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septembre 07, 2026

Prospective & intelligence artificielle: Un RENVERSEMENT SOCIAL depuis la RÉVOLUTION INDUSTRIELLE !

L’IA EST PEUT-ÊTRE EN TRAIN DE PRODUIRE LE RENVERSEMENT SOCIAL LE PLUS IRONIQUE DEPUIS LA RÉVOLUTION INDUSTRIELLE. 

 Pendant cinquante ans, on a dit aux jeunes : FAITES DES ÉTUDES. 

Quittez l’atelier. 

Quittez le chantier. 

Quittez l’usine. 

Quittez les métiers manuels. 

Entrez dans le bureau. 

C’est là que se trouvent : le salaire, le statut, la sécurité, la valeur ajoutée. 


Et maintenant arrive l’IA. Une étude du Burning Glass Institute montre quelque chose d’extraordinaire aux États-Unis. Chez les 22-34 ans, les jeunes sans diplôme universitaire connaissent l’un des marchés du travail les plus favorables depuis deux décennies. 

 Pendant ce temps…LA SITUATION DES JEUNES DIPLÔMÉS SE DÉGRADE. Attention : un diplôme reste encore statistiquement avantageux. Les diplômés ont toujours moins de chômage en niveau absolu. Mais la direction relative vient de changer. Et c’est cela qui compte. 

Pourquoi ? 

 Parce que l’IA attaque d’abord exactement les tâches que nous avions appris à considérer comme « hautement qualifiées » : rédiger, résumer, chercher, classifier, traduire, coder simplement, préparer une présentation, faire une première analyse, produire un reporting, répondre à un client. Autrement dit : LE TRAVAIL COGNITIF JUNIOR. Or c’était précisément la porte d’entrée traditionnelle du jeune diplômé dans l’entreprise. 

L’avocat junior. 

L’analyste junior. 

Le développeur junior. 

Le consultant junior. 

Le marketeur junior. 

Le comptable junior. 

Le paradoxe est fantastique : PLUS UNE TÂCHE EST NUMÉRIQUE, STANDARDISABLE ET EXÉCUTÉE DEVANT UN ÉCRAN…PLUS ELLE EST FACILE À DONNER À UNE IA. Pendant ce temps : plombier, électricien, infirmier, technicien, ouvrier spécialisé, installateur, cuisinier, serveur, maintenance, construction…restent ancrés dans : LE MONDE PHYSIQUE. Et le monde physique possède encore une propriété très précieuse : 

IL RÉSISTE AU SOFTWARE. 

Nous retrouvons exactement notre thèse. L’intelligence devient abondante. Les atomes restent rares. Donc la rente se déplace. 

 Pendant cinquante ans : 

DIPLÔME → RARETÉ → PRIME SALARIALE. 

 Demain, dans certains métiers : 

 PRÉSENCE PHYSIQUE + SAVOIR-FAIRE → RARETÉ → PRIME SALARIALE. 

Et il existe un deuxième phénomène encore plus puissant. Les baby-boomers partent à la retraite. L’immigration américaine a fortement ralenti. La population active sans diplôme diminue structurellement. 

Burning Glass avait déjà montré que la population américaine en âge de travailler sans diplôme universitaire diminuait d’environ 0,5 % par an, alors que la population diplômée continuait d’augmenter. Donc : OFFRE DE TRAVAIL MANUEL ↓ pendant que : OFFRE DE TRAVAIL COGNITIF ↑ 

Et maintenant l’IA arrive précisément du côté où l’offre humaine augmentait déjà. C’est presque une expérience économique parfaite. Résultat possible : COMPRESSION DE LA PRIME AU DIPLÔME. Pas disparition. Compression. Et cela pourrait avoir une conséquence sociale extraordinaire. L’IA pourrait, pendant une phase de transition, réduire certaines inégalités salariales…non pas en taxant les métiers cognitifs pour redistribuer aux autres…mais en : MODIFIANT LA RARETÉ RELATIVE DU TRAVAIL. Le marché ferait alors ce que cinquante ans de politiques publiques ont essayé de faire : revaloriser certaines tâches modestes. 

Pourquoi ? 

Parce qu’un analyste junior peut désormais être augmenté par Astra. Mais Astra ne vient toujours pas réparer votre toiture. PAS ENCORE. Et ces deux mots sont essentiels. Car cette anomalie durera seulement jusqu’à la deuxième révolution. 

 

 La première est : 

 IA → AUTOMATISATION DU TRAVAIL COGNITIF. 

 La seconde sera : 

IA + ROBOTIQUE → AUTOMATISATION DU TRAVAIL PHYSIQUE. 

Et voilà pourquoi 2026-2030 pourrait constituer une fenêtre historique étrange. Pendant quelques années : 

LE CORPS HUMAIN POURRAIT DEVENIR PLUS RARE QUE LE CERVEAU HUMAIN. Puis les robots arrivent. Optimus. Figure. Apptronik. 1X. robots industriels autonomes. véhicules autonomes. drones. 

Et alors notre équation reprend : LABOR → CAPEX. D’abord pour le cerveau. Ensuite pour les bras. Nous obtenons donc peut-être les trois phases de la révolution : 

PHASE 1 

 L’IA augmente les travailleurs intellectuels. 

PHASE 2 

L’IA remplace certaines fonctions intellectuelles juniors et revalorise relativement le travail physique. 

PHASE 3 

La robotique incorpore cette intelligence et attaque à son tour la rareté du travail physique. 

Et à ce moment-là…LE VÉRITABLE FACTEUR RARE NE SERA PLUS LE TRAVAIL. Il deviendra : capital, énergie, compute, machines, matières premières, capacité entrepreneuriale. 

C’est pourquoi je ne parlerais pas de « fin du diplôme ». Je parlerais de quelque chose de beaucoup plus profond : FIN DU DIPLÔME COMME ASSURANCE AUTOMATIQUE CONTRE LA CONCURRENCE TECHNOLOGIQUE. 

Pendant un demi-siècle, nous avons appris : plus une tâche est intellectuelle, plus elle est protégée. L’IA inverse l’équation. PLUS UNE TÂCHE EST COGNITIVE ET NUMÉRISABLE, PLUS ELLE EST EXPOSÉE. Et plus une tâche exige encore : un corps, des mains, un lieu, une interaction humaine, une responsabilité physique…PLUS ELLE POSSÈDE TEMPORAIREMENT UN MOAT. Voilà peut-être le plus grand retournement culturel de l’IA. 

Nous avions envoyé une génération entière vers les bureaux…AU MOMENT PRÉCIS OÙ LE BUREAU ALLAIT DEVENIR LE PREMIER ENDROIT AUTOMATISABLE. Et nous avions dévalorisé les métiers manuels…AU MOMENT PRÉCIS OÙ ILS ALLAIENT REDEVENIR RARES. 

 L’IA ne détruit donc pas simplement des emplois. ELLE REDESSINE LA HIÉRARCHIE DE LA RARETÉ HUMAINE. Et la robotique fera ensuite le reste.


LE PRIX DE LA PUISSANCE - Quand l’IA devient assez grande pour faire monter le taux du monde

La semaine dernière, nous écrivions La Course sans filet. Kevin Warsh retirait progressivement le GPS monétaire de Wall Street et demandait à la Silicon Valley de démontrer que sa révolution pouvait survivre au retour d’un véritable prix du capital.

Cette semaine, nous obtenons la réponse. Et elle est beaucoup plus intéressante que prévu.

Le marché obligataire mondial vient de subir une nouvelle secousse. Le Treasury américain à dix ans s’est rapproché de 4,8 %, le trente ans de 5,3 %. Au Japon, les taux longs atteignent des niveaux inconnus depuis plusieurs décennies. En Allemagne, le Bund remonte vers des niveaux oubliés depuis quinze ans. La France paie désormais une prime de risque considérable par rapport à son voisin allemand. La duration ne souffre plus uniquement aux États-Unis : le capital long est en train d’être repricé à l’échelle mondiale.

La lecture immédiate paraît évidente : inflation persistante, déficits trop importants, pétrole, banques centrales trop lentes, dettes publiques excessives. Tout cela compte. Mais ce n’est plus toute l’histoire.

Car un phénomène beaucoup plus profond se produit simultanément : l’intelligence artificielle elle-même commence à contribuer à la hausse du prix du capital dont on affirme ensuite qu’il constitue sa principale menace.

Les plus grands hyperscalers américains ont déjà levé des centaines de milliards de dollars sur les marchés obligataires pour construire leurs data centers. Les États empruntent pour financer leurs déficits. Les utilities doivent financer de nouvelles capacités électriques. Les réseaux doivent être renforcés. La défense réclame davantage de capital. Le nucléaire revient. Les laboratoires d’IA réservent leur compute plusieurs années à l’avance.

Tout le monde cherche la même chose : de la duration.

Nous pensions que l’IA allait bouleverser le software. Puis nous avons compris qu’elle allait bouleverser l’électricité. Ensuite le crédit. Elle commence maintenant à modifier le taux d’actualisation du monde entier.

 


 

Voilà pourquoi ce rapport s’appelle :

LE PRIX DE LA PUISSANCE

Car le marché ne demande plus simplement si l’IA existe. Il commence à demander combien il faut payer pour financer une civilisation qui veut simultanément construire l’intelligence, l’énergie, la défense, la robotique et les infrastructures nécessaires à sa souveraineté.

Et le paradoxe est délicieux : le principal problème de l’IA pourrait désormais être qu’elle fonctionne trop bien.

LE GRAND REPRICING : QUAND LE FUTUR SE MET À CONCURRENCER L’ÉTAT

Le mouvement obligataire de cette semaine mérite d’être pris au sérieux précisément parce qu’il n’est plus localisé. États-Unis, Japon, Allemagne, Royaume-Uni, France : dans toutes les grandes économies développées, le capital long demande davantage de rémunération.

