutte n'aurait sans doute pas approuvées. Cela a-t-il une incidence sur votre amour-propre lorsque vous restez silencieux ? »
Mark Rutte, en direct devant la caméra : "Vous êtes assis à côté de Donald Trump aux moments où il parle de conquérir le Groenland et de s'en prendre à des alliés comme l'Espagne. Est-ce que cela affecte votre estime de soi lorsque vous êtes assis là et ne dites rien ? » https://x.com/Megatron_ron/status/2074861335960342638?s=20h tt  psTrump à propos du Groenland : « C'est ce qui a nui à mes relations avec l'OTAN. Car le Groenland n'aide pas le Danemark. Le Danemark ne dépense pas d'argent pour aider réellement le Groenland, alors que ce territoire revêt une importance capitale pour les États-Unis. Il est entouré de navires chinois et russes. Le Groenland devrait être sous contrôle américain, et non danois. Nous pourrions retirer tous nos soldats d'Europe. Ils feraient bien de faire attention. »://x.com/Megatron_ron/status/2074861335960342638?s=20


 
Le mécontentement du secrétaire d'État américain Marco Rubio n'est pas passé inaperçu lors de la séance photo de la délégation américaine arrivée à Ankara pour le sommet de l'OTAN.

4)  La Déclaration du sommet d'Ankara

1) Nous, chefs d’État et de gouvernement de l’Alliance atlantique, réunis à Ankara, réaffirmons notre engagement indéfectible envers notre défense collective au titre de l’article 5 du Traité de Washington ainsi qu’envers le lien transatlantique. Une attaque contre l’un d’entre nous est une attaque contre tous. Notre unité, notre solidarité et notre force collective demeurent le fondement de la paix, de la sécurité et de la prospérité pour le milliard de citoyens que compte notre Alliance de nations libres et démocratiques. Nous restons attachés à notre approche à 360 degrés en matière de dissuasion et de défense. 

2) Pour contrer la menace à long terme que la Russie fait peser sur la sécurité et la stabilité euro-atlantiques, ainsi que la menace persistante du terrorisme, les Alliés concrétisent l’engagement pris à La Haye en matière de défense. En 2025, les Alliés européens et le Canada ont accru de plus de 139 milliards de dollars leurs investissements dans les besoins fondamentaux de défense. Nos investissements nous procurent les capacités nécessaires tout en renforçant notre base industrielle et notre résilience. Aujourd’hui, à Ankara, nous annonçons plus de 50 milliards de dollars de nouvelles acquisitions et nous nous engageons à accroître nos capacités de production collectives ainsi qu’à collaborer avec l’industrie pour accélérer l’innovation. Nous poursuivrons nos efforts pour éliminer les obstacles aux échanges dans le domaine de la défense entre Alliés et pour tirer parti des partenariats de l’OTAN afin de maximiser la profondeur et la coopération de notre base industrielle de défense. 

3) Nous bâtissons l’avenir : une Europe plus forte au sein d’une OTAN plus forte – une Alliance modernisée. Les Alliés européens et le Canada, en coopération avec les États-Unis, assument une responsabilité accrue dans la défense de l’Alliance. La dissuasion et la défense de l’OTAN reposent sur une combinaison appropriée de capacités nucléaires, conventionnelles et de défense antimissile, complétées par des moyens spatiaux et cybernétiques. Nous sommes déterminés à préserver notre avantage opérationnel. Nous investissons dans notre capacité à déployer, soutenir et pérenniser nos forces armées ainsi qu’à atteindre nos objectifs capacitaires dans tous les domaines, notamment la frappe de précision à longue portée, la défense aérienne et antimissile intégrée, les systèmes sans équipage, les technologies de pointe et les capacités de renseignement. Nous développons un « cloud » de combat transatlantique interopérable et adoptons des modèles d’IA performants. 

4) L’Ukraine contribue à la sécurité transatlantique, et les Alliés sont unis dans leur soutien indéfectible à l’Ukraine pour la défense de sa liberté, de sa souveraineté et de son intégrité territoriale. Les Alliés européens et le Canada financent désormais la majeure partie de l’aide à la sécurité destinée à l’Ukraine, par des voies bilatérales et multilatérales. Les Alliés soulignent que ce soutien doit être équitable, prévisible et durable à long terme. Pour 2026, les Alliés s’engagent à fournir à l’Ukraine des équipements militaires, une assistance et une formation pour une valeur de 70 milliards d’euros, et réaffirment leurs engagements souverains de maintenir des niveaux au moins équivalents en 2027. À cet égard, nous saluons la décision de l’Union européenne d’octroyer un financement pluriannuel à l’Ukraine au moyen du prêt de soutien à l’Ukraine.

5) L’Alliance continue de réagir à la concurrence stratégique, à l’instabilité généralisée, aux menaces hybrides et aux chocs récurrents qui caractérisent notre environnement de sécurité au sens large, et de s’y adapter. Les Alliés réaffirment que l’Iran ne doit jamais se doter de l’arme nucléaire et l’appellent à respecter pleinement la liberté de navigation dans le détroit d’Ormuz. 

6) Nous exprimons notre reconnaissance pour la généreuse hospitalité que nous a témoignée la Türkiye. Nous nous réjouissons à la perspective de notre prochaine réunion.

https://www.nato.int/en/about-us/official-texts-and-resources/official-texts/2026/07/08/the-ankara-summit-declaration?utm_source=multi&utm_medium=social&utm_campaign=ankara-declaration 

✧ Engagement inébranlable envers l’article 5 

✧ Augmentation des investissements de défense 

✧ Livraison de nouvelles capacités 

✧ Montée en puissance de la production industrielle 

✧ Alliés européens et Canada assumant une plus grande responsabilité


 

5)  Le président américain Donald Trump :

« Je ne veux même pas faire de commerce avec l'Espagne, un allié de l'OTAN absolument horrible. Je vais couper tout le commerce, et même annuler la visite. » Les Espagnols paient le prix de leur fermeté...« L'Espagne est une cause perdue. D'ailleurs, nous ne voulons plus faire d'affaires avec l'Espagne... L'Espagne est un partenaire déplorable au sein de l'OTAN. Ils ne participent pas, ils ne paient pas. Je ne veux rien avoir à faire avec l'Espagne. » Le président Trump a quitté la pièce en passant juste devant le Premier ministre socialiste espagnol Pedro Sánchez lors du sommet de l'OTAN, après avoir coupé les échanges commerciaux avec l'Espagne 🔥 Il a également été aperçu dans la même salle que la Première ministre italienne Meloni, après leur différend. Ils savent qui est le patron !

