L'UNIVERSITÉ LIBERTÉ

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avril 17, 2017

Panarchie concepts...

Ce site n'est plus sur FB, alors n'hésitez pas à le diffuser au sein de différents groupes, comme sur vos propres murs respectifs. D'avance merci. L'Université Liberté, un site de réflexions, analyses et de débats avant tout, je m'engage a aucun jugement, bonne lecture. Je vous convie à lire ce nouveau message. Des commentaires seraient souhaitables, notamment sur les posts référencés: à débattre, réflexions...Merci de vos lectures, et de vos analyses. 

Librement vôtre - Faisons ensemble la liberté, la Liberté fera le reste. 




Sommaire:

A) Halte au pugilat, place à la Panarchie (Royale) ! - Gabriel Delauney

B) La panarchie, plaidoyer pour la concurrence politique - Damien Theillier

C) A propos de la Panarchie - (Brève histoire et manière de voir) - Gian Piero de Bellis - https://www.panarchy.org

D) Panarchie de Wikiberal

E) Panarchie - Publié dans la Revue Trimestrielle, Bruxelles (Juillet 1860) - Paul Emile de Puydt

F) La "Panarchie" par Alain GENESTINE

G)  La Polycité avec Patrick Aubin (en cours) ??




A) Halte au pugilat, place à la Panarchie (Royale) !

Dans peu de temps un nouveau gouvernement sera élu. Certains veulent une VI° république, d'autres s'accordent très bien avec la V° mais diffèrent sur les candidats à soutenir, ces derniers proposant diverses aménagement des institutions et lois pesants sur les élus, sans parler de l'aménagement du quotidien de la population. Quels que soient les vainqueurs, durant tout leur mandat ils seront contestés par le reste du spectre politique et même si par miracle ils relevaient le pays et établissaient la concorde civique tout serait à refaire moins de 20 ans plus tard.

C'est ainsi depuis que l'état existe, depuis que l'Homme est sédentaire et sans doute aussi depuis que des humains ont commencés à en dominer d'autres ; les mécontents et les prétendants sont légions en temps de troubles et les héritiers incapables sont toujours là pour saborder les œuvres de leurs pairs et pères lors des temps de concorde.


Est-ce une fatalité ?

Sommes nous condamnés à cet éternel recommencement ?

Y a t-il autre chose ?

Oui, le salut est dans la Panarchie, concept imaginé par Paul-Emile de Puydt en 1860, formé des mots pan (tout) et arkhi (gouverner). Est-ce à dire que l'on doit créer une sorte d'absolutisme ? Non, mais avant d'approfondir, petite remise en contexte.

Remise en contexte :
1860. En France l'empereur Napoléon III règne. Son Second Empire succède à une ribambelle de régimes : Ancien régime, Première République, Empire, Restauration, Monarchie de juillet, Seconde République. Naturellement des nostalgiques de tous les anciens régimes s'opposent à son pouvoir.

Aux États-Unis la guerre de sécession sera bientôt déclenchée en partie sur la question de l'esclavage. La pendaison le 2 décembre 1859 de l'abolitionniste partisan de la lutte armée John Brown ainsi que la sécession de la Caroline du Sud le 20 décembre 1860 - bientôt suivie par six autre états - suite à l'élection du président abolitionniste Abraham Lincoln le 6 novembre sont ainsi révélatrices des grandes tensions qui régnaient alors. En Colombie et au Mexique c'est déjà la guerre civile, libéraux contre cléricaux.


Pendant que des nations se déchirent d'autres naissent ou tentent de se réinventer, voir de survivre. L'unité italienne est en effet quasiment achevée, mais en Pologne des manifestations patriotiques hostiles au joug russe jalonnent l'année et la Chine découvre à ses dépens les appétits extérieurs.
Les royaumes de Madagascar, de Siam et d’Éthiopie tentent de se moderniser pour échapper aux appétits des puissances coloniales. Parlant colonisation, les britanniques se remettent de la révolte des Cipayes, causée entre autres par le fait que les soldats autochtones -hindous et musulmans- devaient déchirer avec les dents des cartouches de munitions lubrifiées avec du suif de porc ou de bœuf. Toujours sur le chapitre religieux à Damas en juillet on massacre les chrétiens.



C'est sans doute ce monde très turbulent – et très actuel- où les actualités nationales et internationales sont tout aussi déstabilisantes que les progrès techniques inédits qui fit germer l'idée de Panarchie dans l'esprit de De Puydt, il serait trop chauvin de dire que c'est le seul XIX° siècle de ses voisins français qui lui servit d'inspiration, bien qu'ils firent une certaine performance.

Il vulgarisa son idée dans un article sobrement nommé Panarchie, au sein du périodique belge Revue Trimestrielle, qui traitait d'un nombre divers de sujets.
Il le fit en partie par le biais d'un dialogue imaginaire avec un contradicteur.

Le manifeste est disponible ici ; https://www.panarchy.org/depuydt/1860.fr.html
Le périodique d'époque ici (Panarchie est en page 222) ; https://books.google.es/books?id=8SIWAAAAYAAJ&printsec=frontcover&dq=editions:NYPL33433081718599&hl=fr#v=onepage&q=Panarchie&f=false

Il fut aussi certainement influencé par son compatriote Gustave de Molinari, père de la notion de gouvernement concurrentiel dans son article De la production de la sécurité, (Journal des économistes du 15 février 1849).


Mais peut être est-ce uniquement son pays qui lui inspira l'idée de Panarchie, comme on peut le lire dans Panarchie ; « En Belgique, nonobstant quelques défaillances avouées, l'immense majorité opterait, je n'en doute pas, pour les institutions en vigueur, mais dans l'application, en serait-on mieux d'accord ? N'avons-nous pas deux ou trois millions de catholiques, qui ne jurent que par M. de Theux, et deux ou trois millions de libéraux qui ne jurent que par eux-mêmes ? ».

La Panarchie définie ; Le laissez-faire économique appliqué aux institutions.

Mais qu'est-ce que la Panarchie à la fin ?
La Panarchie c'est laisser coexister tous les pouvoirs, toutes les formes d'organisations possibles.
« N'avons-nous pas deux ou trois millions de catholiques, qui ne jurent que par M. de Theux, et deux ou trois millions de libéraux qui ne jurent que par eux-mêmes ? Comment les concilier? — En ne conciliant rien du tout ; en laissant chaque parti se gouverner à sa guise — et à ses frais ».

Car oui c'est cela la Panarchie, laisser chaque parti se gouverner à sa guise et à ses frais ; la libre entreprise institutionnelle et la libre concurrence entre les institutions ainsi crées par les citoyens ; « notre panacée, si l'on veut employer ce mot, c'est donc la libre concurrence en matière de gouvernement ».


1/ Genèse de l'idée ; une hostilité à la violence politique...



Comment en est-il venu à imaginer ce concept ?


De Puydt est d'abord parti du constat éprouvé que « le plus sage et le meilleur des gouvernements ne fonctionne jamais du plein et libre consentement de tous les gouvernés », qu'il y a « des partis, triomphants ou vaincus, des majorités et des minorités en lutte perpétuelle ». En bref que la politique est mue essentiellement par des rapports de force qui aboutissent à une situation qui donne à voir « les uns opprimant au nom du droit, les autres se révoltant au nom de la liberté, pour devenir oppresseurs à leur tour, le cas échéant ».
N'oublions pas que c'est un homme ayant vécu dans un siècle de révolutions, concept qu'il abhorre, ce qui est explicite dans une des ses métaphores.



Il considère en effet chaque régime comme une maison, confortable pour ceux qui l'ont conçue mais peu satisfaisante pour les autres et qualifie chaque génération de locatrice nouvelle pouvant à sa guise aménager sa maison.
Parfois la nouvelle génération met à bas l'édifice tout entier et après mille peines se retrouve avec un édifice aussi peu convaincant qu'avant, ce qui appelle pour bon nombre de locataires à une démolition nouvelle. Il s'avère qu'il y a tout de même quelques satisfaits, n'oublions pas le mot de Bonaparte qui parlait en connaissance de cause ; « dans les révolutions, il y a deux sortes de gens : ceux qui les font et ceux qui en profitent ». Dès lors, si « il y a cependant des satisfaits » tant dans les élites que dans le menu peuple, si «l'édifice n'est pas irréprochable, bien s'en faut, mais (qu')il a des qualités » pourquoi le démolir « aussi longtemps qu'il abrite commodément assez de locataires pour payer son entretien ? ».
De Puydt l'affirme il hait les démolisseurs à l'égal des tyrans ; « Vous êtes logé sous les combles, votre appartement est trop étroit, ou insalubre. Changez-en, je ne demande pas mieux. »
 
2/ ….qui permet de rompre avec la logique une terre = un maître...



Changer d'accord mais où ? Faut-il s'exiler ?
Non bien sur, si vous quitter une société qui ne vous convient pas pour aller en fonder une autre sur un territoire vierge, vous ne tarderez pas à avoir des mécontents de votre nouveau régime parmi vos propres cohortes d'exilés. Des mécontents toujours. Pourquoi ?


Cela tient à une chose ; il y a sur toute les terres un monopole, celui du régime (ou gouvernement) en place. Dans tous pays, tous sont soumis à l'autorité d'un même gouvernement. De ce fait l'on ne peut qu'aller à l'affrontement, comme nous le constatons aujourd'hui en cette période électoral tendue.



En supposant que son contradicteur imaginaire est un républicain au sein de sa royale Belgique, il lui fait remarquer que si la monarchie ne lui convient pas à lui et à ses amis et qu'il souhaite la renverser, il se heurtera a tous les partisans de la monarchie et à tous ceux – même non monarchistes – qui ne partagent pas ses convictions.

Il lui conseille alors une autre solution : « assemblez-vous, rédigez votre programme, dressez votre budget, ouvrez des listes d'adhésion, comptez-vous, et si vous êtes en nombre suffisant pour en faire les frais, fondez votre république ».

-Où cela ? Dans les pampas ? Lui répond son interlocuteur.
-« Non vraiment, ici ; où vous êtes, sans déplacement. […] Ne sait-on pas qu'en tous lieux, gouvernants et gouvernés font assez mauvais ménage. Dans l'ordre civil, on a paré aux mauvais ménages par la séparation légale ou le divorce. C'est une institution analogue que je propose dans l'ordre politique [...] Vous voulez fonder un schisme politique ? Vous en êtes les maîtres, mais à une condition, c'est de faire cela entre vous, en famille, sans toucher en rien aux droits ni à la foi des autres. Pour cela, point n'est besoin de fractionner le territoire de l'État en autant de cases qu'il y a de formes de gouvernement connues et acceptées. Encore une fois, je laisse chacun et chaque chose à sa place. Je demande seulement que l'on se serre un peu et que les dissidents puissent librement bâtir leur église et adorer le dieu Pouvoir à leur manière ».

C'est là que la Panarchie est différente de tout ce que nous connaissons, il ne s'agit pas de vivre en cité-états chacun de son coté, abandonnant dans notre exil politique tout ce que nous chérissons, il s'agit de rompre avec le concept féodal disant qu'une terre doit avoir un unique maître, ici en l’occurrence un unique régime, dans notre cas français la V° République gouvernée par Mr ou Mme X.

De Puydt propose donc pour des questions de praticité d'ouvrir dans chaque commune, un nouveau bureau, le bureau de l’État politique.
Ce bureau enverrai à chaque citoyen majeur une feuille de déclaration ;
-« Question. Quelle est la forme de gouvernement que vous désirez ? »
Vous répondez, en toute liberté : monarchie, ou démocratie, ou autre chose.
-« Question. Si c'est monarchie, la voulez-vous absolue ou tempérée . . . et par quoi ? »



Selon ses réponses le citoyen est de fait inscrit sur un registre ad hoc et donc « dans les formes et les délais légaux », le voilà « sujet du roi ou citoyen de la république ».
Cette dernière idée ainsi est bien entendu une idée datée, dans une Panarchie moderne les sites de comparaison de gouvernements pourront fleurir, l'on pourrait aussi s'inscrire directement dans un gouvernement en envoyant un courrier à ses dirigeants ou en créer comme on dresse un stand de limonade ; avec ses économies ou par une politique de cofinancement.



3/...afin que tous aient la possibilité de choisir leurs dirigeants.


De fait le citoyen n'est plus soumis aux choix politiques des autres (pensez-y a chaque fois que le résultat d'une élection vous déplaira) ; « Vous obéissez à vos chefs, à vos lois, à vos règlements ; vous êtes jugé par vos pairs, taxé par vos représentants ; vous n'en payez ni plus ni moins, mais, moralement, c'est tout autre chose. »


Ce que cela implique est immense, les humains dans leur très vaste hétérogénéité morale et politique pourront enfin toucher du doigt les bénéfices supposés de leur idées, du posadiste souhaitant bâtir le communiste avec l'aide des extraterrestres au mormon transhumaniste en passant par le libre penseur individualiste et le musulman poussant la pratique de son culte au point de craindre de ne pas s’être essuyé un nombre impair de fois après un besoin naturel.


De ce fait on peut s'attendre à ce que l’avènement de la Panarchie « supprime à tout jamais révolutions, émeutes, désordres de la rue et jusqu'aux moindres émotions, de la fibre politique. Vous n'êtes pas content de votre gouvernement ? Prenez-en un autre ».

Le risque de conflit civil sera écarté dans toutes les nations qui adopteront la Panarchie et en cas de différents entre sujets de gouvernements divers, ou entre un gouvernement et le sujet d'un autre, il suffira selon son théoricien, « d'agir conformément aux règles dès à présent observées entre nations voisines et amies ».
Quant au risque de tiers-mondisation , il est a jamais balayé.
En effet les efforts portés vers la santé, l'instruction, la vertu des dirigeants seront grandement encouragés, et ce par la dimension compétitive de la Panarchie : « Mais sous ce régime de concurrence, quel gouvernement voudra se laisser distancer par les autres dans la carrière du progrès ? Quels perfectionnements, heureusement appliqués chez le voisin, refusera-t-on d'introduire chez soi ? Cette émulation, constamment entretenue, enfantera des prodiges ».

Mieux, outre le fait que paix civile et le progrès sont assurés en Panarchie, la perspective de liberté qu'elle implique peut attirer vers elle des antilibéraux tel cet internaute mélenchonien (je le remercie pour m'avoir autorisé à faire cette capture d'écran).

Il restera malgré tout quelques questions toujours sensibles ; immigration, peine capitale, politique énergétique... Il nous faut donc imaginer des solutions pour que ces sources de conflits ne soit plus que des tempêtes dans des verres d'eau.


Pour ce qui est de l'immigration, je pense qu'une politique plus stricte sur les mœurs et capacités culturelles des populations accueillies et plus attentive à la réalité ethnique historique de chaque nation devrait facilement venir à bout des plus réticents..
En ce qui concerne la peine capitale, je préconise une fédéralisation de cette question au sein de chaque pays. Ainsi en France la population de chaque département, voir de chaque agglomération, pourra décider si la loi devra condamner au châtiment suprême des individus ayant commis des crimes au sein de son territoire.
N'étant pas expert vis à vis de l'énergie, je m'abstiendrai de proposer une solution.


Le Potentiel international de la Panarchie :



sDans son manifeste, Paul-Emile de Puydt dit s'abstenir de militer en faveur de sa nouvelle idée, il s'en tient à la littérature ; « Je crois à la langue universelle, comme je crois à la souveraine puissance de la liberté pour pacifier le monde ; je n'entends prévoir ni le jour ni l'heure de l'accord. Mon idée est une semence que je jette au vent ; tombera-t-elle sur un sol fertile ou sur les pierres du chemin ? Ce n'est plus mon affaire. Je ne propose rien. »


Quelle erreur !
Voyez le XX° siècle qui s'ensuivit avec son cortège de révolutions et de dictatures, ses sécessions armés, ses conflits internationaux dont ses deux conflits mondiaux, ses totalitarismes et ses roitelets triomphants sur une partie de leurs compatriotes, manipulés par les deux grands en état de guerre larvée.
Bilan ? Selon l'Institut néerlandais de relations internationales Clingendael Institute, 231 millions de personnes furent tués à la suite d'une décision d'origine humaine de 1900 à 2000.
http://www.clingendael.nl/sites/default/files/20060800_cdsp_occ_leitenberg.pdf

Et ce n'est pas finis, songeons aujourd'hui à la Crimée, à la partie est de l'Ukraine, au Sahara Occidental, a la Colombie, au Cachemire, à la Casamance, au Tibet, aux îles Spratleys, à la Syrie....



Les terres ravagées par la guerre civile comme la Syrie ou par un conflit motivé par des volontés indépendantistes ont déjà une solution nous l'avons vu, la Panarchie.
Quel basque, tibétain, québécois, corse, ukrainiens russophone ou écossais voudrait perdre du temps ou du sang pour fonder son état indépendant au risque de voir s'y établir des institutions insatisfaisantes, alors que l'état « colon » lui accorde des libertés panarchistes ?


Pour ce qui des territoires disputés pour leurs ressources naturelles, les iles Spratleys par exemple, à la panarchie l'on peut proposer en complément une vente aux enchères ou un condominium, alternance équitable de possession de ces territoires, - un peu pour comme l’île des faisans, qui tout les 6 mois passe de contrôle français à contrôle espagnol et réciproquement -, pourrait régler le problème.


En ce qui concerne les territoires disputés entre deux états tel le Cachemire ou les iles Kouriles, la solution pourrait être des accords bilatéraux reposant sur l'idée Panarchiste. Exemple avec le Cachemire disputé entre l'Inde et le Pakistan et la Chine.
Que les habitants et les états se mettent d'accord ; que chaque habitant du cachemire puisse adhérer à un gouvernement de son choix ou au gouvernement pakistanais/indiens/Chinois, moyennant contribution pour les services proposés (des impôts allant toujours à Delhi, état protecteur). Une autre clause du contrat et chaque indiens, chinois ou pakistanais pourrait proposer des gouvernements aux locaux.


La panarchie, une idée à ancrer dans le réel ; royauté, constitution, parlement :



Mais comment la Panarchie pourrait-elle tenir ? Comment empêcher qu'un gouvernement devenu trop fort tyrannise les gouvernements plus faibles et ne renverse ce régime pour rétablir l'ère du monopole politique ? Est-ce une chimère de doux rêveur ?
Non, ce n'est pas une chimère.
Nous pouvons la toucher du doigt, si nous préparons l’esquisse en faisant en sorte qu'il demeure tout de même une puissance étatique pour exercer le monopole de production de sécurité ou en tout cas pour qu'il y ai une autorité validant et pouvant annuler en certaines portions du territoires les prétentions d'agences de production de sécurité.


