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septembre 18, 2026

À chaque flambée des prix à la pompe, l’État subventionne, creuse la dette, sans apaiser la colère

 Sommaire:

A) -  Carburants : cesser de subventionner le passé

B) -  Superprofits

C) -  Pic de Hubbert

D) -  Rupture de 1973

E) - Démocrature

F) -  Rapport de J.P Morgan

G) -  TotalEnergies encaisse 1,8 milliard de dollars de GIP sur ses infrastructures africaines

 

 

Ces 50 dernières années, tous les postes de dépense, ou presque, ont baissé.

 Ce qui plombe le reste à vivre, c'est le logement. Pourtant, l'État  consacre ~43 Md€ par an d’aides au logement, soit autant que... ce que rapporte la fiscalité sur les carburants. 43 Mds qui ne suffisent pas à compenser l'encadrement, l'organisation de la pénurie, l'inflation normative at la collectivisation forcée.

 Malgré l’explosion des prix à la pompe, le carburant pèse quasiment 2 fois moins lourd dans le budget des ménages modestes que dans les années 1970.

A) - Carburants : cesser de subventionner le passé 

À chaque flambée des prix à la pompe, l’État subventionne, creuse la dette, sans apaiser la colère. Le carburant, pourtant, pèse beaucoup moins sur nos budgets qu’autrefois. L’argent public devrait préparer l’après-pétrole, pas prolonger le passé.

 

La subvention réflexe

Pour la deuxième fois en un an, la guerre entre les États-Unis et l’Iran enflamme le prix du baril. Le détroit d’Ormuz, par lequel transite près d’un cinquième du pétrole mondial, se referme au rythme des frappes échangées entre Washington et Téhéran. Pour ne rien arranger, la semaine dernière, des drones lancés, selon Riyad, par une milice irakienne ont endommagé l’oléoduc Est-Ouest (Petroline), la principale voie par laquelle l’Arabie saoudite contournait Ormuz pour acheminer environ 4 millions de barils par jour, soit près de 4 % de l’offre mondiale, vers la mer Rouge. Sa fermeture a fait bondir le Brent au-delà de 108 dollars et menace, si les réparations traînent au-delà d’une semaine, de transformer la crise des prix en profonde tension d’approvisionnement, les stocks du port de Yanbu ne couvrant que cinq à sept jours d’exportation. En France, à l’heure d’écrire ces lignes, une station-service sur dix se retrouve à sec, et Total Energies finit par plafonner ses propres prix. Sans surprise, mais non sans contradiction, la réponse de l’État est celle qu’il répète à chaque crise depuis les années 1970. Une indemnité pour les « grands rouleurs » modestes, des aides ciblées pour les agriculteurs, les pêcheurs ou les transporteurs. De l’argent aussitôt promis, aussitôt emprunté, et qui ne suffit pourtant pas à calmer la grogne. Un soutien certes plein de bonnes intentions, mais qui représente pourtant l’une des dépenses les plus révélatrices de notre impuissance publique. Elle est modeste au regard du budget, mais reconduite à chaque crise, financée par l’emprunt et sans effet durable.
 
D’ailleurs, rapportée au salaire médian net, la dépense annuelle de carburant d’un automobiliste d’aujourd’hui n’a jamais été aussi faible, aussi contre-intuitive et provocatrice que puisse sembler cette affirmation. Les données de l’Insee et du service statistique du ministère de la Transition écologique sont sans appel. Ce poste absorbait 8,3 % du salaire médian en 1973, l’année du premier choc pétrolier, avant de refluer à 4,6 % en 2024. La flambée actuelle elle-même ne le ramène qu’aux environs de 5,9 %. En un demi-siècle, la charge réelle a donc fondu de moitié. Ce recul ne doit d’ailleurs rien au hasard. La mécanique n’a cessé de gagner en sobriété grâce aux progrès techniques concernant notamment l’aérodynamique, l’injection électronique ou l’hybridation, tandis que les carburants et les normes qui les encadrent ont également bénéficié de nombreuses innovations. Une voiture neuve se contente aujourd’hui d’environ 5 litres aux 100 kilomètres, quand la moyenne du parc en réclamait près de 9 au début des années 1990. Cette moyenne, il est vrai, recouvre des situations très inégales. L’artisan qui parcourt 140 kilomètres par jour dans un territoire sans transports est bien plus impacté que le citadin abonné au métro, et c’est précisément cette minorité fortement exposée que les aides visent. Mais l’idée d’un pays généralement asphyxié par le prix de l’essence ne résiste pas à l’examen des données.
 
 

La rigueur en paroles et la dépense en actes

Ce réflexe tient à une habitude ancienne, celle de convertir chaque secousse conjoncturelle en dette, sans jamais en mesurer les conséquences à terme. L’Observatoire français des conjonctures économiques l’a analysé.
Plus des deux tiers de la hausse du ratio d’endettement entre 2016 et 2023 s’expliquent par la seule succession des crises sanitaires, énergétiques puis inflationnistes. À chaque tempête, les vannes s’ouvrent, sans jamais réellement se refermer.
Le millésime 2026 ne déroge pas à la règle.
Près de 1,4 milliard d’euros sont déjà engagés pour amortir le choc, tandis que la seule remontée des taux (à 4,5 % pour l’OAT à 10 ansalourdit la charge de la dette d’environ 3,6 milliards et que le déficit public annuel a atteint 5,1 % du PIB (chiffre 2025), pour un total supérieur à 3 530 milliards d’euros (et pourrait frôler les 5,5 % cette année), soit le seuil critique de 118 % du PIB. L’État a eu, cette fois, la prudence d’écarter le bouclier tarifaire universel de 2022, faute d’en avoir les moyens. Il préfère cibler, sans pour autant cesser d’emprunter.
Une solution incapable de freiner les colères, tout en alimentant les contradictions dont se repaissent les populistes. Ceux qui, dans un même réflexe, fustigent la dérive de la dette et réclament davantage de chèques et de remises.
 
 
(Vous êtes au SMIC? L'Etat vous pompe près de 40% de vos revenus. Taux confiscatoire qui est déjà absolument scandaleux. Mais la folie fiscale ne s'arrête pas là. Chaque euro gagné après le SMIC, que ce soit à 1800 net ou 5000 net, est taxé à 70%. Un racket organisé.)

Le paradoxe fiscal

Pour comprendre l’attachement de l’État à cette fiscalité, il faut mesurer ce que le moteur thermique lui rapporte. La taxe sur les carburants a tout du prélèvement idéal, avec son assiette large, sa perception automatique et son produit dont on ne se passe pas du jour au lendemain. En 2025, selon la Cour des comptes, elle représente 37,2 milliards d’euros, dont 24,8 d’accise et 12,4 de TVA, et près de 43 % du prix payé à la pompe. L’administration a même fini par asseoir la TVA sur l’accise, cette taxe sur la taxe lui valant quelque 5 milliards supplémentaires. En y ajoutant le malus et la fiscalité des flottes, l’ensemble du parc thermique verse près de 50 milliards par an.
L’électrique renverse cette logique. Contrairement au carburant, il ne coûte pratiquement rien au budget de l’État.
Depuis juillet 2025, le bonus n’est plus financé par l’impôt. La prime à l’achat, comme le leasing social doté cette année de 401 millions d’euros, passe par les certificats d’économie d’énergie. Ce sont les fournisseurs et les distributeurs de carburant qui, tenus par la réglementation, en supportent la charge et la répercutent sur nos factures. Le thermique finance ainsi, à son insu, l’outil de son propre remplacement, sans que le déficit ni la dette en gardent la trace.
 

