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octobre 10, 2026

Energie carburants, crises et prospective; Mais que fait la France ?

Sommaire:

A) -  Le marché mondial du pétrole commence à se fissurer

B) - 300 000 tonnes immédiatement Trump annonce un accord sur le diesel avec Poutine – le gouvernement américain assouplit les sanctions

C) -  Le prix des carburants, épreuve de vérité de la présidentielle ?

D) -  Pétrole français : Pendant que Paris s’interdit de chercher, nos voisins forent à nos portes

E) -  La Chine, véritable arbitre du pétrole mondial ?

 


A) - LE MARCHÉ MONDIAL DU PÉTROLE COMMENCE À SE FISSURER 

 Regardez simultanément trois événements. 

 🇺🇸🇷🇺 Trump ouvre temporairement la porte au diesel russe pour faire baisser les prix américains. 


 🇸🇦 L’Arabie saoudite casse son prix vers l’Asie : Arab Light : -5 $/baril sous Oman/Dubai. Mais relève dans le même temps ses prix vers l’Europe. 

 🚢 Et les coûts de transport vers l’Asie explosent. 

 Ce ne sont pas trois histoires différentes. C’est le même marché qui change de nature. 

 Pendant trente ans, nous avons pris l’habitude de penser : un baril = un prix mondial. Brent.WTI. Dubai. Puis arbitrage. 

 Cette représentation devient trop simple. Le véritable prix d’un baril ressemble désormais davantage à : **benchmark qualité OSP du producteur fret assurance de guerre sanctions détroits pipelines disponibilité des tankers risque politique.** Résultat : le même pétrole peut devenir bon marché pour Pékin…cher pour l’Europe…et temporairement « autorisé » pour Washington. 

 L’accord diesel Trump-Poutine est particulièrement révélateur. Hier : le diesel russe était sanctionné parce qu’il finançait Moscou. Aujourd’hui : Washington assouplit temporairement ces sanctions parce que le consommateur américain a besoin de carburant moins cher. 

 Ce n’est pas encore une grande alliance Washington-Moscou. C’est peut-être quelque chose de plus instructif : la sanction elle-même devient une variable du prix. 

 Et l’Arabie saoudite fait exactement la même chose avec un autre levier. Elle ne contrôle pas le Brent. Mais elle peut décider : 

Asie : je décote pour défendre mes volumes. 

Europe : je facture davantage. 

( Je viens de conclure une discussion très fructueuse avec le président russe Vladimir Poutine, au cours de laquelle il a été convenu que la Russie fournirait immédiatement plus de 300 000 tonnes de carburant diesel au marché américain et mondial, 500 000 tonnes supplémentaires au cours du mois de novembre et 1 000 000 tonnes immédiatement après. De plus, en fonction de l'état de ses raffineries de diesel, la Russie livrera, dans un court laps de temps, 3 000 000 de tonnes de carburant diesel. Entre notre CONTRÔLE TOTAL du détroit d'Ormuz et cette grande annonce sur l'énergie russe, les prix du diesel pour les Américains et, bien sûr, pour le monde, vont BAISSER, EN NOMBRE RECORD, ET RAPIDEMENT ! La baisse des prix pour les Américains, en particulier nos grands agriculteurs, éleveurs et camionneurs, est ma plus grande priorité. Il s’agit d’une annonce très importante. De plus, il faut comprendre que l’Iran n’aura pas d’arme nucléaire ! Merci de l'attention que vous portez à cette question. Président DONALD J. TRUMP ( TS : 9 octobre 2026, 14 h 46 HE )​​​​​​​‍‌​​‌​​‍‌​‌​‍‍‌​‌‍​‍​‍​​‌‌‌‌‍‍‍‍‌‌‌‍)

Le producteur recommence donc à choisir où il veut vendre et à quel prix relatif. 

Ajoutez les navires. Les détroits. Les pipelines. Les guerres. Les guerres. Les raffineries endommagées. Et le pétrole retrouve ce que la financiarisation nous avait fait oublier : une géographie. 

Voilà la vraie rupture. 

Nous ne retournons pas aux années 1970. Nous entrons dans un marché pétrolier post-globalisation. Le benchmark reste mondial. Mais le baril devient : régional, logistique, sanctionnable et géopolitique. Et lorsque la logistique devient rare, le pouvoir revient à celui qui contrôle : la ressource la raffinerie le navire le détroit le pipeline et l’autorisation de commercer. 

 Le marché croyait fixer le prix du pétrole. Le réel est en train de rappeler que le prix commence par la capacité à livrer le baril.

 Si le marché devient plus fragmenté, les États-Unis peuvent exercer leur puissance sur : sanctions, assurance maritime, financement, dollar, flottes, détroits, alliés producteurs, routes énergétiques, accès au marché américain. 

Et parallèlement, Riyad peut décider : « Je veux garder le raffineur chinois : je lui donne -5 $. » 

Moscou peut décider : « Je dois écouler mes barils malgré les sanctions : je décote. » 

Washington peut décider : « J’ai besoin de diesel russe pendant six mois : j’ouvre temporairement une fenêtre de sanctions. » Et cela rejoint directement notre Temps des Réalités : lorsque la logistique physique redevient rare, la géographie reprend du pouvoir sur la finance. 

 OPEP+ vient d’ailleurs de maintenir ses quotas de novembre inchangés alors même que plusieurs producteurs du Golfe restent physiquement incapables d’atteindre leurs quotas en raison des perturbations régionales. Le quota officiel perd alors une partie de son importance face à la question beaucoup plus élémentaire : combien de barils pouvez-vous réellement sortir, transporter et livrer ?

 LE VRAI SECRET DE L’ACCORD DIESEL TRUMP–POUTINE N’EST PEUT-ÊTRE PAS LE DIESEL. C’EST SON PAIEMENT. 

 Tout le monde regarde les volumes. 300 000 tonnes immédiatement. 500 000 tonnes ensuite. 1 million. Puis potentiellement 3 millions supplémentaires. 

 Mais presque personne ne pose la question essentielle : COMMENT LA RUSSIE VA-T-ELLE ÊTRE PAYÉE ? 

Flash-back 2022. Après les sanctions occidentales, Moscou exige que les acheteurs de gaz des pays « hostiles » règlent en roubles. Dans la pratique, euros et dollars pouvaient être déposés chez Gazprombank puis convertis en roubles. Au même moment, la Banque centrale russe fixe temporairement un prix d’achat de l’or à 5 000 roubles le gramme. Ce n’était pas un véritable étalon-or. Mais le message était clair : sanctions financières occidentales → tentative russe de reconnecter énergie, rouble et actifs réels. 

Nous voici quatre ans plus tard. 

 Washington autorise à nouveau temporairement l’achat de diesel russe. Mais les modalités financières de l’accord Trump-Poutine restent inconnues. Et c’est peut-être là que se cache l’information la plus importante. Paiement en dollars ? Conversion dollars → roubles ? Banque intermédiaire ? Dirhams ? Yuan ? Compensation ? Autre mécanisme ? 

Petit exercice intellectuel. À environ 5 $ le gallon, les 4,8 millions de tonnes annoncées représenteraient une contre-valeur proche de 56 tonnes d’or aux cours actuels. Cela ne signifie évidemment PAS que Trump va vider Fort Knox pour payer Poutine. Mais cela permet de comprendre l’échelle monétaire de l’accord. 

 Et surtout le paradoxe. 

En 2022 : Washington voulait couper Moscou du dollar. En 2026 : Washington veut acheter du carburant russe. 

 Il faut donc nécessairement recréer quelque part une plomberie financière permettant : diesel russe → paiement → système bancaire → Russie. 

Voilà le véritable sujet. 

Car un marché énergétique fragmenté ne se fragmente pas seulement par : les sanctions, les détroits, les tankers, les assurances, les OSP. Il se fragmente aussi par : LA MONNAIE. 

 Le pétrole post-globalisation pourrait donc avoir non seulement plusieurs prix selon la destination…mais également plusieurs systèmes de règlement selon l’alignement géopolitique. Et si Moscou obtenait ne serait-ce qu’une forme de règlement en roubles, ou via un mécanisme échappant partiellement au dollar, l’accord prendrait une dimension beaucoup plus importante que quelques millions de tonnes de diesel. 

 Le signal à surveiller n’est donc plus le prochain tanker. C’est : LA DEVISE. LA BANQUE. LE CIRCUIT DE PAIEMENT. 

Parce que celui qui contrôle la ressource possède une puissance. Celui qui contrôle son prix en possède une deuxième. Et celui qui impose la monnaie dans laquelle elle se règle commence à contrôler le système.








B) - 300 000 tonnes immédiatement Trump annonce un accord sur le diesel avec Poutine – le gouvernement américain assouplit les sanctions
 
À la suite d'un entretien avec Vladimir Poutine, Donald Trump annonce la mise sur le marché américain et mondial d'importantes quantités de diesel russe, et ce, malgré les sanctions en vigueur. L'Ukraine réagit avec indignation, tandis que l'Australie prend ses distances.
 
  Après une conversation avec le président russe Vladimir Poutine, le président américain Donald Trump a promis des centaines de milliers de tonnes de diesel en provenance de Russie. Trump a annoncé sur sa plateforme Truth Social qu'il avait convenu avec le président russe que plus de 300 000 tonnes de diesel seraient mises à disposition « immédiatement » pour les États-Unis et le marché mondial. 
 
 Un demi-million de tonnes supplémentaires de diesel devraient être libérées courant novembre et un million de tonnes « immédiatement après ». «En fonction de l'état de ses raffineries de diesel», la Russie souhaite également livrer trois millions de tonnes de diesel dans un court laps de temps. Trump n’a pas initialement précisé les délais pour cela. 
 
 La Russie est contente, l’Ukraine est indignée, l’Australie est distante Le Kremlin a confirmé l'accord. "Au cours de la discussion sur la situation du marché mondial de l'énergie, la partie russe a confirmé sa volonté de fournir du pétrole et des produits pétroliers aux marchés américain et mondial", indique le communiqué écrit de Poutine. Cela aura un impact positif sur « l’ensemble de l’économie mondiale ». 
 
 Lors de l’entretien téléphonique avec Trump, il a été question à la fois de la guerre en Ukraine déclenchée par la Russie et de la situation autour de l’Iran. De vives critiques ont cependant été formulées par le président ukrainien Volodymyr Zelensky : « Permettre à la Russie de vendre des produits pétroliers est un investissement dans la guerre (contre l’Ukraine), à ​​laquelle il faut mettre fin et non prolonger », a-t-il écrit sur Telegram. Moscou vous remerciera avec encore « de la terreur et de la méchanceté ». 
 
Dans une interview accordée au portail d’information américain « Axios », Zelenskyj a intensifié ses critiques. L’accord n’était « ni juste ni honnête », a-t-il déclaré. Il était particulièrement ennuyé par le fait que les envoyés de Trump, Steve Witkoff et Jared Kushner, négociaient avec les négociateurs ukrainiens à Miami sur une éventuelle fin de la guerre parallèlement à l'accord avec Poutine. Il n’y a aucune mention de l’accord prévu sur le diesel. 
 
 
Lire aussi ANCHORAGE, ALASKA - 15 AOÛT : le président américain Donald Trump (à droite) salue le président russe Vladimir Poutine alors qu'il arrive à la base commune Elmendorf-Richardson le 15 août 2025 à Anchorage, en Alaska.
Les deux dirigeants se réunissent pour des négociations de paix visant à mettre fin à la guerre en Ukraine. (Photo par Andrew Harnik/Getty Images)
 
 Changement de stratégie « Jalon dans la transition mondiale du pouvoir » – Comment la guerre en Iran change la politique de Poutine Les démocrates ont également critiqué l’accord. Gregory Meeks, membre le plus haut placé du parti à la commission des affaires étrangères de la Chambre des représentants, a déclaré à propos de la loi de sanctions récemment adoptée contre la Russie : « Quelques semaines après avoir signé une loi imposant des sanctions aux acheteurs d'énergie russe, Trump annonce que les États-Unis l'achèteront ». Il condamne ce changement de cap. Les premières réactions des pays partenaires des États-Unis ont également été prudentes. 
 
L’Australie, par exemple, a déclaré qu’elle n’était pas dépendante des importations de carburant en provenance de Russie ; En outre, il a été déclaré que les achats à partir de là-bas restaient interdits afin que le pays ne profite pas de l'invasion de l'Ukraine. "Nous n'avons pas besoin ni ne voulons du carburant russe en Australie", a déclaré Chris Bowen, ministre australien du changement climatique et de l'énergie, lors d'une conférence de presse à l'ouest de Sydney samedi. "Nous ne voulons pas que Vladimir Poutine profite de cette guerre au Moyen-Orient. 
 
