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septembre 10, 2026

Le gauchisme, maladie adolescente...Mais formaté, vous en redemandez à en mourir !

Le gauchisme, maladie adolescente !

Sommaire:

1) L’absurdité des postures anticapitalistes

2) L’injuste procès des énergies fossiles

3) Les errements de l’agribashing

4) Un anti-occidentalisme pathologique

5) Ma tribune contre la gauche et l’extrême gauche. 

 

1) L’absurdité des postures anticapitalistes

Les militants de droite utilisent sans cesse le qualificatif « gauchiste » pour désigner de manière péjorative leurs adversaires de gauche. Mais la plupart ignorent que ce terme a été popularisé par Lénine dans un célèbre essai publié en 1920 (1). Afin de disqualifier les mouvements révolutionnaires jugés déviants et immatures, le chef de file des bolcheviques a alors qualifié le gauchisme de « maladie infantile du communisme ».

 

 La thèse de cette série d’articles est que le gauchisme contemporain, plus d’un siècle après la mort de Lénine, ressemble davantage à une crise d’adolescence (2) : à la manière d’un adolescent qui critique systématiquement les adultes qui l’ont pourtant aidé (parents, professeurs, figures d’autorité diverses…), les gauchistes actuels vouent aux gémonies une société qui leur a pourtant apporté des bienfaits inestimables.

 En effet, le gauchisme « woke » universitaire et sa version électorale (représentée en France par LFI et une myriade de petits partis (3)) sont fondamentalement des idéologies du ressentiment (4) et du rejet de l’ordre établi. Nous verrons que l’anticapitalisme (I), la critique radicale des énergies fossiles (II) et de l’agriculture productiviste (III), ainsi que la haine irrationnelle de l’Occident (IV), constitutifs du gauchisme actuel, remettent paradoxalement en cause les facteurs essentiels du prodigieux progrès économique, social et technologique dont bénéficie notre époque.

 Gilles Ardinat, Professeur agrégé et docteur en géographie économique et auteur de Comprendre la mondialisation en 10 leçons.

Anticapitalisme : de Marx à la gauche « woke », une erreur d’analyse manifeste

La critique systématique du capitalisme est au cœur de l’idéologie gauchiste. Le terme même de « capitaliste » est devenu péjoratif dans ces milieux. Si l’on reprend la terminologie marxiste, nous pouvons définir le capitalisme (souvent dénommé « économie de marché ») comme le système économique basé sur la propriété privée des moyens de production et sur le salariat (forme dominante d’organisation du travail par opposition aux systèmes esclavagistes ou féodaux). Sur la base de cette définition (plus ou moins maîtrisée), la mouvance gauchiste fustige les grandes entreprises privées, les patrons et les riches, à l’image du NPA (Nouveau Parti anticapitaliste (5)) : être « anticapitaliste » est une évidence dans ces milieux.

Les militants les mieux formés font expressément référence aux travaux de Karl Marx (qui a consacré sa vie à critiquer ce système et à imaginer une alternative révolutionnaire : le communisme). Selon une logique marxiste, le capitalisme est encore aujourd’hui dénoncé comme un système inégalitaire, destructeur de l’environnement, porteur de crises récurrentes et d’exploitation des travailleurs. En outre, sous sa forme impérialiste (6), il est responsable de guerres meurtrières. Cette vision critique correspond à une certaine réalité. Les inégalités sociales (parfois extrêmes), les atteintes à l’environnement (contreparties à la croissance), les crises (krach de 2000, subprimes en 2007, faillite de Lehman Brothers en 2008…) et la surexploitation de certains travailleurs (notamment dans les pays pauvres) sont des réalités. Certains lobbies et complexes industriels contribuent aux guerres. Le capitalisme est bel et bien un système imparfait.

Néanmoins, les gauchistes commettent une gigantesque erreur d’analyse en ne soulignant que les inconvénients de ce système, car le capitalisme est historiquement le mode de production qui a permis un développement sans précédent de l’humanité.

Loin des caricatures gauchistes, le vrai bilan du capitalisme depuis 1945

Karl Marx avait identifié l’efficacité du capitalisme (plus productif que les systèmes esclavagistes ou féodaux), ainsi que sa propension à s’internationaliser et à supplanter les autres systèmes (7). Cette supériorité intrinsèque du capitalisme a été consacrée au XXe siècle par la diffusion irrésistible de ses principes à toute la planète (mondialisation économique), alors que les dizaines d’expériences communistes se sont toutes soldées par des échecs plus ou moins sanglants. Les anticapitalistes, si prompts à conspuer les capitalistes, sont inaudibles quand il s’agit de dénoncer les méfaits des régimes communistes.

La spectaculaire généralisation de l’économie de marché à la Terre entière (à l’exception de quelques isolats comme la Corée du Nord) a permis une amélioration sans précédent du niveau de vie moyen. Les gauchistes, aveuglés par leur anticapitalisme fanatique, refusent de voir l’évidence : le capitalisme, redoutablement efficace pour produire des biens et des services en quantités industrielles, a contribué au bien-être matériel de l’humanité comme aucun autre système. Il a constitué un cadre économique dynamique, adaptable aux différentes spécificités nationales (8), propice à l’initiative individuelle, à la création d’entreprise et à la croissance économique. Le capitalisme a permis les Trente Glorieuses (1945-1975) pour les pays occidentaux. Et malgré les difficultés consécutives aux chocs pétroliers, ces pays affichent dans les années 1980 une réussite matérielle insolente en comparaison de leurs rivaux du bloc de l’Est : société de consommation pour les uns ; pénuries pour les autres.

Après l’effondrement de l’URSS, le monde est entré dans un cycle de croissance phénoménal. En 1991, le PIB mondial était estimé à 23 667 milliards de dollars. Aujourd’hui, il est de 117 165 milliards de dollars (9). La généralisation du capitalisme s’est accompagnée d’une multiplication par cinq des richesses mondiales en une seule génération, notamment au profit des pays « émergents ». Ces chiffres peuvent être critiqués (non-prise en compte de l’inflation, recours à la méthode alternative des PPA (10)) et cette dynamique de croissance est régulièrement entravée par des crises. Néanmoins, ils témoignent de l’extraordinaire réussite du capitalisme contemporain. Loin de la caricature faite par les « altermondialistes » et gauchistes de tous poils, ce système a substantiellement amélioré le quotidien matériel de milliards d’individus.

Accès au bien-être matériel par la consommation de masse

Le capitalisme n’a pas seulement battu par KO le communisme lors de la Guerre froide. Il a amélioré de façon inédite la qualité de vie de milliards d’individus en seulement quelques décennies. La production et la consommation de masse, caractéristiques de la société capitaliste contemporaine, ont amélioré le quotidien dans d’innombrables pays. À rebours des analyses de Marx (qui postulait que le capitalisme est synonyme d’exploitation croissante des masses laborieuses (11)), l’économie de marché a fait plus pour la condition ouvrière que n’importe quel dirigeant communiste. La Chine illustre de façon édifiante cette dynamique. Après l’échec épouvantable de Mao Tsé-toung (1949-1976), la Chine s’est progressivement convertie à l’économie de marché (tout en restant paradoxalement dirigée par le Parti communiste). Cette transition économique a permis plusieurs décennies de très forte croissance et surtout une amélioration rapide de la qualité de vie pour des centaines de millions de Chinois : l’IDH (12) est passé de 0,48 en 1990 (chiffre typique d’un pays en voie de développement) à 0,79 en 2022. La très grande pauvreté, massive au début des années 1980, est aujourd’hui anecdotique. Le niveau de vie moyen d’un Chinois de 2026 est incomparable avec celui d’un Chinois du début des années 1980 (le PIB par habitant est passé de 300 à 13 000 dollars sur cette période).

Les postures anticapitalistes résultent d’un aveuglement idéologique total, puisqu’elles occultent les réussites éclatantes de l’économie de marché pour n’en souligner que les défaillances (bien réelles au demeurant). Le gauchisme est donc une forme d’ingratitude envers un système économique qui permet à des milliards de personnes, et parmi elles les militants « woke » eux-mêmes, de profiter des bienfaits de la société moderne. Se revendiquer de l’anticapitalisme est parfaitement démagogique à notre époque. Avec l’avènement des classes moyennes et de la société de consommation (abondance des biens et des services), vouloir détruire le capitalisme ou le remplacer (par quoi, d’ailleurs ?) s’apparente à une crise d’adolescence idéologique : prendre le rôle d’un rebelle idéaliste et critiquer pour critiquer (sans rien proposer de sérieux). Être anticapitaliste, comme Marx, au XIXe siècle, peut se comprendre dans le contexte de la révolution industrielle. Mais au XXIe siècle, après l’échec flagrant des régimes communistes, l’anticapitalisme n’est qu’une posture adolescente, ridicule et irresponsable.

Gilles Ardinat
17/04/2026

https://www.polemia.com/le-gauchisme-maladie-adolescente-labsurdite-des-postures-anticapitalistes/

(1) Vladimir Illitch Lénine (1920), « La Maladie infantile du communisme : le gauchisme ».
(2) La crise d’adolescence a fait l’objet d’innombrables études par des sociologues et psychologues. Le psychologue germano-américain Erik Erikson, élève d’Anna Freud, est aujourd’hui le plus fréquemment cité sur ce sujet (avec notamment sa théorie sur « le moratoire psychosocial »).
(3) Citons ici Génération.s (le groupuscule créé en 2017 par Benoît Hamon), Lutte ouvrière (parti trotskiste représenté par Nathalie Arthaud, jadis par Arlette Laguiller), Les Verts (encore connus sous le sigle EELV), le Parti communiste français (PCF), La Jeune Garde (milice du député Raphaël Arnault), le NPA (présenté par la note infrapaginale n° 5).
(4) Le ressentiment peut ici s’envisager dans son acception nietzschéenne, c’est-à-dire comme une frustration intériorisée conduisant, par une inversion des valeurs, à une morale réactive.
(5) En 2022, le NPA s’est scindé en 2 entités concurrentes : le NPA-L’Anticapitaliste, favorable à une alliance avec LFI, et le NPA-Révolutionnaires, plus radical et refusant la participation aux coalitions de type NUPES/NFP.
(6) Vladimir Illitch Lénine (1916), « L’Impérialisme, stade suprême du capitalisme ». Cette brochure présente la Première Guerre mondiale comme le choc des puissances capitalistes arrivées à un stade de développement industriel et financier tel que l’expansion territoriale devient le principal relais pour générer de nouveaux profits. En somme, il accuse le capitalisme d’être responsable de la « Grande Guerre ».
(7) Karl Marx, Friedrich Engels (1848), Manifeste du Parti communiste.
(8) Jacques Sapir (2011), La Démondialisation.
(9) Source : FMI (Fonds monétaire international), World Economic Outlook. Chiffres en PIB nominal.
(10) La méthode des PPA (parité de pouvoir d’achat) permet de corriger le PIB nominal en prenant en compte les différentiels de coût de la vie entre les différents pays.
(11) Dans sa théorie de la plus-value, Marx considère que le profit se fait au détriment des travailleurs : le capitalisme repose structurellement sur l’exploitation des prolétaires par les bourgeois. Intensifier cette exploitation permet d’améliorer le taux de profit.
(12) L’indice de développement humain, calculé chaque année par le PNUD (Programme des Nations unies pour le développement), mesure la qualité de vie sur un territoire en prenant en compte le PIB par habitant en PPA, l’espérance de vie et des indicateurs liés à la scolarisation.

 


2) L’injuste procès des énergies fossiles

Un autre aspect néfaste de l’idéologie de gauche : son obscurantisme sur les questions énergétiques.

Transition énergétique : haro sur les énergies fossiles !

