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mai 23, 2026

INFORMATIONS FRANÇAISES - MAI 2026

Sommaire:

A) - Déficit public : la Commission européenne alerte sur une possible dégradation à 5,7 % du PIB en 2027

B) - Interview de Christophe Eoche-Duval : La « folie normative » a désormais son thermomètre et c’est une initiative civique

C) - Emmanuel Macron et le malentendu d’un double quinquennat

D) - Le temps d’une décision… Ou d’une indécision

E) - L’indépendance de la presse ? 175 millions d’euros d’aides de l’État : la grande hypocrisie médiatique

 

 


 

A) - Déficit public : la Commission européenne alerte sur une possible dégradation à 5,7 % du PIB en 2027  

La Commission européenne a publié jeudi 21 mai ses nouvelles prévisions économiques, dans lesquelles elle anticipe un déficit public de la France stable à 5,1 % du produit intérieur brut cette année, avant une remontée à 5,7 % en 2027 en l’absence de mesures correctrices supplémentaires. Ces projections contredisent l’objectif affiché par le gouvernement français, qui espérait ramener le déficit à 5 % dès 2026.

La trajectoire française reste éloignée du seuil de 3 % fixé par le pacte de stabilité européen. La France fait déjà l’objet d’une procédure pour déficit excessif depuis l’été 2024, comme sept autres pays de la zone euro. La Commission doit présenter début juin ses évaluations détaillées des budgets nationaux, ce qui pourrait entraîner des recommandations contraignantes si la réduction du déficit est jugée trop lente.

Le chiffre de 5,1 % pour cette année intègre pourtant le plan d’économies de six milliards d’euros annoncé mi-avril par le Premier ministre Sébastien Lecornu, ainsi que des aides ciblées sur les secteurs les plus exposés à la hausse des prix de l’énergie. L’exécutif bruxellois précise que la projection de 5,7 % pour 2027 est calculée « à politique inchangée », c’est-à-dire sans tenir compte des futures mesures de redressement qui pourraient figurer dans le prochain projet de loi de finances, ni de la prolongation de certaines recettes fiscales temporaires.

La croissance française, elle, a été revue à la baisse, à 0,8 % cette année contre 0,9 % anticipé auparavant. La Commission souligne toutefois que la France résiste mieux que l’Allemagne et l’Italie au choc énergétique lié au conflit au Moyen-Orient, grâce à son parc nucléaire qui limite la dépendance aux énergies fossiles. L’inflation française, qui restait modérée avant l’embrasement régional, devrait atteindre 2,4 % en 2026 avant de redescendre à 1,8 %, un niveau inférieur à la moyenne de la zone euro.

Le Premier ministre Lecornu a maintenu jeudi l’engagement de ramener le déficit sous les 3 % d’ici 2029, tout en annonçant de nouvelles aides pour les entreprises et les ménages touchés par la crise énergétique. Il a insisté sur la nécessité de réaliser des économies en parallèle de ces soutiens, sans donner de détail immédiat sur leur financement. Le gouvernement doit transmettre à Bruxelles, d’ici la fin du printemps, un plan budgétaire pluriannuel crédible, sous peine de voir la procédure de déficit excessif durcie.

La dette publique française dépasse désormais 110 % du PIB et son coût de financement a augmenté avec la remontée des taux d’intérêt. Selon des données de l’Insee, la charge de la dette est devenue le deuxième poste de dépense de l’État, derrière l’éducation nationale.

Antoine

https://multipol360.com/deficit-public-la-commission-europeenne-alerte-sur-une-possible-degradation-a-57-du-pib-en-2027/ 

 


 

B) - Interview de Christophe Eoche-Duval : La « folie normative » a désormais son thermomètre et c’est une initiative civique

La NRP a demandé à Christophe Eoche-Duval, haut-fonctionnaire et expert, pourquoi faut-il se féliciter des efforts de mesurer la « folie normative » très franco-française, avec l’annonce du bilan 2025 par Vigienormes.

NRP : Pouvez-vous nous rappeler ce qu’est le baromètre Vigienormes ?

Christophe Eoche-Duval : Ce baromètre (vigienormes.fr) est une initiative de 2025 du think tank Contribuables associés auquel j’ai prêté mon expertise comme spécialiste de la « volumétrie normative ». Je me félicite de cette initiative civique qui montre aujourd’hui qu’une simple association de citoyens engagés fait plus et mieux qu’à la fois le Sénat, l’Assemblée nationale et Matignon. Pourquoi ? Parce qu’aucune de ces trois institutions n’est capable de tenir un baromètre officiel – au moins le mois – ni de la norme en général ni de la norme qu’ils produisent ou sont censés contrôler !

Cette lacune devrait interpeller davantage, dans une démocratie et un État modernes. Y aurait-il une politique publique crédible de lutte contre l’inflation des prix s’il n’avait été pris la décision depuis 1913 de mettre en place un « indice des prix » de plus en plus scientifique et indépendant ? On peut toujours discuter de l’indice des prix de l’INSEE, de son panier retenu, de la manière dont on a l’impression qu’il reflète bien ou imparfaitement ce que ressent la ménagère dans les achats de son caddie. Peu importe. Il existe, et il force à son tour – par sa transparence et son étalon – les efforts en matière de lutte contre l’inflation comme oblige à rendre compte politiquement. S’agissant de la production des normes, il n’y a rien. La « planche à normes » est sans contrôle, presque hors contrôle. On n’a pas encore assez pris conscience, non seulement de l’importance quantitative de la folie réglementaire, mais aussi de son interaction avec la courbe des prélèvements obligatoires et la courbe de l’endettement public. Jusqu’à l’initiative de Contribuables associés avec mon aide, aucun indicateur n’existait jusqu’en 2025 ! Jacques Chirac pouvait alerter en 1995 « trop de lois tue la loi », il exprimait, sans doute, une intuition d’un sentiment d’un « ras le bol » des normes, mais sans preuve, et, surtout, puisqu’il n’y avait pas eu d’indicateur de l’indice des « normes 1995 », à sa sortie du pouvoir en 2007, aucune confrontation de la réalité de ses efforts avec l’indice « 2007 », pour justifier avoir exécuté ses engagements. Les docteurs de la Politique n’ont pas de thermomètre.

NRP : Qu’est-ce qui a changé entre 1995 et 2025 ?

C.E.D : Grâce à la numérisation du Journal officiel (Légifrance), nous disposons maintenant de la preuve scientifique de la volumétrie, puisque tout texte juridique s’écrit forcément en « mots », seul indice fiable. Et les mots, on sait désormais les décompter grâce à vigienormes.

Vigienormes sert donc à rendre public, d’une part, l’évolution chaque mois de 20 codes témoins, qui sont les plus importants pour les administrés ou les entreprises, et, d’autre part, le compteur du volume global du droit national étatique en vigueur.

