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août 27, 2026

Devenir des machines ou rester vivants ? Suis-je devenu "techno-réac" ?

C'est aujourd'hui que sort le livre 'The Nerd Reich', ouvrage qui a eu une couverture impressionnante avant même sa publication. 
 
L'idée générale est qu'après les Etats Welphaliens, après l'affrontement de blocs, vient désormais une ère de confrontation entre les institutions démocratiques et les immenses puissances que représentent Musk et autres géants de l'IA. La thèse de Duran est que la démocratie est en train de prendre fin, remplacée par une dictature technologique. 
 
 
 
Lorsque j'ai commencé à m'intéresser à ses travaux, il y a quelques années, lorsque j'écrivais "Comment les hippies dieu et la science fiction ont inventé Internet" puis plus tard "le péril IA" j'étais circonspect, me disant que ce n'est pas parce que Thiel, Musk et consorts ont des idées de néofascistes qu'existe nécessairement un plan pour prendre le pouvoir. Si rien ne dit que cela va arriver, le livre et le blog de Duran n'en sont pas moins franchement déstabilisants par leur capacité à montrer à quel point existe une stratégie délibérée. Thiel est présenté dans cet ouvrage comme le personnage central. Il "fait" Yarvin, lui donne tribune, comme il "fait" JD Vance (parfait inconnu jusque là), convertit Andreessen, etc. 
 
 
L'idée générale théorisée par Yarvin, est une convergence des luttes avec la base Maga pour prendre le pouvoir, déstabiliser l'État puis rompre cette alliance pour réellement mettre en place une dictature technologique. Ça paraît complètement délirant, mais n'en est pas moins très documenté, argumenté. Les conférences Reboot (2024, co-organisé par le monde de la tech d'une part et la Fondation Heritage)et les Natconf, (Grand-messes conservateurs) sont l'occasion d'entendre les promoteur de ces idées, en substance : la démocratie empêche l'accélération. Il faut donc un autre modèle. 
 
Quelqu'un de peu avisé pourrait observer : 
 
L'accélération certes, pour quoi faire ? 
 
Car ce qui transparaît, au delà des idées distordues, c'est celui de gens qui ont perdu tout intérêt pour l'acte désintéressé, qui n'accordent aucune importance pour ce qui ne se mesure pas, pour lesquels l'acte gratuit est vulgaire, l'altruisme doit nécessairement être "effectif". L'accélération en elle-même pour Thiel, pour aller sur mars pour Musk. 
 
N'y aurait-il pas tout ce pouvoir et tout cet argent à portée de main, accorderaient-ils la même importance à toutes ces technologies ? 
 
On peut en douter tant l'abondance radicale semble un aimable prétexte. 
 
Pardon d'être candide, mais s'ils avaient vraiment le sort de leur prochain à l'esprit, ne verrions nous pas tous ces tycoons puissamment investir dans des fondations caritatives ou, sur un autre plan, accorder de l'importance à la nature, se préoccuper du fait que ces technologies, sous leurs architecture énergétiques actuelles, accroissent sensiblement le réchauffement climatique, réchauffement qui touche en premier lieu les plus fragiles ? 
 
 Mais non. Leur préoccupations, fait observer un autre journaliste, Douglas Rushkoff, c'est bien de pouvoir continuer à payer leurs service de sécurité sur leurs iles bunkerisées, lorsque après l'effondrement, l'argent ne vaudra plus rien.
 
Je n'ai pas le souvenir d'avoir refermé un livre en ayant le sentiment que nous entrons à ce point dans un nouveau paradigme politique, du fait qu'une frange non négligeable du monde de la tech californienne est acquise à l'idée qu'il faut accélérer et que, pour accélérer, la démocratie est un problème. Il ne s'agit pas un épiphénomène : ceux qui défendent ces idées ont désormais une forte influence - économiquement, cognitivement et socialement - sur des milliards d'individus au travers de leurs plateformes. Une influence qui, selon l'auteur Gil Duran (exclu de X par Elon Musk pour avoir critiqué le manifeste de Alex Karp) , s'inspire du fascisme, ce qu'il développe longuement au début et au milieu de son ouvrage. Évidemment, c'est polémique. 
 
