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mars 12, 2026

MUNICIPALES ((2026): Seul vote utile): Mais que deviennent-elles, que deviendront-elles ?

Sommaire:

A) - GÉNÉRATION MUNICIPALES 2026 (en partenariat avec l'ESJ Paris)

B) - Les dernières vraies élections municipales ?

C) - Géopolitique de l’immigration

D) - Le RN, à l'épreuve des municipales : forces et faiblesses

E) - La bataille de Paris

F) - Fraude électorale à Marseille : un système électoral clientéliste entretenu dans les métropoles ?

 



 

A) - GÉNÉRATION MUNICIPALES 2026 (en partenariat avec l'ESJ Paris)

L’École Supérieure de Journalisme de Paris (ESJ Paris) et ‪La Nouvelle Revue Politique poursuivent leur série d’émissions exceptionnelles consacrées aux enjeux des élections municipales, en s’intéressant cette fois à cette question centrale : comment la figure du maire s’est-elle transformée au fil de l’histoire, et que révèle cette évolution des attentes démocratiques contemporaines ?

 

L’École Supérieure de Journalisme de Paris (ESJ Paris) et ‪@LaNRPtv poursuivent leur série d’émissions exceptionnelles consacrées aux enjeux des élections municipales, en s’intéressant cette fois à cette question centrale : comment la figure du maire s’est-elle transformée au fil de l’histoire, et que révèle cette évolution des attentes démocratiques contemporaines ? Dans ce second épisode de Génération Municipales 2026, Arnaud Benedetti, directeur de la Nouvelle Revue Politique, dialogue avec nos étudiants Gautier et Jean-Bosco pour interroger l’historien Éric Anceau. Ensemble, ils reviennent sur la construction progressive du rôle de maire : de l’élu de proximité garant de l’ordre local à l’acteur politique exposé, pris entre responsabilités croissantes, exigences citoyennes et recomposition du pouvoir territorial.  L’émission explore les tensions qui traversent aujourd’hui la fonction : comment concilier autorité, représentativité, gestion quotidienne et attentes d’une société en quête de participation ?  Pour en savoir plus sur l’ESJ Paris : https://www.esj-paris.fr
 

Dans ce second épisode de Génération Municipales 2026, Arnaud Benedetti, directeur de la Nouvelle Revue Politique, dialogue avec nos étudiants Gautier et Jean-Bosco pour interroger l’historien Éric Anceau. Ensemble, ils reviennent sur la construction progressive du rôle de maire : de l’élu de proximité garant de l’ordre local à l’acteur politique exposé, pris entre responsabilités croissantes, exigences citoyennes et recomposition du pouvoir territorial.

L’émission explore les tensions qui traversent aujourd’hui la fonction : comment concilier autorité, représentativité, gestion quotidienne et attentes d’une société en quête de participation ?

 


 

B) - Les dernières vraies élections municipales ?

Sommes-nous en train de vivre les dernières élections municipales ? Bien évidemment, non, car il y en aura d’autres. Mais seront-elles bien les mêmes ? L’impact des modifications électorales pour celles de 2026 risque en effet de contribuer à modifier notre paysage politique local, au point que la fameuse relation privilégiée de nos concitoyens avec leurs maires, tant vantée, risque de disparaître.

Avec l’introduction, d’une part, de l’obligation de parité sur les listes électorales, et, d’autre part, de l’interdiction du panachage, l’évolution de la vie politique locale en train de se faire sous nos yeux concerne 24 864 communes sur les 34 875 que compte la France (environ 71 %) et 11 à 12 % (8 millions d’habitants) de la population. Dans 68 % des communes – mais le chiffre monte à plus de 80 % dans certains départements comme l’Orne –, les électeurs du 15 mars vont se trouver face au seul bulletin de vote d’une liste unique – et n’auront pas à se déplacer le 22 mars, après une élection qui, quel que soit le nombre de votants, se fera à 100 % des suffrages exprimés.

On nous dira que ce n’est pas nouveau ? C’était 31 % des communes en 2014, 38 % en 2020, et l’on mesure l’ampleur du décrochage. On nous dira que le changement du mode de scrutin n’est pas le seul élément à prendre en compte ? C’est sans doute exact : il y a une sorte de « mélancolie démocratique » dans la France actuelle, un éloignement de la chose publique, une défiance même envers la politique en général et les politiques en particulier. Il y a ce sentiment diffus et largement partagé – qui, comme tous les « sentiments », a son fond de vérité – que les politiques locaux pas plus que les politiques nationaux sont à même de peser sur les évènements et d’imposer les choix voulus par les populations qu’ils sont censés représenter.

On aura sans doute raison sur tous ces plans. Pour autant, était-il bien nécessaire, pour des raisons idéologiques, d’imposer des critères qui minimisent les possibilités de choix des électeurs, voire les interdisent ? Auparavant, grâce au panachage, l’électeur local des petites communes avait encore son mot à dire, même dans le cas d’une liste unique : il pouvait rayer le nom d’un indésirable et modifier par ses ratures, sinon l’ordre de la liste, au moins la légitimité de chacun des élus. Or ce panachage est maintenant interdit et un bulletin raturé serait déclaré nul. Dans ces conditions, on peut se demander si nous allons revenir au soir du 15 mars au taux de participation que nous avons connu en 2014 et qui était déjà, hors cas particulier de la crise Covid de 2020, le plus bas de la Ve République pour des municipales, avec 63,8 %. Il est plus vraisemblable de penser à un taux de participation tournant autour des 60 %, car pourquoi aller voter si c’est pour valider la liste « officielle » ?

La perte de légitimité des élus locaux qui va en résulter va contribuer à la désaffection de notre vie politique. Certes, cette perte de légitimité était déjà importante. Les multiples transferts de compétences aux intercommunalités, lointaines et opaques, ont d’abord opéré un transfert de responsabilité. Lorsqu’il s’adresse à son maire, le citoyen d’une commune rurale s’entend le plus souvent répondre, et à très juste titre, que la question n’est plus de la compétence de cet édile, qui ne peut donc rien faire pour répondre à ses demandes. Dans la pratique, la décision a été transférée de fait au personnel administratif de l’intercommunalité, seul à même de jongler avec les milliers de petites règles que les délires normatifs des administrations centrales et européennes imposent, les élus locaux venant, pour la grande majorité d’entre eux, uniquement signer lors de réunions qui les entérinent des décisions prises sans eux. Ajoutons à cette intercommunalité l’obsession de l’État central – et de son représentant local, le préfet – pour la fusion de communes, avec comme argument phare que nos 36 000 communes feraient bien pâle figure sur le plan de l’efficacité par rapport aux 10 ou 11 000 structures équivalentes en Grande-Bretagne et en Allemagne, exemples toujours cités.

Dans tous les cas, les risques de dérive sont les mêmes. La fameuse « économie d’échelle » d’abord, censée permettre une optimisation des dépenses, n’aboutit jamais. Entre un nombre de conseillers municipaux maintenu de manière abusive pendant des mandats successifs, alors qu’il faudrait le revoir à la baisse en fonction de la population réelle de la nouvelle commune, et des agents territoriaux restant tous en fonction, avec seulement une nouvelle dénomination de leurs postes quand les compétences sont identiques – et l’alignement des salaires sur le « mieux disant », comprendre ici le plus élevé, avec toutes les primes –, il est vrai que c’était mal parti.

Par ailleurs, l’éloignement de l’électeur – les maires délégués censés conserver le lien avec les communes initiales disparaissant les uns après les autres – renforce tous les travers usuels. Comme la nouvelle structure est censée en avoir les moyens – et que le contrôle de l’électeur sur le pouvoir local n’existe quasiment plus –, nombre de collectivités veulent oublier leurs origines et leurs buts – un regroupement de petites communes rurales, éventuellement autour d’un bourg un peu plus important, pour mutualiser efficacement leurs faibles moyens – pour jouer à autre chose. D’où, entre autres, le recrutement – souvent népotique – d’une administration sans commune mesure avec les besoins réels – y compris les indispensables « community managers » –, ou ces copieux et coûteux bulletins d’information qui, loin d’être des guides pour l’accès aux services, servent à vanter les « personnalités inspirantes » implantées à coups de subventions sur les « territoires » pour permettre une « offre culturelle » calquée sur les pires aspects de la modernité…

Certes, les aspects positifs existent, comme le maintien possible, voire la restauration ou la création de services de proximité indispensables à la population. Mais dans la plupart des cas ils auraient pu être atteints par une coopération et non par une fusion, et cette coopération elle-même ne devrait jamais conduire à une dépossession pure et simple de la capacité de choix des élus et des électeurs qu’ils représentent. La solution est en effet rarement dans ce choix du « tout ou rien » (la survie sans subventions ou la fusion) dans lequel on entend enfermer le citoyen pour lui démontrer le caractère inéluctable de l’évolution.

Le choix de la réforme du mode de scrutin a donc de prévisibles conséquences, dont la moindre ne sera pas, petit à petit, devant le désintérêt croissant que manifesteront logiquement les électeurs face à l’élection, qui n’en est plus une, d’un pouvoir qui n’en est plus un, de permettre de multiplier, sans soulever d’indignation, les regroupements et fusions. Cela fera un peu plus disparaître la démocratie locale, c’est-à-dire, rappelons-le, le lieu par excellence de l’apprentissage de la politique et de l’usage des libertés dans une société démocratique. Mais il n’est pas évident que ce choix traduise une erreur de la part de ceux qui mettent en place ces réformes et qui rêvent souvent d’asseoir leur pouvoir sur une société uniforme. « Ôtez la force et l’indépendance de la commune – écrivait Alexis de Tocqueville –, vous n’y trouverez jamais que des administrés et point de citoyens. » Un rêve pour certains, un cauchemar pour d’autres… mais bien actuel.

Christophe Boutin

Professeur agrégé de droit public à l’université de Caen-Normandie, Christophe Boutin enseigne l’histoire des idées politiques et le droit constitutionnel. Il a récemment co-dirigé avec Olivier Dard et Frédéric Rouvillois aux éditions du Cerf les Dictionnaire du Conservatisme (2017), Dictionnaire des populismes (2019) et Dictionnaire du progressisme (2022).

https://nouvellerevuepolitique.fr/les-dernieres-vraies-elections-municipales/

 

C) - Géopolitique de l’immigration

QUE serait aujourd’hui la France, que sera- t-elle demain sans l’immigration ? C’est à ces questions qu’il faut d’abord répondre, si on ne veut pas se laisser entraîner dans le jeu nauséabond de l’extrême droite. Et on ne peut le faire qu’en replaçant l’immigration dans le contexte des prochaines mutations géopolitiques où se joueront la paix et la guerre au XXIe siècle.

Que serait la France sans l’immigration ? Un pays vieillissant de quarante millions d’habitants, dont le niveau de vie serait beaucoup plus bas qu’il ne l’est aujourd’hui. Les immigrés, pour la plupart issus des choix géopolitiques antérieurs de la France, lui ont en effet apporté leur travail, leurs revenus et leurs impôts. Leurs enfants, nouveaux Français, ont créé des emplois en consommant et des entreprises. Et qu’on ne parle pas légèrement des clandestins : il y a bien plus de Français travaillant au noir que d’immigrés en situation illégale. De plus, en étant accueillante, la France a conduit les autres pays à l’être aussi avec les Français, qui sont plusieurs millions à vivre à l’étranger et à y promouvoir les exportations françaises.

Au total, le statut géopolitique actuel de la France, quatrième puissance de la planète, est le résultat de sa politique d’immigration, elle-même conséquence de ses choix géopolitiques antérieurs.

Que deviendrait demain la France sans l’immigration ? Dans l’avenir, on assistera à une formidable accélération des mouvements de population à la surface de la planète, retour du nomadisme. Des dizaines de millions de personnes changeront de pays chaque année. C’est là une des conséquences majeures de la victoire sans appel de la démocratie et de l’économie de marché, qui font toutes deux l’apologie de la liberté de circulation. Sauf à remettre en cause l’une et l’autre, aucun pays ne pourra plus empêcher ses ressortissants de partir et d’autres de venir.

Tout à fait à l’inverse des idées reçues, beaucoup de nations développées devront rajeunir leur population, afin de pouvoir payer les retraites et d’éviter une hausse trop rapide de leurs coûts de main-d’oeuvre. Elles se livreront pour cela à une concurrence sauvage en vue d’attirer des travailleurs étrangers.

L’Europe, qui a aujourd’hui le plus faible taux de croissance de la planète, parce que sa population est la plus vieille, cherchera à attirer des jeunes venus d’ailleurs en particulier des diplômés ou des enfants en âge scolaire et à garder sa propre jeunesse, attirée ailleurs par de meilleures conditions sociales et fiscales ou par un meilleur environnement culturel. Cette concurrence sera particulièrement aiguisée par la création de la monnaie unique, qui accélérera massivement les mouvements d’entreprises et d’emplois à l’intérieur du continent.

Par ailleurs, les nouvelles tech- nologies de l’information bouleverseront totalement la logique actuelle du travail. Avec le développement d’Internet et des nouvelles formes de télécommunication, on assistera à un développement massif du « nomadisme virtuel », dans lequel des « immigrés virtuels » travailleront de chez eux, sur écran, comme s’ils étaient en France, à des travaux de manipulation de l’information (saisie de données, comptabilité, gestion de trésorerie, etc.) pour le compte d’entreprises françaises.

Avant de décider d’une politique de l’immigration pour le XXIe siècle, il faudra donc répondre aux cinq questions suivantes :

Peut-on espérer continuer à avoir de nombreux Français défendant les intérêts économiques de la France à l’étranger si les étrangers ne sont pas bienvenus en France ? Evidemment, non. Nous entrons dans un siècle nomade, et la première vertu du nomade est d’être accueillant aux étrangers, car il sait que lui aussi, un jour, sera un étranger quelque part et que l’accueil qu’il recevra dépendra largement de sa propre hospitalité. Refuser les travailleurs étrangers, présents et futurs, c’est prendre le risque de représailles. La France y perdrait beaucoup plus d’emplois qu’elle ne pourrait en gagner.

Faut-il craindre pour le bien-être des Français si les étrangers affluent en France ? Bien au contraire, on peut craindre à l’inverse que le départ d’étrangers et de jeunes Français vers des lieux plus accueillants ne conduise à alourdir les cotisations de retraite, à diminuer les pensions de retraite, à éloigner massivement l’âge de la retraite. Plus la population d’un pays sera jeune, plus ce pays aura un fort marché intérieur et les moyens de financer son avenir.

Vaut-il mieux avoir chez soi des immigrés virtuels ou des immigrés réels ? Vaut-il mieux que la comptabilité des entreprises françaises soit tenue au Bangladesh par des immigrés virtuels ou en France par ces mêmes immigrés ? Avec les immigrés virtuels, un pays perd en même temps que l’emploi les recettes fiscales du travailleur et les recettes économiques du consommateur. Ce n’est pas la meilleure solution. On verra donc bientôt, à l’inverse des débats actuels, s’installer une concurrence des pays riches contre les pays à bas salaires pour attirer leurs travailleurs réels et lutter contre leur immigration virtuelle.