État minimum et Royauté :

Personnellement je ne crois pas à l'Anarchie. Je peut me tromper mais je crois que dans un monde anarcho-capitaliste tôt au tard quelques occasions se présenteront pour que des ambitieux refondent des états à leurs profits.
Le mieux est de faire en sorte qu'un État-Minimum puisse se placer au dessus de la mêlée. Il nous faut un état pour occuper définitivement la place qu'un gouvernement trop soutenu pourrait convoiter. Outre ces taches régaliennes, cet état pourrait aussi proposer des services éducatifs pour les plus démunis ou les citoyens ne voulant pas confier leurs enfants à des gouvernements qui pourraient rapidement disparaître.
Quelle serait la forme de cet état ? La logique voudrait que nous n'imaginions pas un état dirigé par quelqu'un d'élu, ce serait inévitablement la division que nous cherchons à fuir. Il nous faut donc une solution qui socialement apporte beaucoup de concorde, une autorité qui soit naturelle et attendue par tous.
Quoi de plus naturel et d'attendue que la naissance d'un héritier ? Quoi de plus socialement accepté au fil des siècles qu'une royauté ancestrale ?
C'est une royauté qu'il nous faut, l'identité d'un pays est défendue par son souverain, sa souveraineté et ses capacités économiques – hors de question pour les souverains de brader l'héritage – sont d'avantages garantis par une couronne que par n'importe quel autre régime.
Mieux, dans un pays où sous l'effet de la libre entreprise et libre concurrence gouvernementale remodèlerait en permanence le paysage politique, la Royauté universelle pour tous les citoyens serait un gage de stabilité et de continuité tel l'obélisque de la concorde au milieu du trafic. De plus la place étant déjà prise au sommet de l’État, et les occupants de cette place – éduqués pour diriger - devenant au fil des années de plus en plus familiers au peuple, aucun Alexandre ambitieux ne pourrait songer sérieusement à amasser suffisamment de soutient pour renverser la table et donc faire chuter la Panarchie.
Reste à déterminer la forme et les modalités de nomination de cette royauté. Dans notre cas français, je pense que deux femmes régnants – duo formé pour des questions de praticité et de sécurité en cas de pertes humaines inopportunes – suite à des examens méritocratiques ouverts à toutes auxquels s'ensuivrait une sélection au hasard des meilleurs résultats serait la meilleure solution. Ensuite de quoi ces deux reines transmettraient une fois leur rôle passé le pouvoir à leurs premières filles et ainsi de suite.
Pourquoi des femmes ? Parce qu'elles ont la faculté de ne pas engendrer de progéniture illégitime et que j'ai personnellement l'impression qu'une reine obtient d'avantage de soutient et d'affection que son peuple.

Constitution et parlement :

Bien sur toute couronne doit être soumise à l'autorité d'une constitution et doit être canalisée par des parlementaires. Il nous faudra donc aussi songer en Panarchie à la rédaction d'une constitution qui puisse non seulement déterminer les droits et devoirs des citoyens, les droits et devoirs des gouvernements et les attributions du parlement et de la royauté.
Cette constitution devra bien sur indiquer les bornes légales à ne pas dépasser ; exemple la peine capitale devra toujours être le monopole de l'état, si son application est désirée par la population d'un tierce endroit.
D'autres monopoles d'état doivent être définis ; emprisonnement, don de la nationalité, institutions d'examens pour le droit au port d'armes...


Une constitution suffisamment claire et casuistique pourrait empêcher le chaos craint par les sceptiques, exemples ici :
Article x relatif à la famille et à la sexualité : Toute personne et gouvernement peut de doter de ses propres lois matrimoniales et familiales, dans le respect des lois de la protection animale, de la protection de l'enfance (dans son acceptation étatique) et de la protection des individus souffrants d'un handicap intellectuel ou ayant subis un traumatisme d'ordre sexuel. Aucun concubinage ou mariage ne fait accéder à la nationalité française ou à un permis de séjour, l'état ne reconnaissant plus ces institutions morales et le don de la nationalité française étant privilège d'état.
Article y relatif aux devoirs et libertés pédagogiques des gouvernements : Tout gouvernement quelque soit ses mœurs peut créer son propre système éducatif et décider du contenu pédagogique de ce dernier.
• -Afin que chacun connaisse son droit de retrait vis à vis de son gouvernement, il est toutefois obligatoire que toute la nation connaisse la constitution nationale à ce titre son enseignement ne saurait être négociable,
1. -L'enseignement de la langue Française ainsi que d'un socle de mathématiques nécessaire pour additionner, soustraire diviser et multiplier est tout aussi obligatoire et ce quel que soit le sexe ou les origines de l'enfant ou la position hiérarchique des parents de ces derniers au sein de son gouvernement.
• -Tous les établissements scolaires non Étatiques peuvent faire l'objet d'une surveillance de la part des autorités. Aucune entrave ne sera tolérée en cas d'inspection.

Quant aux parlementaires, dans notre cas français nous pouvons songer à ce que dans chaque département un parlement formé de 120/240 personnes tirées au sort exerce une autorité visant à faire respecter la constitution et à déterminer les budgets nécessaires à l'entretien de l'état et des biens et services que la population locale n'aura pas voulue privatiser.
Le tirage au sort permettra aux parlements d’être pleinement représentatifs de la population dans la pluralité de ses intérêts et dans sa pluralité ethnique, générationnelle, professionnelle, même si avec le vieillissement de la population les souveraines pourraient décider d'instaurer une limite d'age ou un quota limité de grand vieillards dans les parlements.
Les parlementaires exerceraient un mandat pour deux ans, le parlement serait renouvelé par tiers tous les ans.

Concernant l'échelon le plus local, celui de la commune, là encore il nous faudra innover si l'on veut être en Panarchie.
Là encore pas d'élections, il nous faudrait dans chaque département une valse de commune à commune d'inspecteurs, de missi dominici, eux aussi ayant obtenus leur place par concours.
Ils seraient chargés dans chaque commune de débusquer les gouvernements irrespectueux de la constitution et de les dénoncer au parlement local, d'assurer la concorde entre citoyens de gouvernements différents sur des sujets divers par exemple le partage équitable de ce qui était autrefois une école de la république et d'assurer une surveillance sur tous les autres membres de l'administration étatique.

Voilà, je ne sais pas si l'idée d’État-minimum incarné par une royauté donnant à son peuple des libertés panarchistes, ce Panarcho-Royalisme a de l'avenir, mais je sais que cette « semence que je jette au vent » peut tomber sur des sols fertiles car déjà royaux ; Îles Britanniques, Belgique, Suède, Pays-Bas, Norvège, Danemark...
Tous ces pays et leurs souverains pourraient se débarrasser de l'opposition républicaine en accordant la panarchie aux citoyens, qui de fait seront libre de créer d'infinies variétés de républiques.
Je pense aussi aux nombreux pays qui ont perdus leurs souverains il y a moins d'un siècle et qui pourraient y trouver une forme de « salut » aux maux démocratiques.

L'humanité était libre avant d'avoir des souverains pour dominer tout un chacun, sans eux elle est plus divisée que jamais par les ambitieux, la solution me semble toute trouvée désormais ; dominer de nom, laisser à chacun la liberté de s'en créer un.

Gabriel Delauney




B) La panarchie, plaidoyer pour la concurrence politique

Le panarchisme est une doctrine politique inventée au XIXe siècle par l’écrivain et botaniste belge Paul Émile de Puydt (1810-1888). Il fut président de la Société des sciences, des arts et des lettres du Hainaut mais il s’intéressa également à l’économie politique au sujet de laquelle il écrivit plusieurs ouvrages : La charité et les institutions de bienfaisance (1867), Marche et progrès de la civilisation dans les temps modernes (1870), La Grève (1876).

En 1860, de Puydt publie dans la Revue Trimestrielle à Bruxelles, un article intitulé « Panarchie », dans lequel il applique aux relations sociales et politiques l'idée de la concurrence économique. « Liberté du choix, concurrence. Laissez faire, laissez passer ! Cette sublime devise, inscrite sur le drapeau de la science économique, sera un jour aussi celle du monde politique », écrit de Puydt. La fameuse devise des Physiocrates « laissez-faire, laissez-passer », évoquée ici n’est pas un cri d’anarchisme mais plutôt un appel à limiter la sphère publique pour donner davantage d’autonomie à la sphère privée. C’est un principe de distinction entre la sphère politique et la sphère économique. C’est un appel aux autorités à laisser les producteurs s’organiser eux-mêmes selon la loi de l’offre et de la demande, pour produire et échanger de façon plus efficace et à moindre coût.

« La grande loi de l'économie politique, la loi de la libre concurrence, laissez faire, laissez passer, n'est-elle applicable qu'au règlement des intérêts industriels et commerciaux ou, plus scientifiquement, qu'à la production et à la circulation des richesses ? » Pourquoi alors ne pas envisager une organisation sociale et politique dans laquelle tous les systèmes de gouvernance seraient mis en concurrence ? Tel est le projet original de la panarchie exposé pour la première fois dans ce texte.

« Pan » vient du grec qui signifie tout et « archie » vient du grec « arché » qui veut dire pouvoir. La panarchie plaide pour que toutes les formes de pouvoir puissent coexister côte à côte sur le même territoire et soient librement choisis par les individus. Le panarchisme est donc un système capable de faire coexister divers systèmes politiques en laissant aux individus le choix de s’affilier au gouvernement de leur choix, ou à aucun, s’ils le souhaitent.

En fait, il ne s’agit pas d’une nouvelle idéologie mais simplement d’un mode d’organisation du pouvoir extraterritorial et par conséquent non monopolistique. Le domaine de souveraineté d’un gouvernement donné ne s’étendrait pas sur un territoire mais sur des personnes. Et celles-ci seraient libres de choisir leur forme de gouvernement : socialiste, communiste, monarchiste, républicain, libéral…

Il ne s’agit pas non plus, explique-t-il, de réclamer l'absorption de la société par l'État, comme les communistes et les collectivistes le font, ni d’appeler à la suppression de l'État, comme en rêvent les anarchistes. Il s’agit plutôt de plaider pour la concurrence des organisations étatiques sur un même territoire et donc la fin du monopole territorial de l’État souverain.

Selon de Puydt, il faut « pour tous et chacun des éléments de la société humaine, la liberté de s’agréger suivant leurs affinités et […] le droit absolu de choisir la société politique où ils veulent vivre et de ne relever que de celle-là. » Ainsi, ceux qui veulent fonder une république sont libres de le faire, à condition de ne pas l’imposer à ceux qui veulent un roi… et vice-versa.

L'auteur de « Panarchie », est le premier à avoir utilisé ce terme. Toutefois l’idée se trouvait déjà chez son maître, l’économiste Gustave de Molinari, en particulier dans son livre de 1849 : Les Soirées de la Rue Saint-Lazare (Onzième Soirée), et dans son article « De la production de la sécurité » publié dans le Journal des Économistes du 15 février 1849 (tome 22, no. 95, pages 277-290)  Gustave de Molinari s’était déjà exprimé en faveur de ce qu’il avait appelé « la liberté de gouvernement ».

En fin de compte, Paul Emile de Puydt présente la panarchie comme une forme de tolérance politique, sur le modèle de la tolérance religieuse. De même que l’État n’a pas à imposer une religion particulière, il n’a pas non plus à imposer un seul mode de gouvernance. Et de même que les adeptes de religions différentes peuvent vivre en paix côte à côte, de même nous devrions pouvoir vivre comme nous l’entendons sans imposer aux autres nos propres choix sociétaux et politiques (impôts, réglementations écologiques ou bioéthiques, systèmes de santé, tribunaux etc.) Ceci n’exclut pas bien sûr que sur un même territoire se nouent des alliances ou des confédérations, que ce soit pour la défense, la justice pénale ou autre.

Damien Theillier est professeur de philosophie. Il est l’auteur de Culture générale (Editions Pearson, 2009), d'un cours de philosophie en ligne (http://cours-de-philosophie.fr), il préside l’Institut Coppet (www.institutcoppet.org).




C) A propos de la Panarchie - (Brève histoire et manière de voir)

Présentation (^)


Au cours des mois et des années à venir, il est fort probable que la théorie scientifique éminemment pragmatique appelée Panarchie suscitera l’intérêt d’un grand nombre aux quatre coins du monde, parce qu’elle est d’une simplicité frappante, d’une beauté fascinante, et qu’elle peut être appliquée universellement.
Il convient donc d’expliquer la naissance et le développement de cette théorie, et de clarifier ses principes de base et ses différents aspects essentiels. Tout cela semble nécessaire étant donné l’évolution habituelle des courants de pensée, qui sont déformés et mal interprétés au fur et à mesure que leur popularité va croissant.
Ce qui vous est proposé ici, c’est une brève histoire de la Panarchie, et une manière personnelle de voir ce qu’elle est et ce qu’elle n’est pas.



Brève Histoire (^)


À l’origine (^)

Le mot « Panarchie » (du latin Panarchia) semble avoir été utilisé pour la première fois par un philosophe cosmopolite France Patric (Franciscus Patricius), né en 1529 dans l’île de Cherso, ou Cres, au large des côtes de la Dalmatie, et mort à Rome en 1597. Dans son traité « Nova de universis philosophia » (« Nouvelle Philosophie à propos des Univers ») publié en 1591 (et réédité avec quelques modifications en 1593), il présente en quatre parties (« Panaugie », « Panarchie », « Pampsychie », « Pancosmie ») une vision du monde selon laquelle l’univers, la nature et le savoir forment un tout invisible. Cette approche explique la récurrence du préfixe « pan », qui en grec veut dire « entier », « global ». http://plato.stanford.edu/entries/patrizi/#1 http://www.istrianet.org/istria/illustri/patrizi/schiffler.htm
Cependant il faut attendre trois siècles avant qu'un homme de lettres et de sciences, le botaniste Paul Emile de Puydt, emploie le terme Panarchie avec le sens que nous proposons d’examiner dans les lignes qui suivent.
En 1860, Paul Emile de Puydt publia à Bruxelles, dans la Revue Trimestrielle, un article fondateur intitulé PANARCHIE, dans lequel il appliqua aux relations sociales et politiques le schéma de la compétitivité utilisée dans la sphère économique (laissez-faire, laissez-passer), directement inspiré de la théorie et de la pratique de l’économie.
Selon de Puydt, plusieurs gouvernements, librement choisis par leurs électeurs, peuvent coexister côte à côte sur un même territoire, et pourvoir, plus efficacement et à un moindre coût, à tous ces services qui sont aujourd’hui dispensés (le plus souvent au prix fort et pour un rendement moindre) par un État-nation qui en a le monopole.
D’après cette conception de la Panarchie, la disparition de tout monopole politique et le droit de choisir librement entre plusieurs gouvernements concurrents constituent des facteurs décisifs - pour ne pas dire indispensables - en vue d’obtenir des services sociaux moins coûteux et de meilleure qualité.
Paul Emile de Puydt, Panarchie
http://www.panarchy.org/depuydt/1860.fr.html
Si de Puydt reste le premier auteur des temps modernes à utiliser le terme de Panarchie, Gustave de Molinari, économiste de tradition libérale classique et éditeur du Journal des économistes de 1881 à 1909, est le premier à proposer par écrit la notion de gouvernements en compétition.
Dans un essai publié en Octobre 1849, il explique qu’il est convaincu que la sécurité est un service qui, comme tous les autres, peut-être fourni par des organismes que les individus choisissent en toute liberté, en mettant en concurrence la qualité de leurs performances (calculée en termes d’engagements et de résultats).
Gustave de Molinari, De la production de la sécurité http://www.panarchy.org/molinari/securite.html
Dans un livre intitulé Les Soirées de la Rue Saint-Lazare (1849), consistant en une série de conversations entre trois individus d’opinions différentes (un conservateur, un socialiste et un économiste), Gustave de Molinari, qui joue le rôle de l’économiste, s’était déjà exprimé en faveur de l’introduction de « gouvernements libres » c’est-à-dire de « gouvernements dont on peut accepter ou refuser les services selon son libre arbitre » (Onzième Soirée).
Il se base sur le raisonnement suivant: avec la fin du monopole de l’État et l’essor de la compétition, le prix des services (et surtout celui de la sécurité) « serait toujours réduit au niveau des coûts de production », car « chaque individu s’engagerait auprès de l’organisme qui lui inspirerait le plus confiance et dont les conditions lui sembleraient les plus favorables. »
Gustave de Molinari, Les Soirées de la Rue Saint-Lazare (Onzième Soirée) http://www.panarchy.org/molinari/11.html

Malheureusement, la diffusion de cette théorie, pourtant remarquablement pragmatique et tout à fait sensée, n’a pas été couronnée de succès (pour employer un doux euphémisme). D’une part, elle va contre les intérêts matériels d’une couche sociale parasite mais influente et toujours en expansion: la fourmilière des fonctionnaires d’Etat. D’autre part, cette théorie s’oppose à une idée fermement ancrée dans les mentalités, après des siècles d’un féodalisme qui promeut le territorialisme: un territoire, un maître.
C’est pourquoi cette idée est restée sans suite: elle n’a donné lieu à aucun débat théorique ni à aucune expérimentation pratique, et cela parce que les socialistes-étatistes et les conservateurs-étatistes ont été à la tête des décisions politiques. Pendant plus d’un siècle, la théorie panarchiste est restée oubliée, à une notable exception près.
En 1909, Max Nettlau, historien de l’Anarchie, rédigea un article publié par Der Sozialist, édité à Berlin par Gustav Landauer, intitulé: Panarchie. Eine verstollene Idee von 1860 (« Panarchie - une idée oubliée de 1860 »). Dès la première phrase, Nettlau manifeste son enthousiasme pour la coexistence de gouvernements concurrents: « depuis longtemps, je me dis qu’il serait fantastique que l’opinion publique envisage politiciens et institutions non plus comme devant fatidiquement 'se succéder  les uns aux autres' mais, de façon si simple et si évidente , 'coexister simultanément.' ».
Dans la suite de l’article, Nettlau fait part au lecteur de sa découverte du texte de de Puydt et avoue « être tombé amoureux du concept » d’une « TOLERANCE MUTUELLE en matière politique et sociale » que l’on rencontrerait au sein de gouvernements qui ne seraient pas liés à un territoire, mais auxquels chacun adhérerait librement, et que l’on soutiendrait selon son bon vouloir.
Max Nettlau, Panarchie. Une idée oubliée de 1860 http://www.panarchy.org/nettlau/1909.fr.html
L’article de Nettlau fut réédité en 1920 à Berlin, dans le journal Der Individulistische Anarchist (« L’Anarchisme Individualiste »), par Benedikt Lachman. Cependant, en dehors de ce regain d’intérêt, le texte n’a pas suscité d’autre attention ni diffusion, même pas dans les cercles anarchistes.


