Le coût caché des retraites, la vraie cause de la dégradation des services publics
Enfin ! Après quatre ans de lutte, l’État reconnaît le coût caché des retraites de ses fonctionnaires. Enfin, il sera impossible de nier la réalité des chiffres. Et enfin, apparaît au grand jour la cause majeure de la dégradation des services publics.
1 – Que révèle exactement l’annexe « Pensions » du budget 2027 ?
2 – Pourquoi l’État « cotise »-t-il à 82 %, et qu’est-ce que cela change vraiment ?
La France dépense près de 20 % de plus pour les retraites que la moyenne européenne
3,6 points de PIB. Soit l’équivalent de 83 % du déficit public annuel moyen de la France au XXIᵉ siècle. C’est ce que représente le surcoût de notre système de retraite par rapport à la moyenne européenne.
Les comparaisons de dépenses publiques entre pays reposent sur une nomenclature commune (la COFOG) qui range chaque euro public dans une « fonction » (enseignement, défense, santé, protection sociale). Dans cette grille, la pension d’un professeur retraité est classée en retraites, mais la cotisation que l’État verse pour ses professeurs en activité est classée en enseignement (au titre de leur rémunération). Rien d’anormal, tous les pays procèdent ainsi. La différence est que la France y loge ce taux de 82 %, là où l’Allemagne, qui paie directement ses fonctionnaires retraités sur son budget, se voit imputer un coût bien moindre. Au total, les cotisations retraite des employeurs publics représentent 4 % du PIB en France et en Belgique, 2 % en Allemagne et 0,9 % en Irlande selon le site d’information économique Fipeco. Pour le seul État, l’Insee évalue à 1,8 point de PIB les cotisations « imputées » qui gonflent à la fois ses dépenses et ses recettes.
3 – Pourquoi les budgets des ministères augmentent-ils alors que leurs moyens baissent ?
4 – Pourquoi les traitements des fonctionnaires n’augmentent-ils plus ?
5 – Pourquoi l’État ne parvient-il plus à recruter ses enseignants ?
6 – Les budgets votés depuis vingt ans étaient-ils sincères, et qui en paie le prix ?
7 – Que faire, maintenant que l’on sait ?
La retraite selon Mélenchon !
Retraites: que vaut le «travailler moins, toucher plus» de Mélenchon?
Le leader de La France insoumise souhaite revenir à la retraite à 60 ans, mais pas seulement. Le Point nous a demandé d’évaluer la faisabilité de son programme. Texte d’opinion par Cécile Philippe et Nicolas Marques, respectivement présidente et directeur général de l’Institut économique Molinari, publié dans Le Point.
Les retraites sont un problème financier majeur. Elles représentent 420 milliards d’euros de dépenses publiques par an (14 % du PIB). Financées quasi exclusivement par des cotisations ou des impôts (98 %) et à la marge par l’épargne (2 %), elles sont déficitaires, en dépit des réformes successives, et le niveau de vie des retraités est appelé à baisser de 10 % d’ici 45 ans par rapport au reste de la population. Voici ce qu’avance Jean-Luc Mélenchon (LFI), lancé dans la campagne présidentielle. Et l’analyse de l’Institut économique Molinari*.
SES PROPOSITIONS : Travailler moins longtemps et augmenter les retraites. Jean-Luc Mélenchon entend restaurer le droit à la retraite à 60 ans à taux plein pour 40 annuités de cotisations. Il rêve que tous les retraités aient au moins une pension équivalente au smic s’ils ont une carrière complète.
Il souhaite que le minimum vieillesse soit au moins au niveau du seuil de pauvreté. Il s’engage à supprimer la décote pour ceux qui partent plus tôt à la retraite. Il veut que les pensions soient indexées sur le montant des salaires.
Les dividendes (entre autres) soumis à cotisation
SES LEVIERS : Pour augmenter les ressources, Mélenchon propose d’augmenter le nombre de cotisants, grâce à la reprise de la natalité et à l’immigration. Il ajoute à cela une dose significative de fiscalité. LFI propose d’augmenter de 0,25 point chaque année pendant cinq ans le taux de cotisation vieillesse.
