Faire confiance à la démocratie, et puis quoi encore ? La démocratie n'a jamais été rien d'autre qu'une tyrannie sophistiquée et hypocrite que nous subissons. Vous ne trouverez jamais personne en politique qui ose sortir des sentiers battus et qui veut renverser la table à ce sujet. On ne peut pas leur en vouloir. Ils sont formatés pour pérenniser le système et leur propre rémunération en dépend. Par ailleurs, d'un point de vue quantitatif les votations à Paris sont très peu populaires.
Sur 1,3 million d'inscrits, on parle de 7,46 % de participation pour la votation à propos des trottinettes (en 2023) et 5,68 % pour celle sur les SUV (en 2024). On me dira que le besoin de se déplacer et les enjeux font baisser les scores. Sauf que le budget participatif de la ville n'affiche pas un taux beaucoup plus élevé, alors que celui-ci se fait en ligne. Le vote pour l'édition 2024 n'a rassemblé que 142 500 Parisiens par exemple, soit environ 11 % de participation.
Les gens se disent que tout cela est vain. Ils sont pressés, stressés, occupés. Le coût d'acquisition de l'information et de décision dépasse donc les bénéfices attendus, surtout quand la probabilité que leur voix change l'issue du scrutin ou que son résultat fasse une différence dans leur vie est quasi nulle. Le parisien préfère allouer son temps à des activités plus utiles, c'est tout. Même en Suisse (l'exemple cité par Knafo), la moitié de la population décide de ne pas voter lors des référendums.
En fait, les démocrates convaincus fantasment la notion de « participation citoyenne ». Mais Monsieur tout-le-monde s'en cogne de participer. Il ne veut pas voter en soi, il veut améliorer son sort. Et ça n'a rien à voir ! Gagner de l'argent, le garder, avoir une vie sympa pour lui, sa femme et ses gamins, partir en week-end de temps en temps, avoir ses activités, etc. La plupart des gens seraient très heureux de ne PAS voter, dès lors qu'ils seraient inscrits dans un ordre social contractuel géré comme une entreprise, où tous les projets relèvent de phénomènes de marché.
Arthur Homines
DÉMOCRATIE
Pour partager le pouvoir entre eux tous, laisser chacun décider
également des problèmes de la Cité, de la paix et de la guerre, des lois, il faut avoir des
hommes une conception bien particulière. Et c'est elle qui à mes yeux donne tout son prix au
libéralisme.
Il faut d'abord considérer tous les hommes capables de jugement.
Le démocrate reconnaît cette égalité : nous avons tous la capacité de dire le vrai du faux (même
si nous nous trompons parfois, mais il nous arrive à tous de nous tromper). En ce sens,
l'imbécile est mon égal, car s'il ne l'était pas, je ne serais pas non plus l'égal du surdoué. La
vérité n'est refusée à personne. Il n'existe donc pas quelque part une avant-garde intellectuelle
qui montrerait seule la bonne voie et interdirait le dialogue démocratique. Car on ne peut pas
dialoguer - on ne ferait qu'endoctriner - sans avoir reconnu l'autre comme un autre soi-même,
sincère et doué de raison.
Les différences de réussite sociale et de fortune entre nous ne
créent aucune inégalité de Droit. Nous le verrons, nous serons toujours incapables de discerner
la part des dons, du mérite et du hasard dans le succès ; de sa présence ou de son absence, on ne
peut donc pas déduire une hiérarchie des talents et des efforts. Si les inégalités sociales sont
des accidents, nul ne peut s'affirmer avec certitude "supérieur" ni se juger "inférieur " à nul
autre. Ce "supérieur" peut avoir eu plus de chance, de savoir-faire, ou simplement, plus que cet
"inférieur", il a éprouvé la soif du pouvoir, du gain ou des honneurs. Cela n'établit entre eux
aucune inégalité essentielle. Il faut tout le matérialisme des socialistes pour ne considérer
chez l'homme que sa position sociale. Dans l'ordre du marché et de la démocratie, toute
hiérarchie est contestable, provisoire. Chaque homme peut devoir céder sa place à n'importe quel
autre, si bien que dans nos rapports humains, nous avons le devoir de nous traiter a priori comme
égaux et d'exiger, sans considération pour notre situation matérielle, que soit respectée notre
égale dignité d'hommes.
Les marxistes soutiennent que les opinions des hommes sont
déterminées par leur éducation et leurs intérêts de classe. La démocratie serait donc un leurre,
le vote ne traduirait pas un jugement objectif des électeurs sur les politiques proposées. Les
libéraux pensent au contraire que les hommes ont le droit de s'exprimer puisque cette expression
révèle quelque chose d'eux-mêmes, de leur volonté.
Mais si les hommes sont capables de jugement et de volonté, ils
sont responsables. Nous ne maîtrisons pas toutes les implications possibles d'une situation.
Après chaque décision prise, nous courons le risque de découvrir que des solutions meilleures
étaient possibles. Ainsi être responsable, c'est admettre que rien n'est fixé, qu'il n'y a nulle
part de réponses toutes faites qu'il nous suffirait de suivre aveuglément pour échapper aux
ennuis ("je n'ai fait qu'obéir aux ordres"). Nous avons toujours une élection à faire et toujours
une voie nouvelle à tracer. Je ne peux donc pas laisser autrui décider à ma place ; c'est à moi
de dire ce que je veux et de supporter les conséquences de mon choix.
La démocratie repose sur cette conception d'hommes responsables. A
ceux-là évidemment, on n'impose pas leurs gouvernants. Alors qu'en régime monarchique, le
souverain est désigné automatiquement, en dehors de toute volonté, même de la sienne, que dans la
pratique socialiste, quelques apparatchiks nomment les maîtres du pays, nous estimons en
démocratie libérale que chaque citoyen mérite un gouvernement dont le pouvoir soit un peu son
reflet.
Si partager le pouvoir présente quelques mérites, le principal est
justement de nous impliquer. Notre participation devient nécessaire. Nous devons nous informer,
comprendre, vouloir. La démocratie, à travers le débat, est une éducation. Mais les citoyens ne
seraient plus égaux et le débat n'aurait pas lieu si l'un d'entre eux détenait de droit la
solution des problèmes : il n'y aurait plus qu'à le suivre. Les réponses, au contraire, sont à
chercher, et dans le domaine des affaires publiques cette recherche est collective. Les idées
vivent d'être discutées. Dans nos débats, nous ne les exposons pas seulement, inaltérables, nous
les découvrons. Nous savons par la critique et la remise en cause écarter celles qui ne rendent
pas compte de la réalité (au moins partiellement, car il n'est pas en notre pouvoir de connaître
l'ensemble du réel, la vérité, mais le dialogue est notre façon humaine de l'approcher). La
recherche de l'objectivité n'a pas droit de cité, bien sûr, dans les régimes du mensonge et des
utopies socialistes ; elle est la marque de la démocratie.
Le débat prend plusieurs formes. D'abord, n'ayant pas de projet,
pas d'idéal que le réel démentirait, la démocratie ne craint pas de décevoir. Elle n'a rien à
cacher. Elle réclame que soient traitées publiquement les affaires publiques. Elle est le plus
transparent des régimes possibles. Le gouvernement sortant est jugé sur un bilan, son opposition
sur un programme. L'un et l'autre doivent être expliqués. Nous pouvons donc attendre des hommes
politiques un minimum de rigueur, et l'obligation qui leur est faite de nous rendre des comptes
est une assurance que ceux qui sont au pouvoir ou qui y aspirent garderont une certaine
cohérence.
Ces débats, ensuite, culminent au moment des élections qui
procèdent au renouvellement du personnel politique, sans crise, sans coup d'Etat, à intervalles
programmés. Ce n'est pas parce qu'il recueille la "vox populi" qu'un gouvernant oeuvre
nécessairement pour le bien du pays. Il est tout à fait probable qu'une élite l'administrerait
mieux à certaines périodes (il y a eu de bons rois, même absolus). Mais la démocratie cherche ses
dirigeants parmi l'ensemble du pays, n'excluant aucune compétence ; elle n'est pas restreinte
dans ses choix à une aristocratie ou un parti groupusculaire. À l’occasion de ces élections, de
nouvelles approches sont proposées. Et de savoir qu'ils ont une chance d'exercer le pouvoir et de
les appliquer encourage tous les hommes politiques - et pas seulement ceux d'un parti officiel -
à élaborer des réponses originales, et les citoyens à les écouter. La démocratie, considérant
qu'aucun homme n'est incapable de discernement, n'oublie pas de faire appel à toutes les opinions
et enrichit ses choix de leur confrontation.
