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mai 31, 2026

Présidentielle 2027 (Juin 2026)

Sommaire:

A) - Présidentielle 2027 : La crise de l’incarnation politique française

B) - LFI et PS le boulevard

C) - De quoi LA FOIRE À LA CANDIDATURE est-elle le nom ?

D) - Interview d'André Bellon par Max-Erwan Gastineau - « Ce n’est plus seulement la démocratie qui est en cause, c’est l’existence même du peuple en tant qu’être politique »

 

 


 

A) - Présidentielle 2027 : La crise de l’incarnation politique française

Une multiplication des ambitions qui révèle la crise de l’incarnation politique sous la Ve République

À un an de l’élection présidentielle de 2027, la France semble déjà entrée dans une campagne permanente. Pourtant, derrière la multiplication des candidatures potentielles se dessine une interrogation plus profonde : celle d’un pays qui peine désormais à faire émerger une figure capable d’incarner une vision nationale commune dans une société toujours plus fragmentée.

Une campagne présidentielle déjà omniprésente

À un an de l’élection présidentielle de 2027, la France connaît déjà une situation politique singulière. Jamais, sous la Ve République, autant de responsables politiques n’ont semblé vouloir se projeter aussi tôt dans la course à l’Élysée. Ministres, anciens Premiers ministres, présidents de partis, figures médiatiques ou responsables locaux multiplient les déplacements, les interventions et les signaux de candidature. Officiellement, la campagne n’a pas commencé. En réalité, elle paraît permanente.

Cette multiplication des ambitions pourrait être interprétée comme le signe d’une démocratie vivante. Elle révèle peut-être au contraire une difficulté plus profonde : celle d’un pays qui peine désormais à faire émerger une incarnation politique capable de dépasser les fragmentations idéologiques, territoriales, culturelles et mémorielles qui traversent la société française.

Sous la Ve République, l’élection présidentielle n’a jamais été une élection comme les autres. Le président n’est pas seulement un chef de majorité ou un gestionnaire de l’administration. Il est censé porter une continuité historique, une certaine idée de la nation et une capacité de rassemblement. La fonction présidentielle française repose sur une dimension presque monarchique héritée du gaullisme : le chef de l’État doit incarner quelque chose qui dépasse sa propre personne.

Durant plusieurs décennies, cette logique a structuré la vie politique française. Charles de Gaulle incarnait le redressement national et la souveraineté retrouvée. François Mitterrand portait l’idée d’une alternance historique après des décennies de domination gaulliste et centriste. Jacques Chirac conservait encore une forme de synthèse populaire et institutionnelle capable de parler à des France très différentes. Nicolas Sarkozy incarnait ensuite une présidence plus directe, plus personnalisée et plus exposée médiatiquement. François Hollande marqua au contraire une forme de normalisation du pouvoir présidentiel, davantage construite autour de la gestion et de l’équilibre que de l’incarnation verticale traditionnelle de la fonction. Emmanuel Macron tenta enfin de réintroduire une logique de dépassement des anciens partis et de réaffirmation de la centralité présidentielle dans un paysage politique déjà profondément fragmenté.

Fragmentation politique et affaiblissement des partis traditionnels

Aujourd’hui, le paysage semble profondément transformé. La prolifération des candidatures traduit moins la vitalité des partis que leur affaiblissement. Les grands partis capables autrefois de sélectionner, discipliner et porter des figures présidentielles apparaissent eux-mêmes fragilisés. La personnalisation de la vie politique a progressivement remplacé les anciennes cultures partisanes. Chaque espace politique paraît désormais fragmenté en sensibilités concurrentes, parfois davantage structurées autour de segments sociologiques, culturels ou médiatiques que de véritables visions collectives du pays.

La droite connaît ses divisions entre conservateurs, libéraux, identitaires, souverainistes ou gestionnaires. La gauche apparaît éclatée entre une approche sociale classique, des logiques communautaires, l’écologie politique et des stratégies de radicalité électorale. Le centre lui-même semble dépendre davantage de la survie du macronisme que d’une doctrine durablement enracinée. Même les formations les plus structurées sont traversées par des rivalités internes permanentes.

Cette fragmentation politique reflète en réalité une fragmentation plus profonde de la société française. La France contemporaine peine de plus en plus à produire un récit commun. Les mémoires collectives coexistent parfois sans véritable horizon partagé. Les appartenances culturelles, sociales ou territoriales tendent de plus en plus à fonctionner parallèlement plutôt qu’ensemble. Les fractures territoriales, sociales et identitaires se renforcent. Dans ce contexte, chaque candidature tend à représenter non plus une vision nationale globale, mais un espace particulier de la société française.

Les réseaux sociaux et la crise de l’incarnation présidentielle

La transformation médiatique accentue encore ce phénomène. La politique contemporaine fonctionne dans un rythme d’exposition continue où exister médiatiquement devient une nécessité de survie politique. La candidature permanente devient presque une obligation stratégique. Ne pas se déclarer, ne pas se positionner ou ne pas occuper l’espace médiatique revient à disparaître. L’élection présidentielle se transforme progressivement en compétition de visibilité avant même d’être un affrontement de projets historiques.

Les réseaux sociaux ont profondément modifié cette dynamique. Ils favorisent l’instantanéité, la réaction permanente et les logiques émotionnelles. Chaque déclaration devient un test. Chaque polémique produit une séquence politique. Chaque personnalité cherche désormais à préserver sa présence dans le débat public dans un environnement où l’attention collective devient une ressource rare. La politique n’échappe plus aux mécanismes de fragmentation qui touchent l’ensemble du débat public.

Ce glissement modifie profondément la nature même de la fonction présidentielle. Sous la Ve République classique, les candidats cherchaient à apparaître comme des hommes d’État capables de rassembler le pays autour d’une direction claire. Désormais, beaucoup semblent davantage contraints de gérer des coalitions fragiles, des clientèles électorales segmentées ou des sensibilités concurrentes qu’à porter une véritable ambition nationale.

Cette évolution dépasse largement le cadre français. De nombreuses démocraties occidentales connaissent aujourd’hui une crise similaire de l’incarnation politique. L’autorité est contestée presque instantanément. Les réseaux sociaux accélèrent les logiques émotionnelles et fragmentent le débat public. La personnalisation extrême de la politique produit paradoxalement des figures de plus en plus fragiles. Plus les dirigeants sont exposés, plus leur capacité d’incarnation durable semble s’affaiblir.

Mais la France possède une particularité supplémentaire : son système politique reste institutionnellement construit autour d’une figure présidentielle forte. La Ve République continue de produire une attente d’autorité, de verticalité et de représentation nationale alors même que la société devient de plus en plus éclatée. C’est peut-être là que réside la contradiction centrale du moment français.

L’élection présidentielle française conserve ainsi une dimension presque paradoxale. Plus le pays se fragmente socialement, culturellement et politiquement, plus la fonction présidentielle demeure pensée comme un point de convergence nationale. La société devient horizontale, mais les institutions continuent de rechercher une figure verticale. Cette tension traverse désormais toute la vie politique française et explique en partie la difficulté croissante à produire des personnalités capables de rassembler au-delà de leur propre camp.

La question de 2027 n’est donc peut-être pas seulement de savoir qui sera candidat ou qui pourra accéder au second tour. Elle est peut-être de savoir si la France produit encore des figures capables d’incarner autre chose qu’une addition de clientèles électorales, de mémoires concurrentes ou de communautés politiques fragmentées.

Car lorsqu’une nation ne parvient plus à se reconnaître dans une représentation commune d’elle-même, les candidatures se multiplient souvent au moment même où l’incarnation disparaît. Et plus la fonction présidentielle conserve symboliquement sa centralité, plus l’absence d’une figure capable de rassembler apparaît comme le symptôme d’un malaise politique plus profond.


 

B) - LFI et PS le boulevard

En pensant lutter contre Mélenchon, le PS lui construit un boulevard pour 2027.

Depuis le score historique de Mélenchon en 2022 (21,95 %) qui a fait de lui la figure majeure de la gauche en France, tous ses opposants socialistes, écologistes et communistes se drapent dans le confort primaire de ce que l’on nomme « l’anti-mélenchonisme » pour des raisons politiques, idéologiques, morales voire personnelles. Si ces raisons peuvent sembler légitimes et fondées, il n’en demeure pas moins que le Parti socialiste, son principal adversaire, en agissant ainsi, fait fausse route et creuse sa propre tombe.

Le professionnalisme de LFI face à l’amateurisme du PS

Depuis qu’il a créé le Parti de gauche en 2009 jusqu’à la création de La France insoumise en 2016, Jean-Luc Mélenchon a avancé ses pions, construit idéologiquement et méthodiquement son parti, formé ses lieutenants et a, ensuite, embrayé avec la bataille culturelle, sémantique et organisationnelle visant à imposer le tempo des débats selon ses conditions. Son récit politique est extrêmement cohérent. Preuve en est, comme en 2017 et en 2022, il a déclaré sa candidature présidentielle plus d’un an avant l’échéance. Rien n’est laissé au hasard contrairement aux socialistes enfermés dans des discussions stériles qui ne déboucheront que sur une immense désillusion.

Le signal envoyé à l’ensemble de la classe politique et des électeurs est que la candidature LFI est rôdée, la ligne claire et le parti suffisamment discipliné pour affronter la campagne « reine » de la Cinquième République. Tout cela est, aussi, le résultat d’une profonde culture marxiste-léniniste dans laquelle le parti d’avant-garde montre la voie.

Le PS fait exactement l’inverse et ressemble, en 2026, à une confédération de courants internes distincts et opposés, mais certainement pas à une machine électorale et militante parée pour la présidentielle. Qui « dirige » la gauche socialiste ? Personne ne peut le dire tant les visages sont nombreux : Olivier Faure a gagné le dernier congrès avec 50 % des voix, tout juste, mais ne contrôle presque rien au sein du parti ; Boris Vallaud est sur une ligne d’opposition minoritaire mais est suffisamment solide pour ne pas être invisibilisé ; François Hollande travaille en sous-main à sa candidature et, de ce fait, mine les efforts du PS à faire émerger quelqu’un ; Bernard Cazeneuve, lui, attend un signe de la gauche pour se déclarer et s’imagine comme le général de Gaulle qui attendait l’appel de la nation en 1946.

Quant à Raphaël Glucksmann, il dispose d’une surface médiatique mais ne transforme toujours pas l’essai politique. Actif depuis presque une décennie, il n’a toujours pas tenté de « mettre la main » sur le PS. Au lieu de cela, il a préféré créer sa petite structure, Place Publique, qui n’aura pas la capacité de supporter le poids d’une grande campagne présidentielle, d’un point de vue financier, mais aussi d’un point de vue politique car les soutiens de marque sont inexistants.

Au-delà de ces aspects, R. Glucksmann n’a pas profité des opportunités politiques pour asseoir sa position, voire changer de dimension. Songeons à la dissolution de 2024 lors de laquelle il avait une carte à jouer dans la reconfiguration à venir, fort de ses 14 % aux élections européennes, et qu’il n’a pas su saisir, preuve de son manque de flair politique. Enfin, il n’a pas su, ou voulu, s’unir avec Bernard Cazeneuve pour faire front commun, ce qui lui aurait permis de peser plus, d’avoir plus de crédibilité et, surtout, d’avoir un soutien de poids en la personne de l’ancien Premier ministre connu et apprécié des Français. Au lieu de cela, il a décidé de faire cavalier seul et n’a pas transformé son gain médiatique et ses quelques bons résultats électoraux en prise de pouvoir organisationnelle du Parti socialiste. C’est une erreur majeure.

