Les dangers qui planent derrière le sommet américain sur le terrorisme d'extrême gauche
Les États-Unis accueillent un « Sommet » international à Washington D.C., axé sur la « résurgence du terrorisme transnational d'extrême gauche ». Contrairement au large consensus qui a sous-tendu la création de la coalition globale contre Daesh il y a dix ans, cette réunion suscite un malaise général et illustre la divergence croissante entre les États-Unis et ses alliés européens sur les questions terroristes.
Les États-Unis accueillent un « Sommet » international à Washington D.C., axé sur la « résurgence du terrorisme transnational d'extrême gauche ». Contrairement au large consensus qui a sous-tendu la création de la coalition globale contre Daesh il y a dix ans, cette réunion suscite un malaise général et illustre la divergence croissante entre les États-Unis et ses alliés européens sur les questions terroristes.
Depuis le début de son second mandat, le président Trump semble obnubilé par l’extrême gauche, et plus précisément par le mouvement « Antifa ». Cette obsession n'est pas nouvelle. Il avait déjà appelé à la désignation du mouvement comme « terroriste » lors de son premier mandat présidentiel. Malgré des obstacles juridiques, il a finalement réussi en septembre 2025, faisant d'Antifa le premier groupe terroriste intérieur répertorié aux États-Unis, seulement dix jours après l'assassinat de son proche confident, Charlie Kirk, par un individu rapidement diabolisé comme « de gauche » – bien que son profil paraisse plus complexe.
Clivage transatlantique
Dans la nouvelle stratégie américaine de lutte contre le terrorisme, publiée en mai dernier, le terrorisme de gauche est élevé au rang de priorité absolue, aux côtés de seulement deux autres priorités : le terrorisme islamique et les cartels de drogue.
Les Européens s'accordent globalement sur ces deux dernières priorités. La majorité des services de renseignement européens considèrent que le djihadisme constitue la principale menace terroriste. Les Européens s'accordent également largement à dire que les cartels de la drogue représentent une menace sérieuse, même s’ils ne les considèrent pas comme un problème terroriste.
C'est sur la question du terrorisme de gauche que la divergence transatlantique devient la plus tangible. Bien que tous les services anti-terroristes européens surveillent les activités au sein des milieux extrémistes de gauche, ils ne considèrent généralement pas ces mouvements comme une menace prioritaire.
À l’inverse, la plupart des services de sécurité européens perçoivent l'extrémisme de droite comme la deuxième menace terroriste la plus significative, après le djihadisme. Aux États-Unis, l'extrémisme de droite a longtemps été considéré comme la principale menace terroriste intérieure, notamment par le FBI, mais il n’est nullement mentionné dans la nouvelle stratégie américaine. Il s’agit très clairement d’une décision politique puisque l’extrême droite américaine est aujourd’hui plus puissante que jamais.
Les conséquences de ces nouvelles orientations américaines sont déjà visibles. Alors que les extrémistes de droite qui ont pris d'assaut le Capitole américain en janvier 2021 ont été libérés avec l'approbation de Trump, des manifestants présumés « Antifa » ont été poursuivis, et condamnés pour terrorisme à de très longues peines de prison.
La lutte antiterroriste sous l'administration Trump est devenue un instrument politique. Après le 11 septembre 2001, le président George W. Bush s'était adressé au monde en disant « vous êtes soit avec nous, soit contre nous ». Aujourd'hui, le président Trump dit exactement la même chose, sauf qu'il trace la ligne selon un clivage politique gauche-droite, dans une approche qui s’avère extrêmement clivante.
Occasion manquée
Contrairement à la perception répandue, les Européens ne sont pas réticents à parler du terrorisme d'extrême gauche. Plusieurs services de renseignement européens ont déjà indiqué publiquement qu'ils notaient une augmentation de la menace de l'extrémisme violent d'extrême gauche, tout en insistant sur le fait qu'elle reste bien inférieure à celle de l'extrême droite.
Dans son dernier rapport annuel, l'Office fédéral allemand pour la protection de la Constitution (BfV) a pointé une augmentation de 60 % des crimes violents d'extrême gauche en 2025. La Sûreté de l’Etat belge (VSSE) a également signalé en 2025 davantage d'incidents violents liés à l'extrême gauche, tandis que le directeur de la Direction Nationale du Renseignement Territorial (DNRT) français observe une « escalade » de la menace d'extrême gauche.
