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octobre 22, 2026

France/Monde: Armées, Prospective, Stratégie, Ukraine, énergie, Démographie/Immigration...? Que la déconstruction de « l’ordre du monde » s’accélère !

Que nous apprend la guerre en Ukraine ? Que la déconstruction de « l’ordre du monde » s’accélère !

La guerre en Ukraine témoigne de l’accélération de la déconstruction du monde. À l’affrontement ancien entre les Etats-Unis et la Russie, s’ajoutent une guerre économique et une guerre de l’énergie. De nouveaux acteurs montent en force, comme la Chine, l’Iran et la Turquie.

Comme l’écrivait Camus « Mal nommer un objet, c’est ajouter au malheur de ce monde. Et justement la grande misère humaine … c’est le mensonge[i]».  Le suivi de l’actualité sur la guerre en Ukraine ne nous épargne pas dans ce domaine… Joe Biden n’a pas fait dans la nuance à l’égard de Vladimir Poutine en le qualifiant de « boucher » et en insistant pour que son « indignation morale » serve de référence à une nouvelle « guerre juste » contre le mal. Les Russes ne sont pas en reste et entretiennent auprès des opinions publiques l’image d’un « Occident décadent » otage de « néoconservateurs américains affairistes »… Aucun des deux ne sortira gagnant de ce combat sur cette marche des empires régulièrement disputée depuis 1 000 ans entre occidentaux et orientaux[ii]…

Nous connaissons tous les vertus du « bouc émissaire » quand nous ne souhaitons pas traiter sur le fond une question vitale. Cette guerre en Ukraine est à ce titre assez éloquente des biais de représentation et des erreurs historiques qui ont été commises depuis 30 ans par toutes les parties prenantes le long de cet « intermarium » européen qui va de la Baltique au Monténégro. Chaque fois des populations sont prises en otage, avec un minimum de 3 à 6 millions de réfugiés, et toutes les atrocités propres aux guerres s’invitent sur nos écrans plasmas… Ce qui change c’est la singularité de la communication avec une virtualisation de plus en plus hystérique des situations sur le plan médiatique. Le « brouillard de la guerre » devient de plus en plus opaque et il est devenu difficile, même pour les experts, de prendre un peu de recul sur les évènements[iii]. Que pouvons-nous honnêtement décrypter au-delà le bruit ambiant ? Comment se situent les signaux faibles et les vrais marqueurs en termes de rapports de force? Et que pouvons-nous percevoir des conséquences à terme de ce conflit ?

Personne ne sait véritablement, mais tout le monde commente

Nous dissertons en flux continu sur une réalité pour laquelle nous n’avons pas d’informations fiables. Pourtant les dossiers sur la nature de ce conflit[iv] et sur les occurrences de risques existent[v]. Il est vraisemblable que tout ce qui est actuellement communiqué sur cette guerre d’Ukraine en termes de chiffrage morbide des victimes, de destructions civiles et d’évaluation de l’attrition des capacités militaires des uns et des autres soit faux. Nous retrouvons les mêmes méthodes qu’en Syrie depuis 2011 avec les comptages douteux de l’Observatoire syrien des Droits de l’Homme[vi] (OSDH), que tout le monde prenait pour une agence onusienne… Ce fut la même chose lors des opérations au Kosovo en 1999 avec les informations officielles, mais erronées qui étaient délivrées par l’OTAN[vii] … De fait chacun y va de son opinion, beaucoup plus que de l’observation de faits vérifiés et authentifiés[viii]. C’est le cas pour les évaluations sur l’échec de la « blitzkrieg » et sur « l’enlisement » de l’armée russe ou sur les « buts de guerre » de Vladimir Poutine, comme si nos experts avaient accès aux bureaux les plus confidentiels de Moscou… Il n’est pas étonnant que les débats sur les réseaux sociaux soient aussi passionnels, voire hystériques. Pour le moment, faute de vrais renseignements, la rumeur, la surenchère et l’outrance sont privilégiées afin de tenir les opinions en état de sidération.

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De fait nous assistons à une théâtralisation des évènements où tout est bon. À ce titre les modes d’action des deux chefs de guerre sont assez singuliers. Volodymyr Zelinsky, avec sa tournée quasi-shakespearienne en visio-conférence auprès de tous les parlements occidentaux, est assez stupéfiant quand on connait le passé sulfureux du personnage[ix]. Pour sa part Vladimir Poutine, enfermé dans les murs du Kremlin, avec ses exhortations historiques autour d’une mise en scène tsariste du pouvoir moscovite, n’en est pas moins spectaculaire en termes d’autoritarisme et de détermination. Tout se joue sur les écrans plats avec des relais de part et d’autre de propagande, d’opérations psychologiques et de désinformation comme on n’en a rarement vu dans les conflits modernes. La seule différence en termes de stress est la question du seuil nucléaire qui a été posée par la Russie… En matière de relations internationales, les diplomates comme les historiens savent que tout se joue sur le temps long et rarement sur celui des tweets et des visioconférences. Mais nos sociétés se confinent de plus en plus dans une sorte d’illusion médiatique, alors qu’elles dénient sur le fond l’engagement réel que supposent de telles remises en cause de l’intégrité des frontières. Il est clair que personne en Occident n’a vraiment envie de mourir pour l’Ukraine, comme hier pour l’Ossétie et la Géorgie, mais en revanche tout le monde a envie de commenter la bataille. Zelenski l’a compris et surjoue la partition pendant que Poutine sait qu’il peut manœuvrer avec les bonnes vieilles méthodes russes utilisées à Grozny, et surtout à Alep en Syrie[x]. Deux tons deux mesures que nous ne cessons de retrouver dans tous les conflits de ces dernières décennies. Pour autant, in fine c’est bien celui qui tient le terrain qui gagne, pas celui qui tient le micro ! La géopolitique ne se satisfait pas uniquement de taux d’audience…

Et pourtant les marqueurs d’une accélération de la bascule de l’ordre mondial sont là

S’il y a « beaucoup de bruit pour rien » sur les écrans, les coulisses sont en revanche très actives. Prenons les négociations en cours pour un cessez-le-feu voire un processus de paix entre Ukrainiens et Russes. Nous pouvons constater qu’elles ne se déroulent pas pour le moment sous la houlette des Nations Unies à Genève, mais sur les rivages de la Méditerranée orientale à Antalya et désormais dans le palais de Dolmabahçe à Istanbul sous la présidence turque. Certes la Turquie est membre de l’OTAN, mais réunir les protagonistes de cette guerre sans les Américains et les Européens, qui plus est dans l’un des vestiges des derniers sultans de l’Empire ottoman, en dit long sur les arrière-pensées d’Erdogan. Il réitère la même tactique pour tenir à distance les Occidentaux que Poutine, lorsqu’il a réuni en mai 2017 les protagonistes du conflit syrien à Astana au Kazakhstan, sous le triple parrainage de la Russie, de la Turquie et de l’Iran[xi]… Dans ce contexte, il ne faut pas négliger par ailleurs le rôle discret d’Israël et de ses réseaux d’influence, à commencer par les oligarques russes et ukrainiens, depuis le début des évènements, avec ses conséquences indirectes sur le dossier iranien… Il en est de même pour la Chine, qui a des intérêts considérables sur cet espace eurasien, notamment pour conforter sa stratégie de route de la soie. Xi Jinping en profite pour affirmer avec opportunisme sa proximité avec les préoccupations de Vladimir Poutine, qu’il soutient personnellement, tout en prônant une neutralité de façade… Cela permet surtout à ses « loups guerriers » de nourrir les argumentaires pour justifier une opération sur Taïwan et aux entrepreneurs chinois de récupérer ce que l’Occident abandonne en Russie… Pendant ce temps nos dirigeants européens se contentent d’échanges téléphoniques avec le maître du Kremlin, qui les méprise, alors qu’ils ne sont pas conviés à la table des négociations…

Les prises de parole de Joe Biden pendant son déplacement à Bruxelles le 24 mars pour les sommets contigus de l’OTAN, du G7 et de l’UE, et surtout ses déclarations le 26 mars à Varsovie, ne pouvaient pas être plus explicites sur l’objectif masqué de la Maison-Blanche. Pour reprendre Talleyrand, « tout ce qui est excessif est insignifiant », sauf si l’une des parties n’a pas véritablement envie d’engager un véritable processus diplomatique et que le but de guerre non avoué est d’éliminer son adversaire… Nous retrouvons finalement les mêmes intentions et modes d’action de « regime change » que pour Saddam Hussein ou pour Kadhafi, avec les succès que nous connaissons… Ces postures belliqueuses décidées à Washington de façon unilatérale, et relayée avec beaucoup d’agitation par Londres, ne laissent finalement aucune marge de manœuvre aux Européens pour espérer devenir de véritables médiateurs. Les réactions embarrassées du chancelier Olaf Scholz et du président Emmanuel Macron, beaucoup plus préoccupés par leurs approvisionnements en gaz, montrent combien les questions de solidarité et d’unicité de vues entre alliés, et de cohésion entre Européens sont extrêmement fragiles. En revanche il est clair que l’équipe actuelle de la Maison-Blanche entretient à distance ce conflit et qu’elle ne souhaite pas voir ses soldats mourir pour une cause qui n’est pas prioritaire pour eux[xii]. L’objectif pour Washington est de fixer et de neutraliser la Russie (en réarmant massivement les Européens pour « qu’ils fassent le job »), afin de pouvoir s’occuper tranquillement de la Chine. L’Ukraine n’est pour Joe Biden qu’un prétexte et un carnet de commandes pour son complexe militaro-industriel. Pour arriver à ses fins en mer de Chine il doit d’abord éliminer Vladimir Poutine, principal allié de Xi Jinping. Sans ce préalable l’affrontement sino-américain, qui semble inévitable avec la question de Taïwan, ne sera pas favorable aux États-Unis.

Dans ce contexte il faut aussi noter le retrait prudent d’une grande partie du monde vis-à-vis de ce conflit régional qui oppose pour les uns l’Ukraine à la Russie et pour les autres les États-Unis à la Russie, personne ne souhaitant parler ouvertement d’une guerre entre l’Europe et la Russie (bien que la question de la cobelligérance au travers des livraisons d’armes se pose de plus en plus et que celle de l’application de l’article 5 de la charte de l’OTAN se joue essentiellement sur le sol européen…) Plus de la moitié de la population mondiale n’est pas concernée par ce conflit et pour la première fois les Américains n’ont pas réussi à obtenir une adhésion totale comme ce fut le cas dans le passé, notamment avec la lutte contre le terrorisme. Les membres des BRICS, de l’OCS, l’Iran, le monde arabe, la plupart des pays de l’ASEAN ont adopté des positions prudentes, voire compréhensives vis-à-vis de la Russie[xiii]. Certes les sanctions économiques et financières sont inédites et ont des impacts collatéraux significatifs du fait de la mondialisation des échanges. Mais si la plupart prônent le respect de l’intégrité des frontières, ils ne souhaitent pas pour autant considérer Vladimir Poutine comme le seul « fautif », et lui infliger des sanctions comme nous le souhaiterions de leur part.

À ce titre, si les sanctions s’avèrent très spectaculaires et populaires au sein du G7, elles ne sont pas ressenties de la même façon dans le reste du monde. Elles ne plaisent absolument pas entre autres à la Chine et aux pays arabes qui le font savoir en intensifiant une dédollarisation des transactions pour protéger leurs propres flux d’intérêts. Le système russe s’est montré plus prévoyant et résilient depuis le krach financier de 1998 au grand dam des Anglo-Saxons qui sont obligés de renforcer sans cesse le régime des sanctions. De fait cette stratégie jusqu’au-boutiste provoque d’ores et déjà des dégâts collatéraux importants sur les plans énergétiques (rupture des approvisionnements en énergie de l’Europe et baisse de sa compétitivité), sur les matières premières stratégiques (impacts sur les chaînes de valeurs, sur les engrais…), sur les produits de consommation de base et biens intermédiaires (fermetures des entreprises implantées en Russie et rupture de supply-chain) et sur les produits alimentaires de première nécessité (crise sur les céréales avec risques de famines pour de nombreux pays importateurs). Dans les faits le piège est en train de se refermer sur les pays européens qui s’avèrent vulnérables. De nouveau les États-Unis sont très peu touchés par ces effets induits et peuvent jouer les grands justiciers. Pour autant le reste du monde fait ses comptes et a compris qu’il était temps de se protéger de ce type de guerre économique. La Russie ouvre le champ, avec les cryptomonnaies et l’emploi du rouble comme monnaie de transaction pour contourner les sanctions[xiv]. Mais le fait que la Chine, l’Inde, l’Arabie saoudite et d’autres puissances émergentes veulent accélérer la dédollarisation des échanges constitue un tournant majeur en termes d’évolutions des facteurs de puissance[xv]. Le fait que la plupart de ces acteurs refusent de sortir la Russie du G20, comme les États-Unis essayent de l’imposer, est aussi un signal important pour les membres du G7 qui ne représentent plus que 8% de la population mondiale, même s’ils concentrent encore 75% des dépenses d’armement du monde…

Les lignes bougent, que pouvons-nous anticiper ?

