A) - Le marché mondial du pétrole commence à se fissurer
B) - 300 000 tonnes immédiatement
Trump annonce un accord sur le diesel avec Poutine – le gouvernement américain assouplit les sanctions
C) - Le prix des carburants, épreuve de vérité de la présidentielle ?
D) - Pétrole français : Pendant que Paris s’interdit de chercher, nos voisins forent à nos portes
E) - La Chine, véritable arbitre du pétrole mondial ?
A) - LE MARCHÉ MONDIAL DU PÉTROLE COMMENCE À SE FISSURER
Regardez simultanément trois événements.
Trump ouvre temporairement la porte au diesel russe pour faire baisser les prix américains.
L’Arabie saoudite casse son prix vers l’Asie :
Arab Light : -5 $/baril sous Oman/Dubai. Mais relève dans le même temps ses prix vers l’Europe.
Et les coûts de transport vers l’Asie explosent.
Ce ne sont pas trois histoires différentes. C’est le même marché qui change de nature.
Pendant trente ans, nous avons pris l’habitude de penser : un baril = un prix mondial.
Brent.WTI. Dubai. Puis arbitrage.
Cette représentation devient trop simple.
Le véritable prix d’un baril ressemble désormais davantage à :
**benchmark qualité OSP du producteur fret
assurance de guerre sanctions détroits pipelines
disponibilité des tankers risque politique.**
Résultat : le même pétrole peut devenir bon marché pour Pékin…cher pour l’Europe…et temporairement « autorisé » pour Washington.
L’accord diesel Trump-Poutine est particulièrement révélateur.
Hier : le diesel russe était sanctionné parce qu’il finançait Moscou.
Aujourd’hui : Washington assouplit temporairement ces sanctions parce que le consommateur américain a besoin de carburant moins cher.
Ce n’est pas encore une grande alliance Washington-Moscou. C’est peut-être quelque chose de plus instructif : la sanction elle-même devient une variable du prix.
Et l’Arabie saoudite fait exactement la même chose avec un autre levier.
Elle ne contrôle pas le Brent. Mais elle peut décider :
Asie : je décote pour défendre mes volumes.
Europe : je facture davantage.
( Je viens de conclure une discussion très fructueuse avec le président russe Vladimir Poutine, au cours de laquelle il a été convenu que la Russie fournirait immédiatement plus de 300 000 tonnes de carburant diesel au marché américain et mondial, 500 000 tonnes supplémentaires au cours du mois de novembre et 1 000 000 tonnes immédiatement après.De plus, en fonction de l'état de ses raffineries de diesel, la Russie livrera, dans un court laps de temps, 3 000 000 de tonnes de carburant diesel.Entre notre CONTRÔLE TOTAL du détroit d'Ormuz et cette grande annonce sur l'énergie russe, les prix du diesel pour les Américains et, bien sûr, pour le monde, vont BAISSER, EN NOMBRE RECORD, ET RAPIDEMENT !La baisse des prix pour les Américains, en particulier nos grands agriculteurs, éleveurs et camionneurs, est ma plus grande priorité.Il s’agit d’une annonce très importante.De plus, il faut comprendre que l’Iran n’aura pas d’arme nucléaire !Merci de l'attention que vous portez à cette question.Président DONALD J. TRUMP
( TS : 9 octobre 2026, 14 h 46 HE ))
Le producteur recommence donc à choisir où il veut vendre et à quel prix relatif.
Ajoutez les navires. Les détroits. Les pipelines. Les guerres. Les guerres. Les raffineries endommagées.
Et le pétrole retrouve ce que la financiarisation nous avait fait oublier : une géographie.
Voilà la vraie rupture.
Nous ne retournons pas aux années 1970. Nous entrons dans un marché pétrolier post-globalisation.
Le benchmark reste mondial. Mais le baril devient :
régional, logistique, sanctionnable et géopolitique.
Et lorsque la logistique devient rare, le pouvoir revient à celui qui contrôle : la ressource la raffinerie le navire le détroit le pipeline et l’autorisation de commercer.
Le marché croyait fixer le prix du pétrole.
Le réel est en train de rappeler que le prix commence par la capacité à livrer le baril.
Si le marché devient plus fragmenté, les États-Unis peuvent exercer leur puissance sur : sanctions,
assurance maritime, financement, dollar, flottes,
détroits, alliés producteurs, routes énergétiques,
accès au marché américain.
Et parallèlement, Riyad peut décider : « Je veux garder le raffineur chinois : je lui donne -5 $. »
Moscou peut décider : « Je dois écouler mes barils malgré les sanctions : je décote. »
Washington peut décider : « J’ai besoin de diesel russe pendant six mois : j’ouvre temporairement une fenêtre de sanctions. »
Et cela rejoint directement notre Temps des Réalités : lorsque la logistique physique redevient rare, la géographie reprend du pouvoir sur la finance.
OPEP+ vient d’ailleurs de maintenir ses quotas de novembre inchangés alors même que plusieurs producteurs du Golfe restent physiquement incapables d’atteindre leurs quotas en raison des perturbations régionales. Le quota officiel perd alors une partie de son importance face à la question beaucoup plus élémentaire : combien de barils pouvez-vous réellement sortir, transporter et livrer ?
LE VRAI SECRET DE L’ACCORD DIESEL TRUMP–POUTINE N’EST PEUT-ÊTRE PAS LE DIESEL. C’EST SON PAIEMENT.
Tout le monde regarde les volumes.
300 000 tonnes immédiatement.
500 000 tonnes ensuite.
1 million. Puis potentiellement 3 millions supplémentaires.
Mais presque personne ne pose la question essentielle :
COMMENT LA RUSSIE VA-T-ELLE ÊTRE PAYÉE ?
Flash-back 2022.
Après les sanctions occidentales, Moscou exige que les acheteurs de gaz des pays « hostiles » règlent en roubles.
Dans la pratique, euros et dollars pouvaient être déposés chez Gazprombank puis convertis en roubles.
Au même moment, la Banque centrale russe fixe temporairement un prix d’achat de l’or à 5 000 roubles le gramme.
Ce n’était pas un véritable étalon-or.
Mais le message était clair : sanctions financières occidentales → tentative russe de reconnecter énergie, rouble et actifs réels.
Nous voici quatre ans plus tard.
Washington autorise à nouveau temporairement l’achat de diesel russe. Mais les modalités financières de l’accord Trump-Poutine restent inconnues.
Et c’est peut-être là que se cache l’information la plus importante.
Paiement en dollars ?
Conversion dollars → roubles ?
Banque intermédiaire ?
Dirhams ?
Yuan ?
Compensation ?
Autre mécanisme ?
Petit exercice intellectuel.
À environ 5 $ le gallon, les 4,8 millions de tonnes annoncées représenteraient une contre-valeur proche de 56 tonnes d’or aux cours actuels.
Cela ne signifie évidemment PAS que Trump va vider Fort Knox pour payer Poutine. Mais cela permet de comprendre l’échelle monétaire de l’accord.
Et surtout le paradoxe.
En 2022 : Washington voulait couper Moscou du dollar.
En 2026 : Washington veut acheter du carburant russe.
Il faut donc nécessairement recréer quelque part une plomberie financière permettant : diesel russe → paiement → système bancaire → Russie.
Voilà le véritable sujet.
Car un marché énergétique fragmenté ne se fragmente pas seulement par : les sanctions, les détroits, les tankers, les assurances, les OSP.
Il se fragmente aussi par : LA MONNAIE.
Le pétrole post-globalisation pourrait donc avoir non seulement plusieurs prix selon la destination…mais également plusieurs systèmes de règlement selon l’alignement géopolitique.
Et si Moscou obtenait ne serait-ce qu’une forme de règlement en roubles, ou via un mécanisme échappant partiellement au dollar, l’accord prendrait une dimension beaucoup plus importante que quelques millions de tonnes de diesel.
Le signal à surveiller n’est donc plus le prochain tanker.
C’est : LA DEVISE. LA BANQUE. LE CIRCUIT DE PAIEMENT.
Parce que celui qui contrôle la ressource possède une puissance. Celui qui contrôle son prix en possède une deuxième. Et celui qui impose la monnaie dans laquelle elle se règle commence à contrôler le système.
B) - 300 000 tonnes immédiatement
Trump annonce un accord sur le diesel avec Poutine – le gouvernement américain assouplit les sanctions
À la suite d'un entretien avec Vladimir Poutine, Donald Trump annonce la mise sur le marché américain et mondial d'importantes quantités de diesel russe, et ce, malgré les sanctions en vigueur.L'Ukraine réagit avec indignation, tandis que l'Australie prend ses distances.
Après une conversation avec le président russe Vladimir Poutine, le président américain Donald Trump a promis des centaines de milliers de tonnes de diesel en provenance de Russie.Trump a annoncé sur sa plateforme Truth Social qu'il avait convenu avec le président russe que plus de 300 000 tonnes de diesel seraient mises à disposition « immédiatement » pour les États-Unis et le marché mondial.
Un demi-million de tonnes supplémentaires de diesel devraient être libérées courant novembre et un million de tonnes « immédiatement après ».«En fonction de l'état de ses raffineries de diesel», la Russie souhaite également livrer trois millions de tonnes de diesel dans un court laps de temps.Trump n’a pas initialement précisé les délais pour cela.
La Russie est contente, l’Ukraine est indignée, l’Australie est distante
Le Kremlin a confirmé l'accord."Au cours de la discussion sur la situation du marché mondial de l'énergie, la partie russe a confirmé sa volonté de fournir du pétrole et des produits pétroliers aux marchés américain et mondial", indique le communiqué écrit de Poutine.Cela aura un impact positif sur « l’ensemble de l’économie mondiale ».
Lors de l’entretien téléphonique avec Trump, il a été question à la fois de la guerre en Ukraine déclenchée par la Russie et de la situation autour de l’Iran.
De vives critiques ont cependant été formulées par le président ukrainien Volodymyr Zelensky : « Permettre à la Russie de vendre des produits pétroliers est un investissement dans la guerre (contre l’Ukraine), à laquelle il faut mettre fin et non prolonger », a-t-il écrit sur Telegram.Moscou vous remerciera avec encore « de la terreur et de la méchanceté ».
Dans une interview accordée au portail d’information américain « Axios », Zelenskyj a intensifié ses critiques.L’accord n’était « ni juste ni honnête », a-t-il déclaré.Il était particulièrement ennuyé par le fait que les envoyés de Trump, Steve Witkoff et Jared Kushner, négociaient avec les négociateurs ukrainiens à Miami sur une éventuelle fin de la guerre parallèlement à l'accord avec Poutine.Il n’y a aucune mention de l’accord prévu sur le diesel.
Lire aussi
ANCHORAGE, ALASKA - 15 AOÛT : le président américain Donald Trump (à droite) salue le président russe Vladimir Poutine alors qu'il arrive à la base commune Elmendorf-Richardson le 15 août 2025 à Anchorage, en Alaska.Les deux dirigeants se réunissent pour des négociations de paix visant à mettre fin à la guerre en Ukraine.(Photo par Andrew Harnik/Getty Images)
Changement de stratégie
« Jalon dans la transition mondiale du pouvoir » – Comment la guerre en Iran change la politique de Poutine
Les démocrates ont également critiqué l’accord.Gregory Meeks, membre le plus haut placé du parti à la commission des affaires étrangères de la Chambre des représentants, a déclaré à propos de la loi de sanctions récemment adoptée contre la Russie : « Quelques semaines après avoir signé une loi imposant des sanctions aux acheteurs d'énergie russe, Trump annonce que les États-Unis l'achèteront ».Il condamne ce changement de cap.
Les premières réactions des pays partenaires des États-Unis ont également été prudentes.
L’Australie, par exemple, a déclaré qu’elle n’était pas dépendante des importations de carburant en provenance de Russie ;En outre, il a été déclaré que les achats à partir de là-bas restaient interdits afin que le pays ne profite pas de l'invasion de l'Ukraine.
"Nous n'avons pas besoin ni ne voulons du carburant russe en Australie", a déclaré Chris Bowen, ministre australien du changement climatique et de l'énergie, lors d'une conférence de presse à l'ouest de Sydney samedi."Nous ne voulons pas que Vladimir Poutine profite de cette guerre au Moyen-Orient.
Ce que font les Etats-Unis, ce sont leurs affaires, mais nous ne changerons pas notre position."
Le Trésor américain autorise temporairement les importations de diesel russe
En raison des sanctions existantes contre la Russie, le Département du Trésor américain a délivré une autorisation temporaire pour l'accord conclu avec Poutine.Celui-ci autorise la vente, la livraison, le déchargement et l'importation de diesel en provenance de Russie jusqu'au 7 avril 2027.
Le vice-Premier ministre russe Alexander Nowak a annoncé la levée immédiate de l'interdiction actuelle des exportations de diesel dans son pays.Il a promis d'exporter 300 000 tonnes de diesel en octobre, a rapporté l'agence de presse officielle Tass.500 000 et 1 000 000 tonnes supplémentaires de diesel pourraient suivre en novembre et décembre.Toutefois, cela dépend des réparations des raffineries endommagées par les attaques de drones ukrainiens.
L'année dernière, la production mensuelle de diesel de la Russie était d'environ sept millions de tonnes.Depuis, les capacités ont été réduites de moitié.
Selon l'Administration américaine de l'énergie (EIA), la consommation de diesel et d'autres carburants distillés aux États-Unis s'élève actuellement en moyenne à environ 3,77 millions de barils par jour.Cela correspond à l'équivalent d'environ 500 000 tonnes.Une quantité de 300 000 tonnes couvrirait théoriquement la consommation américaine pendant 14 bonnes heures.
La hausse des prix du carburant exerce une pression sur Trump et les Républicains
Trump fait face à des pressions accrues dans son propre pays les prix des carburants sont sous pression à l'approche des élections de mi-mandat cruciales qui se tiendront dans moins d'un mois.Récemment, les Républicains ont également attribué, de manière inhabituellement explicite, la responsabilité de la cherté des prix à la guerre contre l'Iran.
De son côté, Trump a passé ces dernières semaines à reprocher au président ukrainien Volodymyr Zelensky la pénurie mondiale de diesel et à l'exhorter à cesser les attaques contre les raffineries russes.« Il doit arrêter de paralyser l'approvisionnement en diesel en Russie », a déclaré Trump aux journalistes vers la mi-septembre, depuis son complexe de luxe de Doonbeg, sur la côte ouest de l'Irlande.
Ce faisant, le président américain cherchait à détourner l'attention de l'impact de sa guerre contre l'Iran et de la situation précaire dans le détroit d'Ormuz.
« Ce n'est pas à cause du Moyen-Orient ; c'est à cause des événements en Russie et en Ukraine », a-t-il affirmé au sujet de la pénurie de diesel.Il a précisé que les États-Unis avaient déjà discuté de cette question avec Zelensky.« Il y a plein d'autres cibles. Il ne devrait pas s'attaquer aux installations liées au diesel, car cela nuit au monde entier.»
Le conflit — en particulier au début de la guerre d'agression menée par la Russie contre l'Ukraine il y a plus de quatre ans et demi — a entraîné une hausse significative des prix de l'énergie à l'échelle mondiale.
Ces derniers mois, l'Ukraine a intensifié ses attaques contre les installations de l'industrie pétrolière russe, et les conséquences s'y font clairement sentir.
Zelensky a réitéré la volonté de l'Ukraine de suspendre les attaques contre les raffineries russes si, en contrepartie, la Russie cesse de frapper les infrastructures énergétiques ukrainiennes.« Nous venons de proposer un tel accord à l'Amérique et nous pensons que les États-Unis disposent d'un levier suffisant pour parvenir à un tel compromis », a écrit le chef de l'État.Il a ajouté qu'un allègement des sanctions contre la Russie constituerait un signe de « faiblesse évidente » et amènerait la Russie à prendre encore moins au sérieux les États-Unis.dpa/Bloomberg/ceb/gold/krott
C) - Le prix des carburants, épreuve de vérité de la présidentielle ?
La hausse des prix des carburants et plus généralement de l’énergie vient non seulement percuter la préparation du budget 2027, exercice déjà très difficile, mais de facto aussi la campagne présidentielle. C’est un défi ultime, à sept mois du scrutin, lancé à notre système politico administratif actuel – et aux partis dits de gouvernement : est-il, sont-ils encore capables de répondre aux attentes légitimes d’une majorité de Français ?
On connait les données du problème : la guerre catastrophique entre les Etats Unis et l’Iran dans le détroit d’Ormuz, mais aussi la guerre en Ukraine, poussent les prix des carburants à la hausse partout dans le monde et en particulier en Europe. Ces prix atteignent désormais des niveaux bien supérieurs à ce qu’ils étaient au moment du mouvement des Gilets Jaunes fin 2018 ; ils sont en France parmi les plus élevés d’Europe (avec l’Allemagne et les Pays-Bas), poussés par une fiscalité française sur les carburants, elle aussi parmi les plus élevées d’Europe.
Dans notre pays, trois actifs disposant d’un emploi sur quatre, dit l’Insee, utilisent une voiture ou une fourgonnette pour aller travailler et 63% des Français jugent la voiture indispensable pour leur vie de tous les jours. Vivre à Paris, ou dans les plus grandes métropoles françaises, faussent en effet la perspective sur la vie quotidienne du reste du pays, là où il n’y pas beaucoup, sinon pas du tout, d’alternative à la voiture.
