Affichage des articles dont le libellé est démocratie directe ou indirecte. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est démocratie directe ou indirecte. Afficher tous les articles

août 25, 2026

La démocratie, une forme d'État dans laquelle une majorité se sert habilement aux dépens d'une minorité

Entretien avec Hans-Hermann Hoppe 
 
Hans-Hermann Hoppe est l'un des intellectuels libertariens les plus controversés de notre époque.  
 
Dans ses ouvrages, il propose une critique radicale de la démocratie. Pour lui, il s'agit d'une forme d'État dans laquelle une majorité se sert habilement aux dépens d'une minorité. René Scheu a rencontré Hans-Hermann Hoppe à Zurich et à Lech am Arlberg.  
Après des échanges préliminaires, la discussion s'est poursuivie par courriel, dans le respect des formes classiques. 
 
Par René Scheu et Hans-Hermann Hoppe 13/12/2010
 
 

 
Monsieur Hoppe, j'ai récemment eu une discussion approfondie avec des amis au Brésil sur les avantages et les inconvénients des modèles de démocratie directe. 
Lorsque je leur ai expliqué le système politique suisse, dans lequel le peuple a le dernier mot, leur réaction spontanée a été : « C'est bel et bien la forme la plus pure de communisme ! » 
En Suisse, nous voyons les choses différemment et sommes fiers de notre tradition de démocratie directe, qui suscite l'envie de nombreux Européens.  
Quel est votre avis à ce sujet ? 
 
Hans-Hermann Hoppe : Oui, bien sûr, la démocratie — qu'elle soit directe ou indirecte — est une forme de communisme. Une majorité décide de ce qui m'appartient et de ce qui vous appartient, ainsi que de ce que nous sommes autorisés ou non à faire. Cela n'a rien à voir avec la propriété privée ; il s'agit plutôt de la relativisation de la propriété, donc de la propriété commune, et par conséquent du communisme. 
 
Dans le cadre de la propriété privée, je décide seul de l'usage de mon bien (à condition de ne pas porter atteinte à l'intégrité physique des biens d'autrui). En cas de pluralité de propriétaires pour un même bien, les copropriétaires peuvent se séparer à tout moment en vendant leur part. Toute communauté de propriété durable repose donc sur le volontariat et le bénéfice mutuel. À l'inverse, dans le cas de la propriété commune ou du communisme, ce sont des tiers — une majorité — qui déterminent (aussi) l'usage des biens en ma possession. Par ailleurs, je ne peux pas me dissocier des autres copropriétaires et de leurs décisions majoritaires en vendant simplement mes parts de propriété commune. Il est révélateur que de tels titres de propriété n'existent pas, ni dans les démocraties ni dans les anciens pays socialistes du bloc de l'Est. 
 
La Constitution fixe des limites à l'État et au principe de la majorité démocratique, tout en protégeant les libertés fondamentales des citoyens. Votre critique du principe majoritaire est fondée, mais il s'agit d'une problématique propre à l'État de droit (*Rechtsstaat*), et non à la démocratie en soi. 
 
Tout d'abord, les constitutions sont toujours des constitutions étatiques ; elles présupposent donc déjà le droit de lever l'impôt et d'exercer un monopole juridictionnel ultime. Mais comment — grand Dieu ! — peut-on prétendre qu'une institution fondée sur des prélèvements obligatoires et détentrice d'un monopole juridictionnel est capable de protéger la propriété et la liberté ? 
 
La protection de la propriété des citoyens est l'une des missions fondamentales de l'État, y compris de l'État démocratique moderne. L’article 26 de la Constitution fédérale de la Confédération suisse dispose : « La propriété est garantie. » Il convient toutefois d’ajouter que le deuxième alinéa précise : « L’expropriation et les restrictions à la propriété équivalant à une expropriation donnent lieu à une pleine indemnisation. »
 
En tant que percepteur d’impôts, l’État est un protecteur de la propriété expropriante. Une contradiction en soi. Et en tant que juge et arbitre ultime dans tous les cas de conflit, y compris ceux dans lesquels lui-même ou ses agents sont eux-mêmes impliqués, l’État ne préserve ni ne protège le droit en vigueur, mais il le modifie à son avantage par le biais de la législation. Cela pervertit la loi. Encore une contradiction. Et deuxièmement : toute constitution doit être interprétée, que ce soit par une Cour suprême ou, comme en Suisse, par une certaine majorité populaire.  
Que signifie par exemple « entièrement indemnisé » dans le cadre d'une expropriation ?  
Autant que l’exproprié l’exige ? (Mais alors aucune expropriation n’est nécessaire.) 
Quelles que soient les restrictions qu’une constitution peut imposer à un État dans ses actions, la décision quant à savoir si son action est licite ou illégale est dans tous les cas prise par des personnes qui sont elles-mêmes des agents de l’État. Il est donc prévisible que la définition de la propriété privée et de la protection de la propriété sera progressivement rétrécie et érodée au profit du pouvoir législatif de l’État.  
Qui scie la branche sur laquelle il est lui-même assis ? 
 
