Déficit record : 106,8 milliards d'euros en 6 mois.
Les chiffres du ministère des Comptes publics sont sans appel : le gouffre financier de la France s'aggrave encore de 6,4 % en 2026 [cite: Le déficit budgétaire de l’État atteint 106,8 milliards d’euros au premier semestre 2026, en hausse de 6,4 % sur un an.,
Selon les chiffres publiés le mardi 4 août par le ministère de l'Action et des Comptes publics, l'État a accumulé... un déficit budgétaire supérieur de 6,4 milliards d'euros...]. Le matraquage fiscal ne suffit plus à masquer l'incurie.
Déficit à 106,8 milliards : L’interminable naufrage financier d’un État asphyxié par sa dette et ses dépenses militaires
Les trois moteurs du dérapage budgétaire de 2026
Analyse des postes de dépenses qui creusent le trou financier de l’État :
Le piège de la dette : 34,5 milliards d’euros d’intérêts payés en six mois (+19 %), conséquence directe de l’accumulation des déficits.
L’engrenage militaire : L’explosion des dépenses liées aux opérations extérieures et à la programmation militaire.
La facture bruxelloise : Une augmentation massive de 23 % du chèque versé au budget de l’Union européenne.
L’illusion de la rigueur et l’asphyxie par la dette
Les
chiffres officiels publiés par le ministère de l’Action et des Comptes
publics révèlent l’ampleur de la dérive budgétaire de l’État : le
déficit atteint le sommet colossal de 106,8 milliards d’euros au premier
semestre 2026, s’imposant en hausse de 6,4 % sur un an. Selon les
chiffres publiés le mardi 4 août par le ministère de l’Action et des
Comptes publics, l’État a accumulé, entre le 1er janvier et le 30 juin,
un déficit budgétaire supérieur de 6,4 milliards d’euros à celui
enregistré sur la même période en 2025. L’embellie passagère
enregistrée en 2025 est désormais balayée, réduisant à néant les vaines
promesses du gouvernement de ramener le déficit à 5 % du PIB. Symbole
ultime de ce piège financier, la charge de la dette explose : la France
a payé 34,5 milliards d’euros rien qu’en intérêts bancaires sur six
mois, enregistrant une hausse vertigineuse de près de 19 %.
Le matraquage fiscal ne suffit plus à éponger la dépense publique
Le problème de la France ne provient aucunement d’un manque de prélèvements.
Les
contribuables continuent d’être essorés : les recettes du budget
général progressent de 2,8 %, portées par la hausse de la TVA et de
l’impôt sur le revenu. Les recettes de l’État restent pourtant
relativement solides. Sur le semestre, les recettes du budget général
ont progressé de 2,8 %, portées notamment par la TVA (+4,2 % à périmètre
constant) et l’impôt sur le revenu (+2,7 %). Malgré cette manne
fiscale – complétée par la récupération de 6,9 milliards d’euros de
dotations de recherche – le tonneau des Danaïdes reste béant face à des
dépenses en hausse incontrôlée de 5,6 %. L’État a également bénéficié
en janvier de la restitution de 6,9 milliards d’euros correspondant aux
dotations de recherche arrivées à échéance., Le principal problème vient de la progression des dépenses, qui ont augmenté de 5,6 % sur un an.
Dépenses militaires et tribut européen : Les priorités déconnectées du pouvoir
Ce
gouffre financier est directement alimenté par les choix géopolitiques
de l’exécutif. L’escalade des engagements militaires extérieurs et
l’application d’une Loi de programmation militaire prévoyant 36
milliards de surcoûts font exploser le budget de la Défense.
Dans
le même temps, le tribut exigé par Bruxelles grimpe en flèche avec un
prélèvement versé à l’Union européenne en bond de 23 %. Face à 276,8
milliards de dépenses contre seulement 187,7 milliards de recettes, le
semblant de « gel des crédits » n’est qu’un pansement sur une jambe de
bois, condamnant la Nation à une dette exponentielle.
Malgré
les mesures d’économies annoncées et le gel de certains crédits, le
déséquilibre reste massif. Une situation qui alimente mécaniquement la
hausse de la dette publique…
Pour aller plus loin :La dérive
vertigineuse du déficit public et l’explosion du coût de la dette
témoignent de la faillite globale d'un État technocratique qui dilapide
les ressources nationales. Qu'il s'agisse de verser des milliards à
l'Union européenne et d'alimenter la surenchère militaire à l'étranger,
de désarmer les services régaliens comme les sapeurs-pompiers face aux
incendies majeurs, ou de mener des interventions clandestines
dissimulées à la Nation, la logique du pouvoir reste celle de
l'irresponsabilité budgétaire et de la fuite en avant.
Retrouvez nos enquêtes exclusives pour comprendre l'ampleur de cette crise d'État :
Etat prédateur : « Un Etat qui ne peut plus réformer ses dépenses se tourne vers ceux qui produisent encore de la richesse »
Finances publiques dégradées, système politique paralysé, incapacité à
réformer : la France illustre ce que Grégory Edberg et Erwan Le Noan,
enseignants à Sciences Po, appellent le basculement vers « l'Etat
prédateur ». Un Etat qui, faute de projet, conserve intacte une seule
capacité : celle de prélever.
Au début des années 1980, Pierre Rosanvallon diagnostiquait « la crise
de l'Etat-providence ». Un demi-siècle plus tard, le mot de crise ne
suffit plus. Le pacte social bâti après 1945 pour accompagner une
société jeune et en croissance, dans un monde ordonné en blocs, s'est
vidé de sa substance sans que rien ne le remplace.
Vieillissement démographique,
accélération technologique, transition climatique, fragmentation géopolitique : partout dans l'OCDE, les Etats y font face avec des
moyens déclinants et des marges politiques réduites à néant.
Il faut imaginer une France avec un déficit budgétaire intenable de 5% qui n'a pas connu de surplus depuis plus d'une génération, un déficit commercial abyssal, des entreprises non compétitives que l'on aide avec des rustines de subventions, des dépenses sociales qui explosent au moment même où les dépenses militaires deviennent urgentes, une dette gargantuesque dont les intérêts avalent toute marge de manœuvre. Et une assemblée trop divisée pour faire quoi que ce soit.
Une France dans une situation tellement intenable qu'elle connaît l'humiliation d'un prêt sous conditions du FMI pour pouvoir simplement financer ses importations.
Ce n'est pas un scénario de prospective 2027, c'est l'année 1957.
Et pourtant en 5 ans, tout bascule : dès 1963 la France retrouve le statut de grande puissance industrielle qu'elle n'avait plus connu depuis Napoléon III, un siècle plus tôt.
Qui se souvient vraiment de ce qu'il s'est passé ? De la recette du redressement ?
Plus vous augmentez le coût du travail, plus vous pénalisez les entreprises, la création de richesse et donc le marché du travail. J'insiste sur cet ordre : il faut faire partir son raisonnement de l'entrepreneur (et non de la consommation par exemple). On n'a pas le choix, car c'est l'entrepreneur qui prend le risque initial d'anticiper les besoins du marché par son apport en capital et qui permet aux échanges de se déployer.
Il faut d'abord un individu prêt à risquer son capital pour devenir le catalyseur de la coopération humaine. Qu'elle soit interne (organisation des salariés, outils, etc) ou externe (partenaires, clients, etc), cette dynamique d'échange n'existe que parce qu'un entrepreneur a pris un risque conscient. Aucune création de richesse n'existe hors de ce risque et des échanges qu'il permet. Pénaliser l'entrepreneur, c'est pénaliser toute l'économie derrière lui. Arthur Homines
FRANCE 1957 : UN PAYS AU BORD DE L’EFFONDREMENT
En 1957 l'industrie française est dépassée.