Ce que font les Etats-Unis, ce sont leurs affaires, mais nous ne changerons pas notre position." Le Trésor américain autorise temporairement les importations de diesel russe En raison des sanctions existantes contre la Russie, le Département du Trésor américain a délivré une autorisation temporaire pour l'accord conclu avec Poutine. Celui-ci autorise la vente, la livraison, le déchargement et l'importation de diesel en provenance de Russie jusqu'au 7 avril 2027. 
 
 Le vice-Premier ministre russe Alexander Nowak a annoncé la levée immédiate de l'interdiction actuelle des exportations de diesel dans son pays. Il a promis d'exporter 300 000 tonnes de diesel en octobre, a rapporté l'agence de presse officielle Tass. 500 000 et 1 000 000 tonnes supplémentaires de diesel pourraient suivre en novembre et décembre. Toutefois, cela dépend des réparations des raffineries endommagées par les attaques de drones ukrainiens. 
 
 L'année dernière, la production mensuelle de diesel de la Russie était d'environ sept millions de tonnes. Depuis, les capacités ont été réduites de moitié. Selon l'Administration américaine de l'énergie (EIA), la consommation de diesel et d'autres carburants distillés aux États-Unis s'élève actuellement en moyenne à environ 3,77 millions de barils par jour. Cela correspond à l'équivalent d'environ 500 000 tonnes. Une quantité de 300 000 tonnes couvrirait théoriquement la consommation américaine pendant 14 bonnes heures. 
 
La hausse des prix du carburant exerce une pression sur Trump et les Républicains Trump fait face à des pressions accrues dans son propre pays les prix des carburants sont sous pression à l'approche des élections de mi-mandat cruciales qui se tiendront dans moins d'un mois. Récemment, les Républicains ont également attribué, de manière inhabituellement explicite, la responsabilité de la cherté des prix à la guerre contre l'Iran. 
 
De son côté, Trump a passé ces dernières semaines à reprocher au président ukrainien Volodymyr Zelensky la pénurie mondiale de diesel et à l'exhorter à cesser les attaques contre les raffineries russes.
« Il doit arrêter de paralyser l'approvisionnement en diesel en Russie », a déclaré Trump aux journalistes vers la mi-septembre, depuis son complexe de luxe de Doonbeg, sur la côte ouest de l'Irlande.  
 
Ce faisant, le président américain cherchait à détourner l'attention de l'impact de sa guerre contre l'Iran et de la situation précaire dans le détroit d'Ormuz. « Ce n'est pas à cause du Moyen-Orient ; c'est à cause des événements en Russie et en Ukraine », a-t-il affirmé au sujet de la pénurie de diesel. Il a précisé que les États-Unis avaient déjà discuté de cette question avec Zelensky. « Il y a plein d'autres cibles. Il ne devrait pas s'attaquer aux installations liées au diesel, car cela nuit au monde entier. » Le conflit — en particulier au début de la guerre d'agression menée par la Russie contre l'Ukraine il y a plus de quatre ans et demi — a entraîné une hausse significative des prix de l'énergie à l'échelle mondiale. 
 
Ces derniers mois, l'Ukraine a intensifié ses attaques contre les installations de l'industrie pétrolière russe, et les conséquences s'y font clairement sentir. Zelensky a réitéré la volonté de l'Ukraine de suspendre les attaques contre les raffineries russes si, en contrepartie, la Russie cesse de frapper les infrastructures énergétiques ukrainiennes. « Nous venons de proposer un tel accord à l'Amérique et nous pensons que les États-Unis disposent d'un levier suffisant pour parvenir à un tel compromis », a écrit le chef de l'État. Il a ajouté qu'un allègement des sanctions contre la Russie constituerait un signe de « faiblesse évidente » et amènerait la Russie à prendre encore moins au sérieux les États-Unis. dpa/Bloomberg/ceb/gold/krott
 
 


C) - Le prix des carburants, épreuve de vérité de la présidentielle ? 

La hausse des prix des carburants et plus généralement de l’énergie vient non seulement percuter la préparation du budget 2027, exercice déjà très difficile, mais de facto aussi la campagne présidentielle. C’est un défi ultime, à sept mois du scrutin, lancé à notre système politico administratif actuel – et aux partis dits de gouvernement : est-il, sont-ils encore capables de répondre aux attentes légitimes d’une majorité de Français ?

On connait les données du problème : la guerre catastrophique entre les Etats Unis et l’Iran dans le détroit d’Ormuz, mais aussi la guerre en Ukraine, poussent les prix des carburants à la hausse partout dans le monde et en particulier en Europe. Ces prix atteignent désormais des niveaux bien supérieurs à ce qu’ils étaient au moment du mouvement des Gilets Jaunes fin 2018 ; ils sont en France parmi les plus élevés d’Europe (avec l’Allemagne et les Pays-Bas), poussés par une fiscalité française sur les carburants, elle aussi parmi les plus élevées d’Europe.

Dans notre pays, trois actifs disposant d’un emploi sur quatre, dit l’Insee, utilisent une voiture ou une fourgonnette pour aller travailler et 63% des Français jugent la voiture indispensable pour leur vie de tous les jours. Vivre à Paris, ou dans les plus grandes métropoles françaises, faussent en effet la perspective sur la vie quotidienne du reste du pays, là où il n’y pas beaucoup, sinon pas du tout, d’alternative à la voiture.

C’est d’autant plus vrai que toujours selon l’INSEE, début 2024, 21,4% de la population disait finir le mois, « difficilement ou très difficilement », auquel il faut y ajouter 20% qui disaient le finir « assez difficilement ». Bref la France active, qui a un emploi, la France populaire et moyenne, qui a dû aller à la périphérie des métropoles pour accéder à la propriété, et est obligée souvent d’utiliser deux voitures au sein d’un couple pour travailler – ce qu’on nomme la « périurbanisation » du pays – cette France-là est percutée de plein fouet par une augmentation massive du prix des carburants. Ceux qui étaient déjà dans le rouge s’y enfoncent ; ceux qui bouclaient à peu près leurs mois y basculent, et ceux qui dégageaient une petite marge pour le plaisir de vivre, la voit se réduire en peau de chagrin. Et le matelas d’épargne de précaution, dans ces catégories de la population, n’est pas considérable.

C’est le premier véritable événement de cette année présidentielle, un de ceux de ceux dont les sociologues disent qu’ils peuvent avoir un effet agenda sur les préoccupations des électeurs, sur les enjeux dont ils investissent l’élection décisive, et partant sur leurs choix électoraux – la guerre en Ukraine eut cette effet-là dans la campagne 2022, écrasant tous les autres sujets. Le pouvoir d’achat était déjà en tête des « préoccupations » des sondés en cette rentrée : il risque de l’être plus encore, au point que la sécurité économique et sociale face aux dérèglements du monde, la capacité de protection du Politique à l’égard de « la France des travailleurs » – là où Marine Le Pen a convaincu déjà nombre d’électeurs – influent lourdement sur la campagne. D’autant qu’il n’y a guère d’espoir, dans les prochains mois, que les prix refluent…

Emmanuel Macron a souligné lors de sa prise de parole après la réunion avec les partis et candidats jeudi dernier, que l’État n’était pour rien dans cette augmentation délétère, due à des circonstances géopolitiques dans laquelle la France n’est pas engagée. C’est tout à fait juste, mais notoirement insuffisant, car le Président actuel semblait suggérer ainsi que l’État n’avait pas à se mobiliser, et son budget avec, pour soutenir le pouvoir d’achat des Français. Voilà qui est bien plus discutable : la chute consécutive de la consommation à cette hausse des prix ( qui d’ailleurs commencent à gagner l’alimentaire), entraine déjà des pertes de recettes fiscales pour l’État, et risque d’affaiblir une conjoncture économique déjà très atone, avec d’autres pertes de recettes à l’horizon (la France a une des prévisions de croissance les plus faibles en 2027 dans la zone euro). De fait, les annonces gouvernementales d’hier après-midi ne mobilisent que 450 millions d’euros, à travers des dispositifs destinés à de mystérieux « gros rouleurs » (et les « moyens rouleurs » ?) qui impliquent des conditions de ressources et de trajet domicile- travail à produire à l’administration. Gageons que ce dispositif, étendu selon le gouvernement à 5 millions de personnes, sera au mieux insuffisant, s’il ne rate pas en bonne partie sa cible, par la complexité des procédures à produire pour en bénéficier. Et les effets de seuil inévitables attiseront autant les frustrations qu’ils apaiseront les difficultés de fins de mois. Bercy s’est spécialisé depuis des décennies dans la confection (parfaits au tableau noir) de tels dispositifs, lourds en réalité d’usines à gaz, censés dépensés l’argent public au plus juste, où bien des gouvernements, de tous bords, se sont perdus…

On comprend certes les raisons d’une telle pusillanimité gouvernementale : le budget de la nation est sous forte pression des marchés financiers, les taux auxquels l’État emprunte ne cesse d’augmenter, faisant peser le risque bien réel d’un effet « boule de neige » sur la charge de remboursement des intérêts de la dette publique. Dès lors annoncer des soutiens dispendieux aux automobilistes, alors qu’on a bien du mal à trouver les 54 milliard d’économies voulus par Sébastien Lecornu pour diminuer notre déficit, est en effet aventureux. De fait, on ne peut nier qu’une annonce plus massive de soutien, mais non financée, non gagée sur des économies ou des recettes nouvelles, comme se contentent trop souvent de le faire les oppositions – et certains prétendants à l’Élysée – n’est pas très responsable. Le « quoi qu’il en coûte » n’est plus de saison pour la France, s’il l’a jamais été.

Il faut se demander néanmoins si cette contradiction réelle, sur fond de « caisses vides », n’est pas une politique de Gribouille, de celles qui aggravent les problèmes, en prétendant y répondre. Risque d’aggravation des problèmes économiques d’abord, compte tenu du rôle central de la consommation dans notre activité, et partant, en cas de croissance zéro ou de récession, risque d’effondrement des recettes fiscales et de creusement des déficits publics – donc de crise financière. Risques de cohésion sociale aussi, même si les exercices de prévision de météo sociale sont souvent factices et que l’histoire sociale – celles des Gilets jaunes en l’occurrence – ne se répète jamais à l’identique. On ne peut exclure néanmoins qu’une étincelle quelconque allume un feu…

Mais risque politique et électoral patent et évident. Risque politique tout d’abord qu’il soit impossible d’adopter un budget en l’état, l’addition de la gauche et du RN pouvant rejeter une loi de finances – et renverser un gouvernement – qui iraient trop à l’encontre des attentes de l’opinion – on peut s’étonner, au passage, que la préparation gouvernementale de ce budget n’ait pas anticipé une telle situation, pourtant en partie prévisible.

Enfin risque électoral, en cette année présidentielle. Les « populismes » – utilisons ce terme faute de mieux – de gauche et de droite, LFI et RN pour ne pas les nommer, ont construit leur progression sur le vécu éprouvé de parts croissantes de la population que le « système politique » traditionnel n’était plus capable de répondre à leurs attentes, de protection ou de promotion de leur niveau ou de leur mode de vie. Le rejet du « système » serait renforcé par une impuissance de l’État, une de plus, à trouver une solution adéquate à la « multicrise » que traverse le pays, que la prix du carburant, demain du gaz, vient ébranler encore plus. Au point de fragiliser l’équilibre déjà très précaire des budgets des ménages d’une moitié du pays.

On peut certes critiquer les solutions avancées par ces partis et candidats – blocage des prix ou baisse massive de la fiscalité sur les carburants. Mais c’est une critique bien faible si on laisse des pans entiers du pays s’enfoncer dans la précarité. Les candidats réputés « raisonnables » devraient bien y réfléchir, s’ils veulent conserver une chance de ne pas être balayés, en mai prochain.

