L'UNIVERSITÉ LIBERTÉ

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octobre 20, 2014

Le libéralisme, christianisme, l'Homme selon Chantal DELSOL

L'Université Libérale, vous convie à lire ce nouveau message. Des commentaires seraient souhaitables, notamment sur les posts référencés: à débattre, réflexions...Merci de vos lectures, et de vos analyses.

Chantal DELSOL nous convie avec sérénité de replacer le libéralisme dans son réel contexte (personnellement je reste mesuré sur certains de ces propos) , cependant à lire absolument et à largement diffuser.

Chantal Delsol : L’âge du renoncement, dilemme entre christianisme et libéralisme

Chantal Delsol se dit elle-même « néo-conservatrice » ou « libérale-conservatrice » ou « non-conformiste de droite ». Philosophe, professeur d’université, élève de Julien Freund, grande lectrice de Hannah Arendt et de Jan Patochka, elle sonde, de livres en livres, le désarroi de nos contemporains. Parution: (mai 2011) « L’âge du renoncement » (Le Cerf) où elle analyse l’actuelle fermeture de la « parenthèse » du judéo-christianisme qui nous conduirait, selon elle, a un retour de l’âge des mythes et du temps circulaire. Selon elle le nihilisme, le nôtre, ne serait qu’une phase de transition annonçant le retour du paganisme. 

Chantal Delsol s’interroge : que nous dit la sagesse d’aujourd’hui et quelle en est la limite ? Pourquoi faut-il considérer le nihilisme comme une simple parenthèse, comme un moment transitoire dans la « vaste décomposition des architectures de sens » qui s’opère aujourd’hui ? 

Mais surtout, la sagesse, pense notre invitée, dissout en quelque sorte, dans une indétermination généralisée, le souci de la vérité et renforce la puissance du marché – et son désir marchand. N’y a-t-il pas un conflit entre le christianisme revendiqué par Chantal Delsol et le libéralisme qu’elle défend aussi ? La décomposition du christianisme au profit de la sagesse ne vient-elle pas d’une domination de plus en plus grande d’un libéralisme désentravé ?

 


Dans l'atmosphère inquiète de la crise financière mondiale, on a vu ces derniers temps les États voler au secours de certains établissements privés pour compenser les déficits, dans le but de rendre la confiance aux particuliers et d'empêcher une débâcle économique. Depuis les États les plus attachés au libéralisme, comme les États-Unis, jusqu'à ceux acquis depuis peu au libéralisme, comme la France.
 
La presse et l'opinion antilibérales ont lu dans ces décisions une sorte de conversion au socialisme, à tout le moins un changement de cap devant les perversions du libéralisme, nouvellement découvertes. D'où des propos triomphalistes du genre «on vous l'avait bien dit…», ou «les voilà enfin rattrapés par la réalité…»
 
Pourtant, il n'y a là rien d'étonnant ni de nouveau. L'ingérence de l'État dans les affaires privées, accueillie comme une merveilleuse bonne nouvelle pour les tenants de l'étatisme, représente tout simplement pour le libéralisme la réponse à certaines situations bien précises. En leur temps, John Stuart Mill et Frédéric Bastiat le voyaient déjà ainsi. Les antilibéraux demeurent prisonniers de leur vision simpliste du libéralisme, qu'ils décrivent depuis des décennies comme un «ultralibéralisme». C'est leur excès dans l'identification de leur adversaire (excès dû à des causes militantes et idéologiques), qui les entraîne dans la mécompréhension des phénomènes actuels. La tendance, notamment en France, qui consiste à assimiler le libéralisme à l'anarchisme («le renard libre dans le poulailler libre», voilà ce qu'en donnent encore comme définition la plupart de nos étudiants, bien aidés en cela par leurs enseignants), tient de l'idéologie qui consiste à noircir l'adversaire en l'extrémisant, de façon à l'offrir facilement en vindicte à l'opinion.
 
Je ne dis pas qu'il n'existe pas des libéraux anarchistes, mais ils représentent une infime minorité, et la position idéologique consiste justement à identifier l'adversaire à sa minorité extrême, comme si nous autres libéraux étions assez idéologues ou assez crétins (au choix) pour identifier à longueur d'année le socialisme à Pol Pot.
 
