À
la lumière des Intelligence Studies, il apparaît que le régime iranien
n’est pas sur le point de s’effondrer, malgré ses régulières
contestations internes et la pression extérieure du Mossad israélien.
L’évolution
récente de l’Iran (protestations sociales, contestations politiques et
critiques médiatiques) est fréquemment interprétée comme le signe d’une
fragilisation profonde du système politique. Cette interprétation
dominante des dynamiques iraniennes contemporaines tend à les réduire à
un scénario simplifié : un régime en crise, affaibli par les
contestations populaires et vulnérable aux pressions externes. Cette
lecture s’accompagne de l’attribution implicite d’un rôle prépondérant
aux services occidentaux, à la fois dans la surveillance et dans la
manipulation des mouvements d’opposition. Comme dans une logique
rappelant la conceptualisation américaine des régimes change, renvoyant
aux lectures enthousiastes des révolutions de couleurs et arabes,
l’éventuelle figure exilée de Reza Pahlavise se trouve auréolée d’une
alternative potentielle.

En mobilisant les outils conceptuels et méthodologiques des
Intelligence Studies, il est possible d’analyser cette séquence
différemment. En examinant la logique opérationnelle des services
régionaux, il est aisé d’identifier les contraintes structurelles
internes à l’Iran. Pour cela, il faut déconstruire la lecture médiatique
dominante des événements qui tend à survaloriser la visibilité des
acteurs exilés et des mouvements sociaux fragmentés. Ce faisant, une
analyse structurée du rôle des services de renseignement régionaux
invite à la revisiter à la lumière de stratégies de long terme, moins
spectaculaires mais plus durables.
Biais et limites de la contre-lecture médiatique dominante
La perception d’un régime iranien sur le point de s’effondrer repose
sur trois biais majeurs. D’abord, il y a le risque d’y projeter des
modèles exogènes : les transitions arabes de 2011 offrent souvent une
grille de lecture trop commode, ignorant la spécificité d’un système
politico-religieux centré sur le clergé chiite autonome et son
expérience de la guerre clandestine. De même, la personnalisation propre
aux modes de visibilité médiatique : la mise en avant de figures
exilées, telles que l’héritier impérial Reza Pahlavi, alimente une
perception de centralité qui ne correspond pas au poids réel de cette
émigration sur les réalités du terrain aux dynamiques internes moins
cohérentes. Enfin, cette perception induit une surévaluation de
l’influence occidentale : la lecture dominante confond le rôle
opérationnel effectif des services régionaux avec une intervention
occidentale, occultant la capacité d’acteurs locaux à planifier et
conduire des opérations de long terme. Cette lecture médiatique, bien
que largement relayée, ne rend pas compte de la complexité stratégique
réelle, ni des mécanismes d’attrition déployés par des services
régionaux comme les Saoudiens.
Le General Intelligence Presidency (GIP) constitue l’instrument
central de l’Arabie saoudite pour la collecte de renseignements et la
conduite d’opérations à l’extérieur du Royaume. Fondé en 1957, il se
concentre sur l’action des services de renseignements étrangers en
Arabie saoudite, le contre-espionnage et la surveillance des réseaux
considérés comme hostiles aux intérêts nationaux. Mais l’agence fait
partie intégrante de l’appareil sécurisé rattaché directement à la cour
royale, lui conférant une capacité décisionnelle alignée sur les
objectifs stratégiques du pouvoir politique. Ainsi, le GIP a démontré sa
capacité à combiner opérations de renseignement humain (HUMINT),
financement de relais locaux et coordination régionale, y compris dans
des contextes hostiles comme l’Afghanistan dès la fin des années 1970,
la Bosnie vingt ans plus tard, le Caucase au début des années 2000, et
naturellement l’Irak de Saddam Hussein.
Dans le cas iranien, cette expérience plaide en faveur d’une logique
différenciée. Le GIP privilégie l’attrition et la fragmentation plutôt
que le renversement du régime, scénario hautement incertain et
potentiellement contreproductif. Aussi adopte-t-il une stratégie de soft
power, qui cible la légitimité idéologique du clergé chiite et en
maintient l’opposition dans un ordre dispersé. Cette posture, cohérente
avec la doctrine saoudienne de longue durée, s’inscrit dans un horizon
temporel décennal et non dans un cycle médiatique ou électoral court.