Philippe Guibert

Philippe Guibert est consultant, enseignant et chroniqueur TV. Il a publié en 2024 Gulliver Enchainé, le déclin du chef politique en France (Cerf). Il a été directeur du service d information du gouvernement (SIG) et directeur de la communication dans diverses structures publiques. Il a dirigé la rédaction de la revue Medium de Régis Debray.

https://nouvellerevuepolitique.fr/le-prix-des-carburants-epreuve-de-verite-de-la-presidentielle/
 
 
 
 

 

D) - Pétrole français : Pendant que Paris s’interdit de chercher, nos voisins forent à nos portes 

La France importe toujours l’essentiel du pétrole et du gaz qu’elle consomme, mais elle a choisi depuis la loi du 30 décembre 2017 de mettre progressivement fin à la recherche et à l’exploitation des hydrocarbures sur son territoire et dans ses espaces maritimes. En ce 22 septembre 2026, le paradoxe prend une résonance toute particulière : les automobilistes français subissent de nouveau une flambée spectaculaire des carburants, tandis que les difficultés d’approvisionnement se multiplient dans les stations-service. Le gazole a atteint 2,39 euros le litre en moyenne et dépasse 2,80 euros dans certaines stations, frôlant même 2,90 euros localement ; le SP98 a dépassé 2,20 euros. Au 20 septembre, 15 % des stations françaises étaient en rupture d’au moins un carburant, contre 11 % deux jours auparavant. Le gouvernement récuse pour l’heure le terme de pénurie nationale et évoque notamment des difficultés logistiques, aggravées par l’afflux des automobilistes vers les stations TotalEnergies où les prix sont plafonnés. Mais l’épisode rappelle brutalement une réalité que l’on avait peut-être trop rapidement oubliée : le pétrole demeure une matière première stratégique et sa disponibilité comme son prix restent tributaires des crises internationales et des capacités d’approvisionnement.

Le paradoxe mérite donc aujourd’hui d’être rouvert. Au large de la Guyane, du pétrole a réellement été découvert en 2011, même si les forages suivants n’ont pas démontré l’existence d’un gisement commercialement exploitable. À Saint-Pierre-et-Miquelon, la ZEE française appartient à un bassin sédimentaire où les études publiques ont identifié un potentiel pétrolier et surtout gazier, sans qu’il soit possible, faute d’exploration suffisante, de transformer ce potentiel géologique en réserves prouvées. Quant au sous-sol métropolitain, les anciennes estimations américaines de gaz de schiste plaçaient la France parmi les pays européens les mieux dotés en ressources techniquement récupérables, alors même que la fracturation hydraulique y demeure interdite. Il faut donc commencer par écarter le slogan facile : personne ne peut sérieusement affirmer aujourd’hui que « la France regorge de pétrole ». Mais personne ne peut davantage prétendre savoir exactement ce qu’elle possède puisqu’elle a politiquement décidé de ne plus le rechercher. Dans un monde redevenu brutal, où l’énergie est revenue au cœur des rapports de puissance, où l’Europe a découvert avec la guerre en Ukraine le prix stratégique de ses dépendances et où la facture énergétique française représentait encore 45,8 milliards d’euros en 2025, cette ignorance volontaire constitue-t-elle toujours une politique raisonnable ? D’autant que nos voisins, eux, n’éprouvent manifestement pas les mêmes scrupules : le Guyana produit désormais plus de 900 000 barils par jour, le Suriname prépare son entrée dans le club des producteurs offshore et le Brésil explore sa marge équatoriale jusque dans les eaux situées au large de l’Amazonie. Autrement dit, pendant que la France s’interdit d’explorer son sous-sol marin, les États qui l’entourent recherchent, découvrent et exploiteront les hydrocarbures de la même grande façade géologique sud-américaine.

Guyane et Saint-Pierre-et-Miquelon : le pétrole français que nous ne connaîtrons peut-être jamais

Le cas guyanais est le plus spectaculaire parce qu’il oblige à distinguer le fantasme de la réalité géologique. Le 9 septembre 2011, le forage Zaedyus-1, réalisé à environ 150 kilomètres au nord-est de Cayenne, rencontre effectivement des hydrocarbures. Le puits traverse une zone pétrolifère de 72 mètres et fait alors naître des espoirs considérables. Shell, Total, Tullow Oil et leurs partenaires pensent avoir découvert l’équivalent sud-américain de certains grands systèmes pétroliers du golfe de Guinée. Les premières estimations sont impressionnantes : le Sénat évoquera quelques années plus tard une évaluation de l’ordre de 300 millions de barils pour Zaedyus, tandis que les estimations prospectives précédant le forage étaient montées jusqu’à 700 millions.

La suite impose cependant la prudence. Quatre forages conduits entre 2012 et 2013 ne confirment pas l’extension espérée du gisement. Total revient en 2018-2019 avec Nasua-1 et engage environ 100 millions d’euros dans cette ultime campagne ; le puits ne rencontre pas d’hydrocarbures commercialement exploitables et le groupe abandonne. Affirmer aujourd’hui qu’un immense gisement guyanais connu attend simplement qu’un gouvernement français vienne ouvrir le robinet serait donc faux.

Mais l’histoire devient beaucoup plus intéressante lorsqu’on élargit la carte. À l’ouest de la Guyane française, le Guyana est devenu en quelques années l’une des nouvelles frontières pétrolières les plus spectaculaires de la planète. Le bloc Stabroek exploité par le consortium emmené par ExxonMobil produit désormais plus de 900 000 barils par jour. Plus à l’est, le Suriname suit exactement la même direction. TotalEnergies, Staatsolie et APA développent le projet GranMorgu, représentant environ 12 milliards de dollars d’investissement, avec une première production prévue pour 2028. Depuis 2019, les découvertes réalisées dans les eaux surinamaises sont estimées à plus de 2,4 milliards de barils de pétrole et liquides et 12,5 trillions de pieds cubes de gaz. TotalEnergies prévoit encore de nouveaux forages exploratoires.

Et le mouvement ne s’arrête pas là. Plus au sud, le Brésil poursuit lui aussi l’exploration de sa marge équatoriale. Petrobras considère cette région comme l’une de ses principales nouvelles frontières pétrolières. Une découverte réalisée en 2026 au large de l’Amapá, près de l’embouchure de l’Amazone, doit encore être évaluée par plusieurs forages avant que sa rentabilité puisse être établie ; le président Lula l’a néanmoins qualifiée de « passeport pour l’avenir » du pays. Le débat environnemental y est extrêmement vif, preuve que le Brésil n’ignore nullement les risques. Mais sa réponse consiste à arbitrer entre environnement et souveraineté énergétique, non à renoncer par principe à savoir ce que contient son sous-sol.

Voilà toute l’étrangeté de la situation française. Le Guyana exploite. Le Suriname explore et prépare sa production. Le Brésil explore. La France, elle, a décidé de ne plus chercher. Or la géologie ignore les frontières administratives. Que des découvertes majeures aient été réalisées de part et d’autre de la Guyane française ne démontre évidemment pas qu’un gigantesque champ pétrolier existe dans nos eaux. Mais cela rend pour le moins singulier le choix consistant à décider juridiquement que nous ne voulons plus le savoir.

La loi du 30 décembre 2017, dite loi Hulot, du nom du célèbre journaliste écolo – « en hélico » ! – devenu ministre – durant 1 année – de la Transition écologique et de la Biodiversité, a précisément verrouillé cette possibilité. Elle prévoit l’arrêt progressif de la recherche et de l’exploitation des hydrocarbures et interdit l’attribution de nouveaux permis de recherche, y compris dans la zone économique exclusive et sur le plateau continental français. L’objectif politique était clair : parvenir à la fin de la production d’hydrocarbures et envoyer un signal international compatible avec les engagements climatiques français.

Le paradoxe devient alors presque cruel. Le pétrole éventuellement présent dans les bassins géologiques voisins ne disparaîtra pas parce que Paris a décidé de ne plus l’extraire. D’autres États et d’autres compagnies l’exploiteront à quelques centaines de kilomètres de nos côtes, le vendront sur le marché mondial et la France pourra parfaitement finir par acheter, directement ou indirectement, des hydrocarbures produits dans cette même région qu’elle aura choisi de ne pas explorer chez elle. Ce serait une étrange conception de la vertu écologique : externaliser l’extraction, les emplois, les recettes fiscales et la puissance stratégique, tout en conservant une partie de la consommation.

Le même paradoxe apparaît à Saint-Pierre-et-Miquelon, mais sous une autre forme. L’archipel se trouve dans le bassin sous-laurentien, à proximité de zones canadiennes historiquement productrices d’hydrocarbures. Les documents officiels français soulignent depuis longtemps l’intérêt géologique du secteur. Une étude publique de 2018 rappelait une estimation de l’IFP situant à 1 à 1,5 trillion de pieds cubes de gaz le potentiel attribuable à la partie française du système, tout en soulignant qu’il s’agissait d’un potentiel et non de réserves prouvées commercialement exploitables. Le forage Bandol-1 réalisé en 2001 n’avait pas débouché sur une découverte commerciale mais avait conduit les experts à considérer que les zones potentiellement les plus intéressantes pouvaient se situer plus au large.

Là encore, la question stratégique n’est pas : « Pourquoi ne produisons-nous pas immédiatement ? » Elle est plus fondamentale : pourquoi avons-nous décidé que nous ne voulions même plus savoir ?

Gaz de schiste : le grand interdit français

Le débat devient encore plus sensible avec le gaz de schiste.

La fracturation hydraulique est interdite en France depuis 2011 et le droit actuel interdit la recherche et l’exploitation d’hydrocarbures par fracturation hydraulique ainsi que certaines autres méthodes non conventionnelles. La loi de 2017 a renforcé cette orientation en l’intégrant dans une stratégie générale de sortie des hydrocarbures.

Pourtant, les chiffres qui avaient autrefois circulé étaient considérables. L’étude internationale de l’Energy Information Administration américaine estimait les ressources françaises techniquement récupérables à environ 137 trillions de pieds cubes de gaz de schiste et 4,7 milliards de barils de pétrole de schiste. Ces données sont anciennes, reposent largement sur des modélisations géologiques et ne doivent surtout pas être confondues avec des réserves prouvées ou économiquement exploitables. C’est précisément le point : sans exploration, on ne peut transformer une estimation théorique en connaissance géologique fiable.

La France se trouve ainsi dans une situation singulière. Elle importe du gaz naturel, notamment sous forme de GNL, tout en interdisant une technique qui permettrait de déterminer si certaines de ses propres ressources peuvent être produites économiquement. En 2025 encore, les importations françaises de gaz restaient élevées, notamment depuis les États-Unis et la Russie.

Or une partie du GNL américain provient précisément d’une révolution énergétique rendue possible par le gaz de schiste.

Le paradoxe environnemental mérite donc d’être posé sans caricature : refuser d’extraire chez soi ne supprime pas nécessairement la consommation ; cela peut simplement déplacer l’extraction à plusieurs milliers de kilomètres. Il faut naturellement intégrer à l’équation les risques associés à la fracturation hydraulique, la consommation d’eau, les fuites de méthane, les nuisances locales, la rentabilité des gisements et l’acceptabilité sociale. La France n’est ni le Texas ni la Pennsylvanie et la densité de population de certaines régions rendrait probablement toute exploitation beaucoup plus difficile.

Mais entre l’exploitation frénétique et l’interdiction de connaître son sous-sol existe une troisième voie : rechercher, cartographier, expérimenter sous contrôle public et décider ensuite.

Une grande puissance devrait au minimum connaître les ressources stratégiques dont elle dispose.

Et si la France changeait de doctrine énergétique ?

Imaginons donc non pas que la France découvre demain miraculeusement une nouvelle Arabie saoudite sous Cayenne ou Saint-Pierre, mais qu’elle décide simplement d’abroger ou de réviser la doctrine de 2017 afin de permettre une exploration moderne, extrêmement réglementée et scientifiquement transparente de ses ressources.

Le premier bénéfice serait géopolitique.

Depuis les chocs pétroliers de 1973, la France a construit une partie de son indépendance énergétique sur le nucléaire. Ce choix constitue aujourd’hui l’un de ses principaux avantages stratégiques. Mais le nucléaire produit de l’électricité ; il ne remplace pas à lui seul le pétrole utilisé par les transports, la pétrochimie, l’aviation, certaines industries et une partie des besoins militaires. La transition énergétique réduira progressivement cette consommation, mais elle ne la fera pas disparaître demain matin.

Or tant qu’un pays consomme des hydrocarbures qu’il ne produit pas, quelqu’un d’autre les produit pour lui. Et c’est précisément ce que montre aujourd’hui la façade atlantique sud-américaine. Le Guyana transforme ses découvertes en production et en recettes publiques ; le Suriname prépare le même basculement économique avec GranMorgu ; le Brésil cherche de nouvelles réserves afin de prolonger sa puissance pétrolière. Petrobras présente d’ailleurs la marge équatoriale comme l’une de ses zones d’exploration les plus prometteuses et recherche parallèlement de nouveaux bassins jusqu’en Afrique pour renouveler ses réserves.

