« Le socialisme combat héroïquement des problèmes inconnus de tout autre système.»
Oui, cet homme était l'un de nos intellectuels les plus brillants.Entendez par là quelqu'un qui produisait une véritable compréhension des choses, et non des commentaires creux déguisés en profondeur de pensée.Une seule de ses phrases en dit plus long que tout un rayon d'ouvrages de science politique.
1. La loi.
D'abord, le système crée le problème.Ensuite, il crée un organisme pour le combattre.Puis, il rejette la faute du problème sur la population.Enfin, il réclame davantage de pouvoir pour lutter plus vigoureusement.Chaque étape a l'allure d'une solution, alors que l'ensemble n'est qu'un piège.
2. La preuve.
En Pologne, nous avons vécu sous le joug de ces absurdités pendant 45 ans.L'État fixait le prix de la viande, si bien que celle-ci disparaissait des étals.Apparaissaient alors les tickets de rationnement.Les gens vendaient ensuite la viande sous le manteau à son prix réel ; l'État qualifiait alors cette pratique de crime — la « spéculation » — et mettait en place des services spéciaux pour traquer les spéculateurs.C'était un problème inconnu dans tout autre système, et l'État le combattait héroïquement.
3. La file d'attente.
Nous avons appris à connaître cette machine en profondeur, de l'intérieur, en faisant la queue.On commençait par faire la queue, sans même savoir ce qui serait vendu plus tard.Les gens rentraient chez eux avec des rouleaux de papier toilette suspendus à une ficelle autour du cou, tels des trophées.Et nous avons appris à en rire.Un homme entre dans un magasin : « Pas de viande ?» « Non, monsieur, ici nous n'avons pas de poisson. C'est de l'autre côté de la rue qu'il n'y a pas de viande.»
4. La baraque la plus joyeuse.
On nous surnommait « la baraque la plus joyeuse » du camp communiste.Les autres baraques étaient plus lugubres.Nous riions des files d'attente, du Parti et de nous-mêmes, échangeant des blagues à voix basse au travail et les racontant haut et fort lors des mariages.Le système disposait de l'armée, de la police et de la presse.Nous, nous avions la chute de la blague.
5. La blague comme savoir.
Le rire n'était pas une fuite.C'était une forme de compréhension.Une bonne blague est un modèle du système condensé en dix secondes.« Ils font semblant de nous payer, et nous faisons semblant de travailler » : tout un manuel d'économie résumé en une seule phrase.Les communistes pouvaient censurer les journaux, mais ils ne pouvaient jamais censurer la blague.
6. L'homme.
Stefan Kisielewski, surnommé « Kisiel » – du nom d’un entremets sucré aux fruits.Compositeur et chroniqueur, il était l’homme par qui les lecteurs commençaient la lecture de l’hebdomadaire catholique : ils ouvraient le journal directement à la dernière page, là où paraissait sa rubrique.Il fut la seule personnalité publique de la Pologne communiste à vanter ouvertement le capitalisme depuis la tribune du Parlement.En 1968, il qualifia le régime de « dictature d’abrutis ».Quelques jours plus tard, des « agresseurs inconnus » le passaient à tabac dans la rue.Sa méthode consistait à tirer la langue au pouvoir : un régime qui exige d’être pris au sérieux ne craint rien tant qu’un homme qui se moque de lui – et qui a raison.
7. L’Occident d’aujourd’hui.
L’Allemagne a fermé ses centrales nucléaires, puis a dû affronter une crise énergétique.Berlin a plafonné les loyers, puis a dû lutter contre la pénurie de logements.Bruxelles édicte des règles qui étouffent l’industrie, puis lance des plans pour sauver la compétitivité européenne.
À chaque fois, le problème est nouveau pour eux.Il ne l’était pas pour nous.
Nous riions parce que nous savions.L’Occident ne rit pas encore, car il y croit toujours.Les blagues viennent plus tard – juste après les files d’attente.
– Pourquoi la bureaucratie d’État grandit quand le travail rétrécit
En 1955, un historien naval britannique a écrit une plaisanterie pour The Economist. Soixante-dix ans plus tard, elle reste l’une des descriptions les plus précises de l’État moderne jamais rédigées. Tout le monde connaît le slogan : le travail s’étend pour remplir le temps disponible. Presque personne ne connaît le mécanisme qui se cache dessous. Ce mécanisme explique l’Europe.
1. Les preuves.
Entre 1914 et 1928, la Royal Navy a perdu les deux tiers de ses plus grands navires de guerre. Au cours des mêmes années, l’Amirauté – le bureau qui gérait les navires – a crû de trois quarts. Il y avait moins de navires et plus d’hommes derrière les bureaux. Puis il y avait le Colonial Office, qui continuait de grandir pendant que les colonies partaient une à une. Il recrutait alors que l’empire rétrécissait.
2. Le premier mécanisme.
Un fonctionnaire qui se sent surchargé de travail a trois choix. Il peut démissionner, il peut partager le travail avec un collègue, ou il peut demander deux subordonnés. Il ne choisit jamais le collègue, parce qu’un collègue est un rival. Deux subordonnés, c’est un grade. Ainsi, un homme fatigué devient trois. Puis chacun des deux subordonnés se sent fatigué.
3. Le deuxième mécanisme.
Sept personnes font maintenant ce qu’une seule faisait, et elles s’occupent mutuellement avec des brouillons, des approbations et des commentaires sur les approbations. Tout le monde travaille dur, et rien n’est produit. Vous avez participé à cette réunion. Vous avez été mis en copie de cet e-mail. Vous avez vu trois personnes signer le formulaire qu’une seule personne avait rempli.
