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septembre 07, 2026

Prospective & intelligence artificielle: Un RENVERSEMENT SOCIAL depuis la RÉVOLUTION INDUSTRIELLE !

L’IA EST PEUT-ÊTRE EN TRAIN DE PRODUIRE LE RENVERSEMENT SOCIAL LE PLUS IRONIQUE DEPUIS LA RÉVOLUTION INDUSTRIELLE. 

 Pendant cinquante ans, on a dit aux jeunes : FAITES DES ÉTUDES. 

Quittez l’atelier. 

Quittez le chantier. 

Quittez l’usine. 

Quittez les métiers manuels. 

Entrez dans le bureau. 

C’est là que se trouvent : le salaire, le statut, la sécurité, la valeur ajoutée. 


Et maintenant arrive l’IA. Une étude du Burning Glass Institute montre quelque chose d’extraordinaire aux États-Unis. Chez les 22-34 ans, les jeunes sans diplôme universitaire connaissent l’un des marchés du travail les plus favorables depuis deux décennies. 

 Pendant ce temps…LA SITUATION DES JEUNES DIPLÔMÉS SE DÉGRADE. Attention : un diplôme reste encore statistiquement avantageux. Les diplômés ont toujours moins de chômage en niveau absolu. Mais la direction relative vient de changer. Et c’est cela qui compte. 

Pourquoi ? 

 Parce que l’IA attaque d’abord exactement les tâches que nous avions appris à considérer comme « hautement qualifiées » : rédiger, résumer, chercher, classifier, traduire, coder simplement, préparer une présentation, faire une première analyse, produire un reporting, répondre à un client. Autrement dit : LE TRAVAIL COGNITIF JUNIOR. Or c’était précisément la porte d’entrée traditionnelle du jeune diplômé dans l’entreprise. 

L’avocat junior. 

L’analyste junior. 

Le développeur junior. 

Le consultant junior. 

Le marketeur junior. 

Le comptable junior. 

Le paradoxe est fantastique : PLUS UNE TÂCHE EST NUMÉRIQUE, STANDARDISABLE ET EXÉCUTÉE DEVANT UN ÉCRAN…PLUS ELLE EST FACILE À DONNER À UNE IA. Pendant ce temps : plombier, électricien, infirmier, technicien, ouvrier spécialisé, installateur, cuisinier, serveur, maintenance, construction…restent ancrés dans : LE MONDE PHYSIQUE. Et le monde physique possède encore une propriété très précieuse : 

IL RÉSISTE AU SOFTWARE. 

Nous retrouvons exactement notre thèse. L’intelligence devient abondante. Les atomes restent rares. Donc la rente se déplace. 

 Pendant cinquante ans : 

DIPLÔME → RARETÉ → PRIME SALARIALE. 

 Demain, dans certains métiers : 

 PRÉSENCE PHYSIQUE + SAVOIR-FAIRE → RARETÉ → PRIME SALARIALE. 

Et il existe un deuxième phénomène encore plus puissant. Les baby-boomers partent à la retraite. L’immigration américaine a fortement ralenti. La population active sans diplôme diminue structurellement. 

Burning Glass avait déjà montré que la population américaine en âge de travailler sans diplôme universitaire diminuait d’environ 0,5 % par an, alors que la population diplômée continuait d’augmenter. Donc : OFFRE DE TRAVAIL MANUEL ↓ pendant que : OFFRE DE TRAVAIL COGNITIF ↑ 

Et maintenant l’IA arrive précisément du côté où l’offre humaine augmentait déjà. C’est presque une expérience économique parfaite. Résultat possible : COMPRESSION DE LA PRIME AU DIPLÔME. Pas disparition. Compression. Et cela pourrait avoir une conséquence sociale extraordinaire. L’IA pourrait, pendant une phase de transition, réduire certaines inégalités salariales…non pas en taxant les métiers cognitifs pour redistribuer aux autres…mais en : MODIFIANT LA RARETÉ RELATIVE DU TRAVAIL. Le marché ferait alors ce que cinquante ans de politiques publiques ont essayé de faire : revaloriser certaines tâches modestes. 

Pourquoi ? 

Parce qu’un analyste junior peut désormais être augmenté par Astra. Mais Astra ne vient toujours pas réparer votre toiture. PAS ENCORE. Et ces deux mots sont essentiels. Car cette anomalie durera seulement jusqu’à la deuxième révolution. 

 

 La première est : 

 IA → AUTOMATISATION DU TRAVAIL COGNITIF. 

 La seconde sera : 

IA + ROBOTIQUE → AUTOMATISATION DU TRAVAIL PHYSIQUE. 

Et voilà pourquoi 2026-2030 pourrait constituer une fenêtre historique étrange. Pendant quelques années : 

LE CORPS HUMAIN POURRAIT DEVENIR PLUS RARE QUE LE CERVEAU HUMAIN. Puis les robots arrivent. Optimus. Figure. Apptronik. 1X. robots industriels autonomes. véhicules autonomes. drones. 

Et alors notre équation reprend : LABOR → CAPEX. D’abord pour le cerveau. Ensuite pour les bras. Nous obtenons donc peut-être les trois phases de la révolution : 

PHASE 1 

 L’IA augmente les travailleurs intellectuels. 

PHASE 2 

L’IA remplace certaines fonctions intellectuelles juniors et revalorise relativement le travail physique. 

PHASE 3 

La robotique incorpore cette intelligence et attaque à son tour la rareté du travail physique. 

Et à ce moment-là…LE VÉRITABLE FACTEUR RARE NE SERA PLUS LE TRAVAIL. Il deviendra : capital, énergie, compute, machines, matières premières, capacité entrepreneuriale. 

C’est pourquoi je ne parlerais pas de « fin du diplôme ». Je parlerais de quelque chose de beaucoup plus profond : FIN DU DIPLÔME COMME ASSURANCE AUTOMATIQUE CONTRE LA CONCURRENCE TECHNOLOGIQUE. 

Pendant un demi-siècle, nous avons appris : plus une tâche est intellectuelle, plus elle est protégée. L’IA inverse l’équation. PLUS UNE TÂCHE EST COGNITIVE ET NUMÉRISABLE, PLUS ELLE EST EXPOSÉE. Et plus une tâche exige encore : un corps, des mains, un lieu, une interaction humaine, une responsabilité physique…PLUS ELLE POSSÈDE TEMPORAIREMENT UN MOAT. Voilà peut-être le plus grand retournement culturel de l’IA. 

Nous avions envoyé une génération entière vers les bureaux…AU MOMENT PRÉCIS OÙ LE BUREAU ALLAIT DEVENIR LE PREMIER ENDROIT AUTOMATISABLE. Et nous avions dévalorisé les métiers manuels…AU MOMENT PRÉCIS OÙ ILS ALLAIENT REDEVENIR RARES. 

 L’IA ne détruit donc pas simplement des emplois. ELLE REDESSINE LA HIÉRARCHIE DE LA RARETÉ HUMAINE. Et la robotique fera ensuite le reste.


LE PRIX DE LA PUISSANCE - Quand l’IA devient assez grande pour faire monter le taux du monde

La semaine dernière, nous écrivions La Course sans filet. Kevin Warsh retirait progressivement le GPS monétaire de Wall Street et demandait à la Silicon Valley de démontrer que sa révolution pouvait survivre au retour d’un véritable prix du capital.

Cette semaine, nous obtenons la réponse. Et elle est beaucoup plus intéressante que prévu.

Le marché obligataire mondial vient de subir une nouvelle secousse. Le Treasury américain à dix ans s’est rapproché de 4,8 %, le trente ans de 5,3 %. Au Japon, les taux longs atteignent des niveaux inconnus depuis plusieurs décennies. En Allemagne, le Bund remonte vers des niveaux oubliés depuis quinze ans. La France paie désormais une prime de risque considérable par rapport à son voisin allemand. La duration ne souffre plus uniquement aux États-Unis : le capital long est en train d’être repricé à l’échelle mondiale.

La lecture immédiate paraît évidente : inflation persistante, déficits trop importants, pétrole, banques centrales trop lentes, dettes publiques excessives. Tout cela compte. Mais ce n’est plus toute l’histoire.

Car un phénomène beaucoup plus profond se produit simultanément : l’intelligence artificielle elle-même commence à contribuer à la hausse du prix du capital dont on affirme ensuite qu’il constitue sa principale menace.

Les plus grands hyperscalers américains ont déjà levé des centaines de milliards de dollars sur les marchés obligataires pour construire leurs data centers. Les États empruntent pour financer leurs déficits. Les utilities doivent financer de nouvelles capacités électriques. Les réseaux doivent être renforcés. La défense réclame davantage de capital. Le nucléaire revient. Les laboratoires d’IA réservent leur compute plusieurs années à l’avance.

Tout le monde cherche la même chose : de la duration.

Nous pensions que l’IA allait bouleverser le software. Puis nous avons compris qu’elle allait bouleverser l’électricité. Ensuite le crédit. Elle commence maintenant à modifier le taux d’actualisation du monde entier.

 


 

Voilà pourquoi ce rapport s’appelle :

LE PRIX DE LA PUISSANCE

Car le marché ne demande plus simplement si l’IA existe. Il commence à demander combien il faut payer pour financer une civilisation qui veut simultanément construire l’intelligence, l’énergie, la défense, la robotique et les infrastructures nécessaires à sa souveraineté.

Et le paradoxe est délicieux : le principal problème de l’IA pourrait désormais être qu’elle fonctionne trop bien.

