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octobre 16, 2026

Dossier retraite et ses liens

Le coût caché des retraites, la vraie cause de la dégradation des services publics 

Enfin ! Après quatre ans de lutte, l’État reconnaît le coût caché des retraites de ses fonctionnaires. Enfin, il sera impossible de nier la réalité des chiffres. Et enfin, apparaît au grand jour la cause majeure de la dégradation des services publics.

 

Un tiers des crédits de l’Éducation nationale ne finance pas l’école ».
Cette alerte choc, formulée à d’innombrables reprises ces dernières années par de nombreux économistes, longtemps écartée par Bercy et raillée par la Cour des comptes, vient d’être confirmée par l’État lui-même. L’annexe « Pensions » du budget 2027 détaille pour la première fois le poids des retraites, ministère par ministère, et donne raison à ceux que l’on moquait pour l’avoir dit.
 
Cette révélation ne change rien aux pensions versées, pas un euro. Elle change ce que l’on croyait savoir des dépenses réelles de l’État, de ses priorités, et de vingt ans de budgets votés. Répondons à sept questions pour en prendre la mesure.
 
 

1 – Que révèle exactement l’annexe « Pensions » du budget 2027 ?

Que les retraites absorbent en réalité bien plus de nos dépenses publiques que l’on ne l’imagine. En 2027, le ministère de l’Éducation nationale consacrera ainsi 28,5 milliards d’euros au paiement des pensions des agents retraités. C’est 32 % de son budget, selon le rapport sur les pensions de retraite de la fonction publique annexé au projet de loi de finances pour 2027. L’Intérieur y consacre 30 % de son budget, la Justice 21 %, la Défense 12 %, et la moyenne de l’ensemble des ministères s’établit à 13 %.
 
  
Autrement dit, quand le gouvernement annonce dépenser 100 euros pour l’Éducation nationale, 68 seulement profitent réellement au système éducatif. Quand il fait de la justice et de la sécurité des priorités, 79 euros et 70 euros pour 100 euros de dépenses financent cette ambition.
 
La direction du budget reconnaît elle-même cet « effet d’éviction » et en documente la tendance longue. Depuis 2000, les dépenses de retraite ont progressé de 2,5 points de PIB, quand celles d’éducation reculaient de 0,5 point. Cette double pente illustre à elle seule les priorités réelles des gouvernements successifs depuis vingt-cinq ans.
 
 
 
Si Bercy s’est enfin décidé à révéler cette comptabilité précise, c’est grâce à l’action du ministre de l’Action et des Comptes publics David Amiel (et à son conseiller Éric Weil), qui ont poussé pour que cette façon de comptabiliser les dépenses de retraite devienne la nouvelle norme. Mais c’est aussi et surtout grâce à la ténacité de ceux qui passaient, jusqu’à cet automne, pour des monomaniaques. Depuis 2022, Jean-Pascal Beaufret, inspecteur général des finances, dénonce une présentation « factice » des comptes de retraite. Des économistes comme Sylvain Catherine, Antoine Levy, Maxime Sbaihi, Philippe Askenazy (et votre serviteur) ont porté ce débat dans les médias traditionnels et sociaux. L’Institut Molinari a chiffré à 33 milliards par an cette subvention qui ne dit pas son nom. L’Institut des politiques publiques a montré en juin 2025 que la convention en vigueur fausse la lecture de toutes les dépenses publiques.
 
En février 2025, Pierre Moscovici, alors premier président de la Cour des comptes, avait balayé l’affaire d’un revers de manche : « il n’existe aucun déficit caché des retraites des fonctionnaires », seulement « deux comptabilités différentes », et il disait attendre « de pied ferme » ceux qui voudraient le contester. Dix-neuf mois plus tard, la même Cour, sous une autre présidence, recommande d’isoler dans le budget la subvention d’équilibre que l’État verse à son propre régime.

2 – Pourquoi l’État « cotise »-t-il à 82 %, et qu’est-ce que cela change vraiment ?

Parce qu’il n’y a pas de caisse dédiée. Les pensions des fonctionnaires de l’État transitent par un compte d’affectation spéciale, joliment appelé le CAS « Pensions », créé en 2006, que la loi organique oblige à rester équilibré « à tout instant ».
 
Faute de caisse, de réserves et de cotisations prédéfinies, la seule variable d’ajustement est le taux que l’État se facture à lui-même. À la naissance du compte, il cotisait un peu moins de 50 % du traitement des fonctionnaires. En 2015, c’était déjà 74 %. Aujourd’hui, le taux dépasse 82 % (et même 126 % pour les militaires, c’est-à-dire que l’État verse pour chacun d’eux plus en contribution retraite qu’en solde de base). En comparaison, un employeur privé cotise 16,7 %.
 
Que l’on ne s’y trompe pas. Ce « sur-taux » ne représente absolument pas une « sur-générosité » de la part de l’État, mais bien le déséquilibre profond, notamment démographique, qui caractérise le système de retraite des fonctionnaires. Pour la fonction publique de l’État, nous dénombrons 0,94 actif par retraité (contre 1,5 au régime général), et ce ratio va continuer à se dégrader dans les prochaines années. Ce « sur-taux » est le symbole de l’incurie de l’État, qui ne parvient plus à piloter son système social et est obligé d’en grossir les traits, quitte à en devenir caricatural.
 
 
 
Qu’est-ce que cela change, alors ? Rien, et tout à la fois. Cette nouvelle comptabilité ne modifie pas les pensions versées (436 milliards en 2027, 14 % du PIB, parmi les plus élevées d’Europe) et le déficit public consolidé ne bouge pas d’un centime. Ce qui apparaît désormais nettement, c’est l’insoutenabilité du système, et ce que chaque ministère consacre vraiment à sa mission. Les dépenses de la nation disposent ainsi d’une nouvelle lecture, plus éclairante sur l’état de certains services publics : près d’un tiers du budget de l’Éducation nationale ne finance pas l’éducation, près de 30 % de celui de l’Intérieur ne financent pas la sécurité, plus d’un dixième de celui de la Défense ne finance pas la défense
 
Sur ce dernier point, la précision est savoureuse. L’effort de réarmement de 2027, 6,4 milliards supplémentaires présentés comme l’exception assumée d’un budget de rigueur, reste inférieur aux 8,4 milliards de contribution employeur que la mission Défense reverse chaque année au CAS Pensions. Concrètement, les Armées cotisent davantage pour leurs anciens qu’elles investissent en plus pour leurs futurs soldats. De quoi relativiser bien des discours sur la « priorité » budgétaire donnée à la Défense.

La France dépense près de 20 % de plus pour les retraites que la moyenne européenne 

3,6 points de PIB. Soit l’équivalent de 83 % du déficit public annuel moyen de la France au XXIᵉ siècle. C’est ce que représente le surcoût de notre système de retraite par rapport à la moyenne européenne.

Les comparaisons de dépenses publiques entre pays reposent sur une nomenclature commune (la COFOG) qui range chaque euro public dans une « fonction » (enseignement, défense, santé, protection sociale). Dans cette grille, la pension d’un professeur retraité est classée en retraites, mais la cotisation que l’État verse pour ses professeurs en activité est classée en enseignement (au titre de leur rémunération). Rien d’anormal, tous les pays procèdent ainsi. La différence est que la France y loge ce taux de 82 %, là où l’Allemagne, qui paie directement ses fonctionnaires retraités sur son budget, se voit imputer un coût bien moindre. Au total, les cotisations retraite des employeurs publics représentent 4 % du PIB en France et en Belgique, 2 % en Allemagne et 0,9 % en Irlande selon le site d’information économique Fipeco. Pour le seul État, l’Insee évalue à 1,8 point de PIB les cotisations « imputées » qui gonflent à la fois ses dépenses et ses recettes.

 https://lel.media/insert/la-france-depense-pres-de-20-de-plus-pour-les-retraites-que-la-moyenne-europeenne/ 

3 – Pourquoi les budgets des ministères augmentent-ils alors que leurs moyens baissent ?