 
Le procédé n’est pas sans revers. Hors budget ne signifie pas gratuit. Ce financement reste un prélèvement supporté par tous les consommateurs d’énergie et soustrait au débat parlementaire. Quant à l’argent public, il n’a pas disparu, il s’est déplacé. Il ne subventionne plus l’achat mais une filière, à hauteur de 2,9 milliards pour les batteries et de 106 millions pour la seule usine de terres rares de Lacq. Une dépense sans doute bien plus vertueuse en faveur de l’avenir et non d’un répit.

L’accélération de l’électrification… Un choix à assumer

Aujourd’hui, nous importons 99 % des hydrocarbures que nous consommons, nous rendant hautement dépendants de la moindre tension géopolitique et de ses conséquences sur les prix à la pompe. Notre électricité, à l’inverse, est décarbonée, pilotable, produite sur le sol national. Le passage à l’électrique relève donc autant d’une vision écologique que de la sécurité d’approvisionnement. Le mouvement est d’ailleurs bien engagé, puisqu’en août 2026 l’électrique atteint déjà 38 % des voitures neuves vendues en France, quand le diesel s’effondre à 2,6 %.
 

 
Cette accélération porte cependant une contradiction à prendre en compte. En roulant à l’électrique, nous renforçons notre dépendance vis-à-vis de la Chine, qui contrôle plus de 80 % des cellules de batteries et l’essentiel du raffinage des terres rares. Substituer l’aimant chinois au baril du Golfe suppose l’idée gênante d’un changement de tutelle, mais peut-être moins soumise aux aléas réguliers de la géopolitique. D’autant que cette soumission pourrait se réduire si nous acceptons le prix de quelques choix forts, en France et en Europe.
L’un est technologique. Depuis 2012, Renault et Valeo produisent des moteurs à rotor bobiné, dépourvus d’aimants et donc de terres rares, dont la troisième génération équipera les modèles de la marque dès 2027. Quand 90 % du marché roule encore sur des aimants permanents, la France commence à offrir une réponse à la dépendance. Vient ensuite le recyclage. À Lacq, sur une ancienne plateforme gazière, doit s’ouvrir une usine capable de raffiner nos propres terres rares, avec des émissions inférieures de 60 % à celles des procédés chinois. Arrive enfin la question de l’extraction. Celle qui a le plus de conséquences environnementales et politiques et peut nourrir les crispations. Elle implique de rouvrir des mines et de tirer le lithium du sous-sol de l’Allier avant la fin de la décennie. La Suède emprunte désormais cette voie, au prix de dix années de procédures. Reste enfin la contrainte européenne.
L’Union s’est fixé pour 2030 d’extraire un dixième de ce qu’elle consomme, d’en raffiner deux cinquièmes et de ne plus dépendre d’un seul fournisseur au-delà de 65 %. Encore faudrait-il tenir ce cap, au moment où Bruxelles vient d’assouplir l’échéance de 2035 (sous la pression de l’Allemagne) vers le tout-électrique pour laisser le temps à ses constructeurs de rattraper leur funeste manque d’anticipation.

La menace du reniement…

Une dernière menace se profile, fiscale celle-là. La rente que le thermique verse au budget risque d’être asséchée par l’électrique à mesure qu’il progresse.
Un rapport remis au gouvernement en 2023 en donne l’ordre de grandeur, avec une dette publique alourdie de 13 points d’ici 2050, soit près de 390 milliards d’euros actuels.
La tentation de combler ce manque est déjà perceptible. L’électricité étant bien moins taxée que le carburant, il suffirait d’aligner les ponctions de l’une sur l’autre pour rétablir la recette perdue, ainsi que
le Royaume-Uni vient de le décider de manière partielle en instaurant une taxe kilométrique qui prendra effet en 2028. Il s’agirait pourtant, comme nous l’avons déjà écrit dans ces colonnes, d’un reniement exprimant une énième trahison de la parole politique au détriment de la transition écologique et des injonctions lancées à nos concitoyens pour s’y conformer. L’automobiliste encouragé dix ans durant à franchir le pas, qui a payé sa voiture plus cher qu’une thermique et a installé sa borne, apprend un matin que rouler propre lui coûte désormais autant que polluer. Effet boomerang garanti…

Le seul coût qui vaille

En définitive, si encore un endettement doit être consenti, mieux vaut qu’il finance les usines, les mines et les moteurs de demain et garantisse la stabilité fiscale de l’électricité, plutôt que de maintenir à flot un monde bientôt révolu…
 
 Benjamin Sire (@BenjaminSire) & Antoine Copra (@Cobra_FX_)

 
 
Commentaires:
 
 Il faudrait que vous donniez les paramètres du graphique. Si on prend le gazole (qui a certes augmenté un peu plus que le SP95 ces dernières années) la capacité d'en acheter 40l baisse régulièrement depuis 1990.
 

 

 Le prix du gazole. Le prix d'un plein de 40l, que ce soit ou en € courants en heures de SMIC, augmente régulièrement. L'intérêt de la France (réduire ses dépendances énergétiques) comme des classes populaires (amélioration de leur pouvoir d'achat) converge vers l'électrification 
 
@Cartemathien
 
 
 2 points a relever : 
 - quid d'une comparaison par rapport au revenu médian (smicardisation) 
- a quel point la baisse dans la part du revenu a été absorbée par la hausse du coût du logement
 
*
 

B) - Superprofits

 Les surprofits ou superprofits désignent généralement dans le débat public des profits des entreprises considérés comme non justifiés ou générés dans des circonstances exceptionnelles. Notion généralement utilisée par des étatistes ou des anticapitalistes, elle sert à « justifier » que ces profits mériteraient donc à ce titre une « surfiscalité ». La notion la plus proche en anglais est celle de windfall profits.  

Du danger de la notion de superprofits

L'usage de préfixes répulsifs, qu'on retrouve aussi dans le terme polémique d'ultralibéralisme, procède d'une tentative de discréditer le concept qui suit (le profit dans un cas, le libéralisme dans l'autre). Pourtant, à partir du moment où un profit est généré dans le respect des règles légales, il n' aucune raison d'être « surtaxé ». Pour reprendre une image utilisée régulièrement par les économistes, si les marchands de pelles à neige n'avaient pas la possibilité d'afficher des prix élevés quand frappe une tempête de neige, supporteraient-ils les coûts élevés de stockage des pelles en été, ou le « risque » de ne pas avoir de tempête de neige ? La stabilité des règles fiscales est un prérequis indispensable au bon fonctionnement d'une économie, dans laquelle les entrepreneurs cherchent à réaliser du profit en répondant aux besoins des consommateurs.