Incroyable. Le président Trump vient de démolir l'OTAN, les qualifiant en substance de profiteurs qui méritent à peine sa présence — si ce n'était pour la Turquie. « L'ITALIE nous a dit non. L'ALLEMAGNE nous a dit non. La FRANCE nous a dit non. » « Nous n'avons pas été bien traités. » « J'ai été très déçu par l'OTAN. Franchement ? Si cela ne s'était pas tenu en Turquie... il est possible que je n'y aurais pas assisté. J'ai estimé devoir le faire parce qu'[Erdogan] s'est investi à fond. » « D'une certaine manière, je testais les gens ! » « Pourquoi dépensons-nous des centaines de milliards de dollars ? Ils n'étaient pas là pour nous, alors que nous avons été là pour eux. » « Nous protégeons les pays européens... on pourrait penser qu'ils seraient tout à fait disposés à faire quelque chose pour nous aider. Et ils ne l'étaient vraiment pas. » 

Après le manque de respect odieux dont Trump a fait preuve envers Giorgia Meloni, la voilà qui serre la main de cette hémorroïde orange malfaisante lors du sommet de l'OTAN. On voit bien qu'elle le déteste, ce connard : un simple « Vaffanculo » et un coup de poing dans la gorge auraient suffi.

Trump lors de sa rencontre avec Zelensky au sommet de l'OTAN : Les frappes de l'Ukraine contre l'industrie pétrolière russe constituent une escalade susceptible de contribuer à mettre fin [à la guerre].

Trump à propos d'Erdogan et de Netanyahu : J'apprécie le président Erdogan. Il m'a réservé un accueil en grande pompe. Il est formidable. Mais Bibi a tenu des propos virulents hier au sujet de la Turquie et d'Erdogan. Et je lui ai dit — enfin, je me suis entretenu avec lui — : il aurait pu entrer en guerre, car il n'aime pas beaucoup Israël. Et il n'aime pas beaucoup Bibi. Mais il ne l'a pas fait, grâce à moi. Pourtant, c'est une puissance militaire. Des millions de soldats. La Turquie est très puissante. Ils possèdent une grande partie de nos meilleurs équipements. Ils cherchent à obtenir des F-35. Mais il n'est pas intervenu. Il en avait envie. Il serait intervenu. Sans mon intervention, il serait passé à l'action. Et il se serait retrouvé dans le camp adverse.  


 

6) Rand Paul

Depuis des décennies, l'Amérique porte le fardeau le plus lourd au sein de l'OTAN, réglant la note et assumant les risques, tandis que des alliés fortunés consacrent trop peu de moyens à leur propre défense. Ce n'est pas un partage de la charge. C'est un transfert de charge, et cela coûte cher au contribuable américain depuis bien trop longtemps. Rand Paul 

7) Le baise-main Macron

Un moment de gêne entre Emmanuel Macron et la Première dame de Turquie lors du sommet de l'OTAN fait le buzz. Les images de l'événement semblent montrer le président français tentant de baiser la main d'Emine Erdoğan ; toutefois, celle-ci retient son poignet, empêchant ainsi le geste d'aboutir. Cela dit, il est également possible que Macron n'ait jamais eu l'intention de poser réellement ses lèvres sur la main de son interlocutrice. Selon le protocole diplomatique moderne, lorsqu'un tel geste est effectué, il revêt généralement une portée symbolique plutôt que de constituer un véritable baisemain. Quoi qu'il en soit, la vidéo a suscité de vifs débats sur les réseaux sociaux. Lors du sommet de l'OTAN, le président français Macron, qui tentait d'établir une supériorité diplomatique face au président Erdoğan, avait vécu un bref moment de stupeur lorsqu'il s'était heurté à une manœuvre inattendue.
 
Il peut tout se permettre. Tout lui réussit. Chaque jour d’autres bras d’honneur Tous ses caprices sont satisfait (dont le footing à Ankara … ) Il pourrait marcher sur l’eau, annoncer lui-même qu’il est l’Antéchrist, preuves à l’appui, que des millions de cerveaux lessivés par leurs gourous continueraient encore à le prendre pour un génie… ou à prétendre qu’il n’est qu’un pantin. En attendant, il a ses lunettes de soleil, sa main dans la poche. L’allure est parfaite. Le décor aussi. Bref, il est prêt pour la guerre… et il paraît qu’il cache admirablement son jeu. Mais tout va bien. Il s’en va bientôt, c’est bien ça ? Bertrand SCHOLLER

 

 


 

D) - Leçons post-occidentales du G7

La participation renforcée de l’Inde au sommet du G7 organisé à Évian (15-17 juin) illustre la transformation profonde de l’ordre international. À l’heure où les puissances émergentes s’affirment et relativisent la centralité de l’Occident, le partenariat franco-indien éclaire, selon Max-Erwann Gastineau, les conditions d’une adaptation réussie à ce nouvel âge géopolitique.

La désoccidentalisation du monde se poursuit. Bien comprise, elle ne désigne pas un projet dirigé contre l’Occident, mais un processus historique de redistribution de la puissance à l’échelle mondiale. L’ascension de l’Inde, invitée au sommet du G7 depuis 2019 et associée pour la première fois cette année aux réunions préparatoires d’Évian, en constitue un symbole éloquent. Mais elle n’est que l’écume d’un mouvement de fond dont la démographie et les échanges commerciaux témoignent.

