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janvier 29, 2026

La révolution silencieuse du matérialisme ou l’origine du réalignement politique, l'analyse des transformations profondes des clivages politiques contemporains en Europe et dans les Amériques.

Philippe Poirier - Des démocraties aux Amérique et en Europe : la nouvelle « révolution silencieuse » au bénéfice des droites nationales, libertariennes et/ou conservatrices libérales

La révolution silencieuse du matérialisme ou l’origine du réalignement politique


À la fin des années 1970, Ronald Inglehart, dans un ouvrage, The Silent Revolution: Changing Values and Political Styles among Western Publics (Princeton, NJ : Princeton University Press, 1977), avait montré que la transformation des clivages socio-politiques, socio-économiques et socio-culturels au sein des sociétés occidentales engendrait un réalignement électoral et politique progressif au détriment des partis dits de « gouvernement » qui les dominaient depuis la fin de la Seconde guerre mondiale. Selon cette analyse, le versant matérialiste dudit clivage reposait sur la centralité de la croissance économique, l’importance du travail dans le développement personnel, l’attachement à l’identité et à la culture nationale comme socle de la cohésion sociale, ainsi que sur la volonté de préserver un ordre politique et social clairement établi à partir de l’héritage du judéo-christianisme.

L’autre versant était constitué par le post-matérialisme, caractérisé par une valorisation accrue des libertés individuelles, parfois dans leurs formes les plus radicales et libertaires culturellement, une attention prioritaire portée à l’environnement et à la soutenabilité des modèles de développement, y compris à travers des formes de modération ou de décroissance économique, ainsi qu’une conception de la démocratie moins strictement adossée à une lecture juridico-constitutionnelle et à la démocratie représentative. Dans le versant post-matérialiste, la démocratie ne serait plus uniquement fondée sur des procédures et des normes, mais sur une pratique quotidienne, participative et délibérative, marquée également par le traitement égal de toutes les revendications individuelles et/ou communautaires, au nom d’un relativisme culturel et politique assumé. Le versant post-matérialisme pouvait conduire aussi les individus qui s’y reconnaissaient à accepter plus facilement les nouvelles de prise de décision politique dans une optique de gouvernance plus globale. 

L’articulation de ces valeurs matérialistes et post-matérialistes, et leurs oppositions, a entraîné l’apparition de nouvelles formations politiques, soit sur l’axe gauche-droite (mouvements radicaux, écologistes, libertaires, souverainistes et/ou identitaires, soit à l’intérieur même des structures partisanes traditionnelles de gouvernement, à l’exemple du Parti républicain et du Parti démocrate aux États-Unis. La nouvelle articulation a ainsi contribué à une fragmentation sans cesse croissante des systèmes politiques, le plus souvent au détriment des partis héritiers de la démocratie chrétienne, du centre libéral de gauche, de la social-démocratie ou encore du centre-droit libéral, économique et fédéraliste, selon des configurations politiques distinctes aux Amériques et en Europe.

Plus particulièrement, l’émergence, le renforcement et l’enracinement électoral de partis relevant des droites conservatrices libérales, nationales, libérales-nationales ou dites populistes- selon des qualificatifs tantôt laudatifs, tantôt péjoratifs, en fonction de la position occupée dans le champ académique et/ou politique illustrent aujourd’hui l’un des versants majeurs de cette recomposition selon nous. Ils donnent à voir la persistance, voire le retour en force, du référentiel matérialiste au sein des sociétés occidentales contemporaines, articulé autour des enjeux de sécurité économique, de stabilité sociale, d’identité nationale, de contrôle de l’immigration et de performance de l’action publique, sans oublier une profonde redéfinition des pratiques et des conceptions de la démocratie, sans y renoncer, bien au contraire. Le Gouvernement représentatif est leur régime politique préférentiel a contrario des mouvements post-matérialistes qui soutiendraient plus facilement le régime de la Gouvernance. 

Les trois conceptions de la démocratie et la révolution silencieuse

La théorie des clivages ne saurait faire l’économie d’une analyse de la nature, des conceptions et de la pratique de la démocratie.

La première est celle de la démocratie procédurale, telle qu’analysée notamment par C. B. Macpherson (Democratic theory: Essays in retrieval. Oxford, UK : Clarendon Press, 1973) Cette forme de démocratie est commune à l’ensemble des régimes démocratiques contemporains et repose sur le primat du droit : une démocratie par le droit et dans le droit. C’est cette conception que promeut, par exemple, la Commission de Venise du Conseil de l’Europe, pour laquelle seul le respect du cadre juridique permet de garantir la démocratie. Dans cette perspective, les institutions de l’État, les partis politiques, les organisations non gouvernementales ou encore les syndicats ont pour fonction première de garantir, d’encadrer et de promouvoir l’exercice des droits qu’il s’agisse des droits politiques individuels, des droits collectifs, des droits électoraux, constitutionnels ou parlementaires.

Or, l’idée selon laquelle la démocratie pourrait se réduire à une technique juridique apparaît de moins en moins suffisante aux yeux des sociétés européennes et latino-américaines. Sans être remise en cause dans ses fondements, cette conception procédurale ne parvient plus, à elle seule, à répondre aux attentes sociales contemporaines, notamment en matière de participation, de reconnaissance et de performance de l’action publique.

La deuxième forme est celle de la démocratie normative, remarquablement analysée par José Woehrling (Les constitutions et la protection des droits fondamentaux, Montréal, Éditions Thémis, 1998). Toutes les démocraties libérales reposent sur des corpus normatifs (traités internationaux, déclarations de droits et constitutions) qui se réfèrent, explicitement ou implicitement, au modèle démocrate-libéral issu de la Révolution française et de la Révolution américaine. Ce modèle est garanti par les cours constitutionnelles ou les cours suprêmes et s’appuie sur une conception exigeante des droits fondamentaux, des libertés individuelles et de l’État de droit.

