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septembre 17, 2026

France politique politicienne...en vue les Présidentielles !

 Sommaire: 
A) - Rentrée: quand le RN a du vent dans les voiles
B) - La démocratie donne t-elle tous les droits à la majorité ?
C) - Christelle Morençais attaque Lisnard et Knafo
D) - Abroger la taxe SEQE2 
E) - Le modèle de l'état providence est mort
F) - Révolution permanente incarne une extrême gauche qui a troqué les livres contre les likes

 
 


  
A) - Rentrée : quand le RN a du vent dans les voiles
 
« 60 % des Français sont pour, 99 % des médias sont contre. Voilà qui devrait interroger. »
 
Dans une chronique pour Polémia, Pierre Boisguilbert décortique la relance des offensives médiatiques contre le Rassemblement national à huit mois de l'élection présidentielle de 2027.
 
 
 
Voici les grands axes de cette rentrée politique :
 
1. La réactivation du barrage républicain. L'appareil médiatique instrumentalise les débats sur le voile et les retraites pour caricaturer le projet du RN et susciter un réflexe de peur au sein de l'électorat.
 
2. L'effondrement du bloc central et le piège de la gauche radicale. Face au déclin du centre et de la droite classique, le système cherche à imposer une diabolisation renforcée du camp patriote pour présenter l'extrême gauche comme la seule alternative possible.
 
3. La fin du monopole idéologique. Les campagnes de dénigrement perdent leur efficacité historique. L'émergence de canaux comme CNews et la puissance des réseaux sociaux brisent le récit officiel pour refléter la droitisation réelle de l'opinion publique.
 
4. Les limites de la récupération médiatique. L'intégration de figures de droite sur des chaînes comme BFMTV reste une manœuvre d'audience qui se heurte rapidement aux réflexes d'exclusion de l'écosystème progressiste.
 
Malgré la hostilité du système médiatique, le décalage croissant entre les aspirations populaires et le récit dominant alimente la dynamique électorale du RN
 
 

À huit mois de l’élection présidentielle, la rentrée politique donne déjà le ton : tandis que Marine Le Pen lance sa campagne et que le RN s’installe plus que jamais au cœur du débat national, les vieux réflexes du « barrage républicain » refont surface. Les controverses autour du voile et des retraites servent désormais à alimenter le procès en division et en dangerosité du parti patriote. Mais, pour Pierre Boisguilbert, face à un pouvoir à bout de souffle et à des oppositions discréditées, le vent électoral pourrait bien se montrer plus fort que la tempête médiatique.

Polémia

Le RN face à une nouvelle campagne de diabolisation

L’idéologie médiatique encore dominante a commencé sa campagne de huit mois contre le RN. Objectif : nouvelle diabolisation.

Le prétexte en a été une déclaration rappelant que, dans le programme du parti, figurait l’interdiction du voile dans l’espace public. 60 % des Français sont pour, 99 % des médias sont contre. Voilà qui devrait interroger.

Certes, il n’était sans doute pas opportun d’évoquer, dès le tout début de la campagne, une mesure difficilement applicable, sauf à changer la Constitution et à faire évoluer un État de droit obsolète, car incapable de nous défendre contre l’islamisation de la société française. Ce sera à gérer en priorité, mais après la victoire.

Et voilà Marine accusée de préparer, dès son élection, un putsch institutionnel. Cela permet à l’une des propagandistes en chef de la cause ukrainienne sur LCI de poser la question de la nécessité de reconstituer un barrage républicain.

On comprend bien leur inquiétude : sauf guerre mondiale – qu’ils annoncent tous les jours et qui permettrait à Macron de faire, comme son idole Zelensky, de se maintenir au pouvoir sans élections –, les carottes sont cuites pour le centre discrédité et éclaté, la droite de compromission et la gauche nombriliste.

Une seule solution : la victoire, donc, de Mélenchon. Mais il faut pour cela le dédiaboliser, ou trouver un diable encore plus effrayant : celui du fascisme voilé du RN.

Toute déclaration du RN sera donc l’objet du vocable « contesté » et sera exploitée pour montrer une division entre Le Pen et Bardella… C’est déjà le cas sur le voile et les retraites.

Le principal obstacle pour le RN, qui a tout de même positivement le vent dans les voiles, c’est donc le dénigrement médiatique systématique. Entre « ce n’est pas sérieux » et « c’est dangereux », on doit bien sûr s’en inquiéter, car cela vise à influencer l’auditeur-électeur. Il y a bien, en France, une « ingérence » médiatique. 

 

La recomposition du paysage médiatique

Cela étant dit, elle n’est plus l’arme fatale qu’elle a pu être au temps du « détail ». Elle peut même être contre-productive, par rejet d’informateurs partiaux qui ne trompent plus personne. CNews a fracturé le manichéisme médiatique et les réseaux sociaux l’ont marginalisé. Ça change tout.

Cependant, l’État médiatique profond, dont la survie est liée à l’audience et donc au fric, a bien compris la droitisation rebelle de l’opinion publique et tente de faire avec, en allumant des contrefeux.

D’où l’arrivée en fanfare sur BFMTV de Sonia Mabrouk. Le problème, c’est que, de commentaires personnels en invités identifiés, Sonia fait une tranche de CNews dans un gigot BFM : c’est l’alouette dans le pâté de cheval.

Et ça rue déjà dans les brancards. Le rejet va s’amplifier et la fausse bonne idée peut se retourner contre ses inventeurs et, hélas, contre elle-même.

Elle croit en la liberté d’opinion et au respect de la diversité. Ceux qui veulent interdire CNews n’accepteront pas Mabrouk sur BFM… Il faudrait pour cela qu’elle se voile. Or, elle a bien montré, sur ce sujet comme sur d’autres, qu’elle restait ferme et droite, très à droite même.

Encore une femme à diaboliser au nom de la liberté des femmes à penser, mais à gauche, avec le voile islamique comme nouvel étendard contre le RN. Pierre Boisguilbert est journaliste spécialiste des médias et chroniqueur de politique étrangère.

Ils auraient pu trouver mieux, mais c’est certain : canicule ou non, ils feront feu de tout bois.

Évitons de leur livrer des fagots.

Pierre Boisguilbert

Pierre Boisguilbert est journaliste spécialiste des médias et chroniqueur de politique étrangère. 
03/09/2026

https://www.polemia.com/rentree-quand-le-rn-a-du-vent-dans-les-voiles/?fbclid=IwY2xjawUY6QZwZG9mAWV4dG4DYWVtAjEwAGJyaWQRMHBRNUhDZU1ZNFpVN0N0R29zcnRjBmFwcF9pZBAyMjIwMzkxNzg4MjAwODkyAAEewFmGZw0boC3TgBquoVG_GP_dhYX7t7jJyc75eEI2aO90dBQFRvVZGw-LwAE_aem_VcFWkmr-4rDLHwAiehmlhw 


 

 
B) - La démocratie donne-t-elle tous les droits à la majorité ?
 
Dans une tribune que je publie dans Le Monde avec Jean-Philippe Feldman, nous répondons clairement : non.
 
La démocratie ne se réduit pas à la souveraineté populaire ni au seul fait majoritaire. Une majorité élue reste un pouvoir et, comme tout pouvoir, elle doit rencontrer des limites.
 
C’est tout le sens de l’État de droit : protéger les libertés fondamentales contre l’arbitraire, y compris lorsque celui-ci prétend s’exercer au nom de la volonté du peuple.
 
Nous renouons ici avec une tradition libérale ancienne, notamment celle de Benjamin Constant : la souveraineté du peuple ne saurait être absolue. Il existe une sphère de liberté individuelle sur laquelle ni un monarque, ni un gouvernement, ni même une majorité ne devraient pouvoir empiéter sans limites.
 
On peut bien sûr discuter du rôle du Conseil constitutionnel, de sa jurisprudence ou encore de l’étendue du bloc de constitutionnalité. Mais cette discussion est d’une autre nature que la remise en cause du principe même de limitation du pouvoir.
 
À l’heure où la souveraineté populaire est souvent invoquée comme réponse à la crise démocratique, nous voulons rappeler une distinction essentielle : le gouvernement de la majorité ne saurait signifier le pouvoir illimité de la majorité.
 
Alain Madelin   

 

C) - Dans un article paru dans Le Point hier, Christelle Morançais attaque Lisnard et Knafo. 

Elle déclare ne pas vouloir d’une image d’ultralibérale à la tronçonneuse, ne veut pas être comparée à David Lisnard car « elle au moins, elle fait » et encore moins à Sarah Knafo et à ses recettes « gros rouge qui tache ». 

Non mais franchement, vous êtes moins d’une dizaine d’élus à vous revendiquer libéraux en France, ne vous tirez pas dans les pattes ! 

