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juin 13, 2026

Comme un nouvel ordre post-occidental, voire un néo-communisme !

Sommaire:

A) - Le Grand Entretien avec Alexandre Del Valle – Comprendre la bascule vers le nouvel ordre post-occidental

B) - LE NOUVEL ORDRE MONDIAL

C) - Les BRICS face au nouvel ordre mondial : Un avenir incertain ?

 


A) - Le Grand Entretien avec Alexandre Del Valle – Comprendre la bascule vers le nouvel ordre post-occidental

Alexandre Del Valle est l’un des plus clairvoyants géopolitologues européens. Essayiste, professeur et spécialiste reconnu des relations internationales, des menaces stratégiques et des dynamiques civilisationnelles contemporaines, il est l’auteur de nombreux ouvrages de référence sur le terrorisme islamiste, les rapports de puissance et les rivalités géopolitiques globales.

Il a publié fin 2025 Le nouvel ordre post-occidental aux éditions L’Artilleur. Dans cet essai ambitieux, au sous-titre évocateur : « Comment le retour de Trump et la guerre en Ukraine accélèrent la bascule géopolitique mondiale », il propose une analyse riche et structurée du basculement du système international vers un monde multipolarisé, où les normes, les valeurs et les cadres institutionnels forgés par l’Occident depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale sont remis en cause par la montée d’acteurs étatiques et non étatiques déterminés à façonner leurs propres sphères d’influence.

À l’heure où l’Europe est confrontée à la guerre en Ukraine, à la déstabilisation du Moyen-Orient, à la compétition sino-américaine et aux fractures internes des démocraties occidentales, Le Diplomate Média a souhaité interroger Alexandre Del Valle sur la portée de cette recomposition mondiale et sur ce que cela implique pour la France, l’Europe et les puissances libérales.

À lire aussi : ANALYSE – L’Europe reléguée au second rang : Trump et Poutine redessinent l’ordre mondial

Propos recueillis par Roland Lombardi

Le Diplomate : Votre livre Le nouvel ordre post-occidental propose une lecture structurelle de la recomposition du pouvoir global au profit d’un monde multipolaire. Comment définissez-vous ce « nouvel ordre » et en quoi rompt-il avec l’ordre occidental hérité de 1945-1991 ?

Alexandre Del Valle : Ce que je désigne par « nouvel ordre post-occidental » ne correspond ni à une idéologie alternative ni à un projet cohérent porté par un camp unifié, mais à la fin d’un moment historique singulier durant lequel l’Occident, et plus précisément les États-Unis, ont cumulé suprématie militaire, domination économique, contrôle des flux stratégiques et monopole de la légitimité normative, notamment à travers leur « Ordre International Libéral » et les institutions créées et contrôlées par eux depuis 1945-1950 (OIL) et encore plus unilatéralement et universellement après la chute de l’URSS. Cet OIL, unipolaire, universel, moraliste et prosélyte, donc intrinsèquement ingérant et anti-polycentrique, reposait sur l’idée que les normes occidentales — démocratie libérale, droits de l’homme, libre-échange globalisé — étaient universelles par nature et destinées à s’imposer mécaniquement de gré ou de force à l’ensemble de la planète et des États du monde. Or cette prétention universaliste s’est révélée être une construction idéologique à la fois occidentalo-centrée et néo-impérialiste qui a fini, une fois la Russie renaissante et renforcée et la Chine, l’Inde et les BRICS sûrs d’eux-mêmes, par se heurter à une fronde mondiale multiforme croissante. Le monde post-occidental marque précisément la fin de cette illusion téléologique et l’entrée dans une configuration que l’on peut qualifier, en reprenant Acharya, de monde « multiplex », c’est-à-dire un système international composé de centres multiples, de normes concurrentes et de trajectoires civilisationnelles différenciées. Il s’agit moins d’un chaos que d’un pluralisme structuré, fondé sur le retour des souverainetés, des rapports de force et d’une géopolitique hémisphérique où chaque grand espace entend définir ses propres règles. Il s’agit moins d’un rejet de l’Occident enraciné (blanc-judéo-chrétien-européen gréco-latin) que de l’Occident globalisé anti-identitaire et cosmopolitiquement impérialiste. 

Dans le contexte de tensions croissantes entre grandes puissances, quelles dynamiques confirment cette bascule ?

Depuis une quinzaine d’années, et plus nettement encore depuis la rupture stratégique de 2022, nous assistons à une double dynamique convergente. D’un côté, la contestation frontale du système mondial occidentalocentré, par des puissances dites « révisionnistes » (entendre qui contestent l’ordre en place-OIL) comme la Chine et la Russie, ainsi que de pays anti-occidentaux radicaux comme l’Iran mais aussi d’États neutres ou « Multi-alignés opportunistes » comme l’Inde, la Turquie, l’Égypte, le Brésil, etc, qui refusent la hiérarchie normative issue de l’après-guerre froide, qui revendiquent des sphères d’influence assumées et/ou qui contestent l’hybris interventionniste et ingérant des Occidentaux et veulent édifier un ordre pluricentrique pas forcément anti mais post-occidental, c’est-à-dire fait de pôles de puissances inspirés de modèles économico-sociaux, moraux, politiques et institutionnels propres non occidentalo-centrés et pleinement souverains dans leurs zones respectives. De l’autre, et c’est sans doute le phénomène le plus structurant, on note aussi l’émancipation stratégique de puissances intermédiaires (Turquie, Émirats, Arabie saoudite, Mexique, Indonésie, etc) qui refusent désormais toute logique d’alignement automatique. Les monarchies du Golfe, en diversifiant leurs partenariats au détriment de Washington, ou encore la Turquie en menant une politique d’équilibre entre l’OTAN, Moscou et le monde eurasiatique, illustrent cette mutation profonde. La guerre en Ukraine n’a pas produit la mondialisation du camp occidental que certains espéraient, notamment par la force coercitive des méga-sanctions massives destinées à faire plier la Russie et à dissuader quiconque de collaborer avec elle. Elle a au contraire mis en lumière son isolement relatif hors de l’espace euro-atlantique et accéléré la transition vers un système plurinormatif. Dans le long chapitre sur les sanctions éco-financières, je démontre que la guerre en Ukraine, à cause de l’extraterritorialité de ces sanctions, a accéléré l’édification d’un nouvel Ordre post-occidental fait de systèmes de paiement, circuits éco-commerciaux, alliances et forums de coopérations non-contrôlables par les États-Unis et l’Union européenne. La dédollarisation, encore modeste, mais en cours, inquiète d’ailleurs énormément l’Administration Trump, qui ne peut forcer à redollarisation que des États faibles comme le Venezuela, mais pas les BRICS, dont la Chine et l’Inde, mais même par les Émirats arabes unis ou l’Arabie saoudite pourtant liés aux États-Unis et au camp Trump lui-même. 

Vous insistez sur le rôle d’« acteurs périphériques ». Lesquels structurent aujourd’hui l’équilibre mondial et avec quelles conséquences pour l’Europe ?

