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mai 02, 2026

INFORMATIONS ÉTATSUNIENNES !!

Sommaire:

A) - États-Unis : Le mystère des 11 scientifiques disparus ou morts dans des secteurs sensibles

B) - À six mois des élections de mi-mandat : un sondage explosif de Fox News révèle que les républicains dominent les questions de sécurité, tandis qu’un scandale éclate au sein du SPLC, révélant un réseau de racisme.

C) - SPLC et ActBlue : Quand la gauche finance ses propres monstres

D) - Une guerre peut être juste.

 



A) - États-Unis : Le mystère des 11 scientifiques disparus ou morts dans des secteurs sensibles

Onze ombres sur la science américaine

Il existe un seuil au-delà duquel la coïncidence cesse d’être rassurante et devient une question politique. Aux États-Unis, ce seuil semble avoir été franchi avec l’affaire de onze scientifiques et responsables liés à des secteurs sensibles, disparus ou morts en l’espace de seulement quatre ans. Cinq décès, six disparitions, tous insérés dans des domaines qui touchent au noyau dur de la puissance américaine : nucléaire, recherche spatiale, pharmacie, radiofréquence, défense avancée. Quand une telle série s’accumule, la vraie question n’est plus seulement de savoir s’il existe une main cachée, mais pourquoi l’appareil institutionnel d’une superpuissance donne l’impression de courir derrière les événements au lieu de les maîtriser.


Le cœur du problème : les secteurs sensibles

Ce qui frappe n’est pas seulement le nombre. Ce qui inquiète surtout, c’est le profil des personnes concernées. Il ne s’agit pas de figures marginales, mais de professionnels qui, de différentes manières, avaient ou pouvaient avoir accès à des programmes délicats, à des données classifiées, à des technologies de pointe. C’est cet élément qui transforme une suite de drames individuels en question stratégique. Car lorsque le savoir scientifique se situe à l’intersection de la défense, de l’espace et de l’industrie pharmaceutique, la sécurité du chercheur n’est plus une affaire privée : elle devient une composante de la sécurité nationale.

Parmi les cas évoqués, celui d’Amy Eskridge se détache. Chercheuse de 34 ans, elle a été retrouvée morte en Alabama en juin 2022, tuée par balle à la tête. Les autorités avaient conclu à l’époque au suicide. Mais le dossier n’a jamais vraiment cessé de soulever des questions, parce que la jeune femme travaillait sur des thèmes liés à la gravité et que, dans des enregistrements réalisés avant sa mort, elle affirmait se sentir menacée. Pris isolément, un tel détail ne prouve rien. Mais dans une série aussi dense, il prend un poids considérable.

Morts obscures, disparitions, soupçons

D’autres noms complètent le tableau : Monica Reza, Frank Maywall et Michael David Hicks. La première travaillait dans la fabrication de moteurs de fusée, les deux autres dans la radiofréquence ou des projets de défense spatiale. Monica serait morte dans une chute en 2025, tandis que les deux hommes sont décédés en 2023 et 2024 sans que les causes exactes de leur mort aient été clarifiées. En outre, leurs collègues travaillaient dans le même laboratoire lié à la NASA. Dans un milieu déjà dominé par le secret, les intérêts industriels et la compétition stratégique, cette concentration d’événements anormaux ne pouvait qu’alimenter les interrogations.

L’affaire a d’ailleurs dépassé les cercles marginaux pour atteindre le sommet politique. Elle a attiré l’attention de Donald Trump, tandis que le FBI a indiqué vérifier l’existence éventuelle de liens entre ces disparitions et ces décès. Ce passage est essentiel : lorsque la Maison-Blanche et le Bureau entrent en scène, cela signifie que le problème n’est plus perçu comme une simple rumeur de réseaux sociaux, mais comme une possible vulnérabilité du système américain.

Entre menace extérieure et désordre intérieur

Les hypothèses restent contradictoires. D’un côté, le député James Comer avance la piste extérieure : de nombreux pays auraient tout intérêt à s’emparer du savoir-faire et des capacités nucléaires américaines. En arrière-plan apparaissent les noms habituels de la compétition mondiale : Chine, Russie, Iran. De l’autre, la NASA tempère, en affirmant qu’à ce stade rien n’indique une menace directe contre la sécurité nationale. Certaines familles, dans au moins deux cas, évoquent des problèmes de santé ou des difficultés personnelles préexistantes. Et l’épouse d’un ancien général de l’aviation, disparu sans laisser de traces après avoir travaillé pour le Pentagone, rejette les lectures complotistes en rappelant qu’il était à la retraite depuis plusieurs années.

C’est là que l’affaire prend tout son sens. La fragilité américaine ne réside pas seulement dans une éventuelle action d’un adversaire extérieur, mais dans la possibilité qu’un pays technologiquement dominant ne parvienne plus à distinguer clairement entre accident, vulnérabilité systémique et interférence hostile. À une époque où la supériorité se mesure aussi à la protection du capital humain scientifique, la disparition de chercheurs et de spécialistes produit un dommage qui dépasse le seul cadre judiciaire : elle érode la confiance, élargit le soupçon, nourrit l’idée que les centres les plus sophistiqués de la puissance sont aussi les plus exposés.

Le mystère comme symptôme d’une puissance inquiète

Pour l’instant, il n’existe pas de preuve définitive d’une trame commune. Mais l’accumulation des cas suffit à montrer que la première puissance mondiale se heurte à une contradiction majeure : elle dispose du maximum de technologie, mais ne parvient pas à dissiper le doute sur le sort de ses hommes clés. Et c’est souvent à partir de ces zones d’ombre, plus qu’à partir des certitudes, que l’on mesure l’état réel d’une puissance. Car le mystère, lorsqu’il touche à la science, à la défense et à la sécurité, n’est jamais seulement un mystère : il est déjà un problème stratégique.

Giuseppe Gagliano, 

Président du Centro Studi Strategici Carlo De Cristoforis (Côme, Italie) 

https://lediplomate.media/decryptage-etats-unis-mystere-11-scientifiques-disparus-morts-secteurs-sensibles/ 

 


 

B) - À six mois des élections de mi-mandat : un sondage explosif de Fox News révèle que les républicains dominent les questions de sécurité, tandis qu’un scandale éclate au sein du SPLC, révélant un réseau de racisme.

Six mois avant les élections de mi-mandat de 2026, un nouveau sondage national de Fox News, réalisé du 17 au 20 avril, dresse un tableau contrasté aux conséquences majeures pour les deux principaux partis. Les Républicains conservent une nette avance sur la sécurité des frontières, l'immigration, la criminalité et la sécurité nationale, tandis que les Démocrates sont en tête sur l'économie, l'inflation et la santé. 
 
Mais au-delà de ces chiffres, c'est le scandale qui secoue le Southern Poverty Law Center (SPLC) qui cristallise le profond malaise des électeurs : cette organisation emblématique de la lutte contre le racisme est accusée par le ministère de la Justice d'avoir secrètement versé plus de 3 millions de dollars entre 2014 et 2023 à des individus liés à des groupes extrémistes violents, dont des factions du Ku Klux Klan. 
 
Le procureur général Todd Blanche ne laisse planer aucun doute : le SPLC « fabriquait l'extrémisme même qu'il prétendait combattre » en rémunérant des sources pour attiser la haine raciale et justifier ses collectes de fonds. Cette révélation tombe au pire moment possible pour la gauche et offre aux républicains un argument de campagne dévastateur : une partie de l’activisme progressiste ne lutte plus contre le racisme, mais le perpétue à des fins financières et électorales.
 