Par ailleurs, ce genre de surtaxes aboutit à une déresponsabilisation des entreprises bénéficiant ainsi de ces prix élevés. L'un des risques, avérés, est que les sociétés à qui une surtaxe serait imposée, ne tentent plus de prendre des mesures pour limiter l'impact de ces hausses de prix sur les consommateurs finaux. Ainsi, il est difficile d'imaginer un Total Énergies acceptant à la fois d'être taxé pour « surprofits » et de continuer à limiter volontairement le prix de vente de ses carburants[1]. Surtout, la taxation additionnelle se retrouve généralement facturée au client final, réelle victime de cette fiscalité additionnelle. A cet égard, la « taxe GAFAM » instaurée en France en 2019 en donne un exemple éclairant : Amazon a répercuté à l'euro l'euro la taxation dont il était victime sur les prix payés par le consommateur[2]. De manière proche, Meta (maison mère de Facebook) a réagi aux législations européennes l'empêchant de générer des revenus publicitaires en proposant des abonnements payants, au détriment final du consommateur, pénalisé une fois de plus par la législation en lieu et place de celui qui était visé[3].

Enfin, ces taxes sont généralement d'une complexité élevée, quasi impossible à mettre en œuvre. Alors que leurs effets pervers et décourageants sont certains, les rentrées fiscales liées à ces taxes sont généralement très faible en raison de cette complexité. Ainsi, seuls les profits français pourraient être taxés dans le cas d'une multinationale. Dans dans le cas d'une surtaxe sur l'énergie, seul le revenu français de Total Energies pourrait être taxé, représentant une base très faible. L'estimation par Bercy des recettes fiscales de cette sur-fiscalité en 2023 est de 200 millions €[4], soit 0,01% des dépenses publiques. Sans surprise, les taxes sur les superprofits essayées en France en 2022 et 2023 rapportèrent 40 fois moins que prévu[5].

Utilisation politique du terme de superprofits

Sans surprise, la défense de cette « surfiscalité » est un antienne classique à l'extrême gauche, que l'on retrouve chez Alternatives économiques[6],

Pourtant, révélateur des influences idéologiques réelles des gouvernements successifs en France, ce sont dans les partis de gouvernement que l'on retrouve aussi cette notion, comme dans le gouvernement d’Élisabeth Borne en 2022 - 2023, plus prompt à surtaxer les énergéticiens alors que les recettes fiscales sont à un plus haut historique[7], qu'à baisser les dépenses publiques.

Le surprofit en économie et en comptabilité

La notion de surprofit peut aussi parfois être utilisé en économie, en particulier pour désigner le profit tiré de situation de monopole ou d'oligopole, ou en comptabilité pour de l'évaluation d'actifs. Ces utilisations, rares dans le débat public, ne sont pas étudiées ici.

Notes et références

 
 
 
 

C) - Pic de Hubbert 

La théorie du pic de Hubbert postule que la production de pétrole d'une région donnée suit une distribution normale, à savoir en forme de cloche. Le pic de Hubbert désigne le sommet de cette courbe.

Cette théorie et l'alarmisme cultivé par ceux qui la soutiennent sont critiquables à de nombreux égards, en particulier car occultant tout progrès technique 

Présentation

Marion King Hubbert, géophysicien américain, a prédit en 1956, qu'un gisement de pétrole passe par un développement important, par un pic puis par une phase inéluctable de baisse rapide de la production. Sa courbe est connue sous le nom de courbe de Hubbert et le sommet comme pic de Hubbert.

Les mouvements politiques interventionnistes et particulièrement le mouvement écologiste s'appuient sur ce pic de Hubbert pour diffuser un alarmisme environnemental et nous faire croire que nous sommes à la veille d'une effroyable crise économique et politique.

Un concept faux

Si tant est que la distribution de la production suive effectivement une loi normale, savoir où se situerait le pic de production est quasi impossible. Le discours sur l'épuisement du pétrole est ainsi aussi vieux que l'utilisation industrielle de cette ressource naturelle : Cécile Philippe rapporte dans C'est trop tard pour la Terre une longue liste des prédictions non avérées :

« Les prévisions catastrophistes ou tout simplement pessimistes sont légion. Elles le sont depuis déjà longtemps puisque, dès 1914, le Bureau des mines aux États-Unis estimait que la production future de pétrole était limitée à 5,7 millions de barils, soit peut-être dix ans de consommation. En 1939, le département de l’Intérieur américain indique que les réserves ne dureront que treize ans ; en 1951, ce même département, division pétrole et gaz indique de nouveau que les réserves ne dureront que treize ans. »
« En 1972 est paru un livre qui allait devenir un best-seller et avoir une influence considérable : le rapport Meadows, Halte à la croissance. À l’en croire, le pétrole et bien d’autres ressources seraient épuisés avant 1992. Deux années plus tard, le célèbre Paul Ehrlich confirmait ces prévisions pessimistes, en affirmant que « l’âge de la rareté est arrivé et, avec lui, une meilleure vision du futur, révélant les années sombres à venir ». Même pronostic en 1987, avec l’annonce de l’épuisement du pétrole dans les années 1990. En 1992, la nouvelle édition de Halte à la croissance programmait la fin du pétrole pour 2031 et celle du gaz pour 2050. »

En outre, la baisse de la production n'a aucune raison d'avoir les conséquences apocalyptiques que nous décrivent les tenants de l'alarmisme écologique. Quand une ressource devient trop chère car sa production est trop limitée, le mécanisme des prix incite naturellement à l'utilisation d'autres ressources. En outre, le progrès technique permet d'exploiter des ressources inutilisées jusque-là, que ce soit d'autres formes de pétrole ou des ressources complètement nouvelles. De Thomas Malthus à William Stanley Jevons, les théoriciens qui nous annonçaient la catastrophe en raison du manque de ressources se sont toujours trompés. Jevons par exemple écrivait en 1865 dans The Coal Question que l'économie britannique allait vers sa fin en raison de l'épuisement du charbon : « Nous ne pouvons encore continuer longtemps à progresser au niveau actuel » ajoutait-il[1]. Comme pour Malthus ou Auguste et Léon Walras à propos des ressources agricoles, l'histoire lui donna tort. Les alarmistes de l'écologie contemporaine tombent dans la même erreur.

Citations

  • « Ce pic ne permet pas de décrire correctement la réalité. En effet ce pic n'est valide que dans un contexte où la technologie et les équipements restent inchangés. Or ces éléments n'ont cessé d'évoluer au cours des siècles derniers. » (Cécile Philippe, C'est trop tard pour la terre[2])
  • « L'âge de pierre ne s'est pas achevé faute de pierre, l'âge du pétrole ne s'achèvera pas faute de pétrole. » (Adage fréquent dans les milieux énergétiques, attribué à Sheikh Zaki Yamani, ministre saoudien du pétrole, en 2000[3] ainsi qu'à Thomas Friedman, Don Huberts ou d'autres)

Informations complémentaires

Notes et références

  1. William Stanley Jevons, The Coal Question, Londres:Macmillan, 1865
  2. Cécile Philippe, C'est trop tard pour la terre, JC Lattès, 2007, p.31
  3. "The Stone Age came to an end not for a lack of stones, and the Oil Age will end, but not for a lack of oil."