La France doit-elle se contenter d’accepter sur son sol les travailleurs européens ou assumer sa dimension musulmane ? Là est sans doute la principale question masquée par ce débat, le vrai choix géopolitique. Si la France et l’Europe décidaient de s’affirmer comme un club chrétien, elles devraient se préparer à l’affrontement avec un milliard d’hommes, à une véritable « guerre de civilisations ». Avec, en prime, en France, une guerre civile. Car la France, en raison de ses choix géopolitiques antérieurs, est une nation musulmane : l’islam est la religion de plus de deux millions de citoyens français et du tiers des immigrés sur son sol. Il serait donc sage de faire le choix inverse et d’assumer fièrement notre dimension musulmane, dans le strict respect de la laïcité républicaine. La France en tirerait profit dans les grandes manoeuvres géo-stratégiques qui s’annoncent ; elle a en effet la chance d’avoir, sur son sol et parmi ses citoyens, des gens capables de servir de pont avec une civilisation majeure en pleine expansion. Il lui faudrait en particulier, en ce sens, se faire le premier avocat de l’admission de la Turquie dans l’Union européenne.

Vaut-il mieux accepter des étrangers avec leur différence ou les intégrer dans la société jusqu’à en faire des citoyens ? La France se nourrit des différences qu’elle assimile et qui, en même temps, la transforment. Elle est une langue, une civilisation et un sol, pas une race. Si l’intégration culturelle pouvait se faire correctement, le nombre d’étrangers admissibles en France serait donc presque illimité. Si celle-ci était bâclée, le danger serait de voir la société française perdre son identité et devenir un lieu d’hébergement de peuples en transit. Mais à l’inverse, comme la France est heureuse de voir ses expatriés conserver leurs liens avec la mère patrie, elle devra reconnaître les mêmes droits aux étrangers qu’elle accueille. L’intégration ne saurait donc être mutilation. L’avenir sera en fait à la multi-appartenance, facteur de tolérance, et même à la multi-allégeance, facteur de démocratie. Le traité de Maastricht l’a bien compris, qui organise le vote des Européens aux élections municipales dans leurs pays de résidence.

Périssent les civilisations qui font de l’étranger un ennemi. Reste alors à savoir si la France basculera hors de l’Histoire ou si, au contraire, fidèle à son génie, elle saura se placer à l’avant-garde de la future démocratie sans frontières, sans laquelle le XXIe siècle ne serait que barbarie.

Jacques Attali


 

D) - Le RN, à l'épreuve des municipales : forces et faiblesses

Les scrutins municipaux des 15 et 22 mars 2026 ne devraient pas se traduire par la conquête d’un grand nombre de villes par le Rassemblement national (RN) et son principal allié, l’Union des droites pour la République (UDR). Ils seront plutôt synonymes d’un approfondissement de la professionnalisation de ses cadres et d’une expansion progressive de son implantation territoriale, notamment dans les villes de moins de 100 000 habitants, sa véritable cible à ces élections.

Cette distorsion entre puissance électorale nationale [les dernières enquêtes d’opinion publiées en février, en vue de l’élection présidentielle de 2027, créditant les candidats potentiels de la droite nationale de 36 % à 42 % des intentions de vote dès le premier tour (Marine Le Pen ou Jordan Bardella), auxquels il faut ajouter Nicolas Dupont-Aignan et Eric Zemmour] et faiblesse relative dans l’exercice du pouvoir local peut être interprétée selon trois perspectives analytiques complémentaires.

La première est d’ordre historique : la droite nationale, malgré des efforts importants lors des municipales de 1995 puis depuis 2014, demeure marquée par une implantation territoriale fragile et encore en construction, particulièrement en Île-de-France et dans le Grand Ouest.

La deuxième relève d’une approche néo-institutionnaliste : la structure du système politique français, la distribution des compétences entre les différents niveaux de gouvernance territoriale ainsi que les règles du système électoral et leurs réformes influencent fortement les stratégies d’implantation partisane, au détriment relatif de la droite nationale.

Enfin, une troisième, de nature sociologique et territoriale, renvoie aux formes différenciées de mobilisation électorale selon les espaces et les niveaux de pouvoir. Dans ce cadre, la notabilisation et la professionnalisation apparaissent comme les maîtres mots de la stratégie du RN et de ses alliés à l’approche des municipales de 2026.

Évolution historique du vote de la droite nationale aux municipales (FN, RN et ses dissidences)

L’implantation municipale du Front national (FN), puis du RN, apparaît de manière progressive et discontinue depuis le début des années 1980. Lors des élections municipales de 1983, marquées par une participation de 78,4 % au premier tour, le FN demeure encore très marginal à l’échelle nationale. Il ne parvient à présenter des listes que dans un nombre limité de grandes villes, notamment Paris, Roubaix, Nice et Montpellier. À Paris, Jean-Marie Le Pen conduit la liste dans le XXᵉ arrondissement et y obtient 11,2 % des suffrages exprimés. Il ne parvient pas non plus à présenter des listes dans tous les arrondissements et dans certains d’entre eux, c’est le mouvement concurrent, le Parti des Forces Nouvelles, qui concourt seul. Malgré un score national très faible, de l’ordre de 0,1 % au 1ᵉʳ tour, l’ensemble de la droite nationale obtient 211 conseillers municipaux sur toute la France après le second tour, loin derrière d’autres nouveaux venus dans le système politique français, comme les écologistes, qui recueillent quant à eux 0,2 % des suffrages et 757 élus. Le fait marquant de l’année 1983 est toutefois la partielle de Dreux, qui donne au FN une visibilité nationale inédite. La liste conduite par Jean-Pierre Stirbois y obtient 16,7 % des suffrages au premier tour. Au second tour, une fusion intervient avec la liste de droite menée par Jean Hieaux du Rassemblement pour la République (RPR). Cette alliance permet la victoire de la droite et l’entrée du numéro deux du FN au conseil municipal comme adjoint au maire dédié à la sécurité.

Les élections municipales de 1989, tenues avec une participation de 72,8 % au premier tour, marquent une première progression locale d’ampleur. L’ensemble des listes rattachées au FN recueille 2,5 % des suffrages exprimés au 1ᵉʳ tour et obtient 804 conseillers municipaux en totalité après le second tour. Dans le même temps, les dissidences situées à la droite du FN sont presque inexistantes, avec seulement 0,05 % des voix exprimées au 1ᵉʳ tour. Le parti réussit à faire élire pour la première fois des conseillers municipaux dans de nombreuses villes de plus de 50 000 habitants, notamment à Argenteuil, Arras, Asnières-sur-Seine, Auxerre, Avignon, Bobigny, Bourges, Grenoble, Montpellier, Montreuil, Mulhouse, Nice, Nîmes, Reims, Rennes, Roubaix, Saint-Denis en région parisienne, Strasbourg et Tourcoing. Dans d’autres villes comme à Colombes, le FN obtient 11,8 % des suffrages ; à Drancy, le FN atteint 16 %; à Nice, sous la conduite de Jacques Peyrat, issu du Centre national des indépendants (CNI), il obtient 18,3 %. À Paris, où le FN présente pour la première fois des listes dans tous les arrondissements, Jean-Marie Le Pen obtient 8,5 % au premier tour, sans élu, mais avec des pointes supérieures à 10 % dans plusieurs arrondissements, notamment le Xe, le XVIIIe, le XIXe et le XXe. Le scrutin de 1989 est aussi marqué par un résultat hautement symbolique à Saint-Gilles dans le Gard : Charles de Chambrun, ancien secrétaire d’État sous la présidence de Charles de Gaulle, y est élu maire sous l’étiquette du FN, ce qui constitue la première détention d’une ville de plus de 10 000 habitants pour le parti. Cette victoire confirme que la droite nationale ne se limite plus à une simple fonction tribunicienne mais tente une stratégie timide de notabilisation.

Les municipales de 1995, avec une participation de 69,4 % au premier tour, constituent une nouvelle étape dans cette progression. Le FN obtient plus de 1360 conseillers municipaux et 4,1 % des suffrages exprimés au 1ᵉʳ tour. Il gagne de nouveaux sièges ou renforce sa présence dans de nombreuses villes : Amiens, Annecy, Belfort, Besançon, Bobigny, Bordeaux, Châteauroux, Drancy, Dunkerque, Le Havre, Lille, Montpellier, Montreuil, Nanterre, Nîmes, Rouen, Saint-Denis en région parisienne, Saint-Étienne, Strasbourg, Toulouse ou Valence. Dans certaines communes, ses résultats sont particulièrement élevés : près de 19 % à Aubervilliers, plus de 14 % à Drancy, plus de 11 % et cinq élus à Montpellier, 11,6 % à Lille, plus de 22 % à Marseille sous la conduite de Ronald Perdomo, et plus de 30 % à Mulhouse avec Gérard Freulet. Le FN s’est maintenu dans 120 grandes villes ou secteurs lors du second tour. Surtout, 1995 marque le véritable tournant municipal du FN avec la conquête de plusieurs mairies importantes. À Toulon, Jean-Marie Le Chevallier, issu des Républicains indépendants, l’emporte dans une triangulaire avec 37 % des voix, devant la liste UDF-RPR et la liste socialiste. Le parti conquiert également Marignane, où Daniel Simonpieri est élu maire, ainsi qu’Orange, où Jacques Bompard remporte la mairie. Mais à Nice, Jacques Peyrat, parti du FN, gagne la mairie à la tête d’une large liste d’union des droites, tandis que la liste officiellement frontiste recule nettement entre les deux tours, mais obtient toujours des élus.

Les élections municipales de 2001, avec une participation au premier tour de 65,5 % des inscrits, apparaissent au contraire comme un reflux. Le FN n’obtient seulement 2,6 % des suffrages exprimés au premier tour et seulement 213 conseillers municipaux sur l’ensemble du territoire. La scission engagée par le numéro 2 du parti, Bruno Mégret, en 1999, a fragilisé fortement son implantation locale : le Mouvement national républicain, sa dissidence, bien que plus faible électoralement avec 1,67 % au 1ᵉʳ tour, réussit pourtant à faire élire 240 conseillers municipaux, soit davantage que le FN.

Cette phase de repli est prolongée par les municipales de 2008, où la participation du premier tour remonte légèrement à 66,5 %, mais sans profit pour le FN. Celui-ci n’obtient que 0,9 % des suffrages au premier tour et seulement 63 conseillers municipaux à l’issue du scrutin. Les formations dissidentes, notamment le MNR, ne totalisent que 0,15 % et 12 élus. Quelques points d’appui locaux subsistent cependant : le parti dépasse 30 % à Hénin-Beaumont dans le Nord-Pas-de-Calais, 23 % à Cluses en Rhône-Alpes, 17 % à Noyon en Picardie. Ces résultats demeurent isolés, mais ils annoncent des zones d’implantation qui deviendront plus solides au cours de la décennie suivante. La période reste également marquée par le précédent de Vitrolles : après la victoire de Catherine Mégret en 1997 lors d’une partielle sous les couleurs du FN avec 53 % des voix, la dissidence MNR conserve la municipalité une en 2001 avec 45,3 % dans une triangulaire, avant que l’invalidation du scrutin puis la nouvelle élection de 2002 ne fassent perdre la ville à la droite nationale au profit de la gauche.

Les municipales de 2014, avec une participation de 63,5 % au premier tour, marquent une réimplantation spectaculaire du FN. Au premier tour, le parti obtient 4,8 % des suffrages exprimés, tandis que les listes dissidentes à sa droite sont réduites à 0,1 %. Un autre phénomène important tient à la recomposition de la droite : les listes « divers droites » deviennent dominantes avec 24,5 % des suffrages, devant les listes d’union de la droite principalement formées autour de l’Union pour un mouvement populaire (UMP) et de l’Union des démocrates et indépendants (UDI) qui n’obtiennent que 11,6 %; les listes exclusivement UMP recueillent 6,9 %, et les listes centristes ou UDI, 2,8 %. Le FN obtient alors plus de 1 200 conseillers municipaux et remporte plusieurs mairies : Le Luc, le Pontet, Cogolin, Hayange, Beaucaire, Villers-Cotterêts, Fréjus et en coalition Béziers avec Robert Ménard. Le scrutin de 2014 est également marqué par plusieurs performances très fortes. À Saint-Gilles, Gilbert Collard échoue à reconquérir la mairie, mais obtient 48,5 % des suffrages au second tour, Plus largement, le FN se qualifie pour le second tour, ou se trouve en position d’arbitre, dans plus de quatre-vingt-dix villes de plus de 50 000 habitants. Il dépasse les 30 % dans plusieurs communes, notamment Brignoles, Perpignan, Villeneuve-sur-Lot et Forbach. Ces victoires permettent au parti de disposer de nouveaux cadres locaux et de préparer de futurs élus à l’Assemblée nationale et au Sénat.

Enfin, les élections municipales de 2020, organisées dans le contexte de la pandémie de Covid-19, se caractérisent par une participation historiquement basse de 44,6 % au premier tour. Le RN (nouvelle dénomination du FN depuis 2018) obtient seulement 2,3 % des suffrages exprimés et 827 conseillers municipaux, soit une baisse d’environ 45 % du nombre de ses élus par rapport à 2014. Les autres formations situées à sa droite recueillent 0,2 % des suffrages et 157 élus (CNI, Debout de la France, Mouvement pour la France, etc.). Malgré ce recul important, le RN conserve plusieurs bastions : David Rachline est réélu dès le premier tour à Fréjus avec 50,6 % des voix ; Fabien Engelmann l’emporte largement à Hayange en Lorraine avec 74,2 %; Robert Ménard est reconduit à Béziers avec 60,8 %; Julien Sanchez est réélu à Beaucaire avec 59,5 %. Son principal succès est la conquête de Perpignan par Louis Aliot, qui devient ainsi la première personnalité du RN à diriger une ville de plus de 100 000 habitants depuis Toulon en 1995.

Pris dans son ensemble, ce parcours montre une trajectoire en trois temps : une émergence marginale mais fortement médiatisée dans les années 1980 autour de Dreux, une première phase d’enracinement municipal culminant en 1995 avec plusieurs conquêtes de mairies, toutes perdues ou les élus l’ont quitté pour réintégrer de plus larges coalitions de centre droit ou de droites, puis une séquence de reflux très fort dans les années 2000 avec la double saignée de la scission du MNR et de la dynamique droitisante de l’UMP sous la férule de Nicolas Sarkozy, avant la reconstruction locale observée à partir de 2014 et la victoire symbolique de Perpignan en 2020.

I) Contraintes institutionnelles et électorales du vote en faveur de la droite nationale

Une première lecture de la faiblesse du FN et, encore dans une moindre mesure, du RN peut relever d’une approche de type néo-institutionnaliste historique. Celle-ci insiste sur la notion de dépendance (path dependency), c’est-à-dire sur le poids des choix institutionnels initiaux et sur la manière dont les institutions, une fois établies, orientent durablement les comportements des acteurs politiques. Dans cette perspective, l’organisation du système municipal français, marquée par la centralité de la commune, la personnalisation des exécutifs locaux et l’importance des réseaux d’élus, tend à favoriser les formations disposant d’une implantation ancienne et de solides réseaux de notables.