C’est d’autant plus vrai que toujours selon l’INSEE, début 2024, 21,4% de la population disait finir le mois, « difficilement ou très difficilement », auquel il faut y ajouter 20% qui disaient le finir « assez difficilement ». Bref la France active, qui a un emploi, la France populaire et moyenne, qui a dû aller à la périphérie des métropoles pour accéder à la propriété, et est obligée souvent d’utiliser deux voitures au sein d’un couple pour travailler – ce qu’on nomme la « périurbanisation » du pays – cette France-là est percutée de plein fouet par une augmentation massive du prix des carburants. Ceux qui étaient déjà dans le rouge s’y enfoncent ; ceux qui bouclaient à peu près leurs mois y basculent, et ceux qui dégageaient une petite marge pour le plaisir de vivre, la voit se réduire en peau de chagrin. Et le matelas d’épargne de précaution, dans ces catégories de la population, n’est pas considérable.
C’est le premier véritable événement de cette année présidentielle, un de ceux de ceux dont les sociologues disent qu’ils peuvent avoir un effet agenda sur les préoccupations des électeurs, sur les enjeux dont ils investissent l’élection décisive, et partant sur leurs choix électoraux – la guerre en Ukraine eut cette effet-là dans la campagne 2022, écrasant tous les autres sujets. Le pouvoir d’achat était déjà en tête des « préoccupations » des sondés en cette rentrée : il risque de l’être plus encore, au point que la sécurité économique et sociale face aux dérèglements du monde, la capacité de protection du Politique à l’égard de « la France des travailleurs » – là où Marine Le Pen a convaincu déjà nombre d’électeurs – influent lourdement sur la campagne. D’autant qu’il n’y a guère d’espoir, dans les prochains mois, que les prix refluent…
Emmanuel Macron a souligné lors de sa prise de parole après la réunion avec les partis et candidats jeudi dernier, que l’État n’était pour rien dans cette augmentation délétère, due à des circonstances géopolitiques dans laquelle la France n’est pas engagée. C’est tout à fait juste, mais notoirement insuffisant, car le Président actuel semblait suggérer ainsi que l’État n’avait pas à se mobiliser, et son budget avec, pour soutenir le pouvoir d’achat des Français. Voilà qui est bien plus discutable : la chute consécutive de la consommation à cette hausse des prix ( qui d’ailleurs commencent à gagner l’alimentaire), entraine déjà des pertes de recettes fiscales pour l’État, et risque d’affaiblir une conjoncture économique déjà très atone, avec d’autres pertes de recettes à l’horizon (la France a une des prévisions de croissance les plus faibles en 2027 dans la zone euro). De fait, les annonces gouvernementales d’hier après-midi ne mobilisent que 450 millions d’euros, à travers des dispositifs destinés à de mystérieux « gros rouleurs » (et les « moyens rouleurs » ?) qui impliquent des conditions de ressources et de trajet domicile- travail à produire à l’administration. Gageons que ce dispositif, étendu selon le gouvernement à 5 millions de personnes, sera au mieux insuffisant, s’il ne rate pas en bonne partie sa cible, par la complexité des procédures à produire pour en bénéficier. Et les effets de seuil inévitables attiseront autant les frustrations qu’ils apaiseront les difficultés de fins de mois. Bercy s’est spécialisé depuis des décennies dans la confection (parfaits au tableau noir) de tels dispositifs, lourds en réalité d’usines à gaz, censés dépensés l’argent public au plus juste, où bien des gouvernements, de tous bords, se sont perdus…
On comprend certes les raisons d’une telle pusillanimité gouvernementale : le budget de la nation est sous forte pression des marchés financiers, les taux auxquels l’État emprunte ne cesse d’augmenter, faisant peser le risque bien réel d’un effet « boule de neige » sur la charge de remboursement des intérêts de la dette publique. Dès lors annoncer des soutiens dispendieux aux automobilistes, alors qu’on a bien du mal à trouver les 54 milliard d’économies voulus par Sébastien Lecornu pour diminuer notre déficit, est en effet aventureux. De fait, on ne peut nier qu’une annonce plus massive de soutien, mais non financée, non gagée sur des économies ou des recettes nouvelles, comme se contentent trop souvent de le faire les oppositions – et certains prétendants à l’Élysée – n’est pas très responsable. Le « quoi qu’il en coûte » n’est plus de saison pour la France, s’il l’a jamais été.
Il faut se demander néanmoins si cette contradiction réelle, sur fond de « caisses vides », n’est pas une politique de Gribouille, de celles qui aggravent les problèmes, en prétendant y répondre. Risque d’aggravation des problèmes économiques d’abord, compte tenu du rôle central de la consommation dans notre activité, et partant, en cas de croissance zéro ou de récession, risque d’effondrement des recettes fiscales et de creusement des déficits publics – donc de crise financière. Risques de cohésion sociale aussi, même si les exercices de prévision de météo sociale sont souvent factices et que l’histoire sociale – celles des Gilets jaunes en l’occurrence – ne se répète jamais à l’identique. On ne peut exclure néanmoins qu’une étincelle quelconque allume un feu…
Mais risque politique et électoral patent et évident. Risque politique tout d’abord qu’il soit impossible d’adopter un budget en l’état, l’addition de la gauche et du RN pouvant rejeter une loi de finances – et renverser un gouvernement – qui iraient trop à l’encontre des attentes de l’opinion – on peut s’étonner, au passage, que la préparation gouvernementale de ce budget n’ait pas anticipé une telle situation, pourtant en partie prévisible.
Enfin risque électoral, en cette année présidentielle. Les « populismes » – utilisons ce terme faute de mieux – de gauche et de droite, LFI et RN pour ne pas les nommer, ont construit leur progression sur le vécu éprouvé de parts croissantes de la population que le « système politique » traditionnel n’était plus capable de répondre à leurs attentes, de protection ou de promotion de leur niveau ou de leur mode de vie. Le rejet du « système » serait renforcé par une impuissance de l’État, une de plus, à trouver une solution adéquate à la « multicrise » que traverse le pays, que la prix du carburant, demain du gaz, vient ébranler encore plus. Au point de fragiliser l’équilibre déjà très précaire des budgets des ménages d’une moitié du pays.
On peut certes critiquer les solutions avancées par ces partis et candidats – blocage des prix ou baisse massive de la fiscalité sur les carburants. Mais c’est une critique bien faible si on laisse des pans entiers du pays s’enfoncer dans la précarité. Les candidats réputés « raisonnables » devraient bien y réfléchir, s’ils veulent conserver une chance de ne pas être balayés, en mai prochain.
Philippe Guibert est consultant, enseignant et chroniqueur TV. Il a publié en 2024 Gulliver Enchainé, le déclin du chef politique en France (Cerf). Il a été directeur du service d information du gouvernement (SIG) et directeur de la communication dans diverses structures publiques. Il a dirigé la rédaction de la revue Medium de Régis Debray.
D) - Pétrole français : Pendant que Paris s’interdit de chercher, nos voisins forent à nos portes
La France importe toujours l’essentiel du pétrole et du gaz qu’elle consomme, mais elle a choisi depuis la loi du 30 décembre 2017 de mettre progressivement fin à la recherche et à l’exploitation des hydrocarbures sur son territoire et dans ses espaces maritimes. En ce 22 septembre 2026, le paradoxe prend une résonance toute particulière : les automobilistes français subissent de nouveau une flambée spectaculaire des carburants, tandis que les difficultés d’approvisionnement se multiplient dans les stations-service. Le gazole a atteint 2,39 euros le litre en moyenne et dépasse 2,80 euros dans certaines stations, frôlant même 2,90 euros localement ; le SP98 a dépassé 2,20 euros. Au 20 septembre, 15 % des stations françaises étaient en rupture d’au moins un carburant, contre 11 % deux jours auparavant. Le gouvernement récuse pour l’heure le terme de pénurie nationale et évoque notamment des difficultés logistiques, aggravées par l’afflux des automobilistes vers les stations TotalEnergies où les prix sont plafonnés. Mais l’épisode rappelle brutalement une réalité que l’on avait peut-être trop rapidement oubliée : le pétrole demeure une matière première stratégique et sa disponibilité comme son prix restent tributaires des crises internationales et des capacités d’approvisionnement.
Le paradoxe mérite donc aujourd’hui d’être rouvert. Au large de la Guyane, du pétrole a réellement été découvert en 2011, même si les forages suivants n’ont pas démontré l’existence d’un gisement commercialement exploitable. À Saint-Pierre-et-Miquelon, la ZEE française appartient à un bassin sédimentaire où les études publiques ont identifié un potentiel pétrolier et surtout gazier, sans qu’il soit possible, faute d’exploration suffisante, de transformer ce potentiel géologique en réserves prouvées. Quant au sous-sol métropolitain, les anciennes estimations américaines de gaz de schiste plaçaient la France parmi les pays européens les mieux dotés en ressources techniquement récupérables, alors même que la fracturation hydraulique y demeure interdite. Il faut donc commencer par écarter le slogan facile : personne ne peut sérieusement affirmer aujourd’hui que « la France regorge de pétrole ». Mais personne ne peut davantage prétendre savoir exactement ce qu’elle possède puisqu’elle a politiquement décidé de ne plus le rechercher. Dans un monde redevenu brutal, où l’énergie est revenue au cœur des rapports de puissance, où l’Europe a découvert avec la guerre en Ukraine le prix stratégique de ses dépendances et où la facture énergétique française représentait encore 45,8 milliards d’euros en 2025, cette ignorance volontaire constitue-t-elle toujours une politique raisonnable ? D’autant que nos voisins, eux, n’éprouvent manifestement pas les mêmes scrupules : le Guyana produit désormais plus de 900 000 barils par jour, le Suriname prépare son entrée dans le club des producteurs offshore et le Brésil explore sa marge équatoriale jusque dans les eaux situées au large de l’Amazonie. Autrement dit, pendant que la France s’interdit d’explorer son sous-sol marin, les États qui l’entourent recherchent, découvrent et exploiteront les hydrocarbures de la même grande façade géologique sud-américaine.
Guyane et Saint-Pierre-et-Miquelon : le pétrole français que nous ne connaîtrons peut-être jamais
Le cas guyanais est le plus spectaculaire parce qu’il oblige à distinguer le fantasme de la réalité géologique. Le 9 septembre 2011, le forage Zaedyus-1, réalisé à environ 150 kilomètres au nord-est de Cayenne, rencontre effectivement des hydrocarbures. Le puits traverse une zone pétrolifère de 72 mètres et fait alors naître des espoirs considérables. Shell, Total, Tullow Oil et leurs partenaires pensent avoir découvert l’équivalent sud-américain de certains grands systèmes pétroliers du golfe de Guinée. Les premières estimations sont impressionnantes : le Sénat évoquera quelques années plus tard une évaluation de l’ordre de 300 millions de barils pour Zaedyus, tandis que les estimations prospectives précédant le forage étaient montées jusqu’à 700 millions.
La suite impose cependant la prudence. Quatre forages conduits entre 2012 et 2013 ne confirment pas l’extension espérée du gisement. Total revient en 2018-2019 avec Nasua-1 et engage environ 100 millions d’euros dans cette ultime campagne ; le puits ne rencontre pas d’hydrocarbures commercialement exploitables et le groupe abandonne. Affirmer aujourd’hui qu’un immense gisement guyanais connu attend simplement qu’un gouvernement français vienne ouvrir le robinet serait donc faux.
Mais l’histoire devient beaucoup plus intéressante lorsqu’on élargit la carte. À l’ouest de la Guyane française, le Guyana est devenu en quelques années l’une des nouvelles frontières pétrolières les plus spectaculaires de la planète. Le bloc Stabroek exploité par le consortium emmené par ExxonMobil produit désormais plus de 900 000 barils par jour. Plus à l’est, le Suriname suit exactement la même direction. TotalEnergies, Staatsolie et APA développent le projet GranMorgu, représentant environ 12 milliards de dollars d’investissement, avec une première production prévue pour 2028. Depuis 2019, les découvertes réalisées dans les eaux surinamaises sont estimées à plus de 2,4 milliards de barils de pétrole et liquides et 12,5 trillions de pieds cubes de gaz. TotalEnergies prévoit encore de nouveaux forages exploratoires.
Et le mouvement ne s’arrête pas là. Plus au sud, le Brésil poursuit lui aussi l’exploration de sa marge équatoriale. Petrobras considère cette région comme l’une de ses principales nouvelles frontières pétrolières. Une découverte réalisée en 2026 au large de l’Amapá, près de l’embouchure de l’Amazone, doit encore être évaluée par plusieurs forages avant que sa rentabilité puisse être établie ; le président Lula l’a néanmoins qualifiée de « passeport pour l’avenir » du pays. Le débat environnemental y est extrêmement vif, preuve que le Brésil n’ignore nullement les risques. Mais sa réponse consiste à arbitrer entre environnement et souveraineté énergétique, non à renoncer par principe à savoir ce que contient son sous-sol.
Voilà toute l’étrangeté de la situation française. Le Guyana exploite. Le Suriname explore et prépare sa production. Le Brésil explore. La France, elle, a décidé de ne plus chercher. Or la géologie ignore les frontières administratives. Que des découvertes majeures aient été réalisées de part et d’autre de la Guyane française ne démontre évidemment pas qu’un gigantesque champ pétrolier existe dans nos eaux. Mais cela rend pour le moins singulier le choix consistant à décider juridiquement que nous ne voulons plus le savoir.
La loi du 30 décembre 2017, dite loi Hulot, du nom du célèbre journaliste écolo – « en hélico » ! – devenu ministre – durant 1 année – de la Transition écologique et de la Biodiversité, a précisément verrouillé cette possibilité. Elle prévoit l’arrêt progressif de la recherche et de l’exploitation des hydrocarbures et interdit l’attribution de nouveaux permis de recherche, y compris dans la zone économique exclusive et sur le plateau continental français. L’objectif politique était clair : parvenir à la fin de la production d’hydrocarbures et envoyer un signal international compatible avec les engagements climatiques français.
Le paradoxe devient alors presque cruel. Le pétrole éventuellement présent dans les bassins géologiques voisins ne disparaîtra pas parce que Paris a décidé de ne plus l’extraire. D’autres États et d’autres compagnies l’exploiteront à quelques centaines de kilomètres de nos côtes, le vendront sur le marché mondial et la France pourra parfaitement finir par acheter, directement ou indirectement, des hydrocarbures produits dans cette même région qu’elle aura choisi de ne pas explorer chez elle. Ce serait une étrange conception de la vertu écologique : externaliser l’extraction, les emplois, les recettes fiscales et la puissance stratégique, tout en conservant une partie de la consommation.
Le même paradoxe apparaît à Saint-Pierre-et-Miquelon, mais sous une autre forme. L’archipel se trouve dans le bassin sous-laurentien, à proximité de zones canadiennes historiquement productrices d’hydrocarbures. Les documents officiels français soulignent depuis longtemps l’intérêt géologique du secteur. Une étude publique de 2018 rappelait une estimation de l’IFP situant à 1 à 1,5 trillion de pieds cubes de gaz le potentiel attribuable à la partie française du système, tout en soulignant qu’il s’agissait d’un potentiel et non de réserves prouvées commercialement exploitables. Le forage Bandol-1 réalisé en 2001 n’avait pas débouché sur une découverte commerciale mais avait conduit les experts à considérer que les zones potentiellement les plus intéressantes pouvaient se situer plus au large.
Là encore, la question stratégique n’est pas : « Pourquoi ne produisons-nous pas immédiatement ? » Elle est plus fondamentale : pourquoi avons-nous décidé que nous ne voulions même plus savoir ?
Gaz de schiste : le grand interdit français
Le débat devient encore plus sensible avec le gaz de schiste.
La fracturation hydraulique est interdite en France depuis 2011 et le droit actuel interdit la recherche et l’exploitation d’hydrocarbures par fracturation hydraulique ainsi que certaines autres méthodes non conventionnelles. La loi de 2017 a renforcé cette orientation en l’intégrant dans une stratégie générale de sortie des hydrocarbures.
Pourtant, les chiffres qui avaient autrefois circulé étaient considérables. L’étude internationale de l’Energy Information Administration américaine estimait les ressources françaises techniquement récupérables à environ 137 trillions de pieds cubes de gaz de schiste et 4,7 milliards de barils de pétrole de schiste. Ces données sont anciennes, reposent largement sur des modélisations géologiques et ne doivent surtout pas être confondues avec des réserves prouvées ou économiquement exploitables. C’est précisément le point : sans exploration, on ne peut transformer une estimation théorique en connaissance géologique fiable.
La France se trouve ainsi dans une situation singulière. Elle importe du gaz naturel, notamment sous forme de GNL, tout en interdisant une technique qui permettrait de déterminer si certaines de ses propres ressources peuvent être produites économiquement. En 2025 encore, les importations françaises de gaz restaient élevées, notamment depuis les États-Unis et la Russie.
Or une partie du GNL américain provient précisément d’une révolution énergétique rendue possible par le gaz de schiste.
Le paradoxe environnemental mérite donc d’être posé sans caricature : refuser d’extraire chez soi ne supprime pas nécessairement la consommation ; cela peut simplement déplacer l’extraction à plusieurs milliers de kilomètres. Il faut naturellement intégrer à l’équation les risques associés à la fracturation hydraulique, la consommation d’eau, les fuites de méthane, les nuisances locales, la rentabilité des gisements et l’acceptabilité sociale. La France n’est ni le Texas ni la Pennsylvanie et la densité de population de certaines régions rendrait probablement toute exploitation beaucoup plus difficile.
Mais entre l’exploitation frénétique et l’interdiction de connaître son sous-sol existe une troisième voie : rechercher, cartographier, expérimenter sous contrôle public et décider ensuite.
