Affichage des articles dont le libellé est géopolitique. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est géopolitique. Afficher tous les articles

juillet 23, 2026

Iran : révélations sur ce livre apocalyptique « Les six derniers mois avant la fin »

Iran : révélations sur ce livre apocalyptique qui inspire la dernière garde du régime des mollahs

Un document que nous nous sommes procuré éclaire d'un jour nouveau la dérive du régime iranien. Intitulé « Les six derniers mois avant la fin », cet ouvrage messianique irrigue aujourd'hui les cercles dirigeants d'une République islamique en roue libre. À sa tête, un Guide fantôme : Mojtaba Khamenei, dont on ignore s'il est en état de signer les actes qu'on lui fait porter. Derrière cette marionnette, un système d'hommes de l'ombre, de vétérans revenus d'entre les morts et de miliciens à gages tient le pays à bout de bras — prêt à tout, jusqu'au bout du nihilisme.


La scène qui s'est déroulée le 4 juillet dernier à l'occasion des funérailles d'Ali Khamenei, ne ressemble en rien à un hommage rendu au Guide suprême.

Ce jour-là, dans les rues de Téhéran, des milliers de membres du Corps des gardiens de la révolution islamique défilent en ordre serré. Uniformes impeccables, drapeaux déployés, poings levés et slogans martiaux : pour les combattants de l'armée idéologique du régime des mollahs, la cérémonie doit être l'occasion d'une démonstration de force. Ses chefs, qui sont d'excellents communicants, ont convoqué les médias iraniens, et donné des accréditations à des chaînes de télévision occidentales.

Leur message est clair : malgré les frappes qui ont décapité une partie de son commandement et détruit plusieurs de ses infrastructures stratégiques, le Corps des gardiens conserve sa capacité de mobilisation et sa détermination à poursuivre la guerre, tout en montrant au monde entier qu'il demeure le pilier du régime.

Ce que les images n'ont pas montré ce jour-là, c'est ce livre que nous nous sommes procuré, utilisé par les caciques du régime pour justifier leur jusqu'au-boutisme. L'ouvrage (*), intitulé « Les six derniers mois avant la fin », est consacré à la réapparition du Mahdi, figure messianique de l'islam chiite appelée, selon la tradition, à revenir à la fin des temps « pour régner ». Le livre décrit les six mois précédant cette réapparition, et invite les croyants à observer « les événements, les signes et les troubles » qui marqueront cette période présentée comme le prélude à l'avènement « d'une nouvelle ère de justice mondiale » avant la fin des temps.

Sa lecture et son interprétation nourrissent une vision apocalyptique dans laquelle un embrasement régional, voire mondial, n'est pas redouté, mais apparaît comme l'accomplissement d'un dessein divin.

« De telles idées ne sont pas officiellement enseignées dans les établissements universitaires, compte tenu de leur nature académique. Cependant, dans les cours à caractère idéologique et lors de formations non universitaires, des discussions de ce type ont bel et bien lieu », nous a confirmé Mohammad Hossein Torkaman, un ancien membre des services de renseignement du Corps des gardiens de la révolution islamique. (Ayant fait défection en 2010, il était auparavant chargé de la sécurité du Guide suprême Ali Khamenei, tué lors d'une frappe ciblée israélo-américaine le 28 février 2026.)

Pour ses dirigeants les plus radicaux, cette mise en scène avait également une portée idéologique. Les chants, les références au martyre et les appels à la vengeance s'inscrivent dans une rhétorique où la disparition du Guide suprême ne constitue pas une défaite, mais une étape d'une guerre présentée comme sacrée.

Pour eux, la guerre ne se résume pas à un affrontement géopolitique. Certains dignitaires religieux et hauts responsables du Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI) sont convaincus que l'humanité approche de la fin des temps et que celle-ci prendra la forme « d'un affrontement avec le Mal, incarné sur Terre par Israël et l'Amérique ».

« Le moment de l'affrontement avec le mal et la fin du monde sont proches : c'est ce qu'on apprend dans certains cours donnés à des jeunes officiers des gardiens de la révolution », raconte Fereydoun (pseudonyme). Diplômé d'une université scientifique, cet habitant d'Ispahan a accompli son service militaire au sein de l'organisation. « Cela paraît dingue, et évidemment tout le monde ne croit pas à ce genre de superstition. Ça ne convainc sans doute qu'une minorité de soldats, mais ça en dit long sur cette milice et ceux qui la commandent. Ce n'est pas une armée comme les autres ».

Si la mission première des Gardiens de la révolution islamique est de protéger les frontières iraniennes, leur détermination à exporter le Jihad mondial est gravée dans le marbre de la constitution de la République islamique d'octobre 1979 qui proclame que « l'armée de la République islamique et le Corps des Gardiens de la Révolution seront organisés avec cet objectif et seront chargés non seulement de la sauvegarde et de la protection des frontières, mais également du fardeau de la mission idéologique, c'est-à-dire le Jihad dans la voie de Dieu, et la lutte dans la voie de l'expansion de la souveraineté de la loi de Dieu dans le monde. »

Mais pour porter cette idéologie mortifère et messianique, le régime a besoin d'un Guide. Depuis la mort d'Ali Khamenei, le pouvoir est officiellement passé entre les mains de son fils, Mojtaba. Grièvement blessé, mais désigné Guide suprême le 8 mars 2026, celui-ci s'est enfermé dans un silence presque total et n'est pas apparu en public, à tel point que excepté quelques proches, personne ne sait s'il est en vie.

S'il est vivant, son retrait n'est pas seulement le produit d'une stratégie de sécurité. Il participe d'une mise en scène. Faute de pouvoir s'appuyer sur son charisme – Mojtaba était un religieux de rang intermédiaire, peu apprécié de l'entourage de son père –, les autorités religieuses et politiques convoquent l'imaginaire messianique du chiisme. En cultivant le parallèle avec le Mahdi « occulté », elles cherchent à préserver l'unité du pays, et à légitimer les Gardiens de la révolution qui, bien que dépendant de lui, apparaissent comme les maîtres actuels de l'Iran.

Un Guide entre la vie et la mort, invisible depuis sa nomination

Mojtaba est toutefois très proche d'eux, et il ne faudrait pas croire, s'il est en vie, qu'il n'est que l'instrument de leur stratégie. Il a en effet construit des amitiés solides avec les Gardiens de la révolution islamique à la fin de la guerre Iran/Irak (1980-1988).

Mohammad Hossein Torkamian l'a bien connu. Il l'a fréquenté lors de réunions professionnelles et de rencontres avec la famille de son père. Il raconte : « Asghar Mir-Hejazi (chef de cabinet adjoint de son père Ali), a joué un rôle clé dans sa formation aux services de renseignement, et s'est constamment efforcé de cultiver une image de lui en tant que figure dominante et sans égal. »

Dans le coma ou pas, le nouveau Guide iranien avait discrètement préparé le terrain. Via d'obscures officines.

« Ces dernières années, il aurait mis en place une structure discrète mais très influente connue sous le nom de « Bureau central » (Daftar-e Markaz), qui lui servait de plateforme pour se préparer à prendre le pouvoir après son père. Ce processus a impliqué des interventions très importantes dans les affaires de l'État, notamment de nombreuses nominations et révocations à divers niveaux du gouvernement. Il a exercé son influence même sur des fonctionnaires de niveau intermédiaire ainsi que sur l'octroi de postes dans les domaines de la sécurité et du renseignement. »

Jusqu'à ces derniers mois, Asghar Mir-Hejazi, 80 ans, était l'homme des basses œuvres de l'ancien Guide suprême. « Cerveau opérationnel » du Bureau du Guide pour les questions de sécurité nationale et de coordination avec les agences du renseignement iranien, il avait été sanctionné en 2013 par les États-Unis en vertu d'un décret présidentiel (Executive Order13553), « pour avoir soutenu la commission de graves atteintes aux droits humains en Iran à compter du 12 juin 2009. » Le 10 janvier 2020, le département du Trésor américain publiait une note le mettant sous sanction en raison de ses « liens étroits avec la Force Al-Qods du Corps des Gardiens de la Révolution Islamique. »

Mir-Hejazi aurait cependant perdu en influence. Prétendument blessé lors d'un bombardement selon certaines sources, il serait réapparu lors des funérailles d'Ali Khamenei. Dans les faits, Mojtaba aurait écarté son ancien allié. Pour rajeunir son équipe ?

Le 12 mai 2026, The Institute for the Study of War (ISW) and The Critical Threats Project (CTP) publiait un rapport indiquant que « le Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI) semble consolider son influence sur les centres de pouvoir et la structure dirigeante de l'Iran autour de son commandant, le général Ahmad Vahidi, et de son cercle rapproché. »

Mojtaba a ainsi nommé comme nouveau chef de cabinet Mehdi Khamoushi, 64 ans. Ancien président de l'Organisation de la propagande islamique, ce proche des Gardiens de la révolution appartient à la même génération que celle des vétérans de la guerre Iran-Irak. Sa nomination répond d'un choix politique et structurel logique.

Prétendre que les Gardiens de la révolution islamique ont opéré « un coup d'État » sur la République islamique, comme le prétendent certains analystes, n'est pas tout à fait exact lorsque l'on connaît leur histoire. Depuis 2005 et l'accession à la présidence de la République de Mahmoud Ahmadinejad, ils avaient déjà mis la main sur la moitié des ministères. Ils contrôlent aussi, depuis les années 90, environ 70% à 80% de l'économie iranienne.

L'élection de Mojtaba Khamenei dont leur commandement est proche, leur assurait dans tous les cas une position dominante.

Dans les faits, leur ascension s'est faite sur le long terme.

Malgré leur toute-puissance apparente, ils demeurent cependant fragiles. Ils ont subi des pertes importantes depuis le début de la guerre avec les Etats-Unis et Israël.

Des gardiens d'une révolution aux abois dopés par une armée de mercenaires

Le média d'opposition Iran International, qui s'appuie sur des informations provenant de l'intérieur de l'Iran, évoquait en mars dernier au moins 5 000 membres des forces militaires et de sécurité tués, et probablement des milliers de blessés …

Le Corps des Gardiens de la révolution islamique est subdivisé en six grandes agences qui opèrent parallèlement au sein des forces terrestres, des forces aériennes, de la marine, de la force al Qods, du Bassidj (la milice civile des Gardiens) et d'un service en charge des réseaux informatiques.

Les forces terrestres disposent de 11 bureaux ou « quartiers généraux » qui couvrent chacun plusieurs provinces (il y a 31 provinces en Iran).