L’erreur persistante de l’analyse européenne consiste à continuer de penser le monde selon une grille hiérarchique héritée de la guerre froide, opposant grandes puissances centrales et acteurs secondaires. Or le système international contemporain est structuré par des États-pivots, capables non seulement d’influencer mais de bloquer ou de redistribuer les équilibres régionaux. La Turquie contrôle les détroits et l’accès à la mer Noire puis collabore avec la Russie dans le contournement des sanctions occidentales tout en restant un membre important de l’OTAN ; l’Arabie saoudite et les Émirats redéfinissent les équilibres énergétiques, financiers et diplomatiques et Dubaï est la base financière majeure de la Russie pour contourner les sanctions, tout en étant pro-occidentaux; l’Inde façonne l’Indo-Pacifique sans se laisser enfermer dans une logique de coalition antichinoise, et elle s’est même rapprochée de Pékin et a mis de côté le conflit frontalier avec la Chine en réaction à l’impérialisme tarifaire et aux menaces de taxes punitives de Trump qui n’a pas réussi à obliger New Delhi de cesser d’importer du pétrole brut russe que les Indiens raffinent en masse et revendent cher aux Dindons de la farce des sanctions que sont les Européens… Pour l’Europe, cela signifie aussi la fin programmée d’un environnement stratégique stabilisé par un parapluie américain automatique qui ne l’est plus. Le choc de la prise de conscience ou de l’atterrissage dans le monde adulte et réel est survenu avec le racket tarifaire imposé cet été par Trump à l’UE puis son objectif décomplexé de s’emparer du Groenland, donc de menacer un Etat pro-américain membre de l’OTAN qu’est le Danemark. Les Français et les derniers Européens qui voyaient encore les USA comme nos alliés, nos amis ou nos « libérateurs » ne peuvent plus nier que les États, mêmes alliés, n’ont pas d’amis, comme disait De Gaulle, mais que des intérêts. Notre degré maximal d’américanisation culturelle nous a longtemps empêché d’admettre cela tant que les dirigeants américains nous livraient une guerre économique et nous espionnait ou pratiquaient l’ingérence de façon masquée et hypocrite.  L’UE, orpheline d’un ex-faux ami et prorecteur-patron, incapable de se penser en puissance et culpabilisée civilisationnellement, évolue désormais dans un monde fluide, fragmenté, où l’absence de puissance propre et de vision géopolitique cohérente devient un facteur majeur de vulnérabilité qui attire tous les prédateurs impériaux (Chine, Russie, islamisme, Turquie, États-Unis, etc). La faiblesse est ainsi « tentatrice ». L’UE est décrite dans mon livre comme un OGNI, un Objet géopolitique non identité, une zone d’impuissance volontaire, un espace de « désouverainisation », un laboratoire-cobaye de l’OIL dont l’Amérique se débarrasse pour se resouverainiser mais que l’Europe s’impose à elle-même comme un carcan auto-affaiblissant. Paradoxe géo-masochiste ? oui, car le mondialisme de l’OIL a été conçu, comme l’écrit le professeur John Ikenberry, pour masquer et légitimer l’empire US, notamment afin de dominer l’Europe… 

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Le déclin des cadres normatifs occidentaux est-il structurel ou conjoncturel ?

Ce déclin est fondamentalement structurel. Le réduire à des facteurs conjoncturels relèverait d’un aveuglement idéologique. L’Occident ne traverse pas seulement une crise économique ou stratégique, mais une crise de cohérence civilisationnelle. Il a progressivement substitué à la volonté de puissance et à l’identité civilisationnelle, vitales pour exister comme acteur géopolitique et historique, une moraline abstraite et un juridicisme inhibant. L’Occident ouest-européen culpabilisé, OGNI complexé et devenu d’une certaine manière « auto-raciste », hostile à ses propres racines, a déconstruit les souverainetés des nations qui la composent et leur cohésion culturelle au profit d’une gouvernance technocratique et d’une fragmentation identitaire, à terme suicidaire. Les institutions que les États-Unis pré-Trumpistes (démocrates et néo-cons) et les Européens de l’Ouest (sociaux-démocrates) ont façonnées — OTAN, ONU, UE, fondements ou émanations de l’OIL, ont été perçues à tort ou à raison par les puissances multipolaristes et révisionnistes, depuis les années 1990-2014 (guerres en ex-Yougoslavie, Irak, Afghanistan, Libye, révolutions de velours en Ukraine-Géorgie et printemps arabes), comme les instruments d’un ordre asymétrique, unilatéral, hypocrite, et d’ingérences belligènes, tout cela au nom d’une morale libérale-démocratique à géométrie variable (les monarchies du Golfe jamais accusées d’être des dictatures et la Turquie pardonnée de menacer ou occuper Chypre et la Grèce) et d’une application de la sauvegarde des droits de l’homme plus que sélective. Nous assistons ainsi en réaction à cet Ordre moral mondial non-exemplaire et non-cohérent, donc discrédité, à la montée d’un système mondial plurinormativiste assumé, polycentrique, « multiplex », où coexistent déjà de facto différents régimes de légitimité politique, plusieurs lectures du droit international et national, plusieurs déclinaisons des valeurs morales et plusieurs références civilisationnelles.


Comment l’Occident peut-il répondre à l’érosion de ses positions technologiques et industrielles ?

Il ne le pourra qu’en rompant avec les dogmes qui ont accompagné la mondialisation libérale des années 1990 et 2000 et qui ont stupidement poussé les pays occidentaux à tertiariser et financiariser à fond leurs économies en déléguant aux pays d’Asie les activités industrielles et en s’y délocalisant sans limites, au risque de devenir dangereusement dépendants et de perdre le monopole du savoir-faire, transmis à ces pays. Les chaînes logistiques, l’énergie, les technologies critiques — intelligence artificielle, semi-conducteurs, cybersécurité — ne sont pas des marchés neutres, mais des leviers de puissance. Or nous avons renoncé depuis les années Reagan-Thatcher, faux génies libre-échangistes, à notre souveraineté industrielle et donc à toute stratégie de puissance autonome sur le long terme. Pendant ce temps, et depuis les années 1980, la Chine, qui a compris très tôt ce but marqué contre nous-mêmes par nos États et nos multinationales avides de délocalisations juteuses, la Chine a construit les bases de son contrôle actuel de 85 % de la chaîne d’approvisionnement de la production à la vente finale en passant par le raffinage de presque toutes les terres rares, du nickel et de l’aluminium. J’ai conçu une carte à la fin de mon livre qui montre les pays où la Chine a investis pour contrôler ces supply chains. Les États-Unis de Donald Trump, moins idéologues, plus souverainistes et moins naïfs que ses prédécesseurs mondialistes, l’ont intégré plus récemment, notamment sous l’influence de l’école réaliste offensive et de la doctrine d’offshore balancing. Cette école privilégie la souveraineté absolue des États et, en politique étrangère, le recentrage sur les intérêts vitaux de l’empire américain et donc la délégation partielle des équilibres régionaux dans le cadre non pas d’un interventionnisme de gendarme du monde ou de regime changes, mais d’une gestion indirecte des affaires d’un empire désuniversalisé et déglobalisé. L’Europe, en revanche, persiste à croire que la mondialisation est un phénomène apolitique. Elle Recomposer l’alliance occidentale suppose un retour à une géopolitique des intérêts, à une préférence stratégique assumée et à une coordination réelle entre puissance économique, industrielle et militaire.

Assistons-nous à une fragmentation du droit et de la gouvernance mondiale ?

Nous y assistons déjà. Le droit international n’est plus un langage commun universellement partagé, mais un champ de bataille interprétatif, instrumentalisable et applicable qu’au profit des plus forts, qui ne sont jamais arrêtés par la Cour Pénale Internationale ou autres Tribunaux internationaux ad hoc de La Haye. Chaque grand ensemble régional, chaque coalition stratégique développe ses propres normes, ses propres récits juridiques et ses propres mécanismes de légitimation. L’idée d’un ordre international fondé sur des règles n’a pas disparu des consciences européennes socio-démocrates et des démocrates américains, mais elle n’a n’est qu’une représentation, une illusion car aucun Ordre International coercitif ou pas n’a jamais existé ni réussi à créer un consensus planétaire. D’où le fait que Raymond Aron préférait dire « système international », notion n’impliquant pas une universalité ou une homogénéité. Dans ce monde « multiplex », la survie stratégique passe par la capacité à articuler souveraineté, continuité civilisationnelle, pragmatisme sectorisé, et alliances flexibles, donc non contraignantes, contrairement à l’UE et à l’OTAN qui rendent ses membres prisonniers. Cette dernière dimension est très présente chez Donald Trump qui a été influencé à la fois par les stratèges cyniques et réalistes-offensifs et par son affairisme, et par le « civilisationnalisme » de Samuel Huntington, notamment son dernier livre Who we are, qui posait le problème du risque de disparition des civilisations et nations si elles sont trop ouvertes aux flux migratoires allogènes.

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Peut-on encore envisager une recentralisation autour de valeurs communes ? Quel rôle pour la France et l’Europe ?

