L’Europe au bord du gouffre ? Après les émeutes en France, en Italie et ailleurs, le spectre de l’effondrement…
Après la journée de violences du 17 octobre en France, les émeutes de Milan et les manifestations qui secouent plusieurs pays européens, une question s’impose : le Vieux Continent traverse-t-il une crise passagère ou une véritable décomposition historique ? Désindustrialisation, dépendances énergétiques, tensions migratoires, fractures sociales et impuissance stratégique : les symptômes s’accumulent alors que Washington, Pékin et Moscou redessinent les rapports de force mondiaux. L’Union européenne, elle, paraît parfois davantage préoccupée par la réglementation de ses citoyens que par sa propre survie politique. Le parallèle avec l’URSS finissante est évidemment imparfait. Mais il rappelle une vérité que les dirigeants européens auraient tort d’oublier : les ensembles politiques ne disparaissent pas seulement sous les coups de leurs ennemis. Ils peuvent aussi s’effondrer de l’intérieur, lorsque leurs peuples cessent de croire en eux.
Du 17 octobre aux émeutes de Milan : L’Europe découvre ses fractures intérieures
Le 17 octobre 2026 restera comme une journée particulièrement révélatrice de la crise française. Des centaines de milliers de manifestants, pour l’immense majorité pacifiques, ont exprimé à juste titre une colère sociale réelle, née de la vie chère, de la dégradation des services publics et du sentiment d’abandon d’une partie de la population. Or cette mobilisation a également été marquée par des pillages, des razzias, des incendies, des attaques contre les forces de l’ordre et des bâtiments publics.
Des violences auxquelles ont surtout participé des militants de l’extrême gauche radicale, excités et exaltés par Mélenchon et ses sbires de LFI, et souvent issus d’une petite bourgeoisie qui aime tant dénoncer le capitalisme qu’elle semble éprouver un plaisir particulier à en saccager les vitrines, ainsi que des jeunes venus de quartiers populaires, animés d’une hostilité et d’une haine féroce envers la France et ses institutions. Mais ne confondons pas révolte de la misère et pillage d’opportunité. Là où, en Iran par exemple, certaines émeutes ces derniers mois ont conduit des manifestants à s’en prendre à des commerces alimentaires, les pillards qui repartent avec des vêtements de luxe et des iPhone dernier cri ne semblent pas exactement préoccupés par le prix de la baguette, de l’essence ou de l’électricité… À croire que, pour certains révolutionnaires du samedi, la lutte contre les inégalités consiste surtout à faire leurs courses de Noël avant l’heure, sans avoir à passer par la caisse !
À Limoges, l’hôtel de ville a été incendié. À Marseille, la mairie a été envahie et saccagée. Toutes les villes, grandes ou moyennes, ont été touchées. Plus de 1 000 policiers ont été blessés selon les premiers bilans. Comme l’a montré notre récent décryptage dans Le Diplomate, derrière les images, qui ont choqué le monde, d’une France qui brûle se dessine surtout la crise d’autorité d’un État, totalement dépassé et déconnecté, qui peine désormais à anticiper les désordres qu’il prétend maîtriser.
Et le phénomène dépasse nos frontières. À Milan, les violences ont conduit le gouvernement Meloni à annoncer le déploiement de 500 militaires supplémentaires. Le Portugal connaît des mobilisations sur le logement, l’Albanie des protestations contre la corruption et les conditions de vie. Ces événements ont des causes différentes ; les confondre dans une insurrection européenne unique serait historiquement et bien évidemment absurde. Mais leur simultanéité révèle un malaise plus profond, celui de sociétés où la confiance envers les institutions s’érode dangereusement.
Les catastrophes historiques ne sont pas toujours conduites par un grand stratège. Elles résultent parfois de milliers de décisions médiocres, de mauvaises anticipations et de réactions en chaîne. L’effondrement d’un État ne commence pas nécessairement par une défaite militaire. Il peut survenir lorsque celui-ci devient incapable d’assurer simultanément la sécurité, le fonctionnement de ses infrastructures et la cohésion de sa population. Et il faut reconnaître à nos dirigeants européens un talent assez exceptionnel : ils semblent capables de transformer chaque problème qu’ils prétendent résoudre en une nouvelle crise nécessitant une commission supplémentaire…
Les tensions migratoires et communautaires aggravent ces fragilités lorsqu’elles rencontrent les crises économiques et sociales, le chômage, la ségrégation territoriale et l’affaiblissement de l’autorité publique. Depuis la crise migratoire de 2015, les épisodes de Ceuta, les violences anti-immigration observées au Royaume-Uni ou les tensions espagnoles ont montré combien ces questions pouvaient déstabiliser les sociétés européennes. Par ailleurs, ne l’oublions jamais, l’islamisme politique, les réseaux issus de la mouvance des Frères musulmans, interdits dans de nombreux pays arabes et financés par nos « chers amis » du Qatar et la Turquie d’Erdogan ainsi que le terrorisme jihadiste constituent des défis sécuritaires spécifiques, qu’il est irresponsable de minimiser et bien plus dangereux que les ingérences russes, certes réelles mais trop souvent fantasmées.
Quoi qu’il en soit, le danger tient précisément à la rencontre possible de ces fractures. Une société peut supporter longtemps des difficultés économiques ; elle résiste beaucoup moins bien lorsque la défiance et l’incompétence politique s’ajoutent aux antagonismes communautaires et à la violence de rue. On ne gouverne pas éternellement une poudrière à coups de méthode Coué, de com’ et en distribuant des communiqués de presse de condamnations de principe.
L’Union européenne face à son miroir soviétique : L’idéologie contre la puissance
J’avais déjà développé, dans mon éditorial « Europe : La révolution qui vient — sursaut ou disparition », ce rapprochement volontairement provocateur avec l’Union soviétique agonisante. Il ne s’agit évidemment pas d’assimiler Bruxelles au régime totalitaire soviétique. Mais certaines ressemblances institutionnelles méritent réflexion : bureaucratisation excessive, langage officiel de plus en plus déconnecté du réel et du quotidien, généralisation de la censure, réflexes de centralisation et difficulté croissante à entendre les contestations et les peurs populaires.
L’Union européenne demeure un espace démocratique et prospère à l’échelle mondiale. Mais pour combien de temps ?
En effet, sa gouvernance révèle des faiblesses structurelles que ses propres institutions reconnaissent. Le rapport Draghi a évalué à 750 à 800 milliards d’euros par an les investissements supplémentaires nécessaires pour restaurer sa compétitivité. Eurostat relevait une croissance de seulement 1,2 % sur un an au deuxième trimestre 2026. Pendant ce temps, les industriels européens continuent de subir les normes ubuesques, le coût de l’énergie, la fragmentation des marchés financiers et les retards d’investissement technologique.
La crise énergétique d’octobre, aggravée par les tensions au Moyen-Orient, vient rappeler brutalement que la souveraineté ne se décrète pas. Elle suppose des centrales, des usines, des infrastructures et des ressources disponibles… et surtout d’une stratégie exempte d’idéologie. Or une partie de la caste dirigeante européenne, progressiste et mondialiste, a longtemps semblé considérer que l’on pouvait remplacer une stratégie industrielle par des objectifs réglementaires… ou écologiques. À Bruxelles, certes, on sait parfaitement attacher les bouchons aux bouteilles pour sauver le monde. Pour fabriquer les technologies qui domineront le XXIe siècle, c’est manifestement plus compliqué… Il faut dire qu’entre inventer l’avenir et interdire l’andouille de Guémené ou réglementer la taille des légumes, nos eurocrates ont depuis longtemps choisi leur domaine d’excellence !
De fait, le contraste avec les États-Unis et la Chine devient saisissant et consternant, avouons-le. Washington et Pékin investissent massivement dans l’intelligence artificielle, la robotique, les semi-conducteurs et les technologies spatiales. Selon une étude publiée par le Parlement européen, les investissements privés américains dans l’IA atteignaient 109 milliards de dollars en 2024, contre environ 19 milliards pour l’Europe… Le continent conserve pourtant d’immenses compétences scientifiques et industrielles. Son problème n’est donc pas l’absence de talents, mais la difficulté à les financer, les retenir et transformer leurs découvertes en puissance économique.
La question des libertés numériques illustre également les contradictions européennes. Le Digital Services Act poursuit officiellement des objectifs légitimes de protection des utilisateurs et de lutte contre les contenus illégaux, tout en prévoyant des garanties et des recours. Mais son application soulève aussi des interrogations sur les pouvoirs de censure, de régulation, les risques de retrait excessif de contenus et la place laissée aux médias alternatifs. Pourtant, une démocratie digne de ce nom devrait combattre les infractions sans faire de la contestation politique une anomalie à corriger, non ? À ce rythme, certains finiront par considérer que la liberté d’expression consiste essentiellement à pouvoir applaudir les décisions de Mme von der Leyen, à condition bien sûr de respecter les normes européennes sur les applaudissements !
À Munich, en février 2025, JD Vance avait précisément dénoncé le recul de la liberté d’expression et les choix migratoires des gouvernements européens. Ses propos ont suscité une vive controverse, notamment parce qu’ils évoquaient comme principales menaces pour les Européens, la submersion migratoire, l’islam politique et le wokisme, tout en minimisant, selon ses contradicteurs, le danger russe. Or, que cela plaise ou non, et malgré la chape de plomb idéologique et les cris d’orfraie de l’intelligentsia occidentale, il a pourtant parfaitement raison ! Arrêtons de considérer avec condescendance et mépris les dirigeants de l’administration américaine actuelle comme de simples neuneus et comme essaient de nous le faire croire les médias mainstream. Il y a plus de clowns à Bruxelles qu’à Washington, croyez-moi. Trump et Vance ne sont pas arrivés à la tête de la première puissance mondiale par hasard. Il suffit simplement de comparer le parcours du vice-président américain avec celui des tristes technocrates et de certains dirigeants européens…
Ukraine, Russie, Chine : Le monde se partage sans les Européens
C’est peut-être sur le terrain géopolitique que le déclassement européen apparaît le plus nettement. Depuis l’invasion russe de février 2022, l’Union européenne et ses États membres ont consacré, selon la Commission européenne, 231,5 milliards d’euros au soutien global de l’Ukraine à la mi-octobre 2026. Ce chiffre englobe des formes diverses d’assistance et ne saurait être assimilé à une simple dépense militaire. Mais quel gouffre financier pour un si piètre résultat !
Pour les défenseurs de cette politique, il s’agit de préserver la souveraineté ukrainienne (alors qu’ils se moquent éperdument de celle de leurs propres nations, étonnant non ?) et d’empêcher que la conquête territoriale par la force ne devienne une pratique acceptable voire que l’armée russe (pourtant « la plus nulle du monde » selon certains) déferle sur Berlin et Paris ! Faut-il simplement rappeler à certains de nos grands stratèges de plateaux TV, que les Russes ont mis péniblement plus de quatre ans pour conquérir seulement… 15% du territoire ukrainien !
Soyons sérieux. Ces arguments sont aussi stupides que fallacieux. Mais une autre question, géostratégique celle-là, mérite d’être posée : quel ordre de sécurité européen cherche-t-on réellement à construire au terme de cette guerre ?
La Russie a envahi l’Ukraine et porte peut-être la responsabilité première du déclenchement de cette guerre. Soit. Cela n’interdit nullement d’examiner les erreurs diplomatiques occidentales, les intérêts du complexe militaro-industriel américain ou le coût d’une rupture durable entre l’Europe et Moscou. J’ai consacré plusieurs éditoriaux aux intérêts économiques et stratégiques qui prospèrent sur les conflits prolongés. Et en effet, les marchands de canons et leurs VRP néoconservateurs, qui n’ont aucune considération géopolitique, ont rarement besoin d’une victoire définitive ; une guerre qui dure peut déjà constituer une excellente affaire. Il faut bien que la paix attende son tour : elle présente le regrettable défaut de rapporter beaucoup moins à ceux qui vivent de la guerre…
Depuis des décennies, les réalistes, comme Kissinger, savent qu’une architecture continentale stable ne peut ignorer la Russie, sa profondeur stratégique, ses ressources énergétiques et sa puissance nucléaire. De même que, comme de Gaulle et d’autres le déclaraient, une Europe-puissance n’est possible que de « l’Atlantique à l’Oural » voire pour d’autres « de Brest à Vladivostok », désignant un projet géopolitique d’une grande puissance eurasiatique, une Europe des nations, unie et forte, partenaire de la Russie, de l’océan Atlantique à l’océan Pacifique. Au lieu de cela, par idéologie, pour soutenir un pouvoir ukrainien ultra-corrompu et servir certains intérêts financiers fort douteux, la caste européenne hors-sol a créé une grave crise énergétique et un nouvel ennemi pour l’Europe, dont elle n’avait nullement besoin dans le monde actuel… Tout ceci en se privant donc du gaz et des extraordinaires ressources minières et naturelles russes, et en poussant Moscou à se jeter (qui l’a fait à contre-cœur) dans les bras de la Chine ! Quels visionnaires nous avons là ! Avec de tels bergers, nous n’avons même plus besoin de loups ! Et ce n’est pas être pro-Russe de dire cela. C’est au contraire être profondément pro-Français et pro-Européen !
Comble de l’ironie ou de l’absurde, l’actualité vient d’ailleurs de fournir une illustration éloquente de cette marginalisation européenne. Selon des informations publiées le 19 octobre, Vladimir Poutine aurait proposé un sommet avec Donald Trump et Xi Jinping pour discuter de la guerre en Ukraine. Ni la participation américaine ni celle de Pékin n’étaient alors acquises, et l’initiative ne constitue donc pas un nouveau Yalta. Mais son architecture politique est révélatrice : les trois grandes puissances discuteraient du destin stratégique de l’Europe sans que les Européens soient annoncés à la table, ni même l’Ukraine directement concernée… Pathétique !
Le véritable défi européen ne se situe pourtant pas exclusivement à l’Est. Il se trouve surtout au sud, dans une Afrique en pleine transformation démographique, au Moyen-Orient, où les crises se succèdent, et au sein même de nos sociétés, où les fractures économiques et politiques menacent les cohésions nationales. Une politique de sécurité sérieuse doit pouvoir traiter ces menaces simultanément, sans les opposer artificiellement.
