Le coût caché des retraites, la vraie cause de la dégradation des services publics
Enfin ! Après quatre ans de lutte, l’État reconnaît le coût caché des retraites de ses fonctionnaires. Enfin, il sera impossible de nier la réalité des chiffres. Et enfin, apparaît au grand jour la cause majeure de la dégradation des services publics.
1 – Que révèle exactement l’annexe « Pensions » du budget 2027 ?
2 – Pourquoi l’État « cotise »-t-il à 82 %, et qu’est-ce que cela change vraiment ?
La France dépense près de 20 % de plus pour les retraites que la moyenne européenne
3,6 points de PIB. Soit l’équivalent de 83 % du déficit public annuel moyen de la France au XXIᵉ siècle. C’est ce que représente le surcoût de notre système de retraite par rapport à la moyenne européenne.
Les comparaisons de dépenses publiques entre pays reposent sur une nomenclature commune (la COFOG) qui range chaque euro public dans une « fonction » (enseignement, défense, santé, protection sociale). Dans cette grille, la pension d’un professeur retraité est classée en retraites, mais la cotisation que l’État verse pour ses professeurs en activité est classée en enseignement (au titre de leur rémunération). Rien d’anormal, tous les pays procèdent ainsi. La différence est que la France y loge ce taux de 82 %, là où l’Allemagne, qui paie directement ses fonctionnaires retraités sur son budget, se voit imputer un coût bien moindre. Au total, les cotisations retraite des employeurs publics représentent 4 % du PIB en France et en Belgique, 2 % en Allemagne et 0,9 % en Irlande selon le site d’information économique Fipeco. Pour le seul État, l’Insee évalue à 1,8 point de PIB les cotisations « imputées » qui gonflent à la fois ses dépenses et ses recettes.
3 – Pourquoi les budgets des ministères augmentent-ils alors que leurs moyens baissent ?
4 – Pourquoi les traitements des fonctionnaires n’augmentent-ils plus ?
5 – Pourquoi l’État ne parvient-il plus à recruter ses enseignants ?
6 – Les budgets votés depuis vingt ans étaient-ils sincères, et qui en paie le prix ?
7 – Que faire, maintenant que l’on sait ?
La retraite selon Mélenchon !
Retraites: que vaut le «travailler moins, toucher plus» de Mélenchon?
Le leader de La France insoumise souhaite revenir à la retraite à 60 ans, mais pas seulement. Le Point nous a demandé d’évaluer la faisabilité de son programme. Texte d’opinion par Cécile Philippe et Nicolas Marques, respectivement présidente et directeur général de l’Institut économique Molinari, publié dans Le Point.
Les retraites sont un problème financier majeur. Elles représentent 420 milliards d’euros de dépenses publiques par an (14 % du PIB). Financées quasi exclusivement par des cotisations ou des impôts (98 %) et à la marge par l’épargne (2 %), elles sont déficitaires, en dépit des réformes successives, et le niveau de vie des retraités est appelé à baisser de 10 % d’ici 45 ans par rapport au reste de la population. Voici ce qu’avance Jean-Luc Mélenchon (LFI), lancé dans la campagne présidentielle. Et l’analyse de l’Institut économique Molinari*.
SES PROPOSITIONS : Travailler moins longtemps et augmenter les retraites. Jean-Luc Mélenchon entend restaurer le droit à la retraite à 60 ans à taux plein pour 40 annuités de cotisations. Il rêve que tous les retraités aient au moins une pension équivalente au smic s’ils ont une carrière complète.
Il souhaite que le minimum vieillesse soit au moins au niveau du seuil de pauvreté. Il s’engage à supprimer la décote pour ceux qui partent plus tôt à la retraite. Il veut que les pensions soient indexées sur le montant des salaires.
Les dividendes (entre autres) soumis à cotisation
SES LEVIERS : Pour augmenter les ressources, Mélenchon propose d’augmenter le nombre de cotisants, grâce à la reprise de la natalité et à l’immigration. Il ajoute à cela une dose significative de fiscalité. LFI propose d’augmenter de 0,25 point chaque année pendant cinq ans le taux de cotisation vieillesse.
Comme cela ne serait pas suffisant pour financer toutes ses promesses, LFI veut aussi soumettre à cotisation les dividendes, les revenus d’intéressement, de participation, d’épargne salariale, ainsi que les revenus financiers des entreprises.
Le hic est que toutes ces sommes sont déjà lourdement fiscalisées. Les dividendes supportent déjà des impôts et des prélèvements sociaux. L’intéressement, la participation et l’abondement supportent dans de nombreux cas jusqu’à 20 % de taxe (le forfait social). Les plus-values générées avec l’épargne salariale sont également taxées, comme les gains et revenus financiers des entreprises.
Les 60 ans et plus représentent 28 % de la population aujourd’hui
LES ANGLES MORTS : Ils sont multiples. Jean-Luc Mélenchon nous éloigne encore plus de l’idée originelle de la répartition, qui était de prélever des cotisations sur le travail pour financer les retraites.
Il refuse de voir que depuis les réalités ont bien changé depuis. La fécondité est passée de 2,28 enfants par femme en 1945 à 1,56 en 2025. L’espérance de vie à la naissance a progressé de 28 ans et celle à 65 ans a augmenté de 9 années.