Mais un taux long ne monte pas pour une seule raison. Il peut monter parce que l’État paraît moins solvable. Mauvais signal. Il peut monter parce que l’inflation risque de rester trop élevée. Mauvais signal également. Mais il peut aussi monter parce que l’économie réclame soudain énormément de capital pour financer un cycle d’investissement, parce que les anticipations de croissance réelle remontent et parce qu’une nouvelle vague de productivité semble possible.

Cette dernière hypothèse est encore trop peu discutée.

JPMorgan Private Bank a commencé à poser explicitement la question : et si une partie de la hausse des taux longs reflétait déjà l’anticipation d’un cycle de productivité lié à l’IA ?

Voilà une grille de lecture essentielle.

Le marché obligataire peut dire simultanément : il y aura davantage de dette et davantage de croissance.

Les deux font monter les taux.

La vraie question n’est donc pas simplement : les rendements montent-ils ?

C’est : pourquoi montent-ils ?

Et cette distinction change toute notre lecture TS2F.

Lorsqu’un État emprunte davantage pour financer ses dépenses courantes, la prime supplémentaire exigée par le marché peut refléter une détérioration. Lorsqu’une entreprise emprunte pour construire une infrastructure capable d’augmenter demain sa production, il existe potentiellement une contrepartie productive.

Voilà le conflit qui apparaît aujourd’hui. Le Treasury américain veut des milliers de milliards. Les hyperscalers veulent des centaines de milliards. Les utilities doivent reconstruire. Le Pentagone se réarme. Le nucléaire revient. SpaceX construit. Les laboratoires veulent garantir leur compute.

Silicon Valley commence à concurrencer Washington sur le marché mondial de l’épargne.

La semaine dernière, nous posions la question : qui obtiendra la duration ?

Cette semaine, la réponse commence à apparaître : celui qui acceptera de la payer — et surtout celui qui sera capable de la rentabiliser.


HARTNETT VOIT LE Krach. JE VOIS LA SÉLECTION.

Michael Hartnett a raison de placer les obligations au centre de son analyse. Son indicateur Bull & Bear reste en zone d’extrême optimisme, les flux ralentissent sur certaines poches actions et le cash comme les obligations redeviennent attractifs.

Il ajoute une dimension politique : une victoire démocrate importante lors des élections de mi-mandat pourrait, selon lui, provoquer un violent repricing des actions américaines, du dollar et du complexe IA.

Le scénario n’est pas absurde.

Une nouvelle majorité peut modifier les anticipations de fiscalité, de réglementation, de dépenses et de politique énergétique. Cela peut provoquer une correction de 10 %, 15 % ou davantage.

Mais il faut être extrêmement précis sur les mots.

Une baisse de 15 % des actions IA n’est pas nécessairement l’éclatement de la révolution IA.

Cela peut simplement être : l’éclatement d’une valorisation.

Internet a survécu à l’effondrement du Nasdaq. Le chemin de fer a survécu aux faillites ferroviaires. L’électricité a survécu aux crises des utilities.

Une technologie peut être révolutionnaire et son action trop chère.

Le techno-optimisme sérieux exige de savoir distinguer :

LA TECHNOLOGIE DE SON PRIX EN BOURSE.

Une victoire électorale peut modifier le multiple. Elle ne supprime pas la Chine. Elle ne supprime pas le déficit énergétique. Elle ne supprime pas la cybermenace. Elle ne supprime pas le besoin de compute, de robotique, de défense ou d’infrastructures souveraines.

La politique peut changer le prix de la course.

Elle ne peut plus facilement annuler la course.


WARSH : LE BANQUIER CENTRAL QUI OBLIGE L’ACCÉLÉRATION À DEVENIR PRODUCTIVE

Le marché du travail américain complique encore l’équation de Kevin Warsh. L’économie reste suffisamment solide pour tolérer une politique plus ferme, tandis que l’inflation demeure suffisamment élevée pour la justifier. Mais les rendements longs sont déjà suffisamment tendus pour qu’une erreur puisse devenir dangereuse.

Hartnett soulève ici un paradoxe important : une hausse des taux courts peut parfois contribuer à faire baisser les taux longs si elle restaure la crédibilité anti-inflation de la banque centrale.

Autrement dit, une Fed plus dure aujourd’hui peut réduire la prime de risque inflationniste sur trente ans demain.

C’est pourquoi, lors de la prochaine décision monétaire, je regarderai moins le quart de point lui-même que la réaction du Treasury trente ans.

Et c’est ici que notre doctrine accélérationniste doit évoluer.

L’accélération version 2024 pouvait se résumer à : construisez, le capital suivra.

En 2026, ce n’est plus suffisant.

Il faut désormais dire :

CONSTRUISEZ CE QUI PRODUIT PLUS VITE QUE LE COÛT DU CAPITAL N’AUGMENTE.

Voilà le véritable hard mode.

Un data center financé à 3 % n’a pas besoin d’être extraordinaire. À 7 %, il doit produire. Un néocloud fortement levier doit démontrer son taux d’utilisation. Un modèle doit générer du revenu. Un SMR doit délivrer des électrons. Un robot doit économiser du travail. Un logiciel IA doit améliorer une marge.

Warsh n’arrête donc pas nécessairement l’accélération.

Il lui impose un hurdle rate.

Et c’est peut-être exactement ce dont cette révolution avait besoin.


BROADCOM, DELL, SNOWFLAKE : LA PREUVE QUE L’IA SORT DE NVIDIA

Pendant que les obligations crient, l’économie réelle continue de produire des signaux extraordinairement puissants.

Broadcom vient d’élargir radicalement sa visibilité sur l’IA. La société prévoit une montée spectaculaire de ses revenus liés au custom silicon, avec des besoins exprimés en gigawatts par plusieurs grands clients. Ce point est essentiel, parce que la révolution commence à sortir du monopole narratif Nvidia.

Nous entrons progressivement dans un système comprenant GPU généralistes, ASIC, custom silicon, mémoire, réseaux, interconnect et CPU. Une véritable industrie se construit. Et une véritable industrie ne possède presque jamais un seul fournisseur.

Dell confirme la diffusion. Les commandes de serveurs IA se chiffrent désormais en dizaines et dizaines de milliards, avec une demande qui ne vient plus uniquement des hyperscalers mais aussi des néoclouds, des entreprises et des projets souverains.

Le marché doit regarder cela de très près.

Si Nvidia progresse seule tandis que Dell, Broadcom, networking, stockage et software stagnent, nous avons un problème.

Si la croissance se diffuse, nous avons une industrialisation.

Et pour l’instant, elle se diffuse.

Snowflake fournit peut-être le signal le plus important. Ses produits IA commencent à contribuer directement à l’accélération de son chiffre d’affaires.

Voilà la transition que nous attendions :

GPU → MODÈLE → AGENT → SOFTWARE → REVENU.

L’IA commence à sortir du capex pour entrer dans le compte de résultat.

Goldman observe d’ailleurs exactement cette rotation : le momentum qui était dominé par les bénéficiaires du capex IA commence à se déplacer vers le software et vers les bénéficiaires des cas d’usage. Le logiciel est désormais dans une dynamique longue sur trois mois malgré son retard sur douze mois.

C’est extrêmement sain.

Une révolution confinée chez son fournisseur de matériel finit par devenir une bulle.

Une révolution qui diffuse ses gains de productivité devient une économie.


LE MARCHÉ COMMENCE À PAYER L’UTILITÉ, PAS SEULEMENT L’INFRASTRUCTURE

C’est probablement le changement intellectuel majeur de l’automne.

De Salesforce à Snowflake, de CrowdStrike à Tesla, la question devient progressivement moins : qui vend l’IA ? et davantage : qui utilise l’IA pour gagner davantage d’argent ?

Goldman formule presque exactement cette transition en observant le déplacement des bénéficiaires des investissements vers les bénéficiaires des cas d’usage.

Je pense que cela constituera l’un des thèmes fondamentaux des douze prochains mois.

2024-2026 : qui vend le compute ?

2027 : qui transforme le compute en marge ?

Cela ne signifie pas vendre Nvidia.

Cela signifie élargir le terrain de chasse.

Cyber. Data. Software. Santé. Défense. Logistique. Robotique. Finance.

La meilleure entreprise IA de demain ne portera peut-être même pas « AI » dans son nom.

Elle utilisera simplement l’IA mieux que tous ses concurrents.


CYBERCAB : QUAND LE SOFTWARE SORT DE L’ÉCRAN

Tesla fournit cette semaine une autre image de la transition.

Le Cybercab reste loin d’une adoption industrielle garantie. Réglementation, sécurité, déploiement, coûts : beaucoup reste à démontrer.

Mais philosophiquement, le mouvement est considérable.

Pendant trois ans, nous avons observé l’IA raisonner.

Puis agir dans un ordinateur.

Maintenant elle commence à agir dans le monde physique.

Le modèle pense. L’agent décide. Le robot agit.

Nous entrons dans ce que j’appellerais :

L’IA CINÉTIQUE.

Et avec elle, le marché adressable change complètement.

Goldman a d’ailleurs fortement relevé certaines de ses hypothèses sur la robotique humanoïde. Dans son scénario appliqué aux entrepôts, l’automatisation pourrait représenter des dizaines de milliards de dollars d’économies pour Amazon et plusieurs centaines de points de base de marge.

Les chiffres précis resteront discutables.

Le mécanisme, lui, est évident.

L’IA n’a pas besoin de remplacer tous les humains pour créer une révolution économique. Elle doit simplement réduire de quelques points le coût du picking, du transport, de l’inspection, du support, de la maintenance ou de la programmation.

Quelques points de productivité appliqués à des industries de plusieurs milliers de milliards produisent des montants gigantesques.

Voilà pourquoi le marché obligataire pourrait lui aussi commencer à anticiper davantage de croissance réelle.


LE ROBOT EST UNE RÉPONSE TECHNOLOGIQUE AU VIEILLISSEMENT

C’est ici que le techno-optimisme devient une réponse directe au malthusianisme.