Vous argumentez strictement à partir du concept de propriété. Dans un monde idéal peuplé de bonnes personnes, il est clairement réglementé qui possède quoi. Mais dans la pratique, cela donne toujours lieu à des conflits. Il lui faut donc une instance qui garantisse des conditions claires dans de tels cas : l’État de droit. L’État de droit et la démocratie vont de pair. 
 
Correct. Il y aura probablement toujours des meurtriers, des voleurs et des fraudeurs, et chaque société doit réussir à contrôler ces contrevenants pour perdurer. Pour cela, il lui faut un ordre juridique. Jusqu'ici, tout va bien. Mais un ordre juridique est autre chose qu’un « État constitutionnel » ou une « constitution juridique démocratique ». Les idées « État » ou « démocratie » et « droit et sécurité juridique » sont logiquement incompatibles. L'État (démocratique) se définit par le fait qu'il peut commettre des injustices et procéder à des expropriations. La loi de l’État est toujours une loi pervertie. Ce dont une société a réellement besoin pour maintenir l’ordre public et garantir des « conditions claires », ce n’est pas d’État ni de démocratie, mais un ordre de droit privé. 
 
Restons pour l'instant dans la démocratie. 
L’opposition en Suisse n’est pas formée par certains partis, mais par le peuple. Son « non » toujours menaçant domestique la politique.  
Vous écrivez dans vos livres que les démocraties vont s’effondrer au moment même où « le communisme soviétique était voué à la ruine ».  
Une comparaison audacieuse – comment en arrive-t-on à cela ? 
 
Premièrement : toute forme de communisme, y compris la démocratie, est économiquement improductive. Le niveau de vie général est inférieur à ce qu’il serait autrement. Ce qui concerne en particulier le cas de la Suisse : eh bien, la démocratie peut au mieux fonctionner « à mi-chemin » dans de très petites communautés culturellement homogènes, c’est-à-dire sans aboutir rapidement à une ruine économique. Là où chacun connaît tout le monde et connaît sa position sociale et où il existe donc un contrôle social prononcé, là il est difficile de vouloir acquérir la propriété d'autrui par des « moyens démocratiques », même si cela est « théoriquement » possible. La pression sociale empêche une telle chose de se produire. Si nécessaire, si la pression sociale seule ne suffit pas, les élites locales naturelles veillent par d’autres moyens à ramener à la raison les agitateurs démocrates-communistes.

C'est une vision unilatérale. La participation politique a aussi un effet positif : elle renforce le sens des responsabilités des citoyens. 
 
 C'est prendre ses désirs pour la réalité. Plus les entités humaines faisant l'objet de décisions démocratiques sont vastes et anonymes, plus on peut céder sans scrupules à ses sentiments d'envie, à sa soif de pouvoir et à ses illusions. Plus vite aussi la démocratie devient un instrument pour s'arroger du pouvoir et s'enrichir aux dépens d'autrui, et plus inévitablement elle conduit à un déclin économique constant. 
 
 Pourquoi alors la Suisse, en tant qu'État de démocratie directe, jouit-elle d'une stabilité économique et politique supérieure à celle de ses voisins du nord et du sud, adeptes de la démocratie représentative ? Plus la démocratie est directe, plus elle réussit sur le plan économique. 
 
J'ai déjà esquissé la réponse à cette question. Le succès économique relatif de la Suisse par rapport à ses grands voisins a peu ou pas de rapport avec sa démocratie directe, mais tient plutôt au fait que la démocratie suisse est une démocratie de petite échelle. Petite non seulement parce que la Suisse est, dans l'ensemble, un petit pays, mais surtout parce qu'elle est fortement décentralisée, composée de nombreux petits cantons homogènes et (encore) relativement autonomes. La démocratie en Suisse est (encore) largement une démocratie locale. Les affaires locales se règlent localement, sans intervention « extérieure » ou « venue d'en haut » (de Berne, Bruxelles, Washington ou New York). C'est là le secret de la Suisse. 
 
Si l'on se réfère à l'idéal de nombreux « promoteurs de la démocratie » — celui d'un État mondial démocratique où tous les problèmes locaux sont des problèmes globaux devant être résolus à l'échelle mondiale, bref, le modèle des Nations unies —, la Suisse et ses cantons indépendants apparaissent même comme nettement antidémocratiques.  
En effet, elle exclut catégoriquement d'autres majorités plus vastes (et donc, selon la logique démocratique, dotées d'une légitimité « supérieure ») de toute prise de décision locale.  
Pourtant, c'est précisément cet aspect antidémocratique — à savoir son haut degré de décentralisation politique — qui assure à la Suisse une telle réussite économique globale. 
 
