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janvier 12, 2026

Faire confiance à la démocratie, et puis quoi encore ?

Faire confiance à la démocratie, et puis quoi encore ? La démocratie n'a jamais été rien d'autre qu'une tyrannie sophistiquée et hypocrite que nous subissons. Vous ne trouverez jamais personne en politique qui ose sortir des sentiers battus et qui veut renverser la table à ce sujet. On ne peut pas leur en vouloir. Ils sont formatés pour pérenniser le système et leur propre rémunération en dépend. Par ailleurs, d'un point de vue quantitatif les votations à Paris sont très peu populaires. 

Sur 1,3 million d'inscrits, on parle de 7,46 % de participation pour la votation à propos des trottinettes (en 2023) et 5,68 % pour celle sur les SUV (en 2024). On me dira que le besoin de se déplacer et les enjeux font baisser les scores. Sauf que le budget participatif de la ville n'affiche pas un taux beaucoup plus élevé, alors que celui-ci se fait en ligne. Le vote pour l'édition 2024 n'a rassemblé que 142 500 Parisiens par exemple, soit environ 11 % de participation. 

Les gens se disent que tout cela est vain. Ils sont pressés, stressés, occupés. Le coût d'acquisition de l'information et de décision dépasse donc les bénéfices attendus, surtout quand la probabilité que leur voix change l'issue du scrutin ou que son résultat fasse une différence dans leur vie est quasi nulle. Le parisien préfère allouer son temps à des activités plus utiles, c'est tout. Même en Suisse (l'exemple cité par Knafo), la moitié de la population décide de ne pas voter lors des référendums. 

 En fait, les démocrates convaincus fantasment la notion de « participation citoyenne ». Mais Monsieur tout-le-monde s'en cogne de participer. Il ne veut pas voter en soi, il veut améliorer son sort. Et ça n'a rien à voir ! Gagner de l'argent, le garder, avoir une vie sympa pour lui, sa femme et ses gamins, partir en week-end de temps en temps, avoir ses activités, etc. La plupart des gens seraient très heureux de ne PAS voter, dès lors qu'ils seraient inscrits dans un ordre social contractuel géré comme une entreprise, où tous les projets relèvent de phénomènes de marché.

Arthur Homines

DÉMOCRATIE

 Pour partager le pouvoir entre eux tous, laisser chacun décider également des problèmes de la Cité, de la paix et de la guerre, des lois, il faut avoir des hommes une conception bien particulière. Et c'est elle qui à mes yeux donne tout son prix au libéralisme.

Il faut d'abord considérer tous les hommes capables de jugement. Le démocrate reconnaît cette égalité : nous avons tous la capacité de dire le vrai du faux (même si nous nous trompons parfois, mais il nous arrive à tous de nous tromper). En ce sens, l'imbécile est mon égal, car s'il ne l'était pas, je ne serais pas non plus l'égal du surdoué. La vérité n'est refusée à personne. Il n'existe donc pas quelque part une avant-garde intellectuelle qui montrerait seule la bonne voie et interdirait le dialogue démocratique. Car on ne peut pas dialoguer - on ne ferait qu'endoctriner - sans avoir reconnu l'autre comme un autre soi-même, sincère et doué de raison.

Les différences de réussite sociale et de fortune entre nous ne créent aucune inégalité de Droit. Nous le verrons, nous serons toujours incapables de discerner la part des dons, du mérite et du hasard dans le succès ; de sa présence ou de son absence, on ne peut donc pas déduire une hiérarchie des talents et des efforts. Si les inégalités sociales sont des accidents, nul ne peut s'affirmer avec certitude "supérieur" ni se juger "inférieur " à nul autre. Ce "supérieur" peut avoir eu plus de chance, de savoir-faire, ou simplement, plus que cet "inférieur", il a éprouvé la soif du pouvoir, du gain ou des honneurs. Cela n'établit entre eux aucune inégalité essentielle. Il faut tout le matérialisme des socialistes pour ne considérer chez l'homme que sa position sociale. Dans l'ordre du marché et de la démocratie, toute hiérarchie est contestable, provisoire. Chaque homme peut devoir céder sa place à n'importe quel autre, si bien que dans nos rapports humains, nous avons le devoir de nous traiter a priori comme égaux et d'exiger, sans considération pour notre situation matérielle, que soit respectée notre égale dignité d'hommes.

Les marxistes soutiennent que les opinions des hommes sont déterminées par leur éducation et leurs intérêts de classe. La démocratie serait donc un leurre, le vote ne traduirait pas un jugement objectif des électeurs sur les politiques proposées. Les libéraux pensent au contraire que les hommes ont le droit de s'exprimer puisque cette expression révèle quelque chose d'eux-mêmes, de leur volonté.

Mais si les hommes sont capables de jugement et de volonté, ils sont responsables. Nous ne maîtrisons pas toutes les implications possibles d'une situation. Après chaque décision prise, nous courons le risque de découvrir que des solutions meilleures étaient possibles. Ainsi être responsable, c'est admettre que rien n'est fixé, qu'il n'y a nulle part de réponses toutes faites qu'il nous suffirait de suivre aveuglément pour échapper aux ennuis ("je n'ai fait qu'obéir aux ordres"). Nous avons toujours une élection à faire et toujours une voie nouvelle à tracer. Je ne peux donc pas laisser autrui décider à ma place ; c'est à moi de dire ce que je veux et de supporter les conséquences de mon choix.

La démocratie repose sur cette conception d'hommes responsables. A ceux-là évidemment, on n'impose pas leurs gouvernants. Alors qu'en régime monarchique, le souverain est désigné automatiquement, en dehors de toute volonté, même de la sienne, que dans la pratique socialiste, quelques apparatchiks nomment les maîtres du pays, nous estimons en démocratie libérale que chaque citoyen mérite un gouvernement dont le pouvoir soit un peu son reflet.

Si partager le pouvoir présente quelques mérites, le principal est justement de nous impliquer. Notre participation devient nécessaire. Nous devons nous informer, comprendre, vouloir. La démocratie, à travers le débat, est une éducation. Mais les citoyens ne seraient plus égaux et le débat n'aurait pas lieu si l'un d'entre eux détenait de droit la solution des problèmes : il n'y aurait plus qu'à le suivre. Les réponses, au contraire, sont à chercher, et dans le domaine des affaires publiques cette recherche est collective. Les idées vivent d'être discutées. Dans nos débats, nous ne les exposons pas seulement, inaltérables, nous les découvrons. Nous savons par la critique et la remise en cause écarter celles qui ne rendent pas compte de la réalité (au moins partiellement, car il n'est pas en notre pouvoir de connaître l'ensemble du réel, la vérité, mais le dialogue est notre façon humaine de l'approcher). La recherche de l'objectivité n'a pas droit de cité, bien sûr, dans les régimes du mensonge et des utopies socialistes ; elle est la marque de la démocratie.

Le débat prend plusieurs formes. D'abord, n'ayant pas de projet, pas d'idéal que le réel démentirait, la démocratie ne craint pas de décevoir. Elle n'a rien à cacher. Elle réclame que soient traitées publiquement les affaires publiques. Elle est le plus transparent des régimes possibles. Le gouvernement sortant est jugé sur un bilan, son opposition sur un programme. L'un et l'autre doivent être expliqués. Nous pouvons donc attendre des hommes politiques un minimum de rigueur, et l'obligation qui leur est faite de nous rendre des comptes est une assurance que ceux qui sont au pouvoir ou qui y aspirent garderont une certaine cohérence.

Ces débats, ensuite, culminent au moment des élections qui procèdent au renouvellement du personnel politique, sans crise, sans coup d'Etat, à intervalles programmés. Ce n'est pas parce qu'il recueille la "vox populi" qu'un gouvernant oeuvre nécessairement pour le bien du pays. Il est tout à fait probable qu'une élite l'administrerait mieux à certaines périodes (il y a eu de bons rois, même absolus). Mais la démocratie cherche ses dirigeants parmi l'ensemble du pays, n'excluant aucune compétence ; elle n'est pas restreinte dans ses choix à une aristocratie ou un parti groupusculaire. À l’occasion de ces élections, de nouvelles approches sont proposées. Et de savoir qu'ils ont une chance d'exercer le pouvoir et de les appliquer encourage tous les hommes politiques - et pas seulement ceux d'un parti officiel - à élaborer des réponses originales, et les citoyens à les écouter. La démocratie, considérant qu'aucun homme n'est incapable de discernement, n'oublie pas de faire appel à toutes les opinions et enrichit ses choix de leur confrontation.