La première étape majeure est la loi du 19 novembre 1982, appliquée pour la première fois lors des élections municipales de 1983. Cette loi introduit dans les communes de plus de 3 500 habitants un scrutin de liste à deux tours combinant prime majoritaire et représentation proportionnelle, afin d’assurer à la fois la stabilité des exécutifs municipaux et la représentation des minorités au sein des conseils municipaux. Elle prévoit également des mécanismes d’alliances entre les deux tours : les listes ayant obtenu au moins 10 % des suffrages exprimés peuvent se maintenir au second tour, tandis que celles ayant obtenu au moins 5 % peuvent fusionner avec une autre liste. Il apparaît rapidement, au sein de la coalition formée par le Rassemblement pour la République (RPR) et l’Union pour la démocratie française (UDF), notamment après la perte du pouvoir présidentiel en 1981, qu’il ne fallait pas s’engager dans un élargissement des listes électorales au premier ou au second tour en direction du FN. Une telle stratégie risquait en effet de contribuer à l’installation durable d’un concurrent politique susceptible de s’implanter localement. Dès lors, une partie importante de la droite et du centre droit considère qu’il est préférable d’isoler le FN plutôt que de lui offrir une légitimité électorale par des alliances.

Cette stratégie d’isolement s’explique également par le contexte local des élections municipales de 1983 : dans de nombreuses villes, les notables et élus locaux de la droite traditionnelle ne dépendaient pas du soutien du FN pour conserver leurs positions. Par ailleurs, une fraction non négligeable du centre droit et de la droite demeurait profondément réticente à toute alliance avec un parti dont les origines politiques étaient marquées par des courants hostiles au gaullisme et issus, pour certains, des milieux liés à l’antigaullisme de l’après-guerre d’Algérie.

Une seconde réforme importante intervient avec la loi du 17 mai 2013, qui abaisse le seuil d’application du scrutin de liste à 1 000 habitants (contre 3 500 auparavant). Cette loi renforce également la parité femmes-hommes et introduit le système du fléchage, permettant l’élection simultanée des conseillers municipaux et des conseillers communautaires au sein des intercommunalités. Le développement des intercommunalités a profondément transformé les conditions d’accès au pouvoir local. Ces structures de coopération entre communes, communautés de communes, communautés d’agglomération, communautés urbaines ou métropoles reposent largement sur des logiques de coalition entre forces politiques présentes dans les conseils municipaux et des appels à des compromis parfois aussi entre les centres droits et les centres gauches. Dans ce cadre, les formations politiques comme le FN, qui ne parviennent pas à s’insérer dans des alliances locales, se trouvent structurellement désavantagées dans l’accès aux exécutifs intercommunaux alors qu’ils prennent une place croissante dans la gouvernance territoriale.

Paradoxalement, cette monopolisation du pouvoir municipal et intercommunal par la droite et le centre droit dans plusieurs territoires n’a pas empêché la persistance de difficultés structurelles liées à la gestion locale, notamment en matière de sécurité, de finances publiques ou de capacité fiscale des collectivités. Dans certaines grandes villes, comme Marseille et sa métropole, ces tensions ont contribué à nourrir un discours critique à l’égard des élites locales et à redynamiser l’espace politique de la droite nationale. Ces situations ont parfois ouvert des opportunités à de nouveaux acteurs politiques issus de la droite traditionnelle mais en quête d’espaces d’expression politique. À l’image de ce que l’on avait déjà observé au milieu des années 1980, certains militants ou cadres locaux, confrontés à des perspectives limitées d’ascension au sein de leur propre famille politique, ont pu être tentés de rejoindre ou de soutenir des formations situées plus à droite. Des trajectoires individuelles, comme celle de Franck Allisio à Marseille, ancien membre de l’UMP, illustrent ce type de recomposition politique locale.

Enfin, la loi du 21 mai 2025, applicable aux élections municipales de 2026, généralise le scrutin de liste paritaire à toutes les communes, y compris celles de moins de 1 000 habitants. Elle supprime ainsi le scrutin majoritaire plurinominal avec panachage qui prévalait dans les petites communes, au profit de listes paritaires alternant femmes et hommes, sans possibilité pour les électeurs de modifier les bulletins. La réforme électorale récente pourrait produire des effets plus ambivalents qu’il n’y paraît à première vue pour le RN qui s’y était opposé. En effet, elle ne bénéficiera pas nécessairement uniquement aux formations politiques déjà bien implantées localement. Dans de nombreuses communes de petite taille, notamment celles de moins de 1 000 habitants, la constitution de listes complètes demeure souvent difficile. Dans ce contexte, les maires sortants ou les responsables locaux peuvent être tentés d’élargir leurs listes en intégrant un maximum de candidats disponibles, parfois indépendamment de leurs affiliations partisanes strictes.

Cette situation peut conduire, de manière consciente ou non, à l’intégration de sympathisants ou d’électeurs proches de la droite nationale dans des listes locales. Elle a pu également faciliter, dans certains territoires, la constitution de listes explicitement liées au RN, dans la mesure où l’appareil militant du parti, bien que sans commune mesure avec celui dont disposait le RPR dans les années 1980, demeure aujourd’hui l’un des plus structurés en termes de militants, de sympathisants et d’adhérents parmi les formations politiques françaises.

Dans cette perspective, les résultats des prochaines élections municipales devront être observés avec attention afin d’évaluer la capacité du parti à transformer son influence électorale nationale en implantation locale durable dans ces communes. Un indicateur particulièrement révélateur sera également le nombre de parrainages de maires qu’il pourrait obtenir lors des élections présidentielles de 2027. Depuis la première candidature de Jean-Marie Le Pen en 1974, l’obtention des signatures nécessaires pour se présenter à l’élection présidentielle a régulièrement constitué un défi pour la droite nationale, révélant les difficultés persistantes de son implantation parmi les élus locaux.

II) À la recherche de la professionnalisation municipale comme levier du futur pouvoir national

Une lecture strictement néo-institutionnaliste ne suffit pas, à elle seule, à rendre compte des difficultés persistantes rencontrées par le FN, puis par le RN, lors des élections municipales ou de ses nouvelles capacités d’attraction. Depuis les années 1980, les formations de la droite nationale ont en effet été régulièrement confrontées à une forte instabilité de leurs élus locaux, sous l’effet combiné des choix stratégiques du parti et individuels, des processus de notabilisation et, plus récemment, des dynamiques de professionnalisation partisanes. À presque chaque mandature municipale depuis 1983, une part importante des conseillers municipaux élus sous leurs couleurs a quitté le parti ou a participé à des dissidences internes, comme on l’a déjà souligné avec le MNR.

Cette instabilité organisationnelle illustre les difficultés structurelles du parti à maintenir durablement des cadres intermédiaires, pourtant essentiels dans un système politique écrasé par la présidentielle et qui in fine se structurent aussi par les baronnies locales. L’absence prolongée de cadres intermédiaires a longtemps limité la visibilité locale du parti et sa capacité à apparaître comme une force crédible de gouvernance municipale. Dans cette perspective, la distinction classique proposée par Maurice Duverger entre partis de cadres et partis de masse (Partis politiques, 1951) demeure particulièrement éclairante. Pendant longtemps, le FN puis le RN n’ont relevé pleinement d’aucune de ces deux catégories : ils ne disposaient pas d’un réseau dense de notables comparable à celui des partis traditionnels, mais ils n’ont pas non plus constitué un véritable parti de masse capable de mobiliser durablement un grand nombre d’adhérents afin d’investir des listes municipales sur l’ensemble du territoire.

Par ailleurs, la droite nationale a également été confrontée aux effets du modèle des « partis cartel », théorisé par Richard Katz et Peter Mair (Changing Models of Party Organization and Party Democracy, 1995). Dans ce modèle, les partis politiques tendent à s’appuyer de plus en plus sur les ressources institutionnelles de l’État plutôt que sur leurs bases militantes traditionnelles. Cette évolution tend à favoriser les formations politiques déjà installées dans les institutions. Pour un parti longtemps marginalisé dans le système politique comme le FN puis le RN, cette transformation a constitué un obstacle supplémentaire à son implantation locale, dans la mesure où il disposait de moins de ressources institutionnelles que les partis établis et ne pouvait donc construire aussi facilement des réseaux de clientèle politique locale.

L’analyse territoriale met en évidence une dissociation relativement forte entre les zones de forte implantation électorale du FN puis du RN et sa capacité d’implantation municipale effective. Depuis les années 1980, la géographie électorale de ce courant politique s’est progressivement structurée autour d’un axe, allant du Havre à Perpignan (Pascal Perrineau, La France au Front, 2014), tout en excluant largement Paris et une grande partie de la région parisienne.

Un paradoxe apparaît cependant : les premiers succès électoraux significatifs du FN dans les années 1980 se situent précisément en région parisienne et sa « large extension, notamment à Dreux lors des élections municipales de 1983. Pourtant, ces territoires ne se sont pas transformés en bastions municipaux durables. Bien au contraire, aujourd’hui encore, malgré des scores parfois élevés dans certaines zones périurbaines, l’implantation municipale du parti y demeure limitée, même si le RN conserve des relais politiques ou parlementaires dans des départements comme les Yvelines, l’Essonne, la Seine-et-Marne, une autre « extension large », l’Oise et l’Aisne et la Seine-Maritime.

Les premières conquêtes municipales significatives et durables se situent plutôt dans le sud-est de la France. En 2026, c’est principalement dans cette zone que le RN et ses alliés peuvent remporter de nouvelles municipalités. Toutefois, ces conquêtes anciennes et potentielles demeurent confrontées à un système politique local fortement structuré par des réseaux de notables, souvent issus de la droite et du centre droit. Dans ces territoires, les électeurs ont longtemps privilégié des figures locales issues du Rassemblement pour la République, du Parti républicain puis de l’Union pour un mouvement populaire, capables d’incarner une identité territoriale et une expérience de gestion municipale. Le cas de Nice illustre particulièrement ce phénomène. Ville historiquement ancrée à droite, elle a été dirigée par des figures comme Jacques Médecin. Dans les années 1990, le FN y réalise néanmoins des scores élevés avec Jacques Peyrat, élu maire en 1995 après s’être éloigné progressivement du parti pour incarner une figure de rassemblement de la droite locale, presque « classique ». L’alliance conclue en 2024 entre une partie de la droite républicaine conduite par Éric Ciotti et le RN lors des élections législatives recrée les conditions de la victoire de la droite nationale, mais de nouveau par la notabilisation. Les responsables du RN ne s’y sont pas trompés. Au-delà du cas des Alpes-Maritimes, ils ont d’ailleurs massivement investi des parlementaires élus en 2022 et/ou des collaborateurs parlementaires, des conseillers régionaux élus en 2021 ou lors d’échéances antérieures, faisant que leurs têtes de listes sont en moyenne les plus jeunes de France. Les listes, bien qu’elles demeurent un exercice délicat en raison de la diversité des profils à agréger, témoignent aussi de cette volonté d’apparaître non plus seulement comme les porteurs d’une identité politique singulière, mais comme des gestionnaires maîtrisant les nouvelles techniques de management public. Aux « aficionados » et aux « fidèles grognards » de Jean-Marie Le Pen ont succédé des jeunes professionnels, bardés de diplômes pour certains, en quête de nouvelles fonctions politiques mais cette fois-ci exécutives…

Malgré cette stratégie de notabilisation et de professionnalisation, la coalition RN-UDR ne parvient pas à présenter des listes dans l’ensemble des préfectures de France métropolitaine et d’outre-mer. Plusieurs territoires ruraux ou montagneux restent dépourvus de listes, notamment dans les préfectures de : Foix, Mende, Rodez, Aurillac, Le Puy-en-Velay, en Guadeloupe et en Martinique. Plus préoccupante encore est l’absence de listes dans plusieurs préfectures de la région parisienne : Bobigny, Créteil, Pontoise, Melun et Saint-Denis. Dans d’autres préfectures, la coalition a également rencontré des difficultés à présenter des candidatures, comme à Vesoul, Périgueux ou Saint-Brieuc, où pourtant ils disposent de parlementaires et de conseillers régionaux très implantés.

Dans le même temps, la coalition RN-UDR développe des alliances locales avec des notables ou des formations politiques locales, notamment à Nevers, Angoulême, Cayenne, Mâcon ou Montauban. Des accords avec des acteurs locaux conservateurs ou autonomistes de droite apparaissent également à Chalon-sur-Saône, à Chartres, à Bastia et à Nouméa. Parallèlement, la coalition doit faire face à la concurrence du parti Reconquête, mais dans seulement quatre préfectures, mais de taille : la liste menée par Sarah Knafo à Paris dépasserait désormais les 10 % dans certaines enquêtes d’opinion publiées en février 2026, alors que la liste RN-UDR oscillerait entre 3 % et 6 %, avec Thierry Mariani, ancien ministre de Nicolas Sarkozy.

Malgré ces difficultés dans certaines préfectures, somme toute limitées, le parti développe une implantation nouvelle, marquée par une volonté de professionnalisation, dans les sous-préfectures et les villes moyennes, notamment dans le sud-ouest et dans certaines régions industrielles du nord et de l’est, mais aussi dans l’Ouest. On observe ainsi des candidatures dans plusieurs villes présentant un potentiel électoral significatif, susceptible de se traduire par un nombre accru d’élus et, éventuellement, par cinq à six conquêtes municipales. Ces candidatures se répartissent dans plusieurs régions.

Provence-Alpes-Côte d’Azur : Menton, Cagnes-sur-Mer, Grasse, Carpentras, Istres. Occitanie : Alès, Narbonne, Saint-Gaudens, Muret, Tarbes. Nouvelle-Aquitaine : Aubusson, Brive-la-Gaillarde, Langon, Lesparre-Médoc, Libourne, Mont-de-Marsan, Mirande, Bergerac, Sarlat-la-Canéda, Villeneuve-sur-Lot, Bayonne, Cognac. Centre-Val de Loire : Bourges, Vierzon, Montargis, Bourgogne-Franche-Comté : Beaune, Autun, Clamecy. Grand Est : Épernay, Reims, Forbach, Sarreguemines, Sedan, Rethel, Saint-Dizier, Mulhouse, Sélestat, Wissembourg. Hauts-de-France : Saint-Quentin, Lens, Cambrai, Douai, Valenciennes, Dunkerque, Boulogne-sur-Mer, Calais. Normandie : Dieppe, Pays de la Loire : La Flèche, Sablé-sur-Sarthe, Segré-en-Anjou Bleu, Saint-Nazaire. Bretagne : Lannion, Fougères. Auvergne-Rhône-Alpes : Vichy, Vienne, Thonon-les-Bains

La sociologie des candidats investis par le RN témoigne également d’une transformation notable. Le parti ne remplit plus aujourd’hui, ou beaucoup moins qu’auparavant, la fonction tribunitienne qui caractérisait historiquement le FN dans les années 1980 et 1990, période durant laquelle il portait essentiellement la voix d’un électorat protestataire et populaire que l’on retrouvait y compris dans la composition des listes. L’exemple de Louis Aliot, maire de Perpignan, illustre cette tentative de synthèse entre identité partisane et logiques classiques de notabilité locale, jusqu’à être considéré comme le « 3ᵉ meilleur maire de France » en février 2026 par le magazine Challenges ! L’objectif fixé par le RN est clair : Les candidatures municipales jouent ainsi un rôle de formation politique et de socialisation électorale, permettant aux candidats d’acquérir visibilité locale, expérience politique et capital social et électoral pour d’autres scrutins : les quatre députées RN des Pyrénées-Orientales sont sorties du laboratoire communal de Perpignan et de sa communauté de communes…

Conclusion

L’évolution du FN-RN lors des élections municipales révèle un double mouvement. D’une part, la droite nationale connaît une transformation progressive : longtemps tribunitienne, elle cherche désormais à se professionnaliser et à se notabiliser. D’autre part, elle tente de convertir cette évolution organisationnelle en une implantation territoriale durable, condition essentielle pour transformer une puissance électorale nationale en pouvoir politique local et, à terme, en capacité de gouvernement à l’échelle nationale.

