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juillet 30, 2026

Ce néo-communisme qui flirte en France, pour ne pas dire en Occident ! "Le marché a besoin d’un État fort"

Ce néo-communisme qui flirte en France

Franz-Olivier Giesbert (@fogiesbert ) réagit à la chronique de Sébastien Lapaque, qui contestait sa thèse d’une France devenue communiste. Il persiste et signe : le pays est bien, selon lui, en train de virer au rouge. ➡️ https://l.lepoint.fr/z4l

 

Sans rancune

« Oui, la France est en train de glisser vers un communisme mou »


RÉPONSE. Franz-Olivier Giesbert réagit à la chronique de Sébastien Lapaque, qui contestait sa thèse d’une France devenue communiste. Il persiste et signe : le pays est bien, selon lui, en train de virer au rouge.
 
Cher Sébastien Lapaque,

J’ai beaucoup d’admiration pour vous, votre liberté d’esprit et votre culture encyclopédique. Je n’aurai donc pas l’outrecuidance de répondre à votre critique par une paraphrase du sous-titre de mon livre La France est-elle un pays communiste ? : « Ne dites pas à la France qu’elle est un pays communiste, elle croit qu’elle vit dans l’enfer du néolibéralisme. »

C’est pourtant ce que vous semblez croire. Vous attribuez tous nos maux au néolibéralisme, bouc émissaire pour politiciens discrédités, ceux de la gauche ou de la droite souverainistes, notamment. Autant vous dire que je n’ai rien, bien au contraire, contre le dirigisme bien tenu, à la de Gaulle, qui a redressé la France. Si elle est tombée si bas aujourd’hui, c’est parce que l’État-nounou est devenu obèse, hors de contrôle. Il n’est plus la solution, mais le problème.

Un communisme mou sans goulag

Certes, j’ai un peu forcé le trait : mon livre est un pamphlet et son objet est de réveiller les esprits avant l’échéance présidentielle. S’il est question de communisme à la française dans mon esprit, il est mou, très mou : il n’y a pas de goulag en France, pas de Guépéou non plus, même si certains, y compris au sommet de l’État, semblent parfois rêver d’une police de la pensée. Mais pourquoi ne pas reconnaître que nous vivons dans un pays qui ne va pas bien ?

Il y a des chiffres que vous ne citez pas, qui montrent que nous sommes quasiment sortis du libéralisme. D’abord, en rythme annuel, la France est redevenue la championne des dépenses publiques dans l’Union européenne, devant la Finlande : 57,3 % par rapport à la richesse nationale (PIB). Moyenne de nos partenaires européens : 49,8 %. Tout est là : une dépense exponentielle qui entraîne une dette démente. En 2024, la France était par ailleurs, avec plus de 45 % de prélèvements obligatoires, la vice-championne de l’UE, derrière le Danemark qu’elle a sans doute doublé cette année.

Où va l’argent ? La France compte 83 fonctionnaires pour 1000 habitants contre 50 en Allemagne et 52 en Italie. Loin de moi l’idée de jeter l’opprobre sur les employés de l’État. Mais quand on observe l’état de nos services publics – qui peuvent rappeler, parfois, ceux de l’Union soviétique –, on est en droit de se demander s’il n’y a pas du coulage quelque part. Qui parle de « rentabilité », ce mot qui vous choque ? Même s’il n’en tire pas les conséquences, l’État a au moins pour devoir d’essayer de vérifier les comptes.

Non, cher Sébastien, la maladie de la norme et de la surréglementation n’est pas née dans la tête des libéraux qui, comme Milton Friedman, l’ont toujours combattue. C’est une vieille marotte française que moquait déjà Georges Courteline au début du XXe siècle, mais qui a proliféré sous le communisme, en particulier soviétique. Chez nous, elle a pris des proportions délirantes et s’acharne aujourd’hui sur toutes sortes de professions : entrepreneurs, agriculteurs, médecins, pharmaciens, commerçants, etc. C’est une pitié de les avoir obligés à passer le plus clair de leur temps à remplir des formulaires sur leur ordinateur.

Le gros mensonge des aides aux entreprises

Permettez-moi enfin de contester vos sources. Vous n’étiez pas obligé, par exemple, de prendre pour argent comptant, si j’ose dire, le fumeux rapport de la commission d’enquête du Sénat sur les aides aux entreprises, dont le maître d’œuvre était le communiste Fabien Gay, directeur de L’Humanité, qui a conclu que l’État verse chaque année 211 milliards d’aides aux entreprises : pour faire bon poids, ont été mélangés les choux, les carottes et… les subventions aux entreprises publiques ! Résultat : un conte à dormir debout, c’est-à-dire un gros mensonge.

Les patrons ne s’y trompent pas, qui disent : « Chiche ? Allégez les taxes ou impôts sur les entreprises, cessez de nous aider et les vaches seront bien gardées. » Si l’État « aide » les entreprises, c’est pour qu’elles ne meurent pas, parce que, depuis les années 1980, il les pressure inconsidérément : les impôts de production sont ainsi cinq fois plus élevés en France qu’en Allemagne – sept fois plus, il y a peu. Pour ruiner le discours des souverainistes – selon lequel toutes nos difficultés, à commencer par la désindustrialisation, ont été provoquées par l’Europe ou la mondialisation –, penons les chiffres cités par Jacques de Larosière (ancien patron du FMI) dans son livre Le déclin français est-il réversible ? (Odile Jacob), qui montrent que la surfiscalité pesant sur les entreprises les a poussées à se délocaliser pour survivre : en France, l’emploi des filiales des groupes français a fini par représenter 62 % de leur emploi total ; en Allemagne, 23 %. Cherchez l’erreur. Faudrait-il maintenant chasser les dernières entreprises en les taxant toujours plus pour nourrir l’insatiable Léviathan ?

Sans rancune et avec ma bienveillante amitié,

Franz-Olivier Giesbert


« Non, la France n’est pas un pays communiste » : Sébastien Lapaque répond à Franz-Olivier Giesbert

Contrairement à l’analyse de Franz-Olivier Giesbert, Sébastien Lapaque estime que l’inflation bureaucratique ne relève pas du communisme, mais d’un État remodelé pour organiser la concurrence et soutenir le marché.

Dans La France est-elle communiste ? un essai publié au printemps, Franz-Olivier Giesbert dit observer dans le poids de l’État, de la bureaucratie et de la dépense publique les symptômes d’une « collectivisation progressive » du pays. Une analyse que réfute Sébastien Lapaque.

Pour l’essayiste, contributeur du Point, l’omniprésence de l’administration française ne relève pas du communisme, mais d’une transformation néolibérale de l’État, devenu l’organisateur de la concurrence et le soutien du marché. Dans une lettre ouverte, il expose les raisons de son désaccord avec Franz-Olivier Giesbert.*

« Cher Franz-Olivier Giesbert,

C’est toujours un plaisir de débattre avec vous. Il me semble pourtant que vous faites fausse route lorsque vous êtes tenté de répondre positivement à la question : « La France est-elle un pays communiste ? » La grande ironie contemporaine est que le néolibéralisme ne réside pas dans le retrait de l’État, mais dans sa reconfiguration active. Si sa bureaucratie peut parfois singer les pires travers du système soviétique, sa logique profonde est diamétralement opposée.

Loin de détruire la techno-bureaucratie ou de sabrer la dépense publique, la mise en concurrence des marchés exige une production continue de normes, de contrôles et de flux financiers pour soutenir et encadrer le secteur privé. L’État contemporain est le bâtisseur du marché. Les théoriciens du néolibéralisme (Walter Lippmann, Milton Friedman) comme ceux de l’école de Fribourg savaient que le marché ne procédait pas d’un ordre « naturel » : il doit partout et sans cesse être construit, ordonné et protégé par l’action publique.

Le marché a besoin d’un État fort

Dès lors, l’État se transforme en chef d’orchestre de la concurrence, appliquant des méthodes managériales privées aux services publics. Vous le constatez comme moi : l’Université et la recherche dépendent d’appels à projets compétitifs via l’ANR (Agence nationale de la recherche), qui force les chercheurs à se soumettre à la logique de la start-up nation en rédigeant des dossiers truffés de jargon pour des taux de réussite dérisoires.