La recentralisation normative ou autour de valeurs prétendument universelles relève désormais du mythe post-guerre froide. Nous entrons dans une phase durable de différenciation des modèles politiques, normatifs, civilisationnels, culturels, juridiques et sociaux. La question n’est donc plus de convertir le monde aux normes occidentales, mais de préserver la capacité des nations occidentales à défendre leurs propres valeurs, chez elles, sans naïveté, dans une logique de survie et de cohésion, avant de tenter d’exporter ou imposer l’OIL et ses valeurs universelles-libérales au Reste du monde qui n’en veut pas. La France, si elle retrouve une inspiration gaullienne fondée sur l’indépendance stratégique et la capacité de médiation, peut encore jouer un rôle d’équilibre entre les États et les Nations. L’Europe, quant à elle, devra choisir entre rester une puissance morale désarmée en voie de désouverainisation et désidentitarisation ou redevenir un acteur stratégique conscient de ses intérêts nationaux et civilisationnels et de ses limites. Le dernier chapitre et la conclusion de mon livre sont dédiés à cette question qui oppose la vision fédéralisante-mondialiste de l’UE et celle de De Gaulle et Fouchet d’une Europe des États-Nations souverains. 

Quelle place auront l’Inde, la Russie et la Chine dans le monde de demain ?

La Chine s’impose comme la puissance structurante du XXIᵉ siècle, mais si elle sera hégémonique, elle le sera à sa manière, sans universalisme prosélyte, mais dans une logique d’empire du milieu dont tout le monde dépend mais qui cherche à dépendre de moins en moins des autres, avec à terme, une tentative de « redomestication » et de développement internalisé moins dépendant de la mondialisation. Elle se heurte par ailleurs à des résistances culturelles, démographiques et géopolitiques profondes en Asie indienne et du Sud-Est comme du côté des États-Unis qui n’ont pas dit leur dernier mot et ont encore des atouts majeurs. Sa principale faiblesse, gravissime à terme, est son extrême et rapide vieillissement qui va ralentir sa croissance et rendre la gestion des retraités et des pertes d’actifs insoluble. Quant à la Russie, malgré son affaiblissement relatif, elle demeure une puissance de rupture, capable de bloquer toute stabilisation occidentale de l’espace eurasiatique, en plus d’avoir toutes les ressources naturelles et agricoles possibles qui lui permettent de vivre en quasi autarcie et donc de survivre aux sanctions occidentales, d’autant que ses métaux précieux, céréales, engrais, uranium, pétrole et gaz sont vitaux pour le reste monde. L’Inde représente enfin la variable clé du système mondial : par son poids démographique, sa trajectoire économique et son identité civilisationnelle, elle est en position de devenir l’un des principaux arbitres du monde multipolaire, à condition de préserver son autonomie stratégique.

Quel est le rôle de Donald Trump dans ce bouleversement et sa doctrine peut-elle enrayer le « siècle chinois » ?

Donald Trump n’a pas créé le monde post-occidental ; il a simplement cessé de le nier et en a pris acte, de façon pragmatique, sachant qu’il veut donner à son pays les moyens d’en rester le Primus inter pares, dans une logique de off-shore balancing, de géopolitique « hémisphérique » et donc d’un nouveau Yalta qu’il négocie en ce moment même avec la Chine, la Russie et l’Inde, notamment. Sa vision s’inscrit dans une tradition réaliste, hémisphérique et transactionnelle de la politique étrangère américaine qui privilégie l’intérêt national, la flexibilité des alliances, la logique du donnant-donnant en fonction des rapports de force et sphères d’influence, comme on le voit dans son accord pour donner 20 à 30 % de l’Ukraine à la Russie, ou, à l’inverse, son irrédentisme en Amérique latine et au Groenland. Ceci heurte profondément les élites européennes parce que cela met à nu leur dépendance stratégique, leur impuissance et leur vassalité. Trump ne fera donc pas disparaître l’ascension chinoise, mais il oblige l’Occident à affronter une vérité fondamentale : sans puissance, sans cohérence et sans stratégie, il n’y a ni valeurs crédibles, ni alliances durables, ni ordre international stable. Seule la Realpolitik compte et les forces en présence, les pouvoirs de nuisance réciproques et les deals mutuellement consentis avec les forts ou imposés aux faibles… Vous pouvez à raison me rétorquer que ceci est une forme d’occidentalisme arrogant, impérial, certes, mais occidental, côté Trump, qui impose son ordre dans son hémisphère, ou en Iran, si cela se confirmait. En fait, si l’on définit l’Occident comme une civilisation enracinée, Trump la défend puisque sa stratégie nationale de sécurité déplore l’effacement civilisationnel de l’Europe et désigne l’immigration non occidentale comme mortelle pour la continuité des États-Unis. Par contre, il est un homme du monde multipolaire et un « post-occidental » dans la mesure où il rejette et déconstruit l’Occident dans sa définition contemporaine déracinée mondialiste. En somme, Donald Trump n’est ni interventionniste comme les néo-cons ni isolationniste, ni hostile à l’empire, il veut simplement alléger le fardeau impérial, en se désengageant de l’OTAN trop coûteux que les Européens doivent plus financer, en renonçant au prosélytisme des valeurs et au globalisme – que les penseurs américains de l’école réaliste nomment « l’hégémonie libérale » (liberal voulant dire progressiste en anglais). Bref, Trump veut déglobaliser l’empire US, le rendre plus hémisphérique. Il ne veut plus jouer le rôle de gendarme du monde de façon inutile, trop coûteuse et universaliste, mais de manière hiérarchisée, hémisphérique, recentrée et rentable.

À lire aussi : RECENSION – Le Nouvel ordre post-occidentald’Alexandre del Valle

Alexandre Del Valle

Alexandre Del Valle, docteur en Histoire contemporaine-géopolitique et HDR en Science politique, est un géopolitologue, professeur et essayiste qui a notamment étudié l’islamisme radical, le monde arabo-musulman et les relations États-Unis-Europe-Russie puis le monde multipolaire. Il est chercheur associé au CPFA (Center of Foreign and Political Affairs) et au Centre Français de Recherche sur le Renseignement (CF2R). Il a publié plusieurs essais en France et en Italie, dont Comprendre le chaos syrien (avec Randa Kassis, 2016), Pourquoi on tue des chrétiens dans le monde aujourd’hui ?, Le complexe occidental, Les vrais ennemis de l’Occident, La stratégie de l’intimidation, ou encore Le Projet : La stratégie de conquête et d’infiltration des frères musulmans en France et dans le monde. Son dernier ouvrage, coécrit avec Jacques Soppelsa, La mondialisation dangereuse, est paru en septembre 2021 aux Editions de l’Artilleur.

https://lediplomate.media/grand-entretien-alexandre-del-valle-comprendre-bascule-nouvel-ordre-post-occidental/

 


 

B) - LE NOUVEL ORDRE MONDIAL 

Ce que nous vivons aujourd’hui n’est pas un hasard malheureux, mais l’aboutissement infernal d’un plan satanique ourdi dans les abysses depuis des siècles ! 

Une élite occulte, monstrueuse et sans âme, conspire avec une haine viscérale contre l’humanité toute entière pour imposer de force son Nouvel Ordre Mondial abject. 

Sans notre accord, sans notre consentement, ces parasites des ténèbres préparent leur règne de terreur en massacrant la famille, en violant la liberté, en exterminant la religion et en anéantissant les nations, nous transformant en esclaves consentants, en misérables pions jetables sur l'autel de leur complot millénaire et diabolique. 

 C’est notre obéissance servile, notre soumission lâche et notre silence complice qui les propulsent à pleine vitesse !ASSEZ ! À nous, les peuples, de nous lever comme un seul homme, de rejeter leur joug avec fureur et de faire l’exact opposé de ce qu’ils exigent ! À nous de les stopper net dans leur élan démoniaque, de briser leurs chaînes, de fracasser leur empire des ombres et d’anéantir définitivement leur ordre maudit ! 

 ⚡L'auteur du livre "Le Nouvel Ordre Mondial" (publié en 1990) est :A. Ralph Epperson (également connu sous le nom de Ralph Epperson ou Anthony Ralph Epperson). Né le 1er novembre 1937, Il est un écrivain américain spécialisé dans les théories qui s'avèrent vraies et anti-maçonniques. Le livre a été publié en septembre 1990 par Publius Press. La photo c'est la page d'introduction du livre. Il n’y a pas d’autre auteur principal pour cette édition de 1990. 

Ainsi, les peuples du monde peuvent maintenant déterminer quels changements sont ceux dans les positions d’implémentation des changements à venir pour eux.  

En résumé, ces changements sont : 

L’ancien monde arrive à sa fin.  

Il sera remplacé par une nouvelle façon de faire les choses. Le nouveau monde sera appelé le « Nouvel Ordre Mondial ». Ce nouveau réaménagement redistribuera la propriété des « nations qui ont » et la donnera aux « nations qui n’ont pas ». 