Cette stratégie se heurte néanmoins à plusieurs limites : une implantation municipale inégale, une forte dépendance aux configurations locales et aux réseaux de notables, ainsi qu’une concurrence accrue au sein de l’espace politique de la droite, y compris de la droite nationale comme à Paris. Ces contraintes pèsent sur la capacité du parti à transformer ses succès électoraux nationaux en positions de pouvoir local.

Dans cette perspective, le RN (et ses alliés) pourrait sortir renforcé des élections municipales en termes de visibilité et de progression électorale, sans pour autant exercer la gouvernance municipale dans autant de villes qu’il le souhaiterait. Le parti pourrait ainsi disposer de plus de 2 000 conseillers municipaux, un niveau inédit dans son histoire. Ces élus joueront un rôle important dans la structuration locale du parti et dans les futurs scrutins sénatoriaux, où le collège électoral municipal est déterminant, tout en constituant un point d’appui supplémentaire dans la perspective de la conquête de l’Élysée lors de l’élection présidentielle de 2027. C’est là tout le paradoxe : cette faiblesse relative à l’échelle municipale ne devrait pas nécessairement compromettre la capacité du parti à apparaître comme une force crédible dans la conquête du pouvoir national. Une exception notable demeure toutefois : sa très faible implantation à Paris, dans les départements les plus peuplés d’Île-de-France et dans la majorité des grandes métropoles régionales, à l’exception de Marseille et de Nice où ils pourraient l’emporter.

Cette dissociation entre force électorale nationale et faiblesse relative dans la détention du pouvoir local n’est pas propre au cas français ; elle renvoie plus largement aux conditions institutionnelles d’accès à la gouvernance locale pour les droites nationales en Europe. Une lecture comparative montre en effet que leur institutionnalisation ne suit pas partout les mêmes voies. Elle dépend étroitement de la structure territoriale de l’État, de la distribution verticale des compétences et de la capacité de ces partis à nouer des coalitions avec les droites conservatrices ou libérales.

Dans les États fortement régionalisés ou fédéraux, l’échelon intermédiaire de gouvernement peut constituer une ressource décisive de légitimation. En Italie, la centralité politique des régions a permis à la Lega puis à Fratelli d’Italia d’inscrire leur stratégie de conquête dans des arènes régionales dotées de compétences substantielles, faisant de la maîtrise des exécutifs régionaux un levier de crédibilisation gouvernementale (McDonnell, Duncan & Werner, Annika, Respectable radicals: Why some radical right parties enter the mainstream, 2019).

“Respectable radicals: Why some radical right parties enter the mainstream.” En Autriche, la solidité institutionnelle des Länder et leur représentation dans l’architecture fédérale ont de longue date favorisé l’enracinement territorial du FPÖ, lequel a pu convertir plus aisément ses succès électoraux en positions de pouvoir infra-étatiques. À l’inverse, en Espagne, Vox a surtout cherché à compenser sa faiblesse d’implantation municipale par une insertion dans des majorités régionales construites avec le Partido Popular ; cette stratégie a cependant révélé sa dépendance à la logique de coalition, comme l’ont montré les ruptures intervenues en 2024 dans plusieurs communautés autonomes, comme celle de Madrid.

Le cas français apparaît dès lors plus compréhensible : la faiblesse municipale du Rassemblement national (RN) ne doit pas être analysée uniquement comme un retard organisationnel ou militant, mais aussi comme l’effet d’une configuration institutionnelle dans laquelle la commune demeure l’espace central de la notabilité politique. Dans ce contexte, le FN puis le RN accèdent plus difficilement aux ressources de coalition et aux réseaux d’intermédiation locale. Là où certaines droites nationales européennes ont pu s’institutionnaliser par l’exercice de responsabilités régionales ou fédérées, notamment dans les régions en Italie ou dans les Länder en Autriche, le RN reste plus fortement confronté à l’épreuve municipale.

En ce sens, la comparaison européenne ne relativise pas la singularité française ; elle permet au contraire de mieux comprendre pourquoi, en France, l’accès au gouvernement national peut partiellement se dissocier de l’exercice préalable d’un pouvoir local dense, sans toutefois pouvoir s’en affranchir complètement. L’absence de conquête d’exécutifs régionaux lors des élections régionales de 2021 a d’ailleurs constitué un moment de doute au sein des élites politiques de la droite nationale française. Elle a non seulement fragilisé la crédibilité de leur stratégie d’institutionnalisation territoriale, mais aussi contribué à ralentir leur progression électorale dans certaines « terres de mission », notamment en Île-de-France et dans le Grand Ouest.

Philippe Poirier

Depuis 2011, Philippe Poirier est titulaire de la Chaire de recherche en études parlementaires de l’Université du Luxembourg. Fondateur et directeur des études du Master en Études parlementaires, il dirige depuis 2014 la collection Études parlementaires aux Éditions Bruylant–Larcier. Il est également professeur invité à Sciences Po Rennes et à Sciences Po Paris – Collège européen à l’Université de Turin et à l’Université de l’Égée. Expert reconnu au niveau européen, il est depuis 2013 membre du Groupe d’États contre la corruption du Conseil de l’Europe (GRECO), expert du Haut Conseil de l’évaluation de la recherche et de l’enseignement supérieur (HCERES) depuis 2021, membre du comité scientifique de l’École doctorale de droit de l’Université de Sienne, du conseil scientifique d’ERDIC (Université du Pirée) et celui du Centre international de formation européenne (CIFE). Entre 2016 et 2020, il a cofondé et codirigé l’école doctorale européenne GOVUNET (Action Jean Monnet), rassemblant huit universités européennes. Il est enfin l’auteur ou directeur de plus de 120 publications scientifiques en anglais, français, allemand, grec, italien et espagnol, parmi lesquelles Res publica et parlement (2023), Les Conseils d’État en Europe (2023) et Parliamentary Diplomacy and Multilevel Governance (2023), Overview of the Relationship Model Between Parliament and Constitutional Court across European, Latin America and Canada (2025), Les lanceurs d’alerte dans l’Espace francophone (2025).

https://nouvellerevuepolitique.fr/philippe-poirier-le-rn-a-lepreuve-des-municipales-forces-et-faiblesses-2/

E) - La bataille de Paris

À moins de deux semaines du premier tour, la campagne pour l’élection municipale parisienne se lit moins comme un affrontement binaire entre gauche et droite que comme une compétition électorale fragmentée, où les candidats se disputent des segments proches, sur fond de priorités assez stabilisées : sécurité, propreté, logement.

Pour autant, alors que les différents candidats se font connaitre des électeurs et que les programmes sont maintenant diffusés, il semblerait que le souhait d’alternance se fasse sentir à droite, et qu’à gauche les électeurs n’entendent pas laisser la droite l’emporter. Une tendance qui pourrait finir par réduire les options à un duel classique entre la droite et la gauche. État des forces en présence.

 


Sarah Knafo : une stratégie de normalisation portée par une communication moderne

Quel que soit l’issue du scrutin, Sarah Knafo aura été la révélation de cette campagne municipale à Paris, une campagne qu’elle a contribué à lancer grâce à l’efficacité de sa communication qui privilégie un discours de “réparation” (ordre, propreté, services, ville heureuse) et une esthétique qui vise explicitement la respectabilité, en utilisant la couleur jaune, une typographie positive, l’abandon des caractéristiques graphiques de son parti et l’intelligence artificielle. Cette stratégie n’est pas qu’un style, elle vise surtout à élargir le noyau électoral de Reconquête dans la capitale et à capter une part de l’électorat déçu par la personnalité de Rachida Dati, celui qui hésite entre abstention et vote d’alternance.

Dans notre récente enquête OpinionWay pour Hexagone réalisée du 16 au 23 février 2026, Sarah Knafo est mesurée à 12 % au 1ᵉʳ tour, un niveau en forte progression (+ 5,5 points en moyenne depuis novembre) qui la place dans le peloton des candidatures “ pivot ” et lui donne une existence autonome. Ce score est politiquement important, non parce qu’il la mettrait en situation de l’emporter, mais parce qu’il marque une progression spectaculaire de la droite nationale à Paris, qui dépasse pour la première fois les 15 % d’intentions de vote. Aussi, Sarah Knafo fait figure de locomotive en permettant au bloc de droite de progresser dans son ensemble, passant de 41 % en novembre à 43 % aujourd’hui, en ramenant des électeurs aux urnes par un effet nouveauté.

Emmanuel Grégoire : l’avantage structurel de l’union, malgré le handicap du bilan Hidalgo

Emmanuel Grégoire est dans une position difficile : il porte une continuité dans l’action d’Anne Hidalgo, en ayant été l’un de ses adjoints et en reprenant le flambeau de l’alliance entre le Parti socialiste, le Parti communiste et les écologistes. Malgré le rejet par 54 % des Parisiens du bilan de la municipalité sortante, ces deux éléments sont importants pour cet électorat de gauche, qui soutient encore largement ses réalisations et craint un retour en arrière avec la droite.

Cette logique est renforcée par une sociologie parisienne qui, même travaillée par la question sécuritaire, reste marquée par un positionnement au centre-gauche dans beaucoup d’arrondissements résidentiels, portés par des diplômés et des personnes résidant en logement social.

Les sondages traduisent cette prime à l’union : Emmanuel Grégoire atteint 31 % dans l’intention de vote municipale d’Hexagone et d’OpinionWay. Le point clé n’est pas seulement son niveau, c’est la résilience de la gauche. Autrement dit, Grégoire tient parce qu’il incarne une solution “utile” à gauche et parce que ses adversaires à droite/centre se neutralisent partiellement.

Sophia Chikirou : la difficulté d’une campagne LFI quand le vote utile s’enclenche à gauche

La campagne de Sophia Chikirou se heurte à une contrainte structurelle : à Paris, la gauche radicale dispose d’un espace idéologique réel, mais il s’affaiblit dans une campagne qui se polarise de plus en plus autour d’une alternative “bloc sortant versus alternance” et quand l’électorat de gauche comprend l’importance de s’unir pour l’emporter. Ce sentiment se comprend d’autant plus qu’au niveau national la gauche peine à s’imposer électoralement.

Dans notre enquête OpinionWay, Sophia Chikirou est mesurée à 11 % au 1ᵉʳ tour, un score encore suffisant pour peser sur le débat (logement, services publics) et surtout pour s’inviter au second tour. Toutefois, c’est aussi un score qui l’expose au mécanisme classique du vote utile, sachant que La France insoumise laisse penser que ses candidats se maintiendront au second tour, risquant une défaite de la gauche. Ainsi, plus Grégoire est perçu comme le mieux placé pour conserver la mairie, plus la candidature LFI peut être considérée comme un risque, alors même que ses propositions restent proches de celles du reste de la gauche, voire moins crédibles.

Dans ce cadre, chaque séquence de campagne devient plus coûteuse : la candidate doit simultanément mobiliser une base exigeante et convaincre au-delà, alors même que l’élection municipale récompense souvent les coalitions et pénalise les candidatures perçues comme “isolées”.

Pierre-Yves Bournazel : De l’indépendance à la solitude, le risque stratégique d’être perçu comme le candidat qui fait perdre la droite

Autre candidat risquant de subir le vote utile, Pierre-Yves Bournazel mène une campagne de différenciation : il tente d’occuper un espace “ni gauche sortante, ni droite LR”, en jouant sur le rejet des deux au sein de la population parisienne et en adoptant un positionnement de centre-droit réformiste et une rhétorique de changement “responsable”.

Son refus affiché d’un accord avec Rachida Dati, y compris dans la logique du second tour, a été documenté comme un facteur de tension majeur au sein même de son camp, en particulier avec Édouard Philippe. Dans un scrutin où la victoire dépend souvent de la capacité à agréger les voix pour espérer être en tête, l’indépendance peut apparaître comme un vecteur de fragmentation et devient un handicap.

Pierre-Yves Bournazel est encore mesuré à 12 % des intentions de vote, cela signifie qu’il est à la fois trop haut pour être ignoré et trop bas pour s’imposer comme point de ralliement, il contribue donc à cet éparpillement du centre-droit, et alimente le vote utile… contre lui, au profit de la candidature jugée la plus compétitive dans son voisinage électoral, celle de Rachida Dati.

Rachida Dati : une candidature portée par le rejet de la gauche, mais fragilisée par son image clivante

Rachida Dati repose sur une logique très lisible : incarner l’alternance par la stature, c’est la candidate la plus connue de cette élection avec une notoriété de 93 %, autant que par le programme, en capitalisant sur le rejet d’une partie du bilan de la majorité sortante. Sa décision de quitter le gouvernement pour se consacrer à la campagne renforce ce cadrage, elle cherche à prouver qu’elle incarnera Paris à plein temps, et à donner à sa candidature un statut d’évidence politique.

Dans les enquêtes, elle reste solidement en tête à droite avec 27 % des intentions de vote malgré, autour d’elle, deux concurrents directs qui mordent sur la même promesse d’alternance, Bournazel par la concurrence de centre-droit “raisonnable” et Knafo par une offre plus disruptive et paradoxalement plus lisse, ce qui rend sa dynamique plus fragile, notamment face au second tour.

À ce facteur s’ajoute un élément de contexte personnel qui nourrit la discussion publique et peut polariser une partie de l’électorat : en l’occurrence, Rachida Dati possède une personnalité clivante et est impliquée dans des affaires judiciaires. Elle est à la fois la plus populaire des candidats avec 42 % de bonnes opinions quant à sa capacité à faire une bonne maire, mais aussi très largement rejetée avec 52 % d’opinions négatives. Même lorsque cela ne modifie pas mécaniquement les intentions de vote, cela influe sur la campagne car cela oblige Dati à répondre et entretient une incertitude narrative, notamment sur ce qu’il se passera si elle est condamnée après son élection.

La campagne parisienne devait se jouer sur le bilan d’Anne Hidalgo, avec une option claire : continuer ou stopper cette politique de réduction de la place de la voiture, d’interventionnisme social sur le logement et de légèreté quant aux finances publiques. Ces premières semaines de campagne ont montré qu’il y avait plusieurs voies pour répondre à cette question, et que Rachida Dati n’incarnait pas l’alternance évidente. Toutefois, comme souvent en France, les électeurs vont sans doute devoir se faire une raison et abandonner leur choix « de cœur » pour faire gagner leur « camp ».

Paul Cebille

https://nouvellerevuepolitique.fr/paul-cebille-analyste-opinion-a-lobservatoire-hexagone-on-avait-fait-ca-la-derniere-fois/ 

 


 

F) - Fraude électorale à Marseille : un système électoral clientéliste entretenu dans les métropoles ?

Le fonctionnement des élections municipales en France

Les élections municipales en France constituent l’un des scrutins les plus anciens et les plus ancrés dans la vie démocratique locale.

Elles permettent d’élire, tous les six ans, les conseillers municipaux qui, à leur tour, désignent le maire et ses adjoints.

