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janvier 11, 2026

Iran "libéré" et puis après ?

Le gouvernement iranien adresse un avertissement direct au président Trump et aux États-Unis, déclarant qu'il est prêt à frapper les bases militaires américaines, les navires américains et même Israël si les États-Unis attaquent l'Iran. 
L'Iran affirme également que les frappes préventives ne sont pas exclues, laissant entendre qu'il pourrait être prêt à frapper le premier. Téhéran dénonce une manipulation violente des troubles 
 
Le secrétaire du Conseil suprême de sécurité nationale iranien, Ali Larijani, tranche sans ambiguïté : 
👉 Les événements récents en Iran ne relèvent plus de la contestation sociale. 
👉 Une organisation violente et structurée a détourné des tensions économiques réelles pour semer la terreur. Selon lui, ces groupes ont mené des actes extrêmes — assassinats, incendies, décapitations — avec des méthodes comparables à celles de État islamique. 
 
📌 Conclusion officielle : assimiler ces crimes à des manifestations légitimes est une faute d’analyse grave. Ce qui est à l’œuvre ici n’est pas une protestation populaire, mais une stratégie de chaos organisé depuis l’extérieur. 
 
Les miliciens de Khamenei ont pris le contrôle de tous les hôpitaux de Téhéran pour arrêter tous les blessés par balles sans même leur laisser le temps d’être soignés ! 
 
Si le monde continue son silence des dizaines de milliers d’iraniens seront massacrés !! 
On est déjà à plus de 2000 jeunes tués en 48h ! 
Des milliers ont déjà perdu un œil ou les deux parce que les miliciens visent les visages avec du plomb. 
 

 
Les États-Unis surveillent de près les signes indiquant que les manifestations en Iran pourraient faire tomber le régime. 
 
Jeudi, des manifestants iraniens ont envahi les rues de Téhéran et d'autres villes. Des images de bâtiments gouvernementaux en flammes et de coupures d'internet par les autorités ont circulé, sans toutefois parvenir, pour l'instant, à rétablir l'ordre. Le point crucial : en début de semaine, les services de renseignement américains estimaient que les manifestations manquaient d'ampleur pour menacer la stabilité du régime, ont déclaré des responsables américains à Axios. Mais cette analyse est en cours de révision au vu des événements récents. « Les manifestations sont sérieuses et nous continuons de les surveiller », a déclaré un haut responsable américain. Contexte : les manifestations ont pris de l'ampleur et se sont étendues au cours des douze dernières nuits, celle de jeudi soir étant la plus importante à ce jour. 
 
Elles sont principalement alimentées par la crise économique que traverse le pays, qui s'est aggravée suite à la volonté du président Trump de renforcer les sanctions et aux dégâts causés par la guerre de douze jours en juin. Selon plusieurs médias, certains manifestants scandaient ouvertement jeudi des slogans réclamant la chute du régime. Le président iranien, Massoud Pezeshkian, réformateur au sein du régime théocratique, a admis ces derniers jours que le gouvernement iranien n'avait pas de solution à la crise. Jeudi, il a ordonné aux forces de sécurité de ne pas s'en prendre aux manifestants pacifiques, mais a fait une distinction pour les émeutiers armés ou violents. Les médias d'État iraniens minimisent l'ampleur des manifestations. 
 

 
 
Par ailleurs, l'accès à Internet a été quasi totalement coupé dans tout le pays jeudi, selon NetBlocks. Trump a averti à plusieurs reprises que les États-Unis pourraient recourir à la force militaire si l'Iran tuait des manifestants. Cependant, il s'est montré relativement mesuré lors d'une interview jeudi dans l'émission « The Hugh Hewitt Show ». Trump a affirmé que certains des plus de 30 manifestants tués jusqu'à présent étaient morts à cause de « problèmes de gestion des foules ». Il a également refusé d'apporter son soutien à Reza Pahlavi, fils du Shah, destitué lors de la révolution islamique de 1979. Pahlavi a tenté de s'emparer du devant de la scène politique et a appelé à de nouvelles manifestations vendredi à 20h, heure locale. « Je pense que nous devrions laisser tout le monde descendre dans la rue et nous verrons qui en sortira vainqueur », a déclaré Trump, ajoutant qu'il ne serait pas forcément « approprié » pour lui de soutenir Pahlavi. 
 