Le Bassidj est en général intégré à ces quartiers généraux qui peuvent compter sur 10 000 à 20 000 hommes selon les provinces. En cas de crise, de guerre ou de mouvement de révolte populaire, cette répartition géographique permet au régime une mobilisation quasi-immédiate de ces effectifs. Les miliciens iraniens sont d'autant plus efficaces qu'étant déployés à travers tout le pays, ils en ont une parfaite connaissance sociologique et disposent de relais et d'indicateurs dans le moindre village. Grâce à leurs revenus, les miliciens Bassidji, comme les Gardiens de la révolution islamique, entretiennent ou nourrissent des membres de leurs familles, où les aident à trouver du travail pour eux et leurs enfants, en échange d'une fidélité absolue. Ce clientélisme permet aux gardiens de la révolution de se payer des allégeances à moindre coût.

A chaque soulèvement de la population, les bassidjis ont été les outils d'une répression féroce. Lors des manifestations des 8 et 9 janvier dernier, ils ont participé à des massacres de masse. Selon de nombreux témoignages, ils ont aussi commis des viols, et des tortures. « On a recueilli beaucoup de témoignages en ce sens. Habillés en civils, ils étaient omniprésents », assure Hirbod Dehghani-Azar, avocat franco-iranien qui documente le crimes contre l'Humanité en Iran.

Selon des sources médicales travaillant dans des hôpitaux et des morgues, au moins 36000 personnes ont été tuées durant ces deux journées par les Gardiens de la révolution et leurs supplétifs. « Ils ont fait appels à 5000 mercenaires étrangers pour massacrer les manifestants désarmés. Tout le monde le sait : c'étaient des Irakiens, des Libanais et des Afghans. Les gardiens sont devenus une force d'occupation qui fait la guerre à la population iranienne. Il n'y aura jamais de retour en arrière », nous a affirmé Roxana (pseudonyme, ndlr), une habitante du Nord de Machhad.

Un empire économique... sous les décombres et dirigé d'une main de fer

Le Corps des gardiens de la révolution n'est pas seulement une force sécuritaire ; il est l'un des principaux centres névralgiques du pouvoir économique. Depuis 1979, ses réseaux ont prospéré grâce à un système véreux alliant confiscations de biens privés, contrebande, détournement de marchés publics et captation de l'économie iranienne (à commencer par le pétrole, le gaz, le BTP et les industries du transport), faisant de la corruption le ressort de son influence.

Selon plusieurs estimations, son empire économique pèserait des centaines de milliards de dollars.

Évidemment, il n'est pas question pour ses chefs de lâcher cette manne financière.

Le Corps des gardiens de la révolution est aujourd'hui dirigé par Ahmad Vahidi, 68 ans. « Dur parmi les durs », cet ancien chef de l'unité d'élite du Corps des Gardiens de la révolution islamique, la Force al Qods, est à l'origine de sa « doctrine d'action extérieure. » Décrit comme extrêmement discipliné et très secret, ce spécialiste des opérations clandestines a traversé toutes les crises.

Il est connu des services secrets occidentaux pour son implication dans plusieurs attentats, comme celui qui fut perpétré, le 18 juillet 1994, contre le centre communautaire juif AMIA à Buenos Aires.

Ahmad Vahidi concentre désormais une importante partie du pouvoir sécuritaire et économique entre ses mains. Son expertise de la guerre asymétrique, comme sa maitrise des proxys iraniens à l'étranger sont un atout essentiel de la résilience du régime.

Prévoyant et méfiant, il s'est entouré au sein de son état-major de vétérans de la guerre Iran-Irak. Des hommes qui « ont fait leurs preuves ». Il est ainsi confronté à un problème de vieillissement de son organisation, ses principaux adjoints étant âgés de 60 à 70 ans. Les plus jeunes cadres du Corps des Gardiens, souvent en désaccord avec la stratégie répressive du régime à l'encontre de la population iranienne, peinent pour le moment à gravir les échelons.

Si Mojtaba Khamenei a agi telle une caution religieuse et politique qui a servi à assoir la toute-puissance institutionnelle des gardiens de la révolution islamique, cela n'empêche pas qu'il y ait des divergences et des rivalités profondes en leur sein, pour des raisons stratégiques, ou de pouvoir.

« On estime à 180 000 membres formels le nombre des gardiens de la révolution islamique. Pour la moitié d'entre eux, en faire partie n'est pas l'expression d'un engagement idéologique », nous expliquait il y a quelques mois Mohsen Sazegara, co-fondateur historique du Corps des gardiens de la révolution islamique, qui nous avait révélé que le projet de création de cette milice paramilitaire avait germé à Neauphle Château en 1978 (à cette époque étudiant, il avait suivi l'ayatollah Khomeini dans son exil français).

Mohsen Sazegara l'assure encore aujourd'hui : « Si ces derniers trouvaient de meilleurs emplois, ils le quitteraient. Parmi les 50 % restants, plus de 40 % peuvent avoir des inclinations politiques ou idéologiques ; cependant, ils ont de sérieux problèmes avec Khamenei en raison de la corruption, et sont épuisés par les injustices. Le segment qui est corrompu, impliqué dans les tueries et qui sert directement le Guide Suprême, représente environ dix pour cent. Il est principalement concentré dans les échelons supérieurs et les cercles de pouvoir. »

Dans les faits, le recrutement volontaire au sein du Corps des gardiens de la Révolution islamique est devenu plus difficile. Attendu qu'une partie des recrues sont des conscrits, le régime tente donc d'attirer des engagés en leur offrant des avantages sociaux et de favoriser leur accès au marché du travail.

« Ce sont désormais principalement les membres de la deuxième génération qui occupent les postes au sein des gardiens. Elle a été recrutée après la guerre de huit ans contre l'Irak et bénéficie d'une formation militaire plus poussée que la première », nous a assuré Mohsen Sazegara. » Ce qui implique de nouvelles données dans le renouvellement de ses effectifs.

Considéré comme l'un des meilleurs experts de l'Iran où il a vécu, Clément Therme est chercheur associé au Programme Turquie/Moyen-Orient de l'Ifri et chercheur non-résident à l'Institut international d'études iraniennes (Rasanah). Il vient de publier Iran-Israël : la guerre idéologique de 1979 à nos jours (Tallandier, 2026). Ce qu'il raconte mérite qu'on s'y attarde : « Le corps des gardiens de la révolution est à la fois une force capable de réprimer à l'intérieur du pays tout en garantissant la loyauté de ses membres, et qui est par ailleurs dotée d'une capacité de projection à l'extérieur. Son évolution concerne la part des combattants étrangers. Même si les postes sont pourvus à l'intérieur du pays, il y a de plus en plus d'étrangers parmi les membres des gardiens de la révolution islamique, comme des membres de la communauté afghane ».

La complémentarité entre militaires et religieux au plus haut niveau du pouvoir iranien demeure très incertaine, compte tenu de la guerre en cours. Tout peut survenir, y compris la mise en place d'un pouvoir militaire assumé par les Gardiens de la révolution, ou l'effondrement pur et simple du régime actuel et de ses composantes religieuses et militaires historiques. Pour quel avenir ? Nul ne le sait.

Il demeure cependant une donnée sociologique importante à prendre en compte : en Iran, pays de 90 millions d'habitants environ, l'âge médian se situe désormais autour de 34 à 35 ans. La jeune génération aspire à tout autre chose qu'une dictature militaro-religieuse.

Dans un contexte de crise économique sans précédent, elle n'entend plus se soumettre aux mollahs et aux Gardiens de la révolution, ni à leur vision rétrograde de la société.

Cela prendra peut-être du temps mais à terme, le système est condamné à changer.

Emmanuel Razavi est grand reporter, spécialiste du Moyen-Orient. Il collabore notamment avec Paris Match, Figaro-Magazine, Franc-Tireur, Atlantico, Politique Internationale, Écran de Veille et Valeurs Actuelles. Il a réalisé plusieurs documentaires sur les groupes islamistes au Moyen-Orient, diffusés sur Arte, Planète et M6, qui ont eu un large retentissement. Auteur d’une dizaine d’ouvrages, son dernier livre, « La Pieuvre de Téhéran » (Cerf, 2025), révèle les ingérences et les réseaux d’espionnage de la République islamique d’Iran en France et en Europe. Il intervient régulièrement sur les ondes d’Europe 1, Sud Radio, LCI et CNews, pour parler du Moyen-Orient et de l’Iran. Il est diplômé en géopolitique et relations internationales (IEP).

https://atlantico.fr/article/decryptage/iran-revelations-sur-ce-livre-apocalyptique-qui-inspire-la-derniere-garde-du-regime-des-mollahs-emmanuel-razavi

 

 

 

 

 

 

 

 

juillet 17, 2026

Trump et le «terrorisme d'extrême gauche» YAKA, FAUCON TOUS !

 

Les dangers qui planent derrière le sommet américain sur le terrorisme d'extrême gauche

Les États-Unis accueillent un « Sommet » international à Washington D.C., axé sur la « résurgence du terrorisme transnational d'extrême gauche ». Contrairement au large consensus qui a sous-tendu la création de la coalition globale contre Daesh il y a dix ans, cette réunion suscite un malaise général et illustre la divergence croissante entre les États-Unis et ses alliés européens sur les questions terroristes.

Les États-Unis accueillent un « Sommet » international à Washington D.C., axé sur la « résurgence du terrorisme transnational d'extrême gauche ». Contrairement au large consensus qui a sous-tendu la création de la coalition globale contre Daesh il y a dix ans, cette réunion suscite un malaise général et illustre la divergence croissante entre les États-Unis et ses alliés européens sur les questions terroristes.




Depuis le début de son second mandat, le président Trump semble obnubilé par l’extrême gauche, et plus précisément par le mouvement « Antifa ». Cette obsession n'est pas nouvelle. Il avait déjà appelé à la désignation du mouvement comme « terroriste » lors de son premier mandat présidentiel. Malgré des obstacles juridiques, il a finalement réussi en septembre 2025, faisant d'Antifa le premier groupe terroriste intérieur répertorié aux États-Unis, seulement dix jours après l'assassinat de son proche confident, Charlie Kirk, par un individu rapidement diabolisé comme « de gauche » – bien que son profil paraisse plus complexe.

Clivage transatlantique

Dans la nouvelle stratégie américaine de lutte contre le terrorisme, publiée en mai dernier, le terrorisme de gauche est élevé au rang de priorité absolue, aux côtés de seulement deux autres priorités : le terrorisme islamique et les cartels de drogue.

