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décembre 21, 2025

Marion Saint-Michel, son livre: La gouvernance perverse : la décoder et s’en libérer + Roland Gori et Adriano Sagatori

La gouvernance perverse : une analyse psychologique et politique de la France

Dans une récente émission du « Samedi politique » sur TV Libertés, la psychologue clinicienne et diplômée en sciences politiques Marion Saint-Michel, auteure de La gouvernance perverse : la décoder et s’en libérer (éditions Résurgence), a livré une analyse radicale et sans concession de la manière dont la France est gouvernée depuis plusieurs décennies.

Selon elle, ce que beaucoup perçoivent comme de l’incompétence ou des erreurs successives relève en réalité d’un système intentionnel de déconstruction des nations européennes et occidentales.

 

Ce livre s’adresse aux personnes qui, n’étant ni psychologues ni politologues, s’interrogent sur les intentions de nos dirigeants. Il se propose d’analyser la crise du Covid et la gouvernance qui s’est ensuivie, sous l’angle de la perversion. Son objectif est de donner au lecteur les éléments pour comprendre comment il est manipulé, à travers les « narratifs », l’ingénierie sociale et l’instrumentalisation des émotions. Parce que comprendre, c’est commencer à se libérer.

L’incompétence, un leurre entretenu

Le premier constat frappant est que l’accusation d’incompétence, si fréquente dans l’opinion publique, sert paradoxalement le pouvoir en place. « Quand on pense qu’ils sont incompétents, on passe à côté de l’essentiel », explique Marion Saint-Michel. Les dirigeants ne seraient pas maladroits dans la gestion des affaires publiques : ils excelleraient au contraire dans l’atteinte de leur véritable objectif, qui est, selon elle, de déstructurer, voire de détruire les cadres nationaux, culturels et sociaux hérités.

Les problèmes que rencontrent les Français – crise agricole, insécurité, pouvoir d’achat, santé publique – ne seraient pas des échecs involontaires, mais des instruments ou des conséquences acceptées d’une politique plus large. Les contradictions apparentes (discours opposés au sein du même gouvernement, revirements brutaux) ne traduisent pas un manque de coordination : elles constituent une technique délibérée de manipulation psychologique.


 Dans ce dernier numéro de l’année du Samedi Politique, Élise Blaise reçoit Marion Saint Michel, psychologue clinicienne et diplômée en sciences politiques, pour analyser la situation politique et sociale française à travers un prisme rarement exploré : celui des mécanismes psychologiques du pouvoir. Crise du monde agricole, séquelles durables du Covid, discours anxiogènes, communication contradictoire des dirigeants, climat de peur permanent, tensions sociales et contrôle de l’information : assistons-nous à une forme de gouvernance qui dépasse la simple incompétence politique ? À partir de son ouvrage La gouvernance perverse – la décoder, s’en libérer paru aux éditions Résurgence (disponible ici https://boutiquetvl.fr/accueil/marion... ), Marion Saint Michel propose une grille de lecture pour comprendre les comportements des élites dirigeantes, les stratégies de provocation, l’inversion des valeurs et les effets de ces pratiques sur les populations. Dans cette émission, nous abordons notamment : – Les mécanismes psychologiques du pouvoir contemporain – La communication politique et ses contradictions répétées – Le rôle de la peur dans la fabrique du consentement – Les crises sanitaires et agricoles comme outils de gestion politique – La polarisation morale et le discours manichéen dans le débat public – La place des médias indépendants – Les conséquences psychologiques collectives des crises prolongées – Les notions de gouvernance perverse et de psychopathologie du pouvoir Une émission pour prendre du recul, comprendre les ressorts invisibles du pouvoir et interroger notre rapport collectif à l’autorité, à l’information et à la responsabilité politique.

Sources et recommandations : Andrew Lobaczewski - la Ponérologie Politique. Décryptage du livre par Michel Drac    • La ponérologie politique (Andrew Lobaczewski)  


Le paradoxe comme outil de contrôle mental

Le paradoxe et les déclarations contradictoires sont au cœur de ce que l’autrice nomme « gouvernance perverse ». Pendant la crise du Covid, on a pu entendre : « Il n’y aura jamais de passe sanitaire », avant que celui-ci ne devienne réalité quelques semaines plus tard. Plus récemment, Sébastien Lecornu a annoncé, lors de sa déclaration de politique générale à l’Assemblée nationale le 14 octobre 2025, une suspension de la réforme des retraites, Alors que quelques jours plus tard, le 21 octobre 2025, en déplacement en Slovénie, Emmanuel Macron a tenu des propos contradictoires : il a affirmé qu’il ne s’agissait ni d’une abrogation, ni d’une suspension, mais seulement d’un « décalage d’une échéance » et qu’il n’y avait pas de renoncement définitif à cette réforme.

Ce type de communication produit un effet dissociatif puissant :

la personne exposée finit par ne plus savoir quoi penser, puis par cesser de penser.

« Vous arrêtez de réfléchir et vous attendez qu’on vous dise quoi faire », résume Saint-Michel. Cette sidération est un levier essentiel de contrôle social.

Une élite homogène et interconnectée

Un autre élément clé est l’extraordinaire homogénéité sociologique des élites dirigeantes françaises. Grandes écoles (ENA, Sciences Po, HEC…), passage par les cabinets de conseil, les banques d’affaires, les Young Leaders de la French-American Foundation : les parcours sont interchangeables, même entre partis officiellement opposés. Cette « incestuosité » politique, renforcée par le pantouflage permanent entre public et privé, crée un système fermé où les conflits d’intérêts sont structurels.

La corruption n’est pas seulement financière : elle est aussi morale.

Participer à des arrangements, recevoir des prébendes, partager des secrets d’initiés crée une compromission collective qui rend difficile toute dissidence interne. Comme le souligne Jean-Dominique Michel dans la préface de l’ouvrage, il s’agit d’une « corruption systémique » : le système lui-même corrompt les individus qui y participent.

 

La perversion à l’œuvre : annoncer, provoquer, inverser

Un trait particulièrement troublant de cette gouvernance est la tendance à annoncer, parfois de manière cryptée ou provocatrice, ce qui va être fait. Marion Saint-Michel cite la fameuse phrase d’Emmanuel Macron en 2017 : « Si je n’étais que la cupidité, je n’aurais pas quitté la banque d’affaires… ou alors je serais un être extrêmement complexe, voire pervers ». Elle y voit un exemple de ce que les psychologues appellent le « passage à l’acte verbal » : le plaisir de dire la vérité sous couvert d’ironie ou de provocation.