Le Développement (^)

La belle proposition d’Auguste de Molinari et de Paul Emile de Puydt, soutenue avec enthousiasme par Max Nettlau, serait peut-être restée un joyau oublié si Kurt Zube et surtout son fils John Zube ne l’avaient remise à jour.
En 1977, Kurt Zube, sous le pseudonyme de K.H.Z.Solneman, publia  Le Manifeste de la Paix et de la Liberté, où le concept de Panarchie est présenté et commenté en des termes très élogieux (voir en particulier le chapitre 5).
K. H. Z. Solneman, The Manifesto of Peace and Freedom http://www.panarchy.org/solneman/manifesto.index.html
Cependant, c’est son fils John Zube qui a été le meilleur et le plus acharné défenseur de la Panarchie, dans une série d’essais et de livres, écrits surtout à partir de 1964 et publiés dans ses nombreux Peace Plans ("Plans pour la Paix").
Parmi tous ces courts textes, on peut accorder une attention particulière à une série de notes intitulées « Sur la Tolérance » (1982).
Dans ces notes, le concept de base de la Panarchie, à savoir « la tolérance pour toutes les façons tolérantes de vivre  », est défini de la manière la plus convaincante et rationnelle qui soit. Vie sociale et vie privée sont vues comme une seule et même expérience de l’existence, au cours de laquelle chacun tire des leçons de ses échecs, de ses succès, et de ceux des autres; ce qui permet à chacun de se développer et de progresser. Sans ce droit à l’expérimentation, nous sommes privés d’une des conditions fondamentales pour mener une vie humaine, enrichissante, et digne d’être vécue.
En d’autres termes, la Panarchie préconise la tolérance la plus totale et la pleine liberté d’expérimentation, tout au long de la vie, partout et pour tous.
Dans un autre petit texte, « L’Évangile de la Panarchie » (1986),
John Zube, The Gospel of Panarchy http://www.panarchy.org/zube/gospel.1986.html
John Zube définit la Panarchie comme
« le moyen de réaliser autant de communautés autonomes que leurs adhérents le souhaitent, toutes coexistant sans revendiquer un territoire qui leur soit propre, côte à côte et entremêlées comme le sont les membres qui les composent ; situées sur un même territoire ou éparpillées sur toute la surface du globe, et pourtant séparées les unes des autres par des lois, une administration et une juridiction qui leur sont propres, exactement comme les différentes Églises dans un même territoire sont (ou devraient être) indépendantes les unes des autres. »
Sous l’influence et l’inspiration, directes ou indirectes, de John Zube, d’autres auteurs ont commencé à écrire sur la Panarchie.
En 2005, un économiste suédois, Richard CB Jonhsson, rédigea deux essais sur le concept de la gouvernance non-territoriale, principal objectif de la Panarchie: la fin du territorialisme ou du monopole de l’État-nation, et l’émergence de gouvernements en compétition ou de plusieurs sortes de gouvernances au sein d’un même territoire.
Le premier essai, « Gouvernance Non-territoriale: héritage oublié de l’humanité », est un survol de l‘histoire de ce concept, basé surtout sur la thèse de doctorat de Shih Shun Liu intitulé Extraterritorialité, de la naissance au déclin. (1925)
Richard CB Johnsson, Non-Territorial Governance - Mankind’s Forgotten Legacy http://www.panarchy.org/johnsson/review.2005.html
Le second texte, intitulé Au Monopolisateur de tous les Partis, est une version condensée du premier essai et a été publié pour la première fois (février 2005) sur le site web de Lew Rockwell.
Richard CB Johnsson, To the Monopolist of All Parties http://www.lewrockwell.com/orig5/johnsson3.html

Plus récemment, Michael Rozeff, professeur d’économie à l’Université de Buffalo (New York), est devenu un ardent défenseur de la Panarchie, grâce à une série d’essais parus tout d’abord sur le site web Lew Rockwell, et ensuite publiés sur d'autres sites.
Michael Rozeff, A foundation for Panarchy (Juillet 2008) http://www.lewrockwell.com/rozeff/rozeff210.html
Michael Rozeff, Why Government Should Be Voluntarily Chosen (Janvier 2009) http://www.lewrockwell.com/rozeff/rozeff252.html
Michael Rozeff, Why I Am a Panarchist (Janvier 2009) http://www.lewrockwell.com/rozeff/rozeff260.html
Michael Rozeff, Liberty in the Choice of Governance (Février 2009)
http://www.lewrockwell.com/rozeff/rozeff271.html
Comme supplément aux textes de John Zube et en rapport direct avec les essais de Gustave de Molinari et de de Puydt, les articles de Michael Rozeff constituent une très bonne présentation de la théorie et de la pratique de la Panarchie.

Les autres répercussions (^)

Alors que les auteurs cités jusqu’ici (à l’exception de Gustave de Molinari) emploient le terme de Panarchie, de nombreux autres écrivains n’y font pas allusion; cependant leurs écrits présentent des affinités avec le concept de Panarchie, caractérisé par l’a-territorialisme (gouvernements non-territoriaux) et le multi-gouvernementalisme (gouvernements en compétition).
Dans un essai sur la liberté et la taxation,

Benjamin Tucker, Liberty and Taxation
http://www.panarchy.org/tucker/taxation.html
publié dans le magazine Liberty (1881-1908), Benjamin Tucker se fait le défenseur des «  impôts volontaires »:
« Il est parfaitement exact que les impôts volontaires n’empêcheraient pas l’existence de cinq ou six ‘États’ en Angleterre, et que les membres de ces cinq ou six ‘États’ pourraient vivre dans la même maison… » « Mais qu’est-ce que cela peut faire ? Il y a bien plus de cinq ou six Églises en Angleterre ; et il n’est pas rare que les membres d’une même famille contractent des assurances sur la vie, contre les accidents ou les incendies, dans plusieurs compagnies. Est-ce que cela a déjà nui à personne? »
Ici, Tucker surmonte les différences entre l’anarchie et la Panarchie en soulignant ce qu’elles ont en commun: la promotion de la liberté de choisir, le volontarisme, la tolérance.
On peut en dire autant à propos de Voltairine de Cleyre. Dans son essai, intitulé Anarchisme,
Voltairine de Cleyre, Anarchism (1901) http://www.panarchy.org/voltairine/anarchism.html
elle rejette toutes les prises de positions bornées des différentes écoles de pensées, même au sein du mouvement anarchiste, et proclame son adhésion à tous les types de conception anarchiste et leur mise en pratique (anarchisme individuel, anarchisme mutualiste, anarchisme communiste, anarchisme socialiste), à condition qu’il s’agisse toujours d’une option choisie en toute liberté par ses adeptes. A cet égard, il y a des similarités frappantes entre l’anarchisme de Voltairine de Cleyre et le panarchisme de de Puydt. Tous deux sont pour la coexistence de différentes doctrines et de différentes manières d’organiser la société, à condition que toutes soient librement choisies et mises en pratique par leurs adhérents et qu’elles ne soient pas imposées à qui que ce soit (dans la plupart des cas, sur le prétexte absurde que c’est pour le bien du peuple).
Comme l’écrit Voltairine de Cleyre dans la dernière phrase de son article, « chacun choisit la méthode qui exprime le mieux son individualité, et ne condamne pas les autres parce qu’ils expriment la leur différemment. »
Malheureusement, les autres anarchistes, (si l’on excepte le cas remarquable mais unique de Max Nettlau, mentionné plus haut), n’ont pas manifesté un grand intérêt pour cette approche.

C’est un groupe de penseurs, les Austro-marxistes (voir: Tom Bottomore et Patrick Goode, eds., Austro-marxisme, Clarendon Press, Oxford, 1978), qui a élaboré une proposition originale non dénuée d’affinités avec la Panarchie et qui aurait pu représenter la première ébauche d’une organisation Panarchiste de la société. Entre la fin du 19e et le début du 20e siècle, Karl Renner et Otto Bauer, tous deux originaires du brasseur de nationalités qu’est l’empire Austro-hongrois, ont développé des théories de fédéralisme non-territorial. Leur proposition dissocie du territoire une série de besoins et de fonctions, individuelles et sociales (culture, éducation, justice), et assigne directement leur administration aux membres de différents groupes nationaux, indépendamment de leur localisation sur le territoire. De plus, ils soulignent le fait que faire partie d’un groupe national est un choix personnel, basé sur des motifs qui ne sont valables que pour un seul individu et pour personne d’autre.
Ce qui manque dans ce concept de fédéralisme non-territorial, c’est l’idée, présente dans la théorie Panarchiste, de retirer au gouvernement le monopole du pouvoir, y compris dans la sphère politique et économique (inclus la gestion de la monnaie); ainsi que le droit de choisir son gouvernement pour ce qu’il vaut, c'est-à-dire pour sa capacité à fournir des services et à satisfaire ses clients.
Néanmoins, le développement du Panarchisme aurait été considérablement facilité si ce qu’on peut appeler l’école autrichienne du fédéralisme non-territorial était parvenue à d’importantes percées et à une véritable adhésion du peuple, au lieu d’être anéantie par l’explosion du nationalisme qui est à l’origine de deux guerres mondiales et de la disparition du multiculturalisme de l’empire austro-hongrois.
Quelques juifs d’Europe centrale et de Russie avaient également développé une approche cosmopolite de l’organisation sociale dans laquelle les juifs (et toutes les autres minorités dépourvues d’un État propre) seraient libres d’organiser leur communauté au sein de l’État-nation dans lequel ils vivent.
Le génocide national socialiste, ainsi que les persécutions et les exterminations du communisme stalinien, ont non seulement anéanti les personnes qui soutenaient ces idées, mais elles ont aussi effacé jusqu’au souvenir du fait que ces idées aient existé.
Les gens, aveuglés par la conviction de la nécessité du monopole du pouvoir par l’État territorial, participent soit activement (en édictant les lois), soit passivement (en les subissant), à cet effort pour se débarrasser des éléments « indésirables » et des idées « qui dérangent », qui ne correspondent pas aux revendications du groupe dominant ou majoritaire.
Pendant des décennies, l’existence d’un État-nation territorial central a été considérée comme un état des choses destiné à durer pour toujours, comme l’aboutissement même de l’histoire de l’humanité.

Cependant, l’Histoire n’est pas figée. De nouvelles idées et de nouvelles aspirations finissent toujours par émerger quelque part, et elles ne sont bien souvent que des redécouvertes d’anciennes théories.
En Janvier 1962, un article a été publié dans The Register, à Santa Ana en Californie (USA), qui prônait le renversement de la démocratie de la majorité (dans laquelle « les majorités prennent des décisions qui entravent la liberté des autres »), et le début de la Démocratie avec un petit « d », grâce à laquelle chacun peut être gouverné par le gouvernement pour lequel il a voté.
Anonyme, Démocratie avec un petit « d » http://www.panarchy.org/anonymous/democracy.1962.htlm
Tout comme de Puydt s’est inspiré du système libéral des entreprises concurrentes pour bâtir son modèle de gouvernements en compétition, l’auteur de cet article compare sa proposition au choix de différentes marques d’un produit. L’idée d’être obligé de consommer la marque choisie par la majorité serait très difficile à accepter, et pourtant c’est exactement ce qui se passe pour les décisions sociales sous la démocratie de la majorité.
Comme l’auteur le dit très bien : « le concept de représentation est surtout un concept de délégation. Quelqu’un doit agir pour vous. Mais comment quelqu’un peut-il agir pour vous s’il est entièrement impliqué dans des actions qui sont contraires à votre propre intérêt ? Penser qu’il vous représente parce que d’autres l’ont choisi, c’est croire un mensonge. »

Cet auteur anonyme n’était pas le seul à défendre ce genre d’idées aux États-Unis pendant cette période. Entre 1969 et 1977, un californien, sous le pseudonyme de « Le Grand E. Day », développa le concept de multi-gouvernementalisme, à travers plusieurs textes qu’on peut classer entre les sciences sociales et la science fiction. Le Grand E. Day y propose de remplacer le mal-nommé « contrat social », censé être le fondement même des États-nation démocratiques, par des « contrats individuels », grâce auxquels «  chaque individu a le droit de choisir son propre gouvernement, indépendamment de son lieu d’habitation, tout comme il peut librement choisir son propre style de vie, sa religion, sa compagnie d’assurance, sa voiture, etc., etc. » (L’incident de Northridge)
Le Grand E. Day, The Northridge Incident http://www.panarchy.org/day/northridge.htlm
Cependant, dans son optique, l’État en tant que territoire n’est pas absolument aboli: il subsiste pour assurer certaines fonctions qui, selon lui, nécessitent une délimitation géographique (c’est-à-dire un territoire), telles que la protection et la sécurité. Par conséquent, pour ces services bien précis, il n’y aurait « qu’un seul gouvernement pour chaque territoire (autrement dit pour chaque unité territoriale locale de la surface du globe). Pour lui, « on peut séparer les services liés à une unité territoriale (généralement du domaine de la protection), des autres services (généralement en rapport avec les volontés des hommes) qui ne sont en aucun cas liés à un espace géographique précis. Cette scission donne à chaque individu le droit de choisir les services qui relèvent des décisions humaines, ce qui revient dans la pratique à choisir son propre gouvernement. » (The Northridge Incident)

Par le passé, Gustave de Molinari (De la Production de la Sécurité, 1849)

Gustave de Molinari, De la Production de la Sécurité
http://www.panarchy.org/molinari/securite.html
ainsi que, plus récemment, Hans Hermann Hoppe (La Production Privée de la Défense, 1998)
Hans Hermann Hoppe, The Private Production of Defense http://www.mises.org/journals/scholar/Hoppe.pdf
pour ne citer qu’eux parmi beaucoup d’autres, avaient déjà débarrassé le camp du mythe selon lequel, pour que les individus qui occupent un territoire soient en sécurité, il faut qu’un État unique monopolise les moyens de défense.
Néanmoins, ce point précis mis à part, les propositions de Le Grand E. Day développées dans deux autres textes
Le Grand E. Day, The Theory of Multigovernment (1969-1977) http://www.panarchy.org/day/multigovernment.1977.html
Le Grand E. Day, A Letter from the Future (1975)
http://www.panarchy.org/day/letter.1975.html
constituent une approche enrichissante et stimulante du concept de Panarchie.

La situation actuelle (^)

Ces derniers temps, pendant une longue période, les seuls écrits concernant la Panarchie furent ceux de John Zube. Puis, vers la fin du 20e et le début du 21e siècle, on a vu apparaître plusieurs essais qui, sans utiliser le terme précis de Panarchie, étaient néanmoins en accord avec le concept de gouvernance non territoriale.
En 1993, Roderick T. Long a commencé à imaginer une organisation sociale basée sur des Cantons non plus géographiques, mais Virtuels.

Roderick T. Long, Virtual Cantons
http://www.panarchy.org/rodericklong/virtualcantons.html
Dans l’essai qui défend cette idée, il prône la dispersion totale du pouvoir (« décentralisez, décentralisez, décentralisez ! ») ainsi que la naissance du non-territorialisme (« séparez les juridictions politiques de leur localisation géographique ») de façon à ce que « chacun puisse changer de juridiction politique sans avoir à changer de lieu de résidence. »
Si la politique ne se résumait pas au dogmatisme et à l’opportunisme, il y a longtemps que les Cantons Virtuels auraient pu être mis à l’essai, surtout si l’on pense au fait que les techniques de communication instantanée et des relations sociales à longue distance sont déjà à l’origine de nombreuses communautés virtuelles, bien qu’encore dénuées de pouvoir substantiel.

En 1999, le Dr Aviezer Tucker, à l’époque chercheur à l’Académie Tchèque des Sciences de Prague , rédigea un article pour le journal Utopian Studies, de l’université d’Alaska à Anchorage (hiver 1999). Dans cet essai particulièrement enrichissant, il se focalise sur ce qu’il appelle « la conspiration territoriale », une idée reçue qui veut que l’existence de l’État ne soit possible qu’à condition d’un monopole de la souveraineté territoriale (à partir du postulat suivant: pas de territoire sans État et pas d’État sans territoire).
Aviezer Tucker, The Best States: Beyond the Territorial Fallacy, Utopian Studies, Winter 1999 http://www.panarchy.org/aviezer/territorialfallacy.html
Le Dr Tucker démantèle cette idée reçue en soulignant que, si l’on examine le sens propre des mots, on s’aperçoit que le plus souvent, « l’État est au service des citoyens, et non pas aux commandes d’un territoire ». En d’autres termes, « les États sont [donc] fondés sur des contrats sociaux, et non sur une hypothétique souveraineté; ils sont au service de leurs citoyens, et non détenteurs du monopole de l’usage de la violence sur un territoire. »
Il n’y a qu’un pas - celui d’une démarche logique de cause à effet - entre ces réflexions très concrètes, et la proposition Panarchiste, c'est-à-dire la mise en place de gouvernements non territoriaux, en compétition les uns avec les autres, pour fournir des services à des consommateurs qui les choisissent librement. Et comme n’importe quel contrat passé avec une compagnie, le contrat social signé avec un gouvernement particulier « n’est ni hypothétique ni illusoire, mais au contraire explicite, actuel, volontaire et réversible. »
Il s’agit ici d’une des meilleurs définitions de la Panarchie, même si l’auteur n’a jamais employé ce terme et qu’il ignorait peut-être jusqu’à l’existence même de Paul Emile de Puydt et de son texte fondateur.