Les participants à ces débats ne peuvent nourrir d'autre ambition
que de convaincre, car l'Etat, qui n'est d'aucune tendance, détient le monopole de la contrainte.
Le jeu démocratique ne laisse donc aux oppositions que l'issue du compromis. Le mot ici n'est pas
péjoratif. Si aucun parti ne détient toutes les réponses, j'ai besoin de la réflexion des autres,
et eux de la mienne, pour accéder à une approximation meilleure de la vérité.
Mais pour que ce dialogue ait lieu, il faut que tous nous
adhérions à des valeurs communes - le Droit, la propriété (c'est-à-dire les Droits de l'homme),
la défense du pays, etc. - et que nous acceptions, en vue de maintenir des relations ordonnées,
les mêmes règles. Sans elles, dans la grève générale, les désertions massives, la désobéissance,
notre communauté nationale éclaterait. Le dialogue démocratique, à travers la recherche
d'opinions convergentes, pratique la référence constante, même si elle est seulement implicite, à
des valeurs partagées par presque tous. Il valorise l'observance des lois. Il est facteur de
sociabilité.
Mais après tout, pourquoi pratiquer l'observance des lois ? Si
nous approuvons communément qu'un malfaiteur soit puni (si même nous savons le définir comme un
malfaiteur), ce n'est pas parce qu'il a désobéi à l'autorité du gouvernement. Car alors cette
sanction serait purement arbitraire ; au hasard des élections, un autre gouvernement aurait pu
juger différemment. Nous souscrivons à la sanction parce que ce malfaiteur a enfreint des règles
que nous tenons pour justes. Quel qu'il soit le gouvernement ne les crée pas, elles lui sont
supérieures ; sa mission est seulement de les faire respecter. Bien sûr, le gouvernement et le
parlement produisent continuellement des lois qui précisent ou complètent un corpus déjà fourni.
Mais ces nouveaux textes doivent dériver de principes auxquels nous adhérons tous généralement,
et c'est dans la mesure oû ils se conforment à ces principes, et pas seulement parce qu'un
parlement les a votés, que nous leur reconnaissons une légitimité.
J'ajouterai ceci encore : nous n' obéissons pas à un gouvernement
parce qu'une Constitution l'exige. Il faudrait demander d'où vient l'autorité de celui qui a
écrit cette constitution et de quel droit il nous impose l'institution de ce gouvernement. Ce
n'est pas non plus parce que cette constitution a été votée et ce gouvernement élu, même par une
fraction importante de l'électorat. Nous reconnaissons sur nous la souveraineté d'un gouvernement
dans le seul but de faire respecter certaines règles fondamentales, justes, et dans la mesure oû
ce gouvernement les respecte lui-même. Ainsi ce n'est pas de l'autorité politique que nous tenons
les notions de ce qui est juste, de ce qui est bien ou mal, permis ou interdit. Ces notions, nous
les connaissons tous déjà et, même si elles sont imprécises chez beaucoup d'entre nous, elles
constituent la référence extérieure et nécessaire à partir de laquelle nous pouvons juger tous
les actes d'un pouvoir institué sur nous, faire nôtres ses décisions ou nous rebeller
contre.
Il faut à la démocratie cette référence à des valeurs. Nous
admettons une Loi qui s'impose à la fois aux gouvernants et au peuple qui les élit. Car, à moins
de croire - ce qui serait faire preuve de totale cécité - que les hommes, dès qu'ils acquièrent
le droit de vote, deviennent incapables de faire le mal, il faut reconnaître qu'une démocratie
dont le pouvoir des élus et des électeurs n'est pas rigoureusement limité par des règles, ne
constitue qu'une variante de plus du despotisme.
C'est le respect de ces règles qui garantit mes droits personnels
et ceux des minorités. Que le pouvoir appartienne à la majorité ne me donne que le droit d'être
lynché. La résistance à l'universalité du suffrage au xIxe siècle n'était pas qu'un défense des
privilèges de telle ou telle oligarchie. Les libéraux de l'époque constataient la mauvaise, très
mauvaise habitude des masses populaires de s'offrir à un démagogue. Cela était vrai il y a 150
ans et si l'on en juge par l'enthousiasme que suscitent les dictatures modernes, les élections
libres qui portèrent Mussolini et Hitler au pouvoir, les Peron et les Ayatollahs largement
plébiscités, la même prudence devrait nous inspirer.
C'est ensuite une erreur de croire qu'un régime démocratique, même
s'il s'institue comme prévention de l'autocratie, ne peut pas exercer lui-même un pouvoir
arbitraire. Cette oppression de la minorité par la majorité (que Rousseau absolvait d'un jeu de
mots, souviens-toi : "chacun, en se donnant à tous, ne se donne à personne") est la plus odieuse.
Car si chaque opposant peut se sentir légitimé dans son refus d'une junte privée de l'appui
profond du pays, la minorité ne peut espérer, face à l'arbitraire du plus grand nombre, ni
protection ni recours. A qui en appellerait-elle ? Sous la dictature des prolétariats, sous les
théocraties islamiques, sa survie passe par la trahison ou l'exil. (Les Conventionnels qui
rédigèrent la Déclaration des Droits de l'Homme en préambule à la Constitution de l'An I, avaient
eu le courage et la sagesse d'y affirmer le droit des minorités. Leur texte souligne qu'"aucune
fraction du peuple ne détient le pouvoir tout entier". Aucune fraction, c'est-à-dire ni les 51 %
ni les 99 %...).
D'ici tu peux bien comprendre en quoi les libéraux se distinguent
des démocrates. Pour un démocrate de stricte obédience, la source de toute autorité d'un
gouvernement est chez les gouvernés, "le peuple" est le souverain absolu. Nous ne pouvons donc
qu'accepter, quelles qu'elles soient, les décisions de la majorité. La seule opposition à ces
décisions ne saurait être que de pure forme, si précisément à cause de manipulations ou
d'usurpations, elles ne représentaient pas le voeu réel de la majorité. Pour les libéraux, il est
important que les décisions du gouvernement tiennent compte de l'opinion majoritaire et, en ce
sens, les libéraux sont aussi des démocrates. Mais leur considération n'est pas uniquement
formelle, un pouvoir peut avoir été élu selon les règles, sa politique doit en plus se conformer
à certains principes. Nous avons le droit de nous opposer à l'élection d'un gouvernement qui
bafouerait ces principes, même si cette élection n'était entachée d'aucune
irrégularité.
Imagine qu'une majorité de nos parlementaires vote la spoliation
de tous les étrangers de notre pays. Ou la mutilation des voleurs. Ou la suppression des droits
de la défense dans les procédures de flagrants délits. Ou l'élimination des incurables et des
nouveau-nés mal formés. Tu serais indigné autant que moi de ces mesures. Pourtant si la
démocratie, c'est la souveraineté du peuple, si ce peuple a manifesté sa volonté par des scrutins
sans trucage, au nom de quoi vas-tu contester ? Il faudrait que tu en appelles au-dessus de lui à
des principes que tu pourrais lui opposer, auxquels ce souverain, comme tous les autres, devrait
se plier (et ces principes interdisent la spoliation d'une minorité ou même d'une majorité comme
le socialisme entend l'organiser, aussitôt qu'il arrive au pouvoir).
Q. - Mais qui aurait institué ces principes et pourquoi
suivre ceux-lâ plutôt que d'autres ?
R. - Précisément, personne ne les a institués et c'est pourquoi
nous pouvons nous sentir libres et fiers de nous y soumettre, puisqu'en nous y soumettant, nous
ne nous soumettons à personne. Ils sont notre civilisation. Aucun chef d'Etat, aucune assemblée
n'a arrêté un beau jour le respect de la vie, la propriété, la famille, et qu'une parole donnée
doit être tenue. Ou du moins, s'ils l'ont proclamé, ils n'instauraient rien que la quasi-totalité
de leurs sujets ne sût. Ces institutions comme beaucoup d'autres (le langage, le commerce, la
monnaie...), se sont élaborées au fil des générations. Si elles avaient été pensées par un unique
cerveau humain, elles pourraient évidemment être repensées aujourd'hui par un autre cerveau,
quelques-uns d'entre nous pourraient légitimement se sentir capables de redéfinir des
institutions radicalement nouvelles et meilleures sur lesquelles reconstruire la société. Mais
telles que nous les connaissons, elles sont le présent état d'un long filtrage, d'une promotion,
tout au long de notre histoire, des groupes humains qui les ont adoptées. Personne ne pouvait
dire à l'avance lesquelles de ces institutions s'avèreraient les meilleures - et nous ne le
pouvons pas plus aujourd'hui. Il faudrait un esprit universel pour analyser les myriades de
données que fournissent notre société et son environnement et conclure avec certitude que nous
vivrions tous mieux en réformant complètement la famille, par exemple, ou le droit de
propriété.
