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octobre 24, 2026

L’Union européenne face à son miroir soviétique : L’idéologie contre la puissance

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L’Europe au bord du gouffre ? Après les émeutes en France, en Italie et ailleurs, le spectre de l’effondrement… 

Après la journée de violences du 17 octobre en France, les émeutes de Milan et les manifestations qui secouent plusieurs pays européens, une question s’impose : le Vieux Continent traverse-t-il une crise passagère ou une véritable décomposition historique ? Désindustrialisation, dépendances énergétiques, tensions migratoires, fractures sociales et impuissance stratégique : les symptômes s’accumulent alors que Washington, Pékin et Moscou redessinent les rapports de force mondiaux. L’Union européenne, elle, paraît parfois davantage préoccupée par la réglementation de ses citoyens que par sa propre survie politique. Le parallèle avec l’URSS finissante est évidemment imparfait. Mais il rappelle une vérité que les dirigeants européens auraient tort d’oublier : les ensembles politiques ne disparaissent pas seulement sous les coups de leurs ennemis. Ils peuvent aussi s’effondrer de l’intérieur, lorsque leurs peuples cessent de croire en eux.

 

Du 17 octobre aux émeutes de Milan : L’Europe découvre ses fractures intérieures

Le 17 octobre 2026 restera comme une journée particulièrement révélatrice de la crise française. Des centaines de milliers de manifestants, pour l’immense majorité pacifiques, ont exprimé à juste titre une colère sociale réelle, née de la vie chère, de la dégradation des services publics et du sentiment d’abandon d’une partie de la population. Or cette mobilisation a également été marquée par des pillages, des razzias, des incendies, des attaques contre les forces de l’ordre et des bâtiments publics.

Des violences auxquelles ont surtout participé des militants de l’extrême gauche radicale, excités et exaltés par Mélenchon et ses sbires de LFI, et souvent issus d’une petite bourgeoisie qui aime tant dénoncer le capitalisme qu’elle semble éprouver un plaisir particulier à en saccager les vitrines, ainsi que des jeunes venus de quartiers populaires, animés d’une hostilité et d’une haine féroce envers la France et ses institutions. Mais ne confondons pas révolte de la misère et pillage d’opportunité. Là où, en Iran par exemple, certaines émeutes ces derniers mois ont conduit des manifestants à s’en prendre à des commerces alimentaires, les pillards qui repartent avec des vêtements de luxe et des iPhone dernier cri ne semblent pas exactement préoccupés par le prix de la baguette, de l’essence ou de l’électricité… À croire que, pour certains révolutionnaires du samedi, la lutte contre les inégalités consiste surtout à faire leurs courses de Noël avant l’heure, sans avoir à passer par la caisse !

À Limoges, l’hôtel de ville a été incendié. À Marseille, la mairie a été envahie et saccagée. Toutes les villes, grandes ou moyennes, ont été touchées. Plus de 1 000 policiers ont été blessés selon les premiers bilans. Comme l’a montré notre récent décryptage dans Le Diplomate, derrière les images, qui ont choqué le monde, d’une France qui brûle se dessine surtout la crise d’autorité d’un État, totalement dépassé et déconnecté, qui peine désormais à anticiper les désordres qu’il prétend maîtriser.

Et le phénomène dépasse nos frontières. À Milan, les violences ont conduit le gouvernement Meloni à annoncer le déploiement de 500 militaires supplémentaires. Le Portugal connaît des mobilisations sur le logement, l’Albanie des protestations contre la corruption et les conditions de vie. Ces événements ont des causes différentes ; les confondre dans une insurrection européenne unique serait historiquement et bien évidemment absurde. Mais leur simultanéité révèle un malaise plus profond, celui de sociétés où la confiance envers les institutions s’érode dangereusement.

Les catastrophes historiques ne sont pas toujours conduites par un grand stratège. Elles résultent parfois de milliers de décisions médiocres, de mauvaises anticipations et de réactions en chaîne. L’effondrement d’un État ne commence pas nécessairement par une défaite militaire. Il peut survenir lorsque celui-ci devient incapable d’assurer simultanément la sécurité, le fonctionnement de ses infrastructures et la cohésion de sa population. Et il faut reconnaître à nos dirigeants européens un talent assez exceptionnel : ils semblent capables de transformer chaque problème qu’ils prétendent résoudre en une nouvelle crise nécessitant une commission supplémentaire…

Les tensions migratoires et communautaires aggravent ces fragilités lorsqu’elles rencontrent les crises économiques et sociales, le chômage, la ségrégation territoriale et l’affaiblissement de l’autorité publique. Depuis la crise migratoire de 2015, les épisodes de Ceuta, les violences anti-immigration observées au Royaume-Uni ou les tensions espagnoles ont montré combien ces questions pouvaient déstabiliser les sociétés européennes. Par ailleurs, ne l’oublions jamais, l’islamisme politique, les réseaux issus de la mouvance des Frères musulmans, interdits dans de nombreux pays arabes et financés par nos « chers amis » du Qatar et la Turquie d’Erdogan ainsi que le terrorisme jihadiste constituent des défis sécuritaires spécifiques, qu’il est irresponsable de minimiser et bien plus dangereux que les ingérences russes, certes réelles mais trop souvent fantasmées.

Quoi qu’il en soit, le danger tient précisément à la rencontre possible de ces fractures. Une société peut supporter longtemps des difficultés économiques ; elle résiste beaucoup moins bien lorsque la défiance et l’incompétence politique s’ajoutent aux antagonismes communautaires et à la violence de rue. On ne gouverne pas éternellement une poudrière à coups de méthode Coué, de com’ et en distribuant des communiqués de presse de condamnations de principe.

L’Union européenne face à son miroir soviétique : L’idéologie contre la puissance

J’avais déjà développé, dans mon éditorial « Europe : La révolution qui vient — sursaut ou disparition », ce rapprochement volontairement provocateur avec l’Union soviétique agonisante. Il ne s’agit évidemment pas d’assimiler Bruxelles au régime totalitaire soviétique. Mais certaines ressemblances institutionnelles méritent réflexion : bureaucratisation excessive, langage officiel de plus en plus déconnecté du réel et du quotidien, généralisation de la censure, réflexes de centralisation et difficulté croissante à entendre les contestations et les peurs populaires.

L’Union européenne demeure un espace démocratique et prospère à l’échelle mondiale. Mais pour combien de temps ?

En effet, sa gouvernance révèle des faiblesses structurelles que ses propres institutions reconnaissent. Le rapport Draghi a évalué à 750 à 800 milliards d’euros par an les investissements supplémentaires nécessaires pour restaurer sa compétitivité. Eurostat relevait une croissance de seulement 1,2 % sur un an au deuxième trimestre 2026. Pendant ce temps, les industriels européens continuent de subir les normes ubuesques, le coût de l’énergie, la fragmentation des marchés financiers et les retards d’investissement technologique.

La crise énergétique d’octobre, aggravée par les tensions au Moyen-Orient, vient rappeler brutalement que la souveraineté ne se décrète pas. Elle suppose des centrales, des usines, des infrastructures et des ressources disponibles… et surtout d’une stratégie exempte d’idéologie. Or une partie de la caste dirigeante européenne, progressiste et mondialiste, a longtemps semblé considérer que l’on pouvait remplacer une stratégie industrielle par des objectifs réglementaires… ou écologiques. À Bruxelles, certes, on sait parfaitement attacher les bouchons aux bouteilles pour sauver le monde. Pour fabriquer les technologies qui domineront le XXIe siècle, c’est manifestement plus compliqué… Il faut dire qu’entre inventer l’avenir et interdire l’andouille de Guémené ou réglementer la taille des légumes, nos eurocrates ont depuis longtemps choisi leur domaine d’excellence !

De fait, le contraste avec les États-Unis et la Chine devient saisissant et consternant, avouons-le. Washington et Pékin investissent massivement dans l’intelligence artificielle, la robotique, les semi-conducteurs et les technologies spatiales. Selon une étude publiée par le Parlement européen, les investissements privés américains dans l’IA atteignaient 109 milliards de dollars en 2024, contre environ 19 milliards pour l’Europe… Le continent conserve pourtant d’immenses compétences scientifiques et industrielles. Son problème n’est donc pas l’absence de talents, mais la difficulté à les financer, les retenir et transformer leurs découvertes en puissance économique.

La question des libertés numériques illustre également les contradictions européennes. Le Digital Services Act poursuit officiellement des objectifs légitimes de protection des utilisateurs et de lutte contre les contenus illégaux, tout en prévoyant des garanties et des recours. Mais son application soulève aussi des interrogations sur les pouvoirs de censure, de régulation, les risques de retrait excessif de contenus et la place laissée aux médias alternatifs. Pourtant, une démocratie digne de ce nom devrait combattre les infractions sans faire de la contestation politique une anomalie à corriger, non ? À ce rythme, certains finiront par considérer que la liberté d’expression consiste essentiellement à pouvoir applaudir les décisions de Mme von der Leyen, à condition bien sûr de respecter les normes européennes sur les applaudissements !

À Munich, en février 2025, JD Vance avait précisément dénoncé le recul de la liberté d’expression et les choix migratoires des gouvernements européens. Ses propos ont suscité une vive controverse, notamment parce qu’ils évoquaient comme principales menaces pour les Européens, la submersion migratoire, l’islam politique et le wokisme, tout en minimisant, selon ses contradicteurs, le danger russe. Or, que cela plaise ou non, et malgré la chape de plomb idéologique et les cris d’orfraie de l’intelligentsia occidentale, il a pourtant parfaitement raison ! Arrêtons de considérer avec condescendance et mépris les dirigeants de l’administration américaine actuelle comme de simples neuneus et comme essaient de nous le faire croire les médias mainstream. Il y a plus de clowns à Bruxelles qu’à Washington, croyez-moi. Trump et Vance ne sont pas arrivés à la tête de la première puissance mondiale par hasard. Il suffit simplement de comparer le parcours du vice-président américain avec celui des tristes technocrates et de certains dirigeants européens…

Ukraine, Russie, Chine : Le monde se partage sans les Européens

C’est peut-être sur le terrain géopolitique que le déclassement européen apparaît le plus nettement. Depuis l’invasion russe de février 2022, l’Union européenne et ses États membres ont consacré, selon la Commission européenne, 231,5 milliards d’euros au soutien global de l’Ukraine à la mi-octobre 2026. Ce chiffre englobe des formes diverses d’assistance et ne saurait être assimilé à une simple dépense militaire. Mais quel gouffre financier pour un si piètre résultat !