« Décarbonner l’économie » est devenu une priorité pour l’ensemble des grands partis politiques. À gauche, cette injonction est présentée comme quasi existentielle. L’humanité est menacée par le réchauffement climatique (parfois appelé aussi « dérèglement » ou « changement »). En s’appuyant sur une interprétation particulièrement alarmiste des travaux du GIEC (5), les partis de gauche annoncent des catastrophes en série et pointent du doigt les coupables : le CO2 (dioxyde de carbone) et les énergies fossiles (charbon, pétrole et gaz) qui émettent ce CO2 lors de leur combustion. Ainsi, pour la tête de liste des Verts/EELV aux européennes de 2024, « notre dépendance aux énergies fossiles détruit le climat » (6). Pour l’activiste suédoise Greta Thunberg, continuer à exploiter les énergies fossiles « sera une condamnation à mort pour d’innombrables personnes » (7). Recourant à une terminologie extrémiste (« bombe climatique », « extinction de masse », « écocide », « urgence climatique », « crime climatique »…), cette croisade mondiale contre les énergies fossiles permet à la gauche de justifier de nouvelles taxes (comme un « ISF climatique » proposé par OXFAM (8)). La lutte contre le CO2 conduit en outre à réhabiliter l’idée de planification (non plus stalinienne mais « écologique » (9)) et accompagne un discours anticapitaliste virulent (10).

Les énergies fossiles ont en effet de gros inconvénients. Issues d’un processus de fossilisation durant des millions d’années, elles sont non renouvelables à l’échelle des sociétés humaines. Leur extraction est éminemment polluante. Les mines et carrières de charbon polluent gravement leur environnement et les accidents ont causé des dizaines de milliers de morts depuis le début de la révolution industrielle (11). Les fuites de pétrole (appelées « marées noires » en milieu marin) causent des dommages aux écosystèmes. Les pollutions atmosphériques liées à la combustion de ces énergies sont dans certaines régions un véritable problème de santé publique (12). Surtout, la combustion de ces énergies libère des gaz à effet de serre et notamment du CO2. Selon le GIEC, ces énergies ont contribué à l’augmentation du taux de CO2 dans l’atmosphère. Ce taux est estimé à 280 ppm (0,028 %) au début de l’ère industrielle et à 420 ppm (0,042 %) aujourd’hui, soit une augmentation de 50 %. Si cette augmentation est un sujet de controverse politique et scientifique (13), il n’en demeure pas moins que ces énergies ont des conséquences écologiques non négligeables.

Si les inconvénients des énergies fossiles sont considérables, les activistes du climat ignorent les bienfaits permis par le charbon, le pétrole et le gaz : les fossiles ont été le carburant de la formidable croissance économique mondiale depuis près de deux siècles.

L’énergie, input oublié du progrès économique et social

L’article « Le gauchisme, maladie adolescente l’absurdité des postures anticapitalistes » affirme que l’amélioration inédite des conditions de vie depuis plus d’un siècle avait été grandement favorisée par le système capitaliste. Celui-ci a offert un cadre particulièrement dynamique à la croissance économique mondiale. Cependant, cette croissance a été permise par l’injection massive d’énergies fossiles : c’est l’utilisation de ces énergies (81 % du bouquet énergétique mondial (14)) qui a rendu physiquement possibles les prodigieux gains de productivité observés depuis 1850. L’énergie est un intrant/input absolument indispensable à la multiplication des biens et des services. Le confort moderne, l’abondance de la société de consommation et le progrès social sont totalement liés à ces énergies. En somme, notre mode de vie (particulièrement confortable si on observe celui des sociétés préindustrielles) est totalement dépendant des énergies fossiles. Les courbes de la croissance économique mondiale et celles de la consommation totale d’énergie sont strictement corrélées. L’extraction puis la combustion de charbon (1re révolution industrielle), de pétrole (2e révolution industrielle) puis de gaz (méthane) sont indispensables à l’augmentation du PIB mondial.

En somme, la croissance économique peut se comprendre comme la transformation d’énergies (principalement fossiles) en biens et en services grâce à un système productif efficace (le capitalisme) et à des innovations régulières (logique schumpétérienne (15)). Sans énergie, pas de gain de productivité et donc pas d’amélioration des salaires réels (pouvoir d’achat) : les énergies fossiles ont été au cœur du processus d’amélioration de notre quotidien. Par exemple, elles ont révolutionné les transports et permis notre mobilité. Sans pétrole, pas d’aviation, pas de voiture individuelle, pas de circulation des marchandises, pas de liberté de mouvement. Ces énergies ont révolutionné notre rapport à l’espace et au temps. Elles ont permis la création de centaines de millions d’emplois à travers le monde. Notons d’ailleurs qu’au niveau mondial, l’électricité est à 65 % d’origine fossile (16). Le processus d’électrification, vanté par tant d’écologistes, reste largement dépendant du charbon et du gaz.

Le pouvoir émancipateur des énergies fossiles nié par les gauchistes

Tel Gambetta déclarant « le cléricalisme, voilà l’ennemi » (17), le leitmotiv de l’écologie de gauche pourrait se résumer à : « les énergies fossiles, voilà l’ennemi » ! S’appuyant sur une littérature scientifique abondante, les militants écologistes peuvent affirmer que « les énergies fossiles détruisent notre santé, le climat et la biodiversité » (18). Mais cette présentation, intégralement négative et donc partiale, omet volontairement le formidable pouvoir émancipateur de ces énergies. Comme évoqué au paragraphe précédent, elles ont permis de révolutionner les transports et donné notre liberté de mouvement. Bien au-delà des transports, les énergies fossiles ont libéré l’humanité des travaux les plus pénibles dans les champs (mécanisation agricole), dans les usines (robotisation et automatisation) ou sur les chantiers (machines-outils), permettant des gains de productivité phénoménaux. Les tâches les plus difficiles, jadis réalisées péniblement à la force du poignet ou avec des animaux de trait, sont assurées dorénavant par des machines (dont le moteur fonctionne avec du charbon, du pétrole ou de l’électricité majoritairement d’origine fossile). Il y a une substitution du travail humain (énergie musculaire) par une énergie exogène (d’origine fossile). Ce remplacement a facilité l’existence de milliards d’êtres humains et a permis la tertiarisation de l’économie (en libérant la main-d’œuvre agricole et industrielle).

Les énergies (à 81 % fossiles) sont indispensables à notre bien-être corporel et à notre confort matériel. Elles ont changé la vie quotidienne des travailleurs et tout particulièrement celle des femmes (19). Pourtant, la mouvance gauchiste refuse de faire ce constat. Elle diabolise les énergies fossiles qu’elle assimile parfois au capitalisme (concept de « capitalisme fossile » popularisé par un célèbre universitaire suédois d’extrême gauche (20)). Ce rejet sans nuance des énergies fossiles est un véritable paradoxe pour des activistes qui promettent de baisser la durée du travail, d’améliorer la vie des travailleurs et la condition féminine. Dans l’état actuel des techniques et du marché, le charbon, le pétrole et le gaz sont l’une des clés du progrès matériel. Le nucléaire (lui aussi souvent conspué par l’extrême gauche) et les renouvelables restent minoritaires (respectivement 5 % et 14 %) dans le bouquet énergétique mondial. Notons que l’épuisement des énergies non renouvelables, annoncé comme imminent depuis le début des années 1970 (21), n’est pas d’actualité : le renchérissement tendanciel des hydrocarbures et l’amélioration des méthodes d’extraction repoussent régulièrement les pics pétrolier et gazier. À moyen terme, elles vont rester abondantes et continuer d’alimenter la croissance économique mondiale. En niant l’apport quantitatif et qualitatif de ces énergies, en les assimilant aux pires dérives du capitalisme et en tenant un discours apocalyptique sur le climat, les gauchistes confortent leur posture irresponsable. Cette immaturité intellectuelle, que l’on peut qualifier de « climato-gauchisme » (22), est une forme caricaturale d’ingratitude.

Gilles Ardinat
28/04/2026

https://www.polemia.com/le-gauchisme-maladie-adolescente-2-4-linjuste-proces-des-energies-fossiles/

  1. Vladimir Illitch Lénine (1920), « La Maladie infantile du communisme : le gauchisme ».
  2. La crise d’adolescence a été l’objet d’innombrables études par des sociologues et psychologues. Le psychologue germano-américain Erik Erikson, élève d’Anna Freud, est aujourd’hui le plus fréquemment cité sur ce sujet (avec notamment sa théorie sur « le moratoire psychosocial »).
  3. Citons ici Génération.s (le groupuscule créé en 2017 par Benoît Hamon), Lutte ouvrière (parti trotskiste représenté par Nathalie Arthaud (jadis par Arlette Laguiller)), Les Verts (encore connus sous le sigle EELV), le Parti communiste français (PCF), La Jeune Garde (milice du député Raphaël Arnaud), les NPA (Nouveaux partis anticapitalistes).
  4. Le ressentiment peut ici s’envisager dans son acception nietzschéenne, c’est-à-dire comme une frustration intériorisée conduisant, par une inversion des valeurs, à une morale réactive.
  5. Le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat a été créé en 1988 sous l’égide de l’ONU afin d’expertiser les questions climatiques. Ce vaste réseau de scientifiques publie depuis 1990 un rapport très médiatisé qui soutient la thèse d’un réchauffement planétaire d’origine humaine.
  6. Déclaration de Marie Toussaint au Parlement européen le 26 mars 2026.
  7. Déclaration lors d’une conférence de presse à Bonn le 13 juin 2023.
  8. OXFAM (Oxford Committee for Famine Relief) est une association caritative originaire du Royaume-Uni. Ses accointances avec la gauche sont de notoriété publique. Par exemple, Manon Aubry, tête de liste LFI aux européennes de 2019 et 2024, est une ancienne d’OXFAM.
  9. Jean-Luc Mélenchon avait fait de cette « planification écologique » une priorité de son programme présidentiel 2022.
  10. Par exemple, l’entreprise TotalEnergies est la cible d’innombrables campagnes de dénigrement et de procès intentés par des associations écologistes de gauche. Un article de L’Humanité résume bien ces campagnes : « 100 ans de Total : un siècle de ravages et 5 scandales » (publié le 28 mars 2024).
  11. Ces accidents restent fréquents en Chine où, chaque année, plusieurs centaines (selon les médias locaux) voire plusieurs milliers de morts certaines années (selon des ONG occidentales) sont à déplorer.
  12. Un rapport rédigé par le Health Effects Institute en partenariat avec l’UNICEF en 2024 indique que plus de 8 millions de personnes seraient mortes précocement en 2021 dans le monde du fait des pollutions atmosphériques (imputables principalement aux énergies fossiles).
  13. Steven E. Koonin (2022), Climat, la part d’incertitude, Paris, L’Artilleur, 348 p.
  14. En 2022, le bouquet (ou mix) énergétique mondial est composé à 31 % de pétrole, 28 % de charbon, 22 % de gaz (soit 81 % de fossiles), 5 % de nucléaire et de 14 % d’énergies renouvelables diverses (barrages hydroélectriques, biomasse…).
  15. Joseph Aloïs Schumpeter (1883-1950), économiste austro-américain hétérodoxe du XXe siècle, avait démontré le lien entre innovation et croissance économique, expliquant les cycles de croissance successifs par les innovations scientifiques ou organisationnelles (qui créent de nouveaux marchés et des gains de productivité).
  16. Data Lab, Chiffres clés de l’énergie 2025, SDES. Le charbon (38 %) et le gaz (24 %) restent incontournables alors que la part du pétrole dans la production électrique (3 %) est en baisse régulière.
  17. C’est avec cette phrase qu’il conclut son célèbre discours anticlérical du 4 mai 1877 devant l’Assemblée.
  18. Titre de l’ouvrage célèbre de Barbara Demeneix publié en 2022 chez Odile Jacob.
  19. Dans son ouvrage Féminicène, Les vraies raisons de l’émancipation des femmes, les vrais dangers qui les menacent (2023), Véra Nikolski souligne le rôle moteur des progrès techniques, de la révolution industrielle et donc des énergies dans l’amélioration concrète de la condition féminine (réduction des tâches domestiques, salarisation, tertiarisation…).
  20. Andreas Malm (2016), Fossil Capital: The Rise of Steam Power and the Roots of Global Warming.
  21. Des écologistes (pour la plupart de gauche) annoncent depuis plus de 50 ans l’effondrement de la « production » (qui est en réalité une extraction) de pétrole et de gaz du fait de leur raréfaction. Le peak oil et le peak gas ne se sont pas encore produits et les réserves de charbon, de pétrole et de gaz restent très abondantes. Les prédictions du Club de Rome ou de Dennis Meadows sur ce point précis ne se sont pas confirmées.
  22. Voir l’article « Islamo-gauchisme et climato-gauchisme : une même idéologie », publié par Philippe Charlez le 11 novembre 2023 sur Boulevard Voltaire. Cet expert est par ailleurs l’auteur d’un excellent ouvrage sur cette question : L’Utopie de la croissance verte : les lois de la thermodynamique sociale (2021).