De même, la répétition de la formule « la bête immonde est là et elle arrive » (terrorisme, pandémies, chocs divers) est analysée comme une préparation psychologique des populations à accepter toujours plus de restrictions au nom de la lutte contre des menaces présentées comme inévitables.

Crises agricoles et Covid : même logique mortifère

La crise actuelle des agriculteurs est analysée comme un nouvel épisode de cette gouvernance perverse. La maladie hémorragique épizootique (MHE ou « dermatose nodulaire ») sert de prétexte à des abattages massifs, alors que la maladie est connue depuis longtemps, peu mortelle et gérée autrement dans d’autres pays (vaccination ciblée, par exemple). La rhétorique officielle – « protéger les autres », « on ne débat pas des faits scientifiques » – reprend mot pour mot celle du Covid.

L’opposition entre agriculteurs et forces de l’ordre, comme entre policiers et citoyens réfractaires aux mesures Covid, vise à diviser les groupes les plus en souffrance : agriculteurs et policiers (taux de suicide très élevés dans ces deux catégories), ainsi que soignants (fortement impactés pendant la crise). Faire s’opposer les victimes entre elles est une technique classique de domination.

La gouvernance par la peur et la mort

La réponse systématique par la mort (abattage massif, euthanasie promue sous le terme « aide à mourir ») est un autre marqueur de cette logique mortifère. Face à la moindre difficulté organisationnelle, la solution proposée est souvent l’élimination plutôt que la réparation ou l’adaptation (voir ici).

 

Avec Lucien Cerise, chercheur en ingénierie sociale, pour son livre “Gouverner par le chaos, Ingénierie sociale et mondialisation” aux éditions Max Millo
 

Vers la sécession mentale et le refus de la compromission

Face à ce constat, Marion Saint-Michel refuse le fatalisme. La solution ne passe pas par une nouvelle élection ou un changement de personnel, mais par une « sécession mentale » :

refuser d’entrer dans le système de mensonge, préserver sa boussole morale, dire la vérité même à petite échelle.

Elle cite les dissidents soviétiques – Soljenitsyne, Havel – qui ont survécu et parfois contribué à faire tomber le système en refusant simplement de participer au mensonge collectif. « Une parole de vérité pèse plus que le monde entier », écrivait Soljenitsyne.

Un moment historique

L’autrice conclut sur une note d’urgence : nous serions à un moment charnière. Si le système totalitaire en cours d’installation se consolide (peut-être dans les 18 prochains mois), il deviendra beaucoup plus difficile de l’enrayer. La crise agricole est un test majeur : soutenir les agriculteurs, c’est défendre la souveraineté alimentaire, mais aussi la France elle-même.

Le combat ne se joue pas seulement dans la rue ou dans les urnes : il se joue d’abord dans les esprits et dans les cœurs. Rester humain, refuser la compromission morale, dire non au mensonge, même à petite échelle, constitue l’ultime résistance possible.

https://multipol360.com/la-gouvernance-perverse-une-analyse-psychologique-et-politique-de-la-france/


Le Président Macron vu (osculté) par Roland Gori et Adriano Sagatori

 

 

décembre 17, 2025

L'adorable Loup d’Intermarché, anti-écologique mais écologiste (végétarisme - végan!sme) et plagiat !!

Pourquoi le Loup d’Intermarché est problématique. 

Le loup d’Intermarché se présente comme un conte moral contemporain. Or, comme l’explique Roland Barthes dans Mythologies, toute fable populaire fonctionne comme un mythe : elle naturalise une idéologie sous couvert d’évidence émotionnelle.

La publicité est ici un dispositif de pouvoir doux. Adorno et Horkheimer parlaient déjà de l’industrie culturelle comme d’un système qui transforme des normes sociales en affects partagés dans Dialektik der Auflärung (1944), rendant la critique difficile.

Le choix du loup n’est pas anodin. Dans l’imaginaire occidental, analysé par Lévi-Strauss, le loup incarne l’altérité radicale : ni domestique, ni intégrable sans transformation.

De Hobbes (homo homini lupus) à Perrault, le loup représente ce qui menace l’ordre social. Il n’est pas simplement incompris, il est structurellement antagonique. Le récit pose donc une question politique classique : comment une communauté traite-t-elle ce qui lui résiste ? 

La réponse proposée n’est ni l’exclusion ni la coexistence conflictuelle, mais la transformation intégrale de l’altérité. Le loup doit abandonner la prédation, c’est-à-dire sa fonction écologique et symbolique. Il cesse d’être ce qu’il est pour devenir tolérable.


 

Le loup doit abandonner la prédation, c’est-à-dire sa fonction écologique et symbolique. Il cesse d’être ce qu’il est pour devenir tolérable. Cette logique correspond exactement à ce que Michel Foucault appelle la normalisation : l’inclusion par ajustement aux normes dominantes.

 Le pouvoir moderne, explique Foucault dans Surveiller et punir, ne s’exerce plus par la répression brute, mais par la correction des comportements. Le loup n’est pas contraint physiquement. Il intériorise la norme. Il se réforme lui-même. Cette auto-discipline rappelle le sujet néolibéral décrit par Wendy Brown : responsable de son exclusion, sommé d’optimiser sa propre acceptabilité.

La violence est ici invisible, car consentie. C’est la forme la plus efficace du pouvoir. Le message implicite est clair : si tu es rejeté, c’est que tu n’as pas encore fait assez d’efforts pour changer.  

Toute conflictualité est psychologisée. Il n’y a plus de rapports de force, seulement des défauts individuels à corriger. Ce déplacement est au cœur de la gouvernementalité néolibérale analysée par Foucault au Collège de France.

 

Or la nature, comme le rappelle Darwin, n’est ni morale ni bienveillante. Elle est faite de prédation, de concurrence, de mort.

Supprimer la prédation du loup revient à produire une écologie fictive, une nature aseptisée. Cette vision est paradoxalement anti-écologique. Elle nie les équilibres réels au profit d’un décor pacifié.  

Cette vision est paradoxalement anti-écologique. Elle nie les équilibres réels au profit d’un décor pacifié. Bruno Latour a montré combien cette séparation entre nature réelle et nature représentée est politiquement dangereuse.


La forêt du film n’est pas un écosystème, mais un espace symbolique de consensus. Le cadre esthétique ; douceur, lenteur, chaleur ; participe de ce que Walter Benjamin appelait l’esthétisation du politique.   