Le Nouvel Ordre Mondial inclut des changements dans : 

La famille : Les mariages homosexuels seront légalisés les parents ne seront pas autorisés à élever leurs enfants ; les femmes (l’État le veut) : toutes les femmes seront employées par l’État et ne seront pas autorisées à être « femmes au foyer » ; le divorce deviendra extrêmement facile et le mariage monogame sera lentement éliminé. 

Le lieu de travail : le gouvernement deviendra le propriétaire de tous les facteurs de production ; la propriété privée de la propriété sera éliminée.  

La religion sera interdite et les croyants seront soit éliminés, soit emprisonnés il y aura une nouvelle religion : l’adoration de l’homme et de son esprit ; tous croiront en la nouvelle religion. 

Les États-Unis auront joué un rôle majeur dans sa mise en place dans le monde. Les guerres mondiales ont été menées pour faire avancer ses objectifs. Adolf Hitler, le Socialiste Nazi, a soutenu l’objectif du terme. La majorité des peuples n’accepteront pas facilement « le nouvel ordre » mais seront trompés en l’acceptant par deux étapes.


 

https://dn790003.ca.archive.org/0/items/TheNewWorldOrder_342/TheNewWorldOrder.pdf

Le  Grand Sceau des États-Unis, orné d'une pyramide, d'un aigle, de phrases latines, etc., est reproduit au verso de chaque billet d'un dollar américain. Pourtant, rares sont les Américains qui en connaissent la signification. La clé pour comprendre le sens caché de tous ces symboles réside dans la traduction de la phrase latine « NOVUS ORDO SECLORUM » (« Le Nouvel Ordre Mondial »), inscrite sous la pyramide, au verso du Grand Sceau. Ralph Epperson a consacré 27 ans à étudier l'histoire des deux faces du Grand Sceau et a découvert que ses concepteurs ont engagé l'Amérique sur la voie de ce qu'on appelle un « Destin Secret ». Ce futur « destin », le NOUVEL ORDRE MONDIAL, est si sinistre que ceux qui souhaitaient les changements qu'il implique ont dû dissimuler cette vérité derrière des symboles. Cet ouvrage, LE NOUVEL ORDRE MONDIAL, offre une explication détaillée de la signification de ces symboles et de leur lien avec l'avenir de la nation. M. Epperson met ses recherches à la disposition du peuple américain afin qu'il puisse savoir précisément ce que ces planificateurs souhaitaient pour notre avenir. Et afin qu'il puisse prendre des mesures correctives.

Chapitre 39 La Solution 

La Bible enseigne qu’« un prophète n’est pas honoré dans son pays ». La raison en est évidente : personne ne souhaite entendre de mauvaises nouvelles. Je ne prétends pas être prophète, mais il est raisonnable de supposer que la plupart de ceux qui viennent de terminer la lecture de ce livre considéreront les informations transmises comme de « mauvaises nouvelles ». La solution est claire : toutes les personnes sensées doivent agir ensemble pour empêcher l’instauration du « Nouvel Ordre Mondial ». Ce n’est pas ici que je proposerai au lecteur concerné des pistes d’action. De nombreuses ressources existent déjà sur les solutions nécessaires à ce problème. Je me contenterai de partager cette pensée essentielle en conclusion, à l’intention de ceux qui cherchent une solution. Cette promesse se trouve dans 2 Chroniques 7:14 : « Si mon peuple, sur qui est invoqué mon nom, s’humilie, prie, recherche ma face et se détourne de ses mauvaises voies, alors je l’exaucerai des cieux, je pardonnerai son péché et je guérirai son pays. » Dieu a promis de guérir les nations malades. L'Amérique est malade, et son état s'aggrave. Il est temps de se mettre en quête de lui. Il guérira ceux qui le trouveront. 

Le détail donc en pdf ici:

https://dn790003.ca.archive.org/0/items/TheNewWorldOrder_342/TheNewWorldOrder.pdf

 

 

C) - Les BRICS face au nouvel ordre mondial : Un avenir incertain ?

Dans un monde où les certitudes s’effritent et où les équilibres géopolitiques vacillent sous l’effet de bouleversements économiques et de décisions politiques audacieuses, l’avenir des BRICS – cette alliance réunissant le Brésil, la Russie, l’Inde, la Chine, l’Afrique du Sud, et, depuis leur élargissement, l’Égypte, l’Éthiopie, les Émirats arabes unis, l’Iran et l’Indonésie – apparaît plus incertain que jamais. Le retour de Donald Trump à la tête des États-Unis, avec ses annonces de droits de douane massifs et son rejet des alliances traditionnelles, agit comme un séisme, bouleversant non seulement les marchés, mais aussi les dynamiques de pouvoir à l’échelle globale. 

Tel un joueur qui renverse la table de jeu, Trump oblige les acteurs internationaux à ramasser les cartes éparpillées et à repenser leurs stratégies. Pour les BRICS+, comme on les désigne depuis leur expansion, trois dimensions essentielles structurent leur rôle dans ce nouvel ordre mondial : l’économie, où ils ambitionnent de défier la suprématie du dollar ; la diplomatie, où ils incarnent une alternative au leadership occidental ; et la stratégie militaire, où leurs divergences internes limitent leur cohésion. Mais dans un monde redessiné par des rivalités exacerbées, cette alliance peut-elle encore prétendre à un rôle de premier plan, ou risque-t-elle de se dissoudre dans les contradictions de ses ambitions ?

À lire aussi : Emmanuel Macron sera-t-il invité au prochain sommet des Brics ?

Une ambition économique fragilisée par l’incertitude

Depuis leur création, les BRICS ont cherché à s’affranchir de la domination économique occidentale, incarnée par le dollar comme monnaie de référence mondiale. Cette ambition a pris une forme concrète lors du sommet de 2023, avec la proposition d’une monnaie de réserve virtuelle, adossée à des métaux précieux, destinée à concurrencer le billet vert. Ce projet, bien que limité, a déjà trouvé des applications pratiques, notamment dans les transactions énergétiques entre la Russie et l’Inde, où les monnaies locales et cette nouvelle unité virtuelle ont été utilisées pour contourner les sanctions occidentales. L’idée d’une alternative au dollar, portée par la Russie et la Chine, répond à une logique claire : réduire la dépendance des économies émergentes vis-à-vis d’un système financier dominé par Washington. Cependant, ce rêve d’émancipation monétaire se heurte à des obstacles majeurs. Tout d’abord, l’Inde et le Brésil, deux poids lourds de l’alliance, ont publiquement réaffirmé leur attachement au dollar comme monnaie d’échange internationale, révélant des fissures dans la cohésion des BRICS+. Ensuite, la politique de droits de douane annoncée par Trump a plongé l’économie mondiale dans une incertitude paralysante, rendant l’avenir du dollar – et de ses concurrents potentiels – difficile à prédire. Cette guerre commerciale, qui menace de perturber les chaînes d’approvisionnement et de freiner la croissance mondiale, pourrait paradoxalement renforcer la position du dollar comme valeur refuge, au détriment des aspirations des BRICS+. Le projet de monnaie commune, encore à ses balbutiements, semble déjà reculer face à ces vents contraires, illustrant la difficulté de traduire une vision commune en réalité tangible dans un contexte de rivalités internes et de chaos économique global.

