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janvier 12, 2026

Environnement: BP et Shell ont perdu des milliards dans les énergies renouvelables ineptes !

"BP et Shell se retirent du marché des énergies renouvelables après y avoir perdu des milliards et voilà ce que ça révèle des discours officiels sur la transition énergétique"

 
Après avoir investi massivement pour verdir leur image, BP et Shell font marche arrière dans les énergies renouvelables, un virage qui interroge la viabilité économique de la transition énergétique telle qu’elle est aujourd’hui promue. L’échec de ces géants pétroliers met en lumière les limites d’un modèle largement subventionné, plus complexe et coûteux qu’annoncé.


Atlantico : BP et Shell ont perdu des milliards dans les énergies renouvelables avant de faire marche arrière et de réduire leurs investissements dans le domaine. Que révèle cet échec, selon vous, sur l’affirmation souvent répétée que les énergies renouvelables seraient déjà “moins chères” et intrinsèquement plus compétitives que les énergies fossiles ?

Les énergies renouvelables sont moins chères que les combustibles fossiles. Réalité : BP et Shell ont perdu des milliards en poursuivant des investissements dans les énergies renouvelables. Si les énergies renouvelables étaient structurellement moins chères et plus rentables, les grandes compagnies pétrolières ne se retireraient pas du secteur et ne déprécieraient pas leurs actifs.
 

Samuel Furfari : Les difficultés de BP et Shell mettent en lumière le grand mensonge des énergies renouvelables et de tout le lobby qui les soutient. Lors du début de la promotion des énergies renouvelables à travers des contraintes administratives et des directives européennes, l’idée était d’obliger la production d’énergies renouvelables afin de faire baisser les coûts. Progressivement, elles devaient devenir compétitives. Et cela a effectivement fonctionné dans un premier temps. Ce raisonnement a conduit à la directive de 2009, qui obligeait à produire des énergies renouvelables. Avec le temps, les acteurs du secteur et les entreprises se sont toutefois rendu compte que ce n’était toujours pas rentable. En 2018, la directive a été renouvelée, puis à nouveau en 2023. Cela fait donc depuis 2009 que l’on oblige les acteurs à produire des énergies renouvelables, tout en affirmant qu’elles seraient bon marché.

Si elles étaient réellement peu coûteuses, pourquoi faudrait-il contraindre les gens à en produire pour qu’ils gagnent de l’argent ? La contradiction est évidente, et je ne comprends pas comment ce mensonge continue d’être entretenu. Si c’était réellement un atout économique, il n’y aurait pas besoin de directives imposant la production des énergies renouvelables.

Il faut cependant préciser une chose importante : le coût de production de l’électricité renouvelable n’est pas très élevé. Le coût marginal est faible, puisque le vent et le soleil ne coûtent rien.

En revanche, en raison de l’intermittence et de la variabilité, les conséquences sur le réseau électrique sont considérables, et elles se répercutent directement sur les factures. Le problème est donc là : les énergies renouvelables finissent par augmenter le prix de l’électricité, contrairement à ce qui est affirmé partout.

Tel était donc le discours tenu par les lobbyes des énergies renouvelables y compris les groupes pétroliers comme Shell, BP et bien d’autres pour la promotion des énergies renouvelables. Ils avaient besoin de verdir leur image, car en Europe on déteste les compagnies pétrolières même si tout le monde utilise leurs produits pétroliers. Le pétrole a aujourd’hui mauvaise presse, comme on peut le voir avec la crise au Venezuela. Les investissements faisaient partie de leur stratégie commerciale. Il devient donc nécessaire de se présenter comme une société « verte ».

Pour cela, ces entreprises ont investi dans les biocarburants, l’éolien et le solaire, avec une fraction de leur budget de communication. Cela leur a permis de soigner leur image et de se présenter comme des acteurs écoresponsables. C’est aussi un moyen de disposer d’arguments face aux tribunaux, car les sociétés dans le domaine de l’énergie sont de plus en plus attaquées par les ONG écologistes pour leur manque d’efforts dans la réduction des émissions de CO₂.

Mais cette stratégie ne peut fonctionner qu’un temps. Dans un monde globalisé, on ne peut pas continuer ainsi. Les actionnaires internationaux délaissent les entreprises européennes parce qu’ils gagnent davantage ailleurs. Par conséquent, des groupes comme Shell, BP ou Total revoient à la baisse leurs investissements dits « renouvelables ».



Jean-Pierre Favennec : On se souvient que BP à la fin des années 90 pouvait signifier selon ses dirigeants Beyond Petroleum, au-delà du pétrole. Le sigle de BP faisait alors apparaitre du soleil symbole de cette énergie renouvelable, moins polluante. La stratégie de BP a donc été longtemps orientée vers une importance croissante donnée aux renouvelables, solaire et éolien, et à l’électricité. Son PDG de 2020 à 2023, Bernard Looney, favorisera les investissements dans les renouvelables. Il sera remplacé par Murray Auchincloss, homme du sérail qui sera chargé de redonner la priorité au pétrole et au gaz, plus rentables pour les actionnaires.

Shell vise une croissance sélective et rentable dans les renouvelables et les solutions bas carbone mais en complément et non en remplacement de ces activités pétrole et gaz avec un recentrage sur les segments les plus rentables.

il est difficile de chiffrer les pertes ou les manques à gagner des 2 sociétés dans le secteur des renouvelables. Il y a certainement un ralentissement des investissements dans ce secteur et un abandon de certains projets mais il n’y a pas de ligne comptable permettant de chiffrer les pertes.

Cela ne signifie pas que les renouvelables ne sont pas intéressants. Il est certain que le coût de production de l'électricité à partir du solaire et de l’éolien est souvent plus bas que le coût de production à partir du nucléaire par exemple. Mais ces énergies sont intermittentes et lorsqu'il n'y a pas de soleil ou lorsqu'il n'y a pas de vent il faut des solutions de remplacement. Dans de nombreux pays comme l'Allemagne par exemple la solution de remplacement c'est le charbon ce qui n'est évidemment pas une solution qui permet de faire face au changement climatique. On peut également citer l'exemple de la Chine qui concentre près de la moitié des investissements dans le secteur des renouvelables mais qui continue à produire des quantités très importantes d'électricité à partir du charbon et qui met encore en service quelques nouvelles unités qui sont d'ailleurs des unités destinées à pallier l'intermittence du solaire et de l'éolien.