Les Européens s'accordent globalement sur ces deux dernières priorités. La majorité des services de renseignement européens considèrent que le djihadisme constitue la principale menace terroriste. Les Européens s'accordent également largement à dire que les cartels de la drogue représentent une menace sérieuse, même s’ils ne les considèrent pas comme un problème terroriste.

C'est sur la question du terrorisme de gauche que la divergence transatlantique devient la plus tangible. Bien que tous les services anti-terroristes européens surveillent les activités au sein des milieux extrémistes de gauche, ils ne considèrent généralement pas ces mouvements comme une menace prioritaire.

À l’inverse, la plupart des services de sécurité européens perçoivent l'extrémisme de droite comme la deuxième menace terroriste la plus significative, après le djihadisme. Aux États-Unis, l'extrémisme de droite a longtemps été considéré comme la principale menace terroriste intérieure, notamment par le FBI, mais il n’est nullement mentionné dans la nouvelle stratégie américaine. Il s’agit très clairement d’une décision politique puisque l’extrême droite américaine est aujourd’hui plus puissante que jamais.

Les conséquences de ces nouvelles orientations américaines sont déjà visibles. Alors que les extrémistes de droite qui ont pris d'assaut le Capitole américain en janvier 2021 ont été libérés avec l'approbation de Trump, des manifestants présumés « Antifa » ont été poursuivis, et condamnés pour terrorisme à de très longues peines de prison.

La lutte antiterroriste sous l'administration Trump est devenue un instrument politique. Après le 11 septembre 2001, le président George W. Bush s'était adressé au monde en disant « vous êtes soit avec nous, soit contre nous ». Aujourd'hui, le président Trump dit exactement la même chose, sauf qu'il trace la ligne selon un clivage politique gauche-droite, dans une approche qui s’avère extrêmement clivante.

Occasion manquée

Contrairement à la perception répandue, les Européens ne sont pas réticents à parler du terrorisme d'extrême gauche. Plusieurs services de renseignement européens ont déjà indiqué publiquement qu'ils notaient une augmentation de la menace de l'extrémisme violent d'extrême gauche, tout en insistant sur le fait qu'elle reste bien inférieure à celle de l'extrême droite.

Dans son dernier rapport annuel, l'Office fédéral allemand pour la protection de la Constitution (BfV) a pointé une augmentation de 60 % des crimes violents d'extrême gauche en 2025. La Sûreté de l’Etat belge (VSSE) a également signalé en 2025 davantage d'incidents violents liés à l'extrême gauche, tandis que le directeur de la Direction Nationale du Renseignement Territorial (DNRT) français observe une « escalade » de la menace d'extrême gauche.

Plusieurs incidents depuis le début de cette année semblent confirmer cette tendance. En janvier, le Vulkangruppe a revendiqué un incendie criminel qui a laissé des dizaines de milliers de foyers et d'entreprises sans électricité pendant plusieurs jours en Allemagne. En février, un groupe anarchiste a revendiqué la responsabilité du sabotage des infrastructures ferroviaires en Italie lors des Jeux Olympiques d'hiver.

La mort du militant d’extrême droite Quentin D., tué par des militants antifascistes lors d'une bagarre de rue à Lyon en février dernier, illustre que certains extrémistes de gauche sont également de plus en plus disposés à recourir à la violence contre d'autres personnes, essentiellement des extrémistes de droite, et plus seulement contre des biens matériels.

Le danger à venir

La divergence transatlantique qui s’opère en matière de lutte antiterroriste crée deux défis fondamentaux pour les Européens. Premièrement, il y a une tentative américaine claire d'influencer la perception des menaces en Europe, illustrée notamment par les multiples réunions organisées à travers l'Europe en amont du sommet. Or, les évaluations de la menace doivent impérativement demeurer indépendantes des pressions politiques, en particulier étrangères.

Deuxièmement, une division transatlantique croissante sur la lutte contre le terrorisme pourrait nuire gravement à la sécurité européenne. En effet, le renseignement américain est primordial dans les efforts européens de lutte contre le terrorisme, où il n'existe pas encore d'« autonomie stratégique ». Les agences américaines ont contribué à déjouer de nombreux attentats en Europe au fil des ans.

Des priorités divergentes pourraient avoir des conséquences concrètes. Si les États-Unis ne surveillent plus les réseaux extrémistes de droite, par exemple, les Européens perdront des renseignements essentiels et deviendront plus vulnérables. Une baisse de confiance entre les services anti-terroristes, notamment par crainte de l'instrumentalisation politique du renseignement, engendrerait des conséquences tout aussi négatives.

En conclusion, la principale menace pour les Européens ne vient pas tant du terrorisme d'extrême gauche, déjà très surveillé par les services de sécurité, mais davantage de la gestion d’une relation transatlantique sensible et de la politisation du contre-terrorisme américain.

Dr Thomas Renard est directeur du Centre international de lutte contre le terrorisme (ICCT), un groupe de réflexion à La Haye.

https://blogs.mediapart.fr/thomas-renard/blog/150726/les-dangers-qui-planent-derriere-le-sommet-americain-sur-le-terrorisme-dextreme-gauche?at_format=link&at_account=mediapart


ÉTATS-UNIS : TRUMP VEUT INTERNATIONALISER LA LUTTE CONTRE LE « TERRORISME D'EXTRÊME GAUCHE »
 
Donald J. Trump a annoncé vouloir faire de la lutte contre le « terrorisme d'extrême gauche » un axe de coopération internationale, estimant que ces mouvances participent à la déstabilisation des démocraties occidentales. Cette déclaration marque une évolution importante. 
 

 
Depuis plusieurs années, les priorités sécuritaires occidentales se concentrent essentiellement sur le terrorisme islamiste, les ingérences étrangères ou les cybermenaces. L'administration Trump entend désormais placer les réseaux d'ultra-gauche violents au même niveau des préoccupations sécuritaires internationales. 
 
⚖️ ➡️ Les violences commises par certaines mouvances d'extrême gauche constituent-elles une menace transnationale sous-estimée ? 
 
🌍 ➡️ Les États occidentaux vont-ils renforcer leur coopération en matière de renseignement contre ces réseaux ? 
 
🕵️ ➡️ Assiste-t-on à une redéfinition des priorités stratégiques de Washington ? 
 
🇺🇸 Au-delà de la politique intérieure américaine, cette annonce illustre une tendance plus large : les conflits idéologiques redeviennent un enjeu majeur de sécurité nationale et internationale. La bataille géopolitique ne se joue plus uniquement entre États. Elle se joue aussi autour des réseaux, des idéologies et des mouvements capables d'influencer ou de déstabiliser les sociétés occidentales.
 

Trump veut internationaliser la lutte contre le «terrorisme d'extrême gauche»

Les États-Unis accueillent jeudi une réunion ministérielle visant à internationaliser la lutte contre l’extrémisme de gauche dont Antifa, classé par le président Donald Trump comme « organisation terroriste », dans un contexte d’augmentation des violences politiques.

Sous le titre de « Résurgence du terrorisme politique », le rendez-vous sous les auspices du secrétaire d’État Marco Rubio vise tout particulièrement le « terrorisme d’extrême gauche », qui, selon le gouvernement américain, est en hausse.

Plus d’une soixantaine de délégations, d’Europe à l’Asie, sont attendues à cette réunion à laquelle participeront également le ministre américain des Finances Scott Bessent et le conseiller immigration de Donald Trump, Stephen Miller.

La France sera représentée au niveau des hauts fonctionnaires, selon une source officielle française.

Le moment choisi peut surprendre alors que les États-Unis sont englués dans la guerre avec l’Iran.

Mais des responsables américains assurent que la réunion est en préparation depuis longtemps et qu’elle tombe à point nommé dans l’objectif de renforcer la coopération internationale dans ce domaine.

« Le terrorisme politique d’extrême gauche connaît un regain d’activité », a indiqué le département d’État dans un communiqué, soulignant qu’il « ne s’agit pas d’incidents isolés », mais d’une « stratégie délibérée, motivée par des considérations idéologiques, visant à déstabiliser les sociétés libres ».

« Pendant trop longtemps, cette menace est restée un angle mort dans la lutte antiterroriste menée par la communauté internationale, sous-estimée et dotée de moyens insuffisants, malgré le danger qu’elle représente », ajoute le texte.

Une analyse, très commentée à l’époque, du centre de réflexion américain Center for Strategic and International Studies (CSIS) publiée l’année dernière a relevé une augmentation de la violence d’extrême gauche aux États-Unis au cours des dix dernières années, soit depuis l’élection du président Donald Trump en 2016.

Mais, ajoutaient les auteurs de l’étude, « elle a augmenté par rapport à des niveaux très bas, et reste bien inférieure aux niveaux historiques de violence perpétrée par des auteurs d’attaques d’extrême droite et jihadistes ».

Caractère transnational

Des responsables américains citent l’Europe en exemple, évoquant notamment le sabotage du réseau ferroviaire français pour l’ouverture des Jeux olympiques en 2024, ou encore la mort du militant nationaliste Quentin Deranque en février, imputée à des antifascistes.

Mais aussi des attaques attribuées à l’extrême gauche en Italie en 2024 et en Allemagne en début d’année, ou, début juillet, les attentats contre plusieurs membres d’un parti conservateur en Grèce, ayant fait un mort et quatre blessés.

Le sujet « n’a pas vraiment été abordé collectivement de manière efficace » compte tenu de son caractère transnational et de son mode opératoire « sophistiqué », a confié mercredi à des journalistes un haut responsable du département d’Etat sous couvert de l’anonymat.

Dans un récent rapport sur l’antiterrorisme, l’administration Trump s’en est prise à l’Europe, qualifiée d’« incubateur de menaces terroristes ».

Ce document définit trois principales « menaces » contre la première puissance mondiale : « les narcoterroristes et les gangs internationaux », les « terroristes islamistes historiques » et les « extrémistes violents de gauche, y compris les anarchistes et les antifascistes ».

En cela, c’est une rupture avec la précédente administration du démocrate Joe Biden, qui avait au contraire désigné les groupuscules d’extrême droite, en particulier ceux se revendiquant du suprémacisme blanc, comme une menace majeure.

Groupuscules anarchistes

Le mouvement « Antifa », pour « antifasciste », est particulièrement dans le viseur.

Il s’agit d’un mouvement nébuleux d’activistes de gauche qui, selon les experts, relève davantage d’une idéologie politique que d’un groupe organisé.