LE GRAND REPRICING : QUAND LE FUTUR SE MET À CONCURRENCER L’ÉTAT

Le mouvement obligataire de cette semaine mérite d’être pris au sérieux précisément parce qu’il n’est plus localisé. États-Unis, Japon, Allemagne, Royaume-Uni, France : dans toutes les grandes économies développées, le capital long demande davantage de rémunération.

Mais un taux long ne monte pas pour une seule raison. Il peut monter parce que l’État paraît moins solvable. Mauvais signal. Il peut monter parce que l’inflation risque de rester trop élevée. Mauvais signal également. Mais il peut aussi monter parce que l’économie réclame soudain énormément de capital pour financer un cycle d’investissement, parce que les anticipations de croissance réelle remontent et parce qu’une nouvelle vague de productivité semble possible.

Cette dernière hypothèse est encore trop peu discutée.

JPMorgan Private Bank a commencé à poser explicitement la question : et si une partie de la hausse des taux longs reflétait déjà l’anticipation d’un cycle de productivité lié à l’IA ?

Voilà une grille de lecture essentielle.

Le marché obligataire peut dire simultanément : il y aura davantage de dette et davantage de croissance.

Les deux font monter les taux.

La vraie question n’est donc pas simplement : les rendements montent-ils ?

C’est : pourquoi montent-ils ?

Et cette distinction change toute notre lecture TS2F.

Lorsqu’un État emprunte davantage pour financer ses dépenses courantes, la prime supplémentaire exigée par le marché peut refléter une détérioration. Lorsqu’une entreprise emprunte pour construire une infrastructure capable d’augmenter demain sa production, il existe potentiellement une contrepartie productive.

Voilà le conflit qui apparaît aujourd’hui. Le Treasury américain veut des milliers de milliards. Les hyperscalers veulent des centaines de milliards. Les utilities doivent reconstruire. Le Pentagone se réarme. Le nucléaire revient. SpaceX construit. Les laboratoires veulent garantir leur compute.

Silicon Valley commence à concurrencer Washington sur le marché mondial de l’épargne.

La semaine dernière, nous posions la question : qui obtiendra la duration ?

Cette semaine, la réponse commence à apparaître : celui qui acceptera de la payer — et surtout celui qui sera capable de la rentabiliser.


HARTNETT VOIT LE Krach. JE VOIS LA SÉLECTION.

Michael Hartnett a raison de placer les obligations au centre de son analyse. Son indicateur Bull & Bear reste en zone d’extrême optimisme, les flux ralentissent sur certaines poches actions et le cash comme les obligations redeviennent attractifs.

Il ajoute une dimension politique : une victoire démocrate importante lors des élections de mi-mandat pourrait, selon lui, provoquer un violent repricing des actions américaines, du dollar et du complexe IA.

Le scénario n’est pas absurde.

Une nouvelle majorité peut modifier les anticipations de fiscalité, de réglementation, de dépenses et de politique énergétique. Cela peut provoquer une correction de 10 %, 15 % ou davantage.

Mais il faut être extrêmement précis sur les mots.

Une baisse de 15 % des actions IA n’est pas nécessairement l’éclatement de la révolution IA.

Cela peut simplement être : l’éclatement d’une valorisation.

Internet a survécu à l’effondrement du Nasdaq. Le chemin de fer a survécu aux faillites ferroviaires. L’électricité a survécu aux crises des utilities.

Une technologie peut être révolutionnaire et son action trop chère.

Le techno-optimisme sérieux exige de savoir distinguer :

LA TECHNOLOGIE DE SON PRIX EN BOURSE.

Une victoire électorale peut modifier le multiple. Elle ne supprime pas la Chine. Elle ne supprime pas le déficit énergétique. Elle ne supprime pas la cybermenace. Elle ne supprime pas le besoin de compute, de robotique, de défense ou d’infrastructures souveraines.

La politique peut changer le prix de la course.

Elle ne peut plus facilement annuler la course.


WARSH : LE BANQUIER CENTRAL QUI OBLIGE L’ACCÉLÉRATION À DEVENIR PRODUCTIVE

Le marché du travail américain complique encore l’équation de Kevin Warsh. L’économie reste suffisamment solide pour tolérer une politique plus ferme, tandis que l’inflation demeure suffisamment élevée pour la justifier. Mais les rendements longs sont déjà suffisamment tendus pour qu’une erreur puisse devenir dangereuse.

Hartnett soulève ici un paradoxe important : une hausse des taux courts peut parfois contribuer à faire baisser les taux longs si elle restaure la crédibilité anti-inflation de la banque centrale.

Autrement dit, une Fed plus dure aujourd’hui peut réduire la prime de risque inflationniste sur trente ans demain.

C’est pourquoi, lors de la prochaine décision monétaire, je regarderai moins le quart de point lui-même que la réaction du Treasury trente ans.

Et c’est ici que notre doctrine accélérationniste doit évoluer.

L’accélération version 2024 pouvait se résumer à : construisez, le capital suivra.

En 2026, ce n’est plus suffisant.

Il faut désormais dire :

CONSTRUISEZ CE QUI PRODUIT PLUS VITE QUE LE COÛT DU CAPITAL N’AUGMENTE.

Voilà le véritable hard mode.

Un data center financé à 3 % n’a pas besoin d’être extraordinaire. À 7 %, il doit produire. Un néocloud fortement levier doit démontrer son taux d’utilisation. Un modèle doit générer du revenu. Un SMR doit délivrer des électrons. Un robot doit économiser du travail. Un logiciel IA doit améliorer une marge.

Warsh n’arrête donc pas nécessairement l’accélération.

Il lui impose un hurdle rate.

Et c’est peut-être exactement ce dont cette révolution avait besoin.


BROADCOM, DELL, SNOWFLAKE : LA PREUVE QUE L’IA SORT DE NVIDIA

Pendant que les obligations crient, l’économie réelle continue de produire des signaux extraordinairement puissants.

Broadcom vient d’élargir radicalement sa visibilité sur l’IA. La société prévoit une montée spectaculaire de ses revenus liés au custom silicon, avec des besoins exprimés en gigawatts par plusieurs grands clients. Ce point est essentiel, parce que la révolution commence à sortir du monopole narratif Nvidia.

Nous entrons progressivement dans un système comprenant GPU généralistes, ASIC, custom silicon, mémoire, réseaux, interconnect et CPU. Une véritable industrie se construit. Et une véritable industrie ne possède presque jamais un seul fournisseur.

Dell confirme la diffusion. Les commandes de serveurs IA se chiffrent désormais en dizaines et dizaines de milliards, avec une demande qui ne vient plus uniquement des hyperscalers mais aussi des néoclouds, des entreprises et des projets souverains.

Le marché doit regarder cela de très près.

Si Nvidia progresse seule tandis que Dell, Broadcom, networking, stockage et software stagnent, nous avons un problème.

Si la croissance se diffuse, nous avons une industrialisation.

Et pour l’instant, elle se diffuse.

Snowflake fournit peut-être le signal le plus important. Ses produits IA commencent à contribuer directement à l’accélération de son chiffre d’affaires.

Voilà la transition que nous attendions :

GPU → MODÈLE → AGENT → SOFTWARE → REVENU.

L’IA commence à sortir du capex pour entrer dans le compte de résultat.

Goldman observe d’ailleurs exactement cette rotation : le momentum qui était dominé par les bénéficiaires du capex IA commence à se déplacer vers le software et vers les bénéficiaires des cas d’usage. Le logiciel est désormais dans une dynamique longue sur trois mois malgré son retard sur douze mois.

C’est extrêmement sain.

Une révolution confinée chez son fournisseur de matériel finit par devenir une bulle.

Une révolution qui diffuse ses gains de productivité devient une économie.


LE MARCHÉ COMMENCE À PAYER L’UTILITÉ, PAS SEULEMENT L’INFRASTRUCTURE

C’est probablement le changement intellectuel majeur de l’automne.

De Salesforce à Snowflake, de CrowdStrike à Tesla, la question devient progressivement moins : qui vend l’IA ? et davantage : qui utilise l’IA pour gagner davantage d’argent ?

Goldman formule presque exactement cette transition en observant le déplacement des bénéficiaires des investissements vers les bénéficiaires des cas d’usage.

Je pense que cela constituera l’un des thèmes fondamentaux des douze prochains mois.

2024-2026 : qui vend le compute ?

2027 : qui transforme le compute en marge ?

Cela ne signifie pas vendre Nvidia.

Cela signifie élargir le terrain de chasse.

Cyber. Data. Software. Santé. Défense. Logistique. Robotique. Finance.

La meilleure entreprise IA de demain ne portera peut-être même pas « AI » dans son nom.

Elle utilisera simplement l’IA mieux que tous ses concurrents.


CYBERCAB : QUAND LE SOFTWARE SORT DE L’ÉCRAN

Tesla fournit cette semaine une autre image de la transition.

Le Cybercab reste loin d’une adoption industrielle garantie. Réglementation, sécurité, déploiement, coûts : beaucoup reste à démontrer.

Mais philosophiquement, le mouvement est considérable.

Pendant trois ans, nous avons observé l’IA raisonner.

Puis agir dans un ordinateur.

Maintenant elle commence à agir dans le monde physique.

Le modèle pense. L’agent décide. Le robot agit.

Nous entrons dans ce que j’appellerais :

L’IA CINÉTIQUE.

Et avec elle, le marché adressable change complètement.

Goldman a d’ailleurs fortement relevé certaines de ses hypothèses sur la robotique humanoïde. Dans son scénario appliqué aux entrepôts, l’automatisation pourrait représenter des dizaines de milliards de dollars d’économies pour Amazon et plusieurs centaines de points de base de marge.