Les participants à ces débats ne peuvent nourrir d'autre ambition que de convaincre, car l'Etat, qui n'est d'aucune tendance, détient le monopole de la contrainte. Le jeu démocratique ne laisse donc aux oppositions que l'issue du compromis. Le mot ici n'est pas péjoratif. Si aucun parti ne détient toutes les réponses, j'ai besoin de la réflexion des autres, et eux de la mienne, pour accéder à une approximation meilleure de la vérité.

Mais pour que ce dialogue ait lieu, il faut que tous nous adhérions à des valeurs communes - le Droit, la propriété (c'est-à-dire les Droits de l'homme), la défense du pays, etc. - et que nous acceptions, en vue de maintenir des relations ordonnées, les mêmes règles. Sans elles, dans la grève générale, les désertions massives, la désobéissance, notre communauté nationale éclaterait. Le dialogue démocratique, à travers la recherche d'opinions convergentes, pratique la référence constante, même si elle est seulement implicite, à des valeurs partagées par presque tous. Il valorise l'observance des lois. Il est facteur de sociabilité.

Mais après tout, pourquoi pratiquer l'observance des lois ? Si nous approuvons communément qu'un malfaiteur soit puni (si même nous savons le définir comme un malfaiteur), ce n'est pas parce qu'il a désobéi à l'autorité du gouvernement. Car alors cette sanction serait purement arbitraire ; au hasard des élections, un autre gouvernement aurait pu juger différemment. Nous souscrivons à la sanction parce que ce malfaiteur a enfreint des règles que nous tenons pour justes. Quel qu'il soit le gouvernement ne les crée pas, elles lui sont supérieures ; sa mission est seulement de les faire respecter. Bien sûr, le gouvernement et le parlement produisent continuellement des lois qui précisent ou complètent un corpus déjà fourni. Mais ces nouveaux textes doivent dériver de principes auxquels nous adhérons tous généralement, et c'est dans la mesure oû ils se conforment à ces principes, et pas seulement parce qu'un parlement les a votés, que nous leur reconnaissons une légitimité.

J'ajouterai ceci encore : nous n' obéissons pas à un gouvernement parce qu'une Constitution l'exige. Il faudrait demander d'où vient l'autorité de celui qui a écrit cette constitution et de quel droit il nous impose l'institution de ce gouvernement. Ce n'est pas non plus parce que cette constitution a été votée et ce gouvernement élu, même par une fraction importante de l'électorat. Nous reconnaissons sur nous la souveraineté d'un gouvernement dans le seul but de faire respecter certaines règles fondamentales, justes, et dans la mesure oû ce gouvernement les respecte lui-même. Ainsi ce n'est pas de l'autorité politique que nous tenons les notions de ce qui est juste, de ce qui est bien ou mal, permis ou interdit. Ces notions, nous les connaissons tous déjà et, même si elles sont imprécises chez beaucoup d'entre nous, elles constituent la référence extérieure et nécessaire à partir de laquelle nous pouvons juger tous les actes d'un pouvoir institué sur nous, faire nôtres ses décisions ou nous rebeller contre.

Il faut à la démocratie cette référence à des valeurs. Nous admettons une Loi qui s'impose à la fois aux gouvernants et au peuple qui les élit. Car, à moins de croire - ce qui serait faire preuve de totale cécité - que les hommes, dès qu'ils acquièrent le droit de vote, deviennent incapables de faire le mal, il faut reconnaître qu'une démocratie dont le pouvoir des élus et des électeurs n'est pas rigoureusement limité par des règles, ne constitue qu'une variante de plus du despotisme.

C'est le respect de ces règles qui garantit mes droits personnels et ceux des minorités. Que le pouvoir appartienne à la majorité ne me donne que le droit d'être lynché. La résistance à l'universalité du suffrage au xIxe siècle n'était pas qu'un défense des privilèges de telle ou telle oligarchie. Les libéraux de l'époque constataient la mauvaise, très mauvaise habitude des masses populaires de s'offrir à un démagogue. Cela était vrai il y a 150 ans et si l'on en juge par l'enthousiasme que suscitent les dictatures modernes, les élections libres qui portèrent Mussolini et Hitler au pouvoir, les Peron et les Ayatollahs largement plébiscités, la même prudence devrait nous inspirer.

C'est ensuite une erreur de croire qu'un régime démocratique, même s'il s'institue comme prévention de l'autocratie, ne peut pas exercer lui-même un pouvoir arbitraire. Cette oppression de la minorité par la majorité (que Rousseau absolvait d'un jeu de mots, souviens-toi : "chacun, en se donnant à tous, ne se donne à personne") est la plus odieuse. Car si chaque opposant peut se sentir légitimé dans son refus d'une junte privée de l'appui profond du pays, la minorité ne peut espérer, face à l'arbitraire du plus grand nombre, ni protection ni recours. A qui en appellerait-elle ? Sous la dictature des prolétariats, sous les théocraties islamiques, sa survie passe par la trahison ou l'exil. (Les Conventionnels qui rédigèrent la Déclaration des Droits de l'Homme en préambule à la Constitution de l'An I, avaient eu le courage et la sagesse d'y affirmer le droit des minorités. Leur texte souligne qu'"aucune fraction du peuple ne détient le pouvoir tout entier". Aucune fraction, c'est-à-dire ni les 51 % ni les 99 %...).

D'ici tu peux bien comprendre en quoi les libéraux se distinguent des démocrates. Pour un démocrate de stricte obédience, la source de toute autorité d'un gouvernement est chez les gouvernés, "le peuple" est le souverain absolu. Nous ne pouvons donc qu'accepter, quelles qu'elles soient, les décisions de la majorité. La seule opposition à ces décisions ne saurait être que de pure forme, si précisément à cause de manipulations ou d'usurpations, elles ne représentaient pas le voeu réel de la majorité. Pour les libéraux, il est important que les décisions du gouvernement tiennent compte de l'opinion majoritaire et, en ce sens, les libéraux sont aussi des démocrates. Mais leur considération n'est pas uniquement formelle, un pouvoir peut avoir été élu selon les règles, sa politique doit en plus se conformer à certains principes. Nous avons le droit de nous opposer à l'élection d'un gouvernement qui bafouerait ces principes, même si cette élection n'était entachée d'aucune irrégularité.

Imagine qu'une majorité de nos parlementaires vote la spoliation de tous les étrangers de notre pays. Ou la mutilation des voleurs. Ou la suppression des droits de la défense dans les procédures de flagrants délits. Ou l'élimination des incurables et des nouveau-nés mal formés. Tu serais indigné autant que moi de ces mesures. Pourtant si la démocratie, c'est la souveraineté du peuple, si ce peuple a manifesté sa volonté par des scrutins sans trucage, au nom de quoi vas-tu contester ? Il faudrait que tu en appelles au-dessus de lui à des principes que tu pourrais lui opposer, auxquels ce souverain, comme tous les autres, devrait se plier (et ces principes interdisent la spoliation d'une minorité ou même d'une majorité comme le socialisme entend l'organiser, aussitôt qu'il arrive au pouvoir).