Nous sommes face à une utopie régressive : un monde sans histoire, sans conflit, sans extérieur. Cette imagerie rejoint une tradition française de mythification du collectif organique, analysée par Zeev Sternhell dans ses travaux sur les droites françaises.

Une communauté homogène, harmonieuse, enracinée, où la différence n’est acceptable que si elle ne trouble pas l’ordre. Cette vision n’est pas explicitement fasciste, mais elle partage certains ressorts de l’imaginaire réactionnaire.


Le rappel constant du caractère « 100 % franco-français » de la production agit comme un marqueur symbolique. Cette caractéristique rappelle une autre polémique, celle du studio à l'origine de Clair Obscur 33 basé également à Montpellier

Dans les deux cas, une blanchité exacerbée, qui gomme tout ce que la France a de pluriel, comme une mise en abime ironique de leurs productions.

L’origine devient une valeur morale en soi, ce que Pierre Bourdieu qualifierait de capital symbolique non interrogé.

L’universalisme affiché repose en réalité sur une forte clôture culturelle. Cette contradiction est typique de ce que Étienne Balibar appelle un universalisme différentiel.



La composition très majoritairement masculine du studio renforce cette tension. Un simple regard sur le linkedin de la société suffit à le constater.
 
Ceux qui produisent le discours de la douceur sont ceux qui occupent déjà une position dominante dans le champ social. Le care devient un récit, non une pratique structurelle, comme l’a montré Joan Tronto.

Le loup n’est pas émancipé. Il est rendu inoffensif. Sa singularité est dissoute dans ce que Chantal Mouffe appellerait un consensus post-politique.
 
 
La différence n’est pas reconnue comme telle, elle est neutralisée. L’optimisme obligatoire du récit est en soi une forme de violence symbolique.
 
PS : Ce discours de douceur et de care est d’autant plus paradoxal qu’il émane d’une grande enseigne de la distribution capitaliste.
 
Intermarché appartient à un système qui exerce une pression structurelle sur les producteurs agricoles : négociation asymétrique, guerre des prix, compression des marges.
Comme l’ont montré Bourdieu et plus récemment les travaux sur la grande distribution, la violence économique est ici délocalisée, rendue invisible au consommateur.
Le care est mis en scène dans la fiction pendant que, dans le réel, les rapports de force économiques restent inchangés, voire aggravés.
 



 
Pour information le loup est très craintif et ne s'attaque pas à l'être humain, il s'en échappe par l'odeur. Il faut savoir malgré tout qu'il est à l'origine de tous les chiens que vous connaissez à ce jour et de tous les brassages de race connus. Pleutre est-il, il s'est dans un long temps adapté vers l'humain, question de besoin de nourriture, l'apprivoisement étape par étape se produisit dès le haut-moyen-âge en Europe. 




  

 

       

  

 

octobre 29, 2025

Réveillez-vous avant qu’il ne soit trop tard !

Soyez fier d’être complotiste : une conférence d’Idriss Aberkane sur le terrorisme intellectuel

En 2025, lors d’une conférence organisée par l’Union Populaire Républicaine (UPR), le conférencier Idriss Aberkane a livré une présentation provocatrice intitulée « Soyez fier d’être complotiste » . Devant un public attentif, Aberkane a exploré comment la culture générale peut servir d’arme contre l’esclavage intellectuel, en déconstruisant le terme « complotiste » et en illustrant comment des théories qualifiées de marginales se sont souvent avérées justes. Inspiré par des figures historiques comme Spartacus et des concepts psychologiques,

 

 

il invite à revendiquer ce label comme un badge d’honneur pour ceux qui osent questionner les narratifs officiels.

L’origine et l’évolution du terme « complotiste »

Aberkane commence par retracer l’histoire du mot « conspiracy theory » (théorie du complot), apparu au XIXe siècle dans un contexte neutre ou même positif. En 1910, l’historien américain James Ford Rhodes l’utilise dans son ouvrage sur la guerre de Sécession pour décrire un complot authentique des esclavagistes sudistes visant à influencer Washington. À l’époque, le terme désigne une analyse historique rigoureuse, sans connotation péjorative.

Le retournement sémantique intervient après l’assassinat de John F. Kennedy en 1963. La Commission Warren conclut à un tireur isolé, mais des doutes émergent. En 1967, la CIA diffuse le mémorandum 1035-960, ordonnant à ses agents de discréditer les critiques en les qualifiant de « conspiracy theories » (voir ici). Ce document, déclassifié, vise à museler les oppositions en les associant à de l’irrationalité. Aberkane note que des documents déclassifiés par Donald Trump en 2025 confirment les mensonges de la Commission Warren, validant ainsi les doutes initiaux. Le terme devient un outil de « terrorisme intellectuel », comparable aux étiquettes staliniennes comme « ennemi du peuple ».


Des mots qui changent de sens : une histoire d’inversions

Pour illustrer ce phénomène, Aberkane cite de nombreux exemples historiques où des termes négatifs deviennent positifs. « Gothique », inventé par Giorgio Vasari au XVIe siècle pour dénigrer l’art médiéval comme « barbare », est réhabilité par les romantiques au XIXe siècle. « Romantique » était une insulte au XVIIIe siècle, signifiant vulgaire, avant de désigner un mouvement artistique noble.

De même, « impressionniste » naît comme une moquerie sous Napoléon III, mais devient synonyme de génie artistique. « Punk », une insulte dans les années 1970 (comme dans L’Inspecteur Harry), est revendiqué par les Sex Pistols comme symbole de rébellion. Aberkane compare cela à Spartacus, qui transforme l’insulte « servus rebellis » en étendard de liberté. Ces inversions montrent comment les opprimés peuvent réapproprier les étiquettes pour se libérer.

La psychologie de l’esclavage intellectuel

Aberkane lie le « complotisme » à l’esclavage intellectuel, en s’appuyant sur la psychologie. Il évoque Harriet Tubman, qui braquait les esclaves hésitants pour les forcer à la liberté, illustrant la résistance psychologique à l’émancipation. Le concept clé est la « learned helplessness » de Martin Seligman : des expériences sur des chiens montrent comment des chocs répétés induisent une passivité, même quand l’évasion est possible.


Seligman a été controversé pour ses liens avec la CIA, qui a utilisé ses théories dans des programmes d’interrogatoire pour induire l’impuissance (voir ici). Aberkane cite aussi les expériences de Solomon Asch (conformité de groupe) et Stanley Milgram (obéissance à l’autorité), où 65 % des participants infligent des chocs potentiellement mortels sur ordre. Ces phénomènes expliquent pourquoi les gens adhèrent à des narratifs officiels malgré les preuves contraires, favorisant le « gaslighting » (le fait de faire croire à des gens saints d’esprit qu’ils sont fous) – altérer la perception pour semer le doute.

