Sommaire:
A) - 4 choses à savoir sur Alexis de Tocqueville
B) - Diverses lien sur Tocqueville
C) - Alexis de Tocqueville
D) - Alexis de Tocqueville : Le prophète normand qui avait vu venir nos démocraties fatiguées
A) - 4 choses à savoir sur Alexis de Tocqueville
Joyeux anniversaire Tocqueville ! Aristocrate rescapé de la Terreur, il part étudier les prisons américaines… et en ramène le plus grand livre jamais écrit sur la démocratie.
Un héritage révolutionnaire dramatique La Révolution a failli décimer sa famille. Son arrière-grand-père, le ministre Malesherbes, fut guillotiné sous la Terreur. Ses parents n’échappèrent à l’échafaud que grâce à la chute de Robespierre.
Un voyage… pour étudier les prisons
Son voyage aux États-Unis n’avait pas pour but d’étudier la démocratie ! Officiellement, Tocqueville et son ami Beaumont partaient examiner le système pénitentiaire. Leur rapport de 1833 fut vite éclipsé par un chef-d’œuvre.
« Nous nous endormons sur un volcan » Le 27 janvier 1848, il met en garde les députés : « je crois que nous nous endormons sur un volcan ». Un mois plus tard, Paris se soulève contre Louis-Philippe.
Académicien à 36 ans À peine paru, De la Démocratie en Amérique rencontre un immense succès, en France comme à l’étranger. Sa profondeur et sa lucidité lui valent d’entrer à l’Académie française dès 1841, à seulement 36 ans (fauteuil n°18).
Mil merci aux étudiants qui tendent vers le libéralisme..la Liberté
Étudiants pour la Liberté France
@SFL_France
https://x.com/SFL_France/status/2082373957064253626/photo/1
B) - Diverses lien sur TocquevilleLire aussi:
Sommaire:
A) - Alexis de Tocqueville – La réhabilitation des Français
B) - Alexis de Tocqueville
C) - Divers posts sur l'Université Liberté
D) - « Tocqueville est un penseur pour les temps difficiles comme les nôtres »
E) - Discours de M. Henri-Dominique Lacordaire, prononcé dans la séance
publique du 24 janvier 1861, en venant prendre séance à la place de M.
de Tocqueville
C) - « Tocqueville est un penseur pour les temps difficiles comme les nôtres »
C) - Alexis de Tocqueville
Alexis de Tocqueville (Henri Charles de Clérel, vicomte de Tocqueville), né le 29 juin 1805 à Paris et mort le 16 avril 1859 à Cannes, est un penseur politique français et un historien. Ses œuvres comprennent :
- Du système pénitentiaire aux États-Unis et de son application en France (1833),
- Quinze Jours dans le désert (1840)
- De La Démocratie en Amérique (1835)
- L'Ancien Régime et la Révolution (1856).
Il est considéré comme l'un des défenseurs historiques de la liberté et de la démocratie, il fut anti-collectiviste et est l'une des références des libéraux. Il est également un théoricien du colonialisme, en légitimant par exemple l'expansion française d'Afrique du Nord. Il est élu dans le village normand dont il porte le nom en 1849 et dont il parle dans Souvenirs.
Son œuvre fondée sur ses voyages aux États-Unis est une base essentielle pour comprendre ce pays et en particulier lors du XIXe siècle.
Biographie courte d'Alexis de Tocqueville
Il est issu d’une famille légitimiste de la noblesse normande. Lamoignon de Malesherbes est l'un de ses arrière-grands-pères. Il est un neveu de Chateaubriand.
La chute de Robespierre mettant fin à la Terreur en l'an II (1794)
évita in extremis la guillotine à son père, Hervé de Tocqueville. Après
un exil en Angleterre, la famille rentre en France durant l'Empire, et Hervé de Tocqueville devient pair de France et préfet sous la Restauration.
Suivant l'enseignement de François Guizot, et licencié de droit, Alexis de Tocqueville est nommé juge auditeur en 1827
au tribunal de Versailles où il rencontre Gustave de Beaumont,
substitut, qui collaborera à plusieurs de ses ouvrages. Après avoir
prêté à contre-cœur serment à la Monarchie de Juillet, tous deux sont envoyés aux États-Unis (en 1831) pour y étudier le système pénitentiaire américain, d'où ils reviennent avec Du système pénitentiaire aux États-Unis et de son application (1832). Il s'inscrit ensuite comme avocat, et publie en 1835 le premier tome De la démocratie en Amérique (le deuxième en 1840), œuvre fondatrice de sa pensée politique. En 1840, il est reçu en Angleterre par son ami John Stuart Mill, et publie son essai L'État social et politique de la France avant et depuis 1789
qui formera ses grandes bases de réflexions sur l'Ancien Régime et la
révolution. Grâce à son succès, il est nommé chevalier de la légion
d'honneur (1837) et est élu à l'Académie des sciences morales et politiques (1838), puis à l'Académie française (1841).