Elle produit quelques pépites dues au génie isolé de quelques ingénieurs d'élite, la DS de Citroën, l'avion Caravelle, mais rien à l'échelle nécessaire. Son industrie est sous-dimensionnée par rapport à celles des Américains, son organisation interne est archaïque, caractérisée par des relations très tendues entre syndicats et patrons. Le coût du travail et la fiscalité sont très élevés, alors que sa productivité est faible. Impossible donc d'exporter, impossible d'investir suffisamment, de construire des usines modernisées, efficaces, suffisamment automatisées.
Alors même que la nouvelle révolution industrielle autour de l'aéronautique, du nucléaire, de l'espace bat son plein.
Comme le pays ne peut s'enrichir par le dynamisme de son économie, le gouvernement de Mollet compense par le social. Ajoute une semaine de congés payés, augmente le salaire minimum, augmente les fonctionnaires, introduit un minimum vieillesse, bloque les prix agricoles…
Mais tout cela coûte de plus en plus d'argent et ne fait que renforcer le manque de compétitivité de l'industrie française. Alors on multiplie les aides aux entreprises, les subventions à l'export, les facilités de paiement. Les grandes entreprises bien connectées en profitent, les petites périclitent.
Tout cela est financé par la dette. Et les aides et niches créées deviennent impossibles à réformer sans s'aliéner leurs bénéficiaires.
Et c’est au milieu de cette débandade économique que les frais liés à la guerre en Algérie explosent. Le pays est exsangue et ne peut plus faire face à ses dettes.
Il doit avoir recours au FMI. C'est l'impasse et l'humiliation.
Cette situation est… très très familière pour le moins.
Tout le monde sait comment cela finit : le régime ne survit pas à la crise, la IVe République meurt, et De Gaulle est appelé au pouvoir.
Mais comment le redressement a-t-il réellement lieu ensuite ? Comment est-on passé d'un pays totalement à terre à la France dominante et florissante du Général De Gaulle ?
LA RECONSTRUCTION GAULLIENNE
Face à l’ampleur de la crise, le 3 juin 1958 De Gaulle obtient de l’Assemblée Nationale les pleins pouvoirs législatifs jusqu'au 8 janvier. Il a 6 mois pour redresser l'économie française.
Il charge Jacques Rueff d'établir un plan de résurrection de l'économie nationale. Jacques Rueff est ce qui se fait de mieux dans la grande tradition des grands administrateurs français : un polytechnicien, inspecteur des finances, issu du cercle de réflexion X-crise, des anciens X qui réfléchissent à la meilleure façon de rendre à la France une économie digne d'elle.
Rueff a des idées précises sur ce qui doit être entrepris pour la France et comprend tout le poids de la charge qui lui est confiée. Le 8 décembre 1958, un mois seulement avant la fin de la fenêtre où tout reste possible, Rueff remet à De Gaulle son rapport complet qui se conclut ainsi : « Ce programme ne peut être celui d'un groupe ou d'un parti, mais seulement celui de tous les Français qui veulent que leur pays continue d'exister. »
Le plan doit être adopté en conseil des ministres le 27 décembre. Mais le 24, Pinay, ministre des finances, juge le plan trop radical et menace de démissionner s'il n'est pas atténué. De Gaulle ne lâche rien. Le 27, quelques heures à peine avant le moment où doit se tenir le conseil des ministres fatidique, les 4 ministres SFIO envoient une lettre de démission, ce qui bloque tout. De Gaulle met une pression biblique, et obtient qu'ils diffèrent leur départ au 8 janvier, jour où le régime parlementaire sera rétabli.
Ce jour-là, le 27 décembre 1958, le plan Rueff est adopté dans son intégralité par le conseil des ministres.
De Gaulle défend son plan directement à la radio le lendemain, dans une allocution encore disponible sur le site de l'INA. Il s'exprime ainsi : « Sans l'effort de mise en ordre avec les sacrifices qu'il requiert et avec les espoirs qu'il suscite, nous resterions un pays à la traîne, perpétuellement oscillant entre le drame et la médiocrité. Au contraire, si nous réussissons la grande entreprise nationale du redressement économique et financier, quelle étape sur la route qui mène la France vers les sommets ! »
En quoi consiste le remède de cheval administré par Rueff et De Gaulle ? 4 étapes.
1. Supprimer toutes les rustines pour stopper l'hémorragie.
De toutes façons elles n’existent que parce que les vrais problèmes n’ont jamais été réglés.
Alors plus de subventions aux entreprises, à la sécurité sociale, à la consommation. Fin des boucliers tarifaires (l'électricité et le charbon prennent immédiatement 15%). Tout est désindexé. Le blé, les salaires. Non seulement les retraites ne sont pas épargnées, mais on supprime la retraite pour les anciens combattants valides. (Le message est clair : si tu es en état de travailler, la France a besoin de toi, pas que tu restes à la maison.) Les dépenses de l'État baissent immédiatement de 14%, alors qu'elles ne faisaient qu'augmenter depuis un demi-siècle.
BOUM.
2. Augmenter les recettes de l'État
En taxant prioritairement ce qui a le moins d’impact sur la performance économique du pays.
Augmentation de la TVA.
Augmentation des taxes sur le tabac et l'alcool.
Augmentation de l'impôt sur les sociétés.
3. Rétablir la compétitivité des entreprises.
Cela pourrait sembler antinomique avec l'augmentation de l'IS, mais la réalité est que pour être taxé, il faut déjà faire du profit, et pour faire du profit, il faut déjà être compétitif. L'IS n'est ainsi pas l'ennemi numéro 1 de la compétitivité de l’époque. Le problème des entreprises françaises en 1957 consiste en des coûts de production disproportionnés par rapport à ceux de leurs voisins. Alors Rueff dévalue le franc. Et pas qu'un peu. Quasiment d'un tiers. 8 ans d'inflation effacés. Les entreprises françaises redeviennent compétitives, les importations deviennent prohibitives.
Alors bien sûr, ça fait mal. Pendant deux ans, la situation est compliquée. Ce n'est pas pour rien que personne sous la IVe n'avait eu le courage ou les moyens de déployer un tel plan. Le pouvoir d'achat des ménages diminue. La croissance ralentit. Les anciens combattants manifestent. Les mécontents sont multiples : agriculteurs, ouvriers, PME… Les conseillers de De Gaulle l'avaient prévenu, et De Gaulle avait répondu « Eh bien les Français crieront… et après ? »
Et bien après…
La balance des paiements devient excédentaire dès 1959, et la France rembourse sa dette extérieure dans l'année. En 1957, les exportations ne couvraient que 75% des importations ; en 1960, 111%. La France accumule les réserves d'or, qui passent de 516 tonnes quand De Gaulle arrive au pouvoir à 2700 en 1963. (Nous en avons 2400 aujourd'hui). Et dès 1960, la croissance accélère et les salaires repartent fortement à la hausse.
Pour rendre ces sacrifices plus acceptables, De Gaulle s'appuie sur un récit fort de refondation. Nous ne sommes pas en train de liquider un modèle social, nous sommes en train de refonder la France. Et ce qui a le plus péché en France de la façon la plus visible à l'époque, c'est la monnaie, dont la valeur s'effritait de mois en mois. Alors De Gaulle utilise un levier purement symbolique : il instaure le nouveau franc, en retirant simplement deux zéros à l'ancien franc, pour rendre selon ses mots « au vieux franc français, dont les pertes expriment nos épreuves, une substance respectable ». Tous les jours les Français utilisent des francs, et tous les jours ils peuvent sentir la nouvelle ambition que leur monnaie porte. Elle ressemble désormais beaucoup plus au dollar.