 

 

Quand les « complotistes » avaient raison : un inventaire accablant

Aberkane liste des cas où des théories décriées comme complotistes se sont révélées vraies. Pour le sabotage des pipelines Nord Stream en 2022, initialement attribué aux Russes, des enquêtes pointent vers une implication ukrainienne ou américaine. Joe Biden avait promis de « mettre fin » à Nord Stream 2, une déclaration fact-checkée mais non démentie. Seymour Hersh, dans un article explosif, accuse les États-Unis d’une opération secrète.

Sur Joe Biden et Robert Byrd, ex-membre du KKK (un « exalted cyclops », non un grand wizard), des fact-checks confirment leur amitié et l’éloge funèbre de Biden, malgré les liens racistes de Byrd. En 2025, Google admet avoir censuré du contenu sur YouTube sous pression de l’administration Biden, notamment sur le COVID-19.

La cérémonie d’ouverture des JO de Paris 2024, accusée de parodier « La Cène« , est confirmée comme telle par Barbara Butch, qui poste « Oh yes, the new gay testament« . Des opérations false flag comme l’incident de Gleiwitz (Opération Himmler) en 1939, qui justifia l’invasion de la Pologne, ou le Golfe du Tonkin en 1964, déclassifié comme mensonge pour entrer en guerre au Vietnam.

En Ukraine, Snake Island et le « Ghost of Kyiv » étaient des hoaxes médiatisés avant d’être démentis. Enfin, la théorie du lab leak pour le COVID-19 est désormais soutenue par la CIA avec « low confidence ».

 


 

Vers une souveraineté intellectuelle

Aberkane conclut que la culture générale, comme l’affirmait Charles De Gaulle, est l’école du commandement et de la liberté. Revendiquer « complotiste » c’est résister au terrorisme intellectuel, comme les dissidents soviétiques psychiatrisés. En 2025, avec Internet et les journalistes citoyens, un « underground railway » (chemin de fer souterrain) intellectuel émerge pour libérer les esprits.


Français : si vous êtes concernés, réveillez-vous avant qu’il ne soit trop tard ! 

Nous vivons sur le fil du rasoir. À l’heure où le spectre d’une troisième guerre mondiale, de conflits civils, ou d’une combinaison des deux plane sur nous, l’humanité fait face à une menace insidieuse : la manipulation de nos esprits par les forces du conformisme, de l’obéissance aveugle et de la dissonance cognitive. Les expériences de psychologie sociale, comme celles de Solomon Asch et Stanley Milgram, jettent une lumière crue sur la facilité déconcertante avec laquelle les individus abandonnent leur libre arbitre face à la pression sociale ou à l’autorité. Ajoutons à cela le rôle des médias, propriété d’élites concentrées1 et nous comprenons pourquoi le monde est au bord du gouffre. L’heure est grave : soit nous nous réveillons, soit nous sombrons. Cet article explore ces expériences, leurs implications, et le combat urgent pour reprendre le contrôle de nos esprits avant qu’il ne soit trop tard.

 


Les expériences qui révèlent notre fragilité

Solomon Asch : le conformisme qui étouffe la vérité

En 1951, Solomon Asch a conduit une expérience devenue légendaire pour exposer la puissance du conformisme.

Solomon E. Asch (1907 – 1996)
Solomon Asch
 

Dans un cadre simple, des sujets devaient comparer la longueur de lignes sur des cartes. La tâche était évidente, mais il y avait un piège : tous les autres participants (des complices) donnaient volontairement une réponse fausse. Résultat ? Environ 75 % des sujets se sont conformés à la réponse incorrecte au moins une fois, et 37 % des réponses étaient conformistes, même face à une évidence visuelle. Pourquoi ? La peur d’être jugé, exclu, ou de paraître « différent » pousse les individus à trahir ce qu’ils savent être vrai.

L’expérience de Asch montre que la majorité, même erronée, peut imposer sa vision par la simple force de la cohérence. Une seule voix dissidente, cependant, suffit à briser ce sortilège : quand un complice donnait la bonne réponse, les sujets étaient beaucoup plus enclins à résister. Cela révèle une vérité cruciale : le conformisme prospère dans l’unanimité, mais s’effrite dès qu’une alternative émerge.

Stanley Milgram : l’obéissance jusqu’à l’horreur

Dix ans plus tard, en 1961, Stanley Milgram a poussé l’analyse plus loin avec son expérience sur l’obéissance. Inspiré par les procès de Nuremberg et la question « comment des gens ordinaires ont-ils pu participer à la Shoah ? », Milgram a mis des sujets dans une situation où ils devaient administrer des chocs électriques (fictifs, mais perçus comme réels) à une « victime » sous les ordres d’un expérimentateur en blouse blanche. Résultat : 65 % des sujets ont infligé des chocs mortels (450 volts) simplement parce qu’on leur disait de le faire, malgré les cris de douleur (joués) de la victime. La majorité obéissait, non par sadisme, mais par soumission à l’autorité.


Milgram a montré que l’obéissance peut transformer des individus lambda en complices d’actes immoraux. Les facteurs clés ? La légitimité perçue de l’autorité (la blouse, le titre) et la déresponsabilisation (« je ne fais que suivre les ordres »). Comme Asch, Milgram a aussi trouvé une lueur d’espoir : quand un autre sujet (complice) refusait d’obéir, le taux de soumission chutait drastiquement.

D’autres expériences : Zimbardo et la banalité du mal

Une troisième expérience clé complète ce tableau : l’expérience de la prison de Stanford (1971) de Philip Zimbardo. Des étudiants, assignés au hasard comme « gardiens » ou « prisonniers » dans une prison simulée, ont vu leur comportement changer en quelques jours. Les gardiens sont devenus abusifs, les prisonniers soumis ou brisés. Zimbardo a stoppé l’expérience au bout de six jours, montrant comment un environnement et des rôles imposés peuvent transformer des gens normaux en tyrans ou en victimes. Cette « banalité du mal », théorisée par Hannah Arendt lors du procès d’Eichmann, révèle que des structures sociales peuvent nous pousser à des extrêmes sans qu’on s’en rende compte.


D’autres études, comme celle de Albert Bandura sur l’apprentissage par imitation (expérience de la poupée Bobo, 1961), montrent que les comportements agressifs ou conformistes peuvent être appris en observant des modèles (médias, leaders). Ensemble, ces expériences dressent un portrait alarmant : nous sommes programmés pour suivre, obéir, imiter, souvent au détriment de notre raison ou de notre éthique.