Toutefois, cette démocratie normative ne saurait être idéalisée. Elle est également une démocratie de la compétition normative, au sein de laquelle différents acteurs politiques, sociaux et institutionnels cherchent à imposer leur propre hiérarchie de valeurs et leur interprétation légitime des droits. Une part significative de la crise politique que traverse l’Europe s’explique par ce décalage : bien que fortement attachées à la Convention européenne des droits de l’homme ou à la Charte des droits fondamentaux de l’Union européenne, de nombreuses sociétés européennes considèrent désormais que d’autres systèmes de valeurs doivent également être pris en compte afin de garantir la cohésion sociale, la paix civile et l’identité collective.

Les votes en faveur des formations de droite nationale et, dans d’autres configurations, de la gauche radicale, selon des logiques d’appropriation et de revendication distinctes,  illustrent ce déplacement des contours de la démocratie normative, en contestant la prétention exclusive des cadres constitutionnels existants à définir les valeurs légitimes de la vie démocratique.

Enfin, une troisième forme de démocratie s’impose avec une force croissante : la démocratie rédemptrice, conceptualisée par Margaret Canovan (The People, 2005). Celle-ci repose sur l’idée d’un peuple conçu comme une entité morale et homogène d’un point de vue socio-culturel, animé par le désir de participer pleinement, directement et continuellement à la vie politique. L’état de la Loi doit être l’état de la société. Elle s’exprime à travers les pétitions, les manifestations, les dispositifs de démocratie participative et délibérative, les référendums, les initiatives populaires, mais aussi par des mécanismes de contrôle permanent des élus, tels que le recall, pratiqué notamment dans certains États des États-Unis et qui figurent notamment à la fois dans les programmes de certains partis politiques de la droite nationale comme celui de Javier Milei ou de Jean-Luc Mélenchon.  Cette exigence de démocratie rédemptrice est d’autant plus puissante que les technologies de l’information et de la participation facilitent sa mobilisation et son amplification. Elle nourrit une attente accrue de proximité, de contrôle et de correction immédiate du pouvoir politique, souvent en tension avec les temporalités longues et les médiations institutionnelles propres à la démocratie représentative.

Ces trois formes de démocratie procédurale, normative et rédemptrice coexistent et s’entrecroisent, tout en portant des regards différenciés sur l’état de la démocratie représentative. Or, cette dernière, fondée sur l’élection, la délégation, l’autonomie de la loi et la responsabilité politique, apparaît aujourd’hui fragilisée. Il ne s’agit pas ici de rappeler une nouvelle fois les limites de l’offre politique ni de les réduire à leur lien avec l’abstention. Il convient, au contraire, de souligner que l’ensemble des démocraties européennes et américaines est confronté à un passage progressif du gouvernement à la gouvernance.

Ce déplacement s’accompagne d’une dilution des responsabilités politiques et d’une multiplication des niveaux de décision, qui contribuent à l’affaiblissement relatif du gouvernement représentatif, sans qu’aucune des autres formes de démocratie ne soit, à ce stade, en mesure de s’y substituer pleinement dans le cadre de la gouvernance contemporaine. Celle-ci peut être définie, comme nous l’avions proposé en 2013, comme un ensemble d’institutions et d’acteurs concourant à la définition et à l’énonciation du politique, sans que l’action de ces composantes soit entièrement redevable du principe de légitimation démocratique.

En d’autres termes, la gouvernance renvoie à une situation d’interdépendance entre les pouvoirs des institutions publiques engagées dans l’action collective, tout en intégrant des réseaux d’acteurs privés. Elle repose sur l’idée qu’il est possible d’agir politiquement sans s’en remettre exclusivement à l’autorité de l’État démocratique ou d’un gouvernement souverain. Pour autant, la gouvernance ne saurait être assimilée à une privatisation de l’activité politique. Elle correspond plutôt à une logique de concurrence et de complémentarité dans la définition et la mise en œuvre de l’action publique entre institutions publiques et organisations privées.

Cette concurrence peut également s’exercer entre les institutions publiques elles-mêmes, en particulier à différents niveaux de gouvernement national, régional et local. La gouvernance apparaît ainsi comme une alternative partielle aux modes traditionnels de régulation politique et économique fondés sur l’État-nation et l’État-providence. Toutefois, loin de neutraliser les tensions démocratiques, elle tend à exacerber les clivages relatifs à la responsabilité politique, à la légitimité de l’action publique et aux modalités de représentation, en reconfigurant en profondeur les cadres classiques du gouvernement démocratique (Poirier & de Moulins-Beaufort, 2013).

Portugal : un exemple de redéfinition des clivages pour l’état du Politique en Europe

Le premier tour de l’élection présidentielle au Portugal, en date du 18 janvier 2026, illustre, une nouvelle fois, la transformation profonde des valeurs, des comportements électoraux et des rapports à la politique dans l’ensemble des sociétés et démocraties dites occidentales. Plusieurs enseignements peuvent être retenus.

Un premier enseignement majeur tient au niveau particulièrement élevé de l’abstention. Moins de 53 % des électeurs portugais se sont déplacés. Ce phénomène, désormais récurrent lors des scrutins présidentiels et législatifs, est révélateur d’un rapport distancié, parfois désenchanté, à la représentation politique classique et à ses formes institutionnelles établies. L’offre politique, pourtant renouvelée par une nouvelle articulation des gauches radicales, principalement autour du Bloc de gauche, par l’émergence d’un nouveau centre fédéraliste et libéral européen (l’Initiative libérale)  et par la refondation des identités politiques des deux partis qui se sont alternés au pouvoir depuis la Révolution des Œillets de 1974, le Parti socialiste et le Parti social-démocrate (ce dernier est membre du Parti populaire européen de centre droit), transformés en catch-all party, ne suffit pas à mobiliser durablement les citoyens.

Deuxièmement, la progression du mouvement de la droite nationale, Chega, dont le fondateur et candidat aux présidentielles, André Ventura, lui-même issu du centre-droit, est arrivé en deuxième position au niveau national avec 23,5 % des suffrages exprimés, et même en tête dans certains districts comme Faro, traduit l’existence d’une contestation durable, quoique partielle, des cadres politiques dominants. Cette contestation ne vise pas seulement les équilibres internes du système politique portugais ; elle s’inscrit également dans une critique plus large du fonctionnement de l’Union européenne et des formes contemporaines de gouvernance. La souveraineté de la loi du Parlement portugais, sans partage, y est réaffirmée face à un système de décision à niveaux multiples caractérisant le régime politique de l’Union européenne.