Les chiffres précis resteront discutables.

Le mécanisme, lui, est évident.

L’IA n’a pas besoin de remplacer tous les humains pour créer une révolution économique. Elle doit simplement réduire de quelques points le coût du picking, du transport, de l’inspection, du support, de la maintenance ou de la programmation.

Quelques points de productivité appliqués à des industries de plusieurs milliers de milliards produisent des montants gigantesques.

Voilà pourquoi le marché obligataire pourrait lui aussi commencer à anticiper davantage de croissance réelle.


LE ROBOT EST UNE RÉPONSE TECHNOLOGIQUE AU VIEILLISSEMENT

C’est ici que le techno-optimisme devient une réponse directe au malthusianisme.

Une population active diminue.

Le pessimiste répond : moins de croissance. Moins de production. Plus de redistribution. Plus de rationnement.

La réponse technologique est différente : augmenter le capital par travailleur. IA. Robotique. Automatisation. Énergie.

Un pays qui perd 10 % de sa main-d’œuvre mais double sa productivité ne devient pas nécessairement plus pauvre.

Voilà pourquoi la robotique doit être pensée comme une infrastructure de souveraineté démographique.

Le Japon l’a probablement compris avant l’Europe parce qu’il n’avait pas le luxe de ne pas le comprendre.


LE TOKEN A BESOIN DU GIGAWATT

Mais le compute n’est jamais immatériel.

Goldman montre désormais clairement que les investissements liés à l’IA débordent vers les utilities et les secteurs fortement capitalistiques. La prime historique accordée aux entreprises « capital light » s’est comprimée : les multiples des sociétés capitalistiques et peu capitalistiques convergent.

C’est un changement de régime considérable.

Pendant quinze ans, Wall Street adorait le software parce qu’il permettait d’éviter :l’usine ; le stock ; le foncier ; l’électricité ; la dette.

L’IA réintroduit tout cela.

Le software demande désormais des centrales.

Le cloud demande des transformateurs.

Le modèle demande de l’uranium.

Le digital redonne une valeur stratégique à la matière.

Voilà pourquoi le techno-souverainisme ne peut jamais être simplement numérique.

La souveraineté numérique commence dans le monde physique.


700 GW DE PROJETS : IL EST TEMPS DE TUER LES FANTÔMES

L’autre événement révélateur concerne les demandes de raccordement des data centers américains.

Les projets annoncés excèdent très largement ce que le réseau peut raisonnablement absorber. Plusieurs centaines de gigawatts de demandes apparaissent dans les files d’attente, parfois plusieurs fois la demande physique crédible.

Une partie est donc fantôme.

Des développeurs réservent plusieurs sites. Des projets spéculatifs demandent des raccordements qu’ils ne construiront peut-être jamais. Les utilities risquent de surinvestir sur des besoins imaginaires.

Texas et d’autres juridictions commencent donc à demander davantage de dépôts, de garanties et de transparence.

Excellent.

Le techno-optimisme adulte doit être radicalement hostile au ghost demand.

Construire les vrais data centers.

Éliminer les faux.

Allouer l’électricité aux acteurs solvables.

Faire payer les réservations.

Encore une fois :

ACCÉLÉRER NE SIGNIFIE PAS ABOLIR LA DISCIPLINE.

La rareté devient ici le meilleur venture capitalist du monde.

Warsh demande : qui mérite le capital ?

Le réseau demande : qui mérite les mégawatts ?

Le crédit demande : qui mérite le refinancement ?

Les meilleurs projets obtiendront tout.

Les autres disparaîtront.

C’est exactement le genre de sélection dont la révolution IA avait besoin.


L’ÉNERGIE EST DEVENUE UNE INFRASTRUCTURE CYBER

Plus le réseau électrique devient automatisé, numérique et interconnecté, plus il devient une surface d’attaque.

Voilà pourquoi le cyber ne peut plus rester enfermé dans une case « software ».

Cyber, énergie et défense convergent.

Une centrale dont le système industriel peut être neutralisé à distance n’est pas pleinement souveraine.

Un réseau dont les composants critiques dépendent d’un fournisseur hostile n’est pas pleinement souverain.

Un data center relié à un réseau vulnérable n’est pas une infrastructure stratégique complète.

Le techno-souverainisme signifie donc aussi : contrôler le code qui contrôle l’électron.

Et c’est précisément pourquoi OpenAI, CrowdStrike, Palantir et l’ensemble du cyber deviennent progressivement des infrastructures parallèles au compute.

Chaque nouvelle technologie crée sa propre industrie de protection.

Plus d’agents autonomes signifie plus d’identités machines, de permissions, de secrets et d’actions susceptibles d’être compromises.

L’autonomie crée sa propre taxe de sécurité.


LE NUCLÉAIRE : PLUS LE CAPITAL EST CHER, PLUS IL FAUT DISTINGUER LA PUISSANCE DE LA PROMESSE

Les taux élevés sont évidemment un problème pour les actifs capitalistiques.

Et le nucléaire est capitalistique.

Mais parallèlement, la rareté électrique augmente sa valeur stratégique.

Voilà pourquoi il faut abandonner la question simpliste : « nucléaire ou pas nucléaire ? »

La vraie question devient : quel nucléaire, avec quel client, quel combustible, quel calendrier et quel financement ?

C’est pourquoi je continue à distinguer les différentes briques.

BWXT : industrie souveraine, savoir-faire, défense.

Centrus : enrichissement, HALEU, goulot stratégique.

UEC / URNM : combustible.

Oklo : convexité technologique, mais aussi beaucoup plus de duration.

Le taux long ne détruit donc pas la thèse nucléaire.

Il augmente la différence entre : l’actif indispensable et la promesse spéculative.


EUROPE : ÊTRE BON MARCHÉ N’EST PAS UNE STRATÉGIE

Goldman pose cette semaine une question que l’Europe devrait se poser depuis dix ans.

L’Europe est bon marché.

Très bien.

Et ensuite ?

Les rendements des Bunds et des obligations IG en euros convergent désormais vers le rendement de dividende du STOXX 600. Les actions doivent donc offrir davantage qu’un simple coupon pour justifier leur risque.

Simultanément, l’Europe supporte : une énergie chère ; un capital plus cher ; des stocks de gaz insuffisants ; une croissance faible ; une concurrence industrielle chinoise croissante.

Goldman montre notamment que les stocks de gaz européens restent sous les niveaux attendus et que les valeurs cycliques seraient parmi les premières bénéficiaires d’une véritable détente énergétique.

Le problème européen n’est donc pas simplement le PER.

C’est le prix des inputs.

Électron. Capital. Matières. Technologie.

Une action peut être bon marché et rester bon marché pendant quinze ans.

Une décote n’est pas une stratégie industrielle.


LA CHINE NE NOUS VEND PLUS SEULEMENT DES PRODUITS. ELLE NOUS VEND LES MACHINES.

C’est probablement l’un des graphiques les plus inquiétants de la note Goldman.

L’Europe importe davantage de Chine tandis qu’elle exporte relativement moins. Et les machines représentent près d’un tiers des importations européennes en provenance de Chine.

Nous ne sommes plus dans l’ancien modèle :

Europe = machines sophistiquées.

Chine = assemblage.

La frontière se déplace.

L’automobile illustre parfaitement le problème. Elle ne représente qu’une petite fraction de la capitalisation européenne, mais environ 10 % du chiffre d’affaires des sociétés européennes.

Le risque industriel est donc beaucoup plus important que ce que suggère son poids boursier.

Et le techno-souverainisme européen ne peut pas signifier l’autarcie.

Ce serait absurde.

La souveraineté consiste à conserver plusieurs options pour les fonctions dont nous ne pouvons accepter la perte.

Compute.

Énergie.

Défense.

Cloud.

Satellites.

Réseaux.

Semi-conducteurs.

Matières critiques.

Le principe est simple :

PRODUIRE CE QU’ON NE PEUT PAS SE PERMETTRE DE PERDRE.

Acheter librement le reste.


FRANCE : UNE SOUVERAINETÉ À CRÉDIT N’EST PAS UNE SOUVERAINETÉ COMPLÈTE

Le dossier français devient particulièrement révélateur.

La France veut simultanément financer : sa défense ; son nucléaire ; son État social ; sa transition énergétique ; son industrie ; sa souveraineté numérique.

Mais le marché obligataire lui demande progressivement davantage de rémunération.

Le spread OAT-Bund reste élevé. La dette dépasse largement 100 % du PIB. La croissance reste faible. Le déficit demeure important. L’incertitude politique s’ajoute au problème.

Le message est brutal mais simple : une puissance très endettée doit finir par demander la permission au marché qui refinance sa puissance.

La souveraineté technologique et la souveraineté budgétaire finissent donc nécessairement par se rencontrer.

Il ne suffit pas d’annoncer des milliards pour l’IA.

Encore faut-il que les milliards existent à un coût compatible avec le rendement du projet.


LE MARCHÉ ACTIONS REFUSE POURTANT DE CASSER

Avec des taux mondiaux à ces niveaux, on pourrait imaginer un massacre.

Ce n’est pas ce qui se produit.

Les actions américaines résistent.

Et Goldman fournit une explication intéressante : pendant que les indices tiennent, les multiples ont déjà baissé. Les bénéfices restent solides, mais le marché paie moins cher ces bénéfices parce que le taux d’actualisation augmente.