Les médias : les complices modernes du conformisme

Si Asch, Milgram et Zimbardo opéraient dans des labos, aujourd’hui, le laboratoire est mondial, et les médias en sont les expérimentateurs. En France, 90 % des médias (presse, TV, radio) appartiennent à une poignée de milliardaires — Bolloré, Arnault, Drahi, Niel — comme le documente Le Monde diplomatique. Aux États-Unis, c’est Comcast, Disney, Murdoch. Ces empires ne diffusent pas l’information : ils façonnent la réalité. Ils sont les « complices » de l’expérience d’Asch, imposant une réponse unanime qui noie les voix dissidentes.

Le conformisme médiatique

Comme dans l’expérience de Asch, les médias créent une majorité artificielle. Prenez des crises récentes : les guerres en Ukraine ou à Gaza, les tensions sino-américaines, les émeutes urbaines en France (2023). Les grands médias répètent souvent la même ligne — « l’Occident défend la démocratie », « les manifestations sont des violences » — jusqu’à ce qu’elle devienne la « vérité ». Les nuances (intérêts géopolitiques, causes sociales) sont reléguées à la marge, et ceux qui les soulèvent sont étiquetés « extrémistes » ou « désinformateurs ». Le public, comme le sujet d’Asch, se conforme, par peur d’être ostracisé ou de passer pour un fou.

L’obéissance à l’autorité médiatique

Milgram trouve son écho dans la déférence envers les « experts » médiatiques. Pendant la pandémie de Covid-19, des scientifiques triés sur le volet dominaient les plateaux télé, souvent alignés sur les politiques gouvernementales (confinements, vaccins). Ceux qui divergeaient, comme certains épidémiologistes suédois ou des chercheurs critiques (Pr Raoult, Pr Perronne, etc.), étaient marginalisés. Le public, conditionné à obéir aux figures d’autorité (blouses blanches, micros de BFM), suivait, même face à des incohérences (changements de discours sur les masques, efficacité des vaccins). La peur de la maladie jouait le rôle de l’expérimentateur de Milgram : « Faites ce qu’on vous dit, ou vous serez responsables du chaos ou bien encore, vous allez tuer vos grands-parents… »

La dissonance cognitive : le piège intérieur

La dissonance cognitive, concept introduit par Leon Festinger en 1957, aggrave le tableau. Quand nos croyances entrent en conflit avec la réalité, nous ajustons nos perceptions pour réduire l’inconfort. Par exemple :

  • Un citoyen croit en la « démocratie » française, mais voit les médias taire les scandales (McKinsey, Benalla, etc.). Plutôt que de remettre en question le système, il rationalise : « C’est exagéré, les médias sont libres. »
  • Face à des tensions mondiales (Ukraine, Taïwan), les médias martèlent que « l’Occident protège la paix ». Si des preuves d’intérêts pétroliers ou militaires émergent, beaucoup préfèrent les ignorer pour préserver leur vision d’un monde « juste ».

La dissonance cognitive nous pousse à nous conformer, même quand les lignes d’Asch sont évidentes. Elle est l’arme secrète des élites : en contrôlant l’information, elles contrôlent nos conflits internes.


Le fil du rasoir : un monde au bord du chaos

L’heure est grave, le monde est un baril de poudre. Les tensions géopolitiques (Russie-OTAN, Chine-USA, Proche-Orient, etc.), les fractures sociales (gilets jaunes, émeutes raciales), et les crises écologiques manipulées convergent vers un point de rupture. Une troisième guerre mondiale, des guerres civiles, ou les deux ne sont plus des scénarios de science-fiction. Et dans ce chaos, la manipulation des masses par les médias et le conformisme est une arme de destruction massive.

La guerre comme produit du conformisme

Les guerres modernes naissent souvent d’un récit médiatique unifié. Prenons l’invasion de l’Irak en 2003 : les médias US (et français) ont relayé la thèse des « armes de destruction massive » sans preuves solides. Le public, sous l’effet Asch, a suivi, et l’obéissance Milgram a fait le reste : les soldats, les politiciens, les citoyens ont exécuté ou soutenu une guerre illégale. Résultat ? Un million de morts, un Moyen-Orient déstabilisé, et zéro armes trouvées. Aujourd’hui, les tambours de guerre contre la Russie ou la Chine suivent le même schéma : les médias vendent un ennemi, la majorité se conforme, et l’obéissance nous entraîne vers l’abîme.

Les fractures internes : la guerre civile programmée

En France, les émeutes de 2023 (après la mort de Nahel) ou les manifestations des gilets jaunes (2018-2019) montrent une société au bord de l’explosion. Les médias, propriété de Bolloré ou Drahi, ont souvent réduit ces mouvements à de la « violence » ou du « chaos », ignorant leurs racines : inégalités, mépris des élites, répression policière. Comme dans Asch, ils imposent un récit (« les manifestants sont des casseurs ») qui pousse le public à se désolidariser des révoltés. La dissonance cognitive fait le reste : les citoyens préfèrent croire que le système est juste plutôt que d’admettre qu’il les opprime. Résultat ? Une fracture sociale qui pourrait dégénérer en guerre civile si les tensions ne sont pas désamorcées.

Les élites : les marionnettistes du chaos

Les élites — politiques, économiques, médiatiques — prospèrent sur ce conformisme. En France, la concentration des médias (90 % aux mains de 10-15 milliardaires) garantit que les scandales (évasion fiscale, corruption) sont minimisés. Aux US, les géants comme Comcast ou Murdoch font de même. Ces « marionnettistes » ne veulent pas la guerre pour la guerre : ils veulent le contrôle. Une population divisée, conformiste, ou obéissante est plus facile à manipuler, que ce soit pour voter Macron (deux fois), soutenir une guerre, ou accepter l’austérité pendant qu’ils ripaillent.

Se réveiller ou mourir : le combat pour la liberté

Nous sommes à un tournant : « soit on se réveille, soit on meurt ». Les expériences d’Asch, Milgram et Zimbardo ne sont pas juste des leçons de psycho : elles sont des appels à l’action. Voici comment briser les chaînes du conformisme, de l’obéissance et de la dissonance cognitive :

  1. Devenir la voix dissidente

Dans l’expérience d’Asch, une seule voix suffit à libérer les autres. Soyez cette voix. Sur les réseaux sociaux, dans les discussions, dans la rue, osez dire : « Non, ça ne colle pas. » Questionnez les récits médiatiques sur la guerre, les crises, les politiques. Par exemple, demandez pourquoi les médias taisent les profits des marchands d’armes dans le conflit ukrainien, ou pourquoi les émeutes sont toujours réduites à du « vandalisme ». Chaque doute planté est une fissure dans le mur du conformisme.