Cette guerre pose, au-delà la question fondamentale du respect de l’intégrité des frontières et de la dignité humaine, celle de nos dénis de puissance. D’ores et déjà nous avons tous avoué avoir été surpris par l’invasion russe de l’Ukraine, alors que nous avions les renseignements. Qu’en est-il de nos réelles capacités d’anticipation stratégique ? Par ailleurs, que penser de la crédibilité de nos concepts de dissuasion qui sont assis sur cette capacité d’anticipation stratégique ? La question se pose avec encore plus d’acuité quand Poutine aborde de façon décomplexée, mais déterminée, la question du seuil nucléaire et qu’il menace, si ses intérêts vitaux sont en jeu, d’utiliser l’arme nucléaire sur un champ tactique. Elle nous interroge aussi sur le périmètre et la crédibilité de nos alliances[xvi]. L’OTAN sort à priori renforcée de cet épisode ukrainien. Pour autant l’effort de réarmement mis en œuvre par les Américains, et suivi par la plupart des Etats membres de l’UE qui ont pris la décision d’augmenter leurs budgets de défense, suffira-t-il pour faire face ? Il faut une doctrine d’emploi et un commandement qui soient en adéquation avec les nouveaux types de menaces qui se formulent sur les frontières de l’Europe. Est-ce que ce type de coalition administrée par l’OTAN, avec des pays démocratiques qui ont des opinions versatiles, sera en mesure de tenir des rapports de force brutaux face à des pays aux visions néo-impérialistes et dotés d’armées rustiques qui ne craignent pas de mourir ? Sommes-nous par ailleurs suffisamment véloces et autonomes sur le plan logistique pour tenir dans la durée vue nos niveaux de dépendances énergétiques, technologiques et économiques du fait des délocalisations et des abandons de souveraineté au cours de ces 30 dernières années ?

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Dans les faits avec cette « opération spéciale » qui a été déclenchée par la Russie sur l’Ukraine nous entrons dans une phase plus violente de la déconstruction de l’ordre westphalien du monde[xvii]. La remilitarisation simultanée de l’Allemagne et du Japon, avec la bénédiction des États-Unis qui vont fournir ces deux pays en armements offensifs, vient de signer définitivement la fin de l’ère des accords de Yalta qui a assuré sept décennies de paix pour l’Occident. A ceci il faut ajouter, avec les conséquences de la guerre en Irak et surtout en Syrie, la fin des accords stratégiques autour de l’énergie entre les USA et l’Arabie saoudite liés par le « pacte de Quincy ». Toute cette construction qui a assis la prééminence des États-Unis sur l’ordre du monde est définitivement morte. Par ailleurs cela ne va que radicaliser un peu plus cette guerre de l’énergie qui est à la base de tous les conflits de ces trois dernières décennies. Enfin, en entrant en Ukraine Poutine a ravivé, sans le vouloir, mais grâce aux Américains, les bellicismes allemands et japonais[xviii], dont nous verrons surement les effets pervers dans les prochaines années. Ces évènements nourrissent aussi la dynamique de résurgence des empires centraux qui ont des velléités certaines quant à la redéfinition de leurs frontières et de leurs intérêts. Nos diplomates parlent d’une confrontation des démocraties contre les autocraties, de la liberté contre la dictature. Nous pourrions plutôt évoquer la confrontation de nos vieux Etats-Nations face aux vieux empires russes, turcs, chinois, perses etc. qui rêvent de prendre tout simplement leur revanche sur les siècles de mépris dans lesquels l’Occident les a enfermés…Nous sommes juste face à un retour de l’Histoire et à la fermeture d’une parenthèse où l’Occident a contrôlé « l’ordre du monde »[xix]…

C’est le second niveau de conséquences que nous devons désormais prendre en compte. Les revendications de Vladimir Poutine, en se référant à l’histoire de l’empire des tsars, sont aussi celles d’Erdogan qui veut retrouver les frontières de l’Empire ottoman qui ont été confisquées par le traité de Lausanne en 1923. Ce dernier aimerait saisir le centenaire de ce traité pour « renverser la table » en Méditerranée orientale et dans les Balkans[xx]. Il ne faut pas oublier que les protagonistes des événements au Proche-Orient n’ont eu de cesse ces dernières années de remettre aussi en cause les tracés des frontières à la suite des accords Sykes-Picot en 1918. Il en est de même en Chine où les « loups guerriers » de Xi Jinping observent avec acuité les développements de cette guerre en Ukraine pour reconsidérer les tracés territoriaux et maritimes imposés par l’Occident tant au travers des « traités inégaux » qu’en mer de Chine[xxi]. Tous reprochent à l’Occident son « arrogance » et « son mépris ». Nous ne voulons pas entendre cette réalité, car elle nous fait peur, mais l’avertissement de Samuel Huntington[xxii] est bien en train de se concrétiser. Nous sommes face à des guerres de civilisations qui sont en train de se coaguler ici et là au travers de conflits régionaux de haute intensité.

L’effondrement de toute l’ingénierie des relations internationales mises en place autour des traités de Yalta et de Versailles nous ramène à une autre vision du monde moins idyllique et plus prosaïque. Sommes-nous conscients que nous sommes en train de régresser en termes de droit international, notamment sur les questions du droit de la guerre et du droit humanitaire international ? Face à ce réveil de l’histoire et des prétentions des grands empires qui ont façonné les grandes civilisations du monde, quelle est la vision de nos élites et quel est le niveau de prise de conscience de nos populations sur les bascules en cours ? Quelle est notre capacité réelle de tenue des terrains de conflictualité avec des dettes étatiques abyssales et des populations peu résilientes, vieillissantes, pas aguerries? Comment allons-nous assumer en Europe la problématique des migrations qui vont se multiplier autour de ces crises régionales ? Comment assurer notre autonomie stratégique et renforcer nos concepts de dissuasion pour faire face à tous les types de scénarios qui ne sont plus de l’ordre du probable, la seule inconnue étant la date de survenue des évènements ?

Toutes ces questions supposent que nous passions de la naïveté à de nouvelles formes de responsabilisation de la défense de nos intérêts et valeurs. En cela les réactions des Polonais, des Baltes et des Ukrainiens face à ce conflit ne peuvent que nous réveiller. Mais Il eut mieux valu avoir été plus intelligent dans les années 1995-2005. Plutôt que d’avoir laissé glisser l’histoire vers ses travers meurtriers et toujours tragiques, nous aurions dû inventer un autre espace de sécurité et de coexistence sur l’Europe. Pour cela il aurait fallu que les faucons de Washington aient accepté une Europe plus forte et autonome[xxiii]. Nous payons les impérities de cette impuissance européenne qui ne sait pas singulariser son identité et anticiper son devenir. Les stigmates de cette guerre en Ukraine vont s’intensifier et durer. Pourtant nous avons eu une première alerte avec les Balkans, qui vit de nouvelles répliques[xxiv]. Mais nous ne voulons ni voir ni entendre les alertes, nous voulons juste nous contenter de commenter la bataille… La Rochefoucauld résume très bien cette pathologie dans ses maximes « l’aveuglement des hommes est le plus dangereux effet de leur orgueil : il sert à le nourrir et à l’augmenter et nous ôte la connaissance des remèdes qui pourraient soulager nos misères et nous guérir de nos défauts ».

 

 Ancien responsable de la DGSE dans les années 1980, puis fortement engagé dans la montée en puissance des Opérations Spéciales (COS) dans la décennie 1990, il a une longue expérience sur le terrain, ainsi qu’aux niveaux étatique et interallié, de la conduite et résolution des crises internationales. Il a exercé pendant 15 ans des fonctions exécutives et opérationnelles dans le monde de l’entreprise au sein du Groupe Hachette, Spie-Batignolles, Schneider Electric et Eurogroup.

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[i] Cf. Albert Camus : « Sur une philosophie de l’expression », compte rendu de l’ouvrage de Brice Parain, Recherches sur la nature et la fonction du langage, éd. Gallimard, in Poésie 44, n° 17, p. 22.

[ii] Cf. Thomas Flichy de la Neuville: « Ukraine chroniques de guerre », DMM avril 2002 et Revue politique et parlementaire : https://www.revuepolitique.fr/author/flichydelaneuville/

[iii] Cf. Renaud Girard : « Les tristes restes du néoconservatisme », Le Figaro 28 mars 2022.f.

[iv] Cf l’excellent dossier réalisé par Diploweb : https://www.diploweb.com/Dossier-geopolitique-Russie-et-Ukraine-quelles-relations.html et Xavier Guilhou: « Kiev défie Poutine » Diploweb 28 février 2014  https://www.diploweb.com/Kiev-defie-Poutine.html et « Crise ukrainienne : Quel pilotage des évènements » Diploweb 16 mars 2014  https://www.diploweb.com/Crise-ukrainienne-quel-pilotage.html

[v] Cf. les rapports de l’OSCE : OSCE Special Monitoring Mission to Ukraine | OSCE

[vi] Cf. l’enquête de Libération – 15 mars 2018 : https://www.liberation.fr/checknews/2018/03/15/l-observatoire-syrien-des-droits-de-l-homme-est-il-une-source-fiable_1653354/

[vii] Cf. Témoignage du Général Dominique Delawarde sur le site de l’ASAF – 2 mai 2019 :  https://www.asafrance.fr/item/emoignage-le-dernier-plus-gros-mensonge-geopolitique-de-la-fin-du-xxe-siecle.html et Revue International 2003/3 N° 51 pages 125 à 132, Darko Ribnikar : « Les leçons du Kosovo »

[viii] Rappelons à titre d’exemple qu’après des enquêtes très élaborées les chiffres repris par les rapports et les médias de 250 000 morts lors de la guerre en Bosnie entre 1992 et 1995 ont été ramenés à 100 000 – Cf. Revue le mouvement social 2008/1 (N° 222) pages 153 à 183 Isabelle Delpla :  « La preuve par les victimes. Bilan de guerre en Bosnie-Herzégovine »

[ix] Cf enquête de Denis Garnier dans Médiapart 6 mars 2022 : « Mais qui est Volodymyr Zelensky ? » https://blogs.mediapart.fr/denis-garnier/blog/060322/mais-qui-est-volodymyr-zelensky

[x] Cf. Interview du Général Gomart dans le Figaro du 25 mars 2022 : « En Ukraine , l’armée russe a opté pour une stratégie de terreur » https://www.lefigaro.fr/international/general-gomart-en-ukraine-l-armee-russe-a-opte-pour-une-strategie-de-terreur-20220325

[xi] Cf. Matthieu Eynaudi – site Les clés du Moyen-Orient – 9 fev.2017 : « A Astana , la redéfinition des rapports de force dans les négociations sur la Syrie » https://www.lesclesdumoyenorient.com/A-Astana-la-redefinition-des-rapports-de-force-dans-les-negociations-sur-la.html

[xii] Cf. Xavier Guilhou : « Que nous apprend l’Afghanistan : que la géopolitique n’est pas morte ! », 28 septembre 2021 https://www.xavierguilhou.com/2021/09/28/que-nous-apprend-lafghanistan-que-la-geopolitique-nest-pas-morte/

[xiii] Cf tribune de Xavier Guilhou dans le Télégramme de Brest du 1er mars 2022 : « Nous sommes face à une guerre de civilisations » https://www.letelegramme.fr/debats/tribune-xavier-guilhou-nous-sommes-face-a-une-guerre-de-civilisations-01-03-2022-12931095.php

[xiv] Cf Déclaration de Christine Lagarde – Tribune 23 mars 2022 : https://www.latribune.fr/economie/international/christine-lagarde-juge-les-cryptomonnaies-comme-une-menace-dans-le-contexte-russe-906783.html

[xv] Cf. lire sur cette thématique les excellentes analyses de Claude Leblanc dans l’Opinion : https://www.lopinion.fr/auteur/claude-leblanc

[xvi] Cf revue Marine de l’Acoram n° 274 Xavier Guilhou – janvier-mars 2022 : « Les Alliances : abandon de souveraineté ou mal nécessaire ? » https://www.xavierguilhou.com/2022/01/07/revue-marine-les-alliances-abandon-de-souverainete-ou-mal-necessaire/

[xvii] CF. Henry Kissinger : « L’ordre du monde », Fayard 2016

[xviii] Cf https://www.nippon.com/fr/news/yjj2022030801061/

https://www.france24.com/fr/asie-pacifique/20220324-%C3%AEles-kouriles-la-guerre-en-ukraine-ravive-les-tensions-entre-le-japon-et-la-russie

[xix] Cf Hubert Védrine : « Une vision du monde » Bouquins, 17 fév. 2022

[xx] Cf. revue Marine de l’Acoram n° 271 avril – juin 2021 Xavier Guilhou :  « Méditerranée orientale : Qui va trancher le nœud gordien ? » https://www.xavierguilhou.com/2021/04/02/revue-marine-mediterranee-orientale-qui-va-trancher-le-noeud-gordien/

[xxi] Cf revue Marine de l’Acoram n° 272 avril-mai 2022 Xavier Guilhou : « Pacifique , l’océan de toutes les convoitises et de tous les risques » www.xavierguilhou.com et revue Conflits n° 27 mai-juin 2020 : « Indo-Pacifique , les grandes manœuvres » et n° 36 nov. déc. 2021 « Mer de Chine – Taïwan prochaine prise ? » www.revueconflits.com

[xxii] Cf. Samuel Huntington: « The clash of civilisations and the remaking of world order », Simon and Schuster /US  2002

[xxiii] Cf. Robert Kagan : « La puissance et la faiblesse », Hachette 2006 et analyse de Vincent Stage 11 mars 2014 :  https://www.diploweb.com/R-Kagan-La-puissance-et-la.html – voir aussi les conférences de Georges Friedman le président du Think Tank Stratfor et l’analyse de Jean Claude Empereur revue politique n° 1077 du 29 février 2016 https://www.revuepolitique.fr/etats-unis-une-nouvelle-vision-geopolitique/ .