 La présidente des Pays de la Loire est connue pour avoir résisté aux pressions des gaspilleurs d’argent public en tous genres et mis un coup de rabot de 100 millions d’euros dans le budget de sa région. C’est bien. Mais elle utilise cette aura libérale pour rassurer le milieu des affaires sur la ligne économique de son candidat à la présidentielle… Édouard Philippe. 

 Ah c’est sûr que ton Édouard avec zéro baisse des dépenses, zéro effort, zéro norme supprimée, il ne va tacher personne ! Oui, Milei a des allures de bourrin. Le rocker gueulard, le fou à la tronçonneuse. Mais vous savez quoi ? Ça marche ! Non seulement il gagne des élections mais en plus il redresse un pays ruiné par le socialisme ! 

La pauvreté chute, la croissance explose, les citoyens respirent. Ce n’est pas en étant timorée, encore moins en tapant sur ses rares potentiels alliés, que Morançais et son candidat ramollo ont la moindre chance de sauver ce pays. Tu es libérale pourquoi ? 

Parce que tu sais que tu as raison et qu’il faut trancher dans les dépenses le plus possible et le plus rapidement possible. 

 Il est temps d'assumer.

@Mileistesfr 

 https://x.com/Mileistesfr/status/2100531761616928768

 

 En finir avec la caste ! Preuve est apportée qu’on peut donner les signes du libéralisme tout en faisant allégeance à l’étatisme. L’alibi libéral d’Édouard Philippe, tout comme Kasbarian, ne sont que des faire-valoir et des attrape-mouches. Des faux-semblants.

 @OlivierRegipa

 

Il y a deux façons de faire de la politique : avoir pour cap la préservation de ses intérêts personnels ou avoir pour cap de défendre ceux de notre pays. Christelle Morançais a un cap qui n’est pas celui de @davidlisnard. C’est aussi pour cela qu’un candidat a exposé son programme qui est déjà dans le débat public et l’autre (soutenu par CM) toujours pas. 

 


 

 D) - Hier, j’ai déposé un amendement pour ABROGER la taxe SEQE2 sur le carburant. 

Il a été rejeté. J'ai donc voté POUR un GARDE-FOU à cette taxe scandaleuse. D'autres ont refusé ce garde-fou pour s'enfermer dans une posture politicienne. Ils ont donc voté pour que votre plein soit plus cher, afin de pouvoir s'en scandaliser après. Du théâtre. 

 La posture, c'est de laisser les Français payer plein pot. La défense des Français, c'est d'être CONTRE le SEQE 2 et POUR chaque centime de pouvoir d'achat rendu. Gardez vos postures. Moi, je défendrai toujours les Français. 


 Partout en France, dans mes dédicaces : des électeurs du RN, des abstentionnistes, des centristes, des fonctionnaires me disent qu'ils nous rejoignent grâce au Casse du siècle. 

 Les faits et les chiffres nous rapprochent tous, là où les théories pouvaient nous séparer




 
Sébastien Lecornu annonce 54 milliards d’économies et propose les quelques maigres expédients habituels. Il veut seulement freiner la hausse : nous voulons BAISSER LA DÉPENSE.
 
Il dit que l’État sera exemplaire, mais il ne supprime pas UN SEUL poste. Nous proposons d’en supprimer 800 000.
 
Il veut diminuer l’enveloppe des agences. Nous voulons en supprimer. Tout est listé, chiffré, sourcé.
Voici mon plan à 140 milliards d’euros d’économies par an. Les Français ont trop payé. Il est temps de dépenser moins pour taxer moins 

@knafo_sarah 

  


 

Le paradoxe Knafo : LE CHIFFRE LE PLUS INTÉRESSANT SUR KNAFO N’EST PEUT-ÊTRE PAS SES 120 000 LIVRES VENDUS. 

Son livre est devenu un phénomène éditorial. Première semaine NielsenIQ : 60 584 EXEMPLAIRES. Deux semaines : 120 000 annoncés et désormais repris par plusieurs médias. Mais parallèlement, Knafo ne connaît pas de percée comparable dans les baromètres politiques. Voilà le paradoxe. 

 LE LIVRE DÉBORDE L’ÉLECTORAT DE KNAFO. Des dizaines de milliers de Français peuvent manifestement vouloir lire : la critique de la dépense publique, la bureaucratie, les impôts, la capitalisation, Milei, la réduction de l’État, sans pour autant devenir immédiatement électeurs Reconquête. Et c’est peut-être le phénomène politiquement le plus important. Parce qu’un livre à succès n’est pas un sondage. Mais il peut révéler une DEMANDE avant qu’un parti ne sache la convertir. 

 

 Et François Hollande vient lui-même de contribuer à transformer ce succès éditorial en fait politique national en contestant publiquement son explication. Pendant ce temps, Knafo déplace progressivement son image : moins seulement : IMMIGRATION / IDENTITÉ et davantage : ÉTAT / IMPÔTS / RETRAITES / PROPRIÉTÉ / ÉCONOMIE. La question n’est donc pas : « 120 000 lecteurs = 120 000 électeurs ? » Évidemment non. Elle est : COMBIEN DE CES LECTEURS N’AURAIENT JAMAIS ACHETÉ UN LIVRE DE RECONQUÊTE IL Y A ENCORE UN AN ? C’est là que le phénomène devient réellement intéressant.  

 


 

E) - David Lisnard, candidat à l’élection présidentielle : «Le modèle de l’État-providence est mort !»

RUPTURE. Immigration, sécurité, budget… David Lisnard fustige les promesses grandiloquentes des gouvernants qui alimentent les déceptions. Il prône une reprise en main du pouvoir. Le candidat de Nouvelle Énergie plaide pour une primaire élargie entre tous ceux qui ne se reconnaissent ni dans la gauche ni dans le Rassemblement national.

Le JDD. L’Europe est confrontée à une crise migratoire dans l’enclave espagnole de Ceuta. Les Vingt-Sept sont-ils condamnés à l’impuissance ?

  

David Lisnard. L’Europe n’a pas perdu le contrôle par fatalité, mais parce que ses dirigeants ont confondu le droit et l’impuissance. Toute nation doit pouvoir maîtriser son peuplement : décider combien d’immigrés elle accueille et d’où ils viennent. L’Europe, elle, doit être un acteur de régulation : un Frontex renforcé, des traités clairs, des frontières extérieures tenues. Ce n’est pas une question de moyens, c’est une question de volonté.

On parle de « crise » pour 60 000 migrants. À l’horizon 2050, l’Afrique à nos portes représentera un quart de la population mondiale, dont la moitié de moins de 25 ans. Comment faire face ?

Il n’y a aucune fatalité migratoire. Mais rien ne sera réglé tant que nous n’aurons pas admis ce que je répète sans relâche : le modèle d’État-providence est mort, et il est devenu un aspirateur à pauvreté, donc à immigration. Surendettés et surfiscalisés, nous subventionnons et importons la pauvreté d’un côté ; en décourageant le travail et l’investissement, nous laissons filer nos talents et nos capitaux de l’autre. Voilà la base : remettre en ordre l’appareil d’État et notre système social.

Et cessons de ne regarder que l’immigration irrégulière. L’immigration légale, donc acceptée, assumée, décidée par le gouvernement, c’est 384 230 premiers titres de séjour hors droit d’asile en 2025. Un record historique, en hausse de plus de 10 % en un an. Ajoutez-y 955 000 renouvellements. Ce n’est pas une crise : c’est une politique.

Que répondez-vous à ceux, le patronat notamment, qui défendent l’idée d’une immigration économique nécessaire compte tenu du déclin démographique de la France ?

Je ne prône pas l’immigration zéro, mais une immigration fortement diminuée, maîtrisée et choisie. Le motif économique, y compris dans la bouche d’une partie du patronat, est démenti par les faits : l’an dernier, 13 % seulement des premiers titres de séjour ont été délivrés pour du travail. Nous ne sommes pas face à une immigration de travail, mais à une immigration de peuplement hors de contrôle. Et ne soyons pas naïfs : certaines associations, sous couvert d’aider leur prochain, instrumentalisent l’immigration à des fins idéologiques et de déstabilisation de nos sociétés. Quant aux filières mafieuses de passeurs, elles vivent de la misère humaine et l’achèvent en drames.

Concrètement, quelles mesures peut-on prendre pour être plus efficace ?

Sortir de l’État-providence, d’abord. Cesser de subventionner des structures qui font le jeu des passeurs. Traiter les demandes d’asile dans les pays d’origine, via nos consulats, hors du territoire européen. Rétablir le délit de séjour irrégulier, supprimé en 2012. Expulser les étrangers condamnés et les fichés S, en conditionnant les visas et l’aide au développement à la délivrance des laissez-passer consulaires. Renforcer Frontex sur le renseignement, le partage d’informations et les retours. Tout cela suppose de faire sauter des verrous juridiques, pour qu’en matière d’immigration, la loi française prime le droit international et les règlements européens. D’où la nécessité d’un référendum constitutionnel. Ce que 10 millions de Danois ont obtenu, 68 millions de Français doivent pouvoir l’obtenir. C’est une évidence.

