août 05, 2026

Hayek, Polanyi, Tocqueville et la défaillance de l'État ! Socialo-keynésianisme vs les marchés !

Sommaire:

A) - Hayek, Polanyi, Tocqueville et l’action publique

B) - Karl Polanyi

C) - Défaillance de l'État

D) - Friedrich Hayek

E) Divers liens sur Tocqueville 

 


A) - Hayek, Polanyi, Tocqueville et l’action publique

Alors que le libéralisme se réinventait avec son avatar néolibéral, le socialisme s’inquiétait de voir l’économie s’exonérer du cadre des institutions jusqu’à faire de la société une auxiliaire du marché. Nous sommes en 1944, Friedrich Hayek publie « La route de la servitude », Karl Polanyi publie « La grande transformation ». Les deux se répondent. Au risque de désencastrement de l’économie dénoncé par Polanyi, Hayek oppose celui de la servitude qui résulte de l’interventionnisme de l’État.

Ce que craignait Polanyi ne s’est pas avéré. Ce que redoutait Hayek s’est construit pas à pas.

 

Le désencastrement de l’économie, s’il s’est réalisé ailleurs, s’est heurté à notre préférence pour l’État, pour l’administration et le champ de l’intervention publique que nous voulons toujours plus étendu. La servitude qu’entrevoyait Hayek, celle d’un socialisme de bureaux, a eu libre jeu dans une société inconditionnelle de l’intervention publique sans limite.

La servitude ne se mesure pas au niveau des prélèvements obligatoires, ni de la dépense publique, l’un et l’autre rapportés au PIB. Elle ne se mesure pas davantage au niveau de l’emploi public rapporté à celui de l’emploi marchand. Elle ne se mesure pas non plus à l’effet de la redistribution monétaire sur la réduction des écarts de revenus. Ce sont là des conséquences et non pas des causes.

1789 a mis l’individu, devenu citoyen, face à l’État. L’État, déjà, se faisait fort de « pouvoir tout » : il a, depuis, évolué jusqu’à se faire fort de « pourvoir à tout ». Un État fort avait besoin d’une administration forte. Pour les « libéraux » de 1789, les corporations héritées de l’ordre féodal étaient le dernier écran féodal entre l’individu et l’État qui devait être le seul organisateur et le seul régulateur de l’ordre social. Le dialogue social, avant même qu’il ne s’invente, était encastré dans l’appareil d’État. Le jacobinisme remettait en branle le mouvement de socialisation-étatisation et s’inscrivait dans la droite ligne du… colbertisme.

L’aboutissement caricatural de ce lent mouvement aura été ce cri de victoire « l’État a tenu ! » lorsque nous sortions du confinement sanitaire. L’État percepteur-subventionneur ne pouvait que tenir en pourvoyant à tout, jusqu’à la quasi-nationalisation des salaires par le moyen de l’activité réduite, la quasi-nationalisation de l’appareil productif avec les PGE. Il ne pouvait que tenir avec le secours (!) de la dette. Le tour d’illusion a été de faire de l’intervention de l’État une heureuse et courageuse solution quand elle n’était qu’obligée par le fait de son interventionnisme historique, par le moyen d’aides et subventions, dans tout l’appareil productif.

L’Administration économique et sociale avait fait démonstration de son savoir-faire colbertiste, rebaptisé keynésianisme-social ou protection économique. Elle s’affirmait fière héritière de l’ordre interventionniste jusqu’à, souvenons-nous, s’appliquer à définir la liste des « produits essentiels » dont la vente en grandes surfaces était autorisée.

Ce qu’il faut voir, derrière le niveau des prélèvements obligatoires, derrière celui de la dépense publique, derrière celui de l’emploi public et derrière celui de la redistribution monétaire, c’est notre amour jusqu’à l’irraison de l’action publique.

Les régimes qui se sont succédé, les exécutifs qui se succèdent continuent d’œuvrer à façonner les institutions pour répondre à notre demande du tout-État et pour la susciter si elle faiblit. Nous avons ainsi, par tradition, un ministère de la Fonction publique (opportunément joint actuellement à celui des comptes publics). Nous avons, caché dans l’organigramme de Bercy, un (sous-)ministère de l’industrie. Depuis peu, nous avons un ministère du pouvoir d’achat attaché, de façon pour le moins baroque, à celui des PME. Nous avons un État-percepteur qui prélève à la source et un État-redistributeur qui déploie la solidarité à la source.

Si Hayek et Polanyi avaient lu Tocqueville, leur débat était clos par l’observateur de la démocratie qui avait vu que l’État « ne brise pas les volontés, mais il les amollit, les plie et les dirige ; il ne tyrannise point, il gêne, il comprime, il énerve, il éteint, il hébète ». Il n’était pas nécessaire que Polanyi et Hayek nous alertent et s’inquiètent : l’avenir du modèle économique et social à la française était inscrit dans une longue histoire et entendait bien le rester ! Polanyi n’avait pas perçu que le keynésianisme venait comme un bouclier anti-désencastrement de l’économie. Hayek, en forçant le trait du néolibéralisme, a agité un épouvantail qui a chassé les moineaux du champ du libéralisme vers celui du « planisme de sécurité » que l’on finit « par désirer même au prix de la liberté ».

Face aux crises sociales et environnementales ressurgit une question fondamentale : faut-il laisser la plus grande liberté au marché ou protéger certains domaines des lois de l’offre et de la demande ? Ce débat opposait déjà de Karl Polanyi et Friedrich Hayek il y a 80 ans. Un débat par livre interposé car les 2 hommes ne se connaissaient pas. [...]
 

Notre vieille tradition de colbertisme-keynésianisme, entretenue autant par les politiques de tous bords que, hardiment, par l’administration, est, pour reprendre une formule, « une façon polie de faire du socialisme ». S’il y a eu une grande transformation, c’est bien celle que redoutait Tocqueville, celle qui fait accepter que l’État, s’il « ne brise pas les volontés, il les amollit, les plie et les dirige ».

L’action publique économique, qui alterne politique de l’offre et de la demande, qui compense un acte de libéralisation par de nouvelles interventions, n’est qu’un leurre ; elle détourne l’attention de l’action publique « sociale » qui n’en finit pas de socialiser toujours davantage le citoyen. Le contrat social est devenu léonin.

Michel Monier

Michel Monier, diplômé de Sciences politiques (IEP-Toulouse), de l'Ecole du commissariat de l'air et de l'IAE Paris-Sorbonne, a côtoyé les cabinets ministériels, les administrations centrales et réalisé des missions d'expertise à l'international.

Expert de la protection sociale et observateur de la vie publique il consacre aujourd'hui une partie de son temps à des missions de conseil, bénévole, pour des organisations sans but lucratif.

https://nouvellerevuepolitique.fr/michel-monier-hayek-polanyi-tocqueville-et-laction-publique/ 

 


 

B) - Karl Polanyi

Karl Polanyi (1886-1964) est né à Vienne. Il était le frère aîné de Michael Polanyi. Nés dans une famille unie et prospère, les deux frères s'orientent dans leur jeunesse vers des idéaux socialistes. Mais alors que Michael Polanyi va vite s'en écarter pour inspirer les idées libérales et certains auteurs de l'école autrichienne prestigieux comme Friedrich Hayek, Karl Polanyi continuera toujours dans sa poursuite de vouloir contrer les idées de l'économie de marché.

