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octobre 30, 2026

On ne sortira la France du « déni de réalité » par un projet ! Attali, et Lisnard ?

On ne sortira la France du « déni de réalité » que par une catastrophe ou un projet.

 Il est plus facile de faire confiance à un charlatan qui vous rassure qu’à un médecin qui vous prescrit un traitement exigeant ; il est aussi plus tentant de voter pour ceux qui, comme le RN et LFI, affirment que tout sera facile plutôt que pour ceux qui vous démontrent que les temps exigent de grands efforts.

 

L'immense majorité des Français pense que les retraités ne coûtent pas trop cher à la collectivité, que la France peut encore dépenser beaucoup plus pour ses services publics, qu’elle peut augmenter les impôts que paient les patrons et les actionnaires, que la Russie de Poutine n’est pas notre ennemi et que l’Union européenne nous coûte beaucoup plus qu’elle ne nous rapporte. En tout cas, ils s’apprêtent à envoyer au second tour des élections présidentielles deux candidats, Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon, qui pensent exactement cela tous les deux.

Pour beaucoup, dont je fais partie, c’est un « déni de réalité ».

Les humains en font tous les jours, face à la maladie ou à l’échec ; des peuples entiers en font aussi, face à une dette qui s’accumule, un ennemi qu’on ne veut pas voir, un climat qui se dérègle, une démographie qui s’effondre.

À l’échelle des individus, la psychiatrie distingue au moins cinq formes de cette maladie mentale : le déni d’abord, que Freud définit comme un mécanisme de défense par lequel le sujet refuse de reconnaître ce qui le menace, tout en l’admettant en son for intérieur. L’anosognosie (dans laquelle un patient paralysé d’un côté du corps affirme, sincèrement, qu’il peut bouger son bras) et qu’on retrouve chez une grande partie des malades atteints de schizophrénie ou d’Alzheimer. La minimisation, si familière aux addictions (« ce n’est rien, j’arrête quand je veux ») ; le délire paranoïaque, quand la réalité est vécue comme une fabrication hostile et tout fait dérangeant comme la preuve d’un complot. Enfin, à l’extrême, la dissonance cognitive, à l’exemple des membres de cette petite secte américaine qui attendait la fin du monde pour le 21 décembre 1954 et qui, lorsque la prophétie échoua, loin d’abandonner leur croyance, continuèrent à faire du prosélytisme.

À l’échelle des peuples, ce déni existe aussi : le sociologue américain, professeur à la LSE, Stanley Cohen, dans States of Denial (2001), en distingue trois formes, qui recoupent les attitudes individuelles : le déni littéral (« cela n’a pas eu lieu »), le déni interprétatif (« cela a eu lieu, mais ce n’est pas ce que vous croyez ») et le déni implicatoire (« cela a eu lieu, mais cela ne nous concerne pas »). Auquel il a ajouté un peu plus tard le déni paranoïaque, qui voit derrière chaque fait gênant la main d’un ennemi caché. Et auquel il faut encore ajouter le déni prospectif : « cela n’aura pas lieu ». Et on préfère voter pour ceux qui vous disent que le pays ne risque pas la faillite comme on préfère faire confiance à quelqu’un qui vous dit que vous n’êtes pas malade.

Tout cela serait certainement toujours la marque d’un dérangement mental s’il ne fallait pas prendre au sérieux une objection redoutable : qui peut affirmer que la réalité est la réalité ? Très souvent, ceux qui proclament détenir la réalité ne sont que ceux qui détiennent le pouvoir. Descartes imaginait un malin génie capable de nous tromper sur tout. Galilée fut condamné au nom d’une réalité officielle. Le colonisateur imposait au colonisé sa propre version du monde, comme les dictateurs de toutes sortes. Orwell, dans 1984, montra jusqu’où pouvait aller un pouvoir qui exige qu’on croie que deux et deux font cinq. Et les « contraintes indépassables » qu’on impose aux nations, au nom des marchés, de l’équilibre budgétaire, de la géographie, des rapports de force ou de la tradition, relèvent souvent de cette catégorie.

Il faut donc distinguer soigneusement les faits et les fatalités : l’évolution de la température moyenne de la planète, la croissance d’une dette, la présence de chars à une frontière sont des faits ; les nier relève de la pathologie. Par contre, leurs conséquences ne sont pas nécessairement fatales et il appartient aux humains de prendre conscience des risques et de ne pas s’y résigner.