4. Reconstruire en se positionnant à l’avant-garde technologique.
Cette période de redressement financier n'est pas une finalité en soi. Il ne s'agit que de la douloureuse étape indispensable pour se donner les moyens de l'expansion. La France a désormais une monnaie stable, un État avec des marges de manœuvre financières et des entreprises libérées du boulet de coûts de production excessifs. Il est temps de passer à la reconstruction de l'appareil productif français, et de refaire de la France ce qu'elle n'était plus depuis un siècle : l'avant-garde mondiale de l'industrie, des sciences et des technologies.
Aujourd'hui encore, on peine à mesurer ce qui a été accompli en moins de 10 ans.
A. Consolidation et modernisation de l’existant.
Les lois d'orientation agricole de 62 font passer l'agriculture de la paysannerie au productivisme exportateur et transforment la France en première puissance agricole européenne. L'état favorise la concentration industrielle pour créer des champions de taille mondiale dans la chimie, l'aluminium, la sidérurgie.
B. Réorganisation du territoire.
La DATAR créée en 1963 transforme le territoire français en machine de guerre : autoroutes, ports, zones industrielles, métropoles d'équilibre, villes nouvelles. Aménagement du littoral Languedoc-Roussillon, le complexe de Fos-sur-Mer, l'usine marémotrice de la Rance. On investit dans les infrastructures, dans la croissance de la population. On crée des pôles d'excellence : Orsay-Saclay, Bretagne-Nord pour les télécommunications, Toulouse pour l'aérospatial, Lyon pour chimie-biologie-médecine.
C. Focalisation sur les industries du futur
On prend à bras le corps tous les grands sujets technologiques et souverains de l'époque, et on déroule. Création du CNES en 1961, lancement du premier satellite français, Astérix, en 1965, avec une fusée Diamant de fabrication 100% française. La France devient la troisième puissance spatiale derrière les US et l'URSS.
Lancement du programme Concorde en 1962. Le premier avion sort des usines toulousaines en 1967.
Déploiement du nucléaire civil. Et une décision qui en dit long : la IVe République avait signé en 1957-1958 les accords FIG avec l'Allemagne et l'Italie pour développer une dissuasion nucléaire à trois, avec usine d'enrichissement cofinancée. De Gaulle enterre le projet dès son retour au pouvoir, construit Pierrelatte seul, et fait cavalier seul sur la bombe. (La souveraineté ne se partage pas.)
Premier essai Gerboise bleue en 1960 dans le Sahara, premier sous-marin lanceur d'engins le Redoutable en 1967. Après le traumatisme de 1940, De Gaulle vient de s'assurer que plus jamais la France ne pourra être envahie.
En 1963, l'armée française a besoin d'un super calculateur Control Data fabriqué aux États-Unis pour effectuer les simulations indispensables pour passer de la bombe A à la bombe H. Washington bloque l'export pour entraver le redressement français, et l'américain General Electric prend le contrôle du français Bull en 1964. (Rachat de pépites françaises et limitation des exports, tiens tiens tiens) De Gaulle comprend que l'informatique est devenue un sujet majeur de puissance et lance en 1966 (!!!) un grand plan informatique, avec un délégué à l'informatique qui dépend directement du premier ministre, et crée la CII par la fusion des activités informatiques de Thomson, CGE et Schneider. La France développe sa bombe H.
D. La recherche et les sciences au cœur du projet France
Peut-être le plus important à noter est que la France de De Gaulle mise tout sur la puissance scientifique. Réorganisation du CNRS en 1961, création du CNES pour la conquête spatiale en 1961, de l'INSERM en 1964 pour la biotech et la recherche médicale, de l'IRIA pour l'informatique et l'automatisation en 1967, du CNEXO pour explorer et exploiter notre vaste domaine maritime, l'ANVAR pour s'assurer que la recherche se transfère bien vers l'industrie en 1967.
Le nombre de chercheurs en France passe de 9000 quand De Gaulle arrive au pouvoir à 31000 quand il le quitte. Les dépenses de R&D passent de 2,46% du budget de l'État en 1958 à 6,2% dès 1967. En 2026 aucun pays sur terre ne fournit le même effort public que la France de De Gaulle.
Résultat : en moyenne la France gaullienne croît de 5,48% par an pendant 11 ans quand les États-Unis sont à 4,26 %. L'année du départ, 1969, la France fait 7% de croissance. Un record jamais retrouvé depuis. Alors même que la dette française est divisée par deux. Lors de son règne, De Gaulle double quasiment la taille de l'économie française.
En 1973, le Hudson Institute publie une étude prospective sur l'économie mondiale. Il prévoit que la France devrait être de loin la première économie européenne et les Français, les Européens les plus riches. Malheureusement, les successeurs de De Gaulle n'ont pas eu la vision et le courage nécessaires pour tenir la trajectoire.
Récapitulons comment De Gaulle a fait passer la France d'un pays failli à une puissance mondiale.
1. Attendre que la crise permette d’obtenir des pouvoirs spéciaux pour contourner les blocages parlementaires.
2. Rétablir les finances pour se donner les marges de manœuvre nécessaires, en se débarrassant de toutes les rustines accumulées et en taxant ce qui ne nuit pas à la performance économique.
3. Rendre les entreprises françaises compétitives de façon structurelle et non par rustines en baissant leurs coûts.
4. Reconstruire le tissu industriel et productif en consolidant l’existant, réorganisant le territoire, investissant massivement dans les technologies du futur, et pariant à fond sur la recherche scientifique.
RECONSTRUIRE LA FRANCE DE 2026
La France d'aujourd'hui nous rappelle furieusement la France de 1957. Déficit de 5,1 % du PIB, dette à 117,5 %, dernier excédent budgétaire en… 1974, retraites qui représentent 14% du PIB là où la moyenne OCDE est 8%, des dépenses sociales non financées qui s'accumulent, des besoins de réarmement urgents mais infinançables, des besoins d'investir dans l'IA et la robotique mais pas un rond pour le faire ; une industrie tombée à 9,6 % du PIB (Chine, Allemagne, Corée), un déficit commercial à 100 milliards, 157 Md€ de prélèvements sur les entreprises au-dessus de la zone euro et des rustines partout (CICE, boucliers, chèques, allègements) ; rapports qui s'empilent, assemblée sans majorité, loi spéciale faute de budget voté.
Tout cela est… beaucoup trop familier.
La seule différence fondamentale avec 1957 est que la France a désormais l'euro ce qui lui permet de se crasher au ralenti. Le FMI ne toquera pas à la porte. Mais petit à petit, l'État a déjà de plus en plus de mal à se financer. Jusqu'au moment où les sommes à emprunter chaque année sur les marchés pour maintenir la machine à flot seront tellement importantes que l’on ne nous prêtera plus à des taux acceptables.
La zone de danger selon le FMI se situe lorsqu’un pays a besoin d’emprunter plus de 15% de son PIB sur les marchés tous les ans. Nous sommes bientôt à 18%. La Grèce a sauté quand elle a dépassé les 20%.
Avec notre trajectoire actuelle, la France atteindra le stade où elle devra probablement mendier l’aide de la BCE qui lui imposera alors sa politique économique sanglante quelque part entre 2029 et 2032.
Tic tac.
Alors, à quoi ressemblerait un redressement gaullien ?
Quel serait le plan douloureux que nous devons imaginer, mais qui serait « celui de tous les Français qui veulent que leur pays continue d'exister » ?
Le plan qui nous permettrait de retrouver un pays qui serait autre chose qu’un pays « à la traîne, perpétuellement oscillant entre le drame et la médiocrité » ?
La crise arrive. Nous devons être prêts.