Les démocraties présentent un avantage incontestable. On peut écarter du pouvoir, « sans effusion de sang » — pour reprendre l'expression de Karl Popper —, les hommes politiques qui prônent une politique flagrante de redistribution et d'enrichissement personnel. Avant tout, la démocratie présente un inconvénient bien plus grave : il est permis de prôner ouvertement une politique de redistribution et d'enrichissement — et, du moins dans les « grandes » démocraties, de se faire élire sur cette base, ce qui arrive effectivement — au lieu d'être cloué au pilori comme agitateur communiste et chassé des lieux. Quant au prétendu avantage de la démocratie en matière de transition pacifique du pouvoir, cette question présuppose que les gouvernements ou les dirigeants de l'État — c'est-à-dire les détenteurs de la juridiction territoriale et des monopoles fiscaux — soient réellement aptes à garantir la paix. Je conteste ce point. Mais même en admettant cette hypothèse, il ne s'ensuit nullement que la « démocratie » soit la solution qui s'impose. On peut, par exemple, changer de gouvernement de manière pacifique en désignant les titulaires du pouvoir étatique par le biais de tirages au sort organisés régulièrement.
 
Dans les démocraties, il existe une concurrence politique. Cela ne signifie pas nécessairement que les personnes les meilleures et les plus compétentes accèdent aux postes importants. Mais cela garantit un certain niveau de compétence chez les hommes politiques. 
 
La concurrence n’est pas toujours « bonne ». Seule la concurrence dans la production de biens est bénéfique. En revanche, la concurrence dans la production de « maux » est néfaste, voire pire encore. Nous ne voulons pas de compétition pour savoir qui saura le mieux nous malmener. Il en va de même pour la démocratie et la concurrence politique. La démocratie permet de s’approprier les biens d’autrui par la règle de la majorité. Elle contredit le précepte de toutes les grandes religions enjoignant de ne pas convoiter les biens d’autrui. Alors qu’un tirage au sort pourrait nous désigner un voleur ou un receleur « aléatoire » comme dirigeant, la « concurrence démocratique » garantit que seuls les « meilleurs » voleurs et receleurs accèdent aux postes de pouvoir décisifs ; autrement dit, ceux qui, du point de vue du propriétaire, sont les pires de tous les dirigeants. La démocratie veille — et ce d’autant plus qu’elle est vaste (!) — à ce que seules des personnes néfastes, dénuées de tout scrupule moral et obsédées par la soif de pouvoir et la mégalomanie, parviennent au sommet de l’État : les « meilleurs » beaux parleurs et ignorants, qui promettent monts et merveilles au « peuple » de manière démagogique, sans la moindre chance de concrétiser ces promesses. 
 
 C’est exagéré.  
En moyenne, les hommes politiques ne sont ni pires ni meilleurs que le commun des mortels.  
Et qu’en est-il des entrepreneurs-politiciens indépendants, tels que la Suisse en connaît encore aujourd’hui ? 
 
Un homme comme Christoph Blocher est une chance pour la Suisse. Dans une « grande » démocratie, comme l’Allemagne ou les États-Unis, un Blocher n’aurait pas la moindre chance. Et même en Suisse, il est révélateur que Blocher n’ait pas réussi à obtenir la majorité ni à atteindre le sommet du pouvoir. Et ce, bien que Blocher lui-même — malgré tous les mérites qu’il a pour la Suisse — ne soit nullement un libéral pur et dur ni un défenseur intransigeant de la propriété privée. 
 
 Les chances de tels hommes seraient encore meilleures si la Suisse redevenait ce qu’elle était autrefois : une confédération de cantons, plutôt qu’un État fédéral totalitaire et de plus en plus centralisé. Tout cela s’applique d’ailleurs exactement de la même manière aux États-Unis. Là aussi, il aurait mieux valu conserver la confédération qui existait après la guerre d'Indépendance plutôt que d'adopter l'actuelle constitution fédérale instaurant un État central. Cela aurait épargné au monde non seulement une source permanente d'agressivité et de bellicisme en matière de politique étrangère, mais aurait aussi permis à l'Amérique d'être, dans l'ensemble, bien plus prospère et pacifique qu'elle ne l'est aujourd'hui. 
 
Il en découle, soit dit en passant, une exigence fondamentale pour quiconque a à cœur la propriété et la liberté : au lieu de soutenir — par souci de correction politique — la tendance actuelle à une centralisation politique toujours plus poussée, il convient de la combattre par tous les moyens. Nous n'avons nul besoin d'un État européen totalitaire, tel que l'UE cherche à le créer. Et nous avons encore moins besoin d'un État mondial. Ce qu'il nous faut, c'est une Europe et un monde composés de centaines, voire de milliers, de petits Liechtenstein et Singapour.