En 2025, près de 80 % de la population mondiale et de la croissance économique se concentraient dans les pays du Sud. Dans cette recomposition, l’Asie s’affirme comme le nouveau centre de gravité. L’excellence éducative et industrielle de ses nations lui permet de former une part croissante des ingénieurs de la planète. En 2025, la France occupait la dixième place mondiale parmi les pays formant le plus d’ingénieurs, ce qui la situait au deuxième rang occidental derrière les États-Unis, classés quatrièmes – les huit autres places étant occupées par des puissances non occidentales, parmi lesquelles la Chine, l’Inde, l’Iran ou encore l’Indonésie. L’évolution du sous-continent indien est tout aussi révélatrice. Alors qu’en 1987 l’ensemble des pays d’Asie du Sud appartenait à la catégorie des économies à faible revenu, ils n’étaient plus que 13 % dans ce cas en 2023. Le monde change ; l’Occident doit lui aussi changer.

La France dispose de solides ressources doctrinales pour s’adapter à cette réalité nouvelle. Elle a longtemps défendu l’avènement d’un monde multipolaire, fondé non sur la domination d’un centre unique mais sur un équilibre entre nations libres de déterminer leur propre destin et de coopérer autour d’intérêts communs ou de causes universelles, comme la cause climatique incarnée par les Accords de Paris signés en 2015.

Les lignes de force du « tiers-mondisme gaullien » qui a longtemps imprégné la marque française sur la scène internationale n’ont ainsi rien perdu de leur pertinence. À l’heure où les États du Sud revendiquent pleinement leur autonomie stratégique, relativisent la centralité et la puissance, jadis quasi monopolistique, de l’Occident, ces lignes apparaissent même d’une étonnante actualité. Emmanuel Macron s’est inscrit dans cette filiation en adaptant l’indépendantisme gaullien à l’ambition d’une « Europe autonome ». Hors d’Occident, il plaide régulièrement pour une « troisième voie » synonyme d’émancipation des grandes puissances. Lors de son déplacement en Indonésie, en juillet 2024, pays-berceau de la conférence de Bandung de 1955 où naquit le mouvement des non-alignés, il appelait ainsi Paris et Jakarta à renforcer leur coopération face à la rivalité sino-américaine. La même logique l’avait conduit à envisager la participation de la France au sommet des BRICS de Johannesburg. À l’instar du Canada de Mark Carney, qui cherche à desserrer sa dépendance à l’égard d’un environnement nord-américain devenu suffocant, la France mise sur le rapprochement des puissances moyennes. L’axe franco-indien constitue l’une des expressions les plus abouties de cette stratégie.

L’Inde est devenue bien davantage qu’un partenaire historique. Elle constitue l’une des figures les plus emblématiques du nouvel âge géopolitique qui s’ouvre et, à bien des égards, un modèle de compréhension du monde post-occidental. En amont du G7 d’Évian, Paris et New Delhi ont affiché leur bonne entente, matérialisée par la multiplication de projets de coopération dans les secteurs stratégiques du nucléaire, de l’intelligence artificielle ou encore de la défense.

Expression paroxystique du « multi-alignement » théorisé par son ministre des Affaires étrangères, Subrahmanyam Jaishankar, l’Inde incarne la logique des puissances émergentes contemporaines : réticentes aux alliances rigides, adeptes des partenariats multiples, indifférentes aux clivages idéologiques qui opposent les États et structurent encore largement les perceptions occidentales des relations internationales. Se percevant lui-même comme le produit d’une trajectoire historique et civilisationnelle singulière, qui ne saurait donc être subsumée sous un universalisme abstrait, le pays de Modi prend acte de l’irréductible diversité du monde.

Cette approche n’est pas sans résonance avec une certaine tradition diplomatique hexagonale. L’histoire des relations franco-indiennes le rappelle. En 1998, New Delhi reprend ses essais nucléaires. Alors que la communauté internationale les condamne et que plusieurs pays, à commencer par les États-Unis, menacent l’Inde de sanctions, la France choisit une autre voie. À l’initiative de son ambassadeur Claude Blanchemaison, elle noue avec l’Inde un partenariat stratégique qui unit aujourd’hui encore les deux pays.

Avec le recul, la portée de cette décision apparaît avec évidence. Elle témoigne de ce que peut produire une diplomatie capable de s’affranchir des réflexes du moment, de résister aux conformismes internationaux et de discerner, derrière les controverses immédiates, les équilibres de long terme. Dans un monde marqué par la multiplication des centres de puissance et la diversité des trajectoires nationales, cette capacité constitue un atout stratégique majeur. Elle rappelle l’urgence de disposer d’un corps de diplomates aguerris. Elle envoie aussi un message à l’Europe.

Si le cadre européen, sur lequel le président Macron a beaucoup misé, demeure un levier essentiel, sa lourdeur institutionnelle et la diversité des intérêts nationaux qu’il agrège ne favorisent pas l’audace diplomatique ni la souplesse stratégique. L’Europe doit miser sur la force d’initiative de ses nations et sur leurs traditions géopolitiques. Le partenariat franco-indien l’illustre. Il rappelle qu’à l’heure où le centre de gravité du monde se déplace vers les puissances émergentes, la capacité à comprendre l’autre et à bâtir des relations de confiance par-delà les murs de l’idéologie constituera l’un des principaux ressorts de la puissance. La France le sait plus que d’autres et l’Europe aura besoin de cette France-là : une France libre dans ses analyses, indépendante dans ses choix et ouverte aux nouvelles réalités du siècle qui s’affirme.