Une diplomatie tiraillée entre ambitions et contradictions

Sur le plan diplomatique, les BRICS se sont positionnés dès leur création comme une force d’opposition au leadership des États-Unis, de l’Europe et de leurs alliés – Japon, Canada, Corée du Sud, Australie. Portée par la Chine, qui représente à elle seule 70 % du PIB de l’alliance, cette coalition a cherché à incarner les aspirations du « Sud global », ces nations émergentes ou en développement qui revendiquent une voix plus forte dans la gouvernance mondiale. Cette posture a permis aux BRICS de se présenter comme une alternative à l’ordre occidental, en défendant un multilatéralisme qui contraste avec l’unilatéralisme souvent reproché aux États-Unis. Pourtant, l’élection de Trump et sa rupture avec les alliés traditionnels de Washington redessinent les contours de ce paysage diplomatique. En fragilisant l’axe transatlantique, Trump pousse l’Union européenne à chercher de nouveaux partenaires commerciaux, comme le Mercosur en Amérique latine ou les nations de l’ASEAN en Asie du Sud-Est. Ces dernières, conscientes des risques d’un monde dominé par trois superpuissances – États-Unis, Chine, Russie – cherchent à renforcer leurs propres alliances pour ne pas être reléguées au rang de simples spectateurs dans ce qu’on appelle déjà une « nouvelle Yalta », où les grandes puissances se partageraient les sphères d’influence. Ce redécoupage force les nations intermédiaires, y compris l’UE, à s’organiser pour défendre leurs intérêts, une dynamique qui pourrait affaiblir les BRICS+. En effet, la Chine et la Russie, piliers de l’alliance, font partie de ces superpuissances qui aspirent à redéfinir les zones d’influence, ce qui crée une tension interne : comment les BRICS+ peuvent-ils représenter le « Sud global » lorsque leurs leaders poursuivent des objectifs hégémoniques ? Cette contradiction fragilise l’unité de l’alliance, d’autant que des membres comme l’Inde, jalouse de son autonomie stratégique, rechignent à s’aligner trop étroitement sur Pékin ou Moscou. Ainsi, loin de renforcer leur influence diplomatique, les BRICS+ risquent de se retrouver pris en étau entre leurs ambitions collectives et les agendas divergents de leurs membres.

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Une cohésion stratégique minée par les rivalités

Sur le plan stratégique et militaire, les BRICS+ n’ont jamais formé un bloc uni, et leurs divergences internes constituent un obstacle majeur à leur émergence comme acteur global. Le cas le plus emblématique est celui des tensions entre la Chine et l’Inde, deux géants démographiques dont les relations sont marquées par une méfiance historique. Leur frontière himalayenne, l’une des plus militarisées au monde, reste un point de friction constant, ponctué d’incidents armés ces dernières décennies. Sur le plan maritime, une course aux armements oppose les deux pays, chacun cherchant à sécuriser ses routes commerciales et ses zones d’influence dans l’océan Indien et la mer de Chine méridionale. Cette rivalité structurelle limite toute perspective de coopération militaire au sein des BRICS+. Même la relation entre la Chine et la Russie, souvent présentée comme un contrepoids à l’Occident, apparaît plus opportuniste que durable. Leur convergence dans le contexte de la guerre en Ukraine, où Pékin soutient discrètement Moscou pour affaiblir l’OTAN, relève davantage d’une tactique à court terme que d’une alliance stratégique à long terme. Les BRICS n’ont d’ailleurs jamais ambitionné de devenir une alliance militaire, préférant se concentrer sur des objectifs économiques et diplomatiques. Cependant, les tensions géopolitiques actuelles – comme celles autour du détroit de Taïwan, où la Chine pourrait voir une opportunité d’affirmer ses revendications sur l’île, ou les provocations américaines sur des territoires comme le Groenland et le canal de Panama – affectent les membres individuellement plus que l’alliance dans son ensemble. Dans ce contexte, les BRICS+ peinent à définir une posture commune, leurs intérêts stratégiques étant trop divergents pour permettre une coordination efficace.

Vers un affaiblissement des BRICS+ ?

En définitive, le désordre mondial actuel semble davantage fragiliser les BRICS+ que les renforcer. Leur projet économique, bien que séduisant sur le papier, se heurte à des divergences internes et à l’instabilité provoquée par la guerre commerciale américaine. Leur ambition diplomatique, qui reposait sur une opposition au leadership occidental, est remise en question par la recomposition des alliances globales et les contradictions entre leurs membres. Enfin, leur absence de cohésion stratégique les rend incapables de répondre collectivement aux défis militaires du moment. L’alliance, déjà marquée par des failles structurelles, risque de perdre de sa pertinence dans un monde où les superpuissances imposent leurs règles. Pourtant, il serait prématuré de prononcer l’échec des BRICS+. Leur capacité à s’adapter à ce nouvel ordre mondial dépendra de leur aptitude à surmonter leurs divisions internes et à proposer une vision commune qui transcende les intérêts nationaux. Pour l’heure, les cartes sont à terre, et la nouvelle partie reste à jouer. Seuls les prochains mois révéleront si les BRICS+ peuvent encore prétendre à un rôle de premier plan ou s’ils seront relégués au rang de témoins d’un monde qu’ils ont un jour rêvé de façonner.

À lire aussi : Globalisation : l’étau se resserre

Giuseppe Gagliano

Président du Centro Studi Strategici Carlo De Cristoforis (Côme, Italie) 

 

 

mai 02, 2026

INFORMATIONS ÉTATSUNIENNES !!

Sommaire:

A) - États-Unis : Le mystère des 11 scientifiques disparus ou morts dans des secteurs sensibles

B) - À six mois des élections de mi-mandat : un sondage explosif de Fox News révèle que les républicains dominent les questions de sécurité, tandis qu’un scandale éclate au sein du SPLC, révélant un réseau de racisme.

C) - SPLC et ActBlue : Quand la gauche finance ses propres monstres

D) - Une guerre peut être juste.

 



A) - États-Unis : Le mystère des 11 scientifiques disparus ou morts dans des secteurs sensibles

Onze ombres sur la science américaine

Il existe un seuil au-delà duquel la coïncidence cesse d’être rassurante et devient une question politique. Aux États-Unis, ce seuil semble avoir été franchi avec l’affaire de onze scientifiques et responsables liés à des secteurs sensibles, disparus ou morts en l’espace de seulement quatre ans. Cinq décès, six disparitions, tous insérés dans des domaines qui touchent au noyau dur de la puissance américaine : nucléaire, recherche spatiale, pharmacie, radiofréquence, défense avancée. Quand une telle série s’accumule, la vraie question n’est plus seulement de savoir s’il existe une main cachée, mais pourquoi l’appareil institutionnel d’une superpuissance donne l’impression de courir derrière les événements au lieu de les maîtriser.


Le cœur du problème : les secteurs sensibles

Ce qui frappe n’est pas seulement le nombre. Ce qui inquiète surtout, c’est le profil des personnes concernées. Il ne s’agit pas de figures marginales, mais de professionnels qui, de différentes manières, avaient ou pouvaient avoir accès à des programmes délicats, à des données classifiées, à des technologies de pointe. C’est cet élément qui transforme une suite de drames individuels en question stratégique. Car lorsque le savoir scientifique se situe à l’intersection de la défense, de l’espace et de l’industrie pharmaceutique, la sécurité du chercheur n’est plus une affaire privée : elle devient une composante de la sécurité nationale.

Parmi les cas évoqués, celui d’Amy Eskridge se détache. Chercheuse de 34 ans, elle a été retrouvée morte en Alabama en juin 2022, tuée par balle à la tête. Les autorités avaient conclu à l’époque au suicide. Mais le dossier n’a jamais vraiment cessé de soulever des questions, parce que la jeune femme travaillait sur des thèmes liés à la gravité et que, dans des enregistrements réalisés avant sa mort, elle affirmait se sentir menacée. Pris isolément, un tel détail ne prouve rien. Mais dans une série aussi dense, il prend un poids considérable.

Morts obscures, disparitions, soupçons

D’autres noms complètent le tableau : Monica Reza, Frank Maywall et Michael David Hicks. La première travaillait dans la fabrication de moteurs de fusée, les deux autres dans la radiofréquence ou des projets de défense spatiale. Monica serait morte dans une chute en 2025, tandis que les deux hommes sont décédés en 2023 et 2024 sans que les causes exactes de leur mort aient été clarifiées. En outre, leurs collègues travaillaient dans le même laboratoire lié à la NASA. Dans un milieu déjà dominé par le secret, les intérêts industriels et la compétition stratégique, cette concentration d’événements anormaux ne pouvait qu’alimenter les interrogations.

L’affaire a d’ailleurs dépassé les cercles marginaux pour atteindre le sommet politique. Elle a attiré l’attention de Donald Trump, tandis que le FBI a indiqué vérifier l’existence éventuelle de liens entre ces disparitions et ces décès. Ce passage est essentiel : lorsque la Maison-Blanche et le Bureau entrent en scène, cela signifie que le problème n’est plus perçu comme une simple rumeur de réseaux sociaux, mais comme une possible vulnérabilité du système américain.