Troisièmement, ce scrutin met en lumière la fragmentation croissante du centre-droit. Celui-ci apparaît désormais partagé entre, d’une part, un centre-droit traditionnel associant conservateurs, démocrates-chrétiens et diverses sensibilités internes au Parti social-démocrate et, d’autre part, des courants libéraux de nouvelle génération, porteurs d’un rapport renouvelé à l’économie, à l’État et aux libertés individuelles, parfois dans des formes plus radicales, comme l’Initiative libérale. Une partie des citoyens est ainsi habitée par une double dynamique, en apparence contradictoire. D’un côté, s’exprime une revendication croissante- parfois une radicalisation- de l’individualisme libéral, fondée sur l’autonomie personnelle, la liberté de choix et la défiance à l’égard des contraintes institutionnelles traditionnelles. De l’autre, se manifeste la volonté de dépasser le cadre de l’État-nation afin de construire de nouvelles structures politiques et décisionnelles décentralisées, à l’image de l’Union européenne, notamment dans l’élaboration de la gouvernance économique.

L’Europe centrale et orientale en 2025 ou le triomphe du versant matérialiste et souverainiste

En République tchèque, les élections législatives de novembre 2025 ont confirmé la position dominante du mouvement ANO, dirigé par Andrej Babiš, un entrepreneur qui a remporté 81 sièges sur 200 à la Chambre des députés. Au Parlement européen, le mouvement appartient au groupe Patriotes pour l’Europe, présidé par Jordan Bardella (Rassemblement national).

Les partenaires d’ANO sont également issus de la droite nationale. Le Parti de la liberté et de la démocratie directe (SPD), dirigé par Tomio Okamura, a enregistré un léger recul électoral, tout en conservant 13 sièges. Ancien allié du RN au Parlement européen, le SPD appartient désormais au groupe Europe des souverainetés, aux côtés notamment de l’AfD allemande et de Reconquête en France. À ces forces s’ajoute le mouvement Motoristé sobě (« Les automobilistes pour eux-mêmes »), formation issue des mobilisations contre les taxes écologiques et la hausse des prix de l’énergie, qui dispose de 12 sièges, ainsi que de députés indépendants ou dissidents issus du Parti civique démocrate (ODS), membre du groupe ECR au Parlement européen et allié de Giorgia Meloni. Le contrat de coalition est clairement la volonté de restaurer la souveraineté législative et budgétaire de la République tchèque et la volonté de se distancer de toute forme du versant post-matérialiste particulièrement la transition énergitique prévue dans le Green Deal adopté lors de la première Commission européenne d’Usrsula Von der Leyen. 

En Pologne, l’élection présidentielle de mai 2025 a été marquée par une polarisation accrue et renouvelée. Karol Nawrocki, candidat conservateur soutenu par le parti Droit et Justice (PiS), membre par ailleurs du groupe ECR au Parlement européen, l’a emporté de justesse au second tour avec environ 50,9 % des voix face au maire libéral de Varsovie, Rafał Trzaskowski. Ce scrutin a mis en évidence la persistance d’un clivage profond entre une conception essentiellement procédurale et libérale de la démocratie et une vision plus majoritaire et rédemptrice, fondée sur l’affirmation directe de la souveraineté populaire et nationale polonaise dans la fabrication de la Loi.

En Roumanie, les élections présidentielles des 4 et 18 mai 2025 se sont déroulées dans un contexte institutionnel exceptionnel. Nicușor Dan a remporté l’élection face à George Simion, candidat de la droite nationale, dont le parti est également membre du groupe ECR de Mme Meloni et se montre particulièrement critique à de la gouvernance économique européenne et de l’agenda réel ou supposé libertarien de celle-ci. Si la victoire de Dan a confirmé la capacité du bloc libéral, européen et écologiste  à s’imposer électoralement, elle révèle néanmoins l’existence d’une base électorale significative pour des discours relevant de la démocratie rédemptrice et du versant matérialiste des valeurs. 

Ces élections succédaient par ailleurs à une intervention sans précédent et controversée de la Cour constitutionnelle roumaine. Le 6 décembre 2024, celle-ci avait annulé les résultats du premier tour du scrutin présidentiel du 24 novembre, à la veille du second tour. La Cour avait fondé sa décision sur plusieurs éléments : l’usage de technologies numériques non transparentes, le recours à des outils d’intelligence artificielle dans la campagne électorale, des violations présumées des règles de financement de campagne du candidat arrivé en tête, ainsi que des informations déclassifiées faisant état d’opérations de désinformation et de cyberattaques attribuées à des acteurs étrangers, notamment russes. Cette intervention exceptionnelle a profondément affecté la confiance dans les institutions démocratiques, suscitant des protestations et une polarisation accrue du débat public, tout en ravivant des controverses théoriques sur le rôle des juridictions constitutionnelles entre souveraineté populaire et protection de l’intégrité électorale face aux menaces hybrides contemporaines.

Une recomposition qui dépasse l’espace européen : l’Amérique latine (2024–2025)

Entre 2023 et 2025, plusieurs élections majeures se sont tenues en Amérique latine, confirmant que les dynamiques observées en Europe s’inscrivent dans une évolution plus globale, touchant des sociétés aux trajectoires démocratiques distinctes mais confrontées à des tensions comparables entre matérialisme, légitimité, représentation et gouvernance.

En Bolivie, les élections générales du 17 août et du 19 octobre 2025, ont constitué un tournant historique. Elles ont mis fin à près de vingt ans de domination du Mouvement vers le socialisme associé à l’héritage politique et économique d’Evo Morales qui avait prétendu concilier les deux versants du clivage économique et culturel identifiés par R. Inglehart. Paz Pereira, sénateur centriste du Parti démocrate-chrétien, l’a emporté devant l’ancien président Jorge Quiroga, candidat libéral national prônant l’ouverture mesurée de l’économie bolivienne alors que le vainqueur privilégiait lui aussi la croissance économique mais le cadre d’une gouvernance économique renouvelée du Mercosur. 

