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mai 23, 2026

Jean-Paul Oury : « Contrairement à l’homme, la machine sera toujours limitée »

Auteur de nombreux essais dont La querelle des OGM (Puf, 2006) et De Gaïa à l’IA : pour une science libérée de l’écologisme (VA Éditions, 2024), Jean-Paul Oury vient de publier son premier roman d’anticipation, Siliclone. Un ouvrage dans lequel il s’interroge sur la capacité de la machine à remplacer l’homme à long terme.
 
Une machine reste et restera une machine quoi qu’il arrive et ne pourra jamais devenir une sorte de nouvel être humain, estime le docteur en histoire des sciences et technologies et éditeur en chef du site Europeanscientist.
 

 
 
Epoch Times – Quel est l’objet de ce premier roman que vous publiez ?
L’histoire se passe en 2045 dans un univers dystopique dans lequel une caste que j’appelle l’algorithmocratie règne en maîtresse.
Dans ce monde, deux types d’individus existent. D’abord, ceux qui exercent un métier et qui n’ont pas été remplacés par les machines ; et ceux qui ont été totalement remplacés, les purposeless (les sans but en français).
Mais les algorithmocrates sont pris de remords. Ils constatent que même les individus qui n’ont pas encore été remplacés sont menacés et donc décident, pour les aider, de leur créer leur double androïde, un siliclone. C’est-à-dire un personnage qui leur ressemble comme deux gouttes d’eau et qui est capable de faire les mêmes choses qu’eux.
Admettons que je sois un silicone. Je serais le double androïde de Jean-Paul Oury répondant à vos questions à la place du vrai Jean-Paul Oury qui n’a pas le temps ou l’envie de réaliser cet entretien avec vous.
L’idée d’écrire ce roman d’anticipation m’est venue en réfléchissant à cette possibilité qu’un jour les machines prendront notre place. C’est une hypothèse qui effraie beaucoup de gens, et ils ont raison d’avoir peur.
 
Dans votre ouvrage, vous développez l’idée que l’homme programme les machines pour qu’elles finissent par lui ressembler. Cela correspond-il à un désir profond de l’homme ?
Il est certain que l’être humain aspire à créer des technologies qui lui ressemblent.
Regardez aujourd’hui le nombre d’entreprises, notamment américaines et chinoises, qui développent des androïdes. Chacun y va de son modèle. L’Américain Tesla devrait lancer prochainement Optimus, un robot humanoïde multifonctionnel. Le Chinois Unitree entend vendre le plus de modèles G1 cette année.
Je pourrais même vous parler de la société américano-polonaise Protoclone qui va encore plus loin dans l’humanisation des robots.
Cette entreprise propose de calquer directement un vrai squelette humain, de le reproduire en carbone, et enfin de le recouvrir d’une peau synthétique. On peut aisément imaginer que dans vingt ans, cette technologie aura largement évolué et sera capable de faire de vrais corps humains.
J’ai d’ailleurs inventé un terme dans mon ouvrage pour nommer la robotique qui entend imiter à la perfection le corps humain : la robiotique. 
 
Les hommes sont fascinés par les nouvelles technologies. Jusqu’où va cette fascination ?
Je pense que dans nos sociétés, il y a plutôt deux catégories d’individus : les algorithmocrates et les collapsocrates.
Les algorithmocrates sont par définition très friands de progrès technologiques.
Les collapsocrates quant à eux, que j’évoque dans mes précédents essais, appellent de leurs vœux la construction d’une société décroissante, un retour en arrière, c’est-à-dire une société où il n’y a plus de progrès technologiques.
Ces deux idéologies se positionnent par rapport au progrès technologique et au changement à vitesse exponentielle qu’il nous fait subir.
Pour ma part, je considère que nous devons sortir de ce débat stérile entre ces deux idéologies.
Le choix ne devrait pas être entre suivre les décroissants fanatiques et les pro-croissance qui, eux, ne remettent jamais en question le progrès technologique.
Nous devrions mettre en œuvre une véritable politique scientifique, basée sur le progrès tout en cherchant des valeurs externes au progrès lui-même comme la libre-responsabilité. Et ensuite, optimiser la libre-responsabilité par rapport à chaque innovation.
 
Certains philosophes sont très critiques à l’égard des nouvelles technologies et estiment que plus nous confierons de tâches à des robots, plus nous perdrons notre humanité. Qu’en pensez-vous ?
Je comprends leurs inquiétudes, mais qu’ils se rassurent, une machine reste et restera une machine quoi qu’il arrive et ne pourra jamais devenir une sorte de nouvel être humain. C’est ce que je démontre dans mon roman avec les siliclones.
Ils ne seront jamais semblables aux humains, puisqu’ils ne disposent pas de la liberté d’incarner des valeurs.
Même s’ils connaissent nos préférences et nos goûts, les siliclones ne les incarnent pas de la même manière que les sujets d’origine. Ils ont besoin d’une directive ou d’un commandement pour les incarner. À l’inverse, les êtres vivants sont capables de s’autodéterminer de manière finaliste.
Contrairement à l’homme, la machine sera toujours limitée.
 