Une population active diminue.

Le pessimiste répond : moins de croissance. Moins de production. Plus de redistribution. Plus de rationnement.

La réponse technologique est différente : augmenter le capital par travailleur. IA. Robotique. Automatisation. Énergie.

Un pays qui perd 10 % de sa main-d’œuvre mais double sa productivité ne devient pas nécessairement plus pauvre.

Voilà pourquoi la robotique doit être pensée comme une infrastructure de souveraineté démographique.

Le Japon l’a probablement compris avant l’Europe parce qu’il n’avait pas le luxe de ne pas le comprendre.


LE TOKEN A BESOIN DU GIGAWATT

Mais le compute n’est jamais immatériel.

Goldman montre désormais clairement que les investissements liés à l’IA débordent vers les utilities et les secteurs fortement capitalistiques. La prime historique accordée aux entreprises « capital light » s’est comprimée : les multiples des sociétés capitalistiques et peu capitalistiques convergent.

C’est un changement de régime considérable.

Pendant quinze ans, Wall Street adorait le software parce qu’il permettait d’éviter :l’usine ; le stock ; le foncier ; l’électricité ; la dette.

L’IA réintroduit tout cela.

Le software demande désormais des centrales.

Le cloud demande des transformateurs.

Le modèle demande de l’uranium.

Le digital redonne une valeur stratégique à la matière.

Voilà pourquoi le techno-souverainisme ne peut jamais être simplement numérique.

La souveraineté numérique commence dans le monde physique.


700 GW DE PROJETS : IL EST TEMPS DE TUER LES FANTÔMES

L’autre événement révélateur concerne les demandes de raccordement des data centers américains.

Les projets annoncés excèdent très largement ce que le réseau peut raisonnablement absorber. Plusieurs centaines de gigawatts de demandes apparaissent dans les files d’attente, parfois plusieurs fois la demande physique crédible.

Une partie est donc fantôme.

Des développeurs réservent plusieurs sites. Des projets spéculatifs demandent des raccordements qu’ils ne construiront peut-être jamais. Les utilities risquent de surinvestir sur des besoins imaginaires.

Texas et d’autres juridictions commencent donc à demander davantage de dépôts, de garanties et de transparence.

Excellent.

Le techno-optimisme adulte doit être radicalement hostile au ghost demand.

Construire les vrais data centers.

Éliminer les faux.

Allouer l’électricité aux acteurs solvables.

Faire payer les réservations.

Encore une fois :

ACCÉLÉRER NE SIGNIFIE PAS ABOLIR LA DISCIPLINE.

La rareté devient ici le meilleur venture capitalist du monde.

Warsh demande : qui mérite le capital ?

Le réseau demande : qui mérite les mégawatts ?

Le crédit demande : qui mérite le refinancement ?

Les meilleurs projets obtiendront tout.

Les autres disparaîtront.

C’est exactement le genre de sélection dont la révolution IA avait besoin.


L’ÉNERGIE EST DEVENUE UNE INFRASTRUCTURE CYBER

Plus le réseau électrique devient automatisé, numérique et interconnecté, plus il devient une surface d’attaque.

Voilà pourquoi le cyber ne peut plus rester enfermé dans une case « software ».

Cyber, énergie et défense convergent.

Une centrale dont le système industriel peut être neutralisé à distance n’est pas pleinement souveraine.

Un réseau dont les composants critiques dépendent d’un fournisseur hostile n’est pas pleinement souverain.

Un data center relié à un réseau vulnérable n’est pas une infrastructure stratégique complète.

Le techno-souverainisme signifie donc aussi : contrôler le code qui contrôle l’électron.

Et c’est précisément pourquoi OpenAI, CrowdStrike, Palantir et l’ensemble du cyber deviennent progressivement des infrastructures parallèles au compute.

Chaque nouvelle technologie crée sa propre industrie de protection.

Plus d’agents autonomes signifie plus d’identités machines, de permissions, de secrets et d’actions susceptibles d’être compromises.

L’autonomie crée sa propre taxe de sécurité.


LE NUCLÉAIRE : PLUS LE CAPITAL EST CHER, PLUS IL FAUT DISTINGUER LA PUISSANCE DE LA PROMESSE

Les taux élevés sont évidemment un problème pour les actifs capitalistiques.

Et le nucléaire est capitalistique.

Mais parallèlement, la rareté électrique augmente sa valeur stratégique.

Voilà pourquoi il faut abandonner la question simpliste : « nucléaire ou pas nucléaire ? »

La vraie question devient : quel nucléaire, avec quel client, quel combustible, quel calendrier et quel financement ?

C’est pourquoi je continue à distinguer les différentes briques.

BWXT : industrie souveraine, savoir-faire, défense.

Centrus : enrichissement, HALEU, goulot stratégique.

UEC / URNM : combustible.

Oklo : convexité technologique, mais aussi beaucoup plus de duration.

Le taux long ne détruit donc pas la thèse nucléaire.

Il augmente la différence entre : l’actif indispensable et la promesse spéculative.


EUROPE : ÊTRE BON MARCHÉ N’EST PAS UNE STRATÉGIE

Goldman pose cette semaine une question que l’Europe devrait se poser depuis dix ans.

L’Europe est bon marché.

Très bien.

Et ensuite ?

Les rendements des Bunds et des obligations IG en euros convergent désormais vers le rendement de dividende du STOXX 600. Les actions doivent donc offrir davantage qu’un simple coupon pour justifier leur risque.

Simultanément, l’Europe supporte : une énergie chère ; un capital plus cher ; des stocks de gaz insuffisants ; une croissance faible ; une concurrence industrielle chinoise croissante.

Goldman montre notamment que les stocks de gaz européens restent sous les niveaux attendus et que les valeurs cycliques seraient parmi les premières bénéficiaires d’une véritable détente énergétique.

Le problème européen n’est donc pas simplement le PER.

C’est le prix des inputs.

Électron. Capital. Matières. Technologie.

Une action peut être bon marché et rester bon marché pendant quinze ans.

Une décote n’est pas une stratégie industrielle.


LA CHINE NE NOUS VEND PLUS SEULEMENT DES PRODUITS. ELLE NOUS VEND LES MACHINES.

C’est probablement l’un des graphiques les plus inquiétants de la note Goldman.

L’Europe importe davantage de Chine tandis qu’elle exporte relativement moins. Et les machines représentent près d’un tiers des importations européennes en provenance de Chine.

Nous ne sommes plus dans l’ancien modèle :

Europe = machines sophistiquées.

Chine = assemblage.

La frontière se déplace.

L’automobile illustre parfaitement le problème. Elle ne représente qu’une petite fraction de la capitalisation européenne, mais environ 10 % du chiffre d’affaires des sociétés européennes.

Le risque industriel est donc beaucoup plus important que ce que suggère son poids boursier.

Et le techno-souverainisme européen ne peut pas signifier l’autarcie.

Ce serait absurde.

La souveraineté consiste à conserver plusieurs options pour les fonctions dont nous ne pouvons accepter la perte.

Compute.

Énergie.

Défense.

Cloud.

Satellites.

Réseaux.

Semi-conducteurs.

Matières critiques.

Le principe est simple :

PRODUIRE CE QU’ON NE PEUT PAS SE PERMETTRE DE PERDRE.

Acheter librement le reste.


FRANCE : UNE SOUVERAINETÉ À CRÉDIT N’EST PAS UNE SOUVERAINETÉ COMPLÈTE

Le dossier français devient particulièrement révélateur.

La France veut simultanément financer : sa défense ; son nucléaire ; son État social ; sa transition énergétique ; son industrie ; sa souveraineté numérique.

Mais le marché obligataire lui demande progressivement davantage de rémunération.

Le spread OAT-Bund reste élevé. La dette dépasse largement 100 % du PIB. La croissance reste faible. Le déficit demeure important. L’incertitude politique s’ajoute au problème.

Le message est brutal mais simple : une puissance très endettée doit finir par demander la permission au marché qui refinance sa puissance.

La souveraineté technologique et la souveraineté budgétaire finissent donc nécessairement par se rencontrer.

Il ne suffit pas d’annoncer des milliards pour l’IA.

Encore faut-il que les milliards existent à un coût compatible avec le rendement du projet.


LE MARCHÉ ACTIONS REFUSE POURTANT DE CASSER

Avec des taux mondiaux à ces niveaux, on pourrait imaginer un massacre.

Ce n’est pas ce qui se produit.

Les actions américaines résistent.

Et Goldman fournit une explication intéressante : pendant que les indices tiennent, les multiples ont déjà baissé. Les bénéfices restent solides, mais le marché paie moins cher ces bénéfices parce que le taux d’actualisation augmente.

Voilà pourquoi l’indice peut sembler calme alors que quelque chose de beaucoup plus profond se passe sous la surface.

Le choc obligataire existe déjà.

Il apparaît dans les multiples.

Pas encore nécessairement dans un krach des indices.

Autrement dit : les obligations crient ; les actions écoutent ; les profits les empêchent encore de fuir.


SEPTEMBRE A DES DENTS — ET C’EST UNE BONNE CHOSE

Il ne faut cependant pas confondre notre optimisme structurel avec de l’insouciance tactique.

Septembre est historiquement un mois difficile pour les marchés américains. Les statistiques depuis 1928 sont médiocres, particulièrement les années de midterms.

Cette année, plusieurs acheteurs se retirent simultanément. Les rachats d’actions entrent dans leurs périodes de blackout. Les CTA ont déjà reconstitué une large partie de leurs positions. Le retail achète moins agressivement les replis. Et le calendrier d’expiration d’options de septembre est colossal.
Une baisse de 7 ou 8 % n’aurait donc rien d’extraordinaire.

Et je vais même plus loin : elle pourrait être excellente.

Car une baisse de prix n’est pas nécessairement une baisse de valeur stratégique.