Dans un système communiste, l’État doterait les laboratoires de budgets stables pour que les savants travaillent selon les plans nationaux ; France Travail gère les demandeurs d’emploi comme un portefeuille d’actifs humains ; l’Éducation, la Justice et la Police sont pilotées au moyen de statistiques et d’indicateurs de performance. Quant aux redoutables ARS (Agences régionales de santé) — où s’activent des bataillons de bureaucrates qui ne sont pas médecins et n’ont jamais vu un malade ni un lit d’hôpital —, elles rationalisent la santé comme une variable d’ajustement comptable, sommant l’Hôpital public de rentabiliser chaque acte.

Nous sommes ici à l’opposé d’un Gosplan à la française qui planifierait les besoins réels de la population : que ce soit à Cuba, en URSS ou dans l’ancienne Yougoslavie, l’État collectiviste privilégiait les corps de médecins fonctionnaires, des enseignants investis d’une mission doctrinale messianique, des ingénieurs rivés au programme de production et des institutions budgétisées par le Plan pour produire de l’idéologie.

La technocratie française, elle, exige du service public qu’il dégage de la rentabilité, soumettant la culture, l’école et le soin à une logique comptable d’inspiration privée. Cette rationalisation s’est infiltrée jusqu’au cœur de la Haute Administration avec la RGPP (Révision générale des politiques publiques) et la suppression des grands corps historiques.

La technocratie française exige du service public qu’il dégage de la rentabilité, soumettant la culture, l’école et le soin à une logique comptable d’inspiration privée.

Sébastien Lapaque

Sous couvert de moderniser l’État, ces réformes ont importé les méthodes de restructuration des grands cabinets d’audit privés. En imposant le non-remplacement d’un fonctionnaire sur deux, la budgétisation par objectifs (LOLF) et une dématérialisation algorithmique qui remplace le guichet humain, la puissance publique a troqué le sens de l’intérêt général contre la tyrannie du tableau de bord.

Une bureaucratie au service de la concurrence

Cette prolifération normative n’est pas un accident de parcours communiste, mais une culture managériale du contrôle. Ce capitalisme sous perfusion publique est notre tragédie. Si les prélèvements restent élevés, c’est que l’État finance indirectement la rentabilité du privé. Les aides publiques aux entreprises — allègements de cotisations, Crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi (CICE), subventions — atteignent 211 milliards d’euros par an (source : commission d’enquête sénatoriale, juillet 2025).

Ce capitalisme sous perfusion publique est notre tragédie.

Sébastien Lapaque

L’État dépense énormément, non pour collectiviser la production, mais pour subventionner l’offre. De Georges Pompidou à Emmanuel Macron, la France est passée de l’État-providence à l’État-brancardier, qui sauve le marché à coups de fonds publics quand il s’effondre, comme en 2008 ou en 2020.

Le grand tournant de Bercy

Ce tournant ne s’est pas fait contre l’État, mais par son cœur même, au Louvre puis à Bercy. C’est le chapitre le plus étonnant de notre présente « étrange défaite ». Dans les années 1980, après le tournant de la rigueur, ce sont des inspecteurs des Finances qui sont devenus les architectes de la libéralisation. Philippe Séguin, dûment informé par Nicolas Baverez ou Henri Guaino, avait bien vu que le point de bascule se situait à la Direction du Trésor.

Jusqu’aux années 1970, cette direction pilotait l’économie de manière directive, selon le fameux dirigisme à la française cher à Charles de Gaulle et à ses ministres tels que Michel Debré, Jean-Marcel Jeanneney, voire le jeune Giscard… VGE devenu président, les hauts fonctionnaires français formés à l’ENA et à Polytechnique, ayant constaté l’échec des politiques de relance traditionnelles face à la crise de 1973, ont progressivement intégré les théories monétaristes.

Pour ces réformateurs technocratiques, arrimer la France à la mondialisation financière ne signifiait plus planifier. Le paradoxe historique absolu de notre histoire économique est que ce tournant a été accéléré par un gouvernement socialiste, qui ne s’était pas encore complètement débarrassé de ses oripeaux marxistes, sous l’impulsion de ses élites technocratiques.

En 1984, le ministre des Finances Jacques Delors et son directeur de cabinet Jean-Charles Naouri, futur bâtisseur d’un empire de la grande distribution, ont décidé de décloisonner les structures financières françaises. Rédigée par des hauts fonctionnaires, la loi relative à l’activité des établissements de crédit a mis fin à la séparation des métiers bancaires, jetant en France les bases d’un marché de capitaux intégré. Ce ne fut pas un diktat de Reagan ou de Thatcher.

L’État actionnaire n’est pas l’État collectiviste

Mais un choix de nos élites pour rendre Paris financièrement attractive. Une fois les marchés libéralisés, ces mêmes hauts fonctionnaires ont importé les méthodes de gestion des grandes entreprises privées au sein même de l’administration. Dès lors, Bercy a basculé de la dépense utile vers le contrôle des coûts et l’évaluation.

Pour légitimer leur rôle face aux autres ministères tels que l’Éducation ou la Santé, les hauts fonctionnaires des Finances ont imposé des indicateurs de performance, des audits et ont peu à peu transformé l’usager du service public en client… de moins en moins satisfait de l’offre !

La transformation des grands musées ou des anciens monopoles en Établissements publics à caractère industriel et commercial (EPIC) en est l’illustration : on les somme de maximiser leurs ressources propres (mécénat, produits dérivés, hausses des tarifs), substituant le taux d’autofinancement à leur mission originelle. Loin d’être un ancrage collectiviste, ce statut d’EPIC n’a été que le laboratoire de la corporate governance.

Au cours des trente dernières années, de France Télécom à la SNCF en passant par EDF ou La Poste, l’État a transformé tous ses grands outils industriels en Sociétés Anonymes (SA) dès qu’il a fallu les soumettre à la concurrence mondiale ou lever des capitaux.

Ceux qui voient dans l’omniprésence de l’État actionnaire une preuve de communisme se trompent de diagnostic. À l’instar du Canada Dry, ce système a la couleur de l’étatisme, l’aspect de la bureaucratie... Mais ce n’est pas du marxisme-léninisme… C’est de l’étatisme mis au service du Marché.

Au plaisir de poursuivre cette discussion, mon cher Franz.

Votre bien dévoué,

Sébastien Lapaque »


 https://www.lepoint.fr/debats/non-la-france-nest-pas-un-pays-communiste-sebastien-lapaque-repond-a-franz-olivier-giesbert-CPO6KSCRPVBLVMQ4IAQZYVN4HM/

 

 

 

 

Le « néolibéralisme », ce coupable parfait

Dans le septième épisode de sa série vidéo « Vive le capitalisme ! », Lucas Moulard revient sur l’usage du terme « néolibéralisme ».


Dans le débat public en France, « néolibéralisme » est devenu un diagnostic automatique. Un mot qui explique la situation de l’hôpital, l’école, les salaires, le logement, la gouvernance… Bref, la totalité du réel. L’intérêt politique est évident : un coupable unique et une indignation immédiate. La discussion sur les mécanismes, elle, peut attendre.

Le problème n’est pas la critique du libéralisme, ni même l’usage du terme. Le problème, c’est la plasticité infinie du terme qui lui donne une puissance rhétorique, mais lui retire sa valeur explicative. Si l’expression « néolibéralisme » s’ancre (notamment) dans des débats intellectuels d’avant-guerre avec, dès 1938, une discussion explicite sur l’opportunité de conserver le mot « libéralisme » ou d’adopter « néolibéralisme », sa trajectoire n’a rien d’univoque. On remplace les causes par un totem. Alors si la France va mal, est-ce vraiment à cause du néolibéralisme ?

https://www.lepoint.fr/debats/le-neoliberalisme-ce-coupable-parfait-UCSVPNRAORDGXC3DDKXYRIEAFQ/

L’anticapitalisme, un snobisme de riche ?

Le capitalisme, coupable idéal

Dans le cinquième épisode de sa série « Vive le capitalisme », Lucas Moulard dénonce la facilité avec laquelle on charge le capitalisme de tous les maux du moment.

Si les inégalités augmentent, c’est la faute du capitalisme. Si le climat se dérègle, c’est la faute du capitalisme.

Si l’hôpital souffre, si les salaires stagnent, si la guerre éclate, c’est encore « la faute du capitalisme ». Ce refrain est devenu un réflexe national, au point qu’il a récemment retenti jusque sous les dorures de l’Assemblée. Le 2 février dernier, la députée Sandrine Rousseau a martelé que « quand le capitalisme s’essouffle, la guerre est son débouché », renouant avec l’idée confortable d’un bouc émissaire universel. Dès qu’un problème surgit, on désigne un coupable fourre-tout : le Capitalisme, abstraction maléfique sensée tout expliquer. Mais quand un mot sert à tout expliquer, en réalité il n’explique plus rien. Et à force de combattre un épouvantail, on s’interdit de voir les causes concrètes des problèmes – donc d’y apporter de vraies solutions.