Plusieurs incidents depuis le début de cette année semblent confirmer cette tendance. En janvier, le Vulkangruppe a revendiqué un incendie criminel qui a laissé des dizaines de milliers de foyers et d'entreprises sans électricité pendant plusieurs jours en Allemagne. En février, un groupe anarchiste a revendiqué la responsabilité du sabotage des infrastructures ferroviaires en Italie lors des Jeux Olympiques d'hiver.
La mort du militant d’extrême droite Quentin D., tué par des militants antifascistes lors d'une bagarre de rue à Lyon en février dernier, illustre que certains extrémistes de gauche sont également de plus en plus disposés à recourir à la violence contre d'autres personnes, essentiellement des extrémistes de droite, et plus seulement contre des biens matériels.
Le danger à venir
La divergence transatlantique qui s’opère en matière de lutte antiterroriste crée deux défis fondamentaux pour les Européens. Premièrement, il y a une tentative américaine claire d'influencer la perception des menaces en Europe, illustrée notamment par les multiples réunions organisées à travers l'Europe en amont du sommet. Or, les évaluations de la menace doivent impérativement demeurer indépendantes des pressions politiques, en particulier étrangères.
Deuxièmement, une division transatlantique croissante sur la lutte contre le terrorisme pourrait nuire gravement à la sécurité européenne. En effet, le renseignement américain est primordial dans les efforts européens de lutte contre le terrorisme, où il n'existe pas encore d'« autonomie stratégique ». Les agences américaines ont contribué à déjouer de nombreux attentats en Europe au fil des ans.
Des priorités divergentes pourraient avoir des conséquences concrètes. Si les États-Unis ne surveillent plus les réseaux extrémistes de droite, par exemple, les Européens perdront des renseignements essentiels et deviendront plus vulnérables. Une baisse de confiance entre les services anti-terroristes, notamment par crainte de l'instrumentalisation politique du renseignement, engendrerait des conséquences tout aussi négatives.
En conclusion, la principale menace pour les Européens ne vient pas tant du terrorisme d'extrême gauche, déjà très surveillé par les services de sécurité, mais davantage de la gestion d’une relation transatlantique sensible et de la politisation du contre-terrorisme américain.
Dr Thomas Renard est directeur du Centre international de lutte contre le terrorisme (ICCT), un groupe de réflexion à La Haye.
Trump veut internationaliser la lutte contre le «terrorisme d'extrême gauche»
Les États-Unis accueillent jeudi une réunion ministérielle visant à internationaliser la lutte contre l’extrémisme de gauche dont Antifa, classé par le président Donald Trump comme « organisation terroriste », dans un contexte d’augmentation des violences politiques.
Sous le titre de « Résurgence du terrorisme politique », le rendez-vous sous les auspices du secrétaire d’État Marco Rubio vise tout particulièrement le « terrorisme d’extrême gauche », qui, selon le gouvernement américain, est en hausse.
Plus d’une soixantaine de délégations, d’Europe à l’Asie, sont attendues à cette réunion à laquelle participeront également le ministre américain des Finances Scott Bessent et le conseiller immigration de Donald Trump, Stephen Miller.
La France sera représentée au niveau des hauts fonctionnaires, selon une source officielle française.
Le moment choisi peut surprendre alors que les États-Unis sont englués dans la guerre avec l’Iran.
Mais des responsables américains assurent que la réunion est en préparation depuis longtemps et qu’elle tombe à point nommé dans l’objectif de renforcer la coopération internationale dans ce domaine.
« Le terrorisme politique d’extrême gauche connaît un regain d’activité », a indiqué le département d’État dans un communiqué, soulignant qu’il « ne s’agit pas d’incidents isolés », mais d’une « stratégie délibérée, motivée par des considérations idéologiques, visant à déstabiliser les sociétés libres ».
« Pendant trop longtemps, cette menace est restée un angle mort dans la lutte antiterroriste menée par la communauté internationale, sous-estimée et dotée de moyens insuffisants, malgré le danger qu’elle représente », ajoute le texte.