Aujourd’hui l’Europe semble à la traîne par rapport aux États-Unis et à la Chine dans la course aux nouvelles technologies et préfère se comporter comme une grande autorité régulatrice. Quel est votre regard sur cette situation ?
J’aborde cette question de manière un peu humoristique dans le roman lorsque j’évoque la commission Guéreau, en référence au pianiste Étienne Guéreau qui est très critique à l’égard de l’IA.
Dans tout domaine, la législation est nécessaire. Encore faut-il que celle-ci soit instaurée après le développement d’une technologie, et non en amont. Pour filer la métaphore, l’Europe devrait inventer des voitures avant de créer un code de la route !
 
Journaliste Contact: @HerreroJulian1



Le mauvais serviteur est-il celui qui entre la possibilité de libérer les machines de leurs créateurs ou celui qui prend le risque de la faire advenir ? La réponse dans siliclone amzn.to/4ubA2LO
 




 
 Le chapitre 4 de SiliCLone, mon nouveau roman d'anticipation ...
 




 
Droïd Alex permettra-t-il à Doc. Alex son maître d’accéder à la vie éternelle ? Les 9 siliclones d’Élan Musklé lui procureront-ils le don d’ubiquité ? JiPé+ le siliclone augmenté de Jean-Patrick, le musicien raté, l'aidera-t-il à se réincarner en guitariste manouche ? PR_2FR, permettra-t-il au président Luc Templier d’échapper à un attentat ? ElwirX aidera-t-elle Elwira l’influenceuse paresseuse experte en recommandation touristique à rester sur son canapé à ne rien faire pendant qu’elle visite le monde ? Etc, etc….

 

 La liberté et le progrès sont les choses les plus importantes pour moi. Science-tech, politique, biotech, jazz, auteur de Greta a tué/ressuscité Einstein et de Gaia à l'IA

Jean-Paul Oury

Jean-Paul Oury, né à Verdun en 1971, est un essayiste français.

Il étudie à la faculté des lettres de Nancy puis suit un DEA en histoire des sciences, obtenu en 1996 à l'université de Strasbourg I. Il est également titulaire d'un doctorat en histoire des sciences et technologies obtenu à Paris Jussieu.

C'est un observateur critique du mouvement écologiste contemporain et de ses contradictions. Dans une tribune dans Le Figaro en octobre 2022, il se réjouit ainsi du ralliement, tardif, de Greta Thunberg au nucléaire comme réponse au réchauffement climatique[1]. Pour cet historien des sciences, le rôle majeur que peut avoir la science sur les sujets contemporains est injustement minoré, au profit de discours politiques.

Il a été engagé en politique, comme candidat d’Alternative Libérale aux élections législatives 2007 dans la 2e circonscription de Meurthe et Moselle.

Il est aujourd'hui directeur de publication du site Europeanscientist.com et consultant.

Citations

  • « [Nous vivons le] sacrifice de la science prométhéenne sur l'autel de l'écologisme: le second a eu la peau de la première en rendant tabou la possibilité de modifier le vivant, de fissionner l'atome, de diffuser des ondes et de synthétiser des molécules. »[1]
  • « La science et la technologie n'ont plus pour finalité de libérer l'humanité des déterminismes que lui impose la nature ; elles sont désormais au service des politiques qui s'appuient sur elles pour créer de nouvelles contraintes. »[1]

Notes et références

Publications

Liens externes

https://www.wikiberal.org/wiki/Jean-Paul_Oury
 
 
 

 
Il y a 17 ans le libéralisme n’avait pas le vent en poupe comme aujourd’hui malgré tous les talents d’Alternative Libérale ! On rasait les murs et on se prenait dans les dents : « mais comment osez-vous remettre en cause le modèle d’État que le monde nous envie ? » Aujourd’hui les choses ont bien changé et on peut mettre nos espoirs en .@davidlisnard et .@nouvelle_energie
 
 

octobre 25, 2025

Emmanuel Macron, un président de la France pour quelle personnalité ?

Le président toxique : décryptage de la personnalité d’Emmanuel Macron 

Dans une interview récente diffusée sur la chaîne YouTube de Front Populaire, le journaliste Étienne Campion, auteur du livre Le Président Toxique publié aux éditions Robert Laffont, dresse un portrait sans concession d’Emmanuel Macron. Basée sur une enquête approfondie menée auprès d’une centaine de témoins, de l’enfance du président à ses années au pouvoir, cette analyse met en lumière un homme obsédé par l’idée de ne rien devoir à personne, prêt à trahir et à mentir pour préserver son indépendance. À travers des anecdotes révélatrices, Campion explore les méthodes, les failles et les idées d’un leader qualifié de « toxique » dans ses relations interpersonnelles.