En tant qu'anarchiste, ne devriez-vous pas avoir une grande confiance dans la sagesse du peuple ? 
 
Quant à la sagesse du peuple, c'est avant tout le réalisme qui s'impose. Nous ne votons pas pour décider — en laissant une majorité trancher — qui fabrique nos costumes, nos voitures, nos ordinateurs et nos maisons, qui soigne nos maladies, ou qui nous instruit et nous divertit. Chacun en décide pour soi-même, par le biais de sa propriété et de ses choix de consommation individuels. Le peuple percevrait, à juste titre, une telle situation comme une perte considérable de prospérité — voire comme une catastrophe — si les choses en allaient autrement. Cela témoigne d'une certaine sagesse. Pourtant, lorsqu'il s'agit d'un bien tel que l'ordre juridique — qui affecte nos vies bien plus profondément que toutes les voitures et toutes les maisons —, le peuple s'en remet à la sagesse supposée d'une majorité. Cela témoigne d'une stupidité effarante. Ou plutôt : d'un abrutissement des masses, dont les propagandistes et les profiteurs de la démocratie sont responsables. Mais j'espère évidemment que le peuple finira par être assez sage pour percer à jour cette folie. 
 
Vous avez évoqué au début la société de droit privé, qui se passe entièrement d'État.  
De telles expériences de pensée sont indubitablement séduisantes.  
Mais comment imaginer concrètement un tel ordre anarchique fondé sur le droit privé ?  
Les incitations à s'approprier par la violence les biens d'autrui seraient très fortes. On n'aurait pas à craindre de poursuites de la part de la police ou de l'armée. 
 
Premièrement : un ordre fondé sur le droit privé est une société dans laquelle chaque personne et chaque institution est soumise aux mêmes règles juridiques. Il n'existe dans cette société ni « droit étatique » ni « droit public » accordant aux agents de l'État des privilèges par rapport aux simples particuliers. Il n'y a ni monopole juridique ultime ni privilège fiscal. Cette société ne connaît que la propriété privée et un droit privé s'appliquant de manière égale à tous. Concrètement, cela signifie que, dans une société de droit privé, la production de l'ordre juridique et de la sécurité est assurée par des entreprises financées librement et en concurrence les unes avec les autres, tout comme la production de tous les autres biens et services. 
 
 Venons-en maintenant à la structure des incitations au sein d'un secteur de la sécurité et du droit organisé selon les principes du droit privé, par opposition au système actuel organisé par l'État. Il existe une différence capitale. L'État — y compris l'État démocratique — opère en tant que monopole juridique ultime dans un vide juridique dépourvu de relations contractuelles. Il n'existe aucun contrat de droit privé ordinaire entre l'État, en tant que fournisseur d'ordre public, et ses citoyens, en tant que consommateurs. Ce que l'État « offre » se résume à peu près à ceci : je ne vous garantis contractuellement absolument rien ; je ne précise ni les éléments concrets que je compte protéger en tant que « votre propriété », ni les mesures auxquelles je m'engage si, à vos yeux, je ne remplis pas mes obligations ; en revanche, je me réserve le droit de fixer unilatéralement le prix de ma « prestation » et de modifier, par voie législative, les règles du jeu en cours de partie. 
 
 Imaginez un instant un prestataire de sécurité privé financé librement — qu'il s'agisse d'un service de police, d'un assureur ou d'un arbitre — présentant une telle offre à des clients potentiels. Il ferait immédiatement faillite faute de clients. Les prestataires de sécurité privés doivent donc proposer des contrats à leurs clients. Ces contrats doivent inclure une description claire des biens ainsi que des prestations et obligations réciproques définies sans ambiguïté ; ils ne peuvent être modifiés durant leur période de validité convenue que d'un commun accord. Qui plus est, pour être acceptables aux yeux de l'acheteur de services de sécurité, ces contrats doivent prévoir les modalités de règlement des conflits, qu'il s'agisse d'un différend entre l'assureur et l'assuré, ou entre différents assureurs (ou leurs clients respectifs). Ces situations ne peuvent être réglées que par un accord mutuel entre assureurs et assurés, désignant un tiers indépendant des parties en conflit — et jugé digne de confiance par les deux camps — pour agir en tant qu'arbitre. Quant à ce tiers, il est lui aussi financé librement et en concurrence avec d'autres arbitres. Ses clients — assureurs et assurés — attendent de lui qu'il rende un jugement universellement reconnu comme équitable et juste. Seuls les arbitres capables d'y parvenir pourront se maintenir ou se développer sur le marché de l'arbitrage ; ceux qui en sont incapables disparaîtront du marché. 
 
Je pose la question : dans lequel de ces deux systèmes — celui de l'État ou celui du droit privé — peut-on être le plus assuré de la sécurité de sa vie et de ses biens ?
 