Une grande puissance devrait au minimum connaître les ressources stratégiques dont elle dispose.
Et si la France changeait de doctrine énergétique ?
Imaginons donc non pas que la France découvre demain miraculeusement une nouvelle Arabie saoudite sous Cayenne ou Saint-Pierre, mais qu’elle décide simplement d’abroger ou de réviser la doctrine de 2017 afin de permettre une exploration moderne, extrêmement réglementée et scientifiquement transparente de ses ressources.
Le premier bénéfice serait géopolitique.
Depuis les chocs pétroliers de 1973, la France a construit une partie de son indépendance énergétique sur le nucléaire. Ce choix constitue aujourd’hui l’un de ses principaux avantages stratégiques. Mais le nucléaire produit de l’électricité ; il ne remplace pas à lui seul le pétrole utilisé par les transports, la pétrochimie, l’aviation, certaines industries et une partie des besoins militaires. La transition énergétique réduira progressivement cette consommation, mais elle ne la fera pas disparaître demain matin.
Or tant qu’un pays consomme des hydrocarbures qu’il ne produit pas, quelqu’un d’autre les produit pour lui. Et c’est précisément ce que montre aujourd’hui la façade atlantique sud-américaine. Le Guyana transforme ses découvertes en production et en recettes publiques ; le Suriname prépare le même basculement économique avec GranMorgu ; le Brésil cherche de nouvelles réserves afin de prolonger sa puissance pétrolière. Petrobras présente d’ailleurs la marge équatoriale comme l’une de ses zones d’exploration les plus prometteuses et recherche parallèlement de nouveaux bassins jusqu’en Afrique pour renouveler ses réserves.
La comparaison est d’autant plus frappante que ces pays ne sont nullement étrangers aux préoccupations climatiques. Le Brésil de Lula entend simultanément défendre l’Amazonie et rechercher du pétrole offshore ; le Suriname veut développer ses hydrocarbures tout en préparant son avenir économique. Leur doctrine n’est pas de nier la transition énergétique, mais de considérer que la transition n’interdit pas l’exploitation stratégique des ressources dont ils disposent pendant qu’une demande mondiale existe encore.
Produire une fraction du pétrole ou du gaz consommé en France réduirait mécaniquement, toutes choses égales par ailleurs, une partie des importations. La facture énergétique française est revenue à 45,8 milliards d’euros en 2025 après les sommets provoqués par la crise énergétique, ce qui donne une idée des ordres de grandeur économiques associés à notre dépendance. Même une production nationale modeste ne transformerait pas la France en puissance exportatrice, mais quelques milliards d’euros d’importations évitées chaque année auraient un effet cumulé significatif sur la balance commerciale.
Le deuxième bénéfice concernerait directement les outre-mer.
Une découverte commercialement viable au large de Saint-Pierre-et-Miquelon ou de la Guyane ne devrait surtout pas reproduire les vieux modèles extractifs où une ressource quitte le territoire sans transformer son économie. Les rapports parlementaires français l’avaient d’ailleurs compris depuis longtemps : emplois portuaires, maintenance, ingénierie, formation, infrastructures et services associés pourraient constituer une part essentielle des retombées locales. À Saint-Pierre-et-Miquelon, territoire ayant subi l’effondrement de la grande pêche à la morue, les documents publics évoquaient déjà ce potentiel de diversification économique.
Il faudrait donc imaginer un modèle français dans lequel une part substantielle des redevances et de la valeur créée reviendrait aux territoires concernés, tandis qu’une autre alimenterait un fonds souverain énergétique français consacré au nucléaire de nouvelle génération, aux réseaux électriques, à la recherche, aux batteries, à l’hydrogène lorsque celui-ci est pertinent et à la décarbonation industrielle.
Ce serait d’ailleurs le paradoxe le plus intéressant : utiliser une ressource fossile temporaire pour financer la sortie progressive des énergies fossiles.
La Norvège a bâti une partie de sa puissance financière contemporaine sur ses hydrocarbures tout en développant une économie fortement électrifiée et un gigantesque fonds souverain. La France ne possède probablement ni les réserves norvégiennes ni les mêmes conditions géologiques. Mais la philosophie mérite réflexion : une ressource nationale peut être transformée en capital stratégique plutôt qu’en simple consommation.
Enfin, il y a la dimension militaire. Une puissance nucléaire, membre permanent du Conseil de sécurité, disposant de territoires sur plusieurs océans et d’une des plus grandes ZEE du monde ne peut considérer l’énergie comme une simple marchandise. Les guerres rappellent brutalement que les armées fonctionnent encore largement aux hydrocarbures. Avions de combat, navires, véhicules terrestres et chaînes logistiques dépendent toujours massivement de carburants liquides. Dans une crise majeure, disposer d’une production nationale, même partielle, constitue une assurance stratégique.
La véritable question n’oppose donc pas pétrole et transition énergétique.
Elle oppose dépendance et souveraineté.
La France a parfaitement raison de vouloir réduire sa consommation d’hydrocarbures. Elle aurait également raison de protéger les écosystèmes exceptionnels de Guyane et de ses espaces maritimes, et aucune exploitation offshore ne devrait être envisagée sans exigences environnementales parmi les plus sévères du monde. Mais réduire notre consommation n’implique pas nécessairement de nous interdire de connaître et, le cas échéant, d’utiliser temporairement nos propres ressources pendant la transition.
La loi de 2017 reposait sur une vision du monde dans laquelle la sortie des hydrocarbures paraissait devoir être rapide, collective et presque linéaire. Moins de dix ans plus tard, la Russie demeure une puissance énergétique majeure, les États-Unis sont devenus un géant du pétrole et du gaz, le Guyana connaît une transformation économique spectaculaire grâce à l’offshore et TotalEnergies investit 12 milliards de dollars dans le pétrole du Suriname voisin de notre Guyane. Le Brésil, lui, pousse désormais l’exploration vers sa marge équatoriale, considérée par Petrobras comme une frontière stratégique pour renouveler les réserves du pays. En 2026, une nouvelle découverte au large de l’Amapá a encore renforcé cette ambition, même si sa viabilité commerciale reste à démontrer.
Pendant ce temps, la France importe.
Voilà le paradoxe.
Et peut-être demain achètera-t-elle, au prix du marché mondial, le pétrole extrait par le Guyana, le Suriname ou le Brésil à proximité immédiate de territoires français où elle se sera elle-même interdit de poursuivre l’exploration. Ce serait alors moins une politique de sortie des hydrocarbures qu’une politique d’externalisation : les autres assumeraient l’extraction et en conserveraient les emplois, les investissements, les recettes fiscales et les bénéfices géopolitiques ; nous conserverions la consommation, la facture et la dépendance.
L’actualité de septembre 2026 donne à cette contradiction une dimension presque pédagogique. Lorsque le gazole atteint des niveaux historiques, que certains automobilistes découvrent des prix approchant 3 euros le litre et que près d’une station sur six rencontre des difficultés sur au moins un carburant, la souveraineté énergétique cesse brusquement d’être une abstraction de rapport administratif. Elle redevient ce qu’elle a toujours été : une question de pouvoir d’achat, de fonctionnement de l’économie et, derrière elle, de sécurité nationale. Les tensions actuelles ne seraient évidemment pas supprimées par quelques puits français — développer un champ offshore prend des années — et les ruptures observées en septembre sont en partie liées à la distribution plutôt qu’à une absence physique de pétrole brut. Mais la crise illustre exactement pourquoi la diversification des approvisionnements et l’existence de capacités nationales conservent une valeur stratégique.
Peut-être les fonds marins guyanais ne recèlent-ils finalement aucun nouveau gisement rentable. Peut-être Saint-Pierre-et-Miquelon ne possédera-t-il jamais suffisamment de gaz pour justifier une exploitation. Peut-être le gaz de schiste français se révélerait-il trop coûteux, trop complexe ou environnementalement inacceptable.
Mais pour pouvoir décider rationnellement de ne pas exploiter une richesse, encore faut-il savoir si elle existe.
La souveraineté énergétique ne consiste pas nécessairement à extraire tout ce que l’on possède. Elle commence par quelque chose de beaucoup plus élémentaire : savoir ce que l’on possède, puis conserver la liberté de décider soi-même ce que l’on en fait. Car une chose est certaine : si des hydrocarbures commercialement exploitables existent dans les bassins qui entourent nos territoires, le Guyana, le Suriname et le Brésil, eux, ne se sont pas interdit de les chercher.
E) - La Chine, véritable arbitre du pétrole mondial ?
Quand la guerre ne suffit plus à faire monter les prix
Il y a encore quelques semaines, tout semblait annoncer un nouveau choc énergétique mondial. Les attaques dans le golfe Persique, le blocage du détroit d’Ormuz, les dommages infligés aux raffineries du Moyen-Orient et de Russie, ainsi que la menace d’une interruption massive des approvisionnements avaient ravivé le souvenir de la crise provoquée par la guerre en Ukraine.
Pourtant, les cours du pétrole ont rapidement retrouvé leurs niveaux antérieurs au conflit. Le gaz a effacé une grande partie de ses hausses et plusieurs matières premières ont suivi le même mouvement. Cette accalmie ne signifie pas que les risques ont disparu. Elle révèle plutôt une transformation profonde du marché mondial de l’énergie : désormais, les décisions prises à Pékin peuvent peser autant, voire davantage, que les crises militaires du Moyen-Orient.
La Chine n’est plus seulement le premier importateur mondial de pétrole. Elle est devenue l’acteur capable d’amplifier ou d’atténuer les conséquences économiques d’une guerre.
Des prix déconnectés de la réalité physique
La chute des cours donne l’impression d’un retour à la normale, alors même que les difficultés matérielles restent considérables. Au plus fort de la crise, la perte d’approvisionnement aurait atteint près de quatorze millions de barils par jour, soit plus de 10 % de la capacité mondiale. Le baril de Brent avait alors dépassé 120 dollars.
Depuis, les investisseurs financiers ont massivement liquidé leurs positions à la hausse. L’indice regroupant les principales matières premières a perdu près de 15 % par rapport à ses sommets, tandis que les paris spéculatifs sur la hausse des prix se sont effondrés.
Le marché financier raconte donc une histoire plus rassurante que celle des infrastructures. Le trafic à travers Ormuz demeure très inférieur à son niveau d’avant-guerre. Là où passaient environ cent trente navires par jour, il n’en transite parfois qu’une quarantaine. Plusieurs raffineries importantes d’Arabie saoudite, de Bahreïn et du Koweït pourraient avoir besoin de plusieurs mois avant de retrouver leur pleine capacité.
Le problème n’est pas seulement l’extraction du pétrole brut. Il concerne surtout sa transformation en gazole, essence, carburant aérien et produits indispensables à l’industrie mondiale. Une région peut continuer à produire du brut tout en étant incapable de le raffiner suffisamment.
La Chine consomme moins que prévu
C’est ici que Pékin entre en scène. Pendant deux décennies, la croissance chinoise a soutenu presque mécaniquement la demande mondiale d’énergie. Les analystes considéraient que l’industrialisation, l’urbanisation et l’augmentation du parc automobile assureraient une progression durable des importations.
Cette certitude est aujourd’hui remise en cause. Les ventes d’essence et de gazole des grands groupes chinois ont nettement reculé. Les importations de brut ont également chuté à leur niveau le plus bas depuis plusieurs années.
Cette évolution ne semble pas uniquement liée aux prix élevés ou aux tensions militaires. Elle traduit une modification plus profonde du modèle économique chinois. L’électrification rapide des transports réduit la consommation d’essence. Le ralentissement immobilier affaiblit la demande de gazole dans la construction. Les gains d’efficacité énergétique diminuent les besoins de l’industrie.
La Chine apprend ainsi à produire, transporter et consommer avec moins de pétrole. Si cette tendance se confirme, elle pourrait devenir un facteur durable de baisse des prix, capable d’absorber une partie des effets provoqués par les guerres et les sanctions.
Les réserves chinoises comme arme géoéconomique
Pékin dispose également d’un autre levier : ses réserves stratégiques et commerciales. Au début de la crise, la Chine aurait accumulé plus de 1,3 milliard de barils. Cette masse lui permet de réduire ses achats lorsque les prix augmentent, puis de revenir sur le marché lorsque les conditions deviennent plus favorables.
Cette politique donne à la Chine une influence comparable à celle d’un grand producteur. Lorsqu’elle achète massivement, elle soutient les cours. Lorsqu’elle se retire, elle provoque un excédent apparent et accentue la baisse.
La gestion des réserves devient ainsi un instrument de puissance. Elle protège l’économie chinoise, améliore la capacité de négociation de Pékin avec les producteurs et réduit l’efficacité des pressions américaines sur les flux énergétiques mondiaux.
La Chine ne contrôle pas le détroit d’Ormuz, mais elle peut décider quelle quantité de pétrole doit en sortir pour répondre à ses propres besoins. Dans un marché où quelques millions de barils suffisent à modifier les prix, cette capacité constitue une arme géoéconomique majeure.
Pékin devient aussi exportateur de stabilité
La Chine influence désormais le marché non seulement par ses importations de brut, mais également par ses exportations de carburants raffinés. Pékin a récemment autorisé une augmentation des ventes extérieures d’essence, de gazole et de carburant aérien.
Cette décision intervient alors que plusieurs raffineries du Golfe fonctionnent encore au ralenti. Les produits chinois peuvent donc remplacer une partie des volumes manquants et contenir la hausse des prix internationaux.
Le paradoxe est évident : tandis que les puissances du Moyen-Orient subissent les conséquences militaires de la guerre, la Chine profite de sa capacité industrielle pour combler les pénuries. Elle renforce ainsi son rôle dans les chaînes d’approvisionnement mondiales et sa présence sur les marchés asiatiques.
Pékin apparaît de plus en plus comme un fournisseur de dernier recours. Cette position peut se traduire par des avantages commerciaux, diplomatiques et politiques, notamment auprès des États dépendants des importations de carburants.
Une vulnérabilité militaire toujours présente
Il serait pourtant dangereux de considérer la crise comme terminée. Le marché repose aujourd’hui sur l’hypothèse d’une stabilisation durable entre l’Iran et les États-Unis, d’une reprise progressive des passages à Ormuz et d’un maintien de la demande chinoise à un niveau modéré.
Ces trois conditions peuvent disparaître rapidement. Une nouvelle attaque contre les infrastructures énergétiques, une fermeture partielle du détroit ou une reprise des achats chinois suffiraient à provoquer un redressement brutal des cours.
La situation militaire reste particulièrement instable. Les attaques par missiles et aéronefs sans pilote ont démontré qu’il était possible de perturber durablement le raffinage et le transport sans détruire les champs pétroliers eux-mêmes. Le système énergétique mondial dépend d’un nombre limité de ports, de raffineries, de terminaux et de passages maritimes faciles à identifier et difficiles à protéger complètement.
La faiblesse stratégique ne réside donc plus seulement dans la production, mais dans l’ensemble de la chaîne logistique.
Le pétrole entre Ormuz et Pékin
L’avenir des prix dépendra de l’affrontement entre deux forces. La première est géopolitique : guerres, sanctions, attaques contre les infrastructures et contrôle des détroits. La seconde est chinoise : ralentissement économique, électrification, réserves stratégiques et politique d’importation.
Si la Chine continue à réduire sa consommation, elle limitera la capacité des producteurs à imposer des prix élevés. Si elle recommence à acheter massivement pour soutenir son industrie, reconstruire ses réserves ou alimenter de nouveaux besoins liés aux centres de données et à l’intelligence artificielle, le marché pourrait découvrir que l’excédent actuel n’était qu’une illusion.
Le détroit d’Ormuz reste indispensable. Mais l’arbitre des cours n’est plus seulement celui qui contrôle le passage des navires. C’est aussi celui qui décide combien de pétrole il souhaite acheter. Et cet arbitre se trouve désormais à Pékin.
Giuseppe Gagliano
Giuseppe Gagliano a fondé en 2011 le réseau international Cestudec (Centre d'études stratégiques Carlo de Cristoforis), basé à Côme (Italie), dans le but d'étudier, dans une perspective réaliste
A) - «
La transition énergétique allemande a jusqu’à présent coûté environ 1
000 milliards d’euros. Et qu’est-ce qu’elle nous a apporté ? Rien »,
déclare Christian Kullmann, patron du groupe chimique Evonik.
B) - Aides d’État, souveraineté
énergétique et renaissance nucléaire : L’Union européenne à l’épreuve du
cas EDF et des réponses étatiques
C) - 87 milliards gâchés : Le scandale ENR que personne ne veut voir
D) - Eoliennes – La face noire de la transition écologique
E) - Facture salée - Énergies renouvelables : la facture publique dépassera 18 milliards d’euros en 2026 et 2027
F) - Le monde construit des réacteurs nucléaires et la France se suicide
A) -«
La transition énergétique allemande a jusqu’à présent coûté environ 1
000 milliards d’euros. Et qu’est-ce qu’elle nous a apporté ? Rien »,
déclare Christian Kullmann, patron du groupe chimique Evonik.
« La transition énergétique allemande a jusqu’à présent coûté environ 1 000 milliards d’euros. Et qu’est-ce qu’elle nous a apporté ? Rien », déclare Christian Kullmann, patron du groupe chimique Evonik. « Nous avons une infrastructure de réseau digne de l'Albanie, et il n'y a pas d'hydrogène abordable à l'horizon. (...) Nous aurons besoin du charbon au moins jusqu'en 2033, et probablement plus longtemps. »
Les critiques contre la transition électrique en cour se font de plus en plus vives en Allemagne.