LE PARI POLITIQUE : Plus c’est gros, plus cela passe. En 1981, l’élection de François Mitterrand devait beaucoup à sa promesse d’avancer la retraite à 60 ans. Mais le contexte était radicalement différent. Les 60 ans et plus représentaient 17 % de la population, contre 28 % aujourd’hui. Il y avait encore 2,7 cotisants pour financer un retraité, contre deux fois moins aujourd’hui (1,4 aujourd’hui). La France s’était reconstruite et redressée durant les Trente Glorieuses. Elle était en pointe de l’innovation – du nucléaire au TGV – et ses finances publiques n’avaient pas encore été ravagées par les effets d’un vieillissement non anticipé. La dette publique représentait à peine 21 % du PIB, soit près de six fois moins qu’aujourd’hui (119 % du PIB).
Refaire la même erreur un demi-siècle plus tard, alors que nous sommes au bord du précipice s’apparente à de la folie. Jean-Luc Mélenchon le sait sans doute, mais il est droit dans ses bottes. Sa seule concession à la réalité, c’est de ne pas mettre en œuvre immédiatement la retraite à 60 ans. Il veut « revenir dans un premier temps à un départ à 62 ans, puis viser rapidement 60 ans ».
Profiter plus longtemps de la retraite, mais être plus pauvre
L’ANALYSE DE L’INSTITUT MOLINARI : Pour Jean-Luc Mélenchon, « le capital financier a profité et c’est lui qui doit payer ». Mais s’il avait la possibilité de mettre en œuvre son programme, ce serait nous tous qui serions mis à contribution. L’approche de Jean-Luc Mélenchon mettrait à plat les caisses de retraite les mieux gérées, comme l’Agirc-Arrco ou les caisses de retraite des professions libérales. Elle creuserait les déficits dans toutes les autres caisses de retraite n’ayant pas de réserves financières. Elle dynamiterait la répartition, dans un pays qui n’a pas, par ailleurs, de capitalisation retraite significative.
BILAN : Un grand bond en avant qui s’apparente à un saut dans le vide. En 2026, Jean-Luc Mélenchon propose de profiter plus longtemps de la retraite, mais d’être plus pauvres. Nous sommes bien loin des années 1910 où Jean Jaurès, le grand leader de la gauche de l’époque, proposait d’enrichir et de mettre à l’abri les retraités en généralisant la capitalisation retraite collective.
*L’Institut économique Molinari (IEM) est un think tank d’inspiration libérale. En matière de retraites, il plaide pour la généralisation de la capitalisation dans le privé et le financement des retraites des fonctionnaires par un fonds de pension.
Enseignements tirés d’une géopolitique des retraites et pistes pour 2027 en France
Travail, vieillissement, durée de carrière et stratégie industrielle : l’adaptation des grandes économies
Synthèse
Au cours des trois ou quatre dernières décennies, le vieillissement démographique est devenu l’un des déterminants majeurs de la transformation économique des pays développés. L’allongement de l’espérance de vie modifie simultanément le rapport entre actifs et retraités, la durée des carrières, le financement des retraites et les conditions de production. Cette évolution démographique suscite de vives préoccupations, notamment en ce qui concerne les conséquences économiques et stratégiques liées aux répercussions de l’adhésion de la Chine à l’OMC en 2001.
La question des retraites ne saurait donc se réduire au seul équilibre financier des régimes. Elle dépend également du volume de travail disponible, du taux d’emploi des seniors, de la productivité des nations, de l’investissement et de la capacité à accumuler du capital. À cet égard, les économies vieillissantes suivent des trajectoires divergentes : certaines misent davantage sur l’allongement des carrières, d’autres diversifient le financement des retraites, tandis que le Japon, la Corée du Sud et Taïwan ont eu recours à l’automatisation et aux technologies pour répondre à la relative pénurie de main-d’œuvre.
La France présente un paradoxe particulier : elle maintient une productivité horaire élevée, mais affiche un volume annuel de travail et un taux d’emploi des seniors relativement faibles, alors même que les dépenses de retraite représentent une part importante de la richesse nationale. La suspension partielle de la réforme de 2023 et les économies envisagées sur les retraites à l’horizon 2027 illustrent deux modalités d’ajustement distinctes : l’une porte sur la durée future des carrières, l’autre sur le niveau des dépenses.
Une stratégie à long terme pourrait donc dépasser l’opposition entre l’âge légal de départ à la retraite et le niveau des pensions. Elle devrait articuler la durée des carrières, l’emploi des seniors, le volume de travail, la productivité, la robotisation, l’intelligence artificielle, la politique industrielle et l’épargne à long terme. Le système par répartition demeurerait le socle de la solidarité intergénérationnelle, tandis que l’assurance et la capitalisation pourraient en compléter le financement.
La véritable question devient alors celle d’une politique économique axée sur le cycle de vie : comment organiser une économie capable de financer une société dont l’espérance de vie s’allonge, en produisant davantage avec une population active proportionnellement plus réduite ?
Introduction — Le problème des retraites relève-t-il avant tout du financement ou de la capacité productive ?
En France, le débat sur les retraites reste, pour l’essentiel, formulé en termes budgétaires : déficit des régimes, âge légal, niveau des cotisations, désindexation des pensions ou recherche d’économies. Ces questions sont évidemment essentielles, mais elles ne suffisent pas à rendre compte de la transformation profonde qu’ont connue les économies développées depuis le début du XXIe siècle.
Le vieillissement ne pose pas seulement un problème de financement des retraites. Il modifie le rapport entre population active et population retraitée, la durée des carrières, le volume de travail disponible, l’épargne et les besoins en matière de santé, mais aussi les conditions mêmes de la production. L’enjeu réel consiste alors à déterminer quel volume de travail une économie peut mobiliser — avec quel niveau de productivité, quel capital et quelles technologies — pour financer une population dont l’espérance de vie augmente.