Mais il faut prendre le temps de lire cet ouvrage convaincant, parce que documentée par les déclarations des uns et des autres, parce qu' appuyée sur leurs références bibliographiques (The Sovereign Individual, The Cathedral...) et parce que cela met en exergue l'ampleur de la pénétration de ces idées dans le monde de la technologie. Et non, il ne s'agit pas de quelques esprits enfiévrés ; il s'agit d'individus parmi les plus grandes fortunes de ce monde, qui placent peu à peu leurs technologies, leurs agents dans différents systèmes politiques, économiques, sociaux... aux fins de faire tomber la démocratie et de faire advenir leur projet. Pour ceux qui en doutent, Il faut avoir à l'esprit que le Vice-président des USA ne serait pas là s'il ne défendait pas également ces idées, parmi d'autres. Il a reçu $ 15 millions de Thiel pour sa campagne et a été l'objet d'un lobbying efficace de la part du monde de la tech pour être le "ticket" de D. Trump 
 
Disclaimer : j'ai une profonde aversion pour le complotisme et je ne me serais pas permis d'écrire cela s'il ne me semblait pas que la dynamique est réelle, et déjà fortement engagée. 
 
La conclusion de ce livre est on ne peut plus claire : 
 
Nous ne pouvons plus nous permettre de demi-mesures. Il convient de construire un projet politique, avec en son coeur ce nouveau paradigme technologique. Si nous voulons construire un monde où les données ne sont pas exploitées contre les individus, où les algorithmes ne déforment pas le réel au profit de quelques-uns et où la richesse ne se concentre pas exclusivement entre les mains du capital, il va falloir comprendre ce qui est en train de se jouer. 
 
Cela pose des questions fondamentales : 
 
Avons-nous réellement besoin d'une société organisée autour de plateformes controlées tout au plus par quelques milliers de personnes à l'échelle de la planète ? 
 
La richesse de ces individus peut elle continuer d'être considérée comme acceptable lorsqu'elle appelle un pouvoir qui concurrence celui des Etats ? 
 
Faut-il inventer de nouvelles architectures économiques et numériques qui protègent les données privées — personnelles, culturelles ou industrielles ? 
 


Comment empêcher que certains de ces acteurs s'approprient des prérogatives qui n'ont, par nature, aucune raison de l'être, comme la monnaie ?
 
Dans le monde de l'IA, certaines des sociétés qui étaient au coeur de l'attention des investisseurs il y a seulement quelques trimestres peinent désormais à trouver des fonds (Inflection AI, Adept AI, voire dans une moindre mesure Stability AI), tandis que d'autres deviennent les nouvelles coqueluches des investisseurs (Thinking Machines Lab, Safe Superintelligence, Anysphere/Cursor, entreprises d'infrastructure / agents IA...). 
 
Il faut se souvenir de la première guerre des navigateurs (Microsoft, Netscape...) et des "portails" à la fin des années 1990 : 
 
Les investisseurs étaient convaincus que celui qui la gagnerait contrôlerait Internet. 
Puis le centre de gravité s'est déplacé. Pendant un temps, Cisco fut la société la plus valorisée au monde avec l'idée que « sans routeurs, pas d'Internet ». 
Puis vint Nokia, portée par la conviction que l'accès au Web passerait avant tout par le téléphone mobile. Ensuite, ce furent les moteurs de recherche, avec Google (face a MS), puis les plateformes sociales, le cloud puis les smartphones... 
 
Tout ça pour rappeler que ce qui est évident a un moment ne le reste pas forcément longtemps.


Le paradoxe de la productivité de l'IA est particulièrement bien expliqué dans cet article.
 
 
Si celle-ci croit de façon spectaculaire au niveau de la production de code (+300%), elle est deux fois moindre au niveau du code soumis à revue, et de "seulement" 30% au niveau du code implémenté. Une observation faite dans de nombreuses organisations et contextes différents. 
 
L'auteur de l'article observe cependant que cette faible productivite est probablement le fait d'un usage à cadre constant, c'est-à-dire sans prendre en compte les nouvelles architectures logicielles ainsi que les nouvelles méthodes de travai qu'induit l'agentique. En d'autres termes, c'est plus facile de développer de nouvelles technologies que de changer la culture dans laquelle celles-ci sont mises en oeuvre. 
 
 
Longtemps, je me suis situé dans le camp des techno-optimistes. 
 
