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janvier 16, 2026

Français, soyons excellents ou nous disparaitrons et Sommes-nous prêts à payer le prix de la souveraineté ?! Jacques Attali

Français, soyons excellents ou nous disparaitrons !

Même le plus fieffé des optimistes ne peut nier que l’Europe, entourée de prédateurs, n’est pas à la hauteur des enjeux : on y travaille beaucoup moins qu’ailleurs, les retraités y sont mieux traités que les actifs, peu d’entreprises nouvelles y surgissent ; les innovateurs la quittent ; les entreprises étrangères y investissent très peu dans les domaines de pointe ; on y fait de moins en moins d’enfants ; on y forme beaucoup moins d’ingénieurs que sur tous les autres continents.  Et c’est particulièrement vrai en France, qui ressemble maintenant à un camion fou lancé dans une grande descente, avec quatre ou cinq chauffeurs sans permis se disputant le volant.


Sans aligner trop de chiffres, juste quelques-uns : quand la Chine consacre 9% de son PIB à la recherche et l’innovation, et l’Allemagne et le Japon plus de 3,5%, la France est, pour la première fois depuis 1981, en dessous de 2%. Quand le Japon et l’Allemagne, pays vieillissants s’il en est, consacrent 9, 5% de leur PIB au financement des retraites, la France y consacre 15% et bien plus si on tient compte de toutes les dépenses associées à l’âge.  En France, on part à la retraite trois ans avant les autres pays européens qui sont d’ailleurs en train d’augmenter encore l’âge de départ ; et près de la moitié de la dette publique française est liée à la mauvaise gestion des retraites, à un moment où le système scolaire est aux abois, les hôpitaux au bord de la faillite et où la natalité s’effondre, rendant impossible de financer durablement les retraites à leurs niveaux actuels. Quand l’Allemagne fait le plein de ses écoles d’ingénieurs, la France a le plus grand mal à trouver des candidats, et surtout des candidates, pour remplir les siennes. Quand les autres pays ont un gouvernement, avec un budget, des priorités claires et un horizon suffisamment éclairci pour que les entrepreneurs aient un peu envie d’investir, il faudrait être fou pour investir en France, pays qui n’a pas de budget, dont le gouvernement   abandonne ses rares  réformes  courageuses pour durer quelques jours de plus, où  tous les partis   se contentent de promesses démagogiques,  de  concessions insensées à tous les groupes d’intérêt,  où   on en  est à désigner des boucs émissaires , où  les palinodies d’un parlement balkanisé   participent d’un suicide collectif.  Et où il n’y a plus personne pour indiquer un cap et s’y tenir.

Pas étonnant alors que la démocratie, et les élites qui ont conduit à ce désastre, soient remises en cause ; et que beaucoup en viennent à penser qu’un gouvernement autoritaire, ou au moins illibéral, débarrassé des technocrates, ne ferait pas pire et au moins mettrait de l’ordre.  Pas étonnant non-plus que les partis qui prônent cela soient à la fois xénophobes, antieuropéens, nationalistes et populistes.

L’avenir est alors tout tracé : une victoire à venir du Rassemblement National, qui assumera la volonté de faire de la France un pays isolé, moyen, sans volonté d’excellence et de puissance, un pays qui se flattera d’être gouverné par des gens non diplômés parce que les super diplômés auront montré leur incompétence. Car le programme de ce parti se résume, quoique disent ceux qui le dirigent, à : « Plus d’impôt. Moins d’étrangers.  Moins de travailleurs.  Moins d’Europe. Moins d’excellence ». Sa mise en œuvre, applaudie par les retraités et par tous les nostalgiques d’une France imaginaire, ne fera qu’aggraver la crise financière du pays. Les élites en partiront, les investisseurs et les chercheurs étrangers en feront autant. La dette publique augmentera. Jusqu’à ce que les marchés, ou le FMI, ou Bruxelles, viennent rappeler le réel, comme ils l’ont fait à d’autres pays, qui y ont laissé la moitié de leur niveau de vie.

Et c’est ce qui attend la France dans moins de dix-huit mois. Par la faute de ceux qui n’ont pas eu le courage, depuis tant d’années, d’entreprendre les réformes nécessaires, en préférant jouir du pouvoir plutôt que de s’en servir pour porter plus haut le pays. Et de tous ceux qui, aujourd’hui, lâchement, rallient les puissants à venir, pour ne pas perdre leurs privilèges.

On a encore la possibilité de réagir. De ne pas se résigner. De ne pas prendre acte d’une étrange défaite.  De mettre en avant une jeunesse magnifique, qui ne demande qu’à se mettre au travail   et à s’ouvrir au monde, ; qui enrage de voir la place laissée aux rentiers de toutes nature, retraités ou employés  surnuméraires d’administrations pléthoriques, alors qu’on manque tant d’ingénieurs, de professeurs, d’infirmières, d’ouvriers qualifiés, de médecins, de policiers, de paysans, et de tant d’autres métiers vitaux pour l’avenir du pays  et en particulier pour affronter les problèmes environnementaux de demain.  Cela suppose des réformes courageuses. Par exemple, les retraités doivent accepter de voir leur part du revenu national baisser, et vivre en dépensant leur patrimoine, lorsqu’ils en ont un, et pas des impôts payés par ceux qui travaillent. Et il faut bien accueillir et très bien intégrer un grand nombre d’étrangers, soigneusement choisis, pour ne pas disparaître.