Dans la ville où j'habite, on se flatte d'être démocrate.
Rousseau, après tout, y est né (mais comme heureusement ses préceptes n'y sont pas trop suivis,
il y peu d'endroits où plus qu'à Genève, on jouisse de liberté). Sur un grand mur d'un bâtiment
administratif, une plaque rappelle au passant l'alexandrin emphatique de Lamartine :
« La liberté du faible est la gloire du fort
»
Toute société ne peut durer que si les forts y protègent les
faibles, et d'abord les plus vulnérables de ces faibles, les enfants. Mais il y a quelque chose
d'émouvant qu'à ce moment de notre histoire, nous ayons adopté un régime politique où le groupe
le plus fort parce que le plus nombreux, loin d'anéantir les minoritaires qui le contestent,
respecte leur présence. Mieux, ils sont encouragés à s'exprimer. Pourtant ce régime, que nous
estimons si haut dans nos discours, est dévoyé.
La démocratie, devenue social-démocratie, rejette les valeurs du
libéralisme, ces valeurs qui reconnaissent à l'homme (tous les hommes) une égale dignité et qui
ont permis (ce n'est pas forcément l'essentiel mais pourquoi le mépriser ? Une prospérité
matérielle inouïe dans l'histoire.
Égale dignité, parce que chaque homme, capable de jugement aussi
bien qu'un autre, est donc susceptible d'être sanctionné - si nous étions irresponsables, tels
les débiles et les malades mentaux, nous n'encourrions jamais de sanction. Mais cette
responsabilité est lourde à porter. Elle nous interdit d'attendre de l'Etat, c'est-à-dire d'une
contrainte sur les autres, une amélioration de notre situation, ni même que cette situation nous
reste acquise. Mauvaise nouvelle, pour tous ceux qui ont besoin d'exercer un pouvoir sur leurs
semblables pour donner du goût à leur vie. Des fonctionnaires toujours plus nombreux inventent
toujours plus de malchanceux, d'inadaptés, de cas sociaux à prendre en charge. C'est une grande
menace pesant sur le régime électif que ses propres agents, par intérêt propres, en viennent à
déclarer incapables tant de citoyens. Car si tant d'entre nous ne peuvent pas choisir entre deux
lessives sans un Ministère de la Consommation, s'il leur faut un Ministère de l'Agriculture pour
planter des artichauts plutôt que des tomates, si l'Etat doit toujours intervenir au point qu'ils
ne peuvent même pas exercer la responsabilité de mener leur propre vie, à quel titre peut-on
encore leur confier la responsabilité de désigner leur Président ?
Prospérité inouïe également, car fondée sur les vertus
capitalistes d'épargne et de travail. Elles sont l'aboutissement d'une longue évolution
culturelle. Seuls, à les pratiquer, certains peuples se sont enrichis. Pas eu besoin pour eux de
transferts de technologies ni d'apports de capitaux : les unes, ils les ont inventées et les
autres, accumulés. Et le marasme du Tiers-Monde prouve a contrario que l'économie ne décolle pas
si le public ne partage pas ces valeurs du libéralisme : le sens de l'effort, la solidarité, la
prévoyance, la responsabilité assumée de ses actes.
Il faut de telles vertus aux démocrates pour que la démocratie
survive. Mais ce n'est pas parce que nous en recevons l'ordre que nous sommes vertueux. Il serait
intolérable que des hommes imposent à d'autres hommes leur façon de vivre (tout au plus la loi
peut-elle proscrire certaines actions, mais pas dicter une conduite). Ainsi l'Etat libéral ne
s'érige-t-il pas juge du genre de vie des gens. Il ne tient pas de discours moralisateur, par
exemple, sur la dissipation et la nécessité de l'épargne. Mais en nous laissant subir les
conséquences de nos choix, il nous rend tous témoins du sort échu aux imprévoyants.
A des hommes responsables, aucun homme ne dicte la morale, c'est
la vie qui s'en charge. Elle sanctionne notre conduite. Non pas systématiquement (nous avons
toujours une chance de réussir hors des sentiers battus, par hasard, par l'heureuse découverte
d'une voie nouvelle empruntable par d'autres et le système lui-même s'en
trouve alors modifié), mais avec suffisamment de probabilité pour
que nous en tirions un enseignement, au moins provisoire. A condition de ne pas fausser les
règles du jeu. De ne pas obliger les uns à payer les errements des autres. D'accepter de la
réalité les leçons qu'elle nous donne.
Et pour que nos conduites soient chacune une leçon, il faut que le
résultat soit visible. Si telle de nos entreprises aboutit à l'échec, que cet échec soit
manifeste ; si elle rencontre le succès, que nous ne le pénalisions pas. La société identifiera
là des exemples à suivre et d'autres à éviter. Alors que si le gouvernement nous fait accroire
qu'il n'y a plus d'échecs (en subventionnant les firmes en difficulté), ou que l'échec n'a pas de
conséquence, car ceux qui le connaissent ne se portent guère plus mal que ceux qui réussissent
(après impôts et transferts "sociaux"), pourquoi se donner tant de peine pour l'éviter
?
Le gouvernement ne doit pas empêcher (par la planification, par
exemple) ceux qui le voudraient, d'engager une action qui lui paraît irréalisable (comment être
certain qu'elle n'aurait pas été réalisée finalement ?), ou inutile (qui est autorisé à dire ce
qui est utile à la société et ce qui ne l'est pas ?). Même ministre, je n'ai pas le droit de
prétendre avoir plus de jugement sur ses affaires que n'importe lequel de mes concitoyens. Mais
inversement, si ce concitoyen s'est trompé, il ne peut pas exiger de la collectivité qu'elle
répare une erreur qu'il était seul à commettre.
Il l'exige pourtant. C'est une tentation bien humaine. Et le
ministre l'accepte : ils sont complices. Tels sont les petits services qu'on se rend en
démocratie lorsqu'on a la morale pas trop chatouilleuse. "Vote pour moi et je ferai payer par les
autres ce dont tu as besoin". Il en sera ainsi tant que le gouvernement aura la faculté
d'accorder des lois d'exception et des exceptions à la loi, tant qu'il pourra imposer à certains
d'entre nous ce qu'il ne requiert pas de tous les autres. Mais pour renoncer à réclamer de nos
députés un privilège légal en notre faveur (ou pour que ces députés refusent par principe de nous
l'accorder), il faut de tous les citoyens une vertu, une discipline. La démocratie y voit sa
condition. Elle ne peut pas donner son nom aux régimes de coercition et de marchandages où la
moitié plus un des habitants (voire une minorité organisée) peut vivre aux dépens de tous les
autres.
L'Etat doit appliquer à tous les mêmes règles comme un arbitre
incorruptible et objectif. Il dit la loi et renvoie les hommes à leur responsabilité. Bien sûr,
la solidarité nous fait une obligation en conscience de soutenir ceux qui ont reçu de la vie les
coups les plus durs. Ils ont mal joué leur jeu (ou ont été imprévoyants). Mais ce devoir, pour
urgent qu'il soit, est uniquement moral. Il n'est pas applicable en droit. Il ne ressortit pas
aux attributions de l'Etat puisque ce serait réclamer une contrainte sur certains citoyens au
bénéfice de certains autres. Etrange solidarité, qu'un gendarme vient imposer. C'est lorsqu'aucun
fisc ne nous taxe, lorsque nous sommes physiquement libres chacun de partager ou pas, avec notre
conscience pour seul juge, que nous pouvons parler de société fraternelle à établir. Mais elle
nécessite alors notre engagement. Effort qui nous oblige à sortir de nous-mêmes, à nous tourner
vers les autres, alors qu'il est si simple de s'acquitter d'impôts et de se décharger sur des
fonctionnaires du devoir moral de solidarité. La participation est une vertu démocratique perdue.