En 2001, Bruno Frey, professeur à l’Institut pour les Recherches Économiques Empiriques de l’université de Zurich, condense dans son essai intitulé « La gouvernance sans monopole territorial, une utopie ? »
Bruno Frey, A Utopia? Government without Territorial Monopoly http://www.iew.unizh.ch/wp/iewwp047.pdf or http://www.panarchy.org/frey/utopia.2001.html
sa vision des Juridictions Compétitives, Simultanées et Pragmatiques (JCSP), déjà formulée dans ses précédents articles (1995 et 1996).
Cette thèse s’appuie sur des exemples historiques (comme l’organisation marchande non délimitée géographiquement baptisée La Hansa) et actuels (comme la Internet Corporation for Assigned Names and Numbers, la ICANN), qui prouvent la viabilité de la gouvernance non territoriale.
Comme le constate l’auteur dans sa conclusion, « les Juridictions Compétitives, Simultanées et Pragmatiques sont en rupture totale avec l’idée préconçue qu’un gouvernement doit avoir le monopole d’un territoire bien défini, mais la proposition qui est ici faite est loin d’être utopique. Les événements historiques prouvent bien qu’elle est réalisable, et cette possibilité est rendue encore plus tangible aujourd’hui grâce à la récente émergence de gouvernements virtuels. »

Le même point de vue était défendu par Gene Callahan dans un discours prononcé lors de la 9e Conférence sur la Pensée Economique de l'Ecole Autrichienne, le 13 mars 2003.
Ce que Callahan défend, c’est l’idée que « chacun devrait pouvoir quitter une association civique sans avoir à changer de situation géographique. »
La proposition de Callahan, fondée sur la défense du libre arbitre de chaque individu, est en parfait accord avec la pensée Panarchiste, et sur une page de son blog « Crash Landing », il déclare clairement qu’il adhère à la philosophie Panarchiste (2007).

Si l’on considère que la Panarchie s’oppose à toutes les formes de territorialisme (c'est-à-dire de monopole de la souveraineté sur un territoire), il est important de souligner que, dans cette optique précise, il y a eu récemment une résurgence de la défense du fédéralisme non territorial, grâce à l’action de l’école autrichienne mentionnée plus haut. Parmi ceux qui sont actuellement en train de défendre et de promouvoir cette résurgence, on trouve un Français, professeur de droit et président de l’Association pour les Droits des Minorités, situé à Paris
Yves Plasseraud, Choose Your Own nationality (2000) http://www.panarchy.org/plasseraud/choice.html
ainsi qu’un Allemand travaillant au Sri Lanka comme représentant de la fondation Friedrich Ebert.
Dietmar Kneitschel, Federalism and Non-Territorial Minorities (2004) http://www.panarchy.org/kneitschel/federalism.html
Leurs idées sont utiles à la promotion de la pensée Panarchiste, car leurs textes s’appuient à la fois sur des exemples historiques (l’empire austro-hongrois multi-nationaliste, les Juifs cosmopolites) et sur la réalité contemporaine (Bosnie, Sri Lanka). Et il est indéniable que le rapprochement entre la gouvernance non-territoriale et des exemples bien concrets, ne peut que contribuer à rendre l’idée de renoncer au territorialisme moins étrange et irréalisable qu’elle ne peut le sembler au premier abord.

La théorie Panarchiste gagne du terrain; c’est attesté par l’apparition de débats autours du sujet sur la toile (comme par exemple sur les forum de Mises Community, Anarchisme.net, Ron Paul, etc.). Il est important de souligner également que la théorie Panarchiste est sous-entendue dans de nombreux termes plus ou moins synonymes, comme la Polyarchie, la Personarchie, la Kritarchie, la Choicéocratie, le Coexistentialisme, etc.
On trouve donc des textes qui ont un rapport étroit avec la Panarchie, et ils sont recensés par
Roy Halliday, Non Territorial Freedom
http://royhalliday.home.mindspring.com/virtual.htm

Avant de conclure ce résumé de l’Histoire de la Panarchie, il faut souligner que cette philosophie a également influencé la pensée sur la Théorie des Systèmes, en apparaissant comme un moyen de résoudre le problème insoluble de la centralisation du pouvoir politique. En 1975, John Gall, professeur à l’université de Michigan, écrivit un excellent petit livre intitulé Systemantics. How systems works and especially how they fail (La Systémantique. Le fonctionnement, et surtout le dysfonctionnement des Systèmes). qui milite pour la mise en place de deux nouvelles libertés:
• la liberté de choisir son territoire (liberté distributionnelle)
• la liberté de choisir son gouvernement (principe de l’indétermination hégémonique).

« Si l’on disposait de la liberté de choisir son territoire, tous les citoyens de tous les pays seraient libres de s’installer où ils le souhaitent. On resterait citoyen du gouvernement que l’on a choisi, celui auquel on paie des impôts et duquel on élit les représentants. Mais pourtant, la liberté de choisir son gouvernement garantirait que l’on puisse à tout moment changer de citoyenneté et passer d’un contrat avec un gouvernement à un engagement auprès d’un autre qui offrirait des taux d’impositions plus intéressants, des retraites plus conséquentes, des fonctionnaires plus compétents, ou tout simplement un agenda politique plus stimulant (la simple politesse exigerait alors un préavis de deux semaines; soit une durée que n’importe quel employeur donnerait à ses salariés). »
John Gall, Systemantics. How systems works and especially how they fail http://www.panarchy.org/gall/systemantics.html
L’auteur ignorait que la même idée avait été formulée plus d’un siècle auparavant, et par conséquent il n’emploie pas le terme même de Panarchie; cependant, sa proposition s’en approche à la fois par la théorie et par la mise en pratique.

D’autre part, le terme de Panarchie est désormais communément employé par des philosophies environnementales et écologiques, comme par exemple lors de la publication de

Lance H. Gunderson and C. S. Holling, eds. Panarchy. Understanding transformations in human and natural systems (2001)
Cette approche est également présentée et développée dans
Resilience Alliance website http://www.resalliance.org/593.php
et dans

La Panarchie s’accorde aussi remarquablement avec les règles de la logique (les vérités étant perçues comme des énoncés cohérents), la cybernétique (cf. les lois de la pluralité obligatoire), le droit et l’éthique (« vivre honnêtement, ne nuire à personne, donner à chacun ce qui lui est du » - « honeste vivere, neminem laedere, suum cuique tribuvere » - Ulpanius)
Le fait que le même mot et le même concept puissent s’employer dans différents contextes, comme un outil scientifique universel pour faire face à différentes situations, est parfaitement en accord avec la l'idée originaire de de Puydt. En effet, il soutenait que, comme la science est un ensemble de savoirs vrais, valables universellement (« il n’y a pas de vérités qui ne sont vraies que dans certains cas et fausses dans d’autres »), il était possible de transposer dans la sphère politique le laissez-faire employé dans la sphère économique; ce qui lui a donné l’idée des gouvernements concurrentiels qu’il nomma la Panarchie. Le fait que cette proposition soit valide dans divers domaines n’est pas seulement un signe de son efficacité, cela prouve véritablement son exactitude.

Dans le chapitre suivant (Manière de voir), nous nous focaliserons sur le terme de Panarchie, en faisant référence aux choix personnels et aux façons d’organiser la société, en insistant surtout sur les principes et les aspects caractéristiques de la Panarchie, qui font d’elle un outil à la fois performant et polyvalent, pour mener à bien des objectifs théoriques et pratiques.



Manière de voir (^)

 

Ce qu’est la Panarchie (^)

S’il est nécessaire de bien clarifier ce qu’est la Panarchie, c’est parce cette notion est connue d’un nombre croissant de personnes, et qu’il serait souhaitable de ne pas tomber dans les deux écueils opposés qui semblent surgir dès qu’un concept s’adresse à une large audience.
Ces deux écueils sont les suivants :
• Le dogmatisme : le concept se momifie et devient inamovible, sauf si des grands prêtres en décident autrement après être parvenu à s’en approprier la conception et à la propager à un nombre croissant d’adeptes.
• L’approximation : le concept devient fragile, et il peut être modifié n’importe quand, par n’importe qui, même si cela consiste à y ajouter des idées contradictoires, des formulations irrationnelles, et même, subrepticement, la négation de ses principes fondateurs.

C’est ce qui est arrivé par le passé avec le capitalisme (peu à peu transformé en corporatisme), le socialisme (étouffé par son étatisme), le libéralisme (métamorphosé en dirigisme); et tout cela a pu se produire parce que les prêcheurs du dogmatisme ou de l’approximatif sont parvenus à s’approprier ces termes, et à en manipuler la signification pour servir leurs intérêts personnels.
C’est pourquoi la définition scientifique et l’utilisation exacte d’un mot/concept est un travail sans fin: c’est une constante préservation de son sens premier (de l’étincelle originelle) et une application constante de ce sens à la réalité immédiate (l’effort authentique). Si les mots deviennent biaisés ou si on ne peut plus les employer sans renoncer à leur sens premier, il ne faut plus les utiliser; faute de quoi on aboutirait aux mêmes aberrations qu’avec le corporatisme, le statisme et le dirigisme, qui sont confondus avec le capitalisme, le socialisme et le libéralisme.

Donc, en ce qui concerne la Panarchie, il est souhaitable que ses défenseurs et ses adeptes parviennent à un consensus généralisé, qui aboutirait peut-être à la définition suivante :
• La Panarchie est personnaliste. Le concept d’individu (de « persona ») est un concept fondamental. En effet, la Panarchie veut remplacer « l’ère des masses », caractérisée par la politique et les altercations qui en découlent, opposant des idéologies et des unités antagonistes (les États, les partis, les classes) au sein desquelles l’individu n’est souvent qu’un simple pion, par « l’ère des individus » et de leurs choix spécifiques. Même si ces choix ne sont pas approuvés par tout le monde, ils devraient néanmoins être respectés par chacun, en tant que décisions prises individuellement, et ne concernant que la personne qui les a prises.
• La Panarchie est volontariste. Le fait qu’elle se focalise sur les individus ne signifie aucunement que groupes et communautés soient inutiles, mais seulement qu’ils sont le résultat de choix d’association et de contribution strictement personnels. À l’exception de la cellule familiale (unité justifiée biologiquement), le modèle Panarchiste désapprouve les groupes et les corps collectifs auxquels on est forcé d’adhérer. Le volontarisme va à l’encontre de toute prétention au monopole et repose sur le respect primordial de la volonté de chacun de faire ou de ne pas faire partie d’une communauté, quelle qu’elle soit et où qu’elle soit.

• La Panarchie est universaliste. C’est une théorie d’une grande cohérence, qui peut potentiellement être mise en application partout; et par conséquent elle peut être considérée comme une structure pratique universelle, acceptable et valide partout et pour tous, et dans toutes les situations.

Si l’un de ces trois aspects n’est pas pris en compte, nous pensons qu’il y a une défaillance par rapport à la véritable pensée Panarchiste.
Le plus souvent, ces malentendus naissent d’une incompréhension des principes et de la pratique de la Panarchie par ceux qui n’en ont pas bien saisi le sens et les implications.

C’est pourquoi, afin de mieux comprendre ce qu’est la Panarchie, il est également nécessaire de bien préciser ce qu’elle n’est pas.

Ce que la Panarchie n’est pas (^)

Le premier point qu’il faut constamment avoir à l’esprit, c’est que la Panarchie n’est aucunement une nouvelle philosophie politique. En effet, comme il a été dit précédemment, la Panarchie n’est que la défaite de « l’ère de la politique », caractérisée par la manipulation des masses, et le passage à « l’ère des individus » caractérisée par les choix de chacun.
C’est ce que prouve l’étymologie du mot « politique »: il vient du grec polis qui désigne la cité-État, et était employé à l’origine à propos de l’administration d’un territoire spécifique (la polis). La politique est donc caractérisée par le fait qu’elle a lieu dans un territoire spécifique, avec une domination exclusive (la souveraineté) que certains (les magistrats de la cité, les seigneurs féodaux, l’appareil d’État) ont par rapport à ce territoire spécifique.

Par conséquent, la Panarchie n’a rien à voir avec la politique. Elle surmonte le territorialisme (ou plutôt, elle le remplace), et prône des modes d’organisation sociale indépendants d’un territoire. La Panarchie ne s’est pas inspirée d’une ancienne philosophie politique, mais de théories et de pratiques économiques qu’on appelle le laisser-faire. Même quand le premier concepteur de la Panarchie utilise les termes d’ « économie politique », il veut seulement parler d’économie fondée sur le principe du laisser-faire.

Ce point concernant les malentendus sur les connotations et les fonctions de la Panarchie n’est pas sans rappeler, par bien des aspects, la controverse qui a opposé Marx et les Anarchistes, le premier dans le rôle de défenseur des luttes politiques et de la conquête du pouvoir, les seconds (et tout particulièrement les membres de la Fédération du Jura) ayant déjà prédit l’autoritarisme indissociable de la stratégie marxiste, et militant pour une émancipation individuelle des travailleurs grâce à une réflexion et des actions personnelles, directes, dans tous les domaines de leur vie.
(voir : La circulaire de Sonvilier, sur http://www.panarchy.org/jura/sonvilier.html)

Ceux qui considèrent la Panarchie comme un nouvel outil politique utilisent également le terme de Panarchisme, croyant peut être que cette nouvelle idéologie va remplacer toutes les autres.

Ici, il faut encore une fois être extrêmement clair: la Panarchie n’est pas du tout une idéologie (comme, par exemple, le socialisme ou le communisme), pour la simple raison qu’elle accepte toutes les idéologies pourvu qu’elles soient librement choisies par ceux qui y adhèrent. Pour cette raison, il faut être très prudent avec l’emploi du terme « Panarchisme », qui ne devrait sans doute être utilisé que pour faire référence à
« L’ensemble des connaissances et des pensées en rapport avec des théories et des pratiques liées au volontarisme non-territorial et aux communautés autonomes (Panarchies), considérées comme les alternatives appropriées pour promouvoir la paix, la liberté, la propriété et les réformes, au lieu d'installer ou continuer avec des communautés coercitives, exclusives, uniformes, territorialistes, plus ou moins centralisées, et se disant idéales et se présentant comme les meilleures pour tous, qu'ils soient d'accord ou non ». (John Zube, L’Évangile de la Panarchie, 1986)
Si l’on accepte que la Panarchie n’est en aucun cas une idéologie politique (ancienne ou récente), sa qualification de « mouvement de droits civiques » par un de ses promoteurs (Dwight Johnson) semble assez pertinente. En effet, cette formulation souligne fort à propos le but principal de la Panarchie, qui est que chacun aie le droit civique de choisir librement et volontairement le gouvernement (ou l’autogouvernement) de son choix.

Après avoir évité les malentendus ou les distorsions plus ou moins accidentelles expliquées plus haut (prendre la Panarchie pour une conception politique ou pour une idéologie), chacun devrait être à même de surmonter des erreurs de compréhension mineures comme la réduction de la Panarchie à quelques spécificités, et l’exclusion ou la simplification d’autres aspects.

Pour cela, il est peut-être nécessaire de souligner que la Panarchie n’est pas:
• Une proposition de multi-gouvernementalisme. L’existence de plusieurs gouvernements parallèles et non-territoriaux n’exclut pas l’autogouvernement ou le non-gouvernement. Grâce à la Panarchie, personne n’est obligé de choisir un gouvernement par crainte d’être ostracisé ou d’être qualifié d’excentrique. À cet égard, la situation est similaire à celle de la tolérance religieuse: nul n’est obligé de choisir une religion précise et nul n’est forcé d’avoir la foi.
• Une proposition en faveur de lois personnelles. Certes, la Panarchie milite pour la coexistence sur un seul territoire de plusieurs systèmes juridiques auxquels chacun est libre d’adhérer. Cependant, la Panarchie se base fortement sur des principes universels, développés et affinés au cours des siècles, qui font maintenant partie de la Civilisation Humaine. Sans Principes Universels, implicitement acceptés par chacun, la coexistence de différentes panarchies serait impossible.
• Une proposition pour l’extra-territorialisme. L’extra-territorialisme, comme celui pratiqué par les États-nations (à l’égard notamment des diplomates étrangers), signifie que certaines personnes ou certains groupes reçoivent un traitement spécifique, selon leur statut personnel. La Panarchie, au contraire, ne voit l’extra-territorialisme que comme une première étape vers l’a-territorialisme intégral, c'est-à-dire la fin du monopole de tout pouvoir territorial et de toute prétention à ce pouvoir, partout et pour tous.
Après avoir expliqué, selon ma manière de voir, ce qu’est la Panarchie, ce qu’elle n’est pas et ce à quoi elle ne peut se résumer, il paraît intéressant de se livrer à un exercice théorique afin d’envisager les conditions d’une mise en application, et d’un développement, de la Panarchie.


Comment la Panarchie pourrait-elle percer (^)

Personne ne peut prédire l’avenir et deviner comment les grands changements auront lieu, mais la connaissance du passé peut nous donner quelques indices et nous aider à envisager et à construire notre futur.
L’inventeur de la Panarchie, Paul Emile de Puydt, prend explicitement l’émergence de la tolérance religieuse comme exemple pour introduire la tolérance politique (c’est-à-dire la tolérance envers toutes les idéologies politiques pratiquées librement par leurs défenseurs). Cela aboutira à l’émergence de nombreux gouvernements sur un même territoire, rivalisant pour attirer des adhérents, comme les Églises rivalisent pour attirer des fidèles. Et de la même façon que la tolérance religieuse a mis fin aux guerres de religion et aux persécutions religieuses, la tolérance politique devrait mettre fin aux guerres et aux persécutions générées par des convictions politiques que l’on veut imposer à d’autres. Parallèlement, la tolérance religieuse (défendue par Erasmus, Locke, Voltaire et d’autres) n’était pas supposée être une nouvelle religion. La tolérance politique (la Panarchie) n’est donc pas censée être une nouvelle idéologie politique, comme cela a déjà été souligné.

Mettre en lumière les parallèles entre tolérance religieuse (maintenant considérée dans de nombreuses régions du monde comme un aboutissement inévitable) et tolérance politique (encore totalement ignorée ou considérée comme une proposition étrange et impossible à mettre en pratique) est peut -être une bonne manière d’introduire le doute et la perplexité (les premières fissures) quant à la durée de vie et le bien-fondé du système actuel de l’État-nation qui a le monopole du pouvoir.