Depuis la réforme de 1982, complétée par la loi du 21 mai 2025, le mode de scrutin est uniforme pour toutes les communes : un scrutin de liste proportionnel paritaire à deux tours, avec une prime majoritaire accordée à la liste arrivée en tête. Dans les communes de plus de 1.000 habitants (et désormais dans toutes, y compris les petites), la liste obtenant la majorité absolue des suffrages au premier tour ou la majorité relative au second tour reçoit automatiquement la moitié des sièges (prime majoritaire de 50 %). Le reste des sièges est réparti à la proportionnelle entre les listes ayant franchi le seuil de 5 %. Les listes doivent être paritaires, avec alternance stricte homme-femme. À Paris, Lyon et Marseille, le scrutin est adapté aux secteurs (arrondissements), avec une prime majoritaire réduite à 25 % pour le conseil municipal central. Ce système garantit à la fois stabilité (la prime empêche la fragmentation) et représentation minoritaire, tout en favorisant les majorités solides pour gouverner.

Une gauche dominante dans les grandes villes

Pourtant, ce cadre apparemment équilibré masque des déséquilibres structurels qui expliquent en partie les soupçons récurrents de dysfonctionnements, comme ceux qui éclatent aujourd’hui à Marseille. La carte politique des grandes villes françaises se distingue nettement de celle de la « France périphérique » décrite par Christophe Guilluy. Sur les 42 communes de plus de 100.000 habitants, la gauche (PS, EELV, apparentés) détient 24 mairies après 2020. Le Parti socialiste seul en contrôle 14, dont Paris (Anne Hidalgo), Marseille (Benoît Payan), Nantes, Lille ou Rennes. Les écologistes ont conquis Lyon, Bordeaux, Strasbourg ou Grenoble. À l’inverse, la droite (LR, Horizons) domine surtout dans les villes moyennes ou rurales.

Cette domination urbaine gauche s’inscrit dans une longue continuité : des décennies de règne ininterrompu. À Toulouse, Jean-Luc Moudenc (droite) succède à une ère socialiste ; mais à Nantes (Johanna Rolland, PS depuis 2014), Montpellier (Michaël Delafosse, PS), ou encore Dijon (François Rebsamen, PS depuis 2001 avec une brève interruption), le pouvoir local se transmet souvent au sein du même camp depuis les années 1980-1990.

Ces bastions urbains contrastent avec une France périphérique – périurbaine, rurale, petites villes – où la droite et le Rassemblement national progressent nettement depuis 2017.

Cette fracture territoriale s’explique par plusieurs facteurs. Les grandes villes concentrent les classes moyennes supérieures, les étudiants, les fonctionnaires et les populations immigrées, électorats traditionnellement plus à gauche. La « France périphérique », elle, rassemble les ouvriers, employés, artisans et agriculteurs touchés par la mondialisation, la désindustrialisation et la hausse des coûts énergétiques.

Des décennies de règne, la réalité des petites communes et le cumul des mandats

Les maires des petites communes (moins de 1.000 habitants, soit 90 % des 34.800 communes françaises) vivent une réalité bien différente.

Leur charge de travail est colossale : gestion du budget, urbanisme, écoles, voirie, sécurité, social… sans les moyens humains des grandes villes. Beaucoup cumulent les fonctions pour exister politiquement et financièrement. Le cumul des mandats, pourtant encadré depuis les lois de 2014 et 2017 (interdiction pour un parlementaire d’être maire d’une commune de plus de 1.000 habitants ou président d’EPCI (Établissements Publics de Coopération Intercommun : structures administratives permettant à plusieurs communes d’exercer des compétences en commun), limitation à un seul mandat local exécutif), reste très répandu au niveau local. Un maire peut encore présider une intercommunalité, un syndicat mixte ou un conseil de territoire. Comme l’explique un article du Courrier des maires (« Le cumul des mandats : un peu, beaucoup, ouvertement, tout bien réfléchi »), cette pratique persiste « ouvertement » pour des raisons pratiques : les petites communes manquent de ressources et les élus cherchent à peser dans les négociations avec l’État ou les métropoles. Résultat : un maire de village cumule souvent mandat municipal + présidence d’EPCI + vice-présidence départementale, au prix d’un épuisement documenté (un tiers des maires en burn-out selon des enquêtes récentes).

Le découpage électoral : un outil pour modeler les résultats

Le système électoral lui-même offre des outils pour consolider ces pouvoirs. Le découpage des circonscriptions, qu’il s’agisse des cantons pour les départementales ou des circonscriptions législatives, permet parfois de « modeler » le territoire pour adapter le résultat recherché. Le gerrymandering, terme venu des États-Unis (dessin de circonscriptions en forme de salamandre pour favoriser un parti), existe en France malgré les contrôles du Conseil constitutionnel.

Un exemple emblématique est la circonscription n°2 du département de l’Hérault, centrée sur Montpellier. Le découpage cantonal, visible sur les cartes officielles de la préfecture, présente des limites irrégulières : le canton MTP.2 s’étend en « étoile » ou en bras depuis le centre-ville vers des zones périphériques, englobant des quartiers ciblés pour diluer ou concentrer certains électorats. Ce type de configuration, critiqué depuis des années par l’opposition, facilite la victoire d’une liste en isolant les voix adverses.

Les réformes successives du code électoral et des découpages

L’histoire des réformes du code électoral montre une évolution progressive vers plus de contrôle, mais aussi des ajustements opportunistes. Sous la Ve République, les redécoupages législatifs ont été rares : 1958 (fondateur), 1986 (sous cohabitation), 2010 (sous Sarkozy, avec commission indépendante pour limiter les abus). La loi de 2010 a introduit une commission indépendante chargée d’avis public sur les projets de délimitation. Pour les cantonales, la réforme de 2014 (binominal paritaire) a redessiné les cantons pour réduire leur nombre et assurer la parité. Les municipales ont connu la grande bascule en 1982 (passage du scrutin majoritaire plurinominal au proportionnel avec prime) puis en 2013 (seuil abaissé à 1.000 habitants) et 2025 (scrutin de liste généralisé aux petites communes).

Ces réformes visaient à moderniser et à moraliser, mais n’ont pas supprimé les irrégularités territoriales.

Le Conseil constitutionnel censure les découpages trop déséquilibrés (écarts démographiques excessifs), mais tolère des formes irrégulières si elles respectent l’égalité approximative (un député = une population voisine).

L’affaire des centenaires à Marseille : soupçons de fraude électorale

C’est dans ce contexte d’un système verrouillé par des décennies de domination locale que surgissent les soupçons de fraude électorale à Marseille. À quatre jours du premier tour des municipales 2026, plusieurs candidats d’opposition ont dénoncé une anomalie spectaculaire sur les listes électorales de la deuxième ville de France (886.000 habitants, 555.210 inscrits, soit +9 % en six ans malgré une démographie stagnante).

Les listes comptent 785 électeurs âgés de 100 ans ou plus. Parmi eux, une femme née le 24 décembre 1905 en Italie, inscrite dans les 11e-12e arrondissements, aurait aujourd’hui 120 ou 121 ans.

Si elle était vivante, elle serait la doyenne de l’humanité, loin devant Ethel Caterham (116 ans, Britannique, record Guinness 2026). D’autres inscrits dépasseraient les 115 ans.

Le candidat RN Franck Allisio a saisi le procureur de la République au titre de l’article 40 du Code de procédure pénale, soupçonnant « des tentatives de fraude électorale » via des électeurs fantômes (décédés non radiés). Martine Vassal (droite-centre) a réclamé sur X une « mise sous tutelle immédiate de l’organisation des municipales », dénonçant un risque de « fraudes électorales massives ». D’autres élus du secteur (comme Sylvain Souvestre, maire LR du 11-12) ont fourni des actes de décès. 

La mairie de Benoît Payan (PS) et l’INSEE expliquent qu’il s’agit d’un problème administratif classique : les décès à l’étranger ne sont pas toujours signalés par les familles, retardant la radiation automatique dans le Répertoire Électoral Unique (REU). L’INSEE assure que les cas vérifiés (trois femmes nées 1924-1925) sont bien radiés et que le logiciel d’extraction de la ville peut afficher des données obsolètes. La ville promet un retrait automatique des plus de 110 ans pour les futurs scrutins.

Pourtant, le doute persiste. Marseille a déjà connu des affaires de procurations frauduleuses en 2020 (EHPAD du 12e arrondissement). L’augmentation de 9 % des inscrits sans croissance démographique interroge. Dans une ville historiquement marquée par des pratiques clientélistes (de Gaston Defferre à Jean-Claude Gaudin), ces « centenaires fantômes » alimentent les craintes d’un système où la prime majoritaire, le découpage des secteurs et la longévité des équipes municipales facilitent les abus. L’opposition y voit le symptôme d’une gauche urbaine qui, après des décennies de pouvoir, peine à accepter l’alternance.

Des failles qui interrogent la démocratie locale

Au-delà de Marseille, ces soupçons interrogent la solidité démocratique française. Un système qui concentre le pouvoir dans quelques grandes villes à gauche, tolère le cumul local, autorise des découpages créatifs et peine à nettoyer ses listes électorales risque de creuser le fossé avec la France périphérique. Les réformes successives ont modernisé les règles, mais pas suffisamment les contrôles indépendants ni les moyens des petites communes. À l’heure où les Marseillais s’apprêtent à voter les 15 et 22 mars 2026, l’affaire des centenaires rappelle que la démocratie locale ne se limite pas à la prime majoritaire : elle repose aussi sur la confiance dans les listes et l’égalité réelle des électeurs.

Sans vigilance accrue – judiciaire, préfectorale et citoyenne –, les failles du système risquent de transformer le scrutin en outil de perpétuation du pouvoir plutôt qu’en expression populaire.

 

 

 

 

 

 

 

mars 07, 2026

Juan Branco: présidentielle 2027 et enkystement de LFI par électoralisme ! À lire dossier LFI de Lux Aurores.

Juan Branco : « Il faut proposer aux Français une alternative crédible au système »

Invité de l’émission Bistro LibertéJuan Branco a exposé sans concession les raisons de sa candidature à l’élection présidentielle de 2027 et les piliers de son projet politique.

Pour l’avocat et ancien proche de Wikileaks, l’heure est à la résistance active face à un système qui s’effondre.

« Toutes les forces politiques ont renoncé à leur position, notamment sur l’Union européenne, que ce soit le RN ou la France insoumise », a-t-il affirmé. Face à ce vide, il propose de redonner la parole au peuple via un référendum à six mois de l’élection pour décider du maintien ou non dans l’euro et l’UE, doublé de l’adoption du RIC (référendum d’initiative citoyenne), des mandats impératifs et révocatoires. « C’est la volonté de reprise de contrôle du peuple français sur sa souveraineté », a-t-il insisté, en sortant des « clivages artificiels » entretenus par les partis.

Un « coup d’État institutionnel » et un président « astre mort »

Emmanuel Macron est décrit en termes durs : « Il a commis ce que je considère être un coup d’État institutionnel en juillet 2024 avec la dissolution et surtout son refus d’en prendre acte. » Pour Branco, le chef de l’État est « un astre mort » qui, habité d’un « comportement morbide », veut « emporter avec lui le peuple français ». La candidature de Branco vise précisément à résister à cette trajectoire.

Mesures phares : souveraineté, simplification et lutte contre l’oligarchie

Le programme repose sur trois piliers immédiats :

  • Redonner la parole : référendum sur l’Europe et RIC.
  • Nettoyage de l’espace oligarchique : « Un nettoyage des médias pour que ce ne soit pas des milliardaires qui décident ce que les gens doivent savoir », et transparence totale sur les algorithmes des réseaux sociaux.
  • Simplification radicale : suppression des 300 taxes et impôts qui coûtent plus cher à collecter qu’ils ne rapportent, renforcement des services publics de base (hôpitaux, sécurité), et reconquête de la souveraineté agricole. « Pour la première fois en 40 ans, nous basculons en situation de dépendance alimentaire », a-t-il alerté.

Il dénonce également le « pillage oligarchique » en cours avec le démantèlement annoncé de SFR : « Ils veulent réduire de 4 à 3 le nombre d’opérateurs pour faire augmenter les prix et enrichir Martin Bouygues, Xavier Niel et Patrick Drahi. » Une opération estimée à 20 milliards d’euros pour les acteurs et 100 milliards de commissions pour les banquiers – « la répétition de ce qui s’est passé avec Alstom ».


Médias et audiovisuel public : une maison qui a « largement dérivé »

Juan Branco plaide pour une remise à plat massive du secteur audiovisuel. Sur la commission d’enquête parlementaire menée par Charles Loncle, il exprime un désaccord de fond avec la ligne RN (suppression de France Télévisions) mais défend la nécessité de transparence : « Des centaines de millions d’euros d’argent public sont brûlés chaque année pour nourrir des petites chapelles. » Il regrette que la commission n’ait pas auditionné suffisamment de voix de gauche et insiste : le rapport ne doit pas devenir un outil d’instrumentalisation partisane.

Iran : la France doit se distancier, pas servir de « larbin »

Sur le Moyen-Orient, Juan Branco est catégorique. Les bombardements américains et israéliens visent selon lui non pas la chute d’un régime, mais le « démembrement de l’État iranien » dans le cadre d’un projet de « Grand Israël ». « Gaza est la première étape avant la Jordanie », a-t-il rappelé, déplorant l’absence de journalisme de qualité en France pour expliquer ces enjeux.

Il fustige la réaction d’Emmanuel Macron : au lieu de prendre ses distances après l’assassinat d’un chef d’État en exercice hors de tout cadre juridique international, le président a constitué une coalition avec Friedrich Merz et Keir Starmer pour condamner la riposte iranienne. « Il s’est comporté comme le larbin de monsieur Trump. À aucun moment les intérêts de la France ne sont défendus. »

("Ils rendent service au régime iranien en tuant un dirigeant qui était déconsidéré et considéré comme grabataire par la population. La bêtise aveugle de l’axe israélo-états-unien et leur volonté de démanteler l’Iran comme État nous coûtera. La France doit prendre ses distances."

"Juan Branco ACCUSE Macron d’engager la france dans des FRAPPES ILLÉGALES contre l’Iran. « Emmanuel Macron engage la parole de la France en annonçant des "actions défensives" à six mille kilomètres de la France. Celles-ci consisteraient en des bombardements contre l'Iran en dehors de tout cadre légal, et au seul prétexte que cet État a riposté à une agression illégale en bombardant des pays accueillant des bases états-uniennes. La dernière fois que la France a mis en oeuvre cet aventurisme militaire, cela a eu deux conséquences : le Bataclan et la promenade des anglais. »") 

Extrême gauche et affaire Quentin : « Jean-Luc Mélenchon assume une responsabilité politique et morale »

Sur la mort de Quentin à Lyon, Branco refuse toute instrumentalisation tout en pointant clairement les responsabilités : « Jean-Luc Mélenchon, en créant cette alliance entre une force de gouvernement et une forme de milice citoyenne d’extrême gauche qui n’a que la violence comme vecteur, assume une responsabilité politique et morale dans la mort de cet homme. »

 ""Mélenchon feint d’ignorer qu’il a créé une alliance avec une organisation proto-fasciste, qui n’a rien à faire avec une force de gouvernement qui va se présenter aux présidentielles." (Tocsin)"

Il récuse vigoureusement les accusations de « virage à droite » : dénoncer la violence de la Jeune Garde n’est pas devenir identitaire ou fasciste. « Dire cela m’a valu des attaques de personnes qui m’adoraient il y a quelques années. » Pour lui, légitimer ces violences mène le pays vers « une forme de guerre civile ».

