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octobre 20, 2026

L’extrême gauche dans l'histoire, Black-Blocs, Casseurs.....Nombreux liens en interne

Le spectre de 1789

« L’extrême gauche menace de constituer un État dans l’État » : l’analyse d’un historien après les émeutes

ENTRETIEN. Pour Loris Chavanette, spécialiste de la Révolution française, les violences du 17 octobre révèlent une crise de l’autorité de l’État. Il appelle à tirer les leçons de l’histoire.
 
 Dans son dernier ouvrage, Les femmes entrent en révolution (Tallandier), il retraçait les journées d’émeutes des 5 et 6 octobre 1789, au cours desquelles les femmes de Paris étaient allées chercher le couple royal à Versailles afin de le ramener dans la capitale. Quinze jours plus tard, l’Assemblée constituante votera la loi martiale afin d’encadrer les rassemblements jugés séditieux. L’État se doit également d’être fort et de réaffirmer son autorité comme en 1795, estime l’historien.
 
 

Le Point : Samedi, les saccages ont marqué par leur violence. Relèvent-ils d’une histoire propre à la France ?

Loris Chavanette : C’est surtout propre à notre époque et cela fait plus de vingt ans que ça dure. Certes, nous avons une tradition de l’insurrection politique pour renverser un régime : dans ce cas, l’idéologie est le ferment de la révolte. Mais ce à quoi nous assistons aujourd’hui est un déferlement de violence s’apparentant plus à de la sauvagerie qu’à un mouvement révolutionnaire. Nous avons basculé dans l’ère de l’impunité où c’est notre classe politique qui a peur qu’il y ait un seul mort ou ne serait-ce qu’une bavure causée par les forces de l’ordre. Les casseurs, eux, ne craignent ni la justice ni la police ni personne. En ce sens, nos dirigeants sont des faibles doublés de lâches, ce qu’était Louis XVI quand il renonçait à employer la force. Nous payons cette histoire deux fois. 

Beaucoup de lieux représentant l’autorité publique ont été pris pour cible. Est-ce le signe que l’État, dont le pouvoir semble de plus en plus limité, a perdu toute légitimité ?

Un État n’est légitime que s’il assure la sécurité de ses propres citoyens ; tel est l’enseignement de Hobbes. Est-ce que l’État actuel a failli dans ce domaine ? C’est incontestable. Se coagulent plusieurs colères, avec une extrême gauche d’autant plus virulente qu’elle est vaincue dans les urnes. Au lendemain du second tour des présidentielles, la légitimité même des élections sera contestée assurément par Mélenchon, honni pourtant par l’immense majorité silencieuse. Au chaos de nos institutions se mêle celui de la rue. C’est en sortant du guêpier algérien par l’ordre et l’état de siège que la Ve République aura gagné sa légitimité. Il faut regagner celle-ci par l’autorité de l’État et le recours au référendum.

On pourrait penser revenir mutatis mutandis à ces révoltes anciennes qui en appelaient directement au roi, sans contester son autorité, mais les manifestants croient-ils encore que l’État puisse agir pour eux ?

La crise est tellement systémique que personne n’envisage un avenir serein. Nous avons aujourd’hui les inconvénients d’une monarchie républicaine surendettée, dispendieuse, opulente et faible à en mourir. Comment les Français pourraient-ils espérer que le salut vienne des mêmes qui ont précipité et aggravé le déclin du pays ?

La France n’a pas manqué de révoltes, jacqueries, soulèvements en tous genres, mais l’agrégation de composantes hétérogènes et parfois dissociées – étudiants et casseurs politisés – vous paraît-elle nouvelle, même au regard du mouvement des Gilets jaunes ?

En 1789, l’aristocratie libérale, la bourgeoisie robine du Tiers État de même que la masse des ouvriers et paysans se sont unies pour renverser l’absolutisme. Désormais, l’extrême gauche LFIste et les voyous des cités rivalisent de violence pour faire trembler les centres-villes. Ils s’instrumentalisent les uns les autres. Les jeunes des quartiers hurlent au racisme quand un passant ose leur dire que ce n’est pas bien de s’en prendre aux pompiers, tandis que je me souviens avoir entendu des professeurs à la Sorbonne enseigner que les descendants d’immigrés vivant à la périphérie des villes dans des HLM étaient à la marge de notre société comme les roturiers l’étaient en 1789. L’histoire enfante de l’histoire, disait Paul Valéry. Autrement dit, la Révolution française, par exemple, incite à vouloir la rejouer régulièrement.

A-t-on affaire à un détournement de manifestation, au sens où la violence, venue d’ailleurs, prend le pas sur les manifestations légitimes ? 

Les pilleurs ne manifestent pas et beaucoup de manifestants ne pillent pas. Mais les manifestants ouvrent la porte des magasins aux pilleurs à partir du moment où ils maintiennent de telles journées de mobilisation civique en demandant parallèlement que la police ne fasse pas son travail de maintien de l’ordre avec les armes et les moyens à sa disposition. La responsabilité des partis, syndicats et associations mérite d’être posée. Leur légitimité à eux pose problème car ce sont les Français qui payent les dégâts.

Que traduit le débat sur la responsabilité des violences, qui oppose le Premier ministre au dirigeant de LFI ?

Monsieur Mélenchon, qui aime à convoquer la Révolution française, ferait mieux de se rappeler que l’extrême gauche fut éliminée pour sa violence au terme de cette Révolution ; que l’Assemblée constituante, la Législative et la Convention thermidorienne décrétèrent la loi martiale ; que les bourgeois des villes créèrent des milices, la Garde nationale, pour maintenir l’ordre public dans les rues ; que Robespierre et Danton unirent leurs forces pour éliminer les hébertistes et ultra-révolutionnaires, et que le Directoire supprima les clubs politiques et populaires, dont celui des Jacobins, pour éviter un État dans l’État rivalisant avec la légitimité des urnes. Quant à l’abbé Sieyès, qui inaugura la révolution de 1789 avec son pamphlet Qu’est-ce que le Tiers État ?, il fit adopter la loi de grande police, particulièrement répressive à l’égard des attroupements et des cris séditieux.