Parce que la dépense du compte est passée de 48 milliards à sa création à 70 milliards en 2027, et que chaque euro supplémentaire est refacturé aux ministères sous l’étiquette « crédits de personnel ». Depuis sa création en 2006, ces contributions absorbent entre 10 et 13 % du budget général de l’État, et 18 % de sa hausse observée depuis.
 
  
Ainsi, en deux ans, près de quatre milliards d’euros de dépenses « nouvelles » sont apparus dans les budgets des ministères sans qu’un seul agent n’ait vu sa rémunération augmenter, ni qu’aucun service public n’ait reçu des équipements supplémentaires ou des investissements nouveaux.
 
Les fonctionnaires qui s’étonnent de lire dans la presse que leur budget serait « en hausse », mais qui voient au quotidien leurs moyens fondre et leurs marges de manœuvre se rétrécir, tiennent, grâce à cette nouvelle comptabilité, leur explication. Et c’est aussi une première réponse au paradoxe qui traverse notre système éducatif, caractérisé par des dépenses affichées parmi les plus élevées en Europe, mais qui se démarque par une telle pauvreté matérielle et des salaires d’enseignants si faibles.
 
Avec ce recalcul, au taux de cotisation « retraite stricto sensu », le budget 2027 de l’enseignement scolaire ne pèse plus 89 milliards d’euros mais 64. En corrigeant ainsi, la dépense par élève du premier degré passe de 8 300 euros à 7 500 euros. 
 
Déjà inférieure de 13 % à la moyenne de l’OCDE dans le primaire, elle décroche franchement. Ces 800 euros n’ont jamais existé pour les élèves, et leur disparition par la simple levée de l’artifice comptable représente peut-être le début d’une explication à notre décrochage PISA et au malaise des élèves.
 
À l’échelle d’un seul enseignant, le calcul est plus parlant encore. Prenons un professeur certifié en milieu de carrière, dont le traitement indiciaire brut avoisine 2 800 € par mois. Sur son bulletin de paie figurent 2 304 € de « contribution employeur » au titre de la retraite, en plus des 311 € (11,10 %) retenus sur son traitement.
 
Concrètement, l’Éducation nationale budgète, pour chaque enseignant, près d’un second salaire fantôme qui ne va ni à l’enseignement, ni à son établissement, ni même à sa propre pension (puisque le régime fonctionne en répartition), mais part immédiatement vers les retraités d’aujourd’hui.
 
Avant même les autres charges employeur, cet enseignant coûte donc 5 100 € par mois à l’État, traitement et contribution retraite confondus, mais il touchera, net et hors primes, à peine 2 200 €, soit moins de la moitié. 

4 – Pourquoi les traitements des fonctionnaires n’augmentent-ils plus ?

Parce que les dépenses de retraite obèrent toute marge de manœuvre. L’objection est connue : tout cela ne serait qu’un jeu d’écritures puisque l’argent ne sort pas de l’État. C’est vrai, mais il ne reste pourtant pas dans la même poche. Un ministère dispose d’une seule enveloppe pour payer ses agents, traitements et cotisations confondus, et le CAS Pensions y est servi avant tout le monde. Chaque fois que son taux monte de quatre points, cette enveloppe grossit d’environ deux milliards à l’échelle de l’État, qui sont déjà dépensés avant que la question des salaires ne soit seulement posée. Autrement dit, l’État verse au CAS Pensions l’augmentation qu’il refuse à ses agents.
 
Les chiffres le confirment. Entre 2015 et 2023, le point d’indice a progressé de 0,7 % par an, trois fois moins vite que les prix. Il est depuis gelé et le budget 2027 prolonge cette tendance. Dans le même temps, le taux du CAS a gagné huit points. Pour retenir leurs agents, les gouvernements ont donc distribué des primes. Mais les primes ne comptent pas pour la pension.

5 – Pourquoi l’État ne parvient-il plus à recruter ses enseignants ?

Parce que le signal-prix a fini par être entendu. Selon l’OCDE, un enseignant français de l’élémentaire gagne 26 % de moins qu’un autre diplômé du supérieur et un professeur de collège 18 % de moins, contre 17 % et 13 % en moyenne dans l’OCDE.
 
En euros, cela donne, avec quinze ans d’ancienneté, environ 36 500 € bruts par an pour un professeur des écoles, un peu plus de 3 000 € par mois, et près de 39 000 € pour un certifié. La moyenne de l’OCDE est d’environ 41 000 € en maternelle à 47 000 € au lycée, soit 500 à 650 € de plus que pour un enseignant français. L’écart se creuse d’ailleurs, puisqu’entre 2015 et 2024 les salaires de début de carrière ont progressé de 8 % en France, mais de 16 à 17 % dans l’OCDE. Résultat, à la session 2025, le CAPES de mathématiques n’a pourvu que 74 % de ses postes, près de 400 restés vacants, et 475 postes de professeurs des écoles sont demeurés sans titulaire à Versailles, 382 à Créteil. La session 2026 a mieux rempli ses rangs, mais cela s’est fait au détriment de l’exigence des enseignants, passée de bac + 5 à bac + 3 pour en augmenter les potentiels candidats.
 
Il y a plus grinçant. Les postes non pourvus aux concours ne restent pas vides, ils sont pourvus autrement. Le ministère l’écrit lui-même dans son bilan de la session 2025, où il dit avoir « anticipé le recrutement d’enseignants contractuels » pour « couvrir l’ensemble des besoins d’enseignement » de la rentrée. L’Éducation nationale emploie désormais 54 000 enseignants contractuels, 7 % de ses effectifs. Dans le second degré public, leur part a doublé depuis 2008, de 5,1 % à 10,4 %.
 
Le taux de 82 % rend un titulaire si cher qu’il crée une « incitation financière au recrutement de contractuels », moins coûteux parce qu’affiliés au régime général. Dans l’ensemble de l’État, entre 2015 et 2025, les titulaires ont reculé de 3 % et les contractuels progressé de 54 %. La boucle est bouclée. Chaque contractuel est un cotisant de moins pour le régime, dont le ratio démographique s’enfonce, ce qui appelle une hausse de taux, qui renchérit le titulaire et gèle son traitement, ce qui décourage les vocations, ce qui oblige à recruter des contractuels. Lesquels, moins payés, moins formés et plus précaires, repartent vite : la moitié de ceux recrutés en 2010 n’enseignaient plus huit ans après. L’État se contourne lui-même. Il paie ses enseignants d’hier avec le traitement de ceux d’aujourd’hui, et s’étonne que ceux de demain ne se présentent pas.

6 – Les budgets votés depuis vingt ans étaient-ils sincères, et qui en paie le prix ?

Posons la question qui fâche. Depuis 2006, le Parlement a voté vingt lois de finances dans lesquelles un député approuvant les crédits de l’Éducation nationale croyait financer l’école, alors qu’il alimentait, en réalité, pour un tiers, des pensions. Un contribuable qui lisait « 6 milliards pour la Défense » imaginait à tort cette somme aller dans les casernes et les frégates. Insincères, ces budgets ? Pas au sens que le Conseil constitutionnel donne au mot, sans doute. Au sens commun, assurément. Ils trompaient ceux qui les votaient et ceux qui les payaient. Le budget général versera 52 milliards au CAS en 2027, dans un exercice où le déficit de l’État atteindra 156 milliards. Les 70 milliards du compte avoisinent la charge de la dette de l’État (73 milliards) et dépassent la moitié de tout ce que les administrations publiques, État, collectivités et Sécurité sociale réunis, investissent en une année.
 
Et il y a ceux à qui l’on raconte l’histoire depuis le début. Le fonctionnaire de trente ans cotise à un régime dont la promesse repose sur un engagement hors bilan de 1 366 milliards d’euros, près de la moitié d’une année de PIB, adossé à aucune réserve et à la seule parole du prochain budget. La Cour propose d’ailleurs de lui demander 0,21 point de cotisation de plus dès 2027, dix euros par mois, 140 millions pour le régime. La nouvelle présentation doit donc devenir la norme, année après année, ministère par ministère, pour piloter la dépense à partir de ce qu’elle est et cesser de raconter des farandoles aux jeunes.
 