Les dirigeants de BP et Shell ont justifié leur virage vert par la pression politique, médiatique et financière (ESG). Peut-on parler d’une transition énergétique pilotée davantage par l’idéologie et la communication que par les fondamentaux industriels et économiques ?

Samuel Furfari : C’est tout à fait le cas. La transition énergétique n’était pas une exigence de l’industrie et des entreprises. Elle a été imposée par la Commission européenne, ou plus exactement par l’ensemble des chefs d’État, avec notamment le président de la République française en première ligne. Tout le monde était d’accord pour imposer une vision « verte » en affirmant : « Nous sommes les champions du monde, tout le monde va nous suivre et nous aurons une longueur d’avance ».

Les entreprises ont été contraintes de suivre et de danser au rythme de la Commission européenne. Mais ce type de politique ne peut durer qu’un temps. La réalité finit toujours par s’imposer et les entreprises comme BP et Shell ont fait le choix de s’arrêter.

Non seulement les entreprises pétrolières ont commencé à faire marche arrière, mais les autres suivront également. Le problème est le même, que l’on soit une entreprise pétrolière, chimique ou mécanique. À un moment donné, toute cette politique ne tient plus économiquement.

Dans un système comme l’Union soviétique, ce serait possible, car tout cela est faisable d’un point de vue technique. La technologie le permet. Mais nous vivons dans un monde concurrentiel et ouvert. Il n’est pas possible de se permettre de ne pas être compétitif.

Aujourd’hui, les subventions publiques arrivent à leur limite. Il n’y a plus d’argent pour continuer à financer ce système. L’écosystème des énergies renouvelables pourrait donc s’effondrer et se déliter. Il risque d’y avoir une véritable hécatombe de tout ce qui est « vert », car il est impossible de continuer ainsi, d’investir autant et de continuer à ne pas être rentable.

L’exemple de BP et Shell montre-t-il que la transition énergétique est beaucoup plus coûteuse, plus lente et plus complexe que ce qu’annoncent les scénarios officiels de neutralité carbone à l’horizon 2050 ?

Samuel Furfari : Oui, car les scénarios politiques sont construits pour démontrer que la décision politique est la bonne. Il ne faut pas être naïf face à ces exercices. J’ai travaillé sur des scénarios à la Direction générale énergie de la Commission européenne et je sais comment ils sont élaborés. Ils sont conçus pour dire ce que l’on souhaite leur faire dire.

Tous les scénarios qui présentent des trajectoires optimistes de transition énergétique reposent sur des artifices de calcul. Ils n’ont aucune réalité physique et ne tiennent pas dans la durée. On observe la même logique avec les biocarburants.

BP, par exemple, a longtemps été un champion des biocarburants. L’entreprise y a beaucoup investi en expliquant qu’elle allait se présenter comme verte, en intégrant une part de biocarburants dans ses carburants. L’idée était que le public n’accepterait pas de payer plus cher, mais serait satisfait d’acheter un produit présenté comme écologique. Or cela n’a pas fonctionné.

Ils ont donc dû arrêter leurs programmes et leurs projets pour les énergies renouvelables, car ces stratégies se heurtent inévitablement à la réalité des marchés internationaux. Les autres entreprises pétrolières ont fait de même. C’est toute la difficulté de l’Europe : elle pourrait peut-être avoir raison si elle était seule au monde, mais dans un système ouvert et concurrentiel, elle ne peut pas se permettre ce type de politique.

C’est exactement ce qui se passe avec l’hydrogène. Les entreprises pétrolières ont commencé par suivre Ursula von der Leyen dans cette utopie chimique de produire de l’hydrogène par électrolyse. Tant qu’il y aura une molécule de méthane, dans un monde libre personne ne va produire de l’hydrogène par électrolyse, même avec l’électricité nucléaire, puisque cela coûte par unité d’hydrogène produit sept fois plus qu’avec le méthane du gaz naturel (voir mon livre L’utopie hydrogène)

Les compagnies pétrolières vont donc limiter et arrêter leurs investissements dans les énergies renouvelables et plus généralement la transition énergétique. Il faut également souligner un autre point essentiel. Les grands actionnaires n’acceptent plus de perdre de l’argent.

Lorsque l’on compare les rendements des compagnies pétrolières européennes, comme Shell, BP ou Total, à ceux des groupes américains tels que Chevron ou ExxonMobil, on constate que les actionnaires européens sont en train de perdre de l’argent. Les fonds de pension américains ont clairement indiqué qu’ils n’étaient pas là pour financer des pertes, mais pour obtenir des rendements.

Or, ces rendements se trouvent aujourd’hui dans les énergies fossiles, et non dans les énergies renouvelables. Ils ont donc contraint les conseils d’administration à revoir leur stratégie. Ces conseils d’administration étaient pourtant sincèrement convaincus qu’ils pouvaient réussir dans le « vert ». C’était une conviction forte en Europe. Mais face à la réalité économique, ils ont dû renoncer.

Jean-Pierre Favennec : La transition énergétique reste évidemment nécessaire : il faut diminuer les consommations de fossiles en commençant par la consommation de charbon et développer des sources de production non carbonées.

Il semble difficile d'imaginer que l'ensemble de nos besoins en énergie puisse être couvert par les énergies renouvelables : énergie éolienne, solaire ou hydraulique. Une partie de la solution peut venir du nucléaire il y a d'ailleurs une certaine forme de renaissance de cette industrie actuellement.

L'éolien onshore est relativement peu coûteux mais se heurte souvent à l’opposition de la population voisine, sensible à son impact sur l’environnement. L'éolien offshore est confronté à des investissements couteux et à des problèmes de maintenance liés à l’environnement marin donc corrosif. Le solaire est en pleine expansion et les capacités mise en place chaque année augmentent de manière spectaculaire.

Pour réduire les émissions de gaz à effet de serre d'autres solutions existent également : l'énergie hydraulique, la capture et le stockage du CO, l'hydrogène ... Mais le potentiel de développement de l'hydraulique est désormais limité, la capture du CO 2 reste chère et l'hydrogène est une solution encore coûteuse.