Ce qui vient de changer le 6 mai dernier, c’est que nous ne pouvions donner jusqu’ici que les données de l’évolution normative mensuelle de 20 codes témoins, c’est déjà un exploit, mais nous ne pouvions qu’avoir l’estimation (pour des raisons algorithmiques complexes sur lesquelles je n’ennuierai pas le lecteur) et non la réalité au mot près de la somme des 77 codes en vigueur et des environ 121 000 textes non codifiés. Désormais, avec Contribuables associés, cette somme vertigineuse est publiée – avant même Matignon – et il est ahurissant : 50 913 374 mots, soit 2828 heures de lectures en continu pour que, « nul n’étant censé ignorer la loi », le citoyen ou l’entreprise ne risque pas d’être en infraction et sanctionné. Un chiffre record auquel moi-même je ne m’attendais pas, qui, sur 2004-2026, aura grimpé à plus de 100 %.

NRP Pourquoi votre étonnement ?

C. E.D : Je pensais qu’on serait davantage autour de 1,8 à 2 % d’inflation entre 2024/2025 car les observateurs constatent qu’à la suite de la dissolution, et du temps venu des « majorités relatives » (ou comme on préfère des « majorités absolues impossibles »), la production de lois ralentit. Faute de trouver des majorités suffisantes. Par voie de conséquence, le nombre de décrets d’application des lois ralentit, tout va ensemble. Mais finalement, l’inflation définitive de 2,72 % montre, au contraire, que la dynamique, malgré le contexte, ne freine pas. Deux raisons. Ancien marin, je l’illustre par cette première image. Si le porte-avions Charles de Gaulle décide de stopper les machines, on dit qu’il continue d’avancer « sur son erre » sur plusieurs milles. Pour le « freiner », il faut battre en retraite. C’est la même chose pour les normes : le volume est tel que la technocratie a de quoi continuer à l’auto-alimenter. Qu’est-ce que cela aurait été si le gouvernement Attal, Barnier et Lecornu avait continué, comme par le passé, à jouir de majorités législatives « presse-bouton » acceptant tout ce qui leur est soumis au vote ?! Seconde raison que mes travaux ont démontrée : le paradoxe des années 2000 est moins de textes, mais des textes de plus en plus « bavards ». L’un compense l’autre, en mal.

Force est de le constater, il n’y a aucune volonté politique de baisser la pression normative. D’ailleurs, je mets au défi le Premier ministre de citer une instruction ou une circulaire adressée à ces ministres et à ses administrations depuis le 9 septembre 2025 de réduire la pression, en abrogeant significativement des normes inutiles, bureaucratiques, coûteuses et en le prouvant par une baisse mesurable, avant et après. Il y a un discours de façade sur la « simplification » administrative, ce discours de façade ressort de ce que j’appelle une forme de « clientélisme anti-normatif ». De Chirac à Macron en passant par le « choc de simplification » de Hollande, on surfe sur l’impopularité des normes pour faire croire qu’on va s’en occuper. Du bout des doigts, sans indicateur de reporting, s’empilent des projets décousus de fil rouge, à pure communication politique : tel le projet de loi « simplification de la vie de l’entreprise », encore encalminé à cause du refus du gouvernement de laisser la main au Parlement sur la simplification des « ZFE-m », comme tel le projet « simplification des normes des collectivités territoriales », qui vient d’être déposé, qui a déjà fait sourire l’AMF. Ces projets rabotent le micro du millimètre du roc de la montagne normative.

NRP : Quelles conséquences tirez-vous d’un point de vue de science politique ?

C.E.-D : Ce qui arrive à notre pays est particulièrement grave et inquiétant. L’ensemble de la littérature comparée accrédite une exception française. Grande-Bretagne, Allemagne, Pays-Bas feraient plus et mieux que nous en réduction de leur pression normative. Or ils ont les mêmes contraintes que nous (excepté la Grande-Bretagne) des normes européennes. La question européenne n’est donc pas uniquement la faute de la folie normative française. Cette folie normative a deux conséquences : elle entraîne des charges pour les entreprises et décourage l’entrepreneuriat, fait peser des contraintes sur la liberté d’action des administrés et même prend un caractère illibéral, engendre des charges administratives pour l’État et les collectivités locales, coûts qui se traduisent à leur tour par une baisse de compétitivité et une hausse des prélèvements obligatoires. Lesquels à leur tour se traduisent par de l’endettement public, quand – et à cause des normes pénalisant l’activité – il faut recourir à l’emprunt pour maintenir le « train de vie » de l’État, plutôt que la baisse des dépenses publiques. Tout est lié. C’est un cercle vicieux. Si demain, en 2027, on vient nous dire : « Je m’attaquerai à la dette publique », sans s’attaquer à la courbe de l’inflation des normes, je mets en garde contre le caractère soit mensonger soit irréaliste de cette promesse électorale. Baisser la folie normative, et non « simplifier » ou « ripoliner » les codes, doit être une des priorités publiques nᵒ Pour recouvrer d’abord la maîtrise démocratique de la création de norme, dans un pays largement devenu une « technocratie à mode électif », et ensuite des marges de compétitivité économique.

Je n’attends qu’une chose : que le Parlement « nationalise » vigienormes, cela voudrait dire – au-delà de l’hommage rendu à ce site de contribuables associés – qu’enfin l’État commence à s’engager sur des objectifs chiffrés de freiner, réduire, supprimer, alléger des normes. Je crois à l’objectif de réduction de 25 % de ces 50 millions de mots sur un quinquennat. Sinon, à la fin 2032, on fêtera les 100 millions ? L’URSS en a rêvé, la France l’aura fait.

https://nouvellerevuepolitique.fr/la-folie-normative-a-desormais-son-thermometre-et-cest-une-initiative-civique/



 

C) - Emmanuel Macron et le malentendu d’un double quinquennat

Il reste un an avant que la France ne se donne un successeur à Emmanuel Macron. Une longue année que l’actuel président entendra sans doute mettre à profit pour parfaire l’image qu’il entend laisser à l’histoire de son double quinquennat.


En Afrique, d’Alexandrie à Nairobi, le chef de l’État a voulu valoriser son action à l’international, et démontrer que dans un contexte de reflux de l’influence française sur le grand continent la France gardait sa capacité d’attractivité tout en étant à l’écoute des aspirations identitaires des jeunes Africains. À voir pour la première, quand la façon dont le Président théorise les secondes pose un problème fondamental à la conception qu’il se fait de l’appartenance commune à notre Nation. Lorsqu’il affirme que l’on peut être tout à la fois à 100 % français, et se réclamer tout autant et avec autant d’engagement d’une autre fidélité, Emmanuel Macron mélange la question de la citoyenneté avec celle des origines, sous couvert de la défense de la binationalité qui, au demeurant, ne constitue qu’une partie du problème qu’il entend traiter. Pour autant, Emmanuel Macron boucle en quelque sorte sa boucle, lui qui, candidat en 2017, se faisait le chantre des communautés dans un discours de campagne à Marseille, et qui, à Lyon, toujours dans sa conquête de l’Élysée, niait l’existence d’une culture française. S’il est un domaine où l’hôte élyséen, en dépit de nombreux “allers-retours”, aura néanmoins marqué une forme de relative constance, c’est bien celui de sa conviction que la France a vocation à devenir un “ hub” où les identités transitent et in fine acculturent la citoyenneté à une vision communautariste de la cité. Après des décennies de dérégulation migratoire, accélérée par des jurisprudences contraignant toujours plus les politiques de maîtrise et de contrôle, les Français ne l’avaient certainement pas élu pour qu’il acte le décès de leur modèle universaliste de citoyenneté, au travers d’une sémantique objectivant le communautarisme et dévitalisant encore plus qu’il ne l’était déjà le paradigme assimilationniste. En quelque sorte, le Président aura répondu à une question qui ne lui était pas posée, ou dans tous les cas qui ne lui était pas posée dans ces termes, prenant par ses propos le parti d’une pensée “postcoloniale“” orthogonale de notre forge républicaine.