En Argentine, les élections législatives du 26 octobre 2025 ont consacré la domination parlementaire du parti du président Javier Milei, La Libertad Avanza, qui a remporté une majorité significative de sièges tant à la Chambre des députés qu’au Sénat. Ce résultat a consolidé la position de l’exécutif, malgré de fortes critiques et une abstention notable, et a confirmé l’effondrement relatif des équilibres partisans traditionnels entre conservateurs sociaux et péronistes.

Le gouvernement de Javier Milei se caractérise à la fois par la mise en œuvre d’une politique économique explicitement inspirée de la théorie de l’école autrichienne (notamment des travaux de Ludwig von Mises et de Friedrich von Hayek) et par la volonté affirmée de restaurer une pleine souveraineté fiscale, en se dégageant de la tutelle des organismes de gouvernance économique mondiale tels que le Fonds monétaire international. Cette orientation s’accompagne également d’une réaffirmation de la souveraineté territoriale, notamment sur la question des Malouines, inscrite dans une logique plus large de souveraineté continentale visant à limiter les formes de dépendance économique, en particulier face à l’influence croissante de la Chine dans les Amériques.

Enfin, au Chili, les élections présidentielles des 16 novembre (premier tour) et 14 décembre 2025 (second tour) ont marqué un tournant majeur. José Antonio Kast, candidat de l’ensemble des droites, a remporté l’élection présidentielle en battant Jeannette Jara, candidate communiste soutenue par les gauches, au second tour. Cette victoire constitue l’une des avancées les plus nettes d’une droite à la fois socialement très conservatrice et économiquement libertarienne dans l’histoire démocratique chilienne depuis la fin du régime d’Augusto Pinochet. Elle est intervenue après les échecs retentissants des réformes constitutionnelles portées par des conventions citoyennes inscrites dans une logique délibérative et participative en 2021 et 2022, caractéristiques d’un projet post-matérialiste impulsé par le président sortant de gauche libertaire et socialiste, Gabriel Boric.

Synthèse

L’analyse des élections de 2025 et 2026 en Europe et aux Amériques sont autant révélatrices de fragmentations internes des systèmes politiques que de la diversification des pratiques et des conceptions démocratiques. Des clivages socio-économiques et socio-culturels traversent l’ensemble des sociétés démo-libérales quels que soient leur niveau de développement économique, leur ancienneté démocratique ou la path dependency de leurs régimes politiques. Les situations de la Bolivie, de l’Argentine ou du Chili diffèrent profondément de celles du Portugal, de la Pologne ou de la Roumanie en termes de structures productives, d’emploi, de diversification économique ou d’intégration dans les secteurs liés à la quatrième révolution industrielle. Pourtant, toutes ces sociétés partagent une préoccupation commune : le retour au versant matérialiste, entendu comme exigence de sécurité économique, de souveraineté de la Loi du Parlement de reconnaissance de leurs identités particulières alors même de l’emportement technologique et global. 

Surtout, on ne saurait, en effet, bâtir une démocratie durable sans que les besoins matériels fondamentaux soient assurés. Une partie des élites – ou, plus exactement, de groupes sociaux se percevant comme tels gagnées au post-matérialisme a longtemps négligé cet agenda fondamental en politique. Or, comme l’a montré Karl Polanyi dans The Great Transformation (The Great Transformation: The Political and Economic Origins of Our Time (2nd ed.). Boston, MA: Beacon Press, 2021 (édition originale en1944), les transformations économiques profondes entraînent toujours des réactions sociales et politiques, sous la forme de contre-mouvements. De nouvelles formations politiques, notamment à droite, mais pas exclusivement, s’emparent alors du pouvoir, à l’instar de ce que furent, en leur temps, les partis socialistes et sociaux-démocrates lors de la révolution industrielle, puis au moment de l’apparition de la société de consommation de masse après 1945. Dans la politique moderne, l’oïkos s’inscrit dans la politéia, et, il ne faut pas l’oublier.

Philippe Poirier, 

professeur de sciences politique, titulaire de la Chaire de recherche en études parlementaires, Université du Luxembourg

Chaire de recherche en études parlementaires Université du Luxembourg
APF | L'Assemblée parlementaire de la Francophonie Inter-Parliamentary Union Chambre des Députés European Parliament ParlAmericas Conseil de l'Europe

https://nouvellerevuepolitique.fr/philippe-poirier-des-democraties-aux-amerique-et-en-europe-la-nouvelle-revolution-silencieuse-au-benefice-des-droites-nationales-libertariennes-et-ou-conservatrices-l/

 


 

octobre 08, 2025

Europe News : Hongrie - Géorgie - Rep. Tchèque - Von der Leyen

 Sommaire:

A - La sage décision de Viktor Orban : refuser l’euro pour éviter de couler avec le navire UE

B - Les tentatives de renversement d’Ursula von der Leyen : symptôme d’une Europe en révolte souverainiste

C -Victoire écrasante du « rêve géorgien » aux élections municipales : un rejet populaire de l’influence européenne ?

D - Victoire d’Andrej Babiš : les Tchèques rejettent massivement la dictature bruxelloise

 

A - La sage décision de Viktor Orban : refuser l’euro pour éviter de couler avec le navire UE

Dans un contexte où l’Union européenne (UE) montre des signes évidents de désintégration, le Premier ministre hongrois Viktor Orbán a pris une position ferme et visionnaire en rejetant l’adoption de l’euro.

Selon ses déclarations récentes, l’UE est en train de s’effondrer, et il serait suicidaire pour la Hongrie de s’intégrer plus profondément à une entité en déliquescence.

Cette décision, ancrée dans une analyse réaliste de la situation européenne, protège l’économie hongroise d’un risque majeur, alors que l’UE semble atteinte d’un « cancer généralisé » – une métaphore pour décrire ses maux structurels profonds, comme les divisions internes, les crises économiques persistantes et les tensions géopolitiques qui pourraient la faire imploser dans les mois ou l’année à venir.