[xxiv] Cf. Milica Cubrilo Le Figaro 29 mars 2022 : « La Bosnie-Herzégovine déchirée par les tensions nationalistes » La Bosnie-Herzégovine déchirée par les tensions nationalistes (lefigaro.fr)

Source: https://www.revueconflits.com/que-nous-apprend-la-guerre-en-ukraine-que-la-deconstruction-de-lordre-du-monde-saccelere/


 

Armées : il faut changer de modèle ! 

L’armée française se retrouve à cours de matériel et donc avec des difficultés à conduire des opérations lointaines. L’argent ne suffira pas, c’est bien un changement de modèle qui est nécessaire.

Remettre de l’épaisseur, 

Retrouver des effets de levier, 

Refaire de la nation le cœur de notre survivance !

Xavier Guilhou. Article original paru sur son site personnel

« Nous sommes sur l’os… ! ». Qui n’a pas entendu nos grands chefs utiliser cette expression pour préciser que nous n’avons plus de marges de manœuvre sur le plan capacitaire, voire que nous sommes bien en deçà de l’acceptable pour assurer les missions assignées à nos armées. Il est évident qu’après trois décennies de rabotage budgétaire nous ne pouvons qu’être en limite basse en termes de suffisance opérationnelle (moyens, munitions, stocks stratégiques, personnels…) et que, pour reprendre un terme de marins, « nous talonnons ! ». A ce rythme la prochaine étape est « l’échouage » … Si cette politique financière avait permis de faciliter des réformes en profondeur pour notre pays, nous pourrions à la rigueur la comprendre. Mais cela n’a fait qu’alimenter une pseudo paix sociale à la petite semaine et nous ne pouvons plus l’admettre au vu des rendez-vous stratégiques qui sont devant nous. 

La guerre en Ukraine sert de révélateur dans tous les domaines et a eu la vertu de réveiller les consciences endormies par des décennies de « dividendes de la paix ». Pourtant les signaux précurseurs n’ont pas manqué, mais chaque fois le relativisme et la bureaucratie ont effectué leur travail de neutralisation et de normalisation pour continuer à tirer vers le bas nos postures de défense. De fait « nous sommes bien sur l’os » et il nous faut avant tout « remettre de l’épaisseur » à tous les niveaux pour combler ou compenser ces faiblesses structurelles. La projection de corps expéditionnaire tous azimuts n’est plus dans nos moyens. Nous devons nous recentrer sur la défense de nos intérêts vitaux, la protection de notre territoire et remuscler notre dissuasion. Il faut changer de méthode et surtout de modèle !

« Remettre de l’épaisseur » 

Certes nous avons développé des capacités marginales à très forte valeur-ajoutée pour « faire autrement » quand nous ne pouvions plus « faire normalement » du fait de l’érosion de nos forces conventionnelles. Ce fut le cas au cours de ces trois décennies avec la montée en puissance des opérations spéciales. Par leurs performances indéniables, notamment dans la lutte qualifiée « d’anti-terroriste » en Orient et en Afrique, elles ont assuré au pouvoir politique la garantie d’une posture opérationnelle à succès avec une forte résonnance médiatique auprès des opinions publiques. Cela a plutôt bien fonctionné. Dans ce contexte les OPEX ont au moins eu le mérite de permettre à toutes ces composantes de se tester et d’acquérir une courbe d’expérience considérable.  Mais avec l’Ukraine nous passons à autre chose et le travail de sur-mesure de nos forces spéciales doit désormais s’intégrer dans des schémas complexes de combat de haute intensité, avec un retour de confrontations de masse sur des lignes de front que nous n’avons plus connues depuis les grandes guerres mondiales. Comme le citait Goethe « nous avons déjà pensé à tout mais il nous faut tout réinventer ».

Il en fut de même avec les deux fonctions essentielles que sont le renseignement et la logistique, armes souvent considérées comme secondaires dans notre culture militaire, mais qui se sont avérées cruciales au cours de ces dernières décennies pour accompagner nos projections de corps expéditionnaires sur des conflits hybrides, au sein d’alliances, sur des terres lointaines (Afghanistan, nœud syriaque, Sahel). Ces composantes souvent qualifiées de soutiens, alors que ce sont des précurseurs qui conditionnent le succès des opérations,  ont permis sur le terrain de faire face avec beaucoup de réactivité et aussi d’inventivité dans les modes d’action, à de nouveaux modes d’adversités (cf. les techniques de guérillas pratiquées par les groupes islamiques, mais aussi les méthodes de désinformation et déstabilisation des SMP comme Wagner, ainsi que l’utilisation de technologies duales et des réseaux sociaux). 

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Panorama du matériel de l’armée française

Nous avons aussi compensé la baisse de nos moyens avec de la haute technologie et une professionnalisation remarquable de nos forces. Nos armées sont de fait réduites en nombre mais elles sont plus performantes du fait des technologies embarquées et du niveau de formation de nos combattants. Ce qui suppose aussi un niveau de soutien et de maintenance non négligeable (pour un fantassin au combat il en faut en moyenne neuf en soutien). Néanmoins, pour nos spécialistes, avec les moyens actuels, nous ne pourrions tenir qu’un front de 80 kms, soit Dunkerque – Lille, là où nos anciens furent en mesure de tenir un front de 750 kms lors de la première guerre mondiale…Et que penser de nos capacités de feu qui n’excéderaient pas une semaine en termes de stock de munitions…  De nouveau le conflit en Ukraine, et surtout les risques de confrontations pressenties notamment en Mer de Chine et en Méditerranée orientale, posent la question des masses critiques et du niveau de rusticité qu’il faudrait désormais être en mesure d’assumer face à des armées qui utilisent des centaines de milliers d’hommes et un déluge de feu sans précédent pour arriver à leurs fins. 

Ces armées ont recours à la conscription et à la mobilisation de réserves considérables. Par ailleurs elles se battent avec des doctrines basiques similaires à celles de la guerre de 1914, que nous qualifions certes d’archaïques et de barbares, mais qui s’avèrent dimensionnantes actuellement dans les conflits (cf. les enseignements sur la Syrie, le haut Karabagh et le niveau de consommation d’obus d’artillerie sur le Donbass ). De notre coté nous n’avons plus la conscription et nous avons des réserves qui sont réduites à la portion congrue malgré tous les effets d’annonce vertueux de ces dernières années… Nous faisons confiance à l’intelligence embarquée dans nos moyens, qui sont de plus en plus sophistiqués, en prétendant que cela sera suffisant pour casser ces armées « ringardes » dotées d’équipements datant de la guerre froide… Les évènements nous démontrent qu’il faut faire preuve d’un peu plus d’humilité, ces armées n’ayant pas la même notion de l’attrition et de la vie humaine que nous… Avec une société soumise à la religion du « bien-être » , et soyons honnêtes peu résiliente, nous ne remplissons pas les mêmes critères en termes de résistance morale et physique aux chocs que ceux que pourraient nous infliger ces adversaires qui n’ont pas nos états d’âme…

Certes nous avons l’impression actuellement que le corps politique, pas seulement en France mais sur tout le continent européen, subi un électro-choc devant l’intensité et la brutalité des combats sur l’Ukraine. Mais eut-il fallu qu’ils aient eu les mêmes réactions lors des évènements sur les Balkans, qui ont fait rappelons-le de l’ordre de 100 000 morts (200 000 selon les médias). Il en fut de même au Moyen-Orient avec les enchainements post-Irak sur le nœud syriaque qui ont fait quasiment le même nombre de victimes. Nous sommes déjà au-dessus ces seuils pour l’Ukraine (si nous acceptons d’intégrer les chiffres des 14 500 morts civils et militaires de la guerre du Donbass depuis 2014) cette guerre n’ayant pas commencé en février 2022… Chaque fois les niveaux de brutalité et d’inhumanité ont augmenté franchissant des seuils que les ONG et les organisations internationales n’ont cessé de recenser et d’expliciter pour alerter nos dirigeants. La réponse de ces derniers fut l’invention sémantique des « lignes rouges » à ne pas franchir, mais sans postures réelles et crédibles… Tous ces théâtres d’opération furent des laboratoires, notamment pour les armées Russes et Turques, qui désormais stressent notre flanc oriental et méridional. Heureusement que la posture de dissuasion, assise sur notre signature nucléaire, dont la crédibilité repose sur la permanence à la mer de nos SNLE et sur les capacités de frappes de nos composantes aéroportées (FAS et FAN), n’a pas subi le même niveau d’altération, voire de destruction systématique, que pour nos moyens conventionnels.

« Retrouver des effets de levier »

Aujourd’hui le temps n’est plus aux lamentations mais à la reconstruction d’un modèle rachitique en s’appuyant sur cette épaisseur tactique qu’offre ces quelques composantes à forte valeur ajoutée éprouvées aux cours de ces dernières décennies (Les opérations spéciales, le renseignement, la logistique et l’intelligence embarquée). Il faut dès lors trouver en les utilisant bien des possibilités de générer des effets de levier sur le plan opérationnel partout où cela est possible. Il est évident que tous ces moyens, en s’intégrant intelligemment dans des schémas plus élaborés de combat de haute intensité, peuvent devenir des « démultiplicateurs de forces ». Le terrain ukrainien est à ce tire précieux en termes d’enseignements. Sans augurer des résultats sur l’avenir, ils ont permis pour le moment de casser l’offensive initiale de l’armée russe et de lui infliger de sérieuses difficultés sur le plan stratégique. Le renseignement et les opérations spéciales ont joué un rôle déterminant pour frapper des cibles à haute valeur ajoutée (commandements, QG, bâtiments emblématiques de la flotte Russe, bases aériennes, etc.). La logistique a été aussi particulièrement dimensionnante pour permettre de tenir le « battle-rythm » sur les lignes de front. Certes ce n’est pas suffisant, tous les experts sur nos plateaux TV disent qu’il faut aussi de l’infanterie, de l’artillerie, des munitions et désormais des chars… mais sans ces capacités spécifiques, et très entrainées par les anglo-saxons, l’armée ukrainienne aurait été déjà laminée. 

Il faut préciser que ces « démultiplicateurs d’efficacité » sont à la fois armés par des professionnels très aguerris, mais surtout par une réserve et une garde nationale tout aussi importante, avec beaucoup d’engagés volontaires (cf. les opérateurs ferroviaires et les équipes de la sécurité civile). A ceci il faut ajouter l’effet de levier permis par le déploiement de hautes technologies ou de technologies duales (comme les essaims de drones) , ainsi que l’IA (cf. le déploiement des capacités de Starlink et le traitement des métas données en termes de renseignement opérationnel avec des méthodes très décentralisées) qui permettent aux forces de mieux résister, voire de mener des offensives concluantes. Toutes ces capacités sont assises sur des compétences civiles, avec en arrière-plan une société particulièrement résiliente. Où en sommes-nous sur ce plan ? Qu’avons-nous fait de nos réserves ? Quel est le niveau réel de résilience de notre pays? Comment se situent les capacités de réponse duale entre nos industries civiles et militaires s’il fallait développer un véritable effort de guerre sur le plan économique ? l’Ukraine a révélé nos vulnérabilités et insuffisances sur ces questions…

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L’élargissement du spectre d’emploi des drones : des progrès technologiques aux conflits futurs

En fait ce conflit sur « l’intermarium » européen nous interpelle bien au-delà le simple budget des armées, qui devrait enfin pouvoir retrouver un peu d’oxygène avec la RNS. Les marins diront que nous allons juste retrouver « un peu d’eau sous la quille » pour redevenir manœuvrants. Cela va bien au-delà les débats technologiques, certes nécessaires, mais désormais insuffisants face aux masses critiques de nos adversaires. La réflexion va aussi au-delà le monde des professionnels de nos armées, qui a un peu confisqué ces dernières décennies le partage des enjeux sur ces questions en l’enfermant sur des doléances budgétaires. Il nous interpelle avant tout sur les liens « Armées-Nation », pas ceux qui animent nos grandes commémorations parfaitement scénarisées, mais ceux qui conditionnent sur le fond les notions d’engagement au sein du pays. 