Pour les défenseurs de cette politique, il s’agit de préserver la souveraineté ukrainienne (alors qu’ils se moquent éperdument de celle de leurs propres nations, étonnant non ?) et d’empêcher que la conquête territoriale par la force ne devienne une pratique acceptable voire que l’armée russe (pourtant « la plus nulle du monde » selon certains) déferle sur Berlin et Paris ! Faut-il simplement rappeler à certains de nos grands stratèges de plateaux TV, que les Russes ont mis péniblement plus de quatre ans pour conquérir seulement… 15% du territoire ukrainien !

Soyons sérieux. Ces arguments sont aussi stupides que fallacieux. Mais une autre question, géostratégique celle-là, mérite d’être posée : quel ordre de sécurité européen cherche-t-on réellement à construire au terme de cette guerre ?

La Russie a envahi l’Ukraine et porte peut-être la responsabilité première du déclenchement de cette guerre. Soit. Cela n’interdit nullement d’examiner les erreurs diplomatiques occidentales, les intérêts du complexe militaro-industriel américain ou le coût d’une rupture durable entre l’Europe et Moscou. J’ai consacré plusieurs éditoriaux aux intérêts économiques et stratégiques qui prospèrent sur les conflits prolongés. Et en effet, les marchands de canons et leurs VRP néoconservateurs, qui n’ont aucune considération géopolitique, ont rarement besoin d’une victoire définitive ; une guerre qui dure peut déjà constituer une excellente affaire. Il faut bien que la paix attende son tour : elle présente le regrettable défaut de rapporter beaucoup moins à ceux qui vivent de la guerre…

Depuis des décennies, les réalistes, comme Kissinger, savent qu’une architecture continentale stable ne peut ignorer la Russie, sa profondeur stratégique, ses ressources énergétiques et sa puissance nucléaire. De même que, comme de Gaulle et d’autres le déclaraient, une Europe-puissance n’est possible que de « l’Atlantique à l’Oural » voire pour d’autres « de Brest à Vladivostok », désignant un projet géopolitique d’une grande puissance eurasiatique, une Europe des nations, unie et forte, partenaire de la Russie, de l’océan Atlantique à l’océan Pacifique. Au lieu de cela, par idéologie, pour soutenir un pouvoir ukrainien ultra-corrompu et servir certains intérêts financiers fort douteux, la caste européenne hors-sol a créé une grave crise énergétique et un nouvel ennemi pour l’Europe, dont elle n’avait nullement besoin dans le monde actuel… Tout ceci en se privant donc du gaz et des extraordinaires ressources minières et naturelles russes, et en poussant Moscou à se jeter (qui l’a fait à contre-cœur) dans les bras de la Chine ! Quels visionnaires nous avons là ! Avec de tels bergers, nous n’avons même plus besoin de loups ! Et ce n’est pas être pro-Russe de dire cela. C’est au contraire être profondément pro-Français et pro-Européen !

Comble de l’ironie ou de l’absurde, l’actualité vient d’ailleurs de fournir une illustration éloquente de cette marginalisation européenne. Selon des informations publiées le 19 octobre, Vladimir Poutine aurait proposé un sommet avec Donald Trump et Xi Jinping pour discuter de la guerre en Ukraine. Ni la participation américaine ni celle de Pékin n’étaient alors acquises, et l’initiative ne constitue donc pas un nouveau Yalta. Mais son architecture politique est révélatrice : les trois grandes puissances discuteraient du destin stratégique de l’Europe sans que les Européens soient annoncés à la table, ni même l’Ukraine directement concernée… Pathétique !

Le véritable défi européen ne se situe pourtant pas exclusivement à l’Est. Il se trouve surtout au sud, dans une Afrique en pleine transformation démographique, au Moyen-Orient, où les crises se succèdent, et au sein même de nos sociétés, où les fractures économiques et politiques menacent les cohésions nationales. Une politique de sécurité sérieuse doit pouvoir traiter ces menaces simultanément, sans les opposer artificiellement.

Pendant ce temps, la Chine consolide sa puissance industrielle, l’Inde poursuit son ascension et l’économie russe n’est toujours pas à genoux comme nous l’annonçait notre inénarrable Bruno Le Maire… Bien au contraire, la Russie, malgré le coût considérable de sa guerre et les sanctions, conserve d’importantes capacités énergétiques et militaires. Les États-Unis de Trump cherchent à résister au déclin et à préserver leur prééminence face à Pékin, sans que leurs choix, notamment au Moyen-Orient, soient exempts d’erreurs et compromettent le fameux « sursaut » Trump. Quoi qu’il en soit, les grandes puissances agissent selon leurs intérêts. Les dirigeants européens, eux, ne veulent toujours pas définir collectivement les leurs.

Bref, l’Europe aurait pourtant, et c’est cela qui est le plus consternant, un potentiel énorme. Elle ne manque ni d’histoire, ni de richesses, ni de capacités humaines. Elle manque surtout d’une vision politique capable de relier la sécurité intérieure, l’indépendance énergétique, la puissance industrielle et la légitimité démocratique. Le parallèle avec la fin de l’URSS ne doit pas devenir une prophétie facile : les institutions européennes disposent encore de ressources considérables (malheureusement ?). Or l’Histoire est cruelle envers les dirigeants qui prennent la permanence de leurs institutions pour une garantie d’éternité.

Une civilisation ne disparaît pas parce qu’elle cesse de rédiger des règlements. Elle peut disparaître lorsqu’elle ne sait plus pourquoi elle les rédige, ni qui elle prétend protéger.

En attendant, les tristes sires (non élus !) au gouvernail de l’Union européenne multiplient les déclarations martiales à l’égard de Moscou, donnant parfois le sentiment que l’escalade est devenue une politique à part entière, quels qu’en soient les risques. Notre ineffable Emmanuel Macron, le premier, affiche un bellicisme et une fermeté internationale qui contrastent piteusement avec ses difficultés persistantes à maintenir l’ordre sur son propre territoire. À croire qu’il est parfois plus facile de parler de faire la guerre à la Russie que de maîtriser une petite racaille de 14 ans et son pistolet à eau au canal Saint-Martin, à Paris, comme cet été… Alors rétablir la paix dans les rues française face à des dizaines de milliers de pillards, vous pensez bien… !

D’ailleurs, de cette journée du 17 octobre, notre président semble surtout avoir retenu une prétendue « manipulation étrangère de l’information » et la circulation d’« images générées par IA ». Encore un coup des Russes, sans doute ! Non mais jusqu’où il va-t-il descendre ? C’est consternant !

Et pendant ce temps, on l’a dit, les grandes puissances préparent le monde de demain. L’Europe aurait donc intérêt à retrouver rapidement le sens de ses priorités. Malheureusement, nous en sommes encore loin. L’Histoire, contrairement aux sommets européens, ne suspend jamais ses travaux faute de consensus.

« Le poisson pourrit toujours par la tête », disait l’autre. Et finalement, comme je le rappelle souvent, les plus grands dangers qui menacent l’Europe ne sont peut-être pas ceux que j’ai évoqués plus haut. Ni l’immigration massive et incontrôlée, ni l’entrisme islamiste des Frères musulmans, ni le terrorisme jihadiste, ni même les explosions sociales qui se multiplient sur notre continent. Car, aussi graves soient ces menaces, le péril le plus redoutable pourrait bien venir de ceux-là mêmes qui prétendent nous en protéger : nos propres dirigeants !

Roland Lombardi

Roland Lombardi est docteur en Histoire, géopolitologue, spécialiste du Moyen-Orient et des questions de sécurité et de défense. Fondateur et directeur de la publication du Diplomate.

 https://lediplomate.media/edito-europe-bord-gouffre-apres-emeutes/?

 

Divers liens ! 

 

Emeutes banlieusardes et étudiantes, une inversion des valeurs; surtout n'abandonnez pas vos enfants à la propagande !


A) -  N’abandonnez pas vos enfants à la propagande !

B) -  Violences policières versus violences anti-policières : Gilets jaunes, émeutes banlieusardes et étudiantes, une inversion des valeurs ?

C) -  La Guerre civile qui vient, ou l’inconduite barbare du mouvement lycéen.

D) -  Les lycéens, petits dindons de la farce égalitaire

E) -  17 octobre : le Grand soir des Tartuffes

F) -  Quand la France brûle, vient le temps des boucs émissaires

 https://universite-liberte.blogspot.com/2026/10/emeutes-banlieusardes-et-etudiantes-une.html


Le gauchisme, maladie adolescente...Mais formaté, vous en redemandez à en mourir !


Le gauchisme, maladie adolescente !

1) L’absurdité des postures anticapitalistes

2) L’injuste procès des énergies fossiles

3) Les errements de l’agribashing

4) Un anti-occidentalisme pathologique

5) Ma tribune contre la gauche et l’extrême gauche. 

 https://universite-liberte.blogspot.com/2026/09/le-gauchisme-maladie-adolescentemais.html

 

 

Une France pré-révolutionnaire et des bilans....sans fin !


 

La France flirte avec la récession, ses dirigeants avec la médiocrité. Et si 2027 ressemblait davantage à 1789 qu’à une élection ordinaire ?

La campagne présidentielle n’est pas à la hauteur. Sans doute le serait-elle si notre pays était bien portant, comme dans les années 1960 ou 1970. Or, ce n’est pas le cas, il s’en faut. À une ou deux exceptions près, nous n’avons droit, pour l’heure, qu’à des boniments de boutiquiers ou de braillards du monde d’hier.

 https://universite-liberte.blogspot.com/2026/09/une-france-pre-revolutionnaire-et-des.html

 

Une Europe indépendante signifie que Washington ne fera plus la loi.


Washington devra s’habituer à une politique internationale transformée, où il n’est plus le centre de l’univers.

L'OTAN continue de se préparer à un avenir sans les États-Unis, du moins sans eux en tant que membre dominant de l'alliance. « Les Européens compensent déjà ce que les États-Unis ne peuvent plus garantir », a expliqué le secrétaire général Mark Rutte.

https://universite-liberte.blogspot.com/2026/08/une-europe-independante-signifie-que.html 

 

Les intellectuels ou la gauche pédo bobo caviar anticapitaliste !


A) - Pourquoi tant d’intellectuels sont-ils de gauche ?

B) - Le rôle des intellectuels et des intellectuels libertariens anti-intellectuels - Hans-Hermann Hoppe

C) - Les intellectuel(le)s "Epsteiniens" de France: "Apprenons l'amour à nos enfants".Pas de l'amour, de la pédophilie, pédocriminalité !

D) - La bataille intellectuelle contre le marxisme a été remportée il y a plus d’un siècle.

 https://universite-liberte.blogspot.com/2026/08/les-intellectuels-ou-la-gauche-bobo.html

 

Pour une famine, un néo-communisme; bonjour France, nous y rentrons....