Sa conception de la gauche : souveraineté et réindustrialisation, pas « gauche Zara »

Juan Branco se revendique toujours de gauche, mais d’une « vraie gauche » : celle qui défend le prolétariat, la réindustrialisation (le PIB manufacturier est passé de 25 % à moins de 10 %) et la fin de l’asservissement à l’Empire américain. Il critique la France insoumise comme une « gauche de la subvention », une « gauche Zara » qui endort le peuple sans toucher aux fondamentaux et instrumentalise les questions sociétales (genre, identité) pour masquer son renoncement économique.

« La gauche s’est convertie au capitalisme et au consumérisme », regrette-t-il. Son combat prioritaire : la « purgation de l’espace oligarchique » et la reprise de souveraineté. « La priorité aujourd’hui n’est pas la guerre horizontale entre Français, mais de constituer un peuple pour renverser le système existant. »


 

Conclusion de Juan Branco : sortir des pièges et reconstruire

Face aux accusations de « rouge-brun », il rappelle l’arc des Gilets jaunes – de l’antifascisme au royalisme – et son propre rôle de défenseur de figures du mouvement. Il refuse l’enfermement dans les clivages identitaires ou sociétaux : « Mon enjeu, c’est de permettre à la France de retrouver sa souveraineté et à sa population de se développer dans une direction souveraine. »

Candidat hors système, Juan Branco présente sa démarche comme un « exercice d’humilité » : écouter la ruralité, construire avec les 27.000 membres du mouvement « les Ruches » un projet citoyen de 300 propositions. « C’est le plus beau rituel que la République ait fécondé », conclut-il. Un appel à la reprise de contrôle populaire avant que l’« astre mort » n’emporte le pays avec lui.

https://multipol360.com/juan-branco-il-faut-proposer-aux-francais-une-alternative-credible-au-systeme/ 

 


Sur LFI

Ces dernières semaines ont mis en scène un effondrement inattendu de Jean-Luc Mélenchon, homme pour lequel j'ai une profonde affection personnelle. Il ne s'agit d'en tirer aucune conséquence, si ce n'est que des lignes de fractures claires, de l'essentialisation des êtres à la légitimation d'une violence horizontale inacceptable, sont apparues, et ne seront pas résorbées. 

 

Un long texte permettant de comprendre, de façon plus fondamentale, quelles sont les lignes de fracture entre notre mouvement et candidature et celle portée par la France Insoumise, a été publié. Celui-ci permet de revenir sur certaines des apories dans lesquelles, par électoralisme, cette force politique s'est enkystée. 

Cela laisse apparaître une évidence: les "erreurs" ou "fautes" de ces dernières semaines n'en sont pas, mais le fruit des choix politiques de l'organisation qui ont placé l'organisation face à des contradictions irrémédiables. A lire à tête reposée

"Comment faire" pour se suicider: autopsie de la France Insoumise

LFI rappelle une constante de la gauche Française : n'y ont le mot peuple à la bouche que ceux qui cherchent à accaparer la parole en son nom. La lecture critique du texte Comment Faire ? qui vient de paraître, permet de comprendre les failles et apories d'un mouvement voué à trahir ou disparaître. 

Jean-Luc Mélenchon vient de rendre public un texte, Comment Faire ?, dont le titre fait écho au Que Faire de Lénine.

Ce texte, qui est cosigné par les trois plus importants cadres du mouvement, se propose de donner les clefs de compréhension du fonctionnement interne de la France Insoumise.

Cette organisation est aujourd'hui la principale force politique se disant de gauche en France, et aspire à prendre le pouvoir par les urnes, en professant un strict légalisme.

Souvent abscons, Comment Faire ? n'offre pourtant que quelques vagues clefs de compréhension sur les principes organisationnels du mouvement. Ceux-ci apparaissent dans trois des dernières pages d'un texte qui en contient près de 100, et qui décevra tous ceux qui espéraient y trouver des éléments permettant de répondre aux récentes offensives qu'a connu le mouvement de la part de la presse institutionnelle, notamment via l'ouvrage La Meute.

Il se révèle cependant particulièrement révélateur sur les insuffisances et apories auxquelles est confronté le mouvement, et mérite à ce titre d'être discuté et réfléchi.

Une réponse à une offensive médiatique qui tombe à plat

À ceux qui nourrissaient l'espoir que des éléments de langage seraient donnés, ou au moins des éléments d'explication, pour répondre aux attaques médiatiques qui ont ciblé le mouvement ces derniers mois, il faudra leur suggérer de repasser. Celles-ci s'étaient démarquées par une partialité profondément injuste et aveugle aux insuffisances de tout mouvement politique. Surtout elles n'avaient pas interrogé la nécessité de mécanismes représentatifs ou démocratiques au sein de mouvements qui cherchent des changements politiques en leur extérieur. Demande-t-on aux armées des pays démocratiques d'être elles-mêmes démocratiques ?

Le texte désarçonne en réalité par la dérive à laquelle ses auteurs se prêtent. Ceux-ci se perdent, dès l'ouverture, en des considérations théorico-philosophiques interminables sur la nature des mouvements ouvriers, et semblent avoir avant tout cherché à faire œuvre universitaire plutôt qu'à offrir des clefs de compréhension à l'égard de ce que Jean-Luc Mélenchon qualifie de "mouvement gazeux".

Cette notion, cela est bien connu des membres du mouvement, sert de couverture sémantique à la domination implacable d'un groupuscule constitué autour de Jean-Luc Mélenchon et du parti de Gauche, qui, tout épris de velléités hégémoniques et d'une culture léniniste, n'ont jamais cru à la démocratie interne, et cherchent à travers une terminologie poétique allant de l'invocation des "ondes" à d'incertaines "osmoses", à déguiser la centralisation absolue de tous les circuits décisionnels de la FI.

Là encore, il ne s'agit pas ici de faire polémique, ni de reprocher à un mouvement (qui, comme le rappellent les auteurs, a réuni plusieurs millions de suffrages et s'est imposé comme la première force de gauche) d'avoir adopté des méthodes en contradiction avec les principes qu'elle professe, suivant l'adage selon lequel en politique la fin justifierait les moyens. Cela, la presse bourgeoise s'en est parfaitement chargée, procédant à un véritable tir de barrage. Mais on aurait pu espérer que cette approche soit exposée, justifiée, légitimée. Il faudra donc se contenter du voile pudique posé sur la vérité, et avancer.


Une succursale post-mortem du Parti socialiste

Comment Faire ? est en réalité un texte intéressant à bien d'autres titres, qui ne peut ni ne doit être lu sous le seul prisme de l'acte manqué, consistant à se montrer incapable de répondre à des vagues accusatrices, faute d'avoir en réalité de substance alternative à proposer.

Comment faire ? permet en effet de comprendre dans quelle généalogie s'inscrivent les principaux cadres de cette force politique, et quel regard ceux-ci portent sur eux-mêmes. Ses auteurs, afin de présenter la France Insoumise, procèdent à de longs développements qui laissent apparaître un enracinement profond de leur pensée dans les débats et théories politiques de la fin du XIXe et du début du XXe siècle. Jean-Luc Mélenchon et ses comparses ne se contentent pas d'inscrire la naissance de la France Insoumise dans le droit fil des divisions irrésorbables qui ont miné le Parti socialiste français à l'aube de notre millénaire, qu'ils décrivent par le menu, et dont ils considèrent qu'elles auraient connues une rupture définitive à la suite du référendum de 2005.

Le texte préfigure et inscrit cette rupture d'interminables développements sur les origines et grandes étapes du Parti socialiste, notamment sur Léon Blum, figure politique du début du XXe siècle. Ce faisant, ils permettent à leur lecteur d'apprendre que l'homme du Front Populaire se montrait alors bien plus exigeant et radical que ne le sont aujourd'hui les dirigeants de la France Insoumise, n'hésitant pas à envisager publiquement l'usage de moyens d'action directe illégaux, Là où LFI professe aujourd'hui un légalisme de bon aloi et a adopté une position républicaniste victimaire, ne cessant de faire appel à la protection des institutions malgré les nombreuses offensives dont elle fait l'objet.

"La conquête des pouvoirs publics, qu’est-ce que cela signifie ? Cela signifie : prise de l’autorité centrale qui, actuellement, s’appelle l’État, par n’importe quels moyens, sans que ni les moyens légaux, ni les moyens illégaux soient exclus."
Léon Blum cité dans Comment faire ?

Ce faisant, ses auteurs nous rappellent que les ancêtres faisaient montre d'une autre sorte de courage, et quelque part, de pedigree, mais également une forme de tartufferie ou d'impuissance bourgeoise que l'affaire Quentin a contribué à dévoiler.

En creux, cette régression historique se révèle illustratrice d'une forme de contradiction interne au discours du mouvement, qui, toute à une radicalisation d'apparat, n'appelle jamais à la révolution qu'en accompagnant ses invocations du terme "citoyenne". Qui, à chaque promesse de rupture ontologique, l'accompagne d'un rappel sur leur condamnation pure et parfaite de toute forme de violence, censée préfigurer une volonté d'intégration toute aussi pure et parfaite à l'ordre existant. Qui, lorsqu'un jeune homme mort du fait d'affrontements avec des collectifs antifascistes que Jean-Luc Mélenchon et les principaux cadres de la FI ont vanté, glorifié, rabat immédiatement le mouvement sur des fondamentaux prétendument non-violents. Qu'importe qu'ils aient fait élire à l'assemblée nationale un jeune homme qui ait fait de l'action coup de poing, et de sa pratique des rixes et des batailles de rue, à coups de grande propagande et d'annonces d'alliances nationales avec son organisation

Cette négation dialectique de la conflictualité naturelle de tout processus politique, a fortiori révolutionnaire, et des inévitables violences qu'ils charrient, vaut naturellement quelques procès en tartufferie dès lors que le mouvement a décidé, d'une part, de la rejeter en mots et dans le registre de l'explicite, pour l'alimenter de façon implicite, en externalisant la mise en œuvre afin de protéger les intérêts de ses dirigeants.

Loin du courage et de la décence de ses ancêtres, la France Insoumise délègue et externalise son rapport à la violence politique pour protéger les intérêts de leurs dirigeants.

Un parti profondément social-démocrate

L'invocation répétée, et il faut le dire, indigeste, de l'histoire du socialisme et des différents préceptes et luttes qui l'ont structuré tout au long de Comment Faire ? révèle par ailleurs à quel point ses dirigeants, faute de réactualisation idéologique et conceptuelle, restent déterminés par le logiciel social-démocrate qu'ils ne cessent de dénoncer, peinant à s'extraire de distinctions et querelles de clocher qui minèrent les entreprises de leurs aînés.

À les lire, on ne peut que penser aux concours de dissertation qu'organisait le Parti Socialiste à la fin du XXe siècle, de Congrès en Congrès. Ces "contributions programmatiques" étaient censées animer la vie du parti, et justifier de sa structuration en divers courants, ce qui à leur tour permettait de distribuer les postes et investitures selon le succès des uns et des autres. Bien entendu, tout était chiqué, et en réalité, ces concours censés définir l'orientation idéologique du parti ne servaient qu'à légitimer des arrangements d'arrières-cours que les technocrates du parti organisaient.

On pourrait soupçonner Jean-Luc Mélenchon, qui n'aura semble-t-il jamais compris le caractère purement rituel de ces appels à contribution, d'avoir voulu se venger de ses défunts concurrents, en organisant une compétition où il serait cette fois le seul à participer. A-t-il été un participant sincère de ces compétitions, prenant à cœur d'élaborer un esprit supérieur à ceux de tous les dirigeants de ce parti oublié, et a-t-il tardé quarante ans à comprendre les trucages de ses pairs ? Ce serait là une forme de candeur, de naïveté touchante et émouvante, qu'on pourrait supputer par on ne sait quel complexe à l'égard d'énarques et de technocrates qu'il n'aurait, malgré les humiliations répétées qu'ils lui auront fait subir, jamais su surmonter. Comme le rappelle Victor Serge, les révolutions ne laissent pas le temps de la psychologisation, quand bien même de telles dispositions seraient de nature à mettre en danger les intérêts de ceux dont il professe la défense, et qu'il prétend représenter.

Reste que la politique ne peut simplement reposer sur des névroses, qui sont des propulseurs d'idées aussi intenses qu'à courte-mèche. De la même façon qu'Éric Zemmour sut imposer la sienne au peuple Français quelques temps, réactivant des débats datés sur le pétainisme qui faisaient écho à ses propres problèmes identitaires avant de s'effondrer, Jean-Luc Mélenchon prend un risque important en ne se détachant pas de son expérience et de son parcours personnel : que sa douloureuse rupture avec son foyer politique, le Parti socialiste devienne le vecteur de sa chute. Ce vecteur qui, dans la souffrance puis le bonheur, lui permis de nouer des noces heureuses avec un peuple Français de gauche épuisé par la tendance ontologique du PS à la trahison, est désormais épuisé. Les fantômes toujours ressurgissants d'un passé enterré, tels Raphaël Glucksmann ou François Hollande, ne suffiront à fournir le carburant nécessaire à une réactualisation du projet insoumis. L'encastrement dans ce qui, geste de libération, deviendrait névrose traumatique, menace, faute de renouveau, de produire un appauvrissement psychique et idéologique.

Or la France Insoumise ne semble en sortir. Son texte, parsemé de délibérations d'un autre temps, épuise son lecteur et épuisera ses militants. Qui s'intéresse en effet aujourd'hui à l'exégèse de tel ou tel dirigeant politique du début du XXe siècle, dont l'empreinte sur la théorie politique est, en dehors des cercles militants du dernier siècle, restée non seulement inféconde, mais vouée aux oubliettes ? Qui prête encore un intérêt aux définitions concurrentes de la dictature du prolétariat qui animèrent partis et cafés il y a plus d'un siècle, à partir de données matérielles et conceptuelles dont la caducité n'est plus même à dénoncer ?

Et qui s'intéresse au pourquoi d'une rupture avec un Parti Socialiste dont le caractère spectral est depuis désormais dix ans acquis ?

Les principaux cadres de la France Insoumise, mais seulement eux.

Il serait cruel de déduire de ces pages interminables que l'apparatchikisme socialiste continue d'infuser de façon profonde une force politique qui se prétend avant-gardiste, et qui se révèle en prétendant le dénoncer.

Il serait injuste de procéder à une psychanalyse sauvage de leurs fondateurs, qui ne semblent, vingt ans après, toujours pas remis de leur échec à saisir un parti qui les gâta pourtant, et qui ne subsiste en aucune mémoire présente ou prospective définie.

Et nous apporterions peu de chose en nous contentant de pointer cette étonnante résurgence, pourtant signée par trois personnes, Mathilde Panot, Clémence Guetté et Manuel Bompard, qui n'ont eu maille à partir à l'égard de ces instances du passé.


Au-delà de l'entreprise de distinction

Le lecteur qui aura le courage de traverser la médiocre somme historico-théorique qu'ont composé, dans la première partie de cette ouvrage, nos aspirants intellectuels, n'en tirera qu'une conclusion: ces développements n'ont pour fonction et intention que de légitimer leur entreprise d'accaparement de la parole, en offrant à ses auteurs un vernis de légitimité petit-bourgeois. Ce qui, comme diraient certains, suffit à faire signe.