Pendant ce temps, la Chine consolide sa puissance industrielle, l’Inde poursuit son ascension et l’économie russe n’est toujours pas à genoux comme nous l’annonçait notre inénarrable Bruno Le Maire… Bien au contraire, la Russie, malgré le coût considérable de sa guerre et les sanctions, conserve d’importantes capacités énergétiques et militaires. Les États-Unis de Trump cherchent à résister au déclin et à préserver leur prééminence face à Pékin, sans que leurs choix, notamment au Moyen-Orient, soient exempts d’erreurs et compromettent le fameux « sursaut » Trump. Quoi qu’il en soit, les grandes puissances agissent selon leurs intérêts. Les dirigeants européens, eux, ne veulent toujours pas définir collectivement les leurs.
Bref, l’Europe aurait pourtant, et c’est cela qui est le plus consternant, un potentiel énorme. Elle ne manque ni d’histoire, ni de richesses, ni de capacités humaines. Elle manque surtout d’une vision politique capable de relier la sécurité intérieure, l’indépendance énergétique, la puissance industrielle et la légitimité démocratique. Le parallèle avec la fin de l’URSS ne doit pas devenir une prophétie facile : les institutions européennes disposent encore de ressources considérables (malheureusement ?). Or l’Histoire est cruelle envers les dirigeants qui prennent la permanence de leurs institutions pour une garantie d’éternité.
Une civilisation ne disparaît pas parce qu’elle cesse de rédiger des règlements. Elle peut disparaître lorsqu’elle ne sait plus pourquoi elle les rédige, ni qui elle prétend protéger.
En attendant, les tristes sires (non élus !) au gouvernail de l’Union européenne multiplient les déclarations martiales à l’égard de Moscou, donnant parfois le sentiment que l’escalade est devenue une politique à part entière, quels qu’en soient les risques. Notre ineffable Emmanuel Macron, le premier, affiche un bellicisme et une fermeté internationale qui contrastent piteusement avec ses difficultés persistantes à maintenir l’ordre sur son propre territoire. À croire qu’il est parfois plus facile de parler de faire la guerre à la Russie que de maîtriser une petite racaille de 14 ans et son pistolet à eau au canal Saint-Martin, à Paris, comme cet été… Alors rétablir la paix dans les rues française face à des dizaines de milliers de pillards, vous pensez bien… !
D’ailleurs, de cette journée du 17 octobre, notre président semble surtout avoir retenu une prétendue « manipulation étrangère de l’information » et la circulation d’« images générées par IA ». Encore un coup des Russes, sans doute ! Non mais jusqu’où il va-t-il descendre ? C’est consternant !
Et pendant ce temps, on l’a dit, les grandes puissances préparent le monde de demain. L’Europe aurait donc intérêt à retrouver rapidement le sens de ses priorités. Malheureusement, nous en sommes encore loin. L’Histoire, contrairement aux sommets européens, ne suspend jamais ses travaux faute de consensus.
« Le poisson pourrit toujours par la tête », disait l’autre. Et finalement, comme je le rappelle souvent, les plus grands dangers qui menacent l’Europe ne sont peut-être pas ceux que j’ai évoqués plus haut. Ni l’immigration massive et incontrôlée, ni l’entrisme islamiste des Frères musulmans, ni le terrorisme jihadiste, ni même les explosions sociales qui se multiplient sur notre continent. Car, aussi graves soient ces menaces, le péril le plus redoutable pourrait bien venir de ceux-là mêmes qui prétendent nous en protéger : nos propres dirigeants !
Roland Lombardi
Roland Lombardi est docteur en Histoire, géopolitologue, spécialiste du Moyen-Orient et des questions de sécurité et de défense. Fondateur et directeur de la publication du Diplomate.
Une France pré-révolutionnaire et des bilans....sans fin !
La France flirte avec la récession, ses dirigeants avec la médiocrité. Et si 2027 ressemblait davantage à 1789 qu’à une élection ordinaire ?
La campagne présidentielle n’est pas à la hauteur. Sans
doute le serait-elle si notre pays était bien portant, comme dans les
années 1960 ou 1970. Or, ce n’est pas le cas, il s’en faut. À une ou
deux exceptions près, nous n’avons droit, pour l’heure, qu’à des
boniments de boutiquiers ou de braillards du monde d’hier.
Une Europe indépendante signifie que Washington ne fera plus la loi.
Washington devra s’habituer à une politique internationale transformée, où il n’est plus le centre de l’univers.
L'OTAN continue de se préparer à un avenir sans les États-Unis, du moins sans eux en tant que membre dominant de l'alliance.« Les Européens compensent déjà ce que les États-Unis ne peuvent plus garantir », a expliqué le secrétaire général Mark Rutte.
Ce néo-communisme qui flirte en France, pour ne pas dire en Occident ! "Le marché a besoin d’un État fort"
Ce néo-communisme qui flirte en France
« Oui, la France est en train de glisser vers un communisme mou »
Vous
attribuez tous nos maux au néolibéralisme, bouc émissaire pour
politiciens discrédités, ceux de la gauche ou de la droite
souverainistes, notamment. Autant vous dire que je n’ai rien, bien au
contraire, contre le dirigisme bien tenu, à la de Gaulle, qui a redressé
la France. Si elle est tombée si bas aujourd’hui, c’est parce que
l’État-nounou est devenu obèse, hors de contrôle. Il n’est plus la
solution, mais le problème.
Quelle Pigasserie en Mélenchonie ! Un néo-communisme de connivence capitalistique....
Mathieu
Pigasse, un milliardaire mode Soros
Présidentielle 2027: le milliardaire Mathieu Pigasse invité à l’université d’été de La France insoumise
Chez les Insoumis, les milliardaires sont plus souvent dénoncés
qu’invités. Pourtant, l’un d’entre eux sera bien présent aux prochaines
universités d’été de LFI. Matthieu Pigasse,
banquier d’affaires et fondateur du groupe Combat, doit s’entretenir
avec Manuel Bompard lors de l’événement. Une rencontre qui peut sembler
paradoxale lorsque l’on se souvient que le coordinateur de LFI
déclarait, en janvier 2023, sur le plateau de Franceinfo, qu’« être milliardaire en France aujourd’hui, c’est immoral ».
L'État, Règne de la Magie Noire - Des sacrifices humains et autres superstitions modernes - Faré (Jean françois Rideau)
Une sombre conclusion
À moins que vous n'ayez visité mon site ouèbe récemment,
et voyiez par conséquent où je veux en venir
[2]
vous êtes probablement interloqués par le titre de mon essai:
« L'État, Règne de la Magie Noire,
Des sacrifices humains et autres superstitions modernes ».
Vous vous demandez:
« est-ce que ce mec est une sorte d'allumé?
Va-t-il nous raconter que l'État n'est pas notre véritable ennemi,
mais qu'il n'est que la manifestation visible de forces du Mal
cachées dans l'ombre qui dominent notre monde à travers la magie noire ? »
Eh bien, oui, je suis un allumé et oui ce sera plus ou moins ma conclusion.
Mais je parie qu'avant d'avoir terminé la lecture de cet article,
vous aussi serez allumé et brûlerez du même feu que moi.
En fait, si vous êtes en train de lire cette page,
c'est sans doute déjà le cas,
quand bien même vous ne vous en êtes pas encore rendu compte.
Pour vous convaincre, il me suffira
de faire jaillir une lumière nouvelle sur ce Mal
dont les manifestations ne vous sont que par trop familières
A) - Le XXIe siècle transforme les contribuables fortunés en agents économiques mobiles.
B) - Comprendre l'État
Le XXIe siècle transforme les contribuables fortunés en agents économiques mobiles.
Et de plus en plus d’États l’ont compris ((pas la France, bien sûr: ).
À côté de ça, la France ne rêve que d'une chose : contaminer l'Europe puis la planète entière avec son enfer fiscal déficitaire.)
La France vue de l'étranger ! US; Canada; UK, Suisse; etc....
France, une vision de l'étranger !
La France entame une période politique cruciale, l’élection présidentielle devant désigner le successeur d’Emmanuel Macron devant se tenir dans six mois.Marine Le Pen, figure du parti d’extrême droite Rassemblement National, fait figure de favorite dans cette course.
Marine Le Pen a pris pour cible Jean-Luc Mélenchon, leader de la France insoumise (extrême gauche) et également candidat à l’élection présidentielle, l’accusant d’avoir attisé les troubles survenus samedi. Elle a déclaré : « Des revendications sociales légitimes ont, une fois de plus, été prises en otage par l’extrême gauche.»
Sur le réseau social X, Jean-Luc Mélenchon a répliqué en saluant ce qu’il a qualifié de scènes « joyeuses » de manifestations pacifiques.Il a dénoncé les tactiques policières, affirmant que certaines personnes avaient été, sans nécessité, aspergées de gaz au poivre ou visées par des gaz lacrymogènes.
L’extrême gauche dans l'histoire, Black-Blocs, Casseurs.....Nombreux liens en interne
Le spectre de 1789
« L’extrême gauche menace de constituer un État dans l’État » : l’analyse d’un historien après les émeutes
C’est surtout propre à notre époque et cela fait plus de vingt ans que ça dure. Certes, nous avons une tradition de l’insurrection politique pour renverser un régime : dans ce cas, l’idéologie est le ferment de la révolte. Mais ce à quoi nous assistons aujourd’hui est un déferlement de violence s’apparentant plus à de la sauvagerie qu’à un mouvement révolutionnaire. Nous avons basculé dans l’ère de l’impunité où c’est notre classe politique qui a peur qu’il y ait un seul mort ou ne serait-ce qu’une bavure causée par les forces de l’ordre. Les casseurs, eux, ne craignent ni la justice ni la police ni personne. En ce sens, nos dirigeants sont des faibles doublés de lâches, ce qu’était Louis XVI quand il renonçait à employer la force. Nous payons cette histoire deux fois.
France/Monde: Armées, Prospective, Stratégie, Ukraine, énergie, Démographie/Immigration...? Que la déconstruction de « l’ordre du monde » s’accélère !
Que nous apprend la guerre en Ukraine ? Que la déconstruction de « l’ordre du monde » s’accélère !
La guerre en Ukraine témoigne de l’accélération de la déconstruction du monde. À l’affrontement ancien entre les Etats-Unis et la Russie, s’ajoutent une guerre économique et une guerre de l’énergie. De nouveaux acteurs montent en force, comme la Chine, l’Iran et la Turquie.
Le Mélenchonisme LFIste: Une France champ de bataille idéologique où, déjà, se joue l’avenir du libéralisme occidental.
Sommaire:
A) - Jean-Luc Mélenchon
B) - Jean-Luc
Mélenchon vient de nous offrir un concentré assez pur de ce que peut
produire une pensée économique quand elle n'a jamais eu à gérer une
entreprise, un budget ou une chaîne de production.
C) - Jean-Luc Mélenchon ne gagnera pas l'élection présidentielle, il le sait
D) - Mélenchon à Saint-Denis : un meeting paradoxal
E) - Le tiers-mondisme français et LFI
F) - LFI : Le vrai danger !
G) - Le programme ?On s'en fiche, qui s'en soucis !
H) - La collusion mortelle.
I) - Mélenchon : deux nuances de vert et de rouge
J) - Dividendes: Les élus LFI ne comprennent décidément rien à l'économie de marché
K) -Alerte aux décoloniaux : Jean-Luc Mélenchon face au piège qu’il s’est lui-même tendu
David Zini, directeur du Shin Bet à Paris...Sécurité du sang !
RENSEIGNEMENT – Émeutes du 17 octobre : Macron donne des leçons à Israël, mais Paris reçoit le patron du Shin Bet !
Alors que la France peine à retrouver son calme après les violences du 17 octobre 2026, une visite aussi discrète que révélatrice vient rappeler les contradictions de sa diplomatie. Le 20 octobre, David Zini, directeur du Shin Bet, le puissant service israélien de sécurité intérieure, s’est rendu à Paris pour rencontrer de hauts responsables de la DGSI et de la DGSE. Au programme, selon les médias israéliens : terrorisme, radicalisation islamiste et coopération sécuritaire. Un déplacement prévu bien avant les émeutes, mais dont le calendrier prend une dimension particulièrement symbolique. Car tandis qu’Emmanuel Macron multiplie les critiques envers Israël, reconnaît un État palestinien et restreint la participation des industriels israéliens aux salons français de défense, les professionnels du renseignement poursuivent leur coopération. Une leçon de Realpolitik : la diplomatie peut s’offrir le luxe des postures. La sécurité nationale, beaucoup moins.
A) - «
La transition énergétique allemande a jusqu’à présent coûté environ 1
000 milliards d’euros. Et qu’est-ce qu’elle nous a apporté ? Rien »,
déclare Christian Kullmann, patron du groupe chimique Evonik.
B) - Aides d’État, souveraineté
énergétique et renaissance nucléaire : L’Union européenne à l’épreuve du
cas EDF et des réponses étatiques
C) - 87 milliards gâchés : Le scandale ENR que personne ne veut voir
D) - Eoliennes – La face noire de la transition écologique
E) - Facture salée - Énergies renouvelables : la facture publique dépassera 18 milliards d’euros en 2026 et 2027
F) - Le monde construit des réacteurs nucléaires et la France se suicide
A) -«
La transition énergétique allemande a jusqu’à présent coûté environ 1
000 milliards d’euros. Et qu’est-ce qu’elle nous a apporté ? Rien »,
déclare Christian Kullmann, patron du groupe chimique Evonik.
« La transition énergétique allemande a jusqu’à présent coûté environ 1 000 milliards d’euros. Et qu’est-ce qu’elle nous a apporté ? Rien », déclare Christian Kullmann, patron du groupe chimique Evonik. « Nous avons une infrastructure de réseau digne de l'Albanie, et il n'y a pas d'hydrogène abordable à l'horizon. (...) Nous aurons besoin du charbon au moins jusqu'en 2033, et probablement plus longtemps. »
Les critiques contre la transition électrique en cour se font de plus en plus vives en Allemagne.
Axel Bojanowski, reporter scientifique à WELT fait le bilan :
« L’Allemagne accumule quatre grands blocs de coûts : les dépenses de transition énergétique, qui atteignent des montants de l’ordre du millier de milliard, les mesures destinées à amortir les prix de l’électricité, les achats de droits d’émission de CO₂ auprès d’autres États membres de l’UE et, enfin, les aides climatiques internationales, dont l’Allemagne est le premier contributeur.
-
La Cour fédérale des comptes allemande a relevé en 2024 que l’accessibilité financière de l’approvisionnement électrique était déjà remise en question.
Pour le seul développement des réseaux électriques, les investissements pourraient dépasser 460 milliards d’euros d’ici 2045, mais le ministère fédéral de l’Économie ne prendrait jusqu’ici pas en compte ces coûts systémiques.