La comparaison est d’autant plus frappante que ces pays ne sont nullement étrangers aux préoccupations climatiques. Le Brésil de Lula entend simultanément défendre l’Amazonie et rechercher du pétrole offshore ; le Suriname veut développer ses hydrocarbures tout en préparant son avenir économique. Leur doctrine n’est pas de nier la transition énergétique, mais de considérer que la transition n’interdit pas l’exploitation stratégique des ressources dont ils disposent pendant qu’une demande mondiale existe encore.

Produire une fraction du pétrole ou du gaz consommé en France réduirait mécaniquement, toutes choses égales par ailleurs, une partie des importations. La facture énergétique française est revenue à 45,8 milliards d’euros en 2025 après les sommets provoqués par la crise énergétique, ce qui donne une idée des ordres de grandeur économiques associés à notre dépendance. Même une production nationale modeste ne transformerait pas la France en puissance exportatrice, mais quelques milliards d’euros d’importations évitées chaque année auraient un effet cumulé significatif sur la balance commerciale.

Le deuxième bénéfice concernerait directement les outre-mer.

Une découverte commercialement viable au large de Saint-Pierre-et-Miquelon ou de la Guyane ne devrait surtout pas reproduire les vieux modèles extractifs où une ressource quitte le territoire sans transformer son économie. Les rapports parlementaires français l’avaient d’ailleurs compris depuis longtemps : emplois portuaires, maintenance, ingénierie, formation, infrastructures et services associés pourraient constituer une part essentielle des retombées locales. À Saint-Pierre-et-Miquelon, territoire ayant subi l’effondrement de la grande pêche à la morue, les documents publics évoquaient déjà ce potentiel de diversification économique.

Il faudrait donc imaginer un modèle français dans lequel une part substantielle des redevances et de la valeur créée reviendrait aux territoires concernés, tandis qu’une autre alimenterait un fonds souverain énergétique français consacré au nucléaire de nouvelle génération, aux réseaux électriques, à la recherche, aux batteries, à l’hydrogène lorsque celui-ci est pertinent et à la décarbonation industrielle.

Ce serait d’ailleurs le paradoxe le plus intéressant : utiliser une ressource fossile temporaire pour financer la sortie progressive des énergies fossiles.

La Norvège a bâti une partie de sa puissance financière contemporaine sur ses hydrocarbures tout en développant une économie fortement électrifiée et un gigantesque fonds souverain. La France ne possède probablement ni les réserves norvégiennes ni les mêmes conditions géologiques. Mais la philosophie mérite réflexion : une ressource nationale peut être transformée en capital stratégique plutôt qu’en simple consommation.

Enfin, il y a la dimension militaire. Une puissance nucléaire, membre permanent du Conseil de sécurité, disposant de territoires sur plusieurs océans et d’une des plus grandes ZEE du monde ne peut considérer l’énergie comme une simple marchandise. Les guerres rappellent brutalement que les armées fonctionnent encore largement aux hydrocarbures. Avions de combat, navires, véhicules terrestres et chaînes logistiques dépendent toujours massivement de carburants liquides. Dans une crise majeure, disposer d’une production nationale, même partielle, constitue une assurance stratégique.

La véritable question n’oppose donc pas pétrole et transition énergétique.

Elle oppose dépendance et souveraineté.

La France a parfaitement raison de vouloir réduire sa consommation d’hydrocarbures. Elle aurait également raison de protéger les écosystèmes exceptionnels de Guyane et de ses espaces maritimes, et aucune exploitation offshore ne devrait être envisagée sans exigences environnementales parmi les plus sévères du monde. Mais réduire notre consommation n’implique pas nécessairement de nous interdire de connaître et, le cas échéant, d’utiliser temporairement nos propres ressources pendant la transition.

La loi de 2017 reposait sur une vision du monde dans laquelle la sortie des hydrocarbures paraissait devoir être rapide, collective et presque linéaire. Moins de dix ans plus tard, la Russie demeure une puissance énergétique majeure, les États-Unis sont devenus un géant du pétrole et du gaz, le Guyana connaît une transformation économique spectaculaire grâce à l’offshore et TotalEnergies investit 12 milliards de dollars dans le pétrole du Suriname voisin de notre Guyane. Le Brésil, lui, pousse désormais l’exploration vers sa marge équatoriale, considérée par Petrobras comme une frontière stratégique pour renouveler les réserves du pays. En 2026, une nouvelle découverte au large de l’Amapá a encore renforcé cette ambition, même si sa viabilité commerciale reste à démontrer.

Pendant ce temps, la France importe.

Voilà le paradoxe.

Et peut-être demain achètera-t-elle, au prix du marché mondial, le pétrole extrait par le Guyana, le Suriname ou le Brésil à proximité immédiate de territoires français où elle se sera elle-même interdit de poursuivre l’exploration. Ce serait alors moins une politique de sortie des hydrocarbures qu’une politique d’externalisation : les autres assumeraient l’extraction et en conserveraient les emplois, les investissements, les recettes fiscales et les bénéfices géopolitiques ; nous conserverions la consommation, la facture et la dépendance.

L’actualité de septembre 2026 donne à cette contradiction une dimension presque pédagogique. Lorsque le gazole atteint des niveaux historiques, que certains automobilistes découvrent des prix approchant 3 euros le litre et que près d’une station sur six rencontre des difficultés sur au moins un carburant, la souveraineté énergétique cesse brusquement d’être une abstraction de rapport administratif. Elle redevient ce qu’elle a toujours été : une question de pouvoir d’achat, de fonctionnement de l’économie et, derrière elle, de sécurité nationale. Les tensions actuelles ne seraient évidemment pas supprimées par quelques puits français — développer un champ offshore prend des années — et les ruptures observées en septembre sont en partie liées à la distribution plutôt qu’à une absence physique de pétrole brut. Mais la crise illustre exactement pourquoi la diversification des approvisionnements et l’existence de capacités nationales conservent une valeur stratégique.

Peut-être les fonds marins guyanais ne recèlent-ils finalement aucun nouveau gisement rentable. Peut-être Saint-Pierre-et-Miquelon ne possédera-t-il jamais suffisamment de gaz pour justifier une exploitation. Peut-être le gaz de schiste français se révélerait-il trop coûteux, trop complexe ou environnementalement inacceptable.

Mais pour pouvoir décider rationnellement de ne pas exploiter une richesse, encore faut-il savoir si elle existe.

La souveraineté énergétique ne consiste pas nécessairement à extraire tout ce que l’on possède. Elle commence par quelque chose de beaucoup plus élémentaire : savoir ce que l’on possède, puis conserver la liberté de décider soi-même ce que l’on en fait. Car une chose est certaine : si des hydrocarbures commercialement exploitables existent dans les bassins qui entourent nos territoires, le Guyana, le Suriname et le Brésil, eux, ne se sont pas interdit de les chercher.

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E) - La Chine, véritable arbitre du pétrole mondial ? 

Quand la guerre ne suffit plus à faire monter les prix

Il y a encore quelques semaines, tout semblait annoncer un nouveau choc énergétique mondial. Les attaques dans le golfe Persique, le blocage du détroit d’Ormuz, les dommages infligés aux raffineries du Moyen-Orient et de Russie, ainsi que la menace d’une interruption massive des approvisionnements avaient ravivé le souvenir de la crise provoquée par la guerre en Ukraine.

Pourtant, les cours du pétrole ont rapidement retrouvé leurs niveaux antérieurs au conflit. Le gaz a effacé une grande partie de ses hausses et plusieurs matières premières ont suivi le même mouvement. Cette accalmie ne signifie pas que les risques ont disparu. Elle révèle plutôt une transformation profonde du marché mondial de l’énergie : désormais, les décisions prises à Pékin peuvent peser autant, voire davantage, que les crises militaires du Moyen-Orient.

La Chine n’est plus seulement le premier importateur mondial de pétrole. Elle est devenue l’acteur capable d’amplifier ou d’atténuer les conséquences économiques d’une guerre.

Des prix déconnectés de la réalité physique

La chute des cours donne l’impression d’un retour à la normale, alors même que les difficultés matérielles restent considérables. Au plus fort de la crise, la perte d’approvisionnement aurait atteint près de quatorze millions de barils par jour, soit plus de 10 % de la capacité mondiale. Le baril de Brent avait alors dépassé 120 dollars.

Depuis, les investisseurs financiers ont massivement liquidé leurs positions à la hausse. L’indice regroupant les principales matières premières a perdu près de 15 % par rapport à ses sommets, tandis que les paris spéculatifs sur la hausse des prix se sont effondrés.

Le marché financier raconte donc une histoire plus rassurante que celle des infrastructures. Le trafic à travers Ormuz demeure très inférieur à son niveau d’avant-guerre. Là où passaient environ cent trente navires par jour, il n’en transite parfois qu’une quarantaine. Plusieurs raffineries importantes d’Arabie saoudite, de Bahreïn et du Koweït pourraient avoir besoin de plusieurs mois avant de retrouver leur pleine capacité.

Le problème n’est pas seulement l’extraction du pétrole brut. Il concerne surtout sa transformation en gazole, essence, carburant aérien et produits indispensables à l’industrie mondiale. Une région peut continuer à produire du brut tout en étant incapable de le raffiner suffisamment.

La Chine consomme moins que prévu

C’est ici que Pékin entre en scène. Pendant deux décennies, la croissance chinoise a soutenu presque mécaniquement la demande mondiale d’énergie. Les analystes considéraient que l’industrialisation, l’urbanisation et l’augmentation du parc automobile assureraient une progression durable des importations.

Cette certitude est aujourd’hui remise en cause. Les ventes d’essence et de gazole des grands groupes chinois ont nettement reculé. Les importations de brut ont également chuté à leur niveau le plus bas depuis plusieurs années.

Cette évolution ne semble pas uniquement liée aux prix élevés ou aux tensions militaires. Elle traduit une modification plus profonde du modèle économique chinois. L’électrification rapide des transports réduit la consommation d’essence. Le ralentissement immobilier affaiblit la demande de gazole dans la construction. Les gains d’efficacité énergétique diminuent les besoins de l’industrie.

La Chine apprend ainsi à produire, transporter et consommer avec moins de pétrole. Si cette tendance se confirme, elle pourrait devenir un facteur durable de baisse des prix, capable d’absorber une partie des effets provoqués par les guerres et les sanctions.

Les réserves chinoises comme arme géoéconomique

Pékin dispose également d’un autre levier : ses réserves stratégiques et commerciales. Au début de la crise, la Chine aurait accumulé plus de 1,3 milliard de barils. Cette masse lui permet de réduire ses achats lorsque les prix augmentent, puis de revenir sur le marché lorsque les conditions deviennent plus favorables.

Cette politique donne à la Chine une influence comparable à celle d’un grand producteur. Lorsqu’elle achète massivement, elle soutient les cours. Lorsqu’elle se retire, elle provoque un excédent apparent et accentue la baisse.

La gestion des réserves devient ainsi un instrument de puissance. Elle protège l’économie chinoise, améliore la capacité de négociation de Pékin avec les producteurs et réduit l’efficacité des pressions américaines sur les flux énergétiques mondiaux.

La Chine ne contrôle pas le détroit d’Ormuz, mais elle peut décider quelle quantité de pétrole doit en sortir pour répondre à ses propres besoins. Dans un marché où quelques millions de barils suffisent à modifier les prix, cette capacité constitue une arme géoéconomique majeure.

Pékin devient aussi exportateur de stabilité

La Chine influence désormais le marché non seulement par ses importations de brut, mais également par ses exportations de carburants raffinés. Pékin a récemment autorisé une augmentation des ventes extérieures d’essence, de gazole et de carburant aérien.

Cette décision intervient alors que plusieurs raffineries du Golfe fonctionnent encore au ralenti. Les produits chinois peuvent donc remplacer une partie des volumes manquants et contenir la hausse des prix internationaux.

Le paradoxe est évident : tandis que les puissances du Moyen-Orient subissent les conséquences militaires de la guerre, la Chine profite de sa capacité industrielle pour combler les pénuries. Elle renforce ainsi son rôle dans les chaînes d’approvisionnement mondiales et sa présence sur les marchés asiatiques.