L'entreprise qui se dessine en creux dans cette première partie de Comment Faire ? va en effet par la suite s'expliciter. Les pures tentatives de distinction qui parsèment ce texte, improductives par essence, nous mettent sur une piste. Les esprits les plus affutés savent qu'aujourd'hui le coeur du mouvement est composé d'une classe moyenne citadine faisant de la politique une source de légitimation sociale, via une différenciation éthique qui leur offre un carburant et une "raison d'être" leur permettant d'oublier les affres d'une existence privée de son sens par leur acquiescement dans le système productif existant, dont ils espèrent des ajustements marginaux, ajustements marginaux dont la défense leur offre un "capital symbolique" leur offrant un sentiment de supériorité. L'intégration de Manon Aubry, dès 2019, en tant qu'incarnation d'OXFAM (dont il s'agissait de capter la plus value symbolique) en est l'exemple le plus parfait.

Ces acteurs principaux sont appuyés par quelques transfuges de classe qui ont fait profession de les rejoindre, dont Edouard Louis est une incarnation parmi d'autres. Ceux-ci servent à leur tour de pont à l'égard d'aspirants transfuges, qui ont fait de leur condition une monnaie d'échange au sein du marché politique, et d'acteurs sociaux incarnant une soif de revanche sociale. C'est ainsi qu'Edouard Louis et le mouvement créé par Assa Traoré - dont l'audience est principalement petite bourgeoise - ont-ils intégré le mouvement aux côtés de l'intellectuel organique Geoffroy de Lagasnerie, dont les analyses anti-étatiques (comparant l'école à la prison ; faisant de la famille une entité ennemie ; et ayant récemment poussé à la consécration de l'amitié comme une instance juridique) infusent le corpus idéologique de la France Insoumise.

Tout cela compose un "peuple intermédiaire", à mille lieues des classes populaires, du prolétariat et a fortiori du lumpen prolétariat dont le mouvement ne cesse de se prévaloir, et qu'il aspire à former et représenter.


Le renoncement aux principes fondateurs

Le texte inscrit la France Insoumise dans la rupture, à gauche, liée au référendum de 2005 sur le traité constitutionnel européen. On peine à comprendre comment, en 2026, ses cadres peuvent narrer avec un tel détail leur enracinement historique dans cette trahison des classes dirigeantes, revendiquant avec force comment leur opposition au TCE aurait été le moteur de leur désolidarisation du Parti Socialiste et de la fondation de ce qu'est devenu aujourd'hui dans le mouvement.

Et dans le même temps assumer d'avoir parfaitement renoncé, après l'avoir portée avec courage, à une quelconque sortie de l'Union Européenne et de ses traités. Après avoir proposé en 2017 une formule (Plan A, impliquant une transformation intérieur de l'Union Européenne, et Plan B, en cas d'échec du précédent, impliquant la sortie de l'institution) qui portait en germe ce renoncement, le parti a depuis 2022 exclu toute initiative allant en ce sens de ses propositions, s'alignant de facto avec l'ensemble des forces politiques dominantes, et s'inscrivant dans un grand arc commun avec le parti macroniste et le Rassemblement national.

Qu'importe si ce renoncement rend de facto caduque toute possibilité de rupture avec l'ordre existant, et quelques peu risibles les grandes embardées lyriques d'un homme, Jean-Luc Mélenchon, dont le respect pour la langue Française en fait l'une des dernières grandes figures politiques de ce pays.

Cet aveuglement n'est pas le seul, et interroge profondément sur la sénilité intellectuelle d'une force qui, toute consacrée à son institutionnalisation, semble avoir oublié sa raison d'être, et ne plus désirer accéder au pouvoir que pour les plaisirs que celui-ci promet. Ce qui explique ses dérives récentes à l'égard de "réflexions" toujours plus incantatoires, que l'Institut la Boétie ne cesse d'alimenter.

Il suffit de parcourir les dernières itérations du programme de la FI, qui n'en tire pas seulement fierté, mais en fait le point distinctif non seulement avec les autres forces politiques passées et présentes, dans une théorisation séduisante, pour comprendre que la machine semble avoir calé. La comparaison, par exemple, avec la huitième version du Projet fécondé par le mouvement des Ruches initié par Juan Branco est particulièrement cruelle, le différentiel en termes de précision et d'approfondissement des thèmes explorés apparaissant au grand jour.

Et cette différence ne s'explique pas par une question de compétence, ou de méthode. Elle permet de faire émerger des différences substantielles qui elles-mêmes démontrent une abîme dans l'approche du politique, et les orientations conceptuelles et idéologiques de ces deux mouvements.

La France Insoumise, encore alignée sur une doctrine marxiste où les rapports entre employeurs et employés n'étaient pas régulés par l'État, continue par exemple de considérer que le salariat serait, en France, synonyme d'exploitation, là où, pour le mouvement des Ruches et Juan Branco, il est considéré comme un capital différé, garanti par l'État qui en assure la distribution à ses membres. Cet accès au capital qui, dans les circonstances majoritaires, garanti un accès au crédit, assure à une majorité de la population Française une position dominante à l'égard du reste du monde, et fait de la classe salariale l'alliée objective d'un système oligarchique précisément défini par Branco dans ses différents ouvrages, ce qui n'est pas le cas de LFI qui continue à utiliser le terme "oligarchie" comme un vague synonyme des personnes aisées. En leur vocabulaire: "des riches".

S'ensuit, d'un côté, un internationalisme conséquent, déjà mis en actes de façon répétée, là où LFI se cantonne à l'incantation, voire à de graves contre-sens, depuis sa création, qui ont amené le mouvement à se trouver pris à défaut de façon répétée, et à des cafouillis particulièrement douloureux ayant largement fragilisé le mouvement.


La gauche Zara face à ses apories

L'exploration des différences à partir de Comment faire ? se révèle particulièrement douloureuse pour le mouvement gazeux en bien des matières, malgré la pertinence de certains diagnostics, notamment en ce qui concerne l'explosion des relations entre hommes et femmes induite par la révolution idéologique et les mutations idéologiques des années soixante-dix.

La précarisation de la population française dénoncée par LFI via la multiplication des statuts, la sous-traitance et mille autre dispositifs visant à "optimiser" l'exploitation de la "ressource humaine", pour reprendre le vocabulaire des classes dirigeantes, ne semble là encore pas bien analysée. Peu est dit sur le fait que cette "flexibilisation" (sic) a créé de confortables points de fuite pour une partie de la population, en connivence avec les classes dirigeantes, offrant notamment via les dispositifs d'interim de véritables sas éteignant toute forme de conflictualité sociale, financés par l'effort collectif et au détriment de la communauté.

On pourrait s'étonner de ces points aveugles et s'interroger sur ce qui, dans la composition sociologique du mouvement, largement salariée et fonctionnarisée, pourrait l'expliquer. En réalité, ceux-ci permettent au mouvement d'épouser un système en contradiction avec ses valeurs et objectifs affichés, et qui convient à nombre de ses électeurs. Une forme de clientélisme électoral dont les dernières itérations programmatiques ont poussé le curseur très loin, et qui est fondement d'un épuisement de la société et de ses structures productives dont l'effondrement est toujours retardé à coup de subventions et de promesses d'accroissement de la sphère d'intervention de la puissance publique.

La désolidarisation massive entre des classes sociales qui furent un temps alliées et permirent à la gauche d'accéder au pouvoir n'est que la conséquence naturelle de ce discours qui a donné un certain écho à la dénonciation par les partis de pouvoir de la "gauche de subvention", profitant non de l'aveuglement de la gauche, mais de la complicité objective de celle-ci à l'égard de processus qu'elle ne dénonce que formellement, pour mieux les renforcer et ainsi nourrir des électorats captifs.

S'ensuit une déduction : les cadres du mouvement ont beau rejeter sur le système politique et médiatique leur ostracisation, ils gagneraient à interroger leur responsabilité critique dans la réactivation de clivages idéologiques qui les empêchent de devenir les portes paroles d'un "peuple" qu'ils ne cessent d'invoquer, et dont tous les indicateurs pourtant démontrent qu'ils contribuent à le fragmenter, en renonçant à tout discours universalisable, qui permettrait de l'unir symboliquement et de s'y adresser en tant qu'entité.

Ce que la FI présente comme des efforts de théorisation politique, à travers notamment une tentative de définition et de catégorisation de la notion de peuple selon le niveau d'accès à différents réseaux privés ou communs qui seraient offerts, apparaît en conséquence et avant tout comme un effet de manche rhétorique compensatoire.


La condition féminine et l'enjeu MeToo

La fragmentation proposée par la France Insoumise ne repose pas seulement sur des clivages assumés, qui expliquent leur soutien notamment à une taxe Zucman dont le caractère profondément social-démocrate n'avait pas échappé à leurs dirigeants. Elle s'exprime également sur la double question de l'instrumentalisation identitaire et de la rupture civilisationnelle entraînée par l'importation en France d'un culte néopuritain anglosaxon ayant profité de l'explosion du voyeurisme sur les réseaux sociaux pour instaurer un culte la délation, le mouvement metoo, qui a trouvé en France une terre d'accueil et de mutation idéelle, s'accouplant idéellement à la tradition inquisitoriale dominante depuis cinq siècles pour produire des fractures dans les couches profondes de la société dont la gauche a cru profiter, et qui la menacent désormais d'effondrement et d'ostracisation.

Il faut voir au-delà de la polémique médiatique, et du jugement de valeur qui pourrait s'appliquer, concernant un manque de courage réel ou projeté, à l'égard d'un fruit interdit trop tenté qui consistait à pouvoir vouer aux gémonies toute personne, et l'éliminer d'un trait de plume ou de parole, par présomptions accumulées, renonçant ainsi à des siècles de tentative de constitution d'une forme de dignité humaine, d'espaces réservés en dehors de l'appareil d'État (la fameuse "intimité") et de règles intangibles relatives à l'État de droit.

Le mouvement, ravi de se vautrer et semble-t-il, de ramasser des clientèles militantes, n'a jamais entamé une réflexion à l'impact catastrophique de l'alliance que proposaient certains mouvements militants néoféministes carcéraux, mis en avant par certains médias et algorithmes oligarchisés, et la puissance judiciaire et policière complètement contrôlée par le pouvoir en place. Fallait-il être un grand clerc pour comprendre que l'alliance avec des structures de pouvoir ontologiquement réactionnaires ne pouvait amener qu'à une catastrophe décimante ? 

Comment Faire ? permet de comprendre que les dirigeants du mouvement sont conscients que cette rupture civilisationnelle est liée à des facteurs historiques et matériels profonds. En rappelant que la répartition du temps de travail entre hommes et femmes et la transformation du mode d'existence de ces dernières a brutalement évolué au cours du XXe siècle, et poussé à une remise en cause radicale de structures de pouvoir pluriséculaires ils font un premier pas. En pointant la rupture anthropologique provoquée par la généralisation de la contraception, la libéralisation des relations de couple et la légalisation de l'IVG, ils semblent s'apprêter à un questionnement profond de la violence des mutations qui ont affecté, en un temps extraordinairement réduit, les structures principielles de nos sociétés, et les violences qui naturellement en sont nées.

Mais en se contentant d'indiquer que les femmes mettaient en œuvre des tâches gratuitement dans "l'économie patriarcale", sans voir à quel point les discours d'émancipation portés au cours du XXe siècle n'auront amené qu'à leur mise sous tutelle des forces du capital ; en refusant d'acter que la destruction des structures traditionnelles qui antécédaient toute forme de productivisme et de capitalisme et protégeaient en réalité l'être humain en sa dignité, au nom d'un "progressisme" qui en réalité ne servait que des forces matérielles auxquels ils sont censés s'opposer ; où vont-ils ?

Nulle part.

Ils se contentent d'accompagner la course au néant qui en est née, en se proposant de l'accélérer.

Comment un parti qui fait tant profession de s'inscrire dans une intellectualité puissante, et qui s'est montré à l'avant garde de la popularisation de ce qu'ils qualifient de lawfare, l'instrumentalisation judiciaire à des fins de pouvoir, n'a-t-il été en mesure de voir là une instrumentalisation idéologique servant des intérêts récupérables à tout instant par la classe dominante ?

Comment un parti qui professe de son inscription dans la longue histoire des luttes et de mouvements de pensée ayant mille fois tranché ces questions - le féminisme carcéral ayant été déconstruit dès les années soixante-dix par un nombre infini de théoriciennes et d'activistes du fait de sa nature puissamment contrerévolutionnaire - a-t-il pu s'aveugler, et renoncer à toute forme d'intégrité intellectuelle, en épousant une dérive que leurs maîtres à pensée auraient immédiatement qualifié de "gauchisme infantile", fausses subversions utiles aux classes dominantes en ce qu'elles permettent de purger de façon immédiate des pulsions de dévastation, au détriment de toute élaboration et constitution d'alternatives aux structures de pouvoir ?

Comment enfin ses dirigeants n'ont-ils cherché à intégrer la question fondamentale de la défense des plus vulnérables, notamment à l'égard des violences sexuelles, dans une analyse plus générale de leur instrumentalisation par des appareils de pouvoir profitant, nourrissant, voire enfantant des panique morales réactionnaires, par nature destructurantes pour toute forme de lutte ?

La réactualisation des délations par voie de monitoire, instrument favori de l'inquisition qui faisait coopérer la "société civile" avec ses instances répressives afin d'éliminer ses opposants politiques et semer une violence mimétique dépolitisante au sein de la société est si évidente qu'il apparaît impossible d'envisager que cette impasse n'ait été volontaire. La réactualisation de l'intérêt universitaire pour les chasses aux sorcières qui, menées par ces méthodes, ont amené des milliers de femmes innocentes à se voir brûlées sur le fondement de dénonciations calomnieuses attisées par les autorités et une Église cherchant à se débarrasser de tout concurrent aurait pu servir de fondement à une contribution du mouvement à la reconstruction d'un féminisme révolutionnaire. La répression de toute forme de subversion au cours du XIXe siècle par les instances d'État au prétexte des bonnes mœurs, couplée à l'émergence des doctrines victoriennes, aurait pu s'ajouter à une analyse sociologique et statistique de l'explosion du contentieux en la matière, complètement décorrélée de la réalité statistique des faits dénoncés. Une analyse sérieuse des récentes crises économiques et des réactions féminines à celles-ci, notamment à travers l'implication majeure de celles-ci au sein du mouvement des gilets jaunes, aurait permis de relier la question des violences sexuelles et conjugales à la condition matérielle, et l'élaboration de stratégies de solidarité et d'évitement au sein des classes populaires.

L'absence de débat sur cette question anthropologique fondamentale, au profit d'une adhésion à un néoféminisme de classe, aura non seulement détaché la France Insoumise de celles qui, au plus profond de la société, sont les premières victimes de toute forme de violence. Elle acte plus largement le renoncement de la France Insoumise, et plus largement de la gauche, à interroger ses propres apories et surtout à tenter de résorber les clivages qui permettent à chaque force politique d'alimenter sa petite chapelle, nourrissant des antagonismes fruits de leur propre impéritie.


La trahison identitaire

C'est bien entendu à la même logique qu'à cédé M. Mélenchon en virevoltant autour de la question de la laïcité, prenant appui sur des justifications historiques brillantes pour opérer un tournant majeur, au détriment de la crédibilité de sa force politique.