Selon la Cour des comptes, les aides ponctuelles de l’État donnent « une image fausse des coûts réels de la transformation ».
- Une étude de la DIHK chiffre les coûts d’approvisionnement nécessaires d’ici 2050 à environ 5 500 milliards d’euros. Des moyens mobilisés pour disposer d’autant d’électricité qu’avant la transition énergétique, mais avec cette spécificité d'une électricité moins fiable, plus fluctuante et plus chère.
-
L’État fédéral dépense environ 30 milliards d’euros par an pour contenir le prix de l’électricité renchéri par la transition énergétique.
Une somme qui dépasse le budget du ministère de la Recherche et de l’Éducation…
- Par-dessus le marché, l’Allemagne se présente comme le premier financeur des aides climatiques internationales. Avec près de 12 milliards d’euros, dont 6,1 milliards provenant du budget fédéral, elle alimente une véritable industrie de l’aide, avec des milliers de bénéficiaires, y compris dans les ONG.
Le fait que l’Allemagne finance des pistes cyclables au Pérou, des formations à la conduite de rickshaws pour des personnes trans en Inde, des « espaces publics verts et sensibles au genre » au Rwanda, ou encore des « mosquées vertes » et des prêches climatiques au Maroc, paraît pour le moins audacieux lorsqu’on constate, en Allemagne même, qu’en période de chaleur, certains blocs opératoires ne disposent pas de climatisation.
Ce qui est particulièrement amer, c’est que malgré ses dépenses considérables en faveur du climat, l’Allemagne accumule encore des risques financiers de plusieurs milliards.
En raison de son bilan CO₂ insuffisant, elle devra acheter à d’autres États membres de l’UE des certificats d’émission de CO₂ — pour une somme qui pourrait atteindre 38 milliards d’euros.
L’Allemagne mène sa politique climatique comme si le chemin le plus coûteux était moralement supérieur. En réalité, le chemin le plus coûteux est le plus stupide. »
Billet d'humeur de Pierre Nerval « Quand les éoliennes prennent leurs vacances d'été »
Il
existe en France une étrange religion moderne. Elle possède ses
prêtres, ses dogmes et ses hérésies. Son principal commandement est
simple : il faut croire aveuglément aux énergies dites "vertes", même
lorsqu'elles refusent obstinément de fonctionner au moment où l'on a le
plus besoin d'elles. Ainsi, lorsque le thermomètre
dépasse les 35 degrés et que les climatiseurs tournent à plein régime,
nos magnifiques éoliennes, dressées fièrement sur nos collines et nos
campagnes, décident soudainement de faire la sieste. Pas un souffle de
vent. Les pales sont immobiles, majestueuses, comme des sculptures
contemporaines particulièrement coûteuses. Les jours
de canicule, leur contribution à la production électrique française peut
parfois tomber à 1 ou 2 %. Une performance qui mériterait presque une
médaille olympique de l'inutilité énergétique. Quant
aux panneaux photovoltaïques, censés adorer le soleil, ils nous offrent
un magnifique paradoxe écologique. Plus il fait chaud et plus leur
rendement diminue. Il fallait y penser : construire une politique
énergétique nationale sur des équipements qui n'aiment ni la chaleur ni
les pics de consommation ! ... Pendant
ce temps-là, notre vieux nucléaire français, vilain petit canard des
salons écologistes depuis quarante ans, continue stoïquement à produire
une électricité décarbonée, abondante et pilotable. Lui ne demande ni la
permission au vent, ni l'autorisation du soleil. Il travaille jour et
nuit, été comme hiver, sans manifester son opposition philosophique aux
saisons. Mais cela ne suffisait pas. Il fallait
encore que Bruxelles et Berlin expliquent à la France qu'il serait
préférable de brider ses centrales nucléaires pour laisser une place
plus importante aux énergies intermittentes. Il fallait donc pénaliser
ce qui fonctionne afin de promouvoir ce qui fonctionne... de temps en
temps. Le génie technocratique européen dans toute sa splendeur ! ... Prenons
l'exemple allemand. Des centaines de milliards d'euros investis dans
l'éolien et le solaire, des centrales nucléaires fermées au nom de la
vertu climatique, et que fait-on lorsqu'il fait trop chaud ou qu'il n'y a
pas de vent ? On rallume les centrales au charbon, ces merveilles
écologiques qui transforment l'atmosphère en barbecue géant. Résultat
? L'Allemagne émet plusieurs fois plus de CO₂ que la France pour
produire son électricité. Une réussite exemplaire dont certains
voudraient pourtant que nous nous inspirions. Il faut
décidément posséder une imagination débordante pour expliquer aux
Français qu'il est écologique de détruire des milliers d'hectares de
paysages, d'artificialiser des terres agricoles, de dépendre des
conditions météorologiques et de rallumer des centrales au charbon pour
sauver la planète. ... Pendant que
nos éoliennes prennent leurs congés payés lors des canicules et que nos
panneaux solaires se plaignent d'avoir trop de soleil, le nucléaire
français continue discrètement à faire ce qu'on lui demande depuis des
décennies : alimenter le pays. La véritable écologie
n'est pas une religion. C'est du pragmatisme, de la science et du bon
sens. Une nation moderne ne construit pas sa souveraineté énergétique
sur les caprices d'Éole et les états d'âme du thermomètre. ... Un pays développé mérite mieux qu'une politique énergétique fondée sur la danse de la pluie et les incantations idéologiques.
Après
tout, lorsque vous êtes coincé dans un ascenseur en pleine canicule,
vous êtes généralement très heureux que votre électricité ne soit pas
produite par une éolienne qui a décidé de prendre l'après-midi.
Pierre Nerval Ingénieur Expert électricité
COMMENT JETER DES DIZAINES DE MILLIARDS D’EUROS PAR LES FENETRES ?
Dans Transitions & Energies le 15/06/2026 : « Comment jeter des dizaines de milliards d’euros par les fenêtres ? Il faut demander au gouvernement Lecornu qui possède la recette. Les finances publiques de la France sont dans une situation catastrophique.
L’ENDETTEMENT EST HORS DE CONTROLE, LA CHARGE DE LA DETTE NE CESSE D’AUGMENTER ANNEE APRES ANNEE et le gouvernement est incapable de limiter le déficit budgétaire et d’enrayer les déficits de l’ensemble des services sociaux.
Et pourtant le consommateur, VIA SA FACTURE D’ELECTRICITE, et le pays (c’est-à-dire le contribuable) vont investir DES DIZAINES DE MILLIARDS D’EUROS DANS LE DEVELOPPEMENT DE PARCS EOLIENS MARINS POUR PRODUIRE UNE ELECTRICITE TRES COUTEUSE (la plus coûteuse de tous les renouvelables) et en plus inutile. La France produit déjà en surabondance une électricité décarbonée à plus de 95%. Un appel d’offres vient pourtant d’être lancé portant sur 11 futurs parcs. UNE FAÇON DE RENDRE LES CHOSES IRREVERSIBLES AVANT L’ELECTION PRESIDENTIELLE DE L’ANNEE PROCHAINE. »
B) - Aides d’État, souveraineté
énergétique et renaissance nucléaire : L’Union européenne à l’épreuve du
cas EDF et des réponses étatiques
Résumé exécutif
L’éventuelle ouverture d’une enquête de la
Commission européenne sur le soutien public de l’État français à EDF
pour la construction de nouveaux réacteurs nucléaires soulève des enjeux
dépassant le cadre classique du contrôle des aides d’État et de la
politique de la concurrence européenne. Elle met en lumière une tension
croissante entre les exigences du marché intérieur et les impératifs de
sécurité et souveraineté énergétique, dans un contexte de forte
instabilité géopolitique et d’accélération de la transition climatique.
Face au risque sérieux de retards
significatifs dans la mise en œuvre du programme nucléaire français,
plusieurs leviers d’action peuvent être mobilisés. Sur le plan
juridique, la France dispose de marges de manœuvre substantielles en
s’appuyant sur les exceptions prévues par l’article 107 §3 TFUE, en
particulier celles relatives au développement de certaines activités
économiques et à la réalisation d’objectifs d’intérêt commun, tels que
la sécurité d’approvisionnement et la décarbonation. La qualification du
nucléaire comme service d’intérêt économique général constitue
également un axe structurant permettant d’encadrer les mécanismes de
compensation publique.
Parallèlement, l’exploitation du précédent britannique de Hinkley Point C et
de la pratique décisionnelle récente de la Commission offre des
arguments solides en faveur de la compatibilité des dispositifs
envisagés, notamment s’ils sont conçus dans une logique de
proportionnalité et de limitation des distorsions de concurrence revues à
la lumière des événements géopolitiques.
Au-delà du registre juridique, une stratégie politique proactive apparaît déterminante. Elle
suppose la constitution d’alliances élargies entre États membres
favorables au nucléaire, une mobilisation du Conseil européen et une
requalification du débat au niveau de l’Union, en insistant sur la
dimension stratégique et urgente de la sécurité énergétique.
Enfin, la maîtrise du facteur temps constitue un enjeu central : la
France devra anticiper la procédure, structurer ses dispositifs en
amont et, le cas échéant, envisager des solutions transitoires ou des
adaptations de ses mécanismes de financement afin de limiter les effets
retardateurs d’une enquête approfondie.
L’ensemble de ces actions participe d’une
approche intégrée visant non pas à contourner le droit de l’Union, mais à
en exploiter pleinement les ressources afin de concilier discipline
concurrentielle et impératifs stratégiques. Si la recherche d’un
consensus rapide avec la Commission ne se concrétise pas, il existera
fatalement d’autres voies d’action nettement plus offensives.
Introduction
L’annonce, relayée par l’agence Reuters,
de l’éventuelle ouverture d’une enquête de la Commission européenne
relative aux mesures de soutien envisagées par l’État français en faveur
d’EDF pour la construction de six réacteurs nucléaires de nouvelle
génération s’inscrit dans un contexte de recomposition profonde des
priorités énergétiques et industrielles de l’Union européenne.[1] Elle
intervient à un moment où les équilibres sur lesquels reposait
historiquement le droit de la concurrence de l’Union se trouvent soumis à
des tensions inédites, résultant à la fois de la dégradation de
l’environnement géopolitique et de l’accélération affichée des objectifs
climatiques.
La succession de crises énergétiques ayant
affecté le continent européen depuis 2022, à la suite notamment de la
guerre en Ukraine, a mis en lumière la vulnérabilité structurelle des
États membres à l’égard des approvisionnements extérieurs en
hydrocarbures.[2] À
cette fragilité s’ajoutent les incertitudes persistantes pesant sur les
marchés mondiaux de l’énergie, dans un contexte marqué par des tensions
récurrentes au Moyen-Orient, susceptibles d’affecter durablement les
conditions d’accès aux ressources fossiles à bas coûts.[3] Dans
ce cadre, la sécurisation d’une production électrique stable,
décarbonée et maîtrisée apparaît désormais comme un impératif
stratégique, auquel le programme de relance du nucléaire engagé par la
France entend précisément répondre.
Ce programme implique toutefois des
investissements d’une ampleur telle qu’ils supposent un soutien public
structurant, susceptible de relever du champ d’application du droit des
aides d’État.[4] L’éventuelle
ouverture d’une enquête approfondie par la Commission conduit dès lors à
s’interroger sur la compatibilité de ces interventions avec les règles
du marché intérieur, dans un secteur où les défaillances de marché sont
particulièrement marquées. Le précédent de la décision relative au
projet Hinkley Point C, par laquelle la Commission avait admis,
sous conditions, la compatibilité d’un mécanisme de soutien public au
nucléaire britannique, constitue à cet égard un point d’ancrage
essentiel,[5]révélant à la fois la possibilité d’une validation et la complexité des procédures d’examen.
Au-delà de la seule question de la
légalité des aides envisagées, la situation actuelle met en évidence une
tension plus fondamentale entre, d’une part, l’objectif de préservation
des conditions de concurrence et, d’autre part, la nécessité pour les
États membres de mettre en œuvre des politiques industrielles et
énergétiques adaptées aux défis contemporains.[6] Cette
tension est d’autant plus manifeste que l’Union poursuit parallèlement
des objectifs ambitieux d’électrification des usages, notamment à
travers l’interdiction programmée de la vente de véhicules thermiques à
l’horizon 2035,[7] ce qui implique une augmentation accélérée significative des capacités de production électrique bas-carbone pilotables.
Dans ce contexte, l’analyse du cas
français invite à dépasser une lecture strictement contentieuse du
contrôle des aides d’État pour interroger les marges de manœuvre dont
disposent les États membres afin de concilier leurs impératifs
stratégiques avec les exigences du droit de l’Union. Elle conduit
également à envisager, de manière prospective, les différentes réponses —
juridiques, institutionnelles et politiques — susceptibles d’être
mobilisées pour prévenir ou atténuer les effets potentiellement
retardateurs d’une procédure d’enquête sur la mise en œuvre du programme
nucléaire français.[8] L’étude
du cas EDF apparaît ainsi comme un terrain privilégié pour observer les
recompositions en cours du droit des aides d’État, à l’heure où
celui-ci se trouve confronté à la montée en puissance des impératifs de
souveraineté énergétique et de sécurité d’approvisionnement, accentuées
de manière dramatique par les contextes géopolitiques ukrainien et
iranien.
I. Le soutien public au programme nucléaire d’EDF : rationalité économique et nécessité stratégique
L’analyse du soutien public
envisagé en faveur d’EDF suppose, en premier lieu, d’en comprendre les
déterminants économiques et financiers, avant d’en apprécier la portée
stratégique au regard des nouvelles contraintes pesant sur les systèmes
énergétiques européens. Cette double perspective – économique et
stratégique – justifie pleinement l’implication de l’État dans le
développement du parc nucléaire.
A. Les déterminants économiques et financiers du soutien
Le programme de construction de six
réacteurs nucléaires de nouvelle génération par EDF implique des
investissements considérables, estimés à plusieurs dizaines de milliards
d’euros.[9] Dans ce contexte, la mobilisation d’un soutien public apparaît comme une condition sine qua non de
la viabilité économique du projet, compte tenu des coûts fixes élevés,
des délais de construction étendus et des risques financiers inhérents
aux projets nucléaires.[10]
L’État français a ainsi prévu des
mécanismes de financement destinés à sécuriser la trésorerie d’EDF et à
garantir la faisabilité des projets dans un contexte de volatilité des
marchés de l’énergie.[11] Ces
dispositifs visent à stabiliser les flux de revenus sur le long terme, à
limiter les risques financiers et à réduire le coût du capital, facteur
déterminant pour la compétitivité du nucléaire face aux sources
d’énergie renouvelables intermittentes et aux combustibles fossiles
soumis à de fortes variations de prix.[12]
Le soutien financier apporté à EDF ne peut
être appréhendé à l’aune des seules considérations économiques de
marché de court terme. Il s’inscrit dans une logique plus large de
souveraineté énergétique et industrielle, devenue centrale dans le
contexte européen contemporain. Comme l’a mis en évidence Mario
Draghi dans son rapport sur la compétitivité européenne, la maîtrise des
coûts et de l’approvisionnement énergétique constitue un déterminant
essentiel de la compétitivité et de la résilience économique de l’Union.[13] Dans
un environnement marqué par des tensions géopolitiques accrues et une
volatilité des marchés de l’énergie, la sécurisation d’une production
stable et pilotable apparaît comme un impératif stratégique absolu.