Q. - Mais qui aurait institué ces principes et pourquoi suivre ceux-lâ plutôt que d'autres ?

R. - Précisément, personne ne les a institués et c'est pourquoi nous pouvons nous sentir libres et fiers de nous y soumettre, puisqu'en nous y soumettant, nous ne nous soumettons à personne. Ils sont notre civilisation. Aucun chef d'Etat, aucune assemblée n'a arrêté un beau jour le respect de la vie, la propriété, la famille, et qu'une parole donnée doit être tenue. Ou du moins, s'ils l'ont proclamé, ils n'instauraient rien que la quasi-totalité de leurs sujets ne sût. Ces institutions comme beaucoup d'autres (le langage, le commerce, la monnaie...), se sont élaborées au fil des générations. Si elles avaient été pensées par un unique cerveau humain, elles pourraient évidemment être repensées aujourd'hui par un autre cerveau, quelques-uns d'entre nous pourraient légitimement se sentir capables de redéfinir des institutions radicalement nouvelles et meilleures sur lesquelles reconstruire la société. Mais telles que nous les connaissons, elles sont le présent état d'un long filtrage, d'une promotion, tout au long de notre histoire, des groupes humains qui les ont adoptées. Personne ne pouvait dire à l'avance lesquelles de ces institutions s'avèreraient les meilleures - et nous ne le pouvons pas plus aujourd'hui. Il faudrait un esprit universel pour analyser les myriades de données que fournissent notre société et son environnement et conclure avec certitude que nous vivrions tous mieux en réformant complètement la famille, par exemple, ou le droit de propriété.

Dans la ville où j'habite, on se flatte d'être démocrate. Rousseau, après tout, y est né (mais comme heureusement ses préceptes n'y sont pas trop suivis, il y peu d'endroits où plus qu'à Genève, on jouisse de liberté). Sur un grand mur d'un bâtiment administratif, une plaque rappelle au passant l'alexandrin emphatique de Lamartine :

« La liberté du faible est la gloire du fort »

Toute société ne peut durer que si les forts y protègent les faibles, et d'abord les plus vulnérables de ces faibles, les enfants. Mais il y a quelque chose d'émouvant qu'à ce moment de notre histoire, nous ayons adopté un régime politique où le groupe le plus fort parce que le plus nombreux, loin d'anéantir les minoritaires qui le contestent, respecte leur présence. Mieux, ils sont encouragés à s'exprimer. Pourtant ce régime, que nous estimons si haut dans nos discours, est dévoyé.

La démocratie, devenue social-démocratie, rejette les valeurs du libéralisme, ces valeurs qui reconnaissent à l'homme (tous les hommes) une égale dignité et qui ont permis (ce n'est pas forcément l'essentiel mais pourquoi le mépriser ? Une prospérité matérielle inouïe dans l'histoire.

Égale dignité, parce que chaque homme, capable de jugement aussi bien qu'un autre, est donc susceptible d'être sanctionné - si nous étions irresponsables, tels les débiles et les malades mentaux, nous n'encourrions jamais de sanction. Mais cette responsabilité est lourde à porter. Elle nous interdit d'attendre de l'Etat, c'est-à-dire d'une contrainte sur les autres, une amélioration de notre situation, ni même que cette situation nous reste acquise. Mauvaise nouvelle, pour tous ceux qui ont besoin d'exercer un pouvoir sur leurs semblables pour donner du goût à leur vie. Des fonctionnaires toujours plus nombreux inventent toujours plus de malchanceux, d'inadaptés, de cas sociaux à prendre en charge. C'est une grande menace pesant sur le régime électif que ses propres agents, par intérêt propres, en viennent à déclarer incapables tant de citoyens. Car si tant d'entre nous ne peuvent pas choisir entre deux lessives sans un Ministère de la Consommation, s'il leur faut un Ministère de l'Agriculture pour planter des artichauts plutôt que des tomates, si l'Etat doit toujours intervenir au point qu'ils ne peuvent même pas exercer la responsabilité de mener leur propre vie, à quel titre peut-on encore leur confier la responsabilité de désigner leur Président ?

Prospérité inouïe également, car fondée sur les vertus capitalistes d'épargne et de travail. Elles sont l'aboutissement d'une longue évolution culturelle. Seuls, à les pratiquer, certains peuples se sont enrichis. Pas eu besoin pour eux de transferts de technologies ni d'apports de capitaux : les unes, ils les ont inventées et les autres, accumulés. Et le marasme du Tiers-Monde prouve a contrario que l'économie ne décolle pas si le public ne partage pas ces valeurs du libéralisme : le sens de l'effort, la solidarité, la prévoyance, la responsabilité assumée de ses actes.

Il faut de telles vertus aux démocrates pour que la démocratie survive. Mais ce n'est pas parce que nous en recevons l'ordre que nous sommes vertueux. Il serait intolérable que des hommes imposent à d'autres hommes leur façon de vivre (tout au plus la loi peut-elle proscrire certaines actions, mais pas dicter une conduite). Ainsi l'Etat libéral ne s'érige-t-il pas juge du genre de vie des gens. Il ne tient pas de discours moralisateur, par exemple, sur la dissipation et la nécessité de l'épargne. Mais en nous laissant subir les conséquences de nos choix, il nous rend tous témoins du sort échu aux imprévoyants.

A des hommes responsables, aucun homme ne dicte la morale, c'est la vie qui s'en charge. Elle sanctionne notre conduite. Non pas systématiquement (nous avons toujours une chance de réussir hors des sentiers battus, par hasard, par l'heureuse découverte d'une voie nouvelle empruntable par d'autres et le système lui-même s'en

trouve alors modifié), mais avec suffisamment de probabilité pour que nous en tirions un enseignement, au moins provisoire. A condition de ne pas fausser les règles du jeu. De ne pas obliger les uns à payer les errements des autres. D'accepter de la réalité les leçons qu'elle nous donne.

Et pour que nos conduites soient chacune une leçon, il faut que le résultat soit visible. Si telle de nos entreprises aboutit à l'échec, que cet échec soit manifeste ; si elle rencontre le succès, que nous ne le pénalisions pas. La société identifiera là des exemples à suivre et d'autres à éviter. Alors que si le gouvernement nous fait accroire qu'il n'y a plus d'échecs (en subventionnant les firmes en difficulté), ou que l'échec n'a pas de conséquence, car ceux qui le connaissent ne se portent guère plus mal que ceux qui réussissent (après impôts et transferts "sociaux"), pourquoi se donner tant de peine pour l'éviter ?

Le gouvernement ne doit pas empêcher (par la planification, par exemple) ceux qui le voudraient, d'engager une action qui lui paraît irréalisable (comment être certain qu'elle n'aurait pas été réalisée finalement ?), ou inutile (qui est autorisé à dire ce qui est utile à la société et ce qui ne l'est pas ?). Même ministre, je n'ai pas le droit de prétendre avoir plus de jugement sur ses affaires que n'importe lequel de mes concitoyens. Mais inversement, si ce concitoyen s'est trompé, il ne peut pas exiger de la collectivité qu'elle répare une erreur qu'il était seul à commettre.

Il l'exige pourtant. C'est une tentation bien humaine. Et le ministre l'accepte : ils sont complices. Tels sont les petits services qu'on se rend en démocratie lorsqu'on a la morale pas trop chatouilleuse. "Vote pour moi et je ferai payer par les autres ce dont tu as besoin". Il en sera ainsi tant que le gouvernement aura la faculté d'accorder des lois d'exception et des exceptions à la loi, tant qu'il pourra imposer à certains d'entre nous ce qu'il ne requiert pas de tous les autres. Mais pour renoncer à réclamer de nos députés un privilège légal en notre faveur (ou pour que ces députés refusent par principe de nous l'accorder), il faut de tous les citoyens une vertu, une discipline. La démocratie y voit sa condition. Elle ne peut pas donner son nom aux régimes de coercition et de marchandages où la moitié plus un des habitants (voire une minorité organisée) peut vivre aux dépens de tous les autres.

L'Etat doit appliquer à tous les mêmes règles comme un arbitre incorruptible et objectif. Il dit la loi et renvoie les hommes à leur responsabilité. Bien sûr, la solidarité nous fait une obligation en conscience de soutenir ceux qui ont reçu de la vie les coups les plus durs. Ils ont mal joué leur jeu (ou ont été imprévoyants). Mais ce devoir, pour urgent qu'il soit, est uniquement moral. Il n'est pas applicable en droit. Il ne ressortit pas aux attributions de l'Etat puisque ce serait réclamer une contrainte sur certains citoyens au bénéfice de certains autres. Etrange solidarité, qu'un gendarme vient imposer. C'est lorsqu'aucun fisc ne nous taxe, lorsque nous sommes physiquement libres chacun de partager ou pas, avec notre conscience pour seul juge, que nous pouvons parler de société fraternelle à établir. Mais elle nécessite alors notre engagement. Effort qui nous oblige à sortir de nous-mêmes, à nous tourner vers les autres, alors qu'il est si simple de s'acquitter d'impôts et de se décharger sur des fonctionnaires du devoir moral de solidarité. La participation est une vertu démocratique perdue. Autrefois, les prêtres fustigeaient en chaire ceux qu incommodait le spectacle de la pauvreté et qui envoyaient leur domestique porter des aumônes. Plus que le montant, dans la richesse du lien social, comptait le geste, l'engagement. L'aide sociale remplit assez bien ce rôle aujourd'hui d'éloigner tous ceux dont la déchéance pourrait nous préoccuper, nous réclamer un peu plus que de l'argent, et nous détourner de la recherche, si prioritaire, de notre tranquillité.