Autrefois, les prêtres fustigeaient en chaire ceux qu incommodait le spectacle de la pauvreté et
qui envoyaient leur domestique porter des aumônes. Plus que le montant, dans la richesse du lien
social, comptait le geste, l'engagement. L'aide sociale remplit assez bien ce rôle aujourd'hui
d'éloigner tous ceux dont la déchéance pourrait nous préoccuper, nous réclamer un peu plus que de
l'argent, et nous détourner de la recherche, si prioritaire, de notre tranquillité.
La social-démocratie est le régime de l'homme refermé sur
lui-même. Parce qu'entre l'Etat et le citoyen, elle a supprimé l'autonomie de toutes les
institutions que suscite un régime de liberté : la famille, l'entreprise, l'association, la
commune, le syndicat, les partis politiques... Là, nous sommes appelés à agir pour les autres.
Mais le prétexte altruiste est précisément ce qui sert â rationaliser le pouvoir social-démocrate
et il n'est pas question qu'il en abandonne le monopole. C'est pourquoi plus son discours prône
les vertus collectivistes, plus nous sommes incités à la passivité et à l'indifférence aux
autres. Le rôle laissé aux associations volontaires financées par leurs membres, est quasi-nul.
Clairement, l'ambition de l'école est de prendre en charge, par-dessus les parents, toute
l'éducation de l'enfant, celui de la Sécurité Sociale de retirer aux familles toute attention aux
plus âgés et aux malades. Le "droit du travail" s'impose à toute volonté des partenaires sociaux
; et les communes, malgré la décentralisation, n'exercent toujours que des responsabilités
lilliputiennes. Face aux coups durs de la vie, l'isolement de l'individu doit être complet, afin
que toujours il se tourne vers son maître, vers l'Etat et ses appareils, vers les élus, d'où
seuls peuvent lui venir l'aide et la protection.
Cela, nous l'avons laissé s'accomplir. Les hommes politiques ont
très bien identifié en nous cette tentation de démission, cette absence de vertu. Notre lassitude
les a fait rois. En eux, la politique et le sacré se sont confondus. Nous avons passionnément cru
à la divine compétence de nos dirigeants, qu'ils nous sauveraient de tous nos maux sans effort de
notre part, qu'ils feraient advenir une société meilleure sans que nous ayons besoin nous mêmes
de chercher le Bien. Aristote déjà expliquait inlassablement que nous ne pouvions pas espérer
remettre notre sort à des professionnels de la politique, mandatés pour guider la société vers un
avenir radieux, car aucun homme n'accumulera assez de sagesse pour connaître le bien de la
société mieux que ses membres. Nous n'avons donc pas d'autre choix que de prendre en mains
démocratiquement notre destin, et renonçant à réformer l'humanité qui n'en demande sans doute pas
tant, nous attacher à faire mieux vivre notre entourage.
Christian Michel
Démocratie totalitaire
La démocratie totalitaire est un type de démocratie par laquelle un pouvoir instaure une société totalitaire.
Ce type de démocratie peut résulter des conceptions absolutistes de Hobbes autant que de Rousseau, mises en œuvre au XXe siècle par les idéologies collectivistes (communisme, nazisme) et à un certain degré par la social-démocratie.
Définition et origine de la démocratie totalitaire
Le terme de démocratie totalitaire est utilisé pour la première fois par Bertrand de Jouvenel : c'est le titre du chapitre XIV de son livre Du Pouvoir (1945).
Il rappelle que « le pouvoir est commandement, et tous ne peuvent
commander. La souveraineté du peuple n'est donc qu'une fiction et c'est
une fiction qui ne peut être à la longue que destructrice des libertés
individuelles. »
Jouvenel indique que « la compétition des partis machinisés
aboutit à la dictature d'un parti, c'est-à-dire d'une équipe »,
succédant à une équipe précédente qui, par sa propre vision totalitaire
de la démocratie, laisse à celle qui lui succède un État très étendu. La
dictature est bien pire que dans les monarchies d'autrefois, car le pouvoir « démocratique » y est bien plus absolu :
« Un homme, une équipe, disposent de ressources
immenses accumulées dans l'arsenal du pouvoir. Qui les entassa
successivement, sinon ces autres qui ne trouvaient jamais l’État assez
développé lorsqu'ils en étaient les occupants ? Il n'existe dans la
société aucune contre-force capable d'arrêter le pouvoir. Qui donc les a
détruits, ces corps puissants sur lesquels les monarques de jadis
n'osaient point porter la main ? »
— Bertrand de Jouvenel, Du Pouvoir, XIV
L'historien Jacob Talmon (Les origines de la démocratie totalitaire,
1952) utilise également le terme de démocratie totalitaire (on lui en
attribue parfois la paternité, par erreur). Il en voit les prémices dans
la conception rousseauiste de la démocratie, puis les développements dans la Révolution française, le jacobinisme et la Terreur.
La nature de la « volonté générale » rousseauiste aboutit à un
assujettissement très étendu de la volonté de chacun. Selon Talmon, la
démocratie totalitaire considère que la liberté ne peut être réalisée
qu'à long terme, et seulement par un effort collectif, alors que pour le
libéralisme la liberté est individuelle et immédiatement possible.
On rencontre parfois le mot-valise « démocrature » (Gérard Mermet, Démocrature : comment les médias transforment la démocratie, Aubier, 1987) pour désigner une dictature camouflée sous l’apparence de la démocratie.
Exemples historiques
L'histoire du XXe siècle fournit plusieurs exemples de démocraties totalitaires :
- le nazisme a occupé le pouvoir à partir de 1933 en Allemagne en respectant strictement le processus démocratique (voir aussi : Erreur fréquente : le nazisme est antidémocratique).
- le Régime de Vichy a été instauré après le vote du 10 juillet 1940 qui attribue les pleins pouvoirs constituants au maréchal Philippe Pétain, président du Conseil.
- les démocraties populaires
exerçaient un pouvoir totalitaire tout en s'affirmant démocratiques,
car la prise du pouvoir par la révolution violente était censée être
l’œuvre du prolétariat, majorité de la population ; pour Marx, l’exercice du pouvoir politique par la classe ouvrière dans son ensemble (le prolétariat) ; la majorité dans la société capitaliste est le signe d'une « démocratie politique complète »; pour Lénine,
la dictature du prolétariat est « démocratie pour l'immense majorité du
peuple et répression par la force, c'est-à-dire exclusion de la
démocratie pour les exploiteurs, les oppresseurs du peuple » (L'État et la Révolution) ;
le léninisme considère que les soviets représentent la volonté
démocratique de la classe ouvrière et incarnent la dictature du
prolétariat ; ainsi, il n'y a rien d'étonnant à ce que les différentes
Constitutions soviétiques ne contiennent aucune disposition garantissant
les droits inaliénables du citoyen, puisque le prolétaire est censé
avoir été libéré par la révolution.
- en France, la sécurité sociale a été instaurée de façon autoritaire en octobre 1945 sous l’influence du Parti communiste et des syndicats, pour remplacer les assurances sociales privées qui existaient auparavant et avaient été confisquées par le Maréchal Pétain pour créer la retraite par répartition[1]. Étendue progressivement à presque toute la population, la Sécurité sociale n’a jamais été confirmée par le suffrage universel[2]. Avec ironie, on pourrait donc la taxer d'être encore moins démocratique que le nazisme !
- pour les libertariens, les États-Unis sont emportés, depuis les débuts du XXe siècle, dans une dérive interventionniste
et belliciste qui en fait une démocratie totalitaire bien éloignée du
modèle des Pères fondateurs. Il en est de même pour la plupart des
démocraties occidentales, où, sur fond de bonnes intentions, le pouvoir
met en œuvre selon eux un « fascisme contemporain », éloigné de l'État minimal originel.