Comme cela ne serait pas suffisant pour financer toutes ses promesses, LFI veut aussi soumettre à cotisation les dividendes, les revenus d’intéressement, de participation, d’épargne salariale, ainsi que les revenus financiers des entreprises.
Le hic est que toutes ces sommes sont déjà lourdement fiscalisées. Les dividendes supportent déjà des impôts et des prélèvements sociaux. L’intéressement, la participation et l’abondement supportent dans de nombreux cas jusqu’à 20 % de taxe (le forfait social). Les plus-values générées avec l’épargne salariale sont également taxées, comme les gains et revenus financiers des entreprises.
Les 60 ans et plus représentent 28 % de la population aujourd’hui
LES ANGLES MORTS : Ils sont multiples. Jean-Luc Mélenchon nous éloigne encore plus de l’idée originelle de la répartition, qui était de prélever des cotisations sur le travail pour financer les retraites.
Il refuse de voir que depuis les réalités ont bien changé depuis. La fécondité est passée de 2,28 enfants par femme en 1945 à 1,56 en 2025. L’espérance de vie à la naissance a progressé de 28 ans et celle à 65 ans a augmenté de 9 années.
LE PARI POLITIQUE : Plus c’est gros, plus cela passe. En 1981, l’élection de François Mitterrand devait beaucoup à sa promesse d’avancer la retraite à 60 ans. Mais le contexte était radicalement différent. Les 60 ans et plus représentaient 17 % de la population, contre 28 % aujourd’hui. Il y avait encore 2,7 cotisants pour financer un retraité, contre deux fois moins aujourd’hui (1,4 aujourd’hui). La France s’était reconstruite et redressée durant les Trente Glorieuses. Elle était en pointe de l’innovation – du nucléaire au TGV – et ses finances publiques n’avaient pas encore été ravagées par les effets d’un vieillissement non anticipé. La dette publique représentait à peine 21 % du PIB, soit près de six fois moins qu’aujourd’hui (119 % du PIB).
Refaire la même erreur un demi-siècle plus tard, alors que nous sommes au bord du précipice s’apparente à de la folie. Jean-Luc Mélenchon le sait sans doute, mais il est droit dans ses bottes. Sa seule concession à la réalité, c’est de ne pas mettre en œuvre immédiatement la retraite à 60 ans. Il veut « revenir dans un premier temps à un départ à 62 ans, puis viser rapidement 60 ans ».
Profiter plus longtemps de la retraite, mais être plus pauvre
L’ANALYSE DE L’INSTITUT MOLINARI : Pour Jean-Luc Mélenchon, « le capital financier a profité et c’est lui qui doit payer ». Mais s’il avait la possibilité de mettre en œuvre son programme, ce serait nous tous qui serions mis à contribution. L’approche de Jean-Luc Mélenchon mettrait à plat les caisses de retraite les mieux gérées, comme l’Agirc-Arrco ou les caisses de retraite des professions libérales. Elle creuserait les déficits dans toutes les autres caisses de retraite n’ayant pas de réserves financières. Elle dynamiterait la répartition, dans un pays qui n’a pas, par ailleurs, de capitalisation retraite significative.
BILAN : Un grand bond en avant qui s’apparente à un saut dans le vide. En 2026, Jean-Luc Mélenchon propose de profiter plus longtemps de la retraite, mais d’être plus pauvres. Nous sommes bien loin des années 1910 où Jean Jaurès, le grand leader de la gauche de l’époque, proposait d’enrichir et de mettre à l’abri les retraités en généralisant la capitalisation retraite collective.
*L’Institut économique Molinari (IEM) est un think tank d’inspiration libérale. En matière de retraites, il plaide pour la généralisation de la capitalisation dans le privé et le financement des retraites des fonctionnaires par un fonds de pension.
Parlons retraite...
Sommaire:
A) - Le mensonge des soixante-quatre ans
B) - Passer de la retraite par répartition à la retraite par capitalisation
C) - POURQUOI LA CAPITALISATION
D) - Prolétaires de tous les pays, capitalisez !
E) - Retraite
F) - Divers liens sur ce thème... Dossier complet



