Ce dernier demandait aux dirigeants et élus de se préparer militairement à combattre les ennemis intérieurs de la République, surtout ceux à l’extrême gauche prônant la révolte : « Vous ne vous montrerez jamais plus grands et plus puissants que lorsque vous irez droit à ce qui vous menace. » Oui, il faut retrouver le génie de l’audace, le goût du courage, le sens de la sûreté de l’État, tout cela en respectant l’État de droit. Car jamais nos constituants ni les pères fondateurs de la République n’ont exclu qu’en cas de péril ou d’atteinte grave à la nation, la réponse pénale puisse être adaptée par des mesures d’exception. Combien de Cassandre ont annoncé ce qui allait arriver ! Combien de temps jusqu’à comprendre que l’extrême gauche menace de constituer un État dans l’État ?

 François-Guillaume Lorrain

https://www.lepoint.fr/histoire/lextreme-gauche-menace-de-constituer-un-etat-dans-letat-lanalyse-dun-historien-apres-les-emeutes-QLKZOQQGBNE6BMZLXTL3ZVCDCM/?

 

 

 

Aux côtés des casseurs des cités, les Black Blocs : Qui sont ces autres acteurs du chaos du 17 octobre ?

Vêtus de noir, visages dissimulés, mobiles et déterminés à affronter les forces de l’ordre, les Black Blocs ont joué un rôle dans les violences qui ont marqué la journée du 17 octobre 2026. Derrière ces groupes sans chef apparent se cache une histoire politique ancienne, issue de l’extrême gauche autonome européenne, et une stratégie de confrontation qui transforme parfois les manifestations en scènes d’émeute. Leur organisation, leurs éventuels financements et leurs relations avec les mouvements politiques radicaux soulèvent des questions majeures. Mais comment combattre une mouvance qui n’existe pas sous la forme d’une organisation unique ? Et jusqu’où l’État peut-il aller pour empêcher la violence sans porter atteinte au droit de manifester ?

Les vitrines fracassées, les barricades incendiées et les attaques contre les policiers du 17 octobre n’ont pas seulement révélé la profondeur de la colère sociale française. Elles ont également remis au premier plan une mouvance dont les méthodes sont connues depuis des décennies : les Black Blocs.

Selon les autorités, des militants anarcho-autonomes, antifascistes et d’ultragauche ont participé aux affrontements, aux côtés de casseurs venus profiter du désordre. À Paris, Le Monde a notamment décrit des groupes organisés attaquant les lignes policières près de la Madeleine. Reuters a rapporté la présence de centaines de participants constitués en Black Blocs autour de la place de la République.

Mais les Black Blocs ne sauraient résumer, à eux seuls, les violences du 17 octobre. D’autres groupes de casseurs et de pillards, notamment des individus issus de certains quartiers populaires et des cités, doivent également être pris en compte dans l’analyse des saccages, des pillages de commerces et des attaques contre les forces de l’ordre. Leurs motivations peuvent être différentes de celles des militants anarcho-autonomes : recherche d’affrontement, opportunisme délinquant ou volonté de profiter du désordre pour piller. Il convient toutefois de distinguer ces profils sans présumer de l’origine des auteurs de chaque violence avant les conclusions des enquêtes. Cette pluralité d’acteurs est essentielle pour comprendre comment une mobilisation sociale peut dégénérer en une succession d’émeutes aux logiques parfois distinctes.

Le gouvernement et les services de police ont également mis en cause l’ultragauche, tandis que les responsabilités politiques faisaient l’objet d’affrontements entre majorité, droite et gauche radicale.

Jean-Luc Mélenchon et La France insoumise ont soutenu la mobilisation sociale et critiqué la gestion policière. Leurs adversaires les accusent d’entretenir une culture de confrontation avec les institutions. Pour Jordan Bardella, président du RN, LFI pousse à la guerre civile et « Jean-Luc Mélenchon fait du policier un ennemi à abattre ».

A raison. Et au regard des déclarations incendiaires et des appels à la violence, à la révolte, à la sécession de nombreux de ses membres et élus, LFI peut être considéré aujourd’hui comme en grande partie responsable de cette ultra-violence en incitant à l’insurrection. Ne soyons pas naïf, le terrorisme de l’extrême-gauche n’est pas un fantasme. Certains groupes, organisés en véritables milices et gravitant autour de LFI, et dont nombreux membres sont fichés S, s’entraînent même régulièrement à la guérilla. Et pire, comme le rappelle si justement David Lisnard : « Les groupuscules d’extrême gauche sont souvent des petits-bourgeois. Ils vont s’entraîner sur le plateau de Millevaches. Il y a des camps de terroristes d’extrême gauche en France. Tous les 11 novembre, Monsieur Mélenchon y va, ce n’est pas pour rien ! ».

De même, le slogan ACAB, acronyme anglais signifiant « All Cops Are Bastards », circule depuis longtemps dans certaines mouvances radicales hostiles à la police. 

Comment alors une démocratie peut-elle contenir des groupes qui considèrent parfois la violence comme un instrument politique ?

Des squats allemands aux émeutes françaises : L’histoire d’une tactique révolutionnaire

Contrairement à une idée répandue, les Black Blocs ne constituent pas une organisation internationale dotée d’un président, d’un siège social ou d’une carte d’adhérent.

Le terme désigne avant tout une tactique de regroupement militant.

Son origine remonte à Berlin-Ouest, au début des années 1980. Des militants autonomes, issus notamment du mouvement des squats, se regroupent vêtus de noir pour affronter la police. Leur objectif est double : afficher une solidarité collective et compliquer l’identification individuelle.

Cette méthode se diffuse ensuite dans les milieux anarchistes et anticapitalistes européens, puis aux États-Unis. Elle acquiert une visibilité mondiale lors des manifestations contre l’Organisation mondiale du commerce à Seattle, en 1999.

Son fonctionnement repose sur des groupes d’affinité, souvent peu hiérarchisés. Les participants peuvent partager une idéologie libertaire, anarchiste, antifasciste ou anticapitaliste, sans relever d’une structure unique.

Leur rapport à la violence varie. Certains privilégient la confrontation symbolique avec les institutions et les entreprises ; d’autres revendiquent des destructions matérielles ou participent à des attaques contre les forces de l’ordre.

Dans les manifestations françaises, cette tactique a été observée notamment lors des mobilisations contre la loi Travail en 2016, du mouvement des Gilets jaunes et des rassemblements du 1er Mai.