Les Républicains en position de force sur les questions de sécurité 
 
Selon un sondage, les Républicains bénéficient d'un net avantage de 16 points sur la sécurité des frontières, de 8 points sur l'immigration et la criminalité, et de 6 points sur la sécurité nationale. 
 
Ces chiffres confirment que le Parti républicain est perçu comme plus crédible et plus déterminé sur les questions de maintien de l'ordre et de contrôle des frontières – des sujets qui demeurent au cœur des préoccupations quotidiennes d'une large partie de l'électorat. 
 
Les Démocrates conservent leur avantage sur les questions économiques et sociales 
 
À l'inverse, les Démocrates devancent les Républicains de 21 points sur la santé, de 8 points sur l'inflation et de 4 points sur l'économie. Ils disposent également d'une avance confortable sur le changement climatique (+29 points), l'avortement (+18), les questions transgenres (+13) et la politique étrangère (+6). 
 
 L'économie et l'inflation restent les principales priorités : 26 % des électeurs citent l'inflation et la hausse des prix comme le problème le plus important auquel le pays est confronté, tandis que 17 % mentionnent l'économie et l'emploi. Près des trois quarts des Américains (73 %) donnent une note négative à l'économie nationale, tandis que six sur dix évaluent négativement leur propre situation financière et sept sur dix pensent que l'économie se détériore.
 
Trump sous pression, les deux partis critiqués 
 
Le taux d'approbation du président Donald Trump concernant sa gestion de l'inflation n'atteint que 28 %, et 34 % pour l'économie. Son taux d'approbation global reste négatif, avec 42 % d'opinions favorables et 58 % d'opinions défavorables. Plus largement, 61 % des électeurs estiment que les deux partis se concentrent sur les « mauvais » sujets. L'image des deux partis est fortement ternie : 58 % d'opinions défavorables s'appliquent aussi bien aux démocrates qu'aux républicains. 
 
Concernant le vote pour les élections législatives, 52 % des électeurs déclarent qu'ils soutiendraient le candidat démocrate dans leur circonscription, contre 47 % pour le républicain – un léger avantage pour les démocrates, qui se situe dans la marge d'erreur du sondage. Par ailleurs, 68 % des démocrates se disent « extrêmement » motivés à voter, contre 60 % des républicains. 
 
 Le scandale du SPLC : De la lutte historique contre le racisme à l'instrumentalisation du récit victimaire
 
 Le scandale du SPLC révèle une évolution tragique qui s'étend sur plusieurs décennies. Fondé à Montgomery, en Alabama – berceau du mouvement des droits civiques –, le Southern Poverty Law Center s'est longtemps imposé comme l'un des défenseurs les plus visibles et influents des droits des minorités. Pendant des décennies, il a bâti sa réputation et son empire financier sur la traque du racisme, de la suprématie blanche et des groupes d'extrême droite. Il se présentait comme le garant moral de l'Amérique progressiste, une référence incontournable pour les médias, les entreprises et les institutions cherchant à démontrer leur engagement contre la haine. 
 
 Pourtant, derrière cette façade historique, selon l'analyse de Bobby Burack dans OutKick, une dynamique perverse s'est progressivement installée : « Dans l'économie de l'activisme actuelle, la demande de racisme dépasse largement l'offre.» Lorsque la réalité ne fournit plus suffisamment d'exemples concrets de racisme systémique pour justifier l'ampleur des budgets et de l'influence, l'organisation est tout à fait incitée à fabriquer ou à amplifier ce racisme. 
 
Le pasteur Corey Brooks, figure emblématique de la lutte contre le discours victimaire dans les quartiers noirs de Chicago, décrit cette évolution avec une lucidité implacable : « Nous l’avons constaté avec O.J. Simpson, Michael Brown, George Floyd… et maintenant avec le SPLC. Au lieu de promouvoir la responsabilité individuelle, le mérite et le rêve américain, certaines structures ont choisi de perpétuer la division raciale car c’est devenu leur modèle économique. »
 
Bobby Burack résume ce mécanisme par une formule frappante : « Dans l’économie de l’activisme, le racisme fait vendre. Et lorsque l’offre réelle se raréfie, certaines organisations n’hésitent plus à créer la demande.» 
 
2014-2023 : Financement secret des « ennemis » et parallèles avec BLM et d’autres organisations 
 
C’est précisément cette période qui révèle, selon le ministère de la Justice, le chapitre le plus sombre de cette évolution. Entre 2014 et 2023, le SPLC aurait « secrètement versé » plus de 3 millions de dollars à au moins huit individus liés à des groupes extrémistes violents, dont des factions du Ku Klux Klan. Le procureur général Todd Blanche est catégorique : « Au lieu de démanteler les réseaux extrémistes, le SPLC a en réalité fabriqué l’extrémisme qu’il prétendait combattre en rémunérant des sources pour attiser la haine raciale.» 
 
Ce modèle n’est pas propre au SPLC. Bobby Burack cite l'exemple de la Human Rights Campaign (HRC) : après la victoire historique de 2015 dans l'affaire Obergefell v. Hodges, qui a légalisé le mariage homosexuel à l'échelle nationale, l'organisation a dû se réinventer en se concentrant sur les « droits des personnes trans ». « Les droits des personnes trans ne constituent pas une véritable crise. Les personnes trans ont les mêmes droits que tous les autres Américains. Mais la HRC a compris qu'elle devait s'emparer d'un autre problème, quitte à en créer un.» 
 
Le même mécanisme s'applique au mouvement Black Lives Matter (BLM). Suite à la mort de George Floyd en 2020, BLM a levé des centaines de millions de dollars en quelques mois, alimentant un discours de racisme systémique et de victimisation permanente. Pourtant, comme le souligne le pasteur Corey Brooks dans ses analyses, BLM a été accusé d'exacerber les tensions raciales et de détourner des fonds sans apporter d'améliorations concrètes aux quartiers noirs. Brooks, qui a passé des centaines de jours sur un toit à Chicago pour construire un centre communautaire sans aide gouvernementale, dénonce ce « tribalisme racial » qui, au lieu de résoudre les problèmes, perpétue les difficultés et sert ainsi à maintenir les financements et le pouvoir politique. 
 
 La même logique s'applique au SPLC : lorsque le racisme visible s'estompe, l'organisation doit entretenir un sentiment d'urgence permanent pour survivre.
 
Quand le discours victimaire se retourne contre ses créateurs 
 
 Ce sondage de Fox News et le scandale du SPLC dressent un tableau implacable : les Américains en ont assez. Ils exigent des réponses concrètes sur l’économie, l’inflation et la sécurité, tandis qu’une partie de la gauche semble prisonnière d’une instrumentalisation du discours victimaire qui a besoin du racisme pour survivre. Les Républicains dominent les sujets qui touchent directement le quotidien ; les Démocrates conservent leur crédibilité sur les questions économiques et sociales. Mais le scandale du SPLC transforme un débat culturel en un handicap électoral pour la gauche : il apporte aux Républicains la preuve flagrante que certains de leurs adversaires ne combattent plus le racisme, mais le perpétuent par intérêt financier et électoral. 
 
À six mois des élections de mi-mandat, l’Amérique est à la croisée des chemins. Les électeurs trancheront. Et cette fois, l’exploitation du racisme pourrait bien coûter cher à ceux qui en ont fait leur gagne-pain. La grande bataille des élections de mi-mandat ne fait que commencer. Elle sera impitoyable et décisive pour l’avenir du pays.
 