Pour faire face à l'intermittence du solaire et de l'éolien il faut donc des solutions de remplacement. Le gaz, moins émetteur de CO2 est considéré par beaucoup comme une énergie de transition. Les batteries se développent également mais elles nécessitent des métaux critiques (lithium, cobalt, nickel …) dont les ressources sont limitées et dont l’extraction est polluante.

Enfin le développement des renouvelables modifie profondément le système de production et de transport de l'électricité et nécessite un renforcement et un développement considérable des réseaux. Ce sont des investissements très importants qu'il faudra prendre en compte.

Ces différentes contraintes font que la transition énergétique est effectivement plus complexe et plus coûteuse que nous l'avions imaginé il y a quelques années.

Peut-on tirer de cet épisode une leçon plus générale : la transition énergétique telle qu’elle est conçue aujourd’hui est-elle économiquement soutenable sans subventions massives, contraintes réglementaires et distorsions de marché ?

Jean-Pierre Favennec : L'une des raisons pour lesquelles BP et Shell ont réduit leurs investissements dans le secteur des renouvelables tient aussi à la rentabilité de ce secteur qui reste plus limitée que la rentabilité que l'on peut obtenir dans le secteur pétrole et gaz. C’est pourquoi des subventions et des aides, désormais plus réduites, ont été nécessaires pour favoriser le développement du solaire et de l’éolien.

Aussi bien Shell que BP et d'autres sociétés pétrolières continueront à investir dans les renouvelables à un niveau peut-être un peu inférieur à ce qu'il a été il y a quelques années mais les sociétés du secteur énergétique non pétrolier continueront également à investir.

La transition énergétique est indispensable. Les énergies renouvelables ne pourront pas à elles seules faire face à nos besoins. Mais elles vont continuer à se développer. Il appartient à la puissance publique de trouver un juste équilibre, social et économique, entre la diminution de la consommation des fossiles et le développement des énergies non carbonées.

Samuel Furfari : Lorsque l’on parle de transition énergétique, il faut se souvenir que ce sont les chocs pétroliers des années 1970 qui ont conduit à la mise en place de politiques en faveur des énergies alternatives, comme on les appelait à l’époque. Les politiciens ont découvert la transition énergétique au travers du changement climatique.

Cela fait donc plus de cinquante ans que l’on parle de transition énergétique, et après un demi-siècle, nous en sommes toujours au même point. Ce n’est pas un manque de volonté politique qui empêche cette transition, mais la réalité de la physique. Ce n’est même plus un problème de financement : c’est une contrainte technique fondamentale.

Toutes les solutions proposées au titre de la transition énergétique ne sont pas rentables d’un point de vue macroéconomique. Elles ne tiennent pas économiquement. Il faut donc reconnaître qu’il s’agit d’un problème technique, et non d’un déficit de volonté politique.

La volonté politique devrait s’aligner sur la réalité et cesser de faire croire que l’on peut réaliser une transition énergétique complète telle qu’elle est présentée aujourd’hui. Il faut rappeler que, en cinquante ans, les seules énergies réellement émergentes ont été l’éolien et le solaire. Le reste existait déjà.

Or l’éolien et le solaire représentent environ 3 % de l’énergie primaire mondiale. Si, en cinquante ans, on est parvenu à ce niveau, il est illusoire de croire que l’on atteindra 100 % d’ici 2050. Cela ne correspond tout simplement pas à la réalité.

https://atlantico.fr/article/rdv/bp-shell-retirent-marche-energies-renouvelables-apres-avoir-perdu-milliards-voila-ce-que-revele-discours-officiels-transition-energetique-petrole-eoliennes-Jean-Pierre-Favennec-Samuel-Furfari

 


 

Après Shell, bp jette l’éponge : le groupe se retire des renouvelables et « remet les gaz » sur les hydrocarbures !

Mi-janvier, Black Rocks le premier investisseur mondial (10 000 milliards de dollars) se retirait du fonds vert de l’ONU. Mi-février, Shell annonçait à ses salariés stopper tous ses projets éoliens. C’est maintenant au tour du britannique Bp d’enterrer son ambitieuse stratégie climat et de réinvestir massivement…dans les hydrocarbures afin de doper des bénéfices en berne pour satisfaire ses actionnaires.

Pourtant bp était le groupe énergétique le plus en avance dans la transition. Investissant massivement dans les ENR le géant pétrolier avait comme ambition d’arrêter toute production de pétrole et de gaz d'ici 2030. Adieu veau, vaches, cochon, couvée !

Après la publication d'un bénéfice net 2024 réduit de…97%, bp n’a d’autre choix que « d’accroître ses investissements et sa production dans les hydrocarbures pour produire de l'énergie à forte marge dans les années à venir » et « sera très sélectifs dans ses investissements dans la transition ». bp reconnaît « trop d’optimisme sur une transition rapide : nous sommes allés trop loin, trop vite ». « Le pétrole et le gaz seront nécessaires pendant les décennies à venir ».

Les résultats sont sans appel : réduction de 5 milliards de dollars dans les ENR et investissements de 10 milliards dans le pétrole et le gaz. Soit 90% hydrocarbures et seulement 10% ENR. BP avait annoncé en janvier 4.700 suppressions d'emplois en interne soit 5% de ses effectifs.

Comme je le répète post après post, la transition énergétique est dans une impasse totale. Il faut impérativement poser le crayon et revoir en profondeur tous les accords internationaux (Accord de Paris, Pacte vert) devenus totalement obsolètes. Il faut en Europe revoir le rythme de décarbonation sous peine de se suicider sur l'autel de la vertu !

 Philippe Charlez


 

https://lnkd.in/d5GUk4rA

 


 

Philippe Charlez

Philippe Charlez, né le 31 janvier 1956 à Mons (Belgique), est un expert en énergie français. 

Biographie

Philippe Charlez est ingénieur civil des Mines de la Faculté Polytechnique de Mons (promotion 1979), puis il obtient en 1983 un doctorat sur la Fracturation hydraulique à l’Institut de Physique du Globe de Paris alors dirigé par Claude Allègre. Philippe Charlez effectue la majorité de sa carrière dans l’industrie pétrolière qu’il rejoint en 1982. Expert en Mécanique des Roches durant 12 ans, il occupe ensuite différentes positions de management en France et à l’étranger (Colombie, Écosse, Angola, Kazakhstan).