La social-démocratie est le régime de l'homme refermé sur lui-même. Parce qu'entre l'Etat et le citoyen, elle a supprimé l'autonomie de toutes les institutions que suscite un régime de liberté : la famille, l'entreprise, l'association, la commune, le syndicat, les partis politiques... Là, nous sommes appelés à agir pour les autres. Mais le prétexte altruiste est précisément ce qui sert â rationaliser le pouvoir social-démocrate et il n'est pas question qu'il en abandonne le monopole. C'est pourquoi plus son discours prône les vertus collectivistes, plus nous sommes incités à la passivité et à l'indifférence aux autres. Le rôle laissé aux associations volontaires financées par leurs membres, est quasi-nul. Clairement, l'ambition de l'école est de prendre en charge, par-dessus les parents, toute l'éducation de l'enfant, celui de la Sécurité Sociale de retirer aux familles toute attention aux plus âgés et aux malades. Le "droit du travail" s'impose à toute volonté des partenaires sociaux ; et les communes, malgré la décentralisation, n'exercent toujours que des responsabilités lilliputiennes. Face aux coups durs de la vie, l'isolement de l'individu doit être complet, afin que toujours il se tourne vers son maître, vers l'Etat et ses appareils, vers les élus, d'où seuls peuvent lui venir l'aide et la protection.

Cela, nous l'avons laissé s'accomplir. Les hommes politiques ont très bien identifié en nous cette tentation de démission, cette absence de vertu. Notre lassitude les a fait rois. En eux, la politique et le sacré se sont confondus. Nous avons passionnément cru à la divine compétence de nos dirigeants, qu'ils nous sauveraient de tous nos maux sans effort de notre part, qu'ils feraient advenir une société meilleure sans que nous ayons besoin nous mêmes de chercher le Bien. Aristote déjà expliquait inlassablement que nous ne pouvions pas espérer remettre notre sort à des professionnels de la politique, mandatés pour guider la société vers un avenir radieux, car aucun homme n'accumulera assez de sagesse pour connaître le bien de la société mieux que ses membres. Nous n'avons donc pas d'autre choix que de prendre en mains démocratiquement notre destin, et renonçant à réformer l'humanité qui n'en demande sans doute pas tant, nous attacher à faire mieux vivre notre entourage.

Christian Michel 



Démocratie totalitaire

La démocratie totalitaire est un type de démocratie par laquelle un pouvoir instaure une société totalitaire.

Ce type de démocratie peut résulter des conceptions absolutistes de Hobbes autant que de Rousseau, mises en œuvre au XXe siècle par les idéologies collectivistes (communisme, nazisme) et à un certain degré par la social-démocratie.

Définition et origine de la démocratie totalitaire

Le terme de démocratie totalitaire est utilisé pour la première fois par Bertrand de Jouvenel : c'est le titre du chapitre XIV de son livre Du Pouvoir (1945). Il rappelle que « le pouvoir est commandement, et tous ne peuvent commander. La souveraineté du peuple n'est donc qu'une fiction et c'est une fiction qui ne peut être à la longue que destructrice des libertés individuelles. »

Jouvenel indique que « la compétition des partis machinisés aboutit à la dictature d'un parti, c'est-à-dire d'une équipe », succédant à une équipe précédente qui, par sa propre vision totalitaire de la démocratie, laisse à celle qui lui succède un État très étendu. La dictature est bien pire que dans les monarchies d'autrefois, car le pouvoir « démocratique » y est bien plus absolu :

«  Un homme, une équipe, disposent de ressources immenses accumulées dans l'arsenal du pouvoir. Qui les entassa successivement, sinon ces autres qui ne trouvaient jamais l’État assez développé lorsqu'ils en étaient les occupants ? Il n'existe dans la société aucune contre-force capable d'arrêter le pouvoir. Qui donc les a détruits, ces corps puissants sur lesquels les monarques de jadis n'osaient point porter la main ? »
    — Bertrand de Jouvenel, Du Pouvoir, XIV

L'historien Jacob Talmon (Les origines de la démocratie totalitaire, 1952) utilise également le terme de démocratie totalitaire (on lui en attribue parfois la paternité, par erreur). Il en voit les prémices dans la conception rousseauiste de la démocratie, puis les développements dans la Révolution française, le jacobinisme et la Terreur. La nature de la « volonté générale » rousseauiste aboutit à un assujettissement très étendu de la volonté de chacun. Selon Talmon, la démocratie totalitaire considère que la liberté ne peut être réalisée qu'à long terme, et seulement par un effort collectif, alors que pour le libéralisme la liberté est individuelle et immédiatement possible.

On rencontre parfois le mot-valise « démocrature » (Gérard Mermet, Démocrature : comment les médias transforment la démocratie, Aubier, 1987) pour désigner une dictature camouflée sous l’apparence de la démocratie.

Exemples historiques

L'histoire du XXe siècle fournit plusieurs exemples de démocraties totalitaires :

  • le nazisme a occupé le pouvoir à partir de 1933 en Allemagne en respectant strictement le processus démocratique (voir aussi : Erreur fréquente : le nazisme est antidémocratique).
  • le Régime de Vichy a été instauré après le vote du 10 juillet 1940 qui attribue les pleins pouvoirs constituants au maréchal Philippe Pétain, président du Conseil.
  • les démocraties populaires exerçaient un pouvoir totalitaire tout en s'affirmant démocratiques, car la prise du pouvoir par la révolution violente était censée être l’œuvre du prolétariat, majorité de la population ; pour Marx, l’exercice du pouvoir politique par la classe ouvrière dans son ensemble (le prolétariat) ; la majorité dans la société capitaliste est le signe d'une « démocratie politique complète »; pour Lénine, la dictature du prolétariat est « démocratie pour l'immense majorité du peuple et répression par la force, c'est-à-dire exclusion de la démocratie pour les exploiteurs, les oppresseurs du peuple » (L'État et la Révolution) ; le léninisme considère que les soviets représentent la volonté démocratique de la classe ouvrière et incarnent la dictature du prolétariat ; ainsi, il n'y a rien d'étonnant à ce que les différentes Constitutions soviétiques ne contiennent aucune disposition garantissant les droits inaliénables du citoyen, puisque le prolétaire est censé avoir été libéré par la révolution.
  • en France, la sécurité sociale a été instaurée de façon autoritaire en octobre 1945 sous l’influence du Parti communiste et des syndicats, pour remplacer les assurances sociales privées qui existaient auparavant et avaient été confisquées par le Maréchal Pétain pour créer la retraite par répartition[1]. Étendue progressivement à presque toute la population, la Sécurité sociale n’a jamais été confirmée par le suffrage universel[2]. Avec ironie, on pourrait donc la taxer d'être encore moins démocratique que le nazisme !
  • pour les libertariens, les États-Unis sont emportés, depuis les débuts du XXe siècle, dans une dérive interventionniste et belliciste qui en fait une démocratie totalitaire bien éloignée du modèle des Pères fondateurs. Il en est de même pour la plupart des démocraties occidentales, où, sur fond de bonnes intentions, le pouvoir met en œuvre selon eux un « fascisme contemporain », éloigné de l'État minimal originel.

Démocratie et totalitarisme, démocratie totalitaire et libéralisme

Nuvola apps colors.png Articles principaux : Libéralisme et démocratie.