Le moteur de sa victoire électorale était principalement porté par le crédit dont il jouissait dans le domaine économique : les enjeux de relance de la croissance, de gestion des finances publiques, de défense de l’initiative et du tissu entrepreneurial constituaient au demeurant à ses yeux les facteurs-clés pour combattre les logiques d’assignation qu’il dénonçait à juste titre. À quelques mois d’une échéance présidentielle capitale, les indicateurs après 10 années de macronisme sont, hélas, en berne : un déficit public de près de 6 % et une dette publique de 122 % du PIB, un service de celle-ci en hausse, un risque non négligeable de récession, un record de près de 70 000 faillites d’entreprises sur douze mois, une pression inflationniste persistante et un retour du chômage à plus de 8 %… Le marqueur existentiel des forces de gouvernement qu’il entendait incarner, c’est-à-dire l’alliage du réalisme et de la compétence, est en fin de quinquennat collisionné par un bilan dont ses opposants tant à droite qu’à gauche ne manqueront pas de souligner le passif. Ce faisant, le bloc centriste qu’il a fait tenir non sans habileté toutes ces années est lui-même profondément affecté par un inventaire dont tous les candidats probables de son camp apparaîtront, de Monsieur Philippe à Monsieur Attal, comme solidairement comptables…


Tout le malentendu de la présidence Macron n’aura-t-il pas dès lors été de cocher les cases d’un agenda dont la Nation n’exigeait pas la mise en œuvre quand le mandat qu’il avait reçu des Français, redresser notre économie pour restaurer la puissance française et affermir notre modèle républicain, sera non seulement resté lettre morte mais plus encore aura conduit à une aggravation de la situation ? L’année préélectorale dans laquelle nous sommes d’ores et déjà entrés ne suffira pas à effacer cette impression d’un “en même temps“ inversé où Emmanuel Macron aura fait ce que le peuple n’exigeait pas de lui et oublié de répondre à ce que les Français attendaient principalement de son exercice du pouvoir ainsi que de ses politiques publiques. Plus qu’un malentendu : un détournement de la mission qui lui avait été confiée…

Arnaud Benedetti

Ancien rédacteur en chef de la Revue politique et parlementaire, Arnaud Benedetti est professeur associé à Sorbonne-Université, essayiste et spécialiste de communication politique. Il intervient régulièrement dans les médias (Le Figaro, Valeurs actuelles, Atlantico, CNews, Radio France) pour analyser les stratégies de pouvoir et les mécanismes de communication. Parmi ses ouvrages figurent Le Coup de com’ permanent (Cerf, 2018), Comment sont morts les politiques ? Le grand malaise du pouvoir (Cerf, 2021), ainsi qu’Aux portes du pouvoir : RN, l’inéluctable victoire ? (Michel Lafon, 2024). Ses travaux portent sur les transformations du discours public et les évolutions de la vie politique française.

https://nouvellerevuepolitique.fr/emmanuel-macron-et-le-malentendu-dun-double-quinquennat/ 

 


 

D) - Le temps d’une décision… Ou d’une indécision

« Cet échec reste pour moi une blessure profonde. Elle a beau se refermer, elle laisse toujours une cicatrice ».
 IREF: https://contrepoints.org/bruno-le-maire-pretend-vouloir-chasser-la-dette-publique-mais-son-bilan-budgetaire-est-desastreux/

Ainsi parle Bruno Le Maire, prolixe écrivain, ex-Ministre quasi-indéboulonnable de l’Économie et des Finances de Jupiter, dans son dernier récit au titre évocateur, Le temps d’une décision[1]. Ainsi, avons-nous rendez-vous avec l’Homme, sa passionnante vie, la Grande Histoire qu’il fait et la Petite Histoire dont il est la malheureuse victime, tout au long de ces trois cents pages de ce récit à vous couper le souffle. Comme toujours, avant d’appréhender la substance de son dernier opus magnum, il est essentiel de rappeler le parcours exceptionnel de ce brillant homme politique, rarement effleuré par le doute cartésien. Une fois levé le voile sur ce destin hors-normes, nous sommes en mesure d’apprécier la densité de ce brillant récit d’expert es-politique intérieure et extérieure qu’il est manifestement, contre vents et marées. Enfin, nous pourrons porter un jugement sur ce brillant exercice de style qui s’apparente à maints égards à un bibelot d’inanité sonore.

Qui est Bruno Le Maire ? Un brillant homme politique bardé de certitudes

Bruno Le Maire, né le 15 avril 1969 à Neuilly-sur-Seine, est un homme politique et écrivain français. Normalien et énarque (sorti au Quai d’Orsay où il ne fait qu’un passage éclair et remarqué), il est directeur de cabinet du Premier ministre Dominique de Villepin entre 2006 et 2007, puis est élu député sous la bannière de l’Union pour un mouvement populaire (UMP) dans l’Eure à partir de cette dernière année.

Il occupe les fonctions de secrétaire d’État aux Affaires européennes de 2008 à 2009, puis de ministre de l’Agriculture pendant près de trois ans au sein des deuxième et troisième gouvernements de François Fillon. Il est de nouveau élu député en 2012, et brigue sans succès la présidence de l’UMP en 2014 face à Nicolas Sarkozy. Il se présente à la primaire de la droite et du centre en vue de l’élection présidentielle de 2017, et obtient 2,4 % des voix. En 2017, il devient ministre de l’Économie dans le premier gouvernement Philippe, sous la présidence d’Emmanuel Macron. Son portefeuille est élargi aux Finances le mois suivant, dans le second gouvernement Philippe, puis à la Relance dans le gouvernement Castex. En 2022, après la réélection d’Emmanuel Macron, il reste à Bercy avec l’intitulé « ministre de l’Économie, des Finances et de la Souveraineté industrielle et numérique », dans le gouvernement Borne ; il est reconduit en 2024 dans le gouvernement Attal. Sa principale réforme durant cette période est la loi relative à la croissance et la transformation des entreprises (dite « loi PACTE »), adoptée en 2019.