Récompenses

Philippe Charlez a été Distinguish Lecturer de la Society of Petroleum Engineers en 2000-2001. 

Engagements publics

Philippe Charlez est expert énergétique pour l'Institut Sapiens. Il a publié pour ce think tank de nombreuses tribunes et études. Il est aussi membre d’ASPO France et de la Société d’Économie Politique. Il enseigne sur la thématique de la transition énergétique, de la croissance économique et du climat à Mines Paris Tech, l’ISSEP, l’Institut Galilée, Dauphine, Science Po et au Centre International de Formation Européenne.

Il a été entre 2013 et 2017 l’expert énergie du parti centriste Nouveau Centre et de 2020 à 2021 le conseiller aux questions énergétiques du parti Les Républicains.

Philippe Charlez est aussi chroniqueur régulier pour Valeurs Actuelles, Atlantico, Contrepoints, Les Échos, Opinion Internationale ou Causeur. Il intervient régulièrement comme expert sur des médias radio ou télévisé comme LCI ou Sud Radio.

Prises de position

Sur les gaz et les pétroles de schistes

Dans Gaz et Pétroles de Schistes… en questions, Philippe Charlez aborde le sujet des hydrocarbures non conventionnelles autour de 20 questions couvrant à la fois les aspects techniques, économiques, sociétaux et environnementaux. Il y dénonce l’escroquerie du film Gasland et du robinet en feu. Selon lui, une pollution des aquifères par la « remontée d’une fracture hydraulique sur plusieurs milliers de mètres est techniquement impossible ». Selon lui, ce sont les conditions favorables américaines (et notamment sa loi minière qui confère la propriété d’un gisement à l’individu et non pas à l’État) qui ont permis le développement massif des hydrocarbures non conventionnelles aux États-Unis. Si les conditions économiques (prix du gaz trop bas) et sociétales (rejet environnemental) d’un développement des ressources non conventionnelles n’étaient pas réunies en Europe au cours des années 2010 à 2015, il considère que la flambée des prix du gaz depuis l’été 2021 puis la crise Ukrainienne rebattent les cartes et que la réouverture du dossier gaz de schiste en Europe irait de pair avec la volonté de se défaire à moyen terme du gaz russe.

Sur la transition énergétique

Dans Croissance, Energie, Climat. Dépasser la quadrature du cercle Philippe Charlez montre en quoi la conciliation de la croissance économique et des objectifs climatiques est un exercice d’équilibrisme. La décarbonation de la société passe par une électrification massive des usages (habitat, transports, industrie). Il ne croit pas à une croissance 100 % verte à l’horizon 2050, mais à un mix « arc-en-ciel » avec une partie significative d’énergies renouvelables, mais aussi de l’électricité nucléaire et encore 30 % à 40 % de fossiles (presque plus de charbon, moins de pétrole, mais beaucoup de gaz naturel). Il considère que la décarbonation de l’habitat sera la plus rapide, que celle des transports nécessitera de bien différencier distance et puissance (voiture électrique pour courtes distances, hydrogène et biocarburants pour longues distances et fortes puissances -camions, bateaux et peut-être avions). Le plus difficile sera de décarboner l’industrie dont les procédés (acier, ciment, verre) auront toujours besoin de la « flamme fossile ». La compensation par la capture et la réinjection du carbone dans le sous-sol sera donc incontournable pour accéder à la neutralité carbone. À plus long terme, seul le nucléaire pourra totalement décarboner la société. Le projet ITER réalisant la fusion nucléaire représente le principal espoir de libérer l’humanité de sa « geôle énergétique ».

Sur la croissance économique et la coopération internationale

Libéral, humaniste et Européen convaincu[1], Philippe Charlez considère que la transition énergétique passe par un juste équilibre entre les trois piliers du développement durable (économique, sociétal et environnemental). Il reste convaincu que la croissance économique et son corollaire qu’est le développement restent les meilleurs alliés de la transition énergétique. Les deux principaux ennemis de la transition sont selon lui l'écologie politique[2] qui hypertrophie le pilier climatique aux dépens de l’économique et du sociétal, et le nationalisme qui hypertrophie l’économique et le sociétal aux dépens du climat. Il pense que l’urgence climatique finira par conduire les grandes nations à une collaboration internationale.

Sur les mouvements jeunistes face au réchauffement climatique

Bien que climato convaincu et ayant pris des positions claires vis-à-vis des mouvements climato-sceptiques, Philippe Charlez s’inquiète de la montée des « passions tristes »[3] chez les jeunes. Sorte de melting pot entre la collapsologie, l’écologisme, le marxisme et l’anarchisme qui viserait au retour à une société vernaculaire primitive égalitariste vivant sans libertés et dans la pauvreté absolue. Il est notamment hostile aux prises de position de Greta Thunberg et de ses émules comme les collectifs Youth for Climate et Xrebellion. Le climat est selon lui instrumentalisé au profit d’une double lutte des classes à la fois économique (riches contre pauvres) mais aussi générationnelles (les baby-boomers porteraient le fardeau du réchauffement climatique). Il a appelé cette instrumentalisation le « climato gauchisme » par analogie avec « l’islamo gauchisme ».

Selon Philippe Charlez la clé n’est pas le militantisme mais la pédagogie[4]. Il regrette notamment que la transition énergétique soit enseignée au lycée comme une photo instantanée sans la replacer dans son contexte historique depuis la révolution industrielle.

Il s’est aussi montré très critique vis-à-vis de la Convention Citoyenne pour le Climat manipulée selon lui par une écologie de gauche[5].

Sur les prix de l’énergie

Dans une étude pour le compte de l’Institut Sapiens, il indique dès 2019 que les prix de l’énergie et en particulier ceux du gaz sont amenés à fortement augmenter dans un contexte de rupture structurelle offre/demande. La réduction structurelle de l’offre se lit en filigrane d’un manque d’investissements dans les nouveaux projets gaziers, tandis que l’accroissement structurel de la demande est liée à l’impossibilité des renouvelables à satisfaire la croissance de la demande électrique, et ce malgré des investissements colossaux (plus de 5000 milliards de dollars entre 205 et 2021). Les renouvelables ne peuvent satisfaire seuls l’accroissement de la demande électrique et auront besoin d’un support. Si ce n’est pas le gaz, ce ne peut être que le nucléaire. Philippe Charlez s’est donc prononcé en faveur du plan Macron décidé à relancer de façon très significative le nucléaire.