Qu’est ce qui est de l’ordre du tolérable ou non en termes de relations de puissance ? Qu’est ce qui est soutenable ou non en termes « de compétition, de contestation et d’affrontement »  entre les pays ? Qu’est ce qui est de l’ordre de la survivance pour la France et les Français ? Le modèle israélien où l’on apprend à se battre à un contre dix est peut-être celui que nous devrions regarder de plus près, même s’il parait forcément décalé et extrême pour nos sociétés très protégées. Quand nous n’avons plus la démographie, plus de moyens et des capacités réduites, comme c’est désormais le cas, il faut apprendre à survivre et à trouver ces effets de levier qui permettent de conserver l’initiative (le renseignement), à obtenir la décision (les opérations spéciales et la logistique) et à confirmer la victoire (la pertinence opérationnelle et des armements conventionnels suffisants). Il faut surtout retrouver le sens du courage à tous les niveaux, en premier lieu sur le plan décisionnel au niveau politique en termes d’arbitrage !

Soyons lucides et arrêtons de nous conter des histoires pour nous rassurer ou nous confiner dans un déni collectif qui s’avèrerait suicidaire. « Nous sommes sur l’os ! ». Nous devons retrouver le sens du vital ! Cette question n’est pas que comptable, c’est une affaire de volonté. Non pas de quelques prétoriens mais de tout un peuple ! C’est un peu ce que les Ukrainiens et Russes, quelles que soient nos opinions ou émotions sur le sujet, nous démontrent quotidiennement des deux côtés. Ne sous-estimons pas, malgré les propagandes qui saturent nos écrans de part et d’autre, ce niveau de volonté et d’engagement réciproque qui déjoue tous les pronostics des experts accrédités de nos plateaux TV. Les confrontations de puissance sont toujours de cet ordre. Là aussi quel que soit notre sentiment sur ce conflit, il est d’abord l’expression des volontés ou des impuissances des uns et des autres. La pandémie nous a montré aussi que c’était une question majeure de souveraineté !

« Refaire de la nation le cœur de notre survivance »

Il est encore temps de « remettre de l’épaisseur » dans nos systèmes de défense. Pour cela il faut absolument raisonner différemment. Il faut retrouver de la souplesse quand il y a de la bureaucratie, de la réactivité quand il y a excès de centralité, de la fluidité quand il y a trop de rigidité dans les modes opératoires et surtout de l’audace quand il y a de l’excès de précaution… Mais il faut surtout admettre que nos intérêts vitaux sont désormais vulnérables et que les niveaux de menaces sont désormais proches du territoire, voire insidieuses au sein du territoire ! Pour cela il faut aussi remettre de la masse critique. Elle n’est pas que matérielle ! Elle est aussi humaine ! En cela la question des réserves est absolument cruciale. Sa mobilisation, son employabilité et son rayonnement constitueront des « effets de levier » pour rattraper au sein de notre société le gâchis des trois dernières décennies. 

Certes l’armée professionnelle a d’autres sujets plus importants que le traitement de cette question pour passer d’un modèle de corps expéditionnaire à une armée de corps de bataille capable d’agir de façon autonome ou au sein d’une alliance. Mais dans ce contexte inventons un mode opératoire civilo-militaire à la Suisse ou à l’Israélienne qui permettrait d’avoir une seconde couche de résistance, d’intelligence répartie partout sur le territoire et de flexibilité d’emploi. Cela ne pourra que contribuer à renforcer encore plus nos postures globales de dissuasion en durcissant nos capacités de résistance sur le plan systémique. Là aussi les exemples ukrainiens mais aussi polonais, finlandais, suédois et bien entendu anglo-saxons sur cette proximité des armées avec leurs populations devraient nous aider à innover en la matière. Cela suppose aussi de changer la relation hiérarchique qui prédomine entre l’Etat, nos armées et la société civile, sans pour autant remettre en question « l’autoritas » du régalien qui prévaut pour les questions stratégiques (cf. l’emploi du nucléaire) . Cela exige d’avoir une gouvernance plus décentralisée et de développer des relations de confiance entre les parties. Ce que nous avons plus ou moins bien géré jusqu’à présent. Des partenariats dits citoyens sont toujours très beaux sur le papier, sympathiques sur le plan médiatique mais ne valent pas grand-chose sur le plan opérationnel en termes d’efficacité collective. Là aussi soyons honnêtes et un peu plus réalistes dans nos modes de coopération « Armées-Nation » !

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Histoire de l’armée française 1914-1918 – Entretien avec Rémy Porte et François Cochet

Il faut « mettre de l’épaisseur » dans nos systèmes de défense et cela ne peut être limité à la seule lutte contre le terrorisme, même si celle-ci reste une priorité indéniable sur le plan sécuritaire. Ce n’est plus suffisant ! Il faut renforcer notre posture de dissuasion par une véritable mobilisation de toutes nos ressources au niveau national avec un véritable pilotage de leurs valeur-ajoutées respectives que ce soit sur les plans économiques, industriels, financiers, mais aussi en termes de résilience au niveau de nos infrastructures vitales (collectivités territoriales, réseaux critiques), qu’en termes de ressources humaines qu’elles soient à usage militaire ou simples renforts civilo-militaires. A ce titre il faut redéfinir le rôle des correspondants défense et en faire de véritables liens quasi organiques de notre système de défense depuis le local, en passant par les entreprises jusqu’au niveau des grandes institutions publiques. Ils doivent devenir autre chose que de simples ordonnateurs de commémorations afin que les élus aient leur photo dans le journal, même si c’est nécessaire pour assurer leur réélection… et accessoirement entretenir le devoir de mémoire localement…

Il en est de même pour la Réserve avec un grand R. Sur ce registre il faut arrêter de démultiplier les réserves : opérationnelles, citoyennes, sanitaires, sécuritaires etc. Cet artifice sémantique qui convient aux salons mondains ne parle absolument pas à nos concitoyens. Il en faut une et une seule, une vraie qui soit valorisée au plus haut niveau sur le plan politique, pilotée avec un management civilo-militaire adapté, visible sur le terrain et qu’elle soit reconnue pour ses services et mérites. Il faut absolument simplifier la signature de cette composante stratégique pour le pays et en sacraliser l’engagement  et le volontariat sinon nous reviendrons à l’état dégradé que nous connaissons aujourd’hui et qui est totalement insatisfaisant au regard des risques perceptibles pour notre pays. Ne nous faisons pas d’illusions ces risques ne feront que s’amplifier après l’Ukraine, nous n’en sommes qu’à l’apéritif… A cet effet nous devrions sans cesse méditer les constats faits en 1939 par ce réserviste, et par la suite grand résistant, que fut Marc Bloch lorsqu’il a écrit L’étrange défaite. Tous nos politiques devraient absolument lire ce livre !

Il faut repenser nos logiques de combat et démultiplier nos capacités de résistance. Pour un qui part au front il en faut neuf qui l’assistent et le soutiennent sur les arrières, quand lui doit apprendre à se battre à un contre dix…  Ce changement de paradigme suppose une autre ingénierie de notre vision de la défense pour notre pays. Nous pouvons très bien perdre sans combattre avec cet esprit comptable et bureaucratique qui a conditionné le fonctionnement de nos armées depuis quelques années. Ceux qui gagnent savent très bien qu’un leadership et des victoires sont le fruit d’un esprit combattif et non d’un bon mécénat ou pire d’un raisonnement sur la valeur liquidative d’un actif…. Les grands sportifs, qui sont devenus la référence pour beaucoup, ou nos grands chefs d’entreprise, qui tiennent des lignes de front impitoyables sur le plan international, le savent bien. Être respecté a un prix quand on veut être parmi ceux qui se respectent. La victoire est un état d’esprit ! On l’a ou on ne l’a pas ! 

Pour cela il faut ce supplément d’âme qui est à la base de toute survivance et espérance pour un pays. Il ne faut pas craindre de mourir, de toute façon la peur n’empêche pas la mort ! Il y a ce qui est de la finitude humaine et il y a aussi ce qui est de la finitude des peuples. Ce n’est pas qu’une question budgétaire et comptable, même si ce point est incontournable en termes de réalité. C’est une question plus profonde qui est de l’ordre du civilisationnel. Il constitue pour notre pays une urgence en termes d’éducation et pas seulement d’agitation médiatique. Il faut juste savoir ce que nous voulons car tout est question de volonté. C’est à ce titre que l’engagement de chacun et d’une nation sont des valeurs sacrées que nous devons remettre à l’ordre du jour ! 

Il est encore temps…

 https://www.revueconflits.com/armees-il-faut-changer-de-modele/

 

 


Autres liens complémentaires de mon ami DGSE Xavier



 https://universite-liberte.blogspot.com/2019/06/crise-implosion-du-systeme-revolution.html 

A) Vous vouliez une « transition », vous avez une « révolution » !

B) «Ainsi va le monde...et c’est ainsi depuis toujours!» De la crise de modèle à l’implosion du système
 
 

 Grèce, Ukraine, Terrorisme « Ils n'oseront pas! » 

Après le sempiternel "tout est sous contrôle" qui nous a été asséné depuis 2008 sur les plans financiers et économiques suite à la faillite de Lehmann Brother, nous subissons maintenant le "ils n'oseront pas" face aux événements qui mettent sous stress et en mode échec nos frontières mentales.
 

 
 
 
 
A) "Le logiciel France est en mode échec!" - Xavier Guilhou - XAG consulting

B) " La chute du mur de Bruxelles "- Xavier Guilhou - XAG consulting
 
 
 

 
Notre pays vit une période singulière et sordide de paranoïa aigue. Quand nous ne sommes pas angoissés par tous les maux de la planète véhiculés par nos médias, nous sommes harcelés par les cours de morale assénés par nos politiques
 
 
 
 
 
 
 

octobre 13, 2026

Le discours du professeur Hoppe : la conférence en mémoire de Ludwig von Mises

Considérations et réflexions d'un libertarien réactionnaire de longue date (AERC 2025) 

 Il s'agit de la conférence en hommage à Ludwig von Mises prononcée par le professeur Hoppe lors de la conférence de recherche sur l'école autrichienne d'économie organisée par le Mises Institute (vendredi 21 mars 2025 ; voir *Considérations et réflexions d'un libertarien réactionnaire chevronné*). Podcast disponible sous la référence PFP290. Transcription et notes (générées par Grok) ci-dessous. 

 À noter : le professeur Hoppe commente longuement les réactions suscitées par ses critiques antérieures à l'encontre de Milei ; voir Hans-Hermann Hoppe, « Javier Milei » (PFS 2024) ; Hoppe, « What To Make of Milei », LewRockwell.com (3 octobre 2024) ; et Kristoffer Mousten Hansen, « Hoppe versus Milei on Central Banking: Breaking Down the Differences », Mises Wire (6 février 2025). 


 

Dans ce discours, le professeur Hoppe a également évoqué brièvement le contenu de son intervention prévue pour la conférence PFS 2025, qui se tiendra plus tard dans l'année : « La paix démocratique et la rééducation : l'expérience allemande » (réunion annuelle 2025 de la Property and Freedom Society, Bodrum, Turquie, 20 septembre 2025). 

Il aborde aussi divers autres sujets, tels que le financement de l'École de Francfort par Felix Weil et son influence sur l'Europe occidentale et l'Amérique (ainsi que son lien avec le « wokisme ») ; l'hégémonie mondiale des États-Unis depuis la Seconde Guerre mondiale, les provocations de l'OTAN envers la Russie après la chute de l'URSS et leur rôle dans le déclenchement du conflit russo-ukrainien ; enfin, le rôle des États-Unis dans le conflit Israël-Hamas, l'influence d'Israël sur la politique américaine, ainsi que l'alliance dangereuse entre les États-Unis — et leur « exceptionnalisme » — et l'image d'Israël en tant que « peuple élu ».