Après son départ du gouvernement français en 2024, il commence à enseigner les politiques publiques et la géopolitique à l’université de Lausanne. Alors qu’il a été ministre de l’Économie et des Finances pendant plus de sept ans, un record, il devient le ministre le plus éphémère de la Ve République en devenant ministre des Armées dans le gouvernement Lecornu I durant à peine une journée en octobre 2025[2].

De ce brillant parcours exceptionnel, Bruno Le Maire en tire une analyse de notre monde et de notre France ! Une authentique histoire française qu’il nous relate dans son dernier ouvrage

Qu’écrit Bruno Le Maire ? Un brillant récit d’expert es-politique intérieure et extérieure

Le moins que l’on soit autorisé à dire est que Bruno Le Maire a une excellente plume. Nul ne le conteste. Il dispose également d’indéniables talents de portraitistes des grands de ce monde qu’il fréquente régulièrement au cours de ces dernières années avant qu’il ne quitte, bien malgré lui, les allées du pouvoir et les ors de la République. Nul ne le met en doute. Il nous narre par le menu ses rencontres avec des quidams à Chamonix, à Dax et dans d’autres villes de France et de Navarre. Nul ne met en doute sa sincérité d’élu proche du peuple. Il pose un diagnostic pertinent sur notre société : « La décision est l’essence de la politique. Elle est devenue le talon d’Achille des démocraties ». Nul ne peut critiquer sa capacité de jugement.

Son récit est parfaitement structuré autour de quelques idées simples qu’il expose clairement en introduction de son opus magnum (Qui décide ? Comment ?) qu’il présente à jet continu sur les plateaux de télévision où il semble tout à fait à l’aise.

Au titre du Thème I, il se livre à un panorama exhaustif du monde d’aujourd’hui à travers un exposé détaillé de l’évolution des relations internationales de 2003 à 2025 : « l’aube carnivore » ; le « panthéon noir » ; le « labyrinthe technologique » ; la relation entre pouvoir et de l’argent et les sociétés secrètes que sont Davos, le Bilderberg, le Vatican. Le tableau est ainsi planté. Bruno Le Maire peut alors dérouler son raisonnement dans ses deux thèmes suivants.

Sous le titre du Thème II, après un détour par Ligardes dans le Gers, notre grand homme nous rappelle les trois actes de la grande paix avec les illusions de la Fin de l’histoire chère à Francis Fukuyama après la chute du Mur de Berlin critiquées par Samuel Huntington avec son Choc des civilisations ; la proie facile européenne, la machine technocratique tournant à vide ; l’éclipse et l’impuissance européenne. Le jugement est sans concession tant tout va mal en ce bas monde.

Suivons le fil de sa pensée et de sa plume pour mesurer le fossé existant entre la théorie et la pratique !

Que retenir de ce brillant exercice de style ? Un bibelot d’inanité sonore

S’il est un parfait analyste de la vie politique française et de la scène internationale, Bruno Le Maire est un piètre prévisionniste clairvoyant. S’il excelle dans les descriptions de l’Histoire passée qu’il émaille de très nombreux souvenirs personnels à l’intérêt limité, son sens de la prospective apparait aujourd’hui comme une asymptote de zéro. À plusieurs reprises, notre homme reconnait, aujourd’hui, implicitement ou explicitement, ses erreurs d’appréciation passées.

Sur le plan extérieur, le défenseur de l’Union européenne qu’il fut, émet de vives réserves sur son fonctionnement. Bonne dans la défense, elle est défaillante dans l’attaque. Mais, nous n’avons encore rien vu. Nous découvrons, sidérés, qu’à Bruxelles, ce que lui dit l’un de ses homologues étrangers : « Nous sommes ici pour échanger, pas pour décider ». Nous apprenons, avec stupeur, que « L’Union européenne et la France ont brutalement en partie de leur puissance en ratant la révolution numérique ». Et, le reste est à l’avenant. On en apprend plus sur le fonctionnement de l’Europe en ouvrant ses oreilles et en écarquillant ses yeux qu’en découvrant la prose le mairienne. Ceux qui, hier, osaient émettre la moindre critique sur la machine à normes bruxelloise étaient immédiatement cloués au pilori pour nationalisme, souverainisme et autres quolibets du même acabit. Auraient-ils eu raison trop tôt ? Auraient-ils fait preuve de bon sens, qualité qui fait tant défaut à notre normalien-énarque ? Même chose pour le multilatéralisme, mantra de la diplomatie jupitérienne, à propos duquel notre vedette hors-pair écrit : « … le chuchotement des enceintes multilatérales … les institutions multilatérales, empêtrées dans la lenteur de leur processus de décision et dans la complexité de leur organisation … ». En un mot comme en cent, vénérée hier avec dévotion, la gouvernance mondiale et européenne est aujourd’hui vouée aux gémonies. Dont acte.

Sur le plan intérieur, le réquisitoire de notre technocrate de haut-vol est sans appel sur le fonctionnement de la « monarchie présidentielle », version Jupiter qu’il a servi fidèlement aussi longtemps. Tout y passe dans ce registre tout au long du Thème III. Après un coup de chapeau à la « Grande Nation » dont il est fier, il se livre à une charge brutale contre la manie des gouvernements pléthoriques ; l’omnipotence et le poids de l’administration ; la vénération de la norme ; de la mécanique de la dette ; l’obsolescence du modèle économique français ; le monarque républicain (il propose, lui qui en a été le serviteur fidèle, la fin de la « monarchie présidentielle »[3]) ….

Sa pensée est parfaitement résumée quand il écrit que : « Nous avons en France un art consommé de créer des querelles sur des prétextes (futiles) pour éviter des débats sur nos problèmes (réels) ». Pourquoi n’en a-t-il rien dit et n’a-t-il pas démissionné lorsque le déficit des finances publiques se creusait d’une manière inquiétante ? Il ne le pouvait pas pour ne pas quitter le navire qui sombrait. Et, il ne le regrette pas. Comme aimait à le rappeler, Jean-Pierre Chevènement : « Un ministre, ça ferme sa gueule ; si ça veut l’ouvrir, ça démissionne ». Bruno Le Maire a fermé sa gueule et n’a pas démissionné. Bonjour le courage de cet homme orgueilleux au point de courber l’échine pour un maroquin ministériel, voire Premier ministériel (projet avorté) qui flatte son tout à l’égo.

Sa démonstration constitue un morceau d’anthologie de la pleutrerie de notre technocratie qui ne veut pas dire ce qu’elle voit mais que le monde entier nous envie.

Courage fuyons !

