Feu de Gironde, Tout Le Monde Ment
27 juillet 2026
- L’incendie de la Gironde s’est développé comme un phénomène physico-mathématique typique d’une courbe exponentielle, où chaque jour double (et plus) les surfaces brûlées : nous avons assisté à un fait presque purement mathématique.
- Ce qui a cette signification précise : l’incendie s’est développé sans frein. Alors quoi qu’on dise, l’action humaine a été à son égard inutile et-ou inefficace. Cela ne signifie pas que, ponctuellement et localement, les Pompiers n’ont pas pu sauver la maison de Martine ; l’usine de Gérard ; ou la bergerie de Sylvain – bien entendu, et il faut les en remercier. Néanmoins, à l’échelle de l’évènement, tout cela n’a eu aucun effet significatif.
- Quoi qu’on ait dit et dira encore, sur la base de cette seule courbe, on peut conclure que, en réalité, la Direction Générale des Pompiers, à laquelle les pompiers de terrain sont asservis, se sont contentés d’accompagner la progression de l’incendie. Sans lui opposer, et-ou pouvoir lui opposer, la moindre résistance significative. Le feu n’a pas été combattu, il a été laisser-faire. Sinon, cette courbe n’aurait pas la forme quasi-pure d’une exponentielle mathématique.
- Dans ce cadre, prétendre que les « évacuations se sont bien passées, sans victime, etc. » ; est un autre argument de façade : avec les moyens techniques actuels (satellites, météo, etc.), lorsqu’on accompagne un incendie, il est en fait enfantin de déterminer qui, quand, et où des gens doivent être évacués. Donc, ce qui a été présenté comme un exploit dans les médias, n’a été que l’effet d’une gestion en réalité tranquille de la catastrophe girondine.
- D’abord, le discours qu’on a vu se développer abondamment sur un feu assuré « convectif » produisant des « pyrocumulus » et « pyrocumulonimbus », c’est-à-dire sa propre dynamique d’inflammation. Ce qui est exact, mais qui n’est qu’une manière dire avec beaucoup de chichi : c’est un très gros feu. Pour information en effet de ceux qui l’ignorent, - les éclairs en moins pour des raisons de volume -, un feu convectif est un phénomène physique banal. Ce que chacun peut d’ailleurs constater dans une cheminée brûlant à vive allure un bon vieux tas de chêne bien sec. Ici, donc, le discours « scientifique » n’a servi qu’un but : flouter la négligence des Pouvoirs Publics moyennant des allégations techniques, qui ont été défensives au fond des choses : « si c’est si spécial, comme toutes les premières fois, on est forcément un peu démunis. »
- Ensuite, au moment où le feu de la Gironde a explosé, passant d’environ de 0 à 2000 hectares en J1, à 15000 hectares en J2, les Pouvoirs Publics ont eu 24 longues heures pour constater la catastrophe en cours de réalisation et donc, se décider, toutes affaires cessantes, à déclencher une opération d’urgence. Mais rien, absolument rien n’a été fait.
La France brûle, et pas seulement ses forêts : un dernier avertissement.
Sommaire:
A) - La France brûle, et pas seulement ses forêts : un dernier avertissement.
B) - Nicolas Dufourcq me suis demandé quel mot choisir pour dire la vérité de la prise de risque des entrepreneurs, c’est le culot.
C) - Alerte rouge sur la dette : « Le FMI, l'OCDE, Bruxelles et la Cour des comptes tirent la sonnette d'alarme en même temps »
D) - N'est-il pas temps d'envisager une réforme du Conseil Constitutionnel ?
E) - Le discours conventionnel de la Haute fonction publique
Incendies : Engie va consacrer 25 millions d’euros à la reconstruction des forêts
La main verte•Alors que les incendies ont déjà parcouru plus de 116.000 hectares en France cette année, dont une part importante par le « mégafeu » qui sévit depuis plusieurs jours en Gironde, le groupe énergétique français Engie a annoncé ce mardi qu’il va verser 25 millions d’euros pour participer à « la reconstruction et la régénération durable des forêts détruites ».
Les raisons avancées par Engie, le « choc humain, environnemental et économique » des incendies, notamment en Gironde et à Fontainebleau. « Cette contribution permettra d’accompagner les efforts de reconstitution des espaces forestiers détruits et de soutenir les initiatives visant à renforcer la résilience des écosystèmes naturels face aux effets du changement climatique », a écrit le groupe dans un communiqué. « Cela implique notamment de réfléchir aux essences les plus adaptées, à la préservation de la biodiversité, à la restauration de zones humides, aux conditions d’accès pour les services de secours ainsi qu’à la protection et au retour de la faune sauvage », ajoute Engie, soulignant que ces incendies avaient atteint « une part du patrimoine naturel français ».