De plus, une étude approfondie de l’Histoire permet de découvrir qu’il existe, au sein des croyances religieuses et des traditions culturelles, des idées et des principes oblitérés ou étouffés par les intellectuels au service de l’État, et qui présentent des similarités avec la Panarchie. Porter ces idées au grand jour peut aider à mettre en place un large réseau de sympathisants qui retrouvent leurs propres valeurs dans la Panarchie (tolérance, liberté, ouverture à la pluralité).

En effet, si l’on fait référence aux religions professées par les musulmans, les catholiques et les juifs, on retrouve trois principes fondateurs qui offrent des similitudes avec la Panarchie. Ces trois principes fondateurs sont :
• L’extraterritorialité (musulmane). Dans le monde musulman du Moyen-Âge et même par la suite, on reconnaissait des droits extraterritoriaux à ceux qui ne faisaient pas partie de la communauté musulmane (comme par exemple les marchands nomades). Cela implique l’existence de systèmes de juridiction parallèles sur un même territoire, comme le préconise la Panarchie.
• La subsidiarité (catholique). Il s’agit d’un des préceptes sociaux de l’Église Catholique (réaffirmé par le pape Léon XIII dans son encyclique Rerum Novarum, 1891) qui veut que, pour favoriser le développement de l’être humain, le pouvoir soit toujours détenu par l'autorité compétente plus en bas. Cela va à l’encontre du concept d’État-nation monopolisateur où le pouvoir est souvent centralisé au plus haut de la société.

• L’autonomie personnelle (juive). Les juifs, cosmopolites et disséminés dans de nombreuses régions du monde, ont plaidé à plusieurs reprises pour une autonomie personnelle, c'est-à-dire pour le droit d’organiser leurs vies et leurs communautés selon leurs propres règles et leurs propres traditions. Cette requête, rejetée par l’État-nation monopolisant le pouvoir, et parfois anéantie au moyen de l’extermination de communautés entières, doit aujourd’hui être réactualisée et soumise au public en tant qu’aspiration parfaitement naturelle et légitime.

Si on ajoute à ces trois principes la notion de Solidarité, inhérente à toutes les religions, on dispose alors des fondations théoriques d’une réalité post-étatique et post-territorialiste, dans laquelle de nombreux croyants peuvent se reconnaître et à la laquelle il leur serait facile d’adhérer.
On peut s’appuyer également sur un autre corpus d’idées, celui développé par des libéraux comme Bastiat, Lord Acton, von Mises, Hayek, Rothbard et bien d’autres.

Même si leurs propositions ne vont pas jusqu’au bout du principe de l’a-territorialisme, leur défense constante du laisser-faire a contribué, dans une certaine mesure, à venir à bout du monopole de l’État dans certains secteurs (l’électricité, le téléphone, le gaz), et elle pourrait contribuer à une stratégie visant à l’a-territorialisme. Aujourd’hui, il reste encore à étendre ces théories et ces pratiques de laisser-faire à une plus large échelle, au-delà des frontières nationales ou fédérales (Europe, USA).

C’est un projet fascinant de vouloir libérer les entrepreneurs des structures territoriales qui les entravent, et cette véritable aventure requiert l’attention et l’inventivité d’un grand nombre, tout particulièrement dans la sphère économique; et cela contribue pleinement au développement du libéralisme et de la Panarchie.

La scène des informations et des savoirs mondiaux constitue un autre atout pour l’implantation de la Panarchie. L’avenir semble très prometteur sur ce sujet: les modes de communication territoriaux sont en crise (c’est le cas par exemple de la presse), et les outils non-territoriaux de communication instantanée comme Internet et d’autres gadgets à usage personnel (le téléphone personnel, le lecteur électronique personnel, etc.) sont en plein essor. Dans ce domaine, chacun peut déjà mettre fin au territorialisme en devenant un producteur et un consommateur cosmopolite de cyber-connaissance, en étant limité seulement par sa maîtrise des langues et des formes de communication (c’est-à-dire ses aptitudes en matière de musique, vidéo, dessins animés, littérature ou dessin).

Cela signifie qu’un large réseau d’individus, dont certains ignorent totalement ou partiellement l’existence du concept de Panarchie, va se mettre en place et va permettre l’éclosion de plusieurs communautés panarchistes basées sur divers projets et différentes expériences inspirées par la religion, l’économie, la culture ou autres aspirations.

Le cri de Michael Rozeff, « laissez-moi briser le moule » (Pourquoi je suis Panarchiste, Janvier 2009), a déjà été entendu, et de nombreuses personnes désireuses de s’exprimer sans que tout soit leur imposé tentent déjà, petit à petit, de lui répondre. Une fois que les théories seront plus ciblées, qu’elles seront plus énergiques et les liens entre individus qui partagent ces idées plus étroits, le « moule » (cette frontière physique ou morale qui nous emprisonne encore) disparaîtra.
Le 2 mai 1989, les clôtures de barbelés et de fils électrique qui délimitaient la frontière entre l’Autriche et la Hongrie ont été abattues sur les ordres des individus au pouvoir qui avaient fini par perdre toutes leurs illusions sur l’État communiste. En quelques mois, le mur de Berlin est tombé (9 novembre 1989), et avant la fin de cette année-là, les habitants de l’Europe de l’Est (la RDA, la Hongrie, la Pologne, la Tchécoslovaquie, la Bulgarie, la Roumanie) avaient finalement pu « briser le moule ».
Il n’est pas impossible que dans un futur proche, les évènements se succèdent avec la même rapidité qu’en 1989, si nous libérons nos actes et nos idées de toutes vaines contraintes.
Les sciences cognitives ont montré que lorsque l’on cherche à résoudre un problème, la solution s’impose parfois comme une illumination soudaine après la rupture d’un barrage mental, un saut formidable par-dessus les restrictions introduites sans justification rationnelle par ceux qui précédaient à cause de préjugés d’ordre émotionnel et d’idées reçues conventionnelles.
Il serait peut-être temps d’arrêter de parler de la tolérance politique (de la même façon qu’on ne parle pas souvent de la tolérance religieuse) et de commencer à la mettre en pratique, tout naturellement.

Ce que pourraient être les panarchies (^)

Il est possible que, à un premier examen de la Panarchie, à cause soit de préjugés émotifs soit de croyances conventionnelles, on soit poussé à reprocher à cette proposition l’un ou l’autre de ces deux vices fondamentaux :
a) l’uniformité : pour réaliser la Panarchie il faut que tous soient panarchistes ;
b) la fragmentation : la Panarchie va produire plusieurs ghettos habités par des populations identiques.
Pour contrebattre ces critiques il faudrait répondre non seulement de manière spécifique mais on devrait aussi essayer d’imaginer ce que les panarchies pourraient être ou devenir si l’on permettait à la créativité et à l’initiative individuelle de s’exprimer librement.
En traçant le contour de possibles panarchies nous pourrions dégager le champ des deux objections qui dérivent, sans que le gens s’en rendent compte, d’un mode de penser chargé justement d’uniformité et de fragmentation, c’est-à-dire marqué par les deux caractéristiques négatives qu’on attribue à la Panarchie.
a) Uniformité: Tous doivent devenir panarchistes.
Un panarchiste, si nous voulons utiliser ce terme, n’est qu’un individu qui aime faire ses propres choix concernant sa propre vie (selon la réalité de chacun) et qui est convaincu que tous les autres individus aient les mêmes droits. Un panarchiste (ou poliarchiste ou volontariste) n’est jamais un patron tyrannique ni un serveur involontaire, mais juste un individu raisonnable et décent, qui veut agir en liberté et qui aime laisser les autres agir librement.
Si on considère ce propos hors norme, on doit supposer que nous sommes assez proches du risque de modifier l’idée classique concernant l’être humain (c’est-à-dire : une entité vivante libre et responsable) en la remplaçant avec l’image de quelqu’un désagréable et arrogant, qui aime se mêler de tout. Mais personne veut être considéré et associé avec un tel personnage au moins qu’il soit affecté d’une grave pathologie mentale.
Alors, il va de soit que tous nous croyons que ceux qui veulent participer activement à la vie des relations, doivent tous devenir humains - n'importe quel soit le terme utilisé à une époque historique pour les considérer ainsi (par exemple, stoïque, humaniste, illuminé, etc.). Pour cela si l’on reproche aux supporteurs de la Panarchie de prétendre que tous deviennent panarchistes, ce serait comme si l’on reprochait à une personne tolérante et civile de s’attendre à ce que tous agissent d’une manière tolérante et civile, s’abstenant d’imposer aux autres leur volonté.

b) Fragmentation: Les panarchies produiront des ghettos.
La situation actuelle est caractérisée par l’existence de cages nationales ou fédérales plus ou moins imperméables à l’accès de l’extérieur. Le monde occidental, si critique envers le rideau de fer ou le mur de Berlin, a érigé en Europe des murs en ciment ou des barrières de fil de fer électrifiées, créant une forteresse inaccessible aux personnes des autres continents; aux Etats Unis on surveille la frontière du Mexique par une barrière de 500km (Août 2008) qui est en train d’être prolongée; en Israël l’état est occupé à construire un mur qui brise et détruit les communautés palestiniennes.
Il en ressort que, quand quelqu’un affirme que la proposition d’abolir le territorialisme et d’introduire des gouvernements concurrents et politiquement tolérants engendrerait des ghettos, il est légitime de se demander si cet individu sait de quoi il parle; ou peut-être on se réfère justement à la réalité actuelle où existent en effet des états nationaux ressemblants à des cages étouffantes.
Avec la Panarchie il se passerait justement le contraire puisque avec l’abolition des poulaillers nationaux créés par les états monopolistes, les personnes pourraient  - comme dans un passé oublié - bouger, se connecter et se mélanger librement selon leurs désirs et affinités personnelles. Le résultat prévisible serait très vraisemblablement la fin de l’idée de ségrégation et de ghettos qui existent actuellement en tant que effet de l’état territorial monopoliste.

La Panarchie en effet provoquera le développement des trois aspects qui mènent dans une direction totalement contraire aux défauts dont on l’accuse:
- Variété : aucune barrière matérielle empêchant le mouvement et le mélange; cela favorise, au contraire, le cosmopolitisme et le localisme, la dispersion et la concentration, l’homogénéité et l’hétérogénéité selon les désirs de  chacun;
- Originalité : aucune barrière politique à l’expérimentation sociale; cela mène à une réalité variée, riche de projets promus par les individus dans toutes les sphères de la vie ;
- Harmonie : aucune barrière personnelle qui oblige les individus à supporter un pouvoir extérieur extorqueur, et donc aucune raison qui peut être source de rage (pour quelle raison ?) et de rébellion (contre qui ?).
Sur la base de ce qui a été écrit jusqu’ici, il est maintenant possible de faire un essai pour imaginer ce que les panarchies pourraient être ou devenir. 
Il est probable que la majorité d’entre elles ne seraient pas des gouvernements comme ceux d’aujourd’hui, avec un président, un premier ministre, une foule de ministres et bureaucrates à volonté, même si on ne peut pas l’exclure; en tout cas, la différence énorme consisterait dans le fait que les coûts seraient supportés uniquement par ceux qui soutiendraient ce choix. La plupart des panarchies pourraient être des entités intégrées et flexibles en tant que:
- Fournisseurs de services
- Agences de support.
On peut trouver des signaux intéressants à ce sujet, qui pourraient se développer dans le futur, dans l’histoire des sociétés coopératives et de secours mutuel existant en Europe jusqu’à la première guerre mondiale. On retrouve d’autres signes chez des sociologues qui entrevoient un passage à une « économie de support » basée sur des relations de collaboration où l’usager peut choisir parmi des individus et groupes ayant des rôles différents (voir Shoshana Zuboff e James Maxmin, The Support Economy, 2002).
Il pourrait s’avérer qu’une personne soit membre d’une seule panarchie, recevant ou offrant des services/aides, ou de plusieurs, comme pour les membres de plusieurs clubs
En se référant à la réalité actuelle, le fait d’appartenir à une église, n’exclut pas la possibilité de faire partie d’autres organisations.
Et maintenant il faut briser nécessairement une certaine attente (possible mais infondée) qui pourrait surgir dans l’imaginaire de quelqu’un. En effet, même si le concept général de la Panarchie est quelque chose d’extrêmement beau et fertile en résultats, il sera très probable que certaines panarchies deviennent des organisations jugées très négativement par des individus à la pensée différente. Il peut arriver en effet que des personnes désireuses de positions de commande veuillent adhérer à une panarchie afin de devenir guide d’une nouvelle secte. Il est possible que avec l’expansion des communautés volontaires, comme soutenue par la Panarchie, ces individus puissent trouver des supporteurs désirant se soumettre à leur forte personnalité. 
Quand cela arrivera, certains diront que la Panarchie n’est pas meilleure que d’autres formes d’organisation sociale et que, comme tous les autres, elle mène aussi à la tyrannie. Mais ils oublient que l’un des principes fondamentaux de la Panarchie est le volontarisme selon lequel ceux qui entrent librement dans une panarchie (c’est-à-dire une organisation non territoriale et non monopoliste) se soumettant à un chef, sont aussi libres d’en sortir pour adhérer à un type tout à fait différent de panarchie, ou qu’ils pourraient même devenir totalement autonomes (auto-administration).
A ce propos, il est nécessaire de rappeler à ceux qui agitent le drapeau de la liberté comme un objet sacré, au point qu’ils veulent le faire avaler énergiquement à tous, que, malgré l’apparence, l’imposition de la liberté aux autres est un acte réel de tyrannie qui empêcherait l’individu de choisir librement d’être ou non un serviteur. Dans le premier cas on ne pratiquera la liberté que comme farce et on sera toujours assujettis à la peur d’être laissé sans guide. Dans le deuxième cas, le choix autonome de servir permet à la personne d’être réellement libre et sa soumission volontaire pourrait cesser d’un moment à l’autre si elle le décidait.
Le niveau de la liberté d’une panarchie serait déterminé par ses membres et cela ne représente pas uniquement la beauté de ce concept mais est aussi un rappel nécessaire à la réalité. En effet, la Panarchie n’invente pas un monde mythique fait de fées aimables et de monstres égoïstes. La Panarchie a son fondement sur la réalité effective et sur des êtres humains réels; elle permet que chacun ait ce à quoi il aspire.
On pourrait dire que la Panarchie est la réalisation totale de l’aspiration à la tolérance universelle déjà présente dans les idées et les idéaux de l’Illuminisme et concentrée dans l’affirmation de Voltaire.
“Qu’est-ce que la tolérance? c’est l’apanage de l’humanité. Nous sommes tous pétris de faiblesses et d’erreurs; pardonnons-nous réciproquement nos sottises, c’est la première loi de la nature. » (Dictionnaire Philosophique, Voix: Tolérance, 1765)



Sommaire (^)


La Panarchie est :
- une méthode pour résoudre des problèmes (la voie pour la solution permanente et harmonieuse des conflits) ;
- un standard de vie pour l’individu (la voie pour le choix autonome et direct des décisions) ;
- une pratique dans les relations sociales (la voie pour le choix de faire volontairement partie d’un groupe social).
Au moment où méthode, standard et pratique, par un processus de prise de conscience du sens d'être un être humain, feront partie du patrimoine commun de l’humanité, le mot Panarchie va probablement disparaître. La plupart des êtres humains parviendra donc à la conviction d’être responsable de plein droit de sa vie (et seulement de sa vie) au lieu d’être, de prétendre ou d’accepter que tous soient asservis, contre leur volonté, à un souverain monopoliste, c’est-à-dire à l’état territorial.
Comme précédemment souligné, la solution d’un problème est déterminée non seulement par l’acquisition de connaissances et capacités nouvelles, mais aussi par l’habilité du chercheur d’aller au-delà d’affirmations conventionnelles qui peuvent limiter, sans raisons valides, l’espace de la solution. Une fois éliminées ces restrictions, les blocages mentaux et matériaux qui empêchent la découverte d’une solution vont disparaître aussi.
Ainsi, quand une révolution cognitive réussira à éliminer les restrictions déraisonnables et tout à fait inutiles représentées par le territorialisme et le monopolisme dans l’organisation politique et sociale, la Panarchie pourra devenir une réalité .
C’est pour toutes ces raisons qu’il faut diffuser l’information sur l’existence de la Panarchie ou de conceptions similaires, basées sur la liberté, le volontarisme dans ses propres choix et l’aterritorialisme.
Cette information croissante sera organisée au fur et mesure en formes structurées de connaissance (hypothèses, propositions) qui pourront produire des modèles pratiques et des projets expérimentaux. Si ces derniers ont du succès, on verra apparaître de nouveaux modes de pensée et tout cela favorisera la variété, l’originalité et l’harmonie, pour devenir enfin composante de la sagesse d’une époque, une sagesse mondiale.
Tout cela n’est pas extraordinaire, au contraire, il faut le considérer naturellement humain. Et le fait d’être porteur d’humanité doit être, ou doit devenir, la première tâche et le premier but de tous les êtres humains.