Retraites : la France dépense 33 % de plus que les Pays-Bas, qui disposent d'un système par capitalisation. 19 % de plus que la moyenne de l'UE. Les derniers chiffres publiés par l'État révèlent l'ampleur de l'inefficacité du modèle français.
 
 

7 – Que faire, maintenant que l’on sait ?

Trois choses. Aller d’abord au bout de la transparence que Bercy vient d’engager, en fixant un taux employeur de référence (la Cour des comptes propose 44 %) et inscrire tout ce qui dépasse comme une subvention d’équilibre identifiée comme telle, pour mesurer l’effort réel alloué aux différentes dépenses publiques de la nation.
 
Créer ensuite la caisse autonome que la Cour évoquait dès 2016, afin que le régime ait des comptes, des réserves et des partenaires sociaux, et puisse mieux piloter son système sur le long terme.
 
Provisionner enfin les droits des nouveaux entrants, comme le propose Philippe Juvin, et l’élargir même au traitement perçu tout au long de la carrière. Comme l’explique Pascal Perri, quand un fonctionnaire est embauché, il est pris en charge pendant 70 ans par l’État (40 ans d’activité, 20 ans de retraite et 10 ans de réversion), soit un coût total d’environ 2,5 millions d’euros par agent, tout au long de sa vie. Au moment du recrutement du fonctionnaire, l’État pourrait ainsi emprunter le total actualisé de cette dépense, qu’il placerait ensuite sur les marchés. Résultat, non seulement la dette implicite liée à l’embauche des fonctionnaires devient explicite (ce qui, là aussi, serait un gage de sincérité), mais surtout cette dette est utilisée pour capitaliser et augmenter le rendement du système, dégageant ainsi de nouvelles marges de manœuvre financière pour l’équilibrer.
 
Cette révélation doit nous servir de leçon et déployer chez nous des anticorps contre les déclarations fantasques de nos élus qui annoncent une priorité éducation ou un investissement dans la jeunesse. Elle doit constituer un moment fondateur où les citoyens exigent de leurs représentants clarté et sincérité quant à l’utilisation réelle des deniers publics. Elle doit nous faire, nous, citoyens et médias, entrer dans une ère du contrôle plus rigoureux de l’exécutif, pour corriger certaines largesses qu’ils (quel que soit leur bord) prennent avec la réalité statistique.
 
 Erwann Tison
 (@Erwann_TISON)
 
 
 C'est le sujet du moment : un rapport annexé au projet de loi de finances révèle que 32% des crédits de l'Éducation nationale financent en réalité… les retraites. Comment en est-on arrivés là ? On fait le point dans ce fil, à partir de la fiche de paie d'un enseignant : 
 

 

 

 La retraite selon Mélenchon !


 

Retraites: que vaut le «travailler moins, toucher plus» de Mélenchon? 

Le leader de La France insoumise souhaite revenir à la retraite à 60 ans, mais pas seulement. Le Point nous a demandé d’évaluer la faisabilité de son programme. Texte d’opinion par Cécile Philippe et Nicolas Marques, respectivement présidente et directeur général de l’Institut économique Molinari, publié dans Le Point.

Les retraites sont un problème financier majeur. Elles représentent 420 milliards d’euros de dépenses publiques par an (14 % du PIB). Financées quasi exclusivement par des cotisations ou des impôts (98 %) et à la marge par l’épargne (2 %), elles sont déficitaires, en dépit des réformes successives, et le niveau de vie des retraités est appelé à baisser de 10 % d’ici 45 ans par rapport au reste de la population. Voici ce qu’avance Jean-Luc Mélenchon (LFI), lancé dans la campagne présidentielle. Et l’analyse de l’Institut économique Molinari*.

SES PROPOSITIONS : Travailler moins longtemps et augmenter les retraites. Jean-Luc Mélenchon entend restaurer le droit à la retraite à 60 ans à taux plein pour 40 annuités de cotisations. Il rêve que tous les retraités aient au moins une pension équivalente au smic s’ils ont une carrière complète.

Il souhaite que le minimum vieillesse soit au moins au niveau du seuil de pauvreté. Il s’engage à supprimer la décote pour ceux qui partent plus tôt à la retraite. Il veut que les pensions soient indexées sur le montant des salaires.

Les dividendes (entre autres) soumis à cotisation

SES LEVIERS : Pour augmenter les ressources, Mélenchon propose d’augmenter le nombre de cotisants, grâce à la reprise de la natalité et à l’immigration. Il ajoute à cela une dose significative de fiscalité. LFI propose d’augmenter de 0,25 point chaque année pendant cinq ans le taux de cotisation vieillesse.

Comme cela ne serait pas suffisant pour financer toutes ses promesses, LFI veut aussi soumettre à cotisation les dividendes, les revenus d’intéressement, de participation, d’épargne salariale, ainsi que les revenus financiers des entreprises.

Le hic est que toutes ces sommes sont déjà lourdement fiscalisées. Les dividendes supportent déjà des impôts et des prélèvements sociaux. L’intéressement, la participation et l’abondement supportent dans de nombreux cas jusqu’à 20 % de taxe (le forfait social). Les plus-values générées avec l’épargne salariale sont également taxées, comme les gains et revenus financiers des entreprises.

Les 60 ans et plus représentent 28 % de la population aujourd’hui

LES ANGLES MORTS : Ils sont multiples. Jean-Luc Mélenchon nous éloigne encore plus de l’idée originelle de la répartition, qui était de prélever des cotisations sur le travail pour financer les retraites.

Il fait fi de la mise en garde du législateur de 1945 qui soulignait que « la fixation d’un âge trop bas de l’ouverture du droit à la retraite ferait peser sur la population active une charge insupportable » et avait sagement refusé de généraliser la retraite à 60 ans.

Il refuse de voir que depuis les réalités ont bien changé depuis. La fécondité est passée de 2,28 enfants par femme en 1945 à 1,56 en 2025. L’espérance de vie à la naissance a progressé de 28 ans et celle à 65 ans a augmenté de 9 années.

LE PARI POLITIQUE : Plus c’est gros, plus cela passe. En 1981, l’élection de François Mitterrand devait beaucoup à sa promesse d’avancer la retraite à 60 ans. Mais le contexte était radicalement différent. Les 60 ans et plus représentaient 17 % de la population, contre 28 % aujourd’hui. Il y avait encore 2,7 cotisants pour financer un retraité, contre deux fois moins aujourd’hui (1,4 aujourd’hui). La France s’était reconstruite et redressée durant les Trente Glorieuses. Elle était en pointe de l’innovation – du nucléaire au TGV – et ses finances publiques n’avaient pas encore été ravagées par les effets d’un vieillissement non anticipé. La dette publique représentait à peine 21 % du PIB, soit près de six fois moins qu’aujourd’hui (119 % du PIB).

Beaucoup d’analystes nous présentaient comme un modèle de bonne gestion. Les experts américains du Hudson Institute voyaient, en 1973, la France « destinée à devenir la première puissance européenne ». Selon eux, la France devait dépasser l’Allemagne de l’Ouest pour devenir la première puissance économique d’Europe à l’horizon 1980-1985. Quand, en 1981, le gouvernement socialiste a généralisé la retraite à 60 ans, certains pouvaient croire que nous étions riches et que nous pouvions collectivement nous permettre ce luxe.

Refaire la même erreur un demi-siècle plus tard, alors que nous sommes au bord du précipice s’apparente à de la folie. Jean-Luc Mélenchon le sait sans doute, mais il est droit dans ses bottes. Sa seule concession à la réalité, c’est de ne pas mettre en œuvre immédiatement la retraite à 60 ans. Il veut « revenir dans un premier temps à un départ à 62 ans, puis viser rapidement 60 ans ».