L’année 2001 constitue, à cet égard, un point de départ particulièrement instructif. L’adhésion de la Chine à l’Organisation mondiale du commerce a ouvert une nouvelle phase de la mondialisation industrielle et commerciale, au moment même où les économies développées commençaient à ressentir plus nettement les effets du vieillissement démographique. Depuis lors, le Japon, la Corée du Sud et Taïwan ont conjugué vieillissement, transformation industrielle et automatisation ; les États-Unis et le Canada ont diversifié davantage les sources de financement des retraites ; certains pays européens ont expérimenté diverses formes de prolongation des carrières et d’adaptation à l’espérance de vie.¹ Ce qui n’a pas été le cas de la France au cours des trois dernières décennies.
Surtout, la comparaison internationale montre qu’il n’existe pas de réponse unique. Les différents pays opèrent des arbitrages distincts entre la durée de la vie active, le niveau des pensions, l’emploi des seniors, la fiscalité, l’épargne et la productivité. La situation française doit donc être replacée dans le contexte de cette transformation globale.
La France affiche une productivité horaire élevée, mais un volume annuel de travail nettement inférieur à celui de plusieurs grandes économies comparables, ainsi qu’un taux d’emploi des seniors qui demeure relativement faible. Parallèlement, les dépenses publiques consacrées aux retraites en France représentent environ 13,4 % du PIB, contre 10,8 % en Allemagne et 8,1 % en moyenne au sein de l’OCDE, selon des données comparables fournies par cette organisation.²
Le problème ne consiste donc pas seulement à financer les retraites actuelles. Il s’agit de déterminer comment articuler les carrières, l’emploi, le volume de travail, la productivité, l’appareil industriel, la technologie et l’épargne au sein d’une société vieillissante. Comment, dès lors, organiser une économie capable de financer une société dont l’espérance de vie s’allonge, tout en préservant sa cohésion sociale, sa capacité industrielle et son autonomie stratégique ?
I. Depuis 2001, le vieillissement a transformé à la fois le travail et la capacité productive
Le vieillissement constitue le point de départ de toute réflexion sur les retraites. Mais son incidence économique ne se limite pas à une augmentation de la part relative des retraités. Il transforme progressivement le volume de travail disponible et contraint les économies à rechercher de nouvelles sources de productivité.
A. Le choc démographique : vivre plus longtemps, travailler plus longtemps ?
Le phénomène est désormais massif. Au sein de l’OCDE, le nombre de personnes âgées de 65 ans et plus pour 100 personnes âgées de 20 à 64 ans est passé de 22 en 2000 à 33 en 2025, et devrait atteindre 52 en 2050. La population en âge de travailler devrait diminuer, en moyenne, de 13 % au cours des quatre prochaines décennies. Dans plusieurs pays — notamment la Corée, l’Italie, le Japon, la Pologne et l’Espagne —, cette contraction sera nettement plus marquée.³
L’enjeu économique fondamental ne réside donc pas uniquement dans l’espérance de vie, mais dans le rapport entre la durée de la vie active et celle de la retraite. Une population peut vivre vingt ou trente ans après avoir quitté le marché du travail ; la question est alors de savoir quelle part de cet allongement de la vie doit être consacrée à l’emploi, quelle part à la retraite, et comment financer l’ensemble.
L’emploi des seniors constitue ici une variable déterminante. En 2024, le taux d’emploi des 60-64 ans atteignait environ 56,5 % en moyenne au sein de l’OCDE ; il dépassait 70 % au Japon, tandis qu’il restait inférieur à 45 % en France. Chez les 65-69 ans, les écarts se creusent davantage.⁴
La durée de la carrière ne doit donc plus être envisagée uniquement comme une règle juridique. Elle dépend de la capacité réelle des entreprises à employer des salariés âgés, de l’état de santé, de la formation, de l’organisation du travail et de l’existence d’activités adaptées. Un relèvement de l’âge légal qui ne s’accompagnerait pas d’une augmentation de l’emploi effectif des personnes âgées ne ferait que déplacer une partie du problème, sans pour autant résoudre la contrainte productive.
B. Du vieillissement à la transformation industrielle : robotisation, IA et productivité
Le vieillissement peut toutefois avoir un effet différent : lorsqu’une économie manque progressivement de main-d’œuvre, elle peut être incitée à substituer davantage de capital et de technologie au travail humain.
Le Japon constitue l’exemple le plus manifeste de cette évolution. Le développement de la robotique ne répond pas seulement à une stratégie industrielle classique ; il accompagne une société où la population active disponible diminue, tandis que les besoins en matière de santé, de logistique et de services à la personne augmentent. La Corée du Sud suit une trajectoire comparable en ce qui concerne l’intensité de son automatisation industrielle et de ses investissements technologiques.
Ce phénomène peut être qualifié de « démographie industrialisante » : les contraintes démographiques poussent l’économie à investir dans des technologies permettant de produire avec moins de travail humain. L’intelligence artificielle élargit désormais considérablement le champ de cette substitution — ou complémentarité — ; un processus qui, bien que possible, n’a rien d’automatique ni d’évident en soi, sans un véritable effort de conceptualisation stratégique et politique.
Cette évolution présente un double intérêt. Elle permet, d’une part, de compenser une diminution quantitative du travail humain ; elle fait, d’autre part, du vieillissement un marché industriel : robotique d’assistance, santé numérique, dispositifs médicaux, mobilité, habitat adapté, logistique ou services à la personne.