Il ne reste pas beaucoup de temps pour réagir. Pour donner le pouvoir aux plus jeunes. La réponse n’est sûrement pas dans les partis actuels, qui ne proposent rien et ne pensent qu’à continuer à profiter des prébendes publiques. Elle est dans un sursaut des entreprises, des associations, des syndicats, des chercheurs, des jeunes, des gens de bonne volonté, qui croient encore que la France et l’Europe doivent viser l’excellence et rester, pour cela, ouvertes au monde. C’est parmi eux que se trouvent les sources d’un éveil. En espérant qu’il ne tarde pas trop.

http://www.attali.com/societe/francais-soyons-excellents-ou-nous-disparaitrons/ 


Sommes-nous prêts à payer le prix de la souveraineté ?

Depuis quelques mois, chacun a compris l’importance de ne pas dépendre d’une source unique de produits agricoles, d’énergie, de matières premières, de composants, d’armement. Et de bien d’autres choses. Aux États-Unis, en Europe, en Chine, a commencé la chasse aux dépendances. Personne, nulle part en Occident au moins, ne veut plus se trouver en situation d’avoir besoin d’attendre l’accord des Chinois pour avoir les aimants nécessaires à son industrie automobile. Aucun industriel chinois ne veut plus dépendre des microprocesseurs graphiques et des plateformes de calcul fabriqués par Nvidia. Aucune entreprise américaine ne veut plus dépendre des Chinois pour les terres rares et les matériaux critiques. Les Européens réalisent la sujétion dans lesquels ils se sont placés en n’ayant aucun acteur sérieux dans les messageries numériques, les monnaies digitales, les centres de données et les matériaux critiques, sans compter leur vieille dépendance aux énergies fossiles venues d’ailleurs.  Aucun de ces pays ne veut dépendre d’autres pour se nourrir. Beaucoup de ces pays, pour d’autres raisons, souhaitent réduire leur dépendance à l’égard des travailleurs étrangers, sans qui, pourtant, la plupart des tâches essentielles, invisibles, sans laquelle aucune société ne pourrait fonctionner, ne seraient pas remplies.  Enfin, dépendance ultime, nous sommes souvent, consciemment ou non, dépendant de gens que nous laissons mourir pour nous, au travail ou au combat, sans trop vouloir les voir, parce qu’ils sont loin, porteurs de notre honte, combattants ukrainiens dans les tranchées du Donbass ou travailleurs ouïghours dans les ateliers de Shein.

Quel prix serions-nous prêts à payer pour échapper à ces dépendances ?

D’abord, la souveraineté est inflationniste. C’est très évident, quand elle se manifeste par des droits de douane, qui visent à réduire l’incitation à acheter des produits étrangers. Tout aussi évident quand il s’agit de se priver de travailleurs étrangers sur notre sol, ou des produits fabriqués par des travailleurs étrangers surexploités chez eux. Tout aussi évident quand il s’agit d’assurer la production des produits agricoles vitaux. Un peu moins évident quand il s’agit de diversifier nos sources d’approvisionnement en matériaux critiques, en terres rares, en composants électroniques, en microprocesseurs, en sources d’énergie fossile. Moins encore évident, mais tout aussi réel quand il s’agit d’investir pour se doter de ressources et d’usines sur le sol national recyclant des matériaux déjà utilisés, ou développant des sources nouvelles d’énergie, ou des installations de raffinage de matériaux très largement disponibles à l’état brut, mais raffinés pour l’essentiel aujourd’hui en Chine. Déjà, aux Etats-Unis, l’inflation revient, en raison de cette obsession antichinoise, principale menace à la souveraineté américaine, et en raison d’une politique anti-immigré faisant apparaitre la dépendance totale de l’économie américaine aux 31 millions de travailleurs nés à l’étranger, dont près de la moitié sont encore en situation irrégulière et dont dépendent toutes les industries et tous les services américains. On peut donc s’attendre à ce que la question de l’inflation, c’est-à-dire du pouvoir d’achat pèse plus que jamais dans les prochaines échéances électorales aux États-Unis et, dans une moindre mesure, en Europe.

Ensuite, la souveraineté est fiscalement coûteuse : pour être souverain, il faut se lancer dans des investissements très lourds, que le secteur privé ne trouvera pas toujours utile d’initier. Il faudra en particulier que le secteur public insiste pour que se développent des centrales nucléaires, mobiles, grandes ou très grandes, qu’il fasse ce qu’il faut pour aider les entreprises privées à automatiser les productions qu’elles ne pourront plus sous-traiter à des travailleurs étrangers.  Plus généralement, il faudra que l’État intervienne plus activement par des réglementations pour inciter à consommer des produits locaux et pour imposer aux productions étrangères des barrières, tarifaires ou non. La souveraineté supposera des impôts supplémentaires ou des choix budgétaires exigeants.

Ensuite la souveraineté est géopolitiquement contraignante. Elle oblige à diversifier ses alliances, à multiplier ses sources d’approvisionnement, à prendre garde à ses ennemis, même parmi ses alliés.

Enfin, la recherche de souveraineté est militairement exigeante : Pour être réellement souverain, il faut que ses armements soient produits nationalement, ou au moins par des alliés fiables, ne pas dépendre d’eux, ou au moins pas d’un seul, pour les renouveler, pour disposer de pièces de rechange, et pour en avoir un droit d’usage plein et entier. Plus encore, il n’y a pas de véritable souveraineté sans préparation au combat. En clair, on ne peut pas être souverain, ultimement, si on n’est pas prêt à mourir pour la liberté de ses enfants.  Qui y est prêt, aux États-Unis, où plus grand monde veut accepter d’engager des troupes sur les théâtres extérieurs d’opération ?   En Europe, où l’idée de mourir pour Kiev ou Vilnius n’enthousiasme personne ? Sauf en Chine, ou le patriotisme semble encore indiscuté ?