  1. Défier l’autorité

Milgram montre que l’obéissance est conditionnée par la légitimité perçue. Retirez cette légitimité. Les « experts » de BFM ou de CNN ne sont pas des oracles : ils servent des agendas. Cherchez des sources primaires (rapports, leaks, témoignages), comme les Panama Papers ou les révélations de WikiLeaks. Refusez d’obéir aveuglément aux injonctions (« vaccinez-vous », « soutenez tel camp ») sans preuves solides. L’autorité n’est pas la vérité, surtout de nos jours.

  1. Affronter la dissonance cognitive

La dissonance cognitive est notre ennemi intérieur. Quand vous sentez l’inconfort face à une vérité dérangeante (le système ment, les élites trahissent), ne rationalisez pas. Acceptez le malaise, creusez. Par exemple, si les médias disent que « tout va bien » mais que vous voyez la misère autour de vous, fiez-vous à vos yeux. Lisez des penseurs comme Noam Chomsky (La Fabrication du consentement) ou des enquêtes indépendantes pour aiguiser votre esprit critique.

  1. S’organiser et résister

Zimbardo montre que les environnements façonnent le comportement. Sortez de l’environnement médiatique toxique. Créez des réseaux — en ligne, dans vos communautés — pour partager des doutes, des infos, des stratégies. Les gilets jaunes ont montré qu’un mouvement sans leader peut ébranler le système. Les plateformes comme les réseaus sociaux, malgré leur chaos, permettent encore de contourner les gardiens de l’information. Organisez-vous, comme les scientifiques qui testent des hypothèses : essayez, échouez, recommencez.

  1. Prendre des risques

La science avance en prenant des risques : résister au conformisme, c’est risquer le ridicule, l’exclusion, ou pire. Mais ne rien faire, c’est garantir la soumission. Lancez des débats publics, demandez des comptes (à Bolloré, à Macron, à l’OTAN, à vos députés et sénateurs), cherchez les failles. Les élites ne sont pas invincibles : Epstein est tombé, les Panama Papers ont secoué le monde. Chaque vérité révélée est une victoire. Ayez l’âme d’un résistant, pas celle d’un collabo à qui l’on demandera, tôt ou tard, des comptes.

Le choix,  c’est maintenant !

Nous sommes sur le fil du rasoir. Les expériences d’Asch, Milgram et Zimbardo révèlent pourquoi nous sommes si facilement manipulés : le conformisme nous fait taire, l’obéissance nous rend complices, la dissonance cognitive nous aveugle. Les médias, bras armé des élites, amplifient ces faiblesses, nous poussant vers des guerres, des fractures, ou l’asservissement total. Mais ces expériences montrent aussi une issue : une voix dissidente, un refus d’obéir, un environnement changé peuvent tout bouleverser.

L’heure est grave. Le monde peut basculer dans le chaos, mais il peut aussi basculer vers la liberté. Refusez le « fumier répugnant » des élites. Soyez le sujet d’Asch qui voit la ligne telle qu’elle est. Soyez le rebelle de Milgram qui dit « stop ». Soyez l’acteur de Zimbardo qui brise le rôle imposé. Réveillez-vous, ou nous mourrons tous — pas juste physiquement, mais en tant qu’esprits libres. Le combat commence dans votre tête. Alors, qu’allez-vous faire ?

1 Vérifiez quel(s) titre(s) de presse vous lisez ou regardez, et vous saurez à qui vous vendez votre âme…

 

« Vous aviez à choisir entre la guerre et le déshonneur, vous avez choisi le déshonneur et vous aurez la guerre ! »

Winston Churchill

https://multipol360.com/francais-si-vous-etes-concernes-reveillez-vous-avant-quil-ne-soit-trop-tard/

 

mai 03, 2015

Osez la Liberté ! Du courage au doute, le mal français.......?

L'Université Liberté, un site de réflexions, analyses et de débats avant tout, je m'engage a aucun jugement, bonne lecture, librement vôtre. Je vous convie à lire ce nouveau message. Des commentaires seraient souhaitables, notamment sur les posts référencés: à débattre, réflexions...Merci de vos lectures, et de vos analyses.



En peu d’années, nous sommes en train de passer de la génération du courage à la génération du doute.
  Elle a accompagné l’immense transformation des techniques, des moeurs et des rapports sociaux aussi bien qu’internationaux qui a caractérisé ces années de prospérité et de progrès. Par son aura, son énergie, son brio, cette génération du courage a conservé aux institutions académiques une place de premier plan, vitrine culturelle d’une France victorieuse et entreprenante, celle du Concorde, de la dissuasion nucléaire, du pont de Tancarville et du paquebot France. Elle a su prolonger ce prestige bien au-delà des trente glorieuses, quand mai 68 secouait le pays, quand la crise pétrolière venait déjà l’affaiblir, quand l’effondrement de l’URSS bouleversait les équilibres mondiaux. Sans cette génération du courage, le doute aurait pu s’installer beaucoup plus tôt. Elle l’a rejeté dans l’ombre. Mais aujourd’hui, l’éclat des armes qui cuirassaient les vainqueurs n’aveugle plus nos yeux et rien ne nous protège. Nous contemplons le monde nouveau avec des yeux décillés et nous sommes naturellement saisis par le doute quant à la place qu’y occupe désormais la France.

Ce que nous voyons, c’est la crise profonde que traversent aujourd’hui notre pays et sa culture. Pour être exact, il faudrait d’ailleurs dire les crises. Car elles sont, à mes yeux, de trois ordres. Crise de la France en elle-même. Crise des rapports entre la France et les autres pays occidentaux et enfin, crise de l’occident lui-même, auquel nous appartenons, face au reste du monde
 
Crise de la France en elle-même. Notre confrère Pierre Nora a bien analysé la transformation radicale de notre pays au cours de ces dernières décennies. D’une nation étatique, écrit-il, guerrière, majoritairement paysanne, chrétienne, impérialiste et messianique nous sommes passés à une France atteinte dans toutes ces dimensions et qui se cherche souvent dans la douleur. L’affaiblissement extrêmement rapide de ce qu’il appelle l’identité nationale-républicaine s’accompagne d’un affranchissement général de toutes les minorités –sociales, sexuelles, religieuses, régionales…–. Or, pendant ces mêmes années, la composition de la population a elle-même beaucoup évolué, enrichissant notre pays d’autant de groupes capables de se revendiquer comme minorités. La croissance économique a attiré vers la France de nombreux ressortissants de son ancien empire qui véhiculent le souvenir tenace et souvent douloureux de la période coloniale.