Sommaire:

A) - L'Asharshylyq, la « grande famine »

B) - Holodomor

C) - Communisme 

D) - Le Livre noir du communisme

E) - Alexandre Soljenitsyne

 https://universite-liberte.blogspot.com/2026/08/pour-une-famine-un-neo-communisme.html

  

Identitaires de gauche et l’islamisme radical - Consanguinité - Islam/République !

 Sommaire:

A) -  Identitaires de gauche et l’islamisme radical

B) - Consanguinité

C) - Trois mots, trois mondes : ce que le Parlement français ne sait pas dire de l'islamisme

D) - L'islam et les valeurs de la République

 https://universite-liberte.blogspot.com/2026/07/identitaires-de-gauche-et-lislamisme.html 

 

Ce néo-communisme qui flirte en France, pour ne pas dire en Occident ! "Le marché a besoin d’un État fort"


Ce néo-communisme qui flirte en France 

« Oui, la France est en train de glisser vers un communisme mou » 

Vous attribuez tous nos maux au néolibéralisme, bouc émissaire pour politiciens discrédités, ceux de la gauche ou de la droite souverainistes, notamment. Autant vous dire que je n’ai rien, bien au contraire, contre le dirigisme bien tenu, à la de Gaulle, qui a redressé la France. Si elle est tombée si bas aujourd’hui, c’est parce que l’État-nounou est devenu obèse, hors de contrôle. Il n’est plus la solution, mais le problème.

Un communisme mou sans goulag

 https://universite-liberte.blogspot.com/2026/07/ce-neo-communisme-qui-flirte-en-france.html

 

 

Quelle Pigasserie en Mélenchonie ! Un néo-communisme de connivence capitalistique....

Mathieu Pigasse, un milliardaire mode Soros

Présidentielle 2027: le milliardaire Mathieu Pigasse invité à l’université d’été de La France insoumise

 Chez les Insoumis, les milliardaires sont plus souvent dénoncés qu’invités. Pourtant, l’un d’entre eux sera bien présent aux prochaines universités d’été de LFI. Matthieu Pigasse, banquier d’affaires et fondateur du groupe Combat, doit s’entretenir avec Manuel Bompard lors de l’événement. Une rencontre qui peut sembler paradoxale lorsque l’on se souvient que le coordinateur de LFI déclarait, en janvier 2023, sur le plateau de Franceinfo, qu’« être milliardaire en France aujourd’hui, c’est immoral ».

 https://universite-liberte.blogspot.com/2026/07/quelle-pigasserie-en-melenchonie-un-neo.html

 

L'État, Règne de la Magie Noire - Des sacrifices humains et autres superstitions modernes - Faré (Jean françois Rideau)  

Une sombre conclusion
 
À moins que vous n'ayez visité mon site ouèbe récemment, et voyiez par conséquent où je veux en venir [2] vous êtes probablement interloqués par le titre de mon essai: « L'État, Règne de la Magie Noire, Des sacrifices humains et autres superstitions modernes ». Vous vous demandez: « est-ce que ce mec est une sorte d'allumé? Va-t-il nous raconter que l'État n'est pas notre véritable ennemi, mais qu'il n'est que la manifestation visible de forces du Mal cachées dans l'ombre qui dominent notre monde à travers la magie noire ? » Eh bien, oui, je suis un allumé et oui ce sera plus ou moins ma conclusion. Mais je parie qu'avant d'avoir terminé la lecture de cet article, vous aussi serez allumé et brûlerez du même feu que moi. En fait, si vous êtes en train de lire cette page, c'est sans doute déjà le cas, quand bien même vous ne vous en êtes pas encore rendu compte. Pour vous convaincre, il me suffira de faire jaillir une lumière nouvelle sur ce Mal dont les manifestations ne vous sont que par trop familières 

 https://universite-liberte.blogspot.com/2026/09/letat-regne-de-la-magie-noire-des.html

 

 

Le marché des états; aussi comprendre l'Etat !

Sommaire:

A) -  Le XXIe siècle transforme les contribuables fortunés en agents économiques mobiles. 

B) -  Comprendre l'État 

Le XXIe siècle transforme les contribuables fortunés en agents économiques mobiles. 

Et de plus en plus d’États l’ont compris ((pas la France, bien sûr: ).  À côté de ça, la France ne rêve que d'une chose : contaminer l'Europe puis la planète entière avec son enfer fiscal déficitaire.)

 https://universite-liberte.blogspot.com/2026/10/le-marche-des-etats.html

 

 

La France vue de l'étranger ! US; Canada; UK, Suisse; etc....

France, une vision de l'étranger !

  La France entame une période politique cruciale, l’élection présidentielle devant désigner le successeur d’Emmanuel Macron devant se tenir dans six mois. Marine Le Pen, figure du parti d’extrême droite Rassemblement National, fait figure de favorite dans cette course. Marine Le Pen a pris pour cible Jean-Luc Mélenchon, leader de la France insoumise (extrême gauche) et également candidat à l’élection présidentielle, l’accusant d’avoir attisé les troubles survenus samedi. Elle a déclaré : « Des revendications sociales légitimes ont, une fois de plus, été prises en otage par l’extrême gauche. » Sur le réseau social X, Jean-Luc Mélenchon a répliqué en saluant ce qu’il a qualifié de scènes « joyeuses » de manifestations pacifiques. Il a dénoncé les tactiques policières, affirmant que certaines personnes avaient été, sans nécessité, aspergées de gaz au poivre ou visées par des gaz lacrymogènes.

 https://universite-liberte.blogspot.com/2026/10/la-france-vue-de-letranger.html

  

L’extrême gauche dans l'histoire, Black-Blocs, Casseurs.....Nombreux liens en interne

Le spectre de 1789

« L’extrême gauche menace de constituer un État dans l’État » : l’analyse d’un historien après les émeutes

 C’est surtout propre à notre époque et cela fait plus de vingt ans que ça dure. Certes, nous avons une tradition de l’insurrection politique pour renverser un régime : dans ce cas, l’idéologie est le ferment de la révolte. Mais ce à quoi nous assistons aujourd’hui est un déferlement de violence s’apparentant plus à de la sauvagerie qu’à un mouvement révolutionnaire. Nous avons basculé dans l’ère de l’impunité où c’est notre classe politique qui a peur qu’il y ait un seul mort ou ne serait-ce qu’une bavure causée par les forces de l’ordre. Les casseurs, eux, ne craignent ni la justice ni la police ni personne. En ce sens, nos dirigeants sont des faibles doublés de lâches, ce qu’était Louis XVI quand il renonçait à employer la force. Nous payons cette histoire deux fois.

 https://universite-liberte.blogspot.com/2026/10/lextreme-gauche-dans-lhistoire-nombreux.html

  

France/Monde: Armées, Prospective, Stratégie, Ukraine, énergie, Démographie/Immigration...? Que la déconstruction de « l’ordre du monde » s’accélère !


Que nous apprend la guerre en Ukraine ? Que la déconstruction de « l’ordre du monde » s’accélère ! 

La guerre en Ukraine témoigne de l’accélération de la déconstruction du monde. À l’affrontement ancien entre les Etats-Unis et la Russie, s’ajoutent une guerre économique et une guerre de l’énergie. De nouveaux acteurs montent en force, comme la Chine, l’Iran et la Turquie.

 https://universite-liberte.blogspot.com/2026/10/francemonde-armees-prospective.html

 

 

Le Mélenchonisme LFIste: Une France champ de bataille idéologique où, déjà, se joue l’avenir du libéralisme occidental.

Sommaire:

A) - Jean-Luc Mélenchon

B) - Jean-Luc Mélenchon vient de nous offrir un concentré assez pur de ce que peut produire une pensée économique quand elle n'a jamais eu à gérer une entreprise, un budget ou une chaîne de production.

C) - Jean-Luc Mélenchon ne gagnera pas l'élection présidentielle, il le sait 

D) - Mélenchon à Saint-Denis : un meeting paradoxal

E) - Le tiers-mondisme français et LFI

F) - LFI : Le vrai danger !

G) - Le programme ? On s'en fiche, qui s'en soucis !

H) - La collusion mortelle. 

I) - Mélenchon : deux nuances de vert et de rouge

J) -  Dividendes: Les élus LFI ne comprennent décidément rien à l'économie de marché 

K) -Alerte aux décoloniaux : Jean-Luc Mélenchon face au piège qu’il s’est lui-même tendu

 https://universite-liberte.blogspot.com/2026/07/le-melenchonisme-lfiste-une-france.html

 

 

David Zini, directeur du Shin Bet à Paris...Sécurité du sang !

RENSEIGNEMENT – Émeutes du 17 octobre : Macron donne des leçons à Israël, mais Paris reçoit le patron du Shin Bet ! 

Alors que la France peine à retrouver son calme après les violences du 17 octobre 2026, une visite aussi discrète que révélatrice vient rappeler les contradictions de sa diplomatie. Le 20 octobre, David Zini, directeur du Shin Bet, le puissant service israélien de sécurité intérieure, s’est rendu à Paris pour rencontrer de hauts responsables de la DGSI et de la DGSE. Au programme, selon les médias israéliens : terrorisme, radicalisation islamiste et coopération sécuritaire. Un déplacement prévu bien avant les émeutes, mais dont le calendrier prend une dimension particulièrement symbolique. Car tandis qu’Emmanuel Macron multiplie les critiques envers Israël, reconnaît un État palestinien et restreint la participation des industriels israéliens aux salons français de défense, les professionnels du renseignement poursuivent leur coopération. Une leçon de Realpolitik : la diplomatie peut s’offrir le luxe des postures. La sécurité nationale, beaucoup moins.

 https://universite-liberte.blogspot.com/2026/10/david-zini-directeur-du-shin-bet.html

 

 

septembre 02, 2026

Dans les années 90, la France raffinait 50 % des terres rares du monde. Swipez le carrousel....

Comment la France a gâché son plus grand trésor industriel.
 
Dans les années 90, la France raffinait 50 % des terres rares du monde.
Puis, entre peurs des risques liés à la radioactivité, normes étouffantes et hausse des coûts, on a préféré fermer nos usines et tout offrir à la Chine.
 
Bilan : la Chine a pris le monopole et nous a pris en otage.
Mais la fatalité n’existe pas. 
À Lacq, la pépite française Carester prouve qu’on peut reconstruire notre souveraineté avec l’usine la plus propre au monde !
 
Swipe le carrousel pour découvrir l’histoire complète ci-dessous !
 
