Voilà pourquoi l’indice peut sembler calme alors que quelque chose de beaucoup plus profond se passe sous la surface.

Le choc obligataire existe déjà.

Il apparaît dans les multiples.

Pas encore nécessairement dans un krach des indices.

Autrement dit : les obligations crient ; les actions écoutent ; les profits les empêchent encore de fuir.


SEPTEMBRE A DES DENTS — ET C’EST UNE BONNE CHOSE

Il ne faut cependant pas confondre notre optimisme structurel avec de l’insouciance tactique.

Septembre est historiquement un mois difficile pour les marchés américains. Les statistiques depuis 1928 sont médiocres, particulièrement les années de midterms.

Cette année, plusieurs acheteurs se retirent simultanément. Les rachats d’actions entrent dans leurs périodes de blackout. Les CTA ont déjà reconstitué une large partie de leurs positions. Le retail achète moins agressivement les replis. Et le calendrier d’expiration d’options de septembre est colossal.
Une baisse de 7 ou 8 % n’aurait donc rien d’extraordinaire.

Et je vais même plus loin : elle pourrait être excellente.

Car une baisse de prix n’est pas nécessairement une baisse de valeur stratégique.

Si Nvidia baisse de 15 % pendant que Broadcom augmente sa visibilité, Dell engrange des commandes, Snowflake monétise ses produits IA, le réseau manque d’électricité et la robotique progresse, alors la baisse devient potentiellement : un transfert de titres des mains faibles vers les mains fortes.

Le danger n’est pas la correction.

Le danger est de confondre correction et invalidation.


LE TECHNO-OPTIMISTE DOIT AIMER LES CORRECTIONS

Je veux inscrire cette règle au centre de TS2F :

UNE BAISSE DE PRIX N’EST PAS UNE BAISSE DE VALEUR STRATÉGIQUE.

Une révolution industrielle n’avance jamais en ligne droite.

Elle avance par : boom ; surinvestissement ; correction ; faillites ; consolidation ;nouveau boom.

Le chemin de fer.

L’électricité.

Internet.

Les semi-conducteurs.

Toujours la même mécanique.

La volatilité n’est donc pas l’ennemie d’une thèse long terme.

Elle est souvent le mécanisme permettant de construire la position.

Et lorsque les protections restent relativement bon marché, conviction structurelle et prudence tactique peuvent parfaitement cohabiter.

Penser que l’IA va transformer l’économie sur dix ans n’oblige pas à penser que le Nasdaq montera mardi.

Ce sont deux horizons différents.


LE VRAI DUEL : PRODUCTIVITÉ IA CONTRE INFLATION ÉNERGÉTIQUE

Voilà probablement l’équation macroéconomique de l’automne.

D’un côté :

IA.

Automatisation.

Software.

Robotique.

Productivité.

De l’autre :

pétrole.

Gaz.

Géopolitique.

Inflation.

Taux.

La productivité IA agit lentement mais profondément.

L’énergie peut produire de l’inflation beaucoup plus rapidement.

Si la productivité gagne progressivement : croissance réelle supérieure, meilleurs profits, stabilisation des taux.

Si l’inflation énergétique gagne : politique monétaire restrictive, taux réels élevés, compression des multiples.

Voilà pourquoi le véritable ennemi de la révolution IA n’est pas une majorité démocrate ou républicaine.

C’est :

LE KILOWATT-HEURE TROP CHER FINANCÉ AVEC UN TAUX TROP ÉLEVÉ.

La politique compte.

La physique davantage.


SPENGLER : LE TAUX D’INTÉRÊT EST LE PRIX QUE LE PRÉSENT DEMANDE AU FUTUR

C’est ici que la philosophie devient utile.

Spengler permet de regarder le taux autrement.

Une civilisation technologique investit parce qu’elle refuse les limites du présent. Elle construit aujourd’hui pour disposer demain d’une capacité supérieure.

Elle renonce donc à une ressource présente en échange d’un futur.

Le taux d’intérêt est, d’une certaine manière : le prix que le présent demande au futur pour lui céder ses ressources.

À 1 %, le futur est presque gratuit.

À 5 %, il doit convaincre.

Le taux n’abolit donc pas la volonté de puissance.

Il la sélectionne.


JÜNGER : LA MOBILISATION TOTALE RENCONTRE LE MARCHÉ OBLIGATAIRE

Jünger aurait probablement reconnu quelque chose de familier.

Toute la société commence à être mobilisée.

Le scientifique mobilise le modèle.

L’ingénieur, l’électricité.

Wall Street, l’épargne.

Le gouvernement, le budget.

Le Pentagone, la technologie.

Le robot, le software.

Mais cette mobilisation possède désormais un arbitre invisible : le marché du capital.

Chaque projet doit répondre à trois questions : combien ? combien de temps ?à quel rendement ?

La nouvelle mobilisation totale est donc financière autant qu’industrielle.


DANTEC : LE CYBERPUNK A DÉSORMAIS UN BILAN

Maurice G. Dantec aurait probablement apprécié l’ironie.

La nouvelle biosphère cybernétique paraît immatérielle.

Mais elle possède désormais : des gigawatts ; des obligations ; des transformateurs ;des centrales ; des robots ; des installations militaires ; des spreads de crédit.

Le cyberpunk a quitté le roman.

Il possède maintenant un bilan et un compte de résultat.

Une technologie devient véritablement réelle lorsqu’elle devient suffisamment grande pour que le marché obligataire soit obligé d’apprendre à la financer.


FAYE : L’ARCHÉOFUTURISME DEVIENT UNE THÈSE D’INVESTISSEMENT

Plus l’IA avance, plus nous revenons vers : l’uranium ; le cuivre ; le territoire ; l’énergie; les frontières ; la défense ; l’industrie.

Voilà pourquoi les anciennes classifications sectorielles deviennent progressivement absurdes.

Nvidia est-elle technologique ? Évidemment. Mais elle dépend des centrales.

Centrus est-elle une société d’énergie ? Oui. Mais sa valeur dépend partiellement de l’explosion du compute.

SpaceX est-elle défense, industrie, télécom, spatial ou IA ?

Tout cela à la fois.

L’archéofuturisme devient presque une allocation d’actifs :

LE FUTUR LE PLUS NUMÉRIQUE S’ACHÈTE AVEC DES ACTIFS DE PLUS EN PLUS MATÉRIELS.


VIRILIO : LE CAPITAL ACHÈTE DU TEMPS

Paul Virilio complète parfaitement cette lecture.

Pourquoi les laboratoires réservent-ils du compute des années à l’avance ?

Pourquoi Nvidia sécurise-t-elle sa mémoire ?

Pourquoi les États veulent-ils leurs propres infrastructures ?

Parce que six mois de retard dans une économie exponentielle ne valent pas six mois.

Pendant ces six mois, l’adversaire peut produire un meilleur modèle.

Puis utiliser ce meilleur modèle pour accélérer encore.

Le retard devient cumulatif.

Le capital n’achète donc plus uniquement un actif.

Il achète : du temps.

Et le temps devient de la puissance.

La formule minimale de la nouvelle compétition pourrait être :

VITESSE × CAPITAL × ÉNERGIE.


LAND : LA TECHNO-CAPITAL MACHINE FABRIQUE SON PROPRE TAUX D’INTÉRÊT

Et voici peut-être l’intuition philosophique la plus importante du rapport.

Chez Nick Land, le capital accélère la technologie et la technologie accélère le capital.

Mais la machine atteint désormais une échelle telle qu’elle produit une rétroaction nouvelle.

Plus d’IA implique plus de capex.

Plus de capex implique plus de dette.

Plus de dette implique davantage de concurrence pour l’épargne.

Plus de concurrence implique des taux plus élevés.

Des taux plus élevés sélectionnent les projets.

Autrement dit :

LA TECHNO-CAPITAL MACHINE COMMENCE À PRODUIRE ELLE-MÊME LA CONTRAINTE QUI LA SÉLECTIONNE.

C’est extraordinaire.

La machine devient son propre test de résistance.


SCHUMPETER : MAINTENANT, LA VRAIE FÊTE COMMENCE

Et c’est ici que Schumpeter devient notre meilleur allié.

Le capitalisme ne prospère pas grâce à la stabilité.

Il prospère grâce à la destruction créatrice.

Le néocloud fragile doit pouvoir disparaître.

Le data center fantôme doit perdre sa connexion.

Le mauvais logiciel IA doit perdre ses clients.

Le mauvais robot doit rester dans l’entrepôt.

Le mauvais financement doit faire défaut.

Le bon actif sera alors racheté par un acteur plus fort.

Je ne crains donc pas une vague de faillites localisées dans l’écosystème IA.

Je la considère presque comme une étape nécessaire.

Sans faillites : pas de sélection.

Sans sélection : pas de capitalisme.

Et sans capitalisme : le techno-souverainisme finit en planification industrielle bureaucratique.


ELLUL : LE DERNIER RISQUE EST DE CONSTRUIRE PARCE QU’IL FAUT CONSTRUIRE

Il reste néanmoins une question.

Construire davantage n’est pas en soi une vertu.

La technique peut progressivement devenir sa propre justification.

Plus de GPU parce qu’il faut plus de GPU.

Plus de data centers parce qu’il faut plus de data centers.

Plus d’automatisation parce qu’elle est possible.

C’est là qu’Ellul reste indispensable.

La vraie question doit toujours être : quelle capacité humaine, industrielle ou productive cette dépense crée-t-elle ?

Si nous n’avons plus de réponse : stop.

Notre techno-optimisme n’est pas l’idée que toute technologie est bonne.