Voir aussi

Liens externes

B0.jpg Discussions sur le forum
Libéralisme Et Pic De Hubbert (for)
La Fin Du Pétrole, C'est Pour Très Bientôt (for)
Un Monde Sans Pétrole (for)



 
 
 

D) - Rupture de 1973 

 La rupture de 1973 désigne le changement de rythme de la croissance économique survenu dans les années 1970, par la suite des conséquences néfastes des politiques keynésiennes mises en place de façon de plus en plus forte dans la période précédente. Si on utilise généralement comme date clef 1973, la rupture n'est pas liée exclusivement ou essentiellement au choc pétrolier. Ainsi, la situation se dégrade dès 1969 où les premiers signes d'un ralentissement conjoncturel commencent à se manifester.  

Présentation

On ne peut comprendre la rupture de 1973 qu'au regard de la période antérieure. Jean Fourastié nomme les Trente Glorieuses cette période de croissance exceptionnelle des économies développées au cours de la période 1946-1973. En effet, ces années sont caractérisées par un taux de croissance moyenne du produit intérieur brut de 5 % par an, une situation de quasi plein emploi et une augmentation permanente des niveaux de vie (la consommation des agents a triplé en francs constants). Cette prospérité s'observe dans tous les pays européens, de sorte qu'expliquer ces résultats par des causes nationales n'est pas pertinent. La croissance a en particulier touché les pays qui avaient souffert de la Seconde Guerre mondiale par un effet de rattrapage. Il convient en outre de signaler le rôle décisif joué par les États-Unis avec le plan Marshall, et les accords du GATT qui permettent une expansion considérable du commerce international et un retour profitable à tous du libre-échange.

Parallèlement le système de Bretton-Woods prévoyait un système monétaire qui reposait sur la convertibilité des monnaies en or et en dollar, faisant ainsi du dollar la devise clé, et ce depuis 1945. Or, la cause de cette rupture de 1973 a été le détachement du dollar par rapport à l'or, qui s'est produit en 1971. Peut-être que la véritable rupture s'est produite en 1971, parce que le détachement du dollar par rapport à l'or a été la cause de production de liquidités, d'une part, et des surendettements des États-Unis, d'abord, puis ensuite des autres États (comme une origine de la Crise financière de 2007-2008), d'autre part. Or, ce surplus de liquidités a entraîné une raréfaction relative du pétrole, et donc une hausse de son prix, puisque indicé en dollar. Ce qui a été une des causes du premier choc pétrolier, précisément, en 1973.

Il faut également remarquer que l'évolution démographique a été particulièrement favorable à une croissance harmonieuse. En effet, le nombre de personnes âgées était limité du fait des progrès encore trop faibles de la science. La surmortalité des deux guerres mondiales s'est ajoutée à ce contexte de disparition de ces personnes âgées. En même temps, les jeunes adultes aptes à produire, et les enfants qui consomment sont exceptionnellement nombreux à cause du phénomène du baby-boom, survenu après 1945.

Les conséquences inéluctables des politiques keynésiennes

Les politiques keynésiennes ont dévoilé progressivement toutes leurs conséquences négatives. Essentielle pour la rupture des années 1970 est l'analyse faite dans les années 1960 par Edmund Phelps et Milton Friedman, deux Prix Nobel d'économie. Les keynésiens ont cru longtemps pouvoir échanger emploi contre inflation avec la courbe de Phillips. Friedman en particulier expliqua pourquoi cet échange pouvait fonctionner temporairement, grâce à l'illusion monétaire : cette illusion monétaire est le comportement par lequel un agent économique confond une variation du niveau général des prix avec une variation des prix relatifs. Un agent est, par exemple, victime d'illusion monétaire s'il pense que seul son salaire a augmenté (variation d'un prix relatif) en cas de hausse générale des prix, c'est-à-dire d'inflation. Par exemple, quand les prix augmentent de 5 % alors que son salaire a augmenté de 3 %.

Quand les individus se rendent compte de cette illusion, ils demandent des hausses supérieures, nourrissant une spirale inflationniste avec une hausse du chômage, comme le montra la stagflation des années 1970.

L'explication en terme de rigidités

Après la Seconde Guerre mondiale, les pays développés décident de mettre en place des systèmes de monopole de Sécurité sociale, comme, en France, le système Laroque (sous le régime de Vichy) et en Grande-Bretagne, le plan Beveridge. Or, ces plans ont de nombreux effets pervers si l'on adopte une analyse en termes de ce qui se voit et ce qui ne se voit pas inaugurée par l'économiste français Frédéric Bastiat. Ainsi, le développement des corps intermédiaires (syndicats, organisations patronales...) a favorisé une allocation inefficace des ressources, en figeant les prix à des niveaux non optimaux. Aujourd'hui, on constate que ce sont principalement les pays ayant choisi la voie de la flexibilité (États-Unis et Grande-Bretagne) qui disposent de la situation économique la plus favorable pour les plus faibles. Parallèlement, en accordant des avantages aux chômeurs, les pouvoirs publics sont accusés de créer un « piège de la dépendance », d'être en quelque sorte à l'origine de la pauvreté. Dans ce sens, l'État crée ou amplifie le problème qu'il veut justement combattre.

Voir aussi

 

  

E) - Démocrature

 La démocrature est un concept politique utilisé pour caractériser un régime qui combine une démocratie de façade et des traits de l'autoritarisme voire de la dictature. Il décrit une forme de gouvernement où les institutions démocratiques existent en théorie, mais sont souvent manipulées ou contournées pour maintenir le pouvoir par une élite politique ou militaire. Il s'agit d'une forme de gouvernement qui présente un vernis de démocratie mais qui, en réalité, fonctionne de manière autoritaire. 

Étymologie de démocrature

Le mot démocrature est un mot-valise construit en réunissant les mots démocratie et dictature. On peut aussi parler de démocratie totalitaire, terme proche.

Le terme est utilisé dans de nombreuses autres langues où il est possible de réunir ainsi les terme en un mot-valise. En italien on parle ainsi usuellement de democratura (democrazia et dittatura).

En anglais, on parle de Potemkin Democracies ou démocraties Potemkine, en référence au fameux village russe de propagande aux façades en trompe-l'œil. La démocratie n'est que de façade. De manière très rare, on peut voir aussi le terme de democraship qui réunit democracy et dictatorship.

Exemples de démocratures

Au vu de l'usage polémique du terme, la classification d'un régime comme démocrature est toujours sujet à interprétation. Néanmoins, on range classiquement des pays actuels comme la Russie de Vladimir Poutine, ou de nombreux pays d'Afrique comme l'Algérie, l’Égypte ou la Turquie. On parle dans chacun de ces cas de démocraties sur le papier, mais pas en pratique, avec des régimes autoritaires.