Un coût du reboisement à l’hectare super chaud
Les efforts de reboisement s’annoncent en effet très coûteux : chaque hectare de forêt à restaurer coûte entre 5.000 et 10.000 euros, selon le ministère de la Transition écologique. La ministre Monique Barbut a rappelé mardi dernier que l’État augmenterait de 20 millions d’euros les fonds alloués à l’Office national des forêts (ONF) en 2026. Le groupe énergétique affirme qu’il va « se rapprocher des autorités publiques, des collectivités territoriales, des acteurs de la filière forestière et du monde de la recherche afin de déployer concrètement ce soutien » et qu’il s’inscrit « dans le cadre du plan "France Forêt 2100" ».
Et les soutiens commencent à arriver de toute part. Quelques initiatives d’entreprises ont déjà eu lieu depuis le début de « la saison des incendies », à l’instar de Carrefour qui a promis de donner environ 8 tonnes de denrées alimentaires et de produits d’hygiène. Mais aussi de Lidl qui a indiqué en livrer 3 tonnes, de la Macif qui a annoncé un fonds d’un million d’euros pour ses sociétaires et des actions de solidarité, et du Crédit agricole qui a prévu notamment un fonds d’urgence de deux millions d’euros à destination des services départementaux d’incendie et de secours (SDIS).
Incendies en Gironde : un maire dénonce les contraintes de l’État et réclame davantage de liberté pour aider les pompiers
Alors que plusieurs territoires français restent confrontés à des incendies particulièrement difficiles, la question des moyens disponibles et de l’organisation des secours continue de susciter de vives réactions.
Dans une intervention largement commentée, un maire de Gironde a dénoncé les difficultés rencontrées par les élus locaux, les agriculteurs et les habitants souhaitant participer à la lutte contre les flammes.
Selon cet élu, la mobilisation locale aurait permis d’apporter d’importantes quantités d’eau et du matériel aux équipes de secours.
Il estime cependant que certaines décisions administratives auraient compliqué cette solidarité au lieu de la faciliter.
Le maire explique notamment que des agriculteurs, des éleveurs, des chasseurs et d’autres habitants se sont organisés avec leurs propres véhicules et équipements.
Certains auraient transporté plusieurs milliers de litres d’eau afin d’approvisionner les petits camions utilisés sur le terrain.
Il affirme également que des bénévoles et des professionnels locaux ont participé directement à la lutte contre certaines reprises de feu. Pour lui, cette mobilisation démontre qu’en situation d’urgence, les territoires disposent de ressources humaines et matérielles qui pourraient être davantage utilisées.
Mais cette organisation aurait été confrontée à des restrictions administratives. L’élu raconte notamment qu’une demande aurait été faite à plusieurs personnes présentes sur le terrain de quitter certaines zones, alors même que celles-ci estimaient pouvoir continuer à apporter une aide aux pompiers.
Cette situation alimente une critique plus large de la centralisation française. Le maire reproche à l’administration de prendre des décisions depuis les services de l’État sans toujours tenir suffisamment compte des réalités locales et de l’expérience des personnes directement confrontées aux incendies.
Pour lui, la décentralisation devrait permettre aux élus locaux de disposer d'une plus grande capacité d’action lorsque des situations exceptionnelles surviennent. Il considère que les maires connaissent leurs communes, leurs routes, leurs forêts et leurs habitants et qu’ils devraient pouvoir prendre davantage d’initiatives en période de crise.
L’élu s’attaque également au poids des normes administratives. Selon son témoignage, certaines personnes souhaitant venir en aide aux pompiers auraient dû effectuer des démarches ou obtenir des autorisations supplémentaires avant de pouvoir intervenir.
Il juge cette situation particulièrement problématique lorsque les secours sont déjà fortement mobilisés. À ses yeux, les procédures prévues dans une situation normale ne devraient pas nécessairement s’appliquer de la même manière lorsqu’un territoire fait face à une urgence majeure.
L’un des exemples évoqués concerne l’approvisionnement en eau. Dans certaines communes touchées, des difficultés auraient été rencontrées avec les bornes incendie et les réserves disponibles. Le maire affirme que des volumes importants d’eau ont parfois été mobilisés pour combattre les flammes, mettant également sous tension l’approvisionnement local.
Cette situation aurait conduit certains acteurs locaux à rechercher des solutions alternatives. Des agriculteurs équipés de citernes auraient ainsi pu transporter de l’eau directement vers les secteurs concernés, permettant selon l’élu de réduire le temps consacré par les pompiers à certaines tâches logistiques.