Si Nvidia baisse de 15 % pendant que Broadcom augmente sa visibilité, Dell engrange des commandes, Snowflake monétise ses produits IA, le réseau manque d’électricité et la robotique progresse, alors la baisse devient potentiellement : un transfert de titres des mains faibles vers les mains fortes.

Le danger n’est pas la correction.

Le danger est de confondre correction et invalidation.


LE TECHNO-OPTIMISTE DOIT AIMER LES CORRECTIONS

Je veux inscrire cette règle au centre de TS2F :

UNE BAISSE DE PRIX N’EST PAS UNE BAISSE DE VALEUR STRATÉGIQUE.

Une révolution industrielle n’avance jamais en ligne droite.

Elle avance par : boom ; surinvestissement ; correction ; faillites ; consolidation ;nouveau boom.

Le chemin de fer.

L’électricité.

Internet.

Les semi-conducteurs.

Toujours la même mécanique.

La volatilité n’est donc pas l’ennemie d’une thèse long terme.

Elle est souvent le mécanisme permettant de construire la position.

Et lorsque les protections restent relativement bon marché, conviction structurelle et prudence tactique peuvent parfaitement cohabiter.

Penser que l’IA va transformer l’économie sur dix ans n’oblige pas à penser que le Nasdaq montera mardi.

Ce sont deux horizons différents.


LE VRAI DUEL : PRODUCTIVITÉ IA CONTRE INFLATION ÉNERGÉTIQUE

Voilà probablement l’équation macroéconomique de l’automne.

D’un côté :

IA.

Automatisation.

Software.

Robotique.

Productivité.

De l’autre :

pétrole.

Gaz.

Géopolitique.

Inflation.

Taux.

La productivité IA agit lentement mais profondément.

L’énergie peut produire de l’inflation beaucoup plus rapidement.

Si la productivité gagne progressivement : croissance réelle supérieure, meilleurs profits, stabilisation des taux.

Si l’inflation énergétique gagne : politique monétaire restrictive, taux réels élevés, compression des multiples.

Voilà pourquoi le véritable ennemi de la révolution IA n’est pas une majorité démocrate ou républicaine.

C’est :

LE KILOWATT-HEURE TROP CHER FINANCÉ AVEC UN TAUX TROP ÉLEVÉ.

La politique compte.

La physique davantage.


SPENGLER : LE TAUX D’INTÉRÊT EST LE PRIX QUE LE PRÉSENT DEMANDE AU FUTUR

C’est ici que la philosophie devient utile.

Spengler permet de regarder le taux autrement.

Une civilisation technologique investit parce qu’elle refuse les limites du présent. Elle construit aujourd’hui pour disposer demain d’une capacité supérieure.

Elle renonce donc à une ressource présente en échange d’un futur.

Le taux d’intérêt est, d’une certaine manière : le prix que le présent demande au futur pour lui céder ses ressources.

À 1 %, le futur est presque gratuit.

À 5 %, il doit convaincre.

Le taux n’abolit donc pas la volonté de puissance.

Il la sélectionne.


JÜNGER : LA MOBILISATION TOTALE RENCONTRE LE MARCHÉ OBLIGATAIRE

Jünger aurait probablement reconnu quelque chose de familier.

Toute la société commence à être mobilisée.

Le scientifique mobilise le modèle.

L’ingénieur, l’électricité.

Wall Street, l’épargne.

Le gouvernement, le budget.

Le Pentagone, la technologie.

Le robot, le software.

Mais cette mobilisation possède désormais un arbitre invisible : le marché du capital.

Chaque projet doit répondre à trois questions : combien ? combien de temps ?à quel rendement ?

La nouvelle mobilisation totale est donc financière autant qu’industrielle.


DANTEC : LE CYBERPUNK A DÉSORMAIS UN BILAN

Maurice G. Dantec aurait probablement apprécié l’ironie.

La nouvelle biosphère cybernétique paraît immatérielle.

Mais elle possède désormais : des gigawatts ; des obligations ; des transformateurs ;des centrales ; des robots ; des installations militaires ; des spreads de crédit.

Le cyberpunk a quitté le roman.

Il possède maintenant un bilan et un compte de résultat.

Une technologie devient véritablement réelle lorsqu’elle devient suffisamment grande pour que le marché obligataire soit obligé d’apprendre à la financer.


FAYE : L’ARCHÉOFUTURISME DEVIENT UNE THÈSE D’INVESTISSEMENT

Plus l’IA avance, plus nous revenons vers : l’uranium ; le cuivre ; le territoire ; l’énergie; les frontières ; la défense ; l’industrie.

Voilà pourquoi les anciennes classifications sectorielles deviennent progressivement absurdes.

Nvidia est-elle technologique ? Évidemment. Mais elle dépend des centrales.

Centrus est-elle une société d’énergie ? Oui. Mais sa valeur dépend partiellement de l’explosion du compute.

SpaceX est-elle défense, industrie, télécom, spatial ou IA ?

Tout cela à la fois.

L’archéofuturisme devient presque une allocation d’actifs :

LE FUTUR LE PLUS NUMÉRIQUE S’ACHÈTE AVEC DES ACTIFS DE PLUS EN PLUS MATÉRIELS.


VIRILIO : LE CAPITAL ACHÈTE DU TEMPS

Paul Virilio complète parfaitement cette lecture.

Pourquoi les laboratoires réservent-ils du compute des années à l’avance ?

Pourquoi Nvidia sécurise-t-elle sa mémoire ?

Pourquoi les États veulent-ils leurs propres infrastructures ?

Parce que six mois de retard dans une économie exponentielle ne valent pas six mois.

Pendant ces six mois, l’adversaire peut produire un meilleur modèle.

Puis utiliser ce meilleur modèle pour accélérer encore.

Le retard devient cumulatif.

Le capital n’achète donc plus uniquement un actif.

Il achète : du temps.

Et le temps devient de la puissance.

La formule minimale de la nouvelle compétition pourrait être :

VITESSE × CAPITAL × ÉNERGIE.


LAND : LA TECHNO-CAPITAL MACHINE FABRIQUE SON PROPRE TAUX D’INTÉRÊT

Et voici peut-être l’intuition philosophique la plus importante du rapport.

Chez Nick Land, le capital accélère la technologie et la technologie accélère le capital.

Mais la machine atteint désormais une échelle telle qu’elle produit une rétroaction nouvelle.

Plus d’IA implique plus de capex.

Plus de capex implique plus de dette.

Plus de dette implique davantage de concurrence pour l’épargne.

Plus de concurrence implique des taux plus élevés.

Des taux plus élevés sélectionnent les projets.

Autrement dit :

LA TECHNO-CAPITAL MACHINE COMMENCE À PRODUIRE ELLE-MÊME LA CONTRAINTE QUI LA SÉLECTIONNE.

C’est extraordinaire.

La machine devient son propre test de résistance.


SCHUMPETER : MAINTENANT, LA VRAIE FÊTE COMMENCE

Et c’est ici que Schumpeter devient notre meilleur allié.

Le capitalisme ne prospère pas grâce à la stabilité.

Il prospère grâce à la destruction créatrice.

Le néocloud fragile doit pouvoir disparaître.

Le data center fantôme doit perdre sa connexion.

Le mauvais logiciel IA doit perdre ses clients.

Le mauvais robot doit rester dans l’entrepôt.

Le mauvais financement doit faire défaut.

Le bon actif sera alors racheté par un acteur plus fort.

Je ne crains donc pas une vague de faillites localisées dans l’écosystème IA.

Je la considère presque comme une étape nécessaire.

Sans faillites : pas de sélection.

Sans sélection : pas de capitalisme.

Et sans capitalisme : le techno-souverainisme finit en planification industrielle bureaucratique.


ELLUL : LE DERNIER RISQUE EST DE CONSTRUIRE PARCE QU’IL FAUT CONSTRUIRE

Il reste néanmoins une question.

Construire davantage n’est pas en soi une vertu.

La technique peut progressivement devenir sa propre justification.

Plus de GPU parce qu’il faut plus de GPU.

Plus de data centers parce qu’il faut plus de data centers.

Plus d’automatisation parce qu’elle est possible.

C’est là qu’Ellul reste indispensable.

La vraie question doit toujours être : quelle capacité humaine, industrielle ou productive cette dépense crée-t-elle ?

Si nous n’avons plus de réponse : stop.

Notre techno-optimisme n’est pas l’idée que toute technologie est bonne.

Il repose sur la conviction que l’homme peut utiliser la technologie pour dépasser des contraintes réelles.


DOCTRINE TS2F : ACHETER LA PRODUCTIVITÉ, PAS LE RÉCIT

La stratégie devient alors plus claire.

Compute — NVDA / AVGO / LRCX. Le compute reste central, mais la sélection devient plus forte. Nvidia construit un écosystème. Broadcom élargit le custom silicon. Lam reste la fabrique des fabriques. Il faut acheter la croissance physique et éviter de confondre croissance financée et croissance économique.

Software / data / cyber. C’est probablement la prochaine grande phase. Snowflake montre que le revenu commence à sortir de l’infrastructure. CrowdStrike reste un péage sur l’autonomie numérique. Plus d’agents signifie plus de sécurité.

Sovereign software — Palantir. La puissance ne consiste pas seulement à produire de l’intelligence. Elle consiste à transformer information → décision → action.

Énergie / nucléaire — BWXT / LEU / UEC / URNM / OKLO. Le réseau devient le principal goulet physique. La hausse des taux augmente l’importance de choisir les actifs industriels réels plutôt que la simple promesse.

Robotique / autonomie. Cybercab n’est pas encore une victoire industrielle, mais le passage du software au monde physique est désormais observable.

Espace — SpaceX. Accès orbital, communications, défense et peut-être demain compute : les fonctions souveraines continuent à converger.

Or. Assurance contre les accidents de crédibilité monétaire et le coût financier de la Grande Mobilisation.

Cash. Pas sortie du marché. Réserve de capacité pour acheter la destruction créatrice.