Tout d'abord, le libéralisme n'a jamais prétendu qu'il devait se passer de lois, et bien plutôt il a toujours été persuadé qu'il ne saurait se développer valablement que sous des lois régaliennes précises et obéies. Mais, au-delà, il faut préciser (ce qui est moins simple et moins connu) que les libéraux défendent dans la plupart des cas une doctrine qui tient la liberté pour essentielle, mais non pas exclusive.
 
Ce qui les différencie des socialistes et en général des tenants de l'étatisme, c'est leur adhésion au principe de subsidiarité. Lequel réclame que l'État ne s'ingère pas dans les affaires privées tant que les privés accomplissent leur tâche sans nuire à l'intérêt général ; mais réclame au contraire l'ingérence de l'État lorsque la sphère privée se trouve insuffisante, débordée ou corrompue.
 
Le principe d'un libéralisme bien compris renvoie à cet égard aux préceptes des ordolibéraux du milieu du XXe siècle (dont la mouvance fut l'artisan de la renaissance de l'Allemagne après guerre) : «liberté autant que possible, autorité autant que nécessaire», ou encore, plus précisément et pour illustrer le domaine qui nous occupe en ce moment : «libéralisation autant que possible, nationalisation autant que nécessaire».
Les États-Unis se rallient à ces principes, et c'est en leur nom par exemple qu'après le 11 Septembre le gouvernement américain s'était ingéré dans les affaires de certaines compagnies d'aviation, provoquant aussitôt en France une vague de triomphe carrément stupide sur la conversion américaine à un certain étatisme…
 
Toute la question se trouve simplement dans la détermination du moment précis où le privé se trouve insuffisant au point que l'ingérence de l'État doive se déclencher : d'où les débats récents qui ont eu lieu aux États-Unis concernant le financement public de certaines banques. Mais le principe reste sous-jacent.
On ne peut comprendre le libéralisme ordonné que si l'on reconnaît la spécificité des situations exceptionnelles. Depuis Cicéron, la passion de la liberté a bien conscience que cette dernière doit laisser place à l'autorité gouvernante en cas de péril - la difficulté restant naturellement de définir le péril. La liberté demeure ici le moyen le plus humaniste pour viser la finalité suprême qui est l'intérêt général, sachant que dans certains cas l'autorité doit se substituer à la liberté pour voler au secours de l'intérêt général en danger.
 
Nos contemporains ont beaucoup de difficulté à admettre un traitement différent de la situation ordinaire et de la situation extraordinaire, car ils comprennent cette dernière comme un prétexte livré aux apprentis dictateurs qui légitimeraient ainsi leur sale besogne. Et le risque existe, en effet, mais peut-être vaut-il la peine de le courir pour obtenir un équilibre salutaire de la liberté et de l'autorité, la seconde garantissant la première.
 
Les Français, éduqués par des économistes bien souvent étatistes, restent persuadés que nous nous trouvons devant une alternative : l'ingérence permanente de l'État ou la terrible anarchie illustrée par «que le plus fort gagne» (et que le diable emporte les traînards). Il y bien longtemps que cette alternative a été dépassée par le libéralisme ordonné, ce que démontrent à l'envi bon nombre de pays épargnés de nos doctrinaires désuets.
 
Il est préjudiciable qu'en France les gouvernants eux-mêmes semblent encore marqués par la certitude de ce dilemme funeste, et ne soient pas capables d'expliquer clairement aux citoyens comment fonctionne et à quoi peut servir un libéralisme ordonné. Peut-être que cette crise permettra une ouverture d'esprit salutaire : mieux vaut tard que jamais.

Chantal Delsol
Le Figaro du 30 10 08
 
 
http://www.chantaldelsol.fr/la-droite-et-lagauche/
 
La droite et la gauche
Comparaison philosophique

L’un des grands Européens de la seconde moitié du siècle, Léo Moulin, avait écrit un ouvrage intitulé « La droite, la gauche et le péché originel ». L’écriture de ce livre n’était pas innocente au regard de sa propre vie. C’est dans les geôles de Mussolini qu’il avait lu les auteurs communistes, et compris que, nonobstant l’ouvriérisme de son père et ce qu’il croyait avoir repris de tradition familiale à cet égard, il n’était pas de gauche.