Entre menace extérieure et désordre intérieur

Les hypothèses restent contradictoires. D’un côté, le député James Comer avance la piste extérieure : de nombreux pays auraient tout intérêt à s’emparer du savoir-faire et des capacités nucléaires américaines. En arrière-plan apparaissent les noms habituels de la compétition mondiale : Chine, Russie, Iran. De l’autre, la NASA tempère, en affirmant qu’à ce stade rien n’indique une menace directe contre la sécurité nationale. Certaines familles, dans au moins deux cas, évoquent des problèmes de santé ou des difficultés personnelles préexistantes. Et l’épouse d’un ancien général de l’aviation, disparu sans laisser de traces après avoir travaillé pour le Pentagone, rejette les lectures complotistes en rappelant qu’il était à la retraite depuis plusieurs années.

C’est là que l’affaire prend tout son sens. La fragilité américaine ne réside pas seulement dans une éventuelle action d’un adversaire extérieur, mais dans la possibilité qu’un pays technologiquement dominant ne parvienne plus à distinguer clairement entre accident, vulnérabilité systémique et interférence hostile. À une époque où la supériorité se mesure aussi à la protection du capital humain scientifique, la disparition de chercheurs et de spécialistes produit un dommage qui dépasse le seul cadre judiciaire : elle érode la confiance, élargit le soupçon, nourrit l’idée que les centres les plus sophistiqués de la puissance sont aussi les plus exposés.

Le mystère comme symptôme d’une puissance inquiète

Pour l’instant, il n’existe pas de preuve définitive d’une trame commune. Mais l’accumulation des cas suffit à montrer que la première puissance mondiale se heurte à une contradiction majeure : elle dispose du maximum de technologie, mais ne parvient pas à dissiper le doute sur le sort de ses hommes clés. Et c’est souvent à partir de ces zones d’ombre, plus qu’à partir des certitudes, que l’on mesure l’état réel d’une puissance. Car le mystère, lorsqu’il touche à la science, à la défense et à la sécurité, n’est jamais seulement un mystère : il est déjà un problème stratégique.

Giuseppe Gagliano, 

Président du Centro Studi Strategici Carlo De Cristoforis (Côme, Italie) 

https://lediplomate.media/decryptage-etats-unis-mystere-11-scientifiques-disparus-morts-secteurs-sensibles/ 

 


 

B) - À six mois des élections de mi-mandat : un sondage explosif de Fox News révèle que les républicains dominent les questions de sécurité, tandis qu’un scandale éclate au sein du SPLC, révélant un réseau de racisme.

Six mois avant les élections de mi-mandat de 2026, un nouveau sondage national de Fox News, réalisé du 17 au 20 avril, dresse un tableau contrasté aux conséquences majeures pour les deux principaux partis. Les Républicains conservent une nette avance sur la sécurité des frontières, l'immigration, la criminalité et la sécurité nationale, tandis que les Démocrates sont en tête sur l'économie, l'inflation et la santé. 
 
Mais au-delà de ces chiffres, c'est le scandale qui secoue le Southern Poverty Law Center (SPLC) qui cristallise le profond malaise des électeurs : cette organisation emblématique de la lutte contre le racisme est accusée par le ministère de la Justice d'avoir secrètement versé plus de 3 millions de dollars entre 2014 et 2023 à des individus liés à des groupes extrémistes violents, dont des factions du Ku Klux Klan. 
 
Le procureur général Todd Blanche ne laisse planer aucun doute : le SPLC « fabriquait l'extrémisme même qu'il prétendait combattre » en rémunérant des sources pour attiser la haine raciale et justifier ses collectes de fonds. Cette révélation tombe au pire moment possible pour la gauche et offre aux républicains un argument de campagne dévastateur : une partie de l’activisme progressiste ne lutte plus contre le racisme, mais le perpétue à des fins financières et électorales.
 
Les Républicains en position de force sur les questions de sécurité 
 
Selon un sondage, les Républicains bénéficient d'un net avantage de 16 points sur la sécurité des frontières, de 8 points sur l'immigration et la criminalité, et de 6 points sur la sécurité nationale. 
 
Ces chiffres confirment que le Parti républicain est perçu comme plus crédible et plus déterminé sur les questions de maintien de l'ordre et de contrôle des frontières – des sujets qui demeurent au cœur des préoccupations quotidiennes d'une large partie de l'électorat. 
 
Les Démocrates conservent leur avantage sur les questions économiques et sociales 
 
À l'inverse, les Démocrates devancent les Républicains de 21 points sur la santé, de 8 points sur l'inflation et de 4 points sur l'économie. Ils disposent également d'une avance confortable sur le changement climatique (+29 points), l'avortement (+18), les questions transgenres (+13) et la politique étrangère (+6). 
 
 L'économie et l'inflation restent les principales priorités : 26 % des électeurs citent l'inflation et la hausse des prix comme le problème le plus important auquel le pays est confronté, tandis que 17 % mentionnent l'économie et l'emploi. Près des trois quarts des Américains (73 %) donnent une note négative à l'économie nationale, tandis que six sur dix évaluent négativement leur propre situation financière et sept sur dix pensent que l'économie se détériore.
 
Trump sous pression, les deux partis critiqués 
 
Le taux d'approbation du président Donald Trump concernant sa gestion de l'inflation n'atteint que 28 %, et 34 % pour l'économie. Son taux d'approbation global reste négatif, avec 42 % d'opinions favorables et 58 % d'opinions défavorables. Plus largement, 61 % des électeurs estiment que les deux partis se concentrent sur les « mauvais » sujets. L'image des deux partis est fortement ternie : 58 % d'opinions défavorables s'appliquent aussi bien aux démocrates qu'aux républicains. 
 
Concernant le vote pour les élections législatives, 52 % des électeurs déclarent qu'ils soutiendraient le candidat démocrate dans leur circonscription, contre 47 % pour le républicain – un léger avantage pour les démocrates, qui se situe dans la marge d'erreur du sondage. Par ailleurs, 68 % des démocrates se disent « extrêmement » motivés à voter, contre 60 % des républicains. 
 
 Le scandale du SPLC : De la lutte historique contre le racisme à l'instrumentalisation du récit victimaire
 
 Le scandale du SPLC révèle une évolution tragique qui s'étend sur plusieurs décennies. Fondé à Montgomery, en Alabama – berceau du mouvement des droits civiques –, le Southern Poverty Law Center s'est longtemps imposé comme l'un des défenseurs les plus visibles et influents des droits des minorités. Pendant des décennies, il a bâti sa réputation et son empire financier sur la traque du racisme, de la suprématie blanche et des groupes d'extrême droite. Il se présentait comme le garant moral de l'Amérique progressiste, une référence incontournable pour les médias, les entreprises et les institutions cherchant à démontrer leur engagement contre la haine. 
 
 Pourtant, derrière cette façade historique, selon l'analyse de Bobby Burack dans OutKick, une dynamique perverse s'est progressivement installée : « Dans l'économie de l'activisme actuelle, la demande de racisme dépasse largement l'offre.» Lorsque la réalité ne fournit plus suffisamment d'exemples concrets de racisme systémique pour justifier l'ampleur des budgets et de l'influence, l'organisation est tout à fait incitée à fabriquer ou à amplifier ce racisme. 
 
Le pasteur Corey Brooks, figure emblématique de la lutte contre le discours victimaire dans les quartiers noirs de Chicago, décrit cette évolution avec une lucidité implacable : « Nous l’avons constaté avec O.J. Simpson, Michael Brown, George Floyd… et maintenant avec le SPLC. Au lieu de promouvoir la responsabilité individuelle, le mérite et le rêve américain, certaines structures ont choisi de perpétuer la division raciale car c’est devenu leur modèle économique. »
 
Bobby Burack résume ce mécanisme par une formule frappante : « Dans l’économie de l’activisme, le racisme fait vendre. Et lorsque l’offre réelle se raréfie, certaines organisations n’hésitent plus à créer la demande.» 
 
2014-2023 : Financement secret des « ennemis » et parallèles avec BLM et d’autres organisations 
 
C’est précisément cette période qui révèle, selon le ministère de la Justice, le chapitre le plus sombre de cette évolution. Entre 2014 et 2023, le SPLC aurait « secrètement versé » plus de 3 millions de dollars à au moins huit individus liés à des groupes extrémistes violents, dont des factions du Ku Klux Klan. Le procureur général Todd Blanche est catégorique : « Au lieu de démanteler les réseaux extrémistes, le SPLC a en réalité fabriqué l’extrémisme qu’il prétendait combattre en rémunérant des sources pour attiser la haine raciale.» 
 