Une analyse, très commentée à l’époque, du centre de réflexion américain Center for Strategic and International Studies (CSIS) publiée l’année dernière a relevé une augmentation de la violence d’extrême gauche aux États-Unis au cours des dix dernières années, soit depuis l’élection du président Donald Trump en 2016.
Mais, ajoutaient les auteurs de l’étude, « elle a augmenté par rapport à des niveaux très bas, et reste bien inférieure aux niveaux historiques de violence perpétrée par des auteurs d’attaques d’extrême droite et jihadistes ».
Caractère transnational
Des responsables américains citent l’Europe en exemple, évoquant notamment le sabotage du réseau ferroviaire français pour l’ouverture des Jeux olympiques en 2024, ou encore la mort du militant nationaliste Quentin Deranque en février, imputée à des antifascistes.
Mais aussi des attaques attribuées à l’extrême gauche en Italie en 2024 et en Allemagne en début d’année, ou, début juillet, les attentats contre plusieurs membres d’un parti conservateur en Grèce, ayant fait un mort et quatre blessés.
Le sujet « n’a pas vraiment été abordé collectivement de manière efficace » compte tenu de son caractère transnational et de son mode opératoire « sophistiqué », a confié mercredi à des journalistes un haut responsable du département d’Etat sous couvert de l’anonymat.
Dans un récent rapport sur l’antiterrorisme, l’administration Trump s’en est prise à l’Europe, qualifiée d’« incubateur de menaces terroristes ».
Ce document définit trois principales « menaces » contre la première puissance mondiale : « les narcoterroristes et les gangs internationaux », les « terroristes islamistes historiques » et les « extrémistes violents de gauche, y compris les anarchistes et les antifascistes ».
En cela, c’est une rupture avec la précédente administration du démocrate Joe Biden, qui avait au contraire désigné les groupuscules d’extrême droite, en particulier ceux se revendiquant du suprémacisme blanc, comme une menace majeure.
Groupuscules anarchistes
Le mouvement « Antifa », pour « antifasciste », est particulièrement dans le viseur.
Il s’agit d’un mouvement nébuleux d’activistes de gauche qui, selon les experts, relève davantage d’une idéologie politique que d’un groupe organisé.
Le président américain l’a désigné comme « organisation terroriste intérieure » l’an dernier, après l’assassinat de l’influenceur ultraconservateur Charlie Kirk.
À l’étranger, Washington a sanctionné des groupuscules en Europe dont « Antifa Ost », basé en Allemagne, ainsi que trois autres groupes anarchistes en Italie et en Grèce.
Aux Etats-Unis, la mouvance s’est notamment manifestée à partir de 2016 après la première élection de Donald Trump.
Les détracteurs de l’administration Trump relèvent que la violence d’extrême gauche reste historiquement bien en deçà de celle de l’extrême droite et accusent le dirigeant républicain d’attiser les violences.
Dès son retour à la Maison-Blanche en janvier 2025, il a gracié plus d’un millier de ses partisans qui avaient pris d’assaut le Capitole le 6 janvier 2021, pour empêcher la certification de la victoire de Joe Biden à l’élection présidentielle de 2020.
Donald Trump a lui-même été visé par trois tentatives d’attentat, la dernière en date en avril lors du gala de la presse de la Maison-Blanche.
Washington mobilise contre la violence d'extrême gauche
Les Etats-Unis de Donald Trump ont sonné la charge jeudi contre l'extrémisme de gauche visant notamment le mouvement Antifa lors d'une conférence internationale sur "la résurgence du terrorisme politique" aux relents idéologiques.
"Depuis bien trop longtemps, notre doctrine antiterroriste présente un angle mort: celui de la violence extrémiste issue de la gauche politique", a déclaré le secrétaire d'Etat américain, Marco Rubio, hôte de cette réunion ministérielle à Washington.
Il a appelé à renforcer la coopération internationale à l'image de ce qui a été entrepris contre la violence jihadiste pour lutter contre ce qu'il a qualifié de "rancœur venimeuse dissimulée sous le couvert de l'égalité et de la justice".
"Aujourd'hui encore, l'idée même que le terrorisme d'extrême gauche puisse constituer une menace sérieuse est considérée comme un délire de la droite, ou pire encore, comme un dangereux complot fasciste", a-t-il dit en relevant que le "gauchisme radical" tirait son inspiration d'une "haine de l'Occident".