Oui, la liberté a un coût. Mais elle rapporte aussi un bénéfice :  Sur le terrain économique, ce sont les nations ayant les premières pris conscience d’un risque de manque et ayant eu la force d’y répondre qui ont développé les technologies de remplacement de ces manques : Les Provinces-Unies, avec l’industrie des colorants, quand elles étaient trop dépendantes des céréales. La Grande-Bretagne avec l’industrie du charbon fossile, quand les sources d’énergie antérieures se sont taries.  Plus largement, la lutte contre les raretés, et la recherche de la souveraineté ont été à la source de la plupart des innovations majeures et des alliances des deux derniers millénaires ; elle peut   encore, aujourd’hui, conduire, en Europe, à un sursaut scientifique et technologique et au rassemblement   de nations comprenant que leur souveraineté   passe par un altruisme rationnel à l’égard de leurs alliés.

Mal pensée, la recherche de souveraineté conduira à la récession, à l’inflation, à la xénophobie, à la dictature et à la guerre, comme cela s’annonce dans toutes les tentatives national-populistes qu’on voit fleurir aujourd’hui   aux États-Unis, en Europe et en Asie.

Bien pensée, la volonté d’être souverain peut être l’occasion de rapprochements entre voisins pour penser ensemble un monde plus dynamique, plus juste, plus innovant, plus durable, et plus pacifique.

Jacques Attali 

 Jacques Attali est docteur en économie, polytechnicien et conseiller d’État. Conseiller spécial du Président de la République François Mitterrand pendant 10 ans, il est le fondateur de 4 institutions internationales : Action contre la faim, Eureka, BERD, Positive Planet.

Jacques Attali est l’auteur de 86 livres (dont plus de 30 consacrés à l’analyse de l’avenir), vendus à 10 millions d’exemplaires et traduits en 22 langues. Il est éditorialiste pour les quotidiens économiques Les Échos et Nikkei après l’avoir été pour L’Express. 

Il dirige régulièrement des orchestres à travers le monde.

https://www.attali.com/economie-positive/sommes-nous-prets-a-payer-le-prix-de-la-souverainete/ 

 

 

 

janvier 09, 2026

Vilfredo Pareto: L'avenir de l'Europe : une perspective italienne 1925

L'avenir de l'Europe : une perspective italienne
 
 [Note de l'éditeur : Vilfredo Pareto est surtout connu pour ses travaux d'économiste. Bien qu'il n'appartienne pas à l'École autrichienne, Rothbard souligne qu'il était également un théoricien politique radical, influencé par Gustave de Molinari et Herbert Spencer. À ce titre, il mérite d'être mentionné, notamment pour son excellent travail sur la « circulation des élites » et la théorie libérale classique de l'exploitation. Le texte ci-dessous est un article mineur de Pareto, écrit pour The Living Age en 1925, dans le cadre d'une série de tribunes consacrées à l'évolution de l'Europe dans la décennie qui suivit la Première Guerre mondiale. On y perçoit l'approche très directe de Pareto en matière politique, ainsi que son excellent flair pour l'économie. Il y démontre sa compréhension des enjeux politiques de l'inflation monétaire et comprend que le traité de Versailles allait engendrer un nouveau conflit en Europe.] 
 
Extrait de : The Living Age, samedi 25 novembre 1922, p. 447-450.
 
 

 
« Puisque nous n'avons pas pu instaurer une nouvelle ère économique dans les faits, nous avons insisté pour qu'elle en soit l'apparence. Nous avons donc augmenté les salaires et les revenus nominaux, mais nous les avons versés en monnaie fictive… » 
 
 Vilfredo Pareto

Notre société présente, sous certains aspects, des analogies frappantes avec la société romaine à la fin de la République. L'une d'elles réside dans le contrôle exercé sur les affaires du monde par une ploutocratie démagogique. Les autocrates de Rome achetaient, lors de leur élection, le privilège d'exploiter les provinces, et, grâce aux profits extorqués aux provinciaux, ils s'assuraient ensuite le soutien des électeurs dans leur propre ville. De même, nos ploutocrates dépensent sans compter pour obtenir des faveurs législatives. Les dépenses de campagne aux États-Unis sont tout aussi élevées qu'elles l'ont jamais été à Rome. 
 
Les impôts prélevés sur le peuple par le biais de droits de douane élevés et autres artifices politiques modernes sont plus réguliers, moins arbitraires et moins illégaux que les exactions des proconsuls romains, mais tout aussi profitables aux classes exploiteuses. 
 
Lorsque Rome entreprit la série de guerres étrangères qui soumirent le bassin méditerranéen et entraînèrent le triomphe d'une ploutocratie démagogique, le peuple hésita à approuver cette politique. Tite-Live nous rapporte qu'en 200 avant J.-C. La proposition de déclarer la guerre à la Macédoine fut rejetée dès le premier tour de scrutin par la quasi-totalité des siècles. Ce fut le sentiment spontané d'hommes las et épuisés par les fatigues et les dangers d'une guerre longue et ardue. Le tribun Quintus Babius accusa les sénateurs de déclencher des guerres qui n'engendraient que de nouveaux conflits, afin d'empêcher le peuple de jouir des bienfaits de la paix. Lors d'une seconde élection, le Sénat rallia le peuple à sa cause. De nos jours, les rivalités des grands intérêts commerciaux ont joué un rôle non négligeable dans le déclenchement et la prolongation de la Première Guerre mondiale ; et il y a lieu de craindre que ces mêmes intérêts ne préparent aujourd'hui le terrain à de nouveaux conflits. 
 
En considérant le sujet d'un point de vue plus général, nous sommes frappés par le peu de changements survenus en plus de 2 000 ans dans les forces qui façonnent et animent la société. Nous espérions un avenir meilleur après la Première Guerre mondiale. Nous rêvions que la haine et les conflits entre les peuples prennent fin et qu'une ère de paix et de prospérité s'ouvre. 
 