Fragmentation et absence de leadership
L’absence d’un leadership centralisé dans l’opposition iranienne,
souvent interprétée comme un déficit organisationnel, constitue en
réalité un élément structurant de cette stratégie d’attrition. En
maintenant la contestation dispersée et décentralisée, le GIP réduit le
risque de négociation ou de stabilisation du mouvement. Il empêche
l’émergence d’une figure alternative dotée d’une légitimité interne et
religieuse. De fait, il maximise la pression prolongée sur le système,
tout en limitant les risques d’un contrecoup incontrôlable.
La visibilité de Pahlavi dans les médias internationaux illustre ce
phénomène : figure symbolique et médiatique, il reste marginal dans les
dynamiques opérationnelles internes. Surtout, sa personnalité ne suscite
aucun soutien politique occidental, à commencer par Donald Trump, mais
également aucune action clandestine, même de l’ennemi qu’est Israël.
Cela s’explique par une analyse commune des services de renseignement
du régime iranien. Le clergé chiite constitue le cœur du système
politique et idéologique iranien. Il assure la cohésion de l’appareil
sécuritaire, la maîtrise des circuits financiers et la légitimité
transnationale. Cette centralité rend le régime hautement résilient aux
pressions externes ponctuelles et confère aux services iraniens une
capacité d’absorption des contestations sociales internes sans
compromettre la stabilité fondamentale du pouvoir.
Ainsi, toute opération externe visant la déstabilisation directe doit
nécessairement composer avec cette réalité : l’attrition prolongée
s’avère plus efficace et plus sécurisée que le renversement brusque.
D’autant que, contrairement à l’Irak et à l’Afghanistan post-11
Septembre, il n’y a pas de personnalités exilées, même pas Reza Pahlavi,
qui occupent une place centrale dans les récits médiatiques locaux.
Leur visibilité publique et l’attention que leur accordent certains
médias occidentaux ne doivent pas être confondues avec une création de
capacité politique interne. Le remplacement du drapeau national
islamique par celui de l’ancien régime impérial à Londres, hautement
médiatique en Occident, n’aura jamais la même portée en Iran que la
destruction dudit drapeau à Mashhad, ou le déboulonnage de la statue du
général Qassem Soleimani à Qaemiyeh, aux marges du pays. Les figures de
l’étranger ne disposent pas de relais structurés à l’intérieur du pays,
même s’il existe de soutiens dans les périphéries kurdes. Surtout, elles
manquent d’ancrage sociologique ou religieux suffisant pour transformer
leur notoriété en force politique. Leur rôle reste essentiellement
symbolique ou médiatique, pertinent pour la narration du débat public,
mais limité en termes d’impact opérationnel réel. Ainsi, leur importance
dans les médias ne reflète pas nécessairement leur poids stratégique
sur le terrain.
À la lumière des Intelligence Studies, il apparaît que le régime
iranien n’est pas sur le point de s’effondrer, malgré ses régulières
contestations internes et la pression extérieure du Mossad israélien.
Mais, alors que celui-ci ne développe qu’un renseignement d’origine
humaine de guerre, donc mono-agent, ou peu s’en faut, le GIP saoudien
est le seul à réellement opérer contre le régime honni des mollahs.
Toutefois, il a choisi d’opérer selon une logique d’attrition prolongée,
combinant fragmentation, amplification informationnelle et pressions
indirectes, plutôt que d’apparaître comme un catalyseur de renversement
de régime. Cette stratégie illustre la discrétion opérationnelle, la
temporalité longue et la sophistication doctrinale propres aux services
arabes, et met en évidence l’écart entre perception médiatique et
réalité stratégique. L’Iran apparaît ainsi comme un théâtre de
confrontation prolongée, où la stabilité interne demeure protégée par la
centralité du clergé et la résilience institutionnelle. Toute tentative
de soutien extérieur visible, qu’il vienne du GIP ou d’autres (Mossad,
CIA), accélèrerait la répression et la violence, sans amener de
transition politique ; il transformera seulement un régime impopulaire
en régime plus dur, sans créer d’alternative nationale crédible. Un coût
trop cher à acquitter pour un gain finalement limité et
contre-productif. Agissant par narration périphérique, le GIP apparaît
comme le meilleur acteur en Iran. Il impose une asymétrie aux autres
services de renseignement extérieurs au monde arabe, obligés d’agir
contre leur principe de précision, c’est-à-dire qu’ils doivent créer des
réseaux structurés à l’intérieur d’un pays qui n’est pas différent de
l’Union soviétique de la fin des années 1940. En effet, le contrôle
social des services iraniens s’en trouverait renforcé, et avec lui la
résilience du régime. La seule rupture conduirait à une convergence des
minorités iraniennes vers un soutien extérieur discret mais soutenu, et à
un effondrement économique majeur, entraînant le régime à perdre le
contrôle de ses périphéries (Kurdistan, Baloutchistan, Khuzestan).