Le fait qu'il y ait des élections dans une démocratie ne change rien à la nature liberticide que peut avoir le pouvoir. Les libéraux considèrent généralement que presque toutes les démocraties actuelles sont de nature totalitaire ; elles restent « démocratiques » en raison du droit de vote qui existe toujours, mais le pouvoir s'attaque continuellement aux libertés et à la propriété :

Friedrich Hayek rappelle à ce propos la prééminence libérale du droit sur le pouvoir (et donc sur la démocratie) :

«  Il semble que partout où les institutions démocratiques ont cessé d'être contenues par la tradition de suprématie du droit, elles aient conduit non seulement à la démocratie totalitaire mais, au bout d'un temps, à une dictature plébiscitaire. Cela devrait nous faire assurément comprendre que ce qui est précieux à posséder n'est pas un certain assemblage d'institutions certes faciles à imiter, mais quelques traditions moins tangibles ; et que la dégénérescence de ces institutions peut même être inévitable, partout où la logique intrinsèque de la machinerie n'est pas bloquée à temps par la prépondérance des conceptions que l'on se fait en général de la justice. Ne peut-on penser qu'en vérité, comme il a été bien dit, croire en la démocratie implique que l'on croie d'abord à des choses plus hautes que la démocratie. »
    — Friedrich Hayek, Droit, législation et liberté

Alexis de Tocqueville parlait déjà de despotisme démocratique, une forme particulière de la tyrannie :

«  Plus de hiérarchie dans la société, plus de classes marquées, plus de rangs fixes ; un peuple composé d'individus presque semblables et entièrement égaux, cette masse confuse reconnue pour le seul souverain légitime, mais soigneusement privée de toutes les facultés qui pourraient lui permettre de diriger et même de surveiller elle-même son gouvernement. Au-dessus d'elle, un mandataire unique, chargé de tout faire en son nom sans la consulter. Pour contrôler celui-ci, une raison publique sans organes ; pour l'arrêter, des révolutions et non des lois : en droit, un agent subordonné ; en fait, un maître. »
    — Alexis de Tocqueville, L'ancien Régime et la Révolution

De même, Benjamin Constant rappelle le principe libéral de pouvoir limité :

«  L'erreur de ceux qui, de bonne foi dans leur amour de la liberté, ont accordé à la souveraineté du peuple un pouvoir sans bornes, vient de la manière dont se sont formées leurs idées en politique. Ils ont vu dans l'histoire un petit nombre d'hommes, ou même un seul, en possession d'un pouvoir immense, qui faisait beaucoup de mal ; mais leur courroux s'est dirigé contre les possesseurs du pouvoir, et non contre le pouvoir même. Au lieu de le détruire, ils n'ont songé qu'à le déplacer. »
    — Benjamin Constant, Cours de politique constitutionnelle

L'exemple des démocraties totalitaires montre que la démocratie ne peut être une fin en soi :

«  À présenter la démocratie comme le rivage à atteindre, plutôt que la liberté elle-même, nos sociétés risquent de perdre l'une et l'autre. Par suffrage universel et élections sans trucages, les bien-pensants sous-entendent un régime plus ou moins libéral, certes, mais à ne pas le revendiquer ouvertement, ils abandonnent le champ aux adversaires de la liberté, aux intégristes religieux, aux nostalgiques de la manière forte et des milices musclées, qu'une foucade de l'électorat peut mener demain au pouvoir. Comment ces démocrates honteux de leur libéralisme pourraient-ils alors protester ? »
    — Christian Michel, La Démocratie ne Protège pas la Liberté, Libres ! 100 idées, 100 auteurs

Citations

  • «  Un sophisme fondamental de notre époque est que la démocratie serait le sésame universel vers la paix, la liberté et la prospérité. […] Mais la démocratie en elle-même ne définit ni ne garantit une société libre. »
        — Richard Ebeling

  • «  La France est bel et bien devenue ce qu'il convient d'appeler une démocratie totalitaire, c'est-à-dire un pays où l'on peut encore voter, mais où n'existe plus aucune liberté. »
        — Claude Reichman

  • «  Il convient de n'accepter la règle de la majorité comme principe fondateur d'un État démocratique que dans la mesure où elle est assortie d'un strict respect des droits naturels de l'Homme, auxquels elle n'est pas autorisée à porter atteinte.  »
        — Claude Reichman

  • «  Les gens oublient souvent que les nazis étaient des socialistes. En Union soviétique c’étaient des internationaux-socialistes, en Allemagne c’étaient des nationaux-socialistes. Ce sont deux branches du socialisme. C’est la même chose, avec seulement une légère différence d’interprétation. »
        — Vladimir Boukovski

  • «  La simple observation montre effectivement qu'il n'y a pas de relation automatique entre démocratie et liberté. Ainsi, la démocratie peut être tyrannique et une monarchie constitutionnelle peut respecter la liberté individuelle, ce qui signifie bien qu'il n'est pas suffisant de se préoccuper de la forme du gouvernement pour obtenir une organisation souhaitable de la société. »
        — Pascal Salin, Libéralisme (2000)

  • «  Qu'il se pare des vertus démocratiques ou qu'il apparaisse dans sa force brute, l’État poursuit inexorablement sa croissance, il devient nécessairement, logiquement, totalitaire. Il est bien, en ce sens, le Léviathan qui dévore les êtres ; et il y arrive même avec leur assentiment. »
        — Pascal Salin, préface à L’État, la logique du pouvoir politique d'Anthony de Jasay

  • «  Ce n'est pas parce que vous êtes nombreux à avoir tort que vous avez raison.  »
        — Bernard Werber

  • «  Les signes ne manquent pas, toutefois, que la démocratie illimitée court à sa chute et qu’elle s’effondrera, non à grand bruit mais à bout de souffle... Tôt ou tard, les gens découvriront que non seulement ils sont à la merci de nouvelles castes privilégiées mais que la machinerie para gouvernementale, excroissance nécessaire de l’État tutélaire, est en train de créer une impasse en empêchant la société d’effectuer les adaptations qui, dans un monde mouvant, sont indispensables pour maintenir le niveau de vie atteint, sans parler d’en atteindre un plus élevé. »
        — Friedrich Hayek

  • «  J'apprends que le gouvernement estime que le peuple a « trahi la confiance du régime » et « devra travailler dur pour regagner la confiance des autorités ». Dans ce cas, ne serait-il pas plus simple pour le gouvernement de dissoudre le peuple et d'en élire un autre ? »
        — Bertolt Brecht, La Solution

  • «  La dictature parfaite aurait les apparences de la démocratie, une prison sans murs dont les prisonniers ne songeraient pas à s'évader. Un système d'esclavage où grâce à la consommation et au divertissement les esclaves auraient l'amour de leur servitude. »
        — Aldous Huxley

  • «  La démocratie n'est qu'un processus, si on l'érige en une fin en soi elle devient un instrument redoutable de tyrannie des masses et de collectivisme populiste. »
        — Murray Rothbard, Conservatism and Freedom: A Libertarian Comment[3]

  • «  Par définition, la démocratie ne se reconnaît pas de limite. »
        — Vladimir Volkoff, Pourquoi je suis moyennement démocrate

  • «  Quand on ne connaissait pas le socialisme, on disait toujours que la démocratie tendait naturellement au despotisme. Cela a paru changer et il a semblé qu'elle tendait au socialisme. Rien n'a changé : car en tendant au socialisme, c'est au despotisme qu'elle tend. Elle n'en a pas conscience ; car, consciemment, elle ne tend qu'à l'égalité ; mais de l'état égalitaire c'est toujours le despotisme qui sort. »
        — Émile Faguet, Le culte de l'incompétence et l'horreur des responsabilités, 1910

  • «  Les nombreuses variétés de socialisme, de syndicalisme, de radicalisme, de solidarisme, de tolstoïsme, de pacifisme, d’humanitarisme, etc., forment un ensemble que l'on peut rattacher à la religion démocratique, et qui est semblable à celui des innombrables sectes qui apparurent à l'origine de la religion chrétienne. Nous voyons maintenant croître et dominer la religion démocratique, de même que les hommes des premiers siècles de notre ère virent commencer et croître la domination de la religion chrétienne. »
        — Vilfredo Pareto, Traité de sociologie