Profiter plus longtemps de la retraite, mais être plus pauvre

L’ANALYSE DE L’INSTITUT MOLINARI : Pour Jean-Luc Mélenchon, « le capital financier a profité et c’est lui qui doit payer ». Mais s’il avait la possibilité de mettre en œuvre son programme, ce serait nous tous qui serions mis à contribution. L’approche de Jean-Luc Mélenchon mettrait à plat les caisses de retraite les mieux gérées, comme l’Agirc-Arrco ou les caisses de retraite des professions libérales. Elle creuserait les déficits dans toutes les autres caisses de retraite n’ayant pas de réserves financières. Elle dynamiterait la répartition, dans un pays qui n’a pas, par ailleurs, de capitalisation retraite significative.

BILAN : Un grand bond en avant qui s’apparente à un saut dans le vide. En 2026, Jean-Luc Mélenchon propose de profiter plus longtemps de la retraite, mais d’être plus pauvres. Nous sommes bien loin des années 1910 où Jean Jaurès, le grand leader de la gauche de l’époque, proposait d’enrichir et de mettre à l’abri les retraités en généralisant la capitalisation retraite collective.

*L’Institut économique Molinari (IEM) est un think tank d’inspiration libérale. En matière de retraites, il plaide pour la généralisation de la capitalisation dans le privé et le financement des retraites des fonctionnaires par un fonds de pension.

  Institut économique Molinari

 https://www.institutmolinari.org/2026/10/18/retraites-que-vaut-le-travailler-moins-toucher-plus-de-melenchon-2/

 

 


 

 Enseignements tirés d’une géopolitique des retraites et pistes pour 2027 en France

 Travail, vieillissement, durée de carrière et stratégie industrielle : l’adaptation des grandes économies 

Synthèse 

Au cours des trois ou quatre dernières décennies, le vieillissement démographique est devenu l’un des déterminants majeurs de la transformation économique des pays développés. L’allongement de l’espérance de vie modifie simultanément le rapport entre actifs et retraités, la durée des carrières, le financement des retraites et les conditions de production. Cette évolution démographique suscite de vives préoccupations, notamment en ce qui concerne les conséquences économiques et stratégiques liées aux répercussions de l’adhésion de la Chine à l’OMC en 2001. 

 La question des retraites ne saurait donc se réduire au seul équilibre financier des régimes. Elle dépend également du volume de travail disponible, du taux d’emploi des seniors, de la productivité des nations, de l’investissement et de la capacité à accumuler du capital. À cet égard, les économies vieillissantes suivent des trajectoires divergentes : certaines misent davantage sur l’allongement des carrières, d’autres diversifient le financement des retraites, tandis que le Japon, la Corée du Sud et Taïwan ont eu recours à l’automatisation et aux technologies pour répondre à la relative pénurie de main-d’œuvre. 

La France présente un paradoxe particulier : elle maintient une productivité horaire élevée, mais affiche un volume annuel de travail et un taux d’emploi des seniors relativement faibles, alors même que les dépenses de retraite représentent une part importante de la richesse nationale. La suspension partielle de la réforme de 2023 et les économies envisagées sur les retraites à l’horizon 2027 illustrent deux modalités d’ajustement distinctes : l’une porte sur la durée future des carrières, l’autre sur le niveau des dépenses.

 Une stratégie à long terme pourrait donc dépasser l’opposition entre l’âge légal de départ à la retraite et le niveau des pensions. Elle devrait articuler la durée des carrières, l’emploi des seniors, le volume de travail, la productivité, la robotisation, l’intelligence artificielle, la politique industrielle et l’épargne à long terme. Le système par répartition demeurerait le socle de la solidarité intergénérationnelle, tandis que l’assurance et la capitalisation pourraient en compléter le financement. 

La véritable question devient alors celle d’une politique économique axée sur le cycle de vie : comment organiser une économie capable de financer une société dont l’espérance de vie s’allonge, en produisant davantage avec une population active proportionnellement plus réduite ? 

 Introduction — Le problème des retraites relève-t-il avant tout du financement ou de la capacité productive ? 

 En France, le débat sur les retraites reste, pour l’essentiel, formulé en termes budgétaires : déficit des régimes, âge légal, niveau des cotisations, désindexation des pensions ou recherche d’économies. Ces questions sont évidemment essentielles, mais elles ne suffisent pas à rendre compte de la transformation profonde qu’ont connue les économies développées depuis le début du XXIe siècle. 

 Le vieillissement ne pose pas seulement un problème de financement des retraites. Il modifie le rapport entre population active et population retraitée, la durée des carrières, le volume de travail disponible, l’épargne et les besoins en matière de santé, mais aussi les conditions mêmes de la production. L’enjeu réel consiste alors à déterminer quel volume de travail une économie peut mobiliser — avec quel niveau de productivité, quel capital et quelles technologies — pour financer une population dont l’espérance de vie augmente. 

 L’année 2001 constitue, à cet égard, un point de départ particulièrement instructif. L’adhésion de la Chine à l’Organisation mondiale du commerce a ouvert une nouvelle phase de la mondialisation industrielle et commerciale, au moment même où les économies développées commençaient à ressentir plus nettement les effets du vieillissement démographique. Depuis lors, le Japon, la Corée du Sud et Taïwan ont conjugué vieillissement, transformation industrielle et automatisation ; les États-Unis et le Canada ont diversifié davantage les sources de financement des retraites ; certains pays européens ont expérimenté diverses formes de prolongation des carrières et d’adaptation à l’espérance de vie.¹ Ce qui n’a pas été le cas de la France au cours des trois dernières décennies. 

Surtout, la comparaison internationale montre qu’il n’existe pas de réponse unique. Les différents pays opèrent des arbitrages distincts entre la durée de la vie active, le niveau des pensions, l’emploi des seniors, la fiscalité, l’épargne et la productivité. La situation française doit donc être replacée dans le contexte de cette transformation globale. 

 La France affiche une productivité horaire élevée, mais un volume annuel de travail nettement inférieur à celui de plusieurs grandes économies comparables, ainsi qu’un taux d’emploi des seniors qui demeure relativement faible. Parallèlement, les dépenses publiques consacrées aux retraites en France représentent environ 13,4 % du PIB, contre 10,8 % en Allemagne et 8,1 % en moyenne au sein de l’OCDE, selon des données comparables fournies par cette organisation.²

 Le problème ne consiste donc pas seulement à financer les retraites actuelles. Il s’agit de déterminer comment articuler les carrières, l’emploi, le volume de travail, la productivité, l’appareil industriel, la technologie et l’épargne au sein d’une société vieillissante. Comment, dès lors, organiser une économie capable de financer une société dont l’espérance de vie s’allonge, tout en préservant sa cohésion sociale, sa capacité industrielle et son autonomie stratégique ? 

I. Depuis 2001, le vieillissement a transformé à la fois le travail et la capacité productive 

 Le vieillissement constitue le point de départ de toute réflexion sur les retraites. Mais son incidence économique ne se limite pas à une augmentation de la part relative des retraités. Il transforme progressivement le volume de travail disponible et contraint les économies à rechercher de nouvelles sources de productivité. 

A. Le choc démographique : vivre plus longtemps, travailler plus longtemps ? 

Le phénomène est désormais massif. Au sein de l’OCDE, le nombre de personnes âgées de 65 ans et plus pour 100 personnes âgées de 20 à 64 ans est passé de 22 en 2000 à 33 en 2025, et devrait atteindre 52 en 2050. La population en âge de travailler devrait diminuer, en moyenne, de 13 % au cours des quatre prochaines décennies. Dans plusieurs pays — notamment la Corée, l’Italie, le Japon, la Pologne et l’Espagne —, cette contraction sera nettement plus marquée.³ 

L’enjeu économique fondamental ne réside donc pas uniquement dans l’espérance de vie, mais dans le rapport entre la durée de la vie active et celle de la retraite. Une population peut vivre vingt ou trente ans après avoir quitté le marché du travail ; la question est alors de savoir quelle part de cet allongement de la vie doit être consacrée à l’emploi, quelle part à la retraite, et comment financer l’ensemble. 