 
 
 
Et découvrez d’autres histoires autour de l’industrie dans le livre de Laurent Moisson : « Contes et Légendes de la réindustrialisation », disponible en librairie.
 

 

juillet 10, 2026

France : la grande dégringolade, déclin et renouveau ?

Sommaire:
 
A) -  France : la grande dégringolade des indicateurs de développement humain
 
B) - Existence  d'un verrou mathématique qui rend la France irréformable.
 
C) -  Entretien avec Nikola Mirkovic – Déclin et renouveau : Comment les Français se relèveront
 
D) - Le champ du signe
 

 

A) - France : la grande dégringolade des indicateurs de développement humain


Chantage aux chiffres, déclin global : sans krach brutal, la France glisse vers le statut de « cancre des pays développés », plombée par des indicateurs sociaux et économiques en berne.

Ce qu'il faut en retenir : 

  • Santé alarmante : La France fait exception dans l'OCDE avec une mortalité infantile en hausse (4,1‰ en 2024) et un recul de l'espérance de vie sans incapacité chez les femmes.

  • Éducation en chute : Le niveau s'effondre avec une perte historique de 21 points en mathématiques au classement PISA entre 2018 et 2022, révélant une grave dégradation qualitative.

  • Décrochage économique : La part de l'industrie est passée de 25% à 10% du PIB en trente ans, entraînant une baisse de productivité et une lourde perte de souveraineté.

  • Illusion financière : Le pouvoir d'achat et les revenus sont maintenus artificiellement par la redistribution sociale, mais celle-ci est financée par une dette publique devenue intenable.

Il n'y a pas eu de krach. Pas de date à cocher sur un calendrier. Juste des chiffres qui, un à un, ont fini par converger. La mortalité infantile qui remonte alors qu'elle baisse partout ailleurs dans l'OCDE. Le niveau en mathématiques qui s'effondre en quelques années. Des usines qui ferment, une dette qui s'alourdit, une confiance dans les institutions tombée à 22 %. Pris isolément, chacun de ces signaux peut passer pour un accident de parcours. Mis côte à côte, ils racontent autre chose. Nous avons voulu les rassembler, indicateur par indicateur, en confrontant les données de l'OCDE aux regards d'un économiste et d'une médecin de santé publique. Le pays qui en ressort n'est pas sous-développé. C'est, pour reprendre les mots de l'un de nos interlocuteurs, "le cancre des pays développés".

I. Mortalité infantile — l'indicateur le plus récent, et le plus sévère

Description et verdict : Le Panorama de la santé 2025 de l'OCDE relève que le taux de mortalité infantile a diminué dans 35 pays membres depuis 2011-2013 — sauf en France, en Islande et au Luxembourg. Le taux français est passé de 3,5‰ en 2011 à 4,1‰ en 2024, pendant que la moyenne européenne continue de baisser à 3,3‰. La France est passée de la 3e-4e place européenne dans les années 1990-2000 à une position comprise entre la 18e et la 24e place aujourd'hui. Verdict : dégringolade avérée.

Dr Alice Desbiolles, médecin de santé publique et épidémiologiste :

« Ce qui est intéressant avec les indicateurs sur la mortalité néonatale par exemple, c'est qu'on est vraiment à l'instant T de l'état de santé de la société aujourd'hui, et pas dans la qualité de vie qu'il y avait il y a cinquante ans et qui aboutit à un individu qui aura été exposé à sa société au bout de 80-90 ans. »

« On sait qu'on observe depuis des années une baisse de la qualité du sperme, liée entre autres à tous les polluants et perturbateurs endocriniens. [...] On a aussi toute la question de la consommation de toxiques chez les femmes, qui est plus importante qu'elle a pu l'être. »

II. Mortalité périnatale — la dégringolade la plus documentée par la Drees

Description et verdict : La mortalité périnatale française atteint 11,2‰ en 2024 (7398 enfants), son plus haut niveau depuis plus de dix ans, en hausse continue depuis 2021. Écarts territoriaux considérables : taux 2,3 fois plus élevé en Guadeloupe qu'en Auvergne-Rhône-Alpes, DROM à +60% vs métropole. Verdict : dégringolade avérée.

Dr Alice Desbiolles :

« Sur une mortalité qui est très précoce, on peut se permettre d'interroger la santé de la mère — ce sont des pistes, je ne prétends pas que ce soit l'explication. [...] On a des corrélations entre l'état de santé des individus, leur niveau de vie et leur niveau d'accès aux soins : tout va un peu dans le même sens. On a aussi plus de comorbidités, plus de grossesses à risque, de diabète gestationnel, de risque de prééclampsie, de risque d'accouchement prématuré — qui est lui-même un facteur de risque de décès pour l'enfant. »

« Ce qui est intéressant, c'est qu'on a des indicateurs qui ne semblent pas directement liés entre eux : quand on pense à la mortalité infantile, on pense au bébé décédé, mais on peut aussi regarder la santé de ses géniteurs. »

III. Espérance de vie et espérance de vie sans incapacité — où l'on stagne, et où l'on recule vraiment

Description et verdict : L'espérance de vie brute française reste à 83 ans selon l'OCDE (+1,9 an vs moyenne), 2e rang UE femmes ; les progrès ont ralenti depuis 2015. L'EVSI à la naissance recule pour les femmes depuis 2008 (64,2 ans en 2023, -4 mois), alors qu'elle progresse à 65 ans. Verdict : stagnation pour le brut, décrochage réel pour l'EVSI à la naissance des femmes.

Dr Alice Desbiolles :

« On a eu un allongement majeur de l'espérance de vie en France, comme dans beaucoup de pays développés, porté par les progrès de la médecine, de l'hygiène et de la prévention des maladies infectieuses. La question, c'est jusqu'où on considère qu'on a atteint les limites ultimes de notre propre longévité. Je m'intéresse peut-être plus à l'espérance de vie sans incapacité : c'est peut-être le luxe qu'on a désormais, d'avoir atteint un niveau quantitatif élevé et de pouvoir s'interroger sur la qualité de ces années plutôt que sur leur seul nombre. »

« Je pense qu'on a une marge de manœuvre sur cet indicateur-là. À mon avis, elle est un peu insuffisante aujourd'hui, et elle traduit un vrai levier de politique publique, en termes de prévention des maladies collectives — plus que l'espérance de vie brute. »

IV. Santé mentale des jeunes — un indicateur qualitatif complémentaire, à manier avec prudence

Description et verdict : Pas d'indicateur OCDE composite stabilisé ; données largement déclaratives. Verdict : signal de dégradation à traiter avec prudence méthodologique.

Dr Alice Desbiolles :

« Ce n'est pas systématiquement un diagnostic posé par un psychiatre. [...] On peut traverser des moments difficiles, des inquiétudes légitimes en période d'orientation par exemple, sans que ce soit une dépression. »

« On observe quand même une augmentation des gestes suicidaires chez les jeunes filles, ce qui laisse penser qu'une souffrance psychique débordante peut désormais prendre plus fréquemment cette forme. »

« Je pense qu'on a ensuite trois grandes explications systémiques documentées : l'utilisation excessive des réseaux sociaux chez de nombreux jeunes [...] ; la question des abus sexuels chez les adolescentes, notamment en milieu intrafamilial [...] ; et peut-être un facteur plus identitaire : à force de beaucoup parler de santé mentale, on en vient parfois à se définir à travers d'éventuels troubles — HPI, TDAH — qui ne sont pas toujours véritablement avérés. »

V. Éducation — PISA, la chute historique de 2022

Description et verdict : Chute de 21 points en maths entre 2018 et 2022, la plus forte jamais enregistrée depuis la création de PISA. Écart favorisés/défavorisés de 113 points (vs 93-94 moyenne OCDE). Verdict : dégringolade avérée.

Laurent Cappelletti, enseignant-chercheur, CNAM, auteur d'un rapport pour le Haut-Commissariat au Plan :

« En quantité, on reste très bon [...]. On est aujourd'hui à 80-90 % d'une classe d'âge qui a le baccalauréat, et sans doute déjà 50-60 % à un niveau bac+3. [...] Le problème, c'est qu'on se dégrade qualitativement. [...] Ce n'est pas un problème de quantité de formation — on l'a, cette quantité — mais un problème de qualité. »

« Ces compétences de base sont d'autant plus importantes qu'elles conditionnent l'acquisition de toutes les autres connaissances. Si vous ne savez pas compter, vous êtes mal parti pour devenir bon en mathématiques. Si vous ne lisez pas bien, vous ne comprenez pas un énoncé de mathématiques. »

« Cette dégradation des compétences de base contribue [...] au coût caché général des défauts de formation en France [...], de l'ordre de 90 à 100 milliards d'euros de PIB en moins chaque année. »

Sur ses propres observations d'enseignant : « Les étudiants d'aujourd'hui ont beaucoup de qualités : ils savent faire des choses, notamment sur le plan informatique, que l'on ne savait évidemment pas faire il y a vingt ou trente ans. Mais, en revanche, ce n'est pas le cas pour l'expression : on les comprend, spontanément, moins bien, à l'oral comme à l'écrit. Quand je leur fais lire des documents — même quand cela passe par une réponse de ChatGPT — ils ont plus de difficultés, spontanément, à les comprendre et les analyser . »

VI. Productivité du travail — un décrochage vieux de vingt ans, pas de cinq

Description et verdict : La France a été le pays le plus productif de l'OCDE par heure travaillée de 1986 à 2004, avant de décrocher. Depuis 2019, elle affiche un écart de -8,5% par rapport à sa tendance pré-Covid (Banque de France). Verdict : le décrochage relatif remonte à vingt ans ; la mesure de 2019 n'en capture que la phase la plus récente et la plus visible.