La France fait face à des mégafeux sans précédent. A-t-on sous-estimé l’impact du réchauffement climatique ?

Sous-estimé, non : le réchauffement est acté et reconnu par tous depuis longtemps. Ce qui manque, ce sont les réponses rationnelles. Il y en a deux, complémentaires. La première : réduire la part de l’activité humaine dans le dérèglement, en donnant la priorité à une énergie décarbonée, le nucléaire et l’hydroélectrique. Emmanuel Macron a commis là une faute majeure, en démantelant Fessenheim et en programmant la fermeture de quatorze réacteurs lors de son premier mandat, avant de rétropédaler en 2022. Entre-temps, c’est une filière entière qui a reculé. La seconde : adapter notre territoire à ces évolutions. Et là, nous butons sur la folie bureaucratique et sur les effets pervers de l’écologisme politique. 

Depuis des années, au contact des élus et des forestiers, je vois des hommes qui veulent entretenir la forêt, réaliser des pare-feux, organiser les débroussaillements, et qui sont entravés par les recours d’associations écologistes et par les absurdités administratives. Le Code forestier prévoit l’entretien de la forêt, qui reste la meilleure arme contre le feu ; une jurisprudence du Conseil d'État du 6 février dernier vient le compliquer, voire le bloquer. Il faut aussi un plan de réserves d’eau, indispensables aux pompiers et à l’agriculture, les cultures agricoles étant d’ailleurs souvent le meilleur pare-feu. Elles aussi sont attaquées par les écologistes d’extrême gauche. On ne protège pas une forêt avec des procédures : on la protège en l’entretenant.

Emmanuel Macron s’était engagé à renouveler la flotte de Canadair. Douze ont été commandés, cinq seulement sont disponibles. Y a-t-il un manque d’anticipation coupable de l’État ?

Rappelons les faits. Douze Canadair n’ont pas été commandés : ils ont été annoncés. Seize, même ! Pour une livraison avant 2027, douze en renouvellement de la flotte et quatre supplémentaires. Deux seulement ont été effectivement commandés ! Et l’argument des chaînes de production disparues ne tient pas : quand il y a des commandes, les industriels les relancent. Ce dossier est révélateur d’un pouvoir qui se gargarise d’annonces martiales que rien ne suit. Préparation aux catastrophes naturelles, justice des mineurs, sécurité : la parole publique a été dévaluée par des dirigeants qui dénoncent le populisme des autres et le pratiquent eux-mêmes, avec des discours grandiloquents proportionnels à leur impuissance.

Tenir le déficit à 5 % cette année sera compliqué. Comment Sébastien Lecornu doit-il s’y prendre pour le prochain budget ?

En sortant du laxisme politique et de la « Bercycratie ». En cessant de répéter ce qui échoue et en appliquant ce qui fonctionne : réduire les dépenses de fonctionnement, traquer les doublons et les triplons, privatiser quand on peut, internaliser quand il faut. C’est ce que j’ai mis en œuvre partout où l’on m’a confié des responsabilités, dans le privé comme dans le public. À Cannes, une ville à fort taux d’immigration et de pauvreté, nous avons réduit le nombre d’agents de 20 %, avec des agents mieux payés et plus motivés, parce que nous avons redonné du sens aux missions. La dette de la ville a baissé de 84 millions d’euros en douze ans, la fiscalité de 3,6 %. Ce n’est pas une théorie, c’est un bilan et une méthode.

Cela paraît simple à l’échelle d’une ville. Pourquoi ne l’est-ce pas à l’échelle du pays ?

Parce que le conformisme technocratique qui accompagne les gouvernements depuis trop longtemps ne connaît qu’un seul outil : la dépense publique inconsidérée. Le « quoi qu’il en coûte » est devenu le « n’importe quoi qu’il en coûte », pour gagner la présidentielle de 2022. Quand nos voisins réduisaient la voilure après le Covid, nous avons continué à dépenser l’argent de nos enfants et de nos petits-enfants. C’est cynique et c’est scandaleux. Et quand la difficulté revient, le gouvernement sort le rabot et l’impôt : le degré zéro de l’efficacité budgétaire.

« Nous sur-cotisons pour un État qui ne se réforme pas »

On grève l’investissement, on s’acharne sur les entreprises, les collectivités et le pouvoir d’achat des ménages, c’est-à-dire sur tous ceux qui font tourner le pays. Les faits sont têtus. Tous les Européens ont subi le Covid, la guerre en Ukraine, le blocage du détroit d’Ormuz. Là où la Grèce, l’Italie ou le Portugal se redressent, la France décroche. Notre chômage augmente bien plus qu’ailleurs. Notre PIB par habitant est passé sous la moyenne européenne. C’est une première dans notre histoire contemporaine. Voilà le bilan d’Emmanuel Macron et de ses gouvernements, avec les mêmes qui continuent à nous donner des leçons. Je ne participerai pas au théâtre de la fausse rigueur : il n’est que la prolongation d’un système à l’agonie.

En 2025, vous avez appelé à censurer le budget. Ferez-vous de même avec le prochain, au risque de compromettre votre première année de mandat ?

Une dissolution quelques semaines avant la présidentielle serait absurde : elle accentuerait le chaos politique et risquerait de bloquer le futur occupant de l’Élysée. Mais une censure n’entraîne pas mécaniquement une dissolution : celle-ci relève du seul président de la République. Ne parlons pas encore de censure, nous ne connaissons pas les orientations des prochaines lois de finances. Si le budget est aussi trompe-l’œil et hypocrite que le précédent, s’il confirme le renoncement à la réforme des retraites, qui explique une grande part de nos déficits et de notre dette, il ne sera pas acceptable. L’État doit retrouver de la force en se concentrant sur ses fonctions essentielles plutôt que d’intervenir partout avec une administration excessive. Les structures administratives se superposent, se contredisent et bloquent les projets. Je propose de réduire le back-office bureaucratique, de remettre plus d’agents au contact du public et d’appliquer la subsidiarité : décider au niveau le plus proche et le plus efficace.

À vous écouter, les collectivités locales devraient être exemptées du redressement des comptes publics. Pourquoi échapperaient-elles à cet effort collectif ?

Je n’ai jamais dit cela. Et j’en ai assez des questions qui reprennent le prêchi-prêcha de Bercy, comme si les collectivités étaient des enfants que l’on gronderait pour qu’elles fassent des « efforts ». Depuis 2014, l’État a prélevé plus de 80 milliards d’euros sur la DGF (dotation globale de fonctionnement) des communes et intercommunalités. Or, elle n’est pas un don de l’État, c’est un dû : c’est l’argent des contribuables locaux, qui transite par Bercy avant de leur revenir. Pendant ce temps, le gouvernement augmentait les dépenses, la dette et le déficit. Où est allé cet argent ? Où va d’ailleurs l’argent des contribuables dans le pays qui a le record des prélèvements et des dépenses, et qui parallèlement voit les services publics essentiels se dégrader ? Une collectivité, elle, ne peut emprunter que pour investir. Il y a bien sûr des collectivités mal gérées. Mais la dette du millefeuille territorial représente 8,8 % de la richesse française, contre 9 % il y a trente ans : elle est stable. Celle de l’État a triplé. Les dépenses des collectivités pèsent 19 % de la dépense publique, contre 35 % en moyenne en Europe, et moins de 11 % du PIB, contre 18 % chez nos voisins. Nous sur-cotisons pour un État qui ne se réforme pas et qui nous transfère toujours plus de charges. En vingt ans, 1 153 organismes d’État ont été créés et près de 500 000 agents recrutés. Ça suffit !

 

Certains maires font de la gratuité un marqueur politique : les transports à Montpellier, les fournitures scolaires à Saint-Denis. Qu’en pensez-vous ?

Chaque maire fait ce qu’il veut chez lui, et ce sont ses habitants qui jugent. Mais la gratuité est un mythe destructeur, car c’est toujours l’argent des autres. Les bus s’achètent, les chauffeurs se paient, le carburant a un coût. Quand l’usager ne paie pas, ce sont les seuls contribuables qui paient, les propriétaires en premier, faute d’impôt local universel. Chez moi, les transports publics comme les cantines scolaires sont financés en partie par l’intercommunalité, donc par le contribuable, et en partie par l’usager selon un équilibre que nous pensons juste. J’ajoute que se priver de la participation des usagers, c’est d’une part les déresponsabiliser, d’autre part dévaloriser le service rendu, enfin se priver de moyens pour développer le service lui-même. On peut toujours décider que tout est gratuit en apparence, cela s’appelle le paradis communiste : cela finit toujours dans la pauvreté, la misère et la répression.