Sur les inégalités

Dans son ouvrage L’Utopie de la croissance verte : les lois de la thermodynamique sociale, il démontre que comme tous les systèmes présents dans l’univers (galaxie, étoiles, planètes, mais aussi êtres vivants), la société de croissance est une gigantesque structure dissipative. Elle consomme en entrée des ressources matérielles (minerai, humus) et énergétiques (dont 83 % d’énergies fossiles), produit de l’énergie libre sous forme de biens (richesse matérielle) et de services (richesse informative) et rejette dans l’environnement des déchets dont le CO2 responsable du réchauffement climatique. Comme toute structure dissipative, cette production de richesse requiert un système ouvert (libre échange), des inégalités sociales et de l’ordre (c’est-à-dire de l’autorité). Autrement dit, la création de richesses matérielles et d’information sont indissociables d’inégalités. Sans inégalités on stoppe tous les flux, qu’ils soient matériels, financiers ou informatifs et le système ne peut conduire à terme qu’à la pauvreté absolue. Contrairement à une idée imposée par la morale, la réduction de la pauvreté passe par la création de richesses et est donc indissociable d’ordre et d’inégalités. La structure dissipative recouvre les valeurs de droite comme la sélection et la compétition (système inégalitaire), le libre-échange (système ouvert) et l’autorité (système ordonné). Couvrant une infinité d’états inégalitaires possibles il est aussi synonyme de pluralisme.

Sur la décroissance

Proche de Jean-Marc Jancovici sur les questions énergétiques et notamment le nucléaire, Philippe Charlez est en revanche fermement opposé au décroissantisme. La décroissance correspond à une société de privations, et non pas, comme le prétend Delphine Batho, à une société du plus. Il considère que notre société de croissance est loin d’être optimisée et a encore de beaux jours devant elle. Il défend la thèse d’un développement durable s’appuyant sur une croissance soutenable. Il est de ceux considérant que nos enfants vivront mieux que nous qui avons vécu bien mieux que nos parents et nos grands-parents. Il reste un irréductible défenseur de la science, du libéralisme et de la société prométhéenne.

Publications

Philippe Charlez est l’auteur de nombreux articles et ouvrages sur l’énergie et la transition énergétique. Il publie dans de nombreuses revues scientifiques et générales en particulier La Revue de L’Énergie, la revue Risques, La Revue Parlementaire et la Revue Politique et Parlementaire[6].

  • 1991, Rock Mechanics I, Ed.Technip
  • 1997, Rock Mechanics II, Ed.Technip
  • 2014
    • Our energy future is not set in stone, Ed Technip
    • Gaz et Pétroles de schistes en questions, Ed Technip
  • 2015, The shale oil & gas debate, Ed Technip
  • 2017, Croissance, énergie et climat. Dépasser la quadrature du cercle, Ed De Boek Supérieur
  • 2021, L’utopie de la croissance verte. Les lois de la thermodynamique sociale, Ed JM Laffont

Notes et références


 

 


janvier 07, 2026

25 millions de Français et Françaises ont un revenu dépendant de l’État des fonctionnaires sans le savoir !

En France, presque tout le monde est fonctionnaire sans le savoir 

Une grande partie des activités économiques dépendent de financements publics en France. La frontière entre public et privé s’efface. 25 et 30 millions de personnes ont un revenu qui dépend directement de l’État. Alors, les Français et Françaises seraient-ils tous fonctionnaires ?

On continue volontiers d’opposer les fonctionnaires, censés vivre de l’impôt, et les salariés du privé, qui relèveraient de l’économie réelle.


 

Pourtant, si l’on parle non plus des statuts, mais des flux d’argent public, le paysage change nettement. Une proportion importante des revenus considérés comme privés dépend en réalité de décisions publiques : remboursements d’assurance maladie, aides agricoles, marchés publics, subventions culturelles, crédits d’impôt, garanties accordées au secteur financier, contrats financés par l’État ou par les collectivités.

Selon les données de l’INSEE, 30,9 millions d’actifs travaillent pour le privé.

La fonction publique, au sens strict, rassemble environ 5,8 millions d’agents en 2023, soit près d’un emploi sur cinq. Si l’on ajoute les salariés du monde associatif, les professions libérales de santé, certains salariés du bâtiment et des travaux publics (BTP), les agriculteurs financés par la Politique agricole commune (PAC), les secteurs régulés comme l’énergie ou encore les services financiers adossés à la dette publique, on arrive rapidement à plusieurs dizaines de millions de personnes dont les revenus dépendent, directement ou plus indirectement, de financements publics.

L’objectif ici n’est pas d’être exhaustif. Presque tous les secteurs, à des degrés divers, s’appuient sur des mécanismes publics. Mais certains offrent des exemples particulièrement documentés. Cet article se concentre sur quelques cas emblématiques.

Secteurs dépendants de l’État

Il est utile de visualiser l’ensemble du paysage économique français à travers un tableau synthétique. Celui-ci montre comment se répartissent, secteur par secteur, les personnes vivant (directement ou indirectement) de fonds publics – et celles dont l’activité relève réellement d’un marché privé pur.

Nous avons utilisé les données de l’Insee – Fonction publique et emploi, l’Insee – Population active, l’INJEP – Emploi associatif, du ministère de la Culture – Chiffres clés culture, de la direction de l’Animation de la recherche, des Études et des Statistiques (DARES) – Chômage indemnisé, de France Travail, du ministère de l’Économie – Commande publique, MSA, du ministère de l’Agriculture et de la PAC, de la Fédération bancaire française, de France Assureurs, de l’UNÉDIC – Assurance chômage, de la Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques (DREES) – Retraites et France Digitale.