Pékin apparaît de plus en plus comme un fournisseur de dernier recours. Cette position peut se traduire par des avantages commerciaux, diplomatiques et politiques, notamment auprès des États dépendants des importations de carburants.

Une vulnérabilité militaire toujours présente

Il serait pourtant dangereux de considérer la crise comme terminée. Le marché repose aujourd’hui sur l’hypothèse d’une stabilisation durable entre l’Iran et les États-Unis, d’une reprise progressive des passages à Ormuz et d’un maintien de la demande chinoise à un niveau modéré.

Ces trois conditions peuvent disparaître rapidement. Une nouvelle attaque contre les infrastructures énergétiques, une fermeture partielle du détroit ou une reprise des achats chinois suffiraient à provoquer un redressement brutal des cours.

La situation militaire reste particulièrement instable. Les attaques par missiles et aéronefs sans pilote ont démontré qu’il était possible de perturber durablement le raffinage et le transport sans détruire les champs pétroliers eux-mêmes. Le système énergétique mondial dépend d’un nombre limité de ports, de raffineries, de terminaux et de passages maritimes faciles à identifier et difficiles à protéger complètement.

La faiblesse stratégique ne réside donc plus seulement dans la production, mais dans l’ensemble de la chaîne logistique.

Le pétrole entre Ormuz et Pékin

L’avenir des prix dépendra de l’affrontement entre deux forces. La première est géopolitique : guerres, sanctions, attaques contre les infrastructures et contrôle des détroits. La seconde est chinoise : ralentissement économique, électrification, réserves stratégiques et politique d’importation.

Si la Chine continue à réduire sa consommation, elle limitera la capacité des producteurs à imposer des prix élevés. Si elle recommence à acheter massivement pour soutenir son industrie, reconstruire ses réserves ou alimenter de nouveaux besoins liés aux centres de données et à l’intelligence artificielle, le marché pourrait découvrir que l’excédent actuel n’était qu’une illusion.

Le détroit d’Ormuz reste indispensable. Mais l’arbitre des cours n’est plus seulement celui qui contrôle le passage des navires. C’est aussi celui qui décide combien de pétrole il souhaite acheter. Et cet arbitre se trouve désormais à Pékin.

Giuseppe Gagliano

Giuseppe Gagliano a fondé en 2011 le réseau international Cestudec (Centre d'études stratégiques Carlo de Cristoforis), basé à Côme (Italie), dans le but d'étudier, dans une perspective réaliste

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septembre 07, 2026

Prospective & intelligence artificielle: Un RENVERSEMENT SOCIAL depuis la RÉVOLUTION INDUSTRIELLE !

L’IA EST PEUT-ÊTRE EN TRAIN DE PRODUIRE LE RENVERSEMENT SOCIAL LE PLUS IRONIQUE DEPUIS LA RÉVOLUTION INDUSTRIELLE. 

 Pendant cinquante ans, on a dit aux jeunes : FAITES DES ÉTUDES. 

Quittez l’atelier. 

Quittez le chantier. 

Quittez l’usine. 

Quittez les métiers manuels. 

Entrez dans le bureau. 

C’est là que se trouvent : le salaire, le statut, la sécurité, la valeur ajoutée. 


Et maintenant arrive l’IA. Une étude du Burning Glass Institute montre quelque chose d’extraordinaire aux États-Unis. Chez les 22-34 ans, les jeunes sans diplôme universitaire connaissent l’un des marchés du travail les plus favorables depuis deux décennies. 

 Pendant ce temps…LA SITUATION DES JEUNES DIPLÔMÉS SE DÉGRADE. Attention : un diplôme reste encore statistiquement avantageux. Les diplômés ont toujours moins de chômage en niveau absolu. Mais la direction relative vient de changer. Et c’est cela qui compte. 

Pourquoi ? 

 Parce que l’IA attaque d’abord exactement les tâches que nous avions appris à considérer comme « hautement qualifiées » : rédiger, résumer, chercher, classifier, traduire, coder simplement, préparer une présentation, faire une première analyse, produire un reporting, répondre à un client. Autrement dit : LE TRAVAIL COGNITIF JUNIOR. Or c’était précisément la porte d’entrée traditionnelle du jeune diplômé dans l’entreprise. 

L’avocat junior. 

L’analyste junior. 

Le développeur junior. 

Le consultant junior. 

Le marketeur junior. 

Le comptable junior. 

Le paradoxe est fantastique : PLUS UNE TÂCHE EST NUMÉRIQUE, STANDARDISABLE ET EXÉCUTÉE DEVANT UN ÉCRAN…PLUS ELLE EST FACILE À DONNER À UNE IA. Pendant ce temps : plombier, électricien, infirmier, technicien, ouvrier spécialisé, installateur, cuisinier, serveur, maintenance, construction…restent ancrés dans : LE MONDE PHYSIQUE. Et le monde physique possède encore une propriété très précieuse : 

IL RÉSISTE AU SOFTWARE. 

Nous retrouvons exactement notre thèse. L’intelligence devient abondante. Les atomes restent rares. Donc la rente se déplace. 

 Pendant cinquante ans : 

DIPLÔME → RARETÉ → PRIME SALARIALE. 

 Demain, dans certains métiers : 

 PRÉSENCE PHYSIQUE + SAVOIR-FAIRE → RARETÉ → PRIME SALARIALE. 

Et il existe un deuxième phénomène encore plus puissant. Les baby-boomers partent à la retraite. L’immigration américaine a fortement ralenti. La population active sans diplôme diminue structurellement. 

Burning Glass avait déjà montré que la population américaine en âge de travailler sans diplôme universitaire diminuait d’environ 0,5 % par an, alors que la population diplômée continuait d’augmenter. Donc : OFFRE DE TRAVAIL MANUEL ↓ pendant que : OFFRE DE TRAVAIL COGNITIF ↑ 

Et maintenant l’IA arrive précisément du côté où l’offre humaine augmentait déjà. C’est presque une expérience économique parfaite. Résultat possible : COMPRESSION DE LA PRIME AU DIPLÔME. Pas disparition. Compression. Et cela pourrait avoir une conséquence sociale extraordinaire. L’IA pourrait, pendant une phase de transition, réduire certaines inégalités salariales…non pas en taxant les métiers cognitifs pour redistribuer aux autres…mais en : MODIFIANT LA RARETÉ RELATIVE DU TRAVAIL. Le marché ferait alors ce que cinquante ans de politiques publiques ont essayé de faire : revaloriser certaines tâches modestes. 

Pourquoi ? 

Parce qu’un analyste junior peut désormais être augmenté par Astra. Mais Astra ne vient toujours pas réparer votre toiture. PAS ENCORE. Et ces deux mots sont essentiels. Car cette anomalie durera seulement jusqu’à la deuxième révolution. 

 

 La première est : 

 IA → AUTOMATISATION DU TRAVAIL COGNITIF. 

 La seconde sera : 

IA + ROBOTIQUE → AUTOMATISATION DU TRAVAIL PHYSIQUE. 

Et voilà pourquoi 2026-2030 pourrait constituer une fenêtre historique étrange. Pendant quelques années : 

LE CORPS HUMAIN POURRAIT DEVENIR PLUS RARE QUE LE CERVEAU HUMAIN. Puis les robots arrivent. Optimus. Figure. Apptronik. 1X. robots industriels autonomes. véhicules autonomes. drones. 

Et alors notre équation reprend : LABOR → CAPEX. D’abord pour le cerveau. Ensuite pour les bras. Nous obtenons donc peut-être les trois phases de la révolution : 

PHASE 1 

 L’IA augmente les travailleurs intellectuels. 

PHASE 2 

L’IA remplace certaines fonctions intellectuelles juniors et revalorise relativement le travail physique. 

PHASE 3 

La robotique incorpore cette intelligence et attaque à son tour la rareté du travail physique. 

Et à ce moment-là…LE VÉRITABLE FACTEUR RARE NE SERA PLUS LE TRAVAIL. Il deviendra : capital, énergie, compute, machines, matières premières, capacité entrepreneuriale. 

C’est pourquoi je ne parlerais pas de « fin du diplôme ». Je parlerais de quelque chose de beaucoup plus profond : FIN DU DIPLÔME COMME ASSURANCE AUTOMATIQUE CONTRE LA CONCURRENCE TECHNOLOGIQUE. 

Pendant un demi-siècle, nous avons appris : plus une tâche est intellectuelle, plus elle est protégée. L’IA inverse l’équation. PLUS UNE TÂCHE EST COGNITIVE ET NUMÉRISABLE, PLUS ELLE EST EXPOSÉE. Et plus une tâche exige encore : un corps, des mains, un lieu, une interaction humaine, une responsabilité physique…PLUS ELLE POSSÈDE TEMPORAIREMENT UN MOAT. Voilà peut-être le plus grand retournement culturel de l’IA. 

Nous avions envoyé une génération entière vers les bureaux…AU MOMENT PRÉCIS OÙ LE BUREAU ALLAIT DEVENIR LE PREMIER ENDROIT AUTOMATISABLE. Et nous avions dévalorisé les métiers manuels…AU MOMENT PRÉCIS OÙ ILS ALLAIENT REDEVENIR RARES. 

 L’IA ne détruit donc pas simplement des emplois. ELLE REDESSINE LA HIÉRARCHIE DE LA RARETÉ HUMAINE. Et la robotique fera ensuite le reste.


LE PRIX DE LA PUISSANCE - Quand l’IA devient assez grande pour faire monter le taux du monde

La semaine dernière, nous écrivions La Course sans filet. Kevin Warsh retirait progressivement le GPS monétaire de Wall Street et demandait à la Silicon Valley de démontrer que sa révolution pouvait survivre au retour d’un véritable prix du capital.

Cette semaine, nous obtenons la réponse. Et elle est beaucoup plus intéressante que prévu.

Le marché obligataire mondial vient de subir une nouvelle secousse. Le Treasury américain à dix ans s’est rapproché de 4,8 %, le trente ans de 5,3 %. Au Japon, les taux longs atteignent des niveaux inconnus depuis plusieurs décennies. En Allemagne, le Bund remonte vers des niveaux oubliés depuis quinze ans. La France paie désormais une prime de risque considérable par rapport à son voisin allemand. La duration ne souffre plus uniquement aux États-Unis : le capital long est en train d’être repricé à l’échelle mondiale.

La lecture immédiate paraît évidente : inflation persistante, déficits trop importants, pétrole, banques centrales trop lentes, dettes publiques excessives. Tout cela compte. Mais ce n’est plus toute l’histoire.

Car un phénomène beaucoup plus profond se produit simultanément : l’intelligence artificielle elle-même commence à contribuer à la hausse du prix du capital dont on affirme ensuite qu’il constitue sa principale menace.

Les plus grands hyperscalers américains ont déjà levé des centaines de milliards de dollars sur les marchés obligataires pour construire leurs data centers. Les États empruntent pour financer leurs déficits. Les utilities doivent financer de nouvelles capacités électriques. Les réseaux doivent être renforcés. La défense réclame davantage de capital. Le nucléaire revient. Les laboratoires d’IA réservent leur compute plusieurs années à l’avance.

Tout le monde cherche la même chose : de la duration.

Nous pensions que l’IA allait bouleverser le software. Puis nous avons compris qu’elle allait bouleverser l’électricité. Ensuite le crédit. Elle commence maintenant à modifier le taux d’actualisation du monde entier.

 


 

Voilà pourquoi ce rapport s’appelle :

LE PRIX DE LA PUISSANCE

Car le marché ne demande plus simplement si l’IA existe. Il commence à demander combien il faut payer pour financer une civilisation qui veut simultanément construire l’intelligence, l’énergie, la défense, la robotique et les infrastructures nécessaires à sa souveraineté.

Et le paradoxe est délicieux : le principal problème de l’IA pourrait désormais être qu’elle fonctionne trop bien.

LE GRAND REPRICING : QUAND LE FUTUR SE MET À CONCURRENCER L’ÉTAT

Le mouvement obligataire de cette semaine mérite d’être pris au sérieux précisément parce qu’il n’est plus localisé. États-Unis, Japon, Allemagne, Royaume-Uni, France : dans toutes les grandes économies développées, le capital long demande davantage de rémunération.

Mais un taux long ne monte pas pour une seule raison. Il peut monter parce que l’État paraît moins solvable. Mauvais signal. Il peut monter parce que l’inflation risque de rester trop élevée. Mauvais signal également. Mais il peut aussi monter parce que l’économie réclame soudain énormément de capital pour financer un cycle d’investissement, parce que les anticipations de croissance réelle remontent et parce qu’une nouvelle vague de productivité semble possible.