Le capitalisme, bouc émissaire à tout faire

Il s’est installé en France un curieux réflexe culturel : quoi qu’il arrive, on blâme « le capitalisme ». Ce terme valise est convoqué pour dénoncer pêle-mêle la pollution, la précarité, les pandémies, la malbouffe, la crise du logement ou la fonte des glaciers. Peu importe si ces phénomènes résultent, en partie, partie de choix politiques, de normes ou de rentes, on préfère incriminer une entité vague. On confond allègrement économie de marché et décisions réglementaires : par exemple, accuser « le marché » d’appauvrir les travailleurs alors qu’en France près de 53 % du coût salarial part en cotisations et impôts (record mondial de ponction sur la fiche de paie, laissant seulement 46,70 € au salarié pour 100 € dépensés par l’employeur). De même, fustiger « le capitalisme » pour la grande précarité alors que notre État-providence n’a jamais été aussi massif (31,9 % du PIB consacré aux prestations de protection sociale en France, contre 20 % en moyenne OCDE). Autrement dit, on attribue au marché des effets qui proviennent souvent de notre propre modèle sociofiscal. Mais ce discours flou dispense d’analyse : pourquoi s’embarrasser à décortiquer la fiscalité du travail, le droit du logement ou les réglementations, quand un slogan permet de tout balayer d’un revers de main ?

Facilité contre complexité

Ce mécanisme est intellectuellement commode… et profondément paresseux. En blâmant un coupable unique presque mystique, on évite de se poser les bonnes questions. Première conséquence : une sorte de cécité causale. Si un hôpital manque de lits, est-ce vraiment le « 
 

 

Communisme libertaire

Le communisme libertaire et le libertarianisme anarcho-capitaliste sont deux courants de pensée politique qui partagent une critique du pouvoir centralisé et de l'autorité coercitive de l'État. Bien qu'ils partagent certains points communs, ils diffèrent dans leur conception de la propriété, de l'organisation économique et de la justice sociale. 

Présentation du communisme libertaire et du libertarianisme anarcho-capitaliste

A. Présentation du communisme libertaire

Le communisme libertaire, également appelé anarcho-communisme, est une idéologie politique qui trouve ses racines dans les travaux de penseurs tels que Pierre-Joseph Proudhon et Mikhail Bakounine, mais qui a été développée plus particulièrement par Pierre Kropotkine. Le communisme libertaire prône la suppression de toutes les formes de domination et d'exploitation, y compris l'État et la propriété privée des moyens de production. Il préconise la mise en place d'une société égalitaire et autogérée, basée sur la coopération volontaire et la propriété collective des ressources. Selon les communistes libertaires, la société devrait garantir à chaque individu l'accès équitable aux biens et aux services nécessaires à sa subsistance, en abolissant les inégalités économiques et en encourageant la solidarité.

B. Présentation du libertarianisme anarcho-capitaliste

Le libertarianisme anarcho-capitaliste, également connu sous le nom d'anarcho-capitalisme, est une idéologie politique qui trouve ses fondements dans les travaux de penseurs tels que Murray Rothbard et David Friedman. Le libertarianisme anarcho-capitaliste met l'accent sur la primauté de la liberté individuelle et de la propriété privée. Il critique l'intervention de l'État dans les affaires économiques et défend un système de libre marché décentralisé, où les interactions humaines sont régies par des contrats volontaires et des échanges économiques. Selon les anarcho-capitalistes, l'absence de coercition étatique permettrait une allocation efficace des ressources et une société basée sur le consentement mutuel et la responsabilité individuelle.

Points communs entre le communisme libertaire et le libertarianisme anarcho-capitaliste

A. Opposition au capitalisme d'État

Le communisme libertaire et le libertarianisme anarcho-capitaliste partagent une opposition au capitalisme d'État. Les deux idéologies critiquent le rôle de l'État dans la protection des intérêts des élites économiques et voient dans cette relation une source d'inégalités et d'injustices. Ils remettent en question l'intervention de l'État dans l'économie et préconisent une société débarrassée des privilèges accordés aux grandes entreprises et des distorsions induites par le système économique actuel.

B. Rejet de l'autoritarisme et de la coercition

Le communisme libertaire et le libertarianisme anarcho-capitaliste partagent également un rejet de l'autoritarisme et de la coercition. Les deux idéologies mettent l'accent sur l'autonomie individuelle et s'opposent aux formes de pouvoir qui restreignent la liberté et l'autodétermination des individus. Ils remettent en question l'autorité centralisée de l'État et aspirent à des formes d'organisation sociale qui permettent une plus grande participation et prise de décision au niveau individuel et communautaire.

C. Vision d'une société sans État

Le communisme libertaire et le libertarianisme anarcho-capitaliste partagent la vision d'une société sans État. Ils remettent en question la légitimité de l'État en tant qu'institution de gouvernance et préconisent des formes de gouvernance décentralisées et autogérées. Les deux idéologies cherchent à développer des alternatives à la centralisation du pouvoir politique et à promouvoir des formes d'organisation sociale basées sur la coopération volontaire et la libre association.

D. Importance accordée à l'individualisme et à la liberté individuelle

Tant le communisme libertaire que le libertarianisme anarcho-capitaliste accordent une grande importance à l'individualisme et à la liberté individuelle. Ils reconnaissent l'importance de l'autonomie individuelle et cherchent à créer des conditions qui permettent aux individus de développer leur plein potentiel sans entraves excessives. Les deux idéologies considèrent que la liberté individuelle est essentielle à la réalisation de soi et qu'elle doit être protégée contre les intrusions de l'État ou d'autres formes de pouvoir coercitif.

Malgré ces points communs, le communisme libertaire et le libertarianisme anarcho-capitaliste divergent sur des questions fondamentales telles que la propriété, l'organisation économique et la justice sociale.

Différences entre le communisme libertaire et le libertarianisme anarcho-capitaliste

A. Vision de la propriété et des moyens de production

1. Communisme libertaire : Le communisme libertaire préconise l'abolition de la propriété privée des moyens de production. Selon cette vision, les ressources et les moyens de production devraient être collectivement détenus et gérés par la communauté. Les communistes libertaires soutiennent que la propriété privée crée des inégalités et des exploitations et qu'elle doit être remplacée par la propriété collective pour assurer une distribution équitable des ressources.

2. Libertarianisme anarcho-capitaliste : Le libertarianisme anarcho-capitaliste défend la propriété privée et les droits de propriété. Selon cette perspective, les individus ont le droit de posséder et de contrôler des biens, y compris les moyens de production. Les anarcho-capitalistes soutiennent que la propriété privée est un fondement essentiel de la liberté individuelle et de la prospérité économique, car elle incite à l'innovation, à l'investissement et à la responsabilité individuelle.

B. Organisation économique

1. Communisme libertaire : Le communisme libertaire préconise une économie basée sur la coopération, la collectivisation et le partage des ressources. Dans cette vision, les biens et les services seraient produits et distribués selon les besoins de chacun, et non en fonction de la demande ou de la capacité de payer. L'accent est mis sur l'égalité économique et la satisfaction des besoins de tous les membres de la société.

2. Libertarianisme anarcho-capitaliste : Le libertarianisme anarcho-capitaliste prône une économie basée sur les échanges volontaires et le libre marché. Selon cette idéologie, les interactions économiques devraient être régies par des contrats volontaires entre des individus autonomes. Les anarcho-capitalistes soutiennent que le libre marché favorise l'efficacité économique, l'innovation et la prospérité en permettant aux individus de négocier librement les termes de leurs transactions et d'allouer les ressources en fonction de la demande et de l'offre.

C. Rôle de l'État

1. Communisme libertaire : Le communisme libertaire prône l'abolition de l'État centralisé. Il vise à remplacer les structures étatiques par des formes d'organisation décentralisées et autogérées, telles que des conseils ou des assemblées communautaires. Dans cette vision, la prise de décision politique serait directe et participative, permettant à chaque individu d'influencer les affaires de la communauté.