 

3) Les errements de l’agribashing

Le dénigrement systématique de l’agriculture productiviste

La critique de notre modèle agricole est un sujet récurrent, parfois obsessionnel, pour la gauche radicale. En 2023, les manifestations contre les « mégabassines » (5) à Sainte-Soline, dans les Deux-Sèvres, ont dégénéré en batailles rangées avec les forces de l’ordre. Le « village pour la défense de l’eau » à Melle (toujours dans les Deux-Sèvres), en juillet 2024 (6), s’apparentait à une réunion altermondialiste où se retrouvaient de multiples collectifs et partis de gauche tels que les Soulèvements de la Terre, la Confédération paysanne ou Extinction Rebellion. Très virulente sur le terrain, la gauche sait aussi défendre son credo anti-productiviste à l’Assemblée. En 2025, l’opposition à la « loi Duplomb » (7) a été l’occasion pour LFI de faire le procès de notre modèle agricole : « ce texte ne vise qu’à satisfaire les géants de l’agro-industrie et de l’agrochimie, qui entretiennent un système agricole productiviste à bout de souffle » (8). Plus récemment, Clémentine Autain s’est fait le porte-voix d’une vaste campagne contre la présence de cadmium dans l’alimentation, pointant du doigt l’utilisation d’engrais phosphatés de synthèse et vilipendant notre système productiviste : « Les politiques cèdent aux lobbies, ils sont acquis à l’agrobusiness et les intérêts privés finissent par primer sur l’intérêt général, sur la santé publique » (9).

Nous pouvons définir l’agriculture productiviste (ou « industrielle ») comme une exploitation mécanisée intégrant de nombreux intrants chimiques (pesticides et engrais). Basée sur l’automatisation et la spécialisation, elle vise à produire en très grande quantité, notamment pour l’industrie agroalimentaire (IAA) et la grande distribution. Ce modèle, initié par la révolution industrielle (à la fin du XIXe siècle) et pleinement déployé en France pendant les Trente Glorieuses (modernisation et remembrement), a d’importantes conséquences environnementales qu’il ne s’agit pas de nier : perte de biodiversité, épuisement de certains sols, pollution de nappes phréatiques par les intrants chimiques, scandales sanitaires (comme la crise de la vache folle dans les années 1990). Ce modèle productiviste, appliqué à l’élevage, pose la question de la souffrance animale (conditions de vie des animaux en batterie, problème de l’abattage industriel). L’extrême gauche « antispéciste » (10), représentée par L214 (11) et le député mélenchoniste Aymeric Caron, a fortement médiatisé ce problème. Le productivisme est éminemment imparfait, car son coût environnemental est élevé et son modèle économique fragile (recours aux subventions, faibles revenus de nombreux agriculteurs, crises sectorielles à répétition…). Néanmoins, la critique de gauche de ce système « agro-industriel » commet une erreur d’analyse fondamentale en omettant les bienfaits incalculables de l’agriculture productiviste.

Le productivisme a libéré l’humanité du fléau millénaire de la faim

Agissant en enfants gâtés, les militants végans et antispécistes (qui n’ont jamais connu d’intoxication alimentaire ou de famine) critiquent sans nuance un modèle agricole qui a pourtant révolutionné notre quotidien en éradiquant les famines. Beaucoup ont oublié que nos ancêtres ont vécu pendant des millénaires avec l’appréhension des mauvaises récoltes et des disettes. Depuis l’apparition de l’agriculture au Néolithique, la production a été soumise aux aléas de la météo, aux maladies et aux parasites. De nombreux travaux d’historiens, notamment en France (12), ont souligné la récurrence des « crises frumentaires » ou « crises de subsistance », avec parfois des conséquences catastrophiques (mortalité extrême comptant les victimes par millions). Citons, parmi les plus connues, la grande famine européenne de 1315-1317 ou celle de l’Irlande entre 1845 et 1852. L’économiste classique Thomas Malthus (13) est resté célèbre pour avoir théorisé les rendements décroissants de l’agriculture préindustrielle et ses implications démographiques. De fait, les crises alimentaires ont bloqué pendant des siècles la croissance de la population mondiale (la quantité de nourriture disponible restant limitée et les crises alimentaires fréquentes). L’histoire de l’humanité a été ponctuée de disettes et de famines jusqu’à l’avènement de la révolution industrielle au XIXe siècle. Celle-ci a permis la production d’engrais et de machines agricoles qui, combinées aux progrès scientifiques (agronomie), ont décuplé la productivité et minimisé les conséquences des aléas météorologiques. La disparition (certes très progressive) de la faim dans le monde est un progrès inestimable et directement imputable à la transformation spectaculaire de l’agriculture.

Le productivisme équivaut à une véritable révolution agricole (souvent appelée « révolution verte ») dont les bienfaits sont multiples. La diminution spectaculaire de la faim dans le monde doit être soulignée. Alors que la population mondiale croît régulièrement, le nombre de personnes victimes de sous-nutrition baisse continuellement depuis des décennies (14). Les grandes famines, comme en Éthiopie (1984-1985) ou en Somalie (2011), disparaissent progressivement. Les crises alimentaires récentes ont des causes essentiellement sécuritaires (difficultés à acheminer l’aide internationale), car l’agriculture productiviste, aujourd’hui généralisée, produit suffisamment pour nourrir très largement toute l’humanité. Outre l’éradication progressive de la faim, le productivisme a libéré massivement de la main-d’œuvre, permettant l’avènement de l’économie moderne. Dans les pays développés comme la France, la part de l’agriculture dans la population active est passée d’environ 75 % à la fin du XVIIIe siècle à moins de 3 % aujourd’hui. En mécanisant et en augmentant la productivité, l’agriculture moderne a rendu possible l’économie industrielle puis post-industrielle ainsi que son confort matériel inédit. Nos ancêtres ont, pendant des générations, travaillé la terre à la sueur de leur front. Grâce à l’agriculture productiviste, nous mangeons à notre faim, avec une sécurité alimentaire inédite, et nous travaillons dans des métiers du tertiaire incomparablement moins pénibles.

Agribashing, anticapitalisme et mépris de classe

L’agriculture productiviste a réussi le miracle d’éradiquer les famines dans le monde, en fournissant, en lien avec les IAA, une alimentation variée et sécurisée à une population mondiale croissante, tout en libérant des centaines de millions de personnes des travaux agricoles les plus pénibles. Ce résultat inouï est volontairement occulté par l’extrême gauche qui, par pure idéologie, refuse de reconnaître l’évidente réussite du système productiviste qui est, en définitive, la réussite du capitalisme (15). Parallèlement, le collectivisme agraire, expérimenté par de multiples régimes communistes au XXe siècle, a été un épouvantable échec. Depuis le « communisme de guerre » de Lénine (qui a dû amender son projet en instaurant la NEP (16)), en passant par les collectivisations forcées de Staline (« dékoulakisation » et tragédie de l’Holodomor), le « Grand Bond en avant » de Mao (entraînant la famine la plus meurtrière de l’histoire), jusqu’aux pénuries alimentaires du bloc soviétique dans les années 1980, le communisme a démontré sa totale inefficacité dans ce domaine. Il est difficile pour les militants de gauche de faire amende honorable et d’accepter cet écart abyssal de résultats entre communisme et capitalisme. La critique systématique du « système agro-industriel » relève donc d’une certaine mauvaise foi et d’un anticapitalisme primaire.

Cet « agribashing », summum de l’ingratitude gauchiste, est aussi un mépris de classe (17) inavoué. Les militants gauchistes (de type Extinction Rebellion ou Greenpeace) sont très rarement des agriculteurs. Selon une étude du CEVIPOF/Sciences Po (18) de 2024, les agriculteurs votent majoritairement pour le Rassemblement national (26,1 %), le bloc central (14,2 %) ou Les Républicains (14,1 %) et très peu pour l’extrême gauche (9 % pour EELV, 4,7 % pour LFI). Toute la gauche (du PS au NPA) représente moins de 22 % du vote des agriculteurs. L’agriculteur est essentiellement un homme (profession très peu féminisée), entrepreneur (capitalisme familial), « non-racisé », enraciné, attaché à ses traditions (comme la chasse) et votant majoritairement à droite : il est donc un adversaire politique objectif pour les activistes d’extrême gauche. Globalement hermétiques aux théories woke, les populations rurales (bien au-delà des seuls agriculteurs) sont souvent perçues par les militants de gauche comme hostiles et réactionnaires (par opposition aux grandes métropoles que l’immigration extra-européenne et la boboïsation (19) ont transformées en postes avancés du « progressisme »). Cette opposition idéologique (droite rurale conservatrice/gauche citadine woke) s’accompagne d’un mépris, voire d’une haine de classe plus ou moins dissimulée : les habitants des campagnes en général et les agriculteurs en particulier sont considérés par une certaine gauche comme des « beaufs » racistes et arriérés. C’est par cette perversion de l’esprit que les enfants gâtés de notre monde d’abondance s’acharnent contre les honnêtes travailleurs agricoles qui les nourrissent.

Gilles Ardinat
03/07/2026

https://www.polemia.com/le-gauchisme-maladie-adolescente-3-4-les-errements-de-lagribashing/