Démunis face à la délinquance, certains maires mettent en place des couvre-feux pour les mineurs. Y voyez-vous un symptôme de la défaillance de l’État ?

Absolument, et d’abord dans les zones relevant de la Police nationale. Toute mesure coercitive doit être légitime, proportionnée et motivée : je comprends donc que des maires y recourent dans certaines circonstances. Nos policiers sont courageux et compétents, mais la Police nationale n’échappe pas à la gangrène de la bureaucratie et des procédures. Dans les faits, nous n’avons quasiment plus de Police nationale la nuit. Je n’ai pas pris une telle mesure dans ma commune, mais heureusement que nous disposons d’une police municipale H24, financée par le contribuable local. Car à partir d’une heure du matin, côté État, il n’y a plus personne.

En juillet, un vide juridique a entraîné la remise en liberté de plusieurs mineurs placés en détention provisoire pour des crimes. Cela aurait-il pu être évité ?

Bien sûr. Le Conseil constitutionnel avait laissé un an au gouvernement et au Parlement pour adopter les dispositions nécessaires. Rien n’a été fait, et plusieurs mineurs ont été libérés, dont un multirécidiviste placé en détention provisoire pour des faits criminels.

À chaque drame, les déclarations martiales se succèdent, avec des trémolos dans la voix ; à chaque fois, la grandiloquence masque l’impuissance. Il faut revoir l’architecture légale de la justice pénale des mineurs, et surtout se donner les moyens d’exécuter les décisions. Une sanction qui n’est pas exécutée n’est pas une sanction. Or, la sanction protège la société !

Plusieurs candidats déclarés ou pressentis à l’élection présidentielle ont été la cible d’opérations de déstabilisation étrangère. Cela vous inquiète-t-il ?

Il ne faut ni surestimer ni négliger ce risque. Des ingérences ont déjà eu lieu dans des campagnes électorales, à l’étranger comme en France, et les fermes de robots existent. Les services spécialisés de l’État nous ont alertés à plusieurs reprises. À l’Association des maires de France, nous proposons aux communes et aux intercommunalités des formations pour réduire les risques de cybercriminalité : nul n’est à l’abri, mais on peut limiter les attaques les plus courantes. La problématique est la même pour les sanctions. Les ingérences électorales ne relèvent pas d’une vue de l’esprit. Cela dit, les candidats évoqués auront d’autres raisons, très françaises, de perdre…

Depuis votre déclaration de candidature en mars dernier, vous peinez à franchir le mur du son. Pourquoi, selon vous ?

C’est une réalité, c’est logique et j’espère que c’est provisoire. J'ai fait le choix de ne pas exercer de fonctions nationales, ministérielles ou parlementaires, qui sont de puissants projecteurs de notoriété. J’ai choisi le travail de terrain. Ma vie, c’est le pays réel, et je veux être le candidat du pays réel. Ma progression se fait donc par capillarité. On espère toujours que la cristallisation viendra plus vite. Mais Nouvelle Énergie avance : nous allons passer le cap des 20 000 adhérents à jour de cotisation, nous avons davantage de donateurs, je recrute un directeur de campagne. Et j’ai la satisfaction de voir reprises les idées que je défends depuis des années : la retraite par capitalisation, la remise en cause de l’État-providence face à l’effondrement démographique, à l’immigration non maîtrisée et à la stagnation économique, la baisse des cotisations, parallèlement à celle des dépenses sociales, pour augmenter le salaire net et rétablir les comptes. Je dénonce aussi l’effondrement éducatif et propose de libérer l’école de la suradministration et de l’idéologie, de même que je propose de remplacer dans la Constitution le principe de précaution, qui bloque tant de projets, par un principe de responsabilité. Avant la victoire électorale, il y a la victoire des idées. Ce sont elles qui peuvent redonner espoir, rendre confiance dans la parole publique à la majorité silencieuse que l’on n’entend pas. Il est temps d’oxygéner notre démocratie et de respecter les engagements pris. Si je suis élu, les Français ne seront pas virés du pouvoir, comme ils l’ont été précédemment, dès les lendemains de second tour.

Êtes-vous toujours favorable à une grande primaire de la droite allant jusqu’à Reconquête ?

Oui. Je ne suis pas un partisan absolu des primaires, mais les voix sont dispersées et nous avons encore le temps d’organiser une grande compétition. Il faut un quart de finale avant la demi-finale que constitue le premier tour. Elle doit être ouverte à tous ceux qui ne se reconnaissent ni dans la gauche ni dans le Rassemblement national, c’est-à-dire de la droite au centre droit. Ceux qui veulent se présenter à la présidentielle ne devraient pas avoir peur d’une pré-compétition. Elle éviterait l’éparpillement des voix, qui fait perdre les élections, et les arrangements entre notables, qui font perdre le pays : ils aboutissent à des mesures marketing, puis à une nouvelle bouillie politique une fois au pouvoir.

En cas de second tour opposant Marine Le Pen à un candidat issu du bloc central, pour qui voteriez-vous ?

Je suis candidat à l’élection présidentielle, pas au commentaire d’un second tour dont je serais exclu. Soyez néanmoins sûr d’une chose : je voterais pour n’importe quel candidat opposé à Jean-Luc Mélenchon. À sa « Nouvelle France », j’oppose la « Belle France ». C’est cette belle France que je peux faire gagner. Et c’est ainsi que nous retrouverons la Grande France, prospère, sûre, respectée, capable d’innover et d’offrir un avenir à ses enfants. Les Français sont créatifs, mais freinés par les normes, la bureaucratie et la fiscalité. L’État doit moins entraver les entreprises, les collectivités et les travailleurs, et se concentrer sur ses missions essentielles : sécurité, justice, éducation, santé et aménagement du territoire. Le XXIe siècle sera celui de l’IA et des technologies : misons sur l’école, la recherche, l’investissement et la liberté d’entreprendre. Ma démarche porte une espérance

Antonin André, Victor-Isaac Anne 

 https://www.lejdd.fr/politique/david-lisnard-candidat-a-lelection-presidentielle-le-modele-de-letat-providence-est-mort-180804

 

 "Aucun candidat ne propose la sortie des 35 heures ? " .

@ChrisSaintEtien dans les experts de .@LaureClosier
Et si vous parliez de .@davidlisnard qui propose de réécrire entièrement le Code du travail pour libérer l'économie, sans en faire un simple retour obligatoire uniforme aux 39 heures, mais en privilégiant la liberté de travail et la baisse des charges pour augmenter les revenus nets.
 
 @JP_O

 


 
F) - Révolution permanente incarne une extrême gauche qui a troqué les livres contre les likes

Vive l’amnésie ! Révolution permanente, les révolutionnaires qui ne lisent rien

CHRONIQUE. Trois cents militants fougueux, zéro journal, aucun tract. Révolution permanente incarne une extrême gauche qui a troqué les livres contre les likes, nous raconte Christophe Bourseiller dans sa première chronique hebdomadaire,

Nous vivons décidément une époque formidable et, reconnaissons-le, sans équivalent. Une période historique aussi bigarrée, marquée qui plus est par une présidentielle décisive, méritait à l’évidence une chronique de la montée des extrêmes. J’aimerais la démarrer en beauté par un groupe d’extrême gauche à nul autre pareil. L’organisation trotskiste Révolution permanente me semble en effet représenter un cas d’école, merveilleusement représentatif de nos temps brumeux.

Il s’agit d’abord d’un groupe très médiatisé, dont les jeunes porte-parole crèvent l’écran du smartphone. Sur les chaînes info ou les réseaux sociaux, comment rater Elsa Marcel, Ariane Anemoyannis, ou le sémillant Anasse Kazib ? Ils et elles se distinguent par une volubilité rageuse. Les paroles sont saccadées, le débit est celui des mitraillettes. La colère n’est pas feinte et les haut-parleurs grésillent. Ielles ont la foi, celleux-ci !

Révolution permanente ne manque pas d’entregent. Le groupuscule se trouve entouré d’une meute fournie de compagnons de route, dont les plus fameux sont Assa Traoré, Adèle Haenel qui vient de sortir un livre joliment nommé Viser Juste, ou Frédéric Lordon. Parmi les adhérents figurent quelques Mohicans historiques et révérés, tel le fondateur d’Action directe Jean-Marc Rouillan. 

Je précise que Révolution permanente se montre très en pointe sur la défense des minorités : le groupe appuie la théorie du genre, soutient la cancel culture, évolue avec délice dans l’ambiance woke, dénonce l’intersectionnalité, c’est-à-dire l’accumulation des oppressions dont nous sommes les victimes et défend le droit des femmes à porter le voile.