 

Un syndrome d’indépendance absolue

Dès le début de l’entretien, Campion évoque le « syndrome » qui habite Macron : une aversion profonde pour toute forme de dette morale ou politique.

« Il préfère manger son chapeau, trahir, mentir plutôt que qu’on dise qu’il doit quelque chose à quelqu’un », explique l’auteur.

Ce trait de caractère se manifeste dès ses premiers pas en politique et dans les affaires, où il séduit des figures influentes pour ensuite les éconduire une fois ses objectifs atteints.

Un exemple emblématique est sa relation avec Alain Minc, ancien patron influent qui l’a coopté à l’Inspection générale des finances (IGF) après sa sortie de l’ENA. Minc, initialement séduit par le jeune Macron, s’est vu fermer la porte au nez après l’élection de 2017. « Macron disait en 2018 : ‘N’écoutez pas Minc, je ne le traite plus‘ », rapporte Campion, citant des conseillers de l’Élysée. Ce comportement se répète avec d’autres mentors comme Jacques Attali, Jean-Pierre Jouyet ou Henry Hermand, milliardaire et témoin de mariage de Macron malgré un écart d’âge abyssal (78 et 83 ans à l’époque).

Campion décrit deux courbes dans la vie de Macron : une ascension fulgurante grâce à la séduction des puissants, et un déclin brutal une fois au pouvoir, où il crée un « vide » autour de lui. Contrairement à d’autres présidents qui s’entourent d’une cour protectrice, Macron isole ses alliés, les transformant en « fusibles » jetables.

 

Le pouvoir des SMS : séduction et Ghosting

Un aspect fascinant révélé par Campion est le rapport obsessionnel de Macron au téléphone et aux SMS. Dès les années 2000, il bombardait des interlocuteurs de messages tardifs, parfois jusqu’à 3 heures du matin, pour convaincre ou dominer. La phrase « Comment tu sens les choses ? » est devenue une blague récurrente à Paris, envoyée à des dizaines de personnes.

Mais cette communication intense vire souvent au blackout. Campion cite l’exemple de Richard Ferrand, fidèle parmi les fidèles, ignoré par Macron lors de son anniversaire en 2018 malgré une promesse. Ou encore Jean-François Copé, réprimandé par un SMS sec : « Tu me réponds pas comme ça ? » Avec le temps, Macron inverse la tendance : il cesse de répondre, laissant ses interlocuteurs dans l’incertitude.

« C’est cohérent avec une personnalité toxique : absence de remords, mensonge léger, parfois sadisme », analyse Campion.

 

Nominations et humiliations : une jouissance du pouvoir ?

L’auteur n’hésite pas à évoquer une possible « perversité narcissique » chez Macron, inspirée par des scènes dignes d’un roman. Lors de la nomination de Gabriel Attal comme Premier ministre en janvier 2024, Macron demande à son « meilleur ami » Julien Denormandie de préparer une feuille de route gouvernementale… alors qu’Attal est déjà choisi. « Tout le monde a été choqué, même Richard Ferrand a dit : ‘Emmanuel, ce ne sont pas des manières‘ », raconte Campion.

Ce sadisme présumé se manifeste aussi dans la valse des nominations post-dissolution en 2024. Bernard Cazeneuve, endeuillé par la mort de sa femme, est convoqué et laissé espérer un poste sans suite. « Macron génère de l’espoir pour mieux le doucher, comme pour tester la faiblesse humaine face au pouvoir« , observe l’auteur. Ces humiliations gratuites créent des « désarrois » profonds : dépressions, carrières brisées, et un sentiment d’incompréhension chez les anciens alliés.

 


 

Trahisons emblématiques : de Hollande à l’affaire Le Monde

Campion revient sur des épisodes clés illustrant la « lâcheté » de Macron face aux confrontations. Sa démission du gouvernement Hollande en 2016 ? Par SMS, après avoir nié en face. « Incapable de regarder dans les yeux », commente l’auteur.

L’affaire Le Monde en 2010 est un chapitre entier du livre. Macron, banquier chez Rothschild, conseille « pro bono » la Société des rédacteurs du Monde (SRM) dans la recherche d’actionnaires. Neutre en apparence, il favorise en réalité le consortium Prisa, conseillé par Alain Minc, retardant la meilleure offre (Bergé-Niel-Pigasse). Pris en flagrant délit avec Minc, Macron fuit dans les escaliers, feint un appel téléphonique, et tente même de « retourner » un journaliste en lui proposant un poste. « Duplicité, trahison, mensonge : tout est là », résume Campion.