(1) Vladimir Ilitch Lénine (1920), « La Maladie infantile du communisme : le gauchisme ».
(2) La crise d’adolescence a été l’objet d’innombrables études par des sociologues et psychologues. Le psychologue germano-américain Erik Erikson, élève d’Anna Freud, est aujourd’hui le plus fréquemment cité sur ce sujet (avec notamment sa théorie sur « le moratoire psychosocial »).
(3) Citons ici Génération.s (le groupuscule créé en 2017 par Benoît Hamon), Lutte ouvrière (parti trotskiste représenté par Nathalie Artaud, jadis par Arlette Laguiller), Les Verts (encore connus sous le sigle EELV), le Parti communiste français (PCF), La Jeune Garde (milice du député Raphaël Arnaud), les NPA (Nouveaux partis anticapitalistes).
(4) Le ressentiment peut ici s’envisager dans son acception nietzschéenne, c’est-à-dire comme une frustration intériorisée conduisant, par une inversion des valeurs, à une morale réactive.
(5) Ces « mégabassines » sont de très grandes réserves artificielles « de substitution » visant à stocker l’eau en hiver pour pouvoir ensuite irriguer certaines cultures (notamment du maïs) en été.
(6) La liste des organisations réunies est disponible sur le site : « 19-20 juillet 2024 – Stop méga-bassines – Prochaine mobilisation internationale – Bassines Non Merci ».
(7) La loi portée par le sénateur LR Laurent Duplomb vise à simplifier l’activité des agriculteurs français, notamment en assouplissant certaines contraintes environnementales concernant les intrants, les mégabassines ou l’élevage industriel.
(8) Extrait d’un communiqué du groupe NFP-LFI, « Loi Duplomb : ode au modèle agro-industriel, loin des aspirations des agriculteurs » (publié le 14 mai 2025).
(9) Propos du 7 juin 2026 relayés par franceinfo.
(10) Le « spécisme », qui s’apparente au racisme ou au sexisme, désigne l’ensemble des discriminations entre les espèces (notamment entre humains et non-humains). C’est un concept popularisé par le philosophe australien Peter Singer. Dans son ouvrage fondateur « Animal Liberation » (1975), il pose les bases morales d’une conception radicale de la cause animale qui inspire aujourd’hui les mouvements végans et animalistes.
(11) L’association d’extrême gauche « L214 éthique et animaux », créée en 2008, s’est fait connaître pour ses vidéos dénonçant la maltraitance animale dans les élevages et les abattoirs industriels. Son nom fait référence à l’article L214 du Code rural reconnaissant aux animaux le statut « d’êtres sensibles ».
(12) L’historien (de gauche) Ernest Labrousse a établi un lien entre mauvaises récoltes, augmentation des prix du grain/pain et crises politiques ; Emmanuel Le Roy Ladurie a abondamment étudié les évolutions du climat et leurs conséquences sur l’agriculture.
(13) Thomas Robert Malthus a publié en plusieurs étapes (entre 1798 et 1826) un ouvrage extrêmement célèbre : Essai sur le principe de population (An Essay on the Principle of Population).
(14) Dans un rapport de 2006 intitulé The State of Food Insecurity in the World, la FAO (Food and Agriculture Organization) souligne la baisse de la sous-nutrition dans le monde tout au long du XXe siècle. Touchant environ 37 % de la population mondiale dans les années 1960, la sous-nutrition a été réduite à moins de 10 % de nos jours : après un plus bas historique en 2018 (7,3 %) et une légère augmentation liée notamment à l’inflation des matières premières agricoles, la décrue continue : 8,7 % en 2022, 8,5 % en 2023 et 8,2 % en 2024 selon une étude de 2025 : 2.1 Food security indicators: latest updates and progress towards ending hunger and ensuring food security.
(15) Notre précédent article définit la notion de capitalisme et les ressorts de son rejet par l’extrême gauche : « Le gauchisme, maladie adolescente (1/4) : l’absurdité des postures anticapitalistes ».
(16) La NEP (New Economic Policy), instaurée par Lénine en 1921, entérine l’échec des collectivisations imposées pendant la guerre civile russe en réintroduisant le principe de la propriété privée dans le domaine agricole. Il s’agit d’un retour tactique et provisoire au capitalisme.
(17) L’expression « mépris de classe » a émergé dans les années 1990 pour désigner la vision condescendante qu’une classe (qui se considère supérieure) a pour une autre classe (jugée inférieure). Les marxistes ont constamment dénoncé le sentiment de supériorité des classes dominantes vis-à-vis des classes plus pauvres. Pierre Bourdieu (sociologue d’extrême gauche) évoque ces représentations hiérarchiques dans ses travaux sur les « violences symboliques ».
(18) « Les agriculteurs français à la veille de l’élection européenne de juin 2024 » : Les agriculteurs français à la veille de l’élection présidentielle : leurs attentes, valeurs et intentions.
(19) La boboïsation désigne de manière péjorative la gentrification, c’est-à-dire la concentration géographique des classes aisées et l’éviction des classes moyennes dans certains espaces urbains. Le bobo (bourgeois bohème) désigne un bourgeois de gauche attaché au progressisme sociétal.

 


 

 4) Un anti-occidentalisme pathologique

L’Occident accusé des pires maux de l’humanité

Le 25 mars 2026, l’Assemblée générale des Nations unies a voté une résolution « portant qualification de la traite des Africains réduits en esclavage et de l’esclavage racialisé des Africains de plus grave crime contre l’humanité (5) ». Cette déclaration, portée par le Ghana et l’Union africaine, cible spécifiquement « la traite transatlantique des esclaves, qui a duré 400 ans » et indique clairement la responsabilité de la Papauté (bulles Dum Diversas et Romanus Pontifex (6)), du Portugal, de l’Espagne, des Pays-Bas, du Royaume-Uni, de la France (avec le fameux Code Noir (7)) et de l’État de Virginie (donc les États-Unis). L’objectif de ce texte aux accents tiers-mondistes (8) est clair : pointer du doigt l’Occident tout en occultant les autres formes d’esclavage, notamment la traite arabo-musulmane ou intra-africaine qui ont duré bien plus longtemps que la traite transatlantique et ont fait des millions de victimes (9). Cette résolution qui dénonce également le « système capitaliste racial » est d’une partialité évidente et seuls trois États présidés par des hommes de droite (Trump, Milei et Netanyahou) ont osé voter contre. En France, une loi mémorielle comparable, portée par la députée de gauche Christiane Taubira en 2001 (10), avait reconnu « que la traite négrière transatlantique ainsi que la traite dans l’océan Indien […] constituent un crime contre l’humanité ». La gauche avait à l’époque assumé cibler uniquement les crimes commis par la France « contre les populations africaines, amérindiennes, malgaches et indiennes » tout en écartant les traites intra-africaines et arabo-musulmanes de la loi (afin de ne pas accabler les populations africaines actuelles). Ces campagnes mémorielles partiales sont emblématiques d’une offensive idéologique globale qui vise, bien au-delà de la seule question de l’esclavage, à dénigrer systématiquement l’Occident : cet espace de civilisation est censé, selon les militants gauchistes, être coupable des pires maux de l’humanité.

La notion d’« Occident » a été l’objet de très nombreuses définitions et analyses au XXe siècle, pour la plupart ignorées des activistes de gauche. L’historien Fernand Braudel (11) a souligné les apports culturels successifs qui ont forgé, sur le temps long, l’identité de cet espace de civilisation. Le philosophe Philippe Nemo a listé, dans un petit ouvrage resté célèbre (12), les étapes (« miracles ») de la constitution de cette identité occidentale : la raison grecque (science, philosophie et cité), l’héritage juridique de Rome, le christianisme (conception métaphysique et morale structurante), la révolution papale (XIe–XIIIe siècles) qui a consacré la distinction entre les sphères spirituelle et temporelle et enfin les révolutions libérales modernes. Le philosophe allemand Oswald Spengler a quant à lui pensé la décadence de l’Occident (13). La Guerre froide (1947–1991), avec sa logique de blocs, va donner à l’Occident (historiquement divisé entre États rivaux) une certaine unité géopolitique et entériner son rôle central dans la défense du capitalisme. Nous retiendrons une définition géographique très simplifiée de l’Occident : il s’agit de l’espace de civilisation formé par l’Amérique du Nord (États-Unis et Canada) et l’Europe occidentale (dont la frontière orientale varie légèrement en fonction des époques). L’Australie et la Nouvelle-Zélande sont rattachées à cette civilisation. De nombreux États non-occidentaux ont connu une occidentalisation plus ou moins poussée, mais appartiennent à des civilisations différentes (comme la Tunisie, pays arabo-musulman ou du Japon qui a conservé une civilisation spécifique). L’Occident désigne communément un ensemble de pays aujourd’hui relativement cohérent du point de vue politique (démocratie libérale), culturel (héritages gréco-romain et chrétien), économique (capitalisme et fort niveau de développement) et ethnique (population blanche). Dans la plupart de ces pays, les mouvements politiques de gauche ont développé un discours critique, visant à dénigrer le monde occidental. La récente conférence de l’activiste mélenchoniste Yazid Arifi illustre cet anti-occidentalisme extrême (14) : parlant de « bascule civilisationnelle », celui-ci préconise, devant une assemblée de sympathisants LFI, « la chute de la citadelle occidentale de l’intérieur. C’est notre tâche. La tâche d’un éventuel pouvoir insoumis ». Mais cet anti-occidentalisme, aux relents anti-capitalistes, tiers-mondistes et communautaristes, a une vision idéologique totalement biaisée, occultant volontairement la contribution majeure de l’Occident à l’ensemble des progrès dont la gauche se réclame de façon paradoxale.

L’Ouest, phare de l’Humanité et moteur de tous les « progrès »

Historiquement, la contribution de l’Occident aux progrès scientifiques et technologiques est majeure et sans commune mesure avec les autres civilisations. Depuis les savants grecs Archimède (IIIe siècle av. J.-C.) et Ptolémée (IIe siècle apr. J.-C.), les astronomes polonais Nicolas Copernic (1473–1543, théorie de l’héliocentrisme) et italien Galilée (1564–1642), le Britannique Isaac Newton (1643–1727, théorie de la gravitation universelle), les chimistes français Antoine Lavoisier (1743–1794) et Louis Pasteur (1822–1895) ou l’Allemand Albert Einstein (1879–1955), toute l’histoire des sciences est jalonnée d’inventeurs et génies occidentaux. Bien entendu, chaque civilisation a pu apporter son lot d’innovations. Le Proche-Orient a eu un rôle prépondérant dans l’apparition de l’agriculture (le fameux « croissant fertile » formé par la Mésopotamie et l’Égypte), de l’écriture (environ en 3500 av. J.-C.) et de l’urbanisation. La Chine a été une terre d’innovation durant l’Antiquité (invention du papier au IIe siècle av. J.-C., acupuncture…) et le Moyen Âge (poudre à canon au IXe siècle, monnaie papier au XIe siècle…) mais l’Occident est progressivement devenu le lieu de la plupart des découvertes. La science moderne, basée sur l’observation et l’expérience, est née en Occident au XVIIe siècle : les philosophes Francis Bacon (1561–1626), Descartes (1596–1650) ou Pascal (1623–1662) ont théorisé ce rapport nouveau à la connaissance. L’Occident acquiert à cette époque (et pour plusieurs siècles) une véritable domination dans le domaine des sciences et des techniques. C’est en Angleterre qu’est née la première révolution industrielle et son cortège d’inventions (notamment la machine à vapeur). Les pays de l’Europe du Nord-Ouest et les États-Unis ont été à la pointe de la deuxième (moteur à explosion et électricité) puis de la troisième révolution industrielle (invention du microprocesseur puis d’Internet aux États-Unis). L’Occident concentre la quasi-totalité des lauréats des prix Nobel en médecine, physique et chimie (15) ainsi que des médailles Fields en mathématiques (16). Mécanique, agronomie, biologie, géologie, astronomie : aucun domaine n’a échappé à l’hégémonie occidentale entre les XVIIe et XXe siècles. Notons que cette hégémonie n’est pas garantie au XXIe puisque les nations asiatiques (notamment la Chine) semblent en mesure de surclasser l’Occident dans la plupart des domaines stratégiques (17).

Si l’Occident a été sans conteste le centre d’impulsion du progrès scientifique depuis des siècles, il a été également celui de l’innovation en matière politique et sociétale : les « progrès » dont se félicite la gauche sont directement imputables à l’Occident. Si la plupart des civilisations ont eu recours à l’esclavage, les nations occidentales ont été à la pointe de son abolition. Par exemple, la France, qui a interdit l’esclavage sur son sol dès 1315 (édit de Louis X le Hutin), a aboli provisoirement l’esclavage dans ses colonies dès 1794 avant une abolition définitive en 1848. À l’occasion du congrès de Vienne, toutes les puissances européennes ont mis fin à la traite négrière transatlantique (alors que les traites intra-africaine et arabo-musulmane perdureront). L’Occident a été également à la pointe dans la promotion des libertés fondamentales (qui sont d’ailleurs une invention occidentale). Les révolutions anglaises (1642–1651 ; 1688–1689), américaine (1765–1783) et française (1789–1799) sont fondatrices de l’ordre politique moderne. Les États occidentaux sont les pionniers des Droits de l’Homme, du suffrage universel (expérimenté dès 1792 et jusqu’en 1814 en France) et des libertés individuelles. De la même manière, le mouvement d’émancipation des femmes trouve son origine en Occident. La création du terme « féminisme » (à la fin du XIXe siècle), la plupart des théories féministes ou le mouvement des suffragettes (au début du XXe siècle) rappellent le rôle éminent de l’Occident dans ce domaine. Le premier pays au monde à accorder le droit de vote aux femmes a été la Nouvelle-Zélande (en 1893). Les pays occidentaux ont également été les inventeurs de l’État social moderne : modèle bismarckien en Allemagne dès la fin du XIXe siècle, rapport Beveridge en 1942 (18), création de la sécurité sociale en France en 1945… Plus récemment, c’est aussi en Occident que les lois sociétales « progressistes » ont été initiées : les Pays-Bas (2001), la Belgique (2003) et l’Espagne (2005) sont les trois premiers pays à légaliser le mariage homosexuel (complètement tabou encore aujourd’hui dans la plupart des pays africains et asiatiques). L’Occident est donc depuis des générations le lieu de naissance et d’expérimentation des valeurs politiques les plus chères à la gauche.