Le président américain l’a désigné comme « organisation terroriste intérieure » l’an dernier, après l’assassinat de l’influenceur ultraconservateur Charlie Kirk.

À l’étranger, Washington a sanctionné des groupuscules en Europe dont « Antifa Ost », basé en Allemagne, ainsi que trois autres groupes anarchistes en Italie et en Grèce.

Aux Etats-Unis, la mouvance s’est notamment manifestée à partir de 2016 après la première élection de Donald Trump.

Les détracteurs de l’administration Trump relèvent que la violence d’extrême gauche reste historiquement bien en deçà de celle de l’extrême droite et accusent le dirigeant républicain d’attiser les violences.

Dès son retour à la Maison-Blanche en janvier 2025, il a gracié plus d’un millier de ses partisans qui avaient pris d’assaut le Capitole le 6 janvier 2021, pour empêcher la certification de la victoire de Joe Biden à l’élection présidentielle de 2020.

Donald Trump a lui-même été visé par trois tentatives d’attentat, la dernière en date en avril lors du gala de la presse de la Maison-Blanche.

https://www.journaldequebec.com/2026/07/15/trump-veut-internationaliser-la-lutte-contre-le-terrorisme-dextreme-gauche

 

Washington mobilise contre la violence d'extrême gauche 

Les Etats-Unis de Donald Trump ont sonné la charge jeudi contre l'extrémisme de gauche visant notamment le mouvement Antifa lors d'une conférence internationale sur "la résurgence du terrorisme politique" aux relents idéologiques.

"Depuis bien trop longtemps, notre doctrine antiterroriste présente un angle mort: celui de la violence extrémiste issue de la gauche politique", a déclaré le secrétaire d'Etat américain, Marco Rubio, hôte de cette réunion ministérielle à Washington.

Il a appelé à renforcer la coopération internationale à l'image de ce qui a été entrepris contre la violence jihadiste pour lutter contre ce qu'il a qualifié de "rancœur venimeuse dissimulée sous le couvert de l'égalité et de la justice".

"Aujourd'hui encore, l'idée même que le terrorisme d'extrême gauche puisse constituer une menace sérieuse est considérée comme un délire de la droite, ou pire encore, comme un dangereux complot fasciste", a-t-il dit en relevant que le "gauchisme radical" tirait son inspiration d'une "haine de l'Occident".

Plus d'une soixantaine de délégations sont représentées à cette réunion à laquelle participent également le ministre américain des Finances Scott Bessent et le secrétaire général adjoint de la Maison Blanche Stephen Miller, considéré comme l'idéologue du président américain.

"Vous êtes ici parce que vos dirigeants politiques sont attaqués, poignardés et abattus dans vos rues (...). Que la situation empire, qu'on ne peut plus le nier ni l'ignorer, et qu'il est temps d'éradiquer ce mal", a poursuivi M. Rubio qui a profité de la tribune pour lancer une diatribe contre le communisme.

Une analyse du centre de réflexion américain Center for Strategic and International Studies (CSIS) publiée l'année dernière a relevé une augmentation de la violence d'extrême gauche aux Etats-Unis au cours des dix dernières années, soit depuis l'élection de Donald Trump en 2016.

Mais, ajoutaient les auteurs de l'étude, "elle a augmenté par rapport à des niveaux très bas, et reste bien inférieure aux niveaux historiques de violence perpétrée par des auteurs d'attaques d'extrême droite et jihadistes".

L'Europe visée

M. Rubio a cité l'Europe en exemple, évoquant notamment le sabotage du réseau ferroviaire français pour l'ouverture des Jeux olympiques en 2024, ou encore la mort du militant nationaliste Quentin Deranque en février à Lyon, imputée à des antifascistes.

Mais aussi des attaques attribuées à l'extrême gauche en Italie en 2024 et en Allemagne en début d'année, ainsi que l'attentat ayant visé début juillet des membres du parti conservateur grec faisant un mort.

Dans un récent rapport sur l'antiterrorisme, l'administration Trump s'en est pris à l'Europe, qualifiée d'"incubateur de menaces terroristes".

Ce document définit trois principales "menaces" contre la première puissance mondiale: "les narcoterroristes et les gangs internationaux", les "terroristes islamistes historiques" et les "extrémistes violents de gauche, y compris les anarchistes et les antifascistes".

Une rupture avec la précédente administration du démocrate Joe Biden, qui avait au contraire désigné les groupuscules d'extrême droite, en particulier ceux se revendiquant du suprémacisme blanc, comme une menace majeure.

Groupuscules anarchistes

Le mouvement "Antifa", pour "antifasciste", est particulièrement dans le viseur.

Il s'agit d'un mouvement nébuleux d'activistes de gauche qui, selon les experts, relève davantage d'une idéologie politique que d'un groupe organisé.

Le président américain l'a désigné comme "organisation terroriste intérieure" l'an dernier, après l'assassinat de l'influenceur ultraconservateur Charlie Kirk.

A l'étranger, Washington a sanctionné des groupuscules en Europe dont "Antifa Ost", basé en Allemagne, ainsi que trois autres groupes anarchistes en Italie et en Grèce.

M. Rubio a annoncé jeudi dans un communiqué des restrictions de visas contre des membres de groupuscules d'extrême gauche, sans toutefois les nommer, accusés d'inciter ou de participer à la violence.

S'exprimant devant la conférence, Stephen Miller s'en est pris de façon virulente aux "gauchistes", parlant d'un "cancer" et reprenant la thématique d'un supposé "ennemi" de l'intérieur.

Parlant des manifestants antifa, il a dit qu'ils étaient "déformés". "Aucune des personnes qui manifestent n'a l'air d'une personne normale", a-t-il lancé.

Les détracteurs de l'administration Trump relèvent que la violence d'extrême gauche reste historiquement bien en-deçà de celle de l'extrême droite et accusent le dirigeant républicain d'attiser lui-même les violences.

Dès son retour à la Maison Blanche en janvier 2025, Donald Trump a gracié plus d'un millier de ses partisans qui avaient pris d'assaut le Capitole le 6 janvier 2021, pour empêcher la certification de la victoire de Joe Biden à l'élection de 2020.

"L'accent mis sur l'extrémisme de gauche au détriment d'autres formes d'extrémisme violent est préoccupant", a réagi l'élu démocrate Gregory Meeks, exprimant ses doutes sur le caractère "apolitique" de cette approche.

Par Léon BRUNEAU et Malcolm FOSTER

 

juillet 14, 2026

14 Juillet 2026, un défilé Franco-Ukrainien !

 Sommaire:
 
A) - 14 Juillet 2026 : Que viennent faire les QR codes et les soldats ukrainiens dans le défilé de la fête nationale française ?
 
B) - Réformer nos jours fériés pour libérer le travail, sanctuariser le 14 juillet pour fédérer la Nation
 
C) - 14 Juillet 1789 : La Révolution française ou le suicide géopolitique du premier royaume d’Europe ? 
 
La première Fête nationale du 14 juillet (1880)
Le 14 juillet 1880 marque la première célébration officielle de la Fête nationale française. Quelques jours plus tôt, le 6 juillet 1880, une loi avait officiellement fait du 14 juillet la fête nationale de la République. Cette date évoque à la fois la prise de la Bastille du 14 juillet 1789, symbole de la Révolution française, et la Fête de la Fédération du 14 juillet 1790, qui célébrait l'unité et la réconciliation du peuple français.
Pour cette première Fête nationale, de nombreuses villes et villages organisèrent des cérémonies officielles, des défilés militaires, des discours patriotiques, des bals populaires, des illuminations et des feux d'artifice. Les bals populaires occupaient une place essentielle dans les festivités. Ils permettaient aux habitants de se retrouver, de danser et de partager un moment de joie dans une ambiance chaleureuse et conviviale.
En instituant cette fête, le gouvernement de la Troisième République souhaitait renforcer le sentiment d'unité nationale et rappeler les valeurs de liberté, d'égalité et de fraternité. Cette première célébration de 1880 posa les bases d'une tradition qui perdure encore aujourd'hui.
Si les cérémonies officielles, le défilé militaire et les feux d'artifice demeurent les temps forts du 14 Juillet, les bals populaires ont, dans de nombreuses communes, peu à peu laissé place aux concerts et autres animations. Cette évolution a transformé la manière de célébrer cette journée, en faisant progressivement disparaître l'esprit des fêtes d'autrefois, où chacun était invité à participer en dansant et en partageant un moment de convivialité.

 
A) - 14 Juillet 2026 : Que viennent faire les QR codes et les soldats ukrainiens dans le défilé de la fête nationale française ?
 
Le défilé militaire du 14 Juillet 2026 s’annonce exceptionnel par son ampleur. Mais il sera également profondément politique. Environ 500 militaires représentant les pays de la « Coalition des volontaires », dont l’Ukraine, doivent ouvrir la parade sur les Champs-Élysées, tandis que cette édition sera placée sous le signe officiel du « réveil stratégique de l’Europe ». La présence de contingents étrangers lors de la fête nationale française n’a, en elle-même, rien d’inédit. Mais l’Ukraine n’est pas aujourd’hui un pays comme un autre : elle est une nation en guerre, au cœur d’un conflit majeur dans lequel la France n’est officiellement pas cobelligérante. Dès lors, une question mérite d’être posée sans caricature ni procès d’intention : le 14 Juillet reste-t-il d’abord la célébration de la France, de son armée et de son unité nationale, ou devient-il progressivement l’instrument symbolique d’une politique étrangère dont les choix et les risques n’ont jamais fait l’objet d’un véritable débat national ?
 

Le défilé militaire du 14 Juillet 2026 s’annonce exceptionnel par son ampleur. Mais il sera également profondément politique. Environ 500 militaires représentant les pays de la « Coalition des volontaires », dont l’Ukraine, doivent ouvrir la parade sur les Champs-Élysées, tandis que cette édition sera placée sous le signe officiel du « réveil stratégique de l’Europe ». La présence de contingents étrangers lors de la fête nationale française n’a, en elle-même, rien d’inédit. Mais l’Ukraine n’est pas aujourd’hui un pays comme un autre : elle est une nation en guerre, au cœur d’un conflit majeur dans lequel la France n’est officiellement pas cobelligérante. Dès lors, une question mérite d’être posée sans caricature ni procès d’intention : le 14 Juillet reste-t-il d’abord la célébration de la France, de son armée et de son unité nationale, ou devient-il progressivement l’instrument symbolique d’une politique étrangère dont les choix et les risques n’ont jamais fait l’objet d’un véritable débat national ?