Angélique Bouchard
 


 

C) - SPLC et ActBlue : Quand la gauche finance ses propres monstres

Aux États-Unis, les Démocrates sont actuellement éclaboussés par deux énormes scandales qui pourraient bien remettre en question le fondement même de ce parti, et qui touchent la caisse noire d’un côté et la machine morale de l’autre de ce qui se présentait encore, il y a peu, comme le Camp du Bien.

Le volet moral est, sans doute, le plus ironiquement savoureux. 

Le Southern Poverty Law Center, cette vénérable ONG d’Alabama dont le fonds de commerce consistait à dresser chaque année la liste des plus gros racistes d’Amérique, vient d’être inculpé par un grand jury fédéral pour onze chefs d’accusation dont notamment fraude bancaire, fraude électronique et blanchiment, pour avoir secrètement financé, entre 2014 et 2023, les dirigeants mêmes des groupes qu’il prétendait combattre. 

Eh oui : trois millions de dollars, prélevés sur les dons de militants convaincus de combattre le Ku Klux Klan, ont transité, par la magie comptable des sociétés-écrans aux noms aussi sobres que « Fox Photography » ou « Rare Books Warehouse » vers un « imperial wizard » du Klan, un leader du National Socialist Movement, et divers cadres de l’Aryan Nations.

On apprend même qu’un informateur stipendié par le SPLC faisait lui-même partie du groupe de discussion qui a organisé la tristement célèbre marche « Unite the Right » de Charlottesville en 2017, cette marche où une militante antiraciste, Heather Heyer, est morte écrasée par une voiture. Le même individu a touché 270 000 dollars entre autres pour aider à la logistique. 

On peine à trouver plus beau retour sur investissement dans l’industrie compassionnelle.

On découvre, à la lecture de l’acte d’accusation, que tout ce petit monde entretenait depuis les années 1980 un réseau « d’agents de terrain », les fameux « Fs », financés en douce via un maquis de sociétés fictives pour récolter la matière première nécessaire à l’élaboration des rapports annuels « Year in Hate and Extremism » qui permettaient, eux, de lever des fonds auprès des bobos du Vermont ou d’ailleurs et des fondations bien intentionnées. 

Un parfait circuit fermé qui permet de payer le racisme pour ensuite vendre sa dénonciation, en encaissant à chaque étape : voilà ce que produit mécaniquement une organisation dont la survie dépend de l’existence du mal qu’elle combat. 

Nous sommes ici devant le chef d’œuvre absolu de l’ingénierie sociale doublée d’un cynisme total : une organisation non gouvernementale en charge de la lutte contre le racisme finance sans vergogne le racisme pour être sûre d’obtenir financement, visibilité et influence. 

C’est malin, non ?

Pendant que le SPLC s’occupe de la logistique du chaos moral, le scandale ActBlue touche à la logistique financière pure et dure, avec l’émergence d’une documentation de la plomberie électorale proprement édifiante. 

ActBlue, c’est une plateforme qui collecte des milliards de dollars pour les campagnes démocrates, mais elle fait à présent l’objet d’une plainte retentissante déposée par le procureur général du Texas, Ken Paxton, pour avoir autorisé voire encouragé des dons frauduleux qui sentent bon le recyclage industriel. 

Les révélations de FTG Solutions et les enquêtes lancées par Ken Paxton suggèrent un système de micro-donations entièrement frauduleux, et le Comité Judiciaire de la Chambre des Représentants pointe du doigt une possible ingénierie de blanchiment de fonds politiques à grande échelle.

Les documents internes montrent que les équipes juridiques d’ActBlue avaient alerté en interne, que tout le « département conformité » a depuis été remercié, démissionné ou mis au placard et que plusieurs employés ont préféré invoquer le cinquième amendement devant les enquêteurs, ce qui dénote certainement d’une âme sereine quant à la suite de l’enquête. 

Pris séparément, chacun de ces deux dossiers constituerait déjà un petit tremblement de terre. Pris ensemble, et surtout maintenant, ils dessinent tout autre chose, notamment car le Comité Républicain du Congrès vient de pulvériser son record historique de levée de fonds au premier trimestre avec 47,1 millions de dollars, et que le Comité National Républicain détient près de sept fois plus de liquidités que son homologue démocrate, lequel traîne en prime 17 millions de dettes.

En outre, la découverte de ces dossiers permet de poser une hypothèse de travail intéressante. 

Il est assez clair que poursuivre des adversaires politiques est délicat : cela revient à leur offrir un rôle de martyr, facilement médiatisable, devant des juges fédéraux souvent peu favorables et sur des dossiers où l’intention est difficile à prouver.

En revanche, les poursuivre financièrement, c’est infiniment plus efficace : les virements bancaires laissent des traces, les sociétés-écrans ont des statuts déposés, les courriels internes sont archivés sur des serveurs, et les jurys n’ont besoin d’aucune expertise idéologique pour comprendre qu’un chèque envoyé à un dirigeant du Klan par une ONG antiraciste pose un léger problème de cohérence. La fraude fiscale a toujours eu raison des Al Capone que les procès pour meurtre n’atteignaient pas.

Les démocrates sont sans doute en train de redécouvrir ce principe élémentaire et c’est peut-être ce qui explique le remplacement récent de Pam Bondi par Todd Blanche à la tête du ministère de la Justice : loin d’être une reculade ou la marque d’une administration Trump incapable d’aligner ses pièces, on assisterait donc plutôt à l’accélération des enquêtes. Bondi aurait servi à poser les jalons, imposant à ses adversaires de s’occuper d’elle alors que les actes décisifs seront manifestement poussés par un autre… 

De façon plus ironique, après avoir utilisé le « lawfare » contre leurs adversaires pendant des années, les Démocrates découvrent que la procédure peut aussi se retourner contre celui qui a les mains sales et ici, cela se traduit par une application pratique du principe de base de toute guerre d’usure, à savoir couper les lignes de ravitaillement avant de lancer l’assaut final : on peut en effet légitimement se demander s’il ne s’agit pas du début d’un grand nettoyage financier et judiciaire visant à affaiblir durablement le parti Démocrate. 

Après des années de prêches moralisateurs, voir les champions de la justice sociale se faire prendre la main dans le sac de la corruption financière et du financement de leurs propres épouvantails impose à beaucoup un moment de clarté : non seulement, ces Démocrates vont avoir des soucis de financement, mais ils ont maintenant aussi de gros soucis de crédibilité avec leur base même… 

Bien sûr, il convient de rester prudent : une inculpation n’est pas une condamnation, et il faudra suivre les procédures avec attention. Mais le calendrier, le choix des cibles, et la nature strictement financière des dossiers ne doivent rien au hasard. 

Ce n’est pas un hasard non plus si les deux scandales frappent pile les deux poumons du Parti démocrate, son oxygène moral et son oxygène monétaire. Les Démocrates voulaient « défendre la démocratie » ? Ils vont vraisemblablement devoir commencer par défendre leur propre solvabilité. 

Les prochains mois promettent d’intéressants développements.

Par H16 


 

– Son blog : https://h16free.com

 

 

 

 

 D) - Une guerre peut être juste.

Deux Américains s'affrontent sur la scène internationale. L'un dirige l'empire le plus puissant de la planète. L'autre est à la tête de la plus ancienne institution morale occidentale. Le premier se prend pour Dieu. Le second lui affirme que Dieu, aujourd'hui, ne bénit pas les guerres. Cette confrontation est loin d'être anodine. Elle est le symptôme d'une profonde fracture au sein de la civilisation occidentale et, plus largement, au sein de la société humaine. 
 