QUATRE SCÉNARIOS

1 — PRODUCTIVITY SUPER-CYCLE

Les taux restent élevés mais se stabilisent. Warsh conserve sa crédibilité. L’inflation reflue progressivement. Broadcom, Dell, Nvidia et le software confirment que les investissements IA produisent de plus en plus de revenus et de productivité. La robotique avance.

Dans ce scénario, les multiples ne reviennent pas nécessairement aux excès précédents.

Les bénéfices prennent le relais.

C’est probablement le meilleur scénario possible.

2 — CREATIVE DESTRUCTION

Les taux longs restent élevés. Certains financements cassent. Des data centers sont annulés. Les projets fantômes disparaissent. Des néoclouds se restructurent. Les hyperscalers rachètent les bons actifs à prix réduit.

L’IA continue.

Avec moins d’acteurs.

Mais de meilleurs acteurs.

Très bon scénario pour les gagnants stratégiques.

3 — BOND VIGILANTE SHOCK

L’inflation persiste. L’énergie reste chère. Warsh resserre. Le Treasury trente ans dépasse durablement les niveaux actuels. Le crédit corporate s’écarte fortement. Le financement IA ralentit.

Les multiples chutent.

Les projets marginaux meurent.

C’est le scénario le plus dangereux pour les marchés.

Mais même là : la technologie survivrait probablement aux portefeuilles qui l’ont mal financée.

4 — POLITICAL REPRICING

Le scénario Hartnett.

Les élections américaines changent brutalement les anticipations fiscales et réglementaires. Les actions corrigent fortement. Le dollar baisse. Les obligations se reprennent. Le trade IA est débouclé.

Très bien.

Mais une fois encore : crash du trade ≠ fin de la révolution.

Cette distinction peut créer certaines des meilleures opportunités de toute la décennie.


CONCLUSION

L’IA N’EST PLUS UNE BULLE DANS LE MARCHÉ. ELLE COMMENCE À DEVENIR UN MARCHÉ POUR LE CAPITAL.

Relisons maintenant toute la séquence.

Le Futur à Crédit : l’IA devient trop grande pour être financée uniquement par les bénéfices.

L’Empire sur une puce : le compute devient une variable macroéconomique et géopolitique.

La Grande Mobilisation : Wall Street transforme progressivement le compute en infrastructure finançable.

Le Nouvel État-Machine : capital, énergie, technologie, défense et souveraineté commencent à fusionner.

La Course sans filet : Warsh oblige la révolution à démontrer sa productivité.

Et maintenant :

LE PRIX DE LA PUISSANCE.

Le prix du futur apparaît enfin à l’écran.

Des rendements longs à des niveaux oubliés.

Des centaines de milliards de dette corporate.

Des gigawatts à construire.

Des réseaux saturés.

Du pétrole cher.

Du gaz européen contraint.

Le réflexe pessimiste consiste à dire :

le futur est devenu trop cher.

Je pense exactement l’inverse.

Le futur est devenu suffisamment important pour avoir désormais un prix macroéconomique.

C’est cela la véritable rupture.

L’IA n’est plus un petit secteur software financé par le venture capital. Elle réclame suffisamment d’électricité, de dette, de serveurs, de semi-conducteurs, de territoire et de défense pour modifier le prix des autres actifs.

Une technologie devient civilisationnelle lorsqu’elle déborde de son propre secteur.

Le chemin de fer transforma le marché de l’acier, de la terre et du crédit.

L’automobile transforma le pétrole et les villes.

Internet transforma les télécoms et la publicité.

L’intelligence artificielle commence à transformer :

LE CAPITAL.

Et pendant que le prix du capital augmente, les preuves de diffusion se multiplient.

Broadcom élargit massivement sa visibilité IA.

Dell confirme l’explosion des serveurs.

Snowflake commence à convertir l’IA en revenus.

Tesla fait sortir l’algorithme de l’écran.

La robotique commence à devenir économiquement modélisable.

Les utilities retrouvent une croissance qu’elles n’avaient plus connue depuis des décennies.

Le cyber protège l’électron.

Le nucléaire retrouve sa fonction stratégique.

Voilà pourquoi je reste profondément techno-optimiste.

Pas parce que je pense que toutes les actions vont monter.

Exactement l’inverse.

Je pense que cette révolution devient suffisamment mature pour que des entreprises commencent enfin à mourir.

Et c’est une excellente nouvelle.

La phase où tout monte ensemble est souvent la phase spéculative.

La phase où le capital distingue : utile / inutile ; productif / improductif ;souverain / substituable ; cash-flow / promesse ; est la phase industrielle.

C’est là que nous entrons.

Hartnett voit les rendements au plus haut depuis vingt ans et pense : fin de bulle.

Je regarde le même marché obligataire et je pose une autre question :

ET SI LES TAUX DU MONDE MONTAIENT EN PARTIE PARCE QUE LE MONDE RECOMMENCE ENFIN À INVESTIR MASSIVEMENT ?

Cela ne signifie pas nier le risque.

Cela exige au contraire davantage de discipline.

Plus le capital coûte cher, plus il faut : de productivité ; de moats ; de cash-flow ;de rareté ; de souveraineté.

Et moins il faut de storytelling.

C’est exactement notre terrain.

La doctrine TS2F devient donc :

ACCÉLÉRER SOUS CONTRAINTE.

POSSÉDER LES GOULETS.

ACHETER LA PRODUCTIVITÉ.

FINANCER LA CAPACITÉ, PAS LES FANTÔMES.

LAISSER MOURIR LES ZOMBIES.

NE JAMAIS CONFONDRE LE PRIX D’UNE ACTION AVEC LA VALEUR D’UNE RÉVOLUTION.


Dantec aurait reconnu la nouvelle biosphère.

Faye, le retour de la matière sous le numérique.

Jünger, la mobilisation.

Virilio, la vitesse.

Land, la techno-capital machine.

Simondon, le milieu associé.

Schumpeter, la destruction créatrice.

Schmitt, le retour du souverain.

Ellul nous demanderait encore : qui dirige qui ?

Et Spengler nous rappellerait peut-être que toute civilisation finit par être jugée sur quelque chose de très simple : ce qu’elle accepte encore de construire.

L’Amérique construit peut-être trop.

L’Europe, trop peu.

Entre les deux, je sais quel risque je préfère.

Le premier peut produire une bulle.

Le second peut produire un musée.

Le taux long nous rappelle simplement qu’il faut désormais payer l’entrée.

Très bien.

LA PUISSANCE A TOUJOURS EU UN PRIX.

Le XXIᵉ siècle commence seulement à le découvrir.

Contre le récit. Pour le réel.

LeblogALupus 

@leblogALupus

https://blogalupus.substack.com/p/le-prix-de-la-puissance-quand-lia




Intelligence artificielle à savoir en ce mois de mai 2026

Sommaire:

A) - Santé et Éducation : la grande fusion qui vient.

B) - Intelligence artificielle, souveraineté normative et géopolitique : La fragmentation de la gouvernance mondiale entre puissances technologiques

C) - L'IA d'Anthropic progresse à une vitesse alarmante selon les experts en sécurité

D) - Pour nous être utile, l'IA ne doit pas penser à notre place

E) - ChatGPT sur iPhone : OpenAI est vexé et cherche un moyen pour rompre avec Apple

F) - « Elles font facilement oublier que ce sont des machines » : ces IA qui deviennent vos meilleures amies, pour le meilleur et pour le pire

G) - L’IA finira-t-elle par façonner les esprits ?

H) - 𝐋'𝐈𝐀 𝐞𝐬𝐭 𝐡𝐨𝐫𝐬 𝐝𝐞 𝐬𝐚 𝐛𝐨𝐢̂𝐭𝐞 : 𝐞𝐬𝐭-𝐜𝐞 𝐢𝐫𝐫𝐞́𝐯𝐞𝐫𝐬𝐢𝐛𝐥𝐞 ?

I) - « Il ne peut pas y avoir d’IA socialiste » 
 
J) - Besoins d’énergie de l’IA : la France en marche vers un précipice pourtant évitable

septembre 03, 2026

Revenu universel : la fausse bonne idée, un piège où l'État réside !

Sommaire:

A) - Revenu universel : la fausse bonne idée

B) - Le piège du revenu universel

C) -  Allocation universelle

 

A) - Revenu universel : la fausse bonne idée

Elon Musk prédit qu’avec l’IA et la robotique, le travail pourrait devenir optionnel et qu’un "revenu élevé universel" finirait par émerger. Sam Altman défend lui aussi depuis longtemps l’idée d’un revenu universel face aux bouleversements technologiques. Le sujet revient donc au premier plan, porté cette fois par la crainte d’une automatisation massive du travail. Pourtant, le débat est ancien : Friedman défendait l’impôt négatif, Hayek acceptait un revenu minimum garanti, Buchanan réfléchissait à une allocation générale. Ces propositions ont de solides arguments libéraux en leur faveur. Elles soulèvent aussi des difficultés majeures de financement, d’incitation et de dépendance à l’État qui en font, à mes yeux, une fausse bonne idée.


Le revenu universel est souvent rangé à gauche. L’histoire du libéralisme raconte quelque chose de plus intéressant. Dès 1947, au sein de la Société du Mont-Pèlerin, le revenu garanti divise les défenseurs du marché. Friedman, George Stigler, Aaron Director ou Karl Popper soutiennent différentes formes de revenu minimum. Ludwig von Mises, Henry Hazlitt, Peter Bauer puis Murray Rothbard les combattent. Cette fracture porte autant sur les incitations économiques que sur la liberté, la responsabilité et la dépendance.
 
Il faut distinguer trois mécanismes. Le revenu universel verse une somme à chacun indépendamment de ses ressources. Le revenu minimum garanti assure un plancher aux faibles revenus. L’impôt négatif de Friedman fonctionne comme un continuum fiscal : au-dessus d’un seuil, on verse l’impôt ; en dessous, le fisc verse une fraction de la différence.
 