À la même époque il entame une carrière politique, en devenant en 1839 député de la Manche (Valognes), siège qu'il conserve jusqu'en 1851. Il défend au Parlement ses positions abolitionnistes et libre-échangistes, et il devait défendre dans deux rapports officiels présentés à la Chambre des députés la colonisation de l'Algérie. En 1842, il est également élu conseiller général de la Manche par le canton de Sainte-Mère-Église, qu'il représente jusqu'en 1852. Le 6 août 1849, il est élu président du conseil générale au second tour de scrutin par 24 voix sur 44 votants, fonction qu'il occupe jusqu'en 1851.
Après la chute de la Monarchie de Juillet, il est élu à l'Assemblée constituante de 1848. Il est une personnalité éminente du parti de l'Ordre.
Il est membre de la Commission chargée de la rédaction de la Constitution de la Seconde République.
Il y défend surtout les institutions libérales, le bicamérisme,
l'élection du président de la République au suffrage universel, et la
décentralisation. Il est élu à l'Assemblée législative dont il devient
vice-président.
Hostile à la candidature de Louis-Napoléon Bonaparte à la présidence, lui préférant Cavaignac, il accepte cependant le ministère des Affaires étrangères entre juin et octobre 1849 au sein du deuxième gouvernement Odilon Barrot. Opposé au Coup d'État du 2 décembre 1851, il fait partie des parlementaires qui se réunissent à la mairie du Xe arrondissement et votent la déchéance du président de la République.
Incarcéré à Vincennes puis relâché, il quitte la vie politique. Retiré en son château de Tocqueville, il entame l'écriture de L'Ancien Régime et la Révolution, paru en 1856. La seconde partie reste inachevée quand il meurt en convalescence à la Villa Montfleury de Cannes le 16 Avril 1859, où il s'était retiré six mois plus tôt avec sa femme, pour soigner sa tuberculose. Il est enterré au cimetière de Tocqueville.
Pensée d'Alexis de Tocqueville
La Démocratie pour Tocqueville
Durant son séjour aux États-Unis, Tocqueville s'interroge sur les fondements de la démocratie. Contrairement à Guizot,
qui voit l'histoire de France comme une longue émancipation des classes
moyennes, il pense que la tendance générale et inévitable des peuples
est la démocratie. Selon lui, celle-ci ne doit pas seulement être
entendue dans son sens étymologique et politique (pouvoir du peuple) mais aussi et surtout dans un sens social : elle correspond à un processus historique permettant l'égalisation des conditions qui se traduit par :
- l'instauration d'une égalité de droit.
Tous les citoyens sont soumis aux mêmes règles juridiques alors que sous l'Ancien Régime, la noblesse et le clergé bénéficiaient d'une législation spécifique (les nobles étaient par exemple affranchis du paiement de l'impôt).
- une mobilité sociale potentielle alors que la société d'Ordres de l'Ancien Régime impliquait une hérédité sociale quasi totale. Par exemple, les chefs militaires étaient nécessairement issus de la noblesse.
- une forte aspiration des individus à l'égalité.
Toutefois, l'égalisation des conditions n'implique pas pour autant la disparition de fait des différentes formes d'inégalités de nature économique ou sociale.
Selon Tocqueville, le principe démocratique entraîne chez les individus « une sorte d'égalité imaginaire en dépit de l'inégalité réelle de leur condition ».
La tendance à l'égalisation des conditions qu'il considère comme inéluctable présente à ses yeux un danger.
Il constate que ce processus s'accompagne d'une montée de l'individualisme (« repli sur soi ») ce qui contribue d'une part à affaiblir la cohésion sociale et d'autre part incite l'individu à se soumettre à la volonté du plus grand nombre.
À partir de ce constat, il se demande si ce progrès de l'égalité est compatible avec l'autre principe fondamental de la démocratie : l'exercice de la liberté, c'est-à-dire la capacité de résistance de l'individu à l'égard du pouvoir politique.
Égalité et liberté semblent en fait s'opposer puisque l'individu tend de plus en plus à déléguer son pouvoir souverain à une autorité despotique et par conséquent à ne plus user de sa liberté politique :
« l'individualisme est un sentiment réfléchi qui dispose chaque
citoyen à s'isoler de la masse de ses semblables de telle sorte que,
après s'être créé une petite société à son usage, il abandonne
volontiers la grande société à elle même ».