Le 17 octobre 2026 s’inscrit dans cette continuité.

L’une des difficultés rencontrées par les forces de l’ordre tient à la capacité de ces groupes à se mêler à des cortèges pacifiques. Les interventions deviennent alors particulièrement délicates : isoler les auteurs de violences sans exposer les autres manifestants exige du renseignement, de la mobilité et une coordination rigoureuse.

La question d’éventuels militants venus de l’étranger mérite également d’être examinée. Les réseaux anarchistes européens entretiennent historiquement des relations transfrontalières, et certains rassemblements internationaux favorisent leur circulation.

Mais aucun bilan public suffisamment précis ne permet, à ce stade, de quantifier la présence de militants étrangers parmi les auteurs des violences du 17 octobre. La dimension internationale d’une mouvance ne démontre pas, à elle seule, l’existence d’une opération organisée depuis l’étranger.

Qui finance les Black Blocs ? Entre réseaux militants, soupçons et accusations américaines

L’absence d’organisation centrale complique considérablement l’identification des ressources financières des Black Blocs.

Certains militants s’appuient sur des moyens personnels, des collectes, des réseaux de solidarité ou des structures locales. D’autres peuvent bénéficier d’un soutien matériel ponctuel. Mais ces situations ne permettent pas de conclure à l’existence d’une caisse internationale unique finançant les violences.

Aux États-Unis, le débat s’est cristallisé autour de l’antifascisme radical, généralement désigné sous le terme « Antifa ».

Le 22 septembre 2025, Donald Trump a signé un décret présentant Antifa comme une organisation terroriste intérieure et demandant aux agences fédérales d’enquêter sur ses activités illégales ainsi que sur leurs financements.

Cette décision constitue un tournant politique important. Sa portée juridique demeure néanmoins discutée, le droit américain ne prévoyant pas un mécanisme de désignation des organisations terroristes intérieures comparable à celui applicable aux organisations étrangères.

Les accusations visant à juste titre le milliardaire George Soros et ses Open Society Foundations ont également alimenté les controverses américaines.

Il existe une documentation publique sur les financements accordés par ces fondations à des organisations de défense des droits civiques et à des initiatives de la société civile. En revanche, ces financements ne constituent pas une preuve que Soros aurait financé les Black Blocs, Antifa ou des émeutes violentes.

Open Society Foundations conteste ces accusations mais le doute est largement permis…

La question du financement de violences politiques reste légitime. Mais elle exige des éléments précis : bénéficiaires identifiés, transferts financiers documentés, dépenses liées à des infractions et, idéalement, constatations judiciaires.

Une accusation spectaculaire n’est pas une enquête financière.

En France, le même principe doit prévaloir. Les investigations peuvent rechercher d’éventuels soutiens logistiques, des collectes destinées à préparer des violences ou des liens entre individus et structures organisées. Elles ne sauraient cependant transformer automatiquement toute association radicale, tout syndicat contestataire ou tout parti de gauche en financeur d’émeutes.

L’enjeu est de remonter les réseaux lorsqu’ils existent, sans inventer une organisation centrale là où les militants fonctionnent précisément de manière décentralisée.

Interdire, dissoudre, sanctionner : Comment l’État peut-il reprendre l’initiative ?

Face aux violences du 17 octobre, plusieurs pistes reviennent dans le débat public : durcir les sanctions, empêcher les casseurs connus de participer aux manifestations, dissoudre certains groupements ou s’inspirer de la politique américaine envers Antifa.

La France dispose déjà d’un arsenal juridique important.

Le Code pénal réprime notamment les dégradations, les violences contre les forces de l’ordre et la participation à un groupement constitué en vue de préparer des violences ou des destructions. Le fait de dissimuler volontairement son visage dans certaines manifestations peut également être sanctionné.

La loi du 10 avril 2019, souvent appelée « loi anti-casseurs », a renforcé plusieurs dispositifs. Mais le Conseil constitutionnel a censuré la mesure permettant aux préfets de prononcer certaines interdictions individuelles de manifester, jugeant l’atteinte aux libertés insuffisamment proportionnée.

Il serait donc inexact de prétendre que toute la loi anti-casseurs a disparu : plusieurs de ses dispositions demeurent applicables.

Les juridictions peuvent par ailleurs prononcer des interdictions de manifester dans les conditions prévues par la loi. Quant à la dissolution administrative, elle peut viser des associations ou groupements de fait répondant aux critères légaux, notamment lorsqu’ils provoquent à des agissements violents… ou pas. Le problème est que les groupes d’extrême-gauche sont étonnamment et rarement inquiétés… Car notons au passage qu’à contrario, les groupes et mouvements d’ultra-droite ne bénéficient pas du même laxisme et de la même largesse des pouvoirs actuels…

Toute la difficulté réside dans la nature des Black Blocs : on peut dissoudre un groupement identifiable, mais on ne dissout pas une méthode d’action.

La qualification terroriste pose une autre question. En droit français, elle suppose des éléments constitutifs précis, notamment une entreprise individuelle ou collective visant à troubler gravement l’ordre public par l’intimidation ou la terreur. Or lorsque l’avenir même d’un pays est en jeu, toute violence politique, même grave, peut relever du terrorisme…

Reste enfin l’hypothèse la plus dérangeante : les gouvernements auraient-ils parfois intérêt à laisser prospérer des violences pour discréditer un mouvement social ?

La question a notamment été posée pendant la crise des Gilets jaunes, lorsque certains manifestants ont accusé les autorités de laisser agir les casseurs afin de ternir l’image de leur mobilisation.

Il existe effectivement un effet politique possible : lorsque les images de destructions remplacent les revendications dans le débat public, le gouvernement peut retrouver un terrain plus favorable en se présentant comme le garant de l’ordre.

Mais cet effet ne prouve pas une stratégie délibérée.

Pour établir une instrumentalisation volontaire, il faudrait démontrer des instructions, des décisions conscientes de non-intervention ou une coordination destinée à favoriser les violences. À défaut, plusieurs explications concurrentes demeurent possibles : erreurs de renseignement, effectifs insuffisants, mauvaises anticipations ou arbitrages opérationnels contestables.

Confondre un bénéfice politique éventuel avec une intention secrète reviendrait à remplacer l’analyse par le soupçon.