Alors, que faire ? On n’aide pas un malade qui nie sa maladie en essayant de lui prouver qu’il a tort, mais en cherchant avec lui un objectif commun : guérir. Si regarder la réalité en face ne mène qu’au désespoir, on préfère le mensonge. Il en va de même pour les peuples : un peuple ne renonce à son déni du réel que si la vérité lui ouvre un avenir.

Cela suppose, pour les individus comme pour les peuples, de réunir trois conditions : un tiers de confiance, pouvoir regarder la vérité sans être anéanti, et la perspective d’un avenir désirable. C’est ce qu’a réussi l’empereur Meiji, qui, à l’inverse de l’empereur chinois, a regardé en face, après l’arrivée des navires américains en 1853, la réalité de son retard, et s’est transformé en une génération. Et Churchill n’a promis à son peuple en 1940 que « du sang, du labeur, des larmes et de la sueur ».

Quand on ne le fait pas, on fonce dans le mur en klaxonnant, paralysé par la peur en faisant confiance à des charlatans. C’est ce que fit la France dans l’entre-deux-guerres. Et c’est ce que fait la France aujourd’hui : l’insolvabilité des systèmes de retraites, l’exigence européenne, l’hostilité de la Russie, sont des faits ; pas des fatalités. On ne s’en sortira pas si on fait confiance aux deux partis, d’extrême gauche et d’extrême droite, qui les nient.

Pour vaincre ces fatalités, il nous faudra nous méfier autant de ceux qui vous jurent que tout ira très bien quoi qu’on fasse que de ceux qui prétendent que tout est décidé d’avance. Il nous faudra des tiers de confiance, c’est-à-dire une presse libre, une science indépendante, une justice respectée, sans lesquelles personne ne pourra plus distinguer un fait d’une propagande ou d’une fatalité. Il nous faudra aussi un récit qui rende la vérité supportable, en montrant que le réel, s’il est regardé à temps, laisse encore toute sa place à la liberté. Il nous faudra enfin offrir une perspective au pays : tout pour la jeunesse, dans une Europe assumant sa défense.

Jacques Attali est docteur en économie, polytechnicien et conseiller d’État. Conseiller spécial du Président de la République François Mitterrand pendant 10 ans, il est le fondateur de 4 institutions internationales : Action contre la faim, Eureka, BERD, Positive Planet.

Jacques Attali est l’auteur de 86 livres (dont plus de 30 consacrés à l’analyse de l’avenir), vendus à 10 millions d’exemplaires et traduits en 22 langues. Il est éditorialiste pour les quotidiens économiques Les Échos et Nikkei après l’avoir été pour L’Express. 

Il dirige régulièrement des orchestres à travers le monde.

Image : Le Charlatan de Jan Steen vers 1651.

 Ma nouvelle chronique pour @lesechos est en ligne. Lien en bio.

https://www.attali.com/geopolitique/on-ne-sortira-la-france-du-deni-de-realite-que-par-une-catastrophe-ou-un-projet/

 


 

 

février 15, 2026

Quand Le Monde fait le procès d'une anthropologue menacée de mort !

Merci Le Monde
. Je suis très fière de cet épinglage. Vous avez raconté n’importe quoi sur moi, mais vous êtes obligés ici de reconnaître que le frérisme dont j’ai analysé les ressorts dans un livre que vous avez voulu tuer est une réalité française.
J’ai gagné une chose : vous prenez le thème au sérieux, vous êtes moins virulents. Et si vous m’accordiez à présent un entretien sans avoir recours à des collègues témoignant sous anonymat ?
Je vous embarrasse, mais le monde académique lui se tait.
(Par ailleurs sachez que je n’ai à ce jour perdu aucun procès. J’en ai gagné.)
 
Florence Bergeaud-Blackler
 

 
 
Quand Le Monde fait le procès d'une anthropologue et pas sans arrière pensée
 
Réponse de FBB à l’article « La chercheuse du CNRS qui embarrasse le monde académique » Le Monde, 14 février 2026 – Youness Bousenna A paraître dans la Nouvelle Revue Politique.
 

 
En 2023, Le Monde avait déjà tenté de torpiller mon livre Le Frérisme et ses réseaux en publiant des articles truffés d’erreurs, et fondés sur des témoignages... anonymes, par definition invérifiables[1]. Rien n’y a fait : le livre est devenu un best-seller, traduit en plusieurs langues. Il a depuis inspiré un rapport du ministère de l’Intérieur commandé par le président Macron, un rapport du Sénat, un débat parlementaire et une résolution adoptée à l’Assemblée Nationale. C’est un franc succès. Je remercie donc M. Bousenna de contribuer une nouvelle fois, bien malgré lui, à la diffusion de mes travaux et de me donner l’occasion de répondre aux bêtises que l’on lit sur les réseaux sociaux et dont il se fait le porte-voix.
 