« La politique est une question de mots. Qui trouve les mots gagne la partie et donne la possibilité de décider ». Comment mieux résumer la pensée profonde de notre romancier à succès régulièrement publié chez le prestigieux éditeur, Gallimard que ne le fait Bruno Le Maire, ex-diplomate, ex-conseiller de ministre, de Premier ministre, lui-même ministre à plusieurs reprises et, aujourd’hui, en quête d’un improbable avenir hexagonal ? On l’aura compris. Avec Bruno, c’est du sérieux ! L’homme ne doute de rien. De ses multiples talents d’universitaire (ENS et ENA), d’érudit, d’écrivain, de diplomate, d’éminence grise sous divers Présidents, d’homme politique à l’échine souple, de futur Président de la République, d’homme de conviction, d’homme qui appelle à décider mais qui ne décide pas lorsqu’il le faudrait. Le lecteur l’aura compris. Nous ne lui conseillons pas la lecture de ce roman de guerre dénué d’épaisseur stratégique que nous serions en droit d’attendre de lui. En dernière analyse, le temps d’une décision ressemble à s’y méprendre à celui d’une indécision.

[1] Bruno Le Maire, Le temps d’une décision, Récit, Gallimard, 2026.

[2] https://fr.wikipedia.org/wiki/Bruno_Le_Maire

[3] Marie Pouzadoux, Bruno Le Maire plaide pour la fin de la « monarchie présidentielle », Le Monde, 28 avril 2026, p. 9.

https://lediplomate.media/tribune-le-temps-dune-decision-ou-dune-indecision/

 E) - L’indépendance de la presse ? 175 millions d’euros d’aides de l’État : la grande hypocrisie médiatique 

Une « indépendance » payée par le peuple pour enrichir les milliardaires

Ils se présentent comme les gardiens farouches de la liberté d’expression. Ils dénoncent les « ingérences » et les « pressions du pouvoir ». Ils se drapent dans le noble manteau de l’indépendance journalistique. Pourtant, en 2024, la presse française a encaissé 175,2 millions d’euros d’aides directes de l’État. Argent public, donc argent du contribuable.

Et qui en profite le plus ? Les groupes détenus par une poignée de milliardaires.

L’État français, c’est-à-dire vous et moi, finance grassement les médias contrôlés par les plus grandes fortunes du pays. L’indépendance ? Une vaste blague. La réalité, c’est une dépendance totale aux subventions publiques versées aux empires médiatiques des ultra-riches.

La carte qui dit tout : le « Parti de la Presse et de l’Argent »

La célèbre carte interactive du Monde diplomatique (« Médias français, qui possède quoi ? » – dernière mise à jour décembre 2025) expose sans fard cette réalité explosive.

La quasi-totalité des médias d’information qui « font l’opinion » est entre les mains d’une dizaine de milliardaires et de grands groupes industriels :

Bernard Arnault, Vincent Bolloré, la famille Dassault, Xavier Niel, Patrick Drahi… Le peuple n’a plus voix au chapitre dans les médias qu’il finance pourtant massivement.

Les grands gagnants : des millions pour les empires des milliardaires

Comme l’a révélé Jules Torres dans Le JDNews du 17 mai 2026, les chiffres officiels du ministère de la Culture (publiés en 2025 pour l’année 2024) sont édifiants :
  • Le Parisien / Aujourd’hui en France (Bernard Arnault, première fortune mondiale via LVMH) : 12,2 millions d’euros.
  • Le Figaro (famille Dassault) : 9,9 millions d’euros.
  • Le Monde et ses satellites (contrôlé par Xavier Niel et associés) : 7,8 millions d’euros.
  • Libération (Patrick Drahi) : 6,6 millions d’euros.
  • Ouest-France et d’autres grands groupes : plusieurs millions chacun. 

Au total, 527 titres ont touché ces aides, mais ce sont les grands groupes des milliardaires qui raflent la mise. Comme le soulignent régulièrement Acrimed, Oxfam et d’autres observateurs, plus de la moitié des aides profite à six ou sept grands groupes détenus par ces mêmes ultra-riches. Le contribuable modeste paie pour que les milliardaires puissent continuer à façonner l’opinion publique.

Une dépendance qui tue toute vraie liberté

Comment parler d’indépendance quand l’essentiel des revenus de nombreux titres vient directement de Bercy ?

Ces aides (pluralisme, diffusion, modernisation) sont censées préserver la diversité. En réalité, elles créent une chaîne de dépendance : les médias critiquent mollement le pouvoir… tant que les chèques continuent d’arriver. Pendant ce temps, les Français voient leurs impôts servir à subventionner des journaux qui souvent les méprisent, les traitent de « populistes » ou ignorent volontairement leurs préoccupations (immigration, pouvoir d’achat, insécurité). C’est le même schéma que pour les ZFE, les mariages sous OQTF ou le remplacement de population : on impose une narrative, et on finance ceux qui la relaient.

Le peuple finance ses propres chaînes

Le scandale est total. L’État prend l’argent des contribuables – artisans, ouvriers, familles modestes – pour le reverser aux empires médiatiques de milliardaires qui, par ailleurs, ne payent pas toujours leur juste part d’impôts ou délocalisent leurs profits. La carte du Monde diplomatique le montre noir sur blanc :

la presse n’est plus un contre-pouvoir, elle est devenue un outil de pouvoir entre les mains d’une oligarchie. Et c’est le peuple qui règle l’addition.

Le moment de vérité

175 millions d’euros par an. Voilà le vrai prix de cette prétendue indépendance. Le jour où ces aides seront supprimées ou strictement réservées à des médias réellement indépendants du pouvoir de l’argent, on verra enfin qui tient debout par ses seules ventes… et qui s’effondre comme un château de cartes. 

Le peuple n’est plus dupe. Il voit la connivence, il voit les biais, il voit les silences complices. Et il en a assez de financer une presse qui le regarde de haut tout en vivant à ses crochets. La vraie indépendance ne naîtra pas des subventions de l’État aux milliardaires. Elle naîtra quand les médias devront enfin choisir : servir le peuple… ou continuer à servir ceux qui les achètent. Le contribuable attend ce jour avec impatience.

https://multipol360.com/lindependance-de-la-presse-175-millions-deuros-daides-de-letat-la-grande-hypocrisie-mediatique/

 

 

janvier 07, 2026

25 millions de Français et Françaises ont un revenu dépendant de l’État des fonctionnaires sans le savoir !

En France, presque tout le monde est fonctionnaire sans le savoir 

Une grande partie des activités économiques dépendent de financements publics en France. La frontière entre public et privé s’efface. 25 et 30 millions de personnes ont un revenu qui dépend directement de l’État. Alors, les Français et Françaises seraient-ils tous fonctionnaires ?

On continue volontiers d’opposer les fonctionnaires, censés vivre de l’impôt, et les salariés du privé, qui relèveraient de l’économie réelle.


 

Pourtant, si l’on parle non plus des statuts, mais des flux d’argent public, le paysage change nettement. Une proportion importante des revenus considérés comme privés dépend en réalité de décisions publiques : remboursements d’assurance maladie, aides agricoles, marchés publics, subventions culturelles, crédits d’impôt, garanties accordées au secteur financier, contrats financés par l’État ou par les collectivités.

Selon les données de l’INSEE, 30,9 millions d’actifs travaillent pour le privé.