4. La loi de la trivialité.
Parkinson a remarqué qu’un comité approuve un réacteur nucléaire en quelques minutes, parce que personne ne le comprend. Le même comité débattra de l’abri à vélos pendant une heure, parce que tout le monde s’y connaît. La bureaucratie n’évite pas la question importante par accident. Elle l’évite par conception – la petite question n’entraîne aucun risque, et sur la grande, le nom de quelqu’un figure sur la décision.
5. Le cliquet.
Une entreprise qui échoue ferme. Un département qui échoue obtient un budget plus important, parce que le problème est maintenant plus grand. L’échec est le meilleur argument de la bureaucratie pour elle-même. C’est pourquoi l’État ne rétrécit jamais de lui-même : chaque problème qu’il ne résout pas devient un nouveau bureau pour le résoudre.
6. La leçon civilisationnelle.
Burnham a décrit les managers prenant le pouvoir. Parkinson a montré comment ils se reproduisent. Mettez les deux ensemble et vous obtenez Bruxelles. Vous obtenez la France, où l’État dépense plus de la moitié de tout ce que le pays produit et ne parvient toujours pas à réparer un hôpital. Ce n’est pas parce que les gens à l’intérieur sont méchants. C’est parce que la machine fonctionne exactement comme Parkinson l’avait dit.
7. La justification.
Parkinson a été écarté comme un humoriste. Puis Milei a réduit de moitié les ministères d’Argentine – et le pays ne s’est pas effondré. Il l’a à peine remarqué, sauf sur la facture.
La leçon est simple : on ne peut pas réformer une bureaucratie en lui demandant quoi couper. Elle proposera toujours de couper les navires – et d’embaucher quelqu’un pour gérer la coupe.
A) - Le Grand Entretien avec Alexandre Del Valle – Comprendre la bascule vers le nouvel ordre post-occidental
B) - LE NOUVEL ORDRE MONDIAL
C) - Les BRICS face au nouvel ordre mondial : Un avenir incertain ?
A) - Le Grand Entretien avec Alexandre Del Valle – Comprendre la bascule vers le nouvel ordre post-occidental
Alexandre Del Valle est l’un des
plus clairvoyants géopolitologues européens. Essayiste, professeur et
spécialiste reconnu des relations internationales, des menaces
stratégiques et des dynamiques civilisationnelles contemporaines, il est
l’auteur de nombreux ouvrages de référence sur le terrorisme islamiste,
les rapports de puissance et les rivalités géopolitiques globales.
Il a publié fin 2025 Le nouvel ordre post-occidental aux éditions L’Artilleur. Dans cet essai ambitieux, au sous-titre évocateur : « Comment le retour de Trump et la guerre en Ukraine accélèrent la bascule géopolitique mondiale »,
il propose une analyse riche et structurée du basculement du système
international vers un monde multipolarisé, où les normes, les valeurs et
les cadres institutionnels forgés par l’Occident depuis la fin de la
Seconde Guerre mondiale sont remis en cause par la montée d’acteurs
étatiques et non étatiques déterminés à façonner leurs propres sphères
d’influence.
À l’heure où l’Europe est
confrontée à la guerre en Ukraine, à la déstabilisation du Moyen-Orient,
à la compétition sino-américaine et aux fractures internes des
démocraties occidentales, Le Diplomate Média a souhaité
interroger Alexandre Del Valle sur la portée de cette recomposition
mondiale et sur ce que cela implique pour la France, l’Europe et les
puissances libérales.
Le Diplomate : Votre livre Le nouvel ordre post-occidental propose
une lecture structurelle de la recomposition du pouvoir global au
profit d’un monde multipolaire. Comment définissez-vous ce « nouvel
ordre » et en quoi rompt-il avec l’ordre occidental hérité de 1945-1991 ?
Alexandre Del Valle : Ce
que je désigne par « nouvel ordre post-occidental » ne correspond ni à
une idéologie alternative ni à un projet cohérent porté par un camp
unifié, mais à la fin d’un moment historique singulier durant lequel
l’Occident, et plus précisément les États-Unis, ont cumulé suprématie
militaire, domination économique, contrôle des flux stratégiques et
monopole de la légitimité normative, notamment à travers leur « Ordre
International Libéral » et les institutions créées et contrôlées par eux
depuis 1945-1950 (OIL) et encore plus unilatéralement et
universellement après la chute de l’URSS. Cet OIL, unipolaire,
universel, moraliste et prosélyte, donc intrinsèquement ingérant et
anti-polycentrique, reposait sur l’idée que les normes occidentales —
démocratie libérale, droits de l’homme, libre-échange globalisé —
étaient universelles par nature et destinées à s’imposer mécaniquement
de gré ou de force à l’ensemble de la planète et des États du monde. Or
cette prétention universaliste s’est révélée être une construction
idéologique à la fois occidentalo-centrée et néo-impérialiste qui a
fini, une fois la Russie renaissante et renforcée et la Chine, l’Inde et
les BRICS sûrs d’eux-mêmes, par se heurter à une fronde mondiale
multiforme croissante. Le monde post-occidental marque précisément la
fin de cette illusion téléologique et l’entrée dans une configuration
que l’on peut qualifier, en reprenant Acharya, de monde « multiplex »,
c’est-à-dire un système international composé de centres multiples, de
normes concurrentes et de trajectoires civilisationnelles différenciées.
Il s’agit moins d’un chaos que d’un pluralisme structuré, fondé sur le
retour des souverainetés, des rapports de force et d’une géopolitique
hémisphérique où chaque grand espace entend définir ses propres règles.
Il s’agit moins d’un rejet de l’Occident enraciné
(blanc-judéo-chrétien-européen gréco-latin) que de l’Occident globalisé
anti-identitaire et cosmopolitiquement impérialiste.