Ce modèle n’est pas propre au SPLC. Bobby Burack cite l'exemple de la Human Rights Campaign (HRC) : après la victoire historique de 2015 dans l'affaire Obergefell v. Hodges, qui a légalisé le mariage homosexuel à l'échelle nationale, l'organisation a dû se réinventer en se concentrant sur les « droits des personnes trans ». « Les droits des personnes trans ne constituent pas une véritable crise. Les personnes trans ont les mêmes droits que tous les autres Américains. Mais la HRC a compris qu'elle devait s'emparer d'un autre problème, quitte à en créer un.» 
 
Le même mécanisme s'applique au mouvement Black Lives Matter (BLM). Suite à la mort de George Floyd en 2020, BLM a levé des centaines de millions de dollars en quelques mois, alimentant un discours de racisme systémique et de victimisation permanente. Pourtant, comme le souligne le pasteur Corey Brooks dans ses analyses, BLM a été accusé d'exacerber les tensions raciales et de détourner des fonds sans apporter d'améliorations concrètes aux quartiers noirs. Brooks, qui a passé des centaines de jours sur un toit à Chicago pour construire un centre communautaire sans aide gouvernementale, dénonce ce « tribalisme racial » qui, au lieu de résoudre les problèmes, perpétue les difficultés et sert ainsi à maintenir les financements et le pouvoir politique. 
 
 La même logique s'applique au SPLC : lorsque le racisme visible s'estompe, l'organisation doit entretenir un sentiment d'urgence permanent pour survivre.
 
Quand le discours victimaire se retourne contre ses créateurs 
 
 Ce sondage de Fox News et le scandale du SPLC dressent un tableau implacable : les Américains en ont assez. Ils exigent des réponses concrètes sur l’économie, l’inflation et la sécurité, tandis qu’une partie de la gauche semble prisonnière d’une instrumentalisation du discours victimaire qui a besoin du racisme pour survivre. Les Républicains dominent les sujets qui touchent directement le quotidien ; les Démocrates conservent leur crédibilité sur les questions économiques et sociales. Mais le scandale du SPLC transforme un débat culturel en un handicap électoral pour la gauche : il apporte aux Républicains la preuve flagrante que certains de leurs adversaires ne combattent plus le racisme, mais le perpétuent par intérêt financier et électoral. 
 
À six mois des élections de mi-mandat, l’Amérique est à la croisée des chemins. Les électeurs trancheront. Et cette fois, l’exploitation du racisme pourrait bien coûter cher à ceux qui en ont fait leur gagne-pain. La grande bataille des élections de mi-mandat ne fait que commencer. Elle sera impitoyable et décisive pour l’avenir du pays.
 
Angélique Bouchard
 


 

C) - SPLC et ActBlue : Quand la gauche finance ses propres monstres

Aux États-Unis, les Démocrates sont actuellement éclaboussés par deux énormes scandales qui pourraient bien remettre en question le fondement même de ce parti, et qui touchent la caisse noire d’un côté et la machine morale de l’autre de ce qui se présentait encore, il y a peu, comme le Camp du Bien.

Le volet moral est, sans doute, le plus ironiquement savoureux. 

Le Southern Poverty Law Center, cette vénérable ONG d’Alabama dont le fonds de commerce consistait à dresser chaque année la liste des plus gros racistes d’Amérique, vient d’être inculpé par un grand jury fédéral pour onze chefs d’accusation dont notamment fraude bancaire, fraude électronique et blanchiment, pour avoir secrètement financé, entre 2014 et 2023, les dirigeants mêmes des groupes qu’il prétendait combattre. 

Eh oui : trois millions de dollars, prélevés sur les dons de militants convaincus de combattre le Ku Klux Klan, ont transité, par la magie comptable des sociétés-écrans aux noms aussi sobres que « Fox Photography » ou « Rare Books Warehouse » vers un « imperial wizard » du Klan, un leader du National Socialist Movement, et divers cadres de l’Aryan Nations.

On apprend même qu’un informateur stipendié par le SPLC faisait lui-même partie du groupe de discussion qui a organisé la tristement célèbre marche « Unite the Right » de Charlottesville en 2017, cette marche où une militante antiraciste, Heather Heyer, est morte écrasée par une voiture. Le même individu a touché 270 000 dollars entre autres pour aider à la logistique. 

On peine à trouver plus beau retour sur investissement dans l’industrie compassionnelle.

On découvre, à la lecture de l’acte d’accusation, que tout ce petit monde entretenait depuis les années 1980 un réseau « d’agents de terrain », les fameux « Fs », financés en douce via un maquis de sociétés fictives pour récolter la matière première nécessaire à l’élaboration des rapports annuels « Year in Hate and Extremism » qui permettaient, eux, de lever des fonds auprès des bobos du Vermont ou d’ailleurs et des fondations bien intentionnées. 

Un parfait circuit fermé qui permet de payer le racisme pour ensuite vendre sa dénonciation, en encaissant à chaque étape : voilà ce que produit mécaniquement une organisation dont la survie dépend de l’existence du mal qu’elle combat. 

Nous sommes ici devant le chef d’œuvre absolu de l’ingénierie sociale doublée d’un cynisme total : une organisation non gouvernementale en charge de la lutte contre le racisme finance sans vergogne le racisme pour être sûre d’obtenir financement, visibilité et influence. 

C’est malin, non ?

Pendant que le SPLC s’occupe de la logistique du chaos moral, le scandale ActBlue touche à la logistique financière pure et dure, avec l’émergence d’une documentation de la plomberie électorale proprement édifiante. 

ActBlue, c’est une plateforme qui collecte des milliards de dollars pour les campagnes démocrates, mais elle fait à présent l’objet d’une plainte retentissante déposée par le procureur général du Texas, Ken Paxton, pour avoir autorisé voire encouragé des dons frauduleux qui sentent bon le recyclage industriel. 

Les révélations de FTG Solutions et les enquêtes lancées par Ken Paxton suggèrent un système de micro-donations entièrement frauduleux, et le Comité Judiciaire de la Chambre des Représentants pointe du doigt une possible ingénierie de blanchiment de fonds politiques à grande échelle.

Les documents internes montrent que les équipes juridiques d’ActBlue avaient alerté en interne, que tout le « département conformité » a depuis été remercié, démissionné ou mis au placard et que plusieurs employés ont préféré invoquer le cinquième amendement devant les enquêteurs, ce qui dénote certainement d’une âme sereine quant à la suite de l’enquête. 

Pris séparément, chacun de ces deux dossiers constituerait déjà un petit tremblement de terre. Pris ensemble, et surtout maintenant, ils dessinent tout autre chose, notamment car le Comité Républicain du Congrès vient de pulvériser son record historique de levée de fonds au premier trimestre avec 47,1 millions de dollars, et que le Comité National Républicain détient près de sept fois plus de liquidités que son homologue démocrate, lequel traîne en prime 17 millions de dettes.

En outre, la découverte de ces dossiers permet de poser une hypothèse de travail intéressante. 

Il est assez clair que poursuivre des adversaires politiques est délicat : cela revient à leur offrir un rôle de martyr, facilement médiatisable, devant des juges fédéraux souvent peu favorables et sur des dossiers où l’intention est difficile à prouver.

En revanche, les poursuivre financièrement, c’est infiniment plus efficace : les virements bancaires laissent des traces, les sociétés-écrans ont des statuts déposés, les courriels internes sont archivés sur des serveurs, et les jurys n’ont besoin d’aucune expertise idéologique pour comprendre qu’un chèque envoyé à un dirigeant du Klan par une ONG antiraciste pose un léger problème de cohérence. La fraude fiscale a toujours eu raison des Al Capone que les procès pour meurtre n’atteignaient pas.