Autrement dit, se met en place un triangle de rationalité du
renseignement qui explique pourquoi l’Iran tient face à sa population et
résiste aux pressions régionales, tout en démontrant une fragilité en
cas d’opérations occidentales ciblées sur ses infrastructures.
Gérald Arboit
Gérald Arboit est chargé de cours à l’Institut diplomatique de Paris et chercheur associé à l’UMR Sorbonne – Identités, relations internationales et civilisation de l’Europe
(Paris I–IV). Docteur habilité à diriger des recherches en histoire
contemporaine, il a été directeur de recherche au Centre français de
recherche sur le renseignement. Il a également enseigné l’histoire
contemporaine ainsi que les sciences de l’information et de la
communication dans plusieurs universités françaises. Directeur de
collections aux éditions Connaissances et Savoirs à
Saint-Denis, il a par ailleurs exercé comme expert auprès du Conseil de
l’Europe et du ministère des Affaires étrangères. Il est enfin auditeur
de l’Institut des hautes études de défense nationale (IHEDN).
https://nouvellerevuepolitique.fr/gerald-arboit-attrition-controlee-et-perceptions-lecture-renseignement-de-la-destabilisation-iranienne/
Didier Idjadi - La révolution iranienne et le plan américain
Des rapports font état d’un
nombre élevé de morts et de violences sans précédent contre les
manifestants en Iran. Le président de la Fondation pour les martyrs et
les vétérans de la République islamique a confirmé le nombre élevé de
morts lors des récentes manifestations. Bien qu’il ait attribué la
violence aux manifestants et les ait qualifiés de « terroristes », ses
déclarations suggèrent qu’une partie importante des personnes tuées sont
issues de « différents groupes de la population ».
Le ministre de la Justice du régime islamique a déclaré :
« Toute personne qui a été présente dans les rues à partir du 18 Dey (8 janvier) est considérée comme criminelle. »
Les organisations de défense des droits de l’homme ont alerté sur des arrestations massives. De nombreux témoignages font état d’une répression brutale et de véritables scènes de guerre dans la ville de Machhad. Selon plusieurs informations
reçues par le « Comité pour la lutte pour la liberté des prisonniers
politiques », un état de siège non déclaré a été mis en place dans la
ville le 23 janvier 2026. Les forces militaires du régime répriment sévèrement toute forme de manifestations,
ciblant les rassemblements de plus de trois personnes et dispersant les
citoyens par des tirs directs sans avertissement préalable.
Les forces de répression (les gardiens, les bacijis, les milices irakiens chiites en Iran, les milices pakistanais…) font usage d’une violence extrême contre les manifestants.
Des témoins oculaires rapportent que les
forces de sécurité parlent souvent arabe et n’ont aucun lien avec la
population locale, ce qui les incite à recourir à une violence maximale. Des
raids sont organisés contre les domiciles privés pour confisquer les
antennes paraboliques et empêcher l’accès aux actualités libres.
12000 personnes tuées par le régime, voire plus
Depuis le début des grandes vagues de
manifestations en Iran, la question du nombre réel de victimes de la
répression demeure l’un des points les plus sensibles et les plus
difficiles à établir. Entre la censure étatique, les coupures
d’internet, l’absence d’accès pour les médias étrangers et la pression
exercée sur les familles, les bilans varient de manière spectaculaire
selon les sources.
Le régime iranien ne publie pas de
statistiques transparentes et fiables sur les victimes civiles.
Lorsqu’il communique, il minimise les chiffres, requalifiant une partie des morts comme étant des « émeutiers armés », des « terroristes » ou des agents étrangers. Il va de soi que cette stratégie rend toute vérification indépendante extrêmement complexe.
À cela s’ajoute une pratique documentée de confiscation des
corps, de pressions sur les familles, de sépultures discrètes, et
parfois d’inhumations nocturnes sans cérémonie officielle, afin d’éviter
la transformation des funérailles en lieux de protestation.
Selon différentes ONG l’on peut d’ores et déjà documenter plusieurs milliers de morts.