L’argument central du maire repose donc sur la notion de responsabilité locale. Il estime que les personnes disposant d’une connaissance précise du terrain devraient pouvoir agir rapidement, avec un cadre adapté aux circonstances, plutôt que d’attendre systématiquement plusieurs niveaux de validation administrative.
Cette position relance néanmoins un débat important : jusqu’où peut-on assouplir les règles pendant une crise sans créer de nouveaux risques pour les intervenants et pour la population ? Les autorités doivent en effet concilier rapidité d’intervention, sécurité des bénévoles et coordination des opérations de secours.
Le maire estime pour sa part que la France serait devenue trop prudente face au risque. Il défend une approche davantage fondée sur le discernement des professionnels, des élus et des citoyens mobilisés sur le terrain.
Ses propos constituent également une critique politique plus générale du fonctionnement de l’administration. Il dénonce ce qu’il considère comme une concentration excessive des décisions et appelle à privilégier les compétences et l’expérience du terrain.
Ces déclarations interviennent alors que la gestion des incendies reste un sujet particulièrement sensible en France. Les épisodes de sécheresse, les températures élevées et l’augmentation du risque de feux de végétation obligent les autorités à réfléchir en permanence à l’organisation des secours et à la prévention.
Au-delà de la polémique politique, l’épisode met surtout en évidence une question concrète : comment mobiliser rapidement toutes les ressources disponibles lorsqu’un incendie menace des habitations et des espaces naturels ? Entre les pompiers professionnels, les collectivités, les agriculteurs et les habitants, la coordination de ces acteurs peut devenir déterminante.
Le témoignage de cet élu appelle finalement à une réflexion sur l’équilibre entre l’État et les territoires. Pour ses défenseurs, davantage de confiance accordée aux acteurs locaux permettrait de gagner en réactivité. Pour les autorités, toute intervention doit cependant rester organisée afin de garantir la sécurité de chacun.
Le débat sur les incendies ne se limite donc plus aux seuls moyens matériels des pompiers. Il porte désormais aussi sur la capacité des collectivités à agir, sur le poids des normes et sur la place de la solidarité locale dans les situations d’urgence. Une question qui pourrait continuer à alimenter les discussions politiques françaises dans les prochains mois.
Forêt française : l'État chiffre la dégradation, le foncier bat des records
La direction générale du Trésor et l'IGN ont publié en quinze jours deux évaluations de l'état des forêts françaises : mortalité doublée en dix ans, été 2026 record pour les incendies. Le foncier forestier, lui, atteint 4 950 euros l'hectare.
La direction générale du Trésor a publié le 3 septembre 2026 une note consacrée à la forêt et à la filière du bois. Douze jours plus tard, le 15 septembre, l'Institut national de l'information géographique et forestière (IGN) a fait paraître la nouvelle édition de son atlas cartographique annuel, entièrement consacrée aux forêts. Les deux documents aboutissent au même diagnostic chiffré : la mortalité des arbres a plus que doublé en dix ans et la santé des peuplements se dégrade sur une large partie du territoire.
Ce diagnostic tombe au moment où le foncier forestier français change de mains à un rythme inédit. En 2025, 176 300 hectares de bois et forêts ont été vendus, un volume en hausse de 18,5 % sur un an. Pour les épargnants exposés à cette classe d'actifs, l'écart entre la valeur du terrain, qui monte, et le revenu tiré du bois, qui recule, devient le sujet central.
Deux évaluations publiques en quinze jours
La note n° 399 de la direction générale du Trésor, signée par Félix Bastit, Alice Grémillet et Etienne Pasteau, rappelle d'abord le poids économique de l'ensemble. La forêt couvre 17,6 millions d'hectares, soit un tiers du territoire hexagonal, et sa surface progresse sans interruption depuis le milieu du XIXe siècle, avec une hausse de 9 % entre 2010 et 2024. La contribution du secteur forêt, bois, papier et ameublement au produit intérieur brut atteint 0,6 %, soit 16,5 milliards d'euros en 2023.
Le document décrit ensuite une dégradation continue. La mortalité annuelle moyenne a plus que doublé en dix ans selon l'inventaire forestier de l'IGN, et 8 % des arbres présentaient des symptômes d'altération sur la période 2021 à 2024. La croissance est passée de 5,8 mètres cubes par hectare et par an entre 2005 et 2013 à 5,3 mètres cubes sur la période 2015 à 2023. Le puits de carbone naturel français, auquel les forêts contribuent majoritairement, s'est réduit de 69 millions de tonnes équivalent CO2 en 2005 à 52 millions en 2024.