Dans le contexte de tensions croissantes entre grandes puissances, quelles dynamiques confirment cette bascule ?
Depuis une quinzaine d’années, et plus
nettement encore depuis la rupture stratégique de 2022, nous assistons à
une double dynamique convergente. D’un côté, la contestation frontale
du système mondial occidentalocentré, par des puissances dites
« révisionnistes » (entendre qui contestent l’ordre en place-OIL) comme
la Chine et la Russie, ainsi que de pays anti-occidentaux radicaux comme
l’Iran mais aussi d’États neutres ou « Multi-alignés opportunistes »
comme l’Inde, la Turquie, l’Égypte, le Brésil, etc, qui refusent la
hiérarchie normative issue de l’après-guerre froide, qui revendiquent
des sphères d’influence assumées et/ou qui contestent l’hybris
interventionniste et ingérant des Occidentaux et veulent édifier un
ordre pluricentrique pas forcément anti mais post-occidental,
c’est-à-dire fait de pôles de puissances inspirés de modèles
économico-sociaux, moraux, politiques et institutionnels propres non
occidentalo-centrés et pleinement souverains dans leurs zones
respectives. De l’autre, et c’est sans doute le phénomène le plus
structurant, on note aussi l’émancipation stratégique de puissances
intermédiaires (Turquie, Émirats, Arabie saoudite, Mexique, Indonésie,
etc) qui refusent désormais toute logique d’alignement automatique. Les
monarchies du Golfe, en diversifiant leurs partenariats au détriment de
Washington, ou encore la Turquie en menant une politique d’équilibre
entre l’OTAN, Moscou et le monde eurasiatique, illustrent cette mutation
profonde. La guerre en Ukraine n’a pas produit la mondialisation du
camp occidental que certains espéraient, notamment par la force
coercitive des méga-sanctions massives destinées à faire plier la Russie
et à dissuader quiconque de collaborer avec elle. Elle a au contraire
mis en lumière son isolement relatif hors de l’espace euro-atlantique et
accéléré la transition vers un système plurinormatif. Dans le long
chapitre sur les sanctions éco-financières, je démontre que la guerre en
Ukraine, à cause de l’extraterritorialité de ces sanctions, a accéléré
l’édification d’un nouvel Ordre post-occidental fait de systèmes de
paiement, circuits éco-commerciaux, alliances et forums de coopérations
non-contrôlables par les États-Unis et l’Union européenne. La
dédollarisation, encore modeste, mais en cours, inquiète d’ailleurs
énormément l’Administration Trump, qui ne peut forcer à redollarisation
que des États faibles comme le Venezuela, mais pas les BRICS, dont la
Chine et l’Inde, mais même par les Émirats arabes unis ou l’Arabie
saoudite pourtant liés aux États-Unis et au camp Trump lui-même.
Vous insistez sur le rôle d’«
acteurs périphériques ». Lesquels structurent aujourd’hui l’équilibre
mondial et avec quelles conséquences pour l’Europe ?
L’erreur persistante de l’analyse
européenne consiste à continuer de penser le monde selon une grille
hiérarchique héritée de la guerre froide, opposant grandes puissances
centrales et acteurs secondaires. Or le système international
contemporain est structuré par des États-pivots, capables non seulement
d’influencer mais de bloquer ou de redistribuer les équilibres
régionaux. La Turquie contrôle les détroits et l’accès à la mer Noire
puis collabore avec la Russie dans le contournement des sanctions
occidentales tout en restant un membre important de l’OTAN ; l’Arabie
saoudite et les Émirats redéfinissent les équilibres énergétiques,
financiers et diplomatiques et Dubaï est la base financière majeure de
la Russie pour contourner les sanctions, tout en étant pro-occidentaux;
l’Inde façonne l’Indo-Pacifique sans se laisser enfermer dans une
logique de coalition antichinoise, et elle s’est même rapprochée de
Pékin et a mis de côté le conflit frontalier avec la Chine en réaction à
l’impérialisme tarifaire et aux menaces de taxes punitives de Trump qui
n’a pas réussi à obliger New Delhi de cesser d’importer du pétrole brut
russe que les Indiens raffinent en masse et revendent cher aux Dindons
de la farce des sanctions que sont les Européens… Pour l’Europe, cela
signifie aussi la fin programmée d’un environnement stratégique
stabilisé par un parapluie américain automatique qui ne l’est plus. Le
choc de la prise de conscience ou de l’atterrissage dans le monde adulte
et réel est survenu avec le racket tarifaire imposé cet été par Trump à
l’UE puis son objectif décomplexé de s’emparer du Groenland, donc de
menacer un Etat pro-américain membre de l’OTAN qu’est le Danemark. Les
Français et les derniers Européens qui voyaient encore les USA comme nos
alliés, nos amis ou nos « libérateurs » ne peuvent plus nier que les
États, mêmes alliés, n’ont pas d’amis, comme disait De Gaulle, mais que
des intérêts. Notre degré maximal d’américanisation culturelle nous a
longtemps empêché d’admettre cela tant que les dirigeants américains
nous livraient une guerre économique et nous espionnait ou pratiquaient
l’ingérence de façon masquée et hypocrite. L’UE, orpheline d’un ex-faux
ami et prorecteur-patron, incapable de se penser en puissance et
culpabilisée civilisationnellement, évolue désormais dans un monde
fluide, fragmenté, où l’absence de puissance propre et de vision
géopolitique cohérente devient un facteur majeur de vulnérabilité qui
attire tous les prédateurs impériaux (Chine, Russie, islamisme, Turquie,
États-Unis, etc). La faiblesse est ainsi « tentatrice ». L’UE est
décrite dans mon livre comme un OGNI, un Objet géopolitique non
identité, une zone d’impuissance volontaire, un espace de
« désouverainisation », un laboratoire-cobaye de l’OIL dont l’Amérique
se débarrasse pour se resouverainiser mais que l’Europe s’impose à
elle-même comme un carcan auto-affaiblissant. Paradoxe géo-masochiste ?
oui, car le mondialisme de l’OIL a été conçu, comme l’écrit le
professeur John Ikenberry, pour masquer et légitimer l’empire US,
notamment afin de dominer l’Europe…
Le déclin des cadres normatifs occidentaux est-il structurel ou conjoncturel ?