Selon Tocqueville, une des solutions pour dépasser ce paradoxe, tout en respectant ces deux principes fondateurs de la démocratie, réside dans la restauration des corps institutionnels intermédiaires qui occupaient une place centrale dans l'Ancien Régime (associationss politiques et civiles, corporations, etc.). Seules ces instances qui incitent à un renforcement des liens sociaux, peuvent permettre à l'individu isolé face au pouvoir d'État d'exprimer sa liberté et ainsi de résister à ce que Tocqueville nomme « l'empire moral des majorités ».
Révolution française : rupture ou continuité institutionnelle ?
Dans son ouvrage L'Ancien Régime et la Révolution, Tocqueville montre que la Révolution de 1789 ne constitue nullement une rupture dans l'Histoire de France.
Selon lui, l'Ancien Régime s'inscrit déjà dans le processus d'égalisation des conditions qui s'explique par deux évolutions complémentaires :
- d'une part, sur le plan institutionnel, la France pré-révolutionnaire est marquée par la remise en cause progressive du pouvoir de la noblesse par l'État
(on assiste par exemple à un accroissement du pouvoir des intendants
aux dépens des Seigneurs). Cependant, son étude sur les intendants ne se
base que sur la généralité de Tours, proche de Paris et fidèle au
pouvoir royal. Cette idée de centralisation avec l'intendance doit être
nuancée. (cf. travaux d'Emmanuelli notamment).
- d'autre part, sur le plan des valeurs, Tocqueville rend compte de la montée de l'individualisme sociologique qui place l'individu-citoyen et avec lui le concept d'égalité au centre des préoccupations morales et politiques (Jean-Jacques Rousseau : Discours sur l'origine de l'inégalité parmi les hommes).
Tocqueville soulève aussi le problème de la bourgeoisie
qui est devenue l'égale de la noblesse : aisée, cultivée et adulant les
mêmes auteurs, alors même que des institutions fondées sur une
tradition obsolète la maintiennent dans un statut inférieur. Tocqueville
observe ainsi que l'Ancien Régime au moment de sa chute est la société
la plus démocratique d'Europe, dans ce sens que c'est là que l'égalité
des conditions y est le plus atteinte, mais la moins libérée
politiquement : la France est le pays où les bourgeois sont le plus
semblables aux nobles et les plus séparés par des barrières politiques.
C'est la convergence de ces deux logiques qui rend de plus en plus inacceptable l'inégalité des conditions : « le désir d'égalité devient toujours plus insatiable à mesure que l'égalité est plus grande ».
Il en conclut que le progrès de l'égalité et non l'inverse a précédé la Révolution ;
il en est une des causes et non une de ces conséquences :
« tout ce que la Révolution a fait, se fût fait, je n'en doute pas, sans
elle ; elle n'a été qu'un procédé violent et rapide à l'aide duquel on a
adapté l'état politique à l'état social, les faits aux idées, les lois
aux mœurs ».
Il pense par un raisonnement similaire que c'est la prospérité
qui pave la route des grandes révolutions, les misères ne générant que
des émeutes.
L'État limité selon Tocqueville
Tout comme Benjamin Constant,
Tocqueville se préoccupe du cadre institutionnel capable de préserver
la liberté tout en assurant l'égalité en droit. Alors que Constant le
voit dans une constitution qui limite le pouvoir de l'État, Tocqueville le décrit comme quatre piliers :
- le fédéralisme au niveau régional ou communal ;
- l'indépendance de la justice : les juges (ou les jurys), garants de la liberté, doivent être au-dessus du pouvoir ;
- les associations, corps intermédiaires, propices à l'engagement individuel ;
- la religion, qui relève de la sphère privée.
Le changement social selon Tocqueville
Pour Tocqueville, le changement social résulte de l'aspiration à l'égalité des hommes.
Pour lui, si l'humanité doit choisir entre la liberté et l'égalité, elle tranchera toujours en faveur de la seconde, même au prix d'une certaine coercition, du moment que la puissance publique assure le minimum requis de niveau de vie et de sécurité.
L'enjeu, toujours d'actualité, est l'adéquation entre cette double revendication de liberté et d'égalité :
« les nations de nos jours ne sauraient faire que dans leur sein les
conditions ne soient pas égales ; mais il dépend d'elles que l'égalité
les conduise à la servitude ou à la liberté, aux lumières ou à la
barbarie, à la prospérité ou aux misères ».
Pour Tocqueville, la société démocratique caractérisée par l'égalité des conditions est l'aboutissement du changement social.