Malheureusement, ces espoirs se révélèrent illusoires. La prostration de l'Allemagne, le chaos en Russie, la résurgence menaçante de l'islam et d'autres maux mortels pèsent lourdement sur le monde. La prospérité économique en retarde sans cesse l'avènement. Nous parlons avec éloquence de la reconstruction de l'Europe, mais nous ne prenons aucune mesure concrète pour y parvenir. 
 
 Il faut bien admettre que certains de nos espoirs prématurés étaient irréalisables. Comment pouvions-nous espérer que le peuple travaille moins et consomme davantage après l'immense destruction de richesses causée par la guerre ? Le traité de Versailles, s'il avait permis cela, aurait fait paraître le miracle de la multiplication des pains comme une simple broutille. 
 
Puisque nous n'avons pas pu instaurer une nouvelle ère économique réelle, nous avons insisté pour en avoir l'apparence. Nous avons donc augmenté les salaires et les revenus nominaux ; mais nous les avons versés dans une monnaie fictive, de sorte que leur pouvoir d'achat était inférieur à celui d'avant-guerre. Cela a profité à certains en leur permettant de rembourser d'anciennes dettes avec une monnaie dépréciée. Cela a transféré la propriété d'une classe sociale à une autre. Et cela a engendré une prospérité artificielle qui, bien que transitoire, a permis de maintenir temporairement l'ordre social et politique. 
 
Nous constatons aujourd'hui les premiers signes d'une réaction à cette situation anormale et illusoire. La journée de huit heures est remise en question ; les salaires se stabilisent peu à peu à leur niveau normal ; les transferts de richesse entre individus et classes sociales sont moins rapides qu'auparavant. En un mot, nous semblons revenir lentement à un équilibre économique.
 
Cependant, cela ne s'applique pas encore au commerce et aux transports. La prospérité du XIXe siècle était principalement due à une expansion anormale du commerce, rendue possible par des moyens de transport bon marché. Il ne suffit pas de produire à bas prix ; il faut aussi pouvoir commercialiser à bas prix. Par conséquent, lorsque nous érigeons des obstacles à la libre circulation des marchandises, nous nous attaquons à la prospérité à la racine même de son existence. 
 
Face à ces questions, l'Europe est tombée dans des contradictions inexplicables. Nous savons pertinemment qu'aucun pays ne peut honorer d'importants paiements périodiques à un autre pays s'il ne peut exporter ses marchandises. Pourtant, nous exigeons de l'Allemagne qu'elle verse des sommes considérables à ses voisins, alors même que nous l'empêchons d'exporter le fruit de son travail, de peur qu'elle n'inonde nos marchés. Certes, chaque pays cherche simplement à éviter que ses propres marchés ne soient inondés ; mais lorsque tous les gouvernements adoptent la même politique, l'industrie allemande se retrouve bloquée sur son propre territoire… 
 
 Essayons de comprendre pourquoi le monde est confronté à ces contradictions. Il faut d'abord distinguer l'intérêt public de l'intérêt privé. Les grands capitaines d'industrie, les financiers internationaux et les hommes politiques à leur solde pourraient bien tirer profit des contradictions politiques que nous venons de décrire… Après chaque grande guerre, par exemple, on observe une nouvelle ère de droits de douane élevés. Herbert Spencer a constaté ce phénomène après la guerre franco-allemande de 1870-1871. Il est particulièrement frappant aujourd'hui. Chaque pays s'efforce de s'isoler, non seulement économiquement, mais aussi intellectuellement. Naturellement, certains hommes et certains groupes cherchent à exploiter ces tendances à leur avantage. Comme ces états d'esprit évoluent très lentement, il faut s'attendre à la persistance de ces conditions, et de l'esprit qui les anime, jusqu'à la fin du cycle actuel de la ploutocratie démagogique. 
 
Un phénomène parallèle se produit sur le plan politique. Une illusion naïve nous a fait croire que la Grande Guerre serait suivie d'une ère de stabilité politique : « Magnus ab integro saeculorum nascitur ordo » (Magnus ab integro saeculorum nascitur ordo). Malheureusement, ces espoirs ont été déçus. Les mêmes conflits d'intérêts et rivalités qui existaient autrefois se manifestent aujourd'hui. La Conférence de Gênes était à bien des égards une copie du Congrès de Vienne de 1815, ou du Congrès de Vérone de 1822. Les parallèles entre eux sont frappants. Le désaccord entre l'Angleterre et la France concernant la reconnaissance du gouvernement soviétique trouvait un écho dans le désaccord qui, à la même époque, portait sur la reconnaissance des nouvelles républiques espagnoles d'Amérique. Même des détails mineurs, comme la distinction que les délégués tentaient d'établir entre reconnaissance de jure et reconnaissance de facto, se répètent. 
 
 Cette coïncidence n'est pas fortuite. Les mêmes motivations animaient l'Angleterre il y a un siècle qu'elles animent ses hommes d'État aujourd'hui. Son peuple est plus entreprenant sur les plans commercial, industriel et spéculatif que le peuple français ; et il avait déjà compris, il y a un siècle, les avantages matériels que pouvaient offrir les marchés américains. Aujourd'hui, l'attitude britannique à l'égard du marché russe est exactement la même.
 