D) Panarchie

La panarchie est une théorie politique prônant la coexistence de tous les systèmes politiques, où chacun s'affilie librement au gouvernement de son choix (ou ne s'affilie à aucun gouvernement), et où les règles du droit international s'appliquent aux rapports entre individus dépendant de gouvernements différents. Le terme a été inventé en 1860 par le belge Paul Émile de Puydt, mais d'après Gian Piero de Bellis on trouve déjà le mot « panarchie » chez un philosophe cosmopolite France Patric (Franciscus Patricius, 1529-1597) dans son traité « Nova de universis philosophia » (« Nouvelle Philosophie à propos des Univers ») publié en 1591

Les panarchistes affirment que la panarchie est anti-politique, puisque tous les pouvoirs politiques (impôts obligatoires, règlements imposés, autorité gouvernementale et administrative) disparaissent pour laisser place aux seuls rapports volontaires entre les hommes. La panarchie a beaucoup en commun avec plusieurs formes d'anarchisme.
On emploie aussi le terme de « Panarchisme », pour faire référence à :
« L’ensemble des connaissances et des pensées en rapport avec des théories et des pratiques liées au volontarisme non-territorial et aux communautés autonomes (Panarchies), considérées comme les alternatives appropriées pour promouvoir la paix, la liberté, la propriété et les réformes, au lieu d'installer ou continuer avec des communautés coercitives, exclusives, uniformes, territorialistes, plus ou moins centralisées, et se disant idéales et se présentant comme les meilleures pour tous, qu'ils soient d'accord ou non. »
    — John Zube, L’Évangile de la Panarchie, 1986
L’inventeur de la panarchie, Paul Emile de Puydt, présente la panarchie comme une forme de tolérance politique, succédant à la tolérance religieuse aujourd'hui presque partout admise dans le monde.
Une objection courante est que la panarchie existe déjà aujourd'hui d'une certaine façon : si l'on n'est pas satisfait d'une politique, on peut toujours quitter le pays et s'installer ailleurs. Mais la panarchie préconise l’a-territorialisme intégral (plutôt que l’extra-territorialisme qui est admis actuellement par le droit positif en diplomatie), c'est-à-dire "la fin du monopole de tout pouvoir territorial et de toute prétention à ce pouvoir, partout et pour tous" (selon Gian Piero de Bellis). La gouvernance n'est plus liée à un territoire donné, plusieurs gouvernements peuvent régir un même territoire, ce qui n'empêche pas des confédérations ou des alliances pour des questions territoriales qui relèvent des fonctions régaliennes, comme la défense

Citations

  • « La panarchie est une méthodologie sociale basée sur le principe du volontarisme et la pratique de la tolérance. »
        — Gian Piero de Bellis
  • « La fin du territorialisme, c’est-à-dire la fin du monopole territorial de l’État souverain, est ce que les sympathisants de la Panarchie demandent. »
        — Gustave de Molinari
  • « Ce méta-système pourrait être apparenté à une forme néo-politique de « coaching », où chacun s‘affilie en toute liberté au sein d‘une gouvernance de son libre-choix, voire de sa propre conception s‘il y a lieu, et où les différentes règles du droit international s‘appliqueraient aux rapports entre les individus desquels ils dépendraient. »
        — Alain Genestine, La Panarchie, Libres ! 100 idées, 100 auteurs


E) Panarchie - Publié dans la Revue Trimestrielle, Bruxelles (Juillet 1860)

EN MANIÈRE DE PRÉFACE

Un moderne a dit: « Si j'avais la main pleine de vérités, je me garderais bien de l'ouvrir. »
Ce mot est peut-être d'un sage: à coup sûr il est d'un égoïste.
Un autre a écrit ceci: « Les vérités que l'on aime le moins à entendre sont celles qu'il importe de dire. »
Voilà deux penseurs qui ne sont pas près de s'entendre. Je m'accorderais assez avec le second, mais dans la pratique sa manière de voir offre des inconvénients.
Je consulte la sagesse des nations: elle m'apprend que « toute vérité n'est pas bonne à dire. »
Soit ! mais comment distinguer? D'autre part, l'Évangile nous enseigne « qu'il ne faut pas tenir la lumière sous le boisseau. »
Me voilà fort perplexe. J'ai une idée neuve; du moins je la crois telle, et quelque chose me dit que c'est mon devoir de la répandre; cependant, au moment d'ouvrir la main, j'éprouve une certaine inquiétude: quel est l'inventeur qui n'a pas été un peu persécuté?
Quant à l'invention, une fois confiée à la lettre moulée, elle fera son chemin comme elle pourra; je la tiens pour émancipée. Ma sollicitude se concentre sur l'auteur. L'absoudra-t-on d'avoir eu une idée?
Un ancien, qui sauva Athènes et la Grèce, disait à je ne sais plus quel brutal qui, dans une discussion, à bout d'arguments, levait son bâton sur lui: « Frappe, mais écoute. »
L'antiquité abonde en grands exemples. A l'imitation de Thémistocle, je propose mon idée et je dis au public: Lisez-moi jusqu'au bout, vous me lapiderez ensuite si c'est votre opinion.
J'entends bien, cependant, n'être point lapidé. Le brutal dont je parle est mort à Sparte il y a vingt-quatre siècles, et chacun sait les immenses progrès que l'humanité réalise en deux mille quatre cents ans. De nos jours, les idées ont toute licence de se produire, et si, de temps en temps, on bâtonne encore un inventeur, ce n'est plus comme tel, mais à titre d'agitateur et d'utopiste.
Ces réflexions me rassurent et j'entre résolument en matière.
 




II
SOSIE
Messieurs, ami de tout le monde!
                                          Molière



J'aime l'économie politique et je voudrais que le monde entier l'eût en aussi grande estime que moi. Cette science, née d'hier et déjà la plus importante de toutes, est loin d'avoir dit son dernier mot. Tôt ou tard, et j'espère que ce sera bientôt, elle régentera l'univers. Je suis fondé à l'affirmer, car c'est dans les écrits des économistes que j'ai puisé le principe dont je propose une application nouvelle, bien plus large et non moins logique que toutes les autres.
Citons d'abord quelques aphorismes, dont l'enchaînement préparera le lecteur.
« La liberté et la propriété sont étroitement liées; l'une favorise la répartition des richesses, l'autre enseigne à les produire. »
« La valeur des richesses dépend de l'usage qu'on en fait. »
« Le prix des services s'établit en raison directe de la demande et en raison inverse de l'offre. »
« La division du travail multiplie les richesses. »
« La liberté engendre la concurrence, qui, à son tour, enfante le progrès. »

(Charles De Brouckère, Principes généraux d'économie politique)

Donc, libre concurrence, entre les individus d'abord, puis de nation à nation. Liberté d'inventer, de travailler, d'échanger, de vendre, d'acheter. Liberté de taxer les produits de son travail. Point d'intervention de l'État en dehors de son domaine spécial. « Laissez faire, laissez passer. »
Voilà, en quelques lignes, le fond de l'économie politique, le résumé d'une science sans laquelle il n'y a que mauvaise administration et gouvernements déplorables.
0n peut aller plus loin encore et, dans bien des cas, réduire cette grande science à la maxime finale: Laissez faire, laissez passer.
Je m'en empare et je dis:
Dans le domaine de la science, il n'y a pas de demi-vérités; il n'existe pas de vérités qui, vraies sous une face, cessent de l'être sous un autre aspect. Le plan de l'univers est d'une simplicité merveilleuse, aussi merveilleuse que son infaillible logique. La loi est partout la même, les applications seules sont diverses. Les êtres les plus élevés et les plus simples, depuis l'homme jusqu'au zoophyte, jusqu'au minéral, offrent d'intimes rapports de structure, de développement et de composition, et de frappantes analogies rattachent le monde moral au monde matériel. La vie est une, la matière est une, les manifestations seulement sont diverses, les combinaisons innombrables, les individualités infinies; et cependant le plan général les renferme toutes. La faiblesse de notre entendement, le vice radical de notre éducation, font seuls la diversité des systèmes et l'opposition des idées. Entre deux opinions qui se contredisent, il y en a une vraie et une fausse; à moins que toutes deux ne soient fausses, mais toutes deux ne peuvent être vraies. Une vérité, scientifiquement démontrée, ne peut être vraie ici et fausse ailleurs, bonne, par exemple, pour l'économie sociale et mauvaise en politique: c'est ici que je voulais aboutir.
La grande loi de l'économie politique, la loi de la libre concurrence, laissez faire, laissez passer, n'est-elle applicable qu'au règlement des intérêts industriels et commerciaux ou, plus scientifiquement, qu'à la production et à la circulation des richesses? La nuit économique qu'elle est venue illuminer, l'état permanent de trouble, l'antagonisme violent des intérêts qu'elle a pacifiés, ne règnent-ils pas au même degré dans la sphère politique, et l'analogie ne dit-elle pas que le remède serait le même dans les deux cas? Laissez faire, laissez passer.
Entendons-nous, cependant: il y a, par-ci par-là, des gouvernements aussi libres que la faiblesse humaine le comporte actuellement, et il s'en faut que tout soit pour le mieux dans ces meilleures des républiques. Les uns disent: « c'est précisément qu'il y a trop de liberté; » les autres: « c'est qu'il n'y en a pas encore assez. »
La vérité, c'est qu'il n'y a pas la liberté qu'il faudrait; la liberté fondamentale, la liberté d'être libre ou de ne l'être pas, à son choix. Chacun se constitue juge et tranche la question suivant ses goûts ou ses besoins particuliers, et comme il y a, là-dessus, autant d'opinions que d'individus, tot homines, tot sensus, vous voyez d'ici le gâchis décoré du beau nom de politique. La liberté des uns est la négation du droit des autres, et réciproquement. Le plus sage et le meilleur des gouvernements ne fonctionne jamais du plein et libre consentement de tous les gouvernés. Il y a des partis, triomphants ou vaincus, des majorités et des minorités en lutte perpétuelle, et d'autant plus passionnés pour leur idéal que la notion en est plus confuse. Les uns opprimant au nom du droit, les autres se révoltant au nom de la liberté, pour devenir oppresseurs à leur tour, le cas échéant.
J'entends!  dit un lecteur. Vous êtes un de ces utopistes qui bâtissent de toutes pièces un système dans lequel ils veulent enserrer la société, de gré ou de force. Rien n'est bien de ce qui est, et votre panacée seule sauvera l'humanité. « Prrrenez mon ours! »
Erreur! Je n'ai d'autre ours que celui de tout le monde, et je ne diffère de n'importe quels autres qu'en un point, c'est que je suis partisan à la fois de tous les ours, c'est-à-dire de toutes les formes de gouvernement.  De celles, au moins, qui ont des partisans.
Je n'entends plus.
Alors, laissez-moi continuer.
« On est généralement enclin à pousser trop loin la théorie. Faut-il en conclure que toutes les propositions, dont l'ensemble compose une théorie, doivent être toujours considérées comme fausses? On dirait qu'il y a de la perversité ou de la folie dans l'exercice de l'intelligence humaine. Déclarer qu'on n'aime pas la science spéculative, qu'on déteste les théories, n'est-ce pas renoncer à la faculté de penser?»
Ces réflexions ne sont pas de moi; elles ont pour père une des grandes intelligences de notre âge, Jérémie Bentham.
Royer-Collard a dit la même chose avec une grande puissance d'expression:
« Prétendre que la théorie n'est bonne à rien et que la pratique est le seul guide sûr, c'est avoir la prétention d'agir sans savoir ce que l'on fait et de parler sans savoir ce que l'on dit. »
S'il n'y a rien de parfait dans ce qu'invente l'homme, il tend du moins invariablement vers cette perfection impossible: c'est la loi du progrès. Il n'y a de lois immuables que celles de la nature. Ce sont les bases sur lesquelles doit fonder tout législateur, parce que seules elles ont puissance de porter l'édifice social; mais l'édifice lui-même est l'oeuvre des hommes. Chaque génération est comme un locataire nouveau qui, avant de prendre possession, change la distribution, recrépit la façade, ajoute ou retranche une aile, suivant ses besoins particuliers. De loin en loin, une génération, plus hardie ou plus imprévoyante que ses devancières, jette bas l'édifice tout entier, sauf à coucher à la belle étoile jusqu'à ce qu'il soit reconstruit. Quand on l'a refait sur un nouveau plan, après mille privations et de gigantesques efforts, on est tout penaud de ne pas le trouver beaucoup plus habitable que l'ancien. Ceux qui en on dressé les plans s'y sont, il est vrai, ménagé des logements commodes, bien clos, chauds en hiver, frais en été, mais les autres, qui ne pouvent choisir, sont relégués à l'entresol, dans les caves, au grenier. Voila autant de mécontents, de trouble-fêtes, dont les uns regrettent l'ancien édifice, tandis que les plus hardis rêvent déjà une démolition nouvelle. Pour quelques satisfaits la masse des mécontents est innombrable.
Il y a cependant des satisfaits; tenons-en bonne note. L'édifice n'est pas irréprochable, bien s'en faut, mais il a des qualités. Pourquoi le démolir demain, plus tard, n'importe quand, aussi longtemps qu'il abrite commodément assez de locataires pour payer son entretien?
Je hais, pour ma part, les démolisseurs à l'égal des tyrans. Vous êtes logé sous les combles, votre appartement est trop étroit, ou insalubre. Changez-en, je ne demande pas mieux. Choisissez ailleurs, déménagez sans bruit, mais, pour Dieu, ne faites pas sauter la maison en partant. Ce qui ne vous convient plus peut faire la joie de votre voisin. Comprenez-vous l'apologue?
A peu près; mais où voulez-vous en venir? Plus de révolutions, à la bonne heure!  Je suis d'avis qu'elles coûtent, neuf fois sur dix, plus qu'elles ne rapportent. Nous conserverons donc le vieil édifice, mais où logerez-vous ce qui déménagent?
Où ils voudront; ce n'est pas mon affaire. J'entends qu'à cet égard on conserve la plus entière liberté. C'est la base de mon système: laissez faire, laissez passer.
Je crois comprendre: ceux qui seront mécontents de leur gouvernement en iront chercher un autre. Il y a du choix, en effet, depuis l'empire de Maroc, et sans parler d'autres empires, jusqu'à la république de San Marino; depuis la cité de Londres jusqu'aux Pampas de l'Amérique. Est-ce là toute votre invention? Elle n'est pas neuve, je vous en avertis.
Il ne s'agit pas d'émigration. On n'importe pas la patrie à la semelle de ses souliers. D'ailleurs, un aussi colossal déplacement est et sera toujours impraticable. Toutes les richesses de l'humanité ne suffiraient pas à payer les frais de déménagement. Je n'entends pas davantage parquer les citoyens suivant leurs opinions; reléguer, par exemple, les catholiques dans les provinces flamandes et tracer de Mons à Liège la frontière du libéralisme. Je désire que l'on continue à vivre ensemble, là où l'on est, ailleurs si l'on veut, mais sans discordes, en bons frères, chacun professant librement ses opinions et soumis aux seuls pouvoirs qu'il aura personnellement choisis ou acceptés.
Je n'y suis plus du tout.
Vous ne m'étonnez nullement. Mon plan, mon utopie, n'est donc pas une vieillerie, comme vous le pensiez d'abord, et cependant rien au monde n'est plus simple et plus naturel; mais il est reconnu qu'en gouvernement comme en mécanique les idées simples viennent toujours les dernières.
Venons au fait: rien de durable ne se fonde que par la liberté. Rien de ce qui est fondé ne se maintient et ne fonctionne avec tout son effet utile que par le libre jeu de tous ses éléments actifs. Autrement, il y a perte de forces, usure prompte des rouages et, en définitive, rupture et accidents graves. Je demande donc pour tous et chacun des éléments de la société humaine, la liberté de s'aggréger suivant leurs affinités et de ne fonctionner qu'au pro-rata de leurs aptitudes; en d'autres termes, le droit absolu de choisir la société politique où ils veulent vivre et de ne relever que de celle-là. Ainsi vous, vous êtes républicain . . .
Moi! le ciel m'en garde!
Simple supposition. L'édifice monarchique ne vous convient pas; l'air y est trop lourd pour vos poumons et le jeu de vos organes n'y a pas l'action que votre constitution réclame. Dans l'état actuel des idées, vous tendez à renverser cet édifice, vous et vos amis, et à bâtir le vôtre à sa place. Mais pour ce faire, vous avez contre vous tous les partisans de la monarchie, qui tiennent à leur monument, et en général tous ceux qui ne partagent pas vos convictions. Faites mieux: assemblez-vous, rédigez votre programme, dressez votre budget, ouvrez des listes d'adhésion, comptez-vous, et si vous êtes en nombre suffisant pour en faire les frais, fondez votre république.
Où cela? Dans les Pampas?
Non vraiment, ici; où vous êtes, sans déplacement. Il est nécessaire jusqu'ici, j'en conviens, que les monarchistes soient consentants. Je suppose résolue, pour la facilité de ma démonstration, la question de principe. Je n'ignore nullement, du reste, la difficulté d'amener ce qui est à faire place à ce qui voudrait et devrait être. Je livre mon idée, et n'entends l'imposer à personne, mais je ne vois que la routine qui puisse la repousser. Ne sait-on pas qu'en tous lieux, gouvernants et gouvernés font assez mauvais ménage. Dans l'ordre civil, on a paré aux mauvais ménages par la séparation légale ou le divorce. C'est une institution analogue que je propose dans l'ordre politique, et sans avoir besoin de l'entourer d'autant de formes et de lenteurs tutélaires, parce qu'en politique un premier mariage ne laisse ni traces physiques ni progéniture. Mon procédé diffère des procédés injustes et tyranniques suivis jusqu'à ce jour, en ce que je n'entends pas qu'on violente personne.
Vous voulez fonder un schisme politique? Vous en êtes les maîtres, mais à une condition, c'est de faire cela entre vous, en famille, sans toucher en rien aux droits ni à la foi des autres. Pour cela, point n'est besoin de fractionner le territoire de l'État en autant de cases qu'il y a de formes de gouvernement connues et acceptées. Encore une fois, je laisse chacun et chaque chose à sa place. Je demande seulement que l'on se serre un peu et que les dissidents puissent librement bâtir leur église et adorer le dieu Pouvoir à leur manière.
Et les moyens pratiques, s'il vous plaît?
C'est là mon fort. Vous connaissez le mécanisme de l'état civil? Il ne s'agit que d'en faire une nouvelle application. Nous ouvrons, dans chaque commune, un nouveau bureau, le bureau de l'ÉTAT POLITIQUE. Ce bureau envoie, à chaque citoyen majeur, une feuille de déclaration à remplir, comme pour la contribution personnelle ou l'impôt sur les chiens.
« Question. Quelle est la forme de gouvernement que vous désirez? »
Vous répondez, en toute liberté: monarchie, ou démocratie, ou autre chose.
« Question. Si c'est monarchie, la voulez-vous absolue ou tempérée . . . et par quoi? »
Vous répondez: constitutionnelle, je suppose. Quelle que soit, d'ailleurs, votre réponse, on vous inscrit sur un registre ad hoc, et une fois inscrit, et sauf réclamation de votre part, dans les formes et les délais légaux, vous voilà sujet du roi ou citoyen de la république. Dès lors, vous n'avez plus rien à démêler avec le gouvernement des autres, non plus qu'un sujet prussien avec l'autorité belge. Vous obéissez à vos chefs, à vos lois, à vos règlements; vous êtes jugé par vos pairs, taxé par vos représentants; vous n'en payez ni plus ni moins, mais, moralement, c'est tout autre chose. Enfin, chacun est dans son état politique, absolument comme s'il n'y avait pas, à côté de lui, un autre . . , que dis-je? dix-autres gouvernements, ayant aussi chacun leurs contribuables.
Survient-il un différend entre sujets de gouvernements divers, ou entre un gouvernement et le sujet d'un autre? il ne s'agit que de se conformer aux règles dès à présent observées entre nations voisines et amies, et s'il s'y trouve quelque lacune, le droit des gens et tous les droits possibles la combleront sans peine. Le reste est l'affaire des tribunaux ordinaires.
Voilà une nouvelle mine à procès dont l'invention mettra les avocats de votre côté.
J'y compte bien.
Il peut et il doit aussi y avoir des intérêts communs, à tous les habitants d'une circonscription déterminée, quelque que soit leur état politique. Chaque gouvernement, en ce cas, serait à la nation entière (nation politique) à peu près ce que chacun des cantons suisses ou plutôt des États de l'Union américaine est au gouvernement fédéral.
Ainsi toutes ces questions neuves et, au premier abord, effrayantes, trouvent des solutions préparées, une jurisprudence établie sur la plupart des points, et ne présentent de sérieuses difficultés nulle part.
Il arrivera certainement que des esprits mal faits, des rêveurs incorrigibles, des natures insociables, ne s'accommoderont d'aucune forme connue de gouvernement. Il y aura des minorités tellement faibles qu'elles ne fourniront pas de quoi payer le budget de leur idéal politique. Tant pis pour elles et pour eux. Les uns et les autres seront libres de faire de la propagande et de se recruter jusqu'à complément du nombre, ou plutôt du budget nécessaire, car tout se résumera en une question de finances, et jusque-là ils devront opter pour l'une des formes établies. On conçoit que des minorités d'aussi peu de valeur ne causeront aucun trouble.
Ce n'est pas tout: la question est rarement posée entre les opinions extrêmes. On se bat bien plus et bien plus fort pour des nuances que pour des couleurs tranchées. En Belgique, nonobstant quelques défaillances avouées, l'immense majorité opterait, je n'en doute pas, pour les institutions en vigueur, mais dans l'application, en serait-on mieux d'accord? N'avons-nous pas deux ou trois millions de catholiques, qui ne jurent que par M. de Theux, et deux ou trois millions de libéraux qui ne jurent que par eux-mêmes? Comment les concilier? - En ne conciliant rien du tout; en laissant chaque parti se gouverner à sa guise - et à ses frais. Théocratie si l'on veut; la liberté doit aller jusqu'au droit de n'être pas libre, inclusivement.
Seulement, comme il ne faut pas que pour des nuances d'opinions on aille à l'infini multiplier les rouages gouvernementaux, on s'efforcera, dans l'intérêt général, de simplifier la machine et d'appliquer la même roue motrice à produire double ou triple effet. Je m'explique: un roi sage et franchement constitutionnel conviendrait à la fois aux catholiques et aux libéraux; il n'y aurait qu'à doubler le ministère; M. de Theux pour les uns, M. Frère-Orban pour les autres, le roi pour tous.
Qui empêcherait même, si messieurs tels et tels, que je ne nomme pas, s'accordaient pour inaugurer l'absolutisme, que le même prince appliquât ses hautes lumières et sa riche expérience à faire les affaires de ces messieurs sans qu'ils eussent dorénavant le triste embarras d'émettre leur avis sur la marche du gouvernement? Et vraiment, quand j'y pense, je ne vois pas trop pourquoi, en modifiant l'arrangement en sens opposé, ce prince unique, ne ferait pas un président fort acceptable pour une république honnête et modérée. Le cumul ne serait pas interdit.