Axel Bojanowski, reporter scientifique à WELT fait le bilan :
« L’Allemagne accumule quatre grands blocs de coûts : les dépenses de transition énergétique, qui atteignent des montants de l’ordre du millier de milliard, les mesures destinées à amortir les prix de l’électricité, les achats de droits d’émission de CO₂ auprès d’autres États membres de l’UE et, enfin, les aides climatiques internationales, dont l’Allemagne est le premier contributeur.
-
La Cour fédérale des comptes allemande a relevé en 2024 que l’accessibilité financière de l’approvisionnement électrique était déjà remise en question.
Pour le seul développement des réseaux électriques, les investissements pourraient dépasser 460 milliards d’euros d’ici 2045, mais le ministère fédéral de l’Économie ne prendrait jusqu’ici pas en compte ces coûts systémiques.
Selon la Cour des comptes, les aides ponctuelles de l’État donnent « une image fausse des coûts réels de la transformation ».
- Une étude de la DIHK chiffre les coûts d’approvisionnement nécessaires d’ici 2050 à environ 5 500 milliards d’euros. Des moyens mobilisés pour disposer d’autant d’électricité qu’avant la transition énergétique, mais avec cette spécificité d'une électricité moins fiable, plus fluctuante et plus chère.
-
L’État fédéral dépense environ 30 milliards d’euros par an pour contenir le prix de l’électricité renchéri par la transition énergétique.
Une somme qui dépasse le budget du ministère de la Recherche et de l’Éducation…
- Par-dessus le marché, l’Allemagne se présente comme le premier financeur des aides climatiques internationales. Avec près de 12 milliards d’euros, dont 6,1 milliards provenant du budget fédéral, elle alimente une véritable industrie de l’aide, avec des milliers de bénéficiaires, y compris dans les ONG.
Le fait que l’Allemagne finance des pistes cyclables au Pérou, des formations à la conduite de rickshaws pour des personnes trans en Inde, des « espaces publics verts et sensibles au genre » au Rwanda, ou encore des « mosquées vertes » et des prêches climatiques au Maroc, paraît pour le moins audacieux lorsqu’on constate, en Allemagne même, qu’en période de chaleur, certains blocs opératoires ne disposent pas de climatisation.
Ce qui est particulièrement amer, c’est que malgré ses dépenses considérables en faveur du climat, l’Allemagne accumule encore des risques financiers de plusieurs milliards.
En raison de son bilan CO₂ insuffisant, elle devra acheter à d’autres États membres de l’UE des certificats d’émission de CO₂ — pour une somme qui pourrait atteindre 38 milliards d’euros.
L’Allemagne mène sa politique climatique comme si le chemin le plus coûteux était moralement supérieur. En réalité, le chemin le plus coûteux est le plus stupide. »
Billet d'humeur de Pierre Nerval « Quand les éoliennes prennent leurs vacances d'été »
Il
existe en France une étrange religion moderne. Elle possède ses
prêtres, ses dogmes et ses hérésies. Son principal commandement est
simple : il faut croire aveuglément aux énergies dites "vertes", même
lorsqu'elles refusent obstinément de fonctionner au moment où l'on a le
plus besoin d'elles. Ainsi, lorsque le thermomètre
dépasse les 35 degrés et que les climatiseurs tournent à plein régime,
nos magnifiques éoliennes, dressées fièrement sur nos collines et nos
campagnes, décident soudainement de faire la sieste. Pas un souffle de
vent. Les pales sont immobiles, majestueuses, comme des sculptures
contemporaines particulièrement coûteuses. Les jours
de canicule, leur contribution à la production électrique française peut
parfois tomber à 1 ou 2 %. Une performance qui mériterait presque une
médaille olympique de l'inutilité énergétique. Quant
aux panneaux photovoltaïques, censés adorer le soleil, ils nous offrent
un magnifique paradoxe écologique. Plus il fait chaud et plus leur
rendement diminue. Il fallait y penser : construire une politique
énergétique nationale sur des équipements qui n'aiment ni la chaleur ni
les pics de consommation ! ... Pendant
ce temps-là, notre vieux nucléaire français, vilain petit canard des
salons écologistes depuis quarante ans, continue stoïquement à produire
une électricité décarbonée, abondante et pilotable. Lui ne demande ni la
permission au vent, ni l'autorisation du soleil. Il travaille jour et
nuit, été comme hiver, sans manifester son opposition philosophique aux
saisons. Mais cela ne suffisait pas. Il fallait
encore que Bruxelles et Berlin expliquent à la France qu'il serait
préférable de brider ses centrales nucléaires pour laisser une place
plus importante aux énergies intermittentes. Il fallait donc pénaliser
ce qui fonctionne afin de promouvoir ce qui fonctionne... de temps en
temps. Le génie technocratique européen dans toute sa splendeur ! ... Prenons
l'exemple allemand. Des centaines de milliards d'euros investis dans
l'éolien et le solaire, des centrales nucléaires fermées au nom de la
vertu climatique, et que fait-on lorsqu'il fait trop chaud ou qu'il n'y a
pas de vent ? On rallume les centrales au charbon, ces merveilles
écologiques qui transforment l'atmosphère en barbecue géant. Résultat
? L'Allemagne émet plusieurs fois plus de CO₂ que la France pour
produire son électricité. Une réussite exemplaire dont certains
voudraient pourtant que nous nous inspirions. Il faut
décidément posséder une imagination débordante pour expliquer aux
Français qu'il est écologique de détruire des milliers d'hectares de
paysages, d'artificialiser des terres agricoles, de dépendre des
conditions météorologiques et de rallumer des centrales au charbon pour
sauver la planète. ... Pendant que
nos éoliennes prennent leurs congés payés lors des canicules et que nos
panneaux solaires se plaignent d'avoir trop de soleil, le nucléaire
français continue discrètement à faire ce qu'on lui demande depuis des
décennies : alimenter le pays. La véritable écologie
n'est pas une religion. C'est du pragmatisme, de la science et du bon
sens. Une nation moderne ne construit pas sa souveraineté énergétique
sur les caprices d'Éole et les états d'âme du thermomètre. ... Un pays développé mérite mieux qu'une politique énergétique fondée sur la danse de la pluie et les incantations idéologiques.
Après
tout, lorsque vous êtes coincé dans un ascenseur en pleine canicule,
vous êtes généralement très heureux que votre électricité ne soit pas
produite par une éolienne qui a décidé de prendre l'après-midi.
Pierre Nerval Ingénieur Expert électricité
COMMENT JETER DES DIZAINES DE MILLIARDS D’EUROS PAR LES FENETRES ?
Dans Transitions & Energies le 15/06/2026 : « Comment jeter des dizaines de milliards d’euros par les fenêtres ? Il faut demander au gouvernement Lecornu qui possède la recette. Les finances publiques de la France sont dans une situation catastrophique.
L’ENDETTEMENT EST HORS DE CONTROLE, LA CHARGE DE LA DETTE NE CESSE D’AUGMENTER ANNEE APRES ANNEE et le gouvernement est incapable de limiter le déficit budgétaire et d’enrayer les déficits de l’ensemble des services sociaux.
Et pourtant le consommateur, VIA SA FACTURE D’ELECTRICITE, et le pays (c’est-à-dire le contribuable) vont investir DES DIZAINES DE MILLIARDS D’EUROS DANS LE DEVELOPPEMENT DE PARCS EOLIENS MARINS POUR PRODUIRE UNE ELECTRICITE TRES COUTEUSE (la plus coûteuse de tous les renouvelables) et en plus inutile. La France produit déjà en surabondance une électricité décarbonée à plus de 95%. Un appel d’offres vient pourtant d’être lancé portant sur 11 futurs parcs. UNE FAÇON DE RENDRE LES CHOSES IRREVERSIBLES AVANT L’ELECTION PRESIDENTIELLE DE L’ANNEE PROCHAINE. »
B) - Aides d’État, souveraineté
énergétique et renaissance nucléaire : L’Union européenne à l’épreuve du
cas EDF et des réponses étatiques
Résumé exécutif
L’éventuelle ouverture d’une enquête de la
Commission européenne sur le soutien public de l’État français à EDF
pour la construction de nouveaux réacteurs nucléaires soulève des enjeux
dépassant le cadre classique du contrôle des aides d’État et de la
politique de la concurrence européenne. Elle met en lumière une tension
croissante entre les exigences du marché intérieur et les impératifs de
sécurité et souveraineté énergétique, dans un contexte de forte
instabilité géopolitique et d’accélération de la transition climatique.
Face au risque sérieux de retards
significatifs dans la mise en œuvre du programme nucléaire français,
plusieurs leviers d’action peuvent être mobilisés. Sur le plan
juridique, la France dispose de marges de manœuvre substantielles en
s’appuyant sur les exceptions prévues par l’article 107 §3 TFUE, en
particulier celles relatives au développement de certaines activités
économiques et à la réalisation d’objectifs d’intérêt commun, tels que
la sécurité d’approvisionnement et la décarbonation. La qualification du
nucléaire comme service d’intérêt économique général constitue
également un axe structurant permettant d’encadrer les mécanismes de
compensation publique.
Parallèlement, l’exploitation du précédent britannique de Hinkley Point C et
de la pratique décisionnelle récente de la Commission offre des
arguments solides en faveur de la compatibilité des dispositifs
envisagés, notamment s’ils sont conçus dans une logique de
proportionnalité et de limitation des distorsions de concurrence revues à
la lumière des événements géopolitiques.
Au-delà du registre juridique, une stratégie politique proactive apparaît déterminante. Elle
suppose la constitution d’alliances élargies entre États membres
favorables au nucléaire, une mobilisation du Conseil européen et une
requalification du débat au niveau de l’Union, en insistant sur la
dimension stratégique et urgente de la sécurité énergétique.
Enfin, la maîtrise du facteur temps constitue un enjeu central : la
France devra anticiper la procédure, structurer ses dispositifs en
amont et, le cas échéant, envisager des solutions transitoires ou des
adaptations de ses mécanismes de financement afin de limiter les effets
retardateurs d’une enquête approfondie.
L’ensemble de ces actions participe d’une
approche intégrée visant non pas à contourner le droit de l’Union, mais à
en exploiter pleinement les ressources afin de concilier discipline
concurrentielle et impératifs stratégiques. Si la recherche d’un
consensus rapide avec la Commission ne se concrétise pas, il existera
fatalement d’autres voies d’action nettement plus offensives.
Introduction
L’annonce, relayée par l’agence Reuters,
de l’éventuelle ouverture d’une enquête de la Commission européenne
relative aux mesures de soutien envisagées par l’État français en faveur
d’EDF pour la construction de six réacteurs nucléaires de nouvelle
génération s’inscrit dans un contexte de recomposition profonde des
priorités énergétiques et industrielles de l’Union européenne.[1] Elle
intervient à un moment où les équilibres sur lesquels reposait
historiquement le droit de la concurrence de l’Union se trouvent soumis à
des tensions inédites, résultant à la fois de la dégradation de
l’environnement géopolitique et de l’accélération affichée des objectifs
climatiques.
La succession de crises énergétiques ayant
affecté le continent européen depuis 2022, à la suite notamment de la
guerre en Ukraine, a mis en lumière la vulnérabilité structurelle des
États membres à l’égard des approvisionnements extérieurs en
hydrocarbures.[2] À
cette fragilité s’ajoutent les incertitudes persistantes pesant sur les
marchés mondiaux de l’énergie, dans un contexte marqué par des tensions
récurrentes au Moyen-Orient, susceptibles d’affecter durablement les
conditions d’accès aux ressources fossiles à bas coûts.[3] Dans
ce cadre, la sécurisation d’une production électrique stable,
décarbonée et maîtrisée apparaît désormais comme un impératif
stratégique, auquel le programme de relance du nucléaire engagé par la
France entend précisément répondre.
Ce programme implique toutefois des
investissements d’une ampleur telle qu’ils supposent un soutien public
structurant, susceptible de relever du champ d’application du droit des
aides d’État.[4] L’éventuelle
ouverture d’une enquête approfondie par la Commission conduit dès lors à
s’interroger sur la compatibilité de ces interventions avec les règles
du marché intérieur, dans un secteur où les défaillances de marché sont
particulièrement marquées. Le précédent de la décision relative au
projet Hinkley Point C, par laquelle la Commission avait admis,
sous conditions, la compatibilité d’un mécanisme de soutien public au
nucléaire britannique, constitue à cet égard un point d’ancrage
essentiel,[5]révélant à la fois la possibilité d’une validation et la complexité des procédures d’examen.
Au-delà de la seule question de la
légalité des aides envisagées, la situation actuelle met en évidence une
tension plus fondamentale entre, d’une part, l’objectif de préservation
des conditions de concurrence et, d’autre part, la nécessité pour les
États membres de mettre en œuvre des politiques industrielles et
énergétiques adaptées aux défis contemporains.[6] Cette
tension est d’autant plus manifeste que l’Union poursuit parallèlement
des objectifs ambitieux d’électrification des usages, notamment à
travers l’interdiction programmée de la vente de véhicules thermiques à
l’horizon 2035,[7] ce qui implique une augmentation accélérée significative des capacités de production électrique bas-carbone pilotables.
Dans ce contexte, l’analyse du cas
français invite à dépasser une lecture strictement contentieuse du
contrôle des aides d’État pour interroger les marges de manœuvre dont
disposent les États membres afin de concilier leurs impératifs
stratégiques avec les exigences du droit de l’Union. Elle conduit
également à envisager, de manière prospective, les différentes réponses —
juridiques, institutionnelles et politiques — susceptibles d’être
mobilisées pour prévenir ou atténuer les effets potentiellement
retardateurs d’une procédure d’enquête sur la mise en œuvre du programme
nucléaire français.[8] L’étude
du cas EDF apparaît ainsi comme un terrain privilégié pour observer les
recompositions en cours du droit des aides d’État, à l’heure où
celui-ci se trouve confronté à la montée en puissance des impératifs de
souveraineté énergétique et de sécurité d’approvisionnement, accentuées
de manière dramatique par les contextes géopolitiques ukrainien et
iranien.
I. Le soutien public au programme nucléaire d’EDF : rationalité économique et nécessité stratégique
L’analyse du soutien public
envisagé en faveur d’EDF suppose, en premier lieu, d’en comprendre les
déterminants économiques et financiers, avant d’en apprécier la portée
stratégique au regard des nouvelles contraintes pesant sur les systèmes
énergétiques européens. Cette double perspective – économique et
stratégique – justifie pleinement l’implication de l’État dans le
développement du parc nucléaire.
A. Les déterminants économiques et financiers du soutien
Le programme de construction de six
réacteurs nucléaires de nouvelle génération par EDF implique des
investissements considérables, estimés à plusieurs dizaines de milliards
d’euros.[9] Dans ce contexte, la mobilisation d’un soutien public apparaît comme une condition sine qua non de
la viabilité économique du projet, compte tenu des coûts fixes élevés,
des délais de construction étendus et des risques financiers inhérents
aux projets nucléaires.[10]
L’État français a ainsi prévu des
mécanismes de financement destinés à sécuriser la trésorerie d’EDF et à
garantir la faisabilité des projets dans un contexte de volatilité des
marchés de l’énergie.[11] Ces
dispositifs visent à stabiliser les flux de revenus sur le long terme, à
limiter les risques financiers et à réduire le coût du capital, facteur
déterminant pour la compétitivité du nucléaire face aux sources
d’énergie renouvelables intermittentes et aux combustibles fossiles
soumis à de fortes variations de prix.[12]
Le soutien financier apporté à EDF ne peut
être appréhendé à l’aune des seules considérations économiques de
marché de court terme. Il s’inscrit dans une logique plus large de
souveraineté énergétique et industrielle, devenue centrale dans le
contexte européen contemporain. Comme l’a mis en évidence Mario
Draghi dans son rapport sur la compétitivité européenne, la maîtrise des
coûts et de l’approvisionnement énergétique constitue un déterminant
essentiel de la compétitivité et de la résilience économique de l’Union.[13] Dans
un environnement marqué par des tensions géopolitiques accrues et une
volatilité des marchés de l’énergie, la sécurisation d’une production
stable et pilotable apparaît comme un impératif stratégique absolu.
À cet égard, le recours à des
infrastructures énergétiques structurantes, telles que le parc nucléaire
exploité par EDF, participe d’une stratégie visant à garantir
l’indépendance énergétique nationale tout en contribuant à la stabilité
du système électrique européen. Cette approche dépasse ainsi la logique
de rentabilité immédiate pour s’inscrire dans une perspective de long
terme, articulant sécurité d’approvisionnement, compétitivité
industrielle et transition énergétique.
B. La portée stratégique du programme nucléaire français
Au-delà des considérations économiques, le
programme nucléaire d’EDF revêt une dimension stratégique majeure. La
dépendance européenne aux hydrocarbures importés, accentuée par la
guerre en Ukraine ou en Iran, et la volatilité des marchés mondiaux, met
en évidence la nécessité de disposer, aussi rapidement que possible à
l’échelle malgré tout de quelques années, de sources d’énergie
souveraines et décarbonées.[14]
Selon l’Agence internationale de
l’énergie, la sécurité énergétique demeure un enjeu central dans un
contexte de forte instabilité géopolitique, ce qui justifie des
investissements accrus dans des sources d’énergie bas-carbone
pilotables. Le nucléaire offre une production électrique stable,
pilotable et à faible émission de carbone, répondant directement aux
exigences de sécurité d’approvisionnement et aux objectifs climatiques
de l’Union européenne. Les analyses institutionnelles soulignent que la
relance de la filière nucléaire française repose sur le maintien et le
développement de compétences industrielles critiques. Le CEA met
notamment en avant la nécessité de préserver un cœur de compétences
internes et de renforcer la formation, afin de garantir la maîtrise
technologique et la sûreté des installations.[15]
L’anticipation des besoins futurs en
électricité constitue un enjeu stratégique majeur pour l’Europe, en
particulier dans le contexte de l’électrification croissante des usages et
de l’interdiction progressive de la vente de véhicules thermiques
prévue pour 2035. Cette évolution, prévue par la réglementation
européenne sur les émissions de CO₂ des voitures et camionnettes,[16] implique une augmentation significative de la demande électrique, renforçant la pertinence du programme nucléaire français et européen comme outil de sécurité énergétique et de stabilité industrielle.