À suivre : D'importantes manifestations ont eu lieu en Iran en 2022, affaiblissant le régime sans toutefois le faire tomber. Certaines personnalités intransigeantes à Washington espèrent que, cette fois-ci, le régime s'effondrera véritablement. Le sénateur Lindsey Graham (R-Caroline du Sud) a appelé les Iraniens à intensifier les manifestations et a souligné que Trump les soutiendrait. « Les voyous, les dictateurs, les brutes et les assassins qui défient le président Trump ne font pas long feu. Rendons sa grandeur à l'Iran », a-t-il écrit sur X.
 
 

 
Les visions d'après avec  Cédric Labrousse:

 "Rare intervention de cadres israéliens qui, s'ils notent une mobilisation dans la rue iranienne en augmentation, ne voient pas le régime des mollahs être déstabilisé ou en phase d'effondrement pour le moment. On ne pourra pas les accuser d'être des paillassons de Khamenei. 
 
Notons que cela converge avec le postulat du renseignement américain, confirmé hier par des révélations de l'agence Axios. Et, parce que j'ai quelques oreilles qui traînent, du renseignement français. Notons que le renseignement turc a également, via Fidan, fait ce constat. 
 
Rappelons que les Israéliens ont un des meilleurs réseaux d'espionnage et d'infiltration au sein de la société iranienne, y compris dans des strates du régime. Ils l'ont encore prouvé en juin 2025. Ils peuvent donc jauger au mieux de la réalité d'une chute du régime. 
 
Il faut vraiment que l'on garde à l'esprit, oui pas simple car il y a l'enthousiasme de voir disparaître l'un des pires régimes installés au siècle dernier, que les réseaux sociaux sont des miroirs déformants. Ce n'est pas casser l'ambiance. C'est revenir aux faits. 
 
L'effondrement du régime en Iran serait plus que bienvenu. Les mieux préparés à cela sont les kurdes qui disposent déjà de partis, d'une plateforme commune et de groupes armés prêts à organiser l'autonomie de facto de leur région. Faisons un point précis. A force de ne braquer le projecteur que sur la transition au pouvoir à Téhéran, que l'on ne peut qu'espérer au demeurant, nous oublions que l'Iran est un pays qui dispose déjà, sur son sol, de plusieurs forces armées et politiques, très investies et organisées, localement. 
 
Quatre minorités disposent d'outils prêts à s'auto-gouverner, et encore loin de partager un agenda avec l'opposition nationale. 
1) Les baloutches (groupes armés et politiques). 
2) Les azéris (politiquement). 
3) Les arabes de l'Ahwaz (groupes armés et politiques). 
 

Les kurdes d'Iran. 
Ce sont probablement ceux qui disposent des outils les plus complets pour pallier à l'effondrement du régime iranien. Avec plusieurs partis politiques, capables de s'entendre via une plateforme commune, et de nombreux combattants actifs. 
 
Tout d'abord, il faut noter le sérieux de l'opposition kurde. Qui dispose d'une plateforme commune réunissant la majorité des partis kurdes iraniens. Le Centre de Coopération des Partis Politiques du Kurdistan Iranien est actif depuis plusieurs années. Gage de sérieux. Le contraste est terriblement saisissant entre l'amateurisme des oppositions nationales, qui n'ont jamais réussi à planifier une seule plateforme commune depuis des décennies, et encore moins depuis le soulèvement de 2022. Et cette plateforme réunissant le spectre kurde. Cet avantage est crucial pour les kurdes d'Iran : ils pourront, certes avec des rivalités qui pourraient éclater très rapidement entre eux (ne soyons pas naïfs), établir un panorama clairement identifiable par les chancelleries. Mais également peser sur le nouveau pouvoir. De plus, avec le Kurdistan autonome irakien, les forces kurdes iraniennes ont toujours disposé, historiquement, et encore maintenant, d'une puissante base arrière leur permettant d'agir mais également de sécuriser leur survie politique et armée. 
Excellente stratégie. 
 
Maintenant, regardons factuellement ce qu'il en est ces derniers jours.
Et bien les forces kurdes sont déjà engagées dans des combats avec les forces du régime des mollahs. Comme cette attaque du PAK à Nurabad, dans le Lorestan. 

 
 
 
Le PAK est, par ailleurs, le parti le plus investi politiquement et militairement depuis le début des récents évènements. Quand bien même il n'est pas le plus important, ni celui disposant du plus d'hommes via sa branche armée, la SMK (Armée nationale du Kurdistan). 
 

L'acteur pour lequel il faudra être très attentif est le PJAK. C'est la branche iranienne du PKK. Il dispose d'une branche armée, les YRK (dont l'iconographie rappelle très clairement celle des YPG en Syrie, pour le PYD). C'est le groupe disposant d'un arsenal militaire conséquent et de troupes très bien formées, ayant disposé des enseignements des engagements du PKK en Turquie et en Irak, ou encore des YPG en Syrie.
 