Ce déclin est fondamentalement structurel.
Le réduire à des facteurs conjoncturels relèverait d’un aveuglement
idéologique. L’Occident ne traverse pas seulement une crise économique
ou stratégique, mais une crise de cohérence civilisationnelle. Il a
progressivement substitué à la volonté de puissance et à l’identité
civilisationnelle, vitales pour exister comme acteur géopolitique et
historique, une moraline abstraite et un juridicisme inhibant.
L’Occident ouest-européen culpabilisé, OGNI complexé et devenu d’une
certaine manière « auto-raciste », hostile à ses propres racines, a
déconstruit les souverainetés des nations qui la composent et leur
cohésion culturelle au profit d’une gouvernance technocratique et d’une
fragmentation identitaire, à terme suicidaire. Les institutions que les
États-Unis pré-Trumpistes (démocrates et néo-cons) et les Européens de
l’Ouest (sociaux-démocrates) ont façonnées — OTAN, ONU, UE, fondements
ou émanations de l’OIL, ont été perçues à tort ou à raison par les
puissances multipolaristes et révisionnistes, depuis les années
1990-2014 (guerres en ex-Yougoslavie, Irak, Afghanistan, Libye,
révolutions de velours en Ukraine-Géorgie et printemps arabes), comme
les instruments d’un ordre asymétrique, unilatéral, hypocrite, et
d’ingérences belligènes, tout cela au nom d’une morale
libérale-démocratique à géométrie variable (les monarchies du Golfe
jamais accusées d’être des dictatures et la Turquie pardonnée de menacer
ou occuper Chypre et la Grèce) et d’une application de la sauvegarde
des droits de l’homme plus que sélective. Nous assistons ainsi en
réaction à cet Ordre moral mondial non-exemplaire et non-cohérent, donc
discrédité, à la montée d’un système mondial plurinormativiste assumé,
polycentrique, « multiplex », où coexistent déjà de facto différents
régimes de légitimité politique, plusieurs lectures du droit
international et national, plusieurs déclinaisons des valeurs morales et
plusieurs références civilisationnelles.
Comment l’Occident peut-il répondre à l’érosion de ses positions technologiques et industrielles ?
Il ne le pourra qu’en rompant avec les
dogmes qui ont accompagné la mondialisation libérale des années 1990 et
2000 et qui ont stupidement poussé les pays occidentaux à tertiariser et
financiariser à fond leurs économies en déléguant aux pays d’Asie les
activités industrielles et en s’y délocalisant sans limites, au risque
de devenir dangereusement dépendants et de perdre le monopole du
savoir-faire, transmis à ces pays. Les chaînes logistiques, l’énergie,
les technologies critiques — intelligence artificielle,
semi-conducteurs, cybersécurité — ne sont pas des marchés neutres, mais
des leviers de puissance. Or nous avons renoncé depuis les années
Reagan-Thatcher, faux génies libre-échangistes, à notre souveraineté
industrielle et donc à toute stratégie de puissance autonome sur le long
terme. Pendant ce temps, et depuis les années 1980, la Chine, qui a
compris très tôt ce but marqué contre nous-mêmes par nos États et nos
multinationales avides de délocalisations juteuses, la Chine a construit
les bases de son contrôle actuel de 85 % de la chaîne
d’approvisionnement de la production à la vente finale en passant par le
raffinage de presque toutes les terres rares, du nickel et de
l’aluminium. J’ai conçu une carte à la fin de mon livre qui montre les
pays où la Chine a investis pour contrôler ces supply chains.
Les États-Unis de Donald Trump, moins idéologues, plus souverainistes et
moins naïfs que ses prédécesseurs mondialistes, l’ont intégré plus
récemment, notamment sous l’influence de l’école réaliste offensive et
de la doctrine d’offshore balancing. Cette école privilégie la
souveraineté absolue des États et, en politique étrangère, le recentrage
sur les intérêts vitaux de l’empire américain et donc la délégation
partielle des équilibres régionaux dans le cadre non pas d’un
interventionnisme de gendarme du monde ou de regime changes,
mais d’une gestion indirecte des affaires d’un empire désuniversalisé et
déglobalisé. L’Europe, en revanche, persiste à croire que la
mondialisation est un phénomène apolitique. Elle Recomposer l’alliance
occidentale suppose un retour à une géopolitique des intérêts, à une
préférence stratégique assumée et à une coordination réelle entre
puissance économique, industrielle et militaire.
Assistons-nous à une fragmentation du droit et de la gouvernance mondiale ?