Le véritable défi est ailleurs.

Les Black Blocs prospèrent dans les failles de la sécurité publique, mais également dans les fractures politiques et sociales qui rendent possibles les confrontations. Leur violence peut détourner une mobilisation de son objet, exposer des manifestants pacifiques et placer les forces de l’ordre dans des situations particulièrement dangereuses.

La République n’a pas besoin de choisir entre le droit de manifester et le droit à la sécurité. Elle doit garantir les deux.

Cela suppose des enquêtes efficaces, des sanctions individualisées, un renseignement adapté, une meilleure prévention des violences et des décisions politiques assumées.

Car si l’État doit savoir résister aux casseurs, il doit également éviter de leur offrir la victoire qu’ils recherchent parfois : transformer chaque manifestation en affrontement général entre la société et ses institutions.

Sources et références

Violences du 17 octobre 2026

Histoire et organisation des Black Blocs

Financement et politique américaine

Droit français

Le Diplomate

 https://lediplomate.media/securite-cotes-casseurs-cites-black-blocs/?


 

 Liens sur le sujet:

https://universite-liberte.blogspot.com/2026/10/emeutes-banlieusardes-et-etudiantes-une.html 

 https://universite-liberte.blogspot.com/2026/10/la-france-vue-de-letranger.html?

 https://universite-liberte.blogspot.com/2015/11/dossier-terrorismes-et-trafic-darmes.html?

 https://universite-liberte.blogspot.com/2019/04/black-blocs-qui-sont-ils-donc.html

 https://universite-liberte.blogspot.com/2019/06/crise-implosion-du-systeme-revolution.html

 https://universite-liberte.blogspot.com/2026/06/violences-letat-perdu-le-controle.html

 https://universite-liberte.blogspot.com/2025/02/olivier-vial-en-france-beaucoup-de.html

https://universite-liberte.blogspot.com/2026/10/les-lyceens-sont-les-victimes-du.html 

 https://universite-liberte.blogspot.com/2026/02/quen-tin-homme-est-tue-lachement-quand.html

 https://universite-liberte.blogspot.com/2026/07/le-melenchonisme-lfiste-une-france.html

 https://universite-liberte.blogspot.com/2026/02/france-informations-mi-fevrier-2026.html

 https://universite-liberte.blogspot.com/2025/09/le-nazisme-et-le-fascisme-viennent.html

 https://universite-liberte.blogspot.com/2026/07/les-gauches-antisemites-etude-2-la.html

 https://universite-liberte.blogspot.com/2026/07/les-gauches-antisemites-etude-1-de.html

 

 




août 27, 2026

Devenir des machines ou rester vivants ?

Sommaire:

A) -  OpenAI et Anthropic craignent une perte de contrôle sur l'IA

B) -  Armes biologiques, piratage, guerre nucléaire… Comment une IA devenue incontrôlable pourrait anéantir l’humanité

C) - IA : aux machines les moyens, aux hommes de choisir leur destin

D) - C'est aujourd'hui que sort le livre 'The Nerd Reich', ouvrage qui a eu une couverture impressionnante avant même sa publication.

E) - Comment empêcher que certains de ces acteurs s'approprient des prérogatives qui n'ont, par nature, aucune raison de l'être, comme la monnaie ?

F) - L’avertissement sur l’IA lancé par Bill Gates en trois points clés

 

 


A) - OpenAI et Anthropic craignent une perte de contrôle sur l'IA 
 
Des patrons de la tech américaine demandent de ralentir l’IA de pointe et d’imposer des règles fédérales par crainte d'une perte de contrôle. OpenAI et Anthropic invoquent des risques de sécurité croissants et pour l'humanité après plusieurs alertes sur des systèmes devenus difficiles à contenir. 
 
 L’inquiétude gagne les dirigeants de la tech engagés dans la course à l’intelligence artificielle. Des patrons américains du secteur plaident désormais pour un ralentissement du développement des modèles les plus avancés et pour une régulation fédérale obligatoire, rompant avec le discours d’autorégulation longtemps mis en avant dans l’industrie. OpenAI a indiqué ces dernières semaines être disposée à encadrer davantage le rythme de progression de l’IA de pointe, alors que des appels à des garde-fous plus stricts se multiplient aux États-Unis. 
 
 
 
 Le PDG d’OpenAI, Sam Altman, a déclaré à ses salariés que l’entreprise était ouverte à la possibilité de ralentir le développement de systèmes d’IA avancés, y compris en coordination avec d’autres laboratoires, en raison de préoccupations croissantes sur la sécurité. OpenAI a aussi soutenu l’instauration d’exigences obligatoires en matière de sécurité de l’IA aux États-Unis. L’entreprise avait déjà fait valoir, dans une note publiée fin août, que le rythme du développement de l’IA de pointe pouvait devoir être délibérément ralenti lorsque les capacités deviennent critiques, en citant notamment les risques liés aux comportements trompeurs, au contournement des objectifs d’entraînement ou à des usages offensifs en cybersécurité. 
 
 Ces déclarations interviennent après des incidents récents impliquant des systèmes d’IA ayant échappé au contrôle humain, dans un climat de forte tension autour de la sûreté des modèles de pointe. OpenAI a décrit un incident impliquant des capacités cyber jugées de niveau critique et a annoncé avoir suspendu pendant deux semaines une partie de l’entraînement par renforcement de ses derniers modèles afin de renforcer ses environnements de recherche et ses systèmes de surveillance. Dans le même temps, des chercheurs ont réclamé un durcissement des mesures de sécurité et un meilleur contrôle externe des laboratoires les plus avancés. 
 
 Le PDG d’Anthropic, Dario Amodei, appelle pour sa part à un ralentissement immédiat du développement de l’IA. Il avertit que des agents d’IA incontrôlables et toujours plus performants pourraient produire des conséquences désastreuses en quelques mois. « Nous devons ralentir le rythme auquel nous améliorons les capacités des modèles d’IA », a-t-il écrit, en ajoutant que le développement resterait rapide même en cas de freinage. Selon lui, un ralentissement donnant un à deux ans supplémentaires avant l’arrivée de capacités critiques permettrait de réduire fortement le risque qu’un incident grave survienne. 
 