Une fête nationale française qui a toujours parlé au monde

Il faut commencer par rappeler une évidence historique : la présence de militaires étrangers au défilé du 14 Juillet n’est nullement une innovation d’Emmanuel Macron. La France a régulièrement invité des contingents étrangers à participer à sa fête nationale, souvent afin de célébrer une alliance, une coopération militaire ou un anniversaire diplomatique. En 2023, des militaires indiens ouvraient ainsi la parade ; en 2025, l’Indonésie était à l’honneur. D’autres armées alliées ont participé au défilé au fil des décennies, et cette dimension internationale appartient désormais à la diplomatie militaire française.

Le 14 Juillet lui-même n’a d’ailleurs jamais été une cérémonie dépourvue de message politique. Institué comme fête nationale en 1880, dans une France encore profondément marquée par la défaite de 1870 et la perte de l’Alsace-Lorraine, le défilé militaire devait aussi manifester le redressement d’une nation qui reconstruisait son armée et entendait retrouver sa place parmi les grandes puissances. Depuis lors, les Champs-Élysées sont devenus chaque année une scène sur laquelle la France montre ses forces, honore ses soldats et adresse, qu’elle le veuille ou non, un message au reste du monde.

L’édition 2026 assume pleinement cette dimension. Le ministère des Armées la présente comme le reflet d’un environnement stratégique transformé et comme l’illustration du « réveil stratégique de l’Europe ». Environ 500 militaires issus des pays de la Coalition des volontaires doivent ouvrir le défilé, dans une parade qui comptera environ 6 800 militaires à pied. Le dispositif officiel présente cette coalition, portée notamment par la France et le Royaume-Uni, comme un instrument destiné à préparer des garanties de sécurité pour l’Ukraine dans la perspective d’un éventuel cessez-le-feu.

Tout cela est parfaitement assumé. Et c’est précisément pour cette raison que la question mérite d’être posée.

Car inviter l’armée d’un pays allié en temps de paix n’a pas exactement la même signification que mettre à l’honneur, au cœur de la fête nationale, les militaires d’un État actuellement engagé dans une guerre de haute intensité contre une puissance nucléaire avec laquelle la France n’est officiellement pas en guerre.

Soutenir l’Ukraine ne signifie pas abolir toute distinction entre solidarité et engagement

Depuis l’invasion russe de février 2022, la France soutient l’Ukraine politiquement, financièrement et militairement. Cette politique est celle de l’État français et s’inscrit dans un engagement plus large des puissances européennes. On peut en approuver les modalités ou les contester ; on ne peut nier sa réalité.

Mais la diplomatie et la stratégie reposent précisément sur des distinctions.

Soutenir un pays ne signifie pas devenir ce pays. Lui fournir des armes ne signifie pas partager automatiquement tous ses objectifs de guerre. Défendre son droit à l’existence ne signifie pas que ses intérêts nationaux se confondent nécessairement avec ceux de la France. Toute politique étrangère sérieuse commence par cette séparation entre l’émotion légitime suscitée par un conflit et la définition froide de l’intérêt national.

C’est précisément ici que le débat devient stratégique. Pour Roland Lombardi, géopolitologue et directeur du Diplomate média : « soutenir l’Ukraine est un choix politique et surtout idéologique ; glisser progressivement vers une situation de cobelligérance contre la Russie en est un autre, infiniment plus dangereux. Du point de vue strict de l’intérêt national français, l’Ukraine ne constitue pas un intérêt vital comparable à l’intégrité du territoire national ou à la protection de nos approches immédiates. Quant à la présentation d’une invasion prochaine de l’Europe occidentale par la Russie comme une quasi-certitude, elle mérite pour le moins d’être confrontée aux réalités militaires : après plus de quatre années d’une guerre extrêmement coûteuse, Moscou n’a conquis qu’une partie (moins de 20% !) du territoire ukrainien. Imaginer ses armées déferlant demain jusqu’à Paris relève donc davantage, en l’état du rapport de forces, du scénario mobilisateur que de l’analyse stratégique sérieuse ».

Il ajoute : « le véritable désastre européen pourrait précisément consister à transformer durablement la Russie en ennemi irréductible. Cette rupture a déjà un coût géopolitique, économique, énergétique et stratégique considérable et désastreux pour le continent. Elle rapproche mécaniquement Moscou de Pékin et renforce parallèlement la dépendance sécuritaire de l’Europe envers Washington. Pour une pensée authentiquement souverainiste européenne, l’objectif de long terme devrait au contraire être celui d’une Europe des nations forte et indépendante, capable d’établir avec la Russie un partenariat solide fondé sur la complémentarité entre la puissance économique et technologique européenne, les immenses ressources russes et la profondeur stratégique de l’espace eurasiatique. Un tel rapprochement, un bloc eurasiatique, constituerait naturellement un cauchemar géopolitique pour Washington comme pour Pékin. C’est précisément pourquoi l’Europe devrait peut-être commencer par se demander quels sont ses propres intérêts, plutôt que de raisonner éternellement à travers ceux des autres ».

Cette fuite en avant ne peut enfin être dissociée des intérêts économiques considérables qui accompagnent le réarmement européen. Dans son éditorial consacré au complexe militaro-industriel américain, publié également ce jour dans Le Diplomate média, Roland Lombardi défend l’idée que celui-ci exerce une influence considérable non seulement à Washington, mais aussi, directement ou indirectement, sur les choix stratégiques européens. « La permanence d’un « croquemitaine » russe contribue à entretenir une politique de confrontation et à légitimer durablement la hausse des dépenses militaires. Pour mesurer les conséquences industrielles de cette dépendance, il suffit d’observer le succès spectaculaire du F-35 américain auprès des chancelleries européennes.

Il suffit également de constater, parfois avec une certaine consternation, le ton adopté par une partie des dirigeants européens face à Moscou. Malgré le coût économique et géostratégique déjà considérable de la rupture avec la Russie, et alors même qu’une confrontation directe entre puissances nucléaires pourrait conduire au cataclysme, certains responsables européens semblent parfois plus belliqueux qu’Attila ». 

La formule est volontairement provocatrice, mais elle soulève une question sérieuse : l’Europe poursuit-elle encore une stratégie définie à partir de ses propres intérêts, ou s’enferme-t-elle dans une logique d’escalade dont d’autres puissances et d’autres industries pourraient finalement être les principales bénéficiaires ?

C’est pourquoi la présence ukrainienne au défilé de 2026 pose une question différente de celle des invitations étrangères habituelles. Le symbole intervient au moment où le pouvoir français a considérablement durci son discours envers Moscou et où la Coalition des volontaires travaille précisément à l’architecture militaire de l’après-cessez-le-feu en Ukraine. Le ministère des Armées ne dissimule d’ailleurs pas la portée du message : la présence de la coalition doit illustrer « la solidarité européenne » et « l’engagement de la France auprès de ses partenaires ». 

Le problème n’est donc pas la présence de quelques militaires ukrainiens en elle-même. Il réside dans la transformation possible du 14 Juillet en outil de légitimation symbolique d’une orientation géopolitique précise. Or la fête nationale n’appartient ni à un gouvernement ni à une majorité présidentielle. Elle appartient à la nation.

Il existe une différence fondamentale entre utiliser le 14 Juillet pour honorer une alliance ancienne ou une coopération militaire et l’inscrire dans une séquence diplomatique destinée à afficher l’unité d’une coalition constituée autour d’une guerre toujours en cours. Dans le second cas, le symbole militaire peut devenir un acte politique. Et en géopolitique, les symboles sont rarement innocents.


Une contestation qui gagne aussi les milieux militaires

Cette interrogation n’est pas seulement portée par des responsables politiques d’opposition ou par les réseaux sociaux. Elle trouve également un écho dans certains milieux militaires et anciens combattants, même s’il convient de ne pas transformer des prises de position particulières en expression officielle de « l’armée française », la « grande muette »…

C’est notamment le cas de l’association Place d’Armes, qui rassemble principalement d’anciens militaires et qui a publié une tribune intitulée Le 14 juillet doit rester une fête nationale. Son existence témoigne d’un malaise réel dans une partie de la communauté militaire, sans permettre pour autant de prétendre que l’ensemble des armées françaises partagerait cette position. La nuance est essentielle : les militaires d’active sont soumis à un devoir de réserve et l’institution militaire, par définition, exécute les décisions du pouvoir civil.

Il n’en demeure pas moins qu’une colère plus sourde existe dans certains cercles militaires. Elle ne vise pas nécessairement les soldats ukrainiens eux-mêmes, dont le courage au combat est difficilement contestable, mais ce qui est perçu comme une instrumentalisation politique de l’armée française et de son rendez-vous le plus symbolique avec la nation.

Le général Loïc Mizon, gouverneur militaire de Paris, présente lui-même le défilé comme « l’expression ultime de notre cohésion nationale » et comme un moment de communion entre la nation et ses armées. C’est précisément cette définition qui nourrit le débat : si le 14 Juillet constitue l’un des rares moments où la France se rassemble autour de ses soldats, jusqu’où peut-on charger cette cérémonie d’un message diplomatique lié à un conflit extérieur qui divise une partie de l’opinion publique ?

Il serait évidemment excessif de prétendre que 500 militaires étrangers effacent les milliers de soldats français présents sur les Champs-Élysées. Le ministère prévoit une parade massive des forces françaises et rappelle que le défilé est d’abord celui des militaires servant leur pays. Mais le protocole possède sa propre grammaire. Ouvrir un défilé, placer une coalition à l’honneur et inscrire toute la cérémonie sous le signe du « réveil stratégique de l’Europe » ne relèvent pas de simples détails d’organisation.

C’est un message.

La seule question est de savoir si ce message correspond réellement à celui que la nation française souhaite adresser au monde.

Le 14 Juillet appartient-il encore à la nation ?

Le débat dépasse finalement largement la seule Ukraine.

Depuis plusieurs années, la politique étrangère française semble parfois hésiter entre la défense d’une autonomie stratégique nationale, héritée du gaullisme, et une européanisation croissante de ses choix de sécurité. La guerre en Ukraine a accéléré cette évolution, tandis que le discours officiel présente désormais régulièrement la sécurité ukrainienne comme indissociable de celle du continent européen.

Cette thèse peut être défendue. Elle peut également être discutée. Mais elle ne devrait pas être soustraite au débat démocratique par la puissance du symbole.