Après avoir étudié le droit et la philosophie, Karl Polanyi est avocat en 1912. Il fut ensuite officier de cavalerie dans l'armée austro-hongroise pendant la Grande Guerre et finit invalide suite à un combat sur le Front russe. Après la guerre, il a soutenu le premier gouvernement républicain en Hongrie. Lorsque ce dernier fut renversé par la révolution communiste, il a fui vers Vienne. Là, il a publié Der Oesterreichische Volkswirt, un journal socialiste, qui a existé de 1924 à 1933. Il a ensuite déménagé en Angleterre, puis en Amérique, où il a enseigné et publié ses œuvres les plus importantes, dont la plupart à titre posthume. 

La critique de l'économie de marché

Karl Polanyi considérait que le capitalisme était la cause fondamentale de la Première Guerre mondiale, du fascisme et de la grande dépression des années 1930. Les maux du capitalisme remontent à la révolution industrielle, qui fut pour lui une révolution extrême et radicale qui a enflammé les esprits des sectaires. La révolution industrielle portait en elle une nouvelle croyance totalement matérialiste qui donnait à croire que tous les problèmes humains pouvaient être résolus grâce à une quantité illimitée de biens matériels.

Il avance deux arguments principaux contre l'économie de marché. Tout d'abord, la Grande Dépression des années 1930 est une panne de marché systémique et universelle à partir de laquelle les économies de marché du monde entier ne pourraient jamais plus se relever. Ensuite, Karl Polanyi affirme que l'économie de marché n'est qu'une étape récente dans l'histoire de l'humanité, et qu'elle n'est que transitoire dans le développement humain.

Karl Polanyi soutient que le concept de l'économie de marché est né simultanément avec les physiocrates français et l'émergence de l'institution du marché comme mécanisme de la détermination des prix par l'équilibre des forces de l'offre et de la demande. Il niait qu'aucune société n'ait existé, avant le XIXe siècle, qui ne soit soumise au principe du marché. De toute l'histoire de l'humanité, le profit et les bénéfices réalisés par la vertu de l'échange n'ont jamais joué un rôle important dans l'économie humaine.

Il développa sa théorie du double mouvement. Pour Karl Polanyi, la pauvreté n'est pas un échec personnel, elle est un produit social, elle est précisément un produit de la révolution industrielle. La grande souffrance des pauvres n'est pas le résultat d'une loi naturelle, mais le résultat du fonctionnement du capitalisme, un produit social qui doit être changé. Le premier mouvement est donc constitué par la perturbation de la société causée par les marchés capitalistes. Cela a été suivi par un second mouvement de demande de protection des pauvres par l'État.

Il préférait l'utilisation du terme personne à celui d'individu. Car la personne conserve des relations saines malgré « l'influence manipulatrice d'une société de marché », tandis que les individus sont des unités personnelles isolées dont l'humanité a été éliminée pour favoriser l'efficacité du marché. Karl Polanyi acceptait l'idée que chaque personne est un acteur économique qui affecte la vie d'innombrables autres personnes. Mais dans une économie de marché, cet effet est aveugle et impersonnel car la marchandisation de l'économie réduit les personnes à de simples individus qui font partie d'un calcul économique de la rentabilité.

Les limites du libéralisme économique face aux infrastructures sociales

Le travail de Karl Polanyi remet en question les fondements du libéralisme économique en soulignant les limites inhérentes à une approche débridée du marché. Il critique l'idée selon laquelle les marchés peuvent fonctionner de manière optimale sans intervention des institutions et met en évidence les conséquences sociales et humaines du libéralisme économique non régulé.

A. Exposition des critiques libérales envers l'intervention des institutions dans l'économie

Les défenseurs du libéralisme économique soutiennent que les institutions doivent minimiser leur intervention dans l'économie et permettre aux marchés de s'autoréguler. Selon eux, l'intervention excessive des institutions entrave l'efficacité des marchés, freine l'innovation et limite la liberté individuelle. Ils préconisent une approche de laissez-faire où les forces du marché sont censées guider les décisions économiques.

B. Argumentation contre l'idée de la main invisible et de la régulation automatique des marchés

Polanyi remet en question la thérie de la main invisible avancée par les libéraux, selon laquelle les marchés s'autorégulent naturellement pour atteindre l'efficacité économique optimale. Cette vision néglige les inégalités, les externalités négatives et les déséquilibres sociaux qui peuvent découler de l'absence de régulation. Polanyi affirme que les marchés ont besoin d'infrastructures sociales pour garantir la protection des individus et l'équité sociale.

C. Discussion sur les conséquences sociales et humaines du libéralisme économique débridé

L'approche débridée du libéralisme économique peut entraîner des conséquences sociales et humaines néfastes. En l'absence de régulations sociales, les travailleurs peuvent être exploités, les inégalités peuvent augmenter et l'accès aux biens essentiels peut être restreint. Les infrastructures sociales, telles que les lois du travail, les systèmes de protection sociale et les régulations environnementales, sont nécessaires pour atténuer ces effets et promouvoir le bien-être collectif.

En somme, pour Karl Polanyi, le libéralisme économique met en lumière les limites de l'autorégulation des marchés. Les infrastructures sociales sont importantes pour atténuer les conséquences sociales et humaines négatives. Ces débats remettent en question l'idée d'un libéralisme économique sans entrave et privilégient la nécessité de régulations pour garantir un équilibre entre les intérêts économiques et sociaux.

L'illusion économique (economics fallacy)

Karl Polanyi (1968 : « The Economy as Instituted Process ») a conçu le terme d'illusion économique (economics fallacy) pour se référer à la pratique des chercheurs qui analysent tous les systèmes économiques avec un regard théorique qui suppose que l'économie englobe tous les horizons de l'activité sociale (pas uniquement l'échange de marché) et que le comportement d'une personne est automatiquement calculateur et rationnel. Par exemple, la théorie néoclassique constitue le cas paradigmatique de l'illusion économique compte tenu du point de vue méthodologique et ontologique qu'elle englobe en analysant à la fois les activités commerciales et les activités économiques non marchandes et de son axiome de l'individu au comportement calculateur et rationnel. Et il n'y a pas un chercheur de la lignée de Karl Polanyi qui ne fustige la prémisse de Gary Becker selon laquelle l'approche économique s'applique à tous les comportements humains.