Après que Léon XIV eut déclaré : « Assez de l'idolâtrie de soi et de l'argent ! Assez de la démonstration de force ! Assez de la guerre ! » Et après avoir cité Isaïe : « Dieu n'écoute pas les prières de ceux qui font la guerre », il ajouta, dans ce style évangélique sans fioritures qui le caractérise, que « la véritable force se manifeste dans le service de la vie ». 
 
Le lendemain, Trump répliqua qu'il n'était « pas un grand admirateur du pape Léon », qui « joue avec un pays désireux de se doter de l'arme nucléaire » et qui est « FAIBLE face à la criminalité et désastreux en matière de politique étrangère ». Avec une arrogance à couper le souffle, il ajoute : « Leo ne serait pas au Vatican si je n'étais pas à la Maison-Blanche. » Et il partage une image générée par intelligence artificielle où il se représente en Christ thaumaturge, entouré d'aigles et d'avions de chasse, guérissant un malade au nom de l'Amérique. 
 
En réalité, par ce comportement, et en ravivant insidieusement la justification de la guerre au nom de Dieu, Donald Trump reprend à son compte la thèse que l'Église a longtemps défendue avant de se raviser. 
 
Car l'Église, comme toutes les religions prosélytes ou conquérantes, a longtemps considéré que certaines guerres pouvaient être justes lorsqu'elles servaient ses intérêts ; avant de se taire lorsque les guerres sont devenues sécularisées. 
 
C'est Augustin d'Hippone, au Ve siècle, qui a soutenu le premier que la guerre pouvait être moralement acceptable si elle réparait une injustice, si elle était décidée par une autorité légitime et si elle était menée avec une intention vertueuse (donc conforme aux intérêts de l'Église). Cela fut confirmé par les papes des Croisades au XIe siècle et systématisé par Thomas d'Aquin au XIIIe siècle. Un peu plus tard, les conquistadors invoquèrent la mission civilisatrice de conversion qui accompagnait la conquête ; et les colons anglais en Amérique du Nord massacrèrent les Amérindiens au nom de la divine Providence. 
 
La papauté cessa alors de proclamer la justesse des guerres, d'abord en gardant un silence tragique lors des massacres des Première et Seconde Guerres mondiales. 
 
Ce n'est qu'alors que l'Église commença timidement à s'élever contre toutes les guerres. Jean XXIII fut le premier à fixer des limites dans l'encyclique *Pace in Terris* ; le Vatican protesta ensuite lorsque Bush père et Bush fils affirmèrent que leurs guerres étaient justes ; et le pape François s'éleva contre la « militarisation des esprits ». 
 
Et aujourd'hui, c'est Léon XIV qui proteste lorsque Trump s'empare du thème de la guerre juste. 
 
Ce qui est en jeu entre ces deux Américains n'est donc pas une querelle personnelle. Il s'agit d'un choc de paradigmes. D'un côté, une vision normative de l'ordre international, que l'Église a embrassée en s'alignant sur l'ordre mondial d'après-guerre (institutions et règles supérieures aux États, droits inaliénables, responsabilité morale qui transcende la raison d'État) ; de l'autre, une vision cynique du monde (la force légitime les actions des États lorsque la cause est juste, et lorsque les négociations échouent, ils recourent, si nécessaire, à un prétexte religieux pour légitimer leur lutte). C'est également ce qui est en jeu lorsque des gouvernements et des mouvements politiques instrumentalisent d'autres religions pour justifier leurs ambitions de conquête ou de pouvoir.
 
La diatribe de Trump contre le Pape n'est donc pas une erreur de communication. Il s'agit d'un acte politique délibéré. ​​Trump se moque du droit international. Il se moque éperdument du Vatican, de l'ONU et de l'Union européenne. Sa légitimité repose sur sa propre personne et, accessoirement, sur le vote populaire américain, qui l'a élu « triomphalement », selon ses propres termes. Dans cette idéologie, les intérêts du dirigeant priment sur toute norme supranationale. Et quiconque ose contester cette logique – même le Pape – devient automatiquement un ennemi politique. En s'attaquant à Léon XIV, Trump vise en réalité tous ceux (Européens, Japonais, Africains, Indiens, organisations internationales, sociétés civiles) qui oseraient protester contre ses guerres menées au nom d'une prétendue morale universelle. Tous ceux qui chercheraient à défendre l'État de droit et les institutions supranationales. 
 
Si la plupart des guerres dites « justes » à travers l’histoire ont causé plus de souffrances qu’elles n’en ont prétendu soulager, si elles n’étaient justes qu’aux yeux d’un seul camp, on peut considérer comme justes, au nom de valeurs devenues universelles, la résistance des Amérindiens contre les colonisateurs européens, la lutte des peuples contre les nazis, la révolte des peuples colonisés pour leur indépendance, la défense de l’Ukraine contre l’invasion russe, et bien d’autres. 
 
La morale internationale, fondée sur des valeurs universelles et affranchies de tout prétexte religieux, peut donc considérer une guerre comme juste lorsqu’elle constitue une réponse à une agression ; lorsqu’elle est une action préventive contre une menace vitale ; lorsqu’elle représente le dernier recours pour protéger les innocents, pour empêcher un ennemi déclaré d’attaquer ou d’acquérir des armes létales. 
 
Cependant, cela suppose que toutes les voies de négociation aient été explorées, que la menace soit réelle et immédiate, et que la guerre soit menée dans le cadre du droit, avec des moyens limités, et en pleine conscience de son caractère tragique.
 
 Jacques Attali

Jacques Attali est docteur en sciences économiques, diplômé de l'École Polytechnique et conseiller d'État. Conseiller spécial du président français François Mitterrand pendant dix ans, il est le fondateur de quatre institutions internationales : Action contre la Faim, Eureka, la BERD et Positive Planet. Jacques Attali est l'auteur de 86 ouvrages (dont plus de 30 consacrés à la prospective), vendus à plus de 10 millions d'exemplaires et traduits en 22 langues. Il est chroniqueur pour les quotidiens économiques Les Echos et Nikkei, après avoir également collaboré avec L'Express. Jacques Attali dirige régulièrement des orchestres à travers le monde.

 https://www.attali.com/en/geopolitics/a-war-can-be-just/

 

février 22, 2026

L'Eurocratie et le contrôle de l'information DSA(Règlement sur les services numériques)

DSA : autopsie d'un scandale mondial contre nos libertés

Ou comment la Commission européenne s'est arrogée le pouvoir de censurer Internet à l'échelle mondiale. Le cerveau de cette machine ? Un Français. Plongée au cœur d'un scandale qui menace la liberté d'expression de 450 millions d'Européens et que les médias traditionnels passent sous silence — mais que vous aurez lu ici.
En 2022, le Parlement européen a voté une loi de 102 pages pour réguler les plateformes numériques. En deux ans, la Commission européenne — un organe non élu — y a ajouté 153 pages de réglementation contraignante sans aucun vote, ouvert 14 enquêtes, prononcé la première amende de l'histoire du texte, et annoncé un « Bouclier de la démocratie » promettant des dizaines de mesures supplémentaires. Le père de cet édifice ? Thierry Breton, ancien commissaire français au Marché intérieur, celui-là même qui est aujourd'hui interdit de territoire aux États-Unis pour son rôle dans ce que le secrétaire d'État Marco Rubio appelle le « complexe industriel mondial de la censure ». 
 
 

 
 
Guide de lecture — Prenez le temps de le lire, c'est dense et complet mais indispensable pour poser le cadre, contredire le narratif officiel et donner matière à réfléchir. Vous y trouverez quelques révélations surprenantes. Les sections marquées [COMPLÉMENT] posent le cadre factuel et juridique du DSA. Si vous êtes pressé, survolez-les.
Voici donc comment une loi européenne est devenue une machine à censurer qui grandit toute seule.