L’esprit de la Vᵉ

Dans l’ensemble, le PS est éclaté de toutes parts. C’est comme si le parti était revenu à la situation d’avant le congrès fondateur d’Épinay en 1971 et avait oublié la culture de gouvernement et de conquête du pouvoir qui lui avait permis de gagner trois élections présidentielles.

Tous les candidats sérieux à la présidentielle savent que rien ne se fait sans l’appui d’une machine électorale, à savoir un parti politique. Jordan Bardella et Marine Le Pen dirigent le RN d’une main de fer ; Édouard Philippe a créé son parti en 2021 car il a très vite compris que, sinon, son après-Matignon le condamnerait à l’impuissance ; Gabriel Attal a pris le parti du président et son pactole afin de pouvoir peser dans les débats ; enfin, Emmanuel Macron, seul et sans parti en 2016, a créé sa propre structure qui lui a permis de conquérir l’Élysée. Sans cela, il eût été balayé.

À gauche, de façon surprenante, celui qui a le mieux compris l’esprit de la Ve République, et ce que demande une campagne présidentielle, est celui qui, justement, veut la détruire pour instaurer la VIe République, à savoir Jean-Luc Mélenchon. Le PS, pour sa part, est aux abonnés absents et reste empêtré dans des discussions anodines qui ne servent qu’à vanter une pseudo « démocratie horizontale de gauche » alors que toute la culture de la gauche révolutionnaire ou réformiste, dans la conquête du pouvoir, trouve sa source dans la discipline du parti.

Les non-choix

Au-delà de cette méconnaissance majeure, le Parti socialiste souffre de ses non-choix et de sa crise doctrinale aiguë qui dure depuis au moins dix ans. La ligne n’est toujours pas tranchée entre :

  • Une alliance avec la France insoumise, au risque de disparaître derrière les offensives idéologiques, militantes et culturelles d’un parti rôdé alors que les socialistes peuvent être considérés comme de « timides réformistes » ;
  • Une social-démocratie classique mais usée, sans énergie, sans grandes idées et qui la condamne à l’échec tant la demande de radicalité est haute dans le pays ;
  • Enfin, un recentrage qui l’exclurait définitivement de la gauche aux yeux des électeurs qui n’y verraient qu’une alliance avec les débris d’un macronisme détesté.

Au-delà des questions cruciales telles que l’ambiguïté de LFI sur la Russie, l’Iran et Gaza, les méthodes internes autoritaires de Mélenchon et son rapport à la laïcité, qui aliènent une partie significative de l’électorat de gauche, à tout juste un an de l’élection présidentielle, les socialistes sont encore en train de se questionner sur la ligne politique. Une telle situation est mortelle car les électeurs sanctionneront toujours ceux qui doutent et préféreront voter utile.

L’affaire de la primaire de la gauche est aussi révélatrice de l’inextricable situation dans laquelle se situe le Parti socialiste et, plus globalement, la gauche antimélenchoniste. Celle-ci ne repose pas sur un projet clair et défini mais uniquement sur le rejet de la personne de Jean-Luc Mélenchon. C’est-à-dire qu’il n’y a ni vision, ni programme, ni élan politique sérieux. Voir Olivier Faure, Clémentine Autain, Alexis Corbière et François Ruffin ainsi montre surtout leur faiblesse commune, leur manque de leadership et leur incapacité à avancer.

Il y a peut-être même un pire signal envoyé aux sympathisants de gauche : cette « réunion anti-Mélenchon » montre surtout la course aux égos et aux ambitions personnelles qui, par conséquent, fait passer Jean-Luc Mélenchon pour un modeste politique désintéressé qui, tel Cincinnatus à Rome, retournera labourer ses champs une fois qu’il aura rempli son devoir.

Cette primaire est aussi un non-choix puisqu’elle pense qu’un vague compromis acté par une participation qui sera probablement faible (il est loin le temps de la primaire de la gauche de 2011 qui réunissait presque 3 000 000 d’électeurs) vaudra plus qu’un choix clair mais frustrant pour certains participants déçus. C’est une énième voie sans issue et un cache-misère de la pensée dans laquelle s’est engagé le Parti socialiste. Cela ne peut que mal se finir, aux côtés d’écologistes dont l’exposition médiatique est inversement proportionnelle au poids politique et idéologique.

Tout concourt à rendre la défaite probable.

Le Parti socialiste est sur l’autoroute de l’échec. Il est redevenu ce parti de courants internes divisés mais, cette fois, il n’y a ni François Mitterrand, ni Lionel Jospin, ni François Hollande pour le discipliner.

Ceux qui pensent incarner la gauche socialiste sont seuls et sans élan. Aucun n’a l’appui du parti qui serait suffisamment puissant et dévoué pour réussir. Pire que cela, le parti n’a pas d’idées et ne fait que réagir à ce que les Insoumis lancent dans l’atmosphère.

Ce qui attend le PS s’apparente plus à un nouvel échec qui sera peut-être encore pire qu’en 2017 et 2022 car il est improbable qu’il puisse « redresser la barre » en douze mois.

Le risque majeur pour les socialistes français est de devenir aussi insignifiant électoralement que l’est devenu le PCF dans les années 2000 et, in fine, de disparaître derrière les offensives idéologiques et politiques des insoumis pour qui seule la conquête du pouvoir compte et tout ce qui y fait obstacle est de l’amateurisme.

Yoann Taïeb


 

https://nouvellerevuepolitique.fr/yoann-taieb-lfi-et-ps-le-boulevard/ 

 

 

 

 

 

 

C) - De quoi LA FOIRE À LA CANDIDATURE est-elle le nom ?
 

La quarantaine actuelle de candidats putatifs à la présidentielle, désignés, déclarés, se réservant ou se préparant et tenant à le faire savoir, publiant livres et interviews d’un intérêt variable, témoigne d’un profond dérèglement de notre système partisan : son émiettement, son renoncement aux primaires, sa distance avec l’opinion, livrent la précampagne à une foire à la candidature, qui ne fait que renforcer J. L. Mélenchon et le RN.

Dans le monde de la bipolarisation gauche/droite, tout était (presque) simple, et un présidentiable répondait à un cahier des charges relativement précis : notoriété (élevée), popularité (au moins dans son camp), expérience (vérifiée) et compétence (présumée). Soutien enfin incontournable d’un « grand » parti, qui apportait logistique militante, argent et base électorale minimum, pour pouvoir espérer une qualification pour le 2ᵉ tour.

Dans le monde de la tripolarisation et après le macronisme, tout est devenu compliqué : les partis s’émiettent en une multitude de ce qui était jadis des courants, le système des primaires s’est épuisé ou bien est devenu impraticable, et l’impact d’un présumé candidat dans l’opinion est même devenu presque secondaire.

Les partis s’émiettent et perdent en autorité comme en base électorale de départ. Pas moins de trois partis se partagent ainsi les restes du macronisme, et chacun a son présumé « présidentiable. On ne doit qu’aux électeurs de Pau de ne pas retrouver F. Bayrou sur la ligne de départ, en sus d’Édouard Philippe et Gabriel Attal. De même à gauche où PC, écologistes et socialistes ne renoncent pas d’avance à leur candidature respective.

Dans le même temps, le système des primaires a épuisé ses charmes et même ses possibilités. La première primaire quasi ouverte eut lieu en 2006 au PS, que S. Royal remporta ; la dernière en 2021 chez les Républicains, gagnée par V. Pécresse. Les résultats de ces primaires ont été jugés pour le moins ambivalents, ne produisant pas toujours le candidat le plus efficace, n’empêchant pas les dissidences ni les trahisons. Surtout, pour avoir un sens cette année dans un paysage si émietté, les primaires devaient réunir plusieurs partis d’un même bloc pour se rassembler derrière un candidat unique. À gauche, le processus a échoué entre PS, PC et écologistes, par refus viscéral de nombre de socialistes qui craignaient le piège – celui de la perdre, par une poussée de radicalité. À droite, la primaire a été refusée par les adhérents LR, qui ont préféré désigner B. Retailleau candidat, sans empêcher la dissidence de D. Lisnard ni les arrière-pensées de quelques autres. Au centre, il n’en a même pas été question entre Modem, Renaissance et Horizons ! Ce qui dit assez le délitement du bloc central, sur lequel son fondateur, E. Macron, semble avoir renoncé à peser – cas sans précédent d’un président en fin de mandat, conséquence de la dissolution solitaire décidée en juin 2024.

Enfin, la question du soutien dans l’opinion ne semble plus tourmenter outre mesure les apprentis candidats. Il est vrai que lorsque les moins impopulaires d’entre eux (Bardella par exemple) plafonnent à 35/40 % de soutien, quand aucun n’atteint ou dépasse les 50 % de popularité, chacun peut s’imaginer avoir une chance : dans la nuit des sondages, tous les chats sont gris et peuvent croire à l’aube soudaine d’une popularité possible…

Illusion renforcée par une analyse erronée et dangereuse de la percée d’E. Macron en 2016/2017, qui perdure dans la classe politique et médiatique, dix ans après : « Macron a gagné alors que personne ne le connaissait, 6 mois avant », entend-on si souvent. Grosse erreur : Macron était ministre depuis 2014, plus de deux ans avant, le plus médiatisé des ministres par les débats sur la loi dite Macron et sur la loi travail, et le plus populaire des ministres. E. Macron n’est donc pas du tout « sorti de nulle part » en 2016, même s’il est vrai qu’il ne disposait pas du soutien d’un parti. Sa relation aux Français était en cours de construction. Mais cette analyse erronée ouvre des perspectives à bien des personnalités dont la notoriété ne dépasse guère en réalité celle d’un secrétaire d’État.

Division de la gauche non mélenchoniste, division du bloc central, faiblesse des Républicains : il est évident que le vieux système politique et partisan, celui des partis dits de gouvernement, émietté comme jamais, produit des candidatures qui s’affaiblissent en se multipliant et favorise en revanche celles des rares partis encore monolithiques et organisés : la France insoumise et surtout le RN. Leurs candidats apparaissent par contraste plus crédibles et fiables dans leur démarche. Les intentions de vote d’aujourd’hui reflètent ces forces et faiblesses, sans guère dire plus de choses pour la suite.

Souhaitons que le tableau s’éclaircisse à l’automne : ces candidats multiples ont comme entériné qu’à défaut de partis puissants et de primaires possibles, ce seront les intentions de vote qui les départageront Une grande primaire à ciel ouvert, arbitrée par les vents sondagiers, est en réalité organisée sans le dire, puisque notre système partisan n’a plus la force ou la légitimité d’organiser lui-même la sélection.

Mais attention à ce que cette profusion ne fasse pas trop baisser l’intérêt pour la précampagne et ne décourage pas ceux, nombreux, qui aimeraient avoir un autre choix que JL Mélenchon ou J. Bardella – à moins que ce soit M. Le Pen.

Philippe Guibert

Philippe Guibert est consultant, enseignant et chroniqueur TV. Il a publié en 2024 Gulliver Enchainé, le déclin du chef politique en France (Cerf). Il a été directeur du service d information du gouvernement (SIG) et directeur de la communication dans diverses structures publiques. Il a dirigé la rédaction de la revue Medium de Régis Debray.

https://nouvellerevuepolitique.fr/de-quoi-la-foire-a-la-candidature-est-elle-le-nom/

 

 


 

D) - Interview d'André Bellon par Max-Erwan Gastineau - « Ce n’est plus seulement la démocratie qui est en cause, c’est l’existence même du peuple en tant qu’être politique »

Depuis la création de l’Association pour une Constituante, vous défendez l’idée qu’une crise profonde de la représentation politique traverse la France. Considérez-vous que cette crise relève principalement d’un dysfonctionnement institutionnel de la Vᵉ République, ou d’une mutation plus sourde, d’une transformation plus générale du rapport du politique au peuple ?