Tous répondent à la même question : comment protéger contre la pauvreté tout en conservant une économie libre ?
 
1. Pourquoi l’idée séduit certains libéraux

Friedman part d’une critique très juste de l’État-providence. Les systèmes sociaux accumulent prestations, critères d’éligibilité, administrations, contrôles et effets de seuil. Il propose une mécanique beaucoup plus simple : mesurer le revenu, verser directement une somme lorsqu’il devient trop faible, puis laisser l’individu choisir.
 
Imaginons un système garantissant 1 000 euros avec un taux de retrait de 50%. Une personne sans revenu reçoit 1 000 euros. Elle retrouve un emploi rapportant 500 euros : son allocation diminue de 250 euros et son revenu total atteint 1 250 euros. Chaque euro gagné continue d’améliorer sa situation.
 
Le point essentiel est que Friedman envisage ce système comme un remplacement de l’État social existant. En 1967, il explique que l’impôt négatif coûterait moins cher, réduirait la bureaucratie, préserverait davantage les incitations et restituerait aux bénéficiaires la liberté d’utiliser leur argent. Il précise même que son soutien serait bien plus faible dans une société où l’assistance relèverait déjà largement de la charité privée.
 
Stigler développe une intuition proche concernant le salaire minimum. Lorsque la loi impose un coût du travail supérieur à la productivité d’un salarié peu qualifié, l’entreprise peut renoncer à l’embaucher. Compléter directement son revenu permet théoriquement de soutenir son niveau de vie tout en maintenant son accès à l’emploi.
 
Hayek fournit l’argument moral le plus puissant. Dans Law, Legislation and Liberty, il considère "un certain revenu minimum pour chacun" comme une protection légitime contre des risques susceptibles de frapper tout individu. Il pense notamment aux personnes incapables de vivre du marché après un accident, une maladie, l’âge ou un bouleversement économique. Sa position reste plus prudente que celle de Friedman : lors des premiers débats du Mont-Pèlerin, il se méfie d’une prestation monétaire fondée uniquement sur le revenu et craint qu’elle encourage une "liberté de ne pas travailler".
 
L’argument est sérieux. Une société libérale valorise la responsabilité individuelle tout en reconnaissant le hasard et l’incertitude. Un filet minimal peut alors être conçu comme une assurance collective contre la chute extrême.
 
2. Les difficultés reviennent par les chiffres
 
Henry Hazlitt attaque le point faible du modèle : tout minimum sous condition de ressources crée un taux marginal implicite.
 
Reprenons notre garantie de 1 000 euros. Avec un retrait de 50%, gagner 100 euros supplémentaires réduit l’allocation de 50 euros. Le revenu disponible augmente donc de 50 euros avant les autres prélèvements et les coûts liés au travail. Avec un retrait de 80%, la dépense publique diminue rapidement, tandis que 100 euros gagnés améliorent la situation de seulement 20 euros. Avec un retrait de 20%, l’incitation devient meilleure, mais l’allocation continue d’être versée beaucoup plus haut dans l’échelle des revenus.
 
Hazlitt met ainsi en évidence un triangle difficile : niveau de garantie, incitation au travail et coût budgétaire.
 
 

 
Le revenu universel semble résoudre cet effet de retrait puisque chacun conserve l’allocation quel que soit son salaire. Il déplace alors le problème vers son financement. Verser 1 000 euros par mois à 50 millions d’adultes représente 600 milliards d’euros annuels. Des prestations peuvent être supprimées et une partie des sommes récupérée par l’impôt, mais le volume des flux reste colossal. L’État prélève, redistribue à tout le monde, puis reprend fiscalement une partie de ce qu’il vient de verser.
 
Mises formule une objection plus fondamentale. Il refuse l’idée d’un revenu durablement dissocié de la production. Dans une économie de marché, le revenu provient d’un travail, d’un capital, d’un échange ou d’un transfert volontaire. Le revenu garanti ajoute une créance institutionnelle sur la richesse produite par d’autres. Cette conception explique une partie de son hostilité au projet de Friedman dès les premiers débats du Mont-Pèlerin.
 
Le revenu garanti simplifie éventuellement la redistribution. Il conserve ses trois difficultés fondamentales : financement, incitations et dépendance.
 

3. La politique finit par rattraper le modèle

Rothbard pousse la critique sur le terrain institutionnel. Son objection morale est connue : financer le revenu de certains par l’impôt impose un transfert de propriété. Son argument politique me paraît encore plus décisif.
 
Le système de Friedman fonctionne à plusieurs conditions : les prestations antérieures disparaissent réellement, le montant reste maîtrisé et les gouvernements résistent à la création de nouvelles aides. Or la vie politique produit des incitations opposées.
 
Imaginons que l’impôt négatif remplace l’essentiel des prestations. Une crise du logement survient : une aide spécifique réapparaît. Une campagne électorale conduit à créer un supplément familial. Une récession justifie une majoration exceptionnelle. Les étudiants obtiennent ensuite un régime particulier. Chacune de ces mesures répond à une difficulté réelle et trouve ses défenseurs. Vingt ans plus tard, le revenu garanti demeure tandis qu’une nouvelle architecture sociale s’est reconstruite autour de lui.
 
Rothbard voit précisément ce danger dans le caractère automatique du système : une assistance simple et efficace devient aussi plus facile à étendre et plus difficile à supprimer.
 
Buchanan tente de répondre à ce problème par la règle constitutionnelle. Une allocation générale associée à des règles fiscales générales limiterait les privilèges catégoriels et la recherche de rente. L’intuition de Public Choice est forte. Elle repose toutefois sur la capacité durable du système politique à préserver la règle initiale malgré les crises, les intérêts organisés et les coalitions électorales.
 
C’est ici que l’idée cesse de me convaincre. Le revenu garanti veut simplifier l’État social. Il risque surtout de lui fournir un socle plus robuste, plus lisible et politiquement plus confortable.

Je comprends l'intuition de Friedman : puisqu'une solidarité publique existe, autant rendre l'aide simple, lisible et librement utilisable. Je comprends aussi Hayek lorsqu'il admet qu'une société prospère puisse protéger ses membres contre le dénuement extrême. Le problème commence lorsqu'on transforme cette protection ultime en revenu permanent. Hazlitt montre les effets sur le travail et le coût, Mises rappelle qu'un revenu durable suppose une production préalable, Rothbard comprend surtout qu'une prestation automatique finit par créer sa propre légitimité politique, ses bénéficiaires et ses défenseurs.
 
Ma priorité est donc exactement inverse : rendre aux individus les moyens de construire leur sécurité par le travail, l'épargne, la capitalisation, l'assurance, l'entreprise et les solidarités volontaires. Moins l'embauche coûte cher, moins le travail est taxé, plus l'économie produit et plus les individus disposent de ressources propres, moins la dépendance aux transferts devient nécessaire. Le revenu garanti promet de rationaliser l'État social ; dans la réalité politique, il risque surtout de lui offrir un socle permanent sur lequel chaque gouvernement pourra ajouter de nouvelles dépenses.
 
Une fausse bonne idée reste une mauvaise idée, même lorsqu'elle est signée Friedman.
 
GRM 
@grm_off

B) - Le piège du revenu universel

Un revenu universel financé par l’État comme réponse à l’IA ? Une fausse bonne idée, en réalité même désastreuse.

Récemment Elon Musk a partagé un tweet dans lequel il appelle à la mise en place d’un revenu universel pour protéger les individus qui perdraient leur travail à cause de l’IA. Cette idée, sponsorisée par l’état, pose de nombreux problèmes économiques. On essaye de faire le point.

Universal HIGH INCOME via checks issued by the Federal government is the best way to deal with unemployment caused by AI.

AI/robotics will produce goods & services far in excess of the increase in the money supply, so there will not be inflation

Le problème des incitations

Un revenu garanti sans contrepartie de production sur le marché détruit une chose essentielle : l’incitation à produire. L’incitation à l’action productive et intentionnelle est pourtant le moteur fondamental de l’action humaine, et donc de l’échange, de la coopération, de la concurrence et du progrès. Un revenu sans condition dévalorise donc non seulement le travail, mais aussi l’intérêt de la coopération productive au sein du marché, et brouille le signal prix du temps humain.

C’est un problème dont Ludwig von Mises parlait déjà en 1922 dans son livre Socialisme. Dans ce livre, il démontre l’impossibilité du calcul économique sans propriété privée, mais il explique également que des revenus fixes et décidés arbitrairement sont contre-productive. Pourquoi ? Car dans une économie de marché, les salaires, par exemple, reflètent la productivité marginale des individus et la demande de leurs compétences par les entreprises.

Comme les prix sont un signal sur la rareté relative des biens, les salaires sont également un signal sur les compétences et la spécialisation des individus. Une réalité importante et cruciale dans la division du travail. Ainsi, l’égalité des salaires (et même l’existence d’un salaire minimum légal) brouille le signal et empêche une bonne répartition et allocation des talents et compétences dans l’économie.

La conséquence logique est une mauvaise allocation du capital le plus important dans l’économie : le temps humain. La conséquence ? Une baisse globale de la productivité dans la société, et donc une baisse du niveau de vie des individus.

Le problème du coût d’opportunité de la monnaie

Un revenu universel retire à la monnaie son coût d’opportunité, c’est-à-dire qu’on l’obtient sans avoir renoncé à quelque chose en contrepartie. En tant que bien unique sur le marché, la monnaie est précisément échangée, accumulée et détenue pour sa capacité à différer des échanges et à conserver une option ouverte. Ces options s’arbitrent dynamiquement et quotidiennement, ce qui donne un « coût » à la monnaie, qu’on perd inévitablement quand celle-ci tombe du ciel. À l’échelle du marché, l’absence de coût, donc de prix donné à la monnaie, brouille le calcul économique et donc l’allocation efficace du capital rare. La quantité de monnaie n’est jamais neutre, pas plus que les effets inégaux liés à sa distribution sur le marché.