Il contrôle plusieurs structures spécifiques : un groupe étudiant nommé Le Poing levé, un collectif féministe, Du Pain et des roses, et une mouvance dont le nom résume la teneur : « Touche pas à ma Abaya » (sic). Comme le dit l’un des slogans du NPA-L’Anticapitaliste, dont est issue Révolution permanente : « Trop couvertes ou pas assez, c’est aux femmes de décider »

Une communication presque exclusivement en ligne

Mais le plus fascinant n’est pas là. Révolution permanente se distingue en effet de ses rivaux trotskistes par un trait tout à fait révélateur : le fait est que ce mouvement n’édite aucun journal et ne pond quasiment aucun tract. Tel est son style unique. Ce parti numérique n’a d’existence que sur le Web. Il ne communique quasi exclusivement que via Instagram, TikTok et j’en oublie, par le biais de vidéos furibardes, de clips incendiaires, de prêches exaltés.

Le résultat ne manque pas de saveur. Les quelque trois cents fougueux dévots qui peuplent la cohorte ignorent pour la plupart les écrits de Léon Trotski. Le Programme de transition ? Connais pas. Ils ne savent absolument pas que Révolution permanente est un lointain héritier du courant trotskiste moreniste, qui tire son nom de son fondateur argentin Hugo Miguel Bressano Capacete, dit Nahuel Moreno, mort le 25 janvier 1987 à Buenos Aires.

Ils ignorent que ce groupement a été officiellement fondé les 16, 17 et 18 décembre 2022 après son départ houleux du Nouveau Parti anticapitalistes (NPA), qu’il est la branche française d’une structure internationale fort minoritaire, le Courant pour la révolution permanente-Quatrième Internationale (CRP-QI), ex-Fraction trotskiste-Quatrième Internationale, dont l’organisation la plus puissante est le Parti des travailleurs socialistes (PTS) d’Argentine, dirigé par Jose Montès.

Ils ne savent rien, parce qu’ils ne lisent rien. Ils consomment des images. Ainsi à l’extrême gauche, force est de constater que le niveau intellectuel baisse de jour en jour… Conséquence ? Un embrouillamini théorique, un perpétuel louvoiement tactique, une exaltation de la gaminerie adolescente et des repères historiques qui s’abolissent. Vive l’amnésie ?

Christophe Bourseiller 

 

septembre 09, 2026

La politique budgétaire de la France durant la Vᵉ République !

La politique budgétaire de la France durant la Vᵉ République 

Malgré l’aridité du sujet, La longue dérive de la dette française — Histoire budgétaire de la Vᵉ République (Éditions PUF, 670 pages, 28 euros) se lit très agréablement. Partisans d’une politique d’équilibre budgétaire et de stabilité financière, Julien Dubertret (conseiller du Premier ministre pour le budget en 2007 et directeur du Budget en 2011) et Nicolas Ragache (anciennement administrateur au ministère de l’Économie et des Finances et conseiller ministériel) ont cherché à « comprendre les dynamiques structurantes derrière la longue dérive des finances publiques en France ». Des surprises attendent le lecteur, préviennent-ils, car « pas mal d’idées convenues résistent plutôt mal à un examen attentif ». Cette première partie de la recension du livre couvre les années qui précèdent l’arrivée au pouvoir des socialistes en 1981. Deux autres volets suivront pour traiter le sujet jusqu’à la période actuelle.

Johan Hardoy

 


Préambule : les années 1950

La France connaît alors un essor économique rapide, lié notamment à la reconstruction et au rattrapage de la croissance perdue pendant la guerre, mais des difficultés sérieuses demeurent du fait de la persistance de déséquilibres importants.

En 1952, le plan de lutte contre l’inflation d’Antoine Pinay constitue un « beau succès », mais il n’est pas suffisant pour réduire le déficit de l’État qui s’accentue avec les événements d’Algérie. En 1956, l’inflation repart doucement à la hausse et, l’année suivante, « faute de trouver des prêteurs, la moitié de l’augmentation de la dette publique doit être couverte par de la création monétaire ».

Deux facteurs institutionnels pèsent sur la conduite des politiques publiques. En premier lieu, « l’instabilité gouvernementale chronique » de la IVᵉ République — malgré la stabilité du personnel administratif qui permet d’éviter le pire —, qui ne permet « pas de construire de façon satisfaisante des politiques publiques ambitieuses qui nécessiteraient un appui politique dans la durée ». En second lieu, « l’absence de cadre organique pour le budget jusqu’en 1956 », qui rend difficile la mise en œuvre de politique d’investissement. Faute de vote en temps et en heure, chaque nouvelle année s’engage ainsi sans budget.

Ce désordre budgétaire n’est pas sans conséquences sur la souveraineté du pays car il favorise la tutelle extérieure croissante d’un pays prêteur comme les États-Unis.

1958-1965

L’arrivée au pouvoir du général de Gaulle voit s’ouvrir « une période économique déterminante pour l’avenir, basée sur une nouvelle stratégie monétaire et budgétaire dont l’influence se fera sentir pendant plus de vingt ans ». Lors de son investiture, « le Parlement adopte la loi relative aux pleins pouvoirs, avec une habilitation très large », comprenant les finances publiques qui relèvent traditionnellement de la compétence parlementaire.

À la tête d’un « comité restreint et quasi secret », l’économiste libéral Jacques Rueff propose au chef de l’État une stratégie d’ensemble visant à réduire la dépense publique, supprimer les indexations (notamment celles des prix agricoles), augmenter les impôts, emprunter à long terme et dévaluer pour rétablir la stabilité financière. De Gaulle met tout son poids politique pour faire adopter ce « plan Pinay-Rueff de réduction des dépenses publiques ». Un nouveau franc est créé « pour marquer l’entrée dans une nouvelle époque de confiance et d’inflation maîtrisée ».

« Dans ce contexte assaini, qui voit les besoins d’emprunt de la sphère publique se réduire et qui fait anticiper un rétablissement durable des grands équilibres de l’économie française, la balance des paiements redevient excédentaire et les financements internationaux se rouvrent. » Le général de Gaulle dira plus tard : « Le Marché commun n’a été possible que grâce au redressement de la France en 1958. »

En 1962, le ministre des Finances, Valéry Giscard d’Estaing, « taille dans les dépenses » pour lutter contre l’inflation, nourrie par les prêts et avances de l’État financés par l’emprunt.

Cette politique diffère de celle que souhaiterait le Premier ministre, Georges Pompidou, qui préconise plutôt de laisser courir le déficit pour financer des dépenses d’investissement. Ce dernier considère en effet que l’augmentation des moyens de production doit être profitable dans un second temps, y compris pour les finances publiques.

En 1964, pour la première fois depuis 1931, le budget est présenté en équilibre.

1965-1974

Cette décennie fait « la démonstration que les finances publiques peuvent être à l’équilibre et la croissance forte simultanément ».

L’État, qui fait face à l’augmentation rapide de la population issue du baby-boom, développe l’investissement public et privé destinés aux constructions scolaires, aux routes et autoroutes, au remembrement agricole, à la santé, etc.

Par ailleurs, le budget national se doit de « venir à la rescousse » du déséquilibre des comptes sociaux, car « la Sécurité sociale, au sens large, est affectée par une dynamique sociale forte, à la fois mal analysée et mal maîtrisée budgétairement […] en raison d’une perte de lien progressive entre les recettes et les dépenses ». Cette situation est encore aggravée dans les années 1970 du fait de la montée régulière du chômage.

Le gouvernement poursuit néanmoins une politique de stabilité budgétaire, malgré des pressions politiques en faveur d’un soutien « keynésien » à la croissance.

Dans la foulée des événements de mai 1968, les accords de Grenelle entérinent une série de mesures de grande ampleur concernant les salariés et les entreprises. « Ces décisions, après vingt années de développement économique rapide, répondent au souhait de la population d’un rééquilibrage du partage des fruits de la croissance. » La hausse des dépenses publiques, pour l’essentiel pérenne, représente 1 point de PIB.

En 1969, le budget de l’État est excédentaire et les finances publiques reviennent quasiment à l’équilibre, ce qui s’explique par la reprise mondiale de la croissance et une ferme politique gouvernementale de lutte contre l’inflation.

Cette séquence, qui voit un retour à la normale sans difficulté apparente, contribue à ancrer « l’idée fausse qu’il serait possible (et même souhaitable, en vue de soutenir la croissance) d’augmenter les dépenses ». « Il n’est pas abusif de voir dans cet épisode l’une des causes du manque de discipline de nombreux gouvernements ultérieurs. »

Dans un contexte monétaire international incertain, le volet salarial des accords de Grenelle, qui soutient la demande, conduit « à une hausse asymétrique des coûts de production par rapport à ceux des pays voisins et concurrents ».

Au lieu de mener un plan de rigueur monétaire, le gouvernement « choisit la voie de la facilité » : une dévaluation du franc de 11,1 %. « Dès lors, sans surprise, l’inflation s’installe pour de bon », alors que la croissance repart à un rythme soutenu.