Le groupe est souvent la cible des forces du régime iranien. Récemment encore, le PJAK et ses bases furent bombardés par l'aviation iranienne fin novembre 2025. Et près de 11 combattants du groupe furent tués dans cette opération. Le PJAK est souvent vu comme un adversaire des plus déterminés par les mollahs de Téhéran. 
 
 
 
 
Le PDKI est également un parti d'importance. Un des plus anciens partis d'autodétermination kurde présents en Iran, fondé en 1945 peu de temps avant l'éphémère République de Mahabad que ce parti participation à établir). Il dispose également d'une branche armée. 
 

 
 
Notons que le PDKI, quinacvepte un principe d'Etat fédéral autant que d'autonomie ou d'indépendance, est membre d'une plateforme commune avec d'autres minorités présentes en Iran. Le Congrès pour les Nationalités d'un Iran fédéral a été créé à Londres en 2005. "
 
 

 
 

 
 
 
"  Vous avez apprécié le point sur les kurdes iraniens, à même de prendre rapidement le contrôle de leurs régions en cas de chute du régime, grâce à leur organisation préalable.
 
Parlons donc des forces d'une autre communauté qui pourraient sauter sur l'occasion : les baloutches. 
 

Cette minorité ethnique, linguistique et religieuse est présente dans le sud-est de l'Iran. Elle est également (et plus massivement) implantée dans au Pakistan et, dans une moindre mesure, en Afghanistan).
La résistance baloutche à des pouvoirs remonte à plusieurs siècles...
Cependant, le nationalisme baloutche, qui peut être autonomiste ou indépendantiste, est plus récent. Remontant à la seconde moitié du XXème siècle. Mais dès les années 1930, l'apparition de la Société pour l'unité baloutche et le Baloutchistan annonçait un regain. Depuis, de nombreuses factions politiques et / ou armées ont fait leur apparition. Allant de revendications d'autonomie régionale (en Iran dans le cas qui nous intéresse) jusqu'au principe d'une scission nette avec Téhéran pour entamer une construction nationale. 
 

 
En 2026, plusieurs de ces forces sont toujours actives en Iran et / ou au Pakistan. À l'instar des kurdes, profitant d'une zone montagneuse mal contrôlée entre la Turquie et l'Irak pour leurs bases arrières, les forces baloutches d'Iran profitent du Pakistan comme appui. J'oublie de dire en quoi c'est une minorité religieuse en Iran. Près de 90 % de la population iranienne est, grosso modo, considérée comme chiite (s'ils ne sont pas religieux, au moins de culture). Les baloutches, comme de nombreux kurdes, sont... sunnites. Bref, continuons. Plusieurs forces armées également politiques composées de baloutches ou revendiquant une identité baloutches sont actives en Iran. A l'instar des kurdes disposant déjà de groupes armés, d'armes et de représentations politiques depuis des décennies. 
 

Commençons par l'Armée de Libération du Baloutchistan.
Ce groupe armé, désigné terroriste par les Etats-Unis par ailleurs, est principalement actif au Pakistan mais dispose de base et d'hommes en Iran, dans la région du Sistan-Baloutchistan. Ce groupe dispose de plusieurs milliers d'hommes (et de femmes) combattant(e)s dans une zone à cheval sur la frontière irano-pakistanaise.
Il est l'héritier du Front de Libération du Peuple Baloutche qui fut écrasé en 1973 par une alliance irano-pakistanaise. Comme vous venez de le lire, la lutte des pouvoirs centraux iraniens contre les ambitions d'autodétermination baloutche est ancienne. Et pas uniquement liée au régime des mollahs. Ici, on remonte à l'époque du Shah (père du si médiatique @PahlaviReza). Cependant, ce n'est pas l'Armée de Libération Nationale qui pourrait être la plus active à profiter de l'effondrement du dispositif militaire et sécuritaire si le régime venait à s'écrouler.
Mais un autre groupe, bien plus actif et engagé sur le terrain iranien...
 
 
En effet, un groupe armé s'est constitué en 2012 sur les cendres d'une précédente organisation islamiste sunnite baloutche : Jund Allah.
La Jaysh al-Adl défend un calendrier radical : indépendance du baloutchistan et établissement d'une gouvernance islamique. Vous vous en doutez : le groupe est bien évidemment classé terroriste. Aussi bien en Iran qu'aux États-Unis ou encore en Chine et en Russie.
Il dispose d'au moins plusieurs centaines de combattants, avec une capacité de recrutement pouvant évoluer en cas de crise du régime. Jaysh al-Adl est un véritable problème pour tous les pouvoirs centraux iraniens. Actuels comme à venir. Pour vous donner un exemple, le groupe a été visé dans des opérations de bombardements massifs en 2024 de la part de l'Iran et du Pakistan. 
 