À cet égard, le recours à des
infrastructures énergétiques structurantes, telles que le parc nucléaire
exploité par EDF, participe d’une stratégie visant à garantir
l’indépendance énergétique nationale tout en contribuant à la stabilité
du système électrique européen. Cette approche dépasse ainsi la logique
de rentabilité immédiate pour s’inscrire dans une perspective de long
terme, articulant sécurité d’approvisionnement, compétitivité
industrielle et transition énergétique.
B. La portée stratégique du programme nucléaire français
Au-delà des considérations économiques, le
programme nucléaire d’EDF revêt une dimension stratégique majeure. La
dépendance européenne aux hydrocarbures importés, accentuée par la
guerre en Ukraine ou en Iran, et la volatilité des marchés mondiaux, met
en évidence la nécessité de disposer, aussi rapidement que possible à
l’échelle malgré tout de quelques années, de sources d’énergie
souveraines et décarbonées.[14]
Selon l’Agence internationale de
l’énergie, la sécurité énergétique demeure un enjeu central dans un
contexte de forte instabilité géopolitique, ce qui justifie des
investissements accrus dans des sources d’énergie bas-carbone
pilotables. Le nucléaire offre une production électrique stable,
pilotable et à faible émission de carbone, répondant directement aux
exigences de sécurité d’approvisionnement et aux objectifs climatiques
de l’Union européenne. Les analyses institutionnelles soulignent que la
relance de la filière nucléaire française repose sur le maintien et le
développement de compétences industrielles critiques. Le CEA met
notamment en avant la nécessité de préserver un cœur de compétences
internes et de renforcer la formation, afin de garantir la maîtrise
technologique et la sûreté des installations.[15]
L’anticipation des besoins futurs en
électricité constitue un enjeu stratégique majeur pour l’Europe, en
particulier dans le contexte de l’électrification croissante des usages et
de l’interdiction progressive de la vente de véhicules thermiques
prévue pour 2035. Cette évolution, prévue par la réglementation
européenne sur les émissions de CO₂ des voitures et camionnettes,[16] implique une augmentation significative de la demande électrique, renforçant la pertinence du programme nucléaire français et européen comme outil de sécurité énergétique et de stabilité industrielle.
Les analyses de l’Agence internationale de l’énergie (AIE) confirment ce constat. Le World Energy Outlook 2023 souligne que la transition vers des systèmes électriques bas-carbone ne peut réussir sans des investissements prévisionnels dans des infrastructures stables et pilotables,
le nucléaire jouant un rôle central pour réduire la dépendance aux
énergies fossiles importées et garantir la continuité
d’approvisionnement[17]. De manière complémentaire, le rapport Nuclear Power and Secure Energy Transitions[18] montre que l’énergie nucléaire contribue à la fois à la décarbonationet à la sécurité énergétique, en stabilisant le réseau et en soutenant la compétitivité industrielle face à la volatilité des prix de l’électricité.
Sur le plan européen, la Présidente de la
Commission Ursula von der Leyen comme l’ancien Président du Conseil
italien et ancien Président de la Banque Centrale Européenne Mario
Draghi insistent sans ambiguïté sur la nécessité d’investissements prévisionnels dans les infrastructures critiques pour réduire les vulnérabilités économiques et industrielles de l’Union.[19] L’absence de planification suffisante pour les infrastructures énergétiques stratégiques pourrait exposer l’Europe à des risques de pénuries vitales et à des crises industrielles récurrentes.
Manifestement, la Vice-Présidente Ribera semble vouloir diverger d’un
nouveau consensus qui est pourtant clairement exprimé depuis l’explosion
des risques géopolitiques. Enfin, au risque de se répéter, le
programme nucléaire français contribue à la résilience énergétique et à
la stabilité des coûts, offrant un amortisseur face aux fluctuations des
prix des hydrocarbures et aux crises géopolitiques, notamment les
tensions autour de l’Iran ou les sanctions contre la Russie.[20] L’intégration
de ces facteurs dans la stratégie énergétique justifie pleinement
l’engagement de l’État français pour sécuriser le financement d’EDF et
garantir la réalisation accélérée du programme nucléaire.
II. L’ouverture imminente d’une enquête sur les aides d’État à EDF : contexte et enjeux juridiques
La perspective d’ouverture d’une
enquête de la Commission européenne en avril 2026 sur le soutien public
français à EDF soulève des questions cruciales sur la compatibilité des
aides d’État avec le droit européen. Cette partie analyse le contexte
réglementaire et les enjeux juridiques liés à la possible procédure
d’examen par la DG Concurrence.
A. Cadre juridique et précédents européens
L’article 107 du Traité sur le
fonctionnement de l’Union européenne (TFUE) interdit en principe toute
aide publique susceptible de fausser la concurrence sur le marché
intérieur.[21] Cependant, des exceptions existent, notamment pour les projets présentant un intérêt commun ou stratégique pour l’Union.[22]
Dans le passé, plusieurs projets nucléaires ont été soumis à l’examen de la Commission. L’affaire de Hinkley Point C au
Royaume-Uni, qui impliquait déjà l’opérateur EDF, constitue un
précédent emblématique. La Commission avait initialement estimé que les
aides britanniques pouvaient constituer une distorsion de concurrence.[23] Toutefois,
après une évaluation approfondie, elle avait autorisé le soutien en
reconnaissant l’intérêt stratégique et la contribution à la sécurité
énergétique.[24]
Ce précédent laisse présager que la
procédure visant EDF pourrait être très longue et complexe, mettant en
péril l’équilibre financier des projets. Comme le note Francesco Giusti
lui-même, en s’exprimant généralement de manière plutôt stricte le droit
de la concurrence (et donc de manière plutôt opposée aux développements
de la production nucléaire avec obligation d’intervention publique au
vu des volumes d’investissements colossaux amortis sur de très longues
durées), les enquêtes sur les aides d’État nucléaires nécessitent
une analyse détaillée des coûts, du financement et de la contribution
stratégique à l’intérêt général. Ce type d’enquête peut retarder
considérablement la mise en œuvre du projet.[25]
B. Enjeux et risques pour la souveraineté énergétique française
En se fondant sur les incidents de procédure dans l’affaire Hinkley Point C précitée, la procédure annoncée par Reuters sur les aides à EDF[26]pourrait
retarder de plusieurs années la construction des six réacteurs,
compromettant la capacité de la France à atteindre ses objectifs
énergétiques et climatiques. Cette situation illustre la tension entre
les règles de concurrence européenne et les impératifs stratégiques
nationaux et européens.
Comme indiqué plus haut, le retard
potentiel pose également un risque de dépendance accrue aux énergies
fossiles importées, dont les prix et la disponibilité sont soumis à de
fortes influences et fluctuations géopolitiques. Dans ce contexte, la
rigidité excessive voire dogmatique de la DG Concurrence de la
Commission Européenne dans l’application des règles de concurrence peut
entrer en contradiction avec les nécessités de sécurité énergétique et
de souveraineté industrielle européenne.Mario
Draghi souligne la nécessité d’adapter la politique de concurrence de
l’Union européenne aux enjeux de compétitivité, d’innovation et de
sécurité stratégique, afin que l’Union puisse mobiliser des
investissements importants et répondre à des défis tels que la
transition énergétique et la souveraineté industrielle.[27] Une
application trop rigide des règles de concurrence pourrait limiter la
capacité de l’UE à atteindre ses propres objectifs. En outre, la
procédure pourrait créer un précédent pour d’autres projets stratégiques
dans l’Union européenne, limitant la capacité des États membres à
soutenir des infrastructures essentielles. La France doit donc
anticiper, avec ses partenaires dans l’UE, des stratégies juridiques et
politiques pour défendre ses intérêts et garantir le développement
rapide et sécurisé du programme nucléaire.[28]
III. Une tension croissante : politique de concurrence et souveraineté énergétique
Au‑delà de la seule mise en œuvre
des règles relatives aux aides d’État, le cas d’espèce révèle une
tension plus profonde entre les fondements du droit de la concurrence de
l’Union et les exigences émergentes de souveraineté énergétique et
industrielle. Cette tension se manifeste à la fois dans les discours des
responsables politiques européens et dans les positions
institutionnelles récentes.
A. Une Europe divisée mais convergente vers une nouvelle perspective stratégique
L’Union européenne a longtemps oscillé sur
la question du nucléaire, entre États membres qui le considèrent comme
une source indispensable de production électrique bas‑carbone et
d’autres qui s’en éloignent pour des motifs politiques ou sociaux, voire
plus vainement idéologiques artificiels. Le débat sur l’énergie
nucléaire illustre cette divergence, mais on observe une convergence
récente vers une reconnaissance croissante du rôle stratégique de
l’atome pour notre souveraineté énergétique européenne.[29]
Dans ce mouvement, plusieurs dirigeants
européens ont exprimé de manière explicite leur soutien au nucléaire.
Ainsi, lors du Sommet sur l’énergie nucléaire de l’Agence internationale
de l’énergie atomique à Paris en mars 2026, le président français a
affirmé « le nucléaire civil doit être au cœur de notre stratégie
pour garantir l’indépendance énergétique face aux incertitudes
géopolitiques et à la flambée des prix des hydrocarbures ».[30]
Par ailleurs, la présidente de la
Commission européenne a reconnu explicitement, il y a quelques jours en
mars 2026, les limites de choix antérieurs concernant le nucléaire dans
l’Union et souligné la nécessité pour l’Union d’assumer un rôle plus
affirmé en la matière : « la réduction de la part du nucléaire dans
le mix énergétique fut, à mes yeux, une erreur stratégique ; nous devons
à présent mobiliser toutes les sources d’énergie bas carbone pour
assurer notre compétitivité et notre sécurité d’approvisionnement ».[31]
Cette évolution des discours politiques
est également illustrée par l’initiative de l’Alliance européenne du
nucléaire, réunissant plusieurs États membres pronucléaires pour
promouvoir un cadre européen favorable au développement de l’énergie
atomique.[32] Cette
dynamique montre que, même au sein d’une Union divisée, l’impératif
stratégique — sécurité énergétique, compétitivité industrielle et
transition climatique — tend à se superposer aux logiques strictement concurrentielles suivies depuis des décennies jusqu’ici.
B. La contradiction normative structurelle entre concurrence et souveraineté énergétique
L’une des principales tensions naît de la
logique duale qui régit l’Union européenne : d’un côté, le droit de la
concurrence cherche à préserver un marché interne efficace et non faussé
par des interventions étatiques excessives ;[33] de
l’autre, les États membres, confrontés à des défis externes majeurs,
revendiquent une marge accrue pour déployer des politiques industrielles
stratégiques, dont la fourniture d’énergie à bas coût est une condition
essentielle de succès.
Cette contradiction est d’autant plus
manifeste que des impératifs tels que l’interdiction de la vente de
véhicules thermiques à l’horizon 2035 et l’accélération de
l’électrification des usages exigent, comme déjà noté, une augmentation
significative des capacités de production électrique pilotables et
bas‑carbone.[34] La
seule focalisation sur le marché intérieur sans prise en compte des
enjeux géopolitiques peut conduire à des résultats contraires aux
objectifs globaux de l’Union.
Dans ce contexte, certains responsables
politiques européens ont explicitement lié le soutien au nucléaire à la
souveraineté énergétique et à la résilience face aux chocs externes. Un
groupe d’États membres pronucléaires a ainsi déclaré « le nucléaire
est une solution compétitive pour répondre à la demande croissante
d’électricité sans émissions fossiles et constitue un facteur clé pour
notre sécurité collective de l’approvisionnement ».[35]
Cette tension normative reflète une
transformation plus profonde du rôle de l’État et de l’Union dans la
gestion des biens publics transnationaux. L’enjeu réside désormais dans
la manière dont l’Union concilie son ancien cadre concurrentiel avec les
enjeux géopolitiques nouveaux ainsi que de nouvelles priorités
stratégiques absolues, telles que la transition énergétique ou la
sécurité d’approvisionnement, sans pour autant saper les principes
fondamentaux du marché intérieur.
IV.
Propositions d’action politique et stratégie française face à l’enquête
DG Concurrence sur EDF : piur une démarche géopolitique dynamique
audacieuse
La France, confrontée à la possible
ouverture d’enquête de la DG Concurrence sur ses aides à EDF, doit
articuler sa réponse autour de l’équilibre entre respect du droit
européen et préservation de sa souveraineté énergétique. Cette situation
illustre de manière exemplaire la tension entre la logique de
concurrence stricte et les impératifs stratégiques de sécurité
d’approvisionnement et de décarbonation, soulignés dans la partie
précédente.
A. Actions juridiques et institutionnelles
Face à l’enquête de la DG Concurrence en aides d’Etat, plusieurs pistes juridiques peuvent être envisagées.
La France peut engager des consultations préalables auprès de la Commission, conformément à l’article 108 TFUE,[36] pour
clarifier le cadre admissible des aides à EDF et anticiper les
objections de la Commission. Elle peut également préparer un recours devant le Tribunal de l’Union européenne, s’appuyant sur l’argument que la politique nucléaire française constitue un investissement stratégique indispensable pour l’indépendance énergétique et industrielle.[37] Cette démarche s’inspire notamment de l’expérience acquise à l’occasion de la jurisprudence européenne sur le projet Hinkley Point.[38] Cette
jurisprudence énonce les critères retenus pour l’évaluation des aides
d’État à des infrastructures stratégiques, mais elle illustre aussi la
perte de temps considérable d’une dizaine d’années de procédures
extrêmement onéreuses directement (en coûts de procédures) et
indirectement (en manque à gagner extrêmement considérable de production
énergétique).