Citations

  • Mêlant l’histoire et l’anthropologie, la démarche de Polanyi était très novatrice pour son temps. Sa pensée converge avec celle de Marcel Mauss, l’anthropologue et grand théoricien du don et du contre-don : la réalité de l’économie est plurielle, masquée par l’analyse utilitariste qui réduit le champ de la pensée économique et entraîne une rupture totale entre l’économique et le vivant. Devenu un classique de l’économie, La Grande Transformation met parfaitement en perspective cette réalité. (Pascal Vandenberghe, Antipresse N°95)

Informations complémentaires

Publications

  • 1936,
    • a. avec John Lewis, Donald K. Kitchin, dir., "Christianity and the Social Revolution", New York: Charles Scribner’s Sons
    • b. "The Essence of Fascism", In: John Lewis, Karl Polanyi, Donald K. Kitchin, dir., "Christianity and the Social Revolution", New York: Charles Scribner’s Sons
  • 1944, "The great transformation" ("La grande transformation")
    • Traduction en anglais en 1945, "Origins of Our Time: The Great Transformation", Victor Gollancz, London
    • Nouvelle édition en anglais en 1957, "The great transformation", Boston: Beacon Press
    • Nouvelle édition en anglais en 2001, "The Great Transformation: The Political and Economic Origins of Our Time", Boston: Beacon
  • 1945, "Universal capitalism or regional planning?", London Quarterly of World Affairs, Vol 1, pp1–6
  • 1947, "Our obsolete market mentality", Commentary, Vol 3, pp109–117
    • Repris en 1968, In: George Dalton, dir., "Primitive, Archaic, and Modern Economies: Essays of Karl Polanyi", New York: Anchor, pp59-77
  • 1957,
    • a. avec Conrad Arensberg, Harry W. Pearson, dir., "Trade and Market in the Early Empires: Economics in History and Theory" ("Commerce et marchés dans les premiers empires"), The Free Press, Glencoe, Illinois
      • Traduit en français en 1975, "Les systèmes économiques dans l’histoire et la théorie", Paris: Larousse
    • b. "Aristotle Discovers the Economy", In: Conrad Arensberg, Harry Pearson, dir., "Trade in Market in Early Empires. Economies in History and Theory", The Free Press, Glencoe Illinois & The Falcon’s Wing press
    • c. "The Economy as Instituted Process", In: Conrad Arensberg, Harry Pearson, dir., "Trade in Market in Early Empires. Economies in History and Theory", The Free Press, Glencoe Illinois & The Falcon’s Wing press, pp243-270.
  • 1968,
    • a. "Dahomey and the Slave Trade"
    • b. "The Economy as Instituted Process", In: G. Dalton, dir., "Primitive, Archaic, and Modern Economies: Essays of Karl Polanyi", Garden City: Double Day Anchor, pp139–174
    • c. "Bücher, Karl", In: David L. Sills, dir., "International encyclopedia of the social sciences", Vol 3, London: Macmillan and the Free Press, pp163-165
  • 1971, "Carl Menger's Two Meanings of Economic", In: G. Dalton, dir., "Studies in Economic Anthropology" (American Anthropological Association)
    • Traduction en italien en 1997, “I due significati di ‘economico’ in Carl Menger”, Inchiesta, XXVII, N°117-118, pp100-106
  • 1977, "Forms of Integration and Supporting Structures", In: Harry W. Pearson, dir., "Karl Polanyi - The Livelihood of Man" ("Le mode de vie de l'homme"), New York, N.Y.: Academic Press, pp35–43

Littérature secondaire

  • 1968,
    • George Dalton, "Introduction", In: George Dalton, dir., "Primitive, Archaic, and Modern Economies: Essays of Karl Polanyi", Garden City: Double Day Anchor, ppix-liv
    • George Dalton, dir., "Primitive, Archaic, and Modern Economies: Essays of Karl Polanyi", Garden City: Double Day Anchor
  • 1977,
    • Ilona Ducyznska, "Karl Polanyi: Notes on His Life", In: Harry W. Pearson, dir., "Karl Polanyi, The Livelihood of Man", New York: Academic Press, ppxii–xiii
    • Douglass North, "Markets and Other Allocation Systems in History: The Challenge of Karl Polanyi", Journal of European Economic History, Vol 6, pp703-716
    • Harry W. Pearson, dir., "Karl Polanyi - The Livelihood of Man" ("Le mode de vie de l'homme"), New York, N.Y.: Academic Press
  • 1981, M. Hechter, "Karl Polanyi’s social theory", Politics and Society, 10(4), pp399–429
  • 1984, F. Block, M. Sommers, "Beyond the economistic fallacy: The holistic social science of Karl Polanyi", In: T. Skocpol, dir., "Vision and method in historical sociology", Cambridge: Cambridge University Press, pp47–84
  • 1990,
    • György Litván, "Karl Polanyi in Hungarian Politics (1914–64)", In: Kari Polanyi-Levitt, dir., "The Life and Work of Karl Polanyi: A Celebration", Montreal: Black Rose Books, pp30–37
    • Ferenc Múcsi, "The Start of Karl Polanyi’s Career", In: Kari Polanyi-Levitt, dir., "The Life and Work of Karl Polanyi: A Celebration", Montreal: Black Rose Books, pp26-29
  • 1991, M. Bienefeld, "Karl Polanyi and the contradictions of the 1980s", In: D. Salée, dir., "The legacy of Karl Polanyi: Market, state and society at the end of the twentieth century", London: Macmillan, pp3–5
  • 1994, Endre J. Nagy, "Brotherhood’s Golden Age: Karl and Michael Polanyi", In: Kenneth McRobbie, dir. "Humanity, Society and Commitment: On Karl Polanyi", Critical Perspectives on Historic Issues, Montreal: Black Rose Books, pp4-83
  • 1995, E. Helleiner, "Great transformations: A Polanyian perspective on the contemporary financial order", Studies in Political Economy, Vol 48, pp149–164
  • 1997, M. Bernard, "Political economy and the counter movement: Karl Polanyi and the second great transformation", In: D. Salée, dir., "The legacy of Karl Polanyi: Market, state and society at the end of the twentieth century", London: Macmillan, pp75–89
  • 1999,
    • V. Birchfield, "Contesting the hegemony of market ideology: Gramsci’s ‘good sense’ and Polanyi’s ‘double movement’", Review of International Political Economy, 6(1), pp27–54
    • Santhi Hejeebu, Deirdre McCloskey, "The Reproving of Karl Polanyi", Critical Review, Vol 16, n°3-4, pp285-314
    • H. Lacher, "The politics of the market: Re-reading Karl Polanyi", Global Society, 13(3), pp313–326
  • 2000, J. Kelsey, "Polanyi revisited: Globalisation and its contradictions in the new millennium", In: M. Richardson, dir., "Globalisation and international trade liberalisation: Continuity and change", London: Edward Elgar, pp170–183
  • 2001, Bob Jessop, "Regulationist and Autopoieticist Reflections on Polanyi’s Account of Market Economies and Market Society", New Political Economy, Vol 6, n°2, pp213-232
  • 2002, S. Plociniczak, "Action économique et relations sociales: La notion d’encastrement chez Karl Polanyi et Mark Granovetter", Paris: Université Paris 13
  • 2003,
    • Fred Block, "Karl Polanyi and the Writing of The Great Transformation", Theory and Society, Vol 32, n°2, pp275-306
    • J. -L Laville, "Avec Mauss et Polanyi, vers une théorie de l’économie plurielle", Revue du MAUSS, vol 21, n°1, pp237-249
  • 2004, R. Munck, "Globalization, labor and the ‘Polanyi problem’", Labor History, 45(3), pp251–269
  • 2005, J. Maucourant, "Avez-vous lu Polanyi ?", Paris, La Dispute
  • 2006,
    • Allan Carlson, "The Problem of Karl Polanyi", The Intercollegiate Review, pp32-39
    • Kari Polanyi Levitt, "Keynes and Polanyi: The 1920s and the 1990s", Review of International Political Economy, Vol 13, n°1, pp152-177
  • 2007,
    • Dieter Bögenhold, "Polanyi", In: Robert E. Weir, dir., "Encyclopedia of American Social Class", Vol. II, Westport CT: Greenwood Press, pp620-621
    • K. Gemici, "Karl Polanyi and the Antinomies of Embeddedness", Socio-Economic Review, Vol 6, n°1, pp5–33
    • Morris Silver, "Redistribution and Markets in the Economy of Ancient Mesopotamia: Updating Polanyi", Antiguo Oriente, Vol 5, pp89-112
  • 2009, Chris Hann, Keith Hart, "Learning From Polanyi", In: Keith Hart, Chris Hann, dir., "Market and Society: The Great Transformation Today", Cambridge: Cambridge University Press, pp1-16
  • 2010,
    • Gareth Dale, "Karl Polanyi: The limits of the market", Cambridge: Polity
    • Andrea Migone, "Embedded markets: A dialogue between F.A. Hayek and Karl Polanyi", The Review of Austrian Economics, vol 24, n°4, décembre, pp355-381
  • 2011,
    • Michele Camagni, "Karl Polanyi’s Institutional Theory: Market Society and Its ‘Disembedded’ Economy", Journal of Economic Issues, Vol XLV, n°1, pp177-197
    • Alexander Ebner, "The Polanyi Problem and Transnational Markets", In: Josef Falke, Christian Joerges, dir., "Karl Polanyi, Globalisation and the Potential of Law in Transnational Markets", Oxford: Hart, pp19-41
    • Alexander Ebner, "Polanyi on Markets, Democracy and the Crisis of Liberalism", In: Jürgen G. Backhaus, dir., "Beginnings of Scholarly Economic Journalism", Münster: Lit, pp15-29
    • Josef Falke, Christian Joerges, dir., "Karl Polanyi, Globalisation and the Potential of Law in Transnational Markets", Oxford: Hart
  • 2012, Martin Höpner, Armin Schäfer, "Embeddedness and Regional Integration: Waiting for Polanyi in a Hayekian Setting", International Organization, Vol 66, juillet, pp. 429-455
    ('Contraste entre la vision libérale de l'union européenne de Friedrich Hayek et la vision social-démocrate de Karl Polanyi)
  • 2015,
    • Ayse Bugra, "Hayek and Polanyi on choice and inevitability", Teoria politica, Vol 5, pp317-328 (en)
    • Rafael Galvão de Almeida, Ramón Vicente García Fernández, "Hayek versus Polanyi: espontaneidade e desígnio no capitalismo", ("Friedrich Hayek contre Karl Polanyi : spontanéité et conception dans le capitalisme"), Revista Econômica, Vol 17, n°1, pp89-111
    • Peter Lindsay, "Polanyi, Hayek, and the Impossibility of Libertarian Ideal Theory", Polity, July, Vol 47, n°3, pp376–396
  • 2017,
    • Ola Innset, "Markets, Knowledge and Human Nature: Friedrich Hayek, Karl Polanyi and Twentieth-century Debates on Modern Social Order", European History Quarterly, Vol 47, n°4, pp679-700
    • Taesuh Cha, "Re-reading Friedrich Hayek and Karl Polanyi in the Late-Modern Condition of Fragility", Political Studies Review, Vol 15, n°3, pp391-403
  • 2018, Jean-Michel Servet, Les modernités de Karl Polanyi, A propos de Karl Polanyi, Conrad M. Arensberg, et Harry W. Pearson (eds), Commerce et marché dans les premiers empires. Sur la diversité des économies
  • 2019, André Tiran, "Éthique et philosophie politique chez Karl Polanyi", Itinerari di ricerca storica, n°1, pp25-44
  • 2022, Solène Morvan-Roux, Jean-Michel Servet, André Tiran, "Pourquoi relire Karl Polanyi au XXIe siècle ?", L'Économie politique, Vol 1, n°93, pp102-112