L'effet Tocqueville
Tocqueville remarque que le fait de satisfaire à des besoins peut
engendrer de l'insatisfaction, car cela légitime des attentes encore
plus élevées. Les avantages acquis sont tenus pour allant de soi et
cessent d’être une source de satisfaction, tandis qu'apparaissent des
aspirations impossibles à satisfaire :
- Le mal qu'on souffrait patiemment comme inévitable semble
insupportable dès qu'on conçoit l'idée de s'y soustraire. Tout ce qu'on
ôte alors des abus semble mieux découvrir ce qui en reste et en rend le
sentiment plus cuisant : le mal est devenu moindre, il est vrai, mais la
sensibilité est plus vive. (Tocqueville, L'ancien régime)
A cette loi Tocqueville, portant sur le paradoxe des irruptions
révolutionnaires dans l'histoire, s'ajoute l'effet Tocqueville, qui sera
théorisé plus tard en sociologie avec la théorie de la frustration relative (theory of rising expectations).
Tocqueville philosophe politique
Puisqu’il faut bien, dit Tocqueville, « que l’autorité se rencontre
quelque part » (postulat de base de toute la philosophie politique),
alors l’intérêt bien entendu (utilitarisme audible dans toute la pensée
politique moderne) et les lumières ou « bon sens de tous » (sens commun
adopté par la plupart des philosophes) s’accordent autour d’« idées
communes » ou « principales », baptisées « conviction commune » ou
« raison générale » par François Guizot. Cela constitue un corps social
(organisation ou morphologie politique) dont les membres acceptent des
croyances reçues et partagées sans examen (chose inévitable enseigne la
sociologie de la connaissance). Marc Crapez, 2010
Citations d'Alexis de Tocqueville
L'Amérique de son époque
- « Pour ma part, je ne saurais concevoir qu'une nation puisse
vivre ni surtout prospérer sans une forte centralisation
gouvernementale. Mais je pense que la centralisation administrative
n'est propre qu'à énerver les peuples qui s'y soumettent, parce qu'elle
tend sans cesse à diminuer parmi eux l'esprit de cité ». Extrait de La Démocratie en Amérique vol. I, Première partie
- « Au-dessus de ceux-là s'élève un pouvoir immense et tutélaire, qui
se charge seul d'assurer leur jouissance et de veiller sur leur sort. Il
est absolu, prévoyant, régulier et doux. Il ressemblerait à la
puissance paternelle si, comme elle, il avait pour objet de préparer les
hommes à l'âge viril; mais il ne cherche, au contraire, qu'à les fixer
irrévocablement dans l'enfance; il aime que les citoyens se réjouissent
pourvu qu'ils ne songent qu'à se réjouir. Il travaille volontiers à leur
bonheur; mais il veut en être l'unique agent et le seul arbitre; il
pourvoit à leur sécurité, prévoit et assure leurs besoins, facilite
leurs plaisirs, conduit leurs principales affaires, dirige leur
industrie, règle leurs successions, divise leurs héritages; que ne
peut-il leur ôter entièrement le trouble de penser et la peine de
vivre ? ». Extrait de La Démocratie en Amérique
- « Je regarde comme impie et détestable cette maxime, qu'en matière
de gouvernement la majorité d'un peuple a le droit de tout faire, et
pourtant je place dans les volontés de la majorité l'origine de tous les
pouvoirs. (...) Ce que je reproche le plus au gouvernement
démocratique, tel qu'on l'a organise aux États-Unis, ce n'est pas, comme
beaucoup de gens le prétendent en Europe, sa faiblesse, mais au
contraire sa force irrésistible ». Extrait de La Démocratie en Amérique vol. I, Deuxième partie, chapitre VII ;
Le citoyen et le gouvernement
- « Démocratie et socialisme
n'ont rien en commun sauf un mot, l'égalité. Mais notez la différence :
pendant que la démocratie cherche l'égalité dans la liberté, le
socialisme cherche l'égalité dans la restriction et la servitude ».
- « Le plus grand soin d’un bon gouvernement devrait être d’habituer peu à peu les peuples à se passer de lui ».
- « Nos contemporains sont incessamment travaillés par deux passions
ennemies : ils sentent le besoin d’être conduits et l’envie de rester
libres. Ne pouvant détruire ni l’un ni l’autre de ces instincts
contraires, ils s’efforcent de le satisfaire à la fois tous les deux.
Ils imaginent un pouvoir unique, tutélaire, tout-puissant, mais élu par
les citoyens. Ils combinent la centralisation et la souveraineté du
peuple. Cela leur donne quelque relâche. Ils se consolent d’être en
tutelle, en songeant qu’ils ont eux-mêmes choisi leurs tuteurs ».
- « Je ne crains pas qu'ils rencontrent des tyrans, mais plutôt des tuteurs. »
- « Les hommes veulent l’égalité dans la liberté, et s’ils ne peuvent l’obtenir, ils la veulent encore dans l’esclavage ».