Les organisations
de défense des droits humains, qui travaillent à partir de réseaux
internes, de témoignages directs et de recoupements hospitaliers,
évoquent un bilan déjà massif :Iran Human Rights (IHR) parle d’au moins 3
400 morts, chiffre qu’elle présente comme un minimum absolu vérifié ;
HRANA (Human Rights Activists News
Agency) avance un bilan d’environ 2 500 à 2 600 morts, incluant des
femmes, des enfants et de nombreux civils non armés.
Ces organisations insistent sur le fait
que leurs chiffres sont incomplets, car de nombreuses régions restent
inaccessibles et beaucoup de décès ne sont jamais officiellement
déclarés.
La chaîne Iran International, basée hors d’Iran et alimentée par des sources internes, des employés des morgues, des personnels hospitaliers et des registres de cimetières, fournit une estimation beaucoup plus haute de plus de 12 000 morts .
Une répression systématique
Au-delà des chiffres, la nature de la répression fait consensus parmi les organisations internationales. La saturation des morgues, les pénuries de cercueils, les enterrements collectifs témoignent de cette répression systématique. L’usage de balles réelles contre des foules non armées, les tirs à la tête et au thorax , les arrestations massives, les disparitions forcées, les tortures et les viols confirment l’extrême violence déployée par le régime. Les mineurs ne sont pas épargnés .
De nombreuses
vidéos authentifiées montrent des tirs directs sur des manifestants,
des personnes abattues à bout portant et des blessés abandonnés dans la
rue par peur des arrestations dans les hôpitaux.
Plusieurs facteurs expliquent la difficulté à établir un bilan consolidé des massacres en cours :Les coupures d’internet répétées et ciblées ; l’absence de journalistes indépendants sur le terrain ; les menaces contre les familles qui parlent ; les falsifications administratives (certificats de décès modifiés, causes travesties , etc) ;les fosses anonymes et les enterrements discrets.
La répression a atteint une ampleur inégalée et systémique, comparable aux pires épisodes de violence d’État de ces dernières décennies.
La sortie des milliards par les mollahs
Le compte officiel du Département d’État
américain en langue persane sur X a publié un message dénonçant
l’utilisation par le régime iranien de drones militaires pour réprimer
les manifestants pacifiques.
Le Département d’État américain condamne
fermement ces actions et souligne que le monde entier est témoin de la
répression brutale exercée par le régime iranien contre ses propres
citoyens. Les mollahs sont accusés
de traiter les manifestants comme des ennemis et de mener une véritable
guerre contre eux. Les États-Unis et la communauté internationale
pourraient prendre des mesures supplémentaires pour condamner et
sanctionner ces actions.
Selon une source proche du Corps des
Gardiens de la révolution islamique, environ 1,5 milliard de dollars
auraient été sortis d’Iran au cours des dernières 48 heures. Mojtaba Khamenei, le fils du leader suprême Ali Khamenei, auraittransféré environ 328 millions de dollars à Dubaï. Ces transactions seraient effectuées
via des crypto-monnaies et non par le réseau bancaire traditionnel.
Parallèlement, cinq grandes banques iraniennes, dont la Banque Sepah,
étroitement liée au Corps des Gardiens de la révolution, serait au bord de l’effondrement. Les sanctions internationales et les révoltes internes pourraient contribuer à une instabilité accrue dans le pays entrainant la paralysie totale du régime islamique.
Le Président américain et son plan
Donald Trump a déclaré que si le peuple iranien acceptait le leadership du prince Reza Pahlavi, il ne s’y opposerait certainement pas.
Dans une interview exclusive accordée à
l’agence de presse Reuters, dont des extraits ont été publiés mercredi
soir 24 Dey (13 janvier), Trump a de nouveau fait référence au prince Reza Pahlavi en disant :
« Il semble être une très bonne personne, mais je ne sais pas si son pays accepterait son leadership. En revanche, si les iraniens l’acceptent, ce serait tout à fait acceptable pour moi. »
Le plan américain n’est pas clairement arrêté, même si l’hypothèse matrice est de changer le régime de Khamenei,
pour pouvoir assurer la sécurité d’Israël et tracer une nouvelle carte
du moyen orient. Au sein de l’administration américaine si des divergences peuvent à ce stade continuer à exister sur l’opportunité d’une intervention militaire, la réalité de la répression tous les jours plus massives pourrait à terme favoriser cette option.