 Notes de présentation de Grok : 

 Introduction et réflexions personnelles 

Hans-Hermann Hoppe, présenté par Joseph Salerno comme un éminent économiste libertaire et associé de Murray Rothbard, prononce la conférence commémorative Ludwig von Mises. Il revient sur sa longue histoire avec l'Institut Mises, notant sa première visite à Auburn en 1985 ou 1986, et attribue avec humour toute désorganisation de son discours au fait de suivre les conseils de sa femme de parler de manière conversationnelle plutôt que de lire un article écrit. Hoppe aborde trois sujets interdépendants : le contraste entre les guerres monarchiques et démocratiques, le rôle de l'École de Francfort dans la rééducation allemande de l'après-Seconde Guerre mondiale et une critique du président argentin Javier Milei, en lien avec des idées libertaires plus larges. 

Guerres monarchiques contre démocraties 

Hoppe oppose les guerres monarchiques, souvent issues de conflits d’héritage et limitées par les ressources personnelles des dirigeants (en utilisant de l’argent réel et en évitant les traites), avec les guerres démocratiques, qui impliquent des composantes idéologiques, une participation de masse et des résultats vindicatifs. Les guerres monarchiques se terminent rapidement et raisonnablement, tandis que les guerres démocratiques nécessitent de justifier les récits « du bien contre le mal » et de punir les vaincus. Il cite le Congrès de Vienne (1815) comme exemple de paix monarchique après les guerres napoléoniennes, rétablissant les frontières de la France et assurant près d’un siècle de stabilité. 

Exemples de paix démocratiques vindicatives 

À l’aide de cas historiques, Hoppe illustre la nature revancharde des paix démocratiques. La guerre civile américaine s’est terminée non seulement par la capitulation d’Appomattox, mais aussi par la destruction du Sud, la domination de la foule et une stigmatisation durable. Il se concentre sur la « guerre de 30 ans » de la Première et de la Seconde Guerre mondiale : la Première Guerre mondiale a commencé de manière monarchique mais est devenue démocratique, conduisant au traité vindicatif de Versailles, qui imposait à l'Allemagne la seule culpabilité, les pertes territoriales, les réparations et l'abolition des monarchies, alimentant le nationalisme et la Seconde Guerre mondiale. La paix de la Seconde Guerre mondiale a été encore plus dure, avec des pertes territoriales allemandes massives, des crises de réfugiés, des brevets volés et une ingénierie sociale pour la rééducation. 

 L’influence de l’école de Francfort sur la rééducation 

 Hoppe détaille la fondation de l’École de Francfort par les riches financiers juifs Hermann et Felix Weil, qui fondèrent l’Institut de recherche sociale en 1923, attirant des intellectuels marxistes comme Max Horkheimer, Theodor Adorno, Herbert Marcuse et Erich Fromm. Ces personnalités, issues de milieux aisés, critiquent la mentalité prolétarienne et intègrent la psychanalyse. Exilés pendant l’ère nazie, ils ont transféré leurs fonds de manière stratégique (à Genève, Paris, Amsterdam, puis aux États-Unis), bénéficiant du soutien d’institutions comme l’Université de Columbia. Après la Seconde Guerre mondiale, soutenus par les forces américaines, ils sont retournés en Allemagne pour rééduquer la population, promouvant des idées anti-autoritaires que Hoppe relie au politiquement correct moderne, à l’éclatement des familles et à la « conscience ».

 Anecdotes supplémentaires sur les figures de l'École de Francfort 

Hoppe relate diverses anecdotes, comme la recommandation faite par John Maynard Keynes à Adorno d'émigrer en Angleterre, ou le train de vie luxueux que menaient ces intellectuels à Pacific Palisades, aux côtés de personnalités telles que Thomas Mann et Bertolt Brecht. Il souligne le rôle joué par Marcuse dans les révoltes étudiantes américaines ainsi que l'influence globale de l'École sur les évolutions culturelles, tant aux États-Unis qu'en Allemagne, et ce, en dépit du conservatisme personnel de ses fondateurs. Selon Hoppe, ce processus de « rééducation » constituait une revanche délibérément orchestrée par les États-Unis, passant notamment par l'introduction de disciplines comme la science politique afin d'inculquer des valeurs démocratiques. 

 Critique de Javier Milei : Politiques économiques 

 Abordant des figures contemporaines, Hoppe critique le président argentin Javier Milei, qui se revendique de Rothbard et de Hoppe en tant qu'anarcho-capitaliste. Malgré l'engouement initial et les distinctions reçues (comparées au prix Nobel prématuré d'Obama), Hoppe soutient que les actes de Milei contredisent les principes libertariens. Il a omis de supprimer la banque centrale, y nommant d'anciens banquiers ; il en a résulté un doublement de la masse monétaire et une réduction de moitié de l'inflation (passant de 200 % à 100 %), ce que Hoppe juge insuffisant. Milei a accru la dette plus que ses prédécesseurs, renégocié les prêts du FMI, augmenté les impôts en dépit de ses promesses et transféré des réserves d'or à l'étranger, s'exposant ainsi à un risque de confiscation. 

 Critique de Javier Milei : Politique étrangère et réputation libertarienne 

 Hoppe souligne que la politique étrangère de Milei, choisie en toute liberté, nuit à la cause libertarienne. Au lieu de prôner la neutralité et la non-intervention, Milei cherche à faire adhérer son pays à l'OTAN, augmente les dépenses militaires à des fins de maintien de l'ordre intérieur et s'aligne sur des figures telles que Trump (protectionniste et belliciste), Zelensky (dirigeant corrompu prolongeant la guerre en Ukraine) et Netanyahou (accusé de génocide). Hoppe avertit que ces associations assimilent les libertariens à des soutiens de bellicistes, ruinant ainsi leur réputation d'opposants à la guerre. Il note également les critiques émanant des partisans de Milei ; ces derniers occultent ces problèmes, alors même que Hoppe est légitime à formuler des critiques compte tenu du fait que Milei se réclame de ses idées. Les idées maîtresses du libertarianisme autrichien 

 Hoppe rappelle les tendances libertariennes fondamentales : les États naissent de la guerre (par exemple, l'unification de l'Allemagne et de l'Italie au XIXe siècle, ou même la guerre du Sonderbund en Suisse). Les États tendent à se centraliser pour accroître leurs ressources, tandis que les libertariens prônent la décentralisation (comme une Europe composée de « mille Liechtenstein » pour favoriser la concurrence et la mobilité des populations). Il présente le « paradoxe de l'impérialisme » : les États libéraux en interne, tels que les États-Unis, deviennent les plus impérialistes car leurs populations productives financent les guerres. 

 L'impérialisme américain et ses conséquences mondiales 

Dans l'après-guerre, Hoppe considère les États-Unis comme la puissance la plus impérialiste au monde, ayant transformé l'Europe de l'Ouest en vassaux de l'OTAN et établi 800 bases militaires à travers le globe. L'OTAN s'est étendue vers l'est malgré l'effondrement de l'URSS, provoquant la Russie (par exemple, le coup d'État de 2014 en Ukraine et le mépris des revendications d'autonomie des régions russophones, menant à l'invasion de 2022). Les guerres américaines ont causé 20 millions de morts (Vietnam, Irak, etc.), une immigration massive vers l'Europe, la radicalisation islamiste et la propagation du mouvement « woke » sous l'influence de l'École de Francfort. Hoppe critique les liens entre les États-Unis et Israël, jugeant dangereusement agressive l'alliance entre la « nation exceptionnelle » et le « peuple élu ». 

 Réflexions finales pessimistes 

 Hoppe conclut sur une note pessimiste, espérant une défaite américaine en Ukraine — non par soutien à Poutine, mais pour freiner la domination américaine sur l'Europe via des États vassaux. Il rejette comme absurdes les craintes d'une invasion russe, privilégiant la survie à une résistance vaine (le principe « mieux vaut être rouge que mort » dans certains cas). Bien qu'il apprécie l'Amérique à titre personnel (carrière, citoyenneté familiale), il considère son gouvernement comme la plus grande menace mondiale. La conférence s'achève sous les applaudissements, sans séance de questions-réponses.


 

 Source : Grok 

Transcription révisée : Considérations et réflexions d'un libertarien réactionnaire de longue date (AERC 2025) 

7:17 – Introduction par Joseph Salerno 

[JOSEPH SALERNO] : J'ai maintenant le plaisir de présenter un homme qui n'a guère besoin d'être présenté à cette assemblée. Il donnera la conférence commémorative Ludwig von Mises, parrainée par Helio Beltrão. Hans-Hermann Hoppe est professeur émérite d'économie à l'université du Nevada à Las Vegas, chercheur associé éminent (*Distinguished Senior Fellow*) au Mises Institute, ancien rédacteur en chef du *Journal of Libertarian Studies*, ainsi que fondateur et président de la Property and Freedom Society. Le Dr Hoppe a obtenu son doctorat et son habilitation à diriger des recherches à l'université Goethe de Francfort. Le professeur Hoppe a enseigné dans plusieurs universités allemandes ainsi qu'au Centre d'études internationales avancées de l'université Johns Hopkins à Bologne, en Italie. En 1986, il a quitté l'Allemagne pour les États-Unis afin d'étudier sous la direction de Murray Rothbard. Il est resté un proche collaborateur de Murray jusqu'au décès de ce dernier en janvier 1995. Outre ses nombreux ouvrages et articles en anglais, le professeur Hoppe est l'auteur de trois livres et de multiples articles en allemand portant sur la philosophie, l'économie et les sciences sociales. Il interviendra aujourd'hui sur le thème : « Considérations et réflexions d'un libertarien réactionnaire de longue date ». Veuillez accueillir Hans-Hermann Hoppe. 

[Applaudissements] 8:46 – Conférence de Hans-Hermann Hoppe : Remerciements et réflexions personnelles 

 [HANS-HERMANN HOPPE] : Je tiens tout d'abord à remercier Lew Rockwell, Tom DiLorenzo et Joseph Salerno pour cette invitation. Et pour clarifier ce que j'entends par « de longue date » dans le titre de ma conférence, je précise que ma première visite à Auburn a eu lieu, je crois, à l'automne 1985 ou au printemps 1986. Auburn est donc, pour moi, mon « doux foyer » en Alabama. Lorsque je suis arrivé ici, les seules personnes présentes à l'époque qui sont encore là aujourd'hui étaient Lew Rockwell, bien sûr, Marty, Pat Barnett, Judy Thommesen et Mark Thornton ; ils sont toujours parmi nous et peuvent légitimement prétendre se sentir encore plus chez eux dans cette chère Alabama que moi. Et je pense aussi à John Denson — je ne sais pas s'il est présent, mais il était là à l'époque lui aussi. 

 Or, ma femme m'a dit : « Quand tu fais un discours, ne fais pas ce que tu as fait ces dernières années : rédiger un long article très travaillé pour ensuite le lire. Fais plutôt un exposé sur un ton conversationnel, comme tu le faisais quand tu enseignais encore. » Si donc je manque un peu d'organisation, qu'il y a des répétitions ou autre, je vous prie de m'excuser. Tout cela est dû aux instructions de ma femme. Et comme vous le savez, il est impossible de contredire sa femme, car c'est elle qui commande à la maison.

 11:16 – Trois sujets interdépendants : guerres monarchiques contre guerres démocratiques 

Je vais aborder trois sujets interdépendants. Le premier concerne un thème que j'avais choisi pour la conférence de mai sur l'histoire révisionniste de la guerre. Tom m'avait invité à y donner une conférence. Je n'ai pas pu m'y rendre en mai, cela ne s'intégrait pas dans mon emploi du temps. Cependant, j'avais arrêté mon choix sur un sujet, et je vais en dire quelques mots ici ; j'espère qu'il figurera également dans le recueil issu de cette conférence, à laquelle je ne peux malheureusement pas assister. 

 J'ai pensé qu'il serait bon d'en parler, d'abord pour vous donner envie de participer à ce type de conférence, et ensuite parce que je voulais me contraindre à mettre enfin par écrit mes réflexions — encore quelque peu vagues pour l'instant — concernant ce discours ou cet article que je prépare. 

 Je compte opposer, selon une approche relevant de l'idéal-type, les guerres monarchiques d'une part et les guerres démocratiques d'autre part. Les guerres monarchiques sont essentiellement menées en raison de différends territoriaux découlant de conflits de succession. Elles sont faciles à déclencher et faciles à clore, car les monarques les menaient avec leurs propres ressources. Ils avaient rarement recours à la conscription, par exemple, et devaient généralement mettre fin au conflit assez rapidement faute d'argent, car à cette époque, la monnaie avait encore une valeur réelle. 

À l'inverse, les guerres démocratiques comportent une dimension idéologique. Le peuple tout entier est impliqué dans le conflit, et il faut lui fournir des raisons de se battre. Un camp est mauvais, l'autre est bon ; on ne peut pas simplement y mettre fin en occupant certains territoires, car les « méchants » doivent être punis par les « gentils ». 