En 1972, le Premier ministre, Pierre Messmer, confirme les choix interventionnistes pour lutter contre l’inflation, qui atteint plus de 6 % et « frôle les 14 % avec le choc pétrolier de 1974 ».

1974-1980

Après la victoire électorale de Giscard d’Estaing en 1974, le ministre de l’Économie, Jean-Pierre Fourcade, met en œuvre un « plan de refroidissement » destiné à contrer l’inflation et le déséquilibre du commerce extérieur.

Cette politique, « qui passe assez largement à côté du contexte créé par le choc pétrolier », « cherche donc à réduire la consommation par une ponction fiscale exceptionnelle sur les ménages ». Une mesure similaire est prise concernant les entreprises qui voient l’impôt sur les sociétés majoré.

Ce plan, qui produit un ralentissement de la croissance française, « arrive au plus mauvais moment » compte tenu de la conjoncture internationale. « La contraction de la demande extérieure se cumule à l’inflation forte. » En 1975, l’économie française entre en récession, pour la première fois depuis la Seconde Guerre mondiale, tandis que le chômage atteint 2,8 % (ce qui paraît élevé à l’époque).

Le Premier ministre, Jacques Chirac, opte alors pour un « virage à 180 degrés », en stimulant la croissance par un plan de relance de la demande, financé par des déficits volontaires.

« Cette initiative qui déséquilibre fortement les comptes publics fait par contraste ressortir l’équilibre de 1974, qui reste dans les mémoires comme la dernière année d’équilibre budgétaire ». Le gouvernement ne prône pourtant aucune rupture structurelle et vise l’équilibre des finances publiques (qui sera objectivement atteint en 1979 et 1980).

« Le plan de relance de 1975 n’en est pas moins un échec de politique économique, à plusieurs titres ». Son impact sur l’inflation est à peine perceptible et le chômage atteint 4 % en 1976. « Un plan macroéconomique de relance d’inspiration keynésienne était tout à fait inadapté à la situation résultant du premier choc pétrolier. […] Une politique ferme de lutte contre l’inflation, qui aurait constitué un signal économique clair invitant les entreprises à maîtriser leurs coûts et aurait sans doute impliqué plus la politique monétaire que la politique budgétaire, aurait été nettement plus adaptée, préservant la compétitivité et donc l’emploi. »

En 1976, Raymond Barre, qui cumule les fonctions de Premier ministre et de ministre de l’Économie et des Finances pour la première fois dans l’histoire de la Vᵉ République, se donne comme priorité « la lutte contre l’inflation, et à cette fin le retour à l’équilibre des finances publiques ».

Malgré des efforts de maîtrise des dépenses jusqu’en 1980, le « freinage n’est pas suffisant face au ralentissement parallèle de la croissance », d’autant que les dépenses sociales (santé et retraites) progressent rapidement.

« Le retour à l’équilibre des finances publiques dans la seconde moitié des années 1970 s’est fait indéniablement en partie par la maîtrise de la dépense, mais aussi et pour beaucoup par une hausse massive des prélèvements obligatoires et spécialement des cotisations sociales employeur, c’est-à-dire par un renchérissement important du coût du travail, et donc par une dégradation forte et rapide de la compétitivité de la main-d’œuvre française. »

« C’est incontestablement dans la période 1976-1980 que cette singularité française des prélèvements pesant fortement sur le travail trouve son origine ». La gestion paritaire des régimes de protection sociale (comptablement hors du budget de l’État) n’y est pas étrangère du fait que les syndicats ont « toujours marqué un attachement particulier au financement de la Sécurité sociale par des cotisations assises sur la masse salariale » et non par les impôts.

Johan Hardoy
15/08/2026

https://www.polemia.com/la-politique-budgetaire-de-la-france-durant-la-v%e1%b5%89-republique-1-3/

 
 

Après une première recension, portant jusqu’à la fin des années Giscard, du livre de Julien Dubertret et Nicolas Ragache, La longue dérive de la dette française — Histoire budgétaire de la Vᵉ République, cette deuxième partie commence lors de l’arrivée au pouvoir des socialistes en 1981 et se termine avec la réélection de Jacques Chirac en 2002.

Polémia

1981-1985

Pendant la campagne présidentielle, les « 110 propositions » de François Mitterrand — qui va devenir le premier président de gauche de la Vᵉ République — affichent une volonté de « rupture radicale portée par un discours délibérément idéologique ».

Après son élection, le programme interventionniste du Premier ministre socialiste, Pierre Mauroy, vise à relancer la consommation en augmentant le pouvoir d’achat, à réduire le temps de travail et l’âge de départ à la retraite, à créer un impôt sur les grandes fortunes et à étendre le secteur public via des nationalisations.

Compte tenu d’une dette relativement faible (environ 20 % du PIB) et de comptes quasi à l’équilibre, l’idée défendue est que « la politique de relance induira des recettes publiques supplémentaires par la reprise de l’activité économique ». « Pour la nouvelle équipe au pouvoir, il y a donc de la marge pour faire du déficit et accroître la dette », en dépit du second choc pétrolier qui pèse fortement sur la croissance mondiale.

De fait, cette période « constitue un point d’inflexion majeur » qui voit la mise en place d’une « dégradation de long terme, structurelle, du déficit public ».

En mars 1983, le Président se résout à mettre fin à une politique de relance qui bénéficie largement aux partenaires commerciaux de la France, « comme le montre la dégradation rapide et massive (+ 50 %) du déficit commercial en 1982 ».

Ce « tournant de la rigueur » — qui a fortement marqué la mémoire collective qui y voit « le retour à une gestion rigoureuse des finances publiques » — affiche en réalité l’objectif plus modeste de ne pas dépasser la limite de – 3 % de déficit. L’équilibre budgétaire est perdu de vue, alors que la dérive du besoin de financement des administrations publiques est patente.

A contrario, la période se révèle « remarquable » dans le domaine de la lutte contre l’inflation, en raison d’une série de mesures telles que le blocage de quatre mois des rémunérations et de la plupart des prix en 1982, conjugué à un freinage historique de l’inflation par les taux d’intérêt aux États-Unis.

La réforme des marchés financiers constitue également un « succès manifeste de la majorité au pouvoir entre 1981 et 1986 ». De façon paradoxale, au vu des ambitions initiales de placer le financement de l’économie sous le contrôle de l’État, les dirigeants socialistes favorisent la mise en place d’un « marché du crédit beaucoup plus ouvert et libre ». Le financement des déficits publics s’en trouve d’ailleurs facilité.

1986-1993

Durant cette première cohabitation, le Premier ministre, Jacques Chirac, cherche à diminuer les dépenses pour réduire simultanément les impôts et le déficit. Parmi d’autres mesures, 10 milliards de francs de crédits sont annulés et 2 900 emplois publics supprimés. Après les 125 000 postes publics créés entre 1981 et 1985, le Projet de loi de finances (PLF) affiche une réduction nette de 19 000 postes en 1986 et de 13 000 en 1987.

« On a donc affaire à une période de réelle rigueur budgétaire, qui tranche avec les cinq années passées (et aussi bientôt avec les cinq années suivantes). »

« La maîtrise des dépenses a un but : laisser la place pour une baisse des impôts. » Le PLF 1988 entérine une trajectoire d’allègements fiscaux de près de 70 milliards de francs engagée sur deux ans, répartis de façon approximativement égale entre les ménages (dont la suppression de l’impôt sur les grandes fortunes pour un montant de 5,6 milliards) et les entreprises.

En 1988, cette politique de maîtrise des dépenses est interrompue avec la réélection de François Mitterrand.

« Le phénomène qui détermine toute la période [qui suit] est le redémarrage très rapide de la croissance et l’envolée tout à fait spectaculaire des recettes publiques qui l’accompagne. […] Les baisses d’impôts se poursuivent jusqu’en 1991 inclus, dans la continuité des années 1986-1988. »

En 1990 puis plus nettement en 1991, la croissance ralentit, avant une entrée en récession en 1993, année où « le déficit se creuse à 6,4 %, une valeur alors jamais encore atteinte sous la Vᵉ République ni même depuis la Seconde Guerre mondiale ».

De plus, « les années 1986-1993 sont affectées par le point de fuite très lourd en dépenses, constitué par les prélèvements sur recettes au profit des Communautés européennes (ultérieurement Union européenne) et des collectivités territoriales ». Cette dérive « constitue une tendance de long terme de nos finances publiques » (qui « n’est toujours pas maîtrisée aujourd’hui pour ce qui concerne l’UE »).

1993-1997

En 1993 — année de récession économique marquée — une nouvelle cohabitation survient avec l’arrivée d’Édouard Balladur comme Premier ministre.

Son action « peut se prévaloir d’une certaine cohérence économique », sans être « particulièrement vertueuse en termes de finances publiques » : « Il consacre en effet largement les dérapages de dépenses et se contente de ne compenser que le coût des seules mesures nouvelles lancées par le gouvernement. » La question du déséquilibre budgétaire n’est donc pas traitée.