Liens externes

 https://www.wikiberal.org/wiki/Karl_Polanyi

 

 


C) - Défaillance de l'État

Les défaillances de l'État (government failures) sont les cas dans lesquels l'action des hommes de l'État cause plus de mal qu'elle n'apporte d'éléments positifs. 

Il s'agit d'un des principaux objets d'études de l'école du choix public de James McGill Buchanan et Gordon Tullock. Les étatistes invoquent les défaillances du marché pour justifier l'intervention des pouvoirs publics dans tous les secteurs. Buchanan et Tullock entendent à l'inverse souligner que l'action de l'État est tout aussi défaillante et qu'opposer, comme le font les étatistes, une puissance publique immaculée et un marché toujours défaillant est une erreur grossière.

Les économistes de l'École des choix publics soulignent ces défaillances et proposent plusieurs explications. Ainsi, ils expliquent la croissance de l'État et ses échecs par le fait que les fonctionnaires sont des hommes comme tous les autres ; ils cherchent donc à maximiser leur satisfaction, c'est-à-dire par exemple augmenter leur salaire, obtenir un plus grand bureau, etc. Ces buts peuvent souvent entrer en contradiction avec les buts affichés de l'action étatique, à savoir agir en faveur de l'intérêt général. Pour l'économiste William Niskanen, l'action étatique est par essence moins efficace, car les droits de propriété ne peuvent s'exercer pleinement, et la responsabilité individuelle n'existe donc pas.

Autre exemple : un homme politique à la veille d'une élection sera tenté d'offrir des baisses d'impôts clientélistes à certaines parties de l'électorat, pour assurer sa réélection.

Prenant l'exemple de la crise financière actuelle, l'historien François Garçon dans Le Temps du 19 janvier 2009 souligne que la règlementation étatique, présentée comme la panacée, n'a rien fait pour pallier certaines dérives ou même les percevoir. Et Garçon de mettre en doute la capacité de l'État à mieux réguler le marché, à rebours de l'idéalisation irrationnelle qui en est souvent faite[1]

Citations

  • Si les marchés sont imparfaits, les politiques sont aussi imparfaites que les marchés. (Paul Krugman)
  • Toutes les fois que les gouvernements prétendent faire nos affaires, ils les font plus mal et plus dispendieusement que nous. (Benjamin Constant)
  • L'État peut être défaillant, tout comme le marché ! Hélas si une défaillance du marché se corrige vite, par la faillite, pour l'État, hélas, il n'en est rien et il aime bien entretenir des zombies avec notre argent. (Simone Wapler, 25/11/2017)
  • Le jeune étudiant en économie qui franchit le seuil de l’université ne passe pas une journée ou presque sans que l’un de ses professeurs brocarde « la main invisible du marché ». L’idée qu’il puisse exister une forme d’ordre spontané est évoquée avec plus de méprisante ironie que le serait le monstre du Loch Ness. La thèse de l’efficience des marchés évoquée par Milton Friedman, prix Nobel d’économie en 1976, est tournée en ridicule. Son livre Capitalisme et liberté, qui cherche à démontrer que la réduction du rôle de l’État est le seul moyen d’atteindre la liberté politique et économique, ne fait partie à ma connaissance d’aucune des bibliographies proposées dans les enseignements obligatoires. « Pourquoi, se dira peut-être le candide étudiant, ne parle-t-on jamais des limites de l’État ? Si l’ordre spontané présente quelques défauts, quels sont ceux de l’ordre administré ? Si cette main invisible est si peu parfaite, la main visible de l’État l’est-elle pour autant ? C’est sans doute le chapitre suivant. » Il peut attendre longtemps, le chapitre ne viendra jamais. (Olivier Babeau, L'Horreur politique - L'État contre la société, 2017)