Joan Larroumec
@larroumecj
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A) - Hayek, Polanyi, Tocqueville et l’action publique
B) - Karl Polanyi
C) - Défaillance de l'État
D) - Friedrich Hayek
E) Divers liens sur Tocqueville
A) - Hayek, Polanyi, Tocqueville et l’action publique
Alors
que le libéralisme se réinventait avec son avatar néolibéral, le
socialisme s’inquiétait de voir l’économie s’exonérer du cadre des
institutions jusqu’à faire de la société une auxiliaire du marché. Nous
sommes en 1944, Friedrich Hayek publie « La route de la servitude »,
Karl Polanyi publie « La grande transformation ». Les deux se répondent.
Au risque de désencastrement de l’économie dénoncé par Polanyi, Hayek
oppose celui de la servitude qui résulte de l’interventionnisme de
l’État.
Ce que craignait Polanyi ne s’est pas avéré. Ce que redoutait Hayek s’est construit pas à pas.
Le désencastrement de l’économie, s’il s’est réalisé ailleurs, s’est
heurté à notre préférence pour l’État, pour l’administration et le champ
de l’intervention publique que nous voulons toujours plus étendu. La
servitude qu’entrevoyait Hayek, celle d’un socialisme de bureaux, a eu
libre jeu dans une société inconditionnelle de l’intervention publique
sans limite.
La servitude ne se mesure pas au niveau des prélèvements
obligatoires, ni de la dépense publique, l’un et l’autre rapportés au
PIB. Elle ne se mesure pas davantage au niveau de l’emploi public
rapporté à celui de l’emploi marchand. Elle ne se mesure pas non plus à
l’effet de la redistribution monétaire sur la réduction des écarts de
revenus. Ce sont là des conséquences et non pas des causes.
1789 a mis l’individu, devenu citoyen, face à l’État. L’État, déjà,
se faisait fort de « pouvoir tout » : il a, depuis, évolué jusqu’à se
faire fort de « pourvoir à tout ». Un État fort avait besoin d’une
administration forte. Pour les « libéraux » de 1789, les corporations
héritées de l’ordre féodal étaient le dernier écran féodal entre
l’individu et l’État qui devait être le seul organisateur et le seul
régulateur de l’ordre social. Le dialogue social, avant même qu’il ne
s’invente, était encastré dans l’appareil d’État. Le jacobinisme
remettait en branle le mouvement de socialisation-étatisation et
s’inscrivait dans la droite ligne du… colbertisme.
L’aboutissement caricatural de ce lent mouvement aura été ce cri de
victoire « l’État a tenu ! » lorsque nous sortions du confinement
sanitaire. L’État percepteur-subventionneur ne pouvait que tenir en
pourvoyant à tout, jusqu’à la quasi-nationalisation des salaires par le
moyen de l’activité réduite, la quasi-nationalisation de l’appareil
productif avec les PGE. Il ne pouvait que tenir avec le secours (!) de
la dette. Le tour d’illusion a été de faire de l’intervention de l’État
une heureuse et courageuse solution quand elle n’était qu’obligée par le
fait de son interventionnisme historique, par le moyen d’aides et
subventions, dans tout l’appareil productif.
L’Administration économique et sociale avait fait démonstration de
son savoir-faire colbertiste, rebaptisé keynésianisme-social ou
protection économique. Elle s’affirmait fière héritière de l’ordre
interventionniste jusqu’à, souvenons-nous, s’appliquer à définir la
liste des « produits essentiels » dont la vente en grandes surfaces
était autorisée.
Ce qu’il faut voir, derrière le niveau des prélèvements obligatoires,
derrière celui de la dépense publique, derrière celui de l’emploi
public et derrière celui de la redistribution monétaire, c’est notre
amour jusqu’à l’irraison de l’action publique.
Les régimes qui se sont succédé, les exécutifs qui se succèdent
continuent d’œuvrer à façonner les institutions pour répondre à notre
demande du tout-État et pour la susciter si elle faiblit. Nous avons
ainsi, par tradition, un ministère de la Fonction publique
(opportunément joint actuellement à celui des comptes publics). Nous
avons, caché dans l’organigramme de Bercy, un (sous-)ministère de
l’industrie. Depuis peu, nous avons un ministère du pouvoir d’achat
attaché, de façon pour le moins baroque, à celui des PME. Nous avons un
État-percepteur qui prélève à la source et un État-redistributeur qui
déploie la solidarité à la source.
Si Hayek et Polanyi avaient lu Tocqueville, leur débat était clos par
l’observateur de la démocratie qui avait vu que l’État « ne brise pas
les volontés, mais il les amollit, les plie et les dirige ; il ne
tyrannise point, il gêne, il comprime, il énerve, il éteint, il hébète
». Il n’était pas nécessaire que Polanyi et Hayek nous alertent et
s’inquiètent : l’avenir du modèle économique et social à la française
était inscrit dans une longue histoire et entendait bien le rester !
Polanyi n’avait pas perçu que le keynésianisme venait comme un bouclier
anti-désencastrement de l’économie. Hayek, en forçant le trait du
néolibéralisme, a agité un épouvantail qui a chassé les moineaux du
champ du libéralisme vers celui du « planisme de sécurité » que l’on
finit « par désirer même au prix de la liberté ».
Face aux crises sociales et environnementales ressurgit une question fondamentale : faut-il laisser la plus grande liberté au marché ou protéger certains domaines des lois de l’offre et de la demande ? Ce débat opposait déjà de Karl Polanyi et Friedrich Hayek il y a 80 ans. Un débat par livre interposé car les 2 hommes ne se connaissaient pas. [...]
Notre vieille tradition de colbertisme-keynésianisme, entretenue
autant par les politiques de tous bords que, hardiment, par
l’administration, est, pour reprendre une formule, « une façon polie de
faire du socialisme ». S’il y a eu une grande transformation, c’est bien
celle que redoutait Tocqueville, celle qui fait accepter que l’État,
s’il « ne brise pas les volontés, il les amollit, les plie et les dirige
».
L’action publique économique, qui alterne politique de l’offre et de
la demande, qui compense un acte de libéralisation par de nouvelles
interventions, n’est qu’un leurre ; elle détourne l’attention de
l’action publique « sociale » qui n’en finit pas de socialiser toujours
davantage le citoyen. Le contrat social est devenu léonin.
Michel Monier
Michel Monier, diplômé de Sciences politiques (IEP-Toulouse), de l'Ecole
du commissariat de l'air et de l'IAE Paris-Sorbonne, a côtoyé les
cabinets ministériels, les administrations centrales et réalisé des
missions d'expertise à l'international. Expert de la protection sociale
et observateur de la vie publique il consacre aujourd'hui une partie de
son temps à des missions de conseil, bénévole, pour des organisations
sans but lucratif.
Karl Polanyi (1886-1964) est né à Vienne. Il était le frère aîné de Michael Polanyi.
Nés dans une famille unie et prospère, les deux frères s'orientent dans
leur jeunesse vers des idéaux socialistes. Mais alors que Michael
Polanyi va vite s'en écarter pour inspirer les idées libérales et
certains auteurs de l'école autrichienne prestigieux comme Friedrich Hayek, Karl Polanyi continuera toujours dans sa poursuite de vouloir contrer les idées de l'économie de marché.
Après avoir étudié le droit et la philosophie, Karl Polanyi est avocat en 1912.
Il fut ensuite officier de cavalerie dans l'armée austro-hongroise
pendant la Grande Guerre et finit invalide suite à un combat sur le
Front russe. Après la guerre, il a soutenu le premier gouvernement
républicain en Hongrie. Lorsque ce dernier fut renversé par la
révolution communiste, il a fui vers Vienne. Là, il a publié Der Oesterreichische Volkswirt, un journal socialiste, qui a existé de 1924 à 1933.
Il a ensuite déménagé en Angleterre, puis en Amérique, où il a enseigné
et publié ses œuvres les plus importantes, dont la plupart à titre
posthume.