Près de 20 milliards de francs de dépenses nouvelles (portant principalement sur le budget de l’emploi) sont financées pour l’essentiel par 18 milliards de recettes de privatisation, ce qui amplifie « une pratique très critiquable du point de vue de la gestion des finances publiques, consistant à utiliser des recettes de privatisation, par nature ponctuelles […] pour financer des dépenses budgétaires courantes ».

« C’est du côté des retraites qu’il faut chercher le morceau de bravoure de la période », avec « une vraie réforme structurelle, portant des effets à long terme ». Cette réforme ne concerne que les retraites privées, avec l’extension des 10 aux 25 meilleures années de la période de référence retenue pour le calcul de la retraite, le passage de 37,5 à 40 annuités de la durée de cotisation nécessaire pour le bénéfice d’une pension à taux plein et une indexation des pensions sur les prix à la consommation.

En 1995, Jacques Chirac est élu Président de la République. « Rapidement, le nouveau gouvernement se rend compte qu’il est face à une situation beaucoup plus dégradée que prévu des finances publiques, en donnant l’impression d’être pris de court. […] Mais tout en marquant le retour à un pilotage responsable des finances publiques, le collectif acte le fait que les dérapages de dépenses hérités sont consolidés, et qu’on ne cherche pas à les compenser par des mesures d’économies, même progressivement. »

En octobre 1995, « le Président Chirac pose comme objectif politique explicite et non révocable la participation de la France à l’euro », ce qui implique de ramener le déficit public, qui s’élève à 5 %, à 3 % du PIB dès 1997.

En décembre 1995, des grèves très suivies dans les transports publics, pendant trois semaines, amènent le gouvernement d’Alain Juppé à retirer son projet de réforme des régimes spéciaux de retraite.

La loi organique relative aux lois de financement de la Sécurité sociale (LOLFSS) est en revanche maintenue, instituant « enfin un cadre d’approbation parlementaire des comptes sociaux (ou au moins d’une partie significative de ceux-ci) ».

En 1997, le gouvernement entreprend une baisse de l’impôt sur le revenu, alors que la fiscalité a augmenté jusqu’ici. Cette réforme aboutit à exonérer une proportion importante de la population d’un prélèvement fiscal déjà très progressif et concentré.

Cette même année, Jacques Chirac dissout l’Assemblée nationale.

« L’ironie cruelle des événements conduira à ce que la croissance reparte de façon très rapide et durable, avant même le résultat des élections législatives de mai 1997, donnant au gouvernement suivant des marges de manœuvre suffisamment importantes pour reléguer les difficultés de qualification de la France à la monnaie commune au niveau de question de second rang. »

1997-2002

Lionel Jospin devient Premier ministre d’un gouvernement de gauche sous un président de droite, une cohabitation inversée par rapport aux deux précédentes.

La croissance repart à un rythme soutenu dans les pays industrialisés, du fait notamment d’une « accélération de la demande mondiale, des évolutions favorables des taux d’intérêt et des taux de change, et du redémarrage cyclique des biens intermédiaires ».

« Dès lors, le redressement des finances publiques ne sera — malheureusement — plus vraiment une préoccupation prioritaire jusqu’à la fin de la législature. […] Le gouvernement, après vingt ans de montée du chômage, ne fait pas confiance à la croissance pour relancer le marché du travail. Il souhaite plutôt conduire une politique de distribution d’un emploi qu’il juge structurellement réduit. Il va pour cela recourir à la fois à l’emploi public et à la redéfinition du temps de travail. »

De son côté, le ministre de l’Éducation nationale, Claude Allègre, engage un « débat tendu sur l’absentéisme, réel ou supposé » avec le monde enseignant, en déclarant la nécessité de « dégraisser le mammouth » ! L’intéressé remet finalement sa démission en 2000.

« L’une des leçons principales à tirer de cette période, tout comme de la période 1988-1991 qui lui est largement comparable, est que la gouvernance des finances publiques gagnerait à s’appuyer sur une meilleure lecture du cycle économique et à reposer sur des objectifs de long terme ambitieux et moins dépendants de la croissance. »

« L’ère qui s’ouvre alors avec l’euro est celle d’une Europe plus unie, mais aussi plus concurrentielle. La monnaie unique a mis la France directement en situation de concurrence renforcée dès le lendemain de l’avènement de l’euro », tandis que « la dévaluation de la devise nationale, qui a tant de fois servi à corriger un manque de rigueur économique, devient impossible ».

Johan Hardoy
21/08/2026

https://www.polemia.com/la-politique-budgetaire-de-la-france-durant-la-v%e1%b5%89-republique-2-3/

Après les deux premiers articles consacrés au livre de Julien Dubertret et Nicolas Ragache, La longue dérive de la dette française — Histoire budgétaire de la Vᵉ République, cette dernière recension commence avec la réélection de Jacques Chirac en 2002 et se termine en août 2025.

2002-2007

Jacques Chirac est largement réélu, au second tour, face à Jean-Marie Le Pen.

Le gouvernement de Jean-Pierre Raffarin décide de procéder à une baisse d’impôts sans s’attaquer réellement à la réduction du déficit, considéré comme un « problème de long terme ». La priorité est au « court terme », à savoir la relance de la croissance soutenue par la dépense publique.

Cette logique « keynésienne » « s’oppose au freinage de la dépense publique à un rythme inférieur à celui de l’inflation. […] Dès lors que croissance et consommation sont largement assimilées, toute réduction de la dépense publique devient impossible, ou au moins très difficile ». L’Allemagne fait un choix différent en choisissant « de ne pas relancer sa demande intérieure mais de limiter son inflation salariale et de restaurer les marges de ses entreprises ».

« Les années 2002-2006 sont aussi celles de la mise en œuvre de la loi organique relative aux lois de finances (LOLF), qui apporte « de la clarté et du sens dans une structure budgétaire par nature de dépense qui était devenue obsolète et devait évoluer. Mais elle n’était pas que cela : une réforme du cadre, laissant aux gouvernements la responsabilité de promouvoir la vertu ou le laisser-aller budgétaire ».

« A posteriori, l’image générale des finances publiques entre 2002 et 2007 est celle d’un accroissement initial assez massif du déficit, qui atteint 4,1 % du PIB en 2003, suivi d’une trajectoire de baisse lente — voire très lente — qui conduit à terminer le quinquennat à la limite de 3 % autorisée par le pacte de stabilité et de croissance. »

2007-2012

[Un des coauteurs, Julien Dubertret, a exercé les fonctions de conseiller du Premier ministre pour le budget en 2007 et de directeur du Budget en 2011.]

En 2007, Nicolas Sarkozy entend « réformer la France », en mettant fin à « l’impuissance publique », tandis que le Premier ministre, François Fillon, affirme que « c’est le choix des déficits et de la dette qui a privé l’État de toute marge de manœuvre ».

« Assez logiquement, c’est donc dans des mesures d’allègement des prélèvements obligatoires que le programme du nouveau président va s’incarner prioritairement » : défiscalisation des heures supplémentaires, allègements de la charge fiscale et « bouclier fiscal », déduction des intérêts d’emprunt (une mesure qui sera supprimée en 2011).

« La politique de maîtrise des dépenses s’est en particulier appuyée sur deux innovations méthodologiques dont c’était la première application en France : le passage à des budgets pluriannuels et la mise en œuvre de revues de dépenses. » La Révision générale des politiques publiques (RGPP) vise à réduire les dépenses publiques, à moderniser l’administration et à améliorer la performance des services de l’État grâce à des audits et des réorganisations.

En 2008, la crise financière — la plus forte depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale — entraîne un très fort ralentissement de l’économie réelle en Europe et aux États-Unis, suivi d’« un dérapage massif des déficits et des dettes en Europe et aux États-Unis ».

Au-delà des mesures immédiates de sauvetage du système financier, le gouvernement français annonce un plan de relance destiné notamment à apporter des liquidités aux entreprises.

En 2010, l’âge légal de la retraite est relevé à 62 ans.

« D’un point de vue économique, la période 2007-2012 manifeste un retour à une certaine ambition dans les réformes, qui intègre la politique budgétaire en tant que politique publique à part entière. »

Passé la crise de 2008, « la dette française continue de dériver, notamment parce que le pays était entré dans la crise avec un niveau de déficit important, installé depuis longtemps ».

2012-2017

François Hollande est élu dans un contexte de ralentissement de la croissance dans les pays de l’Union européenne. Lors de sa candidature, il a affirmé que les politiques conduites étaient inadaptées tout en désignant son adversaire : « Le monde de la finance. »

Le président échoue d’emblée dans sa tentative de renégocier la « règle d’or » du traité européen, qui limite le déficit structurel des budgets nationaux par rapport au PIB.