- « Je n'ai pas de traditions, je n'ai pas de parti, je n'ai point de
cause, si ce n'est celle de la liberté et de la dignité humaine. »
Guerres et conflits
- « J’ai souvent entendu en France des hommes que je respecte,
mais que je n’approuve pas, trouver mauvais qu’on brûlât les moissons,
qu’on vidât les silos et enfin qu’on s’emparât des hommes sans armes,
des femmes et des enfants. Ce sont là, suivant moi, des nécessités
fâcheuses, mais auxquelles tout peuple qui voudra faire la guerre aux
Arabes sera obligé de se soumettre » (...) « Je crois que le droit de la
guerre nous autorise à ravager le pays et que nous devons le faire soit
en détruisant les moissons à l’époque de la récolte, soit dans tous les
temps en faisant de ces incursions rapides qu’on nomme razzias et qui
ont pour objet de s’emparer des hommes ou des troupeaux. » 1841 -
Extrait de Travail sur l’Algérie, in Œuvres complètes, Gallimard, Pléiade, 1991, p. 704 & 705.
- « L’expérience ne nous a pas seulement montré où était le théâtre
naturel de la guerre ; elle nous a appris à la faire. Elle nous a
découvert le fort et le faible de nos adversaires. Elle nous a fait
connaître les moyens de les vaincre et (...) d’en rester les maîtres.
Aujourd’hui on peut dire que la guerre d’Afrique est une science dont
tout le monde connaît les lois, et dont chacun peut faire l’application
presque à coup sûr. Un des plus grands services que M. le maréchal
Bugeaud ait rendus à son pays, c’est d’avoir étendu, perfectionné et
rendu sensible à tous cette science nouvelle. » 1847 - Extrait de Rapports sur l’Algérie, in Œuvres complètes, op. cit, p. 806
- « En conquérant l'Algérie, nous n'avons pas prétendu, comme les Barbares qui ont envahi l'empire romain,
nous mettre en possession de la terre des vaincus. Nous n'avons eu pour
but que de nous emparer du gouvernement. La capitulation d'Alger en
1830 a été rédigée d'après ce principe. On nous livrait la ville, et, en
retour, nous assurions à tous ses habitants le maintien de la religion
et de la propriété. C'est sur le même pied que nous avons traité depuis
avec toutes les tribus qui se sont soumises. S'ensuit-il que nous ne
puissions nous emparer des terres qui sont nécessaires à la colonisation
européenne ? Non sans doute ; mais cela nous oblige étroitement, en
justice et en bonne politique, à indemniser ceux qui les possèdent ou
qui en jouissent. » Extrait de Premier rapport sur l’Algérie (travaux parlementaires)
- « J'avais toujours cru qu'il ne fallait pas espérer de régler par
degrés et en paix le mouvement de la Révolution de Février et qu'il ne
serait arrêté que par une grande bataille livrée dans Paris. Je l'avais
dit dès le lendemain du 24 février ; ce que je vis alors persuada que
non seulement cette bataille était inévitable mais que le moment en
était proche et qu'il était à désirer qu'on saisit la première occasion
de la livrer. » (Cité par Sartre dans la Critique de la raison dialectique, p.708)
Publications
Pages correspondant à ce thème sur les projets liberaux.org :
- Une édition en 9 volumes des œuvres complètes de Tocqueville est
disponible numérisée sur le site Gallica] (bibliothèque numérique de la
Bibliothèque nationale de France) :
- Œuvres complètes d'Alexis de Tocqueville, publiées par Mme de Tocqueville et Gustave de Beaumont (1864)
- 1835, Alexis de Tocqueville, vol 1, De la démocratie en Amérique
- Traduction en anglais
- par Henry Reeve en 1945, "Democracy in America", New York: Knopf (révisé par Francis Bowen, coordonné par Phillips Bradley)
- par Henry Reeve en 1954, "Democracy in America", 2 vols. New York, Vintage Books
- par George Lawrence en 1966, Harper (coordination par J. P. Mayer, introduction de Max Lerner)
- édition paperback en 1961 par Vintage et par Schocken
- Traduction en 1969, "Democracy in America", New York: Harper and Row
- Traduction en anglais en 1990, Democracy in America, Vol. 1, New York: Vintage Books
- Traduction en espagnol en 1984, "La democracia en América", vol. 1. Madrid: Sarpe
- 1835, Memoir on Pauperism
- Traduction en anglais en 1997, Memoir on Pauperism, Chicago: Ivan Dee
- 1840, Alexis de Tocqueville, vol 2, De la démocratie en Amérique
- Traduction en anglais en 1990, Democracy in America, vol 2, New York: Vintage Books
- Traduction en espagnol en 1984, "La democracia en América", vol 2. Madrid: Sarpe
- 1856, "L'Ancien Régime et la Révolution", Paris, Garnier-Flammarion, n°500 (édition F. Mélonio)
- Traduit en anglais en 1959 par Stuart Gilbert, "The Old Régime and the French Revolution", Garden City, N.Y.: Doubleday
- Lettres Choisies et Souvenirs (1814-1859). Gallimard, collection Quarto (édition: Françoise Mélonio et Laurence Guellec). 2003.