 

Idéologie : un costume changeant pour neutraliser l’opinion

Si le livre se concentre sur la personnalité, Campion aborde l’idéologie comme un outil de séduction. Macron, libéral-européiste en 2017, a porté des « costumes » variés : laïque post-Samuel Paty, souverainiste avec Jean-Pierre Chevènement, écologique en 2022. Mais ces virages sont sans lendemain. Chevènement, séduit après l’affaire Alstom (où Macron rejette la faute sur Montebourg), soutient Macron en 2022 espérant un « tournant républicain ». Résultat : une micropartie marginalisée, une Légion d’honneur comme lot de consolation.

« Il séduit des segments d’opinion pour les neutraliser », explique Campion.

Sur la souveraineté, un épisode choquant : en 2010, dans la commission Attali, Macron propose de supprimer la force de dissuasion navale pour économiser 5 milliards. « Sidérant pour un futur président », s’indigne Campion, révélant un « premier sens de l’État » léger.


Un Président incompris et isolant

Étienne Campion conclut sur un Macron « Mozart des relations » qui a séduit tout Paris pour laisser le chaos. Sans amis d’enfance, entouré d’adultes, il applique un « darwinisme social » où les plus vicieux survivent. Son regret post-dissolution ? Avoir nommé Attal, non la dissolution elle-même. Au final, Le Président Toxique peint un leader dont les failles personnelles expliquent l’échec collectif : un vide autour de lui, une démocratie abîmée par des promesses non tenues. Une lecture essentielle pour comprendre les coulisses du pouvoir sous la Ve République.

https://multipol360.com/le-president-toxique-decryptage-de-la-personnalite-demmanuel-macron/ 

 


Lire aussi:

Le Président Macron vu (osculté) par Roland Gori et Adriano Sagatori

Programme et visions du présidentiable "marcheur" Macron (Dossier complet)


 

 

 

 

 

juin 02, 2015

Thierry, libertarien néo-Suisse a trouvé la clef de Fa sans " bémol " sur Lausanne

L'Université Liberté, un site de réflexions, analyses et de débats avant tout, je m'engage a aucun jugement, bonne lecture, librement vôtre. Je vous convie à lire ce nouveau message. Des commentaires seraient souhaitables, notamment sur les posts référencés: à débattre, réflexions...Merci de vos lectures, et de vos analyses.


Sommaire:

A) Entretien avec un libertarien : Thierry Falissard - Adrien Faure - Utopies concrètes via Contrepoints

B) Thierry Falissard déjà sur Université Liberté avec ses livres via Lumières et Liberté

C) Thierry Falissard de Wikiberal

D) Livres de Thierry Falissard - Amazon

E) Liens utiles


 A) Entretien avec un libertarien : Thierry Falissard

Adrien Faure propose sur son site une série de portraits de « libertariens ». Contrepoints vous propose de découvrir aujourd’hui l’un d’entre eux, très impliqué dans le combat des idées pour la liberté.

Thierry Falissard a 56 ans et vit à Lausanne, dans le canton de Vaud. Adhérent de l’Institut libéral, il travaille comme ingénieur et informaticien le matin et écrivain et métaphysicien à seize heures. Son signe astrologique est Taureau ascendant Cancer et sa couleur préférée est le jaune d’or.

AF. Comment définirais-tu le libertarianisme ?
Je préfère parler de libertarisme que de libertarianisme. C’est la recherche et l’application des principes de base qui conditionnent la possibilité d’une vie en société qui minimise la violence.

 Cette recherche touche à l’éthique, voire à la métaphysique. En effet, il faut une définition de la violence, de l’agression, des agresseurs, du périmètre individuel sujet à agression et qui devrait en être protégé, et donc de ce que devrait être le droit dans une société non-violente. On aboutit à une philosophie du droit découlant de préoccupations éthiques, voire d’une ontologie ou d’une conception de l’homme.
 
Le droit, sauf à être arbitraire, doit être la traduction d’une éthique intersubjective : pour moi, il s’agit de l’éthique minimale de la non-agression, éthique « confirmée » par toutes les religions et les morales laïques (éthique de réciprocité, Golden Rule et Silver Rule). Les libertariens mettent au défi quiconque de trouver un autre fondement à une vie en société qui soit non-violente.

Cela remet en question les conceptions positivistes du droit comme construction ou institution héritée du passé, totalement déconnectée de l’éthique, comme le croient certains libéraux. Cela remet aussi en question la nature de la politique et du « pouvoir ». La démocratie n’en réchappe pas, puisqu’elle consacre la domination d’une majorité sur une minorité, et s’attaque constamment au périmètre individuel et à la sphère privée (y compris en Suisse avec de fréquentes initiatives populaires antilibérales, et une élite politique qui va contre l’intérêt de la population tellement elle est pressée de construire une Suisse identique au reste du monde).