2. Libertarianisme anarcho-capitaliste : Le libertarianisme anarcho-capitaliste cherche également à abolir l'État centralisé, mais il propose de maintenir certaines fonctions de l'État, telles que la protection des droits de propriété et la résolution des conflits, par le biais d'agences privées de sécurité et de justice. Selon cette perspective, ces fonctions pourraient être assurées par des contrats volontaires et des mécanismes concurrentiels sur un marché libre.

D. Conclusion sur les différences entre le communisme libertaire et le libertarianisme anarcho-capitaliste

En conclusion, bien que le communisme libertaire et le libertarianisme anarcho-capitaliste partagent une opposition à l'autoritarisme et à l'intervention de l'État, ils diffèrent fondamentalement dans leur vision de la propriété, de l'organisation économique et du rôle de l'État.

Le communisme libertaire cherche à abolir la propriété privée des moyens de production, favorisant une approche collective de la gestion des ressources. Il promeut une économie basée sur la coopération, la collectivisation et le partage des ressources, dans le but de garantir une distribution équitable des biens et de répondre aux besoins de tous les membres de la société. De plus, il prône l'abolition de l'État centralisé au profit d'une organisation décentralisée et autogérée.

En revanche, le libertarianisme anarcho-capitaliste défend la propriété privée et les droits de propriété individuels. Il soutient que la propriété privée est un pilier essentiel de la liberté individuelle et de la prospérité économique. Il préconise une économie basée sur les échanges volontaires et le libre marché, où les individus sont libres de négocier et d'allouer les ressources en fonction de la demande et de l'offre. Bien que l'État centralisé soit également rejeté, le libertarianisme anarcho-capitaliste propose le maintien de certaines fonctions de l'État, telles que la protection des droits de propriété et la résolution des conflits, par des agences privées de sécurité et de justice.

En somme, le communisme libertaire vise à créer une société sans propriété privée et basée sur la coopération collective, tandis que le libertarianisme anarcho-capitaliste défend la propriété privée et l'économie de marché. Ces différences fondamentales reflètent des visions divergentes quant à la structure économique et à la relation entre l'individu et la société.

Perspectives sur la justice sociale

A. Communisme libertaire : accent sur l'égalité économique et sociale, redistribution des richesses

Le communisme libertaire met l'accent sur l'égalité économique et sociale en tant que fondement de la justice sociale. Selon cette perspective, la redistribution des richesses est nécessaire pour réduire les inégalités et assurer une répartition équitable des ressources. Les communistes libertaires considèrent que la propriété privée des moyens de production crée des inégalités injustes et qu'une société juste doit garantir l'accès égal aux ressources et aux opportunités pour tous les individus.

B. Libertarianisme anarcho-capitaliste : accent sur la justice procédurale, respect des droits de propriété et des contrats volontaires

Le libertarianisme anarcho-capitaliste accorde une importance primordiale à la justice procédurale. Selon cette vision, la justice sociale découle du respect des droits de propriété et des contrats volontaires. Les anarcho-capitalistes soutiennent que la justice procédurale est atteinte lorsque les individus sont libres de conclure des accords volontaires et de respecter les termes de ces accords. Ils estiment que l'État interventionniste, en tentant de redistribuer les richesses, viole les droits de propriété et crée des distorsions dans les mécanismes de marché, ce qui est considéré comme injuste.

Les différences dans les perspectives sur la justice sociale entre le communisme libertaire et le libertarianisme anarcho-capitaliste découlent de leurs conceptions différentes de la propriété, de l'économie et des droits individuels. Le communisme libertaire cherche à atteindre une égalité économique et sociale en redistribuant les richesses, tandis que le libertarianisme anarcho-capitaliste considère que la justice sociale est assurée par le respect des droits de propriété et des accords volontaires.

Ces perspectives reflètent des conceptions différentes de la justice et de la manière de parvenir à une société juste. Alors que le communisme libertaire met l'accent sur l'égalité matérielle, le libertarianisme anarcho-capitaliste insiste sur la primauté des droits de propriété et de la liberté individuelle dans la recherche de la justice sociale.

Influences philosophiques

A. Communisme libertaire : influences marxistes, collectivistes et anarchistes

Le communisme libertaire tire ses influences de différentes sources philosophiques. Il est largement influencé par les idées marxistes, en particulier en ce qui concerne la critique du capitalisme et la notion de lutte des classes. Les communistes libertaires partagent également des idées collectivistes, mettant l'accent sur l'importance de la solidarité et de la coopération entre les membres de la société. En outre, le mouvement anarchiste a une influence majeure sur le communisme libertaire, prônant la suppression de toute forme d'autorité et la promotion de l'autonomie individuelle et collective.

B. Libertarianisme anarcho-capitaliste : influences libertariennes, individualistes et capitalistes

Le libertarianisme anarcho-capitaliste est influencé par des idées philosophiques libertariennes, qui mettent l'accent sur la primauté de la liberté individuelle et la réduction de l'intervention de l'État dans les affaires économiques et sociales. Les anarcho-capitalistes défendent des idées philosophiques de primauté de l'individu, soulignant le droit des individus à la propriété privée et à la poursuite de leurs intérêts personnels. Ils sont également influencés par les principes capitalistes, qui prônent l'échange volontaire et la libre concurrence sur le marché comme moyen de coordination économique.

Ces influences philosophiques différentes reflètent les bases idéologiques sur lesquelles reposent le communisme libertaire et le libertarianisme anarcho-capitaliste. Alors que le communisme libertaire s'appuie sur des idées marxistes, collectivistes et anarchistes, le libertarianisme anarcho-capitaliste est enraciné dans des idées libertariennes, individualistes et capitalistes. Ces influences façonnent les visions distinctes de ces deux courants politiques en ce qui concerne la propriété, la société et le rôle de l'État.

Réception et impact historique

A. Communisme libertaire : mouvements révolutionnaires et luttes ouvrières

Le communisme libertaire a eu une réception importante au sein des mouvements révolutionnaires et des luttes ouvrières. Les idées de l'anarchisme et du communisme libertaire ont été adoptées par de nombreux groupes et organisations qui ont cherché à renverser les structures capitalistes et étatiques oppressives. Le communisme libertaire a joué un rôle central dans des événements historiques tels que la Révolution russe de 1917, la guerre civile espagnole dans les années 1930 et les mouvements ouvriers et étudiants des années 1960 et 1970. Bien que ces mouvements n'aient pas réussi à établir durablement une société communiste libertaire, ils ont contribué à la diffusion des idées et ont inspiré des générations de militants et de révolutionnaires.

B. Libertarianisme anarcho-capitaliste : influence sur les mouvements libertariens et les théories économiques

Le libertarianisme anarcho-capitaliste a eu un impact significatif sur les mouvements libertariens et les théories économiques. Ses idées ont influencé des penseurs et des économistes tels que Murray Rothbard et Friedrich Hayek. Le libertarianisme anarcho-capitaliste a contribué à la formulation de théories économiques comme l'école autrichienne d'économie, qui met l'accent sur les mécanismes de marché et la libre concurrence. Au niveau politique, le libertarianisme anarcho-capitaliste a inspiré des mouvements et des partis politiques qui promeuvent la réduction de l'État et l'émancipation individuelle. Bien que ces idées aient suscité des débats et des critiques, elles ont eu une influence durable sur la pensée politique et économique contemporaine.

C. Importance de ces idéologies dans l'histoire politique et philosophique

Le communisme libertaire et le libertarianisme anarcho-capitaliste ont tous deux joué un rôle important dans l'histoire politique et philosophique. Ils ont contribué à élargir le champ des idées politiques en proposant des alternatives radicales aux systèmes politiques et économiques existants. Ces idéologies ont remis en question les fondements mêmes de l'autorité et de la propriété, et ont stimulé des débats sur la nature de la justice, de l'égalité et de la liberté. Bien qu'ils n'aient pas été mis en œuvre à grande échelle dans leur forme pure, le communisme libertaire et le libertarianisme anarcho-capitaliste continuent d'exercer une influence sur les mouvements sociaux, les théories politiques et les débats intellectuels, contribuant ainsi à façonner l'histoire politique et philosophique.


mai 24, 2026

L'abandon du libéralisme classique avec Hans-Hermann Hoppe

Le droit est une institution sociale indépendante de l'existence de l'État. Il reconnaît explicitement les principes de justice, qui ne peuvent être reconnus comme universels et constants qu'en tout temps et en tout lieu. Ces principes servent non seulement à rendre la justice, mais aussi à juger de la justice des lois appliquées dans toute société. L'État usurpe le droit par une combinaison de force et d'idéologie, monopolisant le pouvoir de décision final et s'érigeant en juge suprême de tous les conflits et crimes, y compris ceux impliquant l'État lui-même. L'État devient ainsi à la fois juge et partie dans ses propres affaires. 
 