Plus d'une soixantaine de délégations sont représentées à cette réunion à laquelle participent également le ministre américain des Finances Scott Bessent et le secrétaire général adjoint de la Maison Blanche Stephen Miller, considéré comme l'idéologue du président américain.
"Vous êtes ici parce que vos dirigeants politiques sont attaqués, poignardés et abattus dans vos rues (...). Que la situation empire, qu'on ne peut plus le nier ni l'ignorer, et qu'il est temps d'éradiquer ce mal", a poursuivi M. Rubio qui a profité de la tribune pour lancer une diatribe contre le communisme.
Une analyse du centre de réflexion américain Center for Strategic and International Studies (CSIS) publiée l'année dernière a relevé une augmentation de la violence d'extrême gauche aux Etats-Unis au cours des dix dernières années, soit depuis l'élection de Donald Trump en 2016.
Mais, ajoutaient les auteurs de l'étude, "elle a augmenté par rapport à des niveaux très bas, et reste bien inférieure aux niveaux historiques de violence perpétrée par des auteurs d'attaques d'extrême droite et jihadistes".
L'Europe visée
M. Rubio a cité l'Europe en exemple, évoquant notamment le sabotage du réseau ferroviaire français pour l'ouverture des Jeux olympiques en 2024, ou encore la mort du militant nationaliste Quentin Deranque en février à Lyon, imputée à des antifascistes.
Mais aussi des attaques attribuées à l'extrême gauche en Italie en 2024 et en Allemagne en début d'année, ainsi que l'attentat ayant visé début juillet des membres du parti conservateur grec faisant un mort.
Dans un récent rapport sur l'antiterrorisme, l'administration Trump s'en est pris à l'Europe, qualifiée d'"incubateur de menaces terroristes".
Ce document définit trois principales "menaces" contre la première puissance mondiale: "les narcoterroristes et les gangs internationaux", les "terroristes islamistes historiques" et les "extrémistes violents de gauche, y compris les anarchistes et les antifascistes".
Une rupture avec la précédente administration du démocrate Joe Biden, qui avait au contraire désigné les groupuscules d'extrême droite, en particulier ceux se revendiquant du suprémacisme blanc, comme une menace majeure.
Groupuscules anarchistes
Le mouvement "Antifa", pour "antifasciste", est particulièrement dans le viseur.
Il s'agit d'un mouvement nébuleux d'activistes de gauche qui, selon les experts, relève davantage d'une idéologie politique que d'un groupe organisé.
Le président américain l'a désigné comme "organisation terroriste intérieure" l'an dernier, après l'assassinat de l'influenceur ultraconservateur Charlie Kirk.
A l'étranger, Washington a sanctionné des groupuscules en Europe dont "Antifa Ost", basé en Allemagne, ainsi que trois autres groupes anarchistes en Italie et en Grèce.
M. Rubio a annoncé jeudi dans un communiqué des restrictions de visas contre des membres de groupuscules d'extrême gauche, sans toutefois les nommer, accusés d'inciter ou de participer à la violence.
S'exprimant devant la conférence, Stephen Miller s'en est pris de façon virulente aux "gauchistes", parlant d'un "cancer" et reprenant la thématique d'un supposé "ennemi" de l'intérieur.
Parlant des manifestants antifa, il a dit qu'ils étaient "déformés". "Aucune des personnes qui manifestent n'a l'air d'une personne normale", a-t-il lancé.
Les détracteurs de l'administration Trump relèvent que la violence d'extrême gauche reste historiquement bien en-deçà de celle de l'extrême droite et accusent le dirigeant républicain d'attiser lui-même les violences.
Dès son retour à la Maison Blanche en janvier 2025, Donald Trump a gracié plus d'un millier de ses partisans qui avaient pris d'assaut le Capitole le 6 janvier 2021, pour empêcher la certification de la victoire de Joe Biden à l'élection de 2020.
"L'accent mis sur l'extrémisme de gauche au détriment d'autres formes d'extrémisme violent est préoccupant", a réagi l'élu démocrate Gregory Meeks, exprimant ses doutes sur le caractère "apolitique" de cette approche.

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