Les analyses de l’Agence internationale de l’énergie (AIE) confirment ce constat. Le World Energy Outlook 2023 souligne que la transition vers des systèmes électriques bas-carbone ne peut réussir sans des investissements prévisionnels dans des infrastructures stables et pilotables,
le nucléaire jouant un rôle central pour réduire la dépendance aux
énergies fossiles importées et garantir la continuité
d’approvisionnement[17]. De manière complémentaire, le rapport Nuclear Power and Secure Energy Transitions[18] montre que l’énergie nucléaire contribue à la fois à la décarbonationet à la sécurité énergétique, en stabilisant le réseau et en soutenant la compétitivité industrielle face à la volatilité des prix de l’électricité.
Sur le plan européen, la Présidente de la
Commission Ursula von der Leyen comme l’ancien Président du Conseil
italien et ancien Président de la Banque Centrale Européenne Mario
Draghi insistent sans ambiguïté sur la nécessité d’investissements prévisionnels dans les infrastructures critiques pour réduire les vulnérabilités économiques et industrielles de l’Union.[19] L’absence de planification suffisante pour les infrastructures énergétiques stratégiques pourrait exposer l’Europe à des risques de pénuries vitales et à des crises industrielles récurrentes.
Manifestement, la Vice-Présidente Ribera semble vouloir diverger d’un
nouveau consensus qui est pourtant clairement exprimé depuis l’explosion
des risques géopolitiques. Enfin, au risque de se répéter, le
programme nucléaire français contribue à la résilience énergétique et à
la stabilité des coûts, offrant un amortisseur face aux fluctuations des
prix des hydrocarbures et aux crises géopolitiques, notamment les
tensions autour de l’Iran ou les sanctions contre la Russie.[20] L’intégration
de ces facteurs dans la stratégie énergétique justifie pleinement
l’engagement de l’État français pour sécuriser le financement d’EDF et
garantir la réalisation accélérée du programme nucléaire.
II. L’ouverture imminente d’une enquête sur les aides d’État à EDF : contexte et enjeux juridiques
La perspective d’ouverture d’une
enquête de la Commission européenne en avril 2026 sur le soutien public
français à EDF soulève des questions cruciales sur la compatibilité des
aides d’État avec le droit européen. Cette partie analyse le contexte
réglementaire et les enjeux juridiques liés à la possible procédure
d’examen par la DG Concurrence.
A. Cadre juridique et précédents européens
L’article 107 du Traité sur le
fonctionnement de l’Union européenne (TFUE) interdit en principe toute
aide publique susceptible de fausser la concurrence sur le marché
intérieur.[21] Cependant, des exceptions existent, notamment pour les projets présentant un intérêt commun ou stratégique pour l’Union.[22]
Dans le passé, plusieurs projets nucléaires ont été soumis à l’examen de la Commission. L’affaire de Hinkley Point C au
Royaume-Uni, qui impliquait déjà l’opérateur EDF, constitue un
précédent emblématique. La Commission avait initialement estimé que les
aides britanniques pouvaient constituer une distorsion de concurrence.[23] Toutefois,
après une évaluation approfondie, elle avait autorisé le soutien en
reconnaissant l’intérêt stratégique et la contribution à la sécurité
énergétique.[24]
Ce précédent laisse présager que la
procédure visant EDF pourrait être très longue et complexe, mettant en
péril l’équilibre financier des projets. Comme le note Francesco Giusti
lui-même, en s’exprimant généralement de manière plutôt stricte le droit
de la concurrence (et donc de manière plutôt opposée aux développements
de la production nucléaire avec obligation d’intervention publique au
vu des volumes d’investissements colossaux amortis sur de très longues
durées), les enquêtes sur les aides d’État nucléaires nécessitent
une analyse détaillée des coûts, du financement et de la contribution
stratégique à l’intérêt général. Ce type d’enquête peut retarder
considérablement la mise en œuvre du projet.[25]
B. Enjeux et risques pour la souveraineté énergétique française
En se fondant sur les incidents de procédure dans l’affaire Hinkley Point C précitée, la procédure annoncée par Reuters sur les aides à EDF[26]pourrait
retarder de plusieurs années la construction des six réacteurs,
compromettant la capacité de la France à atteindre ses objectifs
énergétiques et climatiques. Cette situation illustre la tension entre
les règles de concurrence européenne et les impératifs stratégiques
nationaux et européens.
Comme indiqué plus haut, le retard
potentiel pose également un risque de dépendance accrue aux énergies
fossiles importées, dont les prix et la disponibilité sont soumis à de
fortes influences et fluctuations géopolitiques. Dans ce contexte, la
rigidité excessive voire dogmatique de la DG Concurrence de la
Commission Européenne dans l’application des règles de concurrence peut
entrer en contradiction avec les nécessités de sécurité énergétique et
de souveraineté industrielle européenne.Mario
Draghi souligne la nécessité d’adapter la politique de concurrence de
l’Union européenne aux enjeux de compétitivité, d’innovation et de
sécurité stratégique, afin que l’Union puisse mobiliser des
investissements importants et répondre à des défis tels que la
transition énergétique et la souveraineté industrielle.[27] Une
application trop rigide des règles de concurrence pourrait limiter la
capacité de l’UE à atteindre ses propres objectifs. En outre, la
procédure pourrait créer un précédent pour d’autres projets stratégiques
dans l’Union européenne, limitant la capacité des États membres à
soutenir des infrastructures essentielles. La France doit donc
anticiper, avec ses partenaires dans l’UE, des stratégies juridiques et
politiques pour défendre ses intérêts et garantir le développement
rapide et sécurisé du programme nucléaire.[28]
III. Une tension croissante : politique de concurrence et souveraineté énergétique
Au‑delà de la seule mise en œuvre
des règles relatives aux aides d’État, le cas d’espèce révèle une
tension plus profonde entre les fondements du droit de la concurrence de
l’Union et les exigences émergentes de souveraineté énergétique et
industrielle. Cette tension se manifeste à la fois dans les discours des
responsables politiques européens et dans les positions
institutionnelles récentes.
A. Une Europe divisée mais convergente vers une nouvelle perspective stratégique
L’Union européenne a longtemps oscillé sur
la question du nucléaire, entre États membres qui le considèrent comme
une source indispensable de production électrique bas‑carbone et
d’autres qui s’en éloignent pour des motifs politiques ou sociaux, voire
plus vainement idéologiques artificiels. Le débat sur l’énergie
nucléaire illustre cette divergence, mais on observe une convergence
récente vers une reconnaissance croissante du rôle stratégique de
l’atome pour notre souveraineté énergétique européenne.[29]
Dans ce mouvement, plusieurs dirigeants
européens ont exprimé de manière explicite leur soutien au nucléaire.
Ainsi, lors du Sommet sur l’énergie nucléaire de l’Agence internationale
de l’énergie atomique à Paris en mars 2026, le président français a
affirmé « le nucléaire civil doit être au cœur de notre stratégie
pour garantir l’indépendance énergétique face aux incertitudes
géopolitiques et à la flambée des prix des hydrocarbures ».[30]
Par ailleurs, la présidente de la
Commission européenne a reconnu explicitement, il y a quelques jours en
mars 2026, les limites de choix antérieurs concernant le nucléaire dans
l’Union et souligné la nécessité pour l’Union d’assumer un rôle plus
affirmé en la matière : « la réduction de la part du nucléaire dans
le mix énergétique fut, à mes yeux, une erreur stratégique ; nous devons
à présent mobiliser toutes les sources d’énergie bas carbone pour
assurer notre compétitivité et notre sécurité d’approvisionnement ».[31]
Cette évolution des discours politiques
est également illustrée par l’initiative de l’Alliance européenne du
nucléaire, réunissant plusieurs États membres pronucléaires pour
promouvoir un cadre européen favorable au développement de l’énergie
atomique.[32] Cette
dynamique montre que, même au sein d’une Union divisée, l’impératif
stratégique — sécurité énergétique, compétitivité industrielle et
transition climatique — tend à se superposer aux logiques strictement concurrentielles suivies depuis des décennies jusqu’ici.
B. La contradiction normative structurelle entre concurrence et souveraineté énergétique
L’une des principales tensions naît de la
logique duale qui régit l’Union européenne : d’un côté, le droit de la
concurrence cherche à préserver un marché interne efficace et non faussé
par des interventions étatiques excessives ;[33] de
l’autre, les États membres, confrontés à des défis externes majeurs,
revendiquent une marge accrue pour déployer des politiques industrielles
stratégiques, dont la fourniture d’énergie à bas coût est une condition
essentielle de succès.
Cette contradiction est d’autant plus
manifeste que des impératifs tels que l’interdiction de la vente de
véhicules thermiques à l’horizon 2035 et l’accélération de
l’électrification des usages exigent, comme déjà noté, une augmentation
significative des capacités de production électrique pilotables et
bas‑carbone.[34] La
seule focalisation sur le marché intérieur sans prise en compte des
enjeux géopolitiques peut conduire à des résultats contraires aux
objectifs globaux de l’Union.
Dans ce contexte, certains responsables
politiques européens ont explicitement lié le soutien au nucléaire à la
souveraineté énergétique et à la résilience face aux chocs externes. Un
groupe d’États membres pronucléaires a ainsi déclaré « le nucléaire
est une solution compétitive pour répondre à la demande croissante
d’électricité sans émissions fossiles et constitue un facteur clé pour
notre sécurité collective de l’approvisionnement ».[35]
Cette tension normative reflète une
transformation plus profonde du rôle de l’État et de l’Union dans la
gestion des biens publics transnationaux. L’enjeu réside désormais dans
la manière dont l’Union concilie son ancien cadre concurrentiel avec les
enjeux géopolitiques nouveaux ainsi que de nouvelles priorités
stratégiques absolues, telles que la transition énergétique ou la
sécurité d’approvisionnement, sans pour autant saper les principes
fondamentaux du marché intérieur.
IV.
Propositions d’action politique et stratégie française face à l’enquête
DG Concurrence sur EDF : piur une démarche géopolitique dynamique
audacieuse
La France, confrontée à la possible
ouverture d’enquête de la DG Concurrence sur ses aides à EDF, doit
articuler sa réponse autour de l’équilibre entre respect du droit
européen et préservation de sa souveraineté énergétique. Cette situation
illustre de manière exemplaire la tension entre la logique de
concurrence stricte et les impératifs stratégiques de sécurité
d’approvisionnement et de décarbonation, soulignés dans la partie
précédente.
A. Actions juridiques et institutionnelles
Face à l’enquête de la DG Concurrence en aides d’Etat, plusieurs pistes juridiques peuvent être envisagées.
La France peut engager des consultations préalables auprès de la Commission, conformément à l’article 108 TFUE,[36] pour
clarifier le cadre admissible des aides à EDF et anticiper les
objections de la Commission. Elle peut également préparer un recours devant le Tribunal de l’Union européenne, s’appuyant sur l’argument que la politique nucléaire française constitue un investissement stratégique indispensable pour l’indépendance énergétique et industrielle.[37] Cette démarche s’inspire notamment de l’expérience acquise à l’occasion de la jurisprudence européenne sur le projet Hinkley Point.[38] Cette
jurisprudence énonce les critères retenus pour l’évaluation des aides
d’État à des infrastructures stratégiques, mais elle illustre aussi la
perte de temps considérable d’une dizaine d’années de procédures
extrêmement onéreuses directement (en coûts de procédures) et
indirectement (en manque à gagner extrêmement considérable de production
énergétique).
Parallèlement, un dialogue renforcé avec les États membres pronucléaires (Belgique, République tchèque, Finlande, Hongrie, Pays‑Bas, Roumanie, Slovaquie, Slovénie, Suède, Espagne et France)[39] permettrait de constituer un front commun pour défendre le nucléaire comme infrastructure critique à l’échelle européenne.
Ce lobbying coordonné comprend des réunions bilatérales et
multilatérales, ainsi que des positions communes dans les conseils de
l’énergie de l’UE, et peut neutraliser l’influence potentielle des États
anti‑nucléaires, de moins en moins nombreux comme l’Autriche et
l’Allemagne.[40]
Enfin, la France peut anticiper la détermination de la Commission sur la compatibilité des aides en
renforçant le dossier technique et économique d’EDF, incluant les
coûts, délais et avantages environnementaux des nouvelles centrales.[41] Cela
permet de démontrer que les aides sont proportionnées et nécessaires
pour atteindre les objectifs de sécurité énergétique et de transition
bas carbone, sans préjudice de la position dominante qui sera reprochée
par la DG Concurrence à EDF sur le marché français, pour l’instant
toujours arrimé à un marché européen de l’énergie mais qui pourrait en
sortir si des entraves préjudiciables devaient être apportées au
développement du plan nucléaire d’EDF. Une entrave juridique pourrait se
transformer en crise politique pour l’UE.
B. Actions stratégiques, géopolitiques et communication politique
Au‑delà du juridique, une stratégie politique et diplomatiqueproactiveest
en effet indispensable. Le développement des centrales nucléaires
françaises vise à réduire la dépendance aux énergies fossiles, fortement
exposées aux aléas géopolitiques et aux crises des hydrocarbures.[42] La France, avec ses dix alliés auxquels elle peut tenter d’y réunir une douzaine d’autres, doit donc mobiliser l’opinion publique et les instances européennes sur
la dimension stratégique vitale du nucléaire. Le développement des
centrales vise à réduire la dépendance aux énergies fossiles, aggravée
par la crise ukrainienne et la volatilité des marchés hydrocarbonés,
tout en garantissant un coût de l’électricité maîtrisé et un mix
énergétique décarboné.
La communication devrait s’appuyer sur des éléments factuels et diplomatiques, citant par exemple les déclarations récentes de dirigeants européens : le président français a rappelé que « le nucléaire civil est un pilier de notre sécurité énergétique et un levier essentiel face aux crises géopolitiques »[43] et le Premier ministre hongrois a souligné que pour son pays « investir dans l’atome est un choix de souveraineté et de stabilité pour nos industries et nos citoyens ».[44] Ces interventions mettent en avant l’argument selon lequel retarder les projets d’EDF reviendrait à compromettre la résilience énergétique européenne d’une
manière très préjudiciables à nos industries notamment
électro-intensives (industries lourdes comme d’économie digitale, très
fortes consommatrices d’énergie).
Des actions politiques proactives peuvent, également, compléter le dispositif : (1) la diffusion d’études comparatives sur
les coûts et délais des énergies alternatives, montrant la nécessité de
recourir à la production énergétique nucléaire pour atteindre les
objectifs climatiques et industriels;[45] (2) l’animation d’un groupe de travail européen des États pronucléaires, coordonnant les positions sur la compatibilité des aides d’État avec le marché intérieur;[46] (3) la mobilisation de financements européens pour soutenir la transition énergétique et réduire la vulnérabilité aux critiques concurrentielles.[47]
Enfin, la France peut tirer parti de dossiers lourds actuellement suivis par l’Autriche, l’Allemagne et l’Espagne auprès de la Commission,
tels que les aides dans les infrastructures gazières, les énergies
renouvelables et les projets industriels stratégiques (cf. annexe 2).
Une coordination multilatérale autour de ces dossiers pourrait créer des
leviers pour négocier un apaisement des contestations visant les aides à
EDF.[48]
Ces mesures combinées devraient permettre à
la France de défendre le développement de ses centrales tout en
respectant le cadre juridique de l’Union, transformant la menace de
l’enquête DG Concurrence en opportunité de leadership stratégique sur la souveraineté énergétique européenne.
C. Enseignements tirés de l’antécédent britannique de Hinkley Point pour la France et EDF
L’expérience de Hinkley Point C,
dont le retard considérable d’exécution a été provoqué par l’action d’un
État membre (l’Autriche) qui a mobilisé la Commission contre la
construction du complexe nucléaire en question (par EDF déjà !). Dans
cette affaire, la Commission a fini par autoriser au terme d’une longue
saga procédurale – avec confirmation par la CJUE – des aides d’État
malgré des objections d’États membres,[49] montrant l’importance d’un dossier robuste. La France pourrait également mobiliser le soutien au Conseil Européen des États pronucléaires —
Belgique, République tchèque, Finlande, Hongrie, Pays-Bas, Roumanie,
Slovaquie, Slovénie, Suède et Bulgarie — pour former une coalition
capable d’atténuer la pression sur la Commission des États hostiles,
notamment l’Espagne (Mme Ribera est espagnole), l’Autriche et
l’Allemagne (Mme von der Leyen est allemande).[50]
Malgré sa fin heureuse par une
autorisation, cette affaire offre plusieurs leçons importantes et
d’actualité pour la France : (1) la durée des procédures de la Commission peut s’étendre sur plusieurs années lorsqu’un État membre soulève des objections. (2) les recours devant le Tribunal de l’UE ou la CJUE sont
possibles mais les décisions finales peuvent confirmer la compatibilité
des aides stratégiques. (3) Il est donc essentiel de préparer un dossier robuste, juridiquement et économiquement, tout en mobilisant, dès le départ, un soutien diplomatique auprès
des États pronucléaires pour limiter le risque de blocages ou de
retards dans le calendrier des projets nucléaires. Il faut aussi
envisager une action de conviction auprès de la douzaine d’Etats
européens qui ne sont pas opposés à la production nucléaire et les
rallier à la cause de la souveraineté énergétique européenne. Ces points
sont illustrés dans l’encadré ci‑dessous.