Hayek l’avait parfaitement compris : le système des prix est le seul mécanisme capable de transmettre une information dispersée et subjective à l’ensemble des acteurs du marché. Distribuer de la monnaie sans contrepartie productive, c’est injecter du bruit dans ce système d’information. C’est saboter le seul outil que la société possède pour allouer efficacement ses ressources rares.

Le problème plus profond : la nature du marché, c’est la déflation

Dans un contexte de gains de productivité continus permis par le marché libre, les prix tendent naturellement vers leur coût marginal de production. C’est la promesse réelle du capitalisme, celle de produire plus, mieux et moins cher. Comme le dit Jeff Booth dans son livre Le Prix de demain, le capitalisme est une machine à créer de l’abondance à partir de la rareté. Avec une monnaie saine, ancrée dans la rareté, ces gains se traduisent mécaniquement par une appréciation du pouvoir d’achat de celle-ci, c’est mécanique, c’est historique. Dans un tel contexte de monnaie libre et non manipulée, il n’y a pas besoin de revenu universel distribué par l’État providence. La monnaie elle-même devient le revenu universel. Chose géniale : contrairement à l’inflation monétaire, tous les détenteurs de la monnaie sont touchés globalement et instantanément par ce phénomène.

C’est d’ailleurs ce qu’illustre l’histoire du 19ème siècle sous étalon-or : une déflation douce et continue, portée par les gains de productivité de la révolution industrielle, qui a élevé le niveau de vie de l’ensemble de la population sans qu’aucun État providence ne soit nécessaire pour y parvenir.

Le problème du système monétaire actuel

L’argument sur l’inflation monétaire révèle une incompréhension profonde du système monétaire et bancaire actuel. Les banques centrales ne laisseront jamais les gains de productivité permis par l’IA entraîner une hausse du pouvoir d’achat de la monnaie. Leur mandat hypocrite de « stabilité des prix » est précisément conçu pour neutraliser cette déflation naturelle, le tout pour favoriser les débiteurs, États en tête. C’est toute l’histoire monétaire du 20ème siècle : celle du vol continu du temps et de l’énergie des individus au profit de l’État.

Pour les banques centrales, l’IA représente donc l’opportunité historique colossale. Bien plus importante que l’entrée de l’ancien bloc soviétique, de l’Asie ou même de la Chine dans l’économie mondiale : une pression déflationniste d’une ampleur inédite à absorber par l’impression monétaire. Chaque gain de productivité sera confisqué, chaque baisse de prix sera neutralisée. C’est cette fameuse bataille des forces contraires entre le marché libre et l’État qui cherche à vivre des richesses créées par les classes productives.

L’effet Cantillon à l’échelle de l’IA

Contrairement à ce que Musk pense, l’inflation sera toujours bien présente, massive, mais invisible. De manière contre-intuitive, on le verra dans des prix qui demeurent stables, au lieu de baisser. Le résultat ne sera pas l’inflation des prix classique visible. Ce sera la concentration du capital vers les premiers bénéficiaires de la monnaie créée.

Ce sera l’effet Cantillon à une échelle que nous n’avons jamais connue : les cantillonnaires achèteront les actifs financiers et ressources en masse, ils écraseront les petits entrepreneurs, bloqueront durablement l’ascenseur social fantastique qu’est le marché libre. En bref, ils captureront l’intégralité des gains permis par l’IA. Les inégalités n’auront jamais été aussi violentes, malgré le revenu universel.

En fait, le revenu universel dissimulera certainement le plus grand vol et la plus grande captation de richesse de l’histoire de l’humanité.

Café Viennois

https://media.viennois.cafe/p/le-piege-du-revenu-universel?utm_source=publication-search 

 


 

C) -  Allocation universelle

L'allocation universelle (Guaranteed minimum income, Basic Income Guarantee, etc.) se présente comme un revenu de base versé à tous, d'un montant permettant de vivre, indépendamment du besoin qu'en a celui qui la reçoit, et sans obligation de travail en contrepartie.

L'idée est ancienne et remonte à Thomas Paine, Jeremy Bentham, voire le De subventione pauperum sive de humanis necessitatibus de l'humaniste judéo-catalan Joan Lluís Vives i March (1526)...

Même si ce concept n'est pas purement libéral, certains libéraux le jugent préférable aux allocations actuelles (comme le « revenu minimum d'insertion » en France, devenu ensuite « revenu de solidarité active ») qui sont des trappes à pauvreté. En effet, l'allocation universelle n'entraîne pas un phénomène de désincitation au travail, puisqu'elle est versée sans conditions (pour ceux qui ont des revenus suffisants, elle se traduit par une baisse de l'impôt équivalente). Il est donc toujours avantageux de travailler plutôt que de se contenter de l'allocation. C'est à cette fin qu'un parti comme Alternative Libérale proposait un revenu d'existence (ou revenu de liberté) inconditionnel. Milton Friedman ne proposait pas exactement un revenu minimal, mais un « impôt négatif ».

Dans certaines propositions libérales, comme celle de Philippe van Parijs, le salaire minimum serait diminué ou supprimé en contrepartie de l'allocation universelle, ce qui permettrait d'abaisser le coût du travail et de relancer l'emploi. D'autres proposent un revenu minimum du travail (RMT) qui viendrait compléter le revenu mensuel de tout salarié en dessous d'un certain niveau de salaire, avec en contrepartie la suppression du salaire minimum[1]

Critique libertarienne

Étonnamment, pour certains libéraux l'allocation universelle ne serait pas du vol en raison de son universalité ! Or il s'agit bien d'une redistribution issue de l'impôt, donc de la coercition, celui qui ne paie pas d'impôt étant assisté par celui qui en paie[2]. Les inconvénients de cette allocation sont les mêmes que pour d'autres formes d'assistanat, avec des désavantages supplémentaires :

  • encouragement à la paresse d'une partie de la population, qui choisira de vivre aux dépens des actifs (et pourra trouver en cas de besoin des compléments de revenu dans le travail non déclaré)[3] ; des sondages montrent que si une telle allocation existait, une proportion importante de la population (30 à 40 %[4]) choisirait de moins travailler ;
  • cette population assistée aura tendance à toujours croître, et comme on ne pourra décemment diminuer l'allocation, les impôts devront être augmentés d'autant ;
  • par effet d'aubaine, l'allocation attirera de nombreux nouveaux résidents, pauvres ou riches (ces derniers pourront toujours avoir à l'étranger des revenus ou une fortune non déclarés[5])
  • cette allocation pourrait être conçue, d'un point de vue libéral pragmatique, comme une mesure temporaire avant une suppression complète de l'assistanat (c'est dans cet esprit que Milton Friedman la défendait, pour éviter l'empilement actuel d'allocations sociales) ; en réalité, sous la pression de la démagogie, elle risque au contraire d'être le début d'un engrenage redistributeur social-démocrate préparé par des libéraux naïfs.

Alain Wolfelsperger juge immorale l'allocation universelle, d'une part parce que « les laborieux sont injustement exploités par les paresseux », d'autre part parce que cette allocation n'impose en contrepartie aucune obligation aux bénéficiaires[6] :

« Ce qui choque, à cet égard, dans l'allocation universelle c'est justement qu'elle exonère explicitement les bénéficiaires de toute obligation de réciprocité et non pas qu'elle est contraire à on ne sait quelle éthique puritaine du travail. Ce n'est pas la sacralisation du "droit à la paresse" qu'on peut lui reprocher mais la condamnation de facto du principe de réciprocité (ou de non-exploitation) qu'elle implique. [...] [Le projet d'allocation universelle] repose sur une contradiction, pour ainsi dire, constitutionnelle : d'un côté il fait vaguement appel à la conscience morale des plus favorisés sur cette Terre pour accepter les sacrifices qu'implique sa mise en place mais, de l'autre, il conduirait au rejet formel de certains des principes les mieux universellement inscrits dans cette conscience morale. »
    — Alain Wolfelsperger

Henry Hazlitt, qui avait proposé en 1939 un « subside décroissant » (tapering subsidy : une allocation réduite progressivement, proportionnellement au revenu), indiqua avoir abandonné l'idée quand il se vit confronté à un dilemme : toute allocation de type « impôt négatif » (negative income tax) se révèle insuffisante pour les plus pauvres, et excessive pour les plus riches.

Arguments des libéraux de gauche

Pour les libéraux de gauche, l'allocation universelle ne doit son existence qu'à un contrat dont l'objet est le système monétaire choisi. Étant un système monétaire librement choisi, donc un libre contrat institué entre les hommes qui acceptent de l'utiliser, l'argument libertarien qui affirme que la monnaie est une affaire privée est respecté. Il n'est ainsi pas d'obligation pour aucun homme de rejoindre un système monétaire à allocation universelle, et chacun peut donc librement refuser cette allocation.

L'allocation universelle n'est pas l'objet d'une redistribution qui prendrait aux uns pour distribuer aux autres mais est donc fondée sur un choix de paradigme lié à la création monétaire et au libre choix d'un tel système monétaire.

Si en effet on produit de plus en plus un même objet avec les gains de productivité, son prix unitaire peut baisser et par ailleurs la somme totale des objets ainsi produits peut voir sa valeur globale monter. Il n'en n'est pas autrement dans ce paradigme pour l'instrument d'échange universel qu'est la monnaie. Elle se crée sur la base des individus et uniquement des individus, et ce faisant, si sa valeur unitaire peut baisser (quoique cela dépendra de la production en regard qui peut augmenter ou baisser elle même) et sa valeur globale peut monter puisqu'en contre-partie chaque individu peut choisir de devenir un producteur autonome avec le libre choix des ressources qu'il utilise pour cela.

En sus, et cet argument compte depuis au moins 1791 dans les droits de l'Homme de Thomas Paine, les individus sont mortels et n'ont pas de comptes à se rendre au-delà d'un temps égal à l'espérance de vie. Il n'y a donc aucune raison devant les libertés que les individus morts aient choisi qui serait propriétaire des ressources après eux, créant un biais inacceptable devant l'appropriation des ressources originelles des uns au détriment des autres. Ce qui rejoint aussi le proviso lockéen, en intégrant la succession continue des générations.