 


 

L’UE en déclin : un effondrement prévisible

Viktor Orbán n’hésite pas à qualifier l’UE de structure en pleine « désintégration », arguant que l’adoption de l’euro exposerait la Hongrie à une intégration plus profonde avec un bloc instable. Contrairement au Danemark, qui bénéficie d’une exemption légale, la Hongrie n’a pas de clause de dérogation officielle, mais Orbán a repoussé toute date d’adoption, citant des problèmes comme le budget pluriannuel de l’UE et les fonds alloués à l’Ukraine qui minent la cohésion européenne. En 2025, avec des élections hongroises à l’horizon en 2026, Orbán met en garde contre un avenir où l’UE pourrait devenir un « chapitre passager » de l’histoire hongroise si elle ne se réforme pas radicalement.

Cette vision n’est pas isolée. Les prédictions sur le déclin de l’UE se multiplient, avec des analystes pointant vers une montée des tensions internes et une perte de légitimité. Si l’on file la métaphore du « cancer généralisé », l’UE souffre de maux chroniques : une bureaucratie envahissante, des disparités économiques grandissantes et une incapacité à gérer les crises migratoires ou énergétiques. Des rapports récents soulignent que, sans changements profonds, l’UE risque un effondrement structurel, amplifié par des événements comme les blocages sur les sanctions contre la Russie ou les vetos répétés.

Orbán, en refusant l’euro, évite à son pays de contracter cette « maladie » terminale, préservant la souveraineté monétaire du forint face à une zone euro fragilisée par l’inflation et les dettes souveraines.

La montée du souverainisme : les gouvernements pro-UE en chute libre

Partout en Europe, les vents du souverainisme soufflent avec force, confirmant la clairvoyance d’Orbán. Les gouvernements alignés sur Bruxelles voient leur popularité s’effondrer ou tombent carrément, tandis que les partis souverainistes gagnent du terrain. En France, par exemple, la crise politique de 2024-2025 illustre parfaitement ce phénomène : après des élections législatives chaotiques en 2024, le gouvernement français a chuté à plusieurs reprises, avec le Premier ministre perdant un vote de confiance en septembre 2025, plongeant le pays dans une instabilité inédite sous la Cinquième République. Emmanuel Macron, autrefois champion de l’intégration européenne, fait face à une France divisée, avec une économie en risque de devenir le « nouvel homme malade de l’Europe » en raison de déficits croissants et d’une paralysie parlementaire.

Cette tendance n’est pas limitée à la France. En 2024, les élections européennes ont vu une forte progression des partis « d’extrême droite » dans sept pays, formant des gouvernements souverainistes qui remettent en question l’hégémonie de l’UE. Des pays comme l’Italie, les Pays-Bas et l’Autriche ont vu des coalitions populistes émerger, critiquant l’austérité imposée par Bruxelles et l’immigration incontrôlée. Même en Allemagne, l’instabilité politique s’ajoute au tableau, avec des pressions sur le chancelier pour des politiques plus nationales. Orbán, en pionnier du souverainisme depuis 2010, anticipe ce basculement : les leaders pro-UE chutent inexorablement, tandis que les défenseurs de la souveraineté nationale triomphent, rendant l’adoption de l’euro non seulement risquée, mais absurde.


 

La sagesse géopolitique d’Orban : négocier plutôt que combattre une guerre perdue

Au-delà de l’économie, la sagesse d’Orbán s’illustre dans sa position sur la guerre en Ukraine.

Contrairement à la ligne belliciste de l’UE, qui pousse pour un soutien inconditionnel à Kiev, Orbán plaide pour des négociations immédiates avec la Russie, reconnaissant que le conflit est déjà perdu pour l’Occident.

En août 2025, il a affirmé que la Russie avait gagné la guerre, et que l’Europe avait manqué l’opportunité de négocier sous l’administration Biden, risquant désormais une escalade incontrôlable. Orbán oppose fermement l’adhésion de l’Ukraine à l’UE, arguant que cela entraînerait le bloc dans une guerre directe avec Moscou.

Cette approche pragmatique est validée par les faits : la stratégie de l’UE sur l’Ukraine s’effondre, avec des vetos hongrois bloquant des aides et des sanctions, forçant Bruxelles à reconsidérer ses « plans de guerre ». Orbán prédit même une division formelle de l’Ukraine en zones sous influence russe, démilitarisée et occidentale, comme issue inévitable des négociations futures. En refusant de suivre le troupeau européen vers une confrontation suicidaire, il protège non seulement la Hongrie, mais offre un modèle de realpolitik à un continent aveuglé par l’idéologie.

Orban, visionnaire face à l’implosion européenne

Viktor Orbán incarne un leadership clairvoyant en ces temps tumultueux. En rejetant l’euro, il évite à la Hongrie de sombrer avec une UE rongée par ses contradictions internes – un « cancer généralisé » qui pourrait la terrasser d’ici peu. Tandis que les gouvernements pro-UE vacillent, comme en France, et que le souverainisme monte en flèche, sa préférence pour la paix négociée avec la Russie plutôt qu’une guerre perdue d’avance renforce son statut de stratège avisé. L’avenir donnera raison à Orbán : la souveraineté nationale prime sur une union artificielle en voie d’extinction.

https://multipol360.com/la-sage-decision-de-viktor-orban-refuser-leuro-pour-eviter-de-couler-avec-le-navire-ue/ 

 


B - Les tentatives de renversement d’Ursula von der Leyen : symptôme d’une Europe en révolte souverainiste

Ursula von der Leyen, présidente de la Commission européenne depuis 2019, fait face à une vague inédite de contestations en 2025.

Depuis juillet, plusieurs motions de censure ont été déposées contre elle et sa Commission, reflétant un malaise profond au sein du Parlement européen.

Ces initiatives, portées par des groupes « d’extrême droite » et de gauche, mettent en lumière les scandales accumulés, comme le « Pfizergate », et critiquent une politique perçue comme autoritaire et déconnectée des réalités nationales. Au-delà de ces attaques directes, elles s’inscrivent dans une montée du souverainisme en Europe, où les peuples expriment un ras-le-bol croissant face aux « diktats » de Bruxelles, symbolisés par von der Leyen elle-même.