La critique de l'économie de marché
Karl Polanyi considérait que le capitalisme était la cause fondamentale de la Première Guerre mondiale, du fascisme et de la grande dépression
des années 1930. Les maux du capitalisme remontent à la révolution
industrielle, qui fut pour lui une révolution extrême et radicale qui a
enflammé les esprits des sectaires. La révolution industrielle portait
en elle une nouvelle croyance totalement matérialiste qui donnait à croire que tous les problèmes humains pouvaient être résolus grâce à une quantité illimitée de biens matériels.
Il avance deux arguments principaux contre l'économie de marché.
Tout d'abord, la Grande Dépression des années 1930 est une panne de
marché systémique et universelle à partir de laquelle les économies de
marché du monde entier ne pourraient jamais plus se relever. Ensuite,
Karl Polanyi affirme que l'économie de marché n'est qu'une étape récente
dans l'histoire de l'humanité, et qu'elle n'est que transitoire dans le
développement humain.
Karl Polanyi soutient que le concept de l'économie de marché est né simultanément avec les physiocrates
français et l'émergence de l'institution du marché comme mécanisme de
la détermination des prix par l'équilibre des forces de l'offre et de la demande. Il niait qu'aucune société n'ait existé, avant le XIXe siècle, qui ne soit soumise au principe du marché.
De toute l'histoire de l'humanité, le profit et les bénéfices réalisés
par la vertu de l'échange n'ont jamais joué un rôle important dans
l'économie humaine.
Il développa sa théorie du double mouvement. Pour Karl Polanyi, la pauvreté
n'est pas un échec personnel, elle est un produit social, elle est
précisément un produit de la révolution industrielle. La grande
souffrance des pauvres n'est pas le résultat d'une loi naturelle, mais
le résultat du fonctionnement du capitalisme,
un produit social qui doit être changé. Le premier mouvement est donc
constitué par la perturbation de la société causée par les marchés
capitalistes. Cela a été suivi par un second mouvement de demande de
protection des pauvres par l'État.
Il préférait l'utilisation du terme personne à celui d'individu.
Car la personne conserve des relations saines malgré « l'influence
manipulatrice d'une société de marché », tandis que les individus sont
des unités personnelles isolées dont l'humanité a été éliminée pour
favoriser l'efficacité du marché. Karl Polanyi acceptait l'idée que
chaque personne est un acteur économique qui affecte la vie
d'innombrables autres personnes. Mais dans une économie de marché, cet
effet est aveugle et impersonnel car la marchandisation de l'économie réduit les personnes à de simples individus qui font partie d'un calcul économique de la rentabilité.
Les limites du libéralisme économique face aux infrastructures sociales
Le travail de Karl Polanyi remet en question les fondements du
libéralisme économique en soulignant les limites inhérentes à une
approche débridée du marché. Il critique l'idée selon laquelle les
marchés peuvent fonctionner de manière optimale sans intervention des
institutions et met en évidence les conséquences sociales et humaines du
libéralisme économique non régulé.
A. Exposition des critiques libérales envers l'intervention des institutions dans l'économie
Les défenseurs du libéralisme économique soutiennent que les
institutions doivent minimiser leur intervention dans l'économie et
permettre aux marchés de s'autoréguler. Selon eux, l'intervention
excessive des institutions entrave l'efficacité des marchés, freine
l'innovation et limite la liberté individuelle. Ils préconisent une
approche de laissez-faire où les forces du marché sont censées guider
les décisions économiques.
B. Argumentation contre l'idée de la main invisible et de la régulation automatique des marchés
Polanyi remet en question la thérie de la main invisible avancée
par les libéraux, selon laquelle les marchés s'autorégulent
naturellement pour atteindre l'efficacité économique optimale. Cette
vision néglige les inégalités, les externalités négatives et les
déséquilibres sociaux qui peuvent découler de l'absence de régulation.
Polanyi affirme que les marchés ont besoin d'infrastructures sociales pour garantir la protection des individus et l'équité sociale.
C. Discussion sur les conséquences sociales et humaines du libéralisme économique débridé
L'approche débridée du libéralisme économique peut entraîner des
conséquences sociales et humaines néfastes. En l'absence de régulations
sociales, les travailleurs peuvent être exploités, les inégalités
peuvent augmenter et l'accès aux biens essentiels peut être restreint.
Les infrastructures sociales,
telles que les lois du travail, les systèmes de protection sociale et
les régulations environnementales, sont nécessaires pour atténuer ces
effets et promouvoir le bien-être collectif.
En somme, pour Karl Polanyi, le libéralisme économique met en lumière les limites de l'autorégulation des marchés. Les infrastructures sociales
sont importantes pour atténuer les conséquences sociales et humaines
négatives. Ces débats remettent en question l'idée d'un libéralisme
économique sans entrave et privilégient la nécessité de régulations pour
garantir un équilibre entre les intérêts économiques et sociaux.
L'illusion économique (economics fallacy)
Karl Polanyi (1968 : « The Economy as Instituted Process ») a conçu le terme d'illusion
économique (economics fallacy) pour se référer à la pratique des
chercheurs qui analysent tous les systèmes économiques avec un regard
théorique qui suppose que l'économie englobe tous les horizons de
l'activité sociale (pas uniquement l'échange de marché) et que le
comportement d'une personne est automatiquement calculateur et
rationnel. Par exemple, la théorie néoclassique constitue le cas
paradigmatique de l'illusion économique compte tenu du point de vue
méthodologique et ontologique qu'elle englobe en analysant à la fois les
activités commerciales et les activités économiques non marchandes et
de son axiome de l'individu au comportement calculateur et rationnel. Et
il n'y a pas un chercheur de la lignée de Karl Polanyi qui ne fustige
la prémisse de Gary Becker selon laquelle l'approche économique s'applique à tous les comportements humains.
Citations
Mêlant l’histoire et l’anthropologie, la démarche de Polanyi
était très novatrice pour son temps. Sa pensée converge avec celle de
Marcel Mauss, l’anthropologue et grand théoricien du don et du
contre-don : la réalité de l’économie est plurielle, masquée par
l’analyse utilitariste qui réduit le champ de la pensée économique et
entraîne une rupture totale entre l’économique et le vivant. Devenu un
classique de l’économie, La Grande Transformation met parfaitement en
perspective cette réalité. (Pascal Vandenberghe, Antipresse N°95)
a. avec John Lewis, Donald K. Kitchin, dir., "Christianity and the Social Revolution", New York: Charles Scribner’s Sons
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Les défaillances de l'État (government failures) sont les cas dans lesquels l'action des hommes de l'État cause plus de mal qu'elle n'apporte d'éléments positifs.
Il s'agit d'un des principaux objets d'études de l'école du choix public de James McGill Buchanan et Gordon Tullock. Les étatistes invoquent les défaillances du marché
pour justifier l'intervention des pouvoirs publics dans tous les
secteurs. Buchanan et Tullock entendent à l'inverse souligner que
l'action de l'État est tout aussi défaillante et qu'opposer, comme le
font les étatistes, une puissance publique immaculée et un marché
toujours défaillant est une erreur grossière.
Les économistes de l'École des choix publics
soulignent ces défaillances et proposent plusieurs explications. Ainsi,
ils expliquent la croissance de l'État et ses échecs par le fait que
les fonctionnaires sont des hommes comme tous les autres ; ils cherchent
donc à maximiser leur satisfaction, c'est-à-dire par exemple augmenter
leur salaire, obtenir un plus grand bureau, etc. Ces buts peuvent
souvent entrer en contradiction avec les buts affichés de l'action
étatique, à savoir agir en faveur de l'intérêt général. Pour l'économiste William Niskanen, l'action étatique est par essence moins efficace, car les droits de propriété ne peuvent s'exercer pleinement, et la responsabilité individuelle n'existe donc pas.
Autre exemple : un homme politique à la veille d'une élection
sera tenté d'offrir des baisses d'impôts clientélistes à certaines
parties de l'électorat, pour assurer sa réélection.