 Mon objectif principal sera donc de montrer la différence entre la paix monarchique — je ne m'intéresse pas tant à savoir qui est coupable ou comment la guerre a exactement commencé — mais plutôt d'opposer le rétablissement de la paix dans un contexte monarchique à celui qui prévaut dans un contexte démocratique. Prenons quelques exemples : la fin des guerres napoléoniennes en 1815, suivie du Congrès de Vienne. Pour la France et Napoléon, il s'agissait d'une guerre démocratique. C'était une guerre idéologique ; on voulait libérer l'Europe en brandissant des slogans tels que « liberté, fraternité », et ainsi de suite — vous connaissez tout cela. 

Au bout du compte, cette guerre fut perdue face aux monarques adverses de Prusse, d'Autriche, de Russie et d'Angleterre. La paix qui suivit fut la dernière paix monarchique ; le conflit s'acheva par l'exil de Napoléon. La France retrouva ses frontières d'avant la Révolution de 1789. Elle dut certes verser quelques réparations à la coalition monarchique victorieuse, mais cela s'arrêta pour l'essentiel là, et cette paix dura près d'un siècle. C'était une paix conclue entre gentlemen. 

À l'époque, les guerres monarchiques étaient, dans l'ensemble, raisonnables et dénuées de volonté de vengeance. Les guerres démocratiques, en revanche, débouchaient toujours sur une revanche ; il s'agissait de paix fondées sur la vengeance. 

La guerre de Sécession en est un exemple. Elle s'est soldée par la victoire du Nord sur le Sud sécessionniste ; toutefois, l'accord conclu à Appomattox entre Grant et Lee — prévoyant simplement le dépôt des armes — ne marqua pas la fin de l'affaire : une revanche fut exercée. Le Sud fut dévasté ; durant plus d'une décennie, une sorte de loi de la populace y régna. À ce jour encore, les habitants du Sud sont perçus comme des gens de peu de valeur, tenus de présenter éternellement des excuses pour avoir eu l'audace de tenter de faire sécession d'avec l'Union. 

 Mais cet exemple n'est pas celui qui m'intéresse le plus. Le cas le plus fascinant — et c'est sur ce sujet que je souhaite passer le plus clair de mon temps — est ce que l'on appelle la guerre de Trente Ans. De nombreux historiens la considèrent comme une guerre de trente ans englobant la Première et la Seconde Guerre mondiale.

 La Première Guerre mondiale a débuté comme une sorte de conflit monarchique, opposant des souverains aux ambitions impériales, pour s'achever en une guerre de plus en plus démocratique — notamment après l'entrée en lice des États-Unis, le déclenchement de la Révolution russe et l'exécution du tsar, entre autres événements. 

 La paix qui a mis fin à la Première Guerre mondiale était, bien entendu, empreinte d'un vif désir de revanche. Les pays vaincus furent contraints d'abolir leurs monarchies, et les classes aristocratiques dirigeantes y furent dépouillées de tous leurs pouvoirs. L'Allemagne dut accepter une capitulation sans condition et endosser l'entière responsabilité de tout ce qui s'était passé — une situation pourtant complexe, impliquant la culpabilité de bien d'autres acteurs. Pourtant, la responsabilité exclusive fut attribuée au camp allemand. Le pays perdit des territoires considérables et fut condamné à verser des réparations colossales. 

Cette paix vindicative — il convient également de noter que l'abolition des monarchies en Allemagne, mais aussi dans l'Empire ottoman et en Autriche, a favorisé une montée en puissance massive des mouvements nationalistes. De nouvelles frontières furent tracées en Europe, donnant naissance à des pays qui n'existaient pas auparavant. Nous sommes encore confrontés à de nombreux problèmes, tant au Moyen-Orient qu'en Europe, qui découlent précisément de ce redécoupage territorial ; il était presque prévisible qu'une telle paix punitive mènerait — comme ce fut effectivement le cas — très rapidement à la guerre suivante. 

L'Allemagne perdit ensuite la Seconde Guerre mondiale (tout comme ses alliés), et la paix qui lui fut imposée se révéla encore plus punitive. L'Allemagne fut amputée de vastes territoires ; on dénombra plus de dix millions de réfugiés et des indemnités énormes furent exigées. Les Américains, par exemple, s'approprièrent tous les brevets de l'industrie allemande ; fait plus marquant encore, on eut recours, cette fois, à une forme d'ingénierie sociale pour rééduquer la population allemande. 

 Certains auteurs allemands ont qualifié ce processus de « lavage de caractère » : les Allemands durent réapprendre l'histoire sous la direction des vainqueurs américains. Je tiens ici à ajouter un point tout à fait intéressant : le rôle joué par ce que l'on appelle l'École de Francfort dans ce programme de rééducation lancé en Allemagne, qui connaît un grand succès encore aujourd'hui. 

22:53 – Le rôle de l'École de Francfort dans la rééducation de l'Allemagne 

 Permettez-moi donc de vous parler brièvement de l'École de Francfort. Elle a été fondée et financée par deux personnes : un Juif allemand, Hermann Weil, qui a émigré en Argentine pour devenir le plus grand négociant en céréales au monde, et son fils Felix Weil. Ce dernier, né en Argentine, a fait ses études en Allemagne et a amassé une immense fortune, non seulement grâce au statut de son père — le plus important négociant en céréales de la planète — mais aussi parce qu'il a hérité, alors qu'il était adolescent, d'une fortune d'environ 400 millions de dollars (en valeur actuelle) de la part de sa mère, elle-même juive. 

Au cours de ses études, il a noué des liens avec toutes sortes d'intellectuels de gauche apparus en Allemagne après la Première Guerre mondiale. L'une des conséquences de ce conflit en Allemagne fut, bien entendu, l'abolition de l'aristocratie et de la monarchie, laissant place à l'émergence de partis socialistes de toutes tendances — radicaux, modérés ou nuancés — ainsi que de divers partis nationalistes radicaux. 

 Felix Weil, le fils, s'est lié d'amitié avec des intellectuels de gauche influents en Allemagne et a créé un institut, l'Institut de recherche sociale, rattaché à l'Université de Francfort. Toutes les figures de proue de cet institut étaient juives, tout comme Felix Weil et son père. 

 Il a fait construire un bâtiment pour eux et a généreusement rémunéré le personnel de l'institut — car, comme je l'ai mentionné, ces hommes étaient immensément riches — tout en tissant un vaste réseau d'amis socialistes à travers l'Europe. 

 Ce n'étaient pas des bolcheviks ; en réalité, ils voyaient d'un mauvais œil ce qui se passait en Union soviétique. Et bien qu'ils fussent tous juifs — ou presque tous —, ils n'appréciaient guère les *Ostjuden*, c'est-à-dire les Juifs d'Europe de l'Est ; ces derniers étaient considérés comme des Juifs de basse extraction, alors que les membres influents de l'Institut de recherche sociale étaient tous issus de familles très fortunées.

 Horkheimer, Herbert Marcuse — certains vous sont familiers — ou encore Erich Fromm : tous avaient pour parents de très riches hommes d'affaires. On retrouve ici une dynamique parallèle à celle qui unissait Marx et Engels. Marx était lui aussi issu d'un milieu aisé, mais son soutien et financier, Engels, était le fils d'un industriel très fortuné. La situation est donc très comparable. 

 Felix Weil a également poursuivi une carrière universitaire et obtenu un doctorat ; toutefois, c'est lui qui a soutenu les universitaires dont la carrière a été plus brillante que la sienne. En effet, il devait aussi gérer les affaires de son père en Argentine ; il faisait donc des allers-retours et ne pouvait se consacrer à plein temps au fonctionnement de l'Institut. 

Ils se considéraient tous comme marxistes, mais se réclamaient de courants différents au sein du marxisme. Cela me rappelle ce que disait souvent Murray Rothbard à propos des réunions de sa famille élargie : la seule question sérieuse qui se posait alors était de savoir s'il fallait adhérer au Parti communiste ou simplement le soutenir de l'extérieur. C'est un peu la même diversité d'approches que l'on retrouvait chez les dirigeants de l'École de Francfort. 

 Le premier directeur — qui n'a occupé ce poste que brièvement et n'a pas exercé une influence majeure — fut Carl Grünberg. Soit dit en passant, Carl Grünberg avait dirigé la thèse de Ludwig von Mises à une époque où ce dernier n'était pas encore économiste, mais plutôt institutionnaliste. C'était un marxiste qui ne s'intéressait pas à la théorie pure, mais davantage à l'histoire du mouvement ouvrier. 

 Le directeur suivant, Max Horkheimer, fut un théoricien très influent. Comme je l'ai déjà mentionné, Horkheimer était issu d'une famille très riche ; ses parents voyaient toutefois d'un mauvais œil son mariage, entre autres choses, et il dépendait financièrement de l'Institut de recherche sociale. 

Ils ont fait preuve d'une grande habileté dans la gestion de leurs finances. Avant même leur arrivée au pouvoir, les nazis avaient déjà réussi à transférer leurs fonds ailleurs. Le bâtiment qui leur avait été attribué fut très rapidement investi par des organisations nazies, mais leurs capitaux avaient déjà été transférés sur des comptes à l'étranger. 

 Ils s'établirent d'abord à Genève ; ils disposaient de résidences à Paris ainsi qu'à Amsterdam. Cependant, lorsqu'il devint évident que les nazis allaient envahir les Pays-Bas et la France, et que Genève cessait elle aussi d'être un lieu sûr — ils se trouvaient tous à Genève à l'époque où Mises y résidait, en 1934... 

Ils étaient même en partie soutenus par les mêmes organisations genevoises qui finançaient le séjour de Mises. Finalement, ils émigrèrent aux États-Unis. Ils nouèrent des contacts avec l'université Columbia, puis avec la New School for Social Research ; ils purent mener une vie très luxueuse grâce à l'argent que leur versait Felix Weil. 

Felix Weil — je me souviens des chiffres ; personne ne connaît le montant exact du financement, mais on sait qu'au cours des années 1930, alors qu'ils s'étaient déjà installés aux États-Unis, il a complété les fonds à hauteur de 40 millions de dollars de l'époque pour garantir qu'ils mènent grand train. 

 Voici quelle était leur idée : les prolétaires n'étaient manifestement pas le genre de personnes susceptibles de provoquer la révolution socialiste. Il fallait... il y avait un problème au niveau de la mentalité des gens. C'est pourquoi ils se sont également beaucoup intéressés à la psychanalyse. La personne chargée de ce volet était Erich Fromm. 

Après la guerre, certains d'entre eux sont retournés en Allemagne, avec le soutien des Américains. Herbert Marcuse, par exemple, travaillait pour les services secrets américains. Ainsi, certains sont rentrés en Allemagne tandis que d'autres sont restés aux États-Unis. Marcuse et Erich Fromm sont restés aux États-Unis, alors que Theodor Adorno, Max Horkheimer et bien d'autres sont retournés en Allemagne. Ils furent ensuite nommés à des postes de professeur à travers toute l'Allemagne par les Américains ou les forces d'occupation. Tout cela avait été planifié par les Américains ; il ne s'agissait donc pas d'une vengeance spontanée, mais bien d'une vengeance socialement orchestrée. La science politique, par exemple, n'existait pas auparavant en tant que discipline établie en Allemagne. Cette discipline y fut introduite pour apprendre aux Allemands à devenir de « bons démocrates », selon la conception américaine de ce qu'est un bon démocrate. 

Les deux groupes — le courant américain (Marcuse, Fromm et diverses autres personnalités restées aux États-Unis) d'une part, et ceux qui se trouvaient en Allemagne d'autre part — furent, d'une certaine manière, responsables de la rééducation de la population. Ils estimaient que le problème des Allemands résidait dans le fait qu'ils possédaient une personnalité autoritaire.

 Les études les plus célèbres qu'ils ont produites — également financées par des organisations juives aux États-Unis — visaient à déterminer quel type de personnes est enclin à devenir fasciste ou à développer une personnalité autoritaire. Ils ont naturellement identifié une cause dans la structure autoritaire des familles allemandes : un père tout-puissant, une mère cantonnée aux tâches maternelles, des enfants tenus d'obéir à leurs parents... Tout cela, selon eux, devait être extirpé de la société allemande. 

 Il est intéressant de noter que ces hommes eux-mêmes — Adorno et Horkheimer — étaient personnellement conservateurs. Je les ai rencontrés ; j'ai étudié à Francfort. D'une certaine manière, je suis moi-même issu de cette école. Mais si l'on observe le résultat, on y retrouve tout ce qui relève du « politiquement correct », qui était déjà en germe dans leurs enseignements. 

 Il s'agissait de la libération sexuelle, de la destruction de la famille, de la promotion de modes de vie alternatifs, d'une éducation anti-autoritaire des enfants, et ainsi de suite. Tout cela en a découlé. Je pense qu'au bout du compte, ils ont été presque déçus eux-mêmes ; ce n'est pas exactement ce qu'ils voulaient, car, comme je l'ai dit, ils étaient personnellement conservateurs. Pourtant, le résultat de leur programme est précisément ce que nous connaissons aujourd'hui aux États-Unis : le mouvement « woke » et tout ce qui l'accompagne ne sont, en fin de compte, que les fruits des enseignements de l'École de Francfort. 