Les scandales et les motions de censure : une série de tentatives pour la destituer

Le scandale « Pfizergate » reste au cœur des critiques. Il accuse von der Leyen d’avoir négocié de manière opaque l’achat de 1,8 milliard de doses de vaccins COVID-19 avec Pfizer, via des SMS échangés avec le PDG Albert Bourla, non divulgués malgré les demandes. En mai 2025, la Cour de justice de l’UE a condamné la Commission pour manque de transparence, ordonnant la publication de documents supplémentaires. Ce verdict a alimenté les appels à la démission, von der Leyen qualifiant ces accusations de « conspiration theory » et de tentatives de division par des forces anti-UE.

Les motions de censure se succèdent :

En juillet 2025, une première motion, déposée par l’extrême droite (Patriots for Europe – PfE), a été rejetée par 175 voix pour, 360 contre et 18 abstentions. Von der Leyen a dénoncé des « vieilles recettes extrémistes » et des « antivaccins ».

En septembre 2025, deux nouvelles motions ont été lancées : l’une par PfE, critiquant sa politique climatique, migratoire et le manque de transparence ; l’autre par le groupe de gauche (The Left), accusant von der Leyen de complicité dans le génocide à Gaza, de capitulation face à Trump et de promotion de l’accord Mercosur. Le débat a eu lieu le 6 octobre, avec un vote prévu le 9 octobre 2025.

– Des eurodéputés comme Manon Aubry (LFI) appellent à son départ, soulignant que 60 % des Européens souhaitent sa démission selon un sondage.

Malgré ces assauts, von der Leyen devrait survivre, grâce au soutien des groupes centristes (PPE, Renew, S&D), qui bloquent les deux tiers nécessaires pour une censure. Cependant, ces tentatives révèlent une fragilité : le Parlement pourrait bloquer ses initiatives clés, comme le budget ou les accords commerciaux, limitant son pouvoir sans la destituer formellement.

La montée du souverainisme : une vague qui ébranle l’UE

Ces motions s’inscrivent dans une montée irrésistible du souverainisme en Europe, accélérée par les élections de 2024. « L’extrême droite » et les partis populistes ont progressé dans 14 pays sur 27, formant des gouvernements ou coalitions en Italie, Hongrie, Belgique, et influençant des scrutins en Roumanie, Pologne et Portugal. En 2025, cette tendance s’amplifie : des figures comme George Simion en Roumanie, André Ventura au Portugal ou Karol Nawrocki en Pologne incarnent un virage nationaliste et populiste.


Les élections européennes de 2024 ont vu les partis eurosceptiques, nationalistes et anti-immigration envoyer de gros contingents au Parlement, créant un clivage centre-périphérie.

Le groupe Patriots for Europe, mené par Jordan Bardella, pousse pour plus de souveraineté nationale face à l’intégration fédérale. En France, le Rassemblement National oscille entre souverainisme et une « Europe puissance », mais critique von der Leyen sur des enjeux comme la défense. Partout, « l’extrême droite » – sous les labels de populisme, nationalisme ou souverainisme – gagne du terrain, remettant en question l’hégémonie bruxelloise.

Le ras-le-bol des peuples : fini les diktats de Bruxelles !

Derrière ces mouvements politiques, c’est un ras-le-bol populaire qui s’exprime contre les « diktats » de von der Leyen.

Les citoyens en ont assez de la bureaucratie envahissante, des politiques migratoires perçues comme laxistes, du « fanatisme climatique » imposant des normes coûteuses, et du bellicisme en Ukraine qui alimente une crise énergétique.

L’accord Mercosur, critiqué pour favoriser les importations bon marché au détriment des agriculteurs européens, cristallise les protestations : von der Leyen est accusée de le pousser malgré l’opposition.

Les tensions avec les États-Unis sous Trump amplifient ce sentiment de vassalisation : von der Leyen est vue comme faible face aux tarifs douaniers, sacrifiant l’économie européenne. Des pétitions et campagnes, comme celle d’Ekō, appellent les eurodéputés à soutenir les motions, invoquant la corruption (Pfizergate) et la complicité dans des conflits comme Gaza. En Autriche, le FPÖ dénonce von der Leyen pour « migration de masse, folie Corona, bellicisme et union de la dette ». Ce mécontentement populaire, avec 70 % des Français voulant son départ, signale une Europe fatiguée d’une élite déconnectée, préférant la souveraineté nationale à une union perçue comme oppressive.

 

Vers une Europe des nations ou un effondrement ?

Les tentatives de renversement d’Ursula von der Leyen ne sont pas isolées : elles incarnent la résistance à un projet européen fédéraliste qui semble ignorer les aspirations souverainistes. Alors que « l’extrême droite » et les populistes montent en puissance, et que les peuples rejettent les diktats de Bruxelles, l’UE risque un glissement vers un modèle conflictuel. Von der Leyen survivra-t-elle aux votes d’octobre ? Peut-être, mais à quel prix pour la cohésion européenne ?

L’avenir pourrait bien voir émerger une « Europe des nations », ou un déclin accéléré si les réformes tardent.

https://multipol360.com/les-tentatives-de-renversement-dursula-von-der-leyen-symptome-dune-europe-en-revolte-souverainiste/

 


C -Victoire écrasante du « rêve géorgien » aux élections municipales : un rejet populaire de l’influence européenne ?

Dans un contexte de tensions géopolitiques intenses, les élections municipales en Géorgie, tenues le 4 octobre 2025, ont abouti à une victoire retentissante pour le parti au pouvoir, le Rêve Géorgien. Ce scrutin local, qui concernait l’élection des maires et des conseils municipaux à travers le pays, a vu ce parti souverainiste et patriote remporter environ 80 % des voix, selon les résultats officiels diffusés par la Commission électorale centrale (CEC). Cette domination électorale marque un coup dur pour les forces pro-européennes, qui ont largement boycotté le vote, dénonçant une atmosphère de répression et d’irrégularités. Pourtant, ce résultat reflète un mouvement plus large de résistance populaire contre ce que certains qualifient d’oligarchie euromondialiste, où les peuples aspirent à retrouver leur souveraineté face à des ingérences extérieures.