AF. De quel courant du libertarianisme te sens-tu le plus proche et pourquoi ?
Je me sens proche de tous les courants (sauf des conservateurs et des Randiens), sachant qu’ils relèvent tous pour le moment de l’utopie : il n’y a pas aujourd’hui de société anarcho-capitaliste ou panarchique, et encore moins de société minarchique. L’une ou l’autre me conviendrait, mais je n’en vois pas la perspective avant longtemps. Je parle d’utopies car il n’y a pas de formule magique pour empêcher en anarcapie l’émergence d’un État central, ni pour empêcher en minarchie un État minimal de devenir maximal, comme les États d’aujourd’hui. Ce sont donc des modèles théoriques vers lesquels il faut tendre, mais qui ne seront peut-être jamais réalisés, ou pas avant des siècles. En effet, la pente naturelle de toute société est de céder à cette loi éternelle qu’est la loi du plus fort, et il est impossible d’empêcher le plus fort de s’octroyer la part du lion (d’où tous les avantages dont bénéficie le secteur public dans tous les pays, l’impunité totale des dirigeants, le mépris qu’ils ont pour leurs administrés, leur court-termisme, leur propagande orwellienne, la dette publique qui matérialise leur irresponsabilité). Mais ce qu’il faut incriminer est bien la bêtise du citoyen-électeur, prisonnier de toutes sortes d’illusions, qui croit que la politique est utile et nécessaire : c’est bien là la cause profonde de l’inaptocratie !

AF. Selon toi, le libertarianisme est-il un projet politique ou une éthique de vie ? Ou les deux ?
Le libertarisme est d’abord pour moi un rejet de la politique, ou un projet anti-politique, car c’est une affirmation de la primauté de l’individu sur le collectif. C’est aussi une éthique de vie fondée sur le primat de la volonté individuelle et de la non-agression. Ce n’est pas une éthique complète, elle ne vous empêche pas d’avoir au surplus une éthique personnelle, d’être athée ou croyant, végan ou carnivore, altruiste, égoïste, radin, misanthrope, judéophile, islamophobe, etc.

Comme individualiste radical, j’ai la plus grande méfiance à l’égard de toutes les entités collectives, sources d’oppression. Seules les associations volontaires sont légitimes. Libre à vous de vous définir comme appartenant à telle entité collective (nationale, religieuse, politique…) et d’y voir une partie de votre identité, libre à moi de refuser de faire de même, et de refuser qu’au nom de votre identification à un collectif donné (nation, patrie, congrégation, syndicat…) vous veniez empiéter sur ma liberté et m’imposer votre point de vue.

Certains libéraux se gargarisent avec l’État de droit, les institutions, la séparation des pouvoirs, la « légitimité démocratique », le « contrôle démocratique », l’indépendance de la justice, etc. Toute cette machinerie dont ils sont très fiers (et qui a sans doute quelques mérites historiquement) n’a pas empêché les États et les institutions (nationales et internationales) de devenir ce qu’ils sont : de terrifiantes machines à broyer l’individu, avec prolifération de la bureaucratie, impunité des irresponsables institutionnels, spoliation généralisée, atteintes continuelles aux libertés et à la propriété. Alors ils préconisent aux mécontents de « voter avec leurs pieds », comme si les États étaient des copropriétés d’où l’on pouvait facilement déménager en cas de désaccord, et comme si ces États étaient les propriétaires ultimes du territoire où ils résident…

Le libertarien conteste les notions d’intérêt général, de biens publics, constructions ad hoc qui servent à justifier l’oppression. Est récusée aussi l’idée de nation, de volonté populaire, de cohésion sociale, de « vivre ensemble », de projet commun, de progrès social, sans tomber dans un atomisme social (reproche habituel si facile), puisque le libertarien est en faveur de toute association volontaire.

La tâche du libertarien de mon point de vue n’est pas d’entrer dans le jeu politique normal et de chercher à être élu. Il n’a pas de modèle de société de rechange à proposer, mais il exerce une fonction critique à l’égard de la chose politique, en montrant comment toute action étatique est immorale, car fondée sur le vol, la coercition, les privilèges accordés à quelques-uns aux dépens de tous les autres. En abandonnant la politique politicienne au bénéfice de la philosophie politique et de l’économie politique, il peut ainsi espérer élever le « niveau de conscience » (désolé d’employer une expression aussi « New Age ») de la population en dénonçant l’imposture politique. Appliquer la loi du plus fort indépendamment de toute éthique, fût-ce au travers de la démocratie, c’est céder à la facilité : rien ne la justifie, ni la théorie des biens publics, ni la fiction de l’intérêt général.