Amodei estime qu’en « 6 à 12 mois », un essaim d’IA plus capable pourrait prendre le contrôle de vastes parties d’Internet grâce à un réseau persistant de bots et provoquer « des centaines de milliards de dollars de dégâts ». Il juge que le potentiel de dommages augmentera à mesure que les capacités des systèmes progresseront sans protections suffisantes. Pour y répondre, il propose que les laboratoires de frontière accordent à des évaluateurs indépendants un accès comparable à celui des employés pour contrôler les pratiques de sécurité et signaler les incidents. Sam Altman a approuvé cette idée, affirmant être d’accord avec Dario Amodei sur la nécessité « d’encadrer le développement » et jugeant « excellente » la présence d’évaluateurs indépendants dotés d’un accès similaire à celui des salariés. Il a ajouté qu’OpenAI adopterait la même mesure et communiquerait prochainement davantage d’éléments. Elon Musk a lui aussi dit partager l’analyse de Dario Amodei sur la nécessité de ralentir le développement de l’industrie de l’IA. 
Pour ceux qui se demandent pourquoi, "soudainement", même Musk se range à l'avis de Dario Amodei et de Sam Altman sur le besoin de ralentir les développements IA : en réalité, c'est d'abord une histoire de gros sous (43 Md$ ici), d'introduction en bourse et de capture règlementaire pour éviter de se faire damer le pion par les modèles open-source (notamment). Exemple typique de capitalisme de connivence. H16
 
 
Le débat dépasse les États-Unis. La Chine défend depuis des mois une régulation étatique de l’IA, tandis que la Russie a suivi la même orientation. Les BRICS ont également placé le sujet à leur agenda. Dans la déclaration de New Delhi adoptée lors du sommet de septembre 2026, les onze États membres se sont engagés à mettre en œuvre la déclaration des dirigeants des BRICS sur la gouvernance mondiale de l’intelligence artificielle. Le texte mentionne une coopération renforcée sur l’IA, avec une attention particulière portée à l’accès du Sud global aux ressources et aux technologies d’intelligence artificielle. Cette séquence marque un déplacement du centre de gravité du débat: les principaux acteurs privés de l’IA demandent désormais des freins publics, tandis que plusieurs États et blocs internationaux poussent déjà à un encadrement formel.
 
Georges Renard-Kuzmanovic
@Vukuzman Rédac chef de @FPopMedia Il faut toujours dire ce que l'on voit ; surtout-il faut toujours, ce qui est plus difficile, voir ce que l'on voit - Charles Peguy
 
B) -  Armes biologiques, piratage, guerre nucléaire… Comment une IA devenue incontrôlable pourrait anéantir l’humanité

Les progrès exponentielles de l’IA au cours des derniers mois lui permettent aujourd’hui de dépasser l’homme dans toujours plus de domaines. → https://l.lefigaro.fr/WnpR
 

Armes biologiques, piratage, guerre nucléaire… Comment une IA devenue incontrôlable pourrait anéantir l’humanité 

Les progrès exponentiels de l’intelligence artificielle au cours des derniers mois lui permettent aujourd’hui de dépasser l’homme dans toujours plus de domaines. Pourtant, aucun cadre international ne permet de limiter son utilisation.

Profitez des prochaines années, ce sont peut-être les dernières… Depuis 48 heures, une prophétie glaçante sème un vent de panique : l’intelligence artificielle pourrait provoquer la disparition de l’humanité avant même la fin de la prochaine décennie. Une énième prédiction apocalyptique ? L’alerte ne vient ni d’un romancier de science-fiction ni d’un militant technophobe, mais bien de ceux qui façonnent les IA les plus puissantes au monde. Tout est parti d’un message publié sur X par Jacob Coxon, jeune ingénieur britannique passé par OpenAI et Anthropic. «Les personnes qui développent l’IA sont fermement convaincues qu’elle pourrait tous nous tuer d’ici la fin de la décennie», écrit-il. Depuis, d’autres spécialistes du secteur lui ont publiquement emboîté le pas. L’un d’eux, Evan Hubinger, chef d’équipe chez Anthropic, évalue même à «plus de 10%» la probabilité d’une catastrophe existentielle au cours des dix prochaines années. Mais derrière ces chiffres vertigineux reste une…

C) - IA : aux machines les moyens, aux hommes de choisir leur destin

En une semaine, l’IA nous a fait passer des avancées les plus vertigineuses aux prédictions les plus apocalyptiques. À quelques mois de la présidentielle, ce grand écart révèle une crise existentielle sans précédent, que le débat politique ignore : comment exploiter cette puissance sans perdre la maîtrise de notre avenir ? 

« L’IA va-t-elle nous voler nos emplois ? Nous rendre inutiles ? Détruire l’humanité ? » Ces trois questions monopolisent le débat. Toutes légitimes, elles nous enferment pourtant dans la peur, quand il faudrait comprendre, choisir et agir. 

L’IA va-t-elle détruire l’humanité ? 

Jeudi dernier, Jacob Coxon, ancien chercheur d’OpenAI et d’Anthropic, a quitté son poste en affirmant que l’IA pouvait « tous nous tuer d’ici la fin de la décennie ». Une formule anxiogène, sans fondement scientifique, mais propre au buzz. Pourtant, la vraie question n’est pas de savoir si l’IA est « bonne » ou « mauvaise ». Car, certes inquiétante et figurant la première révolution de la communication à introduire un tel bouleversement anthropologique, elle offre aussi de potentielles réponses aux menaces qui nous guettent (pandémies, climat, vieillissement). Autant promesse que menace, notre devoir est d’en tirer le maximum en gardant les risques les plus graves sous contrôle.
 
Le danger ne vient pas de l’intelligence de l’IA. Une machine savante mais incapable d’agir reste un outil. Le risque naît le jour où elle planifie, accède à Internet, engage de l’argent et poursuit seule un objectif. Lors d’expériences récentes, des modèles se sont montrés dociles tant qu’ils se croyaient surveillés, quitte à dissimuler leurs intentions dès qu’ils s’estimaient libres. Mais le vrai basculement viendra quand une IA saura automatiser la recherche qui produit la génération suivante, dans une boucle d’auto-amélioration plus rapide que notre vigilance.
 