Le 14 Juillet n’est pas un sommet diplomatique. Ce n’est pas une réunion de l’OTAN, ni une conférence de la Coalition des volontaires. C’est la fête nationale française et, depuis 1880, le grand rendez-vous de la nation avec ses armées. 

Cette interrogation prend cette année une dimension supplémentaire avec la polémique provoquée par les nouvelles conditions d’accès au défilé. Pour la première fois, le grand public devra obligatoirement s’inscrire au préalable et présenter un QR code nominatif pour accéder aux Champs-Élysées. La mesure est officielle et justifiée par des impératifs de sécurité. Elle n’en produit pas moins un symbole pour le moins malheureux : après les QR codes du Covid pour entrer dans un restaurant, il faudra désormais en présenter un pour assister à la fête nationale. Dans le même temps, de nombreux Français verront leurs festivités locales soumises à diverses restrictions concernant l’alcool, les pétards ou certaines manifestations populaires. D’où ce sentiment, chez une partie de l’opinion, d’une fête nationale progressivement encadrée, filtrée et presque privatisée, tandis que des contingents étrangers seront, eux, placés à l’honneur sur les Champs-Élysées. Le raccourci est évidemment polémique ; le malaise symbolique, lui, mérite d’être entendu. L’obligation d’inscription préalable et de QR code est bien confirmée par la préfecture de police…

Comme l’écrit Roland Lombardi dans son éditorial dans Le Diplomate média cité plus haut : « Notre défilé du 14 Juillet n’échappe évidemment pas à cette logique. Cette année encore, les autorités ont mis en place un dispositif d’accès renforcé aux Champs-Élysées, notamment par un système d’inscription préalable et de QR codes. Officiellement, il s’agit de répondre aux impératifs de sécurité. Sans doute. Mais il est difficile de ne pas y voir également une manière de mieux maîtriser un événement public susceptible d’offrir une caisse de résonance aux contestations visant Emmanuel Macron, dont la popularité et surtout l’autorité figurent parmi les plus exécrables enregistrées sous la Ve République. Là encore, la communication officielle et la Realpolitik ne racontent pas toujours exactement la même histoire… »

La présence ponctuelle de contingents étrangers peut naturellement y avoir sa place lorsqu’elle célèbre une fraternité d’armes ou une alliance. Mais lorsque cette invitation devient le prolongement d’une idéologie plus qu’une stratégie diplomatique concernant une guerre en cours, la frontière entre célébration nationale et communication politique devient plus difficile à distinguer.

La France peut soutenir l’Ukraine sans ukrainiser sa fête nationale. Elle peut coopérer avec ses partenaires européens sans transformer le 14 Juillet en démonstration d’adhésion à une stratégie dont les conséquences peuvent engager durablement sa sécurité. Elle peut enfin honorer le courage des soldats étrangers tout en réservant le cœur symbolique de sa fête nationale à ceux qui servent sous son propre drapeau.

Car la véritable question n’est pas de savoir si les soldats ukrainiens méritent le respect. Ils le méritent.

Elle est de savoir ce que la France veut encore célébrer lorsqu’elle célèbre le 14 Juillet.

Dans une époque où les repères nationaux s’effacent, où la guerre revient aux frontières de l’Europe et où les choix stratégiques peuvent avoir des conséquences considérables, les symboles devraient être maniés avec davantage de prudence que jamais. Le défilé militaire n’est pas un décor offert à la diplomatie du moment. Il est l’expression d’une continuité historique qui dépasse les gouvernements, les présidents et les alliances circonstancielles.

Le 14 Juillet peut parler au monde. Mais il devrait d’abord parler à la France.

Le Diplomate 

https://lediplomate.media/decryptage-14-juillet-2026-viennent-faire-qrcodes-soldats-ukrainiens-defile-fete-nationale-francaise/

 

B) - Réformer nos jours fériés pour libérer le travail, sanctuariser le 14 juillet pour fédérer la Nation
 

Les questions du travail, de la productivité et de la retraite restent des sujets éminemment sensibles du débat social en France. Elles seront au cœur du débat présidentiel. Alors que notre pays fait face à une dette publique au sens de Maastricht qui s’établit à 3 536,1 milliards d’euros (soit 117,5 % du PIB au premier trimestre 2026) et des dépenses publiques culminant à 57,2 % du PIB, le débat sur le « travailler plus ou plus longtemps » se heurte trop souvent à des dogmes figés. Pourtant, face au blocage persistant sur l’évolution de l’âge de la retraite, persister dans le statu quo est une erreur stratégique. Le sujet n’est pas populaire mais il est grand temps de faire le tri dans nos jours fériés : sanctuariser ceux qui font sens, et assouplir les autres pour redonner de la liberté à l’économie réelle.

Le 14 juillet : le ciment de nos valeurs républicaines

S’il n’y avait qu’un seul jour férié à sanctuariser ce serait incontestablement le 14 juillet. Dans une société française en voie de communautarisation et profondément fracturée, cette date porte haut nos valeurs d’égalité citoyenne, laïques et républicaines.

Le 14 juillet ne doit pas être un simple jour de repos parmi d’autres ; il est l’expression d’une révolution populaire et le symbole d’une grande fête fédératrice. Dans un contexte marqué par une forme de « guerre civile permanente », un antisémitisme décomplexé et une absence de projet politique clair, cette date renforce notre sentiment d’appartenance à la Nation. Elle rappelle notre attachement viscéral au lien « État-Armée-Liberté-Nation », protecteur de notre souveraineté nationale, moteur de la reconnaissance des compétences, de la promotion par le mérite, et fondateur d’une égalité des droits et des devoirs. Le 14 juillet mérite plus d’attention que n’importe quelle autre date du calendrier.

Lever les tabous économiques

Cependant, sanctuariser pleinement le 14 juillet exige, en contrepartie, d’oser assouplir d’autres dates, à commencer par le 1er mai. Rappelons la réalité des chiffres : un seul jour de travail supplémentaire en semaine peut générer un gain de croissance d’environ 0,10 point de PIB, soit près de 3 milliards d’euros de richesse supplémentaire injectés dans l’économie nationale. À l’inverse, l’alignement de jours fériés chômés agit comme un frein direct sur notre productivité.

Célébrer la valeur du travail en se faisant un devoir absolu de l’interdire est devenu le paradoxe suprême de notre législation. La partition orchestrée à l’occasion du 1er mai 2026 a été une étonnante cacophonie politique. Cette « camisole administrative » sur le travail étouffe le bon sens et engendre des incohérences proprement hallucinantes sur le terrain (commerces de proximité) tandis que les grandes plateformes de e-commerce continuent de dominer les échanges sans contrainte.

Il ne faut plus de tabou sur le travail des jours fériés et du dimanche. Les Français veulent travailler mieux et être payés plus. La nouvelle relation au travail – portée par l’ubérisation, le télétravail ou la semaine des 4 jours – exige de la flexibilité.

Le pari du volontariat et du dialogue social de terrain

Les Français qui supportent de moins en moins les discours politiciens sont fortement attachés à leurs libertés. Empêcher les salariés volontaires de travailler pour doubler (et pourquoi pas tripler ?) leur rémunération alors que le pouvoir d’achat reste leur préoccupation numéro 1 face à l’inflation, est une faute économique et politique. La solution réside dans la confiance accordée au dialogue social de terrain. Il convient de libérer la possibilité de travailler les jours fériés, et le dimanche, en se basant strictement sur le volontariat. Transformer certains jours fériés en journées de solidarité basées sur le volontariat rapporterait, selon le Sénat, près de 4,8 milliards d’euros pour le financement de notre modèle social.

Le sujet été instrumentalisé à des fins partisanes. Pourtant cette approche pragmatique permettrait aux salariés de « choisir de travailler » pour gagner beaucoup plus ou de s’arrêter via leur compteur de durée annuelle ; aux PME de maintenir leur service client, de créer de la richesse et de faire face à la concurrence agressive des plateformes en ligne. C’est-à-dire : respecter la réalité économique tout en préservant les symboles des conquêtes sociales.

En dehors des dates clés religieuses ou historiques qu’il faut sanctuariser (comme Noël, la Saint-Sylvestre, le 15 août et le 14 juillet, le 8 mai), la liberté de travailler doit primer. Il est grand temps de déverrouiller notre économie figée, de remettre de la cohérence dans notre droit du travail et de la souplesse dans nos entreprises pour libérer ceux qui ont l’envie d’avancer.

Bernard Cohen-Hadad

Bernard Cohen-Hadad est entrepreneur et président du Think Tank Étienne Marcel. Membre de la Société d’économie politique, il est aussi président de la commission du développement économique du Conseil économique, social et environnemental régional en Île-de-France. Il est également membre de la Chambre de commerce et d’industrie de la Région de Paris-Île-de-France. Auteur de L'Avenir appartient aux PME paru chez Dunod, Bernard Cohen-Hadad est l’auteur de nombreuses tribunes publiées dans les médias. Il a été membre de l’Observatoire de l’épargne réglementée, de l’Observatoire du financement des entreprises, de l’Observatoire des PME et ETI par le marché et du Comité consultatif du secteur financier (CCSF). Il participe actuellement à l’Euro Retail Payment Board (ERPB) auprès de la Banque centrale européenne, au Comité national des moyens de paiements (CNMP) et au Comité pour l’éducation financière (EDUCFI). Il est membre du Conseil scientifique de l’École supérieure des métiers du droit.

https://nouvellerevuepolitique.fr/reformer-nos-jours-feries-pour-liberer-le-travail-sanctuariser-le-14-juillet-pour-federer-la-nation/

 

C) - 14 Juillet 1789 : La Révolution française ou le suicide géopolitique du premier royaume d’Europe ? 

Le titre est volontairement provocateur. Il ne s’agit ni de nier l’immense portée politique et universelle de la Révolution française, ni de réduire 1789 à une catastrophe dont il aurait suffi de tourner la page. La Déclaration des droits de l’homme et du citoyen, l’égalité civile, la souveraineté nationale et la destruction de l’ancien ordre social ont profondément transformé la France avant de bouleverser le monde. Mais l’historien et le géopolitologue doivent aussi regarder ce que le roman national préfère parfois laisser dans l’ombre : en 1789, la France n’est pas un pays insignifiant qui accède soudainement à l’Histoire. Elle est le royaume le plus peuplé et la première puissance continentale d’Europe, le centre culturel du « Siècle français », la rivale principale de la Grande-Bretagne et une puissance militaire et maritime redevenue redoutable après avoir contribué à arracher les colonies américaines à Londres. Quelques années plus tard, l’État est ruiné, le pays déchiré par la guerre civile et l’Europe coalisée contre lui. Napoléon accomplira ensuite le formidable sursaut militaire d’une puissance qui tentera de récupérer en vingt ans ce qu’elle avait commencé à perdre en 1789, avant Waterloo et l’avènement du Siècle britannique. Dès lors, une question iconoclaste mérite d’être posée à l’approche du 14 Juillet : la Révolution fut-elle, parallèlement à son extraordinaire héritage politique, l’un des plus grands désastres géopolitiques de l’histoire de France ?