Nous y assistons déjà. Le droit
international n’est plus un langage commun universellement partagé, mais
un champ de bataille interprétatif, instrumentalisable et applicable
qu’au profit des plus forts, qui ne sont jamais arrêtés par la Cour
Pénale Internationale ou autres Tribunaux internationaux ad hoc de La
Haye. Chaque grand ensemble régional, chaque coalition stratégique
développe ses propres normes, ses propres récits juridiques et ses
propres mécanismes de légitimation. L’idée d’un ordre international
fondé sur des règles n’a pas disparu des consciences européennes
socio-démocrates et des démocrates américains, mais elle n’a n’est
qu’une représentation, une illusion car aucun Ordre International
coercitif ou pas n’a jamais existé ni réussi à créer un consensus
planétaire. D’où le fait que Raymond Aron préférait dire « système
international », notion n’impliquant pas une universalité ou une
homogénéité. Dans ce monde « multiplex », la survie stratégique passe
par la capacité à articuler souveraineté, continuité civilisationnelle,
pragmatisme sectorisé, et alliances flexibles, donc non contraignantes,
contrairement à l’UE et à l’OTAN qui rendent ses membres prisonniers.
Cette dernière dimension est très présente chez Donald Trump qui a été
influencé à la fois par les stratèges cyniques et réalistes-offensifs et
par son affairisme, et par le « civilisationnalisme » de Samuel
Huntington, notamment son dernier livre Who we are, qui posait
le problème du risque de disparition des civilisations et nations si
elles sont trop ouvertes aux flux migratoires allogènes.
Peut-on encore envisager une recentralisation autour de valeurs communes ? Quel rôle pour la France et l’Europe ?
La recentralisation normative ou autour de
valeurs prétendument universelles relève désormais du mythe post-guerre
froide. Nous entrons dans une phase durable de différenciation des
modèles politiques, normatifs, civilisationnels, culturels, juridiques
et sociaux. La question n’est donc plus de convertir le monde aux normes
occidentales, mais de préserver la capacité des nations occidentales à
défendre leurs propres valeurs, chez elles, sans naïveté, dans une
logique de survie et de cohésion, avant de tenter d’exporter ou imposer
l’OIL et ses valeurs universelles-libérales au Reste du monde qui n’en
veut pas. La France, si elle retrouve une inspiration gaullienne fondée
sur l’indépendance stratégique et la capacité de médiation, peut encore
jouer un rôle d’équilibre entre les États et les Nations. L’Europe,
quant à elle, devra choisir entre rester une puissance morale désarmée
en voie de désouverainisation et désidentitarisation ou redevenir un
acteur stratégique conscient de ses intérêts nationaux et
civilisationnels et de ses limites. Le dernier chapitre et la conclusion
de mon livre sont dédiés à cette question qui oppose la vision
fédéralisante-mondialiste de l’UE et celle de De Gaulle et Fouchet d’une
Europe des États-Nations souverains.
Quelle place auront l’Inde, la Russie et la Chine dans le monde de demain ?
La Chine s’impose comme la puissance
structurante du XXIᵉ siècle, mais si elle sera hégémonique, elle le sera
à sa manière, sans universalisme prosélyte, mais dans une logique
d’empire du milieu dont tout le monde dépend mais qui cherche à dépendre
de moins en moins des autres, avec à terme, une tentative de
« redomestication » et de développement internalisé moins dépendant de
la mondialisation. Elle se heurte par ailleurs à des résistances
culturelles, démographiques et géopolitiques profondes en Asie indienne
et du Sud-Est comme du côté des États-Unis qui n’ont pas dit leur
dernier mot et ont encore des atouts majeurs. Sa principale faiblesse,
gravissime à terme, est son extrême et rapide vieillissement qui va
ralentir sa croissance et rendre la gestion des retraités et des pertes
d’actifs insoluble. Quant à la Russie, malgré son affaiblissement
relatif, elle demeure une puissance de rupture, capable de bloquer toute
stabilisation occidentale de l’espace eurasiatique, en plus d’avoir
toutes les ressources naturelles et agricoles possibles qui lui
permettent de vivre en quasi autarcie et donc de survivre aux sanctions
occidentales, d’autant que ses métaux précieux, céréales, engrais,
uranium, pétrole et gaz sont vitaux pour le reste monde. L’Inde
représente enfin la variable clé du système mondial : par son poids
démographique, sa trajectoire économique et son identité
civilisationnelle, elle est en position de devenir l’un des principaux
arbitres du monde multipolaire, à condition de préserver son autonomie
stratégique.
Quel est le rôle de Donald Trump dans ce bouleversement et sa doctrine peut-elle enrayer le « siècle chinois » ?
Donald Trump n’a pas créé le monde
post-occidental ; il a simplement cessé de le nier et en a pris acte, de
façon pragmatique, sachant qu’il veut donner à son pays les moyens d’en
rester le Primus inter pares, dans une logique de off-shore
balancing, de géopolitique « hémisphérique » et donc d’un nouveau Yalta
qu’il négocie en ce moment même avec la Chine, la Russie et l’Inde,
notamment. Sa vision s’inscrit dans une tradition réaliste,
hémisphérique et transactionnelle de la politique étrangère américaine
qui privilégie l’intérêt national, la flexibilité des alliances, la
logique du donnant-donnant en fonction des rapports de force et sphères
d’influence, comme on le voit dans son accord pour donner 20 à 30 % de
l’Ukraine à la Russie, ou, à l’inverse, son irrédentisme en Amérique
latine et au Groenland. Ceci heurte profondément les élites européennes
parce que cela met à nu leur dépendance stratégique, leur impuissance et
leur vassalité. Trump ne fera donc pas disparaître l’ascension
chinoise, mais il oblige l’Occident à affronter une vérité fondamentale :
sans puissance, sans cohérence et sans stratégie, il n’y a ni valeurs
crédibles, ni alliances durables, ni ordre international stable. Seule
la Realpolitik compte et les forces en présence, les pouvoirs de
nuisance réciproques et les deals mutuellement consentis avec les forts
ou imposés aux faibles… Vous pouvez à raison me rétorquer que ceci est
une forme d’occidentalisme arrogant, impérial, certes, mais occidental,
côté Trump, qui impose son ordre dans son hémisphère, ou en Iran, si
cela se confirmait. En fait, si l’on définit l’Occident comme une
civilisation enracinée, Trump la défend puisque sa stratégie nationale
de sécurité déplore l’effacement civilisationnel de l’Europe et désigne
l’immigration non occidentale comme mortelle pour la continuité des
États-Unis. Par contre, il est un homme du monde multipolaire et un
« post-occidental » dans la mesure où il rejette et déconstruit
l’Occident dans sa définition contemporaine déracinée mondialiste. En
somme, Donald Trump n’est ni interventionniste comme les néo-cons ni
isolationniste, ni hostile à l’empire, il veut simplement alléger le
fardeau impérial, en se désengageant de l’OTAN trop coûteux que les
Européens doivent plus financer, en renonçant au prosélytisme des
valeurs et au globalisme – que les penseurs américains de l’école
réaliste nomment « l’hégémonie libérale » (liberal voulant dire
progressiste en anglais). Bref, Trump veut déglobaliser l’empire US, le
rendre plus hémisphérique. Il ne veut plus jouer le rôle de gendarme du
monde de façon inutile, trop coûteuse et universaliste, mais de manière
hiérarchisée, hémisphérique, recentrée et rentable.