L'atlas de l'IGN, publié le 15 septembre, chiffre la même mortalité à 125 % de hausse d'après la campagne d'inventaire 2025 et identifie trois pressions principales : le stress hydrique lié aux sécheresses et aux vagues de chaleur, les organismes pathogènes exotiques et la surabondance des populations de grands ongulés, qui empêche la régénération naturelle.
Un été 2026 hors norme pour les incendies
Le calcul de la direction générale du Trésor à partir des données du système européen EFFIS établit que plus de 137 900 hectares ont brûlé en France sur la période 2022 à 2025, une hausse de 51 % par rapport à 2018 à 2021 et de 262 % par rapport à 2014 à 2017. La note décrit un été 2026 d'une ampleur inédite, avec 96 000 hectares brûlés à la mi-août.
Le massif de Fontainebleau en offre l'illustration la plus documentée. Deux départs de feu les 12 et 13 juillet ont parcouru 1 960 hectares sur un massif de 22 500 hectares, avant que l'incendie ne soit officiellement déclaré éteint le 29 août. Dans son point de situation mis à jour le 16 septembre, l'Office national des forêts indique que près de 90 % du massif est de nouveau accessible au public, mais que dans les secteurs les plus touchés plus de 90 % des arbres dépérissants sont condamnés : le feu courant en sous-sol a détruit les systèmes racinaires, laissant des arbres instables alors même que leur partie aérienne paraît intacte. L'office signale aussi la vulnérabilité des peuplements survivants aux scolytes et aux buprestes.
Le sujet occupe désormais le Parlement, où une mission sur les feux de forêt avance rapidement, selon la députée de Gironde Sophie Panonacle, citée le 4 septembre par le site spécialisé Forestopic.
Le foncier forestier n'a jamais autant changé de mains
L'indicateur annuel du marché des forêts publié par les Safer, mis en ligne le 21 mai 2026, donne la mesure de l'appétit des acheteurs. Sur l'exercice 2025, le marché a enregistré 23 030 transactions en hausse de 5,4 %, pour 176 300 hectares et une valeur totale de 2,17 milliards d'euros, en progression de 7,7 %. Le prix moyen s'établit à 4 950 euros l'hectare, en hausse de 2,5 %, avec un écart marqué entre le Massif central à 2 850 euros, en repli de 0,2 %, et le nord du Bassin parisien à 7 880 euros, en hausse de 3,1 %.
Deux évolutions ressortent de cette édition. Les ventes de massifs de plus de 100 hectares ont bondi de 64,5 % en surface et représentent 34 % des surfaces vendues. Les personnes morales privées, catégorie qui regroupe les sociétés agricoles, forestières et les véhicules d'investissement, ont acheté 34,1 % de surface supplémentaire et pèsent désormais 51 % du marché.
La trajectoire des gérants confirme ce mouvement, avec une nuance géographique. France Valley, l'un des principaux gérants de placements forestiers ouverts aux particuliers, déclarait au 14 janvier 2026 gérer 1,3 milliard d'euros d'actifs forestiers, soit plus de 69 000 hectares répartis sur plus de 650 forêts dans douze pays. Sur 174 acquisitions réalisées en 2025, 116 l'ont été hors de France.
Le revenu du bois recule quand le foncier monte
L'indicateur du prix de vente des bois sur pied en forêt privée, produit par l'ASFFOR, les Experts Forestiers de France et la Société Forestière de la Caisse des Dépôts pour l'observatoire de France Bois Forêt, documente l'autre versant. L'indice général recule de 4 % en 2025, ce qui efface la hausse de 7 % enregistrée entre 2023 et 2024. Le prix moyen toutes essences ressort à 86 euros le mètre cube, au-dessus du seuil de 80 euros installé depuis la crise sanitaire, contre 60 euros avant 2020.
La moyenne masque une forte divergence entre feuillus et résineux. Le chêne connaît sa troisième année consécutive de baisse significative, à 190 euros le mètre cube, en repli de 17 % après 228 euros en 2024. Les résineux progressent au contraire de 8 %, à 69 euros le mètre cube, leur plus haut niveau depuis vingt ans et une hausse de 57 % en cinq ans. Signe d'un marché moins profond, les experts ont recueilli 3,7 offres par lot en 2025 contre 4,2 un an plus tôt, et n'ont vendu en séance que 75 % des volumes de feuillus, contre 90 % pour les résineux.
En aval, la transformation reste le maillon faible : le déficit commercial français sur les produits de la filière bois atteignait 7,2 milliards d'euros en 2025, soit 10,4 % du déficit national. L'Allemagne, dont la surface forestière est inférieure de 35 % à celle de la France, y transforme 2,5 fois plus de bois.