La fonction publique, au sens strict, rassemble environ 5,8 millions d’agents en 2023, soit près d’un emploi sur cinq. Si l’on ajoute les salariés du monde associatif, les professions libérales de santé, certains salariés du bâtiment et des travaux publics (BTP), les agriculteurs financés par la Politique agricole commune (PAC), les secteurs régulés comme l’énergie ou encore les services financiers adossés à la dette publique, on arrive rapidement à plusieurs dizaines de millions de personnes dont les revenus dépendent, directement ou plus indirectement, de financements publics.

L’objectif ici n’est pas d’être exhaustif. Presque tous les secteurs, à des degrés divers, s’appuient sur des mécanismes publics. Mais certains offrent des exemples particulièrement documentés. Cet article se concentre sur quelques cas emblématiques.

Secteurs dépendants de l’État

Il est utile de visualiser l’ensemble du paysage économique français à travers un tableau synthétique. Celui-ci montre comment se répartissent, secteur par secteur, les personnes vivant (directement ou indirectement) de fonds publics – et celles dont l’activité relève réellement d’un marché privé pur.

Nous avons utilisé les données de l’Insee – Fonction publique et emploi, l’Insee – Population active, l’INJEP – Emploi associatif, du ministère de la Culture – Chiffres clés culture, de la direction de l’Animation de la recherche, des Études et des Statistiques (DARES) – Chômage indemnisé, de France Travail, du ministère de l’Économie – Commande publique, MSA, du ministère de l’Agriculture et de la PAC, de la Fédération bancaire française, de France Assureurs, de l’UNÉDIC – Assurance chômage, de la Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques (DREES) – Retraites et France Digitale.

Dépendance à l'État

Tableau à 4 colonnes et 16 lignes. Trié par ordre croissant par colonne "Type de fonds publics mobilisés" (les en-têtes de colonnes avec boutons sont triables) 









Population réellement indépendante du financement publicActivités privées sans subventionsDépendance faible ou nulle5
Chômage indemniséAssurance chômageDépendance totale3
Professionnels de santé libérauxAssurance maladie obligatoireDépendance > 90 % du revenu1
Secteur médico-social, hôpitaux privés, cliniquesAssurance maladie, ARSDépendance très élevée1
Étudiants (18 ans et +)Bourses, aides logement, services publicsDépendance partielle3
Start-up, innovation, deep techCIR, Bpifrance, France 2030Dépendance élevée en phase initiale1
Culture, spectacle vivant, cinémaCNC, intermittence, subventionsDépendance structurelle1
BTP, infrastructures, ingénierieCommande publique (État + collectivités)Dépendance partielle à forte2
Banques et assurancesGarantie publique, dette d’État, régulationDépendance systémique2
Fonction publique (État, territoriale, hospitalière)Impôts, budget général de l’ÉtatDépendance totale6
Télécoms, industries réguléesLicences, concessions publiquesDépendance réglementaire0
Agriculture (exploitants + salariés)PAC + aides nationalesDépendance ≈ 55 % du revenu1

 

Le tableau ci-dessus n’inclut pas les 6 à 7 millions d’adultes inactifs non répertoriés dans ces catégories (personnes vivant du revenu du ménage, du patrimoine, ou en inactivité hors dispositifs sociaux). Cela explique l’écart avec la population adulte totale.

L’État structure le marché privé

L’idée d’un secteur autonome, évoluant hors de l’État, ne résiste pas longtemps à l’analyse. Dans de nombreux métiers, les revenus dépendent de tarifs publics, de mécanismes de remboursement, de subventions, de régulations ou encore de commandes publiques.

Plusieurs travaux d’économie publique de Mariana Mazzucato, de Michel Aglietta ou encore de Pierre-Noël Giraud ont montré combien les États structurent les marchés, souvent davantage qu’on ne le reconnaît dans le débat public.

Cette question de l’imbrication entre décisions publiques et activités privées traverse également mes propres travaux sur la figure de l’entrepreneur, qu’il s’agisse d’analyser comment les politiques publiques structurent les comportements de marché ou d’examiner l’effet des cadres réglementaires sur l’allocation des ressources.

L’État, premier client du pays

Une façon d’être dépendant de l’État, c’est tout simplement la commande publique. Autrement dit, tous les contrats payés par l’État, les mairies, les départements, les hôpitaux, les boîtes publiques comme la SNCF ou la RATP, et même par l’Union européenne.

Selon les données officielles du ministère de l’Économie, ces marchés pèsent presque 8 % du PIB. Ce poids est significatif à l’échelle de l’économie nationale. Concrètement, les marchés publics pèsent 80 milliards d’euros par an, les concessions, comme celle des autoroutes, représentent 120 milliards d’euros par an.

Historiquement, cette dépendance s’explique par le rôle central de l’État, depuis les années 1960, dans le financement et la planification des grands équipements collectifs comme les autoroutes, les chemins de fer, les hôpitaux ou les infrastructures énergétiques.

Ces projets nécessitent des investissements lourds et peu compatibles avec un financement purement privé. Dans les travaux publics, la dépendance à la commande publique est bien documentée. Selon la Fédération nationale des Travaux publics, les maîtres d’ouvrage privés ne représentent qu’un peu plus de 14 milliards d’euros, soit environ un tiers du chiffre d’affaires du secteur. Le reste provenant principalement de clients publics.

Les professionnels de santé, prestataires de service public

Plusieurs professions libérales exercent dans des cadres où l’État intervient fortement : tarifs, remboursements, implantation… Le cœur de leur activité est façonné par des décisions publiques. Ces professionnels sont prestataires d’un service public puisqu’ils fournissent une mission reconnue comme d’intérêt général, financée et régulée par l’État.

C’est particulièrement visible dans le domaine de la santé. Les médecins, infirmiers, masseurs-kinésithérapeutes ou pharmaciens, tirent l’essentiel de leurs revenus de l’assurance maladie obligatoire. Les tarifs sont fixés ou négociés au niveau national et les revalorisations dépendent de décisions gouvernementales.

Certaines rémunérations supplémentaires sont liées à des objectifs de santé publique. Par exemple, le dispositif Rémunération sur objectifs de santé publique (ROSP) valorise la prévention, le suivi des pathologies chroniques ou la vaccination.

La justice, une mission de service public

Les acteurs de justice, comme les notaires, les huissiers, les avocats ou les greffiers, travaillent eux aussi dans un cadre largement défini par la puissance publique.

Les tarifs qu’ils appliquent sont fixés par arrêté ministériel. Par exemple, l’acte authentique des notaires leur donne un monopole prévu par la loi. L’installation n’est pas totalement libre non plus. L’État encadre l’ouverture des offices, après l’avis de l’Autorité de la concurrence, ce qui crée une forme de numerus clausus sans le nommer.

Ces professions libérales exercent une mission de service public régulé, plutôt qu’un métier purement concurrentiel.