Thomas Paine[7] expliquait déjà cela selon les termes suivants :

« Ceux qui ont quitté ce monde et ceux qui n'existent pas encore sont à la plus grande distance les uns des autres que l'imagination humaine puisse concevoir : quelle possibilité d'obligation peut-il donc y avoir entre eux ? Quelle règle ou quel principe peut-on poser pour que deux êtres imaginaires dont l'un a cessé d'être et l'autre n'existe pas encore, et qui ne peuvent jamais se rencontrer dans ce monde, l'un soit autorisé à maîtriser l'autre jusqu'à la consommation des siècles ? »

De ce point de vue, l'allocation universelle est donc bien loin d'un assistanat, mais la condition même de la liberté de tout individu nouveau né, en mesure de ce fait d'utiliser les ressources de son choix pour produire et échanger de façon autonome sur la base d'une monnaie véritablement commune et ne faisant l'objet d'aucun impôt, étant créée non pas une seule fois, mais sur la seule base du flux de renouvellement des individus au sein de l'espace économique considéré.

On peut donc ainsi considérer que l'allocation universelle est fondée sur l'homme lui-même et rien d'autre, instituant ainsi que seul l'homme lui-même et son temps d'existence sont valeurs reconnues par les co-contractants. On considère alors que toute valeur étant relative à l'homme qui l'estime seule la monnaie basée sur l'homme est celle sur laquelle ils peuvent s'accorder pour un instrument d'échange. Il s'agit donc d'un contrat monétaire librement choisi qui par essence reconnaît que tout homme est émetteur fondamental de rien d'autre que des valeurs subjectives hors une seule, la monnaie, non-subjective parce qu'objet d'un contrat entre eux, donc que tout homme est émetteur fondamental de la monnaie.

Pour les libertariens, la création monétaire devrait être une affaire totalement privée, confiée au marché ; on ne peut par ailleurs, en régime libéral, disposer des ressources appropriées sans le consentement de leurs propriétaires. Si une communauté veut instaurer librement une monnaie privée avec « dividende universel », pourquoi pas ? La viabilité d'un tel projet est cependant très douteuse, car faire bénéficier tout le monde de la création monétaire ex nihilo de façon égale est un jeu à somme nulle du point de vue du « bénéficiaire », l'allocation n'étant qu'une illusion de richesse compensée en fait par l'inflation, et une utopie d'un point de vue économique : un tel système, prétendument basé sur un libre contrat mais offrant une forme de gratuité illusoire, s'il était viable, serait déjà en place et prospèrerait (comme les SELs ou certaines monnaies privées). There Is No Free Lunch !

Citations

  • « Ils prétendent que tout homme a le droit de vivre sans travailler et, en dépit des lois de la réalité, qu’il a droit à un "minimum vital" - un toit, des aliments et des vêtements -, sans faire aucun effort, comme un privilège de naissance. Qui doit lui fournir tout cela ? Mystère. » (Ayn Rand, Atlas Shrugged, discours de John Galt)
  • « L'homme, comme tous les êtres organisés, a une passion naturelle pour l'oisiveté. (...) Toute mesure qui fonde la charité légale sur une base permanente et qui lui donne une forme administrative crée donc une classe oisive et paresseuse, vivant aux dépens de la classe industrielle et travaillante. C'est là, sinon son résultat immédiat, du moins sa conséquence inévitable. » (Alexis de Tocqueville, Mémoire sur le paupérisme)
  • « Ma principale objection contre le revenu minimum garanti s'enracine dans la sagesse du choix public : par défaut d'incitation, la structure étatique nous assure que les bonnes intentions et les théories élégantes se traduisent rarement par de bons résultats en politique publique. Le plus gros risque à mettre en place un revenu garanti est qu'il ne remplace pas complètement - ni même partiellement - les programmes d'assistance existants, mais qu'il consiste seulement à rajouter une nouvelle couche de dépenses au-dessus des couches existantes. » (Véronique de Rugy[8])
  • « L’assurance d’un certain revenu minimum pour tous, une espèce de plancher en-dessous duquel personne ne devrait tomber même lorsqu’il n’arrive pas à s’auto-suffire, apparaît non seulement comme une protection tout à fait légitime contre un risque commun à tous, mais un élément nécessaire de la Grande Société dans laquelle l’individu n’a plus de demande spécifique pour les membres d’une communauté particulière dans lequel il est né. » (Friedrich Hayek, Droit, législation et liberté)
  • « Le socialisme, d’après ce qu’il est possible de saisir dans l’ensemble de ses propositions, veut faire de la société une immense ruche dont chaque alvéole recevra un citoyen auquel il sera enjoint de rester coi et d’attendre patiemment qu’on lui fasse l’aumône de son propre argent. Les grands dispensateurs de cette aumône, percepteurs suprêmes des revenus universels, formeront un état-major, passablement renté, qui, en se levant le matin, daignera satisfaire l’appétit public ; et qui, s’il dort plus longtemps que de coutume, laissera trente-six millions d’hommes sans déjeuner. » (Anselme Bellegarrigue)
  • « Je suis pour un revenu de base financé uniquement par ceux qui y sont favorables... » (Thierry Falissard)
  • « Ce concept est le prototype des droits créances consistant à faire croire à chacun qu'il peut exiger des autres le paiement d'une dette qu'ils n'ont jamais contractée. Cette illusion dénature les rapports sociaux en contribuant à leur déséquilibre et en favorisant des revendications infondées. » (Jean-Philippe Delsol[9])
  • « Le revenu de base inconditionnel est d’abord critiquable sur le plan éthique : il représente une attaque frontale contre la dignité et l’autonomie humaines. Il officialise la destruction d’un droit fondamental, le droit de propriété, qui implique que chacun est propriétaire de son capital humain et conserve les fruits de son travail. Le revenu de base inconditionnel légalise de facto le vol : il confère un droit de vivre sur le dos d’autrui, en contradiction avec la morale la plus élémentaire. En mettant en avant les besoins matériels de chacun, plutôt que la création de richesse à travers l’échange, il aboutit à la paupérisation de la société. Mais il crée avant cela l’illusion que l’être humain peut vivre aux dépens des efforts des autres. » (Pierre Bessard[10])
  • « Pour s'assurer du soutien des masses, les nouveaux pouvoirs populistes leur promettront, comme d'aucuns le proposent déjà, une « allocation universelle », payée à toute personne qui se donne la peine de vivre, qu'elle travaille ou non, quels que soient son âge, son état de fortune, sa condition ou ses mérites. On offrira, pour la première fois depuis l'expulsion d'Adam et Eve du jardin d'Eden, le droit de vivre sans travailler, certes médiocrement et sans fleuves de lait. Cela vaudra bien la peine de « faire payer les riches », même si, une fois que ceux-ci auront disparu, ou seront devenus pauvres, on ne sait qui financera le futur Paradis social. L'expérience communiste a montré que le seul mérite du socialisme était toujours la répartition à peu près égale de la misère. » (Thierry Afschrift[11])

Notes et références

  • Voir Libéraliser le Marché du Travail, Gabriel A. Giménez-Roche, Libres ! 100 idées, 100 auteurs.

  • "Le pillage réciproque n'en est pas moins pillage parce qu'il est réciproque" (Frédéric Bastiat).

  • Ce phénomène est à relativiser en fonction des barèmes de l'impôt sur le revenu. Il sera moindre dans les pays où l'impôt ne s'applique qu'à partir d'un certain montant minimal de revenu (ce qui fait qu'en France la moitié des foyers ne paient pas d'impôt).

  • Revenu garanti, « la première vision positive du XXIe siècle »

  • Le cas s'est déjà vu pour des Anglais résidant en France et déclarant leur revenu au Royaume-Uni : ils perçoivent en France des aides sociales puisqu'ils n'y ont aucun revenu.

  • L’allocation universelle, une immoralité ?, Contrepoints

  • « Thomas Paine et le revenu de base »

  • Véronique de Rugy, Reason, mars 2014

  • Jean-Philippe Delsol, Le revenu universel ou l'assistanat à vie, Les Échos, 22 mars 2016

  • Pierre Bessard, L'AGEFI, 30 mars 2016

    1. Thierry Afschrift, La Tyrannie de la redistribution, 2016

    Bibliographie

    • 2013,
      • Zachary Caceres, Michael Strong, "BIG in Free Cities", In: Guinevere L. Nell, dir., "Basic Income and the Free Market: Austrian Economics and the Potential for Efficient Redistribution (Exploring the Basic Income Guarantee)", New York: Palgrave Macmillan, pp201-220
      • Troy Camplin, "BIG and the Negative Income Tax: A Comparative Spontaneous Orders Approach", In: Guinevere L. Nell, dir., "Basic Income and the Free Market: Austrian Economics and the Potential for Efficient Redistribution (Exploring the Basic Income Guarantee)", New York: Palgrave Macmillan, pp99-122
      • Daniel Kuehn, "The BIG as a Helicopter Drop “with Austrian Characteristics", In: Guinevere L. Nell, dir., "Basic Income and the Free Market: Austrian Economics and the Potential for Efficient Redistribution (Exploring the Basic Income Guarantee)", New York: Palgrave Macmillan, pp65-79
      • Cameron Weber, "Taming Leviathan with a Basic Income", In: Guinevere L. Nell, dir., "Basic Income and the Free Market: Austrian Economics and the Potential for Efficient Redistribution (Exploring the Basic Income Guarantee)", New York: Palgrave Macmillan, pp81-96
    • 2015, "A Philosophical Economist’s Case against a Government-Guaranteed Basic Income", The Independent Review, Vol XIX, n°4, pp489–502

    Liens externes


    https://www.wikiberal.org/wiki/Allocation_universelle

     

     

     
     

     

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