Le vieillissement cesse alors d’être un simple fardeau budgétaire. Il peut devenir un moteur de demande, d’innovation et d’exportations, à condition que les entreprises et les systèmes de recherche disposent du capital et des compétences nécessaires pour transformer cette demande en capacité productive, et que les décideurs publics facilitent — plutôt qu’ils n’entravent — cette adéquation.
C. Le volume de travail et le paradoxe français
La France illustre une configuration différente. Elle affiche une productivité horaire élevée, mais un volume annuel de travail inférieur à celui de nombreuses économies comparables. En 2024, le nombre moyen d’heures travaillées par an s’élevait à environ 1 509 heures en France, contre 1 334 en Allemagne, 1 617 au Japon, 1 865 en Corée du Sud et 1 796 aux États-Unis.⁵
Cette comparaison doit être interprétée avec prudence : les structures du travail à temps partiel, les congés, les durées légales du travail et les méthodes statistiques varient d’un pays à l’autre. Elle met toutefois en évidence un fait essentiel : la productivité horaire et le volume de travail sont deux variables distinctes.
La réduction du temps de travail en France au début des années 2000 (sous le gouvernement socialiste de Lionel Jospin, en 2001) constitue une étape marquante de cette trajectoire. L’INSEE estime qu’entre 2000 et 2003, période correspondant à la mise en place des 35 heures, la durée annuelle de travail des salariés à temps plein a diminué d’environ 125 heures.⁶ Mais cette évolution ne saurait expliquer, à elle seule, la désindustrialisation française, qui résulte d’une combinaison de facteurs : mondialisation, spécialisation sectorielle, mutations de la demande, gains de productivité, choix d’investissement et concurrence internationale.
La question pertinente est plutôt celle de la compensation : la France a-t-elle suffisamment accru sa productivité, son capital productif et son intensité technologique pour compenser, sur le long terme, un volume de travail relativement faible ?
C’est cette interrogation qui établit un lien direct entre la problématique des retraites et celle de la capacité industrielle. Et sa réponse, plus encore.
II. Réponses comparatives : prolonger le travail, diversifier les financements, automatiser la production
Les économies vieillissantes n’ont pas choisi une réponse unique. Trois orientations principales se dessinent : l’allongement de la vie active, la diversification du financement des retraites et l’augmentation de la productivité grâce à l’investissement et à la technologie.
A. Japon, Corée du Sud et Taïwan : extension de l’activité et automatisation de l’économie
Le Japon combine deux réponses : un taux d’emploi très élevé pour les personnes âgées et un effort d’automatisation de longue date. La Corée du Sud connaît également un taux d'activité élevé aux âges élevés, mais son expérience montre les limites d'un tel indicateur : une proportion importante de travailleurs quittent relativement tôt leur emploi principal pour retourner ensuite vers des activités parfois moins qualifiées ou moins bien rémunérées.
La Corée illustre ainsi une distinction essentielle entre l’âge de sortie du marché principal du travail et l’âge effectif de cessation d’activité. L'emploi des personnes âgées peut contribuer au financement des retraites, mais son efficacité dépend de sa qualité et de sa productivité.
Taiwan offre une autre dimension du même problème : une économie de haute technologie peut maintenir une capacité de production élevée malgré le vieillissement en investissant dans des secteurs à forte intensité de capital, de compétences et d’innovation.
Ces trois expériences montrent qu’il existe une relation possible entre vieillissement et transformation industrielle. Ils ne constituent pas des modèles sociaux directement transposables en France. Mais ils montrent comment une contrainte démographique peut devenir un facteur d’investissement technologique.
B. États-Unis et Canada : emploi, flexibilité et diversification des financements
Les États-Unis et le Canada s'appuient sur des architectures plus diversifiées. Outre les régimes publics, les régimes professionnels et l'épargne individuelle jouent un rôle important dans le financement des revenus de retraite. Bien entendu, la capitalisation ne supprime pas la contrainte démographique. Les retraités de demain devront encore consommer des biens et services produits demain. Mais elle permet d'ajouter aux financements actuels un stock d'actifs constitué au cours des décennies précédentes.
Cette distinction est fondamentale : la distribution agit principalement sur un flux intergénérationnel ; la capitalisation ajoute un stock d'actifs susceptibles de produire des revenus futurs tout en lissant certains aléas ou fluctuations temporels. Lorsque ce capital est investi dans l’économie productive, il peut également contribuer au financement des entreprises, de l’innovation et des infrastructures. L’enjeu n’est donc pas de choisir abstraitement entre distribution et capitalisation, mais de déterminer comment les différents mécanismes peuvent s’articuler dans une économie vieillissante.
C. L’Europe en marche : de l’âge légal à l’espérance de vie
Les pays européens expérimentent différentes formes d’adaptation. En 2024, l'OCDE a fixé l'âge normal de la retraite à 66,2 ans en Allemagne, 67 ans aux Pays-Bas, 67 ans en Italie et 64,3 ans en France ; il atteint également 67 ans au Danemark, en Islande et en Norvège⁷. En France, à contre-courant, un compromis politique dit « budgétaire » en octobre 2024 a réduit cet âge légal de 64 à 62 ans, avec la forte influence des partis de gauche.