Démocratie et totalitarisme, démocratie totalitaire et libéralisme
Le fait qu'il y ait des élections dans une démocratie ne change rien à
la nature liberticide que peut avoir le pouvoir. Les libéraux
considèrent généralement que presque toutes les démocraties actuelles
sont de nature totalitaire ; elles restent « démocratiques » en raison
du droit de vote qui existe toujours, mais le pouvoir s'attaque
continuellement aux libertés et à la propriété :
Friedrich Hayek rappelle à ce propos la prééminence libérale du droit sur le pouvoir (et donc sur la démocratie) :
« Il semble que partout où les institutions
démocratiques ont cessé d'être contenues par la tradition de suprématie
du droit, elles aient conduit non seulement à la démocratie totalitaire
mais, au bout d'un temps, à une dictature plébiscitaire. Cela devrait
nous faire assurément comprendre que ce qui est précieux à posséder
n'est pas un certain assemblage d'institutions certes faciles à imiter,
mais quelques traditions moins tangibles ; et que la dégénérescence de
ces institutions peut même être inévitable, partout où la logique
intrinsèque de la machinerie n'est pas bloquée à temps par la
prépondérance des conceptions que l'on se fait en général de la justice.
Ne peut-on penser qu'en vérité, comme il a été bien dit, croire en la démocratie implique que l'on croie d'abord à des choses plus hautes que la démocratie. »
— Friedrich Hayek, Droit, législation et liberté
Alexis de Tocqueville parlait déjà de despotisme démocratique, une forme particulière de la tyrannie :
« Plus de hiérarchie dans la société, plus de classes
marquées, plus de rangs fixes ; un peuple composé d'individus presque
semblables et entièrement égaux, cette masse confuse reconnue pour le
seul souverain légitime, mais soigneusement privée de toutes les
facultés qui pourraient lui permettre de diriger et même de surveiller
elle-même son gouvernement. Au-dessus d'elle, un mandataire unique,
chargé de tout faire en son nom sans la consulter. Pour contrôler
celui-ci, une raison publique sans organes ; pour l'arrêter, des
révolutions et non des lois : en droit, un agent subordonné ; en fait,
un maître. »
— Alexis de Tocqueville, L'ancien Régime et la Révolution
De même, Benjamin Constant rappelle le principe libéral de pouvoir limité :
« L'erreur de ceux qui, de bonne foi dans leur amour
de la liberté, ont accordé à la souveraineté du peuple un pouvoir sans
bornes, vient de la manière dont se sont formées leurs idées en
politique. Ils ont vu dans l'histoire un petit nombre d'hommes, ou même
un seul, en possession d'un pouvoir immense, qui faisait beaucoup de
mal ; mais leur courroux s'est dirigé contre les possesseurs du pouvoir,
et non contre le pouvoir même. Au lieu de le détruire, ils n'ont songé
qu'à le déplacer. »
— Benjamin Constant, Cours de politique constitutionnelle
L'exemple des démocraties totalitaires montre que la démocratie ne peut être une fin en soi :
« À présenter la démocratie comme le rivage à
atteindre, plutôt que la liberté elle-même, nos sociétés risquent de
perdre l'une et l'autre. Par suffrage universel et élections sans
trucages, les bien-pensants sous-entendent un régime plus ou moins
libéral, certes, mais à ne pas le revendiquer ouvertement, ils
abandonnent le champ aux adversaires de la liberté, aux intégristes
religieux, aux nostalgiques de la manière forte et des milices musclées,
qu'une foucade de l'électorat peut mener demain au pouvoir. Comment ces
démocrates honteux de leur libéralisme pourraient-ils alors protester ? »
— Christian Michel, La Démocratie ne Protège pas la Liberté, Libres ! 100 idées, 100 auteurs
Citations
« Un sophisme fondamental de notre époque est
que la démocratie serait le sésame universel vers la paix, la liberté
et la prospérité. […] Mais la démocratie en elle-même ne définit ni ne garantit une société libre. »
— Richard Ebeling
« La France
est bel et bien devenue ce qu'il convient d'appeler une démocratie
totalitaire, c'est-à-dire un pays où l'on peut encore voter, mais où
n'existe plus aucune liberté. »
— Claude Reichman
« Il convient de n'accepter la règle de la
majorité comme principe fondateur d'un État démocratique que dans la
mesure où elle est assortie d'un strict respect des droits naturels de
l'Homme, auxquels elle n'est pas autorisée à porter atteinte. »
— Claude Reichman
« Les gens oublient souvent que les nazis
étaient des socialistes. En Union soviétique c’étaient des
internationaux-socialistes, en Allemagne c’étaient des
nationaux-socialistes. Ce sont deux branches du socialisme. C’est la
même chose, avec seulement une légère différence d’interprétation. »
— Vladimir Boukovski
« La simple observation montre effectivement
qu'il n'y a pas de relation automatique entre démocratie et liberté.
Ainsi, la démocratie peut être tyrannique et une monarchie
constitutionnelle peut respecter la liberté individuelle, ce qui
signifie bien qu'il n'est pas suffisant de se préoccuper de la forme du
gouvernement pour obtenir une organisation souhaitable de la société. »
— Pascal Salin, Libéralisme (2000)
« Qu'il se pare des vertus démocratiques ou
qu'il apparaisse dans sa force brute, l’État poursuit inexorablement sa
croissance, il devient nécessairement, logiquement, totalitaire. Il est
bien, en ce sens, le Léviathan qui dévore les êtres ; et il y arrive même avec leur assentiment. »
— Pascal Salin, préface à L’État, la logique du pouvoir politique d'Anthony de Jasay
« Ce n'est pas parce que vous êtes nombreux à avoir tort que vous avez raison. »
— Bernard Werber
« Les signes ne manquent pas, toutefois, que
la démocratie illimitée court à sa chute et qu’elle s’effondrera, non à
grand bruit mais à bout de souffle... Tôt ou tard, les gens découvriront
que non seulement ils sont à la merci de nouvelles castes privilégiées
mais que la machinerie para gouvernementale, excroissance nécessaire de
l’État tutélaire, est en train de créer une impasse en empêchant la
société d’effectuer les adaptations qui, dans un monde mouvant, sont
indispensables pour maintenir le niveau de vie atteint, sans parler d’en
atteindre un plus élevé. »
— Friedrich Hayek
« J'apprends que le gouvernement estime que
le peuple a « trahi la confiance du régime » et « devra travailler dur
pour regagner la confiance des autorités ». Dans ce cas, ne serait-il
pas plus simple pour le gouvernement de dissoudre le peuple et d'en
élire un autre ? »
— Bertolt Brecht, La Solution
« La dictature parfaite aurait les apparences
de la démocratie, une prison sans murs dont les prisonniers ne
songeraient pas à s'évader. Un système d'esclavage où grâce à la
consommation et au divertissement les esclaves auraient l'amour de leur
servitude. »
— Aldous Huxley
« La démocratie n'est qu'un processus, si on
l'érige en une fin en soi elle devient un instrument redoutable de
tyrannie des masses et de collectivisme populiste. »
— Murray Rothbard, Conservatism and Freedom: A Libertarian Comment[3]
« Par définition, la démocratie ne se reconnaît pas de limite. »
— Vladimir Volkoff, Pourquoi je suis moyennement démocrate
« Quand on ne connaissait pas le socialisme,
on disait toujours que la démocratie tendait naturellement au
despotisme. Cela a paru changer et il a semblé qu'elle tendait au
socialisme. Rien n'a changé : car en tendant au socialisme, c'est au
despotisme qu'elle tend. Elle n'en a pas conscience ; car, consciemment,
elle ne tend qu'à l'égalité ; mais de l'état égalitaire c'est toujours
le despotisme qui sort. »
— Émile Faguet, Le culte de l'incompétence et l'horreur des responsabilités, 1910
« Les nombreuses variétés de socialisme, de
syndicalisme, de radicalisme, de solidarisme, de tolstoïsme, de
pacifisme, d’humanitarisme, etc., forment un ensemble que l'on peut
rattacher à la religion démocratique, et qui est semblable à celui des
innombrables sectes qui apparurent à l'origine de la religion
chrétienne. Nous voyons maintenant croître et dominer la religion
démocratique, de même que les hommes des premiers siècles de notre ère
virent commencer et croître la domination de la religion chrétienne. »
— Vilfredo Pareto, Traité de sociologie
« La démocratie excite les convoitises,
l'avidité, l'envie, la rage de posséder, de jouir, tout ce que Céline
appelle « la prétention au bonheur ». Si les libertés individuelles
peuvent paraître à bon droit souhaitables, c'est pour les artisans, les
créateurs, les petits commerçants, les artistes, bref pour les gens qui
aiment ce qu'ils font, et sont capables, en conséquence, de s'imposer
une discipline. Les autres citoyens sont condamnés à devenir, de jour en
jour, plus resquilleurs, plus revendicateurs, plus mécontents, moins
gouvernables ; ils sont conduits à exiger de plus en plus de l’État et
d'autrui, de moins en moins d'eux-mêmes, ce qui amène fatalement le
déséquilibre économique, la faillite collective, le désarroi dans les
consciences, et finalement la dictature. »
— Pierre Gripari, L’Évangile du Rien
« Son action [celle de l’État "social"] sur
la société, et en réalité contre elle, même s’il n’est pas toujours
facile de le percevoir, le distingue matériellement des États
totalitaires en ce qu’il ne fait appel qu’en dernier recours à la
violence physique. Ses moyens habituels sont autres : la propagande, l’éducation et la culture en général, les impôts prétendument redistributifs (qui augmentent le pouvoir des partis et leur capacité à contrôler le peuple par la bureaucratie) et la séduction des masses au moyen de l’offre et de la continuelle concession de droits pour plaire à tous. »
— Dalmacio Negro Pavón, La loi de fer de l’oligarchie
« La démocratie est nécessairement un despotisme,
puisqu'elle établit un pouvoir exécutif où tous peuvent décider contre
un seul dont l'avis est différent ; la volonté de tous n'y est donc pas
exactement celle de tous, ce qui est contradictoire et opposé à la
liberté. »
— Emmanuel Kant, Vers la paix perpétuelle
Informations complémentaires
Notes et références
Retraites : le système par répartition, c'est à la faute à Pétain, Le Monde, 2 janvier 2020
La sécurité sociale française n’est donc en rien un acquis social, et elle n’a jamais été plébiscitée par quiconque. Des spécialistes comme Georges Lane parlent en ce qui la concerne de coup d’État, car les ordonnances de 1945 relèvent du non-droit (en mai 1946, la proposition de Constitution de la IVe République est rejetée par référendum ; il y a un trou constitutionnel sur la période 1945 - 1946).