 
 
Néanmoins, pendant des siècles avant l'émergence de l'État moderne, des juridictions concurrentes et parfois imbriquées ont coexisté en Europe en matière de vie sociale et de résolution des conflits. Cela ne tenait pas au fait que le droit n'était pas universellement compris comme une institution sociale destinée à résoudre les conflits et les litiges et à fournir des procédures et des justifications pour les sanctions ou les réparations. Cela tenait plutôt au fait que différentes circonstances culturelles et politiques tendaient à engendrer différentes juridictions pour différentes questions de la vie. De fait, ce système s'est avéré plus efficace pour promouvoir la paix et faire respecter la justice que l'étatisme actuel. 
 
Les lois étaient considérées comme allant de soi. Il était donc très rare de créer ou de proposer de nouvelles lois. Comme le raconte le philosophe libéral Hans-Hermann Hoppe, la loi était considérée comme une chose éternelle, une simple découverte : 
 
 « On apprenait ce qu’elle était. Dès le départ, toute nouvelle loi était perçue avec suspicion, car la loi devait être ancienne, elle devait avoir toujours existé. Quiconque proposait une nouvelle loi était automatiquement considéré comme un imposteur. Les sujets, les locataires, avaient le droit de résister. Autrement dit, ils n’étaient soumis à leurs seigneurs en aucune circonstance, car, comme je l’ai dit, il existait une loi éternellement valable, qui protégeait autant le locataire que le propriétaire. Si le propriétaire enfreignait cette loi, les locataires avaient le droit de résister, jusqu’à tuer le propriétaire.» 
 
Les monarchies étaient autrefois le prolongement semi-organique de sociétés sans État, ou, comme le disait Hoppe, « d’ordres sociaux naturels structurés hiérarchiquement ». Les rois étaient les chefs de familles élargies, de clans, de tribus et de nations, exerçant « une grande autorité naturelle, volontairement reconnue, héritée et accumulée sur de nombreuses générations ». Et c’est au sein de tels ordres sociaux, ainsi que de ceux des républiques aristocratiques, que le libéralisme classique s’est d’abord développé et a prospéré.
 
Je ne prétends pas ici que cet ordre fût parfait, un véritable ordre naturel… En réalité, il était entaché de nombreuses imperfections, notamment l’existence, en de nombreux endroits, de l’institution du servage (bien que le fardeau imposé aux serfs fût alors modéré comparé à celui qui pèse aujourd’hui sur les serfs fiscaux). J’affirme seulement que cet ordre se rapprochait d’un ordre naturel par : a) la suprématie et la subordination de tous sous une seule loi ; b) l’absence de tout pouvoir législatif ; et c) l’absence de tout monopole légal sur la justice et l’arbitrage des conflits. J’affirme également que ce système aurait pu être perfectionné et conservé quasiment inchangé par l’intégration des serfs.
Puis, les monarques se sont enivrés du pouvoir et les centralisations absolutistes ont commencé. C'est donc l'absolutisme, et non le libéralisme classique, qui fut la principale cause de la fin du féodalisme. L'absolutisme a engendré l'étatisme, c'est-à-dire le monopole territorial forcé du pouvoir de décision ultime et de la perception des impôts. Pourtant, bien que loin d'être parfait, comme le souligne Hoppe, le système féodal du Moyen Âge ne nécessitait que quelques améliorations fondamentales en matière de droit :
 
Principalement en réaction aux abus de l'absolutisme, le libéralisme classique s'est répandu en Europe aux XVIIIe et XIXe siècles, devenant pendant plus d'un demi-siècle le mouvement idéologique dominant en Europe occidentale : 
 
« Il était le parti de la liberté et de la propriété privée acquise par l'occupation et le contrat, attribuant à l'État le seul rôle de garant de ces lois naturelles.» 
 
 Hoppe explique que le libéralisme classique était centré sur les notions de propriété de soi, d'appropriation originelle des ressources naturelles, de propriété et de contrat. Partant du principe que tous les hommes étaient soumis aux mêmes principes universels de justice, aucun gouvernement ne pouvait se justifier s'il ne découlait pas d'un contrat explicite entre propriétaires privés. Néanmoins, malgré l'accent mis sur les droits universaux qui opposait radicalement les libéraux classiques à tous les gouvernements établis, l'erreur fondamentale du libéralisme classique persistait dans sa conception du gouvernement. Comme le souligne Hoppe à propos de la Constitution américaine : 
 
« Comme le notait la Déclaration d’indépendance, le gouvernement est censé protéger la vie, la propriété et la recherche du bonheur. Or, en accordant au gouvernement le pouvoir de lever des impôts et de légiférer sans consentement, la Constitution [et donc le gouvernement] ne peut en aucun cas garantir cet objectif, mais devient au contraire l’instrument même de l’atteinte et de la destruction des droits à la vie, à la liberté et à la recherche du bonheur. Il est absurde de croire qu’une institution qui peut lever des impôts sans consentement puisse être un protecteur de la propriété… qu’une institution dotée de pouvoirs législatifs puisse préserver l’ordre public. Il faut plutôt reconnaître que la Constitution est elle-même inconstitutionnelle, c’est-à-dire incompatible avec la doctrine même des droits naturels de l’homme qui a inspiré la Révolution américaine.» 
 
 Hoppe complète ce propos en soulignant que le gouvernement démocratique, c’est-à-dire l’accès libre et égal au gouvernement, est incompatible avec le concept libéral classique d’une loi universelle, applicable à tous, en tout temps et en tout lieu. Selon Hoppe, à partir de la seconde moitié du XIXe siècle, la transition du régime monarchique au régime démocratique a entraîné un déclin continu de l'influence des partis libéraux classiques, couplé à un renforcement concomitant des socialistes de toutes tendances. Et les conséquences imprévues pour les défenseurs du libéralisme classique n'ont fait que s'accumuler depuis lors.
 
Bien sûr, un État libéral classique n'est pas un État socialiste contrôlant l'ensemble de l'économie. Mais le problème résidait dans le risque de dérive socialiste de l'État existant. À cet égard, l'espoir même placé dans l'idéal d'un gouvernement limité perpétue l'étatisme et, plus précisément, le socialisme : 
 
« Il ne peut y avoir de socialisme sans État, et tant qu'il y a un État, il y a socialisme. L'État est donc l'institution même qui met le socialisme en œuvre ; et comme le socialisme repose sur une violence agressive dirigée contre des victimes innocentes, la violence agressive est inhérente à tout État.» 
 
 Il est vrai que le mouvement libéral classique a permis de contenir et de dénoncer les pulsions bien plus destructrices des socialistes. Tandis que les libéraux classiques étaient excessivement optimistes quant à un gouvernement limité, les socialistes ont poussé l'institution étatique jusqu'à la collectivisation des moyens de production afin d'intervenir pleinement dans la vie économique. Cependant, en préservant les pouvoirs essentiels de l'État, les libéraux classiques se sont condamnés, eux et leurs idéaux, à devenir esclaves de ce même État. Et en effet, quoi de plus perverti pour la défense des droits universaux que l'idée qu'une institution qui, par essence, viole ces droits, doive être maintenue pour les protéger ? 
 
De même, Hoppe écrit que la multiplicité des contre-pouvoirs institutionnels, typique d'une république démocratique moderne, est en réalité l'expression de l'expansion de l'étatisme : 
 
« Ce sont des contre-pouvoirs internes à l'État, qui tiennent pour acquis l'existence même du gouvernement et l'exercice du pouvoir gouvernemental. L'existence d'une constitution et d'une cour constitutionnelle, par exemple, ne constitue pas une limitation du pouvoir gouvernemental. Au contraire, en tant que composantes intégrantes de l'appareil d'État, ce sont des instruments institutionnels permettant l'expansion de ce pouvoir. » 
 
En fin de compte, les contre-pouvoirs et les diverses branches du gouvernement, historiquement défendus par les libéraux classiques, ont permis une meilleure organisation des intérêts particuliers à l'origine de l'utilisation du pouvoir d'État. Et tout cela a rendu la structure du pouvoir étatique plus acceptable aux yeux de l'opinion publique. Les classes financées par les contribuables et l'ensemble de l'appareil d'État se sont développés. Le rôle de l'État dans la société s'est accru. Chaque nouvelle loi d'État bénéficiait d'une approbation croissante de la population, et les principes universels de justice étaient relégués au second plan au profit du droit public, c'est-à-dire du droit étatique : 
 
 « Tant qu'ils agissent en qualité officielle, les agents d'un gouvernement démocratique sont régis et protégés par le droit public et occupent de ce fait une position privilégiée par rapport aux personnes agissant sous la seule autorité du droit privé (notamment parce qu'ils sont autorisés à financer leurs activités par des impôts imposés aux sujets de droit privé).» 
 