L’Association pour une Constituante a été créée après la signature du traité de Lisbonne, frère jumeau du traité constitutionnel qui avait été rejeté par les Français (ainsi que par les Néerlandais et les Irlandais) lors du référendum de 2005. Nicolas Sarkozy, nouveau Président, avec l’appui plus ou moins visible de François Hollande, Premier secrétaire du parti socialiste, avait donc bafoué la volonté du peuple français, fondement de la démocratie selon l’article 3 de la Constitution. Difficile, dans un tel contexte, d’ignorer le fossé existant entre les citoyens et leurs représentants théoriques. Le mot crise est depuis lors évoqué dans la vie politique française. Mais peut-on se limiter à parler de crise politique ? N’est-on pas devant une crise idéologique historique remettant en cause la valeur des mots, des principes qui fondent la vie publique ? Y a-t-il encore une vie politique au sens aristotélicien du terme, fondée sur l’idée d’une recherche commune d’un certain bien, principe d’ailleurs inscrit à l’article 6 de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen (La loi est l’expression de la volonté générale) ? Y a-t-il même encore une société ? Y a-t-il des citoyens (de quoi ?) et pas seulement des individus, et comment ne pas rappeler Léon Bourgeois, grand républicain et inventeur du solidarisme qui proclamait que « l’individu isolé n’existe pas » ? Depuis les années 1990 et la déferlante mondialiste, accorde-t-on encore une place à la volonté populaire ? Cette question ne cesse d’être évoquée, par exemple par Alain Supiot dans son ouvrage « L’esprit de Philadelphie ». Ce n’est alors plus seulement le déni de démocratie, le mépris de la volonté populaire qui est en cause, c’est l’existence même du peuple en tant qu’être politique. Le vocabulaire en est un révélateur puisque cette volonté jusque-là appelée démocratique devient « populiste » dès qu’elle s’oppose aux décisions de la nouvelle intelligentsia mondialiste.

Le mot « crise » est sans doute inadapté à l’ampleur de ce que nous vivons, c’est-à-dire une rupture idéologique et philosophique dont la crise institutionnelle est le réceptacle et le symptôme. Si, dans un tel contexte, nous proposons l’élection d’une Constituante, c’est pour poser cette question fondamentale : qui est le souverain ? C’est aussi pour illustrer symboliquement le processus par lequel peut se reconstruire la démocratie.

Après le référendum de 2005 sur le traité constitutionnel européen, beaucoup ont parlé d’une rupture durable entre le peuple français et les institutions européennes. Or, personne ne semble remettre en cause la construction européenne, à l’exception de petits partis, peu visibles sur la scène électorale. On parle désormais davantage de « changer l’Europe de l’intérieur » que de Frexit. Même l’idée de sortir de la zone euro ne fait plus recette Après une phase de secousse, l’idée européenne n’aurait-elle pas fini d’infuser ?

Je pense au contraire que l’idée européenne est atteinte profondément et ce dans le ressenti de nos concitoyens de plus en plus nombreux. Le mouvement des gilets jaunes et la grande contestation de la réforme des retraites illustrent ce besoin de souveraineté, de maitriser son destin, et donc devraient imposer le débat sur cette question dans les futures échéances.

Mais le fonctionnement même de la vie publique ne permet pas que la question soit posée. Sauf évidemment en 2005 avec le résultat que l’on sait. Nicolas Sarkozy a alors refermé le couvercle en décidant que la question européenne ne donnerait plus lieu à débat, par exemple qu’il n’y aurait plus de référendum. La difficulté à en parler de nos jours vient alors du fait que la référence à l’Europe est devenue le substitut à l’absence de pensée politique.

Quant à l’idée de Frexit, je ne suis pas sûr que ce soit la bonne manière de poser le problème. Car elle est aussitôt présentée, et souvent perçue, comme un processus d’isolement de la France. Cette critique, certes discutable, parait d’autant plus crédible que la question du souverain n’est pas posée. Or c’est la seule qui permet de clarifier les enjeux. C’est pourquoi nous pensons prioritaire de recréer un espace politique national. L’une des manières d’y parvenir, outre l’élection de la Constituante, est de réaffirmer la souveraineté de la France sur son propre droit Il est extraordinaire de voir que le thème de l’État de droit sert, de fait aujourd’hui, à légitimer la supériorité du droit européen sur le droit national. Et le moins qu’on puisse dire est que le droit européen n’émane aucunement d’un quelconque processus démocratique, la Commission agissant par directives et la Cour de Luxembourg élargissant ses compétences plus que de raison. Pourquoi la France a-t-elle accepté une telle évolution alors même que l’Allemagne, par la Cour de Karlsruhe, y met des freins en particulier en affirmant qu’il n’y a pas de peuple européen ?

Que propose l’Association pour une Constituante pour y remédier ? De quelles figures historiques, de quel courant, de quelles idées se réclame votre mouvement ?

Nous posons la question qui fâche, à savoir qui est le souverain ? Selon la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen, c’est le peuple comme communauté politique. C’est pourquoi nous proposons l’élection d’une Constituante, seule manière pour le peuple de se réapproprier la vie publique et les règles du jeu politique. C’est pourquoi il ne vous étonnera pas alors que, dans l’immédiat, nous appelons à un référendum posant enfin la question de la supériorité du droit national sur le droit européen ? Peut-on encore longtemps parler de démocratie lorsque, en contradiction évidente avec l’article 6 de la DDHC déjà cité, la loi émane de moins en moins de la volonté générale ? Un tel référendum se résume alors simplement : sommes-nous encore en démocratie ?

Nous nous réclamons ainsi de toute la tradition républicaine née en 1792 en renversant la monarchie et en instaurant le suffrage universel. C’est pourquoi le rassemblement que nous organisons tous les 29 mai pour célébrer le vote des Français le 29 mai 2005 se tient à proximité de la plaque qui commémore la naissance de la République.

Se réclamer de personnalités historiques est un exercice délicat. Je me bornerai donc à évoquer deux figures de l’histoire contemporaine qui se sont battues pour la liberté et la souveraineté, Pierre Mendès France et Charles de Gaulle. Ils ont d’ailleurs été fort liés pendant les heures sombres de l’occupation. Par la suite, de Gaulle rétablit les principes républicains et s’oppose à la dilution de la souveraineté, en particulier par la politique de la chaise vide en 1965. Mendès-France s’oppose au traité de Rome par son fameux discours du 18 janvier 1957. Bien sûr, nul n’ignore ce qui les a opposés, mais ne doit-on pas mettre en avant leurs convergences ?

Certains observateurs voient dans l’histoire politique contemporaine de la France (de 1789 à nos jours) une tension permanente entre tradition républicaine parlementaire et tradition bonapartiste plébiscitaire, marquée par l’appel au peuple contre les corps intermédiaires. Comment analysez-vous cette tension dans la culture politique française ? Le référendum est-il selon vous un instrument authentiquement démocratique ou peut-il devenir un outil de personnalisation du pouvoir ?

Le conflit est bien ancien en France entre les traditions républicaines et bonapartistes. Mais aujourd’hui, la question clé, dont nous parlons depuis le début de cet entretien, est de savoir où se situe la souveraineté. Elle devrait, au moins dans l’immédiat, ne pas être dépendante de ce conflit. Ce qui est frappant, c’est que le système institutionnel français était censé, dans l’esprit du général de Gaulle, soutenir la souveraineté nationale. Or il permet, de nos jours, de la détruire. Emmanuel Macron, qui s’extasie ad nauseam sur une pseudo-souveraineté européenne, est l’instrument le plus « décomplexé » de sa destruction.

La question du référendum ne se pose donc pas aujourd’hui comme pendant la troisième République. Il s’agissait alors d’un problème strictement intérieur, à savoir le rapport entre les tendances politiques et la démocratie, l’appel direct au peuple se limitant de fait à une forme plébiscitaire. Aujourd’hui, le discours officiel veut empêcher les référendums qui sont censés nuire au développement de cette fameuse souveraineté européenne. Nous devons donc répondre à une question nouvelle : Y a-t-il encore un peuple français ? Est-il et doit-il être souverain ? Après plusieurs manifestations de mépris pour les électeurs (dont le vote par le Congrès du traité de Lisbonne), après la répression du mouvement des gilets jaunes, il est impératif de renouer avec la souveraineté populaire. Les institutions ne peuvent pas poursuivre leur course folle à l’illégitimité. La présence et le rôle du référendum sont donc naturellement en débat. Il n’est pas question ici de dire dans quelles conditions et avec quelle fréquence de telles consultations doivent avoir lieu et qui les définit. Il s’agit simplement d’affirmer que le rétablissement des principes démocratiques nécessite l’usage du référendum. Ironie de l’histoire, il se présente en contrepouvoir démocratique.

L’idée républicaine est indissociable en France de la notion de citoyenneté et de souveraineté du peuple, principaux héritages de 1789. Ainsi tout le monde s’en réclame. « Pro-européens » comme « nationaux-souverainistes », issus des rangs de La France insoumise (LFI), du Rassemblement national (RN) ou du « bloc central », tous les principaux mouvements qui rythment notre vie publique se réclament de la République et de ses valeurs. Qu’est-ce que cela nous dit de l’idée républicaine ? Ne sommes-nous pas transcendés par un consensus national beaucoup plus fort qu’on ne le pense ?

J’ai toujours beaucoup de mal à séparer, dans le débat politique, l’incantation de la volonté politique. Tous les partis politiques prétendent défendre l’idée républicaine et la souveraineté du peuple. Ils versent des larmes sur l’affadissement de la citoyenneté. Mais que font-ils pour la vivifier ? Les seuls consensus visibles sont ceux qui défendent la légitimité du pouvoir sans se soucier des processus qui y mènent, sans s’inquiéter des mouvements politiques et sociaux autrement que pour les réprimer.

La défense de la République est donc à l’ordre du jour. Vous parlez de ses « valeurs », terme assez flou. Sous la 3ᵉ République, on parlait des « principes » républicains. Aujourd’hui, l’invocation brumeuse des valeurs s’accompagne du mépris des principes. Ainsi, contrairement à De Gaulle en 1969, quand Macron perd une élection (2024), il reste au pouvoir. Il invoque l’intérêt national en donnant de plus en plus de pouvoir à Von der Leyen. Où sont alors les principes républicains ?

Dans le même temps se développent des quantités d’initiatives, d’associations souvent liées à la vie communale, pour réaffirmer la citoyenneté, pour réclamer une vie politique différente. Nous avons, pour notre part, réuni nombre de ces groupes pour dégager ce qui rassemble dans la recherche d’un renouveau démocratique. Bien évidemment, la vie politique officielle empêche pour l’instant que cela débouche sur un réel renouveau. Mais l’idée progresse.

Votre parcours vous situe historiquement à gauche, mais vos analyses sur la souveraineté, l’Union européenne ou le référendum de 2005 recoupent parfois des critiques formulées à droite. Le clivage gauche-droite vous paraît-il encore opérant, ou estimez-vous qu’il est désormais secondaire par rapport à une opposition qui serait plus fondamentale entre logique démocratique et logique oligarchique ?