Dans le même temps, plusieurs pays ont prévu des mécanismes qui lient directement ou indirectement l’âge futur de la retraite aux évolutions de l’espérance de vie. L'OCDE note que les futurs âges normaux pourraient atteindre ou dépasser 70 ans dans certains pays.⁸
L’Allemagne constitue un cas particulièrement intéressant. L’OCDE souligne que l’allongement de la vie active sera indispensable pour financer les retraites allemandes et envisage, à terme, un mécanisme liant l’âge légal à l’espérance de vie, une fois que l’âge de départ « normal » aura atteint 67 ans. Le taux d’emploi des seniors a, par ailleurs, fortement progressé depuis 2000.⁹
Ces expériences mènent à une conclusion claire : une modification de l’âge légal n’est efficace que si elle se traduit par une activité réelle accrue. La réforme des retraites est donc nécessairement indissociable de celles du marché du travail, de la formation professionnelle et de l’organisation des entreprises.
III. La France face à son propre paradoxe : moins de travail, plus de retraités, davantage de dépenses
Comme nous l’avons observé, la France aborde le vieillissement démographique avec une configuration singulière : une productivité horaire élevée, un volume annuel de travail relativement faible, un taux d’emploi des seniors inférieur à celui de plusieurs de ses partenaires, et un niveau de dépenses publiques consacrées aux retraites particulièrement important. Selon l’OCDE, les dépenses publiques de retraite représentent environ 13,4 % du PIB en France, contre 10,8 % en Allemagne et 8,1 % en moyenne au sein de l’OCDE.¹⁰ L’enjeu français ne se limite donc pas au seul montant des pensions ; il tient, plus largement, à l’équilibre entre le nombre d’années travaillées, le volume annuel de travail, le nombre de retraités et la productivité.
A. L’âge de départ à la retraite : un ajustement démographique suspendu ?
La réforme de 2023 avait engagé la France dans une trajectoire d’allongement de la vie active, en relevant progressivement l’âge légal de 62 à 64 ans et en accélérant l’augmentation de la durée de cotisation requise.
Cette trajectoire a été « suspendue » (nous insistons sur ce terme) dans le cadre des négociations parlementaires de l’automne 2025. Afin d’éviter une motion de censure portée par la gauche, le gouvernement centriste (macroniste, ou « bloc central ») dirigé par Sébastien Lecornu a proposé de suspendre, jusqu’en 2028, le relèvement de l’âge légal et de la durée de cotisation ; cette concession constituait l’une des conditions principales posées par les socialistes pour ne pas renverser le gouvernement. Le coût minimal annoncé de la suspension avait été estimé à 400 millions d’euros en 2026 et à 1,8 milliard d’euros en 2027.¹¹
Toutefois, la réalité juridique est plus nuancée qu’un simple retour à 62 ans. À partir de septembre 2026, l’âge légal est progressivement relevé, passant de 62 ans et 9 mois à 63 ans et 9 mois pour les générations concernées, pour atteindre 64 ans pour les générations nées à partir de 1969.¹² La question économique demeure : quelle part de l’augmentation de l’espérance de vie doit être consacrée à l’activité professionnelle et quelle part à la retraite ?
Si la durée d’activité cesse d’augmenter alors que la durée de la retraite continue de croître, l’équilibre doit être recherché ailleurs : cotisations, niveau relatif des pensions, fiscalité, emploi, productivité ou épargne. Il n’existe pas de variable démographique sans coût.
B. De la suspension à la désindexation : deux ajustements de nature différente
Le débat budgétaire pour 2026 introduit une seconde dimension. En septembre 2026, le gouvernement a annoncé son objectif de réaliser environ 6 milliards d’euros d’économies sur les retraites en 2027, en intégrant l’hypothèse d’une modification de l’indexation et de l’abattement fiscal de 10 % dont bénéficient les retraités.¹³
Ce montant doit être clairement distingué du coût lié à la suspension de la réforme : les 1,8 milliard d’euros correspondent à l’estimation initiale du coût de cette suspension en 2027, tandis que les quelque 6 milliards d’euros représentent un objectif d’économies sur les retraites dans le budget 2027.¹⁴
Cette juxtaposition révèle deux conceptions distinctes de l’ajustement. La suspension de l’âge de départ et de la durée de cotisation influe sur le flux futur d’activité et de cotisations. La désindexation ou la modification du niveau des pensions, quant à elles, agissent sur le niveau des dépenses et sur le revenu disponible des retraités actuels.
Ces leviers ne sont donc pas équivalents sur le plan économique. Une économie réalisée sur les retraites peut améliorer les comptes publics à court terme ; elle n’accroît cependant ni le nombre d’actifs, ni le volume d’heures travaillées, ni la productivité. Enfin, cela marque une nette régression par rapport aux cotisations déjà intégralement versées par les retraités lorsqu’ils étaient salariés — pour une durée de travail hebdomadaire qui, bien souvent, dépassait les 40 heures. Cette réflexion renvoie précisément au volume de travail.
C. Le déficit français en matière de volume de travail : vers une nouvelle équation ?
Le paradoxe français réside peut-être moins dans un manque de productivité horaire que dans la combinaison de la durée des carrières, de l’emploi des seniors et du volume global de travail.
L’allongement de la vie active influe sur les flux de travail et de cotisations. L’emploi des seniors permet de transformer une partie de la population vieillissante en une ressource économique. L’augmentation du volume annuel de travail va dans le même sens, lorsque les conditions économiques et sociales le permettent.
La productivité intervient sur un autre plan. Lorsque la population active croît plus lentement, l’investissement dans le capital productif, l’automatisation, la robotique et l’intelligence artificielle permettent de produire davantage avec moins de travail humain. C’est la stratégie industrielle — et, de fait, financière — adoptée avec succès par le Japon.