Didier Idjadi
Didier Idjadi, sociologue au CNAM et réfugié politique iranien
https://nouvellerevuepolitique.fr/didier-idjadi-la-revolution-iranienne-et-le-plan-americain/
Pour l'Iran Libre !
Le
soulèvement qui gagne les rues iraniennes est de ceux qui pourraient
bousculer en profondeur les équilibres non seulement régionaux mais,
plus largement, de l’ensemble de la scène internationale. En 1979, la
révolution islamiste avait consacré, dans la relative bienveillance
d’une partie de l’intelligentsia et la naïveté occidentale, une nouvelle
menace dont la dangerosité ne manquerait pas de se profiler très
rapidement : un État islamiste, revendiqué comme tel, puisant aux
sources du frérisme sunnite son modèle opérationnel. Cette jonction
latente et hybride entre les deux grands courants, rivaux, de l’islam
(chiisme et sunnisme), sans éteindre évidemment leurs oppositions autant
théologiques que géopolitiques, débouchera sur l’émergence décomplexée
d’un nouvel ennemi des démocraties occidentales. Celui-ci, à côté des
totalitarismes communistes déclinants, prendra progressivement la place
d’ennemi numéro 1 de nos valeurs de liberté, de démocratie et d’égalité.
L’islamisme agressif, expansionniste, a trouvé dans la matrice
iranienne son point de départ, quelles que soient ses différentes formes
qui incarneront, tout en se combattant par ailleurs, une identique
détestation des Occidentaux.
Ce qui se joue depuis plusieurs jours en
Iran est la remise en cause de cette genèse et de ce mur porteur de
l’islamisme. Les combattants de la liberté qui défient, au prix de leurs
vies, le régime des mollahs pourraient, s’ils parvenaient à renverser
la dictature qui les opprime, créer les conditions d’un événement
d’égale ampleur à ce que fut la chute du mur de Berlin en 1989.
Alors que des massacres à grande échelle
se perpétuent sur l’ensemble du territoire iranien, force est de
constater que l’Occident, à ce stade, tout en condamnant, hésite, y
compris côté américain, nonobstant l’avertissement de Donald Trump au
guide suprême de la révolution islamique, Ali Khamenei. Plusieurs
facteurs expliquent sans doute cet attentisme : les enseignements d’un
passé récent, tout d’abord, qui ont démontré le chaos produit par des
interventions directes ; la pression ensuite exercée par plusieurs
pétromonarchies sur Washington dans le but de ne pas déstabiliser les
marchés du pétrole ; enfin un état d’esprit plus général empreint de
realpolitik, de relativisme résigné, d’indifférence complice…
C’est ce dernier point qui pose in fine
le plus problème et qui, de facto, introduit une sous-évaluation pour le
moins dramatique de la tragédie iranienne. Les stratégies
d’accommodement implicite, sous couvert de réalisme, outre qu’elles se
résignent à une violation criminelle des droits humains, ne sont pas
plus efficientes politiquement qu’elles sont acceptables sur le plan
moral. Le court-termisme de la tempérance ou de l’inaction face à des
régimes agressifs, déstabilisateurs, a, sur la durée, un coût. C’est ce
coût dont il faut avoir désormais conscience, et d’une manière urgente,
en aidant les Iraniens à trouver une issue à leurs aspirations
démocratiques : pour eux, tout d’abord, mais aussi pour se débarrasser
d’un verrou qui nuit depuis plus de quatre décennies à la stabilité de
la scène internationale. La cause des démocrates d’Iran est la nôtre. Il
faut le dire, l’assumer et agir en conséquence.
Ancien rédacteur en chef de la Revue politique et parlementaire,
Arnaud Benedetti est professeur associé à Sorbonne-Université,
essayiste et spécialiste de communication politique. Il intervient
régulièrement dans les médias (Le Figaro, Valeurs actuelles, Atlantico, CNews, Radio France) pour analyser les stratégies de pouvoir et les mécanismes de communication. Parmi ses ouvrages figurent Le Coup de com’ permanent (Cerf, 2018), Comment sont morts les politiques ? Le grand malaise du pouvoir (Cerf, 2021), ainsi qu’Aux portes du pouvoir : RN, l’inéluctable victoire ?
(Michel Lafon, 2024). Ses travaux portent sur les transformations du
discours public et les évolutions de la vie politique française.
https://nouvellerevuepolitique.fr/pour-liran-libre/