Max-Erwann Gastineau

Max-Erwann Gastineau est un essayiste, politologue et chroniqueur français. Diplômé en histoire et en relations internationales, il a étudié au Canada puis à Trinité-et-Tobago. Son parcours professionnel l’a conduit en Chine, aux Nations unies, à l’Assemblée nationale ainsi que dans le secteur de l’énergie, où il a notamment occupé le poste de directeur des affaires publiques et territoires chez France Gaz. Il est l’auteur de deux ouvrages publiés aux éditions du Cerf : Le Nouveau Procès de l’Est (2019), consacré aux fractures culturelles et politiques entre l’Europe de l’Est et l’Europe de l’Ouest, et L’Ère de l’affirmation : répondre au défi de la désoccidentalisation (2023), qui analyse le recul de l’influence occidentale. Il a également contribué au Dictionnaire des populismes et publie régulièrement des tribunes dans Le Figaro Vox, Marianne, Atlantico, ainsi que dans Front Populaire.

https://nouvellerevuepolitique.fr/lecons-post-occidentales-du-g7/

 

E) - Washington, Téhéran et la paix sous surveillance : L’accord qui divise le sommet américain

À Washington, les accords avec l’Iran ont toujours produit le même effet : ils ne ferment jamais une crise, ils en ouvrent une autre. Cette fois encore, l’annonce d’un accord-cadre entre les États-Unis et la République islamique ne ressemble pas à une victoire diplomatique classique. Elle ressemble plutôt à une fracture ouverte au cœur même du pouvoir américain, entre ceux qui veulent arrêter l’escalade et ceux qui voient dans cette désescalade le piège le plus ancien de Téhéran : gagner du temps, obtenir un desserrement économique, préserver l’essentiel du dispositif nucléaire.

Le désaccord est d’autant plus grave qu’il ne se situe pas à la périphérie de l’administration Trump, mais en son centre. Le directeur de la CIA, John Ratcliffe, aurait averti le président et les principaux responsables de la sécurité nationale que les renseignements américains nourrissent de sérieux doutes sur la volonté réelle de l’Iran de respecter les concessions nucléaires exigées par Washington. Le soupçon est classique, mais lourd : les responsables iraniens tiendraient un langage aux négociateurs et un autre en privé. Autrement dit, la diplomatie officielle dirait la paix, tandis que les conversations internes parleraient encore de manœuvre, de résistance et de calcul.

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La sécurité nationale contre la politique

Le front sceptique ne se limite pas au renseignement. Marco Rubio, à la tête de la diplomatie américaine, et Pete Hegseth, responsable de la Défense, partageraient la même prudence, sinon la même opposition. Leur crainte est simple : l’Iran pourrait utiliser l’accord pour obtenir une respiration économique sans démanteler réellement les éléments sensibles de son programme nucléaire. Dans cette lecture, l’accord ne serait pas une capitulation iranienne, mais une suspension tactique, un répit obtenu au moment où les pressions militaires, financières et régionales devenaient trop fortes.

C’est ici que la logique stratégique rejoint la logique économique. Pour Téhéran, toute levée, même partielle, des sanctions représente de l’oxygène. Elle permet de rouvrir des circuits commerciaux, de stabiliser une monnaie affaiblie, de rassurer une partie de l’appareil d’État et de montrer à la population que la résistance n’a pas conduit seulement à l’asphyxie. Pour Washington, en revanche, le risque est inverse : donner trop tôt une récompense économique sans avoir obtenu une transformation vérifiable du comportement iranien. L’enjeu n’est donc pas seulement nucléaire. Il est géoéconomique : qui paie le prix de la crise, qui encaisse le dividende de la désescalade, qui garde la main sur le calendrier.

Le pari de Vance

Face aux réserves du renseignement et de l’appareil de sécurité, JD Vance défend une autre ligne. Elle n’est pas idéaliste, mais brutalement politique. Selon cette approche, les États-Unis ne renonceraient à rien d’essentiel, puisque les sanctions ne seraient allégées qu’après le retour des inspecteurs internationaux, la vérification du stock d’uranium enrichi et l’obtention de garanties concrètes. Washington garderait donc la contrainte militaire, la pression économique et l’arme diplomatique.

Cette position explique pourquoi Vance a pu imposer son rythme. Il parle le langage que Trump comprend le mieux : celui du résultat visible. La réouverture du détroit d’Ormuz, la baisse des tensions sur les marchés de l’énergie, le reflux possible des prix et la promesse d’une stabilisation avant les élections de mi-mandat comptent autant que les clauses techniques de l’accord. Pour Trump, la paix n’est jamais seulement une architecture diplomatique. C’est une scène, une image, un acte de puissance personnelle. Il veut pouvoir dire qu’il a frappé, négocié, obtenu, puis refermé le dossier.

Les médiateurs et le retour des puissances intermédiaires

Le rôle du Pakistan confirme une évolution profonde des crises contemporaines. Les grandes puissances frappent, sanctionnent, menacent, mais elles ont souvent besoin d’acteurs intermédiaires pour sortir du piège qu’elles ont elles-mêmes contribué à construire. Islamabad peut parler à plusieurs mondes : aux États-Unis, au monde musulman, à la Chine, aux pays du Golfe et, indirectement, aux circuits iraniens. Dans cette affaire, le Pakistan ne garantit pas la paix ; il fournit un passage. Il permet à chacun de reculer sans déclarer qu’il recule.

Cette médiation souligne aussi l’affaiblissement relatif des canaux diplomatiques traditionnels américains. Vance affirme avoir contourné une partie de la bureaucratie de Washington pour établir des contacts avec les différentes composantes du pouvoir iranien. Si cela est exact, cela signifie que la Maison-Blanche a préféré une diplomatie verticale, rapide, politique, à une diplomatie institutionnelle, lente et procédurière. C’est efficace quand tout se passe bien. C’est dangereux quand l’autre partie transforme la souplesse en vulnérabilité.

Une lecture militaire prudente

Sur le plan militaire, l’accord ne supprime pas le rapport de force. Il le suspend. Les États-Unis conservent leur présence régionale, leurs capacités de frappe, leurs moyens de surveillance et leurs alliances. L’Iran, de son côté, conserve son réseau d’influence, ses relais régionaux et sa capacité à perturber les équilibres du Golfe. Le détroit d’Ormuz reste la clé de voûte de cette confrontation : tant qu’il est ouvert, les marchés respirent ; dès qu’il se referme ou se militarise, le prix de l’énergie devient une arme politique mondiale.