Reconnaissons-lui cependant un progrès : cette fois, l’article est moins virulent que ceux de 2023. Mais il n’en reste pas moins plein d’erreurs factuelles, d’approximations et de biais que je me propose de relever.
 
La séquence Thinkerview : un journaliste du Monde trompé par les réseaux sociaux
 
Le Monde ouvre l’article sur un prétendu « malaise » lors de mon passage sur Thinkerview le 7 octobre 2025. L’ironie est cruelle : le journaliste qui me reproche d’être trop présente sur X a manifestement forgé son opinion sur la base de montages qui ont circulé sur ces réseaux sociaux. Certes il écrit moins de posts que moi, mais c’est sans doute parce qu’il passe plus de temps à consulter ceux des autres. Pour ma part j’utilise les réseaux sociaux pour faire connaitre mes analyses et mes travaux, là où je peux le faire.
 
La séquence a été inversée dans les versions virales, comme chacun peut le vérifier en visionnant l’intégralité de l’entretien[2]. Voici ce qui s’est réellement passé : dans cette vidéo j’explique pourquoi je ne lis pas le Coran en arabe. 
 
 Je commence à raconter que je suis partie en Syrie pour apprendre l’arabe, et avant que j’aie pu terminer ma phrase, l’animateur m’interrompt par une expression que je ne comprends pas. Il est placé dans la pénombre (c’est le concept) et comme il ne peut pas parler sans être enregistré, il fait de grands gestes que je n’identifie pas, d’où ma surprise. L’expression « Kulu tamam » est du dialectal égyptien, que je n’ai jamais entendu lors de mon séjour en Syrie en 1994 à l’IFEAD (Institut Français d’Etudes à Damas). Je tente une interprétation et je dis : « manger » car en arabe classique, كُلْ (kul) qui se prononce « koul » est l’impératif du verbe أَكَلَ (akala), kul signifie « mange ! ». Ma compréhension est logique à partir de l’arabe classique. Mais de nombreux internautes manifestement ignorants de l’arabe et de l’existence de plusieurs dizaines de dialectes arabes, falsifient la séquence et la font tourner en prétendant, à tort, que j’aurais menti.
 
 Le journaliste reproduit dans les colonnes du Monde une manipulation née sur les réseaux sociaux. Pour un auteur du « quotidien de référence », c’est un sérieux problème de vérification des sources. Le problème, c’est que des députés se sont saisis de cette rumeur pour agiter leur réseau contre moi pendant des mois conduisant à un harcèlement organisé de dizaines voire centaines de messages insultants et menaçants chaque jour. Souhaite-t-il relancer la machine ?
 
Deux contre-vérités en une seule phrase
 
Le journaliste écrit :
 
« L’ancien Twitter est le terrain de jeu favori de cette chercheuse du CNRS particulièrement controversée depuis la parution de l’ouvrage Le Frérisme et ses réseaux, l’enquête ». 

Cette phrase est doublement fausse.
Premièrement, X n’est pas mon « terrain de jeu ». C’est un outil de communication que j’utilise, comme des milliers de chercheurs dans le monde, pour diffuser mes travaux et répondre aux attaques dont je fais, hélas trop souvent, l’objet. De fausses informations se retrouvent dans des journaux comme le Monde (source valide pour Wikipédia) qui permettent ensuite à des wikipédistes - dont on connait la motivation politique [3]- de les insérer sur ma fiche. Celle-ci qui contient de très nombreuses erreurs et d’omissions est ensuite lue dans le monde entier... ce qui a des répercussions professionnelles sérieuses : des contrats de recherche annulés, des universitaires qui hésitent à m’inviter craignant pour leur réputation même s’ils ne sont pas en désaccord avec mes thèses. Wikipédia peut rendre un chercheur « radioactif » et ruiner sa réputation et sa carrière. Est-ce cela l’objectif de l’article ?
 