Tout d’abord une remarque essentielle : la gauche et la droite sont censées caractériser des options dans un espace politique. Y a-t-il encore, comme je le remarquais précédemment, un espace politique caractérisé par un peuple conformément à l’article 21 de la Déclaration universelle des droits de l’homme (La volonté du peuple est le fondement de l’autorité des pouvoirs publics) ? Si ce n’est plus le cas, parler de gauche et de droite perd son sens et ne s’utilise plus que par rapport à des partis dont c’est l’étiquette historique. Le débat politique se fossilise alors. L’ouvrir en recréant l’espace politique est donc prioritaire et permettra alors une vie politique et le renouveau d’une gauche et d’une droite dans lesquels chacun de nous pourra se situer. Quand le moment sera venu, j’y affirmerai alors évidemment une pensée fidèle à Jaurès et à Clemenceau.

Le débat fondamental aujourd’hui est donc, avant toute autre considération, autour de la reconstruction de l’espace politique, du souverain, à savoir le peuple. Le référendum de 2005 a été, de ce point de vue, une chance historique, malheureusement étouffée dans l’œuf. Le vote « Non » a été l’expression du peuple français Il y a eu un appel à la démocratie. Malheureusement, le coup d’État qu’a représenté le traité de Lisbonne a été, de fait, facilité par les tentatives de récupération politique au sein des partisans du « Non ». La volonté de certains de transformer le sens du référendum lors de la présidentielle de 2007 a participé à affaiblir la force née du 29 mai 2005. Il n’y avait pas de non de gauche ou de non de droite, il y avait un non du peuple français C’est sur cette force qu’il aurait fallu s’appuyer, par exemple en exigeant la dissolution de l’Assemblée nationale ou la démission du chef de l’État ou encore, évidemment, l’élection d’une constituante.

Ce défi reste à relever et il n’a pas d’étiquette politicienne. Il est celui de la démocratie. Pour ma part, je tente modestement de poser le débat dans des termes que l’Histoire a tracés dans la construction de la République et de la démocratie. C’est ainsi que j’ai publié un ouvrage, « Pourquoi je ne suis pas altermondialiste », pour expliquer en quoi l’idée de mondialisation était, quelle qu’en soit la forme, intrinsèquement antidémocratique. Il est essentiel de rappeler la différence entre internationalisme (idée chère à Jaurès) et mondialisme. L’internationalisme est un accord entre des nations souveraines et des peuples solidaires ; le mondialisme est la dilution des peuples et des nations dans un espace technocratique. Peut-on accepter une démocratie sans peuple ?

Ce combat traverse aujourd’hui les forces politiques officielles de droite comme de gauche. Ainsi Michel Roccard avait-il déclaré le 21 septembre 2004 dans Le Monde, en appelant à voter pour le traité constitutionnel européen en 2005, que « Le projet social-démocrate a toujours été et demeure de pousser au renforcement de cet ensemble institutionnel tout en définissant – c’est loin d’être encore fait – un projet spécifique pour l’Europe, afin qu’une majorité de gauche puisse enfin y entreprendre un jour l’édification d’une société solidaire en économie de marché ». Cette position, cohérente avec la politique de François Mitterrand, s’est perpétuée jusqu’à nos jours dans les enceintes du PS, donnant à la construction européenne une valeur supérieure aux principes socialistes, en particulier sur la citoyenneté et la démocratie. On verra des déclarations du même genre émanant de la droite, par exemple lorsque Jacques Chirac, confronté à des jeunes critiquant le TCE, leur déclare : « Je ne vous comprends pas. » On retrouve là une dérive systématique dans les grands partis où l’on voit les élus juger les électeurs comme si, en démocratie, ce n’était pas à eux de comprendre les électeurs et de se soumettre à leur verdict.

Les grandes forces politiques ont lié leur sort à la construction européenne, reléguant le nécessaire débat public sur cette question aux marges du spectre politique. L’Union européenne n’est pas une construction démocratique, mais une construction technocratique. La mondialisation n’est pas, comme le dit Alain Supiot, un fait de nature, mais une construction humaine. Reconstruire le peuple dans un espace politique démocratique face à ces dérives est d’intérêt public.

Précisons, à ce point de réflexion, qu’un peuple n’a pas d’autre signification que politique. Il est ahurissant que des penseurs dits progressistes tels que Michael Hardt et Antonio Negri expliquent, dans leur ouvrage « Empire », que « les concepts de nation, de peuple et de race ne sont jamais très éloignés ».

Le contexte géopolitique marqué par les guerres en Ukraine et au Moyen-Orient, leurs effets énergétiques, la question migratoire, le dérèglement climatique, le retard industriel de l’Europe et les doutes pesant sur sa capacité à répondre à ces différents défis laissent place à une grande incertitude, au possible retour de tensions sociales. Dans ce contexte, qu’attendez-vous de la prochaine élection présidentielle ?

Il m’arrive de penser que je n’attends rien de l’élection présidentielle car c’est un jeu de dupes. Le système politique, face aux interrogations des citoyens, ne répond plus que par la surdité ou la répression, comme face aux gilets jaunes ou après le vote du 29 mai 2025. La question n’est plus d’avoir un élu qui répond aux interrogations des citoyens, mais seulement de battre les autres. Lors de la présidentielle de 2022, nous avions même évoqué de remplacer la présidentielle par l’élection d’une Constituante.

Vous avez raison d’énumérer les défis du moment. En théorie, la présidentielle devrait mettre en lumière les enjeux et la personne capable d’y répondre. Mais comment ne pas voir la contradiction entre ce choix et le fait que le pouvoir n’existe plus au niveau national ? Comment accepter que l’actuel président, doté des pouvoirs théoriques que lui procurent les institutions, explique que la souveraineté est ailleurs ? Un débat présidentiel sur des programmes dont on sait qu’ils ne peuvent pas, du moins en partie, être mis en œuvre est absurde.

Je sais qu’il est rituel de dire, à chaque élection présidentielle, que c’est enfin l’heure de vérité. Mais je crois que nous sommes à un tournant car l’heure des faux semblants se termine. Ou bien le pouvoir, appuyé sur Bruxelles, utilise ses moyens pour barrer toute contestation politique sérieuse et officialise un régime autoritaire. Ou bien il est contraint d’accepter la remise en cause des institutions nationales et européennes qui s’opposent au fonctionnement démocratique. En l’état actuel du débat politique, la présidentielle ne permet pas au peuple d’exprimer une volonté car elle l’empêche d’exister en tant que souverain.

Il serait dangereux que la prochaine présidentielle, comme largement les précédentes, fasse l’impasse sur ces contradictions. Les candidats doivent, à minima, répondre à l’appel à un référendum sur la supériorité du droit national sur le droit européen. Cette question traverse tous les partis et tous les pays de l’Union européenne. Elle mène directement à l’élection de la Constituante. Elle est le cœur de la démocratie.

Max-Erwann Gastineau

Max-Erwann Gastineau est un essayiste, politologue et chroniqueur français. Diplômé en histoire et en relations internationales, il a étudié au Canada puis à Trinité-et-Tobago. Son parcours professionnel l’a conduit en Chine, aux Nations unies, à l’Assemblée nationale ainsi que dans le secteur de l’énergie, où il a notamment occupé le poste de directeur des affaires publiques et territoires chez France Gaz. Il est l’auteur de deux ouvrages publiés aux éditions du Cerf : Le Nouveau Procès de l’Est (2019), consacré aux fractures culturelles et politiques entre l’Europe de l’Est et l’Europe de l’Ouest, et L’Ère de l’affirmation : répondre au défi de la désoccidentalisation (2023), qui analyse le recul de l’influence occidentale. Il a également contribué au Dictionnaire des populismes et publie régulièrement des tribunes dans Le Figaro Vox, Marianne, Atlantico, ainsi que dans Front Populaire.

André BELLON est ingénieur et économiste. Né le 31 août 1943 à Marseille, ancien élève de l’École polytechnique et administrateur de l’INSEE, il a été député socialiste des Alpes-de-Haute-Provence (1981-1993), puis président (1992-1993) de la commission des Affaires étrangères de l’Assemblée nationale. Membre de la société des amis d’Alexandre Dumas, il est auteur de plusieurs ouvrages politiques et d’un roman. Dans l’essai « Ceci n’est pas une dictature, Les mille et une nuits, 2011 », il revient notamment sur le combat qu’il mène en tant que président de l’Association pour une Constituante, créée en 2008 en réaction à la ratification du traité de Lisbonne, malgré le « non » du peuple français au référendum de 2005. En ce jour anniversaire de ce référendum, André Bellon a répondu à nos questions sur l’état de santé de la démocratie française, le rapport du politique au peuple, la construction européenne. Il appelle à rassembler les élans républicains et démocratiques pour refonder nos institutions, leur ancrage populaire, social et laïc.

https://nouvellerevuepolitique.fr/interview-dandre-bellon-par-max-erwan-gastineau-ce-nest-plus-seulement-la-democratie-qui-est-en-cause-cest-lexistence-meme-du-peuple-en-tant-quetre/


 

 

 

avril 14, 2026

POLITQUE FRANÇAISE NEWS (Avril 2026)

Sommaire:

A) - France 2027 : La droite face à l’épreuve du pouvoir

B) - David Lisnard : « L’autorité républicaine n’est pas l’ennemie de la liberté : elle en est la condition »

C) - Français, soyons excellents ou nous disparaîtrons !

D) - Vers un « état d’alerte de sécurité nationale » : le bellicisme assumé de Macron et de l’UE face à la Russie

 


 

A) - France 2027 : La droite face à l’épreuve du pouvoir

La présidentielle de 2027 ne sera pas une alternance au sens classique du terme. Elle ne tranchera pas simplement entre deux camps ou deux personnalités. Elle interviendra dans un pays plus contraint, plus fragmenté et plus incertain que lors des cycles précédents. Dans ce contexte, la question centrale ne sera plus seulement de savoir qui peut gagner, mais qui est encore en mesure de gouverner.

Depuis plusieurs années, le système politique français fonctionne selon une logique d’équilibre instable. D’un côté, un bloc central qui a su maintenir une forme de continuité de l’État, mais au prix d’une technicisation croissante de la décision et d’une difficulté à incarner une direction politique lisible. De l’autre, une opposition radicale qui capte une part importante de la contestation, mais dont l’aptitude à assumer concrètement la charge de l’État reste un point d’interrogation pour une partie significative de l’électorat. Entre les deux, la droite traditionnelle apparaît en retrait, oscillant entre adaptation et effacement, sans parvenir à reconstruire une proposition cohérente et crédible.

Ce diagnostic est souvent interprété comme une crise idéologique. Il ne l’est qu’en partie. La droite française, dans ses différentes composantes, n’est pas dépourvue de ligne. Elle dispose encore de repères relativement stabilisés sur les questions économiques, régaliennes et institutionnelles. Le problème est ailleurs. Il tient à une difficulté croissante à transformer ces orientations en action effective.

La contrainte budgétaire constitue à cet égard un élément structurant. La dette publique atteint un niveau tel que toute politique ambitieuse se heurte immédiatement à la question de son financement. Cette réalité ne relève plus d’un débat doctrinal. Elle s’impose comme une donnée objective qui limite les marges de manœuvre de tout futur exécutif. Gouverner en 2027 impliquera de restaurer des marges d’action dans un environnement où celles-ci sont structurellement réduites. La rationalité économique ne sera pas un choix parmi d’autres. Elle constituera le cadre à l’intérieur duquel toute politique devra s’inscrire.