Informations complémentaires

Notes et références


  1. « Au secours, l'État revient », François Garçon in Le Temps, 19 janvier 2009, [lire en ligne]

Bibliographie

  • 2019, Giuseppe Di Vita, "Government Failure", In: Alain Marciano, Giovanni Battista Ramello, dir., "Encyclopedia of Law and Economics", New York: Springer, pp1004-1008

Voir aussi

Liens externes

https://www.wikiberal.org/wiki/D%C3%A9faillance_de_l%27%C3%89tat


 


D) - Friedrich Hayek

Friedrich Hayek, né le 8 mai 1899 à Vienne et mort le 23 mars 1992 à Fribourg-en-Brisgau (Allemagne), est un économiste et philosophe de l'école autrichienne, promoteur du capitalisme contre le socialisme ou toute forme d'étatisme trop entreprenante et qui ne respecterait pas la Rule of Law. Il a reçu le Prix Nobel d'économie en 1974 pour ses travaux sur la théorie de la conjoncture.

Il s'est intéressé à de nombreux champs de la connaissance humaine, comme l'économie, le droit, la psychologie[1], la philosophie ou la science politique. Il reste en particulier très connu pour ses ouvrages de philosophie sociale comme La Constitution de la liberté (1960) ou Droit, législation et liberté (1973-1979), ouvrages fondateurs du libéralisme contemporain et dans lesquels il défend la notion d'ordre spontané. Il a également écrit l'ouvrage à succès La Route de la servitude en 1945

Biographie

Friedrich August von Hayek naît à Vienne au tournant du siècle, dans une famille d'intellectuels. Son père était médecin et botaniste, son grand-père maternel professeur de droit constitutionnel. Il était cousin de Ludwig Wittgenstein par sa mère. Esprit précoce, il est surnommé par ses camarades Lex comme Lexicon pour ses connaissances extrêmement larges[2]. Il se fait cependant mal au climat rigide du Gymnasium autrichien.

Il sert comme soldat lors de la Première Guerre mondiale à partir de 1917 sur le front italien, puis rejoint en 1918 l'université de Vienne. Il y obtient son doctorat en droit en 1921 et en sciences politiques en 1923. Il est déjà intéressé par de nombreux domaines de la connaissance et étudie l'économie et la psychologie. Il conservera ce souci d'éclectisme toute sa vie et écrivit dans La Route de la servitude : « personne ne saurait être un grand économiste en étant seulement économiste et je suis même tenté d'ajouter qu'un économiste qui n'est qu'économiste peut devenir une gêne, si ce n'est un danger. »

C'est durant ces années-là qu'il se rapproche des idées libérales, par la fréquentation du fameux séminaire privé du principal économiste autrichien de l'époque, Ludwig von Mises, aux côtés de Fritz Machlup. Il suit également les enseignements de Friedrich von Wieser et lit sous la direction de Mises les principaux ouvrages de Carl Menger et d'Eugen von Böhm-Bawerk.

Il commence à travailler auprès de Ludwig von Mises puis rejoint l'université de New-York où il effectue des recherches post-doctorales[3]. Il y rencontre son compatriote Joseph Schumpeter et l'économiste américain Irving Fisher.

De retour en Autriche, il travaille pour le gouvernement, l'aidant à résoudre les questions économiques afférentes au traité qui met fin à la Première Guerre mondiale. Il se marie en 1926. En 1927, il fonde avec Ludwig von Mises l'institut autrichien de la conjoncture (Österreichische Konjunkturinstitut). Il le dirigera jusqu'en 1931. En 1929, il devient professeur en économie à l'université de Vienne et publie Geldtheorie und Konjunkturtheorie. Il acquiert une certaine notoriété.

Remarqué par le directeur du département d'économie de la London School of Economics, Lionel Robbins, il est invité par ce dernier à y donner une série de quatre conférences en 1931. Le succès est tel qu'il se voit offrir en 1932 la Tooke Chair of Economic Science and Statistics à la LSE[4]. Pendant les années 1930 il poursuit ses travaux sur la théorie du cycle, dans lesquels il approfondit la position autrichienne. Il s'oppose avec force sur ce sujet avec la théorie défendue par John Maynard Keynes à Cambridge, mais c'est la vision keynésienne qui l'emporte, au moins temporairement, dans l'opinion publique.

Il publie en 1931 Prices and Production. Sur les conseils de Gottfried Haberler, il s'intéresse aux idées de Karl Popper, qu'il fait en partie siennes. En 1935, il réfute les arguments des tenants du socialisme de marché (Oskar Lange) dans le débat sur le calcul économique en régime socialiste avec la parution du recueil Collectivist Economic Planning: Critical Studies on the Possibilities of Socialism.

Il acquiert en 1938 la nationalité britannique. La même année, il participe au Colloque Walter Lippmann qui réunit à Paris de nombreux intellectuels libéraux, désireux de « refonder » le libéralisme.

Face à la montée du socialisme, du planisme et du militarisme, il écrit plusieurs articles dans lesquels il dénonce les dangers que cette route représente[5]. Il synthétise sa réflexion sur la question dans son ouvrage majeur de 1944, La Route de la servitude. Dans ce manifeste du libéralisme du XXe siècle qui est encore un best-seller aujourd'hui, il montre comment l'emballement totalitaire qui ravage l'Europe des années 1940 est la conséquence directe des idées collectivistes qui ont prévalu durant l'entre-deux guerres, à rebours des explications du totalitarisme comme nécessaire dégénérescence du capitalisme.

Pour Hayek, la socialisation de l'économie et l'intervention massive de l'État sur le marché débouchent sur la suppression des libertés individuelles ; il n'existe pas de différence de nature mais seulement de degré entre le communisme et son imitateur le nazisme, entre socialisme et totalitarisme. C'est un succès commercial traduit en 20 langues et ayant connu plus de 30 rééditions aux États-Unis. Son édition abrégée dans le Readers' Digest en 1945 toucha environ 600 000 lecteurs américains, et une édition en images est même réalisée[6].

Dans la dynamique de son engagement politique, il fonde en 1947 la Société du Mont-Pèlerin, dont il sera le président jusqu'en 1961, passant le relais à l'ordolibéral Wilhelm Röpke. En 1950, il quitte la LSE pour l'université de Chicago. Refusé au département d'économie, il enseigne finalement les « social thoughts ». Sa position n'était pas rémunérée mais il était financé par des mécènes comme le Liberty Fund.