Enfin, la diversification des modes de financement a une incidence sur le stock de richesse. Si la répartition peut demeurer le fondement de la solidarité intergénérationnelle, l’assurance, l’épargne à long terme et la capitalisation peuvent constituer des ressources complémentaires. L’équation devient alors : allongement des carrières + emploi des seniors + volume de travail + productivité + automatisation + épargne à long terme.
La question des retraites ne se limite donc plus aux seuls paramètres sociaux ; elle devient une question de politique économique appliquée au cycle de vie.
IV. La réforme des retraites comme politique économique du cycle de vie
Le vieillissement démographique impose de dépasser une conception des retraites réduite au seul équilibre annuel d’un régime. Lorsque la population active progresse moins vite que le nombre de retraités, la pérennité du système dépend, conjointement, de la durée des carrières, du taux d’emploi, du volume de travail, de la productivité et de la capacité à accumuler des actifs financiers.
A. Intelligence artificielle, robotisation et productivité : produire plus avec moins de travailleurs
La première réponse ne consiste pas nécessairement à accroître indéfiniment la quantité de travail humain ; elle peut aussi résider dans une transformation de sa productivité. Le vieillissement peut devenir un moteur d’investissement technologique. Le Japon en offre l’exemple le plus frappant, mais la Corée du Sud et, dans une configuration différente, Taïwan montrent également comment une contrainte démographique peut s’accompagner d’une montée en gamme technologique.
L’intelligence artificielle élargit désormais considérablement cette perspective. Elle peut compléter le travail humain dans les secteurs administratif, médical, industriel ou celui des services, et permettre d’absorber une partie des effets du vieillissement sans pour autant réduire proportionnellement la capacité productive. Le vieillissement peut ainsi constituer, simultanément, une contrainte démographique et un marché industriel : robotique d’assistance, santé numérique, dispositifs médicaux, mobilité, habitat adapté ou services à la personne. Toutefois, la technologie ne compense la baisse du volume de travail que si l’investissement, les compétences et l’organisation productive permettent de transformer les gains de productivité potentiels en production réelle.
B. Répartition, assurance et capitalisation : le paradoxe de l’épargne française
La capitalisation ne constitue pas, à elle seule, une réponse au vieillissement. Les retraités de demain devront, en effet, consommer des biens et des services produits demain. Elle permet toutefois d’ajouter, au financement actuel des retraites, un stock d’actifs constitué au cours des décennies précédentes.
Le système par répartition organise principalement un transfert de ressources entre générations à un instant donné ; la capitalisation organise, elle, une accumulation de richesse destinée à générer des revenus futurs. Dans une économie vieillissante, les deux mécanismes peuvent donc être perçus comme complémentaires.
La France dispose d’une épargne importante. L’enjeu n’est pas tant d’épargner davantage que d’orienter une partie de cette épargne vers des capitaux de long terme, notamment au profit des entreprises, de l’innovation et des infrastructures.
La politique des retraites rejoint alors la politique industrielle : l’épargne de long terme peut contribuer à financer les technologies dont une économie vieillissante aura précisément besoin pour maintenir son niveau de production.
C. De la réforme des retraites à une politique économique du cycle de vie
Une politique française de long terme pourrait ainsi articuler plusieurs dimensions : allonger les carrières lorsque cela est possible ; accroître l’emploi des seniors ; augmenter le volume de travail global lorsque les conditions économiques et sociales le permettent ; accélérer les investissements dans la robotique et l’intelligence artificielle ; transformer le vieillissement en un marché propice à l’innovation et à l’exportation ; et, enfin, développer l’épargne de long terme et les mécanismes de capitalisation en complément du système par répartition.
L’expérience allemande souligne l’importance d’allonger réellement les carrières et de favoriser l’emploi des personnes âgées ; les expériences japonaise et sud-coréenne montrent, quant à elles, comment les contraintes démographiques peuvent stimuler l’automatisation et créer de nouveaux marchés technologiques. Ces expériences ne constituent pas des modèles transposables tels quels à la France ; elles permettent plutôt d’identifier des leviers susceptibles d’être combinés.
Encadré 1
Quels axes envisager pour une nouvelle politique française des retraites après 2027 ?
Une stratégie française pourrait viser un nouvel équilibre entre six dimensions : travailler plus longtemps lorsque cela est possible ; maintenir les seniors dans l’emploi ; accroître le volume global de travail ; investir davantage dans la robotique et l’intelligence artificielle ; transformer le vieillissement en un marché industriel et technologique ; et développer l’épargne de long terme en complément du système par répartition. L’enjeu ne consisterait pas à substituer un modèle étranger au modèle français, mais à adapter l’économie française à une situation désormais durable : une population qui vit plus longtemps et dont la part des personnes âgées augmente. La retraite cesse alors d’être le simple aboutissement d’une carrière ; elle devient l’un des paramètres d’une politique économique axée sur le cycle de vie, articulant travail, capital, technologie, industrie et solidarité entre les générations.
L’allongement de la vie active influe sur les flux de travail et de cotisations ; la capitalisation affecte le stock de richesse ; la robotisation et l’intelligence artificielle ont une incidence sur la productivité du travail ; enfin, la politique industrielle détermine la capacité de l’économie à transformer ces facteurs en production et en revenus.
Conclusion
Le vieillissement démographique ne se limite pas à la question des retraites. Il transforme les conditions dans lesquelles les sociétés produisent, travaillent, épargnent et organisent la solidarité entre les générations.