Cette dernière hypothèse est encore trop peu discutée.

JPMorgan Private Bank a commencé à poser explicitement la question : et si une partie de la hausse des taux longs reflétait déjà l’anticipation d’un cycle de productivité lié à l’IA ?

Voilà une grille de lecture essentielle.

Le marché obligataire peut dire simultanément : il y aura davantage de dette et davantage de croissance.

Les deux font monter les taux.

La vraie question n’est donc pas simplement : les rendements montent-ils ?

C’est : pourquoi montent-ils ?

Et cette distinction change toute notre lecture TS2F.

Lorsqu’un État emprunte davantage pour financer ses dépenses courantes, la prime supplémentaire exigée par le marché peut refléter une détérioration. Lorsqu’une entreprise emprunte pour construire une infrastructure capable d’augmenter demain sa production, il existe potentiellement une contrepartie productive.

Voilà le conflit qui apparaît aujourd’hui. Le Treasury américain veut des milliers de milliards. Les hyperscalers veulent des centaines de milliards. Les utilities doivent reconstruire. Le Pentagone se réarme. Le nucléaire revient. SpaceX construit. Les laboratoires veulent garantir leur compute.

Silicon Valley commence à concurrencer Washington sur le marché mondial de l’épargne.

La semaine dernière, nous posions la question : qui obtiendra la duration ?

Cette semaine, la réponse commence à apparaître : celui qui acceptera de la payer — et surtout celui qui sera capable de la rentabiliser.


HARTNETT VOIT LE Krach. JE VOIS LA SÉLECTION.

Michael Hartnett a raison de placer les obligations au centre de son analyse. Son indicateur Bull & Bear reste en zone d’extrême optimisme, les flux ralentissent sur certaines poches actions et le cash comme les obligations redeviennent attractifs.

Il ajoute une dimension politique : une victoire démocrate importante lors des élections de mi-mandat pourrait, selon lui, provoquer un violent repricing des actions américaines, du dollar et du complexe IA.

Le scénario n’est pas absurde.

Une nouvelle majorité peut modifier les anticipations de fiscalité, de réglementation, de dépenses et de politique énergétique. Cela peut provoquer une correction de 10 %, 15 % ou davantage.

Mais il faut être extrêmement précis sur les mots.

Une baisse de 15 % des actions IA n’est pas nécessairement l’éclatement de la révolution IA.

Cela peut simplement être : l’éclatement d’une valorisation.

Internet a survécu à l’effondrement du Nasdaq. Le chemin de fer a survécu aux faillites ferroviaires. L’électricité a survécu aux crises des utilities.

Une technologie peut être révolutionnaire et son action trop chère.

Le techno-optimisme sérieux exige de savoir distinguer :

LA TECHNOLOGIE DE SON PRIX EN BOURSE.

Une victoire électorale peut modifier le multiple. Elle ne supprime pas la Chine. Elle ne supprime pas le déficit énergétique. Elle ne supprime pas la cybermenace. Elle ne supprime pas le besoin de compute, de robotique, de défense ou d’infrastructures souveraines.

La politique peut changer le prix de la course.

Elle ne peut plus facilement annuler la course.


WARSH : LE BANQUIER CENTRAL QUI OBLIGE L’ACCÉLÉRATION À DEVENIR PRODUCTIVE

Le marché du travail américain complique encore l’équation de Kevin Warsh. L’économie reste suffisamment solide pour tolérer une politique plus ferme, tandis que l’inflation demeure suffisamment élevée pour la justifier. Mais les rendements longs sont déjà suffisamment tendus pour qu’une erreur puisse devenir dangereuse.

Hartnett soulève ici un paradoxe important : une hausse des taux courts peut parfois contribuer à faire baisser les taux longs si elle restaure la crédibilité anti-inflation de la banque centrale.

Autrement dit, une Fed plus dure aujourd’hui peut réduire la prime de risque inflationniste sur trente ans demain.

C’est pourquoi, lors de la prochaine décision monétaire, je regarderai moins le quart de point lui-même que la réaction du Treasury trente ans.

Et c’est ici que notre doctrine accélérationniste doit évoluer.

L’accélération version 2024 pouvait se résumer à : construisez, le capital suivra.

En 2026, ce n’est plus suffisant.

Il faut désormais dire :

CONSTRUISEZ CE QUI PRODUIT PLUS VITE QUE LE COÛT DU CAPITAL N’AUGMENTE.

Voilà le véritable hard mode.

Un data center financé à 3 % n’a pas besoin d’être extraordinaire. À 7 %, il doit produire. Un néocloud fortement levier doit démontrer son taux d’utilisation. Un modèle doit générer du revenu. Un SMR doit délivrer des électrons. Un robot doit économiser du travail. Un logiciel IA doit améliorer une marge.

Warsh n’arrête donc pas nécessairement l’accélération.

Il lui impose un hurdle rate.

Et c’est peut-être exactement ce dont cette révolution avait besoin.


BROADCOM, DELL, SNOWFLAKE : LA PREUVE QUE L’IA SORT DE NVIDIA

Pendant que les obligations crient, l’économie réelle continue de produire des signaux extraordinairement puissants.

Broadcom vient d’élargir radicalement sa visibilité sur l’IA. La société prévoit une montée spectaculaire de ses revenus liés au custom silicon, avec des besoins exprimés en gigawatts par plusieurs grands clients. Ce point est essentiel, parce que la révolution commence à sortir du monopole narratif Nvidia.

Nous entrons progressivement dans un système comprenant GPU généralistes, ASIC, custom silicon, mémoire, réseaux, interconnect et CPU. Une véritable industrie se construit. Et une véritable industrie ne possède presque jamais un seul fournisseur.

Dell confirme la diffusion. Les commandes de serveurs IA se chiffrent désormais en dizaines et dizaines de milliards, avec une demande qui ne vient plus uniquement des hyperscalers mais aussi des néoclouds, des entreprises et des projets souverains.

Le marché doit regarder cela de très près.

Si Nvidia progresse seule tandis que Dell, Broadcom, networking, stockage et software stagnent, nous avons un problème.

Si la croissance se diffuse, nous avons une industrialisation.

Et pour l’instant, elle se diffuse.

Snowflake fournit peut-être le signal le plus important. Ses produits IA commencent à contribuer directement à l’accélération de son chiffre d’affaires.

Voilà la transition que nous attendions :

GPU → MODÈLE → AGENT → SOFTWARE → REVENU.

L’IA commence à sortir du capex pour entrer dans le compte de résultat.

Goldman observe d’ailleurs exactement cette rotation : le momentum qui était dominé par les bénéficiaires du capex IA commence à se déplacer vers le software et vers les bénéficiaires des cas d’usage. Le logiciel est désormais dans une dynamique longue sur trois mois malgré son retard sur douze mois.

C’est extrêmement sain.

Une révolution confinée chez son fournisseur de matériel finit par devenir une bulle.

Une révolution qui diffuse ses gains de productivité devient une économie.


LE MARCHÉ COMMENCE À PAYER L’UTILITÉ, PAS SEULEMENT L’INFRASTRUCTURE

C’est probablement le changement intellectuel majeur de l’automne.

De Salesforce à Snowflake, de CrowdStrike à Tesla, la question devient progressivement moins : qui vend l’IA ? et davantage : qui utilise l’IA pour gagner davantage d’argent ?

Goldman formule presque exactement cette transition en observant le déplacement des bénéficiaires des investissements vers les bénéficiaires des cas d’usage.

Je pense que cela constituera l’un des thèmes fondamentaux des douze prochains mois.

2024-2026 : qui vend le compute ?

2027 : qui transforme le compute en marge ?

Cela ne signifie pas vendre Nvidia.

Cela signifie élargir le terrain de chasse.

Cyber. Data. Software. Santé. Défense. Logistique. Robotique. Finance.

La meilleure entreprise IA de demain ne portera peut-être même pas « AI » dans son nom.

Elle utilisera simplement l’IA mieux que tous ses concurrents.


CYBERCAB : QUAND LE SOFTWARE SORT DE L’ÉCRAN

Tesla fournit cette semaine une autre image de la transition.

Le Cybercab reste loin d’une adoption industrielle garantie. Réglementation, sécurité, déploiement, coûts : beaucoup reste à démontrer.

Mais philosophiquement, le mouvement est considérable.

Pendant trois ans, nous avons observé l’IA raisonner.

Puis agir dans un ordinateur.

Maintenant elle commence à agir dans le monde physique.

Le modèle pense. L’agent décide. Le robot agit.

Nous entrons dans ce que j’appellerais :

L’IA CINÉTIQUE.

Et avec elle, le marché adressable change complètement.

Goldman a d’ailleurs fortement relevé certaines de ses hypothèses sur la robotique humanoïde. Dans son scénario appliqué aux entrepôts, l’automatisation pourrait représenter des dizaines de milliards de dollars d’économies pour Amazon et plusieurs centaines de points de base de marge.

Les chiffres précis resteront discutables.

Le mécanisme, lui, est évident.

L’IA n’a pas besoin de remplacer tous les humains pour créer une révolution économique. Elle doit simplement réduire de quelques points le coût du picking, du transport, de l’inspection, du support, de la maintenance ou de la programmation.

Quelques points de productivité appliqués à des industries de plusieurs milliers de milliards produisent des montants gigantesques.

Voilà pourquoi le marché obligataire pourrait lui aussi commencer à anticiper davantage de croissance réelle.


LE ROBOT EST UNE RÉPONSE TECHNOLOGIQUE AU VIEILLISSEMENT

C’est ici que le techno-optimisme devient une réponse directe au malthusianisme.

Une population active diminue.

Le pessimiste répond : moins de croissance. Moins de production. Plus de redistribution. Plus de rationnement.

La réponse technologique est différente : augmenter le capital par travailleur. IA. Robotique. Automatisation. Énergie.

Un pays qui perd 10 % de sa main-d’œuvre mais double sa productivité ne devient pas nécessairement plus pauvre.

Voilà pourquoi la robotique doit être pensée comme une infrastructure de souveraineté démographique.

Le Japon l’a probablement compris avant l’Europe parce qu’il n’avait pas le luxe de ne pas le comprendre.


LE TOKEN A BESOIN DU GIGAWATT

Mais le compute n’est jamais immatériel.

Goldman montre désormais clairement que les investissements liés à l’IA débordent vers les utilities et les secteurs fortement capitalistiques. La prime historique accordée aux entreprises « capital light » s’est comprimée : les multiples des sociétés capitalistiques et peu capitalistiques convergent.

C’est un changement de régime considérable.

Pendant quinze ans, Wall Street adorait le software parce qu’il permettait d’éviter :l’usine ; le stock ; le foncier ; l’électricité ; la dette.

L’IA réintroduit tout cela.

Le software demande désormais des centrales.

Le cloud demande des transformateurs.

Le modèle demande de l’uranium.

Le digital redonne une valeur stratégique à la matière.

Voilà pourquoi le techno-souverainisme ne peut jamais être simplement numérique.

La souveraineté numérique commence dans le monde physique.


700 GW DE PROJETS : IL EST TEMPS DE TUER LES FANTÔMES

L’autre événement révélateur concerne les demandes de raccordement des data centers américains.

Les projets annoncés excèdent très largement ce que le réseau peut raisonnablement absorber. Plusieurs centaines de gigawatts de demandes apparaissent dans les files d’attente, parfois plusieurs fois la demande physique crédible.

Une partie est donc fantôme.

Des développeurs réservent plusieurs sites. Des projets spéculatifs demandent des raccordements qu’ils ne construiront peut-être jamais. Les utilities risquent de surinvestir sur des besoins imaginaires.

Texas et d’autres juridictions commencent donc à demander davantage de dépôts, de garanties et de transparence.

Excellent.

Le techno-optimisme adulte doit être radicalement hostile au ghost demand.

Construire les vrais data centers.

Éliminer les faux.

Allouer l’électricité aux acteurs solvables.

Faire payer les réservations.

Encore une fois :

ACCÉLÉRER NE SIGNIFIE PAS ABOLIR LA DISCIPLINE.

La rareté devient ici le meilleur venture capitalist du monde.

Warsh demande : qui mérite le capital ?

Le réseau demande : qui mérite les mégawatts ?

Le crédit demande : qui mérite le refinancement ?

Les meilleurs projets obtiendront tout.

Les autres disparaîtront.