L’accord ne vaut donc que par les mécanismes de vérification qui suivront. Si les inspecteurs internationaux reviennent réellement, si les stocks sensibles sont contrôlés, si le calendrier est public et contraignant, Trump et Vance pourront présenter leur pari comme une manœuvre de réalisme. Si, au contraire, l’Iran gagne du temps, divise les Américains et obtient des avantages économiques sans concessions irréversibles, l’accord deviendra le symbole d’une faiblesse stratégique.

La fracture américaine comme signal géopolitique

La vraie nouveauté n’est peut-être pas l’accord avec l’Iran, mais la guerre interne qu’il révèle à Washington. D’un côté, les responsables du renseignement et de la sécurité nationale raisonnent en termes de méfiance, de continuité des menaces et de précédents historiques. De l’autre, le noyau politique Trump-Vance raisonne en termes de fenêtre électorale, de stabilité énergétique et de victoire narrative. Les premiers craignent une ruse iranienne. Les seconds craignent une guerre sans issue.

C’est toute la contradiction de la puissance américaine qui apparaît ici. Les États-Unis disposent encore d’une supériorité militaire considérable, mais ils ne peuvent pas bombarder indéfiniment sans payer un prix économique et politique. Ils peuvent imposer des sanctions, mais pas toujours contrôler leurs effets secondaires sur les marchés mondiaux. Ils peuvent exiger la capitulation stratégique de l’adversaire, mais doivent ensuite accepter des compromis pour empêcher l’escalade.

Un succès ou un piège

L’accord de Genève, s’il est confirmé, ne sera donc pas une paix. Ce sera une épreuve. Une épreuve pour l’Iran, sommé de prouver que sa parole vaut davantage qu’une manœuvre. Une épreuve pour Trump, qui veut transformer une crise militaire en victoire politique. Une épreuve pour Vance, qui engage son autorité sur un pari immense : convaincre que l’on peut négocier avec Téhéran sans être dupé par Téhéran.

Si l’Iran respecte les engagements, la Maison-Blanche criera au coup de maître. Si l’Iran joue double, la CIA pourra dire qu’elle avait prévenu. Entre ces deux scénarios, il existe une zone grise, probablement la plus réaliste : un accord partiel, fragile, contesté, utile à court terme pour calmer les marchés et ralentir l’escalade, mais incapable de résoudre le problème de fond. Car le nucléaire iranien n’est pas seulement une question technique. C’est le symbole d’un rapport de force régional, d’une souveraineté revendiquée, d’une défiance ancienne et d’un ordre moyen-oriental que personne ne parvient plus vraiment à stabiliser.

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F) - La guerre transparente qui voit tout et ne parvient plus à gagner

Le grand mirage de la supériorité technologique

Depuis au moins trente ans, les grandes puissances ont entretenu une conviction rassurante : la technologie devait rendre la guerre plus brève, plus précise, plus contrôlable. Satellites, radars, capteurs, drones, munitions guidées, systèmes informatiques, intelligence artificielle et réseaux de commandement devaient réduire l’incertitude, raccourcir le délai entre l’identification d’une cible et sa destruction, transformer le champ de bataille en une surface lisible.

L’Ukraine, l’Iran, le Moyen-Orient, la mer Rouge et les nouvelles tensions dans l’Indo-Pacifique montrent exactement l’inverse. La technologie n’a pas aboli le frottement de la guerre. Elle l’a multiplié. Elle n’a pas dissipé le brouillard de la guerre. Elle l’a remplacé par une tempête de données, d’images, de signaux, de coordonnées et d’informations souvent partielles, redondantes ou incompatibles.

Le résultat est paradoxal : les armées voient davantage, mais ne comprennent pas toujours mieux ; elles frappent plus vite, mais ne gagnent pas nécessairement ; elles détruisent davantage de cibles, mais ne transforment pas automatiquement la destruction en solution politique.

La zone de mort ukrainienne

La guerre en Ukraine est le laboratoire le plus évident de cette transformation. Dans les zones créées par les drones des deux camps, l’infanterie vit une condition psychologique et matérielle terrible. Les soldats savent que chaque mouvement peut être observé depuis le ciel, transmis à un opérateur dissimulé, transformé en coordonnées, puis en mort.

Autour de villes comme Myrnohrad, dans l’oblast de Donetsk, avancer de quelques kilomètres peut devenir une entreprise presque impossible. Les soldats ne redoutent pas seulement l’artillerie ou le tir direct. Ils redoutent le léger bourdonnement au-dessus de leur tête, le drone à vision embarquée, l’appareil bon marché qui poursuit un homme isolé, une ambulance, un véhicule logistique, une position d’artillerie.

Le front s’est transformé en une bande létale profonde d’au moins cinq kilomètres et, dans certains secteurs, bien davantage. Là, il n’est pas seulement risqué de combattre. Il est risqué d’apporter de la nourriture, de l’eau, des munitions, d’évacuer les blessés, de déplacer des véhicules, de réparer des lignes, d’installer des antennes, de transférer un commandant d’une position à l’autre.

La guerre moderne promettait la vitesse. En Ukraine, elle a produit l’immobilité.

Le drone : arme pauvre, effet stratégique

Le symbole de cette nouvelle phase est le drone. Non seulement les grands appareils stratégiques, mais surtout les petits engins économiques, adaptables, souvent issus de technologies civiles. Leur production repose en partie sur des composants proches de ceux de l’électronique grand public : batteries, caméras, logiciels, antennes, circuits, systèmes de transmission.

C’est précisément cette simplicité qui accélère leur évolution. Les logiciels doivent être mis à jour en permanence ; en quelques semaines, un système peut devenir dépassé ; en quelques mois, même les composants matériels peuvent changer. De nouvelles générations d’appareils apparaissent et disparaissent avant même que la ligne de front se soit déplacée de quelques mètres.