Deuxièmement, ni moi ni mon livre ne sommes controversés. Mon livre n’a pas donné lieu à une « controverse », terme qui supposerait un débat scientifique entre pairs sur le fond de mes thèses et des leurs. Ce qu’il a suscité, c’est un acharnement systématique provenant de deux sources médiatisées par des journaux plutôt complaisants : la frérosphère, dont les réseaux d’influence sont justement l’objet de mon enquête, et une gauche radicale idéologiquement hostile à toute critique de l’islamisme. Le journaliste, en reprenant cette grille de lecture sans la questionner, montre davantage d’empathie pour mes détracteurs que de rigueur journalistique.
 
Plaintes et signalements : un inventaire trompeur
 
L’article affirme que je fais l’objet de « signalements excédant la dizaine » et d’« au moins cinq plaintes déposées, dont trois instruites ». C’est faux. Et précisons les choses : à ce jour je n’ai perdu aucun procès, j’en ai gagné. Certaines des plaintes mentionnées n’ont pas été effectivement déposées. Brandir des chiffres de signalements sans en préciser l’issue ni le profil des plaignants relève davantage de l’intimidation que de l’information.
 
Passons en revue quelques cas cités où le journaliste se fait procureur omettant quelques cruciaux détails.
Nedjib Sidi Moussa. J'ai en effet qualifié M. Sidi Moussa de « pauvre con ». Le contexte éclaire cette réaction. Au moment où Boualem Sansal, enlevé par les autorités algériennes, se trouvait détenu sans recours dans une cellule, M. Sidi Moussa a fait le choix de l'accabler publiquement prenant le risque d'aggraver sa situation. J’assume cette réaction face à une telle indignité. Pourquoi le journaliste a-t-il effacé le contexte ?
 
John Tolan. Contrairement à ce qu’affirme le journaliste, John Tolan n’a pas porté plainte en justice contre moi. Quant au projet EuQu (« Coran européen »), financé à hauteur de près de 10 millions d’euros par l’Union européenne, je maintiens qu’il peut servir un récit conforme aux intérêts de la confrérie comme je l’ai déclaré au Figaro[4].
 
El Yamine Settoul. Le journaliste omet de mentionner que ce chercheur apparait sur une video en compagnie d’un gradé des gardiens de la Révolution iranienne. Il y a là, me semble-t-il, de quoi s’interroger légitimement. Le journaliste lui accorde un long droit de parole pour se plaindre d'un « amalgame » et d'un éventuel impact sur le renouvellement de son détachement au ministère des armées tout en reconnaissant lui-même que « rien ne permet formellement » d'établir ce lien. On appréciera la rigueur : une insinuation présentée comme un fait, immédiatement démentie par celui-là même qui la formule. Quant à la vidéo en compagnie d'un gradé des gardiens de la Révolution, M. Bousenna n'en souffle mot. Le lecteur jugera de quel côté se situe l'omission.
 
Haouès Seniguer. Sa proximité avec la frérosphère n’est pas un secret et cela n’est d’ailleurs nullement interdit en France[5]. C’est un choix qu’il a fait. Mais ce choix éclaire son hostilité à mon endroit, hostilité qui s’est traduite par des publications susceptibles de ruiner ma carrière et de me mettre physiquement en danger. Rappelons que je vis sous protection policière en raison de menaces de mort. Je note que M.Bousenna, à l’inverse du traitement qu’il m’a réservé, avait été plutôt complaisant avec M.Seniguer[6].
 
Margot Dazey. Le journaliste rapporte la recension de Mme Dazey, qui qualifiait mon raisonnement d'« intrinsèquement complotiste ». Rappelons qu'en science, on répond à une thèse par une contre-thèse argumentée, non par un diagnostic infamant et disqualifiant. Que j'aie vivement réagi à une recension qui m'accusait publiquement de complotisme dans une revue de l'IREMAM — laboratoire dont je connais les orientations pour y avoir travaillé dix ans — n'a rien de surprenant. M. Bousenna omet évidemment ce contexte pour ne retenir que ma réaction.
 
L'IREMAM et le CNRS. M. Bousenna donne longuement la parole à Vincent Geisser, directeur de l'IREMAM, qui exprime son « incompréhension » et sa « forme de colère » face au fait que je puisse « continuer à injurier et humilier sans réaction des tutelles ». Mais quelles injures, exactement ? L'article ne le dit pas. Le lecteur est invité à s'indigner sans savoir de quoi.
 
La protection fonctionnelle. Le journaliste souligne que Stéphanie Latte Abdallah et Haouès Seniguer bénéficient de la protection fonctionnelle du CNRS, comme s'il s'agissait d'une preuve de ma nocivité. Il omet de rappeler que je bénéficie moi-même de cette protection fonctionnelle pour les menaces et diffamations subies en sus d’une protection policière en raison de menaces de mort.
 