Repentance, anti-christianisme et anti-capitalisme aux sources de la détestation gauchiste de l’Occident

L’anti-occidentalisme de la gauche repose sur un énorme paradoxe car c’est bien à la science occidentale que nous devons l’amélioration sans précédent de nos conditions matérielles d’existence (hygiène, campagnes de vaccination massive, éradication de la faim par l’agriculture productiviste (19), électrification…). C’est aussi grâce à l’Occident que la plupart des « progrès » sociétaux (si chers à la gauche) ont été possibles depuis plus de deux siècles : abolition de l’esclavage, libertés individuelles, Droits de l’Homme, émancipation des femmes, progrès sociaux, lois sociétales « progressistes »… Aucune autre civilisation n’a favorisé de manière aussi évidente les idéaux politiques de la gauche. La gauche peut d’ailleurs légitimement s’attribuer une grande partie de ces évolutions puisque ce sont pour l’essentiel des hommes de gauche qui ont théorisé et imposé ces changements. Mais il n’en demeure pas moins que tous ces « progrès » (ou presque) ont eu comme terreau les nations occidentales. Un militant de gauche conséquent devrait logiquement encenser l’Occident et son avant-gardisme « progressiste ». Mais paradoxalement, la gauche est presque toujours (avec des nuances) critique du passé de l’Occident.

Cet anti-occidentalisme se construit essentiellement sur une vision historique complètement biaisée qui souligne les violences commises par les puissances occidentales (traite transatlantique, colonisation…) sans jamais évoquer la violence des sociétés non-occidentales (bien souvent idéalisées). Au faîte de leur puissance à partir du XVIe siècle, les nations occidentales ont multiplié les ingérences, les interventions militaires et les conquêtes coloniales. Ce passé impérialiste fournit une matière inépuisable au discours critique de la gauche connu sous le nom de « repentance ». La repentance désigne une vision moralisatrice et culpabilisante de l’histoire d’un pays (ou ici d’une civilisation). Cette historiographie à charge est un élément fondamental si l’on veut comprendre l’idéologie gauchiste : dans l’imaginaire de gauche, l’histoire de l’Occident n’a rien de glorieux ; elle est une succession de crimes dont les Occidentaux d’aujourd’hui doivent se repentir. L’anti-occidentalisme de la gauche est la conséquence de cette repentance : en réduisant l’histoire de l’Europe de l’Ouest et des États-Unis à leurs politiques impérialistes (bien réelles puisque l’Occident a été pendant plusieurs siècles le centre géopolitique du monde), l’historiographie repentante de gauche alimente le ressentiment, la culpabilité et la haine de l’Occident.

Si cet anti-occidentalisme a des explications historiographiques (tendance à la repentance), il a aussi deux leviers idéologiques plus ou moins inconscients : l’anti-christianisme et l’anti-capitalisme. En effet, depuis son origine (pendant la Révolution française), la gauche est fondamentalement anticléricale, voire antichrétienne (20). L’Occident étant chrétien, la gauche a naturellement une méfiance pour cette civilisation : l’anti-occidentalisme est (entre autres) un anti-christianisme. À cet anti-christianisme l’extrême-gauche ajoute un anti-capitalisme virulent. Sachant que ce sont les nations occidentales qui ont porté (et parfois imposé aux autres continents) le capitalisme moderne, industriel et financier, la gauche anticapitaliste opère naturellement une « convergence des luttes » entre la dénonciation de l’Occident « impérialiste » et leur combat contre le capitalisme. La Guerre froide a conforté cette convergence car les États-Unis et leurs alliés d’Europe de l’Ouest ont été de facto les principaux défenseurs du capitalisme face au bloc soviétique. L’anti-occidentalisme gauchiste est aussi un anti-capitalisme.

Gilles Ardinat
17/08/2026

https://www.polemia.com/le-gauchisme-maladie-adolescente-4-4-un-anti-occidentalisme-pathologique/

(1) Vladimir Illitch Lénine (1920), « La Maladie infantile du communisme : le gauchisme ».
(2) La crise d’adolescence a été l’objet d’innombrables études par des sociologues et psychologues. Le psychologue germano-américain Erik Erikson, élève d’Anna Freud, est aujourd’hui le plus fréquemment cité sur ce sujet (avec notamment sa théorie sur « le moratoire psychosocial »).
(3) Citons ici Génération.s (le groupuscule créé en 2017 par Benoît Hamon), Lutte ouvrière (parti trotskiste représenté par Nathalie Arthaud (jadis par Arlette Laguiller)), Les Verts (encore connus sous le sigle EELV), le Parti communiste français (PCF), La Jeune Garde (milice du député Raphaël Arnault), les NPA (Nouveaux partis anticapitalistes).
(4) Le ressentiment peut ici s’envisager dans son acception nietzschéenne, c’est-à-dire comme une frustration intériorisée conduisant, par une inversion des valeurs, à une morale réactive.
(5) L’ONU réclame des réparations pour les « torts historiques » de l’esclavage | ONU Info
(6) Ces bulles de 1452 et 1454/55 apportent au Portugal le soutien moral et spirituel de Rome dans sa politique d’expansion territoriale. Par exemple, Romanus Pontifex reconnaît au roi Alphonse V (1438-1481) « la pleine et entière faculté d’attaquer, de rechercher, de capturer, de vaincre, de soumettre tous les Sarrasins et les Païens […] et de réduire leurs personnes en servitude perpétuelle ». L’Assemblée générale de l’ONU considère clairement ces textes comme des justifications de la future traite négrière. Cependant, leur interprétation est largement débattue, certains historiens y voyant avant tout la légitimation de conquêtes et non une autorisation explicite de l’esclavage.
(7) Ce code, qui comprend notamment « l’ordonnance de mars 1685 sur les esclaves des îles de l’Amérique » promulguée sous Louis XIV, réglementait la pratique de l’esclavage dans les colonies françaises. Connu pour sa sévérité, il a été encore récemment au cœur de l’actualité puisque les députés ont voté symboliquement son abrogation le 28 mai 2026.
(8) Le tiers-mondisme désigne depuis les années 1960 le mouvement international de défense des pays du Tiers-monde (Amérique du Sud, Afrique, Proche-Orient et Asie du Sud). Cette idéologie, très marquée à gauche, considère que les pays développés sont responsables de la pauvreté des pays du Sud (esclavage, colonisation, néocolonialisme et mondialisation sont présentés comme les causes du mal-développement).
(9) De nombreux travaux historiques ont tenté d’évaluer l’ampleur des principales traites négrières (transatlantique, arabo-musulmane et intra-africaine). Olivier Pétré-Grenouilleau (Les Traites négrières, 2004) a mené une approche comparative restée célèbre. Tidiane N’Diaye (Le Génocide voilé, 2008) souligne l’extrême violence de la traite arabo-musulmane (VIIe-XIXe siècles), notamment le recours massif à la castration des hommes noirs.
(10) Loi n° 2001-434 du 21 mai 2001 tendant à la reconnaissance de la traite et de l’esclavage en tant que crime contre l’humanité – Légifrance
(11) Fernand Braudel (1963), Grammaire des civilisations : Fernand Braudel et la Grammaire des civilisations (1963). | Espacestemps.net
(12) Philippe Nemo (2004), Qu’est-ce que l’Occident (PUF).
(13) Oswald Spengler (1918-1922), Le Déclin de l’Occident.
(14) Le 5 juillet 2026, Yazid Arifi s’est exprimé à l’occasion d’une réunion publique LFI : Yazid Arifi : « Désoccidentaliser la France, notre priorité politique »
(15) L’ensemble des lauréats sont listés, par discipline, sur le site : The official website of the Nobel Prize – NobelPrize.org
(16) Entre 1936 (création de la distinction) et 2022 (dernière édition), 64 mathématiciens ont été récompensés : 48 occidentaux (dont certains binationaux) et 15 non-occidentaux (3 Japonais (1954, 1970, 1990), 3 Soviétiques (1970, 1978, 1990), 1 Chinois (1982), 5 Russes (1994, 2002, 2006, 2010), 1 Sud-Africain (1998), 1 Iranienne (1994), 1 Israélien (2010) et 1 Ukrainienne (2022).
(17) Une étude australienne de 2023 souligne la montée en puissance technologique vertigineuse de la Chine : ASPI’s Critical Technology Tracker – ASPI
(18) Ce rapport, rédigé par le travailliste William Beveridge, est fondateur de l’idéal de l’État-providence.
(19) Le gauchisme, maladie adolescente (3/4) : les errements de l’agribashing
(20) Lorsqu’apparaît la distinction gauche/droite au début de la Révolution française, les députés de gauche ont initié une politique clairement anticléricale (nationalisation des biens du clergé, suppression de la dîme, constitution civile du clergé), voire de déchristianisation (suppression des ordres religieux, persécutions à grande échelle pendant la Terreur). Cette tendance est confirmée sous la IIIe République (lois scolaires de Jules Ferry, laïcisation de l’État et de la société). Le discours de la gauche et surtout de l’extrême gauche est aujourd’hui encore marqué par cet anticléricalisme historique.

 

 

5) Ma tribune contre la gauche et l’extrême gauche. 

Le fascisme, ce doudou précieux de la gauche et de l’extrême gauche 

Arrêtez de brandir le fascisme de l’extrême droite comme un étendard défraîchi. Vous en avez besoin. Sans cet épouvantail, que vous resterait-il à combattre ? Un bilan ? Un projet ? Le pays réel ? Non. Il vous faut un monstre. Un totem. Un ennemi assez flou pour justifier les tribunes, les grèves, les boycotts et cette petite terreur morale qui tient lieu de politique. 

Vous aimeriez que l’extrême droite existe vraiment, dans toute « sa splendeur » de manuel. 

Cela vous donnerait enfin un adversaire à la hauteur de votre lyrisme. Le problème, c’est que trop de gens ont compris aujourd’hui que cet extrême droite brandi du matin au soir n’est plus, pour l’essentiel, qu’un fantasme d’une nomenklatura en panne d’arguments. 300 personnalités pour faire taire un éditorialiste le dimanche matin sur France Inter. 

« C’est révoltant. » Non. Ce qui est révoltant, c’est de prendre le service public pour un pré carré. 

Ce qui est révoltant, c’est d’appeler pluralisme le droit d’entendre toujours les mêmes, et censure le fait d’en entendre un autre. Ce qui est révoltant, c’est cette gauche et cette extrême gauche qui ont transformé le débat en tribunal. Charles Sapin n’est pas le sujet. 

Le sujet, c’est le réflexe. 

Une parole qui ne sert pas la cause doit disparaître. Mauvais journal, mauvais propriétaire, mauvais symbole, donc illégitime. On ne réfute plus, on disqualifie, on signe et on brandit « les valeurs du service public » comme un titre de propriété. Cette banalisation-là ne vient pas de la droite. Elle vient de chez vous. Des rédactions, des syndicats, des universités, des milieux culturels. Le boycott comme geste vertueux. La liste de signatures comme jugement dernier. Le mot « extrême droite » comme substitut à la pensée. 

Quand tout est fascisme, plus rien ne se discute. 

C’est pratique. Surtout quand on n’a plus grand-chose à dire sur l’école, la sécurité, l’immigration, la dette, l’autorité, le travail. L’extrême gauche assume le rapport de force. La gauche culturelle fait semblant : elle parle République, humanisme, cohésion, pour mieux expliquer que certaines voix sont « incompatibles ». Incompatibles avec quoi ? Avec leurs réseaux, leurs certitudes, leur monopole moral. Ils ont les prix, les plateaux, les tribunes, les nominations. Ils ont Annie Ernaux, Lilian Thuram et trois cents autres pour décider où s’arrête le débat. Ils ont même le culot d’invoquer la démocratie pendant qu’ils réclament le silence. Le plus comique, c’est le décalage. Ils parlent de « choc » quand un journaliste conservateur occupe trois minutes d’antenne. Le pays, lui, ne vit pas dans leur salon. Il compte les non-dits, les tensions, les classes qui se vident, ce qu’il n’a plus le droit de nommer sans se faire coller une étiquette. 