La start-up nation n’existe pas sans l’État

Même les start-up, qu’on présente souvent comme très indépendantes, bénéficient de nombreux dispositifs publics. Le crédit d’impôt recherche (CIR) réduit le coût des dépenses de recherche et développement (R&D). Il constitue l’un des leviers fiscaux les plus utilisés par les jeunes entreprises technologiques.

De son côté, Bpifrance intervient sous plusieurs formes, comme les garanties de prêts, les co-financements ou les avances remboursables. Elles permettent aux entreprises de lever des fonds ou d’amorcer leur activité dans des conditions qu’elles n’auraient pas obtenues seules.

Les programmes comme France 2030 ou les appels à projets sectoriels complètent cet ensemble, en orientant des financements vers des secteurs jugés stratégiques : petits réacteurs modulaires (SMR), hydrogène vert, véhicules électriques, etc.

Ces soutiens jouent un rôle stabilisateur évident.

Les exploitations agricoles subventionnées

Dans beaucoup d’exploitations agricoles, les aides publiques, qu’elles viennent de la politique agricole commune (PAC) ou de dispositifs nationaux, pèsent lourd dans l’équilibre économique. Les chiffres de l’Insee l’attestent : en 2021, les subventions d’exploitation représentaient en moyenne 38 % de l’excédent brut d’exploitation des fermes qui en bénéficient.

De 2010 à 2022, les aides directes ont couvert jusqu’à 74 % du revenu moyen des exploitations, toutes spécialités confondues.

Certaines filières, comme les grandes cultures ou l’élevage bovin, sont encore plus sensibles à ces soutiens. Sans cet argent, elles seraient dans une situation économique très fragile, comme le confirment plusieurs analyses de l’Insee. L’agriculture française avance donc, selon les années et les filières, quelque part entre marché et subvention, avec des équilibres qui ne reposent jamais entièrement sur les prix de vente.

La culture cofinancée par la puissance publique

D’après le ministère de la Culture, on parle d’environ 739 800 emplois dans le secteur. Une bonne partie de ces emplois existe grâce aux financements publics : théâtres, opéras, musées, festivals, institutions patrimoniales, écoles d’art, associations subventionnées, etc.

Par exemple, le cinéma français fonctionne en grande partie dans un cadre financé ou cofinancé par la puissance publique. Le Centre national du cinéma et de l’image animée (CNC) publie chaque année le montant des aides versées. En 2023, elles atteindraient 715 millions d’euros pour l’ensemble du secteur – production, distribution, exploitation. À cela s’ajoutent les crédits d’impôt cinéma, les financements des régions, et les obligations imposées aux diffuseurs (chaînes, plates-formes), devant consacrer une part de leur chiffre d’affaires à la création.

Dans les métiers du spectacle – un ensemble qui inclut le spectacle vivant mais aussi le cinéma et l’audiovisuel –, le mécanisme central est celui de l’intermittence. Il s’agit d’un régime d’assurance-chômage adapté aux artistes et techniciens qui alternent périodes d’emploi et de non-emploi. Ce système permet de lisser les revenus et, en pratique, mutualise le risque financier lié à l’irrégularité des projets artistiques – ce que rappelle régulièrement l’Unédic dans ses rapports.

La presse aidée

La presse écrite bénéficie elle aussi d’un ensemble d’aides publiques : subventions directes, TVA réduite à 2,1 %, et dispositifs spécifiques pour soutenir la diffusion. Depuis la loi Bichet de 1947, l’État veille à ce que la diffusion de la presse reste pluraliste et accessible sur tout le territoire. L’objectif est simple : éviter qu’un marché trop étroit ou trop concentré ne fragilise l’indépendance des titres. Les rapports publics consacrés aux aides à la presse rappellent régulièrement ce rôle structurant.

Selon le ministère de la Culture, ces aides à la presse représentent 21,4 % du chiffre d’affaires du secteur en 2021. Les rapports publics sur ces aides soulignent que, sans ce soutien, la situation financière de ces journaux serait encore plus dégradée, avec un risque accru de disparition de certains titres.

25 millions de Français et Françaises ont un revenu dépendant de l’État

Si on regarde uniquement les actifs et qu’on additionne tous les métiers qui dépendent peu ou beaucoup de décisions publiques – fonctionnaires, professions conventionnées, agriculture aidée, secteurs régulés, marchés publics, culture subventionnée, associations, start-up soutenues –, 25 et 30 millions de personnes ont un revenu qui dépend directement de l’État, d’une façon ou d’une autre.

Professeur des universités en sciences de gestion, Le Mans Université

À lire aussi : Quand le cynisme mine l’engagement dans la fonction publique…

 


                    

 42 millions de Français ont un revenu dépendant de l’État : 

6 M de fonctionnaires 

12 M privé cofinancé par l'État 

7 M chômeurs + aidés 

17 M de retraités 

Seulement 5 M de privé sans subventions 

 La France, un pays communiste. Afuera!   Philippe Herlin

 

Magnifique lettre de Jules Simiand Brocherie, jeune entrepreneur, fondateur de ExtraStudent
Lettre à mon (très) cher État

« À toi, mon très cher État, il faut que l’on se parle avant que l’on parte.

Pourquoi tant de défiance envers ceux qui entreprennent ? Pourquoi ce regard soupçonneux sur ceux qui osent, qui tentent, qui construisent ?
Tes talents fuient.

Hier, ils étaient âgés et riches. Aujourd’hui, ils sont jeunes et pauvres.
Ils ne partent pas avec des comptes remplis, ils partent avec une force de travail, des idées et quelques économies.

Ils partent parce que l’herbe est plus verte ailleurs.
Beaucoup te l’ont dit avant moi : la France est devenue l’un des pires pays pour entreprendre.

Et pourtant, tu as tout pour plaire me diras-tu.

Toi qui ne rates jamais un prélèvement, jamais un appel de cotisation, jamais une échéance URSSAF.

Toujours à l’heure pour encaisser,
beaucoup moins quand il s’agit de rendre.

Notre trésorerie suspendue à ton silence administratif.
Toi qui sais complexifier l’embauche,
rendre chaque CDI anxiogène,
transformer une séparation professionnelle en parcours judiciaire.

Toi qui sais si bien faire taire ceux qui veulent faire.

Toi qui es toujours là pour partager les bénéfices, mais étrangement absent quand il s’agit de pertes.
Le risque est privé,
la réussite est collective,
la sanction est individuelle.

Toi qui sais céder tes pépites aux étrangers
Alstom, Lafarge, Alcatel,
et laisser mourir celles qui résistent encore, comme Brandt, dans l’indifférence générale.

Toi qui demandes toujours plus à des entrepreneurs déjà à bout, à des agriculteurs, premiers entrepreneurs de France, qui n’arrivent même plus à se verser un salaire.

Toi qui regardes des dirigeants s’effondrer, des salariés pleurer, parce que le coût du travail empêche de mieux payer, parce que ton empathie s’arrête souvent au discours.

Beaucoup d’entre nous te quittent. Ils sont de plus en plus nombreux.
Tu ne les retiens pas. Tu les pointes du doigt. Tu les culpabilises. Tu as tort.