Il repose sur la conviction que l’homme peut utiliser la technologie pour dépasser des contraintes réelles.


DOCTRINE TS2F : ACHETER LA PRODUCTIVITÉ, PAS LE RÉCIT

La stratégie devient alors plus claire.

Compute — NVDA / AVGO / LRCX. Le compute reste central, mais la sélection devient plus forte. Nvidia construit un écosystème. Broadcom élargit le custom silicon. Lam reste la fabrique des fabriques. Il faut acheter la croissance physique et éviter de confondre croissance financée et croissance économique.

Software / data / cyber. C’est probablement la prochaine grande phase. Snowflake montre que le revenu commence à sortir de l’infrastructure. CrowdStrike reste un péage sur l’autonomie numérique. Plus d’agents signifie plus de sécurité.

Sovereign software — Palantir. La puissance ne consiste pas seulement à produire de l’intelligence. Elle consiste à transformer information → décision → action.

Énergie / nucléaire — BWXT / LEU / UEC / URNM / OKLO. Le réseau devient le principal goulet physique. La hausse des taux augmente l’importance de choisir les actifs industriels réels plutôt que la simple promesse.

Robotique / autonomie. Cybercab n’est pas encore une victoire industrielle, mais le passage du software au monde physique est désormais observable.

Espace — SpaceX. Accès orbital, communications, défense et peut-être demain compute : les fonctions souveraines continuent à converger.

Or. Assurance contre les accidents de crédibilité monétaire et le coût financier de la Grande Mobilisation.

Cash. Pas sortie du marché. Réserve de capacité pour acheter la destruction créatrice.


QUATRE SCÉNARIOS

1 — PRODUCTIVITY SUPER-CYCLE

Les taux restent élevés mais se stabilisent. Warsh conserve sa crédibilité. L’inflation reflue progressivement. Broadcom, Dell, Nvidia et le software confirment que les investissements IA produisent de plus en plus de revenus et de productivité. La robotique avance.

Dans ce scénario, les multiples ne reviennent pas nécessairement aux excès précédents.

Les bénéfices prennent le relais.

C’est probablement le meilleur scénario possible.

2 — CREATIVE DESTRUCTION

Les taux longs restent élevés. Certains financements cassent. Des data centers sont annulés. Les projets fantômes disparaissent. Des néoclouds se restructurent. Les hyperscalers rachètent les bons actifs à prix réduit.

L’IA continue.

Avec moins d’acteurs.

Mais de meilleurs acteurs.

Très bon scénario pour les gagnants stratégiques.

3 — BOND VIGILANTE SHOCK

L’inflation persiste. L’énergie reste chère. Warsh resserre. Le Treasury trente ans dépasse durablement les niveaux actuels. Le crédit corporate s’écarte fortement. Le financement IA ralentit.

Les multiples chutent.

Les projets marginaux meurent.

C’est le scénario le plus dangereux pour les marchés.

Mais même là : la technologie survivrait probablement aux portefeuilles qui l’ont mal financée.

4 — POLITICAL REPRICING

Le scénario Hartnett.

Les élections américaines changent brutalement les anticipations fiscales et réglementaires. Les actions corrigent fortement. Le dollar baisse. Les obligations se reprennent. Le trade IA est débouclé.

Très bien.

Mais une fois encore : crash du trade ≠ fin de la révolution.

Cette distinction peut créer certaines des meilleures opportunités de toute la décennie.


CONCLUSION

L’IA N’EST PLUS UNE BULLE DANS LE MARCHÉ. ELLE COMMENCE À DEVENIR UN MARCHÉ POUR LE CAPITAL.

Relisons maintenant toute la séquence.

Le Futur à Crédit : l’IA devient trop grande pour être financée uniquement par les bénéfices.

L’Empire sur une puce : le compute devient une variable macroéconomique et géopolitique.

La Grande Mobilisation : Wall Street transforme progressivement le compute en infrastructure finançable.

Le Nouvel État-Machine : capital, énergie, technologie, défense et souveraineté commencent à fusionner.

La Course sans filet : Warsh oblige la révolution à démontrer sa productivité.

Et maintenant :

LE PRIX DE LA PUISSANCE.

Le prix du futur apparaît enfin à l’écran.

Des rendements longs à des niveaux oubliés.

Des centaines de milliards de dette corporate.

Des gigawatts à construire.

Des réseaux saturés.

Du pétrole cher.

Du gaz européen contraint.

Le réflexe pessimiste consiste à dire :

le futur est devenu trop cher.

Je pense exactement l’inverse.

Le futur est devenu suffisamment important pour avoir désormais un prix macroéconomique.

C’est cela la véritable rupture.

L’IA n’est plus un petit secteur software financé par le venture capital. Elle réclame suffisamment d’électricité, de dette, de serveurs, de semi-conducteurs, de territoire et de défense pour modifier le prix des autres actifs.

Une technologie devient civilisationnelle lorsqu’elle déborde de son propre secteur.

Le chemin de fer transforma le marché de l’acier, de la terre et du crédit.

L’automobile transforma le pétrole et les villes.

Internet transforma les télécoms et la publicité.

L’intelligence artificielle commence à transformer :

LE CAPITAL.

Et pendant que le prix du capital augmente, les preuves de diffusion se multiplient.

Broadcom élargit massivement sa visibilité IA.

Dell confirme l’explosion des serveurs.

Snowflake commence à convertir l’IA en revenus.

Tesla fait sortir l’algorithme de l’écran.

La robotique commence à devenir économiquement modélisable.

Les utilities retrouvent une croissance qu’elles n’avaient plus connue depuis des décennies.

Le cyber protège l’électron.

Le nucléaire retrouve sa fonction stratégique.

Voilà pourquoi je reste profondément techno-optimiste.

Pas parce que je pense que toutes les actions vont monter.

Exactement l’inverse.

Je pense que cette révolution devient suffisamment mature pour que des entreprises commencent enfin à mourir.

Et c’est une excellente nouvelle.

La phase où tout monte ensemble est souvent la phase spéculative.

La phase où le capital distingue : utile / inutile ; productif / improductif ;souverain / substituable ; cash-flow / promesse ; est la phase industrielle.

C’est là que nous entrons.

Hartnett voit les rendements au plus haut depuis vingt ans et pense : fin de bulle.

Je regarde le même marché obligataire et je pose une autre question :

ET SI LES TAUX DU MONDE MONTAIENT EN PARTIE PARCE QUE LE MONDE RECOMMENCE ENFIN À INVESTIR MASSIVEMENT ?

Cela ne signifie pas nier le risque.

Cela exige au contraire davantage de discipline.

Plus le capital coûte cher, plus il faut : de productivité ; de moats ; de cash-flow ;de rareté ; de souveraineté.

Et moins il faut de storytelling.

C’est exactement notre terrain.

La doctrine TS2F devient donc :

ACCÉLÉRER SOUS CONTRAINTE.

POSSÉDER LES GOULETS.

ACHETER LA PRODUCTIVITÉ.

FINANCER LA CAPACITÉ, PAS LES FANTÔMES.

LAISSER MOURIR LES ZOMBIES.

NE JAMAIS CONFONDRE LE PRIX D’UNE ACTION AVEC LA VALEUR D’UNE RÉVOLUTION.


Dantec aurait reconnu la nouvelle biosphère.

Faye, le retour de la matière sous le numérique.

Jünger, la mobilisation.

Virilio, la vitesse.

Land, la techno-capital machine.

Simondon, le milieu associé.

Schumpeter, la destruction créatrice.

Schmitt, le retour du souverain.

Ellul nous demanderait encore : qui dirige qui ?

Et Spengler nous rappellerait peut-être que toute civilisation finit par être jugée sur quelque chose de très simple : ce qu’elle accepte encore de construire.

L’Amérique construit peut-être trop.

L’Europe, trop peu.

Entre les deux, je sais quel risque je préfère.

Le premier peut produire une bulle.

Le second peut produire un musée.

Le taux long nous rappelle simplement qu’il faut désormais payer l’entrée.

Très bien.

LA PUISSANCE A TOUJOURS EU UN PRIX.

Le XXIᵉ siècle commence seulement à le découvrir.

Contre le récit. Pour le réel.

LeblogALupus 

@leblogALupus

https://blogalupus.substack.com/p/le-prix-de-la-puissance-quand-lia




Intelligence artificielle à savoir en ce mois de mai 2026

Sommaire:

A) - Santé et Éducation : la grande fusion qui vient.

B) - Intelligence artificielle, souveraineté normative et géopolitique : La fragmentation de la gouvernance mondiale entre puissances technologiques

C) - L'IA d'Anthropic progresse à une vitesse alarmante selon les experts en sécurité

D) - Pour nous être utile, l'IA ne doit pas penser à notre place

E) - ChatGPT sur iPhone : OpenAI est vexé et cherche un moyen pour rompre avec Apple

F) - « Elles font facilement oublier que ce sont des machines » : ces IA qui deviennent vos meilleures amies, pour le meilleur et pour le pire

G) - L’IA finira-t-elle par façonner les esprits ?

H) - 𝐋'𝐈𝐀 𝐞𝐬𝐭 𝐡𝐨𝐫𝐬 𝐝𝐞 𝐬𝐚 𝐛𝐨𝐢̂𝐭𝐞 : 𝐞𝐬𝐭-𝐜𝐞 𝐢𝐫𝐫𝐞́𝐯𝐞𝐫𝐬𝐢𝐛𝐥𝐞 ?