Les chercheurs d'Aarhus et les « 95 pratiques problématiques ». Le journaliste invoque une recension de Lena Kühle et Manni Crone, de l'université d'Aarhus, qui auraient relevé dans mon livre traduit en danois 95 « pratiques problématiques ». Ce chiffre, jeté sans contexte, est destiné à impressionner. Mais M. Bousenna ne précise que cette recension a fait l'objet d'une réponse de ma part qui l’a réduit à moins de vingt. Il ne dit rien non plus de la nature de ces « pratiques » : compter un hyperlien défectueux ou une transcription approximative au même titre qu'une erreur de fond, c'est gonfler artificiellement un bilan pour produire un effet d'accumulation comme l’a montré un chercheur danois[7].
 
Le journaliste du Monde se livre à un exercice singulier : dénombrer mes « attaques » contre « environ 50 chercheurs et près de 30 organisations ». 
 Mais qui sont ces 50 chercheurs et ces 30 organisations ? Quels sont les propos incriminés ? Sur quels faits portaient-ils ? Le lecteur n'en saura rien. Ce procédé porte un nom : c'est l'accusation par le nombre, technique qui consiste à substituer une quantité impressionnante à la démonstration qu'on est incapable de produire.
 
Par ailleurs, nommer des chercheurs dont les positions ou les affiliations posent question, les critiquer publiquement, contester les orientations d'institutions, tout cela s'appelle le débat intellectuel. C'est le quotidien de la vie académique dans le monde entier. Si la critique devient un délit dès lors qu'elle porte sur l'islamisme, ce n'est plus mon compte X qui pose problème à M.Bousenna, c'est la liberté de la recherche que lui a pourtant rappelé le CNRS contacté par lui-même.
 
Le CERIF et le financement.L'article se conclut par une insinuation sur l'indépendance de mes recherches, au motif que le CERIF compterait parmi ses donateurs l'organisation Périclès. Le procédé est classique : la culpabilité par association. Rappelons que le CERIF est une association loi 1901, indépendante, qui ne reçoit que des dons de droite comme de gauche. Et ceci est parfaitement légal et transparent. Quant à la question de la compatibilité avec mon statut de chercheuse au CNRS, il n'y a là aucune irrégularité, mais M. Bousenna laisse planer le doute, c'est tout l'art de l'insinuation sans preuve.
 
De « l’extrême droite » à « la droite » : un recentrage que je salue, mais il reste encore un effort à faire...
 
Je note avec satisfaction que le Monde m’a « recentrée ». Dans les articles de 2023, j’étais présentée comme une figure inspirante de l’ « extrême-droite ». Me voilà désormais simplement « orientée à droite ». C’est un progrès. Le prochain pas sera de reconnaitre que ce qui me fait parler n’est pas un positionnement partisan mais seulement, mon travail de recherche mené depuis des décennies.
 
Rétablissons une réalité simple : je ne travaille pour aucun parti politique. Si une institution républicaine a recours à mes compétences, il est de mon devoir de fonctionnaire de répondre. Je n’ai jamais été membre d’aucune formation politique. Mon seul engagement est envers la connaissance et la recherche scientifique. Que mes travaux soient repris par des responsables politiques ne fait pas de moi une militante, pas plus que la citation des travaux d’un climatologue par un parti écologiste ne ferait de lui un militant vert. Pourquoi le journaliste tient-il tant à me faire passer pour une militante politique ?
 
La Légion d’honneur : un protocole républicain, pas une faveur politique
 
L’article suggère (en sous-titre) que le CNRS ne réagit pas, ce qui sous entend qu’il devrait me sanctionner. Le journaliste ne se contente pas de décrire une situation, il exerce une pression publique sur une institution pour qu'elle prenne des mesures disciplinaires contre une chercheuse !
 
Il tente même de jeter un voile de suspicion sur ma nomination au grade de chevalier de la Légion d’honneur. Rappelons comment fonctionne ce protocole républicain.
 
La Légion d’honneur est accordée par décret du président de la République, sur proposition des ministres, après délibération du conseil de l’ordre présidé par le Grand Chancelier. Les candidatures sont instruites par les préfets et les ministères de tutelle, puis transmises au Premier ministre et au Grand Chancelier. J’ai reçu cette distinction des mains du général François Lecointre, Grand Chancelier de la Légion d’honneur, dans sa propre promotion. C’est un honneur rare et insigne, qui salue plus de vingt ans de recherche « au service de l’intérêt général et de la Nation » [8]. Tenter de réduire cette reconnaissance à un jeu d’influence politique est à la fois inexact et insultant envers l’institution elle-même.
 