1789 : la Révolution éclate au sommet de la puissance française

L’image d’une France de 1789 moribonde, condamnée à s’effondrer sous le poids d’un Ancien Régime totalement pétrifié, mérite d’être sérieusement nuancée. Le royaume traverse une crise financière et politique profonde, mais demeure une puissance considérable. Avec environ 28 millions d’habitants, la France est alors le pays le plus peuplé d’Europe occidentale et probablement le plus puissant réservoir humain du continent. Sa population, jeune et majoritairement rurale, constitue une formidable réserve de travail, de production et bientôt de soldats. Cette masse démographique donnera d’ailleurs aux armées révolutionnaires puis napoléoniennes une profondeur humaine que peu d’adversaires pourront égaler. La levée en masse et la conscription transformeront cette jeunesse nombreuse, souvent paysanne, habituée à une existence physiquement rude, en une machine militaire capable de terroriser l’Europe pendant plus de vingt ans.

La puissance française est également culturelle et diplomatique. Le français est la langue des cours, des élites et de la diplomatie européenne. Paris rayonne sur les arts et les idées. La monarchie de Louis XVI vient surtout de remporter contre sa vieille rivale britannique une victoire géopolitique majeure en soutenant l’indépendance des États-Unis. Rochambeau, La Fayette, de Grasse et les forces françaises ont contribué de manière décisive à la défaite anglaise. Après les humiliations de la guerre de Sept Ans, Versailles a pris sa revanche.

Mais cette victoire a coûté extrêmement cher. L’aide française aux insurgés américains a aggravé une dette publique déjà considérable, tandis que le système fiscal de l’Ancien Régime demeure incapable de répartir efficacement l’effort entre les ordres et les territoires. Les tentatives de réforme conduites successivement par Turgot, Necker, Calonne ou Brienne se heurtent aux intérêts établis, aux résistances des privilégiés et à une crise d’autorité croissante. À cela s’ajoutent les mauvaises récoltes de 1787 et 1788, les tensions sur le prix des grains, le chômage et le terrible hiver 1788-1789. La Révolution n’a donc pas une cause unique : elle naît de la rencontre explosive entre une crise financière de l’État, un blocage institutionnel, des transformations sociales profondes et une crise de subsistance qui frappe directement le peuple. 

Il faut ici éviter deux caricatures symétriques. La première consisterait à raconter 1789 comme l’irruption miraculeuse de la liberté dans un pays qui n’aurait été jusque-là que ténèbres et oppression. La seconde serait de réduire la Révolution à une conspiration ayant détruit un royaume parfaitement gouverné. La France de Louis XVI avait besoin de réformes profondes. Le paradoxe est précisément que le roi et plusieurs de ses ministres en avaient conscience, mais que le système politique ne parvint pas à les mener à bien avant que la crise ne l’emporte.

C’est peut-être là que s’effondre l’idée confortable d’un prétendu « sens de l’Histoire ».

Pour Roland Lombardi, géopolitologue, historien et directeur du Diplomate média : « Rien n’était écrit. L’Histoire n’avance pas sur des rails et il suffit parfois d’une décision, d’un homme ou d’une hésitation pour modifier le cours des siècles. Si Louis XVI avait été fait du même bois que son illustre aïeul Louis XIV, il aurait peut-être ordonné aux troupes positionnées autour de Paris de réprimer brutalement les premiers troubles. La Bastille n’aurait peut-être jamais été prise et la Révolution aurait pu emprunter un tout autre chemin, voire ne pas avoir lieu sous la forme que nous lui connaissons. Le roi hésita notamment devant la perspective de faire couler le sang français. L’Histoire, avec son ironie habituelle, verra finalement couler le sien, celui de ses proches et, surtout, celui de centaines de milliers de Français sur le territoire national puis sur tous les champs de bataille d’Europe ».

Cela ne signifie évidemment pas qu’une répression aurait réglé les causes profondes de la crise. Elle aurait pu les différer, les déplacer ou provoquer une explosion plus violente encore. Mais elle rappelle une vérité essentielle : la Révolution française n’était pas davantage inévitable que ne le sont les grands événements que les historiens reconstruisent après coup comme s’ils avaient toujours dû se produire.

De la Bastille au chaos : quand la première puissance continentale se déchire

La prise de la Bastille, le 14 juillet 1789, possède une puissance symbolique qui dépasse depuis longtemps la réalité militaire de l’événement. Elle devient le symbole de la chute de l’arbitraire et de l’entrée du peuple dans l’Histoire. Cette mémoire appartient légitimement au patrimoine politique français.

Mais la géopolitique ne s’arrête pas aux symboles.

À partir de 1789, la France entre dans une période de déstabilisation intérieure d’une violence exceptionnelle. L’autorité monarchique se désagrège, une partie des élites émigre, l’Église est fracturée par la Constitution civile du clergé, l’économie est profondément perturbée et la monnaie révolutionnaire, l’assignat, finit par sombrer dans l’inflation. La radicalisation politique conduit à la chute de la monarchie, aux massacres de Septembre puis à la Terreur. À partir de 1793, la guerre de Vendée et les insurrections fédéralistes transforment une partie du territoire en champ de bataille intérieur.

La Terreur constitue à cet égard l’un des moments les plus sombres et les plus complexes de la Révolution. Dans une République assiégée de l’extérieur, menacée par les insurrections intérieures et travaillée par les luttes entre factions, le gouvernement révolutionnaire érige progressivement l’exception en système de gouvernement. Maximilien Robespierre en demeure la figure la plus célèbre, au point d’avoir presque fini par incarner à lui seul une mécanique qui le dépassait pourtant largement. Il serait historiquement simpliste d’en faire l’unique architecte d’une Terreur née de la guerre, de la peur, des rivalités politiques et d’institutions révolutionnaires collectives. Mais il en fut incontestablement l’un des principaux dirigeants et théoriciens, notamment lorsqu’il associa la vertu révolutionnaire à la nécessité de la terreur, conçue comme un instrument de salut public. La logique est redoutable : lorsque le pouvoir prétend incarner la vertu et désigne ses adversaires comme des ennemis du peuple, la violence politique peut rapidement ne plus connaître de limites.

La guillotine devient alors le symbole d’une Révolution qui finit par dévorer ses propres enfants. Girondins, hébertistes, dantonistes et bientôt Robespierre lui-même disparaissent successivement dans une épuration permanente où l’accusateur du jour peut devenir le condamné du lendemain. La chute de Robespierre le 9 Thermidor an II — 27 juillet 1794 — puis son exécution le lendemain illustrent jusqu’à la caricature cette mécanique révolutionnaire : celui qui avait contribué à faire de la Terreur un mode de gouvernement finit à son tour sur l’échafaud. Au-delà du bilan humain, toujours discuté selon les périmètres retenus, cette période révèle surtout l’ampleur de l’effondrement politique traversé par la première puissance continentale européenne.

L’ampleur du désastre humain donne la mesure de cette rupture. Les chiffres demeurent discutés et varient selon que l’on comptabilise les morts au combat, les exécutions, les massacres, les décès en détention ou ceux provoqués par les maladies dans les armées, mais un ordre de grandeur peut être avancé : entre 1789 et 1799, les violences politiques, la répression et les guerres civiles auraient causé en France autour de 200 000 à 300 000 morts, tandis que les guerres révolutionnaires engagées à partir de 1792 auraient coûté la vie à plusieurs centaines de milliers de soldats français – probablement autour de 350 000 à 450 000 sur l’ensemble de la décennie révolutionnaire, maladies comprises.

À elle seule, la guerre de Vendée aurait fait environ 170 000 morts parmi les habitants de la « Vendée militaire », et près de 200 000 victimes au total selon certaines estimations. La qualification de « génocide vendéen », défendue notamment par Reynald Secher, demeure toutefois vivement contestée par une partie importante de l’historiographie, Jean-Clément Martin parlant de crimes de guerre et de violences de masse sans reconnaître l’existence d’un génocide au sens historique et juridique du terme.

La persécution religieuse alourdit encore ce bilan : prêtres réfractaires, religieux et fidèles furent exécutés, massacrés, emprisonnés ou déportés ; 223 ecclésiastiques furent notamment tués lors des massacres de Septembre et plus de 500 prêtres moururent dans les seules conditions effroyables des pontons de Rochefort. Faute de catégorie statistique homogène, il n’existe cependant aucun chiffre scientifique consensuel permettant d’isoler l’ensemble des chrétiens morts spécifiquement en raison de leur foi.

Au total, en croisant les estimations disponibles tout en évitant les doubles comptes entre catégories parfois imbriquées, on peut raisonnablement retenir un ordre de grandeur de 600 000 à 750 000 morts français directement ou indirectement liés aux violences intérieures et aux guerres de la décennie révolutionnaire. Ce bilan demeure nécessairement approximatif, d’autant que certaines évaluations portent sur l’ensemble des guerres révolutionnaires jusqu’en 1802, mais il suffit à mesurer l’ampleur du choc démographique, militaire et politique subi par la France en l’espace de quelques années.

Quelques années seulement après avoir contribué à vaincre la Grande-Bretagne en Amérique, la France mobilisait désormais une part considérable de son énergie à poursuivre ses ennemis extérieurs, à combattre ses adversaires intérieurs et à éliminer ses propres révolutionnaires.

Dans le même temps, la France entre en guerre contre l’Europe. Il serait toutefois historiquement faux de présenter cette guerre comme une simple agression des monarchies étrangères contre une Révolution pacifique : le 20 avril 1792, c’est bien la France révolutionnaire qui déclare la guerre au « roi de Bohême et de Hongrie », c’est-à-dire à l’Autriche. Les responsabilités de l’embrasement sont multiples, entre peur de la contagion révolutionnaire chez les monarchies européennes, ambitions françaises, calculs des Girondins et volonté de certains acteurs de résoudre la crise intérieure par la guerre extérieure.