Au plan collectif, le libertarisme est un abolitionnisme : il « suffit » en théorie d’abolir les législations liberticides, c’est-à-dire 99 % des lois, alors que la tendance est au contraire à l’empilement législatif, au bénéfice direct des politiciens, juristes, lobbyistes, assistés, groupes de pression et minorités tapageuses, etc., sans parler du capitalisme de connivence qui a pris une ampleur démesurée de nos jours (la PME du coin peut bien crever sous les charges, mais il faut sauver telle grande entreprise ou telle banque au nom de l’intérêt national, ce cache-sexe de la corruption cleptocratique).

Au plan individuel, le libertarien peut rechercher un affranchissement personnel, en usant du « droit d’ignorer l’État » et du passivisme. Quelques outils existent : on peut quitter la Sécu (en France), utiliser Bitcoin, faire jouer la concurrence à tous les niveaux, pratiquer l’agorisme, la désobéissance civile, etc., mais on est encore loin du compte pour ce qui est des moyens disponibles.

AF. Comment es-tu devenu libertarien ? As-tu toujours été libertarien ? Si non, quelles étaient tes positions politiques antérieures ?
Quand on n’a pas de principe directeur, de philosophie politique, c’est l’émotionnel qui domine, et l’on est pris au piège d’illusions telles que la nation, les acquis sociaux, le progrès social, la justice… C’est ce qui se passe en politique française, où il n’y a plus d’idées, que de l’émotionnel et des querelles de personnes. Le cycle interventionniste a été bien décrit par les libertariens : il y a un « problème » à résoudre, d’où une intervention étatique, qui créera d’autres problèmes dans une spirale sans fin. Tout cela est absurde, sauf pour les politiciens qui y trouvent leur raison d’être, car « l’art de la politique consiste à masquer la destruction de richesse par l’enfumage des victimes » (corollaire de Nasr Eddin Hodja à la loi de Bitur-Camember).

Je suis donc sorti, bien péniblement car rien ne vous y aide (surtout quand vous êtes un produit des « grandes écoles » à la française), de toutes les illusions étatistes, sans pour autant tomber dans un utopisme libertarien (pas de Matrice de rechange quand vous êtes sortis de la Matrice). La clé a été pour moi le postulat de la volonté individuelle, et le critère du consentement appliqué à tous les rapports sociaux. La critique libertarienne montre que le roi est nu, qu’on n’a pas besoin de lui, que le mensonge et le vol ne changent pas de nature parce qu’ils ont reçu l’onction politique ou étatique. Le libertarien a pour vocation de devenir le poil à gratter du conformisme politique (y compris libéral).

AF. Quels individus, vivants ou morts, inspirent ton engagement ?
Je me réclame de la philosophie transcendantale (celle qui part du primat de la conscience) et du volontarisme, dans le sillage difficile de Spinoza, Kant, Schelling et Schopenhauer. L’avantage et en même temps le défaut d’une telle philosophie est qu’on se place dans l’intemporel, on néglige un peu les théories évolutionnistes parce qu’on a tendance à penser qu’il n’y a jamais « rien de nouveau sous le soleil »…

Il me faut citer Max Stirner, qui dénonce l’État comme nouvelle divinité, ancrée davantage dans les têtes qu’établie dans les faits ou légitimée par ses succès. La royauté de droit divin et l’assertion que « tout pouvoir vient de Dieu » ont laissé des traces, on a juste remplacé le roi par la nation, tout cela pour aboutir à une oppression bien pire que sous l’Ancien régime. Il y a encore des gens qui croient que tout ce que fait l’État est bien, puisque cela résulte de la « volonté générale » ! Ou que l’État a une vision à long terme, qu’il est indispensable pour fournir tel service dit « public », voire qu’il est la source de toute civilisation et de tout progrès…

Arthur Schopenhauer, plus connu comme métaphysicien (offrant un trait d’union unique entre Occident et Orient), établit un lien fort entre métaphysique, éthique et politique. La politique n’est plus alors que la façon d’assurer la coexistence des volontés individuelles, en imposant le principe de moindre agression, chaque volonté étant respectable dès qu’elle n’en agresse pas une autre. D’où déjà la critique du paternalisme étatique, tout autant que du collectivisme (que Schopenhauer dénonce chez Hegel de façon prémonitoire !). On aboutit à des positions assez proches de celles de Rand ou Rothbard, en partant de postulats diamétralement opposés (réalisme empirique kantien au lieu du réalisme aristotélicien).