L’État n’a pas disparu, mais sa faculté de décision et d’exécution s’est érodée. Dans ce contexte, la crise que traverse la droite est moins une crise de ligne qu’une crise d’efficacité : la difficulté n’est plus de dire, mais de faire.

C’est dans cet espace que se dessine aujourd’hui une recomposition possible. Entre un centre perçu comme gestionnaire et une opposition perçue comme risquée dans l’exercice du pouvoir, il existe une attente spécifique : non celle d’une nouvelle synthèse idéologique, mais d’une offre capable de conjuguer lisibilité, autorité et efficacité. Cet espace demeure encore diffus. Il correspond moins à une famille politique qu’à une demande.

La trajectoire de David Lisnard s’inscrit dans cette configuration. Son départ de Les Républicains ne relève pas d’une réaction ponctuelle à un désaccord interne. Il s’inscrit dans un processus plus long, marqué par un travail d’organisation engagé en amont. La rupture formelle avec le parti intervient à un moment où une capacité d’action autonome existe déjà, au moins partiellement. Elle ne crée pas une dynamique. Elle la rend visible.

Cette logique repose d’abord sur une base territoriale. Réélu largement à la tête de sa commune, et occupant des responsabilités au sein de l’Association des maires de France, Lisnard dispose d’une double légitimité. Électorale, d’une part, fondée sur un ancrage local confirmé dans la durée. Institutionnelle, d’autre part, à travers un rôle qui le place au contact direct des exécutifs locaux. Cette position lui permet de s’appuyer sur un réseau d’élus, notamment municipaux, qui constitue un relais potentiel à l’échelle nationale.

Ce réseau ne se confond pas avec un appareil partisan classique. Il ne repose ni sur une structure centralisée ni sur une organisation hiérarchisée comparable à celle des grands partis. Il s’apparente à un ensemble de relais territoriaux, organisés progressivement autour d’élus disposant d’une légitimité propre.

Elle se distingue à la fois des appareils traditionnels, fondés sur des mécanismes internes de contrôle, et des constructions présidentielles rapides, souvent peu enracinées localement. Elle s’inscrit dans une temporalité plus lente, mais potentiellement plus robuste, car fondée sur des positions électives réelles.

Sur le plan de la ligne, Lisnard présente une cohérence relativement rare dans le paysage actuel. Sa position sur les finances publiques, la décentralisation, l’autorité de l’État et la liberté économique s’inscrit dans une continuité assumée. Cette constance contraste avec les ajustements successifs observés chez d’autres acteurs, souvent contraints par des logiques d’alliance ou de positionnement électoral. Dans un paysage marqué par l’instabilité et les repositionnements successifs, cette cohérence constitue un atout structurant.

Pour autant, cet ensemble constitue une base réelle dont la transformation en projection nationale constitue l’un des seuils décisifs à franchir. Le passage d’une légitimité locale à une capacité d’incarnation présidentielle suppose une montée en notoriété rapide, une capacité à se positionner sur les enjeux internationaux et une aptitude à agréger au-delà de son socle initial.

Il suppose également de résoudre une tension stratégique. La construction d’un appareil territorial offre une base autonome, mais elle peut ne pas suffire à atteindre une masse critique. À l’inverse, le rapprochement avec des structures ou des figures issues d’appareils existants peut permettre d’accélérer la dynamique, au prix d’un arbitrage sur la lisibilité de la ligne. L’équilibre entre autonomie et alliance constitue un point de bascule.

Le facteur temps joue enfin un rôle déterminant. L’échéance de 2027 est proche au regard des transformations à opérer. Structurer un réseau, construire une image nationale et élaborer une offre politique cohérente exigent une montée en puissance rapide et maîtrisée. L’enjeu est sa capacité à atteindre un niveau suffisant dans le délai imparti.

Dans ce cadre, l’enjeu dépasse la seule trajectoire de David Lisnard. Il renvoie à une interrogation plus large sur l’évolution du système politique français. Une offre fondée sur la capacité effective à gouverner, articulée autour d’un ancrage territorial et d’une ligne cohérente, peut-elle émerger et s’imposer dans un paysage structuré par des logiques différentes ?

La dynamique existe, même si son aboutissement dépendra de sa capacité à franchir plusieurs seuils. Le déplacement est déjà engagé. Il ne repose pas sur une recomposition doctrinale majeure, mais sur une tentative de réarticulation entre le politique et l’action. Dans un pays où la parole publique a perdu une partie de sa crédibilité, la capacité à produire des résultats tangibles redevient un critère de jugement central.

La présidentielle de 2027 ne dépendra pas uniquement des oppositions idéologiques ou des dynamiques de rejet. Elle reposera sur la perception de la capacité à exercer le pouvoir dans un environnement contraint. Dans ce contexte, la droite ne pourra se contenter de proposer une alternance. Elle devra démontrer qu’elle est en mesure d’assumer les coûts, les contraintes et les arbitrages que suppose l’exercice réel du pouvoir.

La question n’est donc pas seulement de savoir si elle peut gagner. Elle est de savoir si elle saura se donner les moyens d’assumer pleinement l’exercice du pouvoir.

Pierre Sassine

https://lediplomate.media/tribune-france-2027-droite-face-epreuve-pouvoir/ 

 


 

B) - David Lisnard : « L’autorité républicaine n’est pas l’ennemie de la liberté : elle en est la condition »

Publié en mars 2025 aux Éditions de l’Observatoire, Ainsi va la France, Manifeste libéral, propose un diagnostic sans fard du déclassement français et un agenda de réformes axé sur la liberté économique, la responsabilité et la décentralisation. Cette discussion intervient alors que David Lisnard, maire de Cannes, préside à la fois l’Association des maires de France (AMF) et le mouvement Nouvelle Énergie, et défend inlassablement l’idée d’un « État performance ».

Le Diplomate : Pourquoi un « manifeste libéral » maintenant ? Quelle est la thèse centrale qui traverse l’ouvrage (problème, démonstration, propositions), et en quoi se distingue-t-elle des essais politiques déjà publiés ces dernières années sur le déclin français ? 

David Lisnard : Parce que le moment l’exige. Ce livre est né d’une nécessité : celle de dire clairement que la France est entrée dans un cycle de déclassement rapide, visible, et trop accepté avec fatalisme. Ce que nous vivons n’est pas une simple crise passagère, mais une dégénérescence profonde du modèle social-étatiste, et d’un État-providence à la fois inefficace, infantilisant et ruineux. 

Ce manifeste est une réponse politique à cette urgence. 

C’est d’abord un constat. Celui du gâchis français ces dernières décennies, proportionnel à notre potentiel de prospérité, et désormais celui d’une France qui s’effondre dans de nombreux domaines vitaux – école, sécurité, justice, santé, industrie, natalité, culture, énergie. 

Elle est championne du monde de la dépense publique, des prélèvements obligatoires, des normes absurdes et de la dette. Elle étouffe sous une bureaucratie qui empêche d’agir, une culture de l’irresponsabilité qui dévalorise l’effort et une déconnexion croissante entre une certaine caste au pouvoir et l’immense majorité des Français.

Ensuite, la démonstration s’appuie sur des situations concrètes vécues sur le terrain, comme maire, comme petit commerçant et entrepreneur, comme président de l’Association des maires de France. Ces différentes expériences me permettent de confronter chaque jour la réalité à l’abstraction administrative. 

Enfin, les solutions : substituer l’Etat-performance à l’État-providence, c’est-à-dire reconstruire un État fort et efficace sur ses missions régaliennes, rendre leur autonomie aux collectivités, libérer la création de valeur, refonder l’école et notre système de santé, mener une politique nataliste ambitieuse, combattre le wokisme et l’islamisme, et retrouver une culture de la responsabilité.

Je n’ai pas voulu écrire un énième livre sur le déclassement français. Beaucoup l’ont fait et bien fait. Ce manifeste, est d’abord un outil pour tous ceux qui refusent de céder au fatalisme et veulent reconstruire un pays libre, juste et puissant. Il apporte des solutions concrètes puisées aux sources de la pensée libérale et du fameux carré magique « Liberté ; Responsabilité ; Propriété ; Dignité ». 

Votre manifeste part d’un constat de “déclassement”. Si vous ne deviez retenir que trois leviers immédiats (12–18 mois) pour enrayer ce déclassement sans aggraver le déficit, lesquels seraient-ils et quels ordres de grandeur budgétaires et réglementaires y associez-vous ?

C’est la baisse des dépenses et du déficit qui va nous fournir des leviers de croissance et de progrès. Cela, couplé à une remise en ordre profonde organisationnelle de l’Etat et sécuritaire. Tout est lié.

Notre projet repose sur une conviction simple : la France peut redevenir performante en diminuant les prélèvements et le déficit, à condition d’assumer des réformes structurelles courageuses, immédiates et lisibles.

Nous avons un cap clair : ramener la dépense publique au moins dans la moyenne européenne. Cela suppose un plan d’économies de 200 à 300 milliards d’euros, dont 60 à 80 milliards dès la première année, en supprimant les gaspillages, en réorganisant les pouvoirs publics, en mettant en concurrence les administrations et en les dirigeant, en ciblant les dépenses improductives, en réservant les prestations sociales non contributives aux Français. 

Mais réduire la dépense ne signifie pas différer l’action. Car le déclassement que je décris n’est pas seulement économique : il est d’abord intellectuel, moral et civique. C’est pourquoi je place l’éducation au premier rang des priorités au regard des résultats catastrophiques obtenus dans tous les classements internationaux. 

L’école a pour mission de transmettre les savoirs, de former l’intelligence, de cultiver la raison critique. Elle n’a pas à engager les élèves dans des combats idéologiques, ni à se substituer à la famille, ni à refléter les injonctions du moment. Elle doit permettre à chaque enfant, quel que soit son milieu, d’accéder aux humanités, aux sciences, à la langue, à la culture et à la rigueur intellectuelle.

Depuis des décennies, l’institution scolaire a été affaiblie par un pédagogisme dominant, qui a disqualifié les savoirs au profit de méthodes floues, relativistes, déstructurantes. Ce choix idéologique et égalitariste a produit une école moins exigeante et plus inégalitaire. Le système a échoué parce qu’il s’est éloigné de ce qui fonde l’émancipation : la méritocratie par l’instruction.

Nous engagerons une transformation profonde fondée sur quatre principes : transmission, exigence, liberté, responsabilité.

Au-delà du nécessaire recentrage sur les savoirs fondamentaux – avec un certificat de fin de primaire pour valider les acquis et conditionner le passage en 6ème, nous supprimerons la sectorisation scolaire en milieu urbain, nous permettrons l’autonomie des établissements, nous établirons une élection rigoureuse à l’entrée dans le métier d’enseignant, nous mettrons fin à l’endoctrinement à l’école, par le retrait des programmes de tout contenu militant. 

Ces mesures relèvent de la décision politique, du décret et de la circulaire. Nous voulons une école de la raison, du mérite, de la liberté éducative, et non un système bureaucratique soumis à la pensée dominante.

Le deuxième levier est la simplification radicale de l’action publique, fondée sur la clarté des responsabilités, la réduction des normes, et le réarmement des fonctions stratégiques de l’État.