L'éventuelle faillite du système sécuritaire et militaire du régime iranien, dans la perspective de sa chute / dislocation dans le chaos, ouvrirait en grand les portes de nombreuses structures militaires (dépôts d'armes, munitions, véhicules...) pour Jaysh al-Adl et d'autres. Pourquoi d'autres ? Car oui, plusieurs groupes sont également actifs dans la zone baloutche.
Je n'en citerai qu'un seul supplémentaire : Ansar al-Furqan.
Il est bien plus radical (jihadistes ouvertement) que Jaysh al-Adl. Et il a mené plusieurs attentats (ex : 2018). Bref. Je pourrais continuer.
 


Mais cela de vous donner à voir, de nouveau, que l'effondrement, souhaitable, du régime des mollahs posera bien des difficultés. Notamment en cas d'effondrement du système sécuritaire et militaire du pays. C'est tout l'enjeu de sortir de l'amateurisme terrible de l'opposition iranienne en exil que de s'emparer également de ces sujets déterminants. La chute du régime des mollahs est une chose. Gérer cette chute en est une autre, bien plus complexe.
Il est évident que l'Azerbaïdjan va jouer des coudes en cas d'effondrement. Notons que les deux pays entretiennent des relations très tendues, notamment depuis le conflit avec l'Arménie. L'Iran des mollahs ayant soutenu l'Arménie tandis qu'Israël soutenait l'Azerbaïdjan."
 
 
"La dernière déclaration de Reza Pahlavi est désastreuse. Si le propos de base est intéressant (il comprend que le régime sordide des mollahs tient grâce à l'industrie pétrolière), la fin est catastrophique : j'arriverai quand vous aurez fait le travail... C'est terrible...
 
"Mes chers compatriotes, Votre courage et votre détermination ont suscité l'admiration du monde entier. Votre présence, une fois de plus glorieuse, dans les rues d'Iran vendredi soir a été une réponse cinglante aux menaces du chef traître et criminel de la République islamique. Je suis certain qu'il a vu ces images depuis sa cachette et qu'il a tremblé de peur. Maintenant, grâce à votre réponse décisive au premier appel, je suis certain qu'en ciblant davantage notre présence dans la rue et, simultanément, en coupant les circuits financiers, nous mettrons complètement à genoux la République islamique et son appareil de répression usé et fragile. À cet égard, j'appelle les travailleurs et les employés des secteurs clés de l'économie, notamment des transports, du pétrole, du gaz et de l'énergie, à entamer un processus de grève nationale. Je vous invite également tous à descendre dans la rue aujourd'hui et demain, samedi et dimanche (10 et 11 janvier), dès 18h, munis de drapeaux, d'images et de symboles nationaux, afin d'occuper l'espace public. Notre objectif n'est plus seulement de manifester dans la rue ; il s'agit de nous préparer à conquérir et à défendre les centres-villes. Pour atteindre cet objectif, déplacez autant de voies de circulation que possible vers les centres-villes et reliez les populations dispersées. Parallèlement, préparez-vous dès maintenant à rester sur le terrain et à assurer l'approvisionnement nécessaire. Aux jeunes de la Garde éternelle iranienne, et à toutes les forces armées et de sécurité qui ont rejoint la Plateforme de coopération nationale, je dis : Ralentissez et perturbez encore davantage la machine de répression afin que, le jour promis, nous puissions la désactiver complètement. Je me prépare également à rentrer dans ma patrie pour être avec vous, grande nation iranienne, lorsque notre révolution nationale aura triomphé. Je crois que ce jour est très proche. L'Iran qui perdure !"
 

 
Il pourrait déjà s'installer dans un pays voisin pour y superviser, tout en réunissant des opposants de tout bord, près de la frontière de son pays, la situation. Et non pas rester dans le confort des luxueux appartements américains. La Turquie pourrait l'accueillir. Il gagnerait en crédibilité en étant à quelques kilomètres des frontières du pays. C'est ainsi que, même si elle a échoué lamentablement, la Coalition Nationale Syrienne était tout de même crédible un tant soit peu : elle était de l'autre côté de la frontière, en Turquie.  
Mais l'opposition iranienne, dans sa globalité, bien au delà de la base de Pahlavi (donc 'es autonomistes arabes, kurdes, les indépendantistes baloutches, les réformistes religieux, les radjavistes, etc...), ne va pas attendre d'un potentiel dirigeant en... télétravail. Au bout d'un moment, il doit aussi montrer des gages. Et pas seulement aux iraniens. 
Mais aussi aux Occidentaux dont il cherche désespérément le soutien. Donc, première étape : abandonner son confort bâti depuis des décennies sur la fortune familiale et se rendre en Turquie." 
 