Dépendance à l'État

Tableau à 4 colonnes et 16 lignes. Trié par ordre croissant par colonne "Type de fonds publics mobilisés" (les en-têtes de colonnes avec boutons sont triables) 









Population réellement indépendante du financement publicActivités privées sans subventionsDépendance faible ou nulle5
Chômage indemniséAssurance chômageDépendance totale3
Professionnels de santé libérauxAssurance maladie obligatoireDépendance > 90 % du revenu1
Secteur médico-social, hôpitaux privés, cliniquesAssurance maladie, ARSDépendance très élevée1
Étudiants (18 ans et +)Bourses, aides logement, services publicsDépendance partielle3
Start-up, innovation, deep techCIR, Bpifrance, France 2030Dépendance élevée en phase initiale1
Culture, spectacle vivant, cinémaCNC, intermittence, subventionsDépendance structurelle1
BTP, infrastructures, ingénierieCommande publique (État + collectivités)Dépendance partielle à forte2
Banques et assurancesGarantie publique, dette d’État, régulationDépendance systémique2
Fonction publique (État, territoriale, hospitalière)Impôts, budget général de l’ÉtatDépendance totale6
Télécoms, industries réguléesLicences, concessions publiquesDépendance réglementaire0
Agriculture (exploitants + salariés)PAC + aides nationalesDépendance ≈ 55 % du revenu1

 

Le tableau ci-dessus n’inclut pas les 6 à 7 millions d’adultes inactifs non répertoriés dans ces catégories (personnes vivant du revenu du ménage, du patrimoine, ou en inactivité hors dispositifs sociaux). Cela explique l’écart avec la population adulte totale.

L’État structure le marché privé

L’idée d’un secteur autonome, évoluant hors de l’État, ne résiste pas longtemps à l’analyse. Dans de nombreux métiers, les revenus dépendent de tarifs publics, de mécanismes de remboursement, de subventions, de régulations ou encore de commandes publiques.

Plusieurs travaux d’économie publique de Mariana Mazzucato, de Michel Aglietta ou encore de Pierre-Noël Giraud ont montré combien les États structurent les marchés, souvent davantage qu’on ne le reconnaît dans le débat public.

Cette question de l’imbrication entre décisions publiques et activités privées traverse également mes propres travaux sur la figure de l’entrepreneur, qu’il s’agisse d’analyser comment les politiques publiques structurent les comportements de marché ou d’examiner l’effet des cadres réglementaires sur l’allocation des ressources.

L’État, premier client du pays

Une façon d’être dépendant de l’État, c’est tout simplement la commande publique. Autrement dit, tous les contrats payés par l’État, les mairies, les départements, les hôpitaux, les boîtes publiques comme la SNCF ou la RATP, et même par l’Union européenne.

Selon les données officielles du ministère de l’Économie, ces marchés pèsent presque 8 % du PIB. Ce poids est significatif à l’échelle de l’économie nationale. Concrètement, les marchés publics pèsent 80 milliards d’euros par an, les concessions, comme celle des autoroutes, représentent 120 milliards d’euros par an.

Historiquement, cette dépendance s’explique par le rôle central de l’État, depuis les années 1960, dans le financement et la planification des grands équipements collectifs comme les autoroutes, les chemins de fer, les hôpitaux ou les infrastructures énergétiques.

Ces projets nécessitent des investissements lourds et peu compatibles avec un financement purement privé. Dans les travaux publics, la dépendance à la commande publique est bien documentée. Selon la Fédération nationale des Travaux publics, les maîtres d’ouvrage privés ne représentent qu’un peu plus de 14 milliards d’euros, soit environ un tiers du chiffre d’affaires du secteur. Le reste provenant principalement de clients publics.

Les professionnels de santé, prestataires de service public

Plusieurs professions libérales exercent dans des cadres où l’État intervient fortement : tarifs, remboursements, implantation… Le cœur de leur activité est façonné par des décisions publiques. Ces professionnels sont prestataires d’un service public puisqu’ils fournissent une mission reconnue comme d’intérêt général, financée et régulée par l’État.

C’est particulièrement visible dans le domaine de la santé. Les médecins, infirmiers, masseurs-kinésithérapeutes ou pharmaciens, tirent l’essentiel de leurs revenus de l’assurance maladie obligatoire. Les tarifs sont fixés ou négociés au niveau national et les revalorisations dépendent de décisions gouvernementales.

Certaines rémunérations supplémentaires sont liées à des objectifs de santé publique. Par exemple, le dispositif Rémunération sur objectifs de santé publique (ROSP) valorise la prévention, le suivi des pathologies chroniques ou la vaccination.

La justice, une mission de service public

Les acteurs de justice, comme les notaires, les huissiers, les avocats ou les greffiers, travaillent eux aussi dans un cadre largement défini par la puissance publique.

Les tarifs qu’ils appliquent sont fixés par arrêté ministériel. Par exemple, l’acte authentique des notaires leur donne un monopole prévu par la loi. L’installation n’est pas totalement libre non plus. L’État encadre l’ouverture des offices, après l’avis de l’Autorité de la concurrence, ce qui crée une forme de numerus clausus sans le nommer.

Ces professions libérales exercent une mission de service public régulé, plutôt qu’un métier purement concurrentiel.

La start-up nation n’existe pas sans l’État

Même les start-up, qu’on présente souvent comme très indépendantes, bénéficient de nombreux dispositifs publics. Le crédit d’impôt recherche (CIR) réduit le coût des dépenses de recherche et développement (R&D). Il constitue l’un des leviers fiscaux les plus utilisés par les jeunes entreprises technologiques.

De son côté, Bpifrance intervient sous plusieurs formes, comme les garanties de prêts, les co-financements ou les avances remboursables. Elles permettent aux entreprises de lever des fonds ou d’amorcer leur activité dans des conditions qu’elles n’auraient pas obtenues seules.

Les programmes comme France 2030 ou les appels à projets sectoriels complètent cet ensemble, en orientant des financements vers des secteurs jugés stratégiques : petits réacteurs modulaires (SMR), hydrogène vert, véhicules électriques, etc.

Ces soutiens jouent un rôle stabilisateur évident.

Les exploitations agricoles subventionnées

Dans beaucoup d’exploitations agricoles, les aides publiques, qu’elles viennent de la politique agricole commune (PAC) ou de dispositifs nationaux, pèsent lourd dans l’équilibre économique. Les chiffres de l’Insee l’attestent : en 2021, les subventions d’exploitation représentaient en moyenne 38 % de l’excédent brut d’exploitation des fermes qui en bénéficient.

De 2010 à 2022, les aides directes ont couvert jusqu’à 74 % du revenu moyen des exploitations, toutes spécialités confondues.