Au début du conflit ukrainien, les Bayraktar turcs furent célébrés comme des instruments décisifs contre les colonnes russes marchant vers Kiev. Ils le furent en partie, mais pour peu de temps. Leur effet militaire fut réel mais limité ; leur valeur de propagande fut immense. Puis la guerre s’est adaptée. Les Russes ont amélioré leurs défenses, leurs camouflages, leurs brouillages électroniques, leurs protections et leurs procédures. Les Ukrainiens, à leur tour, ont multiplié les drones plus petits, plus discrets, plus économiques, souvent utilisés en essaims.

C’est l’une des leçons essentielles : aucune innovation ne reste invincible. Toute arme nouvelle suscite une contre-mesure. Tout avantage technique provoque une adaptation de l’adversaire.

L’impasse technologique

La technologie ne produit pas toujours la supériorité. Souvent, elle produit l’équilibre. Si deux armées disposent toutes deux de capteurs, de drones, d’artillerie guidée, de systèmes de brouillage, de communications satellitaires et d’opérateurs entraînés, le résultat n’est pas nécessairement la victoire rapide de l’une d’elles. Il peut être une impasse plus cruelle.

L’artillerie reste centrale, mais elle doit tirer et se déplacer aussitôt. Les chars ne disparaissent pas, mais ils deviennent des cibles vulnérables. L’infanterie demeure indispensable, mais elle doit se disperser, creuser, se camoufler, bouger peu et avec une extrême prudence. Les arrières ne sont plus vraiment des arrières : dépôts, postes de commandement, hôpitaux de campagne, ponts, convois, antennes et générateurs sont tous exposés.

Même les armes de précision peuvent voir leur efficacité se dégrader rapidement lorsque l’adversaire apprend à brouiller les signaux ou à tromper les systèmes. C’est arrivé avec certains obus guidés, dont l’efficacité a fortement diminué après l’introduction de contre-mesures électroniques. C’est arrivé aussi avec l’emploi de drones contrôlés par fibre optique, une solution presque ancienne, mais utile car moins vulnérable aux brouillages radio.

La guerre de demain ne sera donc pas seulement numérique. Elle sera aussi un retour aux solutions robustes, simples, redondantes, capables de fonctionner lorsque le réseau se brise.

La défense est redevenue plus forte que l’attaque

Sur le plan stratégique et militaire, la conclusion est sévère : aujourd’hui, la défense est souvent plus forte que l’attaque. Non pas parce qu’attaquer serait impossible, mais parce que l’attaque est plus visible, plus lente, plus coûteuse.

Pour avancer, il faut des hommes, des véhicules, du génie militaire, de l’artillerie, de la défense antiaérienne, de la guerre électronique, des réserves, de la logistique, une protection des communications, une capacité à réparer et à remplacer rapidement ce qui est détruit. Posséder l’arme la plus moderne ne suffit pas. Il faut un système complet.

Même la supériorité aérienne, pilier de la puissance occidentale, n’est plus absolue. Face à des adversaires dotés de missiles, de radars mobiles, de défenses antiaériennes, de drones et de systèmes de brouillage, conquérir le ciel est difficile ; le conserver l’est encore davantage. À certaines altitudes, l’espace aérien est de plus en plus dominé par des instruments économiques produits en série.

La supériorité ne sera plus permanente. Elle sera locale, temporaire, construite dans des fenêtres étroites : un secteur du front, quelques heures, un couloir opérationnel. Celui qui saura créer ces poches pourra avancer. Celui qui n’y parviendra pas restera cloué sur place.

L’Iran et le piège de la cible

Le cas iranien montre une autre limite de la guerre technologique. Des opérations conduites avec des avions avancés, des radars, des satellites, des drones et des munitions de précision peuvent frapper durement un arsenal, mais pas nécessairement le détruire.

L’Iran dispose d’un territoire vaste, montagneux, adapté à la dispersion. Il peut déplacer des lanceurs, cacher des missiles, protéger des dépôts, utiliser des structures souterraines, des redondances et des leurres. Même lorsqu’une campagne élimine une part significative des capacités balistiques, le problème demeure : si le reste de l’arsenal survit, la capacité de représailles survit aussi.

C’est ici que s’effondre le mythe du coup décisif. Si quatre cents cibles ne suffisent pas, on rêve d’en frapper quatre mille. Si quatre mille ne suffisent pas, on en demande encore davantage. Mais multiplier les cibles ne signifie pas avoir une stratégie. Cela signifie souvent remplacer la politique par la comptabilité.

L’intelligence artificielle et l’usine à objectifs

La nouvelle frontière est l’accélération du cycle entre le capteur et l’arme. L’objectif est de réduire le temps qui s’écoule entre l’identification d’une cible et sa frappe. Certains systèmes cherchent à intégrer des dizaines ou des centaines de sources différentes : satellites, reconnaissance, interceptions, banques de données, capteurs terrestres, observateurs, images, réseaux informatiques.

Au Royaume-Uni et aux États-Unis, on travaille sur des modèles capables de produire des listes de cibles toujours plus rapidement. L’idée est d’arriver à des milliers d’objectifs élaborés chaque jour. Mais c’est précisément là que naît le danger le plus grave. Lorsque l’appareil militaire devient capable de produire industriellement des objectifs, la question stratégique peut disparaître : frapper pourquoi ? Pour obtenir quel effet politique ? Avec quelle limite ? Avec quelle sortie ?

Au Vietnam, les États-Unis s’étaient fiés au décompte des morts comme mesure du succès. En Afghanistan, les talibans furent plusieurs fois déclarés frappés, épuisés, presque vaincus. À la fin, ils ont gagné politiquement. Le même piège peut réapparaître aujourd’hui sous une forme technologiquement plus sophistiquée : non plus seulement le nombre des morts, mais le nombre des cibles frappées.