 Le monopole étatique de la justice n'empêche pas la résolution des conflits indépendamment de ce monopole. Or, ce monopole constitue en réalité l'institutionnalisation de l'injustice. Ainsi, au nom du libéralisme classique, la justice a continué d'être pervertie au profit de l'État. À juste titre, Hoppe éclaire davantage la question en y intégrant un raisonnement économique : 
 
« …la même logique qui pousse à accepter l’idée que la production de sécurité par les entreprises privées constitue la meilleure solution économique au problème de la satisfaction du consommateur contraint également, du point de vue des positions morales et idéologiques, à abandonner la théorie politique du libéralisme classique et à franchir le pas, certes modeste mais néanmoins décisif, vers la théorie du libertarianisme, ou anarchisme de la propriété privée.» 
 
En un sens, ce pas décisif n’est rien d’autre qu’un retour au passé, et plus précisément au Moyen Âge. Il s’agit de reconnaître cette période de l’histoire comme une représentation contraire à l’ordre social étatique actuel – comme le décrit Hoppe, « un exemple historique à grande échelle et durable de société sans État ». Aujourd’hui, bien que de nombreux libertariens refusent encore d’accepter cet exemple, l’étatisme continue de progresser, et l’époque de l’absolutisme apparaît presque comme un paradis de liberté comparée à l’intervention actuelle de l’État dans la vie des individus. Les partis politiques se réclamant du libéralisme économique, partout dans le monde, se transforment de plus en plus en représentations malheureuses, voire corrompues, d'une prétendue lutte contre l'étatisme. Or, plus les objectifs et les préoccupations de ces partis sont « réalistes » ou « pratiques », plus le radicalisme populaire nécessaire à une véritable transformation sociale face à l'étatisme s'amenuise.
 
Pour éviter une défaite certaine et préserver l'espoir d'un véritable idéal de liberté, il est essentiel de démasquer l'ensemble du système juridique étatique et d'embrasser une quête libertarienne d'un grand récit historique. Car on ne peut lutter contre un système juridique sans réfuter à la fois ses fondements théoriques et les mythes historiques qui alimentent sa légitimité dans l'imaginaire collectif.
 
Oscar Grau 

 
Oscar Grau est musicien et professeur de piano. Depuis 2018, il promeut le libéralisme et l'école autrichienne d'économie. Depuis 2021, il dirige la section espagnole du site officiel de Hans-Hermann Hoppe. Ses autres travaux sont disponibles sur le site de l'Institut Ludwig von Mises et dans la revue Unz Review.  
 https://libertarianinstitute.org/articles/abandoning-classical-liberalism-with-hans-hermann-hoppe/

janvier 18, 2026

Analyse: Divergence idéologique chez les jeunes femmes et hommes dans le monde, gauchisation !

Pourquoi les jeunes femmes ont viré à gauche tandis que les jeunes hommes sont restés raisonnables ?

 Bill Ackman a partagé sur Twitter un graphique montrant que l'écart partisan entre les jeunes hommes et les jeunes femmes a presque doublé en 25 ans. https://x.com/zarathustra5150/status/2011851505834352809?s=20 Les femmes ont radicalement viré à gauche. Les hommes sont restés globalement au même point. 


 

 Image https://x.com/BillAckman/status/2012003297146912926?s=20 

Bonne question. La plupart des réponses que j'ai vues sont soit sectaires (« les femmes sont émotives »), soit superficielles (« les réseaux sociaux, c'est mal »). Aucune n'explique le véritable mécanisme. 

 Je vais essayer. Tout d'abord, notez ce que Wanye a souligné : https://x.com/xwanyex/status/2011813443209146730?s=20 

On nous répète depuis dix ans que les hommes se « radicalisent à droite » et que c'est dangereux. Or, les données montrent le contraire. Les hommes ont à peine évolué. Les femmes, quant à elles, ont reculé de plus de 20 points vers la gauche. 

Le récit qu'on nous sert est l'exact opposé de la réalité. Et quand on parle de la dérive à gauche des femmes, on la présente comme un progrès : « les femmes deviennent plus instruites, plus indépendantes, plus éclairées ». 

On vous dira que le graphique illustre l'émancipation et le progrès. Faux. 

Le graphique illustre la capture. 

Ce n'est pas un phénomène exclusivement américain. 

Avant d'aborder les mécanismes, un point important : ce phénomène n'est pas uniquement américain. Il est mondial. 

Le Financial Times l'a documenté l'année dernière : le fossé idéologique entre les sexes se creuse simultanément dans des dizaines de pays : Royaume-Uni, Allemagne, Australie, Canada, Corée du Sud, Pologne, Brésil, Tunisie. Les jeunes femmes se positionnent de plus en plus à gauche sur les questions sociales, tandis que les jeunes hommes restent stables ou se tournent vers la droite. 

 Source de l'image : https://www.ft.com/content/29fd9b5c-2f35-41bf-9d4c-994db4e12998 

Ceci est important car cela exclut les explications propres à la politique américaine. Il ne s'agit pas de la loi Title IX. 

Il ne s'agit pas du mouvement MeToo. Il ne s'agit pas de la guerre culturelle spécifique aux campus américains. Un phénomène plus vaste est à l'œuvre, qui s'est déployé à l'échelle mondiale à peu près au même moment. 

La Corée du Sud en est un cas extrême. Les jeunes hommes coréens sont aujourd'hui majoritairement conservateurs. Les jeunes femmes coréennes sont majoritairement progressistes. L'écart y est même plus important qu'aux États-Unis. Parmi les facteurs contribuant à ce phénomène, on peut citer le service militaire obligatoire pour les hommes (18 mois de leur vie prélevés par l'État, tandis que les femmes en sont exemptées) et une concurrence économique féroce. Cependant, le calendrier de cette divergence reste cohérent avec l'adoption des smartphones. 

Quelle qu'en soit la cause, elle n'est pas américaine. Le mécanisme est global. 

Le Substrat 

Commençons par le matériel biologique. Les femmes ont évolué dans des environnements où l'exclusion sociale engendrait des coûts de survie considérables. Impossible de chasser enceinte, impossible de lutter contre l'allaitement. La survie dépendait de l'acceptation de la tribu : sa protection, le partage de sa nourriture, sa tolérance face à une vulnérabilité temporaire. Des millions d'années de cette situation ont engendré un système immunitaire qui perçoit le rejet social comme une menace sérieuse. 

Les hommes étaient confrontés à des pressions différentes : les expéditions de chasse qui s'éternisaient, l'exploration, les combats. Il leur fallait supporter la solitude, le rejet, l'exclusion du groupe pendant de longues périodes. Les hommes capables de gérer une exclusion temporaire sans s'effondrer disposaient de plus d'options : une plus grande prise de risques, une plus grande indépendance, une plus grande capacité à quitter les situations difficiles. 

  (Le statut masculin restait crucial pour la reproduction, et les hommes de statut inférieur étaient désavantagés. Cependant, les hommes pouvaient se remettre d'une exclusion temporaire plus facilement que les femmes enceintes ou allaitantes.) Ce constat se reflète dans les recherches sur la personnalité. Les travaux de David Schmitt, menés auprès de 55 cultures, ont révélé une tendance commune : les femmes présentent en moyenne une plus grande amabilité et un névrosisme plus élevé (sensibilité aux stimuli négatifs, notamment aux signes de rejet social). Les hommes, quant à eux, font preuve en moyenne d'une plus grande tolérance au désaccord et aux conflits sociaux. Les différences ne sont pas énormes, mais elles sont cohérentes dans toutes les cultures étudiées.

https://open.substack.com/pub/stevestewartwilliams/p/men-women-andpersonality?utm_campaign=post&utm_medium=email 

Ni mieux ni pire. Des pressions de sélection différentes, des adaptations différentes. 

Mais cela signifie que le même environnement les affecte différemment. La pression du consensus est plus forte pour un groupe que pour l'autre. 

La Machine 

Regardez maintenant ce que nous avons construit. 