Après le succès médiatique (essentiellement aux USA) de La Route de la servitude et la notoriété de propagandiste qui lui colle à la peau, Hayek essaye de regagner l'estime du monde universitaire et se concentre sur des questions psychologiques en 1952, l'Ordre sensoriel ou épistémologiques, The Counter-revolution of science, après le virage poppérien de 1936 (« Economics and Knowledge », dans Individualisme et ordre économique), développeront ses idées de limitation de la raison individuelle, dans la filiation des Lumières écossaises.

En 1960, La Constitution de la liberté reprend de manière plus positive le cadre normatif (Rule of Law, État de droit) qui sous-tend un ordre politique libéral.

De retour en Europe, il enseigne à Fribourg-en-Brisgau de 1962 jusqu'à sa retraite. Il profite de ces années pour écrire la trilogie des Droit, législation et liberté, tout en intégrant pleinement le paradigme évolutionniste (troisième terme entre nature et culture) que les articles des Studies... avaient préparé, lui permet d'affiner son vocabulaire (catallaxie, kosmos et taxis, nomos/thesis, démarchie) et de constituer une sorte de somme de sa pensée ; son dernier ouvrage, La Présomption fatale, est une variation sur le thème de la réfutation du socialisme.

En 1974, il reçoit le prix Nobel en économie (en même temps que le socialiste Gunnar Myrdal), pour ses travaux des années 1930 sur la théorie du cycle. De plus en plus reconnu, il reçoit en 1991 la Presidential Medal of Freedom, plus haute récompense civile américaine.

Consulter la liste des œuvres de Friedrich August von Hayek.

Pensée

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Epistémologie

Son refus de la planification est également enrichi et étayé par ses réflexions psychologiques sur l'ordre sensoriel. D'après Friedrich Hayek, la perception du monde que capte chaque individu est nécessairement idiosyncrasique. Chaque individu ne peut pas saisir la réalité dans toute sa complexité, il la perçoit en fonction des circonstances de temps et de lieu. De ce fait, comment des gouvernants pourraient-ils légitimement et scientifiquement intervenir dans les choix économiques des individus ?

Contre les constructivistes de gauche et de droite, le philosophe et économiste a livré un combat qui se situe également sur le plan juridique et institutionnel. À la suite d'Adam Ferguson et des autres auteurs phares des Lumières écossaises, Hayek a montré sa préférence pour des instances « résultant de l'action des hommes, mais non de leurs desseins ». Selon lui, la meilleure garantie pour la préservation de la liberté et le maintien d'une société civilisée réside dans la défense d'un ordre spontané qui permet « la mise en ordre de l'inconnu », et n'émanant pas d'un cerveau planificateur - sans pour autant se confondre avec une sorte d'organisme naturel. Hayek s'inscrit donc dans une logique évolutionniste, qu'il oppose au constructivisme socialiste et conservateur. C'est aussi pourquoi il considère que l'ordre juridique ne peut découler du droit public, mais ne peut être que la forme évolutive prise par le droit privé dans son continuel processus d'essais et d'erreurs.

De l'apriorisme de l'école autrichienne, il adopte principalement l'axiome de l'action rationnelle, mais se réclame de l'empirisme pour le reste :

« Ce que je perçois seulement maintenant clairement est le problème de ma relation à Mises, qui commence avec mon article de 1937 sur l'économie de la connaissance. Celui-ci était une tentative de persuader Mises lui-même que lorsqu'il soutenait que la théorie du marché était a priori, il avait tort ; seule la logique de l'action individuelle peut être considérée comme a priori. Mais à partir du moment où vous passez de celle-ci à l'interaction de plusieurs personnes, vous entrez dans le champ de l'empirique. » (Hayek on Hayek, an autobiographical dialogue)

Économie

Ses thèses sur le malinvestissement et le rôle du crédit dans le développement des crises économiques s'opposent au keynésianisme : il cherche à montrer comment les politiques keynésiennes de croissance économique, basées sur l'utilisation du budget public et des agrégats, produisent sur le long terme à la fois inflation, stagnation économique et chômage[7] (telle la stagflation des années 1970).

Développant la théorie des fluctuations économiques (vision autrichienne des cycles) déjà esquissée par Ludwig von Mises, il soutient que les crises économiques sont provoquées par les politiques monétaires expansionnistes des banques centrales, et que la seule façon d'en sortir est de laisser jouer les forces du marché. L'économie se trouve comparée dans cette théorie à la nature, son fonctionnement repose alors sur des lois, comme dans les sciences dures. La meilleure solution pour Hayek sera donc de laisser l'économie suivre sa tendance naturelle qui fonctionnne parfaitement seule.

Il s'oppose aux intellectuels socialistes ou constructivistes, qui croient que l'on peut refaire le monde à partir d'un projet de société théorique. Plus généralement, il combat toutes les idées affirmant qu'il est possible et souhaitable d'agir sur l'économie au nom de l'intérêt général, dont il récuse l'existence (cf. Droit, législation et liberté, vol. II). Il cherche à expliquer notamment comment l'intervention étatique dans le marché ne génère qu'inflation, chômage, récession ou dépression.

Friedrich Hayek a eu une influence considérable sur de nombreux économistes et chercheurs en sciences sociales, comme par exemple Israel Kirzner. En France, il est représenté par l'école libérale aixoise (Jacques Garello, Jean-Pierre Centi, Gérard Bramoullé) et l'école libérale parisienne (Pascal Salin, Henri Lepage, Bertrand Lemennicier). À Montpellier, le regretté professeur de droit, Christian Mouly présenta son apport scientifique.

Politique

Comme la plupart des libéraux depuis Tocqueville, Hayek considère que la démocratie est un moyen, et non une fin en soi : « Que dans le monde occidental, le suffrage universel des adultes soit considéré comme le meilleur arrangement, ne prouve pas que ce soit requis par un principe fondamental » (dans Constitution de la liberté). Elle a uniquement l'avantage de permettre l'alternance politique sans violence. Elle se doit cependant d'éviter la démagogie et l'atteinte aux droits individuels qui résulterait d'un débordement inconsidéré de la démocratie hors du champ restreint où elle doit s'appliquer.

Définissant ce qui sépare le régime démocratique du libéralisme, il note :

« Le libéralisme exige que tout pouvoir - et donc aussi celui de la majorité - soit soumis à des limites. La démocratie conduit au contraire à considérer l'opinion de la majorité comme la seule limite aux pouvoirs gouvernementaux. La différence entre les deux principes apparaît avec évidence si l'on envisage ce à quoi ils s'opposent respectivement : le gouvernement autoritaire pour la démocratie, le totalitarisme pour le libéralisme.

Il ajoute que la démocratie couplée à l'étatisme tend à devenir totalitaire. Il considère que les citoyens des sociétés occidentales ont cessé d'être autonomes en devenant dépendants des bienveillances de l'État. Il est néanmoins à noter que Hayek ne s'est jamais considéré comme un chantre de l'État minimal. Tout critique qu'il fut envers les politiques interventionnistes, il estimait que l'État était habilité à contrôler les poids et mesures, à lever des impôts, à garantir la construction et l'entretien des routes, etc. De même, il était favorable à un revenu minimum !