L’emploi des seniors constitue ici une variable déterminante. En 2024, le taux d’emploi des 60-64 ans atteignait environ 56,5 % en moyenne au sein de l’OCDE ; il dépassait 70 % au Japon, tandis qu’il restait inférieur à 45 % en France. Chez les 65-69 ans, les écarts se creusent davantage.⁴ 

 La durée de la carrière ne doit donc plus être envisagée uniquement comme une règle juridique. Elle dépend de la capacité réelle des entreprises à employer des salariés âgés, de l’état de santé, de la formation, de l’organisation du travail et de l’existence d’activités adaptées. Un relèvement de l’âge légal qui ne s’accompagnerait pas d’une augmentation de l’emploi effectif des personnes âgées ne ferait que déplacer une partie du problème, sans pour autant résoudre la contrainte productive. 

 B. Du vieillissement à la transformation industrielle : robotisation, IA et productivité 

 Le vieillissement peut toutefois avoir un effet différent : lorsqu’une économie manque progressivement de main-d’œuvre, elle peut être incitée à substituer davantage de capital et de technologie au travail humain. 

 Le Japon constitue l’exemple le plus manifeste de cette évolution. Le développement de la robotique ne répond pas seulement à une stratégie industrielle classique ; il accompagne une société où la population active disponible diminue, tandis que les besoins en matière de santé, de logistique et de services à la personne augmentent. La Corée du Sud suit une trajectoire comparable en ce qui concerne l’intensité de son automatisation industrielle et de ses investissements technologiques. 

Ce phénomène peut être qualifié de « démographie industrialisante » : les contraintes démographiques poussent l’économie à investir dans des technologies permettant de produire avec moins de travail humain. L’intelligence artificielle élargit désormais considérablement le champ de cette substitution — ou complémentarité — ; un processus qui, bien que possible, n’a rien d’automatique ni d’évident en soi, sans un véritable effort de conceptualisation stratégique et politique.

 Cette évolution présente un double intérêt. Elle permet, d’une part, de compenser une diminution quantitative du travail humain ; elle fait, d’autre part, du vieillissement un marché industriel : robotique d’assistance, santé numérique, dispositifs médicaux, mobilité, habitat adapté, logistique ou services à la personne. 

Le vieillissement cesse alors d’être un simple fardeau budgétaire. Il peut devenir un moteur de demande, d’innovation et d’exportations, à condition que les entreprises et les systèmes de recherche disposent du capital et des compétences nécessaires pour transformer cette demande en capacité productive, et que les décideurs publics facilitent — plutôt qu’ils n’entravent — cette adéquation. 

 C. Le volume de travail et le paradoxe français 

La France illustre une configuration différente. Elle affiche une productivité horaire élevée, mais un volume annuel de travail inférieur à celui de nombreuses économies comparables. En 2024, le nombre moyen d’heures travaillées par an s’élevait à environ 1 509 heures en France, contre 1 334 en Allemagne, 1 617 au Japon, 1 865 en Corée du Sud et 1 796 aux États-Unis.⁵ 

Cette comparaison doit être interprétée avec prudence : les structures du travail à temps partiel, les congés, les durées légales du travail et les méthodes statistiques varient d’un pays à l’autre. Elle met toutefois en évidence un fait essentiel : la productivité horaire et le volume de travail sont deux variables distinctes. 

 La réduction du temps de travail en France au début des années 2000 (sous le gouvernement socialiste de Lionel Jospin, en 2001) constitue une étape marquante de cette trajectoire. L’INSEE estime qu’entre 2000 et 2003, période correspondant à la mise en place des 35 heures, la durée annuelle de travail des salariés à temps plein a diminué d’environ 125 heures.⁶ Mais cette évolution ne saurait expliquer, à elle seule, la désindustrialisation française, qui résulte d’une combinaison de facteurs : mondialisation, spécialisation sectorielle, mutations de la demande, gains de productivité, choix d’investissement et concurrence internationale. 

 La question pertinente est plutôt celle de la compensation : la France a-t-elle suffisamment accru sa productivité, son capital productif et son intensité technologique pour compenser, sur le long terme, un volume de travail relativement faible ? 

C’est cette interrogation qui établit un lien direct entre la problématique des retraites et celle de la capacité industrielle. Et sa réponse, plus encore.

 II. Réponses comparatives : prolonger le travail, diversifier les financements, automatiser la production 

Les économies vieillissantes n’ont pas choisi une réponse unique. Trois orientations principales se dessinent : l’allongement de la vie active, la diversification du financement des retraites et l’augmentation de la productivité grâce à l’investissement et à la technologie. 

 A. Japon, Corée du Sud et Taïwan : extension de l’activité et automatisation de l’économie 

 Le Japon combine deux réponses : un taux d’emploi très élevé pour les personnes âgées et un effort d’automatisation de longue date. La Corée du Sud connaît également un taux d'activité élevé aux âges élevés, mais son expérience montre les limites d'un tel indicateur : une proportion importante de travailleurs quittent relativement tôt leur emploi principal pour retourner ensuite vers des activités parfois moins qualifiées ou moins bien rémunérées. 

 La Corée illustre ainsi une distinction essentielle entre l’âge de sortie du marché principal du travail et l’âge effectif de cessation d’activité. L'emploi des personnes âgées peut contribuer au financement des retraites, mais son efficacité dépend de sa qualité et de sa productivité. 

 Taiwan offre une autre dimension du même problème : une économie de haute technologie peut maintenir une capacité de production élevée malgré le vieillissement en investissant dans des secteurs à forte intensité de capital, de compétences et d’innovation. 

Ces trois expériences montrent qu’il existe une relation possible entre vieillissement et transformation industrielle. Ils ne constituent pas des modèles sociaux directement transposables en France. Mais ils montrent comment une contrainte démographique peut devenir un facteur d’investissement technologique. 

 B. États-Unis et Canada : emploi, flexibilité et diversification des financements 

 Les États-Unis et le Canada s'appuient sur des architectures plus diversifiées. Outre les régimes publics, les régimes professionnels et l'épargne individuelle jouent un rôle important dans le financement des revenus de retraite. Bien entendu, la capitalisation ne supprime pas la contrainte démographique. Les retraités de demain devront encore consommer des biens et services produits demain. Mais elle permet d'ajouter aux financements actuels un stock d'actifs constitué au cours des décennies précédentes. 

 Cette distinction est fondamentale : la distribution agit principalement sur un flux intergénérationnel ; la capitalisation ajoute un stock d'actifs susceptibles de produire des revenus futurs tout en lissant certains aléas ou fluctuations temporels. Lorsque ce capital est investi dans l’économie productive, il peut également contribuer au financement des entreprises, de l’innovation et des infrastructures. L’enjeu n’est donc pas de choisir abstraitement entre distribution et capitalisation, mais de déterminer comment les différents mécanismes peuvent s’articuler dans une économie vieillissante. 

 C. L’Europe en marche : de l’âge légal à l’espérance de vie 

 Les pays européens expérimentent différentes formes d’adaptation. En 2024, l'OCDE a fixé l'âge normal de la retraite à 66,2 ans en Allemagne, 67 ans aux Pays-Bas, 67 ans en Italie et 64,3 ans en France ; il atteint également 67 ans au Danemark, en Islande et en Norvège⁷. En France, à contre-courant, un compromis politique dit « budgétaire » en octobre 2024 a réduit cet âge légal de 64 à 62 ans, avec la forte influence des partis de gauche. 

Dans le même temps, plusieurs pays ont prévu des mécanismes qui lient directement ou indirectement l’âge futur de la retraite aux évolutions de l’espérance de vie. L'OCDE note que les futurs âges normaux pourraient atteindre ou dépasser 70 ans dans certains pays.⁸

 L’Allemagne constitue un cas particulièrement intéressant. L’OCDE souligne que l’allongement de la vie active sera indispensable pour financer les retraites allemandes et envisage, à terme, un mécanisme liant l’âge légal à l’espérance de vie, une fois que l’âge de départ « normal » aura atteint 67 ans. Le taux d’emploi des seniors a, par ailleurs, fortement progressé depuis 2000.⁹ 

Ces expériences mènent à une conclusion claire : une modification de l’âge légal n’est efficace que si elle se traduit par une activité réelle accrue. La réforme des retraites est donc nécessairement indissociable de celles du marché du travail, de la formation professionnelle et de l’organisation des entreprises. 