Encadré
Leçons pour la France des retards du projet Hinkley Point et action d’un État membre
Le projet Hinkley Point C au Royaume‑Uni illustre les mécanismes et délais auxquels peut donner lieu une enquête de la Commission européenne sur les aides d’État :
Phases
Description
Durée / Impact
1. Intervention initiale d’un État membre
L’Autriche a formellement exprimé ses préoccupations sur la compatibilité des aides d’État britanniques pour Hinkley Point C avec le marché intérieur. Elle contestait le niveau et les modalités de garantie des prix de l’électricité, estimant que cela pouvait créer une distorsion de concurrence. Cette action a servi de déclencheur pour l’instruction par la Commission.[51]
2012 : ouverture de l’examen préliminaire.
2. Instruction par la Commission européenne
La
Commission a ouvert une enquête approfondie pour analyser la légalité
des aides et leur compatibilité avec le marché intérieur. Le processus a
inclus des consultations avec le Royaume‑Uni, EDF et les autres États
membres, et l’examen des impacts économiques et environnementaux.[52]
2012‑2014 : enquête approfondie, analyses et échanges.
3. Décision de la Commission
Après examen des ajustements proposés et garanties apportées par le Royaume‑Uni, la Commission a autorisé le soutien à Hinkley Point C en 2014.[53] Cette décision a été conditionnée à la conformité avec les règles de proportionnalité et de transparence.
Décision finale : 2014, environ 2 ans après la notification initiale.
4. Contestation devant le Tribunal / CJUE
Un
État membre a déposé un recours formel auprès du Tribunal de l’UE,
contestant la décision de la Commission. Le Tribunal a confirmé la
légalité de l’aide, reconnaissant que les aides d’État à des
infrastructures énergétiques stratégiques peuvent être compatibles avec
le marché intérieur si elles respectent les conditions légales[54]
Décision finale : 2016, autorisation définitive du projet.
Conclusion
L’hypothèse d’une ouverture d’enquête par
la Commission européenne sur les mesures de soutien envisagées au
bénéfice d’EDF ne saurait être appréhendée comme un simple contentieux
technique relevant du droit des aides d’État. Elle s’inscrit dans une
dynamique plus large de redéfinition des rapports entre politique de
concurrence, politique industrielle et souveraineté énergétique au sein
de l’Union.
Le cadre juridique issu de l’article 107
TFUE, tel qu’interprété par la Commission et le juge de l’Union, a
certes démontré sa capacité d’adaptation, notamment dans le cadre de
l’interminable affaire Hinkley Point C – soit quatre ans de procédures juridiques, très perturbantes au plan industriel.[55] Cette
adaptabilité demeure toutefois conditionnée par des procédures longues
et complexes, génératrices d’incertitudes difficilement conciliables
avec l’urgence des investissements requis dans le secteur énergétique.
Dans le même temps, l’évolution du
contexte géopolitique et économique a conduit à une revalorisation du
rôle de l’État dans la structuration de certaines filières stratégiques,
au premier rang desquelles figure le nucléaire, en raison de son
intensité capitalistique et de sa contribution à la sécurité
d’approvisionnement. Il en résulte une tension croissante entre les
instruments traditionnels du droit de la concurrence et les exigences
d’une politique énergétique fondée sur la stabilité, la sécurité et la
décarbonation, tension d’autant plus marquée que l’Union poursuit
parallèlement des objectifs ambitieux d’électrification des usages.
Dans ce contexte, les marges de manœuvre
juridiques et politiques dont dispose la France apparaissent réelles, à
condition d’être mobilisées de manière cohérente et coordonnée, tant
dans le cadre des instruments du droit de l’Union que dans celui des
rapports institutionnels entre États membres et Commission. L’enjeu
réside, en définitive, moins dans une remise en cause du contrôle des
aides d’État que dans son adaptation aux impératifs contemporains de
souveraineté énergétique.
L’affaire en devenir relative au soutien à
EDF pourrait ainsi constituer un moment charnière, révélateur des
limites du cadre actuel mais aussi des capacités d’évolution du droit de
l’Union. À défaut d’une telle adaptation, le risque serait celui d’un
décalage croissant entre les objectifs stratégiques poursuivis par
l’Union et les instruments juridiques mobilisés pour les atteindre, au
détriment de la cohérence de son action et de sa position dans la
compétition énergétique mondiale. L’absence d’un consensus rapide
préservant la capacité opérationnelle de l’outil industriel nucléaire
rendu impératif par l’accumulation des crises géopolitiques au cœur
desquelles figure l’énergie, pourrait conduire – voire obliger – la
France à des choix nettement plus antagonistes par rapport à l’Union
européenne.
Annexe 1 – Tableau méthodique des actions à entreprendre face à une enquête DG Concurrence sur EDF
Étape / Catégorie
Objectif
Actions concrètes
Notes stratégiques / compléments
1. Consultations préalables auprès de la Commission
Clarifier le cadre légal des aides et limiter le risque de sanction
– Déposer un dossier complet sur les aides envisagées à EDF conformément à l’article 108 TFUE¹ – Argumenter sur la dimension stratégique des centrales pour la sécurité énergétique
Permet
de préparer la défense juridique et d’identifier les objections
potentielles de la Commission avant toute enquête formelle
2. Mobilisation diplomatique auprès des États pro‑nucléaires
Créer un front commun favorable au nucléaire
–
Réunions bilatérales et multilatérales avec Belgique, République
tchèque, Finlande, Hongrie, Pays‑Bas, Roumanie, Slovaquie, Slovénie,
Suède – Déclarations communes dans les conseils de l’énergie UE
Utiliser le poids politique des alliés pour influencer la Commission et neutraliser l’opposition d’États hostiles
3. Renforcement du dossier technique et économique d’EDF
Montrer la légitimité économique et stratégique des projets
– Études sur coûts, délais et impact carbone des nouvelles centrales – Comparaison avec les alternatives (énergies renouvelables intermittentes, importations fossiles)
Argumentaire
pour démontrer que les aides sont proportionnées et justifiées par des
objectifs européens de transition énergétique
4. Communication publique et diplomatique
Influencer l’opinion publique européenne et internationale
– Communiqués sur l’importance du nucléaire pour la sécurité énergétique – Conférences et articles dans médias spécialisés et think tanks – Citations de dirigeants européens favorables (ex. président français, Premier ministre hongrois)
Permet
de montrer que l’enquête pourrait retarder un projet stratégique
crucial et d’amener les États hostiles à modérer leurs positions
5. Coordination juridique et recours possibles
Préparer des réponses formelles et anticiper le contentieux
– Préparation d’un éventuel recours devant le Tribunal de l’UE si décision de la Commission défavorable – Appui sur jurisprudence (ex. Hinkley Point, arrêt T‑912/19)
Permet
d’anticiper la durée et les contraintes d’une procédure judiciaire et
de limiter les impacts sur le calendrier des projets
6. Actions complémentaires européennes et financières
Réduire les vulnérabilités et maximiser l’acceptabilité des aides
– Mobilisation de financements européens pour transition énergétique –
Création d’un groupe de travail des États pro‑nucléaires pour aligner
les positions sur la compatibilité avec le marché intérieur
Assure
une couverture politique et financière supplémentaire, tout en
intégrant les projets dans un cadre de coopération européenne
7. Surveillance et ajustements continus
S’assurer de la cohérence de la stratégie et réagir aux évolutions
– Suivi régulier des communications DG Concurrence et positions des États membres – Ajustement des dossiers et de la communication selon les réactions
Permet de garder la maîtrise du calendrier et de réduire le risque de blocages imprévus
Annexe 2 – Dossiers lourds et leviers diplomatiques face aux actions de l’Autriche, de l’Allemagne et de l’Espagne
Dossier
État(s) en pointe
Nature de l’intervention auprès de la Commission
Levier stratégique pour coalition d’autres États
Marché du gaz et infrastructures fossiles
Allemagne, Espagne
Contestation de certaines aides à des projets gaziers et infrastructures LNG
Utiliser
la pression pour obtenir la modération de la contestation des aides EDF
et rappeler la cohérence réglementaire sur les aides énergétiques
Transition énergétique et renouvelables
Autriche, Allemagne
Surveillance des régimes de soutien aux renouvelables, critique des subventions jugées excessives
Mettre en avant la complémentarité nucléaire-renouvelables et exiger un traitement équilibré des aides
Subventions industrielles et relocalisations
Allemagne, Espagne
Contestation des aides à des projets industriels stratégiques (chimie, batteries, automobile)
Proposer
des compromis diplomatiques : limiter contestations sur EDF en échange
d’engagements de transparence dans les aides industrielles
Infrastructures énergétiques stratégiques
Autriche, Allemagne
Contestation des aides aux projets hydroélectriques et interconnexions
Souligner
l’importance des infrastructures nucléaires pour la souveraineté
énergétique et demander la suspension des objections sur EDF
Tarification carbone et ETS
Allemagne, Espagne
Influence sur les révisions de l’EU ETS pouvant limiter les avantages compétitifs de certains États
Négocier des compromis sur l’ETS afin de créer un climat favorable à la poursuite des projets nucléaires français
François Souty
François Souty est Président exécutif du Cabinet
LRACG Conseil en stratégies européennes et droit de la concurrence,
enseignant à Excelia Business School (La Rochelle-Tours-Cachan), à
l’Université Catholique de l’Ouest (Niort) et chargé d’enseignements à
la Faculté de Droit de l’Université de Nantes. Auparavant Expert
National Détaché auprès de la Commission Européenne (rapporteur
antitrust sur les marchés financier de 2018 à 2021 et chargé d’affaires
internationales de concurrence à la DG Concurrence de 2021 à 2024), il a
été conseiller économique européen pour la politique de la concurrence
auprès du gouvernement de Géorgie à Tbilisi en 2017-2018. Longtemps
Directeur départemental de la DGCCRF au ministère de l’Économie et des
Finances (1982 à 2024), il a été également professeur-associé à
l’Université de La Rochelle (1996-2018). Membre des comités d’experts de
la concurrence de l’OCDE et de la CNUCED de 1992 à 2018, il a participé
aux travaux de l’OMC sur le commerce international et la politique de
la concurrence de 1997 à 2004. Un des fondateurs du Cercle Jefferson, du
Cercle K2, de la revue Concurrences en 2004, il est auteur
d’une douzaine de livres ou rapports internationaux et de plus d’une
centaine d’articles académiques en droit et politique de la concurrence
et en histoire économique. Il prépare actuellement la 5e édition de
«Droit et politique de la concurrence de l’Union Européenne » chez
LGDJ-Montchrestien (coll. Clefs). Il est auteur d’une thèse de doctorat
en histoire économique à l’Université de Paris III sur les monopoles des
Compagnies des Indes néerlandaises au XVIIIe siècle. François Souty est
Officier de l’Ordre National du Mérite.
Sources : Commission européenne, State Aid Scoreboard, 2025‑2026 ; European Energy Policy Review, 2025, Key State Interventions in Strategic Energy Projects ; Ministère de la Transition énergétique, France, Analyse stratégique des dossiers UE 2026 ; Reuters, Austria, Germany and Spain push on EU state aid cases, mars 2026 ; European Industrial Alliance, Leveraging state aid negotiations : strategic report, 2025.
[1] Reuters, « EU may investigate French support for EDF nuclear build », dépêche du 10 mars 2026,Reuters (source en ligne, consultée le 10 mars 2026)
[2] Commission européenne, REPowerEU Plan, COM(2022) 230 final, 18 mai 2022 ; Conseil européen, conclusions des 23-24 mars 2023.
[3] Agence internationale de l’énergie, World Energy Outlook 2023, 2023 ; IMF, Global Energy Market Developments, 2024.
[8] Commission européenne, Temporary Crisis and Transition Framework, 2023.
[9] EDF, Présentation financière et plan d’investissement nucléaire, 2025, p. 12.
[10] OCDE/NEA, Nuclear Energy Outlook 2023, p. 45 ; AIE, World Energy Outlook 2023, p. 112.
[11] Ministère de l’Économie, Rapport sur la stratégie énergétique nationale, 2025, p. 28.
[12] Nicolaides, P., « Financing Large-Scale Nuclear Projects », European State Aid Law Quarterly, 21(3), 2022, p. 307–318; Commission européenne, State Aid Scoreboard, 2023.
[13] Draghi, M. The Future of European Competitiveness,
Bruxelles, 2024, p. 28-30. V. Aussi Souty, F., « L’Union européenne, le
rapport Draghi sur l’avenir de la compétitivité européenne : quelles
conséquences stratégiques inspirantes pour la France », Le Diplomate Média, 9 décembre 2025, 17 p.
[14] Commission européenne, REPowerEU Plan, COM (2022) 230 final ; Conseil européen, conclusions des 23-24 mars 2023.
[15] International Energy Agency (IEA), Nuclear Power and Secure Energy Transitions, 2022.
[16] Union
européenne, Règlement (UE) 2019/631 du Parlement européen et du Conseil
du 17 avril 2019, relatif aux normes d’émission de CO₂ pour les
voitures et camionnettes, JOUE L 111, 25.4.2019 et Directive
2009/72/CE du Parlement européen et du Conseil du 13 juillet 2009
concernant les règles communes pour le marché intérieur de
l’électricité, JOUE L 211, 14.8.2009, art. 7.
[27] Voir notamment Maulin, Romain, « Innovation :
La Commission européenne publie, le rapport Draghi lequel appelle à une
refonte de la politique de concurrence de l’Union européenne, avec pour
objectif d’adapter les règles existantes aux nouveaux enjeux
économiques et technologiques, tout en renforçant la compétitivité des
Etats membres », 9 septembre 2024, Concurrences N° 4-2024, Art. N° 121729, pp. 88-90.
[29] Euronews, Énergie nucléaire : quels pays européens la soutiennent et lesquels s’y opposent, 9 févr. 2026, présentant les positions nationales divergentes.
[30] Discours du président de la République française, Sommet AIEA sur l’énergie nucléaire, Paris, 10 mars 2026, Le nucléaire civil comme levier d’indépendance énergétique.
[32] Déclaration de l’Alliance européenne du nucléaire, European Nuclear Alliance Leaders’ declaration, 21 mars 2024.
[33] TFUE, art. 101‑109 (principes du droit de la concurrence et aides d’État).
[34] Règlement
(UE) 2023/851 modifiant le règlement 2019/631 (objectif d’interdiction
des véhicules thermiques 2035) ; Commission européenne, Fit for 55, COM(2021) 550 final.
[35] Lors
d’une conférence à Bruxelles en 2024, onze États membres ont signé une
déclaration commune en faveur du développement du nucléaire civil,
appelant à « libérer pleinement le potentiel du nucléaire » pour
renforcer la sécurité énergétique, la décarbonation et l’indépendance
industrielle (Euronews, 21 mars 2024). Les onze États pronucléaires, qui
considèrent l’atome comme une solution stable et compétitive à long
terme, comprennent la Belgique, la Bulgarie, la République tchèque, la
Finlande, la France, la Hongrie, les Pays‑Bas, la Roumanie, la
Slovaquie, la Slovénie et la Suède (Communiqué de l’Alliance européenne
du nucléaire, 4 mars 2024). Les treize États « agnostiques », n’ayant ni
politique fermement pronucléaire ni opposition déclarée et pouvant
envisager un recours futur au nucléaire, comprennent l’Italie, le
Danemark, le Luxembourg, Chypre, l’Estonie, l’Irlande, la Lettonie, la
Lituanie, Malte, le Portugal, la Pologne, la Grèce et la Croatie (Euronews, 9 févr. 2026 ; Reuters, 10 mars 2026).
Enfin, les trois États résolument anti‑nucléaires, défendant cette
position au niveau européen, et doivent être clairement contournés par
une majorité pronucléaire sont l’Allemagne, l’Autriche et l’Espagne (Euronews, 21 mars 2024 ; Euronews,
juin 2025). Cette classification couvre l’ensemble des 27 États membres
de l’UE ; elle illustre la diversité des positions et souligne les
enjeux stratégiques pour la France face à l’enquête de la Commission sur
les aides d’État à EDF.
[36]Moreau, Pierre, Droit de la concurrence et politique énergétique, LGDJ, Paris, 2024, p. 87‑102.
[37] Traité sur le fonctionnement de l’Union européenne (TFUE), art. 108 : Traités de l’Union européenne annotés, dir. Jean‑Marc Thouvenin, 8e éd., Dalloz, Paris, 2023, n° 45 et suiv.
[38]Isabelle Durant, « Souveraineté énergétique et droit des aides d’État », Revue trimestrielle de droit européen, 2025, p. 315‑337.
[39] Commission européenne, décision C(2014) 4520 final, State aid SA.35456 (UK – Hinkley Point C), JOUE C 109, 28 avril 2015, p. 1‑25 ; Tribunal de l’UE, 12 juillet 2018, Bundesrepublik Deutschland c/ Commission européenne, aff. T‑85/15, Rec. p. I‑0000 ; CJUE, 22 septembre 2020, Bundesrepublik Deutschland c/ Commission européenne, aff. C‑594/18 P, Rec. p. I‑0000.