- De la démocratie en Amérique, Souvenirs, l'Ancien Régime et la Révolution. Paris, Bouquins. Éditions Robert Laffont, 1986. 1 volume.
- Alexis de Tocqueville, Œuvres Complètes. Paris, Gallimard, 1951-2002 (29 volumes parus)
Littérature secondaire
Pour voir les publications qui ont un lien d'étude, d'analyse ou de
recherche avec les travaux et la pensée d'Alexis de Tocqueville : Alexis de Tocqueville (Littérature secondaire)
Voir aussi
Liens externes
D) - Alexis de Tocqueville : Le prophète normand qui avait vu venir nos démocraties fatiguées
Un jeune aristocrate de vingt-cinq
ans débarque à New York en mai 1831, officiellement chargé d’étudier
les prisons américaines pour le compte de la monarchie de Juillet. Neuf
mois plus tard, Alexis de Tocqueville rentre en France avec bien
davantage qu’un rapport pénitentiaire : il rapporte dans ses malles la
matière d’un des livres les plus visionnaires jamais écrits sur le
destin des sociétés modernes. Petit-fils d’un homme guillotiné sous la
Terreur, héritier d’une noblesse normande qui a vu s’effondrer en
quelques années tout un monde, Tocqueville a passé sa vie à observer
froidement ce qu’il jugeait inéluctable, l’avènement de l’égalité des
conditions, pour en anticiper avec une lucidité presque effrayante les
dérives possibles. Deux siècles plus tard, alors que les démocraties
occidentales se rassemblaient encore en juin dernier au château de
Tocqueville pour se demander si le penseur normand n’avait pas tout vu
venir, son diagnostic sur le populisme, la défiance envers les élites et
l’isolement des individus résonne avec une actualité presque
insoutenable.
Par la rédaction
Le petit-fils du guillotiné : une enfance façonnée par l’effondrement d’un monde
Alexis de Tocqueville naît en 1805 à
Paris, dans une famille de la vieille noblesse normande qui a payé un
tribut effroyable à la Révolution française. Son arrière-grand-père
maternel, Malesherbes, l’avocat courageux qui avait accepté de défendre
Louis XVI devant la Convention, est guillotiné en 1794, entraînant dans
sa chute plusieurs membres de sa famille, dont les propres parents de
Tocqueville échappent de justesse à l’échafaud. Ses parents eux-mêmes ne
sont libérés de prison qu’après la chute de Robespierre, un basculement
de dernière minute qui leur sauve la vie mais qui laisse à leur fils un
héritage psychologique impossible à effacer : la conscience aiguë que
les mondes les plus solides en apparence peuvent s’effondrer en l’espace
de quelques mois, et que l’ordre aristocratique dans lequel il est né
appartient déjà, irrémédiablement, au passé.
Cette conscience de vivre dans les
décombres d’un monde révolu façonne toute la vocation intellectuelle de
Tocqueville. Plutôt que de se réfugier dans la nostalgie réactionnaire
d’une partie de son milieu, ou dans le déni face à l’irréversibilité du
mouvement démocratique, le jeune magistrat choisit une voie singulière :
comprendre, avec la froideur d’un clinicien, la mécanique intime de
cette égalisation des conditions qu’il juge être le fait social le plus
considérable et le plus irrésistible de son temps. C’est dans cet esprit
qu’il obtient, avec son ami Gustave de Beaumont, une mission d’étude
sur le système pénitentiaire américain, prétexte commode pour aller
observer de ses propres yeux la seule société au monde où la démocratie
fonctionne déjà à grande échelle, sans les convulsions révolutionnaires
qui ensanglantent alors la France.
Le voyage américain de 1831 et 1832, à
travers les villes naissantes de la côte est, les territoires encore
sauvages des Grands Lacs et jusqu’aux confins du Sud esclavagiste, donne
à Tocqueville une matière d’observation inégalée. Il y rencontre des
juges, des pasteurs, des colons, des esclaves affranchis, des
Amérindiens en voie de dépossession totale, engrangeant des carnets
entiers de notes qui deviendront, quelques années plus tard, la matière
du plus grand livre jamais écrit sur la démocratie américaine. Ce n’est
pas un touriste éclairé qui observe l’Amérique avec la condescendance
d’un aristocrate européen : c’est un homme hanté par la question de
savoir si son propre pays, la France, saura un jour réussir la même
transition vers l’égalité sans sombrer, comme elle vient de le faire,
dans la Terreur ou le despotisme impérial.