Pour éviter la dérive totalitaire inhérente à la démocratie illimitée, Hayek propose un système baptisé démarchie. À côté d'une Assemblée parlementaire uniquement chargée d'exécuter les vœux de la population (mais restreinte à la représentation des personnes ne dépendant pas de l'État), il juge indispensable d'instituer une sorte de Sénat, qui détiendrait l'exclusivité de la fonction législative (celle-ci étant réservée à l'élaboration de règles de conduite générales). Cette Chambre haute serait composée de nomothètes âgés de 45 à 60 ans, dont un quinzième serait renouvelable annuellement. Par ailleurs, une Cour constitutionnelle composée d'anciens membres de l'Assemblée législative couronnerait cette architecture institutionnelle.

Institutions

Friedrich Hayek s'est inspiré de l'approche de Carl Menger en ce qui concerne les institutions, mais à la différence de dernier, il n'établit pas la même classification claire (Institution pragmatique vs institution organique). Friedrich Hayek distingua les organisations (taxis) et les ordres spontanés (cosmos). Les organisations sont des institutions qui présentent une planification explicite et consciente pour atteindre les objectifs de quelqu'un (ou d'un groupe). Les institutions, dont l'axe est orienté vers un ordre spontané, comportent des règles abstraites indépendamment de l'objectif de quelqu'un, en plus de permettre aux individus d'atteindre leurs objectifs. Ainsi, la distinction de Friedrich Hayek entre les organisations et les institutions ne concerne pas l'origine de leur fondation. Friedrich Hayek s'interroge si une institution existe pour servir les intérêts spécifiques d'une personne ou d'un petit groupe, ou si elle existe pour servir les intérêts d'une multitude de personnes. Par conséquent, sa recherche s'appuie plutôt sur la structure interne des organisations ou, plus précisément, sur la nature dynamique des systèmes de règles de conduite (comportement des individus) qui existent ou qui émergent au sein des institutions.

Éthique

L'éthique semble étrangement absente de la pensée de Hayek, tout du moins si on tient compte de l'importance qu'elle revêt pour d'autres libéraux ou libertariens (Emmanuel Kant, Murray Rothbard, Hans-Hermann Hoppe, etc.). La raison en est que Hayek refuse une approche constructiviste et fait davantage confiance à la morale traditionnelle. Pour lui, l'éthique ne peut être une création intellectuelle, c'est le produit catallactique d'une évolution culturelle. Pour cette raison, les règles de conduite que la morale traditionnelle incorpore sont économiquement les plus efficaces.[8]

Citations de Friedrich Hayek

Pages correspondant à ce thème sur les projets liberaux.org :

  • « Personne ne saurait être un grand économiste en étant seulement économiste et je suis même tenté d'ajouter qu'un économiste qui n'est qu'économiste peut devenir une gêne, si ce n'est un danger. » (La Route de la servitude)
  • « La liberté, laissée à chacun d'utiliser les informations dont il dispose ou son environnement pour poursuivre ses propres desseins, est le seul système qui permette d'assurer la mobilisation la plus optimale possible de l'ensemble des connaissances dispersées dans le corps social. »
  • « L'économie de marché pourrait bien mieux développer ses potentialités si le monopole gouvernemental sur la monnaie était aboli. »
  • « Il est significatif que l'argument le plus courant contre la concurrence consiste à dire qu'elle est aveugle. Il est peut-être opportun de rappeler que pour les Anciens la cécité fut un attribut de la divinité de la justice. » (La Route de la servitude)
  • « Laisser la loi aux mains de gouvernants élus, c'est confier le pot de crème à la garde du chat. »
  • « La justice n'a pas à considérer les conséquences des diverses transactions, mais à vérifier que les transactions elles-mêmes ont été loyales. »
  • « La progressivité [fiscale] n'est rien de plus qu'une invitation ouverte à la discrimination. »
  • « Personnellement, je préfère un dictateur libéral à une démocratie dont tout libéralisme est absent. » (El Mercurio, avril 1981)
    • Cette citation, souvent caricaturée par les antilibéraux, n'est en rien une défense de quelque dictature que ce soit. Elle pointe du doigt qu'entre deux maux, la présence du libéralisme, et en particulier de l'État de droit est bien plus importante que la façon dont le détenteur du pouvoir politique est déterminé. Voir despotisme légal.
  • « Imaginant que tout ordre est le résultat d'un dessein, les socialistes en concluent que l'ordre pourrait être amélioré par un meilleur dessein émanant de quelque esprit supérieur. Le socialisme mérite pour cette raison une place dans tout inventaire sérieux des diverses formes d'animismes. »

Citations sur Friedrich Hayek

  • « Au fil des ans, j'ai maintes et maintes fois demandé à mes confrères qui croient en une société libre comment ils avaient réussi à échapper à la contagion de leur environnement intellectuel collectiviste. Aucun nom n’a été mentionné plus souvent comme source d’illumination et de compréhension que celui de Friedrich Hayek. Comme les autres, j'ai une dette immense envers lui. Son esprit puissant, son exposé lucide et toujours basé sur des principes, ont contribué à élargir et approfondir ma compréhension du sens et des conditions d’une société libre. » (Milton Friedman)
  • « Une vision alternative devait venir au jour avant que le renversement du courant collectiviste puisse commencer avec Margaret Thatcher en Grande-Bretagne et Ronald Reagan aux États-Unis. Cette vision est venue de nombreuses sources, mais si un moment précis a pu marquer le début du renversement intellectuel qui a rendu possibles les changements politiques ultérieurs, ce fut la publication de The Road to Serfdom de Friedrich A. Hayek. » (Thomas Sowell)
  • « Pendant mes études supérieures, je suis tombé sur les écrits de Friedrich Hayek et de Ludwig von Mises, qui m'ont tiré de mes croyances socialistes de l'époque. Il y avait l'essai de Hayek, Individualism and Economic Order, et le Socialisme de Mises, profond et troublant, qui me montraient que je n'avais réfléchi à aucun détail - économique, social ou culturel - sur la façon dont le socialisme pouvait fonctionner. L'un de leurs arguments en particulier, sur l'impossibilité d'un calcul économique rationnel sous le socialisme, m'a stupéfié. » (Robert Nozick)
  • « L’œuvre entière de Hayek est un prodigieux effort scientifique et intellectuel en vue de démontrer que la liberté de commercer et de produire ne sert à rien — comme le vérifient ces nouveaux venus à la philosophie de Hayek, les ex-pays socialistes d’Europe centrale et de l’ex-Union soviétique et les républiques mercantilistes d’Amérique latine — sans un ordre légal strict qui garantisse la propriété privée, le respect des contrats et un pouvoir judiciaire honnête, capable et totalement indépendant du pouvoir politique. Sans ces exigences de base, l’économie de marché est une pure farce, c’est-à-dire une rhétorique sous laquelle se poursuivent les exactions et la corruption d’une minorité privilégiée aux dépens de la majorité de la société. » (Mario Vargas Llosa, Mort et résurrection de Hayek, Les enjeux de la liberté)