Le redressement budgétaire mis en œuvre repose majoritairement sur des prélèvements obligatoires supplémentaires. « Le début de la mandature est ainsi marqué par ce qu’il n’est pas exagéré d’appeler un choc fiscal, avec des effets nettement défavorables en termes de croissance. C’est pourquoi, presque simultanément, un mouvement inverse de baisse des impôts et charges des entreprises est lancé », un paradoxe qui durera jusqu’à la fin du quinquennat.

« Une accentuation des efforts de redressement intervenant précisément à ce moment de ralentissement comporte objectivement le risque d’amplifier ce retournement de la conjoncture et de rendre plus difficile le rétablissement de l’économie et des finances publiques », d’autant que « des augmentations de prélèvements obligatoires presque aussi importantes » ont déjà eu lieu depuis 2010.

À partir de 2014 et jusqu’en 2017, « les mesures fiscales seront quasi exclusivement des mesures de suppression et d’allègement des impôts. » Malgré tout, la croissance « plafonne autour de 1 % sur la période 2014-2016 », tandis que « la moyenne de la zone euro revient rapidement à un niveau proche de 2 % ». Le chômage demeure quant à lui à un taux élevé.

Durant ce quinquennat, l’évolution des finances publiques met en évidence une faible réduction du déficit, qui reste à un niveau élevé. La dette continue de s’accroître, au moment où les principaux pays européens obtiennent de meilleurs résultats.

« La dernière année du quinquennat voit se multiplier les annonces de dépenses nouvelles, dans des proportions impressionnantes. » Après l’élection présidentielle de 2017, un audit de la Cour des comptes soulignera, « selon une appréciation inhabituellement tranchée », que « les textes financiers soumis à l’approbation de la représentation nationale ou à l’examen des instances européennes étaient ainsi manifestement entachés d’insincérité » !

2017-2025 (août)

« Pour tenter de redresser la situation et se donner les meilleures chances de ramener le déficit au-dessous de 3 % », le gouvernement nommé par Emmanuel Macron annule des crédits de paiement portant sur l’ensemble des ministères, avec une concentration notable sur les crédits d’équipement des armées. Ces coupes budgétaires sur la Défense entraînent la démission spectaculaire du chef d’état-major des armées.

Le regain de la croissance observé durant les deux premiers trimestres de 2017 se confirme sur la fin de l’année et le déficit repasse sous la barre des 3 %.

Les premières mesures de réforme portent sur l’allègement de l’impôt sur les revenus du patrimoine financier et sur la fiscalité du capital. L’idée consiste à privilégier l’investissement dans les entreprises au détriment de l’immobilier, considéré par le président comme « un investissement peu productif participant de l’économie de rente ».

En vue de redonner du pouvoir d’achat aux actifs, des cotisations maladie et chômage sont supprimées en contrepartie d’une hausse de la CSG, une taxe qui fait contribuer les revenus de l’épargne et les retraités (dont les pensions des régimes de base ne sont pas revalorisées en 2018). La taxe d’habitation pour les résidences principales est également supprimée par étapes.

« Pour accélérer la transition énergétique », « le programme du président prévoit une hausse importante de la fiscalité des carburants et produits carbonés ». Le mouvement des Gilets jaunes, déclenché en octobre 2018, « aboutit, début 2019, au gel de la TICPE au niveau alors atteint. Ce sont 10,5 milliards d’euros de hausses de prélèvements programmés auxquels le gouvernement est ainsi conduit à renoncer pour l’avenir ».

« Cet épisode des Gilets jaunes marquera durablement le quinquennat sur le plan budgétaire : le gouvernement doit non seulement renoncer à des hausses d’impôts programmées, mais encore les remplacer par des baisses d’impôts et des dépenses supplémentaires qui n’étaient pas prévues. »

Le programme présidentiel prévoit également une réforme « systémique » des régimes de retraite. « Tandis que les oppositions montent contre un projet qui risque d’être dépassé par sa complexité, le haut-commissaire aux retraites, chargé de la réforme, est conduit en décembre 2019 à la démission pour avoir omis de déclarer plusieurs mandats à la Haute Autorité pour la transparence de la vie publique lors de sa prise de fonctions. »

En mars 2020, Emmanuel Macron retire ce projet lors de l’annonce des mesures de confinement décidées pour faire face à la pandémie de Covid-19.

Le président proclame alors « son intention de ne pas se contraindre sur les dépenses de gestion de la crise », en utilisant à plusieurs reprises l’expression « quoi qu’il en coûte ».

Après trois confinements décidés par l’exécutif, « le choc de la crise du Covid-19 et des restrictions d’activité décidées sur l’économie est majeur. »

« Au-delà des mesures sanitaires, la réponse économique des pouvoirs publics se fait selon deux horizons, l’un de très court terme avec le plan de soutien à l’économie, l’autre à plus long terme avec le plan de relance. »

En 2022, la réélection d’Emmanuel Macron « ne donne pas lieu à des débats de finances publiques poussés ». L’absence de majorité présidentielle à l’issue des législatives, conjuguée au retour puis au reflux de l’inflation, accélère « la révélation d’une situation très dégradée ». La charge de la dette augmente en raison d’une inflation mal anticipée, ce qui entraîne la réduction des marges de manœuvre budgétaires.

« La baisse continue des taux à compter du milieu des années 1980 avec l’ouverture des marchés financiers, puis à partir de 2002 avec l’euro, enfin à compter de 2013 avec une politique monétaire hors norme allant jusqu’à des taux directeurs négatifs, avait habitué les gouvernements à ce que la charge de la dette reste stable voire diminue, alors même que la dette augmentait continûment. Avec le retour de taux d’intérêt largement positifs dans la foulée de l’endettement supplémentaire causé par le choc du Covid-19, le retour à une certaine normalité intervient sans ménagement et vient rendre le redressement des finances publiques plus difficile. »

En 2022, une crise énergétique survient dans la foulée de la guerre russo-ukrainienne. « Les prix du gaz atteignent en Europe des niveaux sans précédent, allant jusqu’à quatre fois le niveau d’avant crise. »

La France est moins touchée que ses voisins en raison d’une plus forte électrification (qui repose largement sur le nucléaire) et d’une forte diversification de ses sources d’approvisionnement, mais deux événements conjoncturels aggravent la situation : un niveau faible des barrages hydroélectriques du fait de la sécheresse de l’été 2022, et l’indisponibilité prolongée de plusieurs centrales nucléaires pour cause de corrosion constatée de pièces de leur circuit de refroidissement. La France est contrainte d’importer de l’électricité alors qu’elle est habituellement fortement exportatrice.

Cette crise énergétique conduit à des interventions budgétaires pour les particuliers et certaines entreprises, dont le coût net s’élève à 20,8 milliards d’euros en 2022 et 17 milliards d’euros en 2023. « Les comptes de l’État sont également fortement sollicités en tant qu’actionnaire principal d’EDF, qui réalise en 2022 des pertes historiques liées à l’arrêt des centrales nucléaires », d’autant que cette entreprise doit racheter au prix fort une production vendue à terme aux prix modérés d’avant la crise. « Finalement, après avoir déboursé 2,1 milliards d’euros pour recapitaliser EDF, l’État décide d’une nationalisation induisant un coût supplémentaire de près de 10 milliards d’euros. »

« Cette crise des prix de l’énergie en Europe s’inscrit dans la durée et son lourd impact économique vient s’ajouter au coût pour les consommateurs des politiques de développement des énergies renouvelables. […] On ne peut aujourd’hui exclure que la crise des prix de l’énergie en Europe sera ex post analysée comme un choc économique majeur. »

« La compétitivité de l’économie française apparaît ainsi comme désormais structurellement affaiblie : la croissance y est en effet nettement plus faible qu’ailleurs sur la période et les recettes ne tirent pas parti de cette faible croissance. »

« L’ampleur même des prélèvements participe au freinage de la croissance de l’économie. Dans le même temps, l’ampleur du déficit pèse sur les conditions de financement de l’économie et sur l’affectation de l’épargne. Quant aux dépenses, leur niveau très élevé ne joue manifestement pas en faveur de la croissance. »

« La crise des finances publiques françaises a ainsi également la dimension d’une crise économique, structurelle, propre au pays, qui a accumulé pendant des années les freins à sa croissance et sa compétitivité. »

« Le modèle, souhaité ou au moins accepté, reposant sur des dépenses publiques volontairement élevées, des prélèvements obligatoires quasi sans équivalent, un déficit élevé permanent et un endettement toujours croissant, trouve manifestement ses limites. »

Johan Hardoy
23/08/2026

https://www.polemia.com/la-politique-budgetaire-de-la-france-durant-la-v%e1%b5%89-republique-3-3/


 
Contributeur aiguisé de Polémia, Johan Hardoy suit notamment avec une grande attention les publications d'ouvrages relatifs à la politique et à la société française.

 

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