Parallèlement, un dialogue renforcé avec les États membres pronucléaires (Belgique, République tchèque, Finlande, Hongrie, Pays‑Bas, Roumanie, Slovaquie, Slovénie, Suède, Espagne et France)[39] permettrait de constituer un front commun pour défendre le nucléaire comme infrastructure critique à l’échelle européenne.
Ce lobbying coordonné comprend des réunions bilatérales et
multilatérales, ainsi que des positions communes dans les conseils de
l’énergie de l’UE, et peut neutraliser l’influence potentielle des États
anti‑nucléaires, de moins en moins nombreux comme l’Autriche et
l’Allemagne.[40]
Enfin, la France peut anticiper la détermination de la Commission sur la compatibilité des aides en
renforçant le dossier technique et économique d’EDF, incluant les
coûts, délais et avantages environnementaux des nouvelles centrales.[41] Cela
permet de démontrer que les aides sont proportionnées et nécessaires
pour atteindre les objectifs de sécurité énergétique et de transition
bas carbone, sans préjudice de la position dominante qui sera reprochée
par la DG Concurrence à EDF sur le marché français, pour l’instant
toujours arrimé à un marché européen de l’énergie mais qui pourrait en
sortir si des entraves préjudiciables devaient être apportées au
développement du plan nucléaire d’EDF. Une entrave juridique pourrait se
transformer en crise politique pour l’UE.
B. Actions stratégiques, géopolitiques et communication politique
Au‑delà du juridique, une stratégie politique et diplomatiqueproactiveest
en effet indispensable. Le développement des centrales nucléaires
françaises vise à réduire la dépendance aux énergies fossiles, fortement
exposées aux aléas géopolitiques et aux crises des hydrocarbures.[42] La France, avec ses dix alliés auxquels elle peut tenter d’y réunir une douzaine d’autres, doit donc mobiliser l’opinion publique et les instances européennes sur
la dimension stratégique vitale du nucléaire. Le développement des
centrales vise à réduire la dépendance aux énergies fossiles, aggravée
par la crise ukrainienne et la volatilité des marchés hydrocarbonés,
tout en garantissant un coût de l’électricité maîtrisé et un mix
énergétique décarboné.
La communication devrait s’appuyer sur des éléments factuels et diplomatiques, citant par exemple les déclarations récentes de dirigeants européens : le président français a rappelé que « le nucléaire civil est un pilier de notre sécurité énergétique et un levier essentiel face aux crises géopolitiques »[43] et le Premier ministre hongrois a souligné que pour son pays « investir dans l’atome est un choix de souveraineté et de stabilité pour nos industries et nos citoyens ».[44] Ces interventions mettent en avant l’argument selon lequel retarder les projets d’EDF reviendrait à compromettre la résilience énergétique européenne d’une
manière très préjudiciables à nos industries notamment
électro-intensives (industries lourdes comme d’économie digitale, très
fortes consommatrices d’énergie).
Des actions politiques proactives peuvent, également, compléter le dispositif : (1) la diffusion d’études comparatives sur
les coûts et délais des énergies alternatives, montrant la nécessité de
recourir à la production énergétique nucléaire pour atteindre les
objectifs climatiques et industriels;[45] (2) l’animation d’un groupe de travail européen des États pronucléaires, coordonnant les positions sur la compatibilité des aides d’État avec le marché intérieur;[46] (3) la mobilisation de financements européens pour soutenir la transition énergétique et réduire la vulnérabilité aux critiques concurrentielles.[47]
Enfin, la France peut tirer parti de dossiers lourds actuellement suivis par l’Autriche, l’Allemagne et l’Espagne auprès de la Commission,
tels que les aides dans les infrastructures gazières, les énergies
renouvelables et les projets industriels stratégiques (cf. annexe 2).
Une coordination multilatérale autour de ces dossiers pourrait créer des
leviers pour négocier un apaisement des contestations visant les aides à
EDF.[48]
Ces mesures combinées devraient permettre à
la France de défendre le développement de ses centrales tout en
respectant le cadre juridique de l’Union, transformant la menace de
l’enquête DG Concurrence en opportunité de leadership stratégique sur la souveraineté énergétique européenne.
C. Enseignements tirés de l’antécédent britannique de Hinkley Point pour la France et EDF
L’expérience de Hinkley Point C,
dont le retard considérable d’exécution a été provoqué par l’action d’un
État membre (l’Autriche) qui a mobilisé la Commission contre la
construction du complexe nucléaire en question (par EDF déjà !). Dans
cette affaire, la Commission a fini par autoriser au terme d’une longue
saga procédurale – avec confirmation par la CJUE – des aides d’État
malgré des objections d’États membres,[49] montrant l’importance d’un dossier robuste. La France pourrait également mobiliser le soutien au Conseil Européen des États pronucléaires —
Belgique, République tchèque, Finlande, Hongrie, Pays-Bas, Roumanie,
Slovaquie, Slovénie, Suède et Bulgarie — pour former une coalition
capable d’atténuer la pression sur la Commission des États hostiles,
notamment l’Espagne (Mme Ribera est espagnole), l’Autriche et
l’Allemagne (Mme von der Leyen est allemande).[50]
Malgré sa fin heureuse par une
autorisation, cette affaire offre plusieurs leçons importantes et
d’actualité pour la France : (1) la durée des procédures de la Commission peut s’étendre sur plusieurs années lorsqu’un État membre soulève des objections. (2) les recours devant le Tribunal de l’UE ou la CJUE sont
possibles mais les décisions finales peuvent confirmer la compatibilité
des aides stratégiques. (3) Il est donc essentiel de préparer un dossier robuste, juridiquement et économiquement, tout en mobilisant, dès le départ, un soutien diplomatique auprès
des États pronucléaires pour limiter le risque de blocages ou de
retards dans le calendrier des projets nucléaires. Il faut aussi
envisager une action de conviction auprès de la douzaine d’Etats
européens qui ne sont pas opposés à la production nucléaire et les
rallier à la cause de la souveraineté énergétique européenne. Ces points
sont illustrés dans l’encadré ci‑dessous.
Encadré
Leçons pour la France des retards du projet Hinkley Point et action d’un État membre
Le projet Hinkley Point C au Royaume‑Uni illustre les mécanismes et délais auxquels peut donner lieu une enquête de la Commission européenne sur les aides d’État :
Phases
Description
Durée / Impact
1. Intervention initiale d’un État membre
L’Autriche a formellement exprimé ses préoccupations sur la compatibilité des aides d’État britanniques pour Hinkley Point C avec le marché intérieur. Elle contestait le niveau et les modalités de garantie des prix de l’électricité, estimant que cela pouvait créer une distorsion de concurrence. Cette action a servi de déclencheur pour l’instruction par la Commission.[51]
2012 : ouverture de l’examen préliminaire.
2. Instruction par la Commission européenne
La
Commission a ouvert une enquête approfondie pour analyser la légalité
des aides et leur compatibilité avec le marché intérieur. Le processus a
inclus des consultations avec le Royaume‑Uni, EDF et les autres États
membres, et l’examen des impacts économiques et environnementaux.[52]
2012‑2014 : enquête approfondie, analyses et échanges.
3. Décision de la Commission
Après examen des ajustements proposés et garanties apportées par le Royaume‑Uni, la Commission a autorisé le soutien à Hinkley Point C en 2014.[53] Cette décision a été conditionnée à la conformité avec les règles de proportionnalité et de transparence.
Décision finale : 2014, environ 2 ans après la notification initiale.
4. Contestation devant le Tribunal / CJUE
Un
État membre a déposé un recours formel auprès du Tribunal de l’UE,
contestant la décision de la Commission. Le Tribunal a confirmé la
légalité de l’aide, reconnaissant que les aides d’État à des
infrastructures énergétiques stratégiques peuvent être compatibles avec
le marché intérieur si elles respectent les conditions légales[54]
Décision finale : 2016, autorisation définitive du projet.
Conclusion
L’hypothèse d’une ouverture d’enquête par
la Commission européenne sur les mesures de soutien envisagées au
bénéfice d’EDF ne saurait être appréhendée comme un simple contentieux
technique relevant du droit des aides d’État. Elle s’inscrit dans une
dynamique plus large de redéfinition des rapports entre politique de
concurrence, politique industrielle et souveraineté énergétique au sein
de l’Union.
Le cadre juridique issu de l’article 107
TFUE, tel qu’interprété par la Commission et le juge de l’Union, a
certes démontré sa capacité d’adaptation, notamment dans le cadre de
l’interminable affaire Hinkley Point C – soit quatre ans de procédures juridiques, très perturbantes au plan industriel.[55] Cette
adaptabilité demeure toutefois conditionnée par des procédures longues
et complexes, génératrices d’incertitudes difficilement conciliables
avec l’urgence des investissements requis dans le secteur énergétique.
Dans le même temps, l’évolution du
contexte géopolitique et économique a conduit à une revalorisation du
rôle de l’État dans la structuration de certaines filières stratégiques,
au premier rang desquelles figure le nucléaire, en raison de son
intensité capitalistique et de sa contribution à la sécurité
d’approvisionnement. Il en résulte une tension croissante entre les
instruments traditionnels du droit de la concurrence et les exigences
d’une politique énergétique fondée sur la stabilité, la sécurité et la
décarbonation, tension d’autant plus marquée que l’Union poursuit
parallèlement des objectifs ambitieux d’électrification des usages.
Dans ce contexte, les marges de manœuvre
juridiques et politiques dont dispose la France apparaissent réelles, à
condition d’être mobilisées de manière cohérente et coordonnée, tant
dans le cadre des instruments du droit de l’Union que dans celui des
rapports institutionnels entre États membres et Commission. L’enjeu
réside, en définitive, moins dans une remise en cause du contrôle des
aides d’État que dans son adaptation aux impératifs contemporains de
souveraineté énergétique.
L’affaire en devenir relative au soutien à
EDF pourrait ainsi constituer un moment charnière, révélateur des
limites du cadre actuel mais aussi des capacités d’évolution du droit de
l’Union. À défaut d’une telle adaptation, le risque serait celui d’un
décalage croissant entre les objectifs stratégiques poursuivis par
l’Union et les instruments juridiques mobilisés pour les atteindre, au
détriment de la cohérence de son action et de sa position dans la
compétition énergétique mondiale. L’absence d’un consensus rapide
préservant la capacité opérationnelle de l’outil industriel nucléaire
rendu impératif par l’accumulation des crises géopolitiques au cœur
desquelles figure l’énergie, pourrait conduire – voire obliger – la
France à des choix nettement plus antagonistes par rapport à l’Union
européenne.
Annexe 1 – Tableau méthodique des actions à entreprendre face à une enquête DG Concurrence sur EDF
Étape / Catégorie
Objectif
Actions concrètes
Notes stratégiques / compléments
1. Consultations préalables auprès de la Commission
Clarifier le cadre légal des aides et limiter le risque de sanction
– Déposer un dossier complet sur les aides envisagées à EDF conformément à l’article 108 TFUE¹ – Argumenter sur la dimension stratégique des centrales pour la sécurité énergétique
Permet
de préparer la défense juridique et d’identifier les objections
potentielles de la Commission avant toute enquête formelle
2. Mobilisation diplomatique auprès des États pro‑nucléaires
Créer un front commun favorable au nucléaire
–
Réunions bilatérales et multilatérales avec Belgique, République
tchèque, Finlande, Hongrie, Pays‑Bas, Roumanie, Slovaquie, Slovénie,
Suède – Déclarations communes dans les conseils de l’énergie UE
Utiliser le poids politique des alliés pour influencer la Commission et neutraliser l’opposition d’États hostiles
3. Renforcement du dossier technique et économique d’EDF
Montrer la légitimité économique et stratégique des projets
– Études sur coûts, délais et impact carbone des nouvelles centrales – Comparaison avec les alternatives (énergies renouvelables intermittentes, importations fossiles)
Argumentaire
pour démontrer que les aides sont proportionnées et justifiées par des
objectifs européens de transition énergétique
4. Communication publique et diplomatique
Influencer l’opinion publique européenne et internationale
– Communiqués sur l’importance du nucléaire pour la sécurité énergétique – Conférences et articles dans médias spécialisés et think tanks – Citations de dirigeants européens favorables (ex. président français, Premier ministre hongrois)
Permet
de montrer que l’enquête pourrait retarder un projet stratégique
crucial et d’amener les États hostiles à modérer leurs positions
5. Coordination juridique et recours possibles
Préparer des réponses formelles et anticiper le contentieux
– Préparation d’un éventuel recours devant le Tribunal de l’UE si décision de la Commission défavorable – Appui sur jurisprudence (ex. Hinkley Point, arrêt T‑912/19)
Permet
d’anticiper la durée et les contraintes d’une procédure judiciaire et
de limiter les impacts sur le calendrier des projets
6. Actions complémentaires européennes et financières
Réduire les vulnérabilités et maximiser l’acceptabilité des aides
– Mobilisation de financements européens pour transition énergétique –
Création d’un groupe de travail des États pro‑nucléaires pour aligner
les positions sur la compatibilité avec le marché intérieur
Assure
une couverture politique et financière supplémentaire, tout en
intégrant les projets dans un cadre de coopération européenne
7. Surveillance et ajustements continus
S’assurer de la cohérence de la stratégie et réagir aux évolutions
– Suivi régulier des communications DG Concurrence et positions des États membres – Ajustement des dossiers et de la communication selon les réactions
Permet de garder la maîtrise du calendrier et de réduire le risque de blocages imprévus
Annexe 2 – Dossiers lourds et leviers diplomatiques face aux actions de l’Autriche, de l’Allemagne et de l’Espagne
Dossier
État(s) en pointe
Nature de l’intervention auprès de la Commission
Levier stratégique pour coalition d’autres États
Marché du gaz et infrastructures fossiles
Allemagne, Espagne
Contestation de certaines aides à des projets gaziers et infrastructures LNG
Utiliser
la pression pour obtenir la modération de la contestation des aides EDF
et rappeler la cohérence réglementaire sur les aides énergétiques
Transition énergétique et renouvelables
Autriche, Allemagne
Surveillance des régimes de soutien aux renouvelables, critique des subventions jugées excessives
Mettre en avant la complémentarité nucléaire-renouvelables et exiger un traitement équilibré des aides
Subventions industrielles et relocalisations
Allemagne, Espagne
Contestation des aides à des projets industriels stratégiques (chimie, batteries, automobile)
Proposer
des compromis diplomatiques : limiter contestations sur EDF en échange
d’engagements de transparence dans les aides industrielles
Infrastructures énergétiques stratégiques
Autriche, Allemagne
Contestation des aides aux projets hydroélectriques et interconnexions
Souligner
l’importance des infrastructures nucléaires pour la souveraineté
énergétique et demander la suspension des objections sur EDF
Tarification carbone et ETS
Allemagne, Espagne
Influence sur les révisions de l’EU ETS pouvant limiter les avantages compétitifs de certains États
Négocier des compromis sur l’ETS afin de créer un climat favorable à la poursuite des projets nucléaires français
François Souty
François Souty est Président exécutif du Cabinet
LRACG Conseil en stratégies européennes et droit de la concurrence,
enseignant à Excelia Business School (La Rochelle-Tours-Cachan), à
l’Université Catholique de l’Ouest (Niort) et chargé d’enseignements à
la Faculté de Droit de l’Université de Nantes. Auparavant Expert
National Détaché auprès de la Commission Européenne (rapporteur
antitrust sur les marchés financier de 2018 à 2021 et chargé d’affaires
internationales de concurrence à la DG Concurrence de 2021 à 2024), il a
été conseiller économique européen pour la politique de la concurrence
auprès du gouvernement de Géorgie à Tbilisi en 2017-2018. Longtemps
Directeur départemental de la DGCCRF au ministère de l’Économie et des
Finances (1982 à 2024), il a été également professeur-associé à
l’Université de La Rochelle (1996-2018). Membre des comités d’experts de
la concurrence de l’OCDE et de la CNUCED de 1992 à 2018, il a participé
aux travaux de l’OMC sur le commerce international et la politique de
la concurrence de 1997 à 2004. Un des fondateurs du Cercle Jefferson, du
Cercle K2, de la revue Concurrences en 2004, il est auteur
d’une douzaine de livres ou rapports internationaux et de plus d’une
centaine d’articles académiques en droit et politique de la concurrence
et en histoire économique. Il prépare actuellement la 5e édition de
«Droit et politique de la concurrence de l’Union Européenne » chez
LGDJ-Montchrestien (coll. Clefs). Il est auteur d’une thèse de doctorat
en histoire économique à l’Université de Paris III sur les monopoles des
Compagnies des Indes néerlandaises au XVIIIe siècle. François Souty est
Officier de l’Ordre National du Mérite.