  • «  La démocratie excite les convoitises, l'avidité, l'envie, la rage de posséder, de jouir, tout ce que Céline appelle « la prétention au bonheur ». Si les libertés individuelles peuvent paraître à bon droit souhaitables, c'est pour les artisans, les créateurs, les petits commerçants, les artistes, bref pour les gens qui aiment ce qu'ils font, et sont capables, en conséquence, de s'imposer une discipline. Les autres citoyens sont condamnés à devenir, de jour en jour, plus resquilleurs, plus revendicateurs, plus mécontents, moins gouvernables ; ils sont conduits à exiger de plus en plus de l’État et d'autrui, de moins en moins d'eux-mêmes, ce qui amène fatalement le déséquilibre économique, la faillite collective, le désarroi dans les consciences, et finalement la dictature. »
        — Pierre Gripari, L’Évangile du Rien

  • «  Son action [celle de l’État "social"] sur la société, et en réalité contre elle, même s’il n’est pas toujours facile de le percevoir, le distingue matériellement des États totalitaires en ce qu’il ne fait appel qu’en dernier recours à la violence physique. Ses moyens habituels sont autres : la propagande, l’éducation et la culture en général, les impôts prétendument redistributifs (qui augmentent le pouvoir des partis et leur capacité à contrôler le peuple par la bureaucratie) et la séduction des masses au moyen de l’offre et de la continuelle concession de droits pour plaire à tous. »
        — Dalmacio Negro Pavón, La loi de fer de l’oligarchie

  • «  La démocratie est nécessairement un despotisme, puisqu'elle établit un pouvoir exécutif où tous peuvent décider contre un seul dont l'avis est différent ; la volonté de tous n'y est donc pas exactement celle de tous, ce qui est contradictoire et opposé à la liberté. »
        — Emmanuel Kant, Vers la paix perpétuelle

Informations complémentaires

Notes et références


  • Retraites : le système par répartition, c'est à la faute à Pétain, Le Monde, 2 janvier 2020

  • La sécurité sociale française n’est donc en rien un acquis social, et elle n’a jamais été plébiscitée par quiconque. Des spécialistes comme Georges Lane parlent en ce qui la concerne de coup d’État, car les ordonnances de 1945 relèvent du non-droit (en mai 1946, la proposition de Constitution de la IVe République est rejetée par référendum ; il y a un trou constitutionnel sur la période 1945 - 1946).

  • Bibliograhie

    • 1961, J. L. Talmon, "The Origins of Totalitarian Democracy", London: Mercury

    Voir aussi

    Liens externes



    Démocratie

    La démocratie, « gouvernement du peuple par le peuple et pour le peuple » (Abraham Lincoln), peut être définie comme un mode d'organisation politique par lequel la souveraineté réside dans l'ensemble des citoyens (sans distinction de naissance, de fortune ou de capacité), qui expriment leur volonté par le vote, selon le principe « un homme ou une femme, une voix ».

    On peut distinguer différents types de démocratie : démocratie directe (pas de représentants), démocratie représentative (une oligarchie élue a le pouvoir) et démocratie participative (système mixte). Tous les partis et idéologues se réfèrent à la démocratie athénienne, participative, mais en fait toutes les démocraties actuelles sont représentatives (sauf la Suisse, qui est participative).

    Il est important de souligner que la démocratie ne correspond pas nécessairement à un régime libéral, ni même à un régime de liberté. Ce n'est qu'un mode de décision politique, « le pire des régimes — à l'exception de tous les autres déjà essayés dans le passé », selon Winston Churchill.

    Position libérale

    Le libéralisme entretient des positions complexes avec la démocratie et s'il la rejoint sur de nombreux points, il s'en éloigne aussi sur d'autres quand la logique démocratique est utilisée de façon dogmatique. Les libéraux prônent le recours à la démocratie sous la forme de la démocratie libérale, un système politique dont la légitimité est fondée sur la défense des libertés individuelles, moteur du dynamisme qui garantit la plus grande adéquation possible entre les besoins des sociétés humaines et les réponses apportées à ces besoins. Dans une démocratie libérale, l'État donc conserve la haute main sur ses fonctions régaliennes (police, justice, armée). Cette vision des sociétés s'est d'abord développée en Europe et en Amérique du Nord, avant de connaître un essor nouveau à la faveur de la lutte contre les modèles communistes.

    Suscité chez Hegel[1] ou Kant lors de la révolution française, l'idée d'un totalitarisme au sein de la démocratie et par la démocratie entraîne des attitudes différentes et opposées chez les libéraux européens du XIXe siècle. La première est de refuser la démocratie et la souveraineté. La seconde est une conception modérée d'une démocratie gouvernée qui ne se confond pas avec l'omnipotence du nombre[2]. La critique libérale de la démocratie trouve des expressions théoriques différentes chez Benjamin Constant, Tocqueville et Friedrich Hayek.

    Benjamin Constant a été donc l'un des premiers à s'opposer à une démocratie qui donnerait tout pouvoir au peuple ou à sa représentation, au détriment des individus et de leurs droits. Il redoutait que l'idée de souveraineté absolue, qu'elle soit exercée par un monarque ou par le peuple, ne soit un fléau pour la société de par la quantité de pouvoir qu'elle produit : « elle fait au peuple en masse l'holocauste du peuple en détail », car même exercé au nom du peuple, le pouvoir est toujours entre les mains de quelques-uns. Il ajouta également dans ses Principes de politique (1806) : « l'erreur de ceux qui, de bonne foi dans leur amour de la liberté, ont accordé à la souveraineté du peuple un pouvoir sans bornes, vient de la manière dont se sont formées leurs idées en politique. Ils ont vu dans l'histoire un petit nombre d'hommes, ou même un seul, en possession d'un pouvoir immense, qui faisait beaucoup de mal ; mais leur courroux s'est dirigé contre les possesseurs du pouvoir, et non contre le pouvoir même. Au lieu de le détruire, ils n'ont songé qu'à le déplacer ». Constant défend une démocratie censitaire : le droit de vote est lié à la propriété terrienne. Pratiquement, il faut posséder des ressources financières suffisantes, un minimum de terrain, et par conséquent un signe d'attachement de relativement long terme au territoire pour justifier la participation au corps politique.

    Alexis de Tocqueville développa ses critiques dans De la démocratie en Amérique (1835), œuvre dans laquelle il exprime la crainte de voir se développer une dictature de la majorité, qui mette en cause les droits individuels. C'est entre autres pour cela qu'il défend une démocratie censitaire, estimant qu'un minimum de propriété est nécessaire pour pouvoir prendre part aux débats démocratiques. Et Tocqueville d'écrire : « je regarde comme impie et détestable cette maxime, qu'en matière de gouvernement la majorité d'un peuple a le droit de tout faire, et pourtant je place dans les volontés de la majorité l'origine de tous les pouvoirs [...]. Lors donc que je vois accorder le droit et la faculté de tout faire à une puissance quelconque, qu'on appelle peuple ou roi, démocratie ou aristocratie, qu'on l'exerce dans une monarchie ou dans une république, je dis : là est le germe de la tyrannie, et je cherche à aller vivre sous d'autres lois. Ce que je reproche le plus au gouvernement démocratique, tel qu'on l'a organisé aux États-Unis, ce n'est pas, comme beaucoup de gens le prétendent en Europe, sa faiblesse, mais au contraire sa force irrésistible. » L'arrivée au pouvoir d'Hitler de façon démocratique en 1933 devait confirmer a posteriori ses craintes.

    Friedrich Hayek poursuivit ces critiques dans La Constitution de la liberté. Dans le chapitre neuf, « La règle majoritaire », il s'attache à montrer ce qui relie le libéralisme et la démocratie, tout en soulignant les dangers d'une démocratie qui écraserait les individus. La démocratie n'est qu'un moyen et non une fin en soi pour Hayek. Il écrit ainsi : « Les traditions démocratique et libérale sont cependant d'accord pour dire que, chaque fois que l'action de l'État est requise, et particulièrement si des règles coercitives sont à établir, la décision doit être prise à la majorité. Elles divergent néanmoins sur le champ ouvert à l'action politique censée guidée par la décision démocratique. Alors que le démocrate dogmatique considère qu'il est souhaitable que le plus grand nombre possible de problèmes soient résolus par un vote majoritaire, le libéral estime qu'il y a des limites précises au domaine des questions à résoudre ainsi ».