Après cela, les libertariens du XXe siècle, Rothbard, Friedman, Rand, etc., n’ont fait que développer à l’extrême et de façon systématique ce qui était déjà en germe au XIXe siècle, décrit par Bastiat (ce qu’on voit et ce qu’on ne voit pas) ou Molinari (l’État comme producteur monopolistique, très inefficace, de sécurité). Avec le temps, je crois davantage à une société multiculturelle et multi-juridique à la Friedman qu’à une société où régnerait un « droit naturel » uniforme à la Rothbard.

AF. Quelles sont les 3 valeurs les plus importantes à tes yeux ?
Outre la triade classique liberté, propriété, responsabilité : autonomie, dépassement, lucidité.

AF. Ton livre libertarien préféré ?

C’est peut-être le livre de Pascal Salin, Libéralisme (2000), celui qui m’a le plus efficacement ouvert les yeux. « Encore un livre politique, donc arbitraire, partisan et sectaire » m’étais-je dit en l’ouvrant, plutôt sceptique. Mais non, tout au long du livre on applique une seule logique, la logique de la liberté, et une extraordinaire cohérence s’en dégage ! On est très loin des ouvrages politiques habituels, écrits par les politiciens, leurs nègres ou leurs épigones, où les intentions généreuses cachent sous de belles phrases la coercition et la dictature molle nécessaires pour faire appliquer les idées.

AF. Ta citation libertarienne préférée ?
Il y aurait des dizaines de citations toutes aussi valables les unes que les autres…

  « Il ne faut pas que le peuple s’attende à ce que l’État le fasse vivre puisque c’est lui qui fait vivre l’État. » (Frédéric Bastiat)
« Ils veulent être « bergers », ils veulent que nous soyons « troupeau ». Cet arrangement présuppose en eux une supériorité de nature, dont nous avons bien le droit de demander la preuve préalable. » (Frédéric Bastiat)
– « L’État est le maître de mon esprit, il veut que je croie en lui et m’impose un credo, le credo de la légalité. Il exerce sur moi une influence morale, il règne sur mon esprit, il proscrit mon moi pour se substituer à lui comme mon vrai moi. » (Max Stirner)
– « L’État, c’est le plus froid de tous les monstres froids : il ment froidement et voici le mensonge qui rampe de sa bouche : « Moi, l’État, je suis le Peuple. » » (Friedrich Nietzsche)
  « Il n’y a point d’alchimie politique à l’aide de laquelle on puisse transformer des instincts de plomb en une conduite d’or. » (Herbert Spencer)
– « L’État n’est que la muselière dont le but est de rendre inoffensive cette bête carnassière, l’homme, et de faire en sorte qu’il ait l’aspect d’un herbivore. » (Arthur Schopenhauer )
– « Pour un libéral, l’État minimal est le plancher ; pour un libertarien, il est le plafond. » (Patrick Smets)

AF. En tant que libertarien, quelle est ton analyse sur la situation socio-économique et politique en Suisse et en Europe ?
L’Europe est bien avancée sur la route de la servitude hayékienne, et la Suisse, trahie par ses élites, court derrière elle avec quelques années de retard. Comme on pouvait s’y attendre, le problème du surendettement étatique a été réglé partout, non par l’austérité ou la réduction du périmètre étatique, mais par la planche à billets. Tout le monde sait que ça finira très mal (d’où le marasme actuel où cet effondrement de la société est inconsciemment pressenti) mais on ne sait pas quand l’écroulement aura lieu, ni si ce sera uniquement pour des raisons économiques (faillite générale) ou socio-politiques (dictatures nationales ou supranationales, fanatisme nationaliste ou révolutionnaire, expansion du totalitarisme islamique…).

La gangrène étatique s’étend aujourd’hui sur toute la société, et quasiment tous les domaines d’activité sont touchés. Quelques exemples dans des domaines auxquels je m’intéresse. La santé, avec une sécurité sociale de type soviétique en France, et crypto-soviétique en Suisse avec la LAMal, qui interdit de s’assurer hors de Suisse (alors que même en France c’est possible) ! L’enseignement public, à la fois uniformisé dans sa partie obligatoire (promotion des cancres et rabaissement des doués) et prébendaire dans sa partie universitaire, déconnectée de l’économie (avec des matières qui ne servent qu’à faire vivre le professeur qui les enseigne). La science, que l’on aurait pu croire objective et détachée de la politique, est en fait une science étatisée, où prolifèrent les gaspillages et les fromages (changement climatique prétendument d’origine anthropique, projets inutiles et pharaoniques comme ITER, théories-fromages qui ne servent qu’à donner une occupation aux scientifiques, comme la théorie des cordes en physique, sciences dites « sociales », etc.).

AF. Envie d’ajouter quelque chose ?
Je rappelle l’existence de mon livre gratuit Faut-il avoir peur du libéralisme ?, qui est une description assez équilibrée du libéralisme, mais qui sera jugée extrémiste si l’on est étatiste, et trop modérée si l’on est libertarien.