De la démocratie en Amérique : l’égalité, promesse et péril
Publié en deux temps, en 1835 puis en 1840, De la démocratie en Amérique n’est
pas un simple récit de voyage mais une théorie générale des sociétés
modernes, dont la portée dépasse de loin le seul cas américain. La thèse
centrale de Tocqueville tient en une conviction qu’il martèle dès les
premières pages : l’égalisation des conditions est un fait providentiel,
universel et durable, qui échappe au pouvoir humain, et il serait aussi
vain de vouloir l’arrêter que d’arrêter l’océan lui-même. Toute la
question n’est donc pas de savoir si la démocratie adviendra, elle est
déjà en marche partout en Occident, mais de savoir sous quelle forme
elle adviendra : celle d’une liberté vivante et responsable, ou celle
d’une égalité dans la servitude et la médiocrité.
C’est cette ambivalence fondamentale qui
fait toute la modernité de Tocqueville. Il admire dans l’Amérique qu’il
observe la vitalité extraordinaire de ce qu’il appelle l’esprit
d’association : ces innombrables sociétés civiles, religieuses,
économiques ou philanthropiques que les citoyens américains forment
spontanément pour résoudre ensemble leurs problèmes, sans attendre
l’intervention d’un État centralisateur à la française. Cette capacité à
s’associer librement constitue à ses yeux le meilleur rempart contre ce
qu’il redoute le plus : l’individualisme démocratique, cette tendance
de chaque citoyen égal en droit à se replier sur le cercle étroit de sa
famille et de ses amis, indifférent au sort de la cité, laissant ainsi
le champ libre à une puissance centrale toujours plus envahissante.
C’est de cette intuition que naît le
concept le plus célèbre et le plus troublant de toute son œuvre : celui
du despotisme doux, ce pouvoir tutélaire qui ne ressemble en rien à la
tyrannie brutale des siècles passés, mais qui prend la forme, plus
insidieuse encore, d’une administration omniprésente et bienveillante,
désireuse avant tout du bonheur de citoyens qu’elle infantilise peu à
peu. Ce pouvoir tutélaire, écrit Tocqueville, ne brise pas les volontés,
il les amollit, il les plie et les dirige, réduisant chaque nation à
n’être plus qu’un troupeau d’animaux timides et industrieux, dont le
gouvernement est le berger. Ce n’est pas la tyrannie sanglante qu’il
redoute pour l’avenir des démocraties, mais cette servitude douce et
acceptée, presque désirée, qui naît du confort administratif et de la
déresponsabilisation progressive du citoyen. Il ajoute enfin, dans son
autre grand œuvre consacré à l’Ancien Régime, que la centralisation
administrative française préexistait déjà largement à la Révolution,
thèse iconoclaste qui refuse tout récit moralisateur d’une rupture nette
entre monarchie et démocratie, pour lui préférer une lecture en
continuité, celle des structures de pouvoir qui survivent aux
changements de régime.
Château de Tocqueville, juin 2026 : quand les démocraties se demandent si le prophète avait raison
Deux siècles après son voyage américain,
l’étonnante actualité de la pensée tocquevillienne n’a jamais paru aussi
manifeste qu’en cette fin de printemps 2026. Les 26 et 27 juin, la
huitième édition des Conversations Tocqueville, organisées conjointement
par la Fondation Tocqueville et le quotidien Le Figaro, a réuni au
château normand où le penseur est né plusieurs centaines de décideurs,
universitaires et représentants de la société civile venus du monde
entier, autour d’une question qui aurait pu servir de sous-titre à
l’ensemble de son œuvre : et si Tocqueville avait tout vu venir ?
Populisme galopant des deux côtés de l’Atlantique, défiance généralisée
envers des élites jugées hors sol, individus repliés sur eux-mêmes et
rendus manipulables par les nouveaux canaux de l’information,
démocraties qui semblent avoir perdu jusqu’à la capacité élémentaire de
se défendre elles-mêmes : les organisateurs de la rencontre ne cachaient
plus leur inquiétude, celle d’un diagnostic tocquevillien qui, loin
d’être une antiquité académique, se lit désormais comme une clinique en
temps réel de nos propres sociétés.
Le despotisme doux qu’il décrivait au
dix-neuvième siècle comme une administration tutélaire et paternaliste a
simplement changé de visage sans changer de nature. Il porte
aujourd’hui les traits des algorithmes de recommandation qui isolent
chaque citoyen dans sa bulle de certitudes personnelles, des plateformes
numériques qui infantilisent le débat public en le réduisant à des
réactions binaires, et des appareils administratifs toujours plus
tentaculaires qui promettent la sécurité et le confort en échange d’une
autonomie citoyenne de plus en plus symbolique. L’individualisme
démocratique que redoutait Tocqueville, ce repli sur la sphère privée au
détriment de l’engagement civique, trouve dans les réseaux sociaux
contemporains un accélérateur qu’il n’aurait sans doute pas imaginé,
mais dont il avait pressenti, avec une justesse presque vertigineuse, le
ressort psychologique profond : des individus égaux, mais séparés, plus
soucieux de leur confort immédiat que de la chose publique, offrant
ainsi le terrain le plus favorable qui soit à la résurgence du populisme
et à l’affaiblissement des corps intermédiaires.