III
La liberté  a ses inconvénients et ses périls,
mais à la longue elle finit par sauver toujours.
                            M. A. DESCHAMPS.



Un avantage incomparable de mon système, qui en a, d'ailleurs, tant d'autres, c'est de rendre faciles, naturelles et parfaitement légitimes ces variations qui, de nos jours, ont déconsidéré de fort braves gens, et qu'on a cruellement flétries sous le nom d'apostasies politiques. Cette impatience de changement, qu'on a imputée à crime à d'honnêtes citoyens et qui a fait taxer de légèreté ou d'ingratitude certaines nations anciennes et modernes, qu'est-ce après tout, sinon le désir du progrès? Et même, en bien des cas, n'est-il pas étrange qu'on accuse d'inconséquence, de versatilité, précisément ceux qui restent conséquents avec eux-mêmes. On veut la fidélité au parti, au drapeau, au prince; fort bien, si prince et parti sont immuables, mais s'ils se transforment ou font place à d'autres qui ne soient pas précisément des équivalents? Quoi! j'aurai pris pour guide, pour chef, pour maître, si vous voulez, un prince supérieur à son siècle; je me serai incliné devant sa volonté puissante et créatrice et j'aurai abdiqué mon initiative personnelle pour la mettre au service de son génie, et puis, ce prince mort, voilà que lui succède, par droit de primogéniture, quelque esprit étroit, imbu d'idées fausses, qui démolit pièce à pièce l'oeuvre de son père, et vous voulez que je lui reste fidèle? Pourquoi? Parce qu'il est l'héritier direct et légitime du premier? Direct, je le concède, mais légitime, du moins en ce qui me touche, je le nie formellement.
Je me révolterai point pour autant; j'ai vous ai dit que je détestais les révolutions, mais je me tiendrai pour lésé et en droit de changer à l'expiration du contrat.
« Sire, disait Madame de Staël à l'empereur de Russie, votre caractère est pour vos sujets une constitution et votre conscience une garantie. »
« Quand cela serait, répondit Alexandre, je ne serais jamais qu'un accident heureux. »
Ce mot, si brillant et si vrai, résume parfaitement ma pensée.
Notre panacée, si l'on veut employer ce mot, c'est donc la libre concurrence en matière de gouvernement. C'est le droit pour chacun de chercher son bien-être où il croit le voir, et de se fournir de sécurité aux conditions qui lui plaisent. C'est, d'autre part, le progrès assuré, par une lutte d'émulation entre les gouvernements, obligés de se disputer incessamment la clientèle. C'est la liberté vraie inaugurée dans le monde entier, la liberté qui ne s'impose à personne, qui est pour chacun tout juste ce que chacun veut qu'elle soit, qui n'opprime ni ne trompe et contre laquelle l'appel est toujours ouvert. Pour chercher cette liberté-là il ne faudra renoncer ni aux traditions de la patrie ni aux douceurs de la famille, il ne faudra point apprendre à penser dans une langue étrangère; point ne sera besoin de passer les fleuves et les mers, emportant avec soi les ossements de ses aïeux. Il ne s'agira plus que d'une simple déclaration devant l'état politique de sa commune, et sans avoir ôté sa robe de chambre ni ses pantoufles, on se trouvera à son gré passé de la république à la monarchie, du parlementarisme à l'autocratie, de l'oligarchie à la démocratie ou même à l'an-archie de M. Proudhon.
Êtes-vous las des agitations du forum, c'est-à-dire des logomachies de la tribune parlementaire ou des baisers un peu rudes de la déesse Liberté? Êtes-vous soûl de libéralisme et de cléricalisme, au point de confondre parfois M. Dumortier avec M. De Fré et de ne savoir plus en quoi diffèrent précisément M. Rogier et M. De Decker? Aspirez-vous au repos, aux molles langueurs d'un despotisme honnête? Sentez-vous le besoin d'un gouvernement qui pense pour vous, s'agite à votre place, ait l'oeil à tout et la main partout et qui joue à votre profit ce rôle de vice-providence qui plaît tant aux gouvernements en général? Vous n'avez que faire d'émigrer vers le Midi comme les hirondelles à l'équinoxe et les oies en novembre. Ce que vous désirez est ici, chez vous, ailleurs, partout. Faites-vous inscrire; prrrenez vos places!
Ce qu'il y a d'admirable dans cette découverte, c'est qu'elle supprime à tout jamais révolutions, émeutes, désordres de la rue et jusqu'aux moindres émotions, de la fibre politique. Vous n'êtes pas content de votre gouvernement? Prenez-en un autre. Ces quatre petits mots, gros d'horreurs et rouges de sang, que toutes les cours d'assises, hautes ou basses, martiales, prévôtales, spéciales, toutes sans exception, condamneraient par acclamation comme coupables de provocation à la révolte, ces quatre petits mots deviennent innocents et purs comme autant de séminaristes et aussi bénins que le remède dont se défiait à tort M. de Pourceaugnac. « Prenez-en un autre, » c'est-à-dire passez au bureau de l'état politique, ôtez votre chapeau au commis-chef, priez-le, en bonnes termes, de vous rayer de la liste où vous figurez et de transférer votre nom sur celle de ... il n'importe laquelle.
Le commis-chef mettra ses lunettes, ouvrira le registre, inscrira votre déclaration, vous en donnera récépissé. Vous le saluerez derechef, et la révolution sera accomplie, sans autre effusion que celle d'une goutte d'encre. Accomplie pour vous seul, j'en conviens. Votre changement n'obligera personne, et ce sera son mérite. Il n'y aura ni majorité triomphante ni minorité vaincue; mais rien non plus n'empêchera les quatre millions six cent mille autres Belges de suivre votre exemple, s'il leur agrée. Le bureau de l'état politique demandera des surnuméraires.
Quelle est au fond, tout préjugé d'éducation mis à part, la fonction d'un gouvernement quelconque? C'est, je l'ai déjà indiqué, de fournir aux citoyens la sécurité (je prends ce mot dans son acception la plus large) aux meilleurs conditions possibles. Je sais bien que, sur ce point, les idées sont encore un peu confuses. Il y a des gens à qui il ne suffit pas d'une armée pour les protéger contre les ennemis du dehors, d'une police, d'une gendarmerie, de M. le procureur du roi et de MM. les juges pour assurer l'ordre au dedans et faire respecter le droit et la propriété.
J'en sais qui veulent un gouvernement ayant les mains pleins d'emplois bien rétribués, de titres sonores et de décorations éclatantes; avec des douaniers aux frontières pour protéger leur industrie contre les consommateurs et des légions de fonctionnaires protégeant les beaux-arts, les théâtres et les actrices. Mais je sais aussi que ce sont là des vieilleries propagées par ces gouvernements-providence dont nous parlions tantôt. En attendant que la libre expérimentation en ait fait justice, je ne vois pas de mal à ce qu'il subsistent quelque part, pour la satisfaction ce ceux qui les aiment ainsi. On ne demande qu'une chose: la liberté du choix.
Car tout est là: liberté du choix, concurrence. Laissez faire, laissez passer! Cette sublime devise, inscrite sur le drapeau de la science économique, sera un jour aussi celle du monde politique. Économie politique, le nom déjà le faisait prévoir, et, chose curieuse, on a eu beau vouloir changer ce nom, par exemple en économie sociale, le bon sens public a repoussé cette concession. La science économique est et sera la science politique par excellence. N'est-ce pas elle qui a inventé ce principe moderne de non intervention et sa formule: laissez faire, laissez passer.
Donc, libre concurrence en matière de gouvernement comme en toute autre. Voyez d'ici, le premier moment de surprise passé, le tableau d'un pays ainsi livré à la concurrence gouvernementale, c'est-à-dire possédant simultanément, régulièrement enchevêtrés, autant de gouvernements qu'on en a inventés et qu'on en inventera encore.
Oui, vraiment! ce sera un beau gâchis. Et vous croyez qu'on se tirera de cet mêlée?
Certes, et rien de plus aisé à concevoir, si l'on veut s'y appliquer un peu.
Vous rappelez-vous le temps où l'on s'égorgeait pour la religion plus qu'on ne s'est jamais égorgé pour des raisons de politique? Où le divin créateur des êtres était le Dieu des armées, le Dieu vengeur et impitoyable, au nom de qui le sang coulait à flots? Les hommes ont aimé de tout temps à prendre en main la cause de Dieu et à le faire complice de leurs passions sanguinaires.
« Tuez tout! Dieu reconnaîtra les siens! »
Que sont devenues ces haines implacables? Le progrès de l'esprit humain les a balayées comme le vent d'automne fait des feuilles mortes. Les religions au nom desquelles se dressaient jadis les bûchers et les instruments de torture, vivent paisiblement côte à côte, sous les même lois, mangeant au même budget, et si chaque secte prêche toujours sa propre excellence, c'est tout au plus si elle damne encore la secte rivale.
Eh bien, ce qui est devenu possible dans ce domaine obscur et insondable de la conscience, avec l'esprit de prosélytisme des uns, l'intolérance des autres, le fanatisme et l'ignorance des masses; ce qui est possible à ce point qu'on le rencontre et le coudoie dans la moitié du monde, sans qu'il en résulte plus ni trouble ni violences; au contraire avec ce caractère bien saillant que là où les croyances sont diverses, les sectes nombreuses et sur un pied de parfaite égalité légale, elles sont aussi, tout en chacune, plus sages, plus soucieuses de leur dignité et de la pureté de leur morale que partout ailleurs; ce qui est devenu possible dans de si difficiles conditions, ne le serait-il pas davantage dans le domaine purement terrestre de la politique, où tout devrait être clair, où le but se définit par une phrase, où la science s'expose en quatre mots?
Qu'aujourd'hui, où un gouvernement n'existe qu'à la condition d'exclure tous les autres; où un parti ne domine qu'après avoir brisé les partis adverses; où une majorité qui gouverne a toujours à côté d'elle une minorité impatiente de gouverner; qu'aujourd'hui les partis se haïssent et vivent sinon en guerre, au moins en état de paix armée, quoi de plus inévitable? Et qui s'étonnerait de voir les minorités intriguer et remuer sans cesse, et les gouvernements de fait comprimer violemment toute aspiration vers une autre forme politique tout aussi exclusive, de telle sorte que la société se compose d'ambitieux aigris, attendant l'heure de la vengeance, et d'ambitieux satisfaits digérant au bord du précipice? Les principes erronés n'amènent pas de conséquences justes et la force n'engendre ni la vérité ni le droit.
Mais que toute contrainte vienne à cesser; que tout citoyen majeur soit et demeure libre, non pas une fois, au lendemain de quelque révolution sanglante, mais toujours et partout, de choisir, dans le dédale des données gouvernementales, celles qui vont à son esprit et à son caractère ou à ses besoins personnels; libre de choisir, entendons-nous bien, mais non d'imposer son choix aux autres: et tout désordre cesse, toute lutte stérile devient impossible.
Ce n'est encore là qu'une des faces de la question; en voici une autre: du moment où les procédés gouvernementaux sont soumis au régime de l'expérimentation, de la libre concurrence, il faut qu'ils progressent et se perfectionnent, c'est la loi naturelle. Plus de nuages, plus de profondeurs qui ne recèlent que le vide, plus de roueries qualifiées de finesses diplomatiques, plus de ces lâchetés ni de ces infamies badigeonnées de raison d'État; plus d'ambitions de cour ou de camps mal dissimulées sous le faux titres d'honneur ou d'intérêt national. En deux mots, plus de tromperie sur la nature et la qualité de la denrée gouvernementale. Désormais le jour est partout, les gouvernés comparent et se rendent compte, et les gouvernants comprennent enfin cette vérité économique et politique, qu'il n'y a qu'une condition de succès solide et durable en ce monde: c'est de faire mieux et à meilleur marché que les autres. A dater de ce moment l'accord universel s'établit, et les forces perdues jusque-là en labeurs stériles, en frottements et en résistances, s'unissent pour imprimer au progrès et au bonheur de l'humanité une impulsion imprévue, prodigieuse, vertigineuse.
Amen! Permettez cependant une petite objection: Quand toutes les variétés possibles de gouvernement auront été éprouvées partout, au grand jour de la publicité et de la concurrence, qu'en résultera-t-il? Il y en aura évidemment une qui sera reconnue la plus parfaite, et dont, alors, tout le monde voudra, ce qui nous ramènera à n'avoir pour tous qu'un seul gouvernement, c'est-à-dire juste au point de départ.
Pas si vite, je vous prie, ami lecteur. Quoi! de votre propre aveu, tous seraient d'accord et vous appelez cela revenir au point de départ? Votre objection me donne gain de cause sur la proposition principale, puisqu'elle suppose l'accord universel établi par le simple fonctionnement du laissez faire, laissez passer. Je pourrais me borner à prendre acte et vous tenir pour rallié, converti à mon système, mais je ne veux pas de demi-convictions et je ne cherche pas à faire des prosélytes.
Non, on n'en reviendra pas à n'avoir qu'une seule forme de gouvernement, si ce n'est peut-être dans un avenir lointain, quand la fonction gouvernementale sera réduite, du consentement général, à sa plus simple expression. Nous n'en sommes point là, ni près d'y arriver. En attendant, les hommes ne sont ni tous semblables d'esprit et de moeurs, ni aussi faciles à concilier que vous le supposez, et le régime de la concurrence est le seul possible. L'un a besoin d'agitation, de luttes; le repos lui serait mortel; l'autre, rêveur et philosophe, ne voit que du coin de l'oeil les bouillonnements de la société, et ses pensées ne se produisent que dans le calme le plus profond. Celui-ci, pauvre, savant, artiste inconnu, a besoin d'encouragements et de soutien pour enfanter son oeuvre immortelle; il lui manque un laboratoire pour ses expériences, un palais à construire, un marbre à faire dieu. Celui-là, génie puissant et prime-sautier, ne supporte aucune entrave et brise le bras qui veut le guider. A l'un, il faudra la république, ses dévouements et son abnégation; à l'autre, la monarchie absolue, ses pompes, ses splendeurs. Tel discoureur voudra un parlement, tel autre incapable d'assembler dix mots, demandera qu'on proscrive les bavards. Il y a des esprits forts et des têtes faibles, des ambitieux insatiables et des gens simples, content du petit lot qui leur est échu; il y a, enfin, autant de caractères que d'individus, autant de besoins que de natures différentes. Comment contenter à la fois tout ce monde avec une seule forme de gouvernement? Évidemment, on s'en accommodera à des degrés fort inégaux; il y aura des satisfaits, des indifférents, des frondeurs, des mécontents, voire même des conspirateurs.
En tout cas, comptez sur la nature humaine pour réduire le nombre des satisfaits au-dessous de celui des mécontents. Si parfait qu'on suppose ce gouvernement unique, et fût-il la perfection absolue, il y aurait toujours une opposition: celle des natures imparfaites, à qui toute perfection est inintelligible ou antipathique. Dans mon système, les plus vifs mécontentements ne seront que querelles de ménage, avec le divorce pour remède extrême.
Mais sous ce régime de concurrence, quel gouvernement voudra se laisser distancer par les autres dans la carrière du progrès? Quels perfectionnements, heureusement appliqués chez le voisin, refusera-t-on d'introduire chez soi? Cette émulation, constamment entretenue, enfantera des prodiges. Mais aussi, les gouvernés seront tous des modèles. Libres d'aller et de venir, de parler ou de se taire, d'agir ou de laisser faire, ils n'auront, s'ils ne sont pas pleinement satisfaits, à s'en prendre qu'à eux-mêmes. Dès lors, au lieu de faire de l'opposition afin d'être remarqué, on mettra son amour-propre à se persuader et à persuader aux autres que l'autorité dont on relève est la plus parfaite qui se puisse rêver. Ainsi s'établira entre gouvernants et gouvernés une douce intimité, une confiance réciproque et une facilité de relations aisée à concevoir.
Quoi? vous rêvez sérieusement et tout éveillé cet accord complet des partis et des sectes politiques? Vous comptez les faire vivre côte à côte sur le même terrain, sans qu'ils se heurtent, sans que les plus fort tentent d'absorber ou de soumettre les plus faibles? Vous imaginez que de cette grande Babel sortira la langue universelle?
Je crois à la langue universelle, comme je crois à la souveraine puissance de la liberté pour pacifier le monde; je n'entends prévoir ni le jour ni l'heure de l'accord. Mon idée est une semence que je jette au vent; tombera-t-elle sur un sol fertile ou sur les pierres du chemin? Ce n'est plus mon affaire. Je ne propose rien. Tout, d'ailleurs, est affaire de temps. Qui eût cru, il y a un siècle, à la liberté de conscience? Et qui, de nos jours, oserait la remettre en question? Y a-t-il bien longtemps qu'on souriait encore à cette idée bizarre que la presse était une puissance, un pouvoir dans l'État? Et maintenant les vrais hommes d'État s'inclinent devant elle. Et cette puissance nouvelle, l'opinion publique, que chacun de nous a vue naître et qui, encore embarrassée de ses langes, impose ses arrêts aux empires et pèse souverainement dans les conseils mêmes des despotes, l'aviez-vous prévue, et n'auriez-vous pas ri au nez de celui qui eût osé en prédire l'avènement?
Du moment que vous ne proposez rien, nous pouvons causer. Dites-moi, par exemple, comment dans cette enchevêtrement d'autorités, chacun reconnaîtra les siens. Et si l'on peut, à toute heure, s'enrôler sous ce gouvernement-ci, se dégager de celui-là, sur qui et sur quoi comptera-t-on pour régler les budgets et solder les listes civiles?
D'abord, je n'admets pas qu'on soit libre de changer à toute heure et de faire banqueroute à son gouvernement. On peut assigner à ces sortes d'engagements un minimum de durée; un an, je suppose. Des exemples pris en France et ailleurs m'autorisent à penser qu'il est possible de supporter, durant toute une année, le gouvernement qu'on s'est donné. Les budgets, régulièrement votés et répartis, obligeraient chacun jusqu'à due concurrence, et, en cas de contestation, les tribunaux ordinaires prononceraient. Quant à retrouver chacun ses sujets, ses administrés ou ses contribuables, est-ce plus difficile que pour chaque église de recenser ses fidèles et pour chaque association de compter ses actionnaires?
Mais vous aurez dix gouvernements, vingt peut-être au lieu d'un, donc autant de budgets, de listes civiles, de frais généraux autant de fois répétés qu'il y aura de différents états-majors.
Je ne nie point la force de l'objection. Remarquez seulement qu'en vertu de la loi de la concurrence, chacun de ces gouvernements tendra, de toute nécessité, à devenir aussi simple et aussi économique que possible. Les états-majors qui nous coûtent, Dieu sait! les yeux de la tête, se réduiraient au plus strict nécessaire, et les sinécures supprimées rendraient leurs titulaires au travail productif. Cependant la question ne serait, par là, qu'à demi résolue et je n'aime pas les solutions par à peu près. Trop de gouvernements seraient un mal, une cause de dépenses exagérées, sinon de confusion. Eh bien, dès que ce mal sera senti, le remède ne se fera pas attendre. Le bon sens public fera justice des exagérations, et il ne subsistera bientôt de gouvernements que ceux qui seront réellement viables: les autres périront d'inanition. Vous voyez que la liberté a réponse à tout.
Peut-être. Et les dynasties régnantes, et les majorités triomphantes, et les corps constitués, et les doctrines en crédit, pensez-vous que jamais ils abdiquent pour se ranger bénévolement sous la bannière du laissez faire, laissez passer? Vous avez beau dire que vous ne proposez rien, on n'esquive pas ainsi la discussion.
Dites-moi d'abord si vous croyez fermement qu'ils soient assez sûrs de leur positions pour avoir toujours intérêt à refuser une large concession? Or, moi seul, je ne destitue personne. Tous les gouvernements existent en vertu d'une force qu'ils puisent quelque part en dehors d'eux, et dont ils usent plus ou moins habilement pour se perpétuer. Dès lors, ils ont leur place assurée dans mon organisation. Qu'ils doivent perdre d'abord bon nombre de leurs adhérents plus ou moins volontaires, je n'ai garde de le nier; mais sans parler des chances de l'avenir, quelles enviables compensations du côté de la sécurité des pouvoirs et de leur stabilité! Moins de sujets, moins de contribuables, c'est le mot propre, mais en revanche, soumission absolue et cependant volontaire pendant la durée du contrat. Plus de contrainte, peu de gendarmes, guère de police; des soldats, tout juste assez pour la parade, mais les plus beaux possibles. Les dépenses décroissant plus vite que ne sauraient décroître les revenus. Plus d'emprunts, plus de gêne financière; on aura, ce qui ne s'était encore vu que dans le Nouveau Monde, des économies au moyen desquelles on pourra faire des heureux. On sera béni, encensé, et je ne parle pas de ces vapeurs stupéfiantes qu'on souffle au nez des pouvoir chancelants, mais de vrai parfums d'Arabie, faits pour des nez d'élite. Quelle dynastie n'aimerait à s'éterniser ainsi? Quelle majorité ne consentirait à laisser la minorité émigrer en masse?
Voyez enfin comme un système qui a pour base le grand principe économique de laissez faire est fort contre toutes les difficultés. La vérité n'est pas vrai à demi; elle est la vérité, ni plus ni moins. Aujourd'hui, nous avons des dynasties régnantes et des dynasties déchues; des princes qui portent la couronne et d'autres qui ne seraient point fâchés de la porter; et chacun a son parti; et chaque parti a pour mission principale de mettre des bâtons dans la roue du char de l'État, jusqu'au jour où, le char ayant versé, ils peuvent à leur tour monter dessus et risquer la culbute. Jeu charmant de bascule, dont les peuples payent les frais et ne se lassent guère, comme disait Paul-Louis Courier. Avec notre procédé, plus de ceux coûteux équilibres ni de chutes à grand fracas; plus de conspirations ni d'usurpations; tout le monde est légitime, et personne. On est légitime sans conteste, tant que l'on dure, et pour les siens seulement. Hors de là, nul droit divin ni terrestre, si ce n'est le droit de se modifier, de perfectionner ses plans et de faire un nouvel appel aux actionnaires.
Point d'exils, ni de proscriptions, ni de confiscations, ni de persécutions d'aucune sorte. Le gouvernement qui tombe liquide avec ses bailleurs de fonds; s'il a été honnête, si sa comptabilité est en règle, si les statuts, constitutionnels ou autres, ont été fidèlement observés, il peut quitter son palais le front levé et aller à la campagne rédiger ses mémoires justificatifs. Viennent d'autres circonstances: les idées se modifient, une lacune se fait sentir dans l'État collectif, une spécialité manque, des actionnaires inactifs ou mécontents cherchent un placement... Vite on lance son prospectus, on recueille des adhésions, et quand on se croit assez fort, au lieu de descendre dans la rue, comme on dit en style d'émeute, on monte au bureau de l'état politique, on fait sa déclaration, que l'on appuie du dépôt d'un exemplaire de ses statuts fondamentaux et d'un registre où les adhérents vont se faire inscrire, et voilà un gouvernement de plus. Le reste est affaire d'intérieur, de ménage, et les associés seuls ont à s'en enquérir.
Je propose un droit minime d'enregistrement et de mutation que les employés de l'état politique percevront eux-mêmes et à leur profit. Quelques cents francs pour fonder un gouvernement, quelques centimes pour passer individuellement de l'un à l'autre. Les employés n'auront pas d'autre traitement, mais j'imagine qu'ils ne seront pas trop mal rentés et que ces sortes de places seront très courues.
N'êtes-vous pas émerveillé de cette simplicité de rouages, de ce mécanisme puissant qu'un enfant pourrait conduire, et qui répond cependant à tous les besoins? Cherchez, tâtez, scrutez, analysez! Je vous défie de le trouver en défaut sur aucun point.
Aussi suis-je convaincu que personne n'en voudra: l'homme est ainsi fait. C'est même cette conviction qui m'engage à publier mon idée. En effet, si je ne fait point de prosélytes, ceci n'est qu'un jeu d'esprit, et nul pouvoir constitué, nulle majorité, nulle corporation, personne enfin qui dispose de quoi que ce soit n'a le droit de m'en vouloir.
Et si, par hasard, vous m'aviez converti?
Chu.....t. Vous allez me compromettre!