L’organisation de l’action publique repose sur un modèle épuisé, centralisé, segmenté, opaque, coûteux. L’empilement des structures, la prolifération des normes, le morcellement des compétences, l’irresponsabilité administrative ont rendu l’État incapable d’agir efficacement. Le millefeuille administratif – directions, agences, opérateurs, autorités, inspections – paralyse la décision, alourdit les procédures et dilue les responsabilités.

Nous engagerons une réforme d’ensemble de l’organisation administrative fondée sur trois priorités. 

D’abord, supprimer nombre d’agences, d’opérateurs et de structures redondantes, en commençant par les secteurs les plus bureaucratisés : logement, écologie, emploi, santé. Cette rationalisation reposera sur une évaluation systématique de leur utilité, de leur coût, et de leur impact. 

Les missions utiles seront réintégrées dans les administrations centrales ou déconcentrées, les doublons supprimés. Ensuite, simplifier les procédures et alléger la norme, en mettant fin à la culture du contrôle préalable systématique. 

Nous remplacerons les autorisations par des déclarations, les circulaires par des cadres clairs, les seuils d’instruction par des délais garantis. 

Nous responsabiliserons les niveaux d’exécution, en renforçant le rôle des préfets comme pilotes opérationnels, et en transférant les compétences de proximité aux collectivités territoriales dans le respect du principe de subsidiarité. 

Ce plan de simplification est une condition de survie pour l’efficacité de l’action publique et pour le redressement des comptes. L’enjeu est aussi démocratique : en sortant de l’irresponsabilité administrative et de l’obésité normative, nous voulons restaurer la lisibilité de l’action publique, c’est-à-dire sa légitimité.

Enfin, le troisième levier que nous activerons est le contrôle migratoire, dont la politique est aujourd’hui à la fois inefficace, subie et dévoyée.

La France ne maîtrise plus ni les flux migratoires, ni les conditions d’entrée, ni les critères d’accueil. Non pas par manque de lois, mais parce que notre système est verrouillé par une architecture juridique complexe, dominée par les jurisprudences, les conventions internationales et les injonctions européennes. Cette situation crée une impuissance organisée où le juge se substitue à la volonté nationale. Il est devenu impossible de fixer des critères clairs d’entrée sur le territoire, d’expulser effectivement les étrangers délinquants, ou de conditionner les aides sociales à une durée suffisante de résidence et d’activité.

C’est pourquoi nous soumettrons aux Français un référendum pour permettre un changement de cadre juridique. Nous voulons inscrire dans la Constitution les principes qui nous redonneront la capacité de décider de notre politique migratoire. 

Cette réforme permettra de redéfinir la hiérarchie des normes, d’écarter l’automaticité de l’acquisition de la nationalité donc de remettre en cause le droit du sol, de supprimer le regroupement familial, de restreindre les conditions du droit d’asile à ses fondements essentiels.

Par ailleurs, nous refusons le relativisme qui nie l’identité française au nom d’un multiculturalisme de circonstance. 

L’assimilation n’est pas une idée d’hier, c’est une exigence républicaine d’aujourd’hui pour éviter les fractures de demain. Elle suppose une langue commune, une adhésion sans ambiguïté à nos principes, à notre art de vivre, et un refus explicite des comportements communautaristes, qu’ils soient fondés sur la religion, l’origine ou les appartenances ethniques.

Ces trois leviers sont les décisifs pour redresser notre pays, car ils touchent à l’essentiel : la formation des esprits, la capacité d’agir de l’État, et la cohésion de la nation. En les activant, nous engagerons un mouvement de transformation profond, au service de la liberté et de l’efficacité.

Vous opposez “État-providence” et “État-performance”. Concrètement, à quoi ressemble cet État dans l’école, la santé et la sécurité au quotidien (indicateurs de résultats, gouvernance locale, responsabilité des gestionnaires) ? Quels mécanismes d’évaluation publique obligatoires généraliseriez-vous en priorité ? 

L’État-providence est à bout de souffle. Son modèle reposait sur une croissance forte, une démographie dynamique, une immigration limitée et orientée vers le travail. Ces trois piliers ont disparu. Ce qui subsiste, c’est un système hypertrophié, inefficace et clientéliste, qui produit de la dette plus que des résultats. L’Etat-providence aujourd’hui appauvrit ceux qui travaillent et investissent, et subventionnent l’oisiveté. L’État-Performance que nous défendons se recentre sur ses missions régaliennes, assure les services publics essentiels, garantit la sécurité juridique, abandonne la prétention à tout encadrer, tout subventionner, tout piloter.

La règle sera que chacun doit faire sa vie et délègue ce qui relève de la justice et de la sécurité collective à l’État.

Un État-performance, c’est un État qui a des objectifs qualitatifs et quantitatifs, évalue ce qu’il fait, assume ses choix, publie ses résultats, se modernise et utilise tous les outils actuels de la robotique et de l’IA, supprime ce qui ne fonctionne pas, et où la légitimité de l’action publique repose sur la clarté des objectifs, la responsabilité individuelle des décideurs et des exécutants, l’obligation de rendre des comptes, et non sur la fuite en avant dépensière.

Concrètement, pour reprendre vos exemples, cela signifie dans l’école, une transformation complète du pilotage public. L’indicateur premier ne peut plus être le taux de dépense par élève, mais la progression réelle des acquis. Nous proposerons que chaque établissement publie annuellement un bilan pédagogique synthétique comprenant les résultats aux évaluations nationales (notamment en CM1 et 4e) et les progrès constatés par niveau. Le directeur d’établissement doit devenir un chef d’équipe à part entière, libre et responsable des recrutements (avec une autonomie élargie), de l’organisation, du climat scolaire et de l’articulation avec les collectivités.

Dans la santé, l’État-Performance repose sur deux principes : l’accès effectif aux soins pour chacun, et la responsabilisation des gestionnaires hospitaliers. Nous proposons de publier chaque année un rapport de performance hospitalière par établissement, fondé sur le délai moyen d’accès aux urgences, le taux de lits fermés, la part des dépenses non médicales dans le budget, le taux de satisfaction des patients et le taux de rotation des personnels. En parallèle, la tutelle des ARS, structures opaques et hors-sol, sera supprimée.

La formation médicale, qui doit rester très exigeante sur sa qualité, sera libérée pour permettre un plus grand nombre d’établissements universitaires, aux financements libres, sur tout le territoire.

En matière de sécurité, l’évaluation doit porter sur les résultats opérationnels. Nous proposons un indicateur synthétique de performance locale rendant publics, pour chaque circonscription, les taux d’élucidation, les temps moyens d’intervention, la présence effective des effectifs sur la voie publique, et le taux d’exécution des peines. Les polices municipales, dans les communes qui le souhaitent, verront leurs compétences renforcées dans un cadre expérimental sous contrôle judiciaire.

Ces évolutions sectorielles s’inscrivent dans une transformation plus profonde : le passage d’une administration de moyens à une culture du résultat. Cela suppose une rupture nette avec le réflexe bureaucratique. Le contrôle sera a posteriori, objectif, rigoureux. Il ne bloquera plus l’usage du plus grand nombre mais ciblera les abus des déviants. Ce changement de paradigme impliquera une révision du droit administratif, en particulier sur les mécanismes d’autorisation. Il faut passer d’un régime d’autorisations préalables à un régime de responsabilité individuelle. 

Nous généraliserons l’évaluation annuelle obligatoire des politiques publiques. Chaque programme, chaque opérateur, chaque administration fera l’objet d’une note publique de performance, accessible et comparable, croisant trois dimensions : efficacité, coût et résultats tangibles.

La numérisation stratégique des services publics suivra un modèle clair : automatisation des fonctions support, interopérabilité des systèmes, recours à l’intelligence artificielle pour anticiper les besoins, ce qui permettra au passage de remettre de l’humain au contact du public. Le numérique doit libérer du temps et permettre d’avoir plus d’agents sur le terrain, non pas créer davantage de contraintes.

Enfin, la transparence sera la règle. Chaque hôpital, école, tribunal, collectivité devra publier ses résultats, ses dépenses, ses indicateurs-clés. Le citoyen a le droit de savoir, pour pouvoir juger.

À lire aussi : Le Grand Entretien du Diplomate avec David Lisnard : « La souveraineté européenne n’existe pas ! »

Décentralisation et pouvoir local. À l’AMF, vous plaidez pour “laisser agir les communes”. Quelles compétences et quels flux financiers transféreriez-vous tout de suite au bloc communal/régional, et comment éviter l’effet “millefeuille” (doublons, normes) que vous dénoncez ? 

La France étouffe sous le poids d’un État central qui prétend tout savoir, tout prévoir, tout contrôler, mais qui ne sait plus rien faire correctement. Nous voulons rompre avec ce centralisme inefficace, pour construire une République des responsabilités fondée sur une vraie subsidiarité ascendante. 

Cela suppose une réforme structurelle articulée autour de trois piliers : clarification des compétences, autonomie fiscale, et responsabilité locale.

Nous proposons de créer des Provinces en lieu et place des départements et régions, dotées de compétences stratégiques (formation, infrastructures, développement économique) et d’une fiscalité propre. 

Le bloc communal serait consolidé sur toutes les politiques de proximité : urbanisme, logement, sécurité du quotidien, environnement, petite enfance, mobilités, services sociaux de premier niveau. 

Cette réforme mettra fin aux doublons multiples et aux responsabilités diluées.

Le levier fiscal est déterminant. Nous restaurerons une véritable autonomie fiscale locale, fondée sur trois principes clairs :

  • Réintroduction d’un impôt économique local dynamique, notamment via l’attribution directe d’une part de l’impôt sur les sociétés aux communes et aux provinces, pour recréer un lien entre développement économique local et financement public ;
  • Les collectivités doivent pouvoir moduler certains impôts ou contributions, au lieu de subir des dotations figées ou des impôts décidés à Paris sans contrepartie locale ;
  • Fin du système de dotations opaques et centralisées : la dotation globale de fonctionnement (DGF) doit être remplacée par des ressources propres prévisibles, pour que les collectivités cessent d’être des guichets dépendants du bon vouloir de Bercy.

Nous voulons également donner aux communes un véritable pouvoir réglementaire local, pour adapter les normes nationales aux réalités du terrain. Les maires ne peuvent plus être entravés par des règles irréalistes décidées à Paris, comme la loi SRU ou le ZAN institué par la loi Climat.

Pour lutter contre le millefeuille administratif, nous appliquerons une règle d’airain : une compétence, un décideur, un financeur. Les agences administratives redondantes seront supprimées. L’organisation territoriale de l’État sera recentrée autour du préfet, unique interlocuteur des élus. Les collectivités publieront chaque année leurs résultats, dépenses, et indicateurs clés.

Enfin, nous mettrons fin à la contractualisation léonine imposée par l’État central. La libre administration n’est pas un privilège, c’est un principe constitutionnel. Il doit être restauré pleinement.

Compétitivité et réindustrialisation. Votre livre évoque une reconquête industrielle (automobile, spatial, IA). Quelles mesures ciblées—fiscales, sociales, énergétiques—permettraient de relocaliser des chaînes de valeur sans subventionner des “canards boiteux” ? Quels critères d’« exit » imposer aux aides publiques ?

La réindustrialisation ne se fera pas à coups de chèques. La priorité n’est pas d’inventer de nouveaux dispositifs, mais de libérer les forces productives aujourd’hui paralysées par un cadre hostile à l’investissement, à la disponibilité du foncier à l’embauche et à la prise de risque.