Nous savons que les avantages escomptés de l'ouverture des marchés américains se sont révélés illusoires, et la grande crise économique de 1825 s'en est suivie. Il se pourrait que la même chose se produise avec l'ouverture du marché russe. Or, nous constatons une situation paradoxale : les Soviétiques perdent la confiance des socialistes et des ouvriers d'Europe occidentale précisément au moment où ils semblent regagner celle de nos capitalistes. La raison en est facile à comprendre : les affaires sont les affaires… 
 
Ainsi, nos visions d'une ère de prospérité après la guerre se sont avérées vaines ; et le mirage d'une ère de concorde politique universelle s'évanouit dès que nous tentons de le saisir. De sombres nuages ​​s'amoncellent à l'horizon oriental. L'Allemagne ne se repent pas et n'abandonnera pas ses projets de vengeance. Les efforts visant à ramener la Russie dans l'orbite des États bourgeois occidentaux sont peu prometteurs. Des intérêts politiques communs feront tôt ou tard de l'Allemagne et de la Russie des alliés. Une invasion armée de l'Europe occidentale par ces pays n'est pas à craindre dans l'immédiat, mais elle demeure une menace future. 
 
 L'histoire ne cesse de présenter d'étonnantes uniformités. Le Rhin, par exemple, mérite amplement son surnom de « Fleuve de Sang ». Depuis les temps les plus reculés jusqu'à nos jours, des peuples et des civilisations rivales se sont livrés à des combats sanglants sur ses rives. Il n'y a pas la moindre chance que le cours de l'histoire change désormais. Tacite, décrivant les peuples qui vivaient au-delà du Rhin, disait : « Puisse la haine mutuelle continuer à régner entre ces nations, faute d'amitié pour nous-mêmes ; car, accablés par les soucis de l'Empire, la Fortune ne peut nous offrir de meilleur cadeau que la discorde de nos ennemis. » 
 
C'est un principe que les hommes d'État de la première Révolution française, et des gouvernements de Napoléon Ier et Napoléon III, semblent avoir oublié. Leurs successeurs ont renforcé l'unité allemande par le traité de Versailles et suivent une voie qui jettera l'Allemagne et la Russie dans les bras l'une de l'autre. On a été prêt à compromettre l'avenir pour obtenir un avantage immédiat, ou à éviter un effort considérable alors qu'il aurait pu porter ses fruits. C’est ainsi qu’Athènes permit à la Macédoine de prospérer, jusqu’à soumettre le monde hellénique. C’est ainsi que les nations du bassin méditerranéen permirent à Rome de s’élever jusqu’à devenir la maîtresse du monde antique. Le progrès du monde a peut-être été favorisé par les causes qui ont ruiné Athènes et détruit Carthage. Si nous considérons l’état actuel du monde d’un point de vue plus large et plus philosophique, il est impossible de prévoir l’issue finale des circonstances auxquelles nous assistons. Toute tentative en ce sens relèverait de la vaine spéculation.
 

 
Vilfredo Federico Damaso Pareto (1848-1923) était un ingénieur, économiste et politologue italien.









Vilfredo Pareto

Vilfredo Pareto, né à Paris (France) le 15 juillet 1848 et décédé à Céligny (Suisse) le 19 août 1923, était un sociologue et économiste italien. Il a apporté de nombreuses contributions importantes dans ces deux matières, particulièrement dans l'étude de la distribution du revenu et dans l'analyse des choix individuels. Il a introduit le concept de l'efficacité et aidé le développement du champ de la microéconomie avec des idées telles que la courbe d'indifférence. Il est successeur de Léon Walras à la Chaire d'économie politique de l'université de Lausanne. 

Biographie

Vilfredo Pareto est né en 1848 à Paris, l'épicentre des révolutions populaires de cette année. Son père était un ingénieur italien, noble, exilé d'Italie comme partisan de Mazzini, républicain et anti-piémontais, sa mère était française. Le grand-père paternel, Giovanni Benedetto Pareto avait été fait baron de l'Empire par Napoléon.

Pendant son enfance en Italie Pareto a vécu dans un milieu de classe moyenne, et reçu une éducation de niveau élevé.

En 1870 il est diplômé en ingénierie de l'université polytechnique de Turin. Sa thèse était intitulée « Principes fondamentaux de l'équilibre des corps solides ». Son intérêt dans l'analyse de l'équilibre en économie et sociologie y fait ses premières manifestations.

Pendant quelques années, il travaille comme ingénieur, d'abord pour la compagnie italienne des chemins de fer, publique, puis dans l'industrie privée et devient directeur des Ferriere italiane. Son travail lui permet de voyager.

En 1886 il devient maître de conférence à l'université de Florence. Son séjour à Florence fut marqué par son activité politique, largement alimentée par ses frustrations contre les régulateurs étatiques. Libéral, il attaque le socialisme, le militarisme et le protectionnisme du gouvernement.

En 1889, après la mort de ses parents, Pareto change de style de vie : il quitte son travail et se marie à une Russe, Alessandra Bakounine. Il commence à écrire de nombreux articles polémiques contre le gouvernement, ce qui lui attire beaucoup d'ennuis comme l'interruption d'une de ses conférences par la police ou le refus d'une autorisation d'enseigner l'économie politique.

En 1893 il est nommé maître de conférence en économie à l'université de Lausanne en Suisse à la place de Walras qui le lui a proposé. Il y reste jusqu'à la fin de sa vie.

En 1898, il héberge des socialistes italiens fuyant la répression des émeutes.

En 1902, sa femme le quitte. Il vivra jusqu'à sa mort avec Jeanne Régis.

En 1906, il fait la fameuse observation selon laquelle 20 % de la population possédait 80 % de la propriété en Italie, observation à l'origine de la loi qui porte son nom.

En 1917, l'université de Lausanne organise son jubilé.

En 1923, il conseille aux fascistes d'adopter une politique libérale.

Il meurt à Céligny (Suisse) la même année.