Cette gauche-là ne voit plus la France. Elle ne voit que son miroir. 

On a déjà entendu ça. Certaines idées trop dangereuses pour être débattues. Certaines bouches à fermer « pour le Bien ». Le pluralisme, oui, mais jusqu’à nous. Les heures les plus sombres ne commencent pas seulement par des bottes. Elles commencent par des listes, des anathèmes et cette phrase si commode : « ce n’est pas compatible avec nos valeurs. » 

 Ma tribune est sans appel, contre cette gauche moralisatrice, contre cette extrême gauche sectaire, contre le duo qui a remplacé la politique par la police du langage. 

Le danger n’est pas encore tout à fait mesurable. Il le sera. Il l’est déjà chaque fois qu’une société s’habitue à l’idée qu’une parole n’a pas le droit d’exister. 

Vous avez besoin d’un fascisme. Nous, nous avons besoin qu’on arrête de nous prendre pour des idiots. Et que l’on cesse enfin de confondre le pluralisme avec une faveur accordée uniquement à ceux qui pensent comme vous.​​​​​​​​​​​​​​​​​​​​​​​​​​​​​​​​​​​​​​​​​​​​​​​​​​ 

Guillaume Herblot

août 07, 2026

Que de l'émotion, pas de raison; Écologisme est devenu l’ennemi de l’écologie

La forêt française est en flammes, le sage montre du doigt l’idéologie verte, mais le fou regarde le capitalisme. Et pourtant combien de ces ONG écologistes pourraient être tenues indirectement responsables de la situation? Mon analyse dans le @FigaroVox
Jean-Paul Oury
 

«Feux de forêts, l’occasion de s’intéresser au pouvoir sans limite des ONG ?»

Alors que la France est encore en proie aux flammes, le consultant et essayiste pointe la part de responsabilité des ONG environnementales dans cette situation. Pour lui, elles servent davantage à imposer des idéologies qu’à combattre les vrais problèmes climatiques.
 
«Ces associations sont en contradiction avec les forestiers qui défendent les pratiques rurales traditionnelles et soutiennent que ces méthodes permettraient d’éviter les feux de forêt» nmann77 / ADOBE STOCK
 

La forêt française est en flammes, le sage montre du doigt l’idéologie verte, mais le fou regarde le capitalisme. Et pourtant combien de ces ONG écologistes pourraient être tenues indirectement responsables de la situation ? Notamment celles qui militent pour la libre évolution des forêts et sont favorables à des mesures telles que l’absence de coupe de bois, l’interdiction de pâturage, de ramassage de bois mort, d’entretien des sous-bois et contre toute intervention extractive ou intrusive. Toutes des causes d’accumulation de «combustibles» qui provoquent l’enfer que subissent nos forêts. L’ONG ASPAS (Association pour la Protection des Animaux Sauvages), par exemple, veut créer des «Réserves de Vie Sauvage» où la nature est laissée en libre évolution stricte. Elle promeut publiquement le retrait de l’homme : pas de sylviculture, pas de pastoralisme, pas de prélèvement de bois mort, pas d’entretien actif. Selon les thèses de ses membres des forêts en libre évolution résistent mieux aux incendies. Enfin elle s’est associée à Canopée et la LPO (Ligue pour la protection des oiseaux) pour mener des actions en justice contre certains aspects des obligations légales de débroussaillement lorsqu'ils entrent en conflit avec la protection d’espèces. D’autres ONG tiennent des positions similaires : le réseau FRENE (Forêts en Évolution Naturelle), soutenu notamment par France Nature Environnement (FNE) ; l’Association Francis Hallé pour la forêt primaire (vision de grandes forêts sans intervention humaine) ; et certains collectifs locaux, types SOS Forêt ou Canopée (plus focalisés sur l’opposition aux coupes rases et à la sylviculture intensive qu’à l’abandon total de toute gestion).

Bien évidemment, ces associations sont en contradiction avec les forestiers qui défendent les pratiques rurales traditionnelles (pâturage, exploitation du bois de chauffage, entretien des sous-bois) et elles soutiennent que ces méthodes permettraient d’éviter les feux de forêt. Et bien souvent ce sont elles qui sont appliquées, la parole des associations environnementales semblant prioritaire. Un quiproquo qui nous invite à nous interroger sur ces instruments de pouvoir que sont les ONG.

Ces ONG environnementales influencent les lois, organisent des campagnes de pression, mais échappent largement aux mécanismes de contrôle qui s’imposent aux entreprises ou même aux administrations.

Jean-Paul Oury

 


 

Le cas de Canopée est édifiant. Cette association, qui se présente comme le chevalier blanc des forêts vivantes, a fait l’objet d’une enquête de Erwan Seznec révélant qu’elle avait acquis une douzaine de balises GPS entre 2020 et 2024. Plusieurs de ces boîtiers ont été retrouvés fixés sur des engins de chantier forestiers, notamment en Limousin. L’objectif était clairement de suivre les déplacements de machines utilisées par des professionnels exerçant une activité légale. Autrement dit, des mouchards posés pour espionner et contrôler de simples quidams qui font leur boulot. L’association se dit indépendante, financée uniquement par des dons de particuliers et de fondations privées telles que la fondation Charles Léopold Meyer, la fondation Léa Nature, ou encore la fondation Nature et Découvertes. Elle refuse les subventions publiques et l’argent des entreprises. Mais lorsqu’une organisation se met à tracker des citoyens dans l’exercice de leur métier, la question de qui la contrôle et de qui la finance devient incontournable. L’enquête judiciaire ouverte après la découverte de l’une de ces balises a été classée sans suite, faute de lien établi avec des dégradations. Les faits n’en demeurent pas moins troublants.

Ce n’est pas un cas isolé. L214, figure de proue de la cause animale, a bâti sa notoriété sur des infiltrations dans des abattoirs et des élevages, caméras cachées à l’appui. Les images sont ensuite diffusées massivement, souvent sans distinction fine entre pratiques illégales et fonctionnement normal d’une filière strictement réglementée. Résultat : des professionnels mis au pilori, des entreprises fragilisées, des filières entières stigmatisées, parfois jusqu’à la fermeture. Les méthodes d’investigation de L214 relèvent d’une stratégie de confrontation permanente. Quant aux Soulèvements de la Terre, leur combat contre les «mégabassines» – ces réserves d’eau destinées à sécuriser l’irrigation agricole – prend des formes toujours plus radicales. Occupations de chantiers, destructions de matériel, confrontations violentes avec les forces de l’ordre, notamment à Sainte-Soline. Le sabotage y est revendiqué comme méthode légitime de «désarmement» d’infrastructures jugées nuisibles. Des agriculteurs, des élus locaux et des habitants se retrouvent ainsi pris pour cible au nom d’une idéologie qui se place au-dessus des lois et du débat démocratique ordinaire.

Dans de Gaia à l’IA (VA Éditions, décembre 2024), je montre comment les ONG piétinent le principe de subsidiarité. Ce principe fondamental veut que les problèmes soient traités au niveau le plus proche des citoyens : l’individu, la famille, la commune, l’État, et seulement en dernier ressort l’échelon européen ou international. Or, les grandes ONG écologistes ont inversé cette logique. Elles imaginent des normes souvent utopiques, les injectent dans les agences de l’ONU, les font adopter par l’Union européenne, puis les imposent aux États via un lobbying intense, des contentieux stratégiques et une pression médiatique redoutable. Les gouvernements deviennent les otages d’un processus qu’ils ne maîtrisent plus. Les élus, censés représenter le peuple, se retrouvent à appliquer des agendas qu’ils n’ont pas choisis et sur lesquels les citoyens n’ont jamais été consultés.

Plus troublant encore : ces organisations agissent parfois comme des relais d’intérêts qui dépassent largement la simple défense de l’environnement. Elles disposent d’un accès privilégié aux institutions internationales (plus de 4 000 ONG ont un statut consultatif auprès du Conseil économique et social de l’ONU), d’une capacité médiatique considérable et d’une influence réelle sur les textes législatifs. Elles se présentent comme la «société civile», alors qu’elles en sont devenues un substitut irresponsable, sans mandat électoral et sans obligation de résultat. Le citoyen, lui, subit les conséquences dans son quotidien – sur le prix de l’énergie, sur l’agriculture, sur l’industrie, sur l’emploi, et comme on l’a vu la mauvaise gestion de la forêt – sans avoir jamais été consulté. Comme le souligne l’ancien haut fonctionnaire européen Samuele Furfari, les gouvernements de l’UE sont devenus les otages de ces organisations, coincés de toutes parts et privés de liberté.

Dans une société ouverte, telle que la concevait Karl Popper, tout pouvoir doit rendre des comptes. Or les ONG environnementales imposent leurs idéologies en recourant à tous les instruments de pouvoirs possibles – judiciaire, médiatique, normatif – sans véritable contre-pouvoir. Elles engagent des contentieux contre l’État, influencent les lois, organisent des campagnes de pression, mais échappent largement aux mécanismes de contrôle qui s’imposent aux entreprises, aux partis politiques ou même aux administrations. Comme le rappelle Yves d’Amécourt, une démocratie vivante a besoin de corps intermédiaires. Mais un principe doit accompagner toute montée en puissance : la transparence.

Il est temps d’exiger la transparence des financements (origine exacte des fonds, part des dons défiscalisés, frais de collecte, budgets réellement consacrés au lobbying et aux contentieux) ; il faut scruter la légalité des méthodes : jusqu’où peut-on aller dans le tracking, l’infiltration ou le sabotage sans tomber dans l’illégalité ? Il faut davantage d’informations sur les réseaux d’influence et les éventuels conflits d’intérêts. Des enquêtes récentes, notamment sur Greenpeace, ont déjà levé une partie du voile sur les frais de collecte élevés, l’usage de dons défiscalisés.

La liberté d’association demeure un pilier de la démocratie mais nul ne peut s’arroger le droit de contrôler la vie des autres sans lui-même être contrôlé. La démocratie ne tolère pas les pouvoirs sans contre-pouvoirs.

Jean-Paul Oury 


 

Jean-Paul Oury est docteur en histoire des sciences et technologies, consultant et essayiste. Dernier ouvrage paru : « De Gaïa à l’IA » (VA Éditions, 2024).

https://www.lefigaro.fr/vox/societe/jean-paul-oury-feux-de-forets-l-occasion-de-s-interesser-au-pouvoir-sans-limite-des-ong-20260806

 

 

 

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Jean-Paul Oury

Jean-Paul Oury, né à Verdun en 1971, est un essayiste français.


Biographie

Il étudie à la faculté des lettres de Nancy puis suit un DEA en histoire des sciences, obtenu en 1996 à l'université de Strasbourg I. Il est également titulaire d'un doctorat en histoire des sciences et technologies obtenu à Paris Jussieu.

C'est un observateur critique du mouvement écologiste contemporain et de ses contradictions. Dans une tribune dans Le Figaro en octobre 2022, il se réjouit ainsi du ralliement, tardif, de Greta Thunberg au nucléaire comme réponse au réchauffement climatique[1]. Pour cet historien des sciences, le rôle majeur que peut avoir la science sur les sujets contemporains est injustement minoré, au profit de discours politiques.

Il a été engagé en politique, comme candidat d’Alternative Libérale aux élections législatives 2007 dans la 2e circonscription de Meurthe et Moselle.

Il est aujourd'hui directeur de publication du site Europeanscientist.com et consultant. 