Pour Londres, le spectacle est d’abord observé avec un mélange de fascination, d’inquiétude et bientôt d’opportunisme. Voir la principale rivale continentale et maritime de la Grande-Bretagne s’enfoncer dans la crise ne pouvait évidemment pas constituer une mauvaise nouvelle stratégique. La France qui avait contribué quelques années auparavant à arracher l’Amérique à la Couronne britannique mobilisait désormais son énergie contre elle-même. Pour un rival, il existe des victoires que l’on remporte sans avoir à tirer le premier coup de canon.

Il faut cependant être rigoureux sur un point qui nourrit depuis deux siècles une abondante littérature : même si des historiens sérieux l’affirment, aucune preuve historique solide ne permet d’affirmer que Londres, la City ou la franc-maçonnerie anglaise auraient organisé ou financé la Révolution française de 1789 comme une opération clandestine destinée à détruire la monarchie française. Les théories du complot maçonnique ont été largement contestées par l’historiographie. La franc-maçonnerie a certes participé à la circulation des idées des Lumières et nombre d’acteurs de l’époque fréquentaient les loges, mais cela ne démontre nullement l’existence d’un centre de commandement britannique de la Révolution.

En revanche, lorsque la guerre franco-britannique commence en 1793, les opérations clandestines deviennent une réalité documentée. Londres développe des réseaux d’espionnage, finance des opérations contre la République et soutient différentes forces contre-révolutionnaires susceptibles d’affaiblir la France de l’intérieur. Autrement dit, la thèse d’une Angleterre ayant fabriqué 1789 n’est pas établie ; celle d’une Grande-Bretagne exploitant ensuite méthodiquement le chaos français relève, elle, de la logique la plus élémentaire des puissances et de pratiques historiques bien réelles.

Les Britanniques ne seraient d’ailleurs pas les derniers à agir ainsi. Les grandes puissances n’ont jamais eu pour habitude d’observer passivement les crises de leurs adversaires lorsqu’elles peuvent les exploiter. Londres excellera bientôt dans l’art de financer les coalitions continentales contre la France, laissant souvent les autres fournir les soldats pendant qu’elle mobilise sa flotte, son crédit et ses ressources financières. En 1805 encore, la diplomatie britannique contribue puissamment à la formation de la Troisième Coalition et engage des sommes considérables pour soutenir l’effort militaire de ses alliés.

La Révolution a ainsi produit un paradoxe extraordinaire. En détruisant une partie de l’ancien ordre, elle affaiblit d’abord profondément l’État français. Mais en libérant des forces sociales et nationales nouvelles, elle lui donne bientôt les moyens de mobiliser la population à une échelle inconnue sous la monarchie. La France perd son ancien équilibre, mais découvre la guerre de masse. C’est cette énergie nouvelle que Bonaparte saura bientôt capter.

Napoléon : le formidable sursaut d’une puissance qui tente de récupérer en vingt ans ce qu’elle avait commencé à perdre en 1789

La Révolution aurait pu conduire à l’effacement durable de la France. Elle produit finalement Napoléon.

Le jeune général corse, issu lui-même de cette Révolution, hérite d’un pays épuisé, mais aussi d’une armée aguerrie par des années de guerre, d’une administration profondément transformée et d’une mobilisation nationale, voire d’un certain fanatisme, que l’Ancien Régime n’aurait probablement jamais pu obtenir à une telle échelle. Il comprend mieux que quiconque comment transformer l’énergie révolutionnaire en puissance étatique.

Le Consulat puis l’Empire restaurent l’autorité, réorganisent l’administration, stabilisent les finances et donnent à la France des institutions dont certaines structurent encore le pays. Sur le champ de bataille, Napoléon transforme la puissance démographique française en instrument militaire. Les soldats de la Grande Armée ne sont pas tous des fanatiques révolutionnaires, loin de là, mais beaucoup appartiennent à une génération née dans la rupture de 1789, nourrie par la promotion au mérite, la gloire militaire et l’idée que l’ordre ancien ne reviendra jamais tout à fait.

Pour Roland Lombardi : « Napoléon représente ainsi le formidable sursaut, comme les fins d’Empire en produisent toujours dans l’Histoire. Napoléon est un sursaut militaire fulgurant et flamboyant d’une puissance qui ne veut pas mourir et qui tente de récupérer en vingt ans ce qu’elle avait commencé à perdre en 1789 ».

Et, pendant un temps, il y parvient.

À la paix d’Amiens en 1802, la France retrouve une position exceptionnelle. Talleyrand pourra écrire qu’elle jouissait alors d’une puissance, d’une gloire et d’une influence auxquelles « l’esprit le plus ambitieux » n’aurait rien pu souhaiter de plus. Quelques années plus tard, après Austerlitz, Iéna et Friedland, Napoléon domine l’Europe continentale. 

Mais cette domination contient sa propre contradiction. La France triomphe sur terre tandis que la Grande-Bretagne conserve la maîtrise des mers. Trafalgar ferme durablement la perspective d’une domination maritime française. Le Blocus continental échoue à étouffer Londres et contribue à épuiser l’Empire. L’Espagne devient une plaie ouverte, la campagne de Russie une catastrophe et les coalitions successives finissent par accomplir ce qu’aucune puissance n’aurait pu réaliser seule.

En 1815, Waterloo clôt moins une bataille qu’une époque.

Talleyrand, personnage insaisissable que l’Histoire française a souvent présenté comme l’archétype du traître, accomplit alors l’un des plus remarquables tours de force de notre histoire diplomatique. Au Congrès de Vienne, il exploite les rivalités entre les vainqueurs, invoque le principe de légitimité et parvient à réintroduire la France vaincue dans le concert des grandes puissances. Il ne « sauve » pas seul le pays d’un découpage qui aurait été formellement arrêté, mais il contribue puissamment à empêcher son déclassement définitif et à restaurer sa capacité d’action diplomatique. La France peut même conclure, en janvier 1815, une alliance secrète avec la Grande-Bretagne et l’Autriche contre les ambitions russo-prussiennes : quelques mois seulement après la chute de Napoléon, le vaincu était déjà redevenu un acteur du jeu européen.

Ce prodige diplomatique ne doit cependant pas masquer la rupture fondamentale. Et Roland Lombardi d’ajouter : « après Napoléon, rien ne sera véritablement comme avant. La France restera une grande puissance et connaîtra encore plusieurs sursauts remarquables. Napoléon III tentera de lui rendre une politique mondiale et une influence décisive en Europe avant le désastre de 1870. De Gaulle, un siècle plus tard, restaurera dans des circonstances presque miraculeuses le rang d’une France vaincue en 1940, lui donnera l’arme nucléaire et cherchera à préserver son indépendance entre les deux blocs. Mais la prépondérance est définitivement perdue ».

Le XIXᵉ siècle sera britannique. Londres domine les mers, la finance mondiale et bientôt une part considérable du commerce international. La révolution industrielle renforce encore cette avance, tandis que la France, malgré sa puissance, ne retrouvera jamais la position relative qui était la sienne au cœur du XVIIIᵉ siècle.

La Révolution a-t-elle affaibli la France ou inventé le monde moderne ?

Réduire la Révolution française à un suicide géopolitique serait pourtant aussi faux que d’en faire une pure épopée lumineuse.

Car si la France perd progressivement sa prépondérance, elle impose au monde une partie de ses idées.

La Révolution puis les armées napoléoniennes diffusent ou accélèrent l’égalité civile, l’abolition de nombreux privilèges, la rationalisation administrative et de nouvelles conceptions de la souveraineté. Le Code civil survivra aux victoires comme aux défaites. Dans plusieurs territoires européens, les transformations institutionnelles imposées ou inspirées par la France auront des effets durables. 

Mais cette révolution politique porte également en elle une force qui bouleversera les XIXᵉ et XXᵉ siècles : le nationalisme.

La souveraineté cesse progressivement d’appartenir seulement au monarque pour être attribuée à la nation. Les peuples commencent à se penser comme des acteurs politiques. Les conquêtes napoléoniennes exportent les principes révolutionnaires, mais provoquent également, par réaction, l’éveil de nationalismes allemand, espagnol, italien et d’autres encore. La nation moderne devient à la fois un principe d’émancipation et une formidable machine de mobilisation politique et militaire. 

De cette matrice sortiront les mouvements nationaux du XIXᵉ siècle, les unifications italienne et allemande, les révolutions de 1830 et de 1848, puis, sous des formes radicalisées, certaines des grandes confrontations du XXᵉ siècle. Il serait absurde d’attribuer les guerres mondiales à la seule Révolution française ; il serait tout aussi absurde de nier que 1789 a profondément transformé la manière dont les peuples européens pensent l’État, la nation, la citoyenneté et la guerre.

C’est peut-être là le paradoxe ultime.

La France révolutionnaire puis napoléonienne a perdu la bataille de la puissance, mais elle a en partie gagné celle des idées. La Grande-Bretagne dominera le XIXᵉ siècle matériel ; une grande partie du monde continuera pourtant à parler le langage politique né de la rupture française.

Le 14 Juillet mérite donc mieux que les légendes, qu’elles soient révolutionnaires ou contre-révolutionnaires. La prise de la Bastille ne fut ni le commencement miraculeux de la liberté humaine, ni la seule cause du déclin français. Elle fut le symbole d’un basculement beaucoup plus vaste, dont les conséquences échappèrent rapidement à ceux qui l’avaient provoqué.

En 1789, la France était le premier royaume d’Europe continentale. En 1815, elle sortait de vingt-six années de révolution et de guerre, vaincue mais encore debout grâce à sa puissance profonde et au génie de quelques hommes. Entre les deux, elle avait changé le monde, terrorisé l’Europe, perdu un roi, dévoré plusieurs régimes, fait surgir Napoléon et contribué, presque malgré elle, à ouvrir le siècle britannique.

Et Roland Lombardi de conclure : « les révolutions ont cette particularité : ceux qui les commencent savent rarement où elles finiront. Celle de 1789 donna au monde une partie de son vocabulaire politique moderne. Mais pour la France, le prix géopolitique fut immense. Après Napoléon, elle connaîtra encore des heures de grandeur et quelques sursauts exceptionnels mais malheureusement éphémères. Et au final, elle ne redeviendra jamais, la puissance qu’elle avait été avant que l’Histoire ne bascule, un certain 14 juillet 1789… »

Le Diplomate

https://lediplomate.media/histoire-14-juillet-1789-revolution-francaise-suicide-geopolitique-premier-royaume-europe/

 

 

 

 
Powered By Blogger