I. Qu'est-ce que le DSA ?

Le Digital Services Act — en français, le Règlement sur les services numériques — est un règlement européen entré en vigueur le 16 novembre 2022. Le texte couvre 93 articles et 156 considérants, soit 102 pages dans sa version consolidée.
Le DSA s'applique à tous les « fournisseurs de services intermédiaires » qui offrent leurs services à des destinataires situés dans l'Union européenne, qu'ils soient établis dans l'UE ou en dehors. Le champ est vaste. Le règlement distingue quatre catégories de services, soumises à des obligations croissantes selon un principe de proportionnalité — du moins en théorie.
En théorie, car le DSA a été voté par le Parlement européen le 5 juillet 2022, approuvé par le Conseil le 4 octobre 2022, et publié au Journal officiel le 27 octobre 2022. C'est le dernier moment où les représentants des peuples européens ont eu leur mot à dire sur son contenu. Tout ce qui s'est passé depuis — et il s'est passé beaucoup de choses — est l'œuvre exclusive de la Commission européenne, sans aucun contrôle parlementaire.

II. Les VLOPs et VLOSEs : les cibles principales

Les Very Large Online Platforms (VLOPs) et les Very Large Online Search Engines (VLOSEs) sont les services qui dépassent le seuil de 45 millions d'utilisateurs actifs mensuels dans l'Union européenne, soit environ 10 % de la population de l'UE. Ce seuil est défini à l'article 33 du DSA.
Le mécanisme de désignation fonctionne ainsi. Depuis le 17 février 2023, tous les fournisseurs de plateformes en ligne et de moteurs de recherche — quelle que soit leur taille — doivent publier le nombre de leurs utilisateurs actifs mensuels dans l'UE et mettre à jour ce chiffre tous les six mois.
Le 25 avril 2023, la Commission a publié sa première liste de 19 services désignés — 17 VLOPs et 2 VLOSEs. La liste a été ensuite étendue par vagues successives. Au total, les services désignés à ce jour sont les suivants.
Très grandes plateformes en ligne (VLOPs) :
  • AliExpress (104,3 millions d'utilisateurs actifs mensuels — Pays-Bas)
  • Amazon Store (181,3 millions — Luxembourg)
  • App Store / Apple (123 millions — Irlande)
  • (Pays-Bas)
  • Facebook (Irlande)
  • Instagram (Irlande)
  • LinkedIn (Irlande)
  • Pinterest (Irlande)
  • Pornhub (Chypre)
  • Shein (désigné en avril 2024)
  • Snapchat (Pays-Bas)
  • Temu (désigné en mai 2024)
  • TikTok (Irlande)
  • WhatsApp (Irlande)
  • Wikipedia (désigné sous réserve du statut spécifique de la Wikimedia Foundation)
  • 𝕏, ex-Twitter (Irlande)
  • XVideos (République tchèque)
  • XNXX (République tchèque, désigné en juillet 2024)
  • YouTube (Irlande)
  • Zalando (Allemagne)
Très grands moteurs de recherche en ligne (VLOSEs) :
  • Bing / Microsoft (Irlande)
  • Google Search (Irlande)
C'est un point crucial : la désignation est un acte discrétionnaire de la Commission. Il n'y a pas de vote. Amazon et Zalando ont contesté leur désignation devant le Tribunal général de l'UE, arguant que leur activité principale était le commerce de détail et non la distribution de contenus tiers. Le Tribunal a rejeté les deux recours fin 2025.
Google est le groupe le plus touché, avec cinq services désignés : Google Search (VLOSE), YouTube, Google Maps, Google Play et Google Shopping (VLOPs). Meta suit avec Facebook et Instagram. L'écrasante majorité de ces entreprises sont américaines. Les seuls acteurs non-américains de la liste sont des plateformes chinoises (AliExpress, TikTok, Shein, Temu) et quelques entreprises européennes (Booking.com , Zalando, ainsi que les plateformes de contenu pour adultes).
Ce n'est pas un hasard. Sur les 22 services désignés, 12 sont exploités par des entreprises américaines. Le DSA est, dans les faits, un instrument de régulation des Big Tech américaines par la bureaucratie européenne. C'est exactement ce que le président de la FTC Andrew Ferguson (@AFergusonFTC) a qualifié d'« atteinte aux droits des entreprises et des citoyens américains », ce que le secrétaire d'État Marco Rubio (@SecRubio) a dénoncé comme le produit d'un « complexe industriel mondial de la censure », et ce que l'administration Trump a résumé par une question simple : pourquoi des bureaucrates européens décident-ils de ce que les Américains peuvent lire sur des plateformes américaines ?

[COMPLÉMENT] Ce que les VLOPs et VLOSEs doivent faire

En plus de toutes les obligations applicables aux plateformes ordinaires, les VLOPs et VLOSEs sont soumis aux obligations suivantes, prévues aux articles 34 à 42 du DSA.
Évaluation annuelle des risques systémiques (article 34). Chaque année, les VLOPs et VLOSEs doivent identifier, analyser et évaluer les « risques systémiques » liés à leurs services. La liste des risques à évaluer est volontairement large : diffusion de contenus illicites, atteintes aux droits fondamentaux (liberté d'expression, pluralisme des médias, non-discrimination, protection des consommateurs, droits de l'enfant), effets négatifs sur le discours civique et les processus électoraux, effets négatifs sur la santé publique, la sécurité publique, et le bien-être des mineurs. Un résumé public de cette évaluation doit être publié chaque année.
Mesures d'atténuation des risques (article 35). Sur la base de cette évaluation, les VLOPs et VLOSEs doivent mettre en place des mesures « raisonnables, proportionnées et efficaces » pour atténuer les risques identifiés. Cela peut inclure la modification du design ou du fonctionnement de leurs services, la modification de leurs systèmes de recommandation, le renforcement des équipes de modération, ou — et c'est ici que le piège se referme — l'adhésion à des codes de conduite.
Audit indépendant annuel (article 37). Un audit externe, réalisé par un organisme indépendant, doit vérifier chaque année la conformité du VLOP ou VLOSE avec l'ensemble de ses obligations, y compris les engagements pris dans le cadre de codes de conduite.
Fonction de conformité interne (article 41). Les VLOPs et VLOSEs doivent nommer un responsable de la conformité et mettre en place une structure interne dédiée.
Transparence publicitaire (article 39). Ils doivent maintenir un registre public de toutes les publicités diffusées sur leur service, accessible pendant un an après la dernière diffusion.
Accès aux données pour les chercheurs (article 40). Les VLOPs et VLOSEs doivent fournir un accès à leurs données aux chercheurs agréés, lorsque la recherche contribue à l'identification des risques systémiques.
Droit à un système de recommandation non profilé (article 38). Les utilisateurs doivent disposer d'une option de recommandation de contenu qui ne soit pas fondée sur le profilage.
Rapports de transparence semestriels. En plus du rapport annuel obligatoire pour toutes les plateformes, les VLOPs et VLOSEs doivent publier des rapports tous les six mois, incluant des informations détaillées sur les ressources humaines consacrées à la modération de contenu, les qualifications du personnel, et la précision des outils automatisés.
Supervision directe par la Commission européenne. Contrairement aux autres services, qui sont supervisés par les autorités nationales (les « coordinateurs pour les services numériques » ou DSC, un par État membre), les VLOPs et VLOSEs sont supervisés directement par la Commission européenne. C'est un choix politique majeur, adopté après les critiques à l'encontre du commissaire irlandais à la protection des données, accusé de ne pas avoir appliqué correctement le RGPD contre les plateformes domiciliées en Irlande.
Sanctions. En cas de non-conformité, la Commission peut infliger des amendes allant jusqu'à 6 % du chiffre d'affaires mondial annuel du fournisseur, assorties d'astreintes pouvant atteindre 5 % du chiffre d'affaires quotidien. En décembre 2025, la Commission a infligé à X (ex-Twitter) une amende de 120 millions d'euros — la première amende du DSA.
 