Restons dans le concret.  
Deux voisins se disputent parce qu'un grand sapin projette trop d'ombre. Dans une société régie par le droit privé, on ne sait pas très bien vers qui la partie lésée doit se tourner en cas de conflit. 
Qui représente l'ordre juridique dont vous parlez ?  
Et que se passe-t-il si tous les habitants d'un territoire n'acceptent pas le même ordre juridique ? 
 
 C'est très simple. Les deux parties en conflit s'adressent à leur assureur. Si elles sont toutes deux clientes de la même compagnie d'assurance, celle-ci tranche le litige — bien entendu après un examen approfondi des relations de propriété et des contrats liant les adversaires, et conformément aux dispositions du contrat d'assurance. Si plusieurs assureurs sont impliqués et parviennent à une solution commune lors de l'évaluation du cas, ce sont les assureurs conjointement qui prennent la décision. Et si des compagnies différentes aboutissent à des jugements divergents, on fait appel à un arbitre jouissant d'une autorité universelle, et c'est cet arbitre qui tranche. La procédure est claire et sans équivoque ; elle correspond à la pratique juridique effectivement en vigueur dans une grande partie des transactions commerciales (internationales). 
 
Par sa clarté (pas de chaos, mais des conditions bien définies !), ce système ne diffère en rien de la pratique juridique (nationale) actuelle. Il présente toutefois un avantage décisif : chacun peut choisir ses assureurs, ses contrats d'assurance et ses arbitres indépendants, et y mettre fin, au lieu d'être assuré et jugé par une institution unique, obligatoire et dont on ne peut se défaire. 
 
Cela ressemble à un monde idéal.  
En pratique, cependant, les gens n'adoptent pas une attitude cohérente. Les lois et les contrats doivent être interprétés — selon des critères contraignants qui, eux aussi, nécessitent une interprétation. On risque alors la confusion et le chaos, un peu comme sur le marché des opérateurs de téléphonie mobile et de leurs tarifs, où de nouveaux fournisseurs font constamment leur apparition, et dont les offres et les contrats doivent à leur tour être évalués par des « méta-fournisseurs », etc. 
Une telle vie ne serait-elle pas épuisante ? 
 
 Je suppose que cette question n'est pas tout à fait sérieuse.  
Elle me rappelle la situation de 1989, peu après l'effondrement du « socialisme réel » en RDA. À l'époque, lorsque les habitants de la RDA — les « Ossis » — ont découvert pour la première fois l'abondance des produits dans les magasins d'Allemagne de l'Ouest, on entendait souvent dire que tout cela était bien trop important et déroutant. On ne savait absolument pas quoi acheter face à une telle profusion d'offres. Comme c'était beau, en revanche, dans l'ancienne RDA !  
Là-bas, pour les voitures par exemple, le choix se limitait à une Trabi ou une Wartburg — avec un délai de livraison de plus de dix ans — et les magasins étaient presque toujours vides ; ainsi, le choix (pour autant qu'il y en eût un dans cette économie de pénurie généralisée) était toujours d'une simplicité évidente. C'est cela que vous voulez ?  
Alors, et alors seulement, il est pertinent de défendre l'ordre juridique démocratique actuel ! 
 
 Cet entretien a été mené par écrit par René Scheu.
 
 

juin 14, 2026

La simplicité est la clé, ou : Contre la centralisation et la démocratie : Le cas de l'Union européenne et de la Suisse

Small is Beautiful

"Si la petite taille et la décentralisation interne de la Suisse sont des raisons essentielles de sa prospérité et de sa puissance économique, la démocratie directe ou indirecte n'y est pour rien ou peu, contrairement au folklore suisse tant salué."

Hans-Hermann Hoppe, « Débat : Small is Beautiful », Schweizer Monat (4 juin 2026) : 

« La réussite économique de l'Europe est étroitement liée à sa fragmentation politique. La concurrence entre les États limitait l'intervention de l'État et favorisait l'innovation et la croissance. Les tendances actuelles menacent de plus en plus ce mécanisme, y compris en Suisse. » 


 

À lire également : David Dürr, À propos de la Suisse : Le pire système de gouvernement, à l'exception de tous les autres. On Switzerland: The Worst Form of Government Except for All the Others.

Les États ne sont pas des entreprises économiques. Contrairement aux entreprises, ils ne se financent pas en vendant des produits et des services à des clients qui paient volontairement, mais plutôt par des prélèvements obligatoires : des impôts perçus par la menace et l’usage de la force, ainsi que par la création monétaire qu’ils émettent littéralement de nulle part. De ce fait, certains économistes ont décrit les gouvernements – c’est-à-dire les détenteurs du pouvoir d’État – comme des bandits stationnaires.  