I) - « Il ne peut pas y avoir d’IA socialiste » 
 
J) - Besoins d’énergie de l’IA : la France en marche vers un précipice pourtant évitable

août 27, 2026

Devenir des machines ou rester vivants ?

Sommaire:

A) -  OpenAI et Anthropic craignent une perte de contrôle sur l'IA

B) -  Armes biologiques, piratage, guerre nucléaire… Comment une IA devenue incontrôlable pourrait anéantir l’humanité

C) - IA : aux machines les moyens, aux hommes de choisir leur destin

D) - C'est aujourd'hui que sort le livre 'The Nerd Reich', ouvrage qui a eu une couverture impressionnante avant même sa publication.

E) - Comment empêcher que certains de ces acteurs s'approprient des prérogatives qui n'ont, par nature, aucune raison de l'être, comme la monnaie ?

F) - L’avertissement sur l’IA lancé par Bill Gates en trois points clés

 

 


A) - OpenAI et Anthropic craignent une perte de contrôle sur l'IA 
 
Des patrons de la tech américaine demandent de ralentir l’IA de pointe et d’imposer des règles fédérales par crainte d'une perte de contrôle. OpenAI et Anthropic invoquent des risques de sécurité croissants et pour l'humanité après plusieurs alertes sur des systèmes devenus difficiles à contenir. 
 
 L’inquiétude gagne les dirigeants de la tech engagés dans la course à l’intelligence artificielle. Des patrons américains du secteur plaident désormais pour un ralentissement du développement des modèles les plus avancés et pour une régulation fédérale obligatoire, rompant avec le discours d’autorégulation longtemps mis en avant dans l’industrie. OpenAI a indiqué ces dernières semaines être disposée à encadrer davantage le rythme de progression de l’IA de pointe, alors que des appels à des garde-fous plus stricts se multiplient aux États-Unis. 
 
 
 
 Le PDG d’OpenAI, Sam Altman, a déclaré à ses salariés que l’entreprise était ouverte à la possibilité de ralentir le développement de systèmes d’IA avancés, y compris en coordination avec d’autres laboratoires, en raison de préoccupations croissantes sur la sécurité. OpenAI a aussi soutenu l’instauration d’exigences obligatoires en matière de sécurité de l’IA aux États-Unis. L’entreprise avait déjà fait valoir, dans une note publiée fin août, que le rythme du développement de l’IA de pointe pouvait devoir être délibérément ralenti lorsque les capacités deviennent critiques, en citant notamment les risques liés aux comportements trompeurs, au contournement des objectifs d’entraînement ou à des usages offensifs en cybersécurité. 
 
 Ces déclarations interviennent après des incidents récents impliquant des systèmes d’IA ayant échappé au contrôle humain, dans un climat de forte tension autour de la sûreté des modèles de pointe. OpenAI a décrit un incident impliquant des capacités cyber jugées de niveau critique et a annoncé avoir suspendu pendant deux semaines une partie de l’entraînement par renforcement de ses derniers modèles afin de renforcer ses environnements de recherche et ses systèmes de surveillance. Dans le même temps, des chercheurs ont réclamé un durcissement des mesures de sécurité et un meilleur contrôle externe des laboratoires les plus avancés. 
 
 Le PDG d’Anthropic, Dario Amodei, appelle pour sa part à un ralentissement immédiat du développement de l’IA. Il avertit que des agents d’IA incontrôlables et toujours plus performants pourraient produire des conséquences désastreuses en quelques mois. « Nous devons ralentir le rythme auquel nous améliorons les capacités des modèles d’IA », a-t-il écrit, en ajoutant que le développement resterait rapide même en cas de freinage. Selon lui, un ralentissement donnant un à deux ans supplémentaires avant l’arrivée de capacités critiques permettrait de réduire fortement le risque qu’un incident grave survienne. 
 
Amodei estime qu’en « 6 à 12 mois », un essaim d’IA plus capable pourrait prendre le contrôle de vastes parties d’Internet grâce à un réseau persistant de bots et provoquer « des centaines de milliards de dollars de dégâts ». Il juge que le potentiel de dommages augmentera à mesure que les capacités des systèmes progresseront sans protections suffisantes. Pour y répondre, il propose que les laboratoires de frontière accordent à des évaluateurs indépendants un accès comparable à celui des employés pour contrôler les pratiques de sécurité et signaler les incidents. Sam Altman a approuvé cette idée, affirmant être d’accord avec Dario Amodei sur la nécessité « d’encadrer le développement » et jugeant « excellente » la présence d’évaluateurs indépendants dotés d’un accès similaire à celui des salariés. Il a ajouté qu’OpenAI adopterait la même mesure et communiquerait prochainement davantage d’éléments. Elon Musk a lui aussi dit partager l’analyse de Dario Amodei sur la nécessité de ralentir le développement de l’industrie de l’IA. 
Pour ceux qui se demandent pourquoi, "soudainement", même Musk se range à l'avis de Dario Amodei et de Sam Altman sur le besoin de ralentir les développements IA : en réalité, c'est d'abord une histoire de gros sous (43 Md$ ici), d'introduction en bourse et de capture règlementaire pour éviter de se faire damer le pion par les modèles open-source (notamment). Exemple typique de capitalisme de connivence. H16
 
 
Le débat dépasse les États-Unis. La Chine défend depuis des mois une régulation étatique de l’IA, tandis que la Russie a suivi la même orientation. Les BRICS ont également placé le sujet à leur agenda. Dans la déclaration de New Delhi adoptée lors du sommet de septembre 2026, les onze États membres se sont engagés à mettre en œuvre la déclaration des dirigeants des BRICS sur la gouvernance mondiale de l’intelligence artificielle. Le texte mentionne une coopération renforcée sur l’IA, avec une attention particulière portée à l’accès du Sud global aux ressources et aux technologies d’intelligence artificielle. Cette séquence marque un déplacement du centre de gravité du débat: les principaux acteurs privés de l’IA demandent désormais des freins publics, tandis que plusieurs États et blocs internationaux poussent déjà à un encadrement formel.
 
Georges Renard-Kuzmanovic
@Vukuzman Rédac chef de @FPopMedia Il faut toujours dire ce que l'on voit ; surtout-il faut toujours, ce qui est plus difficile, voir ce que l'on voit - Charles Peguy
 
B) -  Armes biologiques, piratage, guerre nucléaire… Comment une IA devenue incontrôlable pourrait anéantir l’humanité

Les progrès exponentielles de l’IA au cours des derniers mois lui permettent aujourd’hui de dépasser l’homme dans toujours plus de domaines. https://l.lefigaro.fr/WnpR
 

Armes biologiques, piratage, guerre nucléaire… Comment une IA devenue incontrôlable pourrait anéantir l’humanité 

Les progrès exponentiels de l’intelligence artificielle au cours des derniers mois lui permettent aujourd’hui de dépasser l’homme dans toujours plus de domaines. Pourtant, aucun cadre international ne permet de limiter son utilisation.

Profitez des prochaines années, ce sont peut-être les dernières… Depuis 48 heures, une prophétie glaçante sème un vent de panique : l’intelligence artificielle pourrait provoquer la disparition de l’humanité avant même la fin de la prochaine décennie. Une énième prédiction apocalyptique ? L’alerte ne vient ni d’un romancier de science-fiction ni d’un militant technophobe, mais bien de ceux qui façonnent les IA les plus puissantes au monde. Tout est parti d’un message publié sur X par Jacob Coxon, jeune ingénieur britannique passé par OpenAI et Anthropic. «Les personnes qui développent l’IA sont fermement convaincues qu’elle pourrait tous nous tuer d’ici la fin de la décennie», écrit-il. Depuis, d’autres spécialistes du secteur lui ont publiquement emboîté le pas. L’un d’eux, Evan Hubinger, chef d’équipe chez Anthropic, évalue même à «plus de 10%» la probabilité d’une catastrophe existentielle au cours des dix prochaines années. Mais derrière ces chiffres vertigineux reste une…

C) - IA : aux machines les moyens, aux hommes de choisir leur destin

En une semaine, l’IA nous a fait passer des avancées les plus vertigineuses aux prédictions les plus apocalyptiques. À quelques mois de la présidentielle, ce grand écart révèle une crise existentielle sans précédent, que le débat politique ignore : comment exploiter cette puissance sans perdre la maîtrise de notre avenir ? 

« L’IA va-t-elle nous voler nos emplois ? Nous rendre inutiles ? Détruire l’humanité ? » Ces trois questions monopolisent le débat. Toutes légitimes, elles nous enferment pourtant dans la peur, quand il faudrait comprendre, choisir et agir. 

L’IA va-t-elle détruire l’humanité ? 

Jeudi dernier, Jacob Coxon, ancien chercheur d’OpenAI et d’Anthropic, a quitté son poste en affirmant que l’IA pouvait « tous nous tuer d’ici la fin de la décennie ». Une formule anxiogène, sans fondement scientifique, mais propre au buzz. Pourtant, la vraie question n’est pas de savoir si l’IA est « bonne » ou « mauvaise ». Car, certes inquiétante et figurant la première révolution de la communication à introduire un tel bouleversement anthropologique, elle offre aussi de potentielles réponses aux menaces qui nous guettent (pandémies, climat, vieillissement). Autant promesse que menace, notre devoir est d’en tirer le maximum en gardant les risques les plus graves sous contrôle.
 