Lorsqu'Internet est apparu dans les années 90, j'ai comme beaucoup pensé qu'il s'agissait d'un facteur essentiel de progrès pour l'ensemble de l'humanité. Et il a été un facteur de diffusion de la connaissance comme nul autre : les techniques sont plus rapidement adoptées, nos économies sont devenues plus efficaces, etc. 
 
Mais rares étaient ceux qui auraient alors pu énoncer qu'internet serait source de graves menaces sur la démocratie, qu'il serait un facteur de concentration sans pareil des richesses (il y a quinze ans, l'homme le plus riche du monde possédait de l'ordre de 60-70 milliards de dollars. aujourd'hui plusieurs d'entre eux ont, au moins momentanément, franchi le seuil des 300 milliards, tous issus du monde de la technologie), qu'il créerait d'importants enjeux de santé mentale, de cognition (ces deux derniers points à différencier l'un de l'autre), de cybersecurité, avec les conséquences que cela peut avoir dans le monde réel... 
 
On m'a rapporté récemment que certains disent que je suis devenu "techno-réac". 
 
Même si je trouve la définition assez injuste, je reconnais ne plus avoir un enthousiasme univoque à l'égard des technologies. 
Et puis, si moi j'ai probablement évolué, il me semble que beaucoup de ceux qui font la technologie ont eu ont énormément changé. 
 
Dans la Silicon Valley, contrer le techno-optimisme, être décroissant, a toujours été un peu comme s'auto-désigner hérétique face au tribunal du saint Office de l'inquisition au XVIème siècle. Peter Thiel le résume d'ailleurs très bien : sans explicitement le dire, il compare la nécessité de l'accélération comme une quête messianique, et quiconque conteste cela a tôt fait de se faire labelliser par lui d'antéchrist, comme l'ont été Greta Thunberg et Eliezer Yudkowsky. 
 
L'accélération y est devenue une fin en soi et l'IA est emblématique de cette accélération (certains suspectent qu'en souhaitant dépasser l'humain, ceux-là réglent leurs compte à tous ceux qui les ont renvoyé à leurs propres limites, leurs frustrations). 
 
Désormais quiconque s'oppose au progrès technologique, en particulier de l'IA est plus ou moins un ennemi de Yarvin, Thiel, Andressen, Sacks, représentant la sainte inquisition technologique connue pour son absolutisme, son rejet de la démocratie et leur souhait de voir advenir une dictature technologique... . 
 
 Je conçois qu'il n'y ait d'ailleurs pas que des inconvénients à cet absolutisme ; il a le mérite de maintenir une ferveur religieuse - Thiel ne s'y trompe d'ailleurs pas et utilise à dessein ce corpus théologique. 
 
Dans un livre à paraitre d'ici quelques jours, je me suis posé la question de la finalité de l'accélération : 
 
Est-ce que l'on sera plus heureux lorsque l'on vivra 120 ans ? 
Lorsqu'on aura tous un QI de 145 ? 
Lorsqu'on aura envoyé des humains sur Mars ? 
 
Ces questions ne sont jamais posées ; et pourtant elles ont une incidence directe sur notre réel : car c'est maintenant qu'il faut faire des choix de société forts.

Gilles Babinet 

 
@babgi 
Président de CaféIA. #IA 7 startups, 4 sorties et 7 livres Sur Linkedin désormais https://linkedin.com/in/gillesbabin




L’avertissement sur l’IA lancé par Bill Gates en trois points clés

Dans un essai de près de 6 000 mots, le milliardaire philanthrope appelle à réglementer l’IA et affirme qu’une coordination mondiale est nécessaire pour faire face à ses conséquences sur l’emploi, la sécurité et le bien-être 

Pour Bill Gates, les entreprises se ruent sur l’intelligence artificielle (IA) sans se soucier des répercussions colossales que la technologie aura sur le monde. Dans un texte publié mercredi sur son site Internet, il lance un avertissement sans concession sur les risques que l’IA fait peser sur l’emploi et la condition humaine.

« Même si toutes les conditions sont réunies, la transition vers l’ère de l’IA sera l’une des plus tumultueuses de l’histoire de l’humanité, prévient-il. Pour l’heure, personne ne s’y prépare : je ne vois aucun leader, aucun expert, ni aucune communauté s’intéresser correctement à ce problème. »

https://www.lopinion.fr/economie/lavertissement-sur-lia-lance-par-bill-gates-en-trois-points-cles

 


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