Les gouvernements et tous leurs employés vivent du butin volé aux autres. Ils mènent ainsi une existence parasitaire aux dépens d’une population asservie qui leur sert d’« hôte ». Ceci nous amène à plusieurs autres conclusions. Naturellement, les bandits stationnaires préfèrent un butin important à un butin modeste.  

Autrement dit, les États chercheront toujours à augmenter leurs recettes fiscales et leurs dépenses en créant davantage de monnaie fiduciaire. Plus le butin est important, plus ils peuvent s’octroyer de faveurs, ainsi qu’à leurs employés et à leurs partisans. Mais cette activité a des limites naturelles.

Lire la suite ici: https://schweizermonat.ch/small-is-beautiful/


 

La simplicité est la clé, ou : Contre la centralisation et la démocratie : 

Le cas de l'Union européenne et de la Suisse

Les États, quelle que soit leur constitution, ne sont pas des entreprises économiques. Contrairement à ces dernières, ils ne se financent pas en vendant des produits et des services à des consommateurs qui paient volontairement, mais par des prélèvements obligatoires : des impôts perçus par la menace et l'usage de la force (et par la création monétaire qu'ils font littéralement à partir de rien).  

De ce fait, les économistes ont qualifié les gouvernements, c'est-à-dire les détenteurs du pouvoir d'État, de « bandits stationnaires ». 

Les gouvernements et tous leurs employés vivent du butin volé à autrui. Ils mènent une existence parasitaire aux dépens d'une population asservie qui leur sert d'« hôtes ». Ceci nous amène à plusieurs autres conclusions.

Par nature, les bandits sédentaires préfèrent une proie plus importante à une proie plus petite. Autrement dit, les États chercheront toujours à accroître leurs recettes fiscales et leurs dépenses par la multiplication de la monnaie. Plus le butin est important, plus ils peuvent s'octroyer de faveurs, ainsi qu'à leurs employés et à leurs partisans. Mais cette activité a ses limites. 

D'une part, les bandits doivent veiller à ne pas accabler leur « hôte », dont le travail et les performances rendent possible leur existence parasitaire, au point que celui-ci cesse de travailler. D'autre part, ils doivent craindre que leurs « hôtes », et surtout les plus productifs d'entre eux, ne quittent leur territoire pour s'installer ailleurs. 

 Dans ce contexte, plusieurs tendances et processus historiques deviennent compréhensibles. 

 Premièrement, on comprend la tendance à l'expansion territoriale et à la centralisation politique : les États parviennent ainsi à placer un nombre croissant d'« hôtes » sous leur contrôle et à rendre plus difficile leur migration vers des territoires étrangers. On s'attend donc à un butin plus important. Il devient alors évident que l'aboutissement de ce processus, l'établissement d'un État mondial, ne serait en aucun cas une bénédiction pour l'humanité entière, contrairement à ce qui est souvent affirmé. Car depuis un État mondial, il est impossible d'émigrer, et l'émigration ne permet absolument pas d'échapper au pillage étatique. Par conséquent, il faut s'attendre à ce qu'avec l'établissement d'un État mondial, l'ampleur et la portée de l'exploitation étatique – illustrées, entre autres, par le montant des recettes et des dépenses de l'État, par l'inflation monétaire, ainsi que par le nombre et l'importance des prétendus « biens publics » et du personnel employé dans la « fonction publique » – continuent de croître au-delà de toute mesure connue jusqu'alors. Et cela n'est certainement pas une bénédiction pour la « population d'accueil » qui doit nourrir et faire vivre cette superstructure étatique ! 

 Deuxièmement, une raison essentielle de l'ascension de l'« Occident » au rang de première région économique, scientifique et culturelle du monde devient compréhensible. Contrairement à la Chine en particulier, l'Europe, du début du Moyen Âge à une époque récente, était caractérisée par un degré élevé de décentralisation politique, avec des centaines, voire des milliers, de dominions indépendants. Certains historiens ont qualifié cet état de choses d’« anarchie politique ordonnée ». De nos jours, les historiens de l’économie voient généralement dans cet état quasi anarchique une des principales raisons du « miracle européen ». En effet, dans un environnement caractérisé par une grande variété de petits territoires indépendants et proches les uns des autres, il est relativement aisé de migrer et d’échapper à l’exploitation des dirigeants étatiques. Afin de prévenir ce danger et de maintenir les producteurs sous contrôle, ces dirigeants subissent une forte pression constante pour modérer leur exploitation. Et cette modération, à l’inverse, favorise l’esprit d’entreprise, la curiosité scientifique et la créativité culturelle.

Dès lors, à la lumière des considérations précédentes, une classification et une évaluation historiques étayées de l'Union européenne (UE) s'avèrent possibles : l'UE illustre parfaitement la tendance susmentionnée à l'expansion territoriale et à la centralisation politique, avec pour conséquences une augmentation des mesures étatiques abusives et une croissance concomitante de la superstructure étatique parasitaire (Bruxelles). 