    Il souligne en particulier que la démocratie ne répond pas à la question de savoir quelles sont les limites à l'intervention de l'État, elle répond à la question « qui gouverne ? », ce qui offre un spectre assez large de types de pouvoir respectant plus ou moins les droits individuels, depuis la démocratie libérale jusqu'à la démocratie totalitaire, qui supprime démocratiquement les libertés :

    En fait ce n'est qu'à un stade relativement tardif de l'histoire de la démocratie moderne, que de grands démagogues ont commencé à soutenir que, puisque le pouvoir était désormais aux mains du peuple, il n'était plus besoin de limiter l'étendue de ce pouvoir. C'est lorsqu'on prétend que dans une démocratie, est juste ce que la majorité rend légal que la démocratie dégénère en démagogie.

    Pour dépasser ces limites, il propose dans Droit, législation et liberté un nouveau système qu'il appelle démarchie et qui s'apparente au régime de démocratie libérale, système politique qui caractérise les démocraties qui fondent leur légitimité sur la défense des libertés individuelles.

    L'impasse démocratique résulte de ce que ce régime n'a pas vaincu l'absolutisme, mais l'a seulement transféré en d'autres mains. À la suite de Jean-Jacques Rousseau, la souveraineté populaire s'est substituée à celle du monarque. Ainsi que le remarque Philippe Nemo :

    « C'est l'erreur de tous les « socialismes démocratiques », qui consiste à croire que, dès lors que chacun participe au pouvoir, il importe peu que le pouvoir lui-même soit illimité et puisse contrôler tous les aspects de la vie sociale. »

    Position libertarienne

    Les libertariens contestent la démocratie et le principe représentatif. La démocratie est un système de domination politique qui effectue une distinction entre les gouvernants et les gouvernés, et entre les droits juridiques des dirigeants et ceux des gouvernés. La représentation est un mythe au nom duquel les élus usurpent massivement le pouvoir de décision de la population. En effet, comme l'explique Murray Rothbard :

    Le véritable représentant d'un individu doit toujours respecter les ordres de celui-ci, ne peut agir contre ses intérêts ou ses vœux, et peut être écarté à tout moment. Il est clair que le représentant, au sens que ce terme a dans une démocratie, ne peut jamais accomplir de telles fonctions d'agent, qui sont au contraire les seules en harmonie avec une société libertarienne.

    Dans une société libertarienne anarcho-capitaliste, où n'existe que la propriété privée, ni la démocratie représentative ni la démocratie directe n'ont de sens : les individus (ou leurs agents mandatés) défendent eux-mêmes leurs propres intérêts, par la négociation pacifique ou par voie de justice en cas de contestation. Les uns ne se prévalent pas d'un intérêt général fictif pour tenter d'imposer aux autres leur propre point de vue dans des domaines qui ne les concernent pas, en usant de la loi du plus fort. Dans une société libertarienne minarchiste à État minimal, la démocratie se limite en théorie au choix de représentants qui ont un pouvoir très limité.

    Pour les libertariens, lorsqu'une majorité décide pour tous, le droit de propriété naturelle de chacun sur sa propre personne et sur ses biens est bafoué. La démocratie sous sa forme actuelle n'est que l'institutionnalisation de la propriété collective, et de la dictature de la majorité, sous la forme étatique et nationale, succédant à la forme monarchique :

    La nuit du 4 août fut la nuit de mort des privilèges (les villes, les communes, les magistratures étaient privilégiées, dotées de privilèges et de droits seigneuriaux), et lorsqu'elle prit fin se leva l'aube du Droit, des droits de l'État, des droits de la Nation. Le despotisme n'avait été dans la main des rois qu'une règle complaisante et lâche, auprès de ce qu'en fit la « Nation souveraine ». Cette monarchie nouvelle se révéla cent fois plus sévère, plus rigoureuse et plus conséquente que l'ancienne ; devant elle, plus de droits, plus de privilèges ; combien, en comparaison, paraît tempérée la royauté absolue de l'Ancien Régime ! La Révolution, en réalité, substitua à la monarchie tempérée la véritable monarchie absolue. Désormais, tout droit que ne concède pas le Monarque État est une « usurpation », tout privilège qu'il accorde devient un « droit ». (Max Stirner, L’unique et sa propriété, 1845)

    De plus, la démocratie contribue à dissocier action et responsabilité des individus, en considérant que toute décision est tributaire de la loi majoritaire. C'est pourquoi certains auteurs s'en méfiaient grandement, dès le XVIIIe siècle :

    « Quand le poids de l'infamie est divisé entre beaucoup de gens, nul d'entre eux n'est écrasé par son propre fardeau. » (John Trenchard et Thomas Gordon, Cato's Letters, lettre du 13 janvier 1721)
    « Lorsque les citoyens réaliseront qu’ils peuvent voter pour obtenir plus d’argent, l’abolition de la République aura sonné. La Constitution finira par échouer, comme toute autre chose, et c’est la corruption générale qui la mènera à sa perte. » (Benjamin Franklin)

    Nozick considère que la démocratie n'est qu'une forme de l'esclavage, les citoyens étant esclaves de la majorité, de la collectivité, de l'État démocratique souverain.

    Pour Murray Rothbard, l'État est le principal agresseur des droits de l'Homme. Les exemples les plus dramatiques de cette agression sont :

    • la guerre, une forme d’homicide de masse qui lèse le droit à la vie.
    • la conscription, une forme d'esclavage qui lèse le droit à la libre disposition de son corps.
    • la taxation, une forme de vol qui viole le droit de propriété privée et de disposition des fruits de son travail et de ce qui s'est acquis à travers le libre consentement des autres.

    Le fait que les États dans lesquels nous vivons en Occident soient des démocraties ne change pas les choses : « la majorité n'est pas la société, elle n’est pas non plus chacun d’entre nous. La coercition de la majorité sur la minorité est toujours coercition ».

    Rothbard critique à la fois la théorie classique, selon laquelle la démocratie est la volonté du peuple, et la théorie moderne, selon laquelle la démocratie repose sur le libre choix de nos gouvernants. Il conteste l'identification que l'on opère souvent, dans la démocratie contemporaine, entre l’État et la société :

    Avec ce raisonnement, les Juifs assassinés par les nazis ne l'ont pas été : ils se sont plutôt « suicidés » puisqu'ils étaient eux-mêmes le gouvernement (choisi démocratiquement), et donc tout ce qu'ils subissaient du gouvernement était volontaire de leur part. On pourrait penser qu'il est inutile d'insister sur ce point, pourtant presque tout le monde soutient cette contrevérité à un plus ou moins grand degré.
    Par conséquent nous devons insister sur le fait que "nous" ne sommes pas le gouvernement et que le gouvernement n'est pas "nous". Le gouvernement ne "représente" en aucune façon la majorité du peuple. Mais même si c'était le cas, même si 70 % du peuple décidait d'assassiner les 30 autres %, cela resterait un meurtre et non un suicide volontaire de la part de la minorité assassinée. (The Anatomy of the State)

    Hans-Hermann Hoppe, dans son livre Democracy: The God That Failed (voir aussi [1]), dénonce trois mythes historiques entretenus autour du Léviathan démocratique :

    • l'émergence des États aurait entraîné un progrès économique et civilisationnel ; la réalité est que le monopole étatique de la justice et de la taxation produit oppression et exploitation ;
    • le passage de la monarchie à la démocratie est vu comme un progrès ; en réalité, ce n'est qu'un transfert du monopole du pouvoir au bénéfice de ceux qui se montreront les plus démagogues et favoriseront la spoliation, faisant de plus montre d'une vision à très court terme (le temps de leur mandat)
    • il n'y aurait pas d'alternative aux États-providences occidentaux actuels ; en réalité, de tels États ne sont pas économiquement stables, ils menacent de s'effondrer sous le poids du parasitisme illimité, tout comme l'URSS s'est effondrée.