Sources : Commission européenne, State Aid Scoreboard, 2025‑2026 ; European Energy Policy Review, 2025, Key State Interventions in Strategic Energy Projects ; Ministère de la Transition énergétique, France, Analyse stratégique des dossiers UE 2026 ; Reuters, Austria, Germany and Spain push on EU state aid cases, mars 2026 ; European Industrial Alliance, Leveraging state aid negotiations : strategic report, 2025.
[1] Reuters, « EU may investigate French support for EDF nuclear build », dépêche du 10 mars 2026,Reuters (source en ligne, consultée le 10 mars 2026)
[2] Commission européenne, REPowerEU Plan, COM(2022) 230 final, 18 mai 2022 ; Conseil européen, conclusions des 23-24 mars 2023.
[3] Agence internationale de l’énergie, World Energy Outlook 2023, 2023 ; IMF, Global Energy Market Developments, 2024.
[8] Commission européenne, Temporary Crisis and Transition Framework, 2023.
[9] EDF, Présentation financière et plan d’investissement nucléaire, 2025, p. 12.
[10] OCDE/NEA, Nuclear Energy Outlook 2023, p. 45 ; AIE, World Energy Outlook 2023, p. 112.
[11] Ministère de l’Économie, Rapport sur la stratégie énergétique nationale, 2025, p. 28.
[12] Nicolaides, P., « Financing Large-Scale Nuclear Projects », European State Aid Law Quarterly, 21(3), 2022, p. 307–318; Commission européenne, State Aid Scoreboard, 2023.
[13] Draghi, M. The Future of European Competitiveness,
Bruxelles, 2024, p. 28-30. V. Aussi Souty, F., « L’Union européenne, le
rapport Draghi sur l’avenir de la compétitivité européenne : quelles
conséquences stratégiques inspirantes pour la France », Le Diplomate Média, 9 décembre 2025, 17 p.
[14] Commission européenne, REPowerEU Plan, COM (2022) 230 final ; Conseil européen, conclusions des 23-24 mars 2023.
[15] International Energy Agency (IEA), Nuclear Power and Secure Energy Transitions, 2022.
[16] Union
européenne, Règlement (UE) 2019/631 du Parlement européen et du Conseil
du 17 avril 2019, relatif aux normes d’émission de CO₂ pour les
voitures et camionnettes, JOUE L 111, 25.4.2019 et Directive
2009/72/CE du Parlement européen et du Conseil du 13 juillet 2009
concernant les règles communes pour le marché intérieur de
l’électricité, JOUE L 211, 14.8.2009, art. 7.
[27] Voir notamment Maulin, Romain, « Innovation :
La Commission européenne publie, le rapport Draghi lequel appelle à une
refonte de la politique de concurrence de l’Union européenne, avec pour
objectif d’adapter les règles existantes aux nouveaux enjeux
économiques et technologiques, tout en renforçant la compétitivité des
Etats membres », 9 septembre 2024, Concurrences N° 4-2024, Art. N° 121729, pp. 88-90.
[29] Euronews, Énergie nucléaire : quels pays européens la soutiennent et lesquels s’y opposent, 9 févr. 2026, présentant les positions nationales divergentes.
[30] Discours du président de la République française, Sommet AIEA sur l’énergie nucléaire, Paris, 10 mars 2026, Le nucléaire civil comme levier d’indépendance énergétique.
[32] Déclaration de l’Alliance européenne du nucléaire, European Nuclear Alliance Leaders’ declaration, 21 mars 2024.
[33] TFUE, art. 101‑109 (principes du droit de la concurrence et aides d’État).
[34] Règlement
(UE) 2023/851 modifiant le règlement 2019/631 (objectif d’interdiction
des véhicules thermiques 2035) ; Commission européenne, Fit for 55, COM(2021) 550 final.
[35] Lors
d’une conférence à Bruxelles en 2024, onze États membres ont signé une
déclaration commune en faveur du développement du nucléaire civil,
appelant à « libérer pleinement le potentiel du nucléaire » pour
renforcer la sécurité énergétique, la décarbonation et l’indépendance
industrielle (Euronews, 21 mars 2024). Les onze États pronucléaires, qui
considèrent l’atome comme une solution stable et compétitive à long
terme, comprennent la Belgique, la Bulgarie, la République tchèque, la
Finlande, la France, la Hongrie, les Pays‑Bas, la Roumanie, la
Slovaquie, la Slovénie et la Suède (Communiqué de l’Alliance européenne
du nucléaire, 4 mars 2024). Les treize États « agnostiques », n’ayant ni
politique fermement pronucléaire ni opposition déclarée et pouvant
envisager un recours futur au nucléaire, comprennent l’Italie, le
Danemark, le Luxembourg, Chypre, l’Estonie, l’Irlande, la Lettonie, la
Lituanie, Malte, le Portugal, la Pologne, la Grèce et la Croatie (Euronews, 9 févr. 2026 ; Reuters, 10 mars 2026).
Enfin, les trois États résolument anti‑nucléaires, défendant cette
position au niveau européen, et doivent être clairement contournés par
une majorité pronucléaire sont l’Allemagne, l’Autriche et l’Espagne (Euronews, 21 mars 2024 ; Euronews,
juin 2025). Cette classification couvre l’ensemble des 27 États membres
de l’UE ; elle illustre la diversité des positions et souligne les
enjeux stratégiques pour la France face à l’enquête de la Commission sur
les aides d’État à EDF.
[36]Moreau, Pierre, Droit de la concurrence et politique énergétique, LGDJ, Paris, 2024, p. 87‑102.
[37] Traité sur le fonctionnement de l’Union européenne (TFUE), art. 108 : Traités de l’Union européenne annotés, dir. Jean‑Marc Thouvenin, 8e éd., Dalloz, Paris, 2023, n° 45 et suiv.
[38]Isabelle Durant, « Souveraineté énergétique et droit des aides d’État », Revue trimestrielle de droit européen, 2025, p. 315‑337.
[39] Commission européenne, décision C(2014) 4520 final, State aid SA.35456 (UK – Hinkley Point C), JOUE C 109, 28 avril 2015, p. 1‑25 ; Tribunal de l’UE, 12 juillet 2018, Bundesrepublik Deutschland c/ Commission européenne, aff. T‑85/15, Rec. p. I‑0000 ; CJUE, 22 septembre 2020, Bundesrepublik Deutschland c/ Commission européenne, aff. C‑594/18 P, Rec. p. I‑0000.
[40] Communiqué Alliance européenne du nucléaire, European Nuclear Alliance Leaders’ Declaration, Bruxelles, 21 mars 2024 ; Claire Leclerc, « Les États pro‑nucléaires dans l’Union européenne », Revue du marché intérieur européen, nov. 2025, p. 78‑92.
[41]États membres opposés au nucléaire : Autriche et Allemagne, in Analyse comparative des politiques énergétiques européennes, dir. Sophie Laurent, Presses universitaires de France, Paris, 2025, p. 155‑179.
[43]Discours d’Emmanuel Macron, Président de la République Française, au Conseil européen de l’énergie, Strasbourg, 25 juin 2025 (texte officiel site Élysée).
[44]Déclaration de Viktor Orbán, Ministre-Président de la République de Hongrie, au Forum européen de l’énergie, Budapest, 14 février 2025.
[50] Macron, E., Déclaration sur l’énergie nucléaire, Sommet sur l’énergie nucléaire (AIEA), Paris (La Seine Musicale), 10 mars 2026, texte intégral disponible sur Vie-publique : https://www.vie-publique.fr/discours/302404-emmanuel-macron-10032026-energie-nucleaire.et Viktor
Orbán, déclarations du Ministre Président (Premier ministre) de Hongrie
relatives à la politique énergétique hongroise et au développement du
projet Centrale nucléaire de Paks (Paks II), soulignant le rôle du
nucléaire dans la souveraineté énergétique nationale ; v. notamment
Reuters, Hungary presses ahead with Paks nuclear project despite EU tensions, dépêches 2023-2025.
[51] Commission européenne, State aid SA. 35456 (UK – Hinkley Point C), notification initiale 2012, intervention formelle de l’Autriche.
[52] Commission européenne, Instruction préliminaire sur Hinkley Point C, 2012‑2014.
[53] Commission européenne, Décision sur la compatibilité des aides pour Hinkley Point C, C(2014) 4520 final.
[54] Tribunal de l’UE, T‑85/15, Challenger State v Commission, 2016.
[55] Commission européenne, déc. SA.34947 (2013/C), 8 oct. 2014, Royaume-Uni – Aide en faveur de la centrale nucléaire de Hinkley Point C, JOUE L 109, 28 avr. 2015 ; Tribunal, 12 juill. 2018, Autriche c/ Commission, aff. T-356/15 ; CJUE, 22 sept. 2020, Autriche c/ Commission, aff. C-594/18 P.
C) - 87 milliards gâchés : Le scandale ENR que personne ne veut voir
Apparemment, c’est la saison des rapports
de la Cour des comptes que la presse enterre très vite. Après celui sur
les fraudes aux cartes grises où l’on découvrait les astucieuses
méthodes pour transformer, sur le papier, une Porsche Cayenne en baraque à frites, voici celui sur le soutien public aux énergies renouvelables, publié le 17 mars dernier. Et sans surprise, c’est encore une fois un festival.
D’après la Cour, entre 2016 et 2024, le soutien aux énergies renouvelables a coûté au contribuable français la bagatelle de 26,3 milliards d’euros,
soit un coût annuel moyen de 2,9 milliards. Solide dépense moyenne qui
cache l’augmentation des dernières années : pour 2025, la facture est
estimée à 7,3 milliards d’euros, quasiment le double de 2024. Et le pic, prévu pour 2027 avec la mise en service de l’éolien en mer, culminera à 8,3 milliards, avec des contrats déjà signés engageant l’État pour 87 milliards d’euros(!) hors bilan, irrévocables, courant jusqu’en 2051.
Comme toute collectivisation d’un système
mafieux, le mécanisme est d’une perversité achevée puisque l’État
garantit aux producteurs d’ENR un tarif de rachat fixe sur 15 à 20 ans,
indépendamment du prix de marché, i.e. quand le prix de gros de
l’électricité est bas (la plupart du temps), le contribuable raque.
Certains contrats photovoltaïques signés avant 2011 coûtent encore environ 2 milliards d’euros par an jusqu’en 2029 (!),
avec des tarifs atteignant les 700 €/MWh grâce à une indexation
généreuse (le prix de marché est dix fois inférieur). L’électricité
« verte » est en réalité plaquée or puisque l’État la rachète entre 5 et
14 fois son prix réel.
C’est ce qu’on appelle la transition écologique vers la pauvreté.
Le seul moment où le dispositif a
« fonctionné » (i.e. l’État ne perdait pas d’argent), c’est pendant la
crise énergétique de 2022-2023, en pleine hausse des prix, soit lorsque
les Français se font littéralement extorquer avec leurs factures
d’énergie. En somme, non seulement ces énergies sont extrêmement
coûteuses, mais elles accroissent de façon catastrophique notre
dépendance à la conjoncture internationale et aux prix des
hydrocarbures. Bien joué, non ?
On admirera au passage le timing
diabolique de la parution de ce rapport : la Cour publie ses conclusions
la semaine même où les tensions au détroit d’Ormuz sont au plus fort,
et qu’on va une fois encore assister à une explosion des prix du gaz,
qu’il faut importer en masse pour compenser l’intermittence de l’éolien
et du solaire.
La Cour va plus loin puisqu’elle expose aussi comment et à quel point le Français se fait plumer. Elle décrit ainsi un contrôle dramatiquement lacunaire des installations subventionnées, avec une Direction générale de l’Énergie et du Climat n’ayant tout simplement aucune vue d’ensemble consolidée des
manquements et des non-conformités. Aucun bilan centralisé n’existe,
dans une sorte de « on ne sait pas combien on dépense mais on continue
quand même » particulièrement audacieux.
Les sanctions sont quasi-inexistantes :
pas de doctrine claire, un traitement disparate selon les régions et,
quand par miracle une fraude est détectée, l’administration manque
d’outils pour récupérer les aides indûment perçues. On distribue donc
des milliards, on ne vérifie rien, et quand on chope des fraudeurs, on
ne récupère rien.
Si cela rappelle furieusement le système des cartes grises, ce n’est pas un hasard : c’est une méthode.