Citations

  • « [Nous vivons le] sacrifice de la science prométhéenne sur l'autel de l'écologisme: le second a eu la peau de la première en rendant tabou la possibilité de modifier le vivant, de fissionner l'atome, de diffuser des ondes et de synthétiser des molécules. »[1]
  • « La science et la technologie n'ont plus pour finalité de libérer l'humanité des déterminismes que lui impose la nature ; elles sont désormais au service des politiques qui s'appuient sur elles pour créer de nouvelles contraintes. »[1]

Notes et références

 
Publications

Liens externes

 
La photographie jointe est de 2011, elle illustre les « brûlages dirigés » organisés au Camp du Poteau (terrain militaire à cheval Landes/Gironde), où j’étais chargé de mission Natura 2000 et avais pour mission dans ce cas d’expertiser la technique et d’évaluer son intérêt écologique et stratégique. Le pompiers (militaires et SDIS) pratiquaient dans ce cadre leur formation aux feux tactiques

Incendies de forêt : au-delà du débat climatique, les enseignements de Fontainebleau et de l’Aquitaine

Cet article a initialement été rédigé à l’issue des feux de Fontainebleau. Puis sont survenus les incendies en Gironde, et dans les Landes. Passer outre ces feux « hors normes » eut été un manquement à l’objectivité de la problématique.

Un incendie est un phénomène multifactoriel. Chercher une cause unique, quelle qu’elle soit, conduit presque toujours à une mauvaise compréhension du phénomène.

L’objectif de cet article n’est pas d’alimenter une polémique. Il est de rappeler qu’un incendie majeur résulte toujours d’une combinaison de facteurs et que réduire son explication au seul réchauffement climatique conduit à négliger d’autres causes sur lesquelles il est possible d’agir.

1. Fontainebleau 

L’incendie qui a frappé la forêt de Fontainebleau en juillet 2026 a immédiatement été présenté comme une illustration du réchauffement climatique. La sécheresse exceptionnelle et les températures élevées ont effectivement favorisé la propagation du feu. Mais réduire l’explication à ce seul facteur revient à ignorer plusieurs siècles d’histoire forestière.

Les archives montrent que Fontainebleau a connu de grands incendies bien avant l’époque actuelle.
L’ONF (Office national des forêts) rappelle que le massif enregistre chaque année plusieurs dizaines de départs de feu, essentiellement liés à l’activité humaine (feux de bivouac, imprudences, etc.). L’établissement met en œuvre des moyens spécifiques, tels des drones, afin de pouvoir détecter au plus vite les points de chaleur anormaux, et suivre également les feux en temps réel.
Des incendies importants sont documentés, sans atteindre toutefois les superficies brûlées en 2026.
L’existence de ces événements historiques montre que le massif était déjà vulnérable aux grands feux alors que la question climatique actuelle n’était pas encore écrite.

Une forêt naturellement inflammable

Fontainebleau possède plusieurs caractéristiques qui favorisent les incendies :

Des sols sableux très filtrants,
Des chaos rocheux qui compliquent l’intervention,
Une fréquentation parmi les plus fortes au niveau des forêts françaises,
Une végétation adaptée aux sols relativement pauvres et acides.

La forêt est largement dominée par le pin sylvestre sur les secteurs sableux. Les résineux contiennent davantage de résines et de composés volatils qui favorisent la combustion. Les aiguilles forment également un tapis sec particulièrement inflammable, ceci en complément d’un sous-bois lui aussi fortement combustible. À l’inverse, les feuillus, et notamment les hêtraies, sont généralement moins sensibles au feu en raison d’une humidité plus élevée, d’un couvert plus fermé, et d’une inflammabilité moindre.
Cette différence entre essences est connue depuis longtemps en écologie forestière et ne dépend pas du réchauffement climatique.

2. Un contexte de forte fréquentation anthropique

Le climat ne crée pas le feu ! Les départs de feu sont presque toujours d’origine humaine.

Ce sont les conditions météorologiques qui induisent éventuellement des conditions favorables à sa propagation. Mais n’oublions pas que la foudre constitue un facteur naturel majeur de départs d’incendies.

Les départs de feu proviennent très majoritairement :
D’imprudences humaines,
De feux de camp,
De travaux (forestiers ou non),
D’actes volontaires ; Il est fréquemment avancé par les professionnels de la lutte contre les incendies que les actes malveillants représentent une part importante des départs de feu, même si leur quantification est difficile lorsque l’origine demeure indéterminée.
Par ailleurs, des départs de feux sont souvent observés à proximité du réseau routier, mais aussi des voies ferrées, des lignes électriques…

L’ONF indique que la très forte fréquentation du massif (plusieurs millions de visiteurs chaque année) explique une grande partie des départs de feu. La prise de conscience du fait que tout feu est proscrit en forêt en période sèche ne semble pas être intégrée par la population, d’autant plus que la notion d’apport de feu s’applique également aux fumeurs !

3. L’exemple de la forêt landaise et des forêts du Sud

Nous aborderons plus loin les incendies de 2026, et posons ici une présentation générale de la problématique.
La forêt landaise a beaucoup brûlé par le passé, et encore récemment des incendies majeurs se sont produits, ceux de 2022 en Gironde en sont l’illustration. De même, le Sud est régulièrement soumis à des feux, parmi lesquels bon nombre d’origine criminelle. Là encore, le réchauffement climatique est mis en avant, comme ce fut le cas en 2017 ou bien en 2020 en Australie, sans parler des incendies de Los Angeles de 2025, dont la similarité avec ceux d’Aquitaine en 2026 concerne hélas la destruction de zones urbanisées (billet n° 34 sur mon site, les autres articles s’y trouvent également). Les contextes sont certes différents, mais les causes réelles restent les mêmes et pas uniquement recentrées autour du réchauffement atmosphérique.

Pour toutes ces situations, on va retrouver des points communs ayant conduit aux désastres constatés :
– une situation météorologique conduisant à une sécheresse,
– des vents forts,
– un manque de prévention,
– des contradictions dans les moyens et les conduites des luttes contre les feux.

En revenant sur l’exemple de la forêt landaise, où l’on a tout comme à Fontainebleau une essence puissamment combustible (le pin maritime vs le pin sylvestre à Fontainebleau) et des sols sableux. Sur le littoral landais, la fréquentation humaine est également importante durant la saison touristique. Mais, tout comme je l’avais déjà relevé dans les articles cités supra, la prévention n’est peut-être pas toujours suffisante, et des pare-feu et voies d’accès (pistes DFCI) n’offrent pas toujours un maillage suffisant. L’accessibilité, la possibilité d’attaquer le feu en sécurité pour les feux tactiques (« contre-feux ») et un accès à l’eau à proximité, sont des critères qui peuvent faire la différence dans la maîtrise des feux.

On notera que sur la côte landaise, la question de la densité des coupures de combustible et des pistes DFCI mérite d’être posée. Les réflexions seraient à mener au cas par cas, afin d’apprécier si leur maillage permettrait de répondre à des incendies de grande ampleur.

4. Mais qu’entend-on par prévention ?

La prévention concerne l’aménagement de la forêt mené en vue de sécuriser au maximum les peuplements au regard du feu. Ceci implique bien souvent la coupe de bois afin d’ouvrir les voies d’accès, les pare-feu, etc. Aujourd’hui, le forestier est souvent confronté à une certaine contestation de ces coupes rases des bois à des fins de sécurisation, par des pressions sociales, comme ce fut le cas à La Teste.

Elle repose par conséquent sur plusieurs éléments indissociables :

Les pistes d’accès (pistes DFCI et autres),

Les pare-feu, aux dimensions variables et au maillage établi selon les caractéristiques de la forêt. On peut également évoquer les types de pare-feu, qui peuvent être à sable blanc (végétation extraite), avec de la végétation basse contrôlée (fauche). Une coupure de combustible peut intégrer ces critères, ou bien être constituée d’arbres moins combustibles (feuillus)

Les zones débroussaillées, notamment en bordure des routes, des zones urbaines, des sentiers,

Les réserves d’eau : forages, bornes incendies, mares, lacs, etc. Ce point est important car les pompiers ont souvent recours aux agriculteurs pour éviter les ruptures d’approvisionnement, comme ce fut le cas à La Teste (et sur bien d’autres feux).

La surveillance : de nombreux moyens existent actuellement, et la détection des feux repose également sur la mise en œuvre d’une technologie élaborée : drones, postes d’observation avec ou non des systèmes de détection automatique, suivi des foudroiements en temps réel, etc.

Un dernier élément s’applique à la prévention : la communication et la sensibilisation. Face à une population de plus en plus éloignée du milieu rural ou forestier, il est nécessaire d’informer le public pour lui faire prendre conscience des dangers inhérents à des comportements qui peuvent conduire à des incendies. Et de rappeler que la réglementation existe, et qu’en matière d’incendie, elle peut être sévère. Pour exemple, un incendie allumé volontairement peut être considéré au regard de la Loi comme criminel.

Si j’ai évoqué plus précisément la forêt landaise, c’est qu’en réalité, les incendies de 2022 en Gironde, ont amené notamment l’ONF à étendre les formations DFCI aux forêts plus nordiques, et en particulier à celle de Fontainebleau, car jusque-là, le massif n’était pas considéré comme prioritaire face au risque incendie.

5. Et le climat dans tout cela ?

Le réchauffement de l’atmosphère, qui est dûment constaté, contribue bien sûr à augmenter la combustibilité potentielle. Le risque incendie dépend avant tout des conditions météorologiques des semaines précédentes (pluie, humidité, vent, température). La variabilité climatique naturelle est probablement en mesure de modifier la fréquence de certaines situations météorologiques, mais ce sont des situations météorologiques concrètes qui conditionnent directement le comportement d’un feu, à l’instar des « blocages anticycloniques » susceptibles d’engendrer des sècheresses et canicules.

Par conséquent, attribuer un incendie particulier au seul changement climatique serait simplificateur.

6. Quels sont les facteurs intervenant dans un feu ?

– La météorologie, et surtout les périodes de sécheresse, de vent, et d’orages (foudre),
– À ce niveau le vent joue un rôle majeur, il accélère la progression des fronts de flamme, peut contrarier la lutte aérienne,
– L’humidité des sols et de la végétation : c’est là encore l’absence de précipitations (facteur météo) qui va conduire à cet assèchement. On peut également rajouter qu’un excès de drainage des sols (fossés notamment) conduit à une moindre disponibilité des réserves en eaux souterraines durant les périodes sèches,
– La nature des essences : les résineux sont plus combustibles que les feuillus. Le caractère monospécifique de peuplements résineux accroît la sensibilité au feu des peuplements. Par ailleurs, certaines essences feuillues, comme les eucalyptus, présentent un potentiel de combustibilité très fort.
– La topographie : l’accessibilité et la stratégie de lutte sont différentes s’il existe du relief,
– L’origine du départ de feu : s’il s’agit de pyromanes, il faut toujours s’attendre à ce qu’ils interviennent à plusieurs endroits, ce qui déstabilise la lutte active,
– La rapidité de détection : un feu détecté précocement, associé à une intervention rapide sera facilement maîtrisable ; une détection/intervention plus tardive demandera beaucoup plus de moyens, surtout s’il y a du vent,
– L’accessibilité du terrain : ceci rejoint la prévention : pour lutter contre le feu, les pompiers doivent pouvoir accéder facilement, et en sécurité (possibilité de repli en cas de changement de vent par exemple),
– Les moyens de lutte : on rejoint ici la discussion sur l’insuffisance des moyens ou plus exactement sur la disponibilité des moyens en temps réel (réactivité) en cas de feu majeur. Cela concerne en particulier les moyens aériens.

C’est la combinaison de ces facteurs qui détermine l’ampleur finale d’un incendie.

7. Aquitaine 2026 : la stratégie de prévention était-elle opérationnelle ?

Dans des articles précédents, j’avais attiré l’attention sur le risque de survenue d’un feu majeur en Aquitaine, notamment à proximité du littoral et des zones urbanisées, arguant que les moyens de prévention me semblaient insuffisants. Les feux de juillet viennent hélas corroborer mon analyse.

Je vais rappeler ici les insuffisances suspectées ayant conduit au désastre, et au décès de pompiers dans l’exercice de leur indispensable et dangereuse fonction.