Depuis 2001, les grandes économies ont apporté des réponses variées. Certaines favorisent davantage la prolongation de la vie active et l’emploi des seniors ; d’autres diversifient les sources de financement des retraites. Le Japon, la Corée du Sud et Taïwan ont, quant à eux, fait de la robotisation et de l’innovation technologique des leviers d’adaptation à la relative pénurie de main-d’œuvre. L’Allemagne, pour sa part, illustre l’importance croissante accordée à l’allongement effectif de la durée de vie professionnelle.¹⁵
La France se trouve confrontée à une équation particulière. Si sa productivité horaire demeure élevée, son volume de travail global et le taux d’emploi des seniors restent relativement faibles, tandis que les dépenses publiques consacrées aux retraites figurent parmi les plus élevées de l’OCDE. À long terme, le problème ne saurait donc être résolu en agissant sur une seule variable : ni l’âge légal de départ à la retraite, ni le niveau des pensions, ni les cotisations, ni même la capitalisation ne peuvent, pris isolément, absorber l’intégralité du choc démographique.
Trois leviers apparaissent complémentaires. Le premier concerne la durée et le volume de travail, en prolongeant la vie active là où cela est possible et en exploitant mieux le potentiel des seniors. Le deuxième porte sur la productivité, grâce au capital, à l’innovation, à la robotisation et à l’intelligence artificielle. Le troisième réside dans la diversification du financement, le système par répartition étant complété par des mécanismes d’assurance et d’épargne à long terme.
La politique des retraites ne peut donc être durablement dissociée d’une politique du travail, de la productivité et de la capacité productive nationale. L’enjeu ultime ne consiste pas seulement à déterminer comment répartir, à l’avenir, une richesse donnée entre actifs et retraités. Il s’agit de définir quel modèle économique bâtir pour être en mesure de produire et d’accumuler suffisamment au sein d’une société où l’espérance de vie s’allonge.
C’est en ce sens que la question des retraites devient un enjeu géopolitique : derrière l’âge de départ à la retraite et le financement des pensions se joue la capacité des grandes économies à adapter leur modèle productif aux nouvelles dynamiques liant démographie, travail, capital et technologie.
François Souty
APPENDICES
Annex 1 — Ageing, employment of older workers and the normal retirement age: key international benchmarks
| Country / Area | 65+/20-64 Report, 2025 | Employment 60-64 years, 2024 | Normal retirement age, 2024 |
| France | ~34% | < 45% | 64.3 years |
| Germany | ~36% | ~65% | 66.2 years |
| Italy | ~41% | ~45% | 67 years old |
| Spain | ~33% | ~55% | 65 years old |
| Netherlands | ~33% | ~70% | 67 years old |
| Poland | ~32% | ~40% | 65 years old M / 60 years old F |
| United States | ~28% | ~60% | 66.7 years |
| Canada | ~31% | ~55% | 65 years old |
| Japan | ~52% | > 70% | 65 years old |
| South Korea | ~30% | ~70% | 63 years old |
| OECD | 33 % | 56,5 % | 64.7 years M / 63.9 years F |
Sources: OECD, Pensions at a Glance 2025; OECD, Employment Outlook; national statistics where necessary. Employment data should be read as comparative orders of magnitude, taking into account the differences in the definition and structure of labour markets.
Appendix 2 — Annual volume of work and productivity: the French paradox
| Country | Hours Worked Per Person per Year (2024) | Synthetic reading |
| France | 1,509 h | High hourly productivity, relatively low volume of work |
| Germany | 1,334 h | Low annual duration, but more developed employment of seniors |
| Netherlands | ~1,430 h | Very important part-time work |
| Japan | 1,617 hrs | Higher volume of work than France and Germany |
| United States | 1,796 h | High volume of work much higher than in France and Germany and high capital accumulation |
| South Korea | 1,865 h | Very high annual volume, much higher than in France and Germany, and high automation |
| OECD | ~1,742 h | International reference |
Sources: OECD, Hours worked and GDP per hour worked, 2024 data.
NOTES
1. OCDE, *Pensions at a Glance 2025 : OECD and G20 Indicators*, Paris, Éditions de l’OCDE, 2025, 248 p., chap. 1, « Réformes récentes des systèmes de retraite », section « Vieillissement de la population ». L’OCDE note que le rapport entre la population âgée de 65 ans et plus et la population âgée de 20 à 64 ans est passé de 22 % en 2000 à 33 % en 2025, et qu’il devrait atteindre 52 % en 2050.
2. OCDE, *Pensions at a Glance 2025*, op. cit., 248 p., chap. 8, « Finances des systèmes de retraite », section « Dépenses publiques consacrées aux retraites ». Les dépenses publiques consacrées aux retraites s’élèvent à 13,4 % du PIB en France et à 10,8 % en Allemagne, contre 8,1 % en moyenne dans les pays de l’OCDE, selon les séries statistiques comparables utilisées.
3. OCDE, *Pensions at a Glance 2025*, op. cit., 248 p., chap. 1, « Réformes récentes des systèmes de retraite », section « Vieillissement de la population ». L’OCDE prévoit notamment une diminution de la population en âge de travailler au cours des prochaines décennies, avec des contractions particulièrement marquées dans plusieurs économies confrontées au vieillissement démographique.
4. OCDE, *Pensions at a Glance 2025*, op. cit., 248 p., indicateurs relatifs à l’emploi des travailleurs âgés ; OCDE, *OECD Employment Outlook 2025*, Paris, Éditions de l’OCDE, 2025, 274 p., en particulier le chapitre 2, consacré aux transformations démographiques, à l’activité des personnes âgées et aux enjeux liés à la productivité.