Sociologie

Actions logiques et non-logiques

Son apport dans le domaine de la recherche sociologique se situe autour des concepts d'actions logiques étudiées à travers l'économie et des actions non-logiques étudiées par la sociologie. Les actions non-logiques étant constituées de résidus, c'est-à-dire tous les affects inhérents à l'homme. Tout son développement se trouvant dans son principal ouvrage: Traité de sociologie générale, publié en 1916 en italien, et en 1917 en français.

Masse et élite

Pareto distingue les classes sociales entre masse et élite, l'élite elle-même est séparée entre élite non gouvernementale et gouvernementale. De la masse montent perpétuellement de nouvelles élites que l'élite en place a le choix de combattre ou d'intégrer jusqu'à sa défaite et son remplacement. C'est cette lutte qui fait l'histoire. L'étude de la circulation des élites est souvent réduite à la fameuse phrase « L'histoire est un cimetière d'aristocraties ».

La distinction entre élite et masse s'applique à toutes les sociétés dans des proportions similaires, et la répartition des richesses est inégalement la même partout : la seule façon d'enrichir les plus pauvres est donc d'enrichir la société tout entière, plus vite qu'elle ne s'accroît.

Épistémologie

À l'encontre des préjugés scientistes de son époque, Pareto dénie à la science la faculté de définir un système politique, une morale, une religion idéaux. Le scientisme dénature la science en la surestimant : la science ne peut déterminer les fins humaines.

Le cynisme et le pessimisme de Pareto attaquent de front l'optimisme et le rationalisme d'Émile Durkheim. Illusions sont les tentatives d'organiser rationnellement la société, illusion de croire l'Homme animé par la raison, illusion de croire que la vertu progresse avec l'accroissement de la raison.

Pareto critique également les moralistes qui développent vainement des théories pour accorder les intérêts particuliers et collectifs. Le maximum d'utilité pour la collectivité n'est pas le maximum d'utilité de la collectivité.

Politique

Pareto est l'auteur d'une étude du socialisme dans son ouvrage Les Systèmes socialistes.

Pareto critique tout au long de son œuvre la faiblesse des élites en fin de règne qui cause leur perte : « Toute élite qui n'est pas prête à livrer bataille, pour défendre ses positions, est en pleine décadence, il ne lui reste plus qu'à laisser sa place à une autre élite ayant les qualité viriles qui lui manquent. C'est pure rêverie, si elle s'imagine que les principes humanitaires qu'elle a proclamés lui seront appliqués : les vainqueurs feront résonner à ses oreilles l'implacable vae victis. Le couperet de la guillotine s'aiguisait dans l'ombre quand, à la fin du siècle dernier (ndlr : fin XVIIIe), les classes dirigeantes françaises s'appliquaient à développer leur sensibilité. Cette société oisive et frivole, qui vivait en parasite dans le pays, parlait, dans ses soupers élégants, de délivrer le monde de la superstition et d'écraser l'infâme, sans se douter qu'elle-même allait être écrasée. » (Les Systèmes socialistes T.I, p.40-41)

Les régimes autoritaires

Les fascistes italiens se sont réclamés de Pareto, mort en 1923, et on dit souvent de lui qu'il justifie les régimes autoritaires.

Réduisant la théorie de Pareto sur les élites, ils justifient leur violence comme nécessaire pour maintenir l'ordre social. Le pouvoir qu'exerce l'élite, minoritaire, n'ayant in fine pas de fondement moral, la force peut être utilisée sans complexe, et le régime trouve dès lors sa justification dans son succès.

Pareto vit dans l'avènement du fascisme une réaction contre la décadence bourgeoise et son humanitarisme, un gage d'ordre. D'abord très hostile, il accueille favorablement l'avènement de Mussolini mais met en garde les fascistes contre « les aventures guerrières, la restriction de la liberté de la presse, la surimposition des riches et des paysans, la soumission à l'Église et au cléricalisme, la limitation de la liberté d'enseignement » (Gerarchia, revue fasciste, dans un article intitulé « Liberta »).

Pareto est élevé représentant de l'Italie à la Commission du désarmement de la SDN en décembre 1922 et sénateur en mars 1923. Il meurt peu après, bien avant la proclamation des lois fascistissimes.

Le libéralisme

Sur le plan économique, il estime que le libéralisme est le système le plus producteur de richesse et par conséquent celui qui enrichit le plus la société tout entière.

Sur le plan des idées politiques, Pareto semble préférer un régime fort et libéral, c'est-à-dire capable de faire respecter les libertés.

Maurice Allais voit en Pareto un grand libéral qui a cherché à réduire au maximum et dans la mesure du possible la contrainte qu'exerce la collectivité sur l'individu.

L'étatisation

Pareto annonce avec justesse l'interventionnisme croissant des États dans l'économie qui se produira au XXe siècle qui verra l'avènement de sociétés collectivistes. La bureaucratisation se substitue à la libre initiative. Pareto compare cette évolution à celle de Byzance et à celle du Bas-Empire.

Les outils statistiques Pareto

Il demeure célèbre pour son observation des 20 % de la population qui possèdent 80 % des richesses en Italie, généralisée plus tard (par Joseph Juran et d'autres) en distribution de Pareto. Cette observation a été étendue à d'autres domaines sous le terme de loi de Pareto. Par extension, on appelle diagramme de Pareto un type d'histogramme où les classes sont représentées par ordre décroissant de fréquence, ce qui permet de mettre en évidence les classes les plus importantes ; ce diagramme est utilisé en gestion de la qualité, où les classes représentent les défauts.

Il définit la notion d'optimum paretien comme une situation d'ensemble dans laquelle un individu ne peut améliorer sa situation sans détériorer celle d'un autre individu. Dans la théorie des jeux de John Forbes Nash, la situation est un optimum paretien si les agents sont satisfaits de leur choix et que les gains sont maximisés. Ces gains étant optimaux, si la situation d'un agent s'améliore, celle d'un autre doit se détériorer pour préserver l'équilibre. Un optimum de Pareto est également un équilibre de Nash (où la notion d'optimum n'intervient pas), l'inverse n'est pas vrai.