Laurent Cappelletti :

« Nous sommes restés bons jusqu'à il y a trente ou quarante ans. Et puis, à partir du moment où l'on a commencé à travailler moins, à partir du moment où l'on a commencé à désindustrialiser, à partir du moment où l'on s'est mis à décrocher en termes de productivité [...] la situation s'est dégradée. »

« Dans l'absolu, quand on regarde notre PIB par tête en valeur, il continue d'augmenter légèrement, année après année. Mais le problème, c'est que cette évolution doit être comparée à celle des autres pays, qui, eux, se cassent la figure. »

« La Banque de France a montré qu'elle se dégrade depuis 2019 : elle est aujourd'hui inférieure de 8,5 % au niveau qu'elle aurait atteint si elle avait continué de progresser sur la tendance 2010-2019. »

« Le problème de son analyse, c'est qu'elle ne prend en compte que les coûts-performances visibles, pas les coûts-performances cachés. [...] On a un absentéisme au travail qui n'a cessé d'augmenter [...] ; des accidents du travail qui n'ont cessé d'augmenter ; une rotation du personnel de plus en plus difficile à maîtriser. Ce qui veut dire, aussi, que la qualité du management des personnes s'est dégradée ou bien n'a pas su évoluer »

« On a suggéré un rattrapage partiel porté par la hausse des défaillances d'entreprises. [...] Ce sont des améliorations de façade, qui ne traduisent aucune amélioration structurelle de fond. »

« Le décrochage s'explique pour moitié environ par les raisons qu'évoque la Banque de France [...] et pour l'autre moitié [...] par les coûts cachés : principalement l'absentéisme au travail, les accidents du travail et la rotation non maîtrisée du personnel. »

Sur les écarts sectoriels (-19,6% matériels de transport, -14,5% construction, -2,1% services) : « Parce qu'il y a, dans les services, moins d'absentéisme, moins de rotation du personnel et moins d'accidents du travail. C'est dans la construction et le transport [...] que les conditions de travail sont les plus pénibles. »

VII. Désindustrialisation — la perte de souveraineté derrière la perte de PIB

Description et verdict : Part de l'industrie dans le PIB passée d'environ 25% à 10-11% en trente ans (ministère de l'Économie, 2024). Verdict : dégringolade structurelle.

Laurent Cappelletti :

« Le chiffre de la part de l'industrie dans le PIB, celui que je valide est celui du ministère de l'Économie, édition 2024 : on est aujourd'hui autour de 10-11 %. [...] En trente ans, on est passé d'environ 25 % du PIB pour l'industrie à environ 10 % aujourd'hui. »

« Des pertes visibles de PIB de l'ordre de 241 milliards d'euros si l'on avait conservé la part de l'industrie de l'Allemagne dans le PIB, soit environ 2 millions d'emplois [...]. Je valide entièrement ce chiffre. »

« Le premier [coût caché], énorme, c'est la perte de souveraineté. Quand on ne fabrique plus de masques de protection, de médicaments, de véhicules électriques, on devient dépendant de qui les fabrique. [...] Être dépendant de la Chine, de la Russie ou de l'Iran, c'est une tout autre affaire. »

« Le dernier coût caché [...] porte sur le moral collectif. [...] Nous sommes champions du monde de la consommation d'antidépresseurs, et derniers dans les baromètres d'optimisme internationaux : la désindustrialisation est l'un des facteurs qui l'explique. »

VIII. Recherche et développement — un double sous-investissement, désormais documenté

Description et verdict : 2,2% du PIB en R&D depuis 1995, contre 2,7% de moyenne OCDE aujourd'hui — un écart qui se creuse plutôt qu'il ne se résorbe. Verdict : stagnation relative, expliquée par un mécanisme à deux niveaux.

Laurent Cappelletti :

« Comme l'État manque d'argent, il est obligé de consacrer les ressources dont il dispose aux dépenses sociales, puis de s'endetter pour financer ces mêmes dépenses sociales. Résultat : il ne reste plus d'argent pour les investissements innovants tels qu'on a pu les faire il y a quarante ou cinquante ans, dans le nucléaire, le Concorde ou le TGV. »

« Pour la recherche-développement, il y a une double responsabilité. D'un côté, il y a un sous-investissement [...] des pouvoirs publics [...]. De l'autre côté, à l'échelle des entreprises — pas des grandes entreprises françaises, qui, elles, maintiennent des investissements en R&D [Total, Safran] — mais, proportionnellement [...] les entreprises ont eu tendance à moins investir en R&D, à moins innover. Notre nombre de brevets d'innovation, de la même façon, se dégrade. »

IX. Revenu national brut / pouvoir d'achat par habitant — le pilier "de façade" de l'IDH

Description et verdict : PIB par habitant passé du top 10 mondial à la 25e place en vingt ans. Revenu disponible maintenu par la redistribution. Verdict : dégringolade relative, maintien artificiel du niveau de vie apparent.

Laurent Cappelletti :

« Le PIB par habitant, en France, se dégrade parce que nous perdons en productivité : il est aujourd'hui environ un tiers inférieur à celui de l'Allemagne, et moitié inférieur à celui des États-Unis, alors que nous étions à peu près à égalité avec l'Allemagne il y a vingt ans. »

« Il y a vingt ans, un Français avait, en gros, le même pouvoir d'achat [...] qu'un Allemand. Vingt ans après, c'est un tiers, voire un quart de moins. [...] Quand des touristes suisses, hollandais, etc., viennent en France, les Français se rendent bien compte qu'ils ont beaucoup plus d'argent que nous. »

« Grâce à la redistribution sociale [...], le revenu disponible des Français reste artificiellement en légère progression. [...] C'est plutôt comme une entreprise qui afficherait un résultat positif parce qu'elle aurait touché une grosse subvention. Sauf que cette subvention ne vient pas de la création de richesse : elle vient de l'endettement. »

« La bonne formulation, c'est qu'on reste un pays développé, mais qu'au sein de cette catégorie [...] on tend à devenir un pays pauvre, si l'on continue ainsi. [...] Au lieu d'être un bon élève des pays développés, on tend à devenir un cancre des pays développés. »

Sur l'indicateur le plus parlant à ses yeux : « La productivité. Parce que la productivité, c'est la création de richesse. Et la création de richesse, c'est ce qui détermine le revenu, ce qui permet de répondre aux besoins humains, ce qui permet d'investir. »

X. Confiance dans les institutions — un désaccord d'expert avec l'OCDE

Description et verdict : Confiance dans le gouvernement passée de 34% (2023) à 22% (2025), vs 40% moyenne OCDE (Enquête OCDE 2026). L'OCDE relie cette chute à l'instabilité politique post-dissolution de juillet 2024.

Laurent Cappelletti conteste explicitement la lecture causale de l'OCDE, sans contester les chiffres :

« Nous faisons partie des pays où la confiance dans les institutions est la plus faible. [...] Il y a une forme de Français devenus non confiants, non optimistes — pessimistes, voire dépressifs. C'est très paradoxal. »

« Je suis assez critique — pas sur les chiffres, mais sur les analyses de l'OCDE. Je les trouve frustes, il leur manque un peu de complexité. Le manque de confiance des Français dans les institutions n'a pas commencé avec l'instabilité gouvernementale : cela fait vingt ans que la situation se dégrade continuellement. »

« Leurs analyses sont [...] un peu court-termistes : le manque de confiance s'expliquerait par l'instabilité gouvernementale depuis la dissolution. Mais non — le manque de confiance envers les institutions, en tendance lourde, se dégrade depuis vingt ans, trente ans. »

« Les Français n'ont plus confiance non plus dans les institutions éducatives, car ils se rendent bien compte que le classement PISA de la France dégringole. De même pour la justice : ils constatent qu'il y a des trous dans la raquette. [...] Compte tenu de nos mauvais indicateurs généraux, la surprise serait, au fond, que les Français aient confiance dans leurs institutions. »

Verdict : dégringolade confirmée dans les chiffres, mais la temporalité "post-2024" avancée par l'OCDE est explicitement contestée par l'expert — à traiter comme un point de débat journalistique plutôt qu'un fait établi.

XI. Finances publiques — la dégringolade la plus structurelle

Description et verdict : 2e déficit public le plus élevé de l'OCDE (5,1% du PIB en 2025), 3e dette la plus lourde derrière la Grèce et l'Italie (rapport OCDE, mai 2026). Verdict : dégringolade structurelle et continue.

Laurent Cappelletti :

« On peut parler d'artificialité, assurément — les revenus disponibles des Français sont maintenus artificiellement à un niveau élevé par des transferts sociaux qui, eux-mêmes, sont financés de moins en moins par la création de richesse, mais de plus en plus par la dette. »

« Ce n'est pas tenable. On arrive à un moment où, pour continuer à emprunter, il faut trouver des prêteurs — et en termes de plafond de dette, on ne pourra pas aller beaucoup plus loin. »

« Je crois que notre dernier excédent commercial remonte à… 2002-2003. Deuis 24 ans, donc, que des déficits commerciaux. »

XII. Bien-être territorial et disparités régionales — un creusement réel, mais une moyenne nationale trompeuse

Description et verdict : L'OCDE classe la France parmi les 5 pays aux plus fortes disparités régionales d'emploi (7,7% de la population, 5,2 millions de personnes, en zones multi-pauvres). Cappelletti confirme et documente ce creusement, tout en apportant une nuance essentielle : au niveau national global, la France reste l'un des pays les plus égalitaires du monde en revenus (coefficient de Gini bas) — la dégradation n'est pas dans l'écart moyen riches/pauvres, mais dans la concentration géographique croissante de la pauvreté.

Laurent Cappelletti :

« Dans l'absolu, nous sommes l'un des pays les plus égalitaires du monde en termes de revenus. [...] Mais quand on regarde dans le détail, on se rend compte qu'il y a une concentration des plus pauvres dans certaines régions : celles qui étaient anciennement industrialisées et qui se sont très fortement désindustrialisées ces quarante dernières années — le Nord, l'Est, et puis la fameuse "diagonale du vide". »

« Il y a un enkystement : les régions qui, depuis trente ou quarante ans, se sont appauvries continuent, globalement, de s'appauvrir [...]. À l'inverse, dans les régions riches [métropoles, littoral], les gens sont de plus en plus riches. »

« L'OCDE a raison sur ce point, et mon analyse rejoint la sienne : les inégalités territoriales se creusent parce que les territoires pauvres continuent à devenir de plus en plus pauvres, et les territoires riches continuent à devenir de plus en plus riches. »

Verdict : creusement territorial réel et confirmé par l'expert — tout en gardant à l'esprit la nuance du Gini national, essentielle pour ne pas être pris en défaut sur ce point précis.


Alice Desbiolles est médecin. Son parcours l’a amenée à travailler à l’hôpital, au sein d’organismes gouvernementaux de santé publique, au ministère de la Santé, à l’Institut Pasteur, et à participer à des missions sanitaires internationales. Elle est l’une des premières professionnelles de santé à avoir popularisé et porté médiatiquement l’éco-anxiété et les conséquences sanitaires du 

Laurent Cappelletti est diplômé de l'EDHEC Business School et docteur HDR en sciences de gestion. Il est professeur titulaire de la chaire comptabilité et contrôle de gestion du Conservatoire national des arts et métiers dont il est secrétaire général de l’Assemblée des chaires. Il est également chercheur au laboratoire de recherche LIRSA, directeur à l’institut de socio-économie ISEOR et ancien maire-adjoint de Mauguio-Carnon au commerce et développement numérique, conseiller communautaire. 