Le premier levier est fiscal. La France reste l’un des pays qui taxe le plus la production, avec 3,7 % du PIB contre 0,8 % en Allemagne. Il faut supprimer immédiatement la C3S, impôt anachronique sur le chiffre d’affaires, et poursuivre la baisse des impôts de production dans une trajectoire claire et irréversible. 

La fiscalité sur les transmissions d’entreprise doit être allégée pour éviter les ruptures de capital productif, en particulier dans les PME industrielles et les ETI. Les différentes aides publiques aux entreprises ne peuvent pas compenser une fiscalité globale étouffante. Plutôt que de subventionner en aval, mieux vaut desserrer l’étau en amont. Donc, le principe sera de supprimer les aides aux entreprises et l’excès de prélèvements qui pèsent sur elles. 

Cela enlèvera de la bureaucratie et donc des pertes financières, de la complexité, de l’opacité, et donc nous permettra de lutter contre le capitalisme de connivence qui accompagne l’interventionnisme étatique. 

Le deuxième levier est social. Il faut réécrire le droit du travail pour simplifier les procédures, sécuriser les embauches et donner plus de marge aux accords d’entreprise. Une plus grande liberté contractuelle et la déjudiciarisation de certains contentieux du travail sont des conditions indispensables pour redéployer une base industrielle solide.

Le troisième levier est énergétique. Le nucléaire doit redevenir notre pilier stratégique : prolongation du parc existant, construction de nouveaux EPR, développement des petits réacteurs modulaires, soutien à la recherche sur la fusion. Le prix de l’électricité pour les industriels doit être sécurisé par un mécanisme de contrat long terme fondé sur le coût réel du nucléaire, en rupture avec les absurdités du marché européen.

Le quatrième levier est réglementaire. L’implantation d’usines ou de centres de production ne peut plus prendre des années comme aujourd’hui. Il faut créer un guichet local d’autorisation industrielle avec un délai maximal de six mois. La règle doit être : un porteur de projet, un interlocuteur, un calendrier. Les normes environnementales doivent être évaluées dans leur faisabilité, avec des objectifs maintenus mais des procédures simplifiées. Il faut rompre avec la naïveté réglementaire qui pénalise nos industries et favoriser des coalitions volontaires sur les secteurs critiques : IA, quantique, spatial, défense, batteries, semi-conducteurs. 

Le cinquième levier est financier. Il faut orienter notre épargne vers l’économie productive. Aujourd’hui, elle reste trop peu investie dans l’industrie. Cela passe par l’introduction d’un pilier de retraite obligatoire par capitalisation, qui permettra aux Français de constituer leur propre patrimoine retraite. Ce système, fondé sur la responsabilité individuelle, permettra de mobiliser cette épargne vers les PME et ETI industrielles. L’objectif est de réduire la dépendance au financement étranger et de reconstituer un actionnariat stable, sans créer de nouveaux mécanismes publics de redistribution ou de véhicules étatiques bureaucratiques.

Enfin, cette stratégie industrielle ne réussira que si elle est adossée à une ambition éducative et technologique. Nous proposons de renforcer les partenariats entre entreprises et établissements d’enseignement, de créer des chaires d’entreprises dans les secteurs critiques (IA, transition énergétique, cybersécurité, etc.) et de réformer le compte personnel de formation, aujourd’hui trop complexe et peu lisible.

Si l’État intervient, ce doit être de façon exceptionnelle, temporaire et conditionnée. Toute aide publique doit être assortie de critères d’« exit » clairs : durée limitée, objectifs contractuels mesurables, remboursement en cas d’échec. L’enjeu doit être de faciliter des transitions ou des investissements stratégiques à fort effet de levier.

La France n’a pas besoin d’un énième plan industriel. Elle a besoin d’un environnement cohérent, stable et libéré des carcans fiscaux, sociaux et bureaucratiques. L’industrie ne demande pas des subventions : elle réclame de la liberté, de la lisibilité et de la compétitivité. 

À lire aussi : ENTRETIEN – La victoire de Bruno Retailleau vue par David Lisnard

Moment politique. Dans une France contrainte par la trajectoire des comptes publics et la dispersion des forces parlementaires, quelle coalition d’idées jugez-vous réaliste pour faire adopter un paquet de réformes libérales (marché du travail, dépense, fiscalité locale) d’ici 2026 ? Et quelles concessions êtes-vous prêt à consentir pour bâtir une majorité d’action ?

Le pays a déjà beaucoup trop souffert des concessions et autres compromis.

Dans un pays marqué à la fois par une trajectoire budgétaire intenable et par un émiettement parlementaire chronique, la seule coalition d’idées réaliste est celle qui assume une ligne de rupture libérale, structurée autour de trois priorités : libérer le travail, assainir les finances publiques et restaurer l’autorité de l’État dans ses fonctions régaliennes.

Il ne s’agit pas de reconstituer artificiellement une majorité parlementaire introuvable, mais de créer une dynamique politique fondée sur la clarté des idées et la force du projet. Cette dynamique ne peut émerger que d’un mandat présidentiel clair, obtenu au suffrage universel sur la base d’un programme cohérent. C’est la condition indispensable pour surmonter la crise politique et institutionnelle actuelle.

Une telle majorité suppose de fédérer tous ceux qui refusent la fuite en avant budgétaire, qui ne se résignent pas à l’impuissance publique, et qui sont prêts à porter un programme d’efficacité régalienne, de liberté économique et de responsabilité locale. Les convergences existent : elles doivent être identifiées, assumées, puis traduites en propositions législatives concrètes.

Je suis prêt à discuter des modalités si elles permettent de construire cette majorité d’action. En revanche, je ne transigerai pas sur le fond. Aucune concession ne sera possible sur les principes : pas de relèvement de la fiscalité, pas de nouvelles dépenses sans économies équivalentes, pas de compromission avec les corporatismes ou les logiques de rente.

Culture civique et ordre républicain. Vous insistez sur la restauration de l’autorité et de la confiance (école, justice, police). Quelles réformes juridiques et administratives immédiates proposerez-vous pour rétablir l’effectivité des sanctions et la protection des agents publics, sans sacrifier les libertés ?

Nous vivons une crise profonde de l’autorité publique. Elle mine la confiance civique, désarme les institutions, et rend impossible toute cohésion nationale. Cette crise ne résulte pas d’un vide normatif, mais d’un excès de règles et d’un effondrement de l’exécution. 

Rétablir l’autorité ne signifie pas multiplier les lois, mais au contraire d’en supprimer et de faire respecter celles qui sont nécessaires. Cela suppose de rendre les sanctions certaines, rapides et visibles.

Sur le plan général, la première réforme doit donc porter sur l’exécution des peines. Toute peine prononcée doit être réellement effectuée, une fois purgées bien sûr les procédures contradictoires et les recours qui font l’état de droit.

Cela exige la suppression des réductions automatiques de peine (crédits de réduction de peine forfaitaires), l’exécution provisoire obligatoire pour toutes les infractions graves qui peuvent être réitérées et mettent en péril l’intégrité des personnes et l’interdiction de tout aménagement de peine pour les infractions commises en état de récidive, ou portant atteinte à l’intégrité physique.

Pour cela, il faut augmenter la capacité carcérale d’au moins 30 000 places, dont une part dédiée et adaptée aux peines courtes comme aux primo délinquants.

L’effectivité des peines exige aussi une justice accélérée et priorisée. Une présomption de comparution immédiate doit s’appliquer à toutes les infractions commises en flagrance, en particulier lorsqu’elles visent des agents publics dans l’exercice de leurs fonctions — enseignants, policiers, personnels soignants, de secours et de transport. 

Dans les cas les plus graves, une peine ferme doit pouvoir être prononcée et mise à exécution sous 72 heures, sans délai ni aménagement.

Pour garantir cette rapidité et cette cohérence, il convient de créer des pôles spécialisés au sein de chaque tribunal judiciaire, spécifiquement affectés au traitement des infractions contre les agents publics dont la protection doit être un axe structurant de la politique pénale.

L’autorité implique également de rétablir le lien entre droits sociaux et devoirs fondamentaux. Je propose en conséquence la suspension de l’accès aux prestations sociales non contributives en cas de condamnation pénale pour violences volontaires ou délits répétés, l’expulsion administrative sur décision motivée du maire des logements sociaux en cas de trouble grave à l’ordre public ou condamnation pénale d’un occupant, l’expulsion systématique des étrangers condamnés pour délits ou crimes. Le droit de séjour implique le respect de la loi.

L’autorité repose aussi sur l’éducation civique et la prévention. L’école doit redevenir un lieu d’apprentissage de la loi, de l’histoire nationale, de la laïcité, des principes républicains. 

Enfin, il faut rompre avec trois logiques délétères : l’impunité de fait, la judiciarisation sans exécution, et la compassion systématique envers les coupables. La France doit être respectée et pour cela la République ne peut plus reculer. Elle doit assumer la force juste, celle qui protège les gens honnêtes, et faire respecter la loi, sans faiblesse ni complaisance.

L’autorité républicaine n’est pas l’ennemie de la liberté : elle en est la condition.

Roland Lombardi

https://lediplomate.media/exclusif-le-grand-entretien-du-diplomate-avec-david-lisnard-lautorite-republicaine-nest-pas-lennemie-de-la-liberte-elle-en-est-la-co/ 

 


 

C) - Français, soyons excellents ou nous disparaîtrons ! 

Même les plus optimistes ne peuvent nier que l'Europe, cernée par des concurrents, n'est pas à la hauteur : nous travaillons beaucoup moins qu'ailleurs, les retraités sont mieux traités que les actifs, peu de nouvelles entreprises voient le jour, les innovateurs quittent le pays, les entreprises étrangères investissent très peu dans les technologies de pointe, la natalité diminue et nous formons beaucoup moins d'ingénieurs que sur tout autre continent. C'est particulièrement vrai en France, qui ressemble aujourd'hui à un camion fou dévalant une pente abrupte, avec quatre ou cinq conducteurs sans permis se disputant le volant. 

Sans entrer dans les détails, voici quelques chiffres : tandis que la Chine consacre 9 % de son PIB à la recherche et à l'innovation, et l'Allemagne et le Japon plus de 3,5 %, la France est, pour la première fois depuis 1981, sous la barre des 2 %. Alors que le Japon et l'Allemagne, pays vieillissants s'il en est, consacrent 9,5 % de leur PIB au financement des retraites, la France y consacre 15 %, et bien plus si l'on prend en compte toutes les dépenses liées au vieillissement de la population. En France, on prend sa retraite trois ans plus tôt que dans les autres pays européens, qui sont d'ailleurs en train de relever encore l'âge de la retraite. Près de la moitié de la dette publique française est liée à la mauvaise gestion des retraites, alors même que le système scolaire est en grande difficulté, les hôpitaux au bord de la faillite et que le taux de natalité s'effondre, rendant impossible le financement durable des retraites à leur niveau actuel. Tandis que l'Allemagne remplit ses écoles d'ingénieurs, la France peine à trouver des candidats, et notamment des femmes, pour les siennes. Alors que d'autres pays ont un gouvernement, un budget, des priorités claires et une vision suffisamment précise pour que les entrepreneurs envisagent d'investir, il faudrait être fou pour investir en France, un pays sans budget, dont le gouvernement abandonne ses rares réformes courageuses pour gagner quelques jours de plus, où tous les partis se contentent de promesses démagogiques et de concessions insensées à tous les groupes d'intérêt, où l'on en est arrivé à désigner des boucs émissaires, où les alliances d'un parlement balkanisé participent à un suicide collectif. Et là où il ne reste plus personne pour fixer un cap et s'y tenir. 
 