Autrement dit : la Commission européenne est à la fois celle qui écrit les règles, celle qui désigne les entreprises soumises aux règles, celle qui enquête sur leur respect, et celle qui prononce les sanctions. Comme l'a formulé l'Alliance Defending Freedom International, qui représente 𝕏 dans son recours déposé le 16 février 2026 : la Commission est « régulateur, procureur et juge » — un cumul de pouvoirs sans aucun équivalent dans les démocraties libérales.

III. Extension du domaine du DSA

En février 2026, la Commission a ouvert 14 enquêtes formelles contre des VLOPs et VLOSEs, visant notamment AliExpress, Facebook, Instagram, Temu, TikTok, 𝕏, Shein, ainsi que plusieurs plateformes de contenu pour adultes. Ce cadre d'application est remarquablement actif pour un règlement qui n'a que deux ans d'existence complète.
Mais le plus remarquable n'est pas l'application du texte tel qu'il a été voté. C'est sa capacité à grandir tout seul sans repasser par le processus démocratique.
Deux dispositions, enfouies dans le texte, confèrent à la Commission européenne le pouvoir d'étendre indéfiniment le périmètre du règlement. L'article 35(3) l'autorise à émettre des « lignes directrices » (guidelines). L'article 45 l'autorise à faciliter l'élaboration de « codes de conduite ». Ces instruments s'ajoutent au DSA comme des annexes — mais ne nécessitent aucun vote du Parlement européen ni des États membres. Ils sont adoptés par la Commission, point final.
Voici les dispositions exactes du Règlement (UE) 2022/2065.
Article 35(3) — Les lignes directrices :
« La Commission, en coopération avec les coordinateurs pour les services numériques, peut publier des lignes directrices relatives à l'application du paragraphe 1 en ce qui concerne des risques spécifiques, notamment pour présenter les meilleures pratiques et recommander d'éventuelles mesures, en tenant dûment compte des conséquences possibles de ces mesures sur les droits fondamentaux consacrés par la Charte de toutes les parties concernées. »
Article 45(1) — Les codes de conduite :
« La Commission et le comité encouragent et facilitent l'élaboration de codes de conduite volontaires au niveau de l'Union afin de contribuer à la bonne application du présent règlement, en tenant compte en particulier des difficultés spécifiques liées à la lutte contre différents types de contenus illicites et de risques systémiques. »
Article 45(2) — Le vrai levier :
« Lorsque des risques systémiques significatifs au sens de l'article 34, paragraphe 1, apparaissent [...] la Commission peut inviter les fournisseurs de très grandes plateformes en ligne [...] à participer à l'élaboration de codes de conduite, notamment en définissant des engagements à prendre des mesures spécifiques d'atténuation des risques, ainsi qu'un cadre régulier de comptes rendus. »
En deux ans d'existence, la Commission a ajouté au DSA les instruments suivants :
1. Code de conduite sur la désinformation. Initialement un « code de bonnes pratiques » de 2018, révisé en 2022, officiellement intégré au cadre du DSA le 13 février 2025. Plus de 40 signataires, dont Google, Meta, TikTok, Microsoft, et les principaux VLOPs. L'adhésion au code constitue désormais « un critère significatif et pertinent pour déterminer la conformité au DSA ».
2. Lignes directrices sur les processus électoraux. Publiées le 26 mars 2024, en vertu de l'article 35(3), à l'approche des élections européennes de juin 2024. Elles recommandent des mesures de mitigation des risques avant, pendant et après les élections : modération de contenu renforcée, équipes internes dédiées, étiquetage des contenus générés par IA, coopération avec les autorités nationales, rapports post-électoraux.
3. Lignes directrices sur la protection des mineurs. Publiées le 14 juillet 2025, en vertu de l'article 28(4). Elles couvrent la vérification d'âge, la conception des systèmes de recommandation, les contrôles parentaux, les garde-fous pour les chatbots IA, la modération de contenu, la conception d'interface (interdiction du scroll infini, des dark patterns, des incitations à l'urgence). La Commission a précisé qu'elle utiliserait ces lignes directrices comme « référence significative et pertinente » pour évaluer la conformité des plateformes.
4. Code de conduite sur la lutte contre les discours de haine illégaux en ligne. Héritier d'un code de 2016, intégré au cadre du DSA le 20 janvier 2025. 12 signataires, dont sept VLOPs désignés : Facebook, Instagram, LinkedIn, Snapchat, TikTok, X et YouTube. 
 
Au total : 153 pages de réglementation supplémentaire ajoutées aux 102 pages du texte de base. Soit une augmentation de 150 % en deux ans. Aucune de ces pages n'a été soumise au vote du Parlement européen ou des parlements nationaux.
On ne saurait trop insister sur ce point. Le Parlement européen — la seule institution de l'UE directement élue par les citoyens — a voté une loi de 102 pages. La Commission — un organe exécutif dont les membres ne sont pas élus — a unilatéralement ajouté 153 pages de réglementation contraignante à cette loi. C'est un coup d'État réglementaire au ralenti.
 
 

 

[COMPLÉMENT] Volontaire ou Obligatoire ? C'est pareil...

La Commission « invite ». Mais décliner l'invitation a un coût.
Le mécanisme est le suivant. En vertu des articles 34 et 35 du DSA, les très grandes plateformes en ligne (VLOPs) et les très grands moteurs de recherche (VLOSEs) doivent évaluer et atténuer les « risques systémiques » liés à leurs services, sous peine d'amendes pouvant atteindre 6 % de leur chiffre d'affaires mondial.
Parmi les mesures d'atténuation reconnues, l'article 35(1)(h) cite explicitement :
« engager ou adapter une coopération avec d'autres fournisseurs de plateformes en ligne ou de moteurs de recherche en ligne par l'intermédiaire des codes de conduite et des protocoles de crise visés aux articles 45 et 48 respectivement »
Et la page officielle de la Commission sur les codes de conduite précise :
« Pour les signataires qui sont désignés comme VLOPs et VLOSEs, cela peut contribuer à garantir une atténuation appropriée des risques. En outre, les VLOPs et VLOSEs sont soumis à un audit annuel obligatoire en vertu du DSA pour vérifier leur conformité aux engagements pris dans le cadre de ces codes de conduite. »
Autrement dit : les codes sont « volontaires » au sens où personne n'est formellement obligé de les signer. Mais si vous ne les signez pas, vous perdez votre meilleure ligne de défense contre une amende de plusieurs milliards d'euros. Et si vous les signez, vous êtes audité chaque année sur votre conformité.
C'est ce que la littérature académique appelle un « cadre réglementaire hybride : des codes de droit souple sont adossés à des obligations de droit dur, tandis que ces dispositions de droit dur s'appuient en retour sur ces instruments de droit souple pour leur mise en œuvre concrète. »
Pour comprendre la nature réelle de ces instruments « volontaires », il suffit de lire ce que les commissaires européens ont dit lorsque Twitter (devenu 𝕏) a quitté le Code de bonnes pratiques contre la désinformation en mai 2023.
Thierry Breton, alors commissaire au Marché intérieur, le 1er juin 2023 :
« Twitter leaves EU voluntary Code of Practice against disinformation. But obligations remain. You can run but you can't hide. Beyond voluntary commitments, fighting disinformation will be legal obligation under #DSA as of August 25. Our teams will be ready for enforcement. »
Věra Jourová, vice-présidente de la Commission chargée des Valeurs et de la Transparence, le 5 juin 2023, en conférence de presse à Bruxelles :
« We believe this is a mistake of Twitter. Twitter has chosen the hard way. They chose confrontation. This was noticed very much in the Commission. I know the code is voluntary, but make no mistake, by leaving the code Twitter has attracted a lot of attention, and its actions and compliance with EU law will be scrutinized vigorously and urgently. »
Jourová a ajouté :
« There is an interplay between the code of practice, which is a voluntary agreement, and the Digital Services Act, which is enforceable. »
Et : les signataires du code bénéficieraient d'une « situation plus facile » car ils auraient déjà rempli la « charge de la preuve »
Reformulons : conformez-vous à nos règles « volontaires », ou portez seuls le fardeau de prouver votre conformité au titre de la loi contraignante. Le chemin « volontaire » est plus léger. Le chemin involontaire est plus lourd. Ce n'est pas un choix. C'est de la coercition avec des étapes supplémentaires.