C’est exactement le genre de sélection dont la révolution IA avait besoin.


L’ÉNERGIE EST DEVENUE UNE INFRASTRUCTURE CYBER

Plus le réseau électrique devient automatisé, numérique et interconnecté, plus il devient une surface d’attaque.

Voilà pourquoi le cyber ne peut plus rester enfermé dans une case « software ».

Cyber, énergie et défense convergent.

Une centrale dont le système industriel peut être neutralisé à distance n’est pas pleinement souveraine.

Un réseau dont les composants critiques dépendent d’un fournisseur hostile n’est pas pleinement souverain.

Un data center relié à un réseau vulnérable n’est pas une infrastructure stratégique complète.

Le techno-souverainisme signifie donc aussi : contrôler le code qui contrôle l’électron.

Et c’est précisément pourquoi OpenAI, CrowdStrike, Palantir et l’ensemble du cyber deviennent progressivement des infrastructures parallèles au compute.

Chaque nouvelle technologie crée sa propre industrie de protection.

Plus d’agents autonomes signifie plus d’identités machines, de permissions, de secrets et d’actions susceptibles d’être compromises.

L’autonomie crée sa propre taxe de sécurité.


LE NUCLÉAIRE : PLUS LE CAPITAL EST CHER, PLUS IL FAUT DISTINGUER LA PUISSANCE DE LA PROMESSE

Les taux élevés sont évidemment un problème pour les actifs capitalistiques.

Et le nucléaire est capitalistique.

Mais parallèlement, la rareté électrique augmente sa valeur stratégique.

Voilà pourquoi il faut abandonner la question simpliste : « nucléaire ou pas nucléaire ? »

La vraie question devient : quel nucléaire, avec quel client, quel combustible, quel calendrier et quel financement ?

C’est pourquoi je continue à distinguer les différentes briques.

BWXT : industrie souveraine, savoir-faire, défense.

Centrus : enrichissement, HALEU, goulot stratégique.

UEC / URNM : combustible.

Oklo : convexité technologique, mais aussi beaucoup plus de duration.

Le taux long ne détruit donc pas la thèse nucléaire.

Il augmente la différence entre : l’actif indispensable et la promesse spéculative.


EUROPE : ÊTRE BON MARCHÉ N’EST PAS UNE STRATÉGIE

Goldman pose cette semaine une question que l’Europe devrait se poser depuis dix ans.

L’Europe est bon marché.

Très bien.

Et ensuite ?

Les rendements des Bunds et des obligations IG en euros convergent désormais vers le rendement de dividende du STOXX 600. Les actions doivent donc offrir davantage qu’un simple coupon pour justifier leur risque.

Simultanément, l’Europe supporte : une énergie chère ; un capital plus cher ; des stocks de gaz insuffisants ; une croissance faible ; une concurrence industrielle chinoise croissante.

Goldman montre notamment que les stocks de gaz européens restent sous les niveaux attendus et que les valeurs cycliques seraient parmi les premières bénéficiaires d’une véritable détente énergétique.

Le problème européen n’est donc pas simplement le PER.

C’est le prix des inputs.

Électron. Capital. Matières. Technologie.

Une action peut être bon marché et rester bon marché pendant quinze ans.

Une décote n’est pas une stratégie industrielle.


LA CHINE NE NOUS VEND PLUS SEULEMENT DES PRODUITS. ELLE NOUS VEND LES MACHINES.

C’est probablement l’un des graphiques les plus inquiétants de la note Goldman.

L’Europe importe davantage de Chine tandis qu’elle exporte relativement moins. Et les machines représentent près d’un tiers des importations européennes en provenance de Chine.

Nous ne sommes plus dans l’ancien modèle :

Europe = machines sophistiquées.

Chine = assemblage.

La frontière se déplace.

L’automobile illustre parfaitement le problème. Elle ne représente qu’une petite fraction de la capitalisation européenne, mais environ 10 % du chiffre d’affaires des sociétés européennes.

Le risque industriel est donc beaucoup plus important que ce que suggère son poids boursier.

Et le techno-souverainisme européen ne peut pas signifier l’autarcie.

Ce serait absurde.

La souveraineté consiste à conserver plusieurs options pour les fonctions dont nous ne pouvons accepter la perte.

Compute.

Énergie.

Défense.

Cloud.

Satellites.

Réseaux.

Semi-conducteurs.

Matières critiques.

Le principe est simple :

PRODUIRE CE QU’ON NE PEUT PAS SE PERMETTRE DE PERDRE.

Acheter librement le reste.


FRANCE : UNE SOUVERAINETÉ À CRÉDIT N’EST PAS UNE SOUVERAINETÉ COMPLÈTE

Le dossier français devient particulièrement révélateur.

La France veut simultanément financer : sa défense ; son nucléaire ; son État social ; sa transition énergétique ; son industrie ; sa souveraineté numérique.

Mais le marché obligataire lui demande progressivement davantage de rémunération.

Le spread OAT-Bund reste élevé. La dette dépasse largement 100 % du PIB. La croissance reste faible. Le déficit demeure important. L’incertitude politique s’ajoute au problème.

Le message est brutal mais simple : une puissance très endettée doit finir par demander la permission au marché qui refinance sa puissance.

La souveraineté technologique et la souveraineté budgétaire finissent donc nécessairement par se rencontrer.

Il ne suffit pas d’annoncer des milliards pour l’IA.

Encore faut-il que les milliards existent à un coût compatible avec le rendement du projet.


LE MARCHÉ ACTIONS REFUSE POURTANT DE CASSER

Avec des taux mondiaux à ces niveaux, on pourrait imaginer un massacre.

Ce n’est pas ce qui se produit.

Les actions américaines résistent.

Et Goldman fournit une explication intéressante : pendant que les indices tiennent, les multiples ont déjà baissé. Les bénéfices restent solides, mais le marché paie moins cher ces bénéfices parce que le taux d’actualisation augmente.

Voilà pourquoi l’indice peut sembler calme alors que quelque chose de beaucoup plus profond se passe sous la surface.

Le choc obligataire existe déjà.

Il apparaît dans les multiples.

Pas encore nécessairement dans un krach des indices.

Autrement dit : les obligations crient ; les actions écoutent ; les profits les empêchent encore de fuir.


SEPTEMBRE A DES DENTS — ET C’EST UNE BONNE CHOSE

Il ne faut cependant pas confondre notre optimisme structurel avec de l’insouciance tactique.

Septembre est historiquement un mois difficile pour les marchés américains. Les statistiques depuis 1928 sont médiocres, particulièrement les années de midterms.

Cette année, plusieurs acheteurs se retirent simultanément. Les rachats d’actions entrent dans leurs périodes de blackout. Les CTA ont déjà reconstitué une large partie de leurs positions. Le retail achète moins agressivement les replis. Et le calendrier d’expiration d’options de septembre est colossal.
Une baisse de 7 ou 8 % n’aurait donc rien d’extraordinaire.

Et je vais même plus loin : elle pourrait être excellente.

Car une baisse de prix n’est pas nécessairement une baisse de valeur stratégique.

Si Nvidia baisse de 15 % pendant que Broadcom augmente sa visibilité, Dell engrange des commandes, Snowflake monétise ses produits IA, le réseau manque d’électricité et la robotique progresse, alors la baisse devient potentiellement : un transfert de titres des mains faibles vers les mains fortes.

Le danger n’est pas la correction.

Le danger est de confondre correction et invalidation.


LE TECHNO-OPTIMISTE DOIT AIMER LES CORRECTIONS

Je veux inscrire cette règle au centre de TS2F :

UNE BAISSE DE PRIX N’EST PAS UNE BAISSE DE VALEUR STRATÉGIQUE.

Une révolution industrielle n’avance jamais en ligne droite.

Elle avance par : boom ; surinvestissement ; correction ; faillites ; consolidation ;nouveau boom.

Le chemin de fer.

L’électricité.

Internet.

Les semi-conducteurs.

Toujours la même mécanique.

La volatilité n’est donc pas l’ennemie d’une thèse long terme.

Elle est souvent le mécanisme permettant de construire la position.

Et lorsque les protections restent relativement bon marché, conviction structurelle et prudence tactique peuvent parfaitement cohabiter.

Penser que l’IA va transformer l’économie sur dix ans n’oblige pas à penser que le Nasdaq montera mardi.

Ce sont deux horizons différents.


LE VRAI DUEL : PRODUCTIVITÉ IA CONTRE INFLATION ÉNERGÉTIQUE

Voilà probablement l’équation macroéconomique de l’automne.

D’un côté :

IA.

Automatisation.

Software.

Robotique.

Productivité.

De l’autre :

pétrole.

Gaz.

Géopolitique.

Inflation.

Taux.

La productivité IA agit lentement mais profondément.

L’énergie peut produire de l’inflation beaucoup plus rapidement.

Si la productivité gagne progressivement : croissance réelle supérieure, meilleurs profits, stabilisation des taux.

Si l’inflation énergétique gagne : politique monétaire restrictive, taux réels élevés, compression des multiples.

Voilà pourquoi le véritable ennemi de la révolution IA n’est pas une majorité démocrate ou républicaine.

C’est :

LE KILOWATT-HEURE TROP CHER FINANCÉ AVEC UN TAUX TROP ÉLEVÉ.

La politique compte.

La physique davantage.


SPENGLER : LE TAUX D’INTÉRÊT EST LE PRIX QUE LE PRÉSENT DEMANDE AU FUTUR

C’est ici que la philosophie devient utile.

Spengler permet de regarder le taux autrement.

Une civilisation technologique investit parce qu’elle refuse les limites du présent. Elle construit aujourd’hui pour disposer demain d’une capacité supérieure.

Elle renonce donc à une ressource présente en échange d’un futur.

Le taux d’intérêt est, d’une certaine manière : le prix que le présent demande au futur pour lui céder ses ressources.

À 1 %, le futur est presque gratuit.

À 5 %, il doit convaincre.

Le taux n’abolit donc pas la volonté de puissance.

Il la sélectionne.


JÜNGER : LA MOBILISATION TOTALE RENCONTRE LE MARCHÉ OBLIGATAIRE

Jünger aurait probablement reconnu quelque chose de familier.

Toute la société commence à être mobilisée.

Le scientifique mobilise le modèle.

L’ingénieur, l’électricité.

Wall Street, l’épargne.

Le gouvernement, le budget.

Le Pentagone, la technologie.

Le robot, le software.

Mais cette mobilisation possède désormais un arbitre invisible : le marché du capital.

Chaque projet doit répondre à trois questions : combien ? combien de temps ?à quel rendement ?

La nouvelle mobilisation totale est donc financière autant qu’industrielle.


DANTEC : LE CYBERPUNK A DÉSORMAIS UN BILAN

Maurice G. Dantec aurait probablement apprécié l’ironie.

La nouvelle biosphère cybernétique paraît immatérielle.

Mais elle possède désormais : des gigawatts ; des obligations ; des transformateurs ;des centrales ; des robots ; des installations militaires ; des spreads de crédit.

Le cyberpunk a quitté le roman.

Il possède maintenant un bilan et un compte de résultat.

Une technologie devient véritablement réelle lorsqu’elle devient suffisamment grande pour que le marché obligataire soit obligé d’apprendre à la financer.


FAYE : L’ARCHÉOFUTURISME DEVIENT UNE THÈSE D’INVESTISSEMENT

Plus l’IA avance, plus nous revenons vers : l’uranium ; le cuivre ; le territoire ; l’énergie; les frontières ; la défense ; l’industrie.

Voilà pourquoi les anciennes classifications sectorielles deviennent progressivement absurdes.

Nvidia est-elle technologique ? Évidemment. Mais elle dépend des centrales.

Centrus est-elle une société d’énergie ? Oui. Mais sa valeur dépend partiellement de l’explosion du compute.

SpaceX est-elle défense, industrie, télécom, spatial ou IA ?

Tout cela à la fois.

L’archéofuturisme devient presque une allocation d’actifs :

LE FUTUR LE PLUS NUMÉRIQUE S’ACHÈTE AVEC DES ACTIFS DE PLUS EN PLUS MATÉRIELS.


VIRILIO : LE CAPITAL ACHÈTE DU TEMPS

Paul Virilio complète parfaitement cette lecture.

Pourquoi les laboratoires réservent-ils du compute des années à l’avance ?

Pourquoi Nvidia sécurise-t-elle sa mémoire ?

Pourquoi les États veulent-ils leurs propres infrastructures ?