L'Amérique latine est une autre zone géographique aux nombreuses démocratures dans l'histoire. Aujourd'hui, on peut notoirement penser au cas du Venezuela[1].

L'Iran, théocratie et démocratie de façade, peut aussi être considéré comme une démocrature[2].

Définition de la démocrature

La démocrature est souvent caractérisée par une utilisation sélective des principes démocratiques pour maintenir le pouvoir politique. Bien que les pays puissent organiser des élections et avoir des institutions démocratiques en place, ces systèmes peuvent être entravés par la corruption, le népotisme et la manipulation des élections. En conséquence, la participation citoyenne est généralement très limitée en pratique (e.g. 59% d'abstention en Iran[3], 52% en Algérie en 2024[4] et la responsabilité des élus devant leurs électeurs proche de zéro, compromettant ainsi la qualité de la gouvernance. Dans une démocrature, les élections peuvent avoir lieu, mais elles sont souvent biaisées en faveur du parti au pouvoir, et les droits civils et politiques des citoyens sont généralement fortement restreints.

Les dirigeants des démocratures peuvent recourir à diverses stratégies antidémocratiques pour maintenir leur emprise sur le pouvoir. Cela peut inclure la répression de l'opposition politique, la manipulation des médias et de l'information, ainsi que des réformes constitutionnelles opportunistes visant à étendre les mandats présidentiels ou à affaiblir les contrepoids institutionnels. Ces tactiques sapent les fondements de la démocratie en empêchant la concurrence politique équitable et en limitant la participation citoyenne. On peut identifier fréquemment la division de la population (diviser pour mieux régner) et la construction d'ennemis plus ou moins fictifs pour souder la population (les États-Unis, Israël ou les Juifs, etc.).

L'état de droit, composante essentielle d'une démocratie libérale, n'est pas respecté dans une démocrature.

Les démocratures ne subsistent généralement que par la présence de rentes (pétrole et autres ressources naturelles comme en Russie, en Algérie ou au Venezuela), et/ou l'appauvrissement généralisé.

Émergence et histoire des démocratures dans le monde

L'émergence des démocratures dans le monde est souvent liée à des contextes politiques, sociaux et économiques spécifiques dans différents pays. On peut mentionner un certain nombre de facteurs ; Après la Seconde Guerre mondiale, de nombreux pays anciennement colonisés ont accédé à l'indépendance. Dans de nombreux cas, cela a conduit à l'établissement de régimes démocratiques, mais certains pays ont rapidement basculé vers des régimes autoritaires, souvent dirigés par des leaders militaires ou des partis politiques autoritaires.

Pendant la Guerre froide, les superpuissances, notamment les États-Unis et l'Union soviétique, ont souvent soutenu des régimes autoritaires dans le cadre de leur rivalité géopolitique. Cela a entraîné le maintien au pouvoir de dirigeants autoritaires dans de nombreux pays, sous prétexte de défense du communisme (Cuba, Algérie, etc.) ou à l'inverse de lutte contre le communisme.

Dans de nombreuses régions du monde, l'instabilité politique, les conflits internes et les coups d'État[5] ont été des facteurs majeurs favorisant l'émergence de démocratures. Les putschistes prennent souvent le contrôle de l'État en promettant de restaurer l'ordre et la stabilité, mais ils finissent par maintenir leur emprise sur le pouvoir de manière autoritaire.

Exemples de dérives vers la démocrature

Alpha Condé, président de la Guinée, a suscité une controverse majeure en 2020 en modifiant la constitution pour lui permettre de briguer un troisième mandat présidentiel. Cette modification constitutionnelle a été largement critiquée comme étant antidémocratique, car elle lui permettait de prolonger son règne au mépris des limites de mandat établies. De plus, les élections qui ont suivi ont été entachées d'irrégularités et de violence, compromettant ainsi leur légitimité. En outre, le régime d'Alpha Condé a été accusé de réprimer violemment l'opposition politique et les manifestants qui s'opposaient à sa réélection, mettant en péril les libertés civiles et politiques dans le pays.

Ibrahim Boubacar Keïta, président du Mali, a été confronté à une crise politique majeure en 2020 suite à des accusations de fraude électorale lors des élections législatives. Les manifestations de masse qui ont suivi ont conduit à une intensification des tensions politiques et sociales, mettant en péril la stabilité du pays. La gestion de la crise par le gouvernement de Keïta a été critiquée pour son manque de transparence et son recours excessif à la force contre les manifestants. En conséquence, Keïta a finalement été renversé lors d'un coup d'État militaire en août 2020, illustrant la perte de légitimité de son gouvernement et les défis persistants de la démocratie au Mali.

Au Soudan, malgré une transition démocratique fragile après le renversement du président Omar al-Bashir en 2019, le pays a été confronté à une répression militaire continue. En octobre 2021, un coup d'État militaire a renversé le gouvernement de transition civil et a rétabli un régime militaire au pouvoir. Cette action a été largement condamnée par la communauté internationale et a entraîné des manifestations de masse à travers le pays. Malgré les promesses de retour à la démocratie, le régime militaire a continué à réprimer violemment les protestations et à restreindre les libertés civiles, illustrant les défis persistants de la gouvernance démocratique au Soudan.

Les limites de la démocrature sur le développement : le contre-exemple du Rwanda

Les limites de la démocrature sont évidentes dans plusieurs contextes, notamment en ce qui concerne le respect des libertés civiles, la participation politique équitable et la reddition de comptes des élus à leurs électeurs. Cependant, le contre-exemple du Rwanda offre une perspective intéressante sur la manière dont une gouvernance autoritaire peut parfois conduire à des résultats économiques et sociaux positifs, bien que cela soit souvent au détriment des libertés individuelles.

Le Rwanda, dirigé par le président Paul Kagame depuis la fin du génocide en 1994, est souvent cité comme un exemple de développement économique rapide et de stabilité politique sous un régime autoritaire. Kagame et son parti, le Front patriotique rwandais (FPR), ont réussi à consolider leur pouvoir et à maintenir une stabilité relative dans le pays après une période de chaos et de violence.

Sur le plan économique, le Rwanda a enregistré une croissance économique soutenue au cours des dernières décennies. Le gouvernement a mis en œuvre des politiques favorables aux investissements, encouragé le développement des secteurs technologiques et de l'industrie, et attiré des partenariats internationaux pour stimuler la croissance économique. Cette approche a permis au Rwanda de devenir l'une des économies à la croissance la plus rapide en Afrique.

De plus, le gouvernement de Kagame a mis en œuvre des programmes de développement social ambitieux, notamment dans les domaines de l'éducation, de la santé et de l'infrastructure. Ces initiatives ont permis d'améliorer les indicateurs sociaux et de réduire la pauvreté dans une certaine mesure.