Bibliograhie
- 1961, J. L. Talmon, "The Origins of Totalitarian Democracy", London: Mercury
Voir aussi
Liens externes
Démocratie
La démocratie, « gouvernement du peuple par le peuple et pour le peuple » (Abraham Lincoln), peut être définie comme un mode d'organisation politique par lequel la souveraineté
réside dans l'ensemble des citoyens (sans distinction de naissance, de
fortune ou de capacité), qui expriment leur volonté par le vote, selon
le principe « un homme ou une femme, une voix ».
On peut distinguer différents types de démocratie : démocratie
directe (pas de représentants), démocratie représentative (une
oligarchie élue a le pouvoir) et démocratie participative (système
mixte). Tous les partis et idéologues se réfèrent à la démocratie
athénienne, participative, mais en fait toutes les démocraties actuelles
sont représentatives (sauf la Suisse, qui est participative).
Il est important de souligner que la démocratie ne correspond pas nécessairement à un régime libéral, ni même à un régime de liberté.
Ce n'est qu'un mode de décision politique, « le pire des régimes — à
l'exception de tous les autres déjà essayés dans le passé », selon Winston Churchill.
Position libérale
Le libéralisme entretient des positions complexes avec la démocratie
et s'il la rejoint sur de nombreux points, il s'en éloigne aussi sur
d'autres quand la logique démocratique est utilisée de façon dogmatique.
Les libéraux prônent le recours à la démocratie sous la forme de la démocratie libérale,
un système politique dont la légitimité est fondée sur la défense des
libertés individuelles, moteur du dynamisme qui garantit la plus grande
adéquation possible entre les besoins des sociétés humaines et les
réponses apportées à ces besoins. Dans une démocratie libérale, l'État donc conserve la haute main sur ses fonctions régaliennes (police, justice, armée).
Cette vision des sociétés s'est d'abord développée en Europe et en
Amérique du Nord, avant de connaître un essor nouveau à la faveur de la
lutte contre les modèles communistes.
Suscité chez Hegel[1] ou Kant lors de la révolution française, l'idée d'un totalitarisme au sein de la démocratie et par la démocratie entraîne des attitudes différentes et opposées chez les libéraux européens du XIXe siècle. La première est de refuser la démocratie et la souveraineté. La seconde est une conception modérée d'une démocratie gouvernée qui ne se confond pas avec l'omnipotence du nombre[2]. La critique libérale de la démocratie trouve des expressions théoriques différentes chez Benjamin Constant, Tocqueville et Friedrich Hayek.
Benjamin Constant
a été donc l'un des premiers à s'opposer à une démocratie qui donnerait
tout pouvoir au peuple ou à sa représentation, au détriment des
individus et de leurs droits. Il redoutait que l'idée de souveraineté absolue, qu'elle soit exercée par un monarque ou par le peuple, ne soit un fléau pour la société de par la quantité de pouvoir
qu'elle produit : « elle fait au peuple en masse l'holocauste du peuple
en détail », car même exercé au nom du peuple, le pouvoir est toujours
entre les mains de quelques-uns. Il ajouta également dans ses Principes de politique
(1806) : « l'erreur de ceux qui, de bonne foi dans leur amour de la
liberté, ont accordé à la souveraineté du peuple un pouvoir sans bornes,
vient de la manière dont se sont formées leurs idées en politique. Ils
ont vu dans l'histoire un petit nombre d'hommes, ou même un seul, en
possession d'un pouvoir immense, qui faisait beaucoup de mal ; mais leur
courroux s'est dirigé contre les possesseurs du pouvoir, et non contre
le pouvoir même. Au lieu de le détruire, ils n'ont songé qu'à le
déplacer ». Constant défend une démocratie censitaire : le droit de vote
est lié à la propriété terrienne. Pratiquement, il faut posséder des
ressources financières suffisantes, un minimum de terrain, et par
conséquent un signe d'attachement de relativement long terme au
territoire pour justifier la participation au corps politique.
Alexis de Tocqueville développa ses critiques dans De la démocratie en Amérique (1835), œuvre dans laquelle il exprime la crainte de voir se développer une dictature
de la majorité, qui mette en cause les droits individuels. C'est entre
autres pour cela qu'il défend une démocratie censitaire, estimant qu'un
minimum de propriété est nécessaire pour pouvoir prendre part aux débats
démocratiques. Et Tocqueville d'écrire : « je regarde comme impie et
détestable cette maxime, qu'en matière de gouvernement la majorité d'un
peuple a le droit de tout faire, et pourtant je place dans les volontés
de la majorité l'origine de tous les pouvoirs [...]. Lors donc que je
vois accorder le droit et la faculté de tout faire à une puissance
quelconque, qu'on appelle peuple ou roi, démocratie ou aristocratie,
qu'on l'exerce dans une monarchie
ou dans une république, je dis : là est le germe de la tyrannie, et je
cherche à aller vivre sous d'autres lois. Ce que je reproche le plus au
gouvernement démocratique, tel qu'on l'a organisé aux États-Unis, ce n'est pas, comme beaucoup de gens le prétendent en Europe,
sa faiblesse, mais au contraire sa force irrésistible. » L'arrivée au
pouvoir d'Hitler de façon démocratique en 1933 devait confirmer a posteriori ses craintes.
Friedrich Hayek poursuivit ces critiques dans La Constitution de la liberté. Dans le chapitre neuf, « La règle majoritaire », il s'attache à montrer ce qui relie le libéralisme
et la démocratie, tout en soulignant les dangers d'une démocratie qui
écraserait les individus. La démocratie n'est qu'un moyen et non une fin
en soi pour Hayek. Il écrit ainsi : « Les traditions démocratique et
libérale sont cependant d'accord pour dire que, chaque fois que l'action
de l'État est requise, et particulièrement si des règles coercitives
sont à établir, la décision doit être prise à la majorité. Elles
divergent néanmoins sur le champ ouvert à l'action politique censée
guidée par la décision démocratique. Alors que le démocrate dogmatique
considère qu'il est souhaitable que le plus grand nombre possible de
problèmes soient résolus par un vote majoritaire, le libéral estime
qu'il y a des limites précises au domaine des questions à résoudre
ainsi ».
Il souligne en particulier que la démocratie ne répond pas à la
question de savoir quelles sont les limites à l'intervention de l'État,
elle répond à la question « qui gouverne ? », ce qui offre un spectre
assez large de types de pouvoir respectant plus ou moins les droits
individuels, depuis la démocratie libérale jusqu'à la démocratie
totalitaire, qui supprime démocratiquement les libertés :
- En fait ce n'est qu'à un stade relativement tardif de l'histoire
de la démocratie moderne, que de grands démagogues ont commencé à
soutenir que, puisque le pouvoir était désormais aux mains du peuple, il
n'était plus besoin de limiter l'étendue de ce pouvoir. C'est lorsqu'on
prétend que dans une démocratie, est juste ce que la majorité rend légal que la démocratie dégénère en démagogie.