III. La France face à son propre paradoxe : moins de travail, plus de retraités, davantage de dépenses 

 Comme nous l’avons observé, la France aborde le vieillissement démographique avec une configuration singulière : une productivité horaire élevée, un volume annuel de travail relativement faible, un taux d’emploi des seniors inférieur à celui de plusieurs de ses partenaires, et un niveau de dépenses publiques consacrées aux retraites particulièrement important. Selon l’OCDE, les dépenses publiques de retraite représentent environ 13,4 % du PIB en France, contre 10,8 % en Allemagne et 8,1 % en moyenne au sein de l’OCDE.¹⁰ L’enjeu français ne se limite donc pas au seul montant des pensions ; il tient, plus largement, à l’équilibre entre le nombre d’années travaillées, le volume annuel de travail, le nombre de retraités et la productivité. 

 A. L’âge de départ à la retraite : un ajustement démographique suspendu ? 

 La réforme de 2023 avait engagé la France dans une trajectoire d’allongement de la vie active, en relevant progressivement l’âge légal de 62 à 64 ans et en accélérant l’augmentation de la durée de cotisation requise. 

Cette trajectoire a été « suspendue » (nous insistons sur ce terme) dans le cadre des négociations parlementaires de l’automne 2025. Afin d’éviter une motion de censure portée par la gauche, le gouvernement centriste (macroniste, ou « bloc central ») dirigé par Sébastien Lecornu a proposé de suspendre, jusqu’en 2028, le relèvement de l’âge légal et de la durée de cotisation ; cette concession constituait l’une des conditions principales posées par les socialistes pour ne pas renverser le gouvernement. Le coût minimal annoncé de la suspension avait été estimé à 400 millions d’euros en 2026 et à 1,8 milliard d’euros en 2027.¹¹ 

 Toutefois, la réalité juridique est plus nuancée qu’un simple retour à 62 ans. À partir de septembre 2026, l’âge légal est progressivement relevé, passant de 62 ans et 9 mois à 63 ans et 9 mois pour les générations concernées, pour atteindre 64 ans pour les générations nées à partir de 1969.¹² La question économique demeure : quelle part de l’augmentation de l’espérance de vie doit être consacrée à l’activité professionnelle et quelle part à la retraite ? 

 Si la durée d’activité cesse d’augmenter alors que la durée de la retraite continue de croître, l’équilibre doit être recherché ailleurs : cotisations, niveau relatif des pensions, fiscalité, emploi, productivité ou épargne. Il n’existe pas de variable démographique sans coût. 

 B. De la suspension à la désindexation : deux ajustements de nature différente 

 Le débat budgétaire pour 2026 introduit une seconde dimension. En septembre 2026, le gouvernement a annoncé son objectif de réaliser environ 6 milliards d’euros d’économies sur les retraites en 2027, en intégrant l’hypothèse d’une modification de l’indexation et de l’abattement fiscal de 10 % dont bénéficient les retraités.¹³ 

 Ce montant doit être clairement distingué du coût lié à la suspension de la réforme : les 1,8 milliard d’euros correspondent à l’estimation initiale du coût de cette suspension en 2027, tandis que les quelque 6 milliards d’euros représentent un objectif d’économies sur les retraites dans le budget 2027.¹⁴ 

 Cette juxtaposition révèle deux conceptions distinctes de l’ajustement. La suspension de l’âge de départ et de la durée de cotisation influe sur le flux futur d’activité et de cotisations. La désindexation ou la modification du niveau des pensions, quant à elles, agissent sur le niveau des dépenses et sur le revenu disponible des retraités actuels. 

Ces leviers ne sont donc pas équivalents sur le plan économique. Une économie réalisée sur les retraites peut améliorer les comptes publics à court terme ; elle n’accroît cependant ni le nombre d’actifs, ni le volume d’heures travaillées, ni la productivité. Enfin, cela marque une nette régression par rapport aux cotisations déjà intégralement versées par les retraités lorsqu’ils étaient salariés — pour une durée de travail hebdomadaire qui, bien souvent, dépassait les 40 heures. Cette réflexion renvoie précisément au volume de travail.

 C. Le déficit français en matière de volume de travail : vers une nouvelle équation ? 

 Le paradoxe français réside peut-être moins dans un manque de productivité horaire que dans la combinaison de la durée des carrières, de l’emploi des seniors et du volume global de travail. 

L’allongement de la vie active influe sur les flux de travail et de cotisations. L’emploi des seniors permet de transformer une partie de la population vieillissante en une ressource économique. L’augmentation du volume annuel de travail va dans le même sens, lorsque les conditions économiques et sociales le permettent. 

La productivité intervient sur un autre plan. Lorsque la population active croît plus lentement, l’investissement dans le capital productif, l’automatisation, la robotique et l’intelligence artificielle permettent de produire davantage avec moins de travail humain. C’est la stratégie industrielle — et, de fait, financière — adoptée avec succès par le Japon. 

Enfin, la diversification des modes de financement a une incidence sur le stock de richesse. Si la répartition peut demeurer le fondement de la solidarité intergénérationnelle, l’assurance, l’épargne à long terme et la capitalisation peuvent constituer des ressources complémentaires. L’équation devient alors : allongement des carrières + emploi des seniors + volume de travail + productivité + automatisation + épargne à long terme. 

La question des retraites ne se limite donc plus aux seuls paramètres sociaux ; elle devient une question de politique économique appliquée au cycle de vie. 

IV. La réforme des retraites comme politique économique du cycle de vie 

 Le vieillissement démographique impose de dépasser une conception des retraites réduite au seul équilibre annuel d’un régime. Lorsque la population active progresse moins vite que le nombre de retraités, la pérennité du système dépend, conjointement, de la durée des carrières, du taux d’emploi, du volume de travail, de la productivité et de la capacité à accumuler des actifs financiers. 

A. Intelligence artificielle, robotisation et productivité : produire plus avec moins de travailleurs 

La première réponse ne consiste pas nécessairement à accroître indéfiniment la quantité de travail humain ; elle peut aussi résider dans une transformation de sa productivité. Le vieillissement peut devenir un moteur d’investissement technologique. Le Japon en offre l’exemple le plus frappant, mais la Corée du Sud et, dans une configuration différente, Taïwan montrent également comment une contrainte démographique peut s’accompagner d’une montée en gamme technologique. 

L’intelligence artificielle élargit désormais considérablement cette perspective. Elle peut compléter le travail humain dans les secteurs administratif, médical, industriel ou celui des services, et permettre d’absorber une partie des effets du vieillissement sans pour autant réduire proportionnellement la capacité productive. Le vieillissement peut ainsi constituer, simultanément, une contrainte démographique et un marché industriel : robotique d’assistance, santé numérique, dispositifs médicaux, mobilité, habitat adapté ou services à la personne. Toutefois, la technologie ne compense la baisse du volume de travail que si l’investissement, les compétences et l’organisation productive permettent de transformer les gains de productivité potentiels en production réelle.

 B. Répartition, assurance et capitalisation : le paradoxe de l’épargne française 

 La capitalisation ne constitue pas, à elle seule, une réponse au vieillissement. Les retraités de demain devront, en effet, consommer des biens et des services produits demain. Elle permet toutefois d’ajouter, au financement actuel des retraites, un stock d’actifs constitué au cours des décennies précédentes. 

Le système par répartition organise principalement un transfert de ressources entre générations à un instant donné ; la capitalisation organise, elle, une accumulation de richesse destinée à générer des revenus futurs. Dans une économie vieillissante, les deux mécanismes peuvent donc être perçus comme complémentaires. 

La France dispose d’une épargne importante. L’enjeu n’est pas tant d’épargner davantage que d’orienter une partie de cette épargne vers des capitaux de long terme, notamment au profit des entreprises, de l’innovation et des infrastructures. 

 La politique des retraites rejoint alors la politique industrielle : l’épargne de long terme peut contribuer à financer les technologies dont une économie vieillissante aura précisément besoin pour maintenir son niveau de production. 