Plus concrètement : l'UE et la Banque centrale européenne (BCE) constituent la première étape vers l'établissement d'un super-État européen, qui finira par se fondre dans un gouvernement mondial dominé par les États-Unis et leur banque centrale, la Réserve fédérale américaine (Fed). Contrairement aux belles déclarations politiques, l'UE et la BCE n'ont jamais eu pour vocation le libre-échange et la concurrence internationale. Cela ne nécessite pas des milliers de pages de documents, regorgeant de règlements et d'ordonnances ! Il s'est toujours agi, et avant tout, d'une harmonisation verticale des systèmes fiscaux, législatifs et réglementaires de tous les États membres, afin de réduire, voire d'éliminer, toute concurrence économique territoriale. Car si les taux d'imposition et les réglementations gouvernementales sont identiques partout, ou s'harmonisent de plus en plus, les individus productifs – les « hôtes » – ont de moins en moins de raisons économiques de délocaliser leurs activités. Ainsi, les profiteurs sédentaires peuvent poursuivre leurs activités de pillage et de redistribution des richesses en toute impunité. – De plus, l'UE actuelle, cartel de divers gouvernements, ne tient que parce que, et seulement tant que, les profiteurs les plus riches, qui peuvent se repaître d'une « population hôte » plus productive, et notamment le gouvernement allemand, sont disposés et capables de soutenir financièrement, de manière permanente et à grande échelle, leurs homologues plus démunis du Sud et de l'Est, dont les « hôtes » sont moins productifs. Au détriment des producteurs nationaux ! 

 L'UE et la BCE sont donc des monstruosités morales et économiques. On ne peut pas continuellement punir la productivité et la réussite économique tout en récompensant le parasitisme, le gaspillage et l'échec économique sans provoquer un désastre. L'UE passera d'une crise économique à l'autre et finira par se désintégrer. 

Enfin, dans ce contexte, la position particulière de la Suisse devient compréhensible. D'une part, en tant que petit État entouré d'États membres de l'UE, la Suisse doit offrir aux personnes productives et créatrices de valeur des avantages géographiques plus attractifs que l'UE afin d'éviter un exode et un déclin économique. Autrement dit, le taux d'exploitation étatique doit être comparativement plus faible. C'est effectivement ce qui s'est produit jusqu'à présent : tandis que l'Allemagne, par exemple, perd des personnes productives, la Suisse connaît un afflux de personnes productives et contribuant positivement à l'impôt. Ce quota étatique relativement plus faible et l'avantage économique qui en découle ont permis à la Suisse, autrefois pauvre, d'atteindre un niveau de prospérité nettement supérieur à celui de tous les États membres voisins de l'UE. Cette concurrence est une épine dans le pied de l'UE, et Bruxelles tente donc de contraindre Berne à rejoindre l'Union par la carotte et le bâton. Pour la classe politique, ces opportunistes, l'adhésion promet en effet des avantages considérables : plus de pouvoir et de postes, plus de compétences, plus de possibilités de voyager, des relations plus lucratives et plus d'argent – ​​et ces dirigeants sont donc constamment tentés. Pour la Suisse dans son ensemble, en revanche, l'adhésion entraînerait une perte de prospérité notable, car en rejoignant l'UE, on renoncerait non seulement à son propre avantage géographique, mais il faudrait également subventionner financièrement la mauvaise gestion ailleurs.

Deuxièmement, la Suisse elle-même offre un exemple instructif de centralisation politique et de ses conséquences. La Suisse n'est pas seulement un petit État. Avec un grand nombre de cantons distincts, elle présente également un degré élevé de décentralisation interne. Cependant, ce degré élevé de décentralisation et la concurrence intercantonale qui l'accompagne, avec ses retombées économiques positives à l'échelle nationale, se sont progressivement amoindris. De plus en plus de pouvoirs cantonaux ont été accaparés par le gouvernement central. Et tandis que cela a conduit à une croissance constante de la superstructure étatique parasitaire à Berne, la concurrence intercantonale pour l'implantation d'entreprises a été progressivement restreinte par de nombreuses mesures d'harmonisation, de subventions et de prétendue égalisation financière. En substance, Berne mène la même politique interne que Bruxelles, à une échelle bien plus vaste. Et la même raison valable pour laquelle Berne a jusqu'à présent refusé d'adhérer à l'UE et de se soumettre à Bruxelles s'applique également à la relation entre le canton et le gouvernement central : un canton économiquement prospère n'a aucune raison valable de rejoindre un gouvernement central et de se soumettre inconditionnellement à ses ordres. Pourquoi, dès lors, la Suisse ne souhaiterait-elle pas, par souci de logique économique, rompre avec le pouvoir central ou recouvrer certaines compétences ? 