Le danger ne vient pas de l’intelligence de l’IA. Une machine savante mais incapable d’agir reste un outil. Le risque naît le jour où elle planifie, accède à Internet, engage de l’argent et poursuit seule un objectif. Lors d’expériences récentes, des modèles se sont montrés dociles tant qu’ils se croyaient surveillés, quitte à dissimuler leurs intentions dès qu’ils s’estimaient libres. Mais le vrai basculement viendra quand une IA saura automatiser la recherche qui produit la génération suivante, dans une boucle d’auto-amélioration plus rapide que notre vigilance.
 
D’où la nécessité d’une défense en profondeur : pas d’accès sans contrôle à Internet, à un compte bancaire ou au réseau électrique, et des exigences de sûreté renforcées dès que les capacités deviennent dangereuses, comme en cybersécurité. Comme dans l’aviation ou le nucléaire, l’enjeu n’est pas d’exclure toute défaillance, mais d’empêcher qu’une seule suffise à produire une catastrophe.
 
L’IA va-t-elle détruire nos emplois ?
 
Là encore, la question est mal posée. Rappelons que durant deux siècles, les machines ont remplacé la force physique. L’IA s’attaque désormais à la programmation, à l’analyse, à l’expertise et, avec la robotique, aux tâches manuelles elles-mêmes. Or ce qui devient abondant perd mécaniquement de sa valeur.
 
Mais l’IA ne dématérialise pas le monde. Elle peut trouver en quelques minutes une molécule ou dessiner une puce. Lui reste à construire l’usine, à obtenir les autorisations, à trouver l’énergie, le capital, les ingénieurs. Elle comprime le temps de l’invention, non celui de l’industrie.
 
Pourtant, à terme, ses capacités, conjuguées à la robotique, pourraient nourrir une économie autonome. Des machines à même de concevoir, produire et réinvestir produiraient seules leur électricité, fabriqueraient leurs puces et leurs robots, et croîtraient sans les humains. La question ne serait plus de savoir quels emplois subsistent, mais comment empêcher que la croissance cesse d’avoir l’humanité pour seul horizon. Trois voies s’esquissent pour y répondre. D’abord, faire de notre bien-être l’objectif indépassable de la prospérité. Ensuite, laisser aux hommes le choix des fins quand les machines maîtrisent les moyens. Enfin, préserver ce qui reste irréductiblement humain : l’origine biologique, la relation, l’expérience vécue, jusqu’au fait d’être un « humain vérifié » dans un monde saturé d’agents. Maintenir l’homme au centre ne serait plus une nécessité économique, mais un choix de civilisation.
 

L’IA va-t-elle rendre les humains inutiles ?

Cette troisième peur, corollaire des propos précédents, recèle le plus grand contresens : elle suppose que la valeur d’un homme tient à son utilité. Les machines répondront admirablement au « comment ? » : produire plus d’énergie, vivre plus longtemps, réduire nos émissions. Reste le « pourquoi ? », autrement plus difficile. Une IA peut calculer mille arbitrages entre croissance et égalité, entre sécurité et liberté ; elle ne peut décider légitimement à notre place lequel doit l’emporter. Non par défaut d’intelligence, mais de légitimité : les valeurs ne sont ni homogènes ni compatibles, et aucun calcul ne fixe seul la pondération qui s’impose à tous. Voilà pourquoi l’humain et la politique sont plus nécessaires que jamais. Si l’IA devient la machine ayant la main absolue sur les moyens, il nous revient de choisir les fins.
 
Une dernière difficulté surgit. Les IA apprendront nos valeurs peut-être mieux que nous ne savons les exprimer et nous accompagneront sans cesse, participant même à en développer la puissance. Un assistant qui sait depuis vingt ans tout ce que vous avez lu, aimé, regretté ou cru connaît les arguments qui vous convainquent. En choisissant ce qu’il vous montre et les objections qu’il soulève, il façonne peu à peu celui que vous devenez. Le danger politique ultime n’est pas qu’une IA ait de mauvaises valeurs, mais que quelqu’un s’en serve pour modeler les nôtres.
 
Le vertige de la présidentielle
 
Voilà ce qui devrait obséder les candidats à l’élection présidentielle de 2027. Comment contrôler les systèmes les plus autonomes sans étouffer l’innovation ? Comment réunir l’énergie, le capital et les infrastructures pour faire des découvertes un facteur de prospérité ? Comment accélérer le logiciel d’un pays dont les procédures fonctionnent encore au rythme d’un monde révolu ? Et, enfin, comment protéger notre liberté de jugement face à des machines capables d’influencer nos préférences et sauvegarder la démocratie, menacée par des États usant de ces technologies de manière malveillante ? En témoigne d’ailleurs le rapport qu’Anthropic vient de publier, montrant les manœuvres chinoises ayant utilisé son modèle Claude pour entraîner les siens, surveiller les réseaux sociaux, créer des armes ou pirater des entreprises. Tout comme la Russie, qui s’en est servie pour des missions de hacking contre l’Ukraine et l’Europe, la création de malwares, le vol de technologies, etc.
 
Des débats autrement plus décisifs que le « pour » ou « contre » l’IA qui surnage vaguement au milieu d’un océan de discussions passéistes masquant une incapacité profonde à envisager les réformes structurelles qui s’imposent face au poids des retraites, au changement climatique, aux vagues migratoires instrumentalisées, aux avancées dangereuses du populisme et aux conflits qui ébranlent les certitudes de notre continent trop habitué à la paix.
 
Pendant qu’une poignée d’ingénieurs redéfinit le travail, la vérité et la puissance, nos responsables légifèrent sur un monde qu’ils ne comprennent plus et prétendent régir une IA qu’ils semblent à peine découvrir.
 
Encore ce hors-sujet ne serait-il qu’un retard rattrapable s’il n’était rongé par la post-vérité, l’outrance et une radicalité amplifiée par des réseaux qui, malgré leurs vertus, offrent aussi un terrain idéal à la démagogie et au mensonge, dont se repaissent des politiciens obsédés par le court terme. Comment pourrait-il en être autrement quand, tandis que l’IA challenge notre intelligence, l’idiocratie guette notre monde, ainsi que vient d’en témoigner le dernier classement PISA, où la France, comme nombre de ses voisins, plonge de manière inexorable. Une société qui lit moins bien, guidée par des dirigeants qui comprennent moins vite, sommée d’arbitrer les choix les plus lourds de son siècle face à des machines conçues pour orienter ses préférences : voilà le vrai vertige. Non que l’IA nous dépasse, mais que nous l’affrontions désarmés.
 
@Cobra_FX_ & @BenjaminSire
 
 
D) - C'est aujourd'hui que sort le livre 'The Nerd Reich', ouvrage qui a eu une couverture impressionnante avant même sa publication. 
 
L'idée générale est qu'après les Etats Welphaliens, après l'affrontement de blocs, vient désormais une ère de confrontation entre les institutions démocratiques et les immenses puissances que représentent Musk et autres géants de l'IA. La thèse de Duran est que la démocratie est en train de prendre fin, remplacée par une dictature technologique. 
 
 
 
Lorsque j'ai commencé à m'intéresser à ses travaux, il y a quelques années, lorsque j'écrivais "Comment les hippies dieu et la science fiction ont inventé Internet" puis plus tard "le péril IA" j'étais circonspect, me disant que ce n'est pas parce que Thiel, Musk et consorts ont des idées de néofascistes qu'existe nécessairement un plan pour prendre le pouvoir. Si rien ne dit que cela va arriver, le livre et le blog de Duran n'en sont pas moins franchement déstabilisants par leur capacité à montrer à quel point existe une stratégie délibérée. Thiel est présenté dans cet ouvrage comme le personnage central. Il "fait" Yarvin, lui donne tribune, comme il "fait" JD Vance (parfait inconnu jusque là), convertit Andreessen, etc. 
 
 
L'idée générale théorisée par Yarvin, est une convergence des luttes avec la base Maga pour prendre le pouvoir, déstabiliser l'État puis rompre cette alliance pour réellement mettre en place une dictature technologique. Ça paraît complètement délirant, mais n'en est pas moins très documenté, argumenté. Les conférences Reboot (2024, co-organisé par le monde de la tech d'une part et la Fondation Heritage)et les Natconf, (Grand-messes conservateurs) sont l'occasion d'entendre les promoteur de ces idées, en substance : la démocratie empêche l'accélération. Il faut donc un autre modèle. 
 
Quelqu'un de peu avisé pourrait observer : 
 
L'accélération certes, pour quoi faire ? 
 
Car ce qui transparaît, au delà des idées distordues, c'est celui de gens qui ont perdu tout intérêt pour l'acte désintéressé, qui n'accordent aucune importance pour ce qui ne se mesure pas, pour lesquels l'acte gratuit est vulgaire, l'altruisme doit nécessairement être "effectif". L'accélération en elle-même pour Thiel, pour aller sur mars pour Musk. 
 
N'y aurait-il pas tout ce pouvoir et tout cet argent à portée de main, accorderaient-ils la même importance à toutes ces technologies ? 
 
On peut en douter tant l'abondance radicale semble un aimable prétexte. 
 
Pardon d'être candide, mais s'ils avaient vraiment le sort de leur prochain à l'esprit, ne verrions nous pas tous ces tycoons puissamment investir dans des fondations caritatives ou, sur un autre plan, accorder de l'importance à la nature, se préoccuper du fait que ces technologies, sous leurs architecture énergétiques actuelles, accroissent sensiblement le réchauffement climatique, réchauffement qui touche en premier lieu les plus fragiles ? 
 
 Mais non. Leur préoccupations, fait observer un autre journaliste, Douglas Rushkoff, c'est bien de pouvoir continuer à payer leurs service de sécurité sur leurs iles bunkerisées, lorsque après l'effondrement, l'argent ne vaudra plus rien.
 