37:53 – Notes complémentaires sur les figures de l'École de Francfort 

 Voilà donc le premier sujet que je souhaite aborder. Je voudrais mentionner un détail intéressant : Adorno a d'abord émigré en Angleterre. Pour obtenir ce statut d'immigrant, il lui fallait une lettre de recommandation, et c'est John Maynard Keynes qui a rédigé celle soutenant sa venue en Angleterre. 

 John Maynard Keynes ne connaissait pas Adorno personnellement, mais ce dernier était issu d'une famille influente ; ils avaient des connaissances communes parmi de hauts responsables britanniques. Ils ont sollicité Keynes, qui a alors écrit aux services d'immigration : « Cet Adorno est un homme très intéressant, un grand musicien passionné d'esthétique ; laissez-le donc venir en Angleterre. » Depuis l'Angleterre, il s'est ensuite rendu aux États-Unis. Comme je l'ai mentionné, ils ont fini par s'installer aux États-Unis, à Pacific Palisades. Max Horkheimer était, par exemple, le voisin de Thomas Mann ; leurs maisons étaient mitoyennes et, lorsque l'un partait en vacances, l'autre s'occupait d'arroser les fleurs, et ainsi de suite. Bertolt Brecht fréquentait également ces cercles. Il s'agissait donc de figures allemandes de premier plan qui ont par la suite exercé une influence considérable aux États-Unis. 

Rappelons également qu'Herbert Marcuse a joué un rôle majeur dans les révoltes étudiantes aux États-Unis. En un sens, l'École de Francfort a donc formé les Américains, tout comme elle a formé les Allemands. 

 Je vais maintenant clore ce sujet pour aborder le suivant, tout en restant en Argentine. Après les Weil — Felix Weil, un Argentin — passons à la prochaine grande figure venue d'Argentine : M. Milei.

 40:35 – Critique de Javier Milei 

 M. Milei n’est évidemment pas marxiste. Il se revendique anarcho-capitaliste et a déclaré à maintes reprises s’être largement inspiré de Murray Rothbard et de moi-même ; il a d’ailleurs écrit que ce sont ces personnes qui l’ont inspiré. 

 Il a immédiatement été salué en Europe comme une nouvelle superstar, voire un nouveau Jésus. Cela dit, il n’est évidemment pas Jésus, car il est aussi une création des oligarques juifs d’Argentine et a lui-même envisagé de se convertir au judaïsme. 

Le fait qu’il ait reçu toutes sortes de prix avant même d’avoir accompli quoi que ce soit m’a rappelé le prix décerné à Obama — le prix Nobel de la paix — avant même qu’il ne commence à faire tuer des gens. De la même manière, Milei a reçu toutes sortes de récompenses avant d’avoir pu démontrer ses compétences. 

 Après environ neuf mois de mandat, j’ai prononcé un bref discours lors de ma conférence annuelle pour le critiquer. Estimant qu’il m’avait cité comme l’une de ses sources d’inspiration, je pensais être tout à fait en droit de le critiquer à mon tour. 

 Je ne niais pas, bien entendu, qu’il dût faire des compromis. Certains m’ont reproché par la suite de ne pas comprendre qu’il ne pouvait pas tout faire immédiatement ; après tout, il y a un parlement et tout le reste, comme dans n’importe quel autre pays. J’en étais parfaitement conscient, tout comme je savais qu’il est nécessaire de faire des compromis dans une telle situation. 

Cependant, les compromis effectués ne doivent pas aller à l’encontre de l’objectif final que l’on poursuit et que l’on revendique. Ma critique portait précisément sur ce point : je me disais que ce n’était pas là l’essence du libertarianisme ou de l’anarcho-capitalisme. 

Je l’ai donc critiqué, par exemple, en disant : « Regardez... » Bien entendu, je ne niais pas que certaines de ses mesures constituaient des améliorations ; toutefois, l'Argentine se trouvait dans une situation si désastreuse qu'il aurait été difficile de ne pas apporter la moindre amélioration. 

 Il affirmait par exemple — je reprends ici certaines des critiques que j'ai formulées — que la banque centrale devait être abolie ; c'est un point qui ne souffre aucune discussion : elle doit être supprimée. 

 Or, j'ai fait remarquer qu'il n'avait pas aboli la banque centrale. Qui plus est, tous les hauts responsables qu'il a nommés à la direction étaient d'anciens banquiers centraux. Cela n'inspire pas vraiment confiance quant à la volonté d'abolir l'institution si les personnes chargées des affaires monétaires sont précisément d'anciens banquiers centraux. 

 Il s'en est alors pris à moi lorsque j'ai émis cette critique : « Pourquoi ne l'avez-vous pas abolie ? » « C'est impossible à faire ; cela provoquerait une inflation encore plus forte qu'auparavant. » À mes yeux, cela démontrait évidemment qu'il ne comprenait rien à l'économie. 

Or, si l'on supprime la banque centrale et que l'on permet à celle-ci de couvrir tous les dépôts à vue non garantis par des espèces dans les banques, cela n'entraîne aucune augmentation de la masse monétaire ; on aboutit alors à une situation où la valeur du peso augmente réellement. On n'imprime plus de pesos ; les banques sont, pour ainsi dire, solvables, car suffisamment de monnaie fiduciaire a été émise pour couvrir l'ensemble des engagements. On parviendrait alors à ramener le taux d'inflation à zéro en un rien de temps.

 Si l'on considère le taux d'inflation — qui avoisinait les 200 % par an ou quelque chose du genre — il se situe désormais aux alentours de 100 %. Or, quelle prouesse cela représente-t-il de ramener le taux d'inflation de 200 % sur une période de plus d'un an ? Je pensais que ce genre de chose méritait d'être critiqué. 

 Au lieu de prendre ces conseils à cœur — je dois mentionner que Christopher Hansen a écrit deux excellents articles sur ce qui se passerait si la banque centrale était fermée. Ils expliquaient posément que le peso s'apprécierait immédiatement, alors qu'il prétendait, lui, que la fermeture de la banque centrale entraînerait une hyperinflation. Mais comment une hyperinflation pourrait-elle survenir si l'on n'imprime pas de pesos supplémentaires ? J'étais stupéfait que quelqu'un puisse affirmer une telle chose. 

 Il avait pourtant déclaré que la fermeture de la banque centrale ne faisait pas l'objet de négociations ; mais il ne l'a pas fait. Tous les anciens banquiers responsables de la situation sont restés aux commandes. La masse monétaire a doublé durant son mandat — soit une augmentation de plus de 100 %. Tous ses partisans — qui ne comprennent rien à l'économie — ont jugé cela totalement insignifiant. 

 En une seule année, il a contracté plus de dettes qu'aucun de ses prédécesseurs. Ce sont là les deux statistiques les plus intéressantes du point de vue de l'école autrichienne : que fait-il de la masse monétaire et que fait-il de la dette ? Ces deux éléments ont augmenté ; la masse monétaire a crû. 

Il aurait pu dire : « D'accord, nous avons une dette extérieure considérable », et peut-être aurait-il réussi à convaincre les gens en disant : « Écoutez, je ne peux pas répudier la dette. » C'est évidemment ce qu'aurait fait Rothbard : la dette avait été contractée par ses prédécesseurs. Il aurait pu déclarer : « C'est fini, nous ne rembourserons pas la dette. »

 Au lieu de cela, il a tenté de justifier sa position en disant : « Oui, ils risquent de se mettre en colère, les Américains pourraient envoyer leur armée en Argentine, et c'est pour cette raison que je suis obligé de le faire. » Non, ce qu'il a dit, c'est : il faut rembourser cette dette ; c'est ce que doit faire un homme d'affaires honnête soucieux de respecter ses contrats. 

 Or, la dette publique n'est pas une dette privée ordinaire qu'il faut absolument rembourser. Ce sont les futurs contribuables argentins qui devront payer cette dette extérieure. Il est actuellement en négociation avec le Fonds monétaire international pour remplacer l'ancienne dette par une nouvelle. 

 Il a aussi déclaré qu'il n'y aurait pas de hausse d'impôts ; il a affirmé qu'il préférerait se couper le bras plutôt que d'augmenter le moindre impôt. Pourtant, il a bel et bien augmenté plusieurs impôts, et il se promène toujours avec ses deux bras. 

 Ensuite, il a transféré l'or de l'Argentine vers l'Angleterre ou d'autres lieux situés hors du pays. Vous savez tous ce qui est arrivé aux avoirs russes, par exemple : ils ont été gelés, et les Russes ne pouvaient même plus y accéder à l'étranger. Malgré ce risque — celui de voir des pays étrangers confisquer purement et simplement votre or si vous le stockez chez eux — il a tout de même choisi de l'envoyer là-bas. 

 Ma réaction face à tout cela a été de constater que beaucoup de gens me reprochaient mon audace à critiquer ce grand homme ; pour les libertariens allemands, il marchait littéralement sur l'eau. Aucun d'entre eux n'était réellement anarcho-capitaliste, et presque aucun n'était économiste professionnel capable de porter un jugement éclairé sur la situation. Pour eux, le simple fait qu'il ait promis de réduire l'État — et qu'il l'ait fait — suffisait à justifier tout le reste. 

 Le pire, cependant, c'est qu'aucun de ses défenseurs — il a de véritables « groupies » — n'a jamais commenté sa politique étrangère. 

53:29 – La politique étrangère de Milei et sa réputation auprès des libertariens 

En matière de politique étrangère, il était bien entendu totalement libre de ses choix. Concernant la politique intérieure, on pourrait objecter qu'il y a un parlement, un parti d'opposition, et tout le reste. Mais pour ce qui est de la politique étrangère, il était entièrement libre de dire ce qu'il voulait. Quelle est la position des libertariens en matière de politique étrangère ? Nous prônons la neutralité : nous ne nous mêlons pas des affaires des autres pays et nous évitons tout engagement contraignant à leur égard. Nous sommes un parti de la paix ; nous rejetons la guerre et prônons la non-intervention.

 Mais qu'a fait Milei, concrètement ? Tout d'abord, il a déclaré : « J'aimerais beaucoup rejoindre l'OTAN », même si l'Argentine ne se trouve pas exactement dans l'Atlantique Nord, contrairement à vous. Ensuite, il a augmenté le budget militaire et a affirmé que l'armée pouvait également être utilisée à des fins intérieures, par exemple pour endiguer le trafic de drogue et ce genre de choses. Il a acheté quantité d'armes à d'autres pays. 

Il a aussi désigné ceux qu'il considère comme ses grands amis. En tête de liste figure bien sûr Trump. Je ne dis pas que Trump est la pire personne au monde ; je préfère certainement Trump à Kamala. Mais Trump n'est pas libertarien. Trump est protectionniste et belliciste. Il envoie déjà des sommes considérables à Israël pour mener la guerre ; il bombarde actuellement les Houthis ; il a participé au bombardement de la Syrie ; et, bien entendu, il reste impliqué dans la guerre en Ukraine, continuant à fournir des armes et autres soutiens à ce pays jusqu'à ce jour. Je reviendrai sur ce point dans un instant. 

Par ailleurs, un autre de ses grands amis était Zelensky. Or, Zelensky est le président de l'Ukraine. L'Ukraine était considérée comme le pays le plus corrompu de toute l'Europe, voire du monde entier. 

Zelensky est également juif et a été propulsé par les oligarques juifs d'Ukraine. Ils se sont chaleureusement enlacés, et il a été présenté comme un grand défenseur de la liberté. En réalité, c'est un opportuniste qui court partout pour récolter de l'argent auprès de tous les pays, tout en précipitant la ruine du sien. Il fait enlever des gens dans la rue pour les envoyer au front, dans la « machine à broyer de la chair à canon », afin qu'ils trouvent la mort dans la guerre contre les Russes. 

 Je reviendrai sur la question de l'Ukraine. Et puis, bien sûr, son plus grand ami de tous est Netanyahou. Or, quoi que l'on dise de Netanyahou, il est indéniable que c'est un tueur de masse ; il est impliqué dans un génocide. 

 Je ne comprends pas comment un libertarien pourrait défendre un homme comme Netanyahou, et pourtant, Milei a dansé dans la rue avec lui. Lorsque j'évoque ce genre de choses, je dois préciser qu'en Allemagne, par exemple, je ne pourrais jamais tenir de tels propos, car dans l'esprit des Allemands et de la plupart des Européens, Israël a tous les droits. Et quelle est l'excuse ? L'excuse est la suivante : « Oh, il y a 80 ans, il y a eu l'Holocauste. » Je ne vois pas en quoi l'Holocauste survenu il y a 80 ans pourrait servir d'excuse aux actes commis par des personnes totalement différentes à l'encontre d'individus qui n'avaient absolument rien à voir avec cet événement. 