 
 
 

B) - Existence  d'un verrou mathématique qui rend la France irréformable.

Il existe un verrou mathématique qui rend la France irréformable. Trois chiffres suffisent à le décrire.  

 Le premier vient de tomber. 

L'Insee a publié il y a quelques jours son étude sur la « redistribution élargie » — l'ensemble de ce que chacun verse (impôts, taxes, cotisations) et reçoit (prestations, retraites, santé, éducation, services publics). Verdict : 56 % des Français reçoivent plus qu'ils ne versent.  Une majorité absolue de bénéficiaires nets. Avec un gain moyen de 23 900 € par an et par unité de consommation. Chez les 10 % les plus modestes, 99 % sont bénéficiaires nets. Chez les 10 % les plus aisés : 18 %. Retenez ce chiffre : 56 %. C'est plus qu'il n'en faut pour gagner n'importe quelle élection.  

Deuxième chiffre. 

Pendant ce temps, la machine qui distribue tout cela continue de grossir.  Fin 2024 : 5,85 MILLIONS d'agents publics. +37 000 en un an. +0,6 %, après +1,1 % en 2023. L'État embauche, les contractuels explosent (+3,5 % dans la FPE), et ce depuis des années, gouvernement après gouvernement, promesse de « maîtrise des effectifs » après promesse. 

 Troisième chiffre. 

Le plus fou.  En 2024, la fonction publique d'État a licencié pour insuffisance professionnelle… 12 fonctionnaires. DOUZE. Sur 2,5 millions d'agents. Taux de licenciement dans la fonction publique : il ne dépasse jamais 0,01 %. Dans le privé, pour les CDI : 4,15 %. Un salarié du privé a donc environ 400 fois plus de chances d'être licencié qu'un agent public. Le privé a connu 1,07 million de licenciements en 2022. La fonction publique d'État : 235.  


Maintenant, croisez les trois.
  

 Une majorité électorale de bénéficiaires nets → aucun candidat ne peut gagner en promettant de réduire la redistribution. Une machine de 5,85 millions d'agents → le premier bloc électoral organisé du pays, syndiqué, concentré là où se décident les politiques. Une garantie d'emploi quasi absolue → la machine ne peut structurellement pas maigrir, même quand la mission disparaît, même quand le service se numérise, même quand la démographie change. 

 C'est ça, le verrou. 

Chaque rouage est démocratiquement rationnel. L'ensemble est un piège parfait.  L'école du Public Choice l'avait théorisé il y a soixante ans : quand les bénéficiaires d'une dépense sont concentrés et organisés, et que ses payeurs sont diffus et dispersés, la dépense ne recule jamais. 

La France en est devenue la démonstration grandeur nature. On ne votera jamais la fin de ce système : ses bénéficiaires sont majoritaires dans l'isoloir.  On ne dégraissera jamais la machine : elle est indégraissable par statut.  Il ne reste que deux issues à ce genre d'équation. 

La faillite ou l’intelligence collective 

 (Sources : Insee Analyses n° 118, juillet 2026 — données 2023 ; Insee Première n° 2094 / DGAFP — emploi public 2024 ; DGAFP, rapport annuel — licenciements ; Fondation IFRAP)

 


 

C) -  Entretien avec Nikola Mirkovic – Déclin et renouveau : Comment les Français se relèveront

Propos recueillis par Roland Lombardi

Le Diplomate : Votre nouvel ouvrage s’intitule Déclin et renouveau. Pourquoi avoir choisi d’associer ces deux notions, et considérez-vous que la France traverse aujourd’hui une crise conjoncturelle ou un déclin structurel comparable à celui d’autres puissances historiques ?

J’ai associé « déclin » et « renouveau » parce que l’un ne va pas sans l’autre dans l’histoire des vieilles nations et tout particulièrement dans l’histoire de France. Il suffit de relire Michelet ou Bainville pour s’en convaincre, notre histoire s’écrit d’abîme en cime avec ses moments de gloire et de tristesse. Le déclin n’est jamais une fatalité irréversible ; il est souvent le prélude à un sursaut si un peuple retrouve dans ses rangs les femmes et les hommes courageux et vertueux qui osent relever le défi que leur propose l’Histoire. La France aujourd’hui ne traverse pas une simple crise conjoncturelle, elle a trébuché dans un déclin structurel profond : disparition de ses traditions, éclatement de la famille, perte de la souveraineté, effritement industriel, corrosion de la démocratie, réingénierie sociale et manque cruel de stratégie étatique. Cela rappelle le déclin de l’Empire romain tardif, de l’Espagne au XVIIe siècle ou de la Grande-Bretagne après 1945 : une puissance qui s’accroche à des illusions de grandeur passée tout en se laissant diluer dans des ensembles plus vastes ou qui se fait transformer par des forces extérieures. Mais contrairement à ces exemples, la France dispose encore d’atouts immenses (histoire, langue, génie créatif, position géographique) pour un rebond si les Français s’en donnent la peine et qu’ils comprennent les mécanismes du renouveau.

Vous décrivez une perte progressive de souveraineté politique, économique et culturelle. Selon vous, quels ont été les tournants décisifs — européens, géopolitiques ou internes — ayant accéléré cette dynamique depuis la fin de la Guerre froide ?

Les tournants majeurs sont multiples, mais j’en retiens quatre. 

  1. Le traité de Maastricht (1992) qui a ouvert la voie à l’euro, imposé des critères de convergence et de discipline budgétaire et a accéléré une dangereuse absorption de la France par Bruxelles dans les domaines de la justice, de la politique étrangère et de la protection des frontières.
  2. La création de l’euro (1999), qui a transféré une part essentielle de la souveraineté monétaire et budgétaire à Bruxelles, sans contrepartie démocratique réelle.  Un pilier de l’économie française est maintenant aux mains d’une institution étrangère. Depuis la mise en place de l’euro la chute de l’économie française s’est accélérée.
  3. La guerre illégale de l’OTAN de 1999 contre la Yougoslavie, qui a marqué le début de l’alignement atlantiste inconditionnel de la France et la perte de sa posture gaulliste d’indépendance.  Cette agression gratuite et non justifiée contre les Serbes a ouvert la boîte de Pandore de la redéfinition des frontières et de l’éclatement de guerres en Europe. Je rappelle que l’ancien Secrétaire général de l’OTAN Jens Stoltenberg avait dit que l’UE et l’OTAN sont les deux faces d’une même pièce. Quand on sait que l’OTAN est la légion étrangère de l’armée américaine cela en dit long sur l’indépendance de l’Union européenne.
  4. 2007 et la trahison des élus politique du Congrès de la volonté du peuple Français de ne pas adopter le traité européen supranational clairement exprimé dans le référendum de 2005. Beaucoup de Français ont été choqués et un certain nombre a commencé à mieux comprendre la révolte des élites et la trahison de la démocratie dont Christopher Lasch nous avait pourtant décrit les méfaits aux USA dès 1996. Pour reprendre les analyses de Turchin ou Guilluy on voit que le modèle démocratique occidental a glissé progressivement vers un modèle oligarchique ou les classes moyennes et populaires ont été dégagés du modèle démocratique. Pour Jean-Claude Michéa nous sommes entrés dans l’ère de « l’État libéral post démocratique ». 

Votre analyse dépasse le cadre strictement national. Dans quelle mesure le déclassement français s’inscrit-il dans un affaiblissement plus large de l’Europe occidentale face au basculement du monde vers un ordre multipolaire ?

Le déclassement français est un symptôme majeur de l’affaiblissement global de l’Europe et du monde occidental en général. L’UE, conçue comme un projet post-national, s’est révélée incapable de devenir une puissance souveraine : elle est restée une zone de libre-échange atlantisée, dépendante des États-Unis pour sa défense et son développement stratégique et de la Chine pour ses approvisionnements. Ce n’est malheureusement pas surprenant, on voit difficilement comment une construction centralisée non démocratique comme l’Union européenne aurait pu réussir là où l’URSS, à quelques nuances près, a échoué. Face à la montée de la Chine, de l’Inde, de la Russie et des BRICS, l’Europe perd sa centralité. La France, autrefois pivot de l’Europe, subit doublement : elle est engluée dans un atlantisme servile et un européisme idéologique. L’ordre multipolaire en cours marginalise les puissances moyennes qui refusent de choisir leur camp ou de retrouver leur indépendance. Les indicateurs sociaux, économiques et politiques sont en zone rouge pour la France comme tous les pays de l’UE. Loin d’avoir apporté la paix, la stabilité et la prospérité, l’Union européenne a apporté tout le contraire. Aujourd’hui l’ensemble de l’Europe souffre d’un manque de dynamisme et de vision. L’UE est devenue un agrégat défaillant d’États providences déficitaires, de sociétés déchirées et atomisées et souffrant d’un manque cruel de vision stratégique. Les pays membres de l’UE ne font pas assez d’enfants, ils n’ont pas investi dans un outil de production adapté à l’évolution de l’économie et ils n’ont pas vu l’émergence du monde multipolaire. Ce sont de sérieux revers pour une des régions qui était l’une des plus puissantes et avancées avant la création de l’UE. Il faut être lucide, l’UE est un échec total, c’est une bouée de plomb à chaîne courte attachée à nos cous et jetée en pleine mer. Il est urgent de s’en détacher avant qu’on ne coule définitivement. Il n’y a pas de honte à avouer un échec politique mais poursuivre l’aventure aveuglément en espérant des lendemains qui chantent est suicidaire. Perseverare diabolicum !

Vous avez longtemps travaillé sur les relations Russie-Occident. Les crises internationales récentes ont-elles, selon vous, révélé les limites stratégiques de la diplomatie française et européenne, notamment en matière d’autonomie stratégique ?