C’est bien là, en définitive, la leçon
géopolitique la plus actuelle de Tocqueville : la vitalité d’une
démocratie ne se mesure jamais à la seule tenue régulière d’élections,
mais à la vigueur de son tissu associatif, à la robustesse de ses corps
intermédiaires, syndicats, associations, collectivités locales, presse
indépendante, qui seuls peuvent faire contrepoids à la fois à la
tyrannie de la majorité et à l’extension silencieuse du pouvoir
administratif central. Là où ce tissu s’effiloche, comme c’est le cas
dans plusieurs démocraties occidentales minées par la défiance et la
polarisation, le terrain devient fertile pour des mouvements qui
promettent de rendre au peuple une souveraineté qu’il croit avoir
perdue, quitte à sacrifier au passage les libertés que Tocqueville
jugeait indissociables d’une démocratie authentique.
La liberté, ce combat toujours à recommencer
Alexis de Tocqueville meurt en 1859, sans
avoir jamais vu la France se stabiliser durablement dans le régime
démocratique et libéral qu’il appelait de ses vœux, ballottée de son
vivant entre monarchies, empire et républiques éphémères. Il aura fallu
encore un siècle et plusieurs cataclysmes pour que l’Europe occidentale
trouve, non sans mal, un équilibre démocratique relativement stable.
Mais ce même équilibre, deux siècles après le voyage américain du jeune
aristocrate normand, semble à nouveau vaciller sous les coups conjugués
du populisme, de la défiance et de l’atomisation numérique des sociétés.
La leçon ultime de Tocqueville n’est ni
optimiste ni pessimiste, elle est simplement réaliste : la démocratie
n’est jamais un état acquis une fois pour toutes, mais un combat
perpétuellement à recommencer contre sa propre pente naturelle vers le
confort, l’isolement et la tutelle administrative. Aucune Constitution,
aussi bien rédigée soit-elle, ne protège durablement un peuple qui
aurait renoncé à exercer lui-même sa liberté au quotidien, dans
l’association, le débat local et l’engagement civique. À l’heure où les
démocraties occidentales se redemandent, au fond du même château normand
où tout a commencé, si elles ne sont pas en train de vérifier terme à
terme le diagnostic d’un homme mort il y a plus de cent soixante ans, la
meilleure manière de lui rendre hommage n’est sans doute pas de le
relire comme une prophétie fataliste, mais comme un avertissement
toujours actionnable : la liberté ne s’hérite jamais, elle se pratique,
ou elle s’éteint.
La Diplomate
https://lediplomate.media/portrait-alexis-tocqueville-prophete-normand-avait-vu-venir-democraties-fatiguees/
La démocratie se vit avant tout dans notre vie de tous les jours, dans nos rapports directs à l'autre avec qui nous nous associons volontairement. C'est ensuite que la démocratie plus lointaine, plus impersonnelle et "de masse" peut s'envisager.
Pour Tocqueville, c'est ici la grande différence entre la France, où tout est attendu du gouvernement, et l'Amérique où rien n'est spontanément attendu de lui.
Ce sont les associations libres qui soudent le corps social et leur objet n’a rien de politique.
"Les Américains de tous les âges, de toutes les conditions, de tous les esprits, s’unissent sans cesse. Non seulement ils ont des associations commerciales et industrielles auxquelles tous prennent part, mais ils en ont encore de mille autres espèces : de religieuses, de morales, de graves, de futiles, de fort générales et de très particulières, d’immenses et de fort petites; les Américains s’associent pour donner des fêtes, fonder des séminaires, bâtir des auberges, élever des églises, répandre des livres, envoyer des missionnaires aux antipodes; ils créent de cette manière des hôpitaux, des prisons, des écoles.
S’agit-il enfin de mettre en lumière une vérité ou de développer un sentiment par l’appui d’un grand exemple, ils s’associent." [...] Partout où, à la tête d’une entreprise nouvelle, vous voyez en France le gouvernement, et en Angleterre un grand seigneur, comptez que vous apercevrez aux États-Unis une association."
Tocqueville, DEA, Tome II, Chapitre V, De l’usage que les Américains font de l’association dans la vie civile
Ulrich
@UlrichFY
Libéralisme & économie autrichienne. J'écris pour @mises
& http://libertis.net
https://x.com/UlrichFY/status/2096607968858886394