Pour dépasser ces limites, il propose dans Droit, législation et liberté un nouveau système qu'il appelle démarchie
et qui s'apparente au régime de démocratie libérale, système politique
qui caractérise les démocraties qui fondent leur légitimité sur la
défense des libertés individuelles.
L'impasse démocratique résulte de ce que ce régime n'a pas vaincu l'absolutisme, mais l'a seulement transféré en d'autres mains. À la suite de Jean-Jacques Rousseau, la souveraineté populaire s'est substituée à celle du monarque. Ainsi que le remarque Philippe Nemo :
« C'est l'erreur de tous les « socialismes
démocratiques », qui consiste à croire que, dès lors que chacun
participe au pouvoir, il importe peu que le pouvoir lui-même soit illimité et puisse contrôler tous les aspects de la vie sociale. »
Position libertarienne
Les libertariens
contestent la démocratie et le principe représentatif. La démocratie
est un système de domination politique qui effectue une distinction
entre les gouvernants et les gouvernés, et entre les droits juridiques
des dirigeants et ceux des gouvernés. La représentation est un mythe au
nom duquel les élus usurpent massivement le pouvoir de décision de la
population. En effet, comme l'explique Murray Rothbard :
- Le véritable représentant d'un individu doit toujours respecter les ordres de celui-ci, ne peut agir contre ses intérêts
ou ses vœux, et peut être écarté à tout moment. Il est clair que le
représentant, au sens que ce terme a dans une démocratie, ne peut jamais
accomplir de telles fonctions d'agent, qui sont au contraire les seules
en harmonie avec une société libertarienne.
Dans une société libertarienne anarcho-capitaliste, où n'existe que la propriété
privée, ni la démocratie représentative ni la démocratie directe n'ont
de sens : les individus (ou leurs agents mandatés) défendent eux-mêmes
leurs propres intérêts, par la négociation pacifique ou par voie de justice en cas de contestation. Les uns ne se prévalent pas d'un intérêt général fictif pour tenter d'imposer aux autres leur propre point de vue dans des domaines qui ne les concernent pas, en usant de la loi du plus fort. Dans une société libertarienne minarchiste à État minimal, la démocratie se limite en théorie au choix de représentants qui ont un pouvoir très limité.
Pour les libertariens, lorsqu'une majorité décide pour tous, le
droit de propriété naturelle de chacun sur sa propre personne et sur ses
biens est bafoué. La démocratie sous sa forme actuelle n'est que
l'institutionnalisation de la propriété collective, et de la dictature de la majorité, sous la forme étatique et nationale, succédant à la forme monarchique :
- La nuit du 4 août fut la nuit de mort des privilèges (les villes, les communes, les magistratures étaient privilégiées, dotées de privilèges et de droits seigneuriaux), et lorsqu'elle prit fin se leva l'aube du Droit, des droits de l'État, des droits de la Nation. Le despotisme
n'avait été dans la main des rois qu'une règle complaisante et lâche,
auprès de ce qu'en fit la « Nation souveraine ». Cette monarchie
nouvelle se révéla cent fois plus sévère, plus rigoureuse et plus
conséquente que l'ancienne ; devant elle, plus de droits, plus de
privilèges ; combien, en comparaison, paraît tempérée la royauté absolue
de l'Ancien Régime ! La Révolution, en réalité, substitua à la monarchie
tempérée la véritable monarchie absolue. Désormais, tout droit que ne
concède pas le Monarque État est une « usurpation », tout privilège qu'il accorde devient un « droit ». (Max Stirner, L’unique et sa propriété, 1845)
De plus, la démocratie contribue à dissocier action et responsabilité des individus, en considérant que toute décision est tributaire de la loi majoritaire. C'est pourquoi certains auteurs s'en méfiaient grandement, dès le XVIIIe siècle :
- « Quand le poids de l'infamie est divisé entre beaucoup de gens, nul d'entre eux n'est écrasé par son propre fardeau. » (John Trenchard et Thomas Gordon, Cato's Letters, lettre du 13 janvier 1721)
- « Lorsque les citoyens réaliseront qu’ils peuvent voter pour obtenir
plus d’argent, l’abolition de la République aura sonné. La Constitution
finira par échouer, comme toute autre chose, et c’est la corruption
générale qui la mènera à sa perte. » (Benjamin Franklin)
Nozick considère que la démocratie n'est qu'une forme de l'esclavage, les citoyens étant esclaves de la majorité, de la collectivité, de l'État démocratique souverain.
Pour Murray Rothbard, l'État est le principal agresseur des droits de l'Homme. Les exemples les plus dramatiques de cette agression sont :
- la guerre, une forme d’homicide de masse qui lèse le droit à la vie.
- la conscription, une forme d'esclavage qui lèse le droit à la libre disposition de son corps.
- la taxation,
une forme de vol qui viole le droit de propriété privée et de
disposition des fruits de son travail et de ce qui s'est acquis à
travers le libre consentement des autres.
Le fait que les États dans lesquels nous vivons en Occident
soient des démocraties ne change pas les choses : « la majorité n'est
pas la société, elle n’est pas non plus chacun d’entre nous. La
coercition de la majorité sur la minorité est toujours coercition ».
Rothbard
critique à la fois la théorie classique, selon laquelle la démocratie
est la volonté du peuple, et la théorie moderne, selon laquelle la
démocratie repose sur le libre choix de nos gouvernants. Il conteste
l'identification que l'on opère souvent, dans la démocratie
contemporaine, entre l’État et la société :
- Avec ce raisonnement, les Juifs assassinés par les nazis ne
l'ont pas été : ils se sont plutôt « suicidés » puisqu'ils étaient
eux-mêmes le gouvernement (choisi démocratiquement), et donc tout ce
qu'ils subissaient du gouvernement était volontaire de leur part. On
pourrait penser qu'il est inutile d'insister sur ce point, pourtant
presque tout le monde soutient cette contrevérité à un plus ou moins
grand degré.
- Par conséquent nous devons insister sur le fait que "nous" ne sommes
pas le gouvernement et que le gouvernement n'est pas "nous". Le
gouvernement ne "représente" en aucune façon la majorité du peuple. Mais
même si c'était le cas, même si 70 % du peuple décidait d'assassiner
les 30 autres %, cela resterait un meurtre et non un suicide volontaire
de la part de la minorité assassinée. (The Anatomy of the State)
Hans-Hermann Hoppe, dans son livre Democracy: The God That Failed (voir aussi [1]), dénonce trois mythes historiques entretenus autour du Léviathan démocratique :
- l'émergence des États aurait entraîné un progrès économique et civilisationnel ; la réalité est que le monopole étatique de la justice et de la taxation produit oppression et exploitation ;
- le passage de la monarchie à la démocratie est vu comme un progrès ; en réalité, ce n'est qu'un transfert du monopole du pouvoir au bénéfice de ceux qui se montreront les plus démagogues et favoriseront la spoliation, faisant de plus montre d'une vision à très court terme (le temps de leur mandat)
- il n'y aurait pas d'alternative aux États-providences occidentaux
actuels ; en réalité, de tels États ne sont pas économiquement stables,
ils menacent de s'effondrer sous le poids du parasitisme illimité, tout comme l'URSS s'est effondrée.
Hoppe explique que la démocratie n'a aucune légitimité ni fondement
moral, elle pousse chacun à vivre aux dépens des autres et accroît
indéfiniment les pouvoirs de l’État :
- Un-homme-une-voix, plus la liberté d’entrer dans l’appareil
d’État, c’est-à-dire la démocratie, implique que toute personne et sa
propriété personnelle est mise à la portée de toutes les autres, et
ouverte à leur pillage. En ouvrant en apparence les couloirs du pouvoir
politique à tout le monde, la démocratie fait du pouvoir politique une res nullius,
où personne ne souhaite plus qu’il soit restreint parce qu’il espère
que lui-même, ou ceux qui lui sont favorables, auront un jour une chance
de l’exercer. (Hans-Hermann Hoppe[3])
Démocratie totalitaire
La démocratie totalitaire est un type de démocratie par laquelle un pouvoir instaure une société totalitaire. La démocratie n'est donc pas le contraire de l'absolutisme. Les totalitaires marxistes ont d'ailleurs souvent insisté sur le fait que leur régime réalisait une vraie démocratie (démocratie populaire), puisqu'il représentait une majorité (le peuple) contre la minorité bourgeoise.