En dépit de l’opposition classique et pratique trop simple entre la droite et la gauche, qui sert de clivage dans un certain nombre de pays à commencer par la France, très peu d’ouvrages ont été écrits ici sur cette question depuis la fin de la seconde guerre mondiale. C’est pourquoi l’évocation du livre de Léo Moulin ne relève pas de l’anecdote, outre le plaisir que j’ai de commencer cet article par un hommage rendu à un grand esprit trop mal connu car Léo Moulin, comme le savent bien tous ceux qui l’ont connu, était un seigneur. Si les livres concernant ce clivage lui-même sont très rares, les ouvrages et même les articles concernant la définition de la « droite » sont extraordinairement rares, alors que nombre de textes, et des plus talentueux, posent la question de la définition ou de la redéfinition de la « gauche », de ses avatars et de son destin. Cette différence est bien simple à comprendre : se dire de droite était, il y a encore dix ans et même moins, une honte en France, car cela renvoyait à une identification au pétainisme. Ici, la période de Vichy puis les événements de la guerre d’Algérie ont littéralement évincé, non pas la droite elle-même comme les élections le montrent depuis cinquante ans, mais la conscience de droite, son concept et sa légitimité. Autrement dit, et les choses changent seulement depuis quelques années, pendant longtemps, on pouvait voter à droite et être de droite, mais sans justifier clairement cette appartenance. Aujourd’hui encore, en France, un intellectuel qui ose se dire de droite est une exception rare, tant il va de soi que seule la gauche pourrait penser… La complexité des notions est donc amplifiée par l’ignorance (due au vide de la critique), les amalgames historiques, et aggravée par l’impossibilité de classer le président français qui a marqué la seconde moitié du siècle : le Général de Gaulle, dont la pensée était d’origine maurassienne donc clairement de droite, a-t-il été un homme politique de droite ou de gauche ? La réponse n’est pas claire, non seulement si l’on regarde objectivement sa politique (gouvernement avec le parti communiste, nationalisations massives, planification), mais si l’on considère sa volonté permanente de se situer au-delà des clivages traditionnels. On peut dire que le parti qui détient actuellement les pouvoirs en France, héritier du gaullisme, est un parti bonapartiste, mais le bonapartisme n’est ni de droite ni de gauche, c’est un mode de gouvernement autoritaire (ici de type républicain et technocratique), et l’autoritarisme n’a pas de patrie idéologique..../...
 
.../... Si j’étais née à l’époque de l’essentialisme tout-puissant, à l’époque de la gloire du particulier et dans une société où l’on vante les hiérarchies justifiées par la seule tradition, je serais certainement de gauche. Je suis de droite parce que je vis dans un pays où l’on voudrait aplanir non seulement les inégalités acquises, mais aussi la différence des efforts accomplis et même les différences entre les hommes et les femmes ; où l’enfance est décrite à partir de l’Emile de Rousseau, sans un regard sur les enfants réels des écoles réelles ; où les gouvernants et les médias font sans cesse la morale au peuple et édictent des politiques volontaristes sans se soucier des effets pervers issus de la réalité détestée ; bref, dans un pays où la culture de gauche a établi une domination si entière que la critique à son égard représente un crime de lèse-majesté. Si je reconnais la majesté de Dieu ou la grandeur d’un homme juste, je récuse obstinément la majesté de n’importe quel courant de pensée. Dans ce domaine, toute omnipotence est effroyable, et bien avant d’être de droite, je défends la concurrence des idées : car la condition humaine est complexe, l’humain est divers, et la vérité n’appartient à personne. En ce moment de l’histoire, et pas seulement dans mon pays, c’est la gauche qui a perdu la trace de cette évidence élémentaire. Voilà pourquoi je crois que notre époque a besoin d’une refondation de la pensée de droite.
 
Et si vous voulez lire l'article en entier, cliquez sur le lien de la photo de son blog ci-dessus 
 


Chantal Delsol : Qu’est-ce que l’homme ?

Chantal Delsol est membre de l’Académie des sciences morales et politiques

Le livre Qu’est-ce que l’homme ? de la philosophe Chantal Delsol tente d’éclaircir la question humaine. Mortalité, société, éthique, enracinement, émancipation... autant de thèmes qui permettent de mieux comprendre la question de l’homme.

L’homme, inépuisable sujet, se trouve ici revu de manière plus moderne, sous forme de cours anthropologique. À partir de la première œuvre de littérature (qui remonte à -2650 ans avant J.-C.) jusqu’à nos jours, Chantal Delsol retrace les grandes lignes directrices qui fondent le caractère humain au travers de six thèmes : 
 
- La mortalité et la différenciation,
- Une société immortelle,
- Ethique : l’intuition universelle de la norme,
- La transmission,
- La relation et la distance,
- L’enracinement et l’émancipation. 