D’où la nécessité d’une défense en profondeur : pas d’accès sans contrôle à Internet, à un compte bancaire ou au réseau électrique, et des exigences de sûreté renforcées dès que les capacités deviennent dangereuses, comme en cybersécurité. Comme dans l’aviation ou le nucléaire, l’enjeu n’est pas d’exclure toute défaillance, mais d’empêcher qu’une seule suffise à produire une catastrophe.
 
L’IA va-t-elle détruire nos emplois ?
 
Là encore, la question est mal posée. Rappelons que durant deux siècles, les machines ont remplacé la force physique. L’IA s’attaque désormais à la programmation, à l’analyse, à l’expertise et, avec la robotique, aux tâches manuelles elles-mêmes. Or ce qui devient abondant perd mécaniquement de sa valeur.
 
Mais l’IA ne dématérialise pas le monde. Elle peut trouver en quelques minutes une molécule ou dessiner une puce. Lui reste à construire l’usine, à obtenir les autorisations, à trouver l’énergie, le capital, les ingénieurs. Elle comprime le temps de l’invention, non celui de l’industrie.
 
Pourtant, à terme, ses capacités, conjuguées à la robotique, pourraient nourrir une économie autonome. Des machines à même de concevoir, produire et réinvestir produiraient seules leur électricité, fabriqueraient leurs puces et leurs robots, et croîtraient sans les humains. La question ne serait plus de savoir quels emplois subsistent, mais comment empêcher que la croissance cesse d’avoir l’humanité pour seul horizon. Trois voies s’esquissent pour y répondre. D’abord, faire de notre bien-être l’objectif indépassable de la prospérité. Ensuite, laisser aux hommes le choix des fins quand les machines maîtrisent les moyens. Enfin, préserver ce qui reste irréductiblement humain : l’origine biologique, la relation, l’expérience vécue, jusqu’au fait d’être un « humain vérifié » dans un monde saturé d’agents. Maintenir l’homme au centre ne serait plus une nécessité économique, mais un choix de civilisation.
 

L’IA va-t-elle rendre les humains inutiles ?

Cette troisième peur, corollaire des propos précédents, recèle le plus grand contresens : elle suppose que la valeur d’un homme tient à son utilité. Les machines répondront admirablement au « comment ? » : produire plus d’énergie, vivre plus longtemps, réduire nos émissions. Reste le « pourquoi ? », autrement plus difficile. Une IA peut calculer mille arbitrages entre croissance et égalité, entre sécurité et liberté ; elle ne peut décider légitimement à notre place lequel doit l’emporter. Non par défaut d’intelligence, mais de légitimité : les valeurs ne sont ni homogènes ni compatibles, et aucun calcul ne fixe seul la pondération qui s’impose à tous. Voilà pourquoi l’humain et la politique sont plus nécessaires que jamais. Si l’IA devient la machine ayant la main absolue sur les moyens, il nous revient de choisir les fins.
 
Une dernière difficulté surgit. Les IA apprendront nos valeurs peut-être mieux que nous ne savons les exprimer et nous accompagneront sans cesse, participant même à en développer la puissance. Un assistant qui sait depuis vingt ans tout ce que vous avez lu, aimé, regretté ou cru connaît les arguments qui vous convainquent. En choisissant ce qu’il vous montre et les objections qu’il soulève, il façonne peu à peu celui que vous devenez. Le danger politique ultime n’est pas qu’une IA ait de mauvaises valeurs, mais que quelqu’un s’en serve pour modeler les nôtres.
 
Le vertige de la présidentielle
 
Voilà ce qui devrait obséder les candidats à l’élection présidentielle de 2027. Comment contrôler les systèmes les plus autonomes sans étouffer l’innovation ? Comment réunir l’énergie, le capital et les infrastructures pour faire des découvertes un facteur de prospérité ? Comment accélérer le logiciel d’un pays dont les procédures fonctionnent encore au rythme d’un monde révolu ? Et, enfin, comment protéger notre liberté de jugement face à des machines capables d’influencer nos préférences et sauvegarder la démocratie, menacée par des États usant de ces technologies de manière malveillante ? En témoigne d’ailleurs le rapport qu’Anthropic vient de publier, montrant les manœuvres chinoises ayant utilisé son modèle Claude pour entraîner les siens, surveiller les réseaux sociaux, créer des armes ou pirater des entreprises. Tout comme la Russie, qui s’en est servie pour des missions de hacking contre l’Ukraine et l’Europe, la création de malwares, le vol de technologies, etc.
 
Des débats autrement plus décisifs que le « pour » ou « contre » l’IA qui surnage vaguement au milieu d’un océan de discussions passéistes masquant une incapacité profonde à envisager les réformes structurelles qui s’imposent face au poids des retraites, au changement climatique, aux vagues migratoires instrumentalisées, aux avancées dangereuses du populisme et aux conflits qui ébranlent les certitudes de notre continent trop habitué à la paix.
 
Pendant qu’une poignée d’ingénieurs redéfinit le travail, la vérité et la puissance, nos responsables légifèrent sur un monde qu’ils ne comprennent plus et prétendent régir une IA qu’ils semblent à peine découvrir.
 
Encore ce hors-sujet ne serait-il qu’un retard rattrapable s’il n’était rongé par la post-vérité, l’outrance et une radicalité amplifiée par des réseaux qui, malgré leurs vertus, offrent aussi un terrain idéal à la démagogie et au mensonge, dont se repaissent des politiciens obsédés par le court terme. Comment pourrait-il en être autrement quand, tandis que l’IA challenge notre intelligence, l’idiocratie guette notre monde, ainsi que vient d’en témoigner le dernier classement PISA, où la France, comme nombre de ses voisins, plonge de manière inexorable. Une société qui lit moins bien, guidée par des dirigeants qui comprennent moins vite, sommée d’arbitrer les choix les plus lourds de son siècle face à des machines conçues pour orienter ses préférences : voilà le vrai vertige. Non que l’IA nous dépasse, mais que nous l’affrontions désarmés.
 
@Cobra_FX_ & @BenjaminSire
 
 
D) - C'est aujourd'hui que sort le livre 'The Nerd Reich', ouvrage qui a eu une couverture impressionnante avant même sa publication. 
 