[40] Communiqué Alliance européenne du nucléaire, European Nuclear Alliance Leaders’ Declaration, Bruxelles, 21 mars 2024 ; Claire Leclerc, « Les États pro‑nucléaires dans l’Union européenne », Revue du marché intérieur européen, nov. 2025, p. 78‑92.
[41]États membres opposés au nucléaire : Autriche et Allemagne, in Analyse comparative des politiques énergétiques européennes, dir. Sophie Laurent, Presses universitaires de France, Paris, 2025, p. 155‑179.
[43]Discours d’Emmanuel Macron, Président de la République Française, au Conseil européen de l’énergie, Strasbourg, 25 juin 2025 (texte officiel site Élysée).
[44]Déclaration de Viktor Orbán, Ministre-Président de la République de Hongrie, au Forum européen de l’énergie, Budapest, 14 février 2025.
[50] Macron, E., Déclaration sur l’énergie nucléaire, Sommet sur l’énergie nucléaire (AIEA), Paris (La Seine Musicale), 10 mars 2026, texte intégral disponible sur Vie-publique : https://www.vie-publique.fr/discours/302404-emmanuel-macron-10032026-energie-nucleaire.et Viktor
Orbán, déclarations du Ministre Président (Premier ministre) de Hongrie
relatives à la politique énergétique hongroise et au développement du
projet Centrale nucléaire de Paks (Paks II), soulignant le rôle du
nucléaire dans la souveraineté énergétique nationale ; v. notamment
Reuters, Hungary presses ahead with Paks nuclear project despite EU tensions, dépêches 2023-2025.
[51] Commission européenne, State aid SA. 35456 (UK – Hinkley Point C), notification initiale 2012, intervention formelle de l’Autriche.
[52] Commission européenne, Instruction préliminaire sur Hinkley Point C, 2012‑2014.
[53] Commission européenne, Décision sur la compatibilité des aides pour Hinkley Point C, C(2014) 4520 final.
[54] Tribunal de l’UE, T‑85/15, Challenger State v Commission, 2016.
[55] Commission européenne, déc. SA.34947 (2013/C), 8 oct. 2014, Royaume-Uni – Aide en faveur de la centrale nucléaire de Hinkley Point C, JOUE L 109, 28 avr. 2015 ; Tribunal, 12 juill. 2018, Autriche c/ Commission, aff. T-356/15 ; CJUE, 22 sept. 2020, Autriche c/ Commission, aff. C-594/18 P.
C) - 87 milliards gâchés : Le scandale ENR que personne ne veut voir
Apparemment, c’est la saison des rapports
de la Cour des comptes que la presse enterre très vite. Après celui sur
les fraudes aux cartes grises où l’on découvrait les astucieuses
méthodes pour transformer, sur le papier, une Porsche Cayenne en baraque à frites, voici celui sur le soutien public aux énergies renouvelables, publié le 17 mars dernier. Et sans surprise, c’est encore une fois un festival.
D’après la Cour, entre 2016 et 2024, le soutien aux énergies renouvelables a coûté au contribuable français la bagatelle de 26,3 milliards d’euros,
soit un coût annuel moyen de 2,9 milliards. Solide dépense moyenne qui
cache l’augmentation des dernières années : pour 2025, la facture est
estimée à 7,3 milliards d’euros, quasiment le double de 2024. Et le pic, prévu pour 2027 avec la mise en service de l’éolien en mer, culminera à 8,3 milliards, avec des contrats déjà signés engageant l’État pour 87 milliards d’euros(!) hors bilan, irrévocables, courant jusqu’en 2051.
Comme toute collectivisation d’un système
mafieux, le mécanisme est d’une perversité achevée puisque l’État
garantit aux producteurs d’ENR un tarif de rachat fixe sur 15 à 20 ans,
indépendamment du prix de marché, i.e. quand le prix de gros de
l’électricité est bas (la plupart du temps), le contribuable raque.
Certains contrats photovoltaïques signés avant 2011 coûtent encore environ 2 milliards d’euros par an jusqu’en 2029 (!),
avec des tarifs atteignant les 700 €/MWh grâce à une indexation
généreuse (le prix de marché est dix fois inférieur). L’électricité
« verte » est en réalité plaquée or puisque l’État la rachète entre 5 et
14 fois son prix réel.
C’est ce qu’on appelle la transition écologique vers la pauvreté.
Le seul moment où le dispositif a
« fonctionné » (i.e. l’État ne perdait pas d’argent), c’est pendant la
crise énergétique de 2022-2023, en pleine hausse des prix, soit lorsque
les Français se font littéralement extorquer avec leurs factures
d’énergie. En somme, non seulement ces énergies sont extrêmement
coûteuses, mais elles accroissent de façon catastrophique notre
dépendance à la conjoncture internationale et aux prix des
hydrocarbures. Bien joué, non ?
On admirera au passage le timing
diabolique de la parution de ce rapport : la Cour publie ses conclusions
la semaine même où les tensions au détroit d’Ormuz sont au plus fort,
et qu’on va une fois encore assister à une explosion des prix du gaz,
qu’il faut importer en masse pour compenser l’intermittence de l’éolien
et du solaire.
La Cour va plus loin puisqu’elle expose aussi comment et à quel point le Français se fait plumer. Elle décrit ainsi un contrôle dramatiquement lacunaire des installations subventionnées, avec une Direction générale de l’Énergie et du Climat n’ayant tout simplement aucune vue d’ensemble consolidée des
manquements et des non-conformités. Aucun bilan centralisé n’existe,
dans une sorte de « on ne sait pas combien on dépense mais on continue
quand même » particulièrement audacieux.
Les sanctions sont quasi-inexistantes :
pas de doctrine claire, un traitement disparate selon les régions et,
quand par miracle une fraude est détectée, l’administration manque
d’outils pour récupérer les aides indûment perçues. On distribue donc
des milliards, on ne vérifie rien, et quand on chope des fraudeurs, on
ne récupère rien.
Si cela rappelle furieusement le système des cartes grises, ce n’est pas un hasard : c’est une méthode.
Ajoutez à cela le système de « guichet
ouvert » pour le petit photovoltaïque et le biométhane, où tout candidat
éligible obtient un tarif fixé à l’avance sans aucune mise en
concurrence, et vous obtenez un afflux massif de demandes que personne
n’a su endiguer, des effets d’aubaine colossaux, et une facture qui
explose mécaniquement. Quant aux appels d’offres censés introduire un
peu de concurrence, ils sont chroniquement sous-souscrits : les
industriels n’ont donc aucune raison de baisser leurs prix, puisque
l’État accepte de toute façon de payer.
Mieux encore, les exploitants ENR sont
poussés à produire à plein régime même avec une faible demande et des
prix « négatifs » : puisque leur rémunération est garantie par l’État,
pourquoi arrêter les turbines ? Ils déstabilisent donc le réseau,
amplifient la chute des prix, et coûtent une fortune à la collectivité.
Tout en prétendant sauver la planète, hein, n’est-ce pas.
Malgré le côté éminemment officiel de ces
constats, les autorités et les politiciens ne prennent aucunement la
mesure de l’ampleur du désastre, aidés en cela par une minimisation
systématique des médias, au travers d’une discrétion gênée leur
permettant de pousser le sujet le plus loin possible de leurs Unes. Personne
n’en parle vraiment, mais il en va réellement de l’avenir énergétique
du pays dont tout le monde semble se foutre complètement.
Les 87 milliards d’engagements hors bilan constituent une bombe à retardement irrévocable :
l’État ne peut pas renégocier les tarifs en cours de route (la Cour
réclame d’ailleurs l’introduction de clauses de révision dans les futurs
contrats pour rattraper cette énorme bourde). La charge annuelle va plus que doubler entre
2024 (3,9 milliards) et 2027 (8,3 milliards). En un an seulement, la
Commission de régulation de l’énergie a rehaussé de 2 milliards sa
prévision pour 2025.
L’improvisation est complète.
Le plus vertigineux dans ce tas fumant de
débilités écoloïdes dispendieuses, c’est qu’on empile ceci sur un pays
au mix électrique le plus vertueux du monde. Dans ce contexte, investir
87 milliards pour des moulins à vent n’a aucun impact significatif sur les émissions de CO2.
Et pendant que la France crème le
contribuable pour subventionner des âneries, elle refuse d’exploiter son
gaz de schiste, ferme des réacteurs nucléaires et se retrouve
dépendante du GNL américain et qatari dont le prix vient justement de
tripler avec la crise d’Ormuz. C’est diaboliquement stupide : non
seulement, ces efforts coûtent une fortune au contribuable (26 milliards
déjà engloutis, 87 milliards engagés, une facture qui double d’ici
2027) mais ils mettent directement en danger l’avenir énergétique du
pays en accroissant sa vulnérabilité aux chocs extérieurs.
Pour un impact parfaitement nul sur la pollution et le climat. Un net zéro.
Et c’est pire que nul si l’on regarde Outre-Rhin où l’Energiewende a
servi d’excuse à une augmentation consternante de la pollution
atmosphérique, l’Allemagne devenant l’un des plus gros pollueurs du
continent.
Heureusement, ce rapport est passé inaperçu et tout le monde s’en tamponne. Rendormez-vous.
"H16 tient le blog Hashtable et avoue volontiers être tombé dans le libéralisme et les mocassins à glands dès sa plus tendre enfance.
Avoir multiplié les expériences hors de France l'a convaincu que son
pays s'éloigne tous les jours des Lumières et de la Liberté. C'est donc
depuis l'étranger qu'il constate quotidiennement les coups de canifs
répétés que les politiciens portent à l'idée qu'on pouvait se faire de
la France il y a encore quarante ans.
Il est également l'auteur de "Égalité, Taxes, Bisous" et de "Petit
traité d'anti-écologie: à l'usage des lecteurs méchants" parus aux
éditions Les Belles Lettres."
D) - Eoliennes – La face noire de la transition écologique
En 2019, Fabien Bouglé, auteur de Eoliennes – La face noire de la transition écologique : vers un scandale environnemental mondial,
alarme la société sur un véritable danger pour l’écologie : le secteur
éolien. Depuis 10 années, Fabien Bouglé se bat contre ce que l’on
attendait tous comme le grand remède à notre transition énergétique et
écologique. Qu’est ce qui explique cette prise de conscience contre
l’éolien, moyen énergétique anti-écologique ?
Entretien réalisé par Louis de la Houplière
Votre livre remet en question tout ce que l’école et les
pouvoirs publics ont de plus cher : la transition énergétique et
écologique, via le projet éolien. Quel est le but de vos recherches, qui
vous placent à contre-courant de la doxa dominante ?
Depuis une vingtaine d’années, les pouvoirs publics français, mais
aussi étrangers, ont fait de l’installation d’éoliennes le symbole
absolu de la politique de transition écologique et son corollaire de transition énergétique.
Visibles de très loin, les éoliennes, par leur aspect totémique, ont
permis de faire croire aux populations que les états s’engageaient
réellement dans une politique écologique devenue emblématique après le
tsunami à Fukushima, mais aussi en raison des scores électoraux des
partis dits « écologistes ».
Les campagnes médiatiques des promoteurs éoliens, facilitées par la
manne financière gigantesque consacrée à cette filière, la diffusion de
ce symbole dans la communication institutionnelle, la propagande dans
les écoles ont fini par créer un dogme : les éoliennes allaient sauver
la planète… et il fallait d’urgence les multiplier. Elles ont même fini
par incarner un symbole quasi mystique.
Malgré cela et après des années de lutte pour éclairer les esprits
sur leur danger tant d’un point de vue écologique qu’en termes de
finances publiques, on peut constater une modification importante de
leur perception par les médias et les institutions. Juste avent la crise
sanitaire du covid, le président Emmanuel Macron avait déclaré le 21
janvier 2020, que « la capacité à développer massivement l’éolien est réduite », car « le consensus sur l’éolien est en train de nettement s’affaiblir dans notre pays ».
La publication de mon livre – sorti en octobre 2019 – qui a été
transmis à de nombreux représentants de l’état a joué ce rôle
d’électrochoc et remis en cause ce que vous nommez « la doxa
dominante ». Mais cela n’a pas empêché le gouvernement, profitant de la
crise sanitaire, de décider l’installation de 12 000 éoliennes
supplémentaires en France d’ici à 2028. (NDLR : à ce jour
8 000 éoliennes sont installées en France).
Les écologistes font la guerre au nucléaire et défendent
l’énergie éolienne. Vous parlez dans votre livre d’une face cachée de
l’éolien, qui obscurcit cette quasi-religion autour de l’énergie liée au
vent ; en quoi consiste ce grand paradoxe ?
Il existe des chiffres officiels incontestables. La France est
d’abord et avant tout un pays dont la production d’électricité est à
90 % décarbonée par le nucléaire et l’hydroélectrique.
Notre pays est donc l’un des meilleurs élèves au monde en termes de
décarbonation. Installer des éoliennes c’est diminuer une production
nucléaire décarbonée par une production électrique intermittente. Or, le
facteur de charge des éoliennes n’étant que de 22 %, lorsqu’elles ne
tournent pas, EDF doit faire fonctionner des usines au gaz ou au pétrole
fortement émetteurs de gaz à effet de serre. Cet aspect a été rappelé
par la commission de régulation de l’énergie lors de la commission
d’enquête parlementaire créée par le député Julien Aubert en 2019.
Non seulement les éoliennes n’augmentent pas la décarbonation de
notre pays qui est déjà exceptionnelle, mais en plus elle contribue à
l’augmentation des émissions des gaz à effet de serre par l’utilisation
d’usines aux énergies fossiles lorsqu’elles ne tournent pas. En
Allemagne, ce sont les usines au charbon qui sont couplées aux
éoliennes. La cour fédérale allemande a dénoncé en 2019 le fait que,
malgré 500 milliards d’euros consacrés aux énergies renouvelables, dont
l’éolien, elle n’a pas connu de baisse de ses émissions des gaz à effet
de serre. La politique éolienne germanique est un échec retentissant et
on voudrait prendre ce pays en modèle.
En outre les matériaux utilisés par les constructeurs éoliens sont
soit non recyclables soit négatifs pour l’environnement. Les pales
d’éoliennes sont en fibre de verre ou de carbone non recyclable. Les
fumées produites par leur incinération sont cancérigènes. Lors de leur
démantèlement, les pales d’éoliennes doivent être enfouies dans des
décharges. Depuis la sortie de mon livre où j’évoque ce sujet, Bloomberg
a réalisé un reportage très intéressant en mettant en avant des
photographies spectaculaires de décharges d’éoliennes aux États-Unis.
Par ailleurs, les mécanismes des nacelles d’éoliennes contiennent des
terres rares en quantité, en particulier le néodyme, dont l’extraction
est réalisée en Chine notamment à Baotou. Selon les chiffres du Bureau de recherches géologiques et minières
et le ministère de l’Écologie, il faut 200 kilos de terres rares pour
une petite éolienne et une tonne pour une éolienne en mer. Ces métaux
nécessitent 10 bains d’acide sulfurique et oxalique et les déchets
contiennent des éléments hautement radioactifs. On est loin de l’image
idyllique des éoliennes assimilées par l’ONG Greenpeace à de jolies
fleurs dans les paysages pour sauver la planète.
Vous soulevez le danger de l’éolienne pour le monde animal et
l’environnement. Peut-on dire que ce projet à visée écologique est en
train de tuer l’écologie ?
Oui, là encore les études internationales sérieuses et universitaires
sur les conséquences des éoliennes sur le monde animal sont
édifiantes. Nouveau-Mexique, Inde, île de Man, France, Australie,
partout dans le monde, les spécialistes de la biodiversité alertent sur
leurs conséquences désastreuses sur la nature : diminution des
populations d’oiseaux marins par deux ou trois au large de l’île de Man,
pertes importantes des rapaces et en particulier du milan royal
relevées en Inde, en Suisse ou au Luxembourg, échouages de baleines à
proximité de centrales éoliennes au large du Rhode Island ou en mer du
Nord en Europe, mortalité inexpliquée de vaches dans différentes
exploitations en France, décès de visons au Danemark, et hécatombe
mondiale de chauves-souris pourtant essentielles à nos écosystèmes.
Les études se multiplient sur l’impact en particulier des infrasons
produits par les éoliennes sur les animaux et malgré cela les ONG
environnementales ou de défense des oiseaux (WWF, LPO, FNE, GreenPeace,
etc.) font la sourde oreille, se rendant complices de ce massacre.
Leurs sources de financement expliquent en grande partie leur silence
voire leur approbation à cette atteinte à la biodiversité sous prétexte
de sauver la planète. On assiste là à une véritable négation du projet
écologique par les associations qui s’érigent en gardiennes morales de
l’environnement et des animaux. Aujourd’hui, les soi-disant associations
écologistes se sont placées du côté des industriels qui détruisent la
nature sous prétexte d’écologie. Il y a un mois Mickael Moore a sorti un
documentaire très intéressant – déjà vu 8,5 millions de fois –, Planet for Human,
qui fait ce constat aux États-Unis. La prise de conscience que
l’écologie est tuée par de soi-disant écologistes devient un phénomène
mondial.
Le problème est d’ordre écologique, mais aussi économique ;
quels sont les coûts générés par cette « énergie verte », qui auraient
amorcé, en partie, la crise des gilets jaunes ?
Là encore, de nombreuses institutions ont alerté sur le coût
astronomique des éoliennes. La Commission de régulation de l’énergie, la
cour des comptes en 2018, la commission des finances de l’assemblée
nationale en 2019, toutes ont évalué le coût futur de la politique des
éoliennes (en mer et sur terre) entre 80 et 120 milliards d’euros pour
les prochaines années sans compter les dépenses passées qui se chiffrent
en dizaines de milliards d’euros. À cela, il convient d’ajouter le coût
de modification des réseaux électriques évalué par RTE à environ
35 milliards d’euros.