Prenant l'exemple de la crise financière actuelle, l'historien François Garçon dans Le Temps du 19 janvier 2009
souligne que la règlementation étatique, présentée comme la panacée,
n'a rien fait pour pallier certaines dérives ou même les percevoir. Et
Garçon de mettre en doute la capacité de l'État à mieux réguler le marché, à rebours de l'idéalisation irrationnelle qui en est souvent faite[1].
Citations
Si les marchés sont imparfaits, les politiques sont aussi imparfaites que les marchés. (Paul Krugman)
Toutes les fois que les gouvernements prétendent faire nos affaires, ils les font plus mal et plus dispendieusement que nous. (Benjamin Constant)
L'État peut être défaillant, tout comme le marché ! Hélas si une
défaillance du marché se corrige vite, par la faillite, pour l'État,
hélas, il n'en est rien et il aime bien entretenir des zombies avec
notre argent. (Simone Wapler, 25/11/2017)
Le jeune étudiant en économie qui franchit le seuil de l’université
ne passe pas une journée ou presque sans que l’un de ses professeurs
brocarde « la main invisible du marché ». L’idée qu’il puisse exister
une forme d’ordre spontané
est évoquée avec plus de méprisante ironie que le serait le monstre du
Loch Ness. La thèse de l’efficience des marchés évoquée par Milton Friedman, prix Nobel d’économie en 1976, est tournée en ridicule. Son livre Capitalisme et liberté,
qui cherche à démontrer que la réduction du rôle de l’État est le seul
moyen d’atteindre la liberté politique et économique, ne fait partie à
ma connaissance d’aucune des bibliographies proposées dans les
enseignements obligatoires. « Pourquoi, se dira peut-être le candide
étudiant, ne parle-t-on jamais des limites de l’État ? Si l’ordre
spontané présente quelques défauts, quels sont ceux de l’ordre
administré ? Si cette main invisible est si peu parfaite, la main
visible de l’État l’est-elle pour autant ? C’est sans doute le chapitre
suivant. » Il peut attendre longtemps, le chapitre ne viendra jamais. (Olivier Babeau, L'Horreur politique - L'État contre la société, 2017)
2019, Giuseppe Di Vita, "Government Failure", In: Alain Marciano, Giovanni Battista Ramello, dir., "Encyclopedia of Law and Economics", New York: Springer, pp1004-1008
Friedrich August von Hayek naît à Vienne au tournant du siècle, dans
une famille d'intellectuels. Son père était médecin et botaniste, son
grand-père maternel professeur de droit constitutionnel. Il était cousin
de Ludwig Wittgenstein par sa mère. Esprit précoce, il est surnommé par ses camarades Lex comme Lexicon pour ses connaissances extrêmement larges[2]. Il se fait cependant mal au climat rigide du Gymnasium autrichien.
Il sert comme soldat lors de la Première Guerre mondiale
à partir de 1917 sur le front italien, puis rejoint en 1918
l'université de Vienne. Il y obtient son doctorat en droit en 1921 et en
sciences politiques en 1923. Il est déjà intéressé par de nombreux
domaines de la connaissance et étudie l'économie et la psychologie. Il
conservera ce souci d'éclectisme toute sa vie et écrivit dans La Route de la servitude :
« personne ne saurait être un grand économiste en étant seulement
économiste et je suis même tenté d'ajouter qu'un économiste qui n'est
qu'économiste peut devenir une gêne, si ce n'est un danger. »
Il commence à travailler auprès de Ludwig von Mises puis rejoint
l'université de New-York où il effectue des recherches post-doctorales[3]. Il y rencontre son compatriote Joseph Schumpeter et l'économiste américain Irving Fisher.
De retour en Autriche, il travaille pour le gouvernement,
l'aidant à résoudre les questions économiques afférentes au traité qui
met fin à la Première Guerre mondiale. Il se marie en 1926. En 1927, il
fonde avec Ludwig von Mises l'institut autrichien de la conjoncture (Österreichische Konjunkturinstitut). Il le dirigera jusqu'en 1931. En 1929, il devient professeur en économie à l'université de Vienne et publie Geldtheorie und Konjunkturtheorie. Il acquiert une certaine notoriété.
Remarqué par le directeur du département d'économie de la London School of Economics, Lionel Robbins,
il est invité par ce dernier à y donner une série de quatre conférences
en 1931. Le succès est tel qu'il se voit offrir en 1932 la Tooke Chair of Economic Science and Statistics à la LSE[4]. Pendant les années 1930 il poursuit ses travaux sur la théorie du cycle, dans lesquels il approfondit la position autrichienne. Il s'oppose avec force sur ce sujet avec la théorie défendue par John Maynard Keynes à Cambridge, mais c'est la vision keynésienne qui l'emporte, au moins temporairement, dans l'opinion publique.
Il acquiert en 1938 la nationalité britannique. La même année, il participe au Colloque Walter Lippmann qui réunit à Paris de nombreux intellectuels libéraux, désireux de « refonder » le libéralisme.
Face à la montée du socialisme, du planisme et du militarisme, il écrit plusieurs articles dans lesquels il dénonce les dangers que cette route représente[5]. Il synthétise sa réflexion sur la question dans son ouvrage majeur de 1944, La Route de la servitude. Dans ce manifeste du libéralisme du XXe siècle qui est encore un best-seller aujourd'hui, il montre comment l'emballement totalitaire qui ravage l'Europe des années 1940 est la conséquence directe des idées collectivistes qui ont prévalu durant l'entre-deux guerres, à rebours des explications du totalitarisme comme nécessaire dégénérescence du capitalisme.
Pour Hayek, la socialisation de l'économie et l'intervention
massive de l'État sur le marché débouchent sur la suppression des
libertés individuelles ; il n'existe pas de différence de nature mais
seulement de degré entre le communisme et son imitateur le nazisme,
entre socialisme et totalitarisme. C'est un succès commercial traduit
en 20 langues et ayant connu plus de 30 rééditions aux États-Unis. Son
édition abrégée dans le Readers' Digest en 1945 toucha environ 600 000 lecteurs américains, et une édition en images est même réalisée[6].
Dans la dynamique de son engagement politique, il fonde en 1947 la Société du Mont-Pèlerin, dont il sera le président jusqu'en 1961, passant le relais à l'ordolibéralWilhelm Röpke.
En 1950, il quitte la LSE pour l'université de Chicago. Refusé au
département d'économie, il enseigne finalement les « social thoughts ».
Sa position n'était pas rémunérée mais il était financé par des mécènes
comme le Liberty Fund.
Après le succès médiatique (essentiellement aux USA) de La Route de la servitude
et la notoriété de propagandiste qui lui colle à la peau, Hayek essaye
de regagner l'estime du monde universitaire et se concentre sur des
questions psychologiques en 1952, l'Ordre sensoriel ou épistémologiques, The Counter-revolution of science, après le virage poppérien de 1936 (« Economics and Knowledge », dans Individualisme et ordre économique), développeront ses idées de limitation de la raison individuelle, dans la filiation des Lumières écossaises.
De retour en Europe, il enseigne à Fribourg-en-Brisgau de 1962
jusqu'à sa retraite. Il profite de ces années pour écrire la trilogie
des Droit, législation et liberté, tout en intégrant pleinement le paradigme évolutionniste (troisième terme entre nature et culture) que les articles des Studies... avaient préparé, lui permet d'affiner son vocabulaire (catallaxie, kosmos et taxis, nomos/thesis, démarchie) et de constituer une sorte de somme de sa pensée ; son dernier ouvrage, La Présomption fatale, est une variation sur le thème de la réfutation du socialisme.