Or, il est le grand ami de Milei. Je me suis dit que si c'est là sa façon d'agir, cela ruine la réputation des libertariens dans le monde entier. Nous serons tous associés à cela : « Ah, vous êtes l'ami de Milei ? Alors vous devez être l'ami de Poutine ? Et celui de Netanyahou ? Et celui de Zelensky ? Et vous devez être un admirateur de Trump. » 

 Ainsi, le libertarianisme devient soudain synonyme de soutien à Netanyahou, au clown Zelensky et à Trump. Ce n'est pas cela, le libertarianisme ; nous nous opposons à tous ces gens-là. 

 Compte tenu du fait que notre réputation de libertariens risque d'être ruinée par ces individus, je pense qu'il est important — et c'est le troisième point que je souhaite aborder — de rappeler quelques principes fondamentaux du libertarianisme autrichien. 

1:00:01 – Principes fondamentaux du libertarianisme autrichien 

 Le premier principe — il s'agit de tendances et non de lois — est que les États sont le fruit de guerres. Tous les États modernes que nous connaissons, par exemple, sont issus de guerres. L'existence d'une Allemagne unifiée résulte des guerres du XIXe siècle. Au XIXe siècle, l'Allemagne était composée d'une trentaine ou d'une quarantaine de principautés distinctes. Ce n'est qu'à la suite de guerres que l'Allemagne a été unifiée. Certains grands Allemands s'y opposaient ; Prenons un exemple : le plus célèbre poète allemand s'y est vivement opposé, jugeant absurde l'idée d'une Allemagne unifiée. Dans l'Allemagne décentralisée d'autrefois, chaque petite principauté rivalisait avec les autres pour posséder le meilleur théâtre, la meilleure bibliothèque, ainsi que les meilleurs artistes, scientifiques, et ainsi de suite. Dès que l'Allemagne a été unifiée, le niveau culturel y a décliné.

 Il en va de même pour l'Italie. L'Italie n'a elle aussi été unifiée que par la guerre, dans les années 1860. Cela s'applique même à de petits pays comme la Suisse. La Suisse a elle aussi eu besoin d'une guerre — très semblable à la guerre de Sécession aux États-Unis. Il s'agissait de ce qu'on appelle la guerre du Sonderbund, opposant les cantons protestants libéraux aux cantons catholiques dits réactionnaires. 

La Suisse est toujours présentée comme un exemple harmonieux et merveilleux de relations pacifiques. Pourtant, il a fallu une guerre pour créer l'État central suisse, aussi modeste soit-il. 

Il existe par ailleurs une tendance — encore une fois, ce n'est pas une loi absolue — selon laquelle tous les États cherchent à se centraliser. La centralisation permet d'accumuler davantage de richesses. 

 Les libertariens, et en particulier les libertariens de l'école autrichienne, sont favorables à la décentralisation. J'ai toujours prôné l'idée d'une Europe composée de mille Liechtenstein. Le Liechtenstein ne compte qu'environ 36 000 habitants, mais c'est de loin l'État le plus riche d'Europe. Un État centralisé, comme on le voit avec l'Union européenne, est économiquement bien moins performant que de petits États tels que la Suisse et le Liechtenstein. La concurrence est éliminée ; on ne peut plus « voter avec ses pieds » pour s'opposer au pouvoir gouvernemental. Le pire scénario imaginable serait un État mondial doté d'une banque centrale mondiale. Où que l'on aille, les mêmes règles et structures s'appliquent ; il devient impossible de voter avec ses pieds, puisque les règles sont partout identiques. 

 Il existe une autre observation importante : ce que j'appelle le paradoxe de l'impérialisme. Fait intéressant, ce sont les États les plus libéraux sur le plan interne qui ont le plus tendance à devenir des puissances impérialistes, car toute guerre nécessite des ressources. La population nationale doit donc être productive ; une population productive permet au gouvernement de prélever des ressources de manière parasitaire, ce qui lui donne davantage de chances de l'emporter dans les conflits. 

Si l'on examine la situation actuelle sous cet angle, force est de constater qu'après la Seconde Guerre mondiale, les États-Unis sont devenus le pays le plus impérialiste au monde. L'Europe entière, et plus particulièrement l'Europe occidentale, est immédiatement devenue vassale des États-Unis. Ces pays sont membres de l'OTAN et accueillent tous des troupes américaines. 

 Imaginez un instant que des troupes chinoises, allemandes ou françaises soient stationnées aux États-Unis : que diraient les Américains d'une telle situation ? Pourtant, c'est précisément le cas dans tous les pays européens : il y a des troupes américaines en Allemagne, en Italie, en Espagne et en Turquie. Il n'existe pratiquement aucun pays où des troupes américaines ne soient pas stationnées. En fait, on compte 800 installations militaires américaines à travers le monde, hors du territoire des États-Unis. 

 Les Américains ont constamment élargi l'OTAN. Au lendemain de l'effondrement de l'Union soviétique, l'idée prévalait que l'OTAN n'avait plus de raison d'être. L'OTAN avait été créée, en principe, pour nous défendre contre une prise de pouvoir bolchevique. Une fois cette menace écartée et l'Union soviétique dissoute, les Russes ont retiré leurs troupes, notamment d'Allemagne de l'Est. L'Allemagne de l'Est était occupée par les Russes tout comme l'Allemagne de l'Ouest l'était par les États-Unis. Les Russes sont partis, mais pas les Américains. Au contraire, ils ont étendu leur zone d'influence, se rapprochant toujours davantage de la Russie. Il va sans dire que les Russes ont perçu cela comme une menace. 

 Qu'auraient fait les Américains si la Chine avait stationné des troupes au Mexique ou au Canada ? Je peux vous assurer qu'en quelques semaines à peine, ils seraient entrés en guerre contre elle. Les Russes avaient donc mis en garde : « Ne vous approchez pas trop de nous. » Ils s'inquiétaient tout particulièrement du cas de l'Ukraine. 

 Les Américains ont d'abord orchestré un coup d'État en Ukraine, en faisant fi du fait que les provinces orientales du pays étaient majoritairement russophones et réclamaient un statut d'autonomie, à l'instar de celui dont bénéficie le Tyrol du Sud en Italie. Au Tyrol du Sud, on parle allemand, et les Italiens ont accordé à la région une certaine forme d'autonomie, une capacité à se gouverner elle-même. C'est précisément ce que revendiquaient les provinces orientales de l'Ukraine. 

Mais les Américains et les Britanniques ne l'ont pas permis. Ils ont soutenu les Ukrainiens dans la guerre qu'ils menaient contre leurs propres provinces de l'Est. Ils les ont bombardés à partir de 2014, jusqu'à ce que les Russes finissent par dire : « Vous savez, ça suffit », et commencent à attaquer l'Ukraine. C'est une guerre provoquée qui a éclaté. 

Les Américains ont empêché la conclusion de tout traité de paix qui était pourtant en bonne voie, estimant qu'il valait mieux poursuivre le conflit jusqu'à ce qu'il ne reste plus un seul Ukrainien en vie. Bien entendu, tous les Ukrainiens fortunés ont quitté le pays pour se rendre en Allemagne, en Autriche ou en Suisse — le tout, évidemment, aux frais des contribuables allemands, et ainsi de suite.

 :10:29 – La responsabilité des États-Unis dans les conflits mondiaux et l'immigration 

 Par ailleurs, les Américains sont également responsables de guerres aux quatre coins du globe. On estime qu'environ 20 millions de personnes ont trouvé la mort à la suite des aventures américaines hors des frontières des États-Unis : 20 millions de personnes — Vietnam, Irak, Soudan, Libye... la liste est longue. 

Quelles en sont les conséquences pour les Européens ? Les flux migratoires massifs qui arrivent dans les pays européens sont le résultat de ces guerres américaines. Des centaines de milliers de personnes quittent ces pays pour finir en Europe, où elles dépendent des aides sociales ; ce sont les Allemands, les Suédois et les Danois qui doivent payer la facture des dégâts causés par les États-Unis. 

 Ils sont aussi responsables de la radicalisation de l'islam, car ces individus sont issus de tous ces conflits menés par les États-Unis à travers le monde. 

Et bien sûr, comme je l'ai déjà dit, les Américains sont également responsables de la popularité croissante du mouvement « woke » en Europe. Ce phénomène est, comme je l'ai souligné, largement imputable — du moins en grande partie — à l'École de Francfort, active tant aux États-Unis qu'en Europe ; toutefois, les États-Unis ont toujours poussé les choses à l'extrême. Le mouvement y était plus populaire qu'en Europe, mais l'Europe, dans l'ensemble, finit toujours par imiter ce qui se passe aux États-Unis. 

 1:12:47 – Réflexions finales sur la politique étrangère américaine et Israël 

 Pour conclure, je pense devoir dire un mot sur la question d'Israël. Israël, bien entendu... Israël dirige en quelque sorte les États-Unis ; la politique étrangère américaine est, dans une large mesure, façonnée par cette influence. À l'époque où l'Amérique voulait simplement « rendre le monde sûr pour la démocratie » — je rejoins ici mon vieil ami Eric von Kuehnelt-Leddihn : il est plus important de protéger le monde *contre* la démocratie que de le rendre sûr *pour* elle. 

Mais cela s'ajoute à l'attitude traditionnelle des Américains : celle d'un peuple exceptionnel qui, fort de ce statut, estime devoir envahir le monde pour lui imposer ses valeurs supérieures. Dès lors que ceux qui se considèrent comme le « peuple élu » s'allient à ceux qui se perçoivent comme une « nation exceptionnelle », le pays en question devient véritablement dangereux. À mes yeux, l'Amérique est, de loin, le pays le plus dangereux qui soit. 

Je dis cela en tant que personne ayant fait carrière aux États-Unis et qui aime ce pays ; toutefois, les États-Unis ne se résument pas à leur gouvernement. Mes enfants possèdent la nationalité américaine, je ne suis donc pas anti-américain ; en revanche, je m'oppose au gouvernement américain et à ses agissements, que je considère comme une menace majeure pour le monde. 

 Je souhaite qu'ils subissent une défaite en Ukraine, non pas par admiration pour Poutine — il ne faut jamais commettre l'erreur de croire que souhaiter la défaite de quelqu'un fait automatiquement de vous un allié du camp adverse. Mais Poutine ne me gouvernera pas ; je serai gouverné par les Américains ou par leurs vassaux allemands qui obéissent à leurs directives. Dès lors, les voir essuyer une défaite serait une bonne chose pour moi.

 Réussir dans toutes ces entreprises impériales... voilà qui constituerait le véritable désastre. Poutine n'attaquera pas l'Europe occidentale ; c'est tout simplement l'une des choses les plus ridicules que j'aie jamais entendues. L'homme en est tout bonnement incapable. La Russie est certes une puissance redoutable, mais elle n'a pas les moyens économiques d'occuper l'ensemble de l'Europe occidentale. 

Parfois, il vaut mieux céder que de se faire tuer par autrui. Le slogan « Plutôt mort que rouge » n'est pas toujours un bon conseil. Si vous avez une famille, des enfants, il vaut parfois mieux rester en vie — même sous un régime « rouge » — plutôt que de mourir pour rien, absolument pour rien. 

 C'est sur ces conclusions — comment dire — plutôt pessimistes que je vais clore mon intervention, quelque peu décousue. J'espère que vous m'en excuserez. L'alternative aurait été de vous lire un texte soigneusement préparé, mais je pense que cela vous aurait mortellement ennuyés, alors que ce format-ci était peut-être un peu plus divertissant. Merci beaucoup. 

 [Applaudissements] 

1:17:43 – Remarques de clôture 

Merci, Dr Hoppe, pour avoir suscité autant de controverses. Nous n'avons plus le temps pour les questions. La séance est levée. Je demande aux lauréats de bien vouloir rester sur place, et aux étudiants boursiers de se rendre dans le hall pour une photo. Merci. 

 

 Hans-Hermann Hoppe, économiste de l'école autrichienne et philosophe libertarien/anarcho-capitaliste, est professeur émérite d'économie à l'UNLV, ancien *Distinguished Senior Fellow* (environ 2000–2026) du Ludwig von Mises Institute, *Distinguished Eternal Fellow* (Rothbard Brasil, 2026), fondateur et président de la Property and Freedom Society, ancien rédacteur en chef du *Journal of Libertarian Studies*, membre à vie de la Royal Horticultural Society et récipiendaire de la médaille de la liberté Murray N. Rothbard. Il est marié à l'économiste Dr A. Gulcin Imre Hoppe et réside avec son épouse à Istanbul.

 https://hanshoppe.com/2025/03/considerations-reflections-veteran-reactionary-libertarian-aerc-2025/


 

Conférences: Économie, société et histoire en 10 points - Hans-Hermann Hoppe

 


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