Ils seront mieux ailleurs et ne reviendront pas.

Je ne viens pas te dire que tout est foutu.
Je ne viens pas t’annoncer mon départ.
Je viens te dire qu’il reste des courageux. Mais que cette excuse du courage, cette injonction au patriotisme, ne tiendra plus longtemps si tu continues dans cette voie.

Entends nos cris. Accueille nos idées. Simplifie nos vies. Fais-nous confiance. Considère-nous. Et nous resterons.

Entrepreneurs, salariés, artisans, agriculteurs, nous avons des solutions concrètes.

 


Fonction publique

La fonction publique désigne un ensemble de personnes travaillant, sous certaines juridictions ou dans un cadre intergouvernemental, au sein des administrations publiques. Une personne travaillant dans la fonction publique est un fonctionnaire.

Les expressions « fonction publique » et « fonctionnaires » désignent souvent couramment un ensemble plus vaste de personnes travaillant pour des services publics ou d'utilité générale.

La fonction publique est caractérisée par ses privilèges statutaires, dénoncés par les libéraux.

En France, la haute fonction publique, essentiellement issue de l'École nationale d'administration, occupe régulièrement la tête des grandes entreprises françaises et constitue un vecteur privilégié de diffusion du planisme et de la mauvaise gestion publique. De par les privilèges dont elle jouit, elle constitue un pôle d'attraction pour une grande partie de la population, à la recherche d'une sécurité que n'offre pas le secteur privé. Madame de Staël remarquait déjà au XIXe siècle que « le premier article des droits de l’Homme en France, c’est la nécessité pour tout Français d’occuper un emploi public ».

L'École du Choix Public (James McGill Buchanan, William Niskanen et avant eux Jean-Baptiste Say) montre, comme tout individu, le fonctionnaire est motivé par son intérêt propre plutôt que par un indéfinissable intérêt général. En conséquence, la fonction publique se caractérise par des effets pervers :

  • productivité et rémunération sont déconnectées (nivellement des productivités dû à l'homogénéité des rémunérations) ;
  • sélection adverse (seuls les moins productifs restent dans la fonction publique) ;
  • du fait de l'absence de logique de marché : inefficacité, impossibilité du calcul économique, impossibilité de mesurer la satisfaction de l'usager ; bureaucratie ; irresponsabilité.

Citations

  • La fonction publique, la fonction privée ont toutes deux en vue notre avantage. Mais leurs services diffèrent en ceci, que nous subissons forcément les uns et agréons volontairement les autres ; d'où il suit qu'il n'est raisonnable de ne confier à la première que ce que la seconde ne peut absolument pas accomplir. (Frédéric Bastiat)
  • Ce qu'il ne faut jamais perdre de vue, c'est qu’un fonctionnaire public, en sa qualité de fonctionnaire, ne produit absolument rien ; qu'il n'existe, au contraire, que sur les produits de la classe industrieuse, et qu'il ne peut rien consommer qui n'ait été enlevé aux producteurs. (Charles Comte, Charles Dunoyer, Le Censeur européen, p.29-30, 1817)
  • Il y a toutes sortes de corps d’inspection, dont je me demande bien ce qu’ils inspectent. Si on faisait le recensement de tous les fonctionnaires, service par service, je suis persuadé qu’on en trouverait beaucoup dont personne ne pourrait dire à quoi ils servent. Il y a dans la fonction publique trop d’avantages, trop d’honneurs, trop d’effectifs. (Charles de Gaulle)
  • Les fonctionnaires sont tellement habitués à ne rien faire que lorsqu'ils font grève, ils appellent ça une journée d'action. (Coluche) (humour)
  • Le fonctionnariat constitue une noblesse républicaine, avec ses grands seigneurs et ses petits nobliaux désargentés. (Faré)
  • Presque partout, en Europe, le souverain domine de deux manières : il mène une partie des citoyens par la crainte de ses agents, et l'autre par l'espérance qu'ils conçoivent de devenir ses agents. (Alexis de Tocqueville, De la démocratie en Amérique)
  • Le secteur privé de l’économie est, en fait, le secteur volontaire ; et le secteur public est, en fait, le secteur coercitif. (Henry Hazlitt)
  • Cela ne relève pas de la polémique que de constater que le propre des fonctionnaires est de fonctionner, et que plus il y en a, plus il faut s’attendre à ce qu’ils remplissent leur rôle : identifier de nouvelles « lacunes » réglementaires à combler, peaufiner et perfectionner l’application des lois par des directives, des règlements, des circulaires, des ordonnances et des notices. Sans compter toutes les nouvelles idées de dépenses, subventions et autres soutiens imaginés par les législateurs et qu’il faut organiser. Les risques de cette évolution sont connus : une perte de liberté d’action pour les citoyens, un affaiblissement de l’innovation, une baisse relative des revenus disponibles. (Pierre Bessard, L'AGEFI, 26/02/2015)
  • L’État collectiviste fera tout diriger par une immense armée de fonctionnaires destinés à réglementer les moindres actes de vie des citoyens. (Gustave Le Bon)
  • Les technocrates : une nouvelle race de fainéants. (Coluche)
  • Si vous êtes prêts à accepter de vivre privé de liberté mais dans le confort — et je pense que beaucoup d'entre nous sont dans ce cas, c'est la nature humaine — vous pouvez vous lever tous les jours, aller travailler, gagner un gros salaire pour relativement peu de travail, à l'encontre de l'intérêt public, et aller vous coucher après avoir regardé la télé. (Edward Snowden)
  • Dans le domaine économique, notre administration est la fille du gouvernement de Vichy. [...] La rage du contrôle était née de la pénurie des années 1940-1944. S'y ajoutait, à l'époque, la méfiance maurrassienne contre l'économie libérale. Or, parallélement, la Résistance sous sa forme administrative et politique se pénétrait de la même méfiance en partant d'une idéologie différente mais de réactions analogues. Depuis la fin de la guerre, des générations de fonctionnaires ont été formées dans l'esprit que l'intérêt général se confond non pas seulement avec la primauté de l'État mais avec l'interventionnisme étatique et la défiance à l'égard de l'entreprise privée. (Georges Pompidou, Le nœud gordien, 1974)
  • Un corps cohérent, relativement petit, de fonctionnaires ayant des intérêts communs et agissant sous la direction d’une autorité centrale, a un immense avantage sur un public incohérent qui n’a point de règle fixe de conduite et ne peut être amené à agir de concert que sous l’empire d’une forte provocation. C’est pourquoi une organisation de fonctionnaires, étant arrivée au-delà d’une certaine phase de développement, devient de plus en plus irrésistible, comme nous le voyons dans les bureaucraties du continent. (Herbert Spencer)

Bibliographie

  • 2012, Olivier Babeau, « fonctionnaires », In: Mathieu Laine, dir., Dictionnaire du libéralisme, Paris: Larousse, pp273-274

Voir aussi

 

 

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