Le syndrome de la mitrailleuse

Il existe une vieille illusion impériale : posséder l’arme la plus moderne signifie posséder la victoire. La mitrailleuse donna aux Européens un avantage terrible durant l’expansion coloniale, mais elle n’effaça pas la résistance des peuples soumis. Aujourd’hui, la même illusion revient sous une autre forme : la conviction que la puissance technologique, dans sa version la plus précise et la plus moderne, serait décisive à elle seule.

Mais la guerre n’est pas un concours d’instruments. C’est un affrontement de volontés. On peut frapper des dépôts, des ponts, des centrales, des radars, des lanceurs, des navires, des bases, des commandants. Mais si l’on ne brise pas la volonté politique de l’adversaire, si l’on ne construit pas un ordre après le bombardement, si l’on ne transforme pas la force en résultat politique, la guerre continue.

Israël peut frapper avec une grande précision. Les États-Unis peuvent coordonner des campagnes immenses. La Russie peut mobiliser la masse. L’Iran peut survivre et répondre de manière asymétrique. La Chine peut observer et se préparer. Mais personne ne peut échapper à la règle fondamentale : la destruction n’est pas encore la victoire.

Les exercices de l’Otan et le problème des armées non éprouvées

Les exercices de l’Otan en Estonie, comme Hedgehog, puis d’autres manœuvres européennes, ont mis en lumière un point inquiétant : de nombreuses forces armées occidentales n’ont pas encore réellement expérimenté les nouvelles formes de guerre. Des observateurs ukrainiens et des opérateurs de drones ont contribué à tester les plans de défense, mais les résultats n’ont pas toujours été rassurants.

L’entraînement ordonné, chorégraphié, protégé, ne prépare pas nécessairement à une guerre où les postes de commandement, la logistique, l’artillerie, les véhicules, les ponts, les dépôts et les soldats isolés sont constamment observables et attaquables. Les armées qui n’ont pas fait l’expérience directe de cette réalité tendent à sous-estimer la vitesse du changement.

Le risque occidental est d’investir des sommes énormes dans la technologie d’hier en croyant qu’elle est encore celle de demain. Des moyens lourds, coûteux, difficiles à produire et à réparer peuvent rester indispensables, mais ils deviennent vulnérables s’ils ne sont pas intégrés à des systèmes économiques, nombreux, sacrifiables et rapidement remplaçables.

Chars, avions et navires : pas morts, mais plus exposés

Le char n’est pas mort, mais il est devenu plus difficile à employer. Un véhicule blindé reste une force puissante lorsqu’il peut évoluer dans une fenêtre de supériorité locale. Mais s’il est observé, poursuivi et frappé par des appareils économiques, son utilité change. Il en va de même pour l’aviation et pour les flottes.

En mer Noire, en mer Rouge et le long des littoraux contestés, les navires doivent compter avec les missiles, les mines, les petites embarcations, les drones navals et aériens, les batteries côtières. La mer n’est plus un espace de liberté absolue pour les grandes plateformes. Comme sur terre, sur l’eau aussi, la masse coûteuse doit cohabiter avec des instruments économiques capables d’infliger des dommages disproportionnés.

La guerre future sera donc hybride non pas au sens journalistique du terme, mais au sens industriel et opérationnel : quelques systèmes avancés, beaucoup de systèmes économiques, des hommes, des machines, des réseaux, des leurres, des redondances.

La guerre comme épreuve industrielle

Le scénario économique est gigantesque. La guerre technologique ne coûte pas moins cher. Elle coûte autrement. Un petit drone peut être économique, mais le système qui le rend utile exige des composants électroniques, des batteries, des fibres optiques, des antennes, des logiciels, des capteurs, des réseaux de communication, des ateliers mobiles, de la formation, des opérateurs, des pièces de rechange, des stocks.

Le conflit de haute intensité consume tout : munitions, hommes, carburant, véhicules, pièces de rechange, systèmes électroniques, temps industriel. C’est pourquoi la puissance militaire coïncide de nouveau avec la puissance productive. Gagne celui qui produit, répare, met à jour et remplace plus vite.

Pour l’Europe, la leçon est brutale. Il n’existe pas d’autonomie stratégique sans usines, munitions, chantiers, stocks, techniciens, hommes entraînés et chaînes d’approvisionnement sûres. Les déclarations politiques n’arrêtent pas les missiles. Les conférences ne remplacent pas les dépôts. Les promesses de réarmement ne valent que si elles deviennent des capacités réelles.

Géoéconomie de la guerre longue

La nouvelle guerre est une guerre de chaînes d’approvisionnement. Celui qui contrôle les semi-conducteurs, les terres rares, les batteries, l’énergie, les câbles, les satellites, les logiciels, les ports et les réseaux contrôle une partie de la capacité militaire. La distinction entre économie civile et appareil militaire devient de plus en plus mince.

Un composant conçu pour le marché civil peut devenir une partie d’un système d’arme. Une dépendance commerciale peut se transformer en vulnérabilité stratégique.

Les États-Unis, la Chine, la Russie, l’Iran et l’Europe ne rivalisent pas seulement par leurs arsenaux. Ils rivalisent par leur profondeur économique : qui peut soutenir une guerre longue ? Qui peut produire en masse ? Qui peut absorber les pertes ? Qui peut s’adapter le plus vite ?

La guerre future récompensera le mélange : armes avancées et instruments économiques, qualité et quantité, intelligence artificielle et ateliers, satellites et infanterie, précision et masse industrielle.

Ukraine, Taïwan et risque nucléaire

La leçon ukrainienne pèse aussi sur l’Indo-Pacifique. La Chine observe attentivement. Une éventuelle opération contre Taïwan ne serait pas une simple répétition du scénario ukrainien, mais certains problèmes y seraient encore plus durs : lignes de ravitaillement exposées, île technologiquement avancée, mer à traverser, plateformes vulnérables, sous-marins, missiles, surveillance, défense stratifiée.