Il n'est donc guère surprenant que la démocratie, et les élites qui ont mené à ce désastre, soient remises en question ; et que beaucoup en viennent à croire qu'un gouvernement autoritaire, ou du moins illibéral, débarrassé des technocrates, ne ferait pas pire et, au moins, remettrait de l'ordre. Rien d'étonnant non plus à ce que les partis qui prônent cela soient xénophobes, anti-européens, nationalistes et populistes. 
 
 L'avenir est donc tout tracé : une victoire future pour le Rassemblement National, qui s'arrogera la volonté de transformer la France en un pays isolé et moyen, sans ambition d'excellence ni de puissance, un pays qui s'enorgueillira d'être gouverné par des non-diplômés, car les surdiplômés auront démontré leur incompétence. Car le programme de ce parti peut se résumer, quoi qu'en disent ses dirigeants, ainsi : « Plus d'impôts. Moins d'étrangers. Moins de travailleurs. 
 
Moins d'Europe. Moins d'excellence. » Sa mise en œuvre, applaudie par les retraités et tous ceux qui nourrissent la nostalgie d'une France idéalisée, ne fera qu'aggraver la crise financière du pays. Les élites partiront, tout comme les investisseurs et les chercheurs étrangers. La dette publique augmentera. Jusqu'à ce que les marchés, le FMI ou Bruxelles viennent nous rappeler à la réalité, comme ils l'ont fait pour d'autres pays qui ont perdu la moitié de leur niveau de vie. 
 
Et voilà ce qui attend la France dans moins de dix-huit mois. C'est la faute de ceux qui, pendant tant d'années, ont manqué de courage pour entreprendre les réformes nécessaires, préférant jouir du pouvoir plutôt que de l'utiliser pour élever le pays. Et de tous ceux qui, aujourd'hui, lâchement, se rallient aux puissants de demain, de peur de perdre leurs privilèges. 
 
Nous avons encore la possibilité de réagir. De ne pas nous résigner. De ne pas accepter une défaite absurde. Pour mettre en lumière une génération de jeunes gens exceptionnels, avides de travailler et de s'ouvrir au monde, indignés de voir leur place occupée par des rentiers de toutes sortes, des retraités ou des employés surnuméraires d'administrations pléthoriques, alors que nous manquons cruellement d'ingénieurs, d'enseignants, d'infirmiers, d'ouvriers qualifiés, de médecins, de policiers, d'agriculteurs et de tant d'autres professions essentielles à l'avenir du pays et, en particulier, à la résolution des problèmes environnementaux de demain. Cela exige des réformes courageuses. Par exemple, les retraités doivent accepter que leur part du revenu national diminue et qu'ils devront vivre de leurs biens, s'ils en possèdent, plutôt que des impôts payés par ceux qui travaillent. Et nous devons accueillir et intégrer un grand nombre d'étrangers, soigneusement sélectionnés afin qu'ils ne disparaissent pas.
 
Il ne reste plus beaucoup de temps pour réagir. Pour donner le pouvoir à la jeunesse. La solution ne réside certainement pas dans les partis actuels, qui ne proposent rien et ne pensent qu'à continuer de profiter des prévoyances publiques. Elle réside dans une prise de conscience des entreprises, des associations, des syndicats, des chercheurs, des jeunes, des personnes de bonne volonté, qui croient encore que la France et l'Europe doivent viser l'excellence et rester ouvertes sur le monde. C'est parmi eux que se trouvent les sources de cette prise de conscience. Espérons qu'elle ne tardera pas trop. 
 
 Jacques Attali 
 Jacques Attali est docteur en sciences économiques, diplômé de l'École Polytechnique et conseiller d'État. Conseiller spécial du président français François Mitterrand pendant dix ans, il est le fondateur de quatre institutions internationales : Action contre la Faim, Eureka, BERD et Positive Planet. Jacques Attali est l'auteur de 86 ouvrages (dont plus de 30 consacrés à la prospective), vendus à plus de 10 millions d'exemplaires et traduits en 22 langues. Il est chroniqueur pour les quotidiens économiques Les Echos et Nikkei, après avoir également collaboré avec L’Express. Jacques Attali dirige aussi régulièrement des orchestres à travers le monde.

 


 

D) - Vers un « état d’alerte de sécurité nationale » : le bellicisme assumé de Macron et de l’UE face à la Russie

La loi de programmation militaire actualisée : un réarmement sans précédent sous prétexte de « menaces géopolitiques »

Le 8 avril 2026, le gouvernement français a présenté en Conseil des ministres une actualisation majeure de la loi de programmation militaire (LPM) pour la période 2024-2030.

Ce texte, loin d’être une simple révision technique, constitue un tournant stratégique.

L’enveloppe budgétaire passe de 377 à 413 milliards d’euros d’ici 2030, soit une hausse supplémentaire de 36 milliards d’euros. Au cœur de cette réforme : la création d’un nouvel outil juridique inédit, l’« état d’alerte de sécurité nationale ». Activé par simple décret du Premier ministre, ce régime d’exception permettra des réquisitions massives dans les secteurs civil, logistique et sanitaire, le déploiement rapide des forces armées sur le territoire national, et des dérogations aux normes environnementales, aux marchés publics ou aux règles du droit du travail pour accélérer la production d’armements et la construction d’infrastructures militaires.

Officiellement, ce dispositif répond à « la multiplication des fronts géopolitiques » et à la nécessité de transformer la France en « base arrière » d’une éventuelle intervention majeure en Europe de l’Est. Il s’inscrit dans une logique de préparation à une « économie de guerre » permanente, avec des mesures concrètes comme l’autorisation pour 1.500 agents de sécurité privée d’utiliser des moyens antidrones, l’assouplissement des procédures de fabrication d’antidotes bactériologiques ou la simplification des procédures d’achat d’équipements militaires. Ce n’est plus une armée de professionnalisation post-Guerre froide, mais une armée prête à une mobilisation totale de la société.

L’« état d’alerte de sécurité nationale » : la fin officielle du temps de paix en France

Ce nouveau statut marque une rupture historique. Jusqu’ici, la France distinguait clairement le temps de paix et le temps de guerre.

Désormais, un simple décret suffira à basculer dans un régime hybride où l’État pourra réquisitionner usines, transports, hôpitaux ou même données personnelles sans passer par le Parlement.

Le gouvernement justifie cette mesure par les « menaces hybrides » attribuées à la Russie : cyberattaques, drones, sabotage des infrastructures ou « flotte fantôme » dans l’Atlantique.

Dans les faits, cette réforme aligne la France sur les doctrines les plus agressives de l’OTAN. Elle prépare le pays non seulement à défendre son territoire, mais surtout à soutenir une guerre de haute intensité sur le flanc est de l’Europe. Les généraux français eux-mêmes évoquent ouvertement un « choc » possible d’ici trois à quatre ans et décrivent la Russie comme « la plus grande et la plus dimensionnante menace » pour le continent. Cette rhétorique transforme une hypothèse stratégique en certitude politique.

Le bellicisme assumé d’Emmanuel Macron : la Russie, ennemi existentiel de l’Europe

Emmanuel Macron incarne depuis plusieurs années cette posture belliciste. Il n’a cessé de qualifier la Russie de « menace existentielle » pour l’Europe, d’envisager publiquement l’envoi de troupes françaises en Ukraine (y compris plusieurs milliers d’hommes dans une « force de réassurance » post-cessez-le-feu) et de multiplier les livraisons d’armes qui ont déjà épuisé 25 à 40 % des stocks stratégiques français. Ses déclarations sur une « confrontation » inévitable avec Moscou, ses appels répétés à une « économie de guerre » européenne et son alignement total sur les positions les plus dures de l’OTAN et de Washington traduisent une vision obsidionale.

Cette russophobie n’est pas isolée : elle est devenue la doctrine officielle de l’Union européenne. Bruxelles et les capitales européennes présentent systématiquement toute initiative russe comme une agression impérialiste, tandis que l’expansion continue de l’OTAN vers l’est depuis la fin de la Guerre froide est passée sous silence. Les exercices militaires massifs en Estonie, les discours sur la « défense européenne » et même le lancement d’une application « Défense + » pour mobiliser les jeunes citoyens s’inscrivent dans cette logique de confrontation permanente.

La russophobie européenne : un réflexe pavlovien pour masquer les échecs structurels de l’UE

Cette obsession anti-russe sert surtout à dissimuler les faiblesses profondes de l’Union européenne. À chaque crise – dépendance énergétique, désindustrialisation, inflation ou contestations sociales – Moscou est désignée comme le bouc émissaire idéal. Les sanctions successives contre la Russie, loin d’avoir affaibli Moscou comme promis, ont provoqué une explosion des prix de l’énergie en Europe, des profits records pour les fournisseurs américains et qataris de GNL, et un affaiblissement dramatique de la compétitivité industrielle du continent.

L’affaire Nord Stream reste emblématique : initialement imputée à la Russie, les enquêtes ultérieures ont révélé une réalité plus complexe que la narrative officielle n’a jamais assumée. Au lieu de reconnaître les erreurs stratégiques de Bruxelles (dépendance au gaz russe abandonnée sans alternative viable, perte de souveraineté énergétique), les dirigeants européens préfèrent entretenir une rhétorique de guerre froide 2.0. Résultat : l’Europe se retrouve plus dépendante des États-Unis, moins compétitive face à la Chine et coupée d’un partenaire historique qui représentait un marché immense et des ressources énergétiques bon marché.

Les risques d’une escalade incontrôlable : vers une Europe champ de bataille ?

En transformant la Russie en ennemi absolu, Macron et l’UE ignorent les réalités géostratégiques du XXIe siècle. La Fédération de Russie réagit à une expansion de l’OTAN jugée menaçante, conformément aux assurances données à Gorbatchev après 1989. En refusant toute négociation sérieuse, en présentant toute concession comme une capitulation et en préparant les opinions publiques à une guerre longue, les dirigeants européens risquent de précipiter le continent dans un engrenage incontrôlable.

Les conséquences sont déjà visibles : épuisement des stocks militaires, explosion des dépenses publiques au détriment des services sociaux, et une France qui se prépare à devenir une « base arrière » d’un conflit qui ne la concerne pas directement. Cette logique belliciste isole davantage l’Europe du reste du monde, où une majorité de pays refuse de suivre cette croisade atlantiste.


 

Conclusion : la paix sacrifiée sur l’autel d’une idéologie atlantiste déconnectée

Au final, cette actualisation de la LPM et la rhétorique qui l’accompagne posent une question essentielle : cette escalade militaire et cette russophobie obsessionnelle servent-elles vraiment les intérêts de la France et de l’Europe ? Ou ne font-elles qu’accélérer un déclin stratégique et économique déjà bien engagé ?

En transformant le Vieux Continent en champ de bataille potentiel pour la troisième fois en un siècle, Emmanuel Macron et les institutions européennes semblent prêts à sacrifier la paix, la prospérité et la souveraineté sur l’autel d’une idéologie atlantiste qui a déjà fait la preuve de son échec.

Les débats parlementaires à venir sur ce texte seront décisifs. Sauront-ils imposer un sursaut de lucidité et de réalisme géopolitique, ou laisseront-ils la machine belliciste s’emballer jusqu’à l’irréparable ? L’avenir de la France et de l’Europe tout entière en dépend.

https://multipol360.com/vers-un-etat-dalerte-de-securite-nationale-le-bellicisme-assume-de-macron-et-de-lue-face-a-la-russie/

 

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