Les démocrates sont sans doute en train de redécouvrir ce principe élémentaire et c’est peut-être ce qui explique le remplacement récent de Pam Bondi par Todd Blanche à la tête du ministère de la Justice : loin d’être une reculade ou la marque d’une administration Trump incapable d’aligner ses pièces, on assisterait donc plutôt à l’accélération des enquêtes. Bondi aurait servi à poser les jalons, imposant à ses adversaires de s’occuper d’elle alors que les actes décisifs seront manifestement poussés par un autre… 

De façon plus ironique, après avoir utilisé le « lawfare » contre leurs adversaires pendant des années, les Démocrates découvrent que la procédure peut aussi se retourner contre celui qui a les mains sales et ici, cela se traduit par une application pratique du principe de base de toute guerre d’usure, à savoir couper les lignes de ravitaillement avant de lancer l’assaut final : on peut en effet légitimement se demander s’il ne s’agit pas du début d’un grand nettoyage financier et judiciaire visant à affaiblir durablement le parti Démocrate. 

Après des années de prêches moralisateurs, voir les champions de la justice sociale se faire prendre la main dans le sac de la corruption financière et du financement de leurs propres épouvantails impose à beaucoup un moment de clarté : non seulement, ces Démocrates vont avoir des soucis de financement, mais ils ont maintenant aussi de gros soucis de crédibilité avec leur base même… 

Bien sûr, il convient de rester prudent : une inculpation n’est pas une condamnation, et il faudra suivre les procédures avec attention. Mais le calendrier, le choix des cibles, et la nature strictement financière des dossiers ne doivent rien au hasard. 

Ce n’est pas un hasard non plus si les deux scandales frappent pile les deux poumons du Parti démocrate, son oxygène moral et son oxygène monétaire. Les Démocrates voulaient « défendre la démocratie » ? Ils vont vraisemblablement devoir commencer par défendre leur propre solvabilité. 

Les prochains mois promettent d’intéressants développements.

Par H16 


 

– Son blog : https://h16free.com

 

 

 

 

 D) - Une guerre peut être juste.

Deux Américains s'affrontent sur la scène internationale. L'un dirige l'empire le plus puissant de la planète. L'autre est à la tête de la plus ancienne institution morale occidentale. Le premier se prend pour Dieu. Le second lui affirme que Dieu, aujourd'hui, ne bénit pas les guerres. Cette confrontation est loin d'être anodine. Elle est le symptôme d'une profonde fracture au sein de la civilisation occidentale et, plus largement, au sein de la société humaine. 
 
Après que Léon XIV eut déclaré : « Assez de l'idolâtrie de soi et de l'argent ! Assez de la démonstration de force ! Assez de la guerre ! » Et après avoir cité Isaïe : « Dieu n'écoute pas les prières de ceux qui font la guerre », il ajouta, dans ce style évangélique sans fioritures qui le caractérise, que « la véritable force se manifeste dans le service de la vie ». 
 
Le lendemain, Trump répliqua qu'il n'était « pas un grand admirateur du pape Léon », qui « joue avec un pays désireux de se doter de l'arme nucléaire » et qui est « FAIBLE face à la criminalité et désastreux en matière de politique étrangère ». Avec une arrogance à couper le souffle, il ajoute : « Leo ne serait pas au Vatican si je n'étais pas à la Maison-Blanche. » Et il partage une image générée par intelligence artificielle où il se représente en Christ thaumaturge, entouré d'aigles et d'avions de chasse, guérissant un malade au nom de l'Amérique. 
 
En réalité, par ce comportement, et en ravivant insidieusement la justification de la guerre au nom de Dieu, Donald Trump reprend à son compte la thèse que l'Église a longtemps défendue avant de se raviser. 
 
Car l'Église, comme toutes les religions prosélytes ou conquérantes, a longtemps considéré que certaines guerres pouvaient être justes lorsqu'elles servaient ses intérêts ; avant de se taire lorsque les guerres sont devenues sécularisées. 
 
C'est Augustin d'Hippone, au Ve siècle, qui a soutenu le premier que la guerre pouvait être moralement acceptable si elle réparait une injustice, si elle était décidée par une autorité légitime et si elle était menée avec une intention vertueuse (donc conforme aux intérêts de l'Église). Cela fut confirmé par les papes des Croisades au XIe siècle et systématisé par Thomas d'Aquin au XIIIe siècle. Un peu plus tard, les conquistadors invoquèrent la mission civilisatrice de conversion qui accompagnait la conquête ; et les colons anglais en Amérique du Nord massacrèrent les Amérindiens au nom de la divine Providence. 
 
La papauté cessa alors de proclamer la justesse des guerres, d'abord en gardant un silence tragique lors des massacres des Première et Seconde Guerres mondiales. 
 
Ce n'est qu'alors que l'Église commença timidement à s'élever contre toutes les guerres. Jean XXIII fut le premier à fixer des limites dans l'encyclique *Pace in Terris* ; le Vatican protesta ensuite lorsque Bush père et Bush fils affirmèrent que leurs guerres étaient justes ; et le pape François s'éleva contre la « militarisation des esprits ». 
 
Et aujourd'hui, c'est Léon XIV qui proteste lorsque Trump s'empare du thème de la guerre juste. 
 
Ce qui est en jeu entre ces deux Américains n'est donc pas une querelle personnelle. Il s'agit d'un choc de paradigmes. D'un côté, une vision normative de l'ordre international, que l'Église a embrassée en s'alignant sur l'ordre mondial d'après-guerre (institutions et règles supérieures aux États, droits inaliénables, responsabilité morale qui transcende la raison d'État) ; de l'autre, une vision cynique du monde (la force légitime les actions des États lorsque la cause est juste, et lorsque les négociations échouent, ils recourent, si nécessaire, à un prétexte religieux pour légitimer leur lutte). C'est également ce qui est en jeu lorsque des gouvernements et des mouvements politiques instrumentalisent d'autres religions pour justifier leurs ambitions de conquête ou de pouvoir.
 
La diatribe de Trump contre le Pape n'est donc pas une erreur de communication. Il s'agit d'un acte politique délibéré. ​​Trump se moque du droit international. Il se moque éperdument du Vatican, de l'ONU et de l'Union européenne. Sa légitimité repose sur sa propre personne et, accessoirement, sur le vote populaire américain, qui l'a élu « triomphalement », selon ses propres termes. Dans cette idéologie, les intérêts du dirigeant priment sur toute norme supranationale. Et quiconque ose contester cette logique – même le Pape – devient automatiquement un ennemi politique. En s'attaquant à Léon XIV, Trump vise en réalité tous ceux (Européens, Japonais, Africains, Indiens, organisations internationales, sociétés civiles) qui oseraient protester contre ses guerres menées au nom d'une prétendue morale universelle. Tous ceux qui chercheraient à défendre l'État de droit et les institutions supranationales. 
 
Si la plupart des guerres dites « justes » à travers l’histoire ont causé plus de souffrances qu’elles n’en ont prétendu soulager, si elles n’étaient justes qu’aux yeux d’un seul camp, on peut considérer comme justes, au nom de valeurs devenues universelles, la résistance des Amérindiens contre les colonisateurs européens, la lutte des peuples contre les nazis, la révolte des peuples colonisés pour leur indépendance, la défense de l’Ukraine contre l’invasion russe, et bien d’autres. 
 
La morale internationale, fondée sur des valeurs universelles et affranchies de tout prétexte religieux, peut donc considérer une guerre comme juste lorsqu’elle constitue une réponse à une agression ; lorsqu’elle est une action préventive contre une menace vitale ; lorsqu’elle représente le dernier recours pour protéger les innocents, pour empêcher un ennemi déclaré d’attaquer ou d’acquérir des armes létales. 
 
Cependant, cela suppose que toutes les voies de négociation aient été explorées, que la menace soit réelle et immédiate, et que la guerre soit menée dans le cadre du droit, avec des moyens limités, et en pleine conscience de son caractère tragique.
 
 Jacques Attali

Jacques Attali est docteur en sciences économiques, diplômé de l'École Polytechnique et conseiller d'État. Conseiller spécial du président français François Mitterrand pendant dix ans, il est le fondateur de quatre institutions internationales : Action contre la Faim, Eureka, la BERD et Positive Planet. Jacques Attali est l'auteur de 86 ouvrages (dont plus de 30 consacrés à la prospective), vendus à plus de 10 millions d'exemplaires et traduits en 22 langues. Il est chroniqueur pour les quotidiens économiques Les Echos et Nikkei, après avoir également collaboré avec L'Express. Jacques Attali dirige régulièrement des orchestres à travers le monde.

 https://www.attali.com/en/geopolitics/a-war-can-be-just/

 

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