Absolument. La guerre en Ukraine depuis 2014, les sanctions massives contre la Russie, la dépendance énergétique révélée ont mis à nu l’absence totale d’autonomie stratégique européenne. La France, qui se rêvait leader d’une « Europe-puissance », s’est alignée sur Washington sans plan B, au prix d’une explosion des coûts énergétiques et d’une industrie affaiblie. La diplomatie française est devenue atone : elle répète les narratifs atlantistes sans initiative propre. L’autonomie stratégique promise par Macron reste un slogan vide tant que Paris refuse de rompre avec l’OTAN et de dialoguer sans tabou avec Moscou, Pékin ou le Moyen-Orient. En s’alignant sur Washington sans discernement, la France a perdu toute la richesse de ses réseaux historiques, diplomatiques et culturels. Quand une crise émerge Paris regarde d’abord Washington avant de regarder la crise elle-même et de voir quels sont les intérêts de la France à défendre. Aujourd’hui la voix française n’est non seulement pas présente dans les grandes crises mondiales mais elle est ridiculisée car notre chef d’État agit comme si nous avions un poids diplomatique or nous n’en avons quasiment pas. Le monde entier voit qu’il est nu comme l’empereur dans le conte d’Andersen. Cette ridiculisation et faiblesse de la France sur la scène internationale a aussi des répercussions économiques. La France dans les années 1980 était encore dans le Top 5 des plus grandes puissances mondiales. Aujourd’hui nous tenons péniblement la 10e place et allons bientôt quitter le classement. La France ne sera jamais une grande puissance comme la Chine ou l’Inde avec leurs milliards d’habitants. La France n’a pas les ressources des USA ou de la Russie mais elle est une vielle nation dotée de la bombe nucléaire. Comme de Gaulle l’avait bien compris, elle a la vocation de représenter les nations de taille moyenne qui ne veulent pas être soumis aux empires. Pour cela il faut couper les chaînes avec les USA et sortir de l’Union européenne. La France doit de nouveau voler de ses propres ailes. Là elle pourra bâtir un projet garantissant la sécurité, la stabilité et la prospérité. Seule une France indépendante redonnera une voix à la France dans le monde.

Une part importante de votre livre semble consacrée aux élites politiques et économiques. Estimez-vous que la crise française relève d’abord d’un problème de gouvernance, de vision stratégique ou d’un décalage entre dirigeants et société réelle ?

Les trois à la fois, mais le cœur du problème est le décalage abyssal entre les élites et la société réelle. Les dirigeants, formés dans les mêmes moules (ENA, grandes écoles, Bruxelles, think tanks atlantistes, universités américaines, Davos), vivent dans une bulle idéologique mondialiste, atlantiste et progressiste qui n’a plus de lien avec le pays réel. Ils ont perdu le contact avec le peuple et la vision stratégique d’une nation souveraine. Ils préfèrent gérer le déclin plutôt que de le combattre. La gouvernance est technocratique et déconnectée, l’élite s’écoute et refuse de voir la réalité du monde qui change, c’est extrêmement grave. C’est ce divorce qui rend la crise si profonde : les élites ne représentent plus la nation, elles la gèrent comme une entreprise en redressement judiciaire et cherchent souvent à servir leurs propres intérêts au lieu de ceux des Français. Quand on regarde les nations qui sortent la tête de l’eau dans le monde multipolaire on remarque que la politique ne se fait pas déborder par le monde financier ou médiatique. Il n’y a pas ou peu de puissance au-dessus de la puissance politique et cette puissance travaille sur le temps long en faisant aujourd’hui des investissements qui porteront leurs fruits dans les générations à venir. Nous savions faire cela avant mais on a a laissé les marchés porter notre économie et nos politiques ont tout joué sur le court terme électoral. Le résultat aujourd’hui est un échec notoire. Les marchés s’essoufflent et les investissements nécessaires n’ont pas été réalisés. Pendant que d’autres faisaient la fourmi nous faisions la cigale. Les fourmis nous regardent aujourd’hui et nous disent « eh bien dansez maintenant ! »

Vous évoquez également les fractures sociales et territoriales. La question identitaire et celle de la cohésion nationale sont-elles, à vos yeux, devenues des variables géopolitiques internes déterminantes pour la puissance d’un État ?

Oui, absolument. Aristote nous avait déjà prévenu dans La Politique que l’absence de communauté ethnique est facteur de sédition tant que les citoyens n’en sont pas arrivés à respirer d’un même souffle.  L’immigration qui a enrichit la France dans l’histoire est devenu une catastrophe depuis que des politiques anarchiques ont été initiées à la fin du siècle dernier où les vannes de l’immigration ont été ouvertes sans justification, sans politique d’intégration, ni d’assimilation. Aujourd’hui la France est un archipel pour reprendre le terme de Jérôme Fourquet entre autres à cause d’une politique d’immigration massive complètement ratée. Dans un monde multipolaire, la cohésion et la conscience nationale sont des multiplicateurs de puissance. Un pays fracturé socialement, territorialement et culturellement est fragilisé. Renan nous avait bien rappelé qu’une nation est « une âme, un principe spirituel. Deux choses qui, à vrai dire, n’en font qu’une, constituent cette âme, ce principe spirituel. L’une est la possession en commun d’un riche legs de souvenirs ; l’autre est le consentement actuel, le désir de vivre ensemble, la volonté de continuer à faire valoir l’héritage qu’on a reçu indivis. » Les Français ont abandonné leur foi chrétienne et leur culture et de nombreux immigrés ont par conséquent gardé leurs propres repères. Maintenant le défi est de faire fonctionner tout cela ensemble et l’histoire nous a prouvé que cela n’est pas chose aisée. La France souffre d’une perte de sens commun : fractures banlieues/périphérie, villes/campagnes, élites/peuple, et surtout une crise identitaire où l’on ne sait plus ce que signifie « être français ». Christophe Guilluy analyse très bien le délitement de la culture nationale au profit d’un projet mondialiste quand il écrit : « L’effacement des histoires nationales (la polémique des statues aux États-Unis et en France) laisse la place à une histoire dénationalisée et modélisée par la mondialisation et l’idéologie multiculturelle. » Cela devient une faiblesse géopolitique majeure : une nation qui doute d’elle-même est déjà à moitié vaincue face à des puissances qui célèbrent leur foi religieuse, connaissent leur histoire et qui cultivent leur unité et leur fierté. Il faut retrouver la voie de l’unité autour de la culture commune des Français sur la base de notre socle helléno-chrétien. Cela commence donc par les Français qui doivent se réapproprier leur propre culture.

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Le terme de “renouveau” implique une capacité de rebond. Quels leviers concrets — industriels, diplomatiques, démographiques ou culturels — pourraient permettre à la France de retrouver une trajectoire de puissance et d’influence ?

Avant même de se projeter souvenons-nous bien que les Français ont déjà traversé des crises majeures dans leur passé où la France aurait pu disparaître. Avant de définir le programme actuel de sortie de crise nous devons nous rendre compte que c’est dans la vertu que les Français ont puisé les ressources nécessaires au sursaut. Cela peut paraître romantique de le souligner et c’est pourtant la réalité. Sans courage, sans quête du bien et de la justice, sans envie de se dépasser et de faire des sacrifices, on ne pourra pas relever le défi. Avant tout, les Français ont trois défis majeurs : se retrouver en tant que peuple et célébrer leur culture commune, défendre le bien commun et regagner leur souveraineté. C’est autour de ce triptyque existentiel que les Français pourront enfin mettre en place des programmes politiques dont le but ne sera pas de répondre aux intérêts d’une classe dominante mais aux intérêts de tous. Je détaille ces chantiers dans mon livre Déclin et Renouveau mais j’explique que s’il n’y a pas un remplacement de l’élite ankylosée actuelle on ne peut pas y arriver. Il nous faut une nouvelle élite, une vraie élite au sens étymologique du terme composée d’experts dont l’unique préoccupation est l’intérêt des Français. Une élite capable de réagir à court terme et de se projeter sur le temps long. Avec un peuple revigoré et une élite renouvelée la France peut faire des miracles. C’est dans un tel cadre qu’il sera plus facile de déclencher une politique nataliste, et d’initier des grands projets économiques qui, bien expliqués, bénéficieront à l’ensemble des Français en les incluant dans un projet de société qui part de l’effort pour amorcer le redressement et qui détaille un plan de retour progressif à une situation financière, sécuritaire, administrative et politique normale. Il faut évidemment complètement reprendre en mains l’Éducation nationale qui est le bateau ivre de la République. L’ordre et la discipline doivent reprendre le contrôle de nos établissements scolaires, les salaires des enseignants doivent être revalorisés et l’apprentissage doit de nouveau permettre à chacun de trouver sa voie professionnelle en ligne avec les ambitions stratégiques du pays. La France a besoin d’un programme choc pour se relancer mais si le peuple n’y est pas bénéficiaire et s’il n’y voit pas son intérêt cela ne servira à rien. C’est ce que de Gaule a déclenché en 1958 avec les résultats que nous connaissons. Si on regarde les succès de la Chine, de Singapour ou de la Russie nous voyons que les modèles où l’économie soumise à une politique qui défend les intérêts de la nation se révèle être l’issue de secours face à l’illusion que le marché règlera tout pour nous. Ensuite si on rentre dans les détails, la France doit, je pense, redevenir une puissance agricole, maritime et d’ingénierie de premier plan. Nous devons former plus d’ingénieurs, réindustrialiser le pays et mieux anticiper l’évolution de l’économie et prioriser les filières stratégiques : alimentation, énergie, défense, pharmacie.   Un projet de société centré sur les intérêts des Français permettra enfin un retour à une diplomatie qui ne défendra ni l’atlantisme ni les intérêts des USA mais les intérêts des Français dans le monde. Cette voix indépendante est plus que jamais nécessaire dans un monde en ébullition. Ce monde a besoin d’une voix modérée mais ferme qui devrait être celle de la France capable de discuter avec tous les pôles politiques et économiques. Il faut aussi beaucoup de volonté politique avec un État qui redevient stratège et un peuple qui retrouve confiance en lui-même.

Enfin, votre ouvrage se veut aussi prospectif. À horizon de vingt à trente ans, imaginez-vous une France réaffirmée dans un monde multipolaire, et à quelles conditions politiques et stratégiques ce scénario pourrait-il devenir crédible ?

Oui, je l’imagine possible – et même probable si nous agissons tout de suite mais il faut faire attention. Nous devons d’abord changer la caste dirigeante française actuelle qui est aveuglée par son atlantisme et les dynamiques politiques héritées de la guerre froide et du monde post chute soviétique. Il nous faut une nouvelle génération de souverainistes au pouvoir afin de libérer la France de l’emprise supranationale de l’UE et de la domination américaine. Nous devons arriver rapidement dans ce que Vilfredo Pareto appelait la circulation des élites. Il nous faut une nouvelle élite au sens noble du terme : des experts. Ces experts doivent avoir à cœur la défense des intérêts des Français et du bien commun. C’est le seul et unique chemin permettant un sursaut et c’est le chemin qui a permis le développement de la France à travers toute son histoire.