 


 

Un scrutin sous haute tension

Les élections locales du 4 octobre interviennent dans un pays du Caucase déchiré entre aspirations européennes et influences russes.

Le Rêve Géorgien, au pouvoir depuis 2012 et dirigé par le Premier ministre Irakli Kobakhidze, a fait campagne sur des thèmes souverainistes, anti-guerre et critiques envers l’Union européenne (UE) et l’OTAN.

Accusé par l’opposition d’autoritarisme et de rapprochement avec Moscou, le parti a néanmoins consolidé son emprise sur les institutions locales. Avec un taux de participation estimé à moins de 50 %, en partie dû au boycott de huit partis d’opposition pro-UE, les résultats ont confirmé la suprématie du Rêve Géorgien dans la plupart des municipalités, y compris à Tbilissi, la capitale.

Ce boycott massif de l’opposition illustre les fractures profondes au sein de la société géorgienne. Les partis pro-européens, frustrés par les élections législatives controversées de 2024 – elles aussi remportées par le Rêve Géorgien avec 54 % des voix – ont refusé de participer, arguant que le scrutin n’était ni libre ni équitable. Des observateurs internationaux, comme ceux de l’OSCE, ont rapporté des irrégularités potentielles, telles que l’absence d’observateurs indépendants dans certains bureaux de vote et des pressions sur les électeurs.

Cependant, pour les partisans du gouvernement, cette victoire est la preuve que les Géorgiens rejettent les pressions extérieures, préférant une politique indépendante plutôt qu’une intégration forcée dans l’UE, souvent comparée à une nouvelle forme de domination impériale rappelant l’ère soviétique.

Manifestations et accusations de coup d’état

À peine les urnes fermées, des manifestations massives ont éclaté à Tbilissi et dans d’autres villes, rassemblant des dizaines de milliers de personnes arborant des drapeaux européens. Ces protestations, qui durent depuis près d’un an contre des lois controversées comme celle sur les « agents étrangers », ont culminé en une tentative d’assaut sur le palais présidentiel le soir du 4 octobre. Les manifestants, soutenus par la présidente pro-européenne Salome Zourabichvili, ont dénoncé une fraude électorale et exigé de nouvelles élections.

Du côté du gouvernement, ces événements sont interprétés comme une tentative de coup d’État orchestrée par des forces extérieures, notamment l’UE. Le Premier ministre Kobakhidze a accusé les opposants de viser un « renversement inconstitutionnel » et promis une répression ferme contre les « radicaux ». La police a répondu avec des gaz lacrymogènes, des canons à eau et des arrestations, blessant plusieurs personnes et arrêtant des leaders d’opposition. Cette escalade évoque, pour certains observateurs, les événements du Maïdan en Ukraine en 2014, où des manifestations pro-européennes ont mené à un changement de régime. En Géorgie, le gouvernement pointe du doigt une ingérence européenne, affirmant que les protestations sont financées et manipulées pour renverser un pouvoir légitimement élu.

Cette vision est renforcée par des accusations de désinformation et d’interférence étrangère. Des médias alignés sur le gouvernement ont rapporté des campagnes de propagande pro-russe ou anti-UE, mais l’opposition rétorque que c’est le régime qui utilise ces narratifs pour discréditer toute critique. L’UE, de son côté, a condamné la violence policière et appelé à la libération des détenus, qualifiant les élections de « minées par la répression ».

Un signal plus large pour l’Europe ?

Cette victoire du Rêve Géorgien s’inscrit dans un vent de contestation plus large contre l’établissement européen. Simultanément, en République Tchèque, des élections législatives ont vu la montée d’un leader eurosceptiqueAndrej Babiš, avec 35 % des voix, critiquant l’aide à l’Ukraine, l’immigration massive et les politiques vertes de l’UE. Ces événements, survenant en quelques heures, signalent un réveil des peuples contre les « fous de guerre » et l’oligarchie bruxelloise, selon les analystes souverainistes. En Géorgie, pays que l’UE convoite pour son élargissement, ce rejet électoral pourrait freiner les ambitions européennes, surtout alors que des sondages montrent une fatigue croissante envers les ingérences extérieures.

Malgré les controverses, ces élections municipales renforcent le contrôle du Rêve Géorgien sur les affaires locales, avec des implications pour la stabilité du pays. Tandis que l’opposition reste frustrée, le gouvernement consolide son narratif d’indépendance nationale. Pour les Géorgiens, ce scrutin n’est pas seulement local : il est un referendum sur l’avenir, entre souveraineté et intégration forcée. Les prochains mois diront si ces tensions mèneront à une résolution pacifique ou à une escalade supplémentaire.

https://multipol360.com/victoire-ecrasante-du-reve-georgien-aux-elections-municipales-un-rejet-populaire-de-linfluence-europeenne/ 

 


D - Victoire d’Andrej Babiš : les Tchèques rejettent massivement la dictature bruxelloise

Les élections parlementaires tchèques des 3 et 4 octobre 2025 ont envoyé un message clair et retentissant : « Basta ! » à l’Union européenne.

Les électeurs, exaspérés par le bellicisme incessant de Bruxelles, son ingérence dans les affaires nationales et son imposition d’idéologies déconnectées du réel, ont propulsé le parti ANO d’Andrej Babiš vers une victoire écrasante. Ce milliardaire entrepreneur, ancien Premier ministre de 2017 à 2021, incarne pour beaucoup un retour à la souveraineté nationale, à la paix et au bon sens populaire, contre les diktats d’une UE perçue comme une machine à imposer des guerres par procuration, des taxes vertes punitives et des normes sociétales absurdes.


Cette élection n’est pas qu’une alternance politique ; c’est une réponse du peuple tchèque à des années de frustration. Les citoyens en ont marre du soutien aveugle à l’Ukraine, qui vide les caisses publiques sans fin en vue, de l’inflation galopante due aux sanctions anti-russes, et des ingérences sur des sujets comme les identités de genre – où Bruxelles semble dicter que n’importe qui peut se déclarer « clef à molette » ou que les hommes pourraient bientôt « accoucher ». Babiš, avec son discours direct et anti-élitiste, a promis de prioriser les intérêts des Tchèques : réduire l’aide militaire à Kiev, négocier la paix plutôt que prolonger le conflit, et résister aux excès bureaucratiques de l’UE. Ce « Basta ! » résonne comme un cri de ralliement pour une Europe des nations, pas d’une super-état imposant sa pensée unique.