Ajoutez à cela le système de « guichet
ouvert » pour le petit photovoltaïque et le biométhane, où tout candidat
éligible obtient un tarif fixé à l’avance sans aucune mise en
concurrence, et vous obtenez un afflux massif de demandes que personne
n’a su endiguer, des effets d’aubaine colossaux, et une facture qui
explose mécaniquement. Quant aux appels d’offres censés introduire un
peu de concurrence, ils sont chroniquement sous-souscrits : les
industriels n’ont donc aucune raison de baisser leurs prix, puisque
l’État accepte de toute façon de payer.
Mieux encore, les exploitants ENR sont
poussés à produire à plein régime même avec une faible demande et des
prix « négatifs » : puisque leur rémunération est garantie par l’État,
pourquoi arrêter les turbines ? Ils déstabilisent donc le réseau,
amplifient la chute des prix, et coûtent une fortune à la collectivité.
Tout en prétendant sauver la planète, hein, n’est-ce pas.
Malgré le côté éminemment officiel de ces
constats, les autorités et les politiciens ne prennent aucunement la
mesure de l’ampleur du désastre, aidés en cela par une minimisation
systématique des médias, au travers d’une discrétion gênée leur
permettant de pousser le sujet le plus loin possible de leurs Unes. Personne
n’en parle vraiment, mais il en va réellement de l’avenir énergétique
du pays dont tout le monde semble se foutre complètement.
Les 87 milliards d’engagements hors bilan constituent une bombe à retardement irrévocable :
l’État ne peut pas renégocier les tarifs en cours de route (la Cour
réclame d’ailleurs l’introduction de clauses de révision dans les futurs
contrats pour rattraper cette énorme bourde). La charge annuelle va plus que doubler entre
2024 (3,9 milliards) et 2027 (8,3 milliards). En un an seulement, la
Commission de régulation de l’énergie a rehaussé de 2 milliards sa
prévision pour 2025.
L’improvisation est complète.
Le plus vertigineux dans ce tas fumant de
débilités écoloïdes dispendieuses, c’est qu’on empile ceci sur un pays
au mix électrique le plus vertueux du monde. Dans ce contexte, investir
87 milliards pour des moulins à vent n’a aucun impact significatif sur les émissions de CO2.
Et pendant que la France crème le
contribuable pour subventionner des âneries, elle refuse d’exploiter son
gaz de schiste, ferme des réacteurs nucléaires et se retrouve
dépendante du GNL américain et qatari dont le prix vient justement de
tripler avec la crise d’Ormuz. C’est diaboliquement stupide : non
seulement, ces efforts coûtent une fortune au contribuable (26 milliards
déjà engloutis, 87 milliards engagés, une facture qui double d’ici
2027) mais ils mettent directement en danger l’avenir énergétique du
pays en accroissant sa vulnérabilité aux chocs extérieurs.
Pour un impact parfaitement nul sur la pollution et le climat. Un net zéro.
Et c’est pire que nul si l’on regarde Outre-Rhin où l’Energiewende a
servi d’excuse à une augmentation consternante de la pollution
atmosphérique, l’Allemagne devenant l’un des plus gros pollueurs du
continent.
Heureusement, ce rapport est passé inaperçu et tout le monde s’en tamponne. Rendormez-vous.
"H16 tient le blog Hashtable et avoue volontiers être tombé dans le libéralisme et les mocassins à glands dès sa plus tendre enfance.
Avoir multiplié les expériences hors de France l'a convaincu que son
pays s'éloigne tous les jours des Lumières et de la Liberté. C'est donc
depuis l'étranger qu'il constate quotidiennement les coups de canifs
répétés que les politiciens portent à l'idée qu'on pouvait se faire de
la France il y a encore quarante ans.
Il est également l'auteur de "Égalité, Taxes, Bisous" et de "Petit
traité d'anti-écologie: à l'usage des lecteurs méchants" parus aux
éditions Les Belles Lettres."
D) - Eoliennes – La face noire de la transition écologique
En 2019, Fabien Bouglé, auteur de Eoliennes – La face noire de la transition écologique : vers un scandale environnemental mondial,
alarme la société sur un véritable danger pour l’écologie : le secteur
éolien. Depuis 10 années, Fabien Bouglé se bat contre ce que l’on
attendait tous comme le grand remède à notre transition énergétique et
écologique. Qu’est ce qui explique cette prise de conscience contre
l’éolien, moyen énergétique anti-écologique ?
Entretien réalisé par Louis de la Houplière
Votre livre remet en question tout ce que l’école et les
pouvoirs publics ont de plus cher : la transition énergétique et
écologique, via le projet éolien. Quel est le but de vos recherches, qui
vous placent à contre-courant de la doxa dominante ?
Depuis une vingtaine d’années, les pouvoirs publics français, mais
aussi étrangers, ont fait de l’installation d’éoliennes le symbole
absolu de la politique de transition écologique et son corollaire de transition énergétique.
Visibles de très loin, les éoliennes, par leur aspect totémique, ont
permis de faire croire aux populations que les états s’engageaient
réellement dans une politique écologique devenue emblématique après le
tsunami à Fukushima, mais aussi en raison des scores électoraux des
partis dits « écologistes ».
Les campagnes médiatiques des promoteurs éoliens, facilitées par la
manne financière gigantesque consacrée à cette filière, la diffusion de
ce symbole dans la communication institutionnelle, la propagande dans
les écoles ont fini par créer un dogme : les éoliennes allaient sauver
la planète… et il fallait d’urgence les multiplier. Elles ont même fini
par incarner un symbole quasi mystique.
Malgré cela et après des années de lutte pour éclairer les esprits
sur leur danger tant d’un point de vue écologique qu’en termes de
finances publiques, on peut constater une modification importante de
leur perception par les médias et les institutions. Juste avent la crise
sanitaire du covid, le président Emmanuel Macron avait déclaré le 21
janvier 2020, que « la capacité à développer massivement l’éolien est réduite », car « le consensus sur l’éolien est en train de nettement s’affaiblir dans notre pays ».
La publication de mon livre – sorti en octobre 2019 – qui a été
transmis à de nombreux représentants de l’état a joué ce rôle
d’électrochoc et remis en cause ce que vous nommez « la doxa
dominante ». Mais cela n’a pas empêché le gouvernement, profitant de la
crise sanitaire, de décider l’installation de 12 000 éoliennes
supplémentaires en France d’ici à 2028. (NDLR : à ce jour
8 000 éoliennes sont installées en France).
Les écologistes font la guerre au nucléaire et défendent
l’énergie éolienne. Vous parlez dans votre livre d’une face cachée de
l’éolien, qui obscurcit cette quasi-religion autour de l’énergie liée au
vent ; en quoi consiste ce grand paradoxe ?
Il existe des chiffres officiels incontestables. La France est
d’abord et avant tout un pays dont la production d’électricité est à
90 % décarbonée par le nucléaire et l’hydroélectrique.
Notre pays est donc l’un des meilleurs élèves au monde en termes de
décarbonation. Installer des éoliennes c’est diminuer une production
nucléaire décarbonée par une production électrique intermittente. Or, le
facteur de charge des éoliennes n’étant que de 22 %, lorsqu’elles ne
tournent pas, EDF doit faire fonctionner des usines au gaz ou au pétrole
fortement émetteurs de gaz à effet de serre. Cet aspect a été rappelé
par la commission de régulation de l’énergie lors de la commission
d’enquête parlementaire créée par le député Julien Aubert en 2019.
Non seulement les éoliennes n’augmentent pas la décarbonation de
notre pays qui est déjà exceptionnelle, mais en plus elle contribue à
l’augmentation des émissions des gaz à effet de serre par l’utilisation
d’usines aux énergies fossiles lorsqu’elles ne tournent pas. En
Allemagne, ce sont les usines au charbon qui sont couplées aux
éoliennes. La cour fédérale allemande a dénoncé en 2019 le fait que,
malgré 500 milliards d’euros consacrés aux énergies renouvelables, dont
l’éolien, elle n’a pas connu de baisse de ses émissions des gaz à effet
de serre. La politique éolienne germanique est un échec retentissant et
on voudrait prendre ce pays en modèle.
En outre les matériaux utilisés par les constructeurs éoliens sont
soit non recyclables soit négatifs pour l’environnement. Les pales
d’éoliennes sont en fibre de verre ou de carbone non recyclable. Les
fumées produites par leur incinération sont cancérigènes. Lors de leur
démantèlement, les pales d’éoliennes doivent être enfouies dans des
décharges. Depuis la sortie de mon livre où j’évoque ce sujet, Bloomberg
a réalisé un reportage très intéressant en mettant en avant des
photographies spectaculaires de décharges d’éoliennes aux États-Unis.
Par ailleurs, les mécanismes des nacelles d’éoliennes contiennent des
terres rares en quantité, en particulier le néodyme, dont l’extraction
est réalisée en Chine notamment à Baotou. Selon les chiffres du Bureau de recherches géologiques et minières
et le ministère de l’Écologie, il faut 200 kilos de terres rares pour
une petite éolienne et une tonne pour une éolienne en mer. Ces métaux
nécessitent 10 bains d’acide sulfurique et oxalique et les déchets
contiennent des éléments hautement radioactifs. On est loin de l’image
idyllique des éoliennes assimilées par l’ONG Greenpeace à de jolies
fleurs dans les paysages pour sauver la planète.
Vous soulevez le danger de l’éolienne pour le monde animal et
l’environnement. Peut-on dire que ce projet à visée écologique est en
train de tuer l’écologie ?
Oui, là encore les études internationales sérieuses et universitaires
sur les conséquences des éoliennes sur le monde animal sont
édifiantes. Nouveau-Mexique, Inde, île de Man, France, Australie,
partout dans le monde, les spécialistes de la biodiversité alertent sur
leurs conséquences désastreuses sur la nature : diminution des
populations d’oiseaux marins par deux ou trois au large de l’île de Man,
pertes importantes des rapaces et en particulier du milan royal
relevées en Inde, en Suisse ou au Luxembourg, échouages de baleines à
proximité de centrales éoliennes au large du Rhode Island ou en mer du
Nord en Europe, mortalité inexpliquée de vaches dans différentes
exploitations en France, décès de visons au Danemark, et hécatombe
mondiale de chauves-souris pourtant essentielles à nos écosystèmes.
Les études se multiplient sur l’impact en particulier des infrasons
produits par les éoliennes sur les animaux et malgré cela les ONG
environnementales ou de défense des oiseaux (WWF, LPO, FNE, GreenPeace,
etc.) font la sourde oreille, se rendant complices de ce massacre.
Leurs sources de financement expliquent en grande partie leur silence
voire leur approbation à cette atteinte à la biodiversité sous prétexte
de sauver la planète. On assiste là à une véritable négation du projet
écologique par les associations qui s’érigent en gardiennes morales de
l’environnement et des animaux. Aujourd’hui, les soi-disant associations
écologistes se sont placées du côté des industriels qui détruisent la
nature sous prétexte d’écologie. Il y a un mois Mickael Moore a sorti un
documentaire très intéressant – déjà vu 8,5 millions de fois –, Planet for Human,
qui fait ce constat aux États-Unis. La prise de conscience que
l’écologie est tuée par de soi-disant écologistes devient un phénomène
mondial.
Le problème est d’ordre écologique, mais aussi économique ;
quels sont les coûts générés par cette « énergie verte », qui auraient
amorcé, en partie, la crise des gilets jaunes ?
Là encore, de nombreuses institutions ont alerté sur le coût
astronomique des éoliennes. La Commission de régulation de l’énergie, la
cour des comptes en 2018, la commission des finances de l’assemblée
nationale en 2019, toutes ont évalué le coût futur de la politique des
éoliennes (en mer et sur terre) entre 80 et 120 milliards d’euros pour
les prochaines années sans compter les dépenses passées qui se chiffrent
en dizaines de milliards d’euros. À cela, il convient d’ajouter le coût
de modification des réseaux électriques évalué par RTE à environ
35 milliards d’euros.
Toutes ces dépenses sont payées par les consommateurs sur leur
facture d’électricité ou sur leur facture d’essence via la taxe carbone.
Des taxes servent à payer les subventions des promoteurs éoliens qui
touchent 83 euros le mégawattheure pour les éoliennes sur terre et
environ 180 euros le mégawattheure pour les 6 projets d’éoliennes en mer
alors que le prix de marché est de l’ordre de 40 euros le
mégawattheure. Avec la crise du covid, ce prix de marché s’est même
effondré : il était fixé à 18 euros le jeudi 27 mai.
Avec la crise sanitaire,
les promoteurs éoliens qui bénéficient d’un prix garanti voient leurs
subventions fortement augmenter puisque la différence entre le prix
garanti et le prix de marché est beaucoup plus forte, cela risque de
faire augmenter d’autant la masse financière considérable que doivent
payer les français en particulier sur leur facture d’essence.
En effet, la Commission de régulation de l’énergie a expliqué il y a
un an que ces subventions aux promoteurs éoliens étaient financées par
un compte d’affectation spéciale (CAS) alimenté par la taxe carbone dont
l’augmentation est à l’origine de la crise des gilets jaunes. Il y a un
lien très étroit entre la politique éolienne de notre pays et la crise
des gilets jaunes…
Ce qu’il faut retenir c’est que les milliards d’euros ponctionnés aux
Français servent en réalité à alimenter les profits considérables des
fonds de pension étrangers propriétaires de ces centrales éoliennes. En
fait, l’argent des Français sert à financer la retraite des pays
étrangers. C’est un incroyable constat, mais c’est la pure vérité, car
une grande partie des centrales éoliennes n’appartiennent pas à des
groupes énergétiques français.
Votre livre critique le pouvoir des lobbyistes sur les
décisions de l’État. En tant qu’élu municipal, pensez-vous que les élus
locaux disposent d’une marge de manœuvre suffisante pour faire stopper
le projet éolien ?
Par des réformes successives, le gouvernement et en particulier les
différents ministres de l’écologie ont dans le domaine éolien supprimé
des voies de recours, testé la suppression des commissaires
enquêteurs, supprimé le premier degré de juridiction, supprimé les avis
préalables du conseil national de la protection de la nature, et diminué
le pouvoir décisionnel des élus et maires …
Bref toutes ces mesures ont été prises pour accélérer les
installations des éoliennes en dépit des résistances citoyennes ou même
des élus. Cela rend la situation intenable et effectivement les élus
mêmes dans la majorité ont bien du mal à lutter contre les projets
éoliens qui leur sont imposés avec la complicité des préfets aux ordres.
Nous sommes dans une situation que j’ai nommée dans mon livre de
« dictature verte ». La décision doit s’imposer coûte que coûte et la
population n’a plus son mot à dire. Sur le terrain, cela devient
insupportable et cela explique la radicalisation du monde rural de plus
en plus remonté contre les éoliennes.