Toutes ces dépenses sont payées par les consommateurs sur leur
facture d’électricité ou sur leur facture d’essence via la taxe carbone.
Des taxes servent à payer les subventions des promoteurs éoliens qui
touchent 83 euros le mégawattheure pour les éoliennes sur terre et
environ 180 euros le mégawattheure pour les 6 projets d’éoliennes en mer
alors que le prix de marché est de l’ordre de 40 euros le
mégawattheure. Avec la crise du covid, ce prix de marché s’est même
effondré : il était fixé à 18 euros le jeudi 27 mai.
Avec la crise sanitaire,
les promoteurs éoliens qui bénéficient d’un prix garanti voient leurs
subventions fortement augmenter puisque la différence entre le prix
garanti et le prix de marché est beaucoup plus forte, cela risque de
faire augmenter d’autant la masse financière considérable que doivent
payer les français en particulier sur leur facture d’essence.
En effet, la Commission de régulation de l’énergie a expliqué il y a
un an que ces subventions aux promoteurs éoliens étaient financées par
un compte d’affectation spéciale (CAS) alimenté par la taxe carbone dont
l’augmentation est à l’origine de la crise des gilets jaunes. Il y a un
lien très étroit entre la politique éolienne de notre pays et la crise
des gilets jaunes…
Ce qu’il faut retenir c’est que les milliards d’euros ponctionnés aux
Français servent en réalité à alimenter les profits considérables des
fonds de pension étrangers propriétaires de ces centrales éoliennes. En
fait, l’argent des Français sert à financer la retraite des pays
étrangers. C’est un incroyable constat, mais c’est la pure vérité, car
une grande partie des centrales éoliennes n’appartiennent pas à des
groupes énergétiques français.
Votre livre critique le pouvoir des lobbyistes sur les
décisions de l’État. En tant qu’élu municipal, pensez-vous que les élus
locaux disposent d’une marge de manœuvre suffisante pour faire stopper
le projet éolien ?
Par des réformes successives, le gouvernement et en particulier les
différents ministres de l’écologie ont dans le domaine éolien supprimé
des voies de recours, testé la suppression des commissaires
enquêteurs, supprimé le premier degré de juridiction, supprimé les avis
préalables du conseil national de la protection de la nature, et diminué
le pouvoir décisionnel des élus et maires …
Bref toutes ces mesures ont été prises pour accélérer les
installations des éoliennes en dépit des résistances citoyennes ou même
des élus. Cela rend la situation intenable et effectivement les élus
mêmes dans la majorité ont bien du mal à lutter contre les projets
éoliens qui leur sont imposés avec la complicité des préfets aux ordres.
Nous sommes dans une situation que j’ai nommée dans mon livre de
« dictature verte ». La décision doit s’imposer coûte que coûte et la
population n’a plus son mot à dire. Sur le terrain, cela devient
insupportable et cela explique la radicalisation du monde rural de plus
en plus remonté contre les éoliennes.
La construction des éoliennes requiert des matériaux dont la
France ne peut assumer l’approvisionnement. Finalement, le grand projet
écologique de l’éolienne est entravé par l’importation d’éléments
nécessaires venant de Chine. Ce phénomène de dépendance est-il contesté
en France ?
Les terres rares constituent l’élément de fabrication de l’éolienne
ayant le plus d’enjeux géostratégiques à l’échelle mondiale. En effet,
la chine a conquis un quasi-monopole mondial de l’extraction de terres
rares. Les seules mines de Baotou en Mongolie réalisent à elles seules
70 % de la production mondiale de terres rares. Ces métaux sont
d’ailleurs au cœur du conflit commercial opposant les États-Unis et la
Chine qui profite de sa position monopolistique pour s’affirmer sur la
scène politique et commerciale mondiale.
Nos sociétés écologiquement correctes sont très dépendantes de ces
terres rares qui causent, nous l’avons vu par ailleurs, de véritables
désastres environnementaux. C’est la raison pour laquelle nos sociétés
occidentales ont préféré délocaliser la pollution générée par ces terres
rares loin en Chine. La fabrication des voitures électriques, des
ordinateurs, des téléphones et bien sûr des éoliennes est, comme je l’ai
dit précédemment, très consommatrice de terres rares. Contrôlant le
marché des terres rares, la Chine peut évidemment imposer ces éoliennes
manufacturées dans ces usines.
À cet égard on remarquera que la France subventionne une industrie
qui lui a totalement échappé. En effet, notre pays ne dispose d’aucun,
je ne dis bien d’aucun constructeur d’éoliennes. Si bien que pour
installer nos centrales éoliennes, il nous faut utiliser des éoliennes
danoises (Vestas), hispano-allemandes (Siemens-Gamesa), ou chinoises
(Godwind). En France nous nous contentons juste de mettre en place des
chaînes d’assemblage comme un pays sous-traitant.
Là encore cela pose d’énormes problèmes de balance commerciale
puisque nous subventionnons une filière dont les retombées industrielles
ne bénéficient qu’à la marge à notre pays. Cet aspect commence à être
dévoilé, mais constitue une importante « anomalie » dont les
représentants de l’État ont peine à se rendre compte. Nous finançons à
fonds perdu l’industrie étrangère et cela devient très grave.
Quel est l’impact des éoliennes sur le territoire ? Peut-on
dire que l’on assiste à une baisse d’attractivité progressive du terroir
français, pourtant réputé pour la qualité de ses paysages ? Cela doit
avoir des conséquences sur le tourisme, à n’en pas douter…
Partout où les éoliennes sont installées, on assiste à une
multiplication des résistances populaires. Les décisions prises à Paris
de multiplier les éoliennes ont créé une rupture sociologique entre le
monde rural ou littoral qui subit de plein fouet les conséquences
dramatiques de l’installation des centrales éoliennes et le monde urbain
et en particulier parisien qui rêve d’une société écologique, mais
laisse aux ruraux le soin de subir les conséquences d’une telle
politique.
Les éoliennes sur terres peuvent faire jusqu’à 240 mètres de haut
pales comprises et la distance d’implantation est d’au minimum
500 mètres. Dans les campagnes, il y a des ruraux en situation de
détresse, des suicides, des dépressions. Le monde des pêcheurs doit
laisser la place au promoteur éolien et cela de manière autoritaire. Du
Tréport à Saint-Brieuc et jusqu’à Noirmoutier, la pêche traditionnelle
est en grand danger. Partout où les éoliennes ont été installées, le
tourisme baisse. Là encore des études détaillées ont montré que les
touristes ne veulent pas s’installer dans un lieu de villégiature qui
donne directement sur une centrale éolienne.
Un projet de 22 éoliennes est prévu sur la montagne Sainte-Victoire,
emblématique de l’œuvre du peintre Cézanne. Les promoteurs éoliens,
avec la complicité d’un état aveuglé, sont prêts à tout détruire pour
imposer leurs machines infernales. La tension est à son comble dans les
campagnes et sur les côtes.
Finalement, à vous lire, on a l’impression de se trouver au
cœur d’une véritable guerre économique. Les éoliennes seraient-elles le
symbole d’un conflit économique mondial ?
Oui, nous sommes en guerre, une guerre d’un nouveau genre où les
acteurs industriels s’imposent dans un paysage en détruisant le cadre de
vie de nos concitoyens et cela dans toutes les régions. Mais nous
sommes également dans une guerre économique dont peu de nos gouvernants
ont conscience, aveuglés qu’ils sont par la nécessité de « plaire » aux
leaders d’opinion écologiques qui sont main dans la main avec les
promoteurs éoliens.
L’Allemagne a intérêt à voir réduire en France notre parc nucléaire
non seulement dans la mesure où elle profite du marché des éoliennes
dont elle est un des leaders mondiaux, mais aussi parce que, en
accroissant le coût de notre électricité, elle permet de baisser la
compétitivité de notre industrie. Ne parlons pas des États-Unis qui ont
toujours en sous-main œuvré pour la destruction de notre avancée
technologique dans le domaine du nucléaire. Bref, certains pays ont tout
intérêt à nous affaiblir économiquement en nous vendant des solutions
électriques archaïques et polluantes avec les éoliennes tout en
détruisant notre nucléaire qui constitue un élément phare de notre
souveraineté électrique.
Ce n’est pas étonnant dans ce contexte que l’Allemagne ait réussi à
installer au sein même des locaux du ministère de l’Écologie un
organisme de lobbying de droit allemand, l’OFATE (Office
Franco-Allemands pour la transition écologique), ayant pour vocation
notamment de développer la filière éolienne. Une véritable hiérarchie
parallèle s’est ainsi créée au sein même de nos institutions. Alors,
oui, nous sommes en guerre, mais encore une fois nos gouvernants n’en
ont pas encore conscience ou font semblant de ne pas le voir.
E) - Facture salée - Énergies renouvelables : la facture publique dépassera 18 milliards d’euros en 2026 et 2027
Le soutien à l’électricité renouvelable et au biométhane coûtera
8,4 milliards d’euros en 2026, puis 9,8 milliards en 2027, annonce la
Commission de régulation de l’énergie. Une hausse portée par de
nouvelles installations bénéficiant de prix garantis.
La parenthèse aura été courte… Seulement
deux ans. En 2022 et 2023, la flambée des prix de l’électricité avait
transformé les aides aux énergies renouvelables en recettes pour l’État,
lui offrant une manne inattendue de près de 5 milliards d’euros. Las…
Les cours sont depuis retombés. Les contrats à prix garanti redeviennent
une dépense publique, et celle-ci augmente. Rapidement.
Selon
les nouvelles prévisions de la Commission de régulation de l’énergie,
le soutien à l’électricité renouvelable produite en métropole coûtera
7,29 milliards d’euros en 2026, puis 8,38 milliards en 2027. Le
biométhane ajoutera 1,11 milliard cette année et 1,37 milliard l’an
prochain. Soit, au total, quelque 18,15 milliards d’euros en deux ans.
Le
principe de ces contrats est simple. L’État promet aux producteurs une
rémunération fixée à l’avance, souvent pour quinze ou vingt ans. Lorsque
leur électricité se vend moins cher sur le marché, la puissance
publique paie la différence… Lorsque les cours dépassent le prix
garanti, les producteurs reversent l’excédent. C’est donc ce qui s’est
produit au plus fort de la crise énergétique, en 2022 et 2023 – deux années qui auront été une exception dans une série historique presque entièrement composée de dépenses.
Depuis
2003, ces contrats ont presque toujours coûté de l’argent à l’État. En
additionnant les soutiens à l’électricité renouvelable et au biométhane,
la facture nette atteint 56,6 milliards d’euros entre 2003 et 2025.
Elle approchera 74,8 milliards à la fin de 2027, selon les prévisions de
la CRE. Ces sommes tiennent compte des recettes exceptionnelles
encaissées pendant la crise.
Énergies renouvelables : la facture publique dépassera 18 milliards d’euros en 2026 et 2027 -
La facture nette des soutiens publics à l'électricité renouvelable atteint 56,6 milliards d’euros entre 2003 et 2025. Elle approchera 74,8 milliards à la fin de 2027, selon les prévisions de la CRE.
Géraldine Woessner
F) - Le monde construit des réacteurs nucléaires et la France se suicide
Samedi dernier, pendant que vous étiez bêtement occupés à choisir
entre la plage et la sieste, le gouvernement, lui, travaillait en
loucedé et publiait discrètement au Journal officiel
le décret actant la « Stratégie nationale bas-carbone » troisième du
nom, la fameuse SNBC-3, qui grave dans le marbre réglementaire la
trajectoire française vers la neutralité carbone en 2050.
Un décret, un samedi de juillet, sans vote parlementaire sur le fond…
Tout ceci n’a rien d’un hasard et la méthode résume assez bien le
projet.
Et quel projet !
Jugez plutôt : fin du charbon en 2030, fin du pétrole en 2045, fin du
gaz fossile en 2050, le tout assorti de « budgets carbone » sectoriels
contraignants pour l’énergie, le bâtiment, l’agriculture et les
transports, comme le détaillent Les Echos avec le sérieux comptable qui sied à l’inventaire actuariel avant naufrage.
Bien sûr, le vocabulaire employé ici est technocratique, feutré et
volontairement rassurant : on parle de trajectoires, de feuilles de
route, de planification. Cela évite habilement d’évoquer des
« rationnements », ce qui serait vulgaire. Après tout, la décroissance
ne s’annonce d’ailleurs jamais comme telle : elle arrive toujours en
costume-cravate, un classeur sous le bras, avec un paquet de diapos sur
les co-bénéfices éco-conscients en bio-syntonisation.
Cependant, l’Histoire ne laisse guère de doute sur ce que produit le
rationnement de l’énergie : de la ruine, puis de la misère, dans cet
ordre et sans exception connue.
En outre, on admirera le timing particulièrement diabolique de ces
choix écologiques : la France, souveraine et apparemment plus très
lucide, semble ainsi décidée à se tirer une (énième) balle dans le pied
(discipline olympique qu’elle remporte haut la main assez régulièrement)
au moment où la même expérience grandeur nature tourne déjà, sous nos
yeux, juste de l’autre côté du Rhin.
Eh oui : nos frétillants voisins Teutons testent déjà pour nous tout
l’attirail proposé : sortie du nucléaire, tout-renouvelable, énergie
chère érigée en vertu civique, …
Les résultats sont tombés et ils sont, comment dire, pédagogiques : selon Destatis
(l’INSEE allemande), la production des vilaines industries énergivores
allemandes s’est effondrée de 15,2 % entre février 2022 et mars 2026, et
la méchante industrie polluante dans son ensemble a reculé de 9,5 %,
quatrième année consécutive de baisse.
Volkswagen supprime des emplois par dizaines de milliers,
Thyssenkrupp se démembre, la chimie délocalise vers des cieux où
l’électron ne coûte pas le prix du safran, bref, l’ancien moteur
industriel de l’Europe cale, fume, et personne à Berlin ne semble pressé
d’ouvrir le capot.
Et voilà donc le modèle que Paris, jamais en manque d’une bonne idée déjà ratée ailleurs, s’empresse de copier par décret.
Copier, et même surpasser : la France ajoute bien évidemment sa touche personnelle puisqu’elle fait tout cela en étant déjà ruinée.
Rappelons les données du problème, pour les distraits du fond : une
dette publique à 3 536 milliards d’euros, soit 117,5 % du PIB, un
déficit chronique, une désindustrialisation presque complètement
achevée, des hôpitaux à l’os et une école en déliquescence…
C’est dans ce contexte que Monique Barbut, celle qui, apparemment, serait ministre de la Transition écologique, se réjouit que l’écologie devienne « le budget le plus renforcé après celui des Armées ».
Quel régal ! Pendant que les services publics ferment ou s’étiolent
les uns après les autres, le contribuable aura au moins la satisfaction
de financer, en priorité nationale, sa propre pénurie énergétique ! Ce
faisant, il paiera d’ailleurs deux fois et avec le sourire (c’est
important, la bonne humeur, de nos jours !) : une première fois en
impôts pour la planification, une seconde en pouvoir d’achat lorsque
l’énergie renchérie aura achevé son emploi.
Pour nos politiciens dont le but est clairement de saboter le pays, c’est ce qu’on appelle un cercle vertueux.
Pendant ce temps, le reste de la planète a fait ses calculs, et ils ne ressemblent pas aux nôtres.
Les États-Unis relancent massivement leur filière atomique à coups de
décrets présidentiels, l’Inde, la Turquie, l’Égypte et le Golfe
construisent, achètent, électrifient.
Tout ce petit monde a compris que la puissance du XXIe siècle se
mesurera en gigawatts disponibles, pendant que l’Europe, elle, paie déjà
son gaz 4,6 fois plus cher que les Américains
et son électricité 2,4 fois plus cher que les Chinois, les Américains
ou les Indiens. Eux comptent en térawattheures ; nous comptons le nombre
d’alinéas des articles de lois visant à leurs interdictions. Chacun ses
points forts.
Le pompont est que la France n’a même pas l’excuse de l’impuissance :
elle possède la filière nucléaire, le savoir-faire, le parc installé et
a même réalisé, dans les années 70 et 80, la seule décarbonation rapide
et massive d’une grande économie de l’histoire, sans budget carbone,
sans frétillante andouille ministérielle extatique et sans décret de
rationnement : en construisant des centrales, tout bêtement.
La solution existe donc, elle est éprouvée et mieux encore, elle est française.
Si l’objectif était vraiment le carbone, la réponse serait évidente et tiendrait en un mot de neuf lettres.
Et si cette réponse évidente est soigneusement écartée au profit du
rationnement administratif et des interdictions calendaires, c’est que l’objectif n’est pas le carbone, c’est le contrôle.
La neutralité carbone par décret est une religion d’État, avec son
clergé ministériel, ses indulgences budgétaires et ses processions de
textes réglementaires publiés les samedis d’été, exclusivement destinée à
contrôler les individus, leurs habitudes et leur vie dans le moindre
détail. Cela n’a aucun rapport avec des économies d’énergie, la
décarbonation ou sauver les ours polaires.
Une bonne nouvelle surnage cependant : la fin du pétrole est promise
pour 2045, soit, au rythme actuel de notre désindustrialisation, une
bonne dizaine d’années après la fin de notre industrie, ce qui veut dire
que, pour une fois, l’objectif gouvernemental suicidaire est
parfaitement atteignable.