 Les réseaux sociaux sont un moteur de consensus. On peut voir ce que tout le monde pense en temps réel. Le désaccord est visible, mesurable et punissable à grande échelle. La tribu comptait autrefois 150 personnes. Aujourd'hui, elle englobe tous ceux que vous avez rencontrés, plus un monde d'inconnus qui observent. 

Et regardez la chronologie. Facebook a été lancé en 2004, mais était réservé aux étudiants jusqu'en 2006. L'iPhone est sorti en juin 2007. Instagram en 2010. Soudain, les réseaux sociaux étaient dans votre poche et sous vos yeux, 24h/24 et 7j/7.




Observez à nouveau le graphique. La part des femmes est restée relativement stable au début des années 2000. L'accélération commence vers 2007-2008. La courbe s'accentue tout au long des années 2010, avec la généralisation des smartphones et la sophistication croissante des plateformes. Les femmes sont par nature plus libérales, mais cette radicalisation coïncide avec l'essor de l'adoption des smartphones.

La machine s'est mise en marche et la capture a commencé. 

 
La dégradation de la santé mentale chez les adolescentes est en parfaite corrélation avec l'adoption des smartphones, et ses effets sont plus marqués chez les filles que chez les garçons. La même vulnérabilité qui rendait l'exclusion sociale plus coûteuse dans les sociétés traditionnelles a rendu les nouveaux mécanismes de consensus encore plus efficaces. 
 
Cette machine n'a pas été conçue pour capturer spécifiquement les femmes. Elle a été conçue pour capter l'attention. Mais elle capture plus efficacement les personnes plus sensibles à la pression du consensus. Les femmes étant plus sensibles en moyenne, elles ont été davantage capturées. 
 
 Un cercle vicieux s'installe : les femmes se plaignent plus que les hommes. Il suffit de parcourir n'importe quelle plateforme pour constater que les femmes semblent souffrir davantage. Les institutions réagissent car une détresse visible engendre des responsabilités, des risques en termes d'image et des pressions réglementaires. De plus, les femmes sont plus vulnérables et, inévitablement, perçues comme victimes dans la plupart des situations. La réponse institutionnelle consiste à rendre les environnements « plus sûrs », ce qui signifie supprimer les conflits, ce qui signifie censurer les désaccords, ce qui renforce le consensus. 
 
 Les contre-arguments sont supprimés ou déplateformés, et le cercle vicieux se referme. 
 
Les institutions : 
 
Les universités sont passées à 60 % de femmes tout en devenant simultanément une monoculture progressiste. L'institution en laquelle les jeunes femmes ont le plus confiance, durant les années où se forge leur vision du monde, leur inculque une idéologie unique, sans véritable opposition. 
 
Les enquêtes de FIRE sur la liberté d'expression sur les campus révèlent clairement cette tendance : les étudiants s'autocensurent, craignent d'exprimer leurs opinions et se regroupent autour des points de vue acceptables. Ce phénomène n'est pas propre aux femmes, mais elles sont aujourd'hui plus présentes que les hommes dans l'enseignement supérieur, et les domaines qu'elles dominent (sciences humaines, sciences sociales, éducation, RH) sont les plus uniformes idéologiquement. 
 
Quatre années passées entourées de pairs qui partagent les mêmes idées. Des professeurs qui partagent les mêmes idées. Des listes de lectures qui convergent vers un seul objectif. La dissidence est loin d'être rare ; elle est socialement sanctionnée. On apprend à se conformer aux opinions acceptables et à les adopter. 
 
 Puis, elles intègrent des secteurs à prédominance féminine : RH, médias, éducation, santé, organisations à but non lucratif, où cette monoculture perdure. De 18 à 35 ans, nombre de femmes ne sont jamais confrontées à un désaccord persistant de la part de personnes qu'elles respectent. Le cercle vicieux se perpétue. 
 
 Les hommes ont emprunté des voies différentes. Métiers manuels. Ingénierie. Finance. Armée. Des domaines où les résultats priment sur le consensus. Des domaines où la divergence d'opinions est tolérée, voire valorisée. La monoculture ne les a pas conquis car ils n'appartenaient pas aux institutions visées (principalement parce qu'ils en ont été exclus, mais c'est un autre sujet). 
 
L'économie 
 
Le mariage s'est effondré. Ce phénomène a probablement des conséquences plus importantes qu'on ne le pense. 
 
 Les femmes célibataires votent davantage à gauche que les femmes mariées. Ce constat est constant depuis des décennies, d'après les sondages de sortie des urnes. Cela s'explique en partie par des facteurs économiques : les femmes célibataires interagissent davantage avec l'État en tant que prestataires de services, tandis que les femmes mariées interagissent davantage avec lui en tant que contribuables. Les incitations vont dans des directions différentes.
 
 
L'écart de participation électorale lié au mariage est l'un des indicateurs les plus fiables. Or, le taux de mariage s'est effondré précisément durant la période de divergence. 
 
 Les hommes ont perçu cet effondrement différemment : tribunaux des affaires familiales, pension alimentaire pour enfants, pension alimentaire pour conjoint. Leur réaction rationnelle a été le scepticisme face à l'expansion du pouvoir de l'État. 
 
Un même phénomène, des points de vue différents, des réponses politiques différentes. 
 
 Les algorithmes 
 
Les algorithmes optimisent l'engagement. L'engagement se traduit par une réponse émotionnelle : temps passé sur la plateforme, clics, partages, commentaires. 
 
En moyenne, les femmes réagissent plus fortement au contenu émotionnel ; elles sont plus empathiques et plus facilement manipulables par des histoires tristes. Ce névrosisme plus élevé, cette plus grande sensibilité aux stimuli négatifs, expliquent cela. La machine a appris cela et leur a proposé un contenu adapté à leurs schémas de réaction : peur, indignation, panique morale, récits de danger, d'injustice, de menaces, de guerres et de « victimes ». 
 
 Les hommes ont reçu un contenu différent car ils réagissaient à des déclencheurs différents. L'algorithme n'a pas vraiment d'agenda sexiste, mais un agenda d'engagement. Or, l'engagement varie selon les groupes démographiques, d'où la divergence des contenus proposés. Les femmes se sont retrouvées dans des environnements informationnels optimisés pour l'activation émotionnelle. Les hommes ont trouvé des alternatives : podcasts, forums, voitures, guerres, sphère masculine, etc. 
 
L'idéologie 
 
Le féminisme a fait croire aux femmes que leurs instincts et leur biologie étaient synonymes d'oppression et d'erreur. Désirer des enfants était un lavage de cerveau. Désirer un mari pourvoyeur était une forme de misogynie intériorisée. Leurs désirs naturels étaient une fausse conscience implantée par le patriarcat. 
 
Nombreuses sont celles qui y ont cru. Elles ont bâti leur vie autour de cette idée. La carrière avant tout. L'indépendance. La liberté face aux contraintes traditionnelles. 
 
Aujourd'hui, à 35 ans, célibataires, elles mesurent leur fertilité déclinante face à leurs réussites professionnelles. Et voici le piège : le coût irrécupérable de l'aveu de l'échec de cette idéologie est énorme. Il faudrait admettre avoir gâché ses années de fertilité pour un mensonge. Que les femmes qui ont ignoré cette idéologie et se sont mariées jeunes avaient raison. Que leur mère avait raison. 
 
 Je pense que c'est pourquoi on observe si peu de défections. Non pas parce que l'idéologie est vraie, mais parce que le coût psychologique du départ est plus élevé que celui du maintien. Il est plus facile de s'y accrocher. Il est plus facile de croire que le problème vient du fait que la société n'a pas encore suffisamment évolué. 
 
L'Autre Capture 
 
Soyons honnêtes : les hommes n'ont pas été immunisés contre la capture. Ils ont été capturés différemment. 
 
 Les femmes ont été soumises à la conformité idéologique. Les hommes ont subi un repli sur soi. Pornographie. Jeux vidéo. Applications de jeux d'argent. Contenus indignés. La capture masculine n'était pas du genre « croyez-y ou vous serez mis à l'écart ». C'était plutôt : « voici une source inépuisable de dopamine pour que vous n'ayez jamais à construire quoi que ce soit de concret ». 
 
Différentes machines, différents modes de défaillance. Les femmes ont été soumises. Les hommes ont été soumis. 
 
Le fait que la courbe masculine sur ce graphique soit restée plate jusqu'en 2020 n'est pas forcément un signe de bonne santé. Il pourrait s'agir d'un autre type de malaise : les hommes se désengagent au lieu de s'impliquer. Ou peut-être que tout le monde et tout a évolué vers la gauche, et les femmes encore plus à gauche. 
 