C. De la réforme des retraites à une politique économique du cycle de vie 

 Une politique française de long terme pourrait ainsi articuler plusieurs dimensions : allonger les carrières lorsque cela est possible ; accroître l’emploi des seniors ; augmenter le volume de travail global lorsque les conditions économiques et sociales le permettent ; accélérer les investissements dans la robotique et l’intelligence artificielle ; transformer le vieillissement en un marché propice à l’innovation et à l’exportation ; et, enfin, développer l’épargne de long terme et les mécanismes de capitalisation en complément du système par répartition. 

L’expérience allemande souligne l’importance d’allonger réellement les carrières et de favoriser l’emploi des personnes âgées ; les expériences japonaise et sud-coréenne montrent, quant à elles, comment les contraintes démographiques peuvent stimuler l’automatisation et créer de nouveaux marchés technologiques. Ces expériences ne constituent pas des modèles transposables tels quels à la France ; elles permettent plutôt d’identifier des leviers susceptibles d’être combinés. 

Encadré 1 

Quels axes envisager pour une nouvelle politique française des retraites après 2027 ? 

 Une stratégie française pourrait viser un nouvel équilibre entre six dimensions : travailler plus longtemps lorsque cela est possible ; maintenir les seniors dans l’emploi ; accroître le volume global de travail ; investir davantage dans la robotique et l’intelligence artificielle ; transformer le vieillissement en un marché industriel et technologique ; et développer l’épargne de long terme en complément du système par répartition. L’enjeu ne consisterait pas à substituer un modèle étranger au modèle français, mais à adapter l’économie française à une situation désormais durable : une population qui vit plus longtemps et dont la part des personnes âgées augmente. La retraite cesse alors d’être le simple aboutissement d’une carrière ; elle devient l’un des paramètres d’une politique économique axée sur le cycle de vie, articulant travail, capital, technologie, industrie et solidarité entre les générations.

 L’allongement de la vie active influe sur les flux de travail et de cotisations ; la capitalisation affecte le stock de richesse ; la robotisation et l’intelligence artificielle ont une incidence sur la productivité du travail ; enfin, la politique industrielle détermine la capacité de l’économie à transformer ces facteurs en production et en revenus. 

Conclusion 

 Le vieillissement démographique ne se limite pas à la question des retraites. Il transforme les conditions dans lesquelles les sociétés produisent, travaillent, épargnent et organisent la solidarité entre les générations. 

 Depuis 2001, les grandes économies ont apporté des réponses variées. Certaines favorisent davantage la prolongation de la vie active et l’emploi des seniors ; d’autres diversifient les sources de financement des retraites. Le Japon, la Corée du Sud et Taïwan ont, quant à eux, fait de la robotisation et de l’innovation technologique des leviers d’adaptation à la relative pénurie de main-d’œuvre. L’Allemagne, pour sa part, illustre l’importance croissante accordée à l’allongement effectif de la durée de vie professionnelle.¹⁵ 

 La France se trouve confrontée à une équation particulière. Si sa productivité horaire demeure élevée, son volume de travail global et le taux d’emploi des seniors restent relativement faibles, tandis que les dépenses publiques consacrées aux retraites figurent parmi les plus élevées de l’OCDE. À long terme, le problème ne saurait donc être résolu en agissant sur une seule variable : ni l’âge légal de départ à la retraite, ni le niveau des pensions, ni les cotisations, ni même la capitalisation ne peuvent, pris isolément, absorber l’intégralité du choc démographique. 

Trois leviers apparaissent complémentaires. Le premier concerne la durée et le volume de travail, en prolongeant la vie active là où cela est possible et en exploitant mieux le potentiel des seniors. Le deuxième porte sur la productivité, grâce au capital, à l’innovation, à la robotisation et à l’intelligence artificielle. Le troisième réside dans la diversification du financement, le système par répartition étant complété par des mécanismes d’assurance et d’épargne à long terme. 

 La politique des retraites ne peut donc être durablement dissociée d’une politique du travail, de la productivité et de la capacité productive nationale. L’enjeu ultime ne consiste pas seulement à déterminer comment répartir, à l’avenir, une richesse donnée entre actifs et retraités. Il s’agit de définir quel modèle économique bâtir pour être en mesure de produire et d’accumuler suffisamment au sein d’une société où l’espérance de vie s’allonge. 

 C’est en ce sens que la question des retraites devient un enjeu géopolitique : derrière l’âge de départ à la retraite et le financement des pensions se joue la capacité des grandes économies à adapter leur modèle productif aux nouvelles dynamiques liant démographie, travail, capital et technologie.

 

François Souty 

François Souty est Président exécutif du Cabinet LRACG Conseil en stratégies européennes et droit de la concurrence, enseignant à Excelia Business School (La Rochelle-Tours-Cachan), à l’Université Catholique de l’Ouest (Niort) et chargé d’enseignements à la Faculté de Droit de l’Université de Nantes. Auparavant Expert National Détaché auprès de la Commission Européenne (rapporteur antitrust sur les marchés financier de 2018 à 2021 et chargé d’affaires internationales de concurrence à la DG Concurrence de 2021 à 2024), il a été conseiller économique européen pour la politique de la concurrence auprès du gouvernement de Géorgie à Tbilisi en 2017-2018. Longtemps Directeur départemental de la DGCCRF au ministère de l’Économie et des Finances (1982 à 2024), il a été également professeur-associé à l’Université de La Rochelle (1996-2018). Membre des comités d’experts de la concurrence de l’OCDE et de la CNUCED de 1992 à 2018, il a participé aux travaux de l’OMC sur le commerce international et la politique de la concurrence de 1997 à 2004. Un des fondateurs du Cercle Jefferson, du Cercle K2, de la revue Concurrences en 2004, il est auteur d’une douzaine de livres ou rapports internationaux et de plus d’une centaine d’articles académiques en droit et politique de la concurrence et en histoire économique. Il prépare actuellement la 5e édition de «Droit et politique de la concurrence de l’Union Européenne »  chez LGDJ-Montchrestien (coll. Clefs). Il est auteur d’une thèse de doctorat en histoire économique à l’Université de Paris III sur les monopoles des Compagnies des Indes néerlandaises au XVIIIe siècle. François Souty est Officier de l’Ordre National du Mérite.

APPENDICES

Annex 1 — Ageing, employment of older workers and the normal retirement age: key international benchmarks

Country / Area 65+/20-64 Report, 2025 Employment 60-64 years, 2024 Normal retirement age, 2024
France ~34% < 45% 64.3 years
Germany ~36% ~65% 66.2 years
Italy ~41% ~45% 67 years old
Spain ~33% ~55% 65 years old
Netherlands ~33% ~70% 67 years old
Poland ~32% ~40% 65 years old M / 60 years old F
United States ~28% ~60% 66.7 years
Canada ~31% ~55% 65 years old
Japan ~52% > 70% 65 years old
South Korea ~30% ~70% 63 years old
OECD 33 % 56,5 % 64.7 years M / 63.9 years F

Sources: OECD, Pensions at a Glance 2025; OECD, Employment Outlook; national statistics where necessary. Employment data should be read as comparative orders of magnitude, taking into account the differences in the definition and structure of labour markets.

Appendix 2 — Annual volume of work and productivity: the French paradox

Country Hours Worked Per Person per Year (2024) Synthetic reading
France 1,509 h High hourly productivity, relatively low volume of work
Germany 1,334 h Low annual duration, but more developed employment of seniors
Netherlands ~1,430 h Very important part-time work
Japan 1,617 hrs Higher volume of work than France and Germany
United States 1,796 h High volume of work much higher than in France and Germany and high capital accumulation
South Korea 1,865 h Very high annual volume, much higher than in France and Germany, and high automation
OECD ~1,742 h International reference

Sources: OECD, Hours worked and GDP per hour worked, 2024 data.