Certaines filières, comme les grandes cultures ou l’élevage bovin, sont encore plus sensibles à ces soutiens. Sans cet argent, elles seraient dans une situation économique très fragile, comme le confirment plusieurs analyses de l’Insee. L’agriculture française avance donc, selon les années et les filières, quelque part entre marché et subvention, avec des équilibres qui ne reposent jamais entièrement sur les prix de vente.

La culture cofinancée par la puissance publique

D’après le ministère de la Culture, on parle d’environ 739 800 emplois dans le secteur. Une bonne partie de ces emplois existe grâce aux financements publics : théâtres, opéras, musées, festivals, institutions patrimoniales, écoles d’art, associations subventionnées, etc.

Par exemple, le cinéma français fonctionne en grande partie dans un cadre financé ou cofinancé par la puissance publique. Le Centre national du cinéma et de l’image animée (CNC) publie chaque année le montant des aides versées. En 2023, elles atteindraient 715 millions d’euros pour l’ensemble du secteur – production, distribution, exploitation. À cela s’ajoutent les crédits d’impôt cinéma, les financements des régions, et les obligations imposées aux diffuseurs (chaînes, plates-formes), devant consacrer une part de leur chiffre d’affaires à la création.

Dans les métiers du spectacle – un ensemble qui inclut le spectacle vivant mais aussi le cinéma et l’audiovisuel –, le mécanisme central est celui de l’intermittence. Il s’agit d’un régime d’assurance-chômage adapté aux artistes et techniciens qui alternent périodes d’emploi et de non-emploi. Ce système permet de lisser les revenus et, en pratique, mutualise le risque financier lié à l’irrégularité des projets artistiques – ce que rappelle régulièrement l’Unédic dans ses rapports.

La presse aidée

La presse écrite bénéficie elle aussi d’un ensemble d’aides publiques : subventions directes, TVA réduite à 2,1 %, et dispositifs spécifiques pour soutenir la diffusion. Depuis la loi Bichet de 1947, l’État veille à ce que la diffusion de la presse reste pluraliste et accessible sur tout le territoire. L’objectif est simple : éviter qu’un marché trop étroit ou trop concentré ne fragilise l’indépendance des titres. Les rapports publics consacrés aux aides à la presse rappellent régulièrement ce rôle structurant.

Selon le ministère de la Culture, ces aides à la presse représentent 21,4 % du chiffre d’affaires du secteur en 2021. Les rapports publics sur ces aides soulignent que, sans ce soutien, la situation financière de ces journaux serait encore plus dégradée, avec un risque accru de disparition de certains titres.

25 millions de Français et Françaises ont un revenu dépendant de l’État

Si on regarde uniquement les actifs et qu’on additionne tous les métiers qui dépendent peu ou beaucoup de décisions publiques – fonctionnaires, professions conventionnées, agriculture aidée, secteurs régulés, marchés publics, culture subventionnée, associations, start-up soutenues –, 25 et 30 millions de personnes ont un revenu qui dépend directement de l’État, d’une façon ou d’une autre.

Professeur des universités en sciences de gestion, Le Mans Université

À lire aussi : Quand le cynisme mine l’engagement dans la fonction publique…

 


                    

 42 millions de Français ont un revenu dépendant de l’État : 

6 M de fonctionnaires 

12 M privé cofinancé par l'État 

7 M chômeurs + aidés 

17 M de retraités 

Seulement 5 M de privé sans subventions 

 La France, un pays communiste. Afuera!   Philippe Herlin

 

Magnifique lettre de Jules Simiand Brocherie, jeune entrepreneur, fondateur de ExtraStudent
Lettre à mon (très) cher État

« À toi, mon très cher État, il faut que l’on se parle avant que l’on parte.

Pourquoi tant de défiance envers ceux qui entreprennent ? Pourquoi ce regard soupçonneux sur ceux qui osent, qui tentent, qui construisent ?
Tes talents fuient.

Hier, ils étaient âgés et riches. Aujourd’hui, ils sont jeunes et pauvres.
Ils ne partent pas avec des comptes remplis, ils partent avec une force de travail, des idées et quelques économies.

Ils partent parce que l’herbe est plus verte ailleurs.
Beaucoup te l’ont dit avant moi : la France est devenue l’un des pires pays pour entreprendre.

Et pourtant, tu as tout pour plaire me diras-tu.

Toi qui ne rates jamais un prélèvement, jamais un appel de cotisation, jamais une échéance URSSAF.

Toujours à l’heure pour encaisser,
beaucoup moins quand il s’agit de rendre.

Notre trésorerie suspendue à ton silence administratif.
Toi qui sais complexifier l’embauche,
rendre chaque CDI anxiogène,
transformer une séparation professionnelle en parcours judiciaire.

Toi qui sais si bien faire taire ceux qui veulent faire.

Toi qui es toujours là pour partager les bénéfices, mais étrangement absent quand il s’agit de pertes.
Le risque est privé,
la réussite est collective,
la sanction est individuelle.

Toi qui sais céder tes pépites aux étrangers
Alstom, Lafarge, Alcatel,
et laisser mourir celles qui résistent encore, comme Brandt, dans l’indifférence générale.

Toi qui demandes toujours plus à des entrepreneurs déjà à bout, à des agriculteurs, premiers entrepreneurs de France, qui n’arrivent même plus à se verser un salaire.

Toi qui regardes des dirigeants s’effondrer, des salariés pleurer, parce que le coût du travail empêche de mieux payer, parce que ton empathie s’arrête souvent au discours.

Beaucoup d’entre nous te quittent. Ils sont de plus en plus nombreux.
Tu ne les retiens pas. Tu les pointes du doigt. Tu les culpabilises. Tu as tort.

Ils seront mieux ailleurs et ne reviendront pas.

Je ne viens pas te dire que tout est foutu.
Je ne viens pas t’annoncer mon départ.
Je viens te dire qu’il reste des courageux. Mais que cette excuse du courage, cette injonction au patriotisme, ne tiendra plus longtemps si tu continues dans cette voie.

Entends nos cris. Accueille nos idées. Simplifie nos vies. Fais-nous confiance. Considère-nous. Et nous resterons.

Entrepreneurs, salariés, artisans, agriculteurs, nous avons des solutions concrètes.