L’utilisation trompeuse d’anonymes
 
Ayant échoué à recueillir la réaction de Gilles Kepel - dont il écrit qu’il m’aurait « fait l’honneur » d’écrire ma préface, formulation condescendante -, le journaliste s’emploie à trouver des hommes et des femmes pour me disqualifier. Il ne cite pas les autres “grands noms de la recherche sur l’islamisme” qui auraient refusé de témoigner contre moi. Ce procédé est doublement fautif : d'une part, invoquer des témoins anonymes pour insinuer l’embarras du monde académique relève de l'argument d'autorité sans preuve ; d'autre part le journaliste passe sous silence une autre interprétation. Si ces chercheurs ont décliné, c'est peut-être tout simplement qu'ils n'avaient rien à reprocher à mes travaux, ne souhaitaient pas se prêter à un article à charge, ou bien ne souhaitaient pas exprimer un désaccord dans un simple article de presse.
 
Faute de pouvoir mobiliser « le monde académique » contre moi -bien qu’une partie m’ait manifesté son soutien[9]- M. Bousenna s'emploie alors à trouver des figures politiques pour suggérer que je serais le produit d'une galaxie de droite.
 
Et pour enfoncer le clou, le journaliste explique que "les derniers rendez-vous académiques impulsés par Florence Bergeaud-Blackler" se sont tenus dans des « amphithéâtres inattendus » plutôt que des arènes universitaires. 
 
 Il feint d’oublier que depuis trois ans toutes mes conférences dans les universités et les grandes écoles sont annulées au dernier moment sous des prétextes divers. On y autorise volontiers la tenue de meetings politiques dans les amphis, mais l'on s'offusque qu'une chercheuse du CNRS y présente ses travaux dès lors que ses thèses dérangent quelques agitateurs[10]. Cela, le journaliste l’omet-il sciemment ?
 
Un journalisme militant éloigné de la déontologie, qui veut faire taire
 
La Charte d’éthique professionnelle des journalistes établit que le journaliste « tient la véracité, l’exactitude, l’intégrité, l’équité, l’impartialité pour les piliers de l’action journalistique » et considère « l’accusation sans preuve, la déformation des faits, la non-vérification des faits » comme « les plus graves dérives professionnelles ». Au regard de ces principes, cet article pose plusieurs problèmes sérieux.
 
M. Bousenna reprend sans vérification un montage circulant sur les réseaux sociaux pour construire son entrée en matière. Il présente une accumulation de signalements et de plaintes sans en préciser l’issue, créant une impression de culpabilité par accumulation. Il dissimule des faits importants et le contexte. Il ne me donne pas la parole pour répondre aux allégations précises de l’article. J’aurais accepté un grand entretien sur mes travaux si j’avais été sollicitée. La Charte éthique rappelle pourtant qu’un journaliste « exerce la plus grande vigilance avant de diffuser des informations d’où qu’elles viennent » et « fait en sorte de rectifier rapidement toute information diffusée qui se révélerait inexacte »[11].
 
Cet article vise à produire ce qu’il crée de toutes pièces : une controverse et d’éventuelles mesures disciplinaires par le CNRS. L’idée n’est-elle pas de me réduire au silence ?
 
Florence Bergeaud-Blackler

 
Anthropologue, chargée de recherche au CNRS/GSRL
Présidente du CERIF
 
 

décembre 21, 2025

Marion Saint-Michel, son livre: La gouvernance perverse : la décoder et s’en libérer + Roland Gori et Adriano Sagatori

La gouvernance perverse : une analyse psychologique et politique de la France

Dans une récente émission du « Samedi politique » sur TV Libertés, la psychologue clinicienne et diplômée en sciences politiques Marion Saint-Michel, auteure de La gouvernance perverse : la décoder et s’en libérer (éditions Résurgence), a livré une analyse radicale et sans concession de la manière dont la France est gouvernée depuis plusieurs décennies.

Selon elle, ce que beaucoup perçoivent comme de l’incompétence ou des erreurs successives relève en réalité d’un système intentionnel de déconstruction des nations européennes et occidentales.