Cependant, malgré ces réalisations économiques et sociales, le Rwanda sous Kagame a été critiqué pour son manque de liberté politique et de respect des droits de l'homme. Les opposants politiques sont souvent réprimés, la liberté d'expression est limitée et les médias sont largement contrôlés par le gouvernement. De plus, les élections au Rwanda sont souvent considérées comme peu compétitives, avec des allégations de fraude électorale et d'intimidation.

Notes et références

Voir aussi

 

 

 F) -  Rapport de J.P Morgan

 Tout le monde parle de ce rapport de J.P Morgan en ce moment. 

 Il a été publié hier. Et il est d'une honnêteté rare. Dans un monde ou tout le monde s'essaye à la prospective, J.P Morgan vient d'admettre que dans le contexte actuel, ils ne sont tout simplement plus en mesure de donner une "guidance" fiable. 


 

 Pour le lecteur pressé, que dit le rapport en substance ?  

Qu'ils n’ont plus de scénario central : ils ne savent plus modéliser l’issue du conflit avec l’Iran.  

Que les anciennes “lignes rouges” ont sauté : pétrole au-delà de 100 $, inflation élevée et Treasury US 10 ans désormais au-dessus de 5 %.  

Essence US : 4,37 $/gallon, à un record corrigé des variations saisonnières.  

Diesel : 6,31 $/gallon, record historique, alors que l’hiver et le pic saisonnier de demande approchent.  

 Stocks de diesel au plus bas historique, ce qui réduit fortement le coussin disponible en cas de nouvelle perturbation.  

Nouveaux risques logistiques au Moyen-Orient : mer Rouge/Bab-el-Mandeb sous pression et oléoduc Est-Ouest saoudien temporairement interrompu après une attaque. La Russie ajoute un deuxième foyer de risque énergétique : nouvelles frappes ukrainiennes contre plusieurs raffineries russes.  

 Et surtout : aucun signal clair de désescalade venant des États-Unis ou de l’Iran. Le 24 septembre est une date clé : elle marquera la rencontre entre Trump Xi Jinping à Washington, ce qui pourrait éventuellement créer une ouverture diplomatique. 

 Néanmoins, la conclusion implicite de J.P. Morgan c'est que plus le conflit dure, moins l’hypothèse d'une perturbation temporaire de l'offre pétrolière est crédible. RIP à tous ceux qui pariaient sur une désescalade... Winter is coming.

Une étude récente de J.P. Morgan Asset Management chiffre à 394 milliards d'euros le manque à gagner des épargnants français en raison d'un placement massif sur les livrets réglementés plutôt que sur les marchés d'actions. [1]
Les points clés de l'étude
  • Le calcul : L'analyse compare la performance des dépôts placés sur des livrets sécurisés (comme le Livret A) à celle qu'ils auraient obtenue sur un portefeuille d'actions sur la période 2020-2025. [1]
  • La critique : De nombreux observateurs estiment ce manque à gagner théorique, car ces fonds garantis répondent d'abord à un besoin de liquidité et de sécurité à court terme. [1]
  • La réalité des coûts : La simulation ne prend pas en compte la fiscalité ni les frais de gestion des actions, contrairement aux intérêts exonérés du Livret A. [1]
Si vous le souhaitez, je peux vous détailler :
  • Les différents types de placements alternatifs en France
  • Les risques réels d'un investissement en actions

 

J.P. Morgan AM chiffre à 394 milliards le manque à gagner des épargnants français

J.P. Morgan AM chiffre à 394 milliards d'euros l'écart entre l'épargne des Français placée sur des livrets depuis 2020 et la même somme investie en actions mondiales. Le calcul applique un multiple de six ans à la totalité des flux, y compris aux dépôts les plus récents.

 

P. Morgan Asset Management, la filiale de gestion d'actifs de la banque américaine, a publié le 16 septembre 2026 une étude intitulée « De l'épargnant à l'investisseur : une opportunité pour la France », réalisée avec l'institut de sondage Opinium auprès de 2 000 personnes. Elle chiffre à 394 milliards d'euros l'écart de valorisation accumulé depuis 2020 entre l'épargne des ménages français déposée sur des livrets et la même somme investie sur les marchés actions mondiaux.

Le chiffre a circulé toute la semaine dans la presse patrimoniale française. Sa méthode de calcul, en revanche, n'a guère été détaillée. Les comptes financiers de la Banque de France et les comptes nationaux de l'INSEE (Institut national de la statistique et des études économiques) permettent de la reconstituer et d'en préciser la portée.

Un écart calculé sur six ans de flux

Le calcul part de 475 milliards d'euros déposés par les ménages français sur des comptes et des livrets depuis le début de 2020. Cette somme atteignait 527 milliards d'euros fin 2025 au taux du Livret A (le livret réglementé, exonéré d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux, dont l'État fixe le taux), contre 921 milliards d'euros si elle avait été placée sur les actions mondiales. La différence donne les 394 milliards.

L'étude publie aussi la version unitaire de sa simulation. Cent euros placés sur un Livret A début 2020 valaient 111 euros fin 2025 en nominal, et 96 euros une fois l'inflation déduite. Les mêmes 100 euros investis sur les marchés actions internationaux atteignaient 194 euros en nominal et 168 euros en pouvoir d'achat. La Tribune a identifié l'indice de référence retenu comme le MSCI ACWI, qui rassemble les grandes et moyennes capitalisations des marchés développés et émergents.

Le même multiple appliqué à toutes les sommes

Les deux séries publiées reposent sur un seul et même coefficient. Diviser 921 par 475 donne 1,94, soit exactement le rapport entre les 194 euros et les 100 euros de l'exemple unitaire. Le rapport 527 sur 475 donne 1,11, celui du volet Livret A. La performance de six années pleines a donc été appliquée à la totalité des 475 milliards d'euros.

Cette convention élargit mécaniquement l'écart affiché. Les dépôts se sont accumulés trimestre après trimestre entre 2020 et 2025 : un euro versé en 2024 n'a pas pu capitaliser six ans de hausse boursière. L'étude ne publie pas de variante pondérée par la date d'entrée des fonds, qui donnerait un écart sensiblement inférieur. Le résultat vaut comme ordre de grandeur.

Comment se répartit le patrimoine financier des ménages ?

Les comptes financiers de la Banque de France offrent une photographie indépendante de l'enquête. Au premier trimestre 2026, les principaux placements financiers des ménages français atteignaient 6 551,3 milliards d'euros. Les produits de taux en représentaient 3 922,3 milliards, dont 1 572,7 milliards d'assurance vie et d'épargne retraite en euros, 938,8 milliards d'épargne réglementée et 769,9 milliards de numéraire et de dépôts à vue.

Les actions cotées détenues en direct pesaient 269,8 milliards d'euros, soit 4,1 % de ce total. En y ajoutant les actions logées dans des organismes de placement collectif (194,5 milliards), la part atteint 7,1 %. L'étude de J.P. Morgan AM retient pour sa part 10 % pour les actions et 48 % pour les supports à faible rendement, sur un périmètre qu'elle ne détaille pas. Rapportée aux séries de l'institution monétaire, la poche liquide et garantie (dépôts à vue, livrets et fonds en euros) pèse 56,5 % des placements recensés.