IV. Thierry Breton, le cerveau du DSA

Le 23 août 2024, à la veille d'un entretien en direct entre Elon Musk et le candidat à la présidence Donald Trump sur 𝕏, le commissaire Thierry Breton a adressé une lettre publique à Musk, l'avertissant que la diffusion de cet échange pourrait constituer une « amplification de contenus potentiellement préjudiciables » et rappelant que 𝕏 faisait l'objet de « procédures formelles en cours » au titre du DSA. La menace était à peine voilée : diffusez cette interview, et nous sévissons.
Le message était si grotesque que même la présidence de la Commission s'en est distanciée. Breton a été poussé à la démission deux semaines plus tard, remplacé par Henna Virkkunen. Mais le mal était fait. Le commissaire avait montré, en temps réel et devant le monde entier, à quoi servait vraiment le DSA : non pas à protéger les citoyens européens, mais à intimider une plateforme de libre expression à la veille d'un événement politique majeur dans un pays tiers. Bien sur, lui qui est désormais sur tous les plateaux TV en France n'est jamais interrogé sur ce sujet...
Cet épisode n'est pas un dérapage isolé. Comme l'ont révélé les documents non publics obtenus sous assignation par la commission judiciaire de la Chambre des représentants américaine (House Judiciary Committee), la Commission européenne a tenu depuis 2020 plus de 100 réunions à huis clos avec les grandes plateformes pour les pousser à modifier leurs règles de modération de contenu — des règles qui, parce qu'elles s'appliquent mondialement, affectent directement les citoyens américains.
 
Le rapport détaille comment, lors d'un atelier DSA tenu en mai 2025 à huis clos, les régulateurs de la Commission ont explicitement indiqué aux plateformes que la « révision continue des règles communautaires mondiales » constituait une bonne pratique de conformité au DSA. Lors de ces mêmes exercices, un message hypothétique de réseau social affirmant « we need to take back our country » — une expression politique courante et anodine — a été qualifié de « discours de haine illégal » que les plateformes seraient tenues de censurer.

V. Le « Bouclier européen de la démocratie » : la prochaine étape

Et la Commission ne s'arrête pas là. Le 12 novembre 2025, elle a publié une communication intitulée « European Democracy Shield: Empowering Strong and Resilient Democracies » — le « Bouclier européen de la démocratie ». Ce document, juridiquement non contraignant mais politiquement programmatique, annonce une cinquantaine de mesures supplémentaires qui viendront s'ajouter au cadre du DSA.
Parmi les mesures annoncées :
  • La préparation d'un « protocole d'incidents et de crise » au titre de l'article 48 du DSA, pour « assurer des réactions rapides aux opérations d'information transnationales de grande ampleur ».
  • La création d'un « Réseau européen indépendant de vérificateurs de faits » (fact-checkers), doté de 5 millions d'euros.
  • Le renforcement du Code de conduite sur la désinformation, avec des « dialogues réglementaires » pour les signataires jugés insuffisamment engagés.
  • La mise à jour du « DSA Elections Toolkit », utilisé par les coordinateurs nationaux pour encadrer la modération de contenu autour des élections.
  • La création d'un « Centre » dédié à la lutte contre la « manipulation de l'information et l'ingérence étrangère » (FIMI), doté d'une « plateforme de parties prenantes » incluant des ONG.
  • L'exploration de « futures voies pour l'environnement technologique de l'UE », avec un « focus initial sur les futures plateformes de réseaux sociaux ».
 Résumons. La Commission européenne annonce maintenant un programme de 50 mesures supplémentaires — toujours sans vote — sous un titre orwellien qui assimile le contrôle de l'information en ligne à la « protection de la démocratie ».
Quand une institution non élue se donne le droit de définir ce qui est de la « désinformation », de financer les fact-checkers qui la qualifient, de sanctionner les plateformes qui ne la censurent pas, et d'appeler tout cela un « bouclier démocratique », nous ne sommes plus dans la régulation. Nous sommes dans le ministère de la Vérité.

VI. L'axe transatlantique de la censure

Il serait naïf de penser que la Commission européenne agit seule. Le DSA est le produit d'une convergence idéologique entre la bureaucratie bruxelloise et l'appareil démocrate américain, forgée dans la panique qui a suivi l'élection de Trump en 2016 et le vote du Brexit.
La chronologie est éloquente :
  • 2016 : La Commission crée le premier « Code de conduite sur les discours de haine », en réaction au référendum britannique et à la montée des mouvements populistes en Europe.
  • 2018 : Elle lance le « Code de bonnes pratiques contre la désinformation », explicitement motivé par les récits d'ingérence russe dans l'élection américaine de 2016 et la présidentielle française de 2017.
  • 2020-2021 : Pendant la pandémie, la Commission et l'administration Biden coordonnent leurs efforts de « lutte contre la désinformation » sur le Covid-19. Les documents obtenus par le House Judiciary Committee montrent que les mêmes organisations — le Centre for Countering Digital Hate (CCDH), le Global Disinformation Index (GDI), HateAid — travaillent simultanément avec la Commission européenne et l'administration Biden pour pousser les plateformes à censurer des contenus qualifiés de « désinformation ».
  • 2022 : Le DSA est voté. Parallèlement, l'administration Biden crée puis dissout (sous la pression) le « Disinformation Governance Board » du Department of Homeland Security — le même concept, mais sans l'enrobage réglementaire européen.
  • 2023-2025 : La Commission met le DSA en application, ciblant en priorité 𝕏 — la seule grande plateforme à avoir rompu le consensus de la censure en publiant les « Twitter Files » et en restaurant la liberté d'expression.
Le rapport du House Judiciary Committee de juillet 2025 documente cette convergence avec des documents internes des plateformes obtenus sous assignation. Il montre que la Commission a spécifiquement ciblé des contenus politiques américains — sur l'immigration, le Covid, les questions de genre — et a poussé les plateformes à modifier leurs règles de modération mondiales pour s'y conformer. Puisque les grandes plateformes appliquent un jeu unique de règles à l'échelle mondiale, ce que la Commission interdit à Bruxelles disparaît aussi à New York.
Le secrétaire d'État Marco Rubio a posé les mots justes sur cette réalité le 23 décembre 2025, en annonçant des restrictions de visa contre Thierry Breton et quatre responsables d'ONG anti-désinformation :
« For far too long, ideologues in Europe have led organized efforts to coerce American platforms to punish American viewpoints they oppose. The Trump Administration will no longer tolerate these egregious acts of extraterritorial censorship. »
Sarah Rogers, sous-secrétaire d'État à la diplomatie publique, a qualifié Breton de « cerveau » (mastermind) du DSA et a explicitement dénoncé la lettre envoyée à Musk avant l'interview de Trump comme un acte d'intimidation.