Alexandre Del Valle, docteur en Histoire contemporaine-géopolitique et
HDR en Science politique, est un géopolitologue, professeur et essayiste
qui a notamment étudié l’islamisme radical, le monde arabo-musulman et
les relations États-Unis-Europe-Russie puis le monde multipolaire. Il
est chercheur associé au CPFA (Center of Foreign and Political Affairs)
et au Centre Français de Recherche sur le Renseignement (CF2R). Il a
publié plusieurs essais en France et en Italie, dont Comprendre le chaos syrien (avec Randa Kassis, 2016), Pourquoi on tue des chrétiens dans le monde aujourd’hui ?, Le complexe occidental, Les vrais ennemis de l’Occident, La stratégie de l’intimidation, ou encore Le Projet : La stratégie de conquête et d’infiltration des frères musulmans en France et dans le monde. Son dernier ouvrage, coécrit avec Jacques Soppelsa, La mondialisation dangereuse, est paru en septembre 2021 aux Editions de l’Artilleur.
Ce que nous vivons aujourd’hui n’est pas un hasard malheureux, mais l’aboutissement infernal d’un plan satanique ourdi dans les abysses depuis des siècles !
Une élite occulte, monstrueuse et sans âme, conspire avec une haine viscérale contre l’humanité toute entière pour imposer de force son Nouvel Ordre Mondial abject.
Sans notre accord, sans notre consentement, ces parasites des ténèbres préparent leur règne de terreur en massacrant la famille, en violant la liberté, en exterminant la religion et en anéantissant les nations, nous transformant en esclaves consentants, en misérables pions jetables sur l'autel de leur complot millénaire et diabolique.
C’est notre obéissance servile, notre soumission lâche et notre silence complice qui les propulsent à pleine vitesse !ASSEZ !À nous, les peuples, de nous lever comme un seul homme, de rejeter leur joug avec fureur et de faire l’exact opposé de ce qu’ils exigent !À nous de les stopper net dans leur élan démoniaque, de briser leurs chaînes, de fracasser leur empire des ombres et d’anéantir définitivement leur ordre maudit !
⚡L'auteur du livre "Le Nouvel Ordre Mondial" (publié en 1990) est :A.Ralph Epperson (également connu sous le nom de Ralph Epperson ou Anthony Ralph Epperson). Né le 1er novembre 1937, Il est un écrivain américain spécialisé dans les théories qui s'avèrent vraies et anti-maçonniques.Le livre a été publié en septembre 1990 par Publius Press.La photo c'est la page d'introduction du livre.Il n’y a pas d’autre auteur principal pour cette édition de 1990.
Ainsi, les peuples du monde peuvent maintenant déterminer quels changements sont ceux dans les positions d’implémentation des changements à venir pour eux.
En résumé, ces changements sont :
L’ancien monde arrive à sa fin.
Il sera remplacé par une nouvelle façon de faire les choses.Le nouveau monde sera appelé le « Nouvel Ordre Mondial ».Ce nouveau réaménagement redistribuera la propriété des « nations qui ont » et la donnera aux « nations qui n’ont pas ».
Le Nouvel Ordre Mondial inclut des changements dans :
La famille : Les mariages homosexuels seront légalisés les parents ne seront pas autorisés à élever leurs enfants ;les femmes (l’État le veut) : toutes les femmes seront employées par l’État et ne seront pas autorisées à être « femmes au foyer » ;le divorce deviendra extrêmement facile et le mariage monogame sera lentement éliminé.
Le lieu de travail : le gouvernement deviendra le propriétaire de tous les facteurs de production ;la propriété privée de la propriété sera éliminée.
La religion sera interdite et les croyants seront soit éliminés, soit emprisonnés
il y aura une nouvelle religion : l’adoration de l’homme et de son esprit ;tous croiront en la nouvelle religion.
Les États-Unis auront joué un rôle majeur dans sa mise en place dans le monde. Les guerres mondiales ont été menées pour faire avancer ses objectifs. Adolf Hitler, le Socialiste Nazi, a soutenu l’objectif du terme.La majorité des peuples n’accepteront pas facilement « le nouvel ordre » mais seront trompés en l’acceptant par deux étapes.