 

Ce livre s’adresse aux personnes qui, n’étant ni psychologues ni politologues, s’interrogent sur les intentions de nos dirigeants. Il se propose d’analyser la crise du Covid et la gouvernance qui s’est ensuivie, sous l’angle de la perversion. Son objectif est de donner au lecteur les éléments pour comprendre comment il est manipulé, à travers les « narratifs », l’ingénierie sociale et l’instrumentalisation des émotions. Parce que comprendre, c’est commencer à se libérer.

L’incompétence, un leurre entretenu

Le premier constat frappant est que l’accusation d’incompétence, si fréquente dans l’opinion publique, sert paradoxalement le pouvoir en place. « Quand on pense qu’ils sont incompétents, on passe à côté de l’essentiel », explique Marion Saint-Michel. Les dirigeants ne seraient pas maladroits dans la gestion des affaires publiques : ils excelleraient au contraire dans l’atteinte de leur véritable objectif, qui est, selon elle, de déstructurer, voire de détruire les cadres nationaux, culturels et sociaux hérités.

Les problèmes que rencontrent les Français – crise agricole, insécurité, pouvoir d’achat, santé publique – ne seraient pas des échecs involontaires, mais des instruments ou des conséquences acceptées d’une politique plus large. Les contradictions apparentes (discours opposés au sein du même gouvernement, revirements brutaux) ne traduisent pas un manque de coordination : elles constituent une technique délibérée de manipulation psychologique.


 Dans ce dernier numéro de l’année du Samedi Politique, Élise Blaise reçoit Marion Saint Michel, psychologue clinicienne et diplômée en sciences politiques, pour analyser la situation politique et sociale française à travers un prisme rarement exploré : celui des mécanismes psychologiques du pouvoir. Crise du monde agricole, séquelles durables du Covid, discours anxiogènes, communication contradictoire des dirigeants, climat de peur permanent, tensions sociales et contrôle de l’information : assistons-nous à une forme de gouvernance qui dépasse la simple incompétence politique ? À partir de son ouvrage La gouvernance perverse – la décoder, s’en libérer paru aux éditions Résurgence (disponible ici https://boutiquetvl.fr/accueil/marion... ), Marion Saint Michel propose une grille de lecture pour comprendre les comportements des élites dirigeantes, les stratégies de provocation, l’inversion des valeurs et les effets de ces pratiques sur les populations. Dans cette émission, nous abordons notamment : – Les mécanismes psychologiques du pouvoir contemporain – La communication politique et ses contradictions répétées – Le rôle de la peur dans la fabrique du consentement – Les crises sanitaires et agricoles comme outils de gestion politique – La polarisation morale et le discours manichéen dans le débat public – La place des médias indépendants – Les conséquences psychologiques collectives des crises prolongées – Les notions de gouvernance perverse et de psychopathologie du pouvoir Une émission pour prendre du recul, comprendre les ressorts invisibles du pouvoir et interroger notre rapport collectif à l’autorité, à l’information et à la responsabilité politique.

Sources et recommandations : Andrew Lobaczewski - la Ponérologie Politique. Décryptage du livre par Michel Drac    • La ponérologie politique (Andrew Lobaczewski)  


Le paradoxe comme outil de contrôle mental

Le paradoxe et les déclarations contradictoires sont au cœur de ce que l’autrice nomme « gouvernance perverse ». Pendant la crise du Covid, on a pu entendre : « Il n’y aura jamais de passe sanitaire », avant que celui-ci ne devienne réalité quelques semaines plus tard. Plus récemment, Sébastien Lecornu a annoncé, lors de sa déclaration de politique générale à l’Assemblée nationale le 14 octobre 2025, une suspension de la réforme des retraites, Alors que quelques jours plus tard, le 21 octobre 2025, en déplacement en Slovénie, Emmanuel Macron a tenu des propos contradictoires : il a affirmé qu’il ne s’agissait ni d’une abrogation, ni d’une suspension, mais seulement d’un « décalage d’une échéance » et qu’il n’y avait pas de renoncement définitif à cette réforme.

Ce type de communication produit un effet dissociatif puissant :

la personne exposée finit par ne plus savoir quoi penser, puis par cesser de penser.

« Vous arrêtez de réfléchir et vous attendez qu’on vous dise quoi faire », résume Saint-Michel. Cette sidération est un levier essentiel de contrôle social.