Je n'ai pas le souvenir d'avoir refermé un livre en ayant le sentiment que nous entrons à ce point dans un nouveau paradigme politique, du fait qu'une frange non négligeable du monde de la tech californienne est acquise à l'idée qu'il faut accélérer et que, pour accélérer, la démocratie est un problème. Il ne s'agit pas un épiphénomène : ceux qui défendent ces idées ont désormais une forte influence - économiquement, cognitivement et socialement - sur des milliards d'individus au travers de leurs plateformes. Une influence qui, selon l'auteur Gil Duran (exclu de X par Elon Musk pour avoir critiqué le manifeste de Alex Karp) , s'inspire du fascisme, ce qu'il développe longuement au début et au milieu de son ouvrage. Évidemment, c'est polémique. 
 
Mais il faut prendre le temps de lire cet ouvrage convaincant, parce que documentée par les déclarations des uns et des autres, parce qu' appuyée sur leurs références bibliographiques (The Sovereign Individual, The Cathedral...) et parce que cela met en exergue l'ampleur de la pénétration de ces idées dans le monde de la technologie. Et non, il ne s'agit pas de quelques esprits enfiévrés ; il s'agit d'individus parmi les plus grandes fortunes de ce monde, qui placent peu à peu leurs technologies, leurs agents dans différents systèmes politiques, économiques, sociaux... aux fins de faire tomber la démocratie et de faire advenir leur projet. Pour ceux qui en doutent, Il faut avoir à l'esprit que le Vice-président des USA ne serait pas là s'il ne défendait pas également ces idées, parmi d'autres. Il a reçu $ 15 millions de Thiel pour sa campagne et a été l'objet d'un lobbying efficace de la part du monde de la tech pour être le "ticket" de D. Trump 
 
Disclaimer : j'ai une profonde aversion pour le complotisme et je ne me serais pas permis d'écrire cela s'il ne me semblait pas que la dynamique est réelle, et déjà fortement engagée. 
 
La conclusion de ce livre est on ne peut plus claire : 
 
Nous ne pouvons plus nous permettre de demi-mesures. Il convient de construire un projet politique, avec en son coeur ce nouveau paradigme technologique. Si nous voulons construire un monde où les données ne sont pas exploitées contre les individus, où les algorithmes ne déforment pas le réel au profit de quelques-uns et où la richesse ne se concentre pas exclusivement entre les mains du capital, il va falloir comprendre ce qui est en train de se jouer. 
 
Cela pose des questions fondamentales : 
 
Avons-nous réellement besoin d'une société organisée autour de plateformes controlées tout au plus par quelques milliers de personnes à l'échelle de la planète ? 
 
La richesse de ces individus peut elle continuer d'être considérée comme acceptable lorsqu'elle appelle un pouvoir qui concurrence celui des Etats ? 
 
Faut-il inventer de nouvelles architectures économiques et numériques qui protègent les données privées — personnelles, culturelles ou industrielles ? 
 


E) - Comment empêcher que certains de ces acteurs s'approprient des prérogatives qui n'ont, par nature, aucune raison de l'être, comme la monnaie ?
 
Dans le monde de l'IA, certaines des sociétés qui étaient au coeur de l'attention des investisseurs il y a seulement quelques trimestres peinent désormais à trouver des fonds (Inflection AI, Adept AI, voire dans une moindre mesure Stability AI), tandis que d'autres deviennent les nouvelles coqueluches des investisseurs (Thinking Machines Lab, Safe Superintelligence, Anysphere/Cursor, entreprises d'infrastructure / agents IA...). 
 
Il faut se souvenir de la première guerre des navigateurs (Microsoft, Netscape...) et des "portails" à la fin des années 1990 : 
 
Les investisseurs étaient convaincus que celui qui la gagnerait contrôlerait Internet. 
Puis le centre de gravité s'est déplacé. Pendant un temps, Cisco fut la société la plus valorisée au monde avec l'idée que « sans routeurs, pas d'Internet ». 
Puis vint Nokia, portée par la conviction que l'accès au Web passerait avant tout par le téléphone mobile. Ensuite, ce furent les moteurs de recherche, avec Google (face a MS), puis les plateformes sociales, le cloud puis les smartphones... 
 
Tout ça pour rappeler que ce qui est évident a un moment ne le reste pas forcément longtemps.


Le paradoxe de la productivité de l'IA est particulièrement bien expliqué dans cet article.
 
 
Si celle-ci croit de façon spectaculaire au niveau de la production de code (+300%), elle est deux fois moindre au niveau du code soumis à revue, et de "seulement" 30% au niveau du code implémenté. Une observation faite dans de nombreuses organisations et contextes différents. 
 
L'auteur de l'article observe cependant que cette faible productivite est probablement le fait d'un usage à cadre constant, c'est-à-dire sans prendre en compte les nouvelles architectures logicielles ainsi que les nouvelles méthodes de travai qu'induit l'agentique. En d'autres termes, c'est plus facile de développer de nouvelles technologies que de changer la culture dans laquelle celles-ci sont mises en oeuvre. 
 
 
Longtemps, je me suis situé dans le camp des techno-optimistes. 
 
Lorsqu'Internet est apparu dans les années 90, j'ai comme beaucoup pensé qu'il s'agissait d'un facteur essentiel de progrès pour l'ensemble de l'humanité. Et il a été un facteur de diffusion de la connaissance comme nul autre : les techniques sont plus rapidement adoptées, nos économies sont devenues plus efficaces, etc. 
 
Mais rares étaient ceux qui auraient alors pu énoncer qu'internet serait source de graves menaces sur la démocratie, qu'il serait un facteur de concentration sans pareil des richesses (il y a quinze ans, l'homme le plus riche du monde possédait de l'ordre de 60-70 milliards de dollars. aujourd'hui plusieurs d'entre eux ont, au moins momentanément, franchi le seuil des 300 milliards, tous issus du monde de la technologie), qu'il créerait d'importants enjeux de santé mentale, de cognition (ces deux derniers points à différencier l'un de l'autre), de cybersecurité, avec les conséquences que cela peut avoir dans le monde réel... 
 
On m'a rapporté récemment que certains disent que je suis devenu "techno-réac". 
 
Même si je trouve la définition assez injuste, je reconnais ne plus avoir un enthousiasme univoque à l'égard des technologies. 
Et puis, si moi j'ai probablement évolué, il me semble que beaucoup de ceux qui font la technologie ont eu ont énormément changé. 
 
Dans la Silicon Valley, contrer le techno-optimisme, être décroissant, a toujours été un peu comme s'auto-désigner hérétique face au tribunal du saint Office de l'inquisition au XVIème siècle. Peter Thiel le résume d'ailleurs très bien : sans explicitement le dire, il compare la nécessité de l'accélération comme une quête messianique, et quiconque conteste cela a tôt fait de se faire labelliser par lui d'antéchrist, comme l'ont été Greta Thunberg et Eliezer Yudkowsky. 
 
L'accélération y est devenue une fin en soi et l'IA est emblématique de cette accélération (certains suspectent qu'en souhaitant dépasser l'humain, ceux-là réglent leurs compte à tous ceux qui les ont renvoyé à leurs propres limites, leurs frustrations). 
 
Désormais quiconque s'oppose au progrès technologique, en particulier de l'IA est plus ou moins un ennemi de Yarvin, Thiel, Andressen, Sacks, représentant la sainte inquisition technologique connue pour son absolutisme, son rejet de la démocratie et leur souhait de voir advenir une dictature technologique... . 
 
 Je conçois qu'il n'y ait d'ailleurs pas que des inconvénients à cet absolutisme ; il a le mérite de maintenir une ferveur religieuse - Thiel ne s'y trompe d'ailleurs pas et utilise à dessein ce corpus théologique. 
 
Dans un livre à paraitre d'ici quelques jours, je me suis posé la question de la finalité de l'accélération : 
 
Est-ce que l'on sera plus heureux lorsque l'on vivra 120 ans ? 
Lorsqu'on aura tous un QI de 145 ? 
Lorsqu'on aura envoyé des humains sur Mars ? 
 
Ces questions ne sont jamais posées ; et pourtant elles ont une incidence directe sur notre réel : car c'est maintenant qu'il faut faire des choix de société forts.

Gilles Babinet 

 
@babgi 
Président de CaféIA. #IA 7 startups, 4 sorties et 7 livres Sur Linkedin désormais https://linkedin.com/in/gillesbabin




F) - L’avertissement sur l’IA lancé par Bill Gates en trois points clés

Dans un essai de près de 6 000 mots, le milliardaire philanthrope appelle à réglementer l’IA et affirme qu’une coordination mondiale est nécessaire pour faire face à ses conséquences sur l’emploi, la sécurité et le bien-être 

Pour Bill Gates, les entreprises se ruent sur l’intelligence artificielle (IA) sans se soucier des répercussions colossales que la technologie aura sur le monde. Dans un texte publié mercredi sur son site Internet, il lance un avertissement sans concession sur les risques que l’IA fait peser sur l’emploi et la condition humaine.

« Même si toutes les conditions sont réunies, la transition vers l’ère de l’IA sera l’une des plus tumultueuses de l’histoire de l’humanité, prévient-il. Pour l’heure, personne ne s’y prépare : je ne vois aucun leader, aucun expert, ni aucune communauté s’intéresser correctement à ce problème. »

https://www.lopinion.fr/economie/lavertissement-sur-lia-lance-par-bill-gates-en-trois-points-cles

 


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