Le Grand Sceau des États-Unis, orné d'une pyramide, d'un aigle, de phrases latines, etc., est reproduit au verso de chaque billet d'un dollar américain. Pourtant, rares sont les Américains qui en connaissent la signification.
La clé pour comprendre le sens caché de tous ces symboles réside dans la traduction de la phrase latine « NOVUS ORDO SECLORUM » (« Le Nouvel Ordre Mondial »), inscrite sous la pyramide, au verso du Grand Sceau.
Ralph Epperson a consacré 27 ans à étudier l'histoire des deux faces du Grand Sceau et a découvert que ses concepteurs ont engagé l'Amérique sur la voie de ce qu'on appelle un « Destin Secret ».
Ce futur « destin », le NOUVEL ORDRE MONDIAL, est si sinistre que ceux qui souhaitaient les changements qu'il implique ont dû dissimuler cette vérité derrière des symboles.
Cet ouvrage, LE NOUVEL ORDRE MONDIAL, offre une explication détaillée de la signification de ces symboles et de leur lien avec l'avenir de la nation.M. Epperson met ses recherches à la disposition du peuple américain afin qu'il puisse savoir précisément ce que ces planificateurs souhaitaient pour notre avenir.
Et afin qu'il puisse prendre des mesures correctives.
Chapitre 39
La Solution
La Bible enseigne qu’« un prophète n’est pas honoré dans son pays ».La raison en est évidente : personne ne souhaite entendre de mauvaises nouvelles.
Je ne prétends pas être prophète, mais il est raisonnable de supposer que la plupart de ceux qui viennent de terminer la lecture de ce livre considéreront les informations transmises comme de « mauvaises nouvelles ».
La solution est claire : toutes les personnes sensées doivent agir ensemble pour empêcher l’instauration du « Nouvel Ordre Mondial ».
Ce n’est pas ici que je proposerai au lecteur concerné des pistes d’action.De nombreuses ressources existent déjà sur les solutions nécessaires à ce problème.
Je me contenterai de partager cette pensée essentielle en conclusion, à l’intention de ceux qui cherchent une solution.Cette promesse se trouve dans 2 Chroniques 7:14 :
« Si mon peuple, sur qui est invoqué mon nom,
s’humilie, prie, recherche ma face et se détourne de ses mauvaises voies, alors je l’exaucerai des cieux, je pardonnerai son péché et je guérirai son pays. »Dieu a promis de guérir les nations malades.
L'Amérique est malade, et son état s'aggrave.
Il est temps de se mettre en quête de lui.
Il guérira ceux qui le trouveront.
C) - Les BRICS face au nouvel ordre mondial : Un avenir incertain ?
Dans un monde où les certitudes
s’effritent et où les équilibres géopolitiques vacillent sous l’effet de
bouleversements économiques et de décisions politiques audacieuses,
l’avenir des BRICS – cette alliance réunissant le Brésil, la Russie,
l’Inde, la Chine, l’Afrique du Sud, et, depuis leur élargissement,
l’Égypte, l’Éthiopie, les Émirats arabes unis, l’Iran et l’Indonésie –
apparaît plus incertain que jamais. Le retour de Donald Trump à la tête
des États-Unis, avec ses annonces de droits de douane massifs et son
rejet des alliances traditionnelles, agit comme un séisme, bouleversant
non seulement les marchés, mais aussi les dynamiques de pouvoir à
l’échelle globale.
Tel un joueur qui renverse la table de
jeu, Trump oblige les acteurs internationaux à ramasser les cartes
éparpillées et à repenser leurs stratégies. Pour les BRICS+, comme on
les désigne depuis leur expansion, trois dimensions essentielles
structurent leur rôle dans ce nouvel ordre mondial : l’économie, où ils
ambitionnent de défier la suprématie du dollar ; la diplomatie, où ils
incarnent une alternative au leadership occidental ; et la stratégie
militaire, où leurs divergences internes limitent leur cohésion. Mais
dans un monde redessiné par des rivalités exacerbées, cette alliance
peut-elle encore prétendre à un rôle de premier plan, ou risque-t-elle
de se dissoudre dans les contradictions de ses ambitions ?
Une ambition économique fragilisée par l’incertitude
Depuis leur création, les BRICS ont
cherché à s’affranchir de la domination économique occidentale, incarnée
par le dollar comme monnaie de référence mondiale. Cette ambition a
pris une forme concrète lors du sommet de 2023, avec la proposition
d’une monnaie de réserve virtuelle, adossée à des métaux précieux,
destinée à concurrencer le billet vert. Ce projet, bien que limité, a
déjà trouvé des applications pratiques, notamment dans les transactions
énergétiques entre la Russie et l’Inde, où les monnaies locales et cette
nouvelle unité virtuelle ont été utilisées pour contourner les
sanctions occidentales. L’idée d’une alternative au dollar, portée par
la Russie et la Chine, répond à une logique claire : réduire la
dépendance des économies émergentes vis-à-vis d’un système financier
dominé par Washington. Cependant, ce rêve d’émancipation monétaire se
heurte à des obstacles majeurs. Tout d’abord, l’Inde et le Brésil, deux
poids lourds de l’alliance, ont publiquement réaffirmé leur attachement
au dollar comme monnaie d’échange internationale, révélant des fissures
dans la cohésion des BRICS+. Ensuite, la politique de droits de douane
annoncée par Trump a plongé l’économie mondiale dans une incertitude
paralysante, rendant l’avenir du dollar – et de ses concurrents
potentiels – difficile à prédire. Cette guerre commerciale, qui menace
de perturber les chaînes d’approvisionnement et de freiner la croissance
mondiale, pourrait paradoxalement renforcer la position du dollar comme
valeur refuge, au détriment des aspirations des BRICS+. Le projet de
monnaie commune, encore à ses balbutiements, semble déjà reculer face à
ces vents contraires, illustrant la difficulté de traduire une vision
commune en réalité tangible dans un contexte de rivalités internes et de
chaos économique global.