L'idée générale est qu'après les Etats Welphaliens, après l'affrontement de blocs, vient désormais une ère de confrontation entre les institutions démocratiques et les immenses puissances que représentent Musk et autres géants de l'IA. La thèse de Duran est que la démocratie est en train de prendre fin, remplacée par une dictature technologique. 
 
 
 
Lorsque j'ai commencé à m'intéresser à ses travaux, il y a quelques années, lorsque j'écrivais "Comment les hippies dieu et la science fiction ont inventé Internet" puis plus tard "le péril IA" j'étais circonspect, me disant que ce n'est pas parce que Thiel, Musk et consorts ont des idées de néofascistes qu'existe nécessairement un plan pour prendre le pouvoir. Si rien ne dit que cela va arriver, le livre et le blog de Duran n'en sont pas moins franchement déstabilisants par leur capacité à montrer à quel point existe une stratégie délibérée. Thiel est présenté dans cet ouvrage comme le personnage central. Il "fait" Yarvin, lui donne tribune, comme il "fait" JD Vance (parfait inconnu jusque là), convertit Andreessen, etc. 
 
 
L'idée générale théorisée par Yarvin, est une convergence des luttes avec la base Maga pour prendre le pouvoir, déstabiliser l'État puis rompre cette alliance pour réellement mettre en place une dictature technologique. Ça paraît complètement délirant, mais n'en est pas moins très documenté, argumenté. Les conférences Reboot (2024, co-organisé par le monde de la tech d'une part et la Fondation Heritage)et les Natconf, (Grand-messes conservateurs) sont l'occasion d'entendre les promoteur de ces idées, en substance : la démocratie empêche l'accélération. Il faut donc un autre modèle. 
 
Quelqu'un de peu avisé pourrait observer : 
 
L'accélération certes, pour quoi faire ? 
 
Car ce qui transparaît, au delà des idées distordues, c'est celui de gens qui ont perdu tout intérêt pour l'acte désintéressé, qui n'accordent aucune importance pour ce qui ne se mesure pas, pour lesquels l'acte gratuit est vulgaire, l'altruisme doit nécessairement être "effectif". L'accélération en elle-même pour Thiel, pour aller sur mars pour Musk. 
 
N'y aurait-il pas tout ce pouvoir et tout cet argent à portée de main, accorderaient-ils la même importance à toutes ces technologies ? 
 
On peut en douter tant l'abondance radicale semble un aimable prétexte. 
 
Pardon d'être candide, mais s'ils avaient vraiment le sort de leur prochain à l'esprit, ne verrions nous pas tous ces tycoons puissamment investir dans des fondations caritatives ou, sur un autre plan, accorder de l'importance à la nature, se préoccuper du fait que ces technologies, sous leurs architecture énergétiques actuelles, accroissent sensiblement le réchauffement climatique, réchauffement qui touche en premier lieu les plus fragiles ? 
 
 Mais non. Leur préoccupations, fait observer un autre journaliste, Douglas Rushkoff, c'est bien de pouvoir continuer à payer leurs service de sécurité sur leurs iles bunkerisées, lorsque après l'effondrement, l'argent ne vaudra plus rien.
 
Je n'ai pas le souvenir d'avoir refermé un livre en ayant le sentiment que nous entrons à ce point dans un nouveau paradigme politique, du fait qu'une frange non négligeable du monde de la tech californienne est acquise à l'idée qu'il faut accélérer et que, pour accélérer, la démocratie est un problème. Il ne s'agit pas un épiphénomène : ceux qui défendent ces idées ont désormais une forte influence - économiquement, cognitivement et socialement - sur des milliards d'individus au travers de leurs plateformes. Une influence qui, selon l'auteur Gil Duran (exclu de X par Elon Musk pour avoir critiqué le manifeste de Alex Karp) , s'inspire du fascisme, ce qu'il développe longuement au début et au milieu de son ouvrage. Évidemment, c'est polémique. 
 
Mais il faut prendre le temps de lire cet ouvrage convaincant, parce que documentée par les déclarations des uns et des autres, parce qu' appuyée sur leurs références bibliographiques (The Sovereign Individual, The Cathedral...) et parce que cela met en exergue l'ampleur de la pénétration de ces idées dans le monde de la technologie. Et non, il ne s'agit pas de quelques esprits enfiévrés ; il s'agit d'individus parmi les plus grandes fortunes de ce monde, qui placent peu à peu leurs technologies, leurs agents dans différents systèmes politiques, économiques, sociaux... aux fins de faire tomber la démocratie et de faire advenir leur projet. Pour ceux qui en doutent, Il faut avoir à l'esprit que le Vice-président des USA ne serait pas là s'il ne défendait pas également ces idées, parmi d'autres. Il a reçu $ 15 millions de Thiel pour sa campagne et a été l'objet d'un lobbying efficace de la part du monde de la tech pour être le "ticket" de D. Trump 
 
Disclaimer : j'ai une profonde aversion pour le complotisme et je ne me serais pas permis d'écrire cela s'il ne me semblait pas que la dynamique est réelle, et déjà fortement engagée. 
 
La conclusion de ce livre est on ne peut plus claire : 
 
Nous ne pouvons plus nous permettre de demi-mesures. Il convient de construire un projet politique, avec en son coeur ce nouveau paradigme technologique. Si nous voulons construire un monde où les données ne sont pas exploitées contre les individus, où les algorithmes ne déforment pas le réel au profit de quelques-uns et où la richesse ne se concentre pas exclusivement entre les mains du capital, il va falloir comprendre ce qui est en train de se jouer. 
 
Cela pose des questions fondamentales : 
 
Avons-nous réellement besoin d'une société organisée autour de plateformes controlées tout au plus par quelques milliers de personnes à l'échelle de la planète ? 
 
La richesse de ces individus peut elle continuer d'être considérée comme acceptable lorsqu'elle appelle un pouvoir qui concurrence celui des Etats ? 
 
Faut-il inventer de nouvelles architectures économiques et numériques qui protègent les données privées — personnelles, culturelles ou industrielles ? 
 


E) - Comment empêcher que certains de ces acteurs s'approprient des prérogatives qui n'ont, par nature, aucune raison de l'être, comme la monnaie ?
 