Ce que l'épargnant achète réellement
L'investisseur qui passe par un groupement forestier acquiert une quote-part d'un portefeuille de massifs, la gestion sylvicole étant confiée à un professionnel. Le groupement forestier d'investissement, catégorie créée pour ouvrir ce placement à l'épargne publique, relève à ce titre du contrôle de l'Autorité des marchés financiers.
Le cadre fiscal est fixé par deux régimes distincts. L'article 200 quindecies du code général des impôts ouvre un crédit d'impôt de 25 % sur les opérations forestières réalisées jusqu'au 31 décembre 2027, les souscriptions de parts de groupements forestiers figurant parmi les opérations éligibles, dans la limite de 6 250 euros de dépenses pour une personne seule et de 12 500 euros pour un couple soumis à imposition commune. À la transmission, l'article 793 du même code exonère les parts d'intérêts détenues dans un groupement forestier de droits de mutation à titre gratuit à concurrence des trois quarts de leur valeur vénale, sous réserve d'un engagement de gestion durable de trente ans et, pour des parts acquises à titre onéreux, d'une détention de plus de deux ans.
Ces avantages ont un coût public que la direction générale du Trésor chiffre pour l'exercice 2025 : 22 millions d'euros pour le crédit d'impôt, 50 millions pour les exonérations de droits de mutation et 49 millions au titre de l'impôt sur la fortune immobilière.
Le risque tient à la nature même de l'actif. La note du Trésor souligne que la rentabilité financière de l'activité forestière reste limitée à court terme, que les investissements s'inscrivent sur des horizons très longs et qu'ils sont exposés à de fortes incertitudes sur le prix du bois et sur les risques naturels. Elle relève aussi que 27 % seulement des surfaces privées sont couvertes par un document de gestion durable, condition nécessaire au bénéfice de ces régimes fiscaux. Les parts de groupements forestiers ne bénéficient d'aucune garantie en capital et ne s'échangent pas sur un marché organisé.
Les rendez-vous des prochains mois
Des mesures de politique forestière sont en préparation. Monique Barbut, ministre de la Transition écologique, de la Biodiversité et des Négociations internationales sur le climat et la nature, s'est prononcée le 15 septembre en faveur de la sylviculture mélangée à couvert continu et prépare un ensemble de mesures, selon Forestopic. En février 2026, elle avait déjà fixé comme priorités un ciblage renforcé des aides publiques vers les forêts sinistrées et la mise en œuvre effective des obligations légales de débroussaillement.
Le calendrier budgétaire arrive ensuite : le projet de loi de finances pour 2027 est attendu au Parlement au début du mois d'octobre. L'État a apporté 410 millions d'euros de subventions au renouvellement forestier entre 2021 et 2025, permettant de renouveler environ 90 000 hectares. La troisième stratégie nationale bas-carbone prévoit de porter la récolte de 52 à 60 millions de mètres cubes par an entre 2024 et 2030, et de renouveler ou adapter 10 % de la forêt française d'ici 2032.
Pour un porteur de parts, tout se joue sur un arbitrage : la valorisation du foncier, portée par une demande institutionnelle record, doit compenser durablement un revenu d'exploitation en repli et un risque climatique que l'État vient de mesurer. Les publications de septembre ne tranchent pas cet arbitrage, mais elles en fournissent les ordres de grandeur.
Sources
- Direction générale du Trésor, « La forêt et la filière bois : des piliers de la transition écologique et de la résilience économique », n° 399, 3 septembre 2026.
- IGN, « Forêts françaises : un équilibre fragilisé face aux crises » et Atlas IGN 2026, 15 septembre 2026.
- Safer et Société Forestière de la Caisse des Dépôts, « Le marché des forêts en 2025 », édition 2026, 21 mai 2026.
- France Bois Forêt, « Indicateur du prix de vente des bois sur pied en forêt privée », édition 2026.
- Office national des forêts, point de situation sur les incendies du massif de Fontainebleau, 16 septembre 2026.
- Code général des impôts, articles 200 quindecies et 793, et doctrine BOFiP associée.
- France Valley, bilan de l'année 2025, 14 janvier 2026.
- Forestopic, articles des 4 et 15 septembre 2026.
Emmanuel d'Ibelin
Emmanuel d'Ibelin dirige la rédaction de France Épargne. Juriste de formation, titulaire d'un master de droit des affaires, il analyse au quotidien les annonces des banques centrales, les évolutions réglementaires et les opportunités d'investissement pour les épargnants français.