La réallocation a déjà commencé

Les mêmes séries montrent un mouvement engagé avant la publication de l'étude. Au premier trimestre 2026, les flux de placements financiers des ménages sont remontés à 32,0 milliards d'euros, après 26,1 milliards au trimestre précédent. Les produits de fonds propres en ont capté 18,2 milliards, contre 5,7 milliards au quatrième trimestre 2025.

Le détail confirme la bascule. Les actions cotées ont enregistré une collecte de 2,5 milliards d'euros après un retrait de 3,0 milliards. L'assurance vie en unités de compte (les supports adossés aux marchés, sans garantie du capital) a drainé 11,3 milliards, puis 13,0 milliards au deuxième trimestre selon les données provisoires de la banque centrale. L'épargne réglementée a subi dans le même temps une décollecte de 10,4 milliards au premier trimestre et de 3,6 milliards au deuxième.

Trois objections opposées au chiffrage

  • Le manque à gagner reste théorique. La Tribune rappelle que les 394 milliards mesurent un écart de valorisation simulé, et qu'aucun ménage n'a encaissé cette perte.
  • Les 475 milliards répondaient à un autre objectif. Ces sommes ont été déposées sur des supports liquides et garantis pour des besoins de trésorerie et de sécurité. Les comparer à un portefeuille actions revient à changer d'horizon de placement après coup.
  • Les coûts sont absents de la simulation. Le calcul ne retranche ni les frais de gestion des supports actions, ni la fiscalité applicable aux plus-values, alors que les intérêts du Livret A échappent à l'impôt.

« Les Français ont une forte capacité d'épargne, mais une part importante de leur patrimoine reste placée sur des supports liquides ou à faible rendement. Notre étude montre surtout un décalage entre leurs objectifs de long terme et la manière dont cette épargne est aujourd'hui investie. Le chiffre de 394 milliards d'euros illustre l'écart de valorisation qui s'est créé depuis 2020 entre une épargne placée sur un Livret A et un investissement sur les marchés actions mondiaux. L'enjeu n'est évidemment pas de remettre en cause l'épargne de précaution, mais d'aider les épargnants à mieux diversifier leur patrimoine et à faire travailler davantage leur épargne de long terme, notamment pour préparer leur retraite »

Lilia Peytavin, stratégiste des marchés mondiaux chez J.P. Morgan Asset Management

Combien rapporte la poche garantie ?

Le Livret A rémunère à 1,7 % depuis le 1er août 2025, taux confirmé au 1er août 2026 et rappelé par Service Public. Les prix à la consommation ont progressé de 2,4 % sur un an en août 2026, selon les résultats définitifs publiés par l'INSEE le 15 septembre. L'écart, de l'ordre de 0,7 point, érode le pouvoir d'achat du capital déposé, dans la continuité des six années couvertes par l'étude.

Le taux d'épargne des ménages français figure toujours parmi les plus élevés du continent. L'INSEE l'a mesuré à 17,2 % du revenu disponible brut au deuxième trimestre 2026, après 17,9 % au trimestre précédent et 17,8 % en moyenne sur 2025. Eurostat, l'office statistique de l'Union européenne, situe la zone euro à 14,3 % au premier trimestre 2026. L'étude retient 18 % pour la France et 15 % pour l'Europe, des ordres de grandeur un cran au-dessus des dernières publications officielles.

L'enquête d'opinion éclaire les freins. Interrogés sur le placement le plus performant à long terme, 26 % des Français citent les comptes et les livrets d'épargne, et 12 % les actions. Près d'un tiers évoquent la peur de perdre de l'argent comme premier obstacle, et 42 % déclarent n'y avoir jamais pensé ou ne pas savoir comment procéder. Hors épargne de précaution, 35 % des sondés conservent l'essentiel de leur épargne de moyen et long terme sur des comptes ou des livrets, contre 15 % en actions.

Les prochains rendez-vous

La Banque de France publiera les comptes définitifs du deuxième trimestre 2026, qui diront si le reflux de l'épargne réglementée se poursuit et si la collecte en unités de compte tient son rythme. L'INSEE livrera les comptes nationaux du troisième trimestre le 27 novembre 2026, avec un nouveau point sur le taux d'épargne. Le débat budgétaire de l'automne, qui porte notamment sur la fiscalité des produits d'épargne, pèsera sur les arbitrages des ménages dans les mois qui viennent.

Sources

 

Emmanuel d'Ibelin

Rédacteur en chef, France Épargne

Emmanuel d'Ibelin dirige la rédaction de France Épargne. Juriste de formation, titulaire d'un master de droit des affaires, il analyse au quotidien les annonces des banques centrales, les évolutions réglementaires et les opportunités d'investissement pour les épargnants français.

 https://www.france-epargne.fr/news/jp-morgan-am-chiffre-a-394-milliards-le-manque-a-gagner-des-epargnants-francais

  


 

Total-Energies encaisse 1,8 milliard de dollars de GIP sur ses infrastructures africaines

 TotalEnergies reçoit 1,8 milliard de dollars de Global Infrastructure Partners, la plateforme d'infrastructures de BlackRock, et lui versera en retour une redevance indexée sur les volumes transitant dans certains actifs africains pendant quinze ans au maximum. 

Total-Energies a annoncé vendredi 18 septembre 2026 la signature d'un accord de partenariat avec Global Infrastructure Partners (GIP), la plateforme de gestion d'infrastructures non cotées du groupe américain BlackRock, portant sur des actifs pétroliers et gaziers situés en Afrique. Le fonds apporte 1,8 milliard de dollars, soit environ 1,57 milliard d'euros au cours de référence de la Banque centrale européenne du 17 septembre 2026 (1,1481 dollar pour un euro). En contrepartie, la compagnie française lui versera une redevance calculée sur les volumes qui transiteront par ces installations, sur une durée pouvant atteindre quinze ans.

Le communiqué, diffusé depuis Paris par Business Wire, tient en quelques lignes. « En contrepartie d'un apport en capital de 1,8 milliard de dollars, TotalEnergies versera à GIP une rémunération en fonction des volumes transitant dans ces infrastructures sur une période pouvant aller jusqu'à 15 ans », indique le texte. Jean-Pierre Sbraire, directeur financier du groupe, y est cité en ces termes : « Nous sommes satisfaits de renforcer notre relation avec GIP à travers cet accord portant sur des infrastructures énergétiques, qui permet de cristalliser la valeur de certains de nos actifs d'infrastructure en Afrique. »

Comment fonctionne le montage

Le midstream regroupe les installations situées entre les champs de production et les clients finaux : oléoducs, gazoducs, terminaux de chargement, unités de traitement et de stockage. Ces actifs facturent un droit de passage aux volumes qu'ils acheminent, ce qui leur confère des revenus plus réguliers que ceux de la production elle-même, moins directement exposés au prix du baril. Cette caractéristique en fait une cible privilégiée des fonds d'infrastructures.