L'illusion démocratique
On associe très souvent démocratie et liberté ou égalité. Or il s'agit là d'une illusion :
« Il y a un amalgame conceptuel entre démocratie et
liberté qui ne peut être qualifié que de scandaleux, en particulier
venant des libéraux autoproclamés. Le fondement et la pierre angulaire
de la liberté est l’institution de la propriété privée ; et la propriété
privée (exclusive) est logiquement incompatible avec la démocratie
(règne de la majorité). La démocratie n’a rien à voir avec la liberté.
La démocratie est une variante molle du communisme, et rarement dans l’histoire des idées a-t-elle été prise pour autre chose. »
— Hans-Hermann Hoppe
Dans les faits, la prétention de la démocratie à installer un pouvoir qui représente la volonté de tous est battue en brèche par plusieurs paradoxes et théorèmes :
- paradoxe de Condorcet :
intransitivité de la majorité. Si une majorité d'électeurs préfère A à
B, et B à C, il est faux de conclure qu'une majorité préfère A à C
(exemple : selon les sondages pour la présidentielle française de 2007,
chacun des deux candidats en tête au premier tour aurait été battu au
second tour par le troisième candidat).
- paradoxe de Borda : le mode de scrutin influence les résultats : par
exemple, les résultats sont différents s'il y a un seul tour de scrutin
ou s'il y en a deux.
- illégitimité de la démocratie : le suffrage universel
et le vote majoritaire sont en toute rigueur illégitimes car de tels
modes d'élection, pour être légitimes, devraient reposer sur le consentement de tous, et donc sur une unanimité, ce qui n'est pas le cas[4].
- théorème d'Arrow : on ne peut définir une préférence collective en agrégeant des préférences individuelles[5], ce qui invalide toute idée de volonté générale ou de bien commun.
- théorème de l'électeur médian :
le programme des élus ne correspond pas en fait aux vœux de la majorité
des électeurs, mais à une médiocrité médiane qui ne satisfait personne
(les électeurs ne votent pas en faveur d'un programme donné, mais pour
le moins pire des programmes, pour empêcher qu'un programme pire encore
soit choisi)
- paradoxe de la dette publique : la démocratie permet d'endetter les générations futures sans avoir à les consulter démocratiquement.
- paradoxe élitiste : un peuple réputé ignorant/immoral/incapable est
cependant capable de désigner une élite qui le représentera (ou qui le
trompera) : « ils se consolent d'être en tutelle, en songeant qu'ils ont
choisi eux-mêmes leurs tuteurs » (Alexis de Tocqueville, De la démocratie en Amérique).
- selon la loi d'airain de l'oligarchie,
toute organisation politique aboutit à une division entre une minorité
dirigeante et une majorité dirigée ; la démocratie est donc une illusion, la réalité du pouvoir appartenant à une oligarchie.
- illusion de l'équilibre :
l’opposition des intérêts particuliers serait résolue par la démocratie
qui trouverait un juste milieu convenant à la majorité des citoyens ;
la réalité est que ce sont toujours de petits intérêts concentrés
(lobbyistes, connivards...) qui prévalent et imposent leurs privilèges face à une majorité non organisée, d'où un capitalisme de connivence
- une démocratie peut aisément dériver vers la démocratie totalitaire, qui supprime les libertés de tous avec l'accord d'une majorité.
On peut en conclure que la démocratie est une variante de la loi du plus fort : ce n'est pas le plus fort physiquement (comme en dictature),
mais le plus fort numériquement qui impose sa volonté. De plus, cette
volonté n'est même pas cohérente avec elle-même, puisque ce n'est qu'une
agrégation de volontés individuelles différentes (c'est pourquoi
l'écrivain argentin Jorge Luis Borges définissait la démocratie comme
une erreur statistique). C'est donc bien à tort qu'on associe démocratie
(loi du plus fort, violence symbolique émanant d'une majorité) et liberté (respect des droits de chacun) :
« La simple observation montre bien qu'il n'y a pas
de relation « automatique » entre démocratie et liberté. Ainsi, la
démocratie peut être tyrannique et une monarchie constitutionnelle peut
respecter la liberté individuelle, ce qui signifie bien qu'il n'est pas
suffisant de se préoccuper de la forme du gouvernement pour obtenir une
organisation souhaitable de la société. [...] Ainsi, la démocratie ne se
confond pas avec la liberté. Elle doit être elle-même jugée en fonction
de sa capacité éventuelle à empêcher le totalitarisme et à assurer la
liberté individuelle. »
— Pascal Salin, Démocratie et liberté, Commentaire, 1986
« Conçue comme liberté collective et règne de la
majorité, la démocratie, qui institutionnalise la propriété collective,
n’est qu’une forme de l’esclavage. »
— Pierre Lemieux
« Une élection est un champ de bataille où le vote se substitue à la balle de fusil. »
— Bertrand Lemennicier
« La débâcle actuelle est elle aussi le produit des
idées. Elle est le résultat d’une acceptation massive, par l’opinion
publique, de l’idée de la démocratie. Aussi longtemps que cette adhésion
est dominante, la catastrophe est inévitable ; et il n’y aura pas
d’espoir d’amélioration même après qu’elle sera arrivée. En revanche, si
on reconnaît que l’idée démocratique est fausse et perverse — et les
idées, en principe, on peut en changer instantanément — la catastrophe
peut être évitée. »
— Hans-Hermann Hoppe
Le seul avantage de la démocratie est qu'elle élimine la violence
physique due au seul fait du Prince, et permet d'aboutir à des
décisions politiques mieux acceptées (contrairement à la dictature),
même si elles peuvent être absurdes ou liberticides.
Voir aussi : Dépasser la démocratie.
Informations complémentaires
Bibliographie
- 1879, Thomas Erskine May, "Democracy in Europe", New York: Widdleton
- 1975, J. Lively, "Democracy", Oxford, Blackwell
- 1978, J. R. Pennock, "Liberal Democracy", Westport, CT, Greenwood Press
- 1987, C. Savton, "The Theory of Democracy Revisited", New Jersey, Chatham House
- 2002,
- Bryan-Paul Frost, "Is a Global Liberal Democratic Order Inevitable?", In: Richard M. Ebeling, dir., "Globalization: Will Freedom or World Government Dominate the International Marketplace?", Champions of freedom, Vol 29, Hillsdale, Mich.: Hillsdale College Press, pp103-124
- Vladimir Volkoff, Pourquoi je suis moyennement démocrate, éd. du Rocher
- 2004,
- Richard Ebeling, "Democracy, Freedom, and the Market", The Freeman, Septembre, Vol 54, n°7
- Lawrence Reed, "The Golden Calf of Democracy. Democracy May Be the World's Most Oversold Concept of Political Governance", The Freeman, Décembre, Vol 54, n°10
- Sheldon Richman, "On "Elective Despotism". Democracy Is Incompatible with Personal Security and Property Rights", The Freeman, Janvier/Février, Vol 54, n°1
Notes et références
Hegel, Philosophie de l'esprit [Encyclopédie III], trad. Augusto Véra, Ladrange, 1867-1869.
Georges Burdeau, Traité de Science politique, tome I : le Pouvoir politique.
in A bas la démocratie, anciennement disponible sur le site Liberalia
« Une
loi qui détermine que c'est la majorité qui décide en dernière instance
du bien de tous ne peut pas être édifiée sur une base acquise
précisément par cette loi ; il faut nécessairement une base plus large
et cette base c'est l'unanimité de tous les suffrages. Le
suffrage universel ne peut pas être seulement l'expression de la volonté
d'une majorité : il faut que le pays tout entier le désire. C'est
pourquoi la contradiction d'une petite minorité suffit déjà à le rendre
impraticable : et la non-participation à un vote est précisément une de ces contradictions qui renverse tout le système électoral.» (Friedrich Nietzsche, "Humain, trop humain", III, Le voyageur et son ombre, §276 : Le droit de suffrage universel)
Voir aussi
Liens externes
https://www.wikiberal.org/wiki/D%C3%A9mocratie