Je publie en 2016 un petit livre La pensée bouddhiste (son titre d’origine : « Métaphysique bouddhique » a été jugé trop rebutant par l’éditeur, Almora…) où j’essaie de combattre pas mal d’idées reçues sur cette philosophie, qui est la mienne, au travers du prisme de la philosophie transcendantale occidentale.

Je soutiens l’initiative suisse « monnaie-or » (ex « franc-or ») qui vise à mettre en circulation une monnaie parallèle reposant sur l’or. Un des critères permettant de reconnaître un État vraiment libéral (on en cherche toujours !) serait celui d’une liberté monétaire complète (autres critères : non pénalisation des crimes sans victimes ; État géré comme une entreprise ; liberté d’expression absolue).

Enfin, je plaide pour des débats libertariens où l’on éviterait autant que possible des sources de dissension classiques, qui sont de deux sortes : éthiques et métaphysiques. Éthiques : vous avez le droit de soutenir n’importe quelle éthique (conservatrice, écologique, solidariste…) du moment que vous ne cherchez pas à l’imposer à autrui (excepté quand il s’agit de l’éthique minimale de la non-agression). Métaphysiques : vous ne devriez pas utiliser des arguments métaphysiques dans un débat libertarien, qu’il s’agisse de la « loi naturelle », de Dieu, de la providence (Bastiat !), du contrat social (Hobbes, Locke, Rousseau !), de la dignité humaine (Kant !) ou même (plus subtil) du libre arbitre ou d’une quelconque « nature humaine ». De telles hypothèses risquent d’affaiblir votre argumentation (sauf avec ceux qui partagent les mêmes conceptions) et de mettre un terme au débat, ce qui est dommage car on peut parvenir à des conclusions libertariennes identiques à partir de postulats très différents.

Thierry Falissard vit à Lausanne. C’est un dinosaure de l’informatique qui lit, écrit et rumine. Il vit heureux en attendant la mort et participe à la rédaction de l’encyclopédie Wikibéral quand il neige trop dehors.
  • Entretien dirigé par Adrien Faure
Un article d’Utopies concrètes via Contrepoints




B) Thierry Falissard déjà sur Université Liberté avec ses livres via Lumières et Liberté

Libéral ou libertarien par Thierry FALISSARD

Thierry FALISSARD: Wikibéral; Libres!; Mais « Faut-il avoir peur de la Liberté ? »

 

C) Thierry Falissard de Wikiberal

Thierry Falissard, né en 1959, est un libertarien français vivant en Suisse. Ingénieur de formation (Ponts 81'), il a fait toute sa carrière dans l’informatique, en se spécialisant sur les mainframes.
Il est influencé par Max Stirner, Arthur Schopenhauer, Ludwig von Mises, Murray Rothbard, David Friedman et par le bouddhisme. Il ne fait pas reposer le libertarisme sur la propriété de soi-même (circularité du concept) ni sur le libre-arbitre (concept métaphysique indémontré) ni sur une morale religieuse, mais sur le principe de non-agression, lui-même découlant de l'inaliénabilité de la volonté humaine.

Œuvres

Citations

  • La peur de la liberté est-elle autre chose qu’une peur de soi-même ?
  • La “dépense publique” est une vache sacrée ; le contribuable est une vache qu’on trait.
  • Le libertarien s’époumone en vain à crier que le roi est nu, malgré son pouvoir presque absolu, et que ses sujets, malgré leur prétendue « conscience citoyenne », sont ignorants, complaisants, profiteurs ou mus par l’éternel démon de la jalousie sociale.
  • Le marché de la stupidité humaine recoupe pour une très large part un autre marché : le marché politique.
  • L'art de la politique consiste à masquer la destruction de richesse par l'enfumage des victimes. (corollaire de Nasr Eddin Hodja à la loi de Bitur-Camember)
  • Contrat social : c'est un contrat sans contractants mais qui dit que tout le monde perd ses droits de par le consentement de tout le monde...
  • "A long terme, nous sommes tous morts" : excuse keynésienne. "A long terme, nous sommes tous ruinés" : réalité keynésienne.
  • Cela prendra peut-être des siècles, mais on passera un jour d’une société d’oppression et de pauvreté à une société de liberté et de prospérité, par abolition des deux principales activités de l’État : l’interventionnisme et l’injustice par la loi. (Un État gagnant ? L’État abolitionniste !, Libres !!)

Liens externes



D) Livres de Thierry Falissard

Faut-il avoir peur de la Liberté ? Le libéralisme en 21 questions de Thierry Falissard (26 mars 2013)

Le logiciel système de Thierry Falissard (2 septembre 1997) 

Le système MVS de Thierry Falissard (1 janvier 1993)

 

 

E) Liens utiles 
 

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