D’autres migrants, avec la mondialisation des échanges, proviennent d’aires géographiques et culturelles encore plus éloignées, Chine, Sri Lanka, Amérique latine. Ils n’ont guère d’histoire commune avec la France et transportent avec eux leurs cicatrices, leurs ambitions, en un mot leur mémoire. Cette diversité nouvelle, ces fractures mémorielles constituent autant de défis culturels à relever pour la France contemporaine. Dans le domaine linguistique, par exemple, l’Académie française, gardienne de la langue et, par conséquent chargée tout à la fois de la préserver et de la faire évoluer, en est bien consciente. Chaque groupe aujourd’hui cultive ses codes linguistiques, la question des langues régionales ressurgit, l’expression littéraire elle-même fait éclater les repères classiques, sous l’influence d’auteurs venus d’aires francophones diverses, voire d’autres univers linguistiques.

Le domaine de l’Histoire voit également surgir de nouvelles difficultés. Dans un pays qui a depuis longtemps pour référence une histoire extrêmement homogène et normative, l’irruption des mémoires minoritaires – certains diront communautaires– tend « à frapper toute histoire de la nation des stigmates du nationalisme ».

Comment, dès lors, concevoir l’Histoire, la philosophie et même la littérature françaises ? Paul Thibault a écrit il y a quelques années un livre intitulé Que doit-on enseigner ?. Ce titre résume presque à lui seul les multiples questionnements de la génération du doute. Crise des rapports entre la France et les autres pays occidentaux. Pour en mesurer la profondeur, il faut rappeler d’où nous partons. La France a exercé pendant plusieurs siècles un magistère culturel quasi-universel. De Voltaire à Camus, de Victor Hugo à Mauriac, les grandes figures culturelles françaises étaient également de grandes figures occidentales et même mondiales.

Ce n’est pas que d’autres pays, l’Allemagne, l’Angleterre, la Hollande, n’aient pas eu de grands penseurs.
  Mais aucun d’eux n’a pu rivaliser avec la France dans la catégorie dont nous sommes sans doute les créateurs, en tout cas les maîtres : celle des « intellectuels ». Nous sommes les irremplaçables producteurs de ces esprits brillants, incarnation du bon goût, fût-ce pour prêcher la révolution, plus familiers de la conversation que de la dissertation, préférant la clarté à la vérité, maniant l’humour plus aux dépens des autres que d’eux-mêmes, mais surtout sachant admirablement incarner l’esprit de leur temps. Ce qui nous apparaît en général comme l’âge d’or de notre histoire culturelle, c’est cette époque où comme l’écrit Marc Fumaroli l’Europe parlait français, c'est-à-dire où le règne de la France sur les esprits européens allait de pair avec l’usage généralisé de sa langue parmi les élites.

Cette double prééminence a été progressivement remise en cause, et de façon accélérée pendant la deuxième moitié du XXe siècle. Point n’est besoin de revenir sur la considérable poussée de la langue anglaise, en particulier dans les registres scientifiques, diplomatiques, économiques. Mais dans le domaine culturel, je veux dire dans le domaine des oeuvres, la montée en puissance du monde anglo-saxon est aussi évidente.


Ceci vaut pour la culture de masse, en particulier le cinéma, adossé à de considérables puissances financières. Mais cela concerne aussi le domaine intellectuel. Nombreux sont désormais les pays, à commencer par les États-Unis, qui disposent d’économistes, de philosophes, de sociologues, et, bien sûr d’écrivains dont l’audience est mondiale. La France produit toujours de brillants intellectuels et quelques uns peuvent se prévaloir d’une audience internationale. Cependant, leurs décrets ne font plus trembler la planète et l’écho de leurs querelles ne retentit plus aux quatre coins du monde habité. Ils se sont par ailleurs pour la plupart ralliés aux conceptions libérales et démocratiques, ce qui leur ôte ce parfum de révolte et d’utopie qui était un de leurs plus puissants attraits. Par ailleurs, la France engendre toujours quantité de spécialistes exceptionnels, à la renommée internationale. Nos académies s’honorent d’en compter plusieurs et nous déplorons, la disparition récente d’un des plus emblématiques d’entre eux, Claude Lévi-Strauss. Reste que ces individualités sont, elles aussi, attirées par le « centre » américain, où elles sont souvent amenées à séjourner, à enseigner, voire à émigrer.

Crise de l’Occident face au reste du monde, enfin. C’est la moins facile à percevoir mais la plus inquiétante, peut-être. A l’époque où notre Académie a été fondée, l’univers se réduisait au pourtour de la Méditerranée.

Le Mayflower avait emmené les pères fondateurs en Amérique depuis à peine quinze ans. L’élargissement progressif du monde n’allait en rien remettre en cause la prééminence européenne. Au contraire, la colonisation constituait une sorte de dilatation de notre continent et en particulier de la France, à l’échelle du globe entier. Aujourd’hui, le mouvement s’inverse. L’Europe a payé cher les guerres qui se sont déroulées sur son sol. Elle s’est retirée de ses colonies. Ce que l’on a appelé le Tiers-monde, à compter de la conférence de Bandoeng en 1955, a connu un essor considérable. Essor démographique d’abord qui réduit très fortement le poids relatif de l’Europe. Essor économique, qui concerne aujourd’hui non plus seulement quelques petits dragons asiatiques mais d’immenses ensembles comme le Brésil, l’Inde ou la Chine. Essor culturel surtout, qui n’est pas réductible au précédent. Un continent comme l’Afrique, dont la situation économique est contrastée, à certains endroits prometteuse mais dans beaucoup d’autres catastrophique, n’en a pas moins produit une culture extrêmement féconde dans tous les domaines, musical, pictural, et littéraire.

Devant ce paysage nouveau, on peut comprendre que l’on soit saisi par le doute. Doute quant à la place de notre pays, de notre culture, de notre langue dans un monde aussi radicalement bouleversé.