VII. 𝕏 : première amende, premier procès

Le 5 décembre 2025, la Commission a prononcé la première amende de l'histoire du DSA : 120 millions d'euros contre 𝕏. Trois griefs :
1. La coche bleue serait « trompeuse ». Avant le rachat par Musk, Twitter attribuait la coche bleue à des journalistes et personnalités après vérification de leur identité. Musk a ouvert l'accès à tous les abonnés Premium. La Commission juge ce système « trompeur ». L'ironie : on reproche à 𝕏 d'avoir démocratisé l'accès à un symbole autrefois réservé à une élite médiatique.
2. Le registre publicitaire serait insuffisant. Critique plus recevable sur le fond — mais TikTok, poursuivi pour les mêmes lacunes, a échappé à toute amende en acceptant des « engagements contraignants ». Même infraction, deux traitements.
3. L'accès des chercheurs aux données serait entravé. La Commission reproche à 𝕏 de limiter le scraping. Paradoxe : 𝕏 est la seule grande plateforme à avoir publié l'intégralité du code source de son algorithme de recommandation. Celles qui n'ont rien ouvert ne sont pas inquiétées.
Le 16 février 2026, 𝕏 a déposé un recours devant le Tribunal de l'Union européenne, soutenu par l'Alliance Defending Freedom International. C'est la première contestation judiciaire d'une amende DSA. La plateforme dénonce une « enquête incomplète et superficielle », des « erreurs procédurales graves » et un « biais de poursuite ». Son conseil, Adina Portaru (@Adina_Portaru), a déclaré :
« 𝕏 is being targeted by the European Commission because it is a free speech platform. Social media platforms are today's public square, and the DSA threatens speech in that public square. »
Et :
« Under the DSA, the Commission is able to define the rules for so-called 'content moderation,' launch investigations, enforce them, and impose massive penalties for noncompliance, all with no meaningful checks and balances. The threat to free speech is se Ce qu'il faut retenir

VIII. Ce qu'il faut retenir

Le DSA n'est pas ce que ses promoteurs prétendent. Ce n'est pas un instrument de protection des consommateurs ou de lutte contre les contenus illégaux. C'est un mécanisme d'extension indéfinie du pouvoir de la Commission européenne sur l'espace numérique mondial, construit sur trois piliers :
  1. Un cadre légal voté une seule fois, qui confère à la Commission le pouvoir d'ajouter des obligations sans repasser par le Parlement.
  2. Des instruments « volontaires » adossés à des sanctions « obligatoires », qui rendent le volontariat illusoire.
  3. Une application sélective et politisée, qui cible en priorité la seule plateforme ayant choisi la liberté d'expression.
En deux ans, la Commission a ajouté 153 pages de réglementation sans vote, ouvert 14 enquêtes, prononcé sa première amende, et annoncé un « Bouclier de la démocratie » qui promet des dizaines de mesures supplémentaires. Le Parlement européen n'a pas eu son mot à dire sur une seule de ces décisions.
Quand Thierry Breton affirmait que « 90 % du Parlement européen a voté le DSA », il avait raison — sur les 102 premières pages. Les 153 suivantes, personne ne les a votées. Et les 50 mesures du « Bouclier de la démocratie » non plus. C'est exactement le problème.
Les peuples européens n'ont jamais consenti à ce que leur espace numérique soit régulé par des lignes directrices, des codes de conduite et des protocoles de crise rédigés à huis clos par des fonctionnaires non élus, en coordination avec des ONG dont les dirigeants sont désormais interdits de territoire aux États-Unis pour leur rôle dans un « complexe industriel mondial de la censure ».
La question n'est plus de savoir si le DSA est une bonne ou une mauvaise loi. La question est de savoir qui décide de son contenu — et la réponse, en février 2026, est : pas les peuples.
Mais l'histoire ne s'arrête pas là. Dans les semaines et les mois qui viennent, plusieurs fronts vont s'ouvrir simultanément — et chacun d'entre eux pourrait faire basculer l'édifice.
Le procès 𝕏. Le recours déposé le 16 février 2026 par 𝕏 devant le Tribunal de l'Union européenne est la première contestation judiciaire d'une amende DSA. Si le Tribunal annule tout ou partie de la décision, c'est le pouvoir de sanction de la Commission qui sera remis en cause — et avec lui, tout le mécanisme de coercition « volontaire » décrit dans cet article. L'enjeu dépasse 𝕏 : c'est la question de savoir si un organe non élu peut cumuler les rôles de législateur, enquêteur, procureur et juge sans violer l'État de droit.
L'escalade américaine. L'administration Trump a déjà interdit Thierry Breton de territoire, menacé de représailles tarifaires pouvant atteindre 200 milliards de dollars sur les produits européens, et lancé une enquête parlementaire documentant ce qu'elle appelle une « campagne de censure d'une décennie ». Le House Judiciary Committee a assigné dix entreprises technologiques à produire leurs échanges avec la Commission européenne. Chaque lot de documents rendu public révèle de nouvelles réunions à huis clos, de nouvelles pressions sur les règles de modération mondiales. L'administration américaine a explicitement chargé ses diplomates en Europe de collecter des preuves de censure liée au DSA et de pousser les gouvernements européens à modifier la loi.
L'opacité croissante de la Commission. Signe que la pression porte, Politico a révélé en février 2026 que les ateliers DSA de la Commission se tiennent désormais à huis clos à la demande des plateformes, et que l'équipe d'application du DSA, dirigée par Prabhat Agarwal, utilise désormais des messages éphémères sur Signal pour communiquer. Le Médiateur européen a ouvert une enquête sur le « blackout informationnel quasi total » imposé par la Commission sur l'application du DSA. Quand le régulateur se met à communiquer en messages qui disparaissent, ce n'est plus de la régulation — c'est de la conspiration.
Le Bouclier de la démocratie. Les cinquante mesures annoncées en novembre 2025 commencent à se déployer. Le réseau de fact-checkers est en cours de constitution. Le protocole de crise de l'article 48 est en préparation. La mise à jour du « DSA Elections Toolkit » est prévue pour les prochaines échéances électorales. Chaque mesure ajoute une couche supplémentaire de pouvoir discrétionnaire à la Commission — toujours sans vote parlementaire.
La résistance intérieure. En janvier 2026, le président polonais Karol Nawrocki a refusé de signer la loi désignant l'autorité nationale chargée d'appliquer le DSA en Pologne — un veto de fait. C'est le premier acte de résistance d'un État membre contre l'architecture d'application du règlement. D'autres pourraient suivre si la pression américaine se conjugue avec le scepticisme croissant de certains gouvernements européens face à l'expansion incontrôlée du pouvoir de la Commission.
Nous sommes à un point de bascule. D'un côté, la Commission européenne tente d'accélérer le déploiement de son appareil de contrôle de l'information avant que la fenêtre politique ne se referme. De l'autre, une coalition hétéroclite — l'administration Trump, des gouvernements d'États membres récalcitrants, des plateformes en procès, des chercheurs lanceurs d'alerte — commence à tirer sur les coutures d'un édifice construit à la hâte et en catimini.
 
 
 

 

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