 

  • ECONOMY – LESSONS FROM A GEOPOLITICS OF PENSIONS AND OPTIONS FOR 2027 IN France – Work, ageing, career length and industrial strategy: Adaptation of Major Economies
  • DÉCRYPTAGE – France : Le réarmement qui dévore l’État social
  • TRIBUNE – Faire de vraies économies ? Mais, vous n’y pensez pas, grand fou !
  • ÉCONOMIE – Leçons stratégiques d’une géopolitique des retraites et options de réformes pour 2027 –
  • ÉCONOMIE – Leçons stratégiques d’une géopolitique des retraites et options de réformes pour 2027
  •  NOTES 

    1. OCDE, *Pensions at a Glance 2025 : OECD and G20 Indicators*, Paris, Éditions de l’OCDE, 2025, 248 p., chap. 1, « Réformes récentes des systèmes de retraite », section « Vieillissement de la population ». L’OCDE note que le rapport entre la population âgée de 65 ans et plus et la population âgée de 20 à 64 ans est passé de 22 % en 2000 à 33 % en 2025, et qu’il devrait atteindre 52 % en 2050. 

    2. OCDE, *Pensions at a Glance 2025*, op. cit., 248 p., chap. 8, « Finances des systèmes de retraite », section « Dépenses publiques consacrées aux retraites ». Les dépenses publiques consacrées aux retraites s’élèvent à 13,4 % du PIB en France et à 10,8 % en Allemagne, contre 8,1 % en moyenne dans les pays de l’OCDE, selon les séries statistiques comparables utilisées. 

     3. OCDE, *Pensions at a Glance 2025*, op. cit., 248 p., chap. 1, « Réformes récentes des systèmes de retraite », section « Vieillissement de la population ». L’OCDE prévoit notamment une diminution de la population en âge de travailler au cours des prochaines décennies, avec des contractions particulièrement marquées dans plusieurs économies confrontées au vieillissement démographique. 

     4. OCDE, *Pensions at a Glance 2025*, op. cit., 248 p., indicateurs relatifs à l’emploi des travailleurs âgés ; OCDE, *OECD Employment Outlook 2025*, Paris, Éditions de l’OCDE, 2025, 274 p., en particulier le chapitre 2, consacré aux transformations démographiques, à l’activité des personnes âgées et aux enjeux liés à la productivité. 

    5. OCDE, « Heures travaillées » et « PIB par heure travaillée », statistiques comparatives, données 2024. Pour les comparaisons internationales du temps de travail et de la productivité horaire, il convient de se référer aux séries statistiques correspondantes ainsi qu’aux notes méthodologiques de l’OCDE. Les écarts observés doivent être interprétés avec prudence, compte tenu des différences dans les méthodes statistiques et les structures de l’emploi.  

    6. Charles Raffin et Hatice Yildiz, « Depuis 1975, le temps de travail annuel a baissé de 350 heures, mais avec des horaires moins réguliers et plus contrôlés », Insee Première, n° 1749, 19 novembre 2019, 4 p., en particulier pp. 1-2. Les auteurs estiment qu’entre 2000 et 2003, période correspondant à la mise en place des 35 heures, la réduction du temps de travail des salariés à temps plein a représenté environ 125 heures par an en moyenne. 

     7. OCDE, *Pensions at a Glance 2025*, op. cit., 248 p., chap. 3, « Current retirement ages », section « Normal retirement age ». L’OCDE définit l’âge normal de départ à la retraite comme l’âge auquel une personne peut prendre sa retraite sans pénalité, sur la base d’une carrière complète débutant à 22 ans ; cette définition explique certains écarts par rapport à l’âge légal couramment évoqué dans les débats nationaux.

     8. OCDE, Regards sur les retraites 2025, op. cit., 248 p., chap. 3, « Âges futurs de la retraite », section « Principaux résultats ». L’OCDE relève que plusieurs pays ont prévu des mécanismes d’évolution de l’âge de retraite et que les âges futurs peuvent atteindre ou dépasser 70 ans dans certaines configurations. 

     9. OCDE, Regards sur les pensions 2025 : Allemagne, Paris, Éditions OCDE, 2025, Fiche d'information nationale « Allemagne », spec. section sur les perspectives concernant l’âge de la retraite et l’évolution de l’espérance de vie. 

     10. OCDE, Regards sur les retraites 2025, op. cit., 248 p., chap. 8, « Finances des systèmes de retraite », sections « Dépenses publiques en matière de retraites » et « Projections à long terme des dépenses publiques de retraite ». 

     11. Olivier Pérou et Nathalie Segaunes, « Réforme des retraites : comment Sébastien Lecornu s'est converti à la suspension pour obtenir la bienveillance des socialistes », Le Monde, 15 octobre 2025 ; Financial Times, « French PM to freeze Emmanuel Macron’s retraite reform Until 2027 », 14 octobre 2025. Le Financial Times confirme le coût annoncé de 400 millions d’euros en 2026 et de 1,8 milliard d’euros en 2027 et lie explicitement la suspension aux négociations parlementaires sur le budget 2026. 

     12. « Âge légal, carrières longues… Ce qu'implique concrètement la suspension de la réforme des retraites », Le Figaro, 8 octobre 2025 ; Bertrand Bissel et Thibaud Métais, « Âge de départ, durée de cotisation, budget… Ce que changer la suspension de la réforme des retraites », Le Monde, 15 octobre 2025 ; Service-Public.fr, « Suspension de la réforme des retraites : qui est concerné ? », Mise à jour 2026. Ces sources permettent de distinguer le retard dans la montée en puissance de la réforme de 2023 d'un retour général et immédiat à l'âge légal de 62 ans. 

    13. Bertrand Bissel, « Le gouvernement veut économiser 6 milliards d'euros sur les retraites en 2027 », Le Monde, 11 septembre 2026 ; Sébastien Lecornu, entretien au Figaro, 17 septembre 2026 ; Financial Times, « La France cherche à freiner les retraites et les salaires de l'État en 2027 », 1er octobre 2026. Le gouvernement a annoncé un effort demandé aux retraités de moins de 6 milliards d'euros en 2027, dont les modalités devaient inclure la désindexation partielle des retraites (au-delà d'un plancher d'environ 2 000 € par mois) ou l'abattement fiscal de 10 % ; le Financial Times place cette mesure dans le programme global de réduction du déficit public. 

     14. « Retraites : ce que contient la lettre rectificative, qui prévoit la suspension de la réforme », Le Monde, 23 octobre 2025. Le fardeau de la suspension, initialement estimé à 1,8 milliard d'euros en 2027, a ensuite été réévalué à 1,4 milliard d'euros dans la lettre rectificative au projet de loi de financement de la Sécurité sociale. 

     15. OCDE, Regards sur les retraites 2025, op. cit., 248 p., chap. 3, « Âges actuels de la retraite » et « Âges futurs de la retraite », ainsi que les fiches nationales de l'Allemagne, du Japon, de la Corée et des États-Unis. L'étude comparative met en évidence la diversité des combinaisons entre âge de la retraite, emploi des seniors, prévoyance professionnelle et épargne. 

     16. OCDE, Regards sur les retraites 2025, op. cit., 248 p., chap. 2, « Systèmes de retraite et financement des retraites ». La distinction entre régimes par répartition et régimes par capitalisation ne supprime pas la contrainte économique fondamentale : les biens et services consommés par les retraités doivent être produits au moment de la consommation. 

     17. OCDE, Perspectives de l'emploi de l'OCDE 2025, Paris, Éditions OCDE, 2025, y compris la section sur l'intelligence artificielle, la productivité et le vieillissement. L'OCDE souligne que l'IA peut contribuer à prolonger les carrières en réduisant certaines contraintes physiques et en améliorant les conditions de travail des travailleurs âgés, mais que les gains de productivité dépendent de la diffusion efficace de la technologie, des investissements, des compétences et de l'organisation des entreprises.

     https://lediplomate.media/economy-lessons-from-geopolitics-of-pensions-2/?

     

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    B) - Passer de la retraite par répartition à la retraite par capitalisation

    C) - POURQUOI LA CAPITALISATION

    D) - Prolétaires de tous les pays, capitalisez !

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    F) - Divers liens sur ce thème... Dossier complet 

    Dossier "Retraite" avec Lemennicier, Salin, Contrepoints, Wikiberal, Libertarian TV

     
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