Contexte : un peuple las de la « dictature » européenne

Andrej Babiš, 71 ans, fondateur du géant agroalimentaire Agrofert, est entré en politique en 2011 pour combattre la corruption et les élites. Son parti ANO (Action des Citoyens Mécontents) a surfé sur le mécontentement populaire contre la coalition sortante de Petr Fiala, pro-UE et pro-OTAN, qui a multiplié les envois d’armes à l’Ukraine et augmenté les dépenses de défense à 2% du PIB – au détriment des priorités domestiques comme la lutte contre l’inflation.

La campagne de 2025 a été marquée par des thèmes qui touchent au « réel » : l’économie en berne, le coût de la vie, et un rejet du bellicisme européen. Babiš a critiqué les « corrompus » à Bruxelles et promis un rapprochement avec des leaders comme Viktor Orbán en Hongrie, qui défendent une Europe souveraine plutôt qu’une UE interventionniste. Pour la première fois, le vote par correspondance pour les expatriés a boosté la participation à 68,95%, signe d’une mobilisation massive contre le statu quo. Des incidents, comme l’agression de Babiš lors d’un meeting ou un scandale Bitcoin touchant le gouvernement sortant, ont renforcé l’image d’un establishment défaillant.

Les résultats : une claque pour les pro-UE

Avec près de 99% des bulletins dépouillés, ANO a obtenu 34,52% des voix (environ 1,94 million) et 80 sièges sur 200 à la Chambre des députés – un gain de 8 sièges par rapport à 2021, et le meilleur score historique du parti. La coalition pro-européenne SPOLU de Fiala s’est effondrée à 23,36% et 52 sièges, perdant 19 mandats.

Voici un tableau des principaux résultats, illustrant le rejet des partis alignés sur Bruxelles :

Parti/Alliance

Leader

Pourcentage des Voix

Sièges

Évolution vs. 2021

Orientation Vis-à-Vis de l’UE

ANO

Andrej Babiš

34,52%

80

8

Eurosceptique, priorise souveraineté nationale

SPOLU (ODS, KDU-ČSL, TOP 09)

Petr Fiala

23,36%

52

-19

Pro-UE, belliciste sur l’Ukraine

STAN

Vít Rakušan

11,23%

22

-11

Pro-UE, intégrationniste

Parti des Pirates

Zdeněk Hřib

8,97%

18

14

Pro-UE, progressiste

SPD

Tomio Okamura

7,78%

15

-5

Anti-UE, anti-OTAN

AUTO

Filip Turek

6,77%

13

Nouveau

Eurosceptique, anti-establishment

Des partis comme Stačilo! (4,31%) n’ont pas passé le seuil de 5%, mais le paysage parlementaire penche désormais vers l’euroscepticisme.

Réactions : panique à Bruxelles, joie chez les souverainistes

Petr Fiala a concédé la défaite, reconnaissant l’impossibilité de reformer une coalition pro-UE. À l’inverse, Viktor Orbán a félicité Babiš, voyant dans cette victoire un renforcement du bloc des nations libres en Europe centrale.

Du côté de l’UE, c’est l’inquiétude : cette élection pourrait affaiblir le soutien à l’Ukraine et booster le camp anti-immigration, transformant la Tchéquie en « nouveau problème » pour Bruxelles, aux côtés de la Hongrie et de la Slovaquie.

Babiš, quant à lui, vise un gouvernement minoritaire avec le soutien de SPD et AUTO – des partis anti-UE et anti-OTAN – pour une majorité potentielle de 109 sièges. Il a rassuré sur le maintien dans l’UE et l’OTAN, mais ses promesses de couper l’aide à Kiev et de résister au Green Deal signalent un virage souverainiste.

Implications : une vague de « basta ! » en Europe, malgré les avantages financiers

Cette victoire tchèque n’est pas isolée ; elle s’inscrit dans une généralisation du rejet populaire de l’UE à travers le continent. Des élections européennes de 2024 (victoires du RN en France, FPÖ en Autriche, AfD en Allemagne) aux scrutins nationaux, les peuples expriment leur ras-le-bol contre le bellicisme (prolongation de la guerre en Ukraine  -un bémol concernant le RN à ce sujet qui semble s’alligner de plus en plus sur les positions bellicistes d’Emmanuel Macron-), l’intrusion sociétale (idéologies de genre imposées) et la perte d’anonymat et de bien-vivre. Les Tchèques ont dit stop à Bruxelles – et d’autres pourraient suivre, réclamant la paix, la souveraineté et le retour au réel. Si les négociations de coalition aboutissent, Babiš pourrait devenir le fer de lance de cette révolte populaire.

Pourtant, ces « petits » pays d’Europe de l’Est, comme la Tchéquie, sont des bénéficiaires nets de l’UE : ils encaissent plus qu’ils ne donnent. Depuis son adhésion en 2004, la Tchéquie a reçu plus de 2 trillions de CZK (environ 80 milliards d’euros) en fonds UE, tout en contribuant moins de 940 milliards de CZK, avec un gain net annuel récent d’environ 9 milliards de CZK en 2024. Ce n’est pas le cas en France, contributrice nette : l’UE coûte aux Français environ 9 à 12 milliards d’euros nets par an, selon les budgets 2024-2025. C’est dire que les Français ont encore plus à reprocher à ce carcan idéologique et bientôt physique, qui pompe leurs ressources sans retour équivalent.

L’UE d’aujourd’hui est l’URSS d’hier : une entité supranationale imposant sa vision centralisée, étouffant les souverainetés nationales sous prétexte d’unité, et transformant les nations en satellites d’une bureaucratie lointaine et déconnectée.

Si même les bénéficiaires nets comme la Tchéquie disent « stop », imaginez la tempête qui couve chez les contributeurs comme la France !

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