"Les services US sont bel et bien les mieux informés au monde, avec les services israéliens, de la situation en Iran. Et, pour le moment, même s'ils mettent à jour leurs évaluations, ils ne voient pas de perspectives claires. Quand Reza Pahlavi, comme d'autres, appelle Donald Trump à frapper le régime iranien ce jour, il oublie que ce n'est pas si simple. Comme lors de la guerre des douze jours. Israël, ennemi intime des mollahs, n'a jamais été jusqu'à viser les plus hauts cadres du régime. Pourquoi ? On va s'entendre dire que Trump et Netanyahou sont des agents iraniens eux aussi parce qu'ils n'agissent pas encore davantage que ce qu'ils ont fait jusque là ? (certains opposants iraniens en ligne seraient capables de le dire...) Bien des réponses...La première, c'est que l'opposition iranienne en exil n'est pas prête à gouverner. Et c'est dramatique car elle est terriblement amatrice. Elle a eu des décennies pour s'organiser, dialoguer entre différentes forces, créer une coalition unique, mais elle n'a rien fait. Pahlavi, par exemple, visage le plus connu en Occident comme candidat à gouverner, clame qu'il est rallié par des milliers de déserteurs potentiels. Dans les faits, jamais un seul cadre n'a déserté pour le rallier. Pas même un obscure ambassadeur iranien au Vanuatu. Donald Trump l'a ainsi rappelé : c'est un "nice guy" mais il n'est pas apte à gouverner dans les faits actuellement. Et pourtant, depuis des années de manifestations où il a parlé des heures, jamais il n'a participé à une vaste entreprise d'union de l'opposition. Pour les manifestants, en Iran, c'est la même chose. Ils manquent d'organisation. L'effet de masse est une chose, mais il n'y a pas de leadership (et, oui, le régime fait tout pour l'éviter). En Syrie, il y avait eu la Coordination nationale Syrienne et les Comités locaux. L'avantage de telles organisations claires, c'est qu'elles sont identifiables et permettent à terme d'obtenir des relais dans cette opposition. In fine, on a un paysage d'oppositions complètement éclaté et disparate. Et cela effraie les US, Israël et bien des pays. Pour gagner en sérieux politique, l'opposition en exil devrait déjà fournir une plateforme claire et diversifiée pour être l'interlocutrice future : incluant Pahlavi, Radjavi, les réformistes religieux issus du régime, des autonomistes des minorités, etc...En Egypte, nous savions que les Frères Musulmans étaient organisés depuis des décennies malgré leur répression. Et la chute du régime de Moubarak fut ainsi accompagnée sans difficulté par les occidentaux. Et nous savions que l'armée resterait (elle fit un coup d'Etat après). 
 
Ce n'est qu'un exemple mais c'est la démonstration que, pour l'Occident, avant de s'engager dans une posture (le soutien à Maïdan en Ukraine fut logique mais également lié au fait que l'opposition étaient prête), il faut d'abord voir qui sont les acteurs à même de suivre. Or, pour le moment, en Iran, nous ne disposons d'aucun panorama clairement établi, et surtout en capacité réelle, de prendre la suite. Et nos services de renseignement et de diplomatie, en Israël, aux US ou encore en Europe, ont besoin de ce panorama pour évoluer davantage. Donc, puisque Pahlavi veut jouer des coudes politiquement, qu'il prenne l'initiative d'inviter, à un évènement public, des représentants de toute l'opposition iranienne : religieuse comme laïque, de gauche comme de droite, Radjavi comme réformistes, autonomistes kurdes, etc. Et, oui, alors, il aura probablement une bien meilleure assise pour demander davantage d'attention de la part de Washington ou de Paris et Londres. L'opposition doit gagner, très rapidement, en maturité politique et en maîtrise politique, pour qu'elle ait davantage de poids. Certes, sortir d'une révolution après une dictature est toujours un moment compliqué (la France a mis 80 ans, entre 1789 et 1870, pour stabiliser la république) et de manière générale les gouvernements craignent les conséquences des déstabilisations. " 

Cédric Labrousse
 


@CdricLabrousse
Fils de marin-pêcheur. Doctorant sur la Syrie. Régionalisme, libéralisme, a bossé dès 16 ans. Opinions personnelles. Fondateur : http://votreprofesseur.fr




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