Une diplomatie tiraillée entre ambitions et contradictions
Sur le plan diplomatique, les BRICS se
sont positionnés dès leur création comme une force d’opposition au
leadership des États-Unis, de l’Europe et de leurs alliés – Japon,
Canada, Corée du Sud, Australie. Portée par la Chine, qui représente à
elle seule 70 % du PIB de l’alliance, cette coalition a cherché à
incarner les aspirations du « Sud global », ces nations émergentes ou en
développement qui revendiquent une voix plus forte dans la gouvernance
mondiale. Cette posture a permis aux BRICS de se présenter comme une
alternative à l’ordre occidental, en défendant un multilatéralisme qui
contraste avec l’unilatéralisme souvent reproché aux États-Unis.
Pourtant, l’élection de Trump et sa rupture avec les alliés
traditionnels de Washington redessinent les contours de ce paysage
diplomatique. En fragilisant l’axe transatlantique, Trump pousse l’Union
européenne à chercher de nouveaux partenaires commerciaux, comme le
Mercosur en Amérique latine ou les nations de l’ASEAN en Asie du
Sud-Est. Ces dernières, conscientes des risques d’un monde dominé par
trois superpuissances – États-Unis, Chine, Russie – cherchent à
renforcer leurs propres alliances pour ne pas être reléguées au rang de
simples spectateurs dans ce qu’on appelle déjà une « nouvelle Yalta »,
où les grandes puissances se partageraient les sphères d’influence. Ce
redécoupage force les nations intermédiaires, y compris l’UE, à
s’organiser pour défendre leurs intérêts, une dynamique qui pourrait
affaiblir les BRICS+. En effet, la Chine et la Russie, piliers de
l’alliance, font partie de ces superpuissances qui aspirent à redéfinir
les zones d’influence, ce qui crée une tension interne : comment les
BRICS+ peuvent-ils représenter le « Sud global » lorsque leurs leaders
poursuivent des objectifs hégémoniques ? Cette contradiction fragilise
l’unité de l’alliance, d’autant que des membres comme l’Inde, jalouse de
son autonomie stratégique, rechignent à s’aligner trop étroitement sur
Pékin ou Moscou. Ainsi, loin de renforcer leur influence diplomatique,
les BRICS+ risquent de se retrouver pris en étau entre leurs ambitions
collectives et les agendas divergents de leurs membres.
Sur le plan stratégique et militaire, les
BRICS+ n’ont jamais formé un bloc uni, et leurs divergences internes
constituent un obstacle majeur à leur émergence comme acteur global. Le
cas le plus emblématique est celui des tensions entre la Chine et
l’Inde, deux géants démographiques dont les relations sont marquées par
une méfiance historique. Leur frontière himalayenne, l’une des plus
militarisées au monde, reste un point de friction constant, ponctué
d’incidents armés ces dernières décennies. Sur le plan maritime, une
course aux armements oppose les deux pays, chacun cherchant à sécuriser
ses routes commerciales et ses zones d’influence dans l’océan Indien et
la mer de Chine méridionale. Cette rivalité structurelle limite toute
perspective de coopération militaire au sein des BRICS+. Même la
relation entre la Chine et la Russie, souvent présentée comme un
contrepoids à l’Occident, apparaît plus opportuniste que durable. Leur
convergence dans le contexte de la guerre en Ukraine, où Pékin soutient
discrètement Moscou pour affaiblir l’OTAN, relève davantage d’une
tactique à court terme que d’une alliance stratégique à long terme. Les
BRICS n’ont d’ailleurs jamais ambitionné de devenir une alliance
militaire, préférant se concentrer sur des objectifs économiques et
diplomatiques. Cependant, les tensions géopolitiques actuelles – comme
celles autour du détroit de Taïwan, où la Chine pourrait voir une
opportunité d’affirmer ses revendications sur l’île, ou les provocations
américaines sur des territoires comme le Groenland et le canal de
Panama – affectent les membres individuellement plus que l’alliance dans
son ensemble. Dans ce contexte, les BRICS+ peinent à définir une
posture commune, leurs intérêts stratégiques étant trop divergents pour
permettre une coordination efficace.
Vers un affaiblissement des BRICS+ ?
En définitive, le désordre mondial actuel
semble davantage fragiliser les BRICS+ que les renforcer. Leur projet
économique, bien que séduisant sur le papier, se heurte à des
divergences internes et à l’instabilité provoquée par la guerre
commerciale américaine. Leur ambition diplomatique, qui reposait sur une
opposition au leadership occidental, est remise en question par la
recomposition des alliances globales et les contradictions entre leurs
membres. Enfin, leur absence de cohésion stratégique les rend incapables
de répondre collectivement aux défis militaires du moment. L’alliance,
déjà marquée par des failles structurelles, risque de perdre de sa
pertinence dans un monde où les superpuissances imposent leurs règles.
Pourtant, il serait prématuré de prononcer l’échec des BRICS+. Leur
capacité à s’adapter à ce nouvel ordre mondial dépendra de leur aptitude
à surmonter leurs divisions internes et à proposer une vision commune
qui transcende les intérêts nationaux. Pour l’heure, les cartes sont à
terre, et la nouvelle partie reste à jouer. Seuls les prochains mois
révéleront si les BRICS+ peuvent encore prétendre à un rôle de premier
plan ou s’ils seront relégués au rang de témoins d’un monde qu’ils ont
un jour rêvé de façonner.