Si la petite taille et la décentralisation interne du pays sont des facteurs essentiels de sa prospérité et de sa puissance économique, la démocratie, directe ou indirecte, n’y est pour rien, contrairement à une idée reçue très répandue. Bien au contraire. 

La démocratie, c’est le pouvoir de la majorité, et donc une forme de socialisme ou de communisme. La propriété privée devient propriété collective. La majorité décide de ce qui m’appartient et de ce que je peux en faire. La démocratie légitime et promeut ce que le dixième commandement biblique interdit : l’envie et l’égalitarisme. Elle permet aux majorités de s'approprier et de s'enrichir sur les biens d'autrui, elle engendre la rancœur et crée une classe d'individus (les politiciens) qui consacrent leur temps à obtenir des majorités afin d'imposer diverses « mesures populaires » : expropriations et redistributions à leur propre profit et à celui de leurs partisans. Un environnement démocratique constitue donc toujours et partout un fardeau et une menace pour les propriétaires privés et, en particulier, pour tous les entrepreneurs productifs engagés dans l'activité privée. (Ceci n'est pas le cas uniquement si les membres, par exemple, d'une coopérative ou d'une association ont unanimement convenu d'une procédure de décision à la majorité concernant la gestion de leurs biens communs – et uniquement des leurs.) 

Mais la menace que représentent la démocratie et le principe majoritaire pour les propriétaires et les entrepreneurs économiques peut varier : elle est d'autant plus grande que la majorité décisive est importante, et inversement. Par conséquent, elle est moins dommageable au niveau local, villageois. Là, où tout le monde se connaît, il est difficile de trouver des majorités pour des mesures d'expropriation et de redistribution. À plus forte raison lorsque les partisans de telles mesures ne restent pas anonymes, mais doivent se montrer lors des votes publics. Car lorsqu'on rencontre régulièrement et qu'on est obligé de croiser le regard des personnes dont on veut s'approprier les biens, on hésite à exprimer publiquement ce désir. En revanche, plus la majorité est nombreuse et anonyme, et plus les victimes de ses décisions sont impersonnelles, plus les freins moraux à la convoitise des biens d'autrui s'estompent.

En réalité, la démocratie villageoise, où la majorité ne décide que des affaires locales, recourt généralement moins aux prélèvements obligatoires et aux mesures de redistribution que la démocratie urbaine. La démocratie cantonale, qui traite des questions cantonales et locales, est généralement plus « à gauche » – avec davantage de prélèvements, de dépenses et de mesures de redistribution – que la démocratie locale. Les grands cantons ont tendance à être plus à gauche que les petits. Et c’est de loin lors d’élections démocratiques générales et de décisions majoritaires affectant l’ensemble de la Suisse que l’imposition obligatoire et la redistribution de toutes sortes sont les plus importantes. Il arrive que les décisions des autorités démocratiques indirectes soient ainsi contrecarrées et annulées par référendum, par la démocratie directe, mais cela ne change rien à la tendance observée : l’expansion de la démocratie (par exemple avec l’introduction du suffrage féminin) s’accompagne d’un glissement croissant à gauche, voire à gauche écologiste, de l’ensemble du spectre politique. Il en résulte une hostilité progressive envers la propriété privée, un fardeau croissant pesant sur l’esprit d’entreprise et, inversement, une croissance constante de toute la superstructure étatique parasitaire. Certes, la Suisse accuse encore un retard notable par rapport aux États membres voisins de l'UE dans cette marche apparemment inexorable vers le socialisme. Mais là aussi, l'influence des forces politiques de gauche et écologistes qui alimentent cette marche n'a cessé de croître, comme en témoignent aisément les résultats de divers référendums. 

 Afin d'inverser cette tendance (si l'on souhaite le faire) et de renforcer la puissance économique suisse au lieu de l'affaiblir continuellement, il est donc urgent de s'abstenir de tout nouveau « renforcement de la démocratie » (mots clés : droit de vote pour les étrangers, abaissement de l'âge de vote), que ce soit indirectement ou directement. Le principe majoritaire est un principe socialiste qui favorise le socialisme. Il favorise également le centralisme politique. Car si une décision majoritaire, en tant que telle, jouit d'une dignité particulière, alors une majorité plus large (mot clé : UE) est évidemment encore plus digne qu'une majorité plus restreinte. Il convient plutôt de s'interroger sur le véritable secret de la réussite suisse, sa décentralisation interne, et de concentrer tous les efforts sur le transfert progressif des compétences et des pouvoirs, acquis démocratiquement par l'État central au fil du temps, aux différents cantons et localités. Et si, pour des raisons nostalgiques ou folkloriques, on ne peut renoncer totalement à la démocratie, il faut au moins la décentraliser : la démocratie cantonale et locale doit être renforcée face à la version centralisée et étatique, et à ses dépens.

Hans-Hermann Hoppe

Powered By Blogger