Le mécanisme retenu s'apparente au tolling, un contrat par lequel un tiers finance une installation et se rémunère ensuite sur les volumes qui y transitent. TotalEnergies encaisse la totalité des 1,8 milliard de dollars dès la conclusion de l'accord et en supportera la contrepartie sur les quinze années suivantes. La compagnie conserve l'exploitation des installations ainsi que la production et les réserves qui leur sont raccordées, puisque aucun actif de production ne figure dans le périmètre décrit par le communiqué.

Le groupe n'a pas précisé quelles installations sont concernées, comme l'a relevé Bloomberg vendredi matin. Le montant annuel de la redevance, sa formule de calcul et le traitement comptable de l'opération n'ont pas davantage été communiqués.

L'Afrique pèse 17 % de la production du groupe

Le continent africain a fourni 414 kbep/j (milliers de barils équivalent pétrole par jour) au deuxième trimestre 2026, sur une production totale de 2 395 kbep/j, d'après le communiqué de résultats publié le 23 juillet 2026. La part africaine ressort ainsi à 17 % du volume produit par la compagnie. La composante gazière progresse nettement : 663 millions de pieds cubes par jour sur le premier semestre, en hausse de 16 % sur un an.

Ce poids s'est renforcé au fil du trimestre écoulé. TotalEnergies a chiffré à environ 210 kbep/j ses pertes de production moyennes au Moyen-Orient entre avril et juin, et a fait état de difficultés d'accès au détroit d'Ormuz. La zone Moyen-Orient et Afrique du Nord est revenue à 671 kbep/j, contre 850 kbep/j un an plus tôt. À mesure que cette région recule, les barils et les mètres cubes acheminés par les infrastructures africaines gagnent en importance relative dans le portefeuille.

Un désendettement déjà bien engagé

L'apport de GIP intervient sur un bilan qui se redresse vite. La dette nette du groupe est revenue à 19,7 milliards de dollars au 30 juin 2026, contre 23,0 milliards trois mois plus tôt et 25,9 milliards un an auparavant. Le ratio d'endettement (dette nette hors contrats de location rapportée à la somme des capitaux propres et de cette même dette nette) s'établissait à 13,1 % à fin juin, en amélioration de 2,4 points sur le trimestre, après 17,9 % au 30 juin 2025.

La trésorerie dégagée par l'activité explique ce mouvement : 9,8 milliards de dollars de marge brute d'autofinancement au deuxième trimestre, pour un résultat net ajusté de 6,0 milliards et un EBITDA ajusté de 13,2 milliards. Les investissements nets se sont élevés à 3,4 milliards sur le trimestre et 7,9 milliards sur le semestre, la compagnie confirmant une enveloppe annuelle de 15 milliards de dollars.

Rapportée aux cessions du premier semestre, qui ont totalisé 1 952 millions de dollars, l'opération annoncée vendredi équivaut à 92 % de tout ce que le groupe a désinvesti entre janvier et juin. Un seul accord apporte donc autant de liquidités que six mois de rotation d'actifs.

GIP, la plateforme d'infrastructures de BlackRock

BlackRock gérait 15 345 milliards de dollars d'encours au 30 juin 2026, dont 329 milliards logés dans les actifs non cotés, selon son communiqué de résultats du 15 juillet 2026. La poche infrastructures, qui abrite GIP, atteignait 113,5 milliards de dollars à cette même date, après une collecte nette de 5,2 milliards sur le seul deuxième trimestre. Ce compartiment constitue l'un des moteurs de croissance revendiqués par le gestionnaire américain.

Les deux groupes travaillent ensemble depuis plusieurs années. En mai 2022, TotalEnergies avait racheté la moitié de la participation de GIP dans Clearway Energy Group, développeur américain d'énergies renouvelables, contre 1,60 milliard de dollars en numéraire et environ 50 % de la filiale qui portait ses 51 % de SunPower. En septembre 2025, les deux partenaires ont pris avec NextDecade la décision finale d'investissement sur le quatrième train de liquéfaction du terminal Rio Grande LNG, au Texas, d'une capacité d'environ 6 millions de tonnes par an.

Quel impact pour l'actionnaire individuel ?

TotalEnergies figure parmi les toutes premières capitalisations de la place de Paris, à 177 milliards d'euros. L'action cédait 1,2 % à 78,71 euros vendredi en fin de matinée, un repli qui accompagne celui des cours pétroliers plutôt qu'il ne sanctionne l'accord : le baril de Brent s'échangeait autour de 98 dollars au même moment, en recul pour la troisième séance consécutive selon CNBC, les opérateurs tablant sur une restauration des flux saoudiens.

Pour l'épargnant qui détient le titre en direct ou via une unité de compte d'assurance vie, l'enjeu porte sur le financement du retour à l'actionnaire. Le conseil d'administration a fixé le deuxième acompte sur dividende 2026 à 0,90 euro par action, en progression de 5,9 % sur un an, et autorisé jusqu'à 1,5 milliard de dollars de rachats d'actions au troisième trimestre. Le prochain détachement est prévu le 30 septembre 2026, pour un rendement de 4,57 % sur la base d'un dividende annuel de 3,60 euros, selon les données de stockanalysis.com. Une entrée de 1,8 milliard de dollars sécurise d'autant cette politique de distribution sans céder un seul baril de production.

L'accord éclaire par ailleurs la place prise par les fonds d'infrastructures dans le financement des grands groupes cotés. Ces véhicules, longtemps réservés aux investisseurs institutionnels, apparaissent désormais dans certaines unités de compte spécialisées proposées aux particuliers français. Un épargnant se retrouve alors exposé des deux côtés de la table : à l'actionnaire TotalEnergies d'un côté, au bailleur de fonds de l'autre.

Les points de vigilance

Le contrat transfère à GIP un flux de revenus et laisse l'aléa d'exploitation chez TotalEnergies. La redevance étant assise sur les volumes transitant dans les installations, le groupe paiera davantage si le trafic augmente et moins s'il diminue, ce qui lie mécaniquement la charge à la performance opérationnelle de ses champs africains sur une période longue.

Trois informations manquent aujourd'hui pour apprécier pleinement l'opération : la liste des installations couvertes, le barème de la redevance et la manière dont l'apport sera enregistré dans les comptes consolidés. La distinction entre un produit de cession et un financement adossé change la lecture du bilan. La publication des résultats du troisième trimestre, attendue fin octobre 2026, constitue la première échéance à laquelle ces éléments sont susceptibles d'être détaillés.

Reste un signal difficile à ignorer pour les porteurs du titre : un groupe qui affiche 9,8 milliards de dollars de trésorerie opérationnelle trimestrielle choisit malgré tout de faire entrer un tiers au tour de table de ses tuyaux africains. La priorité affichée au désendettement et à la croissance du dividende y trouve une explication directe.

Sources

 

Emmanuel d'Ibelin

Rédacteur en chef, France Épargne

Emmanuel d'Ibelin dirige la rédaction de France Épargne. Juriste de formation, titulaire d'un master de droit des affaires, il analyse au quotidien les annonces des banques centrales, les évolutions réglementaires et les opportunités d'investissement pour les épargnants français.


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