Paul Emile de Puydt
DE PUYDT (Paul-Emile), botaniste, littérateur, économiste, né a Mons en 1810 et y décédé en 1891. Il fut président de la Société des Sciences, des Arts et des Lettres du Hainaut. Ses ouvrages sur l'horticulture sont justement estimés.
Oeuvres: Traité théorique et pratique de la culture des plantes de serre froide, Bruxelles, 1860. - Les poires de Mons, Mons, 1860; Gand 1877 - Les plantes de serre, Mons, 1866; 2 vol. - Les Orchidées, Histoire iconographique, organographie, classification, géographie, collections, commerce, emploi, culture, Paris, 1880.
S'occupant aussi de sciences sociales, De Puydt a abordé des questions d'actualité: La charité et les institutions de bienfaisance (1867) - Marche et progrès de la civilisation dans les temps modernes (1870) - La Grève (1876); etc.
Comme littérateur il a publié dans les journaux et revues, et en volumes, des nouvelles et des romans dont plusieurs eurent un grand succès. Citons: Chevreuse, roman (1859) - Maudit métier (1883) et Cent mille francs de dot (1890) qui eurent plusieurs éditions. Il publia aussi nombre de notices nécrologiques, discours, rapports, etc.
Collaboration: L'Etoile Belge (1854) - Revue trimestrielle - La Belgique horticole - Iconographie montoise - Flore des serres et jardins de l'Europe - L'Horticulteur belge - Patria Belgica - etc.
(Source: De Seyn, Dictionnaire des écrivains belges, Editions Excelsior, Bruges, 1930)





F) La "Panarchie"

Alain Genestine introduit le concept de la Panarchie à ceux qui n'ont encore entendu parler de ce méthode de tolérance et de choix libre et volontaire, par tous et partout, en ce qui concerne l'organisation sociale.
 
Une idée simple pour résoudre des problèmes qui apparaissent très complexes (la vie en commun) mais qui redeviennent simples une fois que nous appliquons les recettes de la liberté et des choix volontaires.
Note de: Gian Piero de Bellis

 Imaginez une vision qui englobe des systèmes politiques traités formellement, dans lequel chacun d’entre nous serait libre de choix politique, c’est-à-dire, celui d’opter pour son principe d’organisation sociale. La politique décidée par chacun de nous. L’individu redeviendrait un individu responsable, ce qu’il devrait être par nature.


Ce métasystème pourrait être apparenté à une forme néo-politique de « coaching », où chacun s’affilie en toute liberté au sein d’une gouvernance de son libre-choix, voire de sa propre conception s’il y a lieu, et où les différentes règles du droit international s’appliqueraient aux rapports entre les individus desquels ils dépendraient.

Cette vision, ou théorie, existe, elle est appelée : « la Panarchie ». Voici quelques références sur l’historique du terme et son évolution : [1] [2] [3] [4] [5] [6].
« La Panarchie est une méthodologie sociale basée sur le principe du volontarisme et la pratique de la tolérance. » (Gian Piero de Bellis)
La panarchie ?
 
L’avenir de l’humanité sans aucun doute : vous n’êtes pas satisfait de votre gouvernement choisi ? Un meilleur existe ? Vous en changez, c’est très simple. Tout comme le libéralisme, la panarchie n’est pas une idéologie comme peuvent l’être le communisme ou le socialisme. Il est aisé de le comprendre tant cette théorie implique d’accepter toutes les formes d’idéologies existantes dans la mesure, comme cité plus haut, où celles-ci sont librement choisies, consenties par ceux qui y adhèrent.

La panarchie et non le « panarchisme ». 
En effet, la panarchie n’est en rien une conception politique. Retirons de notre esprit les corollaires pour favoriser l’extra-territorialisme, le multi-gouvernementalisme, voire des lois personnelles. Nous changeons radicalement d’ère, cette vision sera en sorte la fin du politique et l’émergence pratique : universaliste (cohérente, acceptable partout et pour tous en toute situation) ; personnaliste (l’ère des individus et non des masses, alliés en respect) ; volontariste, outre la famille, il n’est pas exclu d’appartenir à un groupe, une communauté, dans le respect et la liberté de choix.

Tout dogmatisme et vision approximative de cette théorie serait sujette à un écueil. Il est inconcevable d’écrire sur la panarchie sans mentionner l’anarchie, car les deux théories ont en commun le libre-choix. Précision, parlant d’anarchie, il est opportun d’en connaître les deux axes de la contestation de la domination.

Il s’agit en premier lieu d’entendre le strict anarchisme politique qui dissocie société et gouvernement, et non le second représentant le socialisme utopique qui conçoit la possibilité d’une vie humaine hors de la cité, de sources stoïciennes cyniques pour faire de l’État de nature un État pleinement social. Le premier axe prône l’individu, la responsabilité, et surtout la propriété.

En pratique, l’anarchisme comme doctrine débute toujours par se concevoir comme critique d’une société présente dans laquelle s’exerce une domination : il a devant lui ce dont il prône l’abolition. Un impératif pratique interpelle alors en permanence l’élaboration même de la théorie critique. De ce fait il n’est pas aisé d’évoquer de véritables expériences anarchistes, car il est toujours probable assurément de distinguer des éléments de domination qui les invalideront aux yeux d’une critique plus radicale. Les concrétisations politiques de l’anarchisme sont ainsi autant d’occasions de vérifier sa diversité.
 
Comme le fond de la doctrine anarchiste consiste à dissocier la société de la hiérarchie, en général, l’anarchie implique logiquement la notion de libre-choix. Et en effet, la panarchie insiste fortement sur cet aspect, ce qui engendre la possibilité de cohabitation, c’est-à-dire la liberté de communautés librement constituées, et ainsi de vivre comme elles l’entendent, du moment où elles n’imposent à quiconque leurs choix.

Les libéraux recherchent par tous moyens à endiguer cette omniprésence et cette continuelle expansion de l’État, surtout en ces périodes de crise. Le principe de la panarchie pourrait assurément contribuer, étape par étape, à composer avec les différents desseins des États. Un exemple, la coexistentialité, où le monde sera uni autour d’un même pouvoir territorial, non plus divisé en plusieurs pays, mais seulement en une douzaine de sociétés en concurrence. Une vision qui donnerait aux individus l’assurance d’être protégés de tous les maux actuels (corruption, incompétences, démagogies de gouvernements qui se succèdent à eux-mêmes).

Des essais plus détaillés pourraient être fournis, afin de mesurer que la panarchie est la solution aux frictions nationalistes… Cependant comment ce méta-système pourrait-il apparaître au sein de nos sociétés, alors que nous sommes contraints aux États-providences, au keynésianisme ambiant ?
  • Premièrement il suffit déjà d’en connaître le concept, et ainsi le diffuser. L’avenir décidera pour lui, quand enfin assez de personnes voudront bien l’envisager, le comprendre. Ce qui est important, actuellement, c’est d’exprimer cette idée en syntonie avec les sentiments et les besoins de notre temps pour se préparer à sa réalisation. Dans l’état actuel de nos sociétés sclérosées, ce principe est futuriste.
  • Secondement, nous venons de franchir un nouveau siècle que j’appellerais le millénaire du savoir et de la connaissance, celui d’un développement fantastique dont la culture, l’esprit du « laissez faire, laissez passer » devrait nous conduire à terme à la panarchie.
Imaginez, aucune interdiction matérielle, l’homogénéité et l’hétérogénéité selon les désirs de chacun, le cosmo-politeia, la variété en tout genre, ce que je nomme le précepte de Diversité
 
Imaginez, aucune interdiction personnelle, pas de source conflictuelle d’aucune sorte, ni ainsi endurer quelque pouvoir externe, forcément corrompu, le précepte intitulé de la Cohérence.

Imaginez, aucune interdiction politique, où chacun est libre de son expérience d’organisation sociale et riche de projets en tout genre, de l’originalité par les êtres dans tous les domaines de la vie, ce précepte que je dis Individualité
 
Rien n’est utopie quand la libre tolérance est nommée Liberté. Voici quelques exemples [7] de certains auteurs tant économistes, philosophes, sur cette théorie : « La Panarchie ».
 
Et voici mon seing : « Faisons ensemble la Liberté, la Liberté fera le reste. »
 
Alain GENESTINE
 

 

Références
[1] France Patric (Franciscus Patricius)
http://plato.stanford.edu/entries/patrizi/#1
http://www.istrianet.org/istria/illustri/patrizi/schiffler.htm
[2] Paul Emile de Puydt, Panarchie
http://www.panarchy.org/depuydt/1860.fr.html
[3] Gustave de Molinari, De la production de la sécurité
http://www.panarchy.org/molinari/securite.html
[4] Gustave de Molinari, Les Soirées de la Rue Saint-Lazare (Onzième Soirée)
http://www.panarchy.org/molinari/11.html
[5] Max Nettlau, Panarchie. Une idée oubliée de 1860
http://www.panarchy.org/nettlau/1909.fr.html
[6] Gustave de Molinari, Les Soirées de la Rue Saint-Lazare (Septième Soirée)
http://www.panarchy.org/molinari/7.html
[7] Panarchie - Panarchy - Panarchia - Panarquia
http://www.panarchy.org/indexes/panarchy.html








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