5. OCDE, « Heures travaillées » et « PIB par heure travaillée », statistiques comparatives, données 2024. Pour les comparaisons internationales du temps de travail et de la productivité horaire, il convient de se référer aux séries statistiques correspondantes ainsi qu’aux notes méthodologiques de l’OCDE. Les écarts observés doivent être interprétés avec prudence, compte tenu des différences dans les méthodes statistiques et les structures de l’emploi.
6. Charles Raffin et Hatice Yildiz, « Depuis 1975, le temps de travail annuel a baissé de 350 heures, mais avec des horaires moins réguliers et plus contrôlés », Insee Première, n° 1749, 19 novembre 2019, 4 p., en particulier pp. 1-2. Les auteurs estiment qu’entre 2000 et 2003, période correspondant à la mise en place des 35 heures, la réduction du temps de travail des salariés à temps plein a représenté environ 125 heures par an en moyenne.
7. OCDE, *Pensions at a Glance 2025*, op. cit., 248 p., chap. 3, « Current retirement ages », section « Normal retirement age ». L’OCDE définit l’âge normal de départ à la retraite comme l’âge auquel une personne peut prendre sa retraite sans pénalité, sur la base d’une carrière complète débutant à 22 ans ; cette définition explique certains écarts par rapport à l’âge légal couramment évoqué dans les débats nationaux.
8. OCDE, Regards sur les retraites 2025, op. cit., 248 p., chap. 3, « Âges futurs de la retraite », section « Principaux résultats ». L’OCDE relève que plusieurs pays ont prévu des mécanismes d’évolution de l’âge de retraite et que les âges futurs peuvent atteindre ou dépasser 70 ans dans certaines configurations.
9. OCDE, Regards sur les pensions 2025 : Allemagne, Paris, Éditions OCDE, 2025, Fiche d'information nationale « Allemagne », spec. section sur les perspectives concernant l’âge de la retraite et l’évolution de l’espérance de vie.
10. OCDE, Regards sur les retraites 2025, op. cit., 248 p., chap. 8, « Finances des systèmes de retraite », sections « Dépenses publiques en matière de retraites » et « Projections à long terme des dépenses publiques de retraite ».
11. Olivier Pérou et Nathalie Segaunes, « Réforme des retraites : comment Sébastien Lecornu s'est converti à la suspension pour obtenir la bienveillance des socialistes », Le Monde, 15 octobre 2025 ; Financial Times, « French PM to freeze Emmanuel Macron’s retraite reform Until 2027 », 14 octobre 2025. Le Financial Times confirme le coût annoncé de 400 millions d’euros en 2026 et de 1,8 milliard d’euros en 2027 et lie explicitement la suspension aux négociations parlementaires sur le budget 2026.
12. « Âge légal, carrières longues… Ce qu'implique concrètement la suspension de la réforme des retraites », Le Figaro, 8 octobre 2025 ; Bertrand Bissel et Thibaud Métais, « Âge de départ, durée de cotisation, budget… Ce que changer la suspension de la réforme des retraites », Le Monde, 15 octobre 2025 ; Service-Public.fr, « Suspension de la réforme des retraites : qui est concerné ? », Mise à jour 2026. Ces sources permettent de distinguer le retard dans la montée en puissance de la réforme de 2023 d'un retour général et immédiat à l'âge légal de 62 ans.
13. Bertrand Bissel, « Le gouvernement veut économiser 6 milliards d'euros sur les retraites en 2027 », Le Monde, 11 septembre 2026 ; Sébastien Lecornu, entretien au Figaro, 17 septembre 2026 ; Financial Times, « La France cherche à freiner les retraites et les salaires de l'État en 2027 », 1er octobre 2026. Le gouvernement a annoncé un effort demandé aux retraités de moins de 6 milliards d'euros en 2027, dont les modalités devaient inclure la désindexation partielle des retraites (au-delà d'un plancher d'environ 2 000 € par mois) ou l'abattement fiscal de 10 % ; le Financial Times place cette mesure dans le programme global de réduction du déficit public.
14. « Retraites : ce que contient la lettre rectificative, qui prévoit la suspension de la réforme », Le Monde, 23 octobre 2025. Le fardeau de la suspension, initialement estimé à 1,8 milliard d'euros en 2027, a ensuite été réévalué à 1,4 milliard d'euros dans la lettre rectificative au projet de loi de financement de la Sécurité sociale.
15. OCDE, Regards sur les retraites 2025, op. cit., 248 p., chap. 3, « Âges actuels de la retraite » et « Âges futurs de la retraite », ainsi que les fiches nationales de l'Allemagne, du Japon, de la Corée et des États-Unis. L'étude comparative met en évidence la diversité des combinaisons entre âge de la retraite, emploi des seniors, prévoyance professionnelle et épargne.
16. OCDE, Regards sur les retraites 2025, op. cit., 248 p., chap. 2, « Systèmes de retraite et financement des retraites ». La distinction entre régimes par répartition et régimes par capitalisation ne supprime pas la contrainte économique fondamentale : les biens et services consommés par les retraités doivent être produits au moment de la consommation.
17. OCDE, Perspectives de l'emploi de l'OCDE 2025, Paris, Éditions OCDE, 2025, y compris la section sur l'intelligence artificielle, la productivité et le vieillissement. L'OCDE souligne que l'IA peut contribuer à prolonger les carrières en réduisant certaines contraintes physiques et en améliorant les conditions de travail des travailleurs âgés, mais que les gains de productivité dépendent de la diffusion efficace de la technologie, des investissements, des compétences et de l'organisation des entreprises.
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