En 1974,
il reçoit le prix Nobel en économie (en même temps que le socialiste
Gunnar Myrdal), pour ses travaux des années 1930 sur la théorie du
cycle. De plus en plus reconnu, il reçoit en 1991 la Presidential Medal
of Freedom, plus haute récompense civile américaine.
Son refus de la planification est également enrichi et étayé par ses réflexions psychologiques sur l'ordre sensoriel. D'après Friedrich Hayek, la perception
du monde que capte chaque individu est nécessairement idiosyncrasique.
Chaque individu ne peut pas saisir la réalité dans toute sa complexité,
il la perçoit en fonction des circonstances de temps et de lieu. De ce
fait, comment des gouvernants pourraient-ils légitimement et
scientifiquement intervenir dans les choix économiques des individus ?
Contre les constructivistes
de gauche et de droite, le philosophe et économiste a livré un combat
qui se situe également sur le plan juridique et institutionnel. À la
suite d'Adam Ferguson et des autres auteurs phares des Lumières écossaises, Hayek
a montré sa préférence pour des instances « résultant de l'action des
hommes, mais non de leurs desseins ». Selon lui, la meilleure garantie
pour la préservation de la liberté et le maintien d'une société
civilisée réside dans la défense d'un ordre spontané
qui permet « la mise en ordre de l'inconnu », et n'émanant pas d'un
cerveau planificateur - sans pour autant se confondre avec une sorte
d'organisme naturel. Hayek s'inscrit donc dans une logique
évolutionniste, qu'il oppose au constructivisme
socialiste et conservateur. C'est aussi pourquoi il considère que
l'ordre juridique ne peut découler du droit public, mais ne peut être
que la forme évolutive prise par le droit privé dans son continuel
processus d'essais et d'erreurs.
« Ce que je perçois seulement maintenant clairement est le
problème de ma relation à Mises, qui commence avec mon article de 1937
sur l'économie de la connaissance. Celui-ci était une tentative de
persuader Mises lui-même que lorsqu'il soutenait que la théorie du
marché était a priori, il avait tort ; seule la logique de l'action
individuelle peut être considérée comme a priori. Mais à partir du
moment où vous passez de celle-ci à l'interaction de plusieurs
personnes, vous entrez dans le champ de l'empirique. » (Hayek on Hayek,
an autobiographical dialogue)
Développant la théorie des fluctuations économiques (vision autrichienne des cycles) déjà esquissée par Ludwig von Mises, il soutient que les crises économiques sont provoquées par les politiques monétaires expansionnistes des banques centrales, et que la seule façon d'en sortir est de laisser jouer les forces du marché.
L'économie se trouve comparée dans cette théorie à la nature, son
fonctionnement repose alors sur des lois, comme dans les sciences dures.
La meilleure solution pour Hayek sera donc de laisser l'économie suivre
sa tendance naturelle qui fonctionnne parfaitement seule.
Il s'oppose aux intellectuels socialistes ou constructivistes,
qui croient que l'on peut refaire le monde à partir d'un projet de
société théorique. Plus généralement, il combat toutes les idées
affirmant qu'il est possible et souhaitable d'agir sur l'économie au nom de l'intérêt général, dont il récuse l'existence (cf. Droit, législation et liberté, vol. II). Il cherche à expliquer notamment comment l'intervention étatique dans le marché ne génère qu'inflation, chômage, récession ou dépression.
Comme la plupart des libéraux depuis Tocqueville, Hayek considère que la démocratie est un moyen, et non une fin en soi : « Que dans le monde occidental, le suffrage universel des adultes soit considéré comme le meilleur arrangement, ne prouve pas que ce soit requis par un principe fondamental » (dans Constitution de la liberté). Elle a uniquement l'avantage de permettre l'alternance politique
sans violence. Elle se doit cependant d'éviter la démagogie et
l'atteinte aux droits individuels qui résulterait d'un débordement
inconsidéré de la démocratie hors du champ restreint où elle doit s'appliquer.
Définissant ce qui sépare le régime démocratique du libéralisme, il note :
« Le libéralisme exige que tout pouvoir
- et donc aussi celui de la majorité - soit soumis à des limites. La
démocratie conduit au contraire à considérer l'opinion de la majorité
comme la seule limite aux pouvoirs gouvernementaux. La différence entre
les deux principes apparaît avec évidence si l'on envisage ce à quoi ils
s'opposent respectivement : le gouvernement autoritaire pour la démocratie, le totalitarisme pour le libéralisme.
Il ajoute que la démocratie couplée à l'étatisme
tend à devenir totalitaire. Il considère que les citoyens des sociétés
occidentales ont cessé d'être autonomes en devenant dépendants des
bienveillances de l'État. Il est néanmoins à noter que Hayek ne s'est jamais considéré comme un chantre de l'État minimal.
Tout critique qu'il fut envers les politiques interventionnistes, il
estimait que l'État était habilité à contrôler les poids et mesures, à
lever des impôts, à garantir la construction et l'entretien des routes, etc. De même, il était favorable à un revenu minimum !
Pour éviter la dérive totalitaire inhérente à la démocratie illimitée, Hayek propose un système baptisé démarchie.
À côté d'une Assemblée parlementaire uniquement chargée d'exécuter les
vœux de la population (mais restreinte à la représentation des personnes
ne dépendant pas de l'État), il juge indispensable d'instituer une
sorte de Sénat, qui détiendrait l'exclusivité de la fonction législative
(celle-ci étant réservée à l'élaboration de règles de conduite
générales). Cette Chambre haute serait composée de nomothètes âgés de 45
à 60 ans, dont un quinzième serait renouvelable annuellement. Par
ailleurs, une Cour constitutionnelle composée d'anciens membres de
l'Assemblée législative couronnerait cette architecture
institutionnelle.
Institutions
Friedrich Hayek s'est inspiré de l'approche de Carl Menger
en ce qui concerne les institutions, mais à la différence de dernier,
il n'établit pas la même classification claire (Institution pragmatique
vs institution organique). Friedrich Hayek distingua les organisations
(taxis) et les ordres spontanés (cosmos). Les organisations sont des
institutions qui présentent une planification explicite et consciente
pour atteindre les objectifs de quelqu'un (ou d'un groupe). Les
institutions, dont l'axe est orienté vers un ordre spontané, comportent
des règles abstraites indépendamment de l'objectif de quelqu'un, en plus
de permettre aux individus d'atteindre leurs objectifs. Ainsi, la
distinction de Friedrich Hayek entre les organisations et les
institutions ne concerne pas l'origine de leur fondation. Friedrich
Hayek s'interroge si une institution existe pour servir les intérêts
spécifiques d'une personne ou d'un petit groupe, ou si elle existe pour
servir les intérêts d'une multitude de personnes. Par conséquent, sa
recherche s'appuie plutôt sur la structure interne des organisations ou,
plus précisément, sur la nature dynamique des systèmes de règles de
conduite (comportement des individus) qui existent ou qui émergent au
sein des institutions.