« L’homme se définit par sa condition même de mortel et sa lutte contre la mort. Sa propre fin, c’est le thème récurrent de sa vie, de sa peur ou de son bonheur. » 

En citant Socrate ou Aristote, Chantal Delsol nous livre les grandes interrogations de l’homme sur l’homme, et ceci depuis la nuit des temps. Ainsi, la peur de la mort est un thème régulier de nos sociétés humaines. Comment vaincre la mort, cet irrémédiable moment, signe de la fin de l’humanité ? En se perpétuant et en renouvelant les sociétés ! Le parallèle entre la mort chez l’homme et la mort dans la société s’avère être un point central car le besoin de se renouveler pour créer l’immortalité reste fondamental.

 « Le souci de la mort vaut aussi pour les sociétés et une société ne peut durer que par le souci des individus de laisser derrière eux d’autres êtres ». 

La peur de la mort se trouve adoucie par les religions qui aident à rassurer les mortels. 

Comment fonctionne l’homme ? À cette question, les chapitres sur la transmission, la relation et la distance ou encore l’enracinement et l’émancipation tentent de répondre. Pour Chantal Delsol, il n’y a aucun doute, le fondement même de l’homme s’exerce dans l’acte du don et celui de la dette car ils créent le lien. Elle n’est pas la première à l’observer. Pour appuyer sa thèse, elle reprend une citation du célèbre anthropologue 

Marcel Mauss : « Il est de la nature de la nourriture d’être partagée. Ne pas en faire part à autrui c’est tuer son essence, c’est la détruire pour soi et pour les autres ». 

L’homme ne serait rien sans autrui. Seul, qu’adviendrait-il ? Pour se faire, les actions de transmettre et de communiquer restent essentielles. Comment pourrait-il laisser une trace ? Quel serait le but de sa vie ?

L’homme, au delà de tout, doit se développer personnellement, fidèlement à son moi profond, tout en restant ancré dans ses racines. C’est cette dichotomie paradoxale qu’il faut comprendre comme une aventure profondément constitutive de l’homme. La volonté de s’arracher de sa condition fait partie de la condition humaine. L’émancipation signifie aussi la recherche d’un enracinement, certes adapté, mais ancré dans un destin anthropologique et culturel. 

Interrogatif, humain et sensible, ainsi se veut ce livre paru en 2008 aux éditions du Cerf
 
 
 
BIOGRAPHIE
Chantal Delsol, née en 1947 à Paris, est philosophe,
historienne des idées politiques, romancière, éditorialiste, professeur de philosophie politique à l’université de Paris‑Est et membre de l’Institut (Académie des sciences morales et politiques).
Elle est l’épouse de l’ancien ministre UDF Charles Millon. Elle dirige, depuis 2008, au Collège des Bernardins (Paris), l’Observatoire de la modernité.
Chantal Delsol est membre de l’Académie des sciences morales et politiques depuis le 18 juin 2007, élue au fauteuil précédemment occupé par Roger Arnaldez. Elle est philosophe, professeur et auteur de multiples ouvrages savants sur la politique, la justice, la République, l’Europe, la démocratie, bref sur tous les domaines qui se croisent au carrefour de la philosophie, des sciences politiques et de la sociologie des mentalités. 

QUELQUES LIVRES 
Parmi ses essais :
- Les Pierres d’angle. À quoi tenons-nous? (Cerf 2014).
- L’Âge du renoncement (Cerf, 2011).
- La Paresse et la Révolte (Plon, 2011). 
- L’Identité de l’Europe, avec Jean‑François Mattéi (PUF, 2010).
- Éloge de la singularité, essai sur la modernité tardive (La Table Ronde, 2000).
Parmi ses romans :
- Quatre (Mercure de France, 1998).

Comment l’Occident a quitté le holisme

Comment l’Occident a quitté le holisme
Pour l’université de la Rose blanche, Biarritz Août 2014
 

Paternité et Autonomie

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Simone Weil et le rejet des partis politiques

Simone Weil contre les partis politiques
publié dans Simone Weil, Philosophie, mystique, esthétique, sous la direction de Gizella Gutbrod, aux Archives Karéline

 

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