Parce que six mois de retard dans une économie exponentielle ne valent pas six mois.

Pendant ces six mois, l’adversaire peut produire un meilleur modèle.

Puis utiliser ce meilleur modèle pour accélérer encore.

Le retard devient cumulatif.

Le capital n’achète donc plus uniquement un actif.

Il achète : du temps.

Et le temps devient de la puissance.

La formule minimale de la nouvelle compétition pourrait être :

VITESSE × CAPITAL × ÉNERGIE.


LAND : LA TECHNO-CAPITAL MACHINE FABRIQUE SON PROPRE TAUX D’INTÉRÊT

Et voici peut-être l’intuition philosophique la plus importante du rapport.

Chez Nick Land, le capital accélère la technologie et la technologie accélère le capital.

Mais la machine atteint désormais une échelle telle qu’elle produit une rétroaction nouvelle.

Plus d’IA implique plus de capex.

Plus de capex implique plus de dette.

Plus de dette implique davantage de concurrence pour l’épargne.

Plus de concurrence implique des taux plus élevés.

Des taux plus élevés sélectionnent les projets.

Autrement dit :

LA TECHNO-CAPITAL MACHINE COMMENCE À PRODUIRE ELLE-MÊME LA CONTRAINTE QUI LA SÉLECTIONNE.

C’est extraordinaire.

La machine devient son propre test de résistance.


SCHUMPETER : MAINTENANT, LA VRAIE FÊTE COMMENCE

Et c’est ici que Schumpeter devient notre meilleur allié.

Le capitalisme ne prospère pas grâce à la stabilité.

Il prospère grâce à la destruction créatrice.

Le néocloud fragile doit pouvoir disparaître.

Le data center fantôme doit perdre sa connexion.

Le mauvais logiciel IA doit perdre ses clients.

Le mauvais robot doit rester dans l’entrepôt.

Le mauvais financement doit faire défaut.

Le bon actif sera alors racheté par un acteur plus fort.

Je ne crains donc pas une vague de faillites localisées dans l’écosystème IA.

Je la considère presque comme une étape nécessaire.

Sans faillites : pas de sélection.

Sans sélection : pas de capitalisme.

Et sans capitalisme : le techno-souverainisme finit en planification industrielle bureaucratique.


ELLUL : LE DERNIER RISQUE EST DE CONSTRUIRE PARCE QU’IL FAUT CONSTRUIRE

Il reste néanmoins une question.

Construire davantage n’est pas en soi une vertu.

La technique peut progressivement devenir sa propre justification.

Plus de GPU parce qu’il faut plus de GPU.

Plus de data centers parce qu’il faut plus de data centers.

Plus d’automatisation parce qu’elle est possible.

C’est là qu’Ellul reste indispensable.

La vraie question doit toujours être : quelle capacité humaine, industrielle ou productive cette dépense crée-t-elle ?

Si nous n’avons plus de réponse : stop.

Notre techno-optimisme n’est pas l’idée que toute technologie est bonne.

Il repose sur la conviction que l’homme peut utiliser la technologie pour dépasser des contraintes réelles.


DOCTRINE TS2F : ACHETER LA PRODUCTIVITÉ, PAS LE RÉCIT

La stratégie devient alors plus claire.

Compute — NVDA / AVGO / LRCX. Le compute reste central, mais la sélection devient plus forte. Nvidia construit un écosystème. Broadcom élargit le custom silicon. Lam reste la fabrique des fabriques. Il faut acheter la croissance physique et éviter de confondre croissance financée et croissance économique.

Software / data / cyber. C’est probablement la prochaine grande phase. Snowflake montre que le revenu commence à sortir de l’infrastructure. CrowdStrike reste un péage sur l’autonomie numérique. Plus d’agents signifie plus de sécurité.

Sovereign software — Palantir. La puissance ne consiste pas seulement à produire de l’intelligence. Elle consiste à transformer information → décision → action.

Énergie / nucléaire — BWXT / LEU / UEC / URNM / OKLO. Le réseau devient le principal goulet physique. La hausse des taux augmente l’importance de choisir les actifs industriels réels plutôt que la simple promesse.

Robotique / autonomie. Cybercab n’est pas encore une victoire industrielle, mais le passage du software au monde physique est désormais observable.

Espace — SpaceX. Accès orbital, communications, défense et peut-être demain compute : les fonctions souveraines continuent à converger.

Or. Assurance contre les accidents de crédibilité monétaire et le coût financier de la Grande Mobilisation.

Cash. Pas sortie du marché. Réserve de capacité pour acheter la destruction créatrice.


QUATRE SCÉNARIOS

1 — PRODUCTIVITY SUPER-CYCLE

Les taux restent élevés mais se stabilisent. Warsh conserve sa crédibilité. L’inflation reflue progressivement. Broadcom, Dell, Nvidia et le software confirment que les investissements IA produisent de plus en plus de revenus et de productivité. La robotique avance.

Dans ce scénario, les multiples ne reviennent pas nécessairement aux excès précédents.

Les bénéfices prennent le relais.

C’est probablement le meilleur scénario possible.

2 — CREATIVE DESTRUCTION

Les taux longs restent élevés. Certains financements cassent. Des data centers sont annulés. Les projets fantômes disparaissent. Des néoclouds se restructurent. Les hyperscalers rachètent les bons actifs à prix réduit.

L’IA continue.

Avec moins d’acteurs.

Mais de meilleurs acteurs.

Très bon scénario pour les gagnants stratégiques.

3 — BOND VIGILANTE SHOCK

L’inflation persiste. L’énergie reste chère. Warsh resserre. Le Treasury trente ans dépasse durablement les niveaux actuels. Le crédit corporate s’écarte fortement. Le financement IA ralentit.

Les multiples chutent.

Les projets marginaux meurent.

C’est le scénario le plus dangereux pour les marchés.

Mais même là : la technologie survivrait probablement aux portefeuilles qui l’ont mal financée.

4 — POLITICAL REPRICING

Le scénario Hartnett.

Les élections américaines changent brutalement les anticipations fiscales et réglementaires. Les actions corrigent fortement. Le dollar baisse. Les obligations se reprennent. Le trade IA est débouclé.

Très bien.

Mais une fois encore : crash du trade ≠ fin de la révolution.

Cette distinction peut créer certaines des meilleures opportunités de toute la décennie.


CONCLUSION

L’IA N’EST PLUS UNE BULLE DANS LE MARCHÉ. ELLE COMMENCE À DEVENIR UN MARCHÉ POUR LE CAPITAL.

Relisons maintenant toute la séquence.

Le Futur à Crédit : l’IA devient trop grande pour être financée uniquement par les bénéfices.

L’Empire sur une puce : le compute devient une variable macroéconomique et géopolitique.

La Grande Mobilisation : Wall Street transforme progressivement le compute en infrastructure finançable.

Le Nouvel État-Machine : capital, énergie, technologie, défense et souveraineté commencent à fusionner.

La Course sans filet : Warsh oblige la révolution à démontrer sa productivité.

Et maintenant :

LE PRIX DE LA PUISSANCE.

Le prix du futur apparaît enfin à l’écran.

Des rendements longs à des niveaux oubliés.

Des centaines de milliards de dette corporate.

Des gigawatts à construire.

Des réseaux saturés.

Du pétrole cher.

Du gaz européen contraint.

Le réflexe pessimiste consiste à dire :

le futur est devenu trop cher.

Je pense exactement l’inverse.

Le futur est devenu suffisamment important pour avoir désormais un prix macroéconomique.

C’est cela la véritable rupture.

L’IA n’est plus un petit secteur software financé par le venture capital. Elle réclame suffisamment d’électricité, de dette, de serveurs, de semi-conducteurs, de territoire et de défense pour modifier le prix des autres actifs.

Une technologie devient civilisationnelle lorsqu’elle déborde de son propre secteur.

Le chemin de fer transforma le marché de l’acier, de la terre et du crédit.

L’automobile transforma le pétrole et les villes.

Internet transforma les télécoms et la publicité.

L’intelligence artificielle commence à transformer :

LE CAPITAL.

Et pendant que le prix du capital augmente, les preuves de diffusion se multiplient.

Broadcom élargit massivement sa visibilité IA.

Dell confirme l’explosion des serveurs.

Snowflake commence à convertir l’IA en revenus.

Tesla fait sortir l’algorithme de l’écran.

La robotique commence à devenir économiquement modélisable.

Les utilities retrouvent une croissance qu’elles n’avaient plus connue depuis des décennies.

Le cyber protège l’électron.

Le nucléaire retrouve sa fonction stratégique.

Voilà pourquoi je reste profondément techno-optimiste.

Pas parce que je pense que toutes les actions vont monter.

Exactement l’inverse.

Je pense que cette révolution devient suffisamment mature pour que des entreprises commencent enfin à mourir.

Et c’est une excellente nouvelle.

La phase où tout monte ensemble est souvent la phase spéculative.

La phase où le capital distingue : utile / inutile ; productif / improductif ;souverain / substituable ; cash-flow / promesse ; est la phase industrielle.

C’est là que nous entrons.

Hartnett voit les rendements au plus haut depuis vingt ans et pense : fin de bulle.

Je regarde le même marché obligataire et je pose une autre question :

ET SI LES TAUX DU MONDE MONTAIENT EN PARTIE PARCE QUE LE MONDE RECOMMENCE ENFIN À INVESTIR MASSIVEMENT ?

Cela ne signifie pas nier le risque.

Cela exige au contraire davantage de discipline.

Plus le capital coûte cher, plus il faut : de productivité ; de moats ; de cash-flow ;de rareté ; de souveraineté.

Et moins il faut de storytelling.

C’est exactement notre terrain.

La doctrine TS2F devient donc :

ACCÉLÉRER SOUS CONTRAINTE.

POSSÉDER LES GOULETS.

ACHETER LA PRODUCTIVITÉ.

FINANCER LA CAPACITÉ, PAS LES FANTÔMES.

LAISSER MOURIR LES ZOMBIES.

NE JAMAIS CONFONDRE LE PRIX D’UNE ACTION AVEC LA VALEUR D’UNE RÉVOLUTION.


Dantec aurait reconnu la nouvelle biosphère.

Faye, le retour de la matière sous le numérique.

Jünger, la mobilisation.

Virilio, la vitesse.

Land, la techno-capital machine.

Simondon, le milieu associé.

Schumpeter, la destruction créatrice.

Schmitt, le retour du souverain.

Ellul nous demanderait encore : qui dirige qui ?

Et Spengler nous rappellerait peut-être que toute civilisation finit par être jugée sur quelque chose de très simple : ce qu’elle accepte encore de construire.

L’Amérique construit peut-être trop.

L’Europe, trop peu.

Entre les deux, je sais quel risque je préfère.

Le premier peut produire une bulle.

Le second peut produire un musée.

Le taux long nous rappelle simplement qu’il faut désormais payer l’entrée.

Très bien.

LA PUISSANCE A TOUJOURS EU UN PRIX.

Le XXIᵉ siècle commence seulement à le découvrir.

Contre le récit. Pour le réel.

LeblogALupus 

@leblogALupus

https://blogalupus.substack.com/p/le-prix-de-la-puissance-quand-lia




Intelligence artificielle à savoir en ce mois de mai 2026

Sommaire:

A) - Santé et Éducation : la grande fusion qui vient.

B) - Intelligence artificielle, souveraineté normative et géopolitique : La fragmentation de la gouvernance mondiale entre puissances technologiques

C) - L'IA d'Anthropic progresse à une vitesse alarmante selon les experts en sécurité

D) - Pour nous être utile, l'IA ne doit pas penser à notre place

E) - ChatGPT sur iPhone : OpenAI est vexé et cherche un moyen pour rompre avec Apple

F) - « Elles font facilement oublier que ce sont des machines » : ces IA qui deviennent vos meilleures amies, pour le meilleur et pour le pire

G) - L’IA finira-t-elle par façonner les esprits ?

H) - 𝐋'𝐈𝐀 𝐞𝐬𝐭 𝐡𝐨𝐫𝐬 𝐝𝐞 𝐬𝐚 𝐛𝐨𝐢̂𝐭𝐞 : 𝐞𝐬𝐭-𝐜𝐞 𝐢𝐫𝐫𝐞́𝐯𝐞𝐫𝐬𝐢𝐛𝐥𝐞 ?

I) - « Il ne peut pas y avoir d’IA socialiste » 
 
J) - Besoins d’énergie de l’IA : la France en marche vers un précipice pourtant évitable

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