La politique identitaire proposée par son mouvement, après quelques tâtonnements et l'adoption pour le moins consternante de la notion de "créolisation", semble s'être désormais sédimentée en un savant mélange de l'anti-racisme clientéliste du Parti socialiste des années 1980 et d'une instrumentalisation des pensées post-coloniales à des fins électorales. Le cynisme qui mâtine l'action du parti en ces domaines, dans le seul but de se constituer une armée de réserve électorale, s'accompagne inévitablement d'une posture paternaliste parfaitement compatible avec le républicanisme colonial ferryiste qui a servi de structure intellectuelle à Jean-Luc Mélenchon. On le retrouve dans la façon dont est abordée, dans ce texte, la question du régime des castes indiennes, dont la persistance malgré les tentatives de dévastation répétées dont elle a fait l'objet est condamnée moralement d'un trait. Comme le firent les tenants de la colonisation et de la mission civilisatrice de la France, convaincus de leur supériorité, les auteurs adoptent une position suprémaciste, qui considère toute structuration traditionnelle, y compris les plus développées et anciennes, comme un obstacle au progrès. Ce faisant, le mouvement partage le but commun de tous les exploiteurs: optimiser les rapports sociaux en les réduisant à leur plus simple expression, dénuer les êtres de toute forme d'auto-organisation pour favoriser l'extraction de la valeur ajoutée, sans égard pour les conséquences qu'une telle destructuration entraîne, et la privation qu'une destruction sans substitution induit pour les groupes humains et leur recherche d'harmonie. Là encore, le besoin de distinction, qui amène les principaux dirigeants du mouvement à se montrer particulièrement condescendant à l'égard de toute forme de différencialisme, comme en témoigne la position maintes fois exprimée par le député en charge des questions africaines à l'égard des mouvements panafricanistes, domine toute forme de pensée.

Elle ne s'exprime pas seulement dans le rapport du mouvement à l'étranger. La fonction est un non-sujet pour la France Insoumise, qui n'a rien compris à la crise des gilets jaunes et continue de vouloir traiter le mal être qui traverse la population française à partir de considérations matérielles, sans craindre de devenir cette "gauche Zara" que Branco a très justement qualifiée et ne cesse de vitupérer depuis l'actualisation du programme de LFI pour la présidentielle de 2022 (depuis aggravée). Qu'importe que les mesures consuméristes proposées par LFI ne visent qu'à renforcer à court-terme les capacités acquisitives des Français en renforçant leur capacité d'exploitation à l'égard du véritable peuple prolétaire du XXIe siècle, à savoir les centaines de millions de personnes sur qui repose la délocalisation massive de toute forme de production industrielle de notre pays.

Qu'importe que ce système produise systémiquement une défonctionnalisation de millions de Français, privés d'un accès direct à leur outil de production, et les rendent dépendants de formes de subvention que la France Insoumise ne cesse de vouloir accroître.

Qu'importe que tout cela nourrisse une crise identitaire majeure, elle-même fruit du renforcement des systèmes de production mondialisés que génèrent les politiques "d'une gauche de subventions" en rien transgressives, radicales ou révolutionnaires à l'égard d'un système qu'elles ne cherchent qu'à renforcer.

La satisfaction du désir immédiat de la clientèle prime sur toute considération politique ou éthique, et justifie tous les manques à pensée.

Il n'est pas étonnant que, à des fins substitutives, LFI ne pense qu'en termes de "politique de réseaux", et considérant son électorat comme une clientèle, ne cherche à répondre à ses attentes qu'en le "connectant", tel Amazon, à des tuyaux capables de satisfaire à ses aspirations individuelles et matérielles immédiates.

Elle en arrive à des phrases qui somment comme des lapsus révélateurs, par exemple quand elle affirme: "Quand la sociale-démocratie renonce à l’identification de classe, elle déclare être le parti de la société tout entière", sans se rendre compte que son maniement de la notion de peuple correspond à cette critique. Et ce, juste avant de proposer une "réorganisation singulière" des rapports sociaux immédiatement contradictoire avec sa dénonciation de l'individualisation politique.

Ce qui s'est joué sur les séquences successives qui ont affaibli la capacité de LFI à s'adresser à une partie des couches populaires, et a fortiori au reste de la population, prend en réalité racine dans une absence de pensée manifestement liée à l'obsession dite matérialiste du mouvement, et son manque d'inscription dans des mouvements de pensée et notamment des historiographies non-marxistes.

Et ces manques ne s'expliquent que d'une façon: un pur opportunisme politique qui ne fait du pouvoir qu'une source de désir, et non de transformation des destins, dans la droite lignée de la mitterrandie instrumentale qui, dès 1983, révéla son impéritie et sa lâcheté, sans produire une quelconque forme de rupture chez le fondateur du mouvement.

Il faut lire à l'aune de ces éléments les clivages artificiels qui ont récemment amené à la mort d'un jeune homme à Lyon, en marge d'un affrontement entre le collectif proto-fasciste Némésis et les organisateurs d'une conférence de Rima Hassan. Parfaitement improductifs, ces affrontements sont le fruit d'une stratégie assumée de la France Insoumise - qui s'en est revendiquée et a fait élire Raphaël Arnault à cette fin. Ils permettent de valoriser le mouvement en en faisant le rempart d'un ennemi idéologique ontologisé, et en conséquence sacralisé. Pendant que ces infantillages font perdre vies et énergies, les ennemis de classe dansent, trop heureux de ce que les distractions que leurs médias alimentent sans cesse, à travers la constitution de bouc émissaires réguliers, leur permettent de ferrer si facilement leurs poissons. Une répartition des places au sein du système représentatif peut s'ensuivre par démonisations mutuelles de deux camps ainsi radicalisés, laissant l'espace à un extrême centre apparaissant de ce fait comme modéré. Comment Jean-Luc Mélenchon n'a-t-il encore compris que c'est cette stratégie de l'idiot utile qui le mit face à un Eric Zemmour littéralement fabriqué par Vincent Bolloré qui permis la réélection d'Emmanuel Macron en 2022 ?

Peut-on imaginer que ce soit par cynisme, et non par bêtise, qu'il continue ainsi de piéger le "peuple" qu'il prétend représenter ?

La France Insoumise face à ses apories

La réactualisation d'une lecture très classique des rapports de force que proposent les auteurs de Comment faire peine dès lors à prendre, et l'invocation de concepts toujours plus éthérés, celui de "polyprésence", apparaît antipolitique, pour ne pas dire caricaturale.

Personne ne s'étonnera de ce que l'un des derniers colloques organisés par l'Institut de la Boétie ait porté sur le concept d'amitié. Celui-ci fut ouvert par une intervention de Jean-Luc Mélenchon qui excluait explicitement que de nouveaux droits soient adossés à la reconnaissance institutionnelle de cette notion d'amitié. Le geste était d'autant plus appréciable que le programme de son mouvement peine à prendre la mesure de l'effet catastrophique généra par l'inflation législative, fruit naturel d'un régime parlementaire auquel elle adhère pleinement.

Faut-il préciser qu'il fut tiré comme conclusion de cet événement qu'une juridicisation et législation sur la notion d'amitié serait bienvenue ?

Pris dans des déterminants de classe petits bourgeois, disposant désormais de généreuses subventions publiques et ayant fait de leur installation au sein du pouvoir et de l'existant leur modus vivendi, les cadres de la France Insoumise ont abandonné toute aspiration à sortir des pénombres idéelles dans lesquelles ils se sont plongés. Ayant capté les désirs pseudo-révolutionnaires de classes sociales dont les privilèges ne se justifient que par leur prétendue aspiration éthique supérieure à celle de leurs adversaires, plus dotés matériellement, ils ont construit une niche rassurante, confortablement financée, depuis laquelle il leur est devenu aisé de prétendre à la lutte et à la révolution, tout en montrant mille scrupules dès qu'il s'agit de l'embrasser. Ainsi la FI peut annoncer, afin de séduire des jeunesses citadines irrémédiablement découplées de tout environnement naturel, son intention de sortir d'un système productif afin de servir les causes idéologiques, tandis que les Ruches maintiennent, de façon sérieuse, la transformation et non l'abolition d'un système productif qui reste condition d'imposition et de transformation d'un milieu naturel ontologiquement concurrentiel et donc devant par essence être apprivoisé par l'homme - dynamique à l'origine de toute civilisation, ce qui semble échapper à nos penseurs politiques du jour.

Faut-il achever en affirmant que là où recherche d'harmonie, brièvement mentionnée dans Comment Faire, n'y apparaît que comme une ambition interne au mouvement, là où il est devenu un point cardinal à partir duquel faire société au sein des abeilles ?

Comment Faire apparaît comme une lecture particulièrement utile pour toute personne qui chercherait à comprendre l'effondrement de la gauche en des circonstances historiques qui auraient dû la consacrer. Pour ceux qui n'ont ni le luxe, ni la patience de s'attarder sur ces questions, la lecture du Projet et du Guide sus-citées nous apparaissent en bien des points plus pertinentes et recommandables à ce jour. 

 

https://aurores.org/comment-faire-pour-se-suicider-autopsie-de-la-france-insoumise/


 

Dans LFI. Anatomie d’une perversion, l’historien des idées Pierre-André Taguieff* convoque une cinquantaine d’auteurs pour dresser le livre noir du mélenchonisme et disséquer sa mécanique idéologique. →


 

 



 LFI & Antisémitisme : Le grand bêtisier (qui ne fait rire personne) 

Vous pensiez que toutes ces polémiques n'étaient que de simples "maladresses" répétées ? Attachez vos ceintures, on vous a compilé le florilège des déclarations, actes et dérapages de La France Insoumise et de ses apparentés entre 2013 et 2026. 


 

 Précision juridique essentielle avant de commencer l'exposition : aucune condamnation pénale définitive pour antisémitisme n'a été prononcée à ce jour contre un de leurs élus. Mais sur le plan politique, l'enchaînement est vertigineux. Voici le palmarès, par artiste  

1)  Jean-Luc Mélenchon : 

 Le Taulier Il voit des "traditions qui sont beaucoup liées au judaïsme" dans le conservatisme de Zemmour. Logique implacable.  laregledujeu.org/2024/10/02/409 Il estime que Yaël Braun-Pivet "campe à Tel-Aviv". Le terme a fait tiquer.  fr.euronews.com/2026/02/27/eps Pour lui, l'antisémitisme en France reste "résiduel" alors que le ministère de l'Intérieur recensait 1 676 actes en 2023 contre 436 en 2022. Une broutille.  franceinfo.fr/elections/legi La petite touche d'humour de tonton gênant : faire semblant de dire "Epstine" à la place d'Epstein. Une sortie formellement condamnée par la LDH pour son contenu "conspirationniste et antisémite".  ldh-france.org/la-ldh-condamn  

2) Rima Hassan : 

La diplomate tout en nuance Elle a déclaré que le Hamas avait une action "légitime" du point de vue du droit international. Une nuance qui lui a tout de même valu l'ouverture d'une enquête judiciaire.  fr.timesofisrael.com/rima-hassan-ac Elle tweete : "Aux sionistes : vous êtes ce que les nazis étaient pour vous". Le point Godwin validé d'un coup de maître.  raar.info/2026/02/la-gau Sur un autre registre, son tweet indiquant qu'une position a été prise "À la demande du CRIF" a été dénoncé comme reprenant le vieux ressort du "lobby juif" censé dicter la politique française.  fr.timesofisrael.com/rima-hassan-re  

3) Sébastien Delogu : 

Le gamer incompris Il publie une vidéo accusée d'utiliser une imagerie antisémite, notamment via la représentation de Meyer Habib en pieuvre et la présence d'une boîte de pizza "four à pierre". Il a dit ne pas comprendre "pourquoi les gens s'affolent".  fr.timesofisrael.com/sebastien-delo Et n'oublions pas le lapsus du siècle à l'Assemblée Nationale : "Mon grand-père... qui a déporté les Juifs à Auschwitz". Oups.  lejdd.fr/politique/mon-  

4) David Guiraud : 

L'Otaku de l'hémicycle Il a utilisé la référence aux "dragons célestes" de One Piece. Un terme présenté par plusieurs observateurs comme un "dog whistle" antisémite dans certaines sphères complotistes.  marianne.net/politique/mele Lors de son altercation avec Meyer Habib, il a été relaxé après que la justice n'a pas retenu l'injure publique à caractère antisémite. (Il l'avait tout de même traité de "porc" ). trtfrancais.com/article/16f87e  

5) Thomas Portes : Le punchlineur Il qualifie Jean-Noël Barrot de "ministre de la Knesset". Une expression publiquement dénoncée car elle reprend les "vieux clichés antisémites" de la double allégeance.  lejdd.fr/politique/vieu  

6&7) Mathilde Panot & Danièle Obono : 

Les championnes de la comm' Mathilde Panot publie un communiqué le 7 octobre parlant d'une "offensive armée de forces palestiniennes". Résultat : convocation par la police pour une enquête d'apologie du terrorisme.  franceinfo.fr/politique/la-f  Danièle Obono refuse de qualifier Houria Bouteldja d'antisémite, préférant dire "C'est ma camarade".  crif.org/sites/default/ Elle a également qualifié le Hamas de "mouvement de résistance".  crif.org/sites/default/  

8) Sophia Chikirou : 

La candidate cash Elle accuse Ariel Weil d'être un être "soumis à l'argent, aux multimillionnaires, aux milliardaires, aux fonds et pays étrangers". Carton plein sur les clichés.  lejdd.fr/politique/anti  

9) Aymeric Caron : Le sniper apparenté Il affirme que le grand rabbin de France Haïm Korsia "soutient le génocide en cours à Gaza" et qu'il le juge "mérité".  leparisien.fr/international/ Il range pêle-mêle Arthur, Yonathan Arfi, Haïm Korsia, Caroline Yadan, Raphaël Enthoven, BHL et le CRIF parmi les "soutiens des massacres" de Gaza , déclenchant une plainte d'Arthur.  leparisien.fr/culture-loisir Il republie une intervention de Rachel Khan en commentant "Radio Mille Collines" (la radio génocidaire rwandaise) , ce qui lui vaut un renvoi devant le tribunal pour injures.  lejdd.fr/societe/radio- Et la cerise sur le gâteau : il acquiesce ("Oui") quand on lui demande si Israël n'est pas sanctionné parce qu'il s'agit d'un "État juif". Un classique absolu.  lejdd.fr/politique/isra  

10) LFI (Le Parti) : La stratégie institutionnelle Parce qu'on n'est jamais mieux servi que par soi-même, voici l'effort collectif : Seul parti de gauche à avoir boycotté la marche nationale contre l'antisémitisme de novembre 2023.  franceinfo.fr/elections/legi Seul parti de gauche à refuser de signer la charte contre l'antisémitisme du NFP.  crif.org/sites/default/ Publication sur leurs comptes officiels d'une caricature générée par IA de Cyril Hanouna utilisant les codes antisémites des années 1930.  fr.euronews.com/2026/02/27/eps LFI a dû retirer son investiture pour les municipales à Yves Bouteiller , suite à la découverte de ses publications à caractère antisémite.  lejdd.fr/politique/muni  

 Conclusion 

Au bout d’un moment, quand les “maladresses” dessinent une fresque entière, ce n’est plus un accident: c’est une ligne. Et à force de jouer avec les codes, les sous-entendus et les obsessions, LFI a fini par transformer l’antiracisme en numéro de ventriloque.

https://x.com/DutinEric15494/status/2030229052984906149

 

 

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