Perspectives libertariennes sur Hayek

  • « Constitution of Liberty de F.A. Hayek est, étonnamment et tristement, un livre extrêmement mauvais, et je dirais même, malsain. [...] Philosophiquement, Hayek, à hauteur de ce qu’il nie, est un conservateur, dans le sens où il croit que nous devons suivre aveuglément les traditions, même si nous ne pouvons les défendre. [...] Tels sont les préjugés partisans qui découlent de l’absence de principe solide chez Hayek, et qui empoisonnent plus qu’ils contrebalancent les quelques passages et sections de qualité dans les chapitres économiques du livre. » (Murray Rothbard)
  • « Nos analyses confirment le soupçon que la renommée de Hayek n’a que peu de lien avec son importance comme théoricien de la société, mais plutôt avec le fait que sa théorie ne pose aucune menace quelconque pour l’idéologie étatique actuellement dominante de la social-démocratie, et qu’une théorie marquée par la contradiction, la confusion et le flou constituent un réservoir illimité pour les perspectives herméneutiques. Celui qui cherche un champion de l’économie de marché et du libéralisme doit regarder ailleurs. Mais il n’a pas à regarder plus loin que l’enseignant et le mentor de Hayek : le grand et inégalé Ludwig von Mises. » (Hans-Hermann Hoppe, The Great Fiction, chap. 20, Hayek on Government and Social Evolution)

Notes et références

  • Ses travaux en psychologie sur l'ordre sensoriel, publiés en 1952, sont à la base, avec ceux de Donald Hebb, de la théorie du connexionnisme, théorie qui a de fortes implications sur l'avancée de l'intelligence artificielle ainsi que la théorie du constructionnisme, faisant le pont entre le processus cognitif de l'individu et l'ordre spontané de la société

  • The Cambridge companion to Hayek, p.32

  • The Cambridge Companion to Hayek, 2007, p.15

  • The Cambridge Companion to Hayek, p.39

  • En avril 1938, il publie Freedom and the Economic System, puis développe sa pensée dans les Public Policy Pamphlets des Presses Universitaires de Chicago en 1939.

  • (en)The Road to Serfdom in cartoons

  • https://www.lepoint.fr/postillon/hayek-l-economiste-qui-avait-vu-juste-25-10-2024-2573635_3961.php

    1. Acrobat-7 acidtux software.png [pdf]Hayek et l’éthique sociale rationaliste, Robert Nadeau, 1997

    Ressources

    Articles introductifs

    Plus d'articles...

    Livres introductifs

    Plus d'ouvrages...

    Critiques

    • Alain de Benoist "Contre Hayek" Une intéressante critique par le pape de la "nouvelle droite". (cf. liste des articles critiques)
    • Ayn Rand : Icone Cinéma recentrée.png [video]Ayn Rand on F. A. Hayek : "Hayek est un modéré, soi-disant favorable au capitalisme, mais en réalité en faveur de l'économie mixte"
    • critique libertarienne : selon Hans-Hermann Hoppe (The Great Fiction, chapitre 20, Hayek on Government and Social Evolution) :
      • La vision de Hayek quant au rôle du marché et de l’État ne se distingue pas systématiquement de celle d’une social-démocratie moderne ;
      • L’explication directe des idées social-démocrates de Hayek tient à sa définition contradictoire, et donc absurde, de « liberté » et de « coercition » (les impôts ou le service militaire obligatoire ne lui semblent pas coercitifs)
      • Hayek est un relativiste éthique, il rejette l’idée d’une éthique cognitive
      • Il nie l’existence de la rationalité humaine, ou du moins la possibilité de reconnaître toutes les causes et conséquences indirectes de l’action humaine.

    Voir aussi

    Articles connexes

    Liens externes

    Archives videos

    Archives textes

    Archives Audios

    https://www.wikiberal.org/wiki/Friedrich_Hayek

     


     

    E) Divers liens sur Tocqueville

    Tocqueville et le monde estudiantin français, voire francophone ! 

    Alexis de Tocqueville, voyageur et acteur des révolutions libérales. 

    Tocqueville, libéral politique, non économique et la critique

    Alexis de Tocqueville (Henri Charles de Clérel, vicomte de Tocqueville)

     Sommaire:

    A) - Alexis de Tocqueville – La réhabilitation des Français 

    B) - Alexis de Tocqueville

    C) - Divers posts sur l'Université Liberté 

    D) - « Tocqueville est un penseur pour les temps difficiles comme les nôtres »

    E) - Discours de M. Henri-Dominique Lacordaire, prononcé dans la séance publique du 24 janvier 1861, en venant prendre séance à la place de M. de Tocqueville

    Les visions du socialisme collectiviste comme nationaliste; l'échec, mat comme pat !

    C) -  « Tocqueville est un penseur pour les temps difficiles comme les nôtres »

    Libéralisme selon Pierre Manent - Vision Tocquevillienne !

     

     

     

    1 commentaire:

    Olivier Renard a dit…

    Sur le fond ... polanyi ou F Hayek ? L entreprise est une institution su rle marche destiné à gagner de l'argent, à investir et à se développer librement, Mais l encastrement dans des règles d État ou de justice sociale ? Au départ l Etat est il le meilleur représentant de la justice sociale ? Ou en fait l opinion publique sur le marché devrait si les citoyens sont raisonnables aussi réguler naturellement le marché par la main invisible ? Cette même opinion publique qui manifeste ses demandes a l État, agit elle aussi sur le marché ? Ou en fait,, un peu comme le fait Charles Gave ... Revoir le modèle Helvétique ! Mais au delà de cette opposition qui date de 194. J' ai rendez ce a me baser sur d' autres modèles. Amartha Sen mais aussi sur les modèles de développement dit impérialistes a partir de Friedrich List, le système national d' économie politique. Une grande puissance meme devant un marché mondialisée, a tendance a s organiser pour attirer les revenus du marché ! Le leadership économique n' est pas le fait de la simple main invisible ... Il s agit d' être leader dans l innovation, dans la qualité des produits finis.. De montrer un chemin économique. Comment rendre entre Polanyi ou Hayek, comprendre pourquoi la Chine République populaire, socialiste et communiste a l' origine est devenue première puissance productrice mondiale sur le marché globalisé ? Par la formule de Deng ! Le chat n' est. I socialiste, ni neo libéral, il ramène des souris ! Revenir aux faits historiques. L accumulation primaire de capital, d' or et de richesses était à la portée des empires catholiques de Charles Quint ou de Rome au XVIi me siecle. Le développement industriel sur les marchés fut à la portée des villes hancéatiques, de pays bas et de la grande Bretagne et son empire au XIX me siecle. Les grandes innovations technologiques furent a la portée de l Amerique a la moitié du XX me siecle. Au XXi me,, les empires economiques emmergent des 5 continents. Et si l Inde et l Asie étaient leaders dans les nouvelles techniques médicales ##? Et si l Afrique revenait construire des nouveaux modèles sociaux ! Nos sociétés sont elles prêtes ou capables de vivre la fin des nations et de les dépasser avec un modèle de citoyenneté mondiale ? Toutes les transformations que nous vivons posent ces questions la ! Ce ne sont pas les socialistes qui peuvent les résoudre, Ni la mentalité bolchevique des pays de l' ex URSS ! C est une droite ouverte sur des transformations majeures qui comprendra comment le marché mondial créé les richesses locales et que les modes de vie locaux ne peuvent que s améliorer sur des échanges globaux ...

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