Une élite homogène et interconnectée

Un autre élément clé est l’extraordinaire homogénéité sociologique des élites dirigeantes françaises. Grandes écoles (ENA, Sciences Po, HEC…), passage par les cabinets de conseil, les banques d’affaires, les Young Leaders de la French-American Foundation : les parcours sont interchangeables, même entre partis officiellement opposés. Cette « incestuosité » politique, renforcée par le pantouflage permanent entre public et privé, crée un système fermé où les conflits d’intérêts sont structurels.

La corruption n’est pas seulement financière : elle est aussi morale.

Participer à des arrangements, recevoir des prébendes, partager des secrets d’initiés crée une compromission collective qui rend difficile toute dissidence interne. Comme le souligne Jean-Dominique Michel dans la préface de l’ouvrage, il s’agit d’une « corruption systémique » : le système lui-même corrompt les individus qui y participent.

 

La perversion à l’œuvre : annoncer, provoquer, inverser

Un trait particulièrement troublant de cette gouvernance est la tendance à annoncer, parfois de manière cryptée ou provocatrice, ce qui va être fait. Marion Saint-Michel cite la fameuse phrase d’Emmanuel Macron en 2017 : « Si je n’étais que la cupidité, je n’aurais pas quitté la banque d’affaires… ou alors je serais un être extrêmement complexe, voire pervers ». Elle y voit un exemple de ce que les psychologues appellent le « passage à l’acte verbal » : le plaisir de dire la vérité sous couvert d’ironie ou de provocation.

De même, la répétition de la formule « la bête immonde est là et elle arrive » (terrorisme, pandémies, chocs divers) est analysée comme une préparation psychologique des populations à accepter toujours plus de restrictions au nom de la lutte contre des menaces présentées comme inévitables.

Crises agricoles et Covid : même logique mortifère

La crise actuelle des agriculteurs est analysée comme un nouvel épisode de cette gouvernance perverse. La maladie hémorragique épizootique (MHE ou « dermatose nodulaire ») sert de prétexte à des abattages massifs, alors que la maladie est connue depuis longtemps, peu mortelle et gérée autrement dans d’autres pays (vaccination ciblée, par exemple). La rhétorique officielle – « protéger les autres », « on ne débat pas des faits scientifiques » – reprend mot pour mot celle du Covid.

L’opposition entre agriculteurs et forces de l’ordre, comme entre policiers et citoyens réfractaires aux mesures Covid, vise à diviser les groupes les plus en souffrance : agriculteurs et policiers (taux de suicide très élevés dans ces deux catégories), ainsi que soignants (fortement impactés pendant la crise). Faire s’opposer les victimes entre elles est une technique classique de domination.

La gouvernance par la peur et la mort

La réponse systématique par la mort (abattage massif, euthanasie promue sous le terme « aide à mourir ») est un autre marqueur de cette logique mortifère. Face à la moindre difficulté organisationnelle, la solution proposée est souvent l’élimination plutôt que la réparation ou l’adaptation (voir ici).

 

Avec Lucien Cerise, chercheur en ingénierie sociale, pour son livre “Gouverner par le chaos, Ingénierie sociale et mondialisation” aux éditions Max Millo
 

Vers la sécession mentale et le refus de la compromission

Face à ce constat, Marion Saint-Michel refuse le fatalisme. La solution ne passe pas par une nouvelle élection ou un changement de personnel, mais par une « sécession mentale » :

refuser d’entrer dans le système de mensonge, préserver sa boussole morale, dire la vérité même à petite échelle.

Elle cite les dissidents soviétiques – Soljenitsyne, Havel – qui ont survécu et parfois contribué à faire tomber le système en refusant simplement de participer au mensonge collectif. « Une parole de vérité pèse plus que le monde entier », écrivait Soljenitsyne.

Un moment historique

L’autrice conclut sur une note d’urgence : nous serions à un moment charnière. Si le système totalitaire en cours d’installation se consolide (peut-être dans les 18 prochains mois), il deviendra beaucoup plus difficile de l’enrayer. La crise agricole est un test majeur : soutenir les agriculteurs, c’est défendre la souveraineté alimentaire, mais aussi la France elle-même.

Le combat ne se joue pas seulement dans la rue ou dans les urnes : il se joue d’abord dans les esprits et dans les cœurs. Rester humain, refuser la compromission morale, dire non au mensonge, même à petite échelle, constitue l’ultime résistance possible.

https://multipol360.com/la-gouvernance-perverse-une-analyse-psychologique-et-politique-de-la-france/


Le Président Macron vu (osculté) par Roland Gori et Adriano Sagatori

 

 

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