Dans un tel scénario, les États-Unis pourraient ne pas se limiter à frapper des navires ou des avions isolés. Ils pourraient chercher à paralyser le tissu conjonctif de la machine militaire chinoise : communications, commandement, contrôle, réseaux décisionnels. Mais ici apparaît un risque extrême. Beaucoup de ces systèmes sont également liés à la gestion des forces nucléaires. Frapper rapidement les réseaux permettant à la Chine de contrôler son appareil militaire pourrait provoquer des erreurs d’évaluation catastrophiques.

Le monde n’a plus la stabilité de la guerre froide. Les traités de maîtrise des armements se sont affaiblis ou ont disparu. Les puissances nucléaires sont plus nombreuses et plus nerveuses. Les leçons tirées de la Corée du Nord, de l’Irak et de l’Iran sont inquiétantes : celui qui renonce totalement à l’ambition nucléaire peut devenir vulnérable ; celui qui résiste peut mieux survivre.

Les inquiétudes sur l’usage tactique du nucléaire en Ukraine ont montré que les lignes rouges ne sont plus très claires. Et un monde sans lignes rouges lisibles est un monde plus dangereux.

La fausse pacification des statistiques

Pendant des années, certains chercheurs ont soutenu que la guerre était en déclin. Les données semblaient en partie leur donner raison : moins de guerres entre grandes puissances, moins de morts que dans certaines tragédies du XXe siècle, davantage de dissuasion. Mais les dernières années ont fissuré cette lecture.

Le nombre de conflits armés impliquant des États a augmenté. Les guerres sont revenues au centre de la politique mondiale. Il est vrai que, dans de nombreux cas, les morts au combat ont diminué par rapport au passé, mais cela dépend aussi de l’amélioration des protections, de la médecine de campagne et des procédures d’évacuation. Beaucoup de soldats qui autrefois seraient morts survivent aujourd’hui blessés.

C’est un progrès humain, non la preuve d’une pacification mondiale. La guerre n’est pas terminée. Elle a changé.

L’érosion du droit

Il existe enfin une conséquence morale et juridique. La guerre hypertechnologique est montrée par des vidéos, des réseaux sociaux, des canaux officiels, des images de destruction, d’explosions et de cibles atteintes. La violence devient séquence visuelle, preuve d’efficacité, matériau de propagande. Le risque est l’accoutumance.

La transparence ne produit pas nécessairement la vérité. Elle peut produire le spectacle. Dans les conflits contemporains se diffusent des images de soldats poursuivis par des drones, d’hommes blessés frappés une seconde fois, d’explosions montées avec une musique agressive, d’images transformées en propagande émotionnelle. La guerre à distance risque de devenir une exécution télécommandée.

Le droit de la guerre, déjà fragile, est érodé par un langage vindicatif. On parle de représailles, de punitions collectives, de catégories entières d’objectifs : ponts, centrales, infrastructures, réseaux. Mais un pont utilisé aussi par des civils n’est pas automatiquement illégal à frapper s’il sert à des fins militaires ; de même, le fait qu’une cible ait une valeur militaire n’autorise pas n’importe quelle forme de destruction. La distinction est difficile, mais précisément pour cette raison essentielle.

Lorsque la politique abandonne ces distinctions et se réfugie dans la vengeance, la technologie devient un multiplicateur de déshumanisation.

La vraie leçon

La technologie peut trouver une cible. Elle peut guider un missile. Elle peut réduire le temps entre l’observation et la frappe. Elle peut créer une immense supériorité tactique. Mais elle ne peut pas remplacer la stratégie. Elle ne peut pas créer la légitimité. Elle ne peut pas imposer la paix. Elle ne peut pas effacer la volonté de l’adversaire.

La guerre reste ce qu’elle a toujours été : un affrontement de peuples, d’États, d’industries, d’économies, de peurs, de volontés politiques et de capacités de résistance. La modernité y a ajouté antennes, capteurs, logiciels, satellites et drones. Elle n’a pas aboli Clausewitz.

Celui qui voit tout ne contrôle pas tout. Celui qui frappe tout ne gagne pas toujours. Celui qui confond supériorité technique et victoire politique prépare souvent la prochaine défaite.

La guerre intelligente, au fond, risque d’être la plus stupide des illusions : celle de croire que la machine peut résoudre ce que l’homme politique ne sait plus décider.

https://lediplomate.media/defense-guerre-transparente-voit-tout-parvient-plus-gagner/

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Giuseppe Gagliano, 

Président du Centro Studi Strategici Carlo De Cristoforis (Côme, Italie)

Giuseppe Gagliano a fondé en 2011 le réseau international Cestudec (Centre d'études stratégiques Carlo de Cristoforis), basé à Côme (Italie), dans le but d'étudier, dans une perspective réaliste, les dynamiques conflictuelles des relations internationales. Ce réseau met l'accent sur la dimension de l'intelligence et de la géopolitique, en s'inspirant des réflexions de Christian Harbulot, fondateur et directeur de l'École de Guerre Économique (EGE)
 
Il collabore avec le Centre Français de Recherche sur le Renseignement (CF2R) (Lien),https://cf2r.org/le-cf2r/gouvernance-du-cf2r/
avec l'Université de Calabre dans le cadre du Master en Intelligence, et avec l'Iassp de Milan (Lien).https://www.iassp.org/team_master/giuseppe-gagliano/
 
Ouvrages en italien
 
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Ouvrages en français
https://www.va-editions.fr/giuseppe-gagliano-c102x4254171
 
Liens utiles
 
Biographie sur le site du Cestudec
http://www.cestudec.com/biografia.asp
 
Intelligence Geopolitica
https://intelligencegeopolitica.it/
 
Centre d'études stratégiques Carlo de Cristoforis
https://centrostudistrategicicarlodecristoforis.wordpress.com/?_gl=1*1nwazl2*_gcl_au*MTY0MDE3Njc2LjE3Mjg3NDI3NTM

 

 

 

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