Dans le monde de l'IA, certaines des sociétés qui étaient au coeur de l'attention des investisseurs il y a seulement quelques trimestres peinent désormais à trouver des fonds (Inflection AI, Adept AI, voire dans une moindre mesure Stability AI), tandis que d'autres deviennent les nouvelles coqueluches des investisseurs (Thinking Machines Lab, Safe Superintelligence, Anysphere/Cursor, entreprises d'infrastructure / agents IA...). 
 
Il faut se souvenir de la première guerre des navigateurs (Microsoft, Netscape...) et des "portails" à la fin des années 1990 : 
 
Les investisseurs étaient convaincus que celui qui la gagnerait contrôlerait Internet. 
Puis le centre de gravité s'est déplacé. Pendant un temps, Cisco fut la société la plus valorisée au monde avec l'idée que « sans routeurs, pas d'Internet ». 
Puis vint Nokia, portée par la conviction que l'accès au Web passerait avant tout par le téléphone mobile. Ensuite, ce furent les moteurs de recherche, avec Google (face a MS), puis les plateformes sociales, le cloud puis les smartphones... 
 
Tout ça pour rappeler que ce qui est évident a un moment ne le reste pas forcément longtemps.


Le paradoxe de la productivité de l'IA est particulièrement bien expliqué dans cet article.
 
 
Si celle-ci croit de façon spectaculaire au niveau de la production de code (+300%), elle est deux fois moindre au niveau du code soumis à revue, et de "seulement" 30% au niveau du code implémenté. Une observation faite dans de nombreuses organisations et contextes différents. 
 
L'auteur de l'article observe cependant que cette faible productivite est probablement le fait d'un usage à cadre constant, c'est-à-dire sans prendre en compte les nouvelles architectures logicielles ainsi que les nouvelles méthodes de travai qu'induit l'agentique. En d'autres termes, c'est plus facile de développer de nouvelles technologies que de changer la culture dans laquelle celles-ci sont mises en oeuvre. 
 
 
Longtemps, je me suis situé dans le camp des techno-optimistes. 
 
Lorsqu'Internet est apparu dans les années 90, j'ai comme beaucoup pensé qu'il s'agissait d'un facteur essentiel de progrès pour l'ensemble de l'humanité. Et il a été un facteur de diffusion de la connaissance comme nul autre : les techniques sont plus rapidement adoptées, nos économies sont devenues plus efficaces, etc. 
 
Mais rares étaient ceux qui auraient alors pu énoncer qu'internet serait source de graves menaces sur la démocratie, qu'il serait un facteur de concentration sans pareil des richesses (il y a quinze ans, l'homme le plus riche du monde possédait de l'ordre de 60-70 milliards de dollars. aujourd'hui plusieurs d'entre eux ont, au moins momentanément, franchi le seuil des 300 milliards, tous issus du monde de la technologie), qu'il créerait d'importants enjeux de santé mentale, de cognition (ces deux derniers points à différencier l'un de l'autre), de cybersecurité, avec les conséquences que cela peut avoir dans le monde réel... 
 
On m'a rapporté récemment que certains disent que je suis devenu "techno-réac". 
 
Même si je trouve la définition assez injuste, je reconnais ne plus avoir un enthousiasme univoque à l'égard des technologies. 
Et puis, si moi j'ai probablement évolué, il me semble que beaucoup de ceux qui font la technologie ont eu ont énormément changé. 
 
Dans la Silicon Valley, contrer le techno-optimisme, être décroissant, a toujours été un peu comme s'auto-désigner hérétique face au tribunal du saint Office de l'inquisition au XVIème siècle. Peter Thiel le résume d'ailleurs très bien : sans explicitement le dire, il compare la nécessité de l'accélération comme une quête messianique, et quiconque conteste cela a tôt fait de se faire labelliser par lui d'antéchrist, comme l'ont été Greta Thunberg et Eliezer Yudkowsky. 
 
L'accélération y est devenue une fin en soi et l'IA est emblématique de cette accélération (certains suspectent qu'en souhaitant dépasser l'humain, ceux-là réglent leurs compte à tous ceux qui les ont renvoyé à leurs propres limites, leurs frustrations). 
 
Désormais quiconque s'oppose au progrès technologique, en particulier de l'IA est plus ou moins un ennemi de Yarvin, Thiel, Andressen, Sacks, représentant la sainte inquisition technologique connue pour son absolutisme, son rejet de la démocratie et leur souhait de voir advenir une dictature technologique... . 
 
 Je conçois qu'il n'y ait d'ailleurs pas que des inconvénients à cet absolutisme ; il a le mérite de maintenir une ferveur religieuse - Thiel ne s'y trompe d'ailleurs pas et utilise à dessein ce corpus théologique. 
 
Dans un livre à paraitre d'ici quelques jours, je me suis posé la question de la finalité de l'accélération : 
 
Est-ce que l'on sera plus heureux lorsque l'on vivra 120 ans ? 
Lorsqu'on aura tous un QI de 145 ? 
Lorsqu'on aura envoyé des humains sur Mars ? 
 
Ces questions ne sont jamais posées ; et pourtant elles ont une incidence directe sur notre réel : car c'est maintenant qu'il faut faire des choix de société forts.

Gilles Babinet 

 
@babgi 
Président de CaféIA. #IA 7 startups, 4 sorties et 7 livres Sur Linkedin désormais https://linkedin.com/in/gillesbabin




F) - L’avertissement sur l’IA lancé par Bill Gates en trois points clés

Dans un essai de près de 6 000 mots, le milliardaire philanthrope appelle à réglementer l’IA et affirme qu’une coordination mondiale est nécessaire pour faire face à ses conséquences sur l’emploi, la sécurité et le bien-être 

Pour Bill Gates, les entreprises se ruent sur l’intelligence artificielle (IA) sans se soucier des répercussions colossales que la technologie aura sur le monde. Dans un texte publié mercredi sur son site Internet, il lance un avertissement sans concession sur les risques que l’IA fait peser sur l’emploi et la condition humaine.

« Même si toutes les conditions sont réunies, la transition vers l’ère de l’IA sera l’une des plus tumultueuses de l’histoire de l’humanité, prévient-il. Pour l’heure, personne ne s’y prépare : je ne vois aucun leader, aucun expert, ni aucune communauté s’intéresser correctement à ce problème. »

https://www.lopinion.fr/economie/lavertissement-sur-lia-lance-par-bill-gates-en-trois-points-cles

 


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