 


Fonction publique

La fonction publique désigne un ensemble de personnes travaillant, sous certaines juridictions ou dans un cadre intergouvernemental, au sein des administrations publiques. Une personne travaillant dans la fonction publique est un fonctionnaire.

Les expressions « fonction publique » et « fonctionnaires » désignent souvent couramment un ensemble plus vaste de personnes travaillant pour des services publics ou d'utilité générale.

La fonction publique est caractérisée par ses privilèges statutaires, dénoncés par les libéraux.

En France, la haute fonction publique, essentiellement issue de l'École nationale d'administration, occupe régulièrement la tête des grandes entreprises françaises et constitue un vecteur privilégié de diffusion du planisme et de la mauvaise gestion publique. De par les privilèges dont elle jouit, elle constitue un pôle d'attraction pour une grande partie de la population, à la recherche d'une sécurité que n'offre pas le secteur privé. Madame de Staël remarquait déjà au XIXe siècle que « le premier article des droits de l’Homme en France, c’est la nécessité pour tout Français d’occuper un emploi public ».

L'École du Choix Public (James McGill Buchanan, William Niskanen et avant eux Jean-Baptiste Say) montre, comme tout individu, le fonctionnaire est motivé par son intérêt propre plutôt que par un indéfinissable intérêt général. En conséquence, la fonction publique se caractérise par des effets pervers :

  • productivité et rémunération sont déconnectées (nivellement des productivités dû à l'homogénéité des rémunérations) ;
  • sélection adverse (seuls les moins productifs restent dans la fonction publique) ;
  • du fait de l'absence de logique de marché : inefficacité, impossibilité du calcul économique, impossibilité de mesurer la satisfaction de l'usager ; bureaucratie ; irresponsabilité.

Citations

  • La fonction publique, la fonction privée ont toutes deux en vue notre avantage. Mais leurs services diffèrent en ceci, que nous subissons forcément les uns et agréons volontairement les autres ; d'où il suit qu'il n'est raisonnable de ne confier à la première que ce que la seconde ne peut absolument pas accomplir. (Frédéric Bastiat)
  • Ce qu'il ne faut jamais perdre de vue, c'est qu’un fonctionnaire public, en sa qualité de fonctionnaire, ne produit absolument rien ; qu'il n'existe, au contraire, que sur les produits de la classe industrieuse, et qu'il ne peut rien consommer qui n'ait été enlevé aux producteurs. (Charles Comte, Charles Dunoyer, Le Censeur européen, p.29-30, 1817)
  • Il y a toutes sortes de corps d’inspection, dont je me demande bien ce qu’ils inspectent. Si on faisait le recensement de tous les fonctionnaires, service par service, je suis persuadé qu’on en trouverait beaucoup dont personne ne pourrait dire à quoi ils servent. Il y a dans la fonction publique trop d’avantages, trop d’honneurs, trop d’effectifs. (Charles de Gaulle)
  • Les fonctionnaires sont tellement habitués à ne rien faire que lorsqu'ils font grève, ils appellent ça une journée d'action. (Coluche) (humour)
  • Le fonctionnariat constitue une noblesse républicaine, avec ses grands seigneurs et ses petits nobliaux désargentés. (Faré)
  • Presque partout, en Europe, le souverain domine de deux manières : il mène une partie des citoyens par la crainte de ses agents, et l'autre par l'espérance qu'ils conçoivent de devenir ses agents. (Alexis de Tocqueville, De la démocratie en Amérique)
  • Le secteur privé de l’économie est, en fait, le secteur volontaire ; et le secteur public est, en fait, le secteur coercitif. (Henry Hazlitt)
  • Cela ne relève pas de la polémique que de constater que le propre des fonctionnaires est de fonctionner, et que plus il y en a, plus il faut s’attendre à ce qu’ils remplissent leur rôle : identifier de nouvelles « lacunes » réglementaires à combler, peaufiner et perfectionner l’application des lois par des directives, des règlements, des circulaires, des ordonnances et des notices. Sans compter toutes les nouvelles idées de dépenses, subventions et autres soutiens imaginés par les législateurs et qu’il faut organiser. Les risques de cette évolution sont connus : une perte de liberté d’action pour les citoyens, un affaiblissement de l’innovation, une baisse relative des revenus disponibles. (Pierre Bessard, L'AGEFI, 26/02/2015)
  • L’État collectiviste fera tout diriger par une immense armée de fonctionnaires destinés à réglementer les moindres actes de vie des citoyens. (Gustave Le Bon)
  • Les technocrates : une nouvelle race de fainéants. (Coluche)
  • Si vous êtes prêts à accepter de vivre privé de liberté mais dans le confort — et je pense que beaucoup d'entre nous sont dans ce cas, c'est la nature humaine — vous pouvez vous lever tous les jours, aller travailler, gagner un gros salaire pour relativement peu de travail, à l'encontre de l'intérêt public, et aller vous coucher après avoir regardé la télé. (Edward Snowden)
  • Dans le domaine économique, notre administration est la fille du gouvernement de Vichy. [...] La rage du contrôle était née de la pénurie des années 1940-1944. S'y ajoutait, à l'époque, la méfiance maurrassienne contre l'économie libérale. Or, parallélement, la Résistance sous sa forme administrative et politique se pénétrait de la même méfiance en partant d'une idéologie différente mais de réactions analogues. Depuis la fin de la guerre, des générations de fonctionnaires ont été formées dans l'esprit que l'intérêt général se confond non pas seulement avec la primauté de l'État mais avec l'interventionnisme étatique et la défiance à l'égard de l'entreprise privée. (Georges Pompidou, Le nœud gordien, 1974)
  • Un corps cohérent, relativement petit, de fonctionnaires ayant des intérêts communs et agissant sous la direction d’une autorité centrale, a un immense avantage sur un public incohérent qui n’a point de règle fixe de conduite et ne peut être amené à agir de concert que sous l’empire d’une forte provocation. C’est pourquoi une organisation de fonctionnaires, étant arrivée au-delà d’une certaine phase de développement, devient de plus en plus irrésistible, comme nous le voyons dans les bureaucraties du continent. (Herbert Spencer)

Bibliographie

  • 2012, Olivier Babeau, « fonctionnaires », In: Mathieu Laine, dir., Dictionnaire du libéralisme, Paris: Larousse, pp273-274

Voir aussi

 

 

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