A priori, le doute est une faiblesse. Tel est, du moins, le sens commun. Celui qui « ne doute de rien » semble avoir un avantage sur l’indécis. Et, en effet, notre doute serait une grande faiblesse s’il nous conduisait au pessimisme et au renoncement. En cheminant dans les couloirs de cette maison, en passant devant les bustes de pierre ou de bronze de nos illustres prédécesseurs, nous sommes accoutumés à ce sentiment d’humilité qui nous fait nous sentir bien petits. À titre individuel, c’est plutôt un signe de bonne santé. Mais si nous l’appliquons à toute la nation et à toute l’époque ; si nous pensons que la France d’aujourd‘hui ne vaut pas celle d’hier ; si nous sommes gagnés par l’idée que la France, quand elle n’est plus tout, n’est plus rien, alors, oui, le doute est une grande faiblesse. Ce serait ignorer et trahir l’extraordinaire créativité française actuelle, dans tous les domaines, littéraires, théâtral, cinématographique, architectural. Ce serait méconnaître la capacité d’attraction que continue d’exercer notre langue dans le monde. Lorsque l’on évalue la francophonie au nombre de locuteurs du français, on passe à côté de ce qui en fait la spécificité et la force : la dispersion planétaire de ceux qui parlent notre langue. La francophonie n’est pas la caractéristique linguistique d’un bloc de peuples regroupés sur une même aire géographique : c’est un trait d’union entre des régions différentes du globe. Dans une période où le monde redevient multipolaire, l’hégémonie de l’anglais n’est plus une fatalité. Dans de nombreux pays, le français est même vu comme une alternative culturelle et politique. C’est notamment le cas dans les grands pays émergents, puissances d’aujourd’hui mais surtout de demain que sont le Brésil et la Chine. Comme nous le rappelait notre Secrétaire perpétuel, madame Carrère d’Encausse, à la suite de son voyage à Shanghai, le pavillon français de l’Exposition Universelle est le deuxième plus visité après celui de la Chine. Il est donc une autre forme du doute, plus créatif, et même plus combatif.


Un doute qui nous fera chercher les moyens de relever les défis de ce temps et de donner à la France sa place, toute sa place dans un monde globalisé. Un doute qui doit nous faire poser des questions pour l’action. C’est ce doute qui inspire les interrogations qui traversent aujourd’hui nos institutions et, en particulier, l’Académie française qui me délègue devant vous ? Tout nouveau venu dans cette Compagnie a tendance à mettre l’accent sur les nécessaires évolutions et nos aînés ont la grande sagesse de nous rappeler les vertus de la tradition. Dans une France en quête de repères, la continuité historique de l’Académie est une grande force. Nous ne devons pas oublier que cette institution a été créée au moment où la France traversait une période de guerre civile autrement plus critique que la nôtre et qu’elle a peut-être contribué à jeter les bases de la renaissance politique et culturelle qui a suivi les temps sanglants de la Fronde. Dans une époque où tant de choses sont éphémères, la tradition que nous représentons matérialise la permanence de la nation à travers la continuité des siècles. Elle est certainement l’une de nos fonctions essentielles.

Pour autant, l’Académie a su évoluer. Ainsi, au tournant des années soixante, a eu lieu l’élection du premier étranger de naissance, en la personne de mon prédécesseur Henri Troyat. Il fut rapidement suivi de beaucoup d’autres, qui représentent presque tous les continents, comme Léopold Sédar Senghor, Julien Greene, Hector Bianciotti ou François Cheng. 

Comment prolonger cette ouverture et faire en sorte qu’elle nous permette de refléter la diversité de la France d’aujourd’hui ? 

Bien d’autres évolutions peuvent être envisagées, qui posent autant de questions délicates et nous donnent l’occasion d’exprimer nos doutes et nos interrogations. 

Quelle place, par exemple, devons-nous réserver à la littérature par rapport à d’autres formes de création en rapport avec l’écrit ? 

En particulier, comment mieux représenter le domaine audio-visuel et notamment, bien sûr, le cinéma. Comment nous adapter au champ nouveau que constitue le monde virtuel, la planète internet ?

Comment défendre la francophonie sans marginaliser la culture française dans les grands circuits de production culturels dominés par le monde anglo-saxon ?

Le doute est à l’origine de toutes ces interrogations. Ce doute-là, constructif, n’est pas une faiblesse mais, au contraire, une force.
  Nous devons en être conscients et le revendiquer car le doute est peut-être la caractéristique la plus profonde de la culture française. A l’époque où fleurissent partout les intégrismes, où tant de gens sont prêts à occire leur prochain au nom de convictions qu’ils considèrent comme indiscutables, le doute est un instrument précieux. La dérision, l’humour, la tolérance, le respect des différences sont les fruits de cet arbre du doute que la France cultive depuis Montaigne et qui fait d’elle le pays de la liberté. À ce propos, je ne crois pas inutile de rappeler, pour conclure, que la naissance du doute chez Montaigne fut d’abord la conséquence d’une défaite.

Nous sommes en 1555. La France envoie une flotte pour conquérir le Brésil. Les Français ont la ferme intention d’apporter la civilisation aux cannibales qui peuplent la baie de Rio. Mais finalement, sur la petite île où ils accostent, au pied du pain de sucre, les colons vont s’étriper, au nom d’obscures querelles théologiques. En somme, ce sont eux qui vont se conduire comme des sauvages. L’expédition tournera court et préfigurera les guerres de religion. Cependant, il se trouve que l’un des protagonistes de cette expédition ridicule, en rentrant en France, va devenir le secrétaire de Montaigne. Il lui raconte son aventure et fait naître en lui le doute. Et si nous étions plus barbares que les Cannibales ? écrit en substance Montaigne dans le chapitre fameux du deuxième livre des Essais intitulé précisément « Des Cannibales ». Ainsi, créée-t-il la figure du « Bon Sauvage ». La fortune philosophique de ce concept sera immense tout au long du XVIIIe siècle. Les idées de tolérance, de respect des cultures, en un mot d’humanité qui en procédent sont parmi nos plus précieux apports à l’histoire. Ainsi, de la déroute des Français du Brésil sont nées, par le détour de Montaigne, les idées libératrices dont ils seront les propagateurs dans le monde entier. Cet exemple doit nous rappeler que le doute est une plante qui pousse souvent sur les décombres de la puissance. Elle fend le marbre froid des grandes théories et des pouvoirs sans contrepoids. La voir fleurir en ce moment doit plutôt, à rebours des fausses évidences, nous rendre confiants dans notre avenir.

Le doute : faiblesse ou force de la culture française ?
Source journal ou site Internet : Institut de France via mon blog Humanitas
Date : 28 octobre 2010
Auteur : Jean-Christophe Ruffin, de l’académie française




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