    Hoppe explique que la démocratie n'a aucune légitimité ni fondement moral, elle pousse chacun à vivre aux dépens des autres et accroît indéfiniment les pouvoirs de l’État :

    Un-homme-une-voix, plus la liberté d’entrer dans l’appareil d’État, c’est-à-dire la démocratie, implique que toute personne et sa propriété personnelle est mise à la portée de toutes les autres, et ouverte à leur pillage. En ouvrant en apparence les couloirs du pouvoir politique à tout le monde, la démocratie fait du pouvoir politique une res nullius, où personne ne souhaite plus qu’il soit restreint parce qu’il espère que lui-même, ou ceux qui lui sont favorables, auront un jour une chance de l’exercer. (Hans-Hermann Hoppe[3])

    Démocratie totalitaire

    Nuvola apps colors.png Article principal : Démocratie totalitaire.

    La démocratie totalitaire est un type de démocratie par laquelle un pouvoir instaure une société totalitaire. La démocratie n'est donc pas le contraire de l'absolutisme. Les totalitaires marxistes ont d'ailleurs souvent insisté sur le fait que leur régime réalisait une vraie démocratie (démocratie populaire), puisqu'il représentait une majorité (le peuple) contre la minorité bourgeoise.

    L'illusion démocratique

    On associe très souvent démocratie et liberté ou égalité. Or il s'agit là d'une illusion :

    «  Il y a un amalgame conceptuel entre démocratie et liberté qui ne peut être qualifié que de scandaleux, en particulier venant des libéraux autoproclamés. Le fondement et la pierre angulaire de la liberté est l’institution de la propriété privée ; et la propriété privée (exclusive) est logiquement incompatible avec la démocratie (règne de la majorité). La démocratie n’a rien à voir avec la liberté. La démocratie est une variante molle du communisme, et rarement dans l’histoire des idées a-t-elle été prise pour autre chose. »
        — Hans-Hermann Hoppe

    Dans les faits, la prétention de la démocratie à installer un pouvoir qui représente la volonté de tous est battue en brèche par plusieurs paradoxes et théorèmes :

    • paradoxe de Condorcet : intransitivité de la majorité. Si une majorité d'électeurs préfère A à B, et B à C, il est faux de conclure qu'une majorité préfère A à C (exemple : selon les sondages pour la présidentielle française de 2007, chacun des deux candidats en tête au premier tour aurait été battu au second tour par le troisième candidat).
    • paradoxe de Borda : le mode de scrutin influence les résultats : par exemple, les résultats sont différents s'il y a un seul tour de scrutin ou s'il y en a deux.
    • illégitimité de la démocratie : le suffrage universel et le vote majoritaire sont en toute rigueur illégitimes car de tels modes d'élection, pour être légitimes, devraient reposer sur le consentement de tous, et donc sur une unanimité, ce qui n'est pas le cas[4].
    • théorème d'Arrow : on ne peut définir une préférence collective en agrégeant des préférences individuelles[5], ce qui invalide toute idée de volonté générale ou de bien commun.
    • théorème de l'électeur médian : le programme des élus ne correspond pas en fait aux vœux de la majorité des électeurs, mais à une médiocrité médiane qui ne satisfait personne (les électeurs ne votent pas en faveur d'un programme donné, mais pour le moins pire des programmes, pour empêcher qu'un programme pire encore soit choisi)
    • paradoxe de la dette publique : la démocratie permet d'endetter les générations futures sans avoir à les consulter démocratiquement.
    • paradoxe élitiste : un peuple réputé ignorant/immoral/incapable est cependant capable de désigner une élite qui le représentera (ou qui le trompera) : « ils se consolent d'être en tutelle, en songeant qu'ils ont choisi eux-mêmes leurs tuteurs » (Alexis de Tocqueville, De la démocratie en Amérique).
    • selon la loi d'airain de l'oligarchie, toute organisation politique aboutit à une division entre une minorité dirigeante et une majorité dirigée ; la démocratie est donc une illusion, la réalité du pouvoir appartenant à une oligarchie.
    • illusion de l'équilibre : l’opposition des intérêts particuliers serait résolue par la démocratie qui trouverait un juste milieu convenant à la majorité des citoyens ; la réalité est que ce sont toujours de petits intérêts concentrés (lobbyistes, connivards...) qui prévalent et imposent leurs privilèges face à une majorité non organisée, d'où un capitalisme de connivence
    • une démocratie peut aisément dériver vers la démocratie totalitaire, qui supprime les libertés de tous avec l'accord d'une majorité.

    On peut en conclure que la démocratie est une variante de la loi du plus fort : ce n'est pas le plus fort physiquement (comme en dictature), mais le plus fort numériquement qui impose sa volonté. De plus, cette volonté n'est même pas cohérente avec elle-même, puisque ce n'est qu'une agrégation de volontés individuelles différentes (c'est pourquoi l'écrivain argentin Jorge Luis Borges définissait la démocratie comme une erreur statistique). C'est donc bien à tort qu'on associe démocratie (loi du plus fort, violence symbolique émanant d'une majorité) et liberté (respect des droits de chacun) :

    «  La simple observation montre bien qu'il n'y a pas de relation « automatique » entre démocratie et liberté. Ainsi, la démocratie peut être tyrannique et une monarchie constitutionnelle peut respecter la liberté individuelle, ce qui signifie bien qu'il n'est pas suffisant de se préoccuper de la forme du gouvernement pour obtenir une organisation souhaitable de la société. [...] Ainsi, la démocratie ne se confond pas avec la liberté. Elle doit être elle-même jugée en fonction de sa capacité éventuelle à empêcher le totalitarisme et à assurer la liberté individuelle. »
        — Pascal Salin, Démocratie et liberté, Commentaire, 1986

    «  Conçue comme liberté collective et règne de la majorité, la démocratie, qui institutionnalise la propriété collective, n’est qu’une forme de l’esclavage. »
        — Pierre Lemieux

    «  Une élection est un champ de bataille où le vote se substitue à la balle de fusil. »
        — Bertrand Lemennicier

    «  La débâcle actuelle est elle aussi le produit des idées. Elle est le résultat d’une acceptation massive, par l’opinion publique, de l’idée de la démocratie. Aussi longtemps que cette adhésion est dominante, la catastrophe est inévitable ; et il n’y aura pas d’espoir d’amélioration même après qu’elle sera arrivée. En revanche, si on reconnaît que l’idée démocratique est fausse et perverse — et les idées, en principe, on peut en changer instantanément — la catastrophe peut être évitée. »
        — Hans-Hermann Hoppe

    Le seul avantage de la démocratie est qu'elle élimine la violence physique due au seul fait du Prince, et permet d'aboutir à des décisions politiques mieux acceptées (contrairement à la dictature), même si elles peuvent être absurdes ou liberticides.

    Voir aussi : Dépasser la démocratie.

    Informations complémentaires

    Bibliographie

    • 1879, Thomas Erskine May, "Democracy in Europe", New York: Widdleton
    • 1975, J. Lively, "Democracy", Oxford, Blackwell
    • 1978, J. R. Pennock, "Liberal Democracy", Westport, CT, Greenwood Press
    • 1987, C. Savton, "The Theory of Democracy Revisited", New Jersey, Chatham House

    Notes et références


  • Hegel, Philosophie de l'esprit [Encyclopédie III], trad. Augusto Véra, Ladrange, 1867-1869.

  • Georges Burdeau, Traité de Science politique, tome I : le Pouvoir politique.

  • in A bas la démocratie, anciennement disponible sur le site Liberalia

  • « Une loi qui détermine que c'est la majorité qui décide en dernière instance du bien de tous ne peut pas être édifiée sur une base acquise précisément par cette loi ; il faut nécessairement une base plus large et cette base c'est l'unanimité de tous les suffrages. Le suffrage universel ne peut pas être seulement l'expression de la volonté d'une majorité : il faut que le pays tout entier le désire. C'est pourquoi la contradiction d'une petite minorité suffit déjà à le rendre impraticable : et la non-participation à un vote est précisément une de ces contradictions qui renverse tout le système électoral.» (Friedrich Nietzsche, "Humain, trop humain", III, Le voyageur et son ombre, §276  : Le droit de suffrage universel)

  • Voir aussi

    Liens externes

    https://www.wikiberal.org/wiki/D%C3%A9mocratie

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