Le concept d'optimum de Pareto se démarque des thèses utilitaristes qui ne se préoccupent que de la quantité totale de « bien-être » de la société (et négligent le fait que le bien-être des uns peut se faire au détriment de celui d'une minorité).

Économie

Représentant du courant néoclassique, et plus particulièrement avec le Français Léon Walras de l’école de Lausanne, Vilfredo Pareto a laissé à la littérature économique plusieurs ouvrages majeurs comme son Cours d'économie politique (1896) et son Manuel d’économie politique (1909).

Un des ses plus importants apports a été de modifier les principes de la valeur-utilité chez les néoclassiques. Auparavant, un des postulats néoclassiques était l'existence d'une fonction d'utilité cardinale : l’individu rationnel est capable de déterminer le niveau absolu d’utilité d’un produit. Pareto lui substitue le principe plus réaliste d'utilité ordinale : l’individu rationnel est en fait capable de hiérarchiser ses préférences, de dire s’il préfère le produit A au produit B ou inversement.

Ce raisonnement le pousse à l’utilisation des courbes d’indifférence imaginées par Francis Edgeworth. Le principe de la courbe d'indifférence représente l’ensemble des combinaisons de deux produits, permettant d’obtenir une utilité donnée.

La généralisation de ses raisonnements à l’échelle de la société permet de déterminer la situation où l’utilisation des ressources est optimale. L’optimum de Pareto est la situation dans laquelle l’utilité (le bien-être) d’aucun individu ne peut être augmentée sans que ne soit réduite l’utilité d’un autre individu. Ce point est obtenu par l’intersection de la droite représentant les contraintes matérielles (ressources/budget) et de la courbe d’indifférence la plus élevée possible.

La référence à l'optimum de Pareto a permis aux économistes néoclassiques de démontrer mathématiquement la supériorité théorique de la concurrence pure et parfaite sur les modèles économiques alternatifs, à partir de leurs postulats.

Citations

  • La tendance à personnifier les abstractions, ou même seulement à leur donner une réalité objective, est telle que beaucoup de personnes se représentent la classe gouvernante presque comme une personne, ou au moins comme une unité concrète qu'ils lui supposent une volonté unique, et croient qu'en prenant des mesures logiques, elle réalise les programmes. C'est ainsi que beaucoup d'antisémites se représentent les sémites, beaucoup de socialistes les bourgeois. (Traité de sociologie générale, §2254)
  • Si en France on établit l’impôt sur le revenu, on commencera avec un taux progressif fort supportable, et puis, chaque année, à l’occasion du budget, on l’augmentera.[1]
  • Il est doux de prendre sa part d'un impôt qu'on ne paie pas.
  • Tous les révolutionnaires proclament à leur tour que les révolutions précédentes ont fini par tromper le peuple ; c'est leur révolution seule qui est la vraie révolution. « Tous les mouvements historiques précédents », déclarait le Manifeste communiste de 1848, « étaient des mouvements de minorités ou dans l'intérêt de minorités. Le mouvement prolétarien est le mouvement conscient et indépendant de l'immense majorité, dans l'intérêt de l'immense majorité ». Malheureusement, cette vraie révolution, qui doit apporter aux hommes un bonheur sans mélange, n'est qu'un mirage trompeur qui ne devient jamais une réalité. Elle est apparentée à l'âge d'or des millénaristes : toujours attendue, elle est toujours perdue dans les brumes du futur, échappant toujours à ses adeptes au moment où ils pensent la tenir.
  • Même si on démontrait d'une façon tout à fait évidente que la protection entraîne toujours une destruction de richesse, si on arrivait à l'enseigner à tous les citoyens, tout comme on leur apprend l'ABC, la protection perdrait un si petit nombre de partisans, le libre-échange en gagnerait si peu, que l'effet peut en être à peu près négligé, ou complètement. Les raisons qui font agir les Hommes sont tout autres. (Manuel d'économie politique)

Citations sur Vilfredo Pareto

  • Vilfredo Pareto, peut-être le fondateur d’une approche explicitement positiviste en économie, était le champion des deux erreurs. Rejetant l’approche de la préférence démontrée comme tautologique, il cherchait d’un côté à éliminer les préférences personnelles de la théorie économique, et de l’autre à étudier et à mesurer des échelles de préférences indépendamment de toute action réelle. Pareto est donc, à plus d’un égard, l’ancêtre spirituel de la plupart des théoriciens contemporains de la valeur. (Murray Rothbard, Toward a Reconstruction of Utility and Welfare Economics)
  • Prophétique, il avait annoncé quelques traits de la crise européenne d’aujourd’hui. Par exemple, que l’élite dirigeante d’aujourd’hui, composée presque uniquement de « renards », hommes de ruse et d’expédients, déracinés et toujours enclins à la nouveauté – Emmanuel Macron en est un bel exemple -, a perdu la confiance des masses, mais croit encore pouvoir résoudre tout problème par des combinaisons médiocres. Affaiblie par un humanitarisme sans vigueur, elle recule devant l’emploi de la force, dessinant ainsi le paysage politique que nous avons sous les yeux. Pareto est l’auteur d’une sentence qui est restée gravée dans tous les esprits : « L’Histoire est un cimetière d’aristocraties. » (Roland Jaccard, Causeur, été 2020)