Éthique
L'éthique
semble étrangement absente de la pensée de Hayek, tout du moins si on
tient compte de l'importance qu'elle revêt pour d'autres libéraux ou
libertariens (Emmanuel Kant, Murray Rothbard, Hans-Hermann Hoppe,
etc.). La raison en est que Hayek refuse une approche constructiviste
et fait davantage confiance à la morale traditionnelle. Pour lui,
l'éthique ne peut être une création intellectuelle, c'est le produit
catallactique d'une évolution culturelle. Pour cette raison, les règles
de conduite que la morale traditionnelle incorpore sont économiquement
les plus efficaces.[8]
Citations de Friedrich Hayek
Pages correspondant à ce thème sur les projets liberaux.org :
« Personne ne saurait être un grand économiste en étant
seulement économiste et je suis même tenté d'ajouter qu'un économiste
qui n'est qu'économiste peut devenir une gêne, si ce n'est un danger. » (La Route de la servitude)
« La liberté, laissée à chacun d'utiliser les informations dont
il dispose ou son environnement pour poursuivre ses propres desseins,
est le seul système qui permette d'assurer la mobilisation la plus
optimale possible de l'ensemble des connaissances dispersées dans le
corps social. »
« L'économie de marché pourrait bien mieux développer ses potentialités si le monopole gouvernemental sur la monnaie était aboli. »
« Il est significatif que l'argument le plus courant contre la concurrence consiste à dire qu'elle est aveugle. Il est peut-être opportun de rappeler que pour les Anciens la cécité fut un attribut de la divinité de la justice. » (La Route de la servitude)
« Laisser la loi aux mains de gouvernants élus, c'est confier le pot de crème à la garde du chat. »
« La justice n'a pas à considérer les conséquences des diverses
transactions, mais à vérifier que les transactions elles-mêmes ont été
loyales. »
« La progressivité [fiscale] n'est rien de plus qu'une invitation ouverte à la discrimination. »
Cette citation, souvent caricaturée par les antilibéraux,
n'est en rien une défense de quelque dictature que ce soit. Elle pointe
du doigt qu'entre deux maux, la présence du libéralisme, et en
particulier de l'État de droit est bien plus importante que la façon dont le détenteur du pouvoir politique est déterminé. Voir despotisme légal.
« Imaginant que tout ordre est le résultat d'un dessein, les
socialistes en concluent que l'ordre pourrait être amélioré par un
meilleur dessein émanant de quelque esprit supérieur. Le socialisme
mérite pour cette raison une place dans tout inventaire sérieux des
diverses formes d'animismes. »
Citations sur Friedrich Hayek
« Au fil des ans, j'ai maintes et maintes fois demandé à mes
confrères qui croient en une société libre comment ils avaient réussi à
échapper à la contagion de leur environnement intellectuel
collectiviste. Aucun nom n’a été mentionné plus souvent comme source
d’illumination et de compréhension que celui de Friedrich Hayek. Comme
les autres, j'ai une dette immense envers lui. Son esprit puissant, son
exposé lucide et toujours basé sur des principes, ont contribué à
élargir et approfondir ma compréhension du sens et des conditions d’une
société libre. » (Milton Friedman)
« Une vision alternative devait venir au jour avant que le renversement du courant collectiviste puisse commencer avec Margaret Thatcher en Grande-Bretagne et Ronald Reagan
aux États-Unis. Cette vision est venue de nombreuses sources, mais si
un moment précis a pu marquer le début du renversement intellectuel qui a
rendu possibles les changements politiques ultérieurs, ce fut la
publication de The Road to Serfdom de Friedrich A. Hayek. » (Thomas Sowell)
« Pendant mes études supérieures, je suis tombé sur les écrits de
Friedrich Hayek et de Ludwig von Mises, qui m'ont tiré de mes croyances
socialistes de l'époque. Il y avait l'essai de Hayek, Individualism and Economic Order, et le Socialisme
de Mises, profond et troublant, qui me montraient que je n'avais
réfléchi à aucun détail - économique, social ou culturel - sur la façon
dont le socialisme
pouvait fonctionner. L'un de leurs arguments en particulier, sur
l'impossibilité d'un calcul économique rationnel sous le socialisme, m'a
stupéfié. » (Robert Nozick)
« L’œuvre entière de Hayek est un prodigieux effort scientifique
et intellectuel en vue de démontrer que la liberté de commercer et de
produire ne sert à rien — comme le vérifient ces nouveaux venus à la
philosophie de Hayek, les ex-pays socialistes d’Europe centrale et de
l’ex-Union soviétique et les républiques mercantilistes d’Amérique
latine — sans un ordre légal strict qui garantisse la propriété privée,
le respect des contrats et un pouvoir judiciaire honnête, capable et
totalement indépendant du pouvoir politique. Sans ces exigences de base,
l’économie de marché est une pure farce, c’est-à-dire une rhétorique
sous laquelle se poursuivent les exactions et la corruption d’une
minorité privilégiée aux dépens de la majorité de la société. » (Mario Vargas Llosa, Mort et résurrection de Hayek, Les enjeux de la liberté)
Perspectives libertariennes sur Hayek
« Constitution of Liberty
de F.A. Hayek est, étonnamment et tristement, un livre extrêmement
mauvais, et je dirais même, malsain. [...] Philosophiquement, Hayek, à
hauteur de ce qu’il nie, est un conservateur, dans le sens où il croit
que nous devons suivre aveuglément les traditions, même si nous ne
pouvons les défendre. [...] Tels sont les préjugés partisans qui
découlent de l’absence de principe solide chez Hayek, et qui
empoisonnent plus qu’ils contrebalancent les quelques passages et
sections de qualité dans les chapitres économiques du livre. » (Murray Rothbard)
« Nos analyses confirment le soupçon que la renommée de Hayek n’a
que peu de lien avec son importance comme théoricien de la société,
mais plutôt avec le fait que sa théorie ne pose aucune menace quelconque
pour l’idéologie étatique actuellement dominante de la social-démocratie,
et qu’une théorie marquée par la contradiction, la confusion et le flou
constituent un réservoir illimité pour les perspectives herméneutiques.
Celui qui cherche un champion de l’économie de marché et du libéralisme
doit regarder ailleurs. Mais il n’a pas à regarder plus loin que
l’enseignant et le mentor de Hayek : le grand et inégalé Ludwig von Mises. » (Hans-Hermann Hoppe, The Great Fiction, chap. 20, Hayek on Government and Social Evolution)
Notes et références
Ses travaux en psychologie sur l'ordre sensoriel, publiés en 1952, sont à la base, avec ceux de Donald Hebb, de la théorie du connexionnisme, théorie qui a de fortes implications sur l'avancée de l'intelligence artificielle ainsi que la théorie du constructionnisme, faisant le pont entre le processus cognitif de l'individu et l'ordre spontané de la société
The Cambridge companion to Hayek, p.32
The Cambridge Companion to Hayek, 2007, p.15
The Cambridge Companion to Hayek, p.39
En avril 1938, il publie Freedom and the Economic System, puis développe sa pensée dans les Public Policy Pamphlets des Presses Universitaires de Chicago en 1939.
Philippe Nemo, La Société de droit selon F. A. Hayek (1988). Présentation
exhaustive de la théorie hayékienne. Un ouvrage indispensable à la
bonne compréhension de ce qui fait l'originalité de
l'économiste-philosophe.
Ayn Rand : [video]Ayn Rand on F. A. Hayek : "Hayek est un modéré, soi-disant favorable au capitalisme, mais en réalité en faveur de l'économie mixte"
critique libertarienne : selon Hans-Hermann Hoppe (The Great Fiction, chapitre 20, Hayek on Government and Social Evolution) :
La vision de Hayek quant au rôle du marché et de l’État ne se distingue pas systématiquement de celle d’une social-démocratie moderne ;
L’explication directe des idées social-démocrates de Hayek tient à sa définition contradictoire, et donc absurde, de « liberté » et de « coercition » (les impôts ou le service militaire obligatoire ne lui semblent pas coercitifs)
Hayek est un relativiste éthique, il rejette l’idée d’une éthique cognitive
Il nie l’existence de la rationalité humaine, ou du moins la
possibilité de reconnaître toutes les causes et conséquences indirectes
de l’action humaine.
A) - Alexis de Tocqueville – La réhabilitation des Français
B) - Alexis de Tocqueville
C) - Divers posts sur l'Université Liberté
D) - « Tocqueville est un penseur pour les temps difficiles comme les nôtres »
E) - Discours de M. Henri-Dominique Lacordaire, prononcé dans la séance
publique du 24 janvier 1861, en venant prendre séance à la place de M.
de Tocqueville