Nous ne sommes malheureusement pas prêts pour ce changement, il faut être patient même si le temps presse. Le changement commence par chacun de nous individuellement puis collectivement au niveau de nos familles, dans nos quartiers, villages et villes. Sans réveil populaire les Français peuvent disparaître à tout jamais, l’enjeu est énorme. Il y a de véritables experts en France qui aiment la France et qui ont une bonne vision de ce qu’il faut faire d’un point de vue politique, économique et en matière de défense et de diplomatie. Il faut les regrouper sous une bannière souverainiste.  Le but à horizon 2040-2050, dans un monde multipolaire mature, serait que la France redevienne une puissance pivot : indépendante, influente dans le monde entier, avec une économie réindustrialisée et une armée autonome. La France a pour vocation d’être le chef de file des nations moyennes qui refusent tout assujettissement à un modèle impérial ou supranational. Les conditions sine qua non :  une rupture avec l’idéologie mondialiste actuelle (fin de l’européisme fédéral et de l’atlantisme), un retour à une vision gaullienne adaptée au XXIe siècle et une réconciliation nationale autour d’un projet commun (autonomie, souveraineté, prospérité partagée).  

Sans cela, le déclin continuera. Les Français ne doivent pas désespérer : l’histoire montre que les nations se relèvent quand elles le décident vraiment. Si les Français s’engagent dans cette voie, alors ils s’en sortiront. Qu’ils n’oublient pas que la vertu est la voie.

Le Diplomate reçoit cette semaine Nikola Mirkovic afin d’évoquer son dernier livre : Déclin et renouveau : Comment les Français se relèveront (Éditions des Syrtes, 2026)

 géopolitologue, spécialiste des Balkans et des relations Russie-Occident, préside l’association Ouest-Est et a écrit de nombreux ouvrages, notamment Le Chaos ukrainien et l’Amérique empire.

 

 D) - Le champ du signe
 
A France est-elle encore un acteur de l’histoire du monde ? Telle est la grande question qui se cache en réalité derrière la bataille des essais nucléaires.

Depuis mille ans, la France s’était habituée à agir à sa guise et à influer sur le cours des principaux événements planétaires. En particulier sur le terrain militaire. Depuis cinq siècles, elle a participé à presque toutes les grandes guerres, qui ont occupé les deux tiers de ces années, dont neuf étaient « mondiales » en ce qu’elles impliquaient toutes les puissances du moment. Depuis cinquante ans, l’arme nucléaire lui a permis, grâce en particulier à la vision prémonitoire de Pierre Mendès France et du général de Gaulle, de maintenir sa liberté ainsi que son statut de grande puissance, légitimé par un siège de membre permanent du Conseil de sécurité et surtout par son quatrième rang au palmarès industriel du monde.

Or, depuis quelques années, la France a perdu de nombreux degrés de liberté et ses principaux leviers d’action sur le réel.

Avec la globalisation des marchés et l’accélération de la technologie de communication, le pouvoir n’est presque plus localisable. Entreprises et marchés sont comme des nomades virtuels, insaisissables. Et l’Etat, aussi puissant soit-il, « est pris » par les décisions plus qu’il ne les prend.

Avec le traité de Maastricht, la France a volontairement abandonné à l’Union européenne de nombreux pans de sa souveraineté en matière économique, monétaire et commerciale. L’apparition de la monnaie unique européenne, qui conduira inéluctablement au budget unique, donnera le coup de grâce à la souveraineté économique du pays.

Avec la chute du mur de Berlin, la France a involontairement abandonné à l’Allemagne le rôle de leader des relations, devenues essentiellement économiques, entre l’Est et l’Ouest de l’Europe. Et la disparition de la menace soviétique a rendu son armement nucléaire moins fascinant pour ses amis et moins crédible pour ses ennemis.

Dans ce contexte, la décision de reprendre les essais nucléaires au-delà des nécessités techniques, peu convaincantes, et des justifications stratégiques, contradictoires constitue avant tout dans ce monde devenu de plus en plus virtuel, un signe et un aveu. Le signe que la France cherche par tous les moyens à garder des espaces de liberté. Et l’aveu qu’elle n’a plus d’autre moyen pour le faire que de rompre unilatéralement des engagements internationaux qui la contraignent. Les adversaires des essais sont d’ailleurs tout autant de mauvaise foi puisque leur vraie bataille vise à refuser à la France l’exercice de cette liberté.

L’arrêt des essais en 1992 n’était pas une simple décision de politique intérieure, mais bien un acte de politique extérieure, ayant des conséquences sur les tiers ; et donc, en cela, liant tous les gouvernements ultérieurs du pays. En prenant sa décision, en considérant que les experts nucléaires avaient assez d’informations pour passer à la simulation, François Mitterrand a déclenché un processus planétaire conduisant à un moratoire général sur les essais et à la négociation d’un traité les interdisant.

Sa décision ne peut donc être considérée comme le seul exercice d’une liberté domestique dont on pouvait après lui se dédire. Qu’aurait-on pensé, par exemple, d’un président français qui serait revenu sur la décision de son prédécesseur annulant la dette de quelques pays pauvres ? Ou de François Mitterrand si, en 1988, il n’avait pas respecté les engagements pris quelques mois plutôt par Jacques Chirac à l’égard de l’Iran, engagements dont il n’était d’ailleurs pas certain de tout connaître ?

Par cette décision, la France perd le droit moral de s’opposer à la prolifération nucléaire, au moment où tant d’Etats et de groupes terroristes cherchent à se doter d’armes nucléaires, chimiques, bactériologiques ou radioactives. Si la prolifération ne peut être enrayée, la France en sera la première victime, car elle ne sera plus alors qu’une puissance nucléaire parmi vingt-cinq au lieu d’être un des membres du Club des Cinq, avec ses immenses privilèges.

Enfin, en agissant ainsi, elle fragilise sa place dans l’économie de demain. Comme les autres pays, la France, en effet, vend des signes avec ses produits. Acheter français, c’est voyager virtuellement en France. Et l’image de luxe, d’élégance de douceur de la France fait vendre non seulement des parfums et des vêtements mais aussi des automobiles, des TGV et des Airbus. L’avenir de la France comme grande puissance économique est donc lié plus que jamais à celui de son image. Il est aussi fragile qu’elle. Or celle-ci est désormais gravement atteinte, surtout dans le Pacifique, zone économiquement la plus dynamique du monde. Un déclin économique brutal n’est pas impossible : la France représente aujourd’hui 5 % du marché mondial mais moins de 1 % de la population. Dans quarante ans, elle ne représentera que 0,5 % de la population mondiale. Et, si elle n’y prend pas garde, pas beaucoup plus de la production. On connaît des exemples de telles dégringolades : en 1965, l’Afrique avait un PNB supérieur d’un quart à celui de l’Asie du Sud-Est. Il est aujourd’hui six fois inférieur !

Etre un acteur de l’Histoire demain, pour un pays comme la France, c’est imaginer, produire, manipuler et transmettre des messages créateurs de richesses et promoteurs d’une image.

Qu’est-ce qu’être un acteur de l’Histoire demain, pour un pays comme la France ? C’est imaginer, produire, manipuler et transmettre des signes, des messages créateurs de richesses et promoteurs d’une image. La puissance future de la France tiendra donc bien davantage aux signes qu’elle enverra aux autres, à ses innovations, à son intelligence (à tous les sens du mot), à ses propositions, à son art, à sa capacité à faire bifurquer l’Histoire par ses idées qu’à sa capacité à dissiper de l’énergie.

En ce sens, la France dispose de tous les moyens de rester libre et influente. Pour y parvenir, il appartient d’abord au président de décréter l’arrêt immédiat de ces essais. En agissant ainsi, il démontrerait qu’il sait reconnaître l’erreur de ses experts qui l’ont si mal conseillé, et qu’il sait ce que valent la parole et l’image de la France. Il pourrait sans se déjuger expliquer que nos ingénieurs nucléaires ont fait des prouesses et qu’ils ont réussi à mesurer lors d’un seul test tous les paramètres que, paresseusement, ils s’apprêtaient à ne déchiffrer qu’avec plusieurs ! Cela ne manquerait pas de grandeur. Et aucun spécialiste n’oserait soutenir que la dissuasion nucléaire française n’est pas crédible. On verrait comme par miracle la simulation se mettre en place sans autre exigence.

La France serait alors en excellente position pour influer sur l’avenir en lançant une vaste campagne contre les deux principaux dangers qui menacent le monde et dont nul ne s’occupe sérieusement : la prolifération nucléaire et l’inégalité du développement entre le Nord et le Sud.

La France pourrait d’abord proposer un véritable traité de non-prolifération civile, c’est-à-dire l’arrêt de la production et de l’usage civil du plutonium alors que, dans ce domaine-là aussi, elle donne en ce moment le plus mauvais exemple. Elle pourrait simultanément proposer la mise sous contrôle international des stocks existants de plutonium ; le renforcement des contrôles du trafic international ; la réparation des désastreuses centrales nucléaires de l’Est ; l’organisation rationnelle du démantèlement des armes nucléaires devenues excédentaires depuis les traités de désarmement. Prendre la tête d’une telle campagne ferait de la France un acteur incontesté de l’Histoire, tout en l’aidant à protéger son statut de puissance nucléaire, civile et militaire. Cela engloutirait beaucoup moins de ressources que ses ultimes essais et assurerait beaucoup mieux qu’eux la défense du pays.

La France pourrait simultanément prendre l’initiative d’une vaste campagne pour un développement égal autour de la Méditerranée. Elle devrait pour cela proposer la création d’un vrai marché commun méditerranéen, à l’image de ce que les Américains sont en train de réussir dans les deux hémisphères avec le Nafta et le Mercosul. La France pourrait, par la même occasion, reconnaître sa propre dimension islamique et en tirer des conséquences politiques et culturelles, au lieu de continuer à vivre avec un non-dit suicidaire, comme le montre si tristement l’autre face de l’actualité.

Le président de la République a raison de vouloir conserver à la France prestige et influence. A lui de comprendre que, en agissant comme il le fait, il ne sert que les intérêts de ceux qui veulent voir disparaître notre pays : on ne gagne pas une course en se tirant dans le pied.

Jacques Attali

Titulaire d'un doctorat en économie, Jacques Attali est diplômé de l'École polytechnique et conseiller d'État. Conseiller spécial du président français François Mitterrand pendant dix ans, il a fondé quatre institutions internationales : Action contre la Faim, Eureka, la BERD et Positive Planet. Jacques Attali est l'auteur de 86 ouvrages (dont plus de 30 consacrés à l'analyse de l'avenir), vendus à plus de 10 millions d'exemplaires et traduits en 22 langues. Il est chroniqueur pour les journaux financiers *Les Échos* et *Nikkei*, après avoir également collaboré avec *L’Express*. Jacques Attali dirige aussi régulièrement des orchestres à travers le monde. https://www.attali.com/en/geopolitics/le-champ-du-signe-2/

 

 

 

 

 

 

 
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