Œuvres

  • 1892,
    • a. “Considerazioni sui principii fondamentali dell’economia politica pura”, Giornale degli economisti, maggio 1892: 389-420, reproduit en 1982, in Ecrits d’économie politique pure, in Vilfredo Pareto, OEuvres complètes, tome XXVI, Genève: Librairie Droz
    • b. "La teoria dei prezzi dei signori Auspitz e Lieben e le osservazioni del professore Walras", ("La théorie des prix de Monsieur Rudolf Auspitz et de Monsieur Richard Lieben et les observations du professeur Léon Walras"), Giornale degli economisti: Rivista mensile degli interessi italiani, Vol 4, pp201-239
  • 1895, “La legge della domanda”, Giornale degli economisti, janvier 1895 : 59-68, reproduit en 1982, in Vilfredo Pareto, Ecrits d’économie politique pure, in Vilfredo Pareto, OEuvres complètes, tome XXVI, Genève: Librairie Droz
  • 1896, La courbe de la répartition de la richesse, Université de Lausanne, Recueil publié par la Faculté de Droit à l’occasion de l’exposition nationale suisse, Genève, 1896, reproduit en 1967, in Vilfredo Pareto, Écrits sur la courbe de la répartition de la richesse, in OEuvres complètes, tome III, Genève
  • 1896, Cours d’économie politique, Lausanne : Rouge, 1896-7, reproduit en 1964, in Vilfredo Pareto, OEuvres complètes, Genève : Librairie Droz
  • 1900, “Sul fenomeno economico, lettera a Benedetto Croce”, Giornale degli Economisti, août 1900: 139-162, p. 144, reproduit en 1982 in Ecrits d’économie politique pure, in Vilfredo Pareto, OEuvres complètes, tome XXVI, Genève: Librairie Droz
  • 1903, “Anwendungen der Mathematik auf Nationalökonomie”, Encyklopädie der mathematischen Wissenschaften mit Einschluss ihrer Anwendungen, Leipzig, vol. I, n° 7, traduction française en 1966, in Statistique et Économie Mathématique, OEuvres Complètes de Vilfredo Pareto, t. VIII, Genève : Librairie Droz
  • 1906, Manuel d’économie politique, Piccola Bibliotheca Scientifica, Milano : Società Editrice Libraria,
- 1ère édition française en 1909, Paris : Giard et Brière, 1909,
- 4ème édition en 1966, in OEuvres Complètes de Vilfredo Pareto, Genève : Librairie Droz
  • 1908, “Economia sperimentale”, Giornale degli Economisti, juillet : 6-18,
- Traduction française en 1976, in Faits et Théories, Genève : Librairie Droz
  • 1916, "Trattato di Sociologia Generale", Florence: Barbera
    • Traduction en anglais en 1963, "The Mind and Society: A Treatise on General Sociology", 4 vols. New York: Dover (Volume 1: Non-logical Conduct. Volume 2: Theory of Residues. Volume 3: Theory of Derivations, Volume 4: The General Form of Society)
    • Traduction française en 1968, réédition in "Œuvres Complètes de Vilfredo Pareto", Genève : Librairie Droz
  • 1918, “L’interpolazione per le ricerca delle leggi economiche”, Giornale degli economisti, maggio 1907: 366-385,
- Reproduit en 1982 in Ecrits d’économie politique pure, in Vilfredo Pareto, OEuvres complètes, tome XXVI, Genève: Librairie Droz
  • 2008, Le Péril socialiste, recueil d'articles, éditions du Trident
  • 2009, "The application of mathematics to political economy", History of Economic Ideas, Vol 17, n°1, pp158-179

Littérature secondaire

  • 1944,
    • Joseph Spengler, "Pareto on Population", Part I, The Quarterly Journal of Economics, Vol 58, n°4, pp571-601
    • Joseph Spengler, "Pareto on Population", Part II, The Quarterly Journal of Economics, Vol 59, n°1, pp107-133
  • 1968, S. E. Finer, "Pareto and Pluto-Democracy: The Retreat to Galapagos", American Political Science Review, 62 (2), pp440–450
  • 1997, Fiorenzo Mornati, "The pure economics of Pareto before the 'Cours d'économie politique", History of Economic Ideas, Vol 5, n°3, pp=9-102
  • 1999,
    • Alban Bouvier, dir., Pareto aujourd'hui, Presses Universitaires de France, Paris
    • Carlo Lottieri, Elitisme classique (Mosca et Pareto) et élitisme libertarien: analogies et différences, In: Alban Bouvier, dir., Pareto aujourd'hui, Presses Universitaires de France, Paris, pp199-219
  • 2000, Fiorenzo Mornati, "Pareto e il socialismo sino alla vigilia della pubblicazione dei Systèmes socialistes: una ricognizione dei testi", ("Pareto et le socialisme jusqu'à la veille de la publication des Systèmes socialistes : une étude des textes"), In: Marco E.L. Guidi, Luca Michelini, dir., "Marginalismo e socialismo nell'Italia liberale, 1870-1925", ("Marginalisme et socialisme dans l'Italie libérale, 1870-1925"), Giangiacomo Feltrinelli Editore, Milano
  • 2001, Patrik Aspers, "Crossing the Boundary of Economics and Sociology: The Case of Vilfredo Pareto", American Journal of Economics & Sociology, Vol 60, pp519-545
  • 2006,
    • Richard Bellamy, "Vilfredo Pareto", In: J. Scott, dir., "Fifty Key Sociologists: The Formative Years", Routledge, pp128-131
    • Philippe Steiner, "Vilfredo Pareto et la révision du libéralisme économique classique", In: Philippe Nemo et Jean Petitot, dir., Histoire du libéralisme en Europe, Collection Quadridge, Presses Universitaires de France

Notes et références


  1. Repris par Alain Laurent et Claude Reichman in Théories contre l'impôt, Les Belles Lettres, 2000, ISBN 2251390324

Informations complémentaires

Articles connexes



 


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