A-t-on tiré les enseignements des incendies de 2022 en Gironde ? Non. Au regard de ce que j’ai écrit plus haut, voici une analyse technique des mesures qui seraient à engager.

Voies de circulation : elles devraient être encadrées par des pare-feu (au moins 20 m de part et d’autre), puis d’une gestion différenciée des peuplements sur une cinquantaine de mètres afin de réduire la combustibilité (débroussaillements, priorisation des feuillus, réduction de la densité des pins, etc.). À noter que dans le cas des incendies de Biscarrosse (2026) et de La Teste (2022), initiés par un fourgon ayant pris feu, cette mesure aurait probablement limité l’extension prise par les incendies.

Pare-feu, coupures de combustible : un maillage plus important de pare-feu significatifs au sein des parcelles de pins, associé aux pistes DFCI, constituerait une zone d’appui pour les pompiers, qui pourraient ainsi plus aisément guider ou contrer le feu, en limitant les sautes de feu. Cela permet aussi aux moyens aériens d’optimiser l’effet des largages d’eau ou de retardant, en particulier dans le cas de feux de cimes. Il s’agit également de dispositifs indispensables pour la mise en œuvre des feux tactiques, sachant que pour les engager, il est important que les pompiers puissent se retirer en sécurité en cas de changement de vent.
Ces mesures de coupes de bois (coupes rases) sont de plus en plus contestées par des mouvements ou associations, comme on a pu le voir à La Teste, la coupe d’arbres étant par certains décriée comme « écocide » (voir article supra).

L’accès à l’eau : des mesures ont été engagées, mais restent insuffisantes, l’objectif étant ici de réduire la distance pour faire rapidement le plein d’eau des camions de pompiers. Ici encore, les agriculteurs travaillent toujours de concert avec les pompiers, apportant leurs tonnes à eau pour arroser les zones critiques. Ce point mérite d’être souligné, à l’heure où les agriculteurs sont pointés du doigt par la réglementation et par des idéologies.

Les moyens : les incendies de l’été 2026 ont, une nouvelle fois, mis en évidence les limites des moyens nationaux de lutte. Plusieurs avions bombardiers d’eau étaient indisponibles pour maintenance ou réparation, tandis que le recours aux capacités européennes s’est révélé difficile en raison de la simultanéité des incendies dans plusieurs pays. Cette situation relance inévitablement la question du dimensionnement de la flotte aérienne française et de sa capacité à faire face à des crises de grande ampleur.
Au-delà des seuls moyens aériens, ces événements interrogent les priorités de l’action publique. La France consacre aujourd’hui des ressources considérables à la transition énergétique et à la réduction des émissions de gaz à effet de serre (la « lutte pour le climat »). Ces politiques sont inscrites dans une stratégie de long terme, alors même que la France représente environ 1 % des émissions mondiales de CO₂ et que la croissance des émissions demeurera durablement pendant des décennies, et sera principalement portée par les grands pays émergents.
À l’inverse, les investissements consacrés à la prévention et à la lutte contre les incendies apparaissent souvent insuffisants au regard des enjeux. Pourtant, leurs bénéfices sont immédiats, tangibles et directement mesurables : des vies sauvées, des habitations protégées, des forêts préservées et des dépenses de reconstruction considérablement réduites.
Cette interrogation renvoie plus largement au débat entre atténuation et adaptation. La politique actuelle en France donne la priorité à l’atténuation (réduction des émissions) en y affectant des budgets conséquents. Certains scientifiques, parmi lesquels Steven Koonin, ancien conseiller scientifique de l’administration Obama, estiment que les politiques d’adaptation aux risques naturels mériteraient une place plus importante dans les politiques publiques, considérant qu’elles peuvent produire des bénéfices concrets à un coût souvent inférieur à celui des politiques de réduction des émissions. Sans trancher ce débat, les incendies récents montrent qu’un renforcement significatif des moyens de prévention et de lutte constitue une nécessité difficilement contestable.
Cette réflexion concerne également certaines réglementations applicables aux matériels de secours. Les véhicules d’incendie restent soumis aux dispositifs de fiscalité énergétique applicables aux carburants, alors même que leur usage relève exclusivement d’une mission de sécurité civile. De même, les motorisations répondant aux dernières normes environnementales, notamment celles utilisant un système de dépollution par AdBlue, ont parfois suscité des difficultés de disponibilité ou de maintenance signalées par plusieurs services d’incendie et de secours. Il serait légitime de s’interroger sur l’opportunité d’adapter ces contraintes techniques aux exigences de disponibilité permanente des moyens opérationnels.

La gestion de l’hydraulique : l’habitude est prise, notamment en zone humide, ou en bordure de routes et pistes, d’ouvrir des fossés pour évacuer l’eau. L’expérience montre que ces fossés conduisent à un affaissement de la nappe phréatique, et nuisent à la disponibilité en eau de la végétation en période sèche. Enfin, ces fossés sont infranchissables par les engins de secours, et ont même conduit à la perte de matériel. Il existe néanmoins une solution ayant l’avantage de ne pas affecter la nappe plio-quaternaire présente dans les Landes et en Gironde, et de permettre le franchissement sans risque par les camions : les cunettes. Fossés de 40 cm de profondeur et de 4 m en gueule (largeur), les cunettes sont moins onéreuses tant en création qu’en entretien, et offrent des avantages écologiques en se rapprochant du ruissellement naturel, mais aussi économiques puisqu’elles évitent le recours aux busages (ou ponts) pour leur franchissement.

La politique et l’économie: chaque kilomètre de piste DFCI créé ou entretenu, chaque hectare de coupure de combustible aménagé représente un investissement relativement modeste au regard du coût humain, écologique et économique des grands incendies. Quelques dizaines de milliers d’hectares détruits, des habitations perdues, des activités économiques durablement affectées et le déploiement de moyens terrestres et aériens exceptionnels engendrent des dépenses sans commune mesure avec celles qu’exigerait une politique ambitieuse de prévention. Un « plan Marshall » de la forêt en quelque sorte !Aujourd’hui, un arrêté préfectoral impose aux propriétaires d’habitations situées en lisière de forêt de débroussailler à leur frais sur une profondeur de 50 mètres autour de leur maison, ainsi que le long des voies d’accès. Dans les faits, cette obligation reste imparfaitement appliquée, en raison de son coût, de sa complexité et de son caractère souvent mal accepté. Par ailleurs, plusieurs incendies récents ont montré que cette largeur réglementaire peut s’avérer insuffisante lorsque les conditions météorologiques sont extrêmes.
Ce dispositif présente également une limite structurelle : il fait reposer une mission de protection collective sur une multitude de propriétaires privés dont les intérêts, les moyens financiers ou les capacités d’action sont très variables. Cette fragmentation rend difficile la constitution d’une véritable ceinture de protection continue autour des zones habitées.
Une réflexion de fond paraît aujourd’hui nécessaire. La prévention des incendies constitue une mission d’intérêt général relevant de la sécurité civile. À ce titre, la création et l’entretien de véritables pare-feu périphériques autour des secteurs urbanisés pourraient être planifiés, financés et coordonnés par l’État et les collectivités territoriales, en concertation avec les propriétaires concernés. Une telle approche permettrait d’assurer une continuité des ouvrages de protection qu’il est difficile d’obtenir par la seule juxtaposition d’obligations individuelles.
Pour les propriétaires forestiers dont une partie des peuplements serait durablement affectée à ces infrastructures de défense contre l’incendie, il serait judicieux d’étudier des mécanismes de compensation. Ceux-ci pourraient prendre la forme d’allègements fiscaux ou d’autres dispositifs tenant compte de la perte de valeur économique des surfaces transformées en pare-feu.
Enfin, les incendies récents ont mis en évidence une problématique nouvelle liée au développement des centrales photovoltaïques implantées sur d’anciennes parcelles forestières. Lorsqu’un incendie menace ces installations, les services de secours peuvent être conduits à adapter leur stratégie afin d’éviter leur destruction, ce qui mobilise des moyens supplémentaires dans un contexte déjà très contraint. Au-delà de cet aspect opérationnel, il convient de s’interroger sur les effets à long terme de la conversion de certaines surfaces forestières en centrales solaires [1]. Si les incitations économiques conduisaient progressivement à réduire les espaces boisés, cette évolution pourrait modifier l’organisation de la forêt et, localement, les conditions de gestion du risque incendie. La destruction éventuelle de panneaux photovoltaïques soulève également la question des pollutions susceptibles d’être générées.
En revanche, les affirmations selon lesquelles certains incendies seraient volontairement provoqués afin de favoriser l’urbanisation ou l’implantation de centrales photovoltaïques ne reposent, à ce jour, sur aucun élément établi. Seules les enquêtes judiciaires en cours permettront, le cas échéant, de confronter ces affirmations à la réalité, en déterminant les causes exactes des départs de feu.
 
8. En conclusion

 L’incendie de Fontainebleau, et ceux d’Aquitaine et du Sud, ne peuvent être expliqués par une cause unique. Comme tous les grands feux de forêt, ils résultent de la convergence de plusieurs facteurs : un départ de feu, des conditions météorologiques favorables à leur propagation, la nature des peuplements forestiers, la topographie, la rapidité de la détection, les moyens d’intervention et, en amont, les choix de prévention et d’aménagement du massif.

Le réchauffement atmosphérique constitue vraisemblablement un élément susceptible d’accroître le niveau de risque lors des périodes de sécheresse. Il serait toutefois réducteur d’en faire l’unique explication d’un événement aussi complexe. Une telle approche pourrait conduire à négliger des leviers d’action concrets, tels que la prévention des départs de feu, l’adaptation de la gestion forestière, l’amélioration des infrastructures DFCI ou encore la sensibilisation du public.

La véritable question n’est donc pas de savoir s’il faut opposer le climat aux autres facteurs, mais comment intégrer l’ensemble de ces paramètres dans une politique cohérente de prévention. L’histoire de la forêt de Fontainebleau montre que le risque incendie n’est pas nouveau, et quant aux feux aquitains sa connaissance est bien plus ancienne. En revanche, les moyens de mieux s’y préparer existent. C’est sans doute sur ce terrain, plus que dans la recherche d’une cause unique, que doivent désormais porter les efforts.

Le réchauffement climatique n’allume pas un incendie. Il peut rendre le combustible plus sec. Mais sans combustible disponible, sans source d’ignition et sans conditions favorables de propagation, il n’y a pas de grand incendie. C’est pourquoi la prévention doit agir sur les facteurs que l’homme maîtrise : les causes de départ de feu, la gestion des combustibles et l’organisation de la lutte. Cette stratégie ne peut pas être menée sans le soutien de l’État, garant de la sécurité du territoire, des biens et des personnes.

Granereau Gilles,
Ancien météorologiste, puis chef de projets environnement, aménagements forestiers et tourisme à l’ONF. Spécialisé dans la gestion du littoral (fixation des dunes, gestion de l’érosion marine, etc.), dans les aménagements forestiers à caractère « extensif », dans les aménagements touristiques en milieux sensibles, botaniste. Chargé de mission Natura 2000 pour les dunes d’Arcachon (La Teste) à Tarnos, et pour le grand site militaire du Camp du Poteau (9500 hectares), où j’ai pu travailler entre autres dans la stratégie et la typologie des pare-feu.

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Note

[1] Un fait ignoré et passé sous silence : les fermes solaires situées en zones boisées sont régulièrement responsables de départs de feu. Plusieurs dizaines d’hectares brûlés par exemple fin juillet dans les Landes. De plus, les pompiers ne peuvent intervenir au sein des systèmes photovoltaïques du fait des hautes tensions induites par les panneaux.

Addendum

Pour aller plus loin avec l’auteur : https://www.affaireclimatique.fr

Science, Climat, Energie a déjà abordé le thème des incendies

https://www.science-climat-energie.be/2021/09/10/incendies-de-forets/

https://www.science-climat-energie.be/2021/07/30/sce-info-encore-des-incendies/

 

 


 

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