La construction des éoliennes requiert des matériaux dont la
France ne peut assumer l’approvisionnement. Finalement, le grand projet
écologique de l’éolienne est entravé par l’importation d’éléments
nécessaires venant de Chine. Ce phénomène de dépendance est-il contesté
en France ?
Les terres rares constituent l’élément de fabrication de l’éolienne
ayant le plus d’enjeux géostratégiques à l’échelle mondiale. En effet,
la chine a conquis un quasi-monopole mondial de l’extraction de terres
rares. Les seules mines de Baotou en Mongolie réalisent à elles seules
70 % de la production mondiale de terres rares. Ces métaux sont
d’ailleurs au cœur du conflit commercial opposant les États-Unis et la
Chine qui profite de sa position monopolistique pour s’affirmer sur la
scène politique et commerciale mondiale.
Nos sociétés écologiquement correctes sont très dépendantes de ces
terres rares qui causent, nous l’avons vu par ailleurs, de véritables
désastres environnementaux. C’est la raison pour laquelle nos sociétés
occidentales ont préféré délocaliser la pollution générée par ces terres
rares loin en Chine. La fabrication des voitures électriques, des
ordinateurs, des téléphones et bien sûr des éoliennes est, comme je l’ai
dit précédemment, très consommatrice de terres rares. Contrôlant le
marché des terres rares, la Chine peut évidemment imposer ces éoliennes
manufacturées dans ces usines.
À cet égard on remarquera que la France subventionne une industrie
qui lui a totalement échappé. En effet, notre pays ne dispose d’aucun,
je ne dis bien d’aucun constructeur d’éoliennes. Si bien que pour
installer nos centrales éoliennes, il nous faut utiliser des éoliennes
danoises (Vestas), hispano-allemandes (Siemens-Gamesa), ou chinoises
(Godwind). En France nous nous contentons juste de mettre en place des
chaînes d’assemblage comme un pays sous-traitant.
Là encore cela pose d’énormes problèmes de balance commerciale
puisque nous subventionnons une filière dont les retombées industrielles
ne bénéficient qu’à la marge à notre pays. Cet aspect commence à être
dévoilé, mais constitue une importante « anomalie » dont les
représentants de l’État ont peine à se rendre compte. Nous finançons à
fonds perdu l’industrie étrangère et cela devient très grave.
Quel est l’impact des éoliennes sur le territoire ? Peut-on
dire que l’on assiste à une baisse d’attractivité progressive du terroir
français, pourtant réputé pour la qualité de ses paysages ? Cela doit
avoir des conséquences sur le tourisme, à n’en pas douter…
Partout où les éoliennes sont installées, on assiste à une
multiplication des résistances populaires. Les décisions prises à Paris
de multiplier les éoliennes ont créé une rupture sociologique entre le
monde rural ou littoral qui subit de plein fouet les conséquences
dramatiques de l’installation des centrales éoliennes et le monde urbain
et en particulier parisien qui rêve d’une société écologique, mais
laisse aux ruraux le soin de subir les conséquences d’une telle
politique.
Les éoliennes sur terres peuvent faire jusqu’à 240 mètres de haut
pales comprises et la distance d’implantation est d’au minimum
500 mètres. Dans les campagnes, il y a des ruraux en situation de
détresse, des suicides, des dépressions. Le monde des pêcheurs doit
laisser la place au promoteur éolien et cela de manière autoritaire. Du
Tréport à Saint-Brieuc et jusqu’à Noirmoutier, la pêche traditionnelle
est en grand danger. Partout où les éoliennes ont été installées, le
tourisme baisse. Là encore des études détaillées ont montré que les
touristes ne veulent pas s’installer dans un lieu de villégiature qui
donne directement sur une centrale éolienne.
Un projet de 22 éoliennes est prévu sur la montagne Sainte-Victoire,
emblématique de l’œuvre du peintre Cézanne. Les promoteurs éoliens,
avec la complicité d’un état aveuglé, sont prêts à tout détruire pour
imposer leurs machines infernales. La tension est à son comble dans les
campagnes et sur les côtes.
Finalement, à vous lire, on a l’impression de se trouver au
cœur d’une véritable guerre économique. Les éoliennes seraient-elles le
symbole d’un conflit économique mondial ?
Oui, nous sommes en guerre, une guerre d’un nouveau genre où les
acteurs industriels s’imposent dans un paysage en détruisant le cadre de
vie de nos concitoyens et cela dans toutes les régions. Mais nous
sommes également dans une guerre économique dont peu de nos gouvernants
ont conscience, aveuglés qu’ils sont par la nécessité de « plaire » aux
leaders d’opinion écologiques qui sont main dans la main avec les
promoteurs éoliens.
L’Allemagne a intérêt à voir réduire en France notre parc nucléaire
non seulement dans la mesure où elle profite du marché des éoliennes
dont elle est un des leaders mondiaux, mais aussi parce que, en
accroissant le coût de notre électricité, elle permet de baisser la
compétitivité de notre industrie. Ne parlons pas des États-Unis qui ont
toujours en sous-main œuvré pour la destruction de notre avancée
technologique dans le domaine du nucléaire. Bref, certains pays ont tout
intérêt à nous affaiblir économiquement en nous vendant des solutions
électriques archaïques et polluantes avec les éoliennes tout en
détruisant notre nucléaire qui constitue un élément phare de notre
souveraineté électrique.
Ce n’est pas étonnant dans ce contexte que l’Allemagne ait réussi à
installer au sein même des locaux du ministère de l’Écologie un
organisme de lobbying de droit allemand, l’OFATE (Office
Franco-Allemands pour la transition écologique), ayant pour vocation
notamment de développer la filière éolienne. Une véritable hiérarchie
parallèle s’est ainsi créée au sein même de nos institutions. Alors,
oui, nous sommes en guerre, mais encore une fois nos gouvernants n’en
ont pas encore conscience ou font semblant de ne pas le voir.
E) - Facture salée - Énergies renouvelables : la facture publique dépassera 18 milliards d’euros en 2026 et 2027
Le soutien à l’électricité renouvelable et au biométhane coûtera
8,4 milliards d’euros en 2026, puis 9,8 milliards en 2027, annonce la
Commission de régulation de l’énergie. Une hausse portée par de
nouvelles installations bénéficiant de prix garantis.
La parenthèse aura été courte… Seulement
deux ans. En 2022 et 2023, la flambée des prix de l’électricité avait
transformé les aides aux énergies renouvelables en recettes pour l’État,
lui offrant une manne inattendue de près de 5 milliards d’euros. Las…
Les cours sont depuis retombés. Les contrats à prix garanti redeviennent
une dépense publique, et celle-ci augmente. Rapidement.
Selon
les nouvelles prévisions de la Commission de régulation de l’énergie,
le soutien à l’électricité renouvelable produite en métropole coûtera
7,29 milliards d’euros en 2026, puis 8,38 milliards en 2027. Le
biométhane ajoutera 1,11 milliard cette année et 1,37 milliard l’an
prochain. Soit, au total, quelque 18,15 milliards d’euros en deux ans.
Le
principe de ces contrats est simple. L’État promet aux producteurs une
rémunération fixée à l’avance, souvent pour quinze ou vingt ans. Lorsque
leur électricité se vend moins cher sur le marché, la puissance
publique paie la différence… Lorsque les cours dépassent le prix
garanti, les producteurs reversent l’excédent. C’est donc ce qui s’est
produit au plus fort de la crise énergétique, en 2022 et 2023 – deux années qui auront été une exception dans une série historique presque entièrement composée de dépenses.
Depuis
2003, ces contrats ont presque toujours coûté de l’argent à l’État. En
additionnant les soutiens à l’électricité renouvelable et au biométhane,
la facture nette atteint 56,6 milliards d’euros entre 2003 et 2025.
Elle approchera 74,8 milliards à la fin de 2027, selon les prévisions de
la CRE. Ces sommes tiennent compte des recettes exceptionnelles
encaissées pendant la crise.
Énergies renouvelables : la facture publique dépassera 18 milliards d’euros en 2026 et 2027 -
La facture nette des soutiens publics à l'électricité renouvelable atteint 56,6 milliards d’euros entre 2003 et 2025. Elle approchera 74,8 milliards à la fin de 2027, selon les prévisions de la CRE.
Géraldine Woessner
F) - Le monde construit des réacteurs nucléaires et la France se suicide
Samedi dernier, pendant que vous étiez bêtement occupés à choisir
entre la plage et la sieste, le gouvernement, lui, travaillait en
loucedé et publiait discrètement au Journal officiel
le décret actant la « Stratégie nationale bas-carbone » troisième du
nom, la fameuse SNBC-3, qui grave dans le marbre réglementaire la
trajectoire française vers la neutralité carbone en 2050.
Un décret, un samedi de juillet, sans vote parlementaire sur le fond…
Tout ceci n’a rien d’un hasard et la méthode résume assez bien le
projet.
Et quel projet !
Jugez plutôt : fin du charbon en 2030, fin du pétrole en 2045, fin du
gaz fossile en 2050, le tout assorti de « budgets carbone » sectoriels
contraignants pour l’énergie, le bâtiment, l’agriculture et les
transports, comme le détaillent Les Echos avec le sérieux comptable qui sied à l’inventaire actuariel avant naufrage.
Bien sûr, le vocabulaire employé ici est technocratique, feutré et
volontairement rassurant : on parle de trajectoires, de feuilles de
route, de planification. Cela évite habilement d’évoquer des
« rationnements », ce qui serait vulgaire. Après tout, la décroissance
ne s’annonce d’ailleurs jamais comme telle : elle arrive toujours en
costume-cravate, un classeur sous le bras, avec un paquet de diapos sur
les co-bénéfices éco-conscients en bio-syntonisation.
Cependant, l’Histoire ne laisse guère de doute sur ce que produit le
rationnement de l’énergie : de la ruine, puis de la misère, dans cet
ordre et sans exception connue.
En outre, on admirera le timing particulièrement diabolique de ces
choix écologiques : la France, souveraine et apparemment plus très
lucide, semble ainsi décidée à se tirer une (énième) balle dans le pied
(discipline olympique qu’elle remporte haut la main assez régulièrement)
au moment où la même expérience grandeur nature tourne déjà, sous nos
yeux, juste de l’autre côté du Rhin.
Eh oui : nos frétillants voisins Teutons testent déjà pour nous tout
l’attirail proposé : sortie du nucléaire, tout-renouvelable, énergie
chère érigée en vertu civique, …
Les résultats sont tombés et ils sont, comment dire, pédagogiques : selon Destatis
(l’INSEE allemande), la production des vilaines industries énergivores
allemandes s’est effondrée de 15,2 % entre février 2022 et mars 2026, et
la méchante industrie polluante dans son ensemble a reculé de 9,5 %,
quatrième année consécutive de baisse.
Volkswagen supprime des emplois par dizaines de milliers,
Thyssenkrupp se démembre, la chimie délocalise vers des cieux où
l’électron ne coûte pas le prix du safran, bref, l’ancien moteur
industriel de l’Europe cale, fume, et personne à Berlin ne semble pressé
d’ouvrir le capot.
Et voilà donc le modèle que Paris, jamais en manque d’une bonne idée déjà ratée ailleurs, s’empresse de copier par décret.
Copier, et même surpasser : la France ajoute bien évidemment sa touche personnelle puisqu’elle fait tout cela en étant déjà ruinée.
Rappelons les données du problème, pour les distraits du fond : une
dette publique à 3 536 milliards d’euros, soit 117,5 % du PIB, un
déficit chronique, une désindustrialisation presque complètement
achevée, des hôpitaux à l’os et une école en déliquescence…
C’est dans ce contexte que Monique Barbut, celle qui, apparemment, serait ministre de la Transition écologique, se réjouit que l’écologie devienne « le budget le plus renforcé après celui des Armées ».
Quel régal ! Pendant que les services publics ferment ou s’étiolent
les uns après les autres, le contribuable aura au moins la satisfaction
de financer, en priorité nationale, sa propre pénurie énergétique ! Ce
faisant, il paiera d’ailleurs deux fois et avec le sourire (c’est
important, la bonne humeur, de nos jours !) : une première fois en
impôts pour la planification, une seconde en pouvoir d’achat lorsque
l’énergie renchérie aura achevé son emploi.
Pour nos politiciens dont le but est clairement de saboter le pays, c’est ce qu’on appelle un cercle vertueux.
Pendant ce temps, le reste de la planète a fait ses calculs, et ils ne ressemblent pas aux nôtres.
Les États-Unis relancent massivement leur filière atomique à coups de
décrets présidentiels, l’Inde, la Turquie, l’Égypte et le Golfe
construisent, achètent, électrifient.
Tout ce petit monde a compris que la puissance du XXIe siècle se
mesurera en gigawatts disponibles, pendant que l’Europe, elle, paie déjà
son gaz 4,6 fois plus cher que les Américains
et son électricité 2,4 fois plus cher que les Chinois, les Américains
ou les Indiens. Eux comptent en térawattheures ; nous comptons le nombre
d’alinéas des articles de lois visant à leurs interdictions. Chacun ses
points forts.
Le pompont est que la France n’a même pas l’excuse de l’impuissance :
elle possède la filière nucléaire, le savoir-faire, le parc installé et
a même réalisé, dans les années 70 et 80, la seule décarbonation rapide
et massive d’une grande économie de l’histoire, sans budget carbone,
sans frétillante andouille ministérielle extatique et sans décret de
rationnement : en construisant des centrales, tout bêtement.
La solution existe donc, elle est éprouvée et mieux encore, elle est française.
Si l’objectif était vraiment le carbone, la réponse serait évidente et tiendrait en un mot de neuf lettres.
Et si cette réponse évidente est soigneusement écartée au profit du
rationnement administratif et des interdictions calendaires, c’est que l’objectif n’est pas le carbone, c’est le contrôle.
La neutralité carbone par décret est une religion d’État, avec son
clergé ministériel, ses indulgences budgétaires et ses processions de
textes réglementaires publiés les samedis d’été, exclusivement destinée à
contrôler les individus, leurs habitudes et leur vie dans le moindre
détail. Cela n’a aucun rapport avec des économies d’énergie, la
décarbonation ou sauver les ours polaires.
Une bonne nouvelle surnage cependant : la fin du pétrole est promise
pour 2045, soit, au rythme actuel de notre désindustrialisation, une
bonne dizaine d’années après la fin de notre industrie, ce qui veut dire
que, pour une fois, l’objectif gouvernemental suicidaire est
parfaitement atteignable.