 La courbe est en mouvement 
 
Voici la mise à jour : la courbe masculine n'est plus plate. 
 
Les données postérieures à 2024 montrent que les jeunes hommes se déplacent vers la droite. Toutes les enquêtes récentes confirment cette tendance. Les jeunes hommes se tournent désormais activement vers des positions plus conservatrices. 
 
Mon analyse : les femmes ont été les premières à être instrumentalisées car elles étaient plus sensibles à la pression du consensus. Cette instrumentalisation a été rapide (2007-2020). Les hommes ont résisté plus longtemps car ils étaient moins influençables et moins intégrés aux institutions manipulées. Mais à mesure que le fossé est devenu visible et culturellement prégnant, que le message dominant « les hommes sont le problème » s’est imposé, que les hommes ont commencé à être exclus de la société à cause de mensonges, que la masculinité, ou ce qui définit les hommes, est devenue toxique, les hommes ont dû commencer à réagir. 
 
 La passivité se transforme en opposition. Le retrait devient un rejet actif. 
 
Cela ne signifie pas que les hommes ont désormais « raison » ou « libres ». Cela signifie peut-être simplement qu’ils sont instrumentalisés par un autre système, optimisé pour exploiter le ressentiment masculin plutôt que le consensus féminin. Andrew Tate n’est pas apparu de nulle part. La « manosphère » non plus. Ce sont aussi des systèmes de manipulation, qui ciblent simplement des vulnérabilités psychologiques différentes. 
 
Le graphique représente maintenant deux lignes divergentes. Deux systèmes différents qui entraînent deux groupes démographiques différents vers deux échecs différents. Certains diront que c'est simplement une question d'éducation : les femmes font plus d'études supérieures, et les études supérieures rendent plus progressiste, tout simplement. Il y a du vrai là-dedans. Mais cela n'explique pas pourquoi l'écart s'est creusé si fortement après 2007, ni pourquoi ce phénomène se produit dans des pays aux systèmes éducatifs très différents. 
 
D'autres évoqueront des facteurs économiques : les jeunes hommes sont en difficulté, et le ressentiment les rend conservateurs. C'est en partie vrai aussi. Mais les difficultés économiques des hommes sont antérieures au récent virage à droite, et le glissement à gauche des femmes s'est produit pendant une période de réussite économique féminine croissante. 
 
Certains pointeront du doigt des figures culturelles : Tate pour les hommes, Taylor Swift pour les femmes. Mais ce ne sont que des symptômes, pas des causes. Ils ont occupé des niches créées par le système. Ils n'ont pas créé ce système. 
 
Le modèle multicausal est plus pertinent : substrat biologique (sensibilité différentielle au consensus) + déclencheur technologique (smartphones, flux d’informations algorithmiques) + amplification institutionnelle (universités sous influence, domaines à prédominance féminine) + incitations économiques (effondrement du mariage, dépendance à l’État) + verrouillage idéologique (coûts irrécupérables, sanction sociale pour la défection). 
 
Il n’y a pas de cause unique. Il s’agit d’un système de causes interdépendantes qui, par hasard, ont affecté un genre plus rapidement et plus fortement que l’autre.
 
Alors, qu'en est-il ? 
 
Si ce modèle est correct, certaines prédictions s'imposent. 
 
 L'écart devrait être plus faible dans les pays où l'adoption des smartphones est plus tardive ou la pénétration des réseaux sociaux plus faible. (Cela semble se vérifier : la divergence est moins marquée dans certaines régions d'Europe de l'Est et dans une grande partie de l'Afrique, bien que la Corée du Sud constitue une exception notable pour d'autres raisons.) 
 
L'écart devrait se réduire chez les femmes qui ont des enfants, car la maternité rompt le cercle vicieux institutionnel et introduit des priorités concurrentes. (Les sondages à la sortie des urnes le montrent systématiquement : les mères votent plus conservateur que les femmes sans enfants.) 
 
 L'écart devrait continuer à se creuser jusqu'à ce que les mécanismes soient perturbés ou que les générations vieillissent et s'en affranchissent. 
 
Voici le point que je ne sais pas résoudre : ces systèmes s'auto-alimentent. Les institutions ne vont pas se réformer d'elles-mêmes. Les algorithmes ne vont pas cesser d'optimiser. L'idéologie n'admettra pas son échec. La contre-capture masculine ne produira pas non plus de résultats positifs. 
 
Certaines femmes parviendront à s'en sortir. Celles qui ont des enfants y parviennent souvent, car la réalité est un puissant dissolvant pour l'idéologie. Ceux qui construisent une vie en dehors de l'emprise institutionnelle y parviennent parfois. 
 
Certains hommes cesseront de se replier sur eux-mêmes ou de scroller frénétiquement. Ceux qui trouvent quelque chose qui mérite d'être construit. Ceux qui se lassent de la simulation. 
 
 Mais les systèmes continueront de fonctionner sur tous les autres. 
 
La question 
 
Bill a demandé pourquoi. 
 
La réponse n'est pas « les femmes sont émotives » ni « les réseaux sociaux sont mauvais ». La réponse est que nous avons construit des moteurs de consensus à l'échelle mondiale et les avons déployés sur une espèce dont la psychologie présente un dimorphisme sexuel. Les machines ont capturé la moitié la plus sensible à la pression du consensus. Puis elles ont commencé à capturer l'autre moitié par d'autres mécanismes. 
 
Nous observons les résultats en temps réel. Deux modes de défaillance. Un graphique. Les deux courbes s'éloignent l'une de l'autre et de toute situation saine. 
 
 Je ne sais pas comment cela va finir. Je ne pense pas que quiconque le sache. Je ne pense pas que cela finira. 
 
Les deux machines fonctionnent toujours.

Vittorio 
 
@IterIntellectus bio/acc –– ∞/acc — 
La biologie se rebellera contre l'extinction de la lumière —
 
 
 
L'article ci-dessus est à lire : bien documenté, il présente une analyse intéressante de l'écart croissant entre les vues des femmes et celles des hommes. Il analyse la divergence idéologique croissante entre les jeunes hommes et les jeunes femmes dans plusieurs pays, dont les États-Unis, le Royaume-Uni, l'Allemagne, l'Australie, le Canada, la Corée du Sud, la Pologne, le Brésil et la Tunisie. 
 
Basé sur des données récentes, il met en évidence comment les jeunes femmes ont progressivement adopté des positions plus progressistes sur les questions sociales, tandis que les jeunes hommes sont restés stables ou ont légèrement dérivé vers "la droite". 
 
L'auteur s'appuie sur un graphique partagé par Bill Ackman, montrant que l'écart "politique" entre les genres a presque doublé en 25 ans, et met à jour ces tendances avec des données post-2024 indiquant que les jeunes hommes commencent désormais à se déplacer activement vers des positions plus conservatrices. 
 
L'auteur attribue le virage à gauche des jeunes femmes à une combinaison de facteurs biologiques, sociaux et institutionnels. Parmi eux, la susceptibilité accrue aux pressions de consensus social, très visible avec l'avènement des smartphones et, parallèlement, des réseaux sociaux. Les premiers permettent d'avoir ces seconds toujours à portée de main, et donc de "vivre le consensus" 24/7. 
 
Les algorithmes, étudiés exactement pour se nourrir de cette tendance, la poussent à son paroxysme. Ceci est encore renforcé par des systèmes comme les divorces sans faute qui favorisent les femmes, les programmes gouvernementaux d'aide ciblés sur elles, et une dépendance accrue à l'État qui incite à voter pour des politiques expansionnistes. De plus, le report ou l'absence de maternité rend les femmes moins conservatrices, car la parentalité tend à modérer les vues progressistes. Les femmes sans enfants canalisent souvent leur empathie vers des groupes comme les immigrants ou les minorités, amplifiant ce décalage. 
 
Enfin, l'article note que cette dynamique affecte à présent les hommes, capturés par des systèmes qui profitent de leur désengagement, créant un cercle vicieux de baisse de la fertilité et de polarisation. Avec les données récentes montrant un mouvement conservateur chez les jeunes hommes, l'auteur suggère que cette fracture genrée pourrait s'approfondir, impactant les sociétés sur le plan politique et démographique et appelle à une réflexion sur les